Jeudi 2 juillet, le NPA et BDS sainté projettaient au Méliès le film « Guerre en Ukraine Les combattants anti-autoritaires ». Des copaines avaient vu le film, et on a décidé d'aller y apporter notre grain de sel.
Le film projeté par le NPA et BDS, en plus de se dire « anti-autoritaire », explique que pour résister à l'attaque de l'Etat russe, il faudrait s'engager dans l'armée régulière ukrainienne, ce que font d'ailleurs des anarchistes, assumant par là de se battre aux côtés de néo-nazis. On a voulu apporter une critique antimilitariste.
En effet, on est plutôt du côté des déserteurices. La position que les anarchistes d'ukraine essaient d'imposer dans les cercles anarchistes nous débetectent, sans parler que toute critique est renvoyée à des positions pro-russes (campisme quand tu nous tiens).
Pendant que deux copaines tenaient une banderole « A bas toutes les armées et tous les Etats », d'autres copaines diffaient un texte d'anarchistes d'italie que tu peux trouver ici :
https://distrohaokah.noblogs.org/files/2024/02/Sabotons-la-guerre-.pdf
Avant qu'on déploie la banderole, le chef du NPA vient nous parler. On va pas s'étendre là-dessus, mais en gros tout en disant qu'il aimait pas Zelensky mais que face à l'Etat Russe fallait s'engager dans l'armée, pour finir par nous dire qu'on soutenait le projet de Grande Russie (ce qui pour un communiste est assez savoureux...)
Pas grand monde est venu à la projo, mais on a eu globalement de bonnes discussions, une personne a décidé de pas aller voir le film finalement.
Et aussi, ça nous a fait du bien de faire cette petite action qui a pas demandé grand chose, d'apporter une position anarchiste et anti-militariste face aux faux-critiques du militarisme.
Contre toutes les armées et tous les Etats, partout, tout le temps !
Solidarity.international / s.d.
Nous vous appelons à passer à l’action durant la Semaine de solidarité avec les prisonnier-es anarchistes!
Envoyez-nous vos événements et actions à tillallarefree@riseup.net.
Appel pour la Semaine International de Solidarité avec les Prisonnier.es anarchistes – Du 23 au 30 août 2026
Marius Mason, un anarchiste antispéciste et écologiste, écrivain, artiste et militant trans était en prison pour la plus longue peine à l’heure actuelle pour des actes de sabotage en défense de l’environnement. Après 17 ans d’enfermement, nous célébrons son transfert suite à sa sortie de prison et son transfert dans une maison de semi-liberté, le 14 mai dernier.
À l’intérieur de la prison, il n’a jamais abandonné, mais s’est dressé pour les autres comme pour lui, défendant les droits des prisonnier.es trans et résistant au système carcéral. Toutes ces années, nous avons appelé à lui écrire lors de la semaine internationale de solidarité avec les prisonnier.es anarchistes.
Maintenant, nous sommes heureux de le retirer de notre liste et de lutter ensemble depuis l’extérieur.
Malgré cela, de nombreux compas restent en prison et sur notre liste d’adresses, de nouvelles personnes sont même ajoutées. La solidarité est nécessaire pour lutter contre ce système répressif. La solidarité peut nous porter à travers les moments les plus sombres – une carte postale ou une lettre, un rassemblement devant une prison, une visite, peuvent signifier énormément et donner des forces. L’histoire d’un.e compa en prison partagée lors d’un événement, se multiplie avec les personnes présentes. C’est notre responsabilité de transmettre leurs idées et avec elles, les personnes elles-mêmes voyagent au-delà des murs des prisons. En n’oubliant pas les enfermé.es, la solidarité peut croître.
C’est pour ces raisons que chaque année nous appelons à une semaine de solidarité avec les prisonnier.es anarchistes.
Les temps sont de plus en plus durs, le fascisme s’élève, et les états, les fascistes et les conservateurs font de nous les cibles de leur violence – en tant que Queer, Antifas ou anarchistes.
Ils essayent de nous écraser comme le montre les condamnations dans l’affaire Prairieland, avec des condamnations allant jusqu’à 100 ans de prison. Ou la tentative de supprimer le mouvement anarchiste en Indonésie où, suite aux affrontements du premier mai, 10 anarchistes sont emprisonnées et risquent de lourdes condamnations.
Face à l’adversité, nous devons rester ensemble et agir en solidarité. Renforcer nos communautés et supporter les plus vulnérables. N’oublions pas les enfermé.es et luttons côte à côte. Ce ne sont pas seulement des prisonnier.eres, ce sont nos compas. Marius a montré en long et en large comment nous pouvons faire appel les uns aux autres pour mener un combat commun.
Rejoins la semaine internationale de solidarité avec les prisonnier.es anarchistes !
Organise des séances d’écritures de lettres, un événement de solidarité, une projection de film, une action directe, un rassemblement, accroche une banderole ou n’importe quelle autre idée qui te vient et envoie-nous des photos et un court résumé !
Anarchist Black Cross Belarus / dimanche 2 août 2026
L’ABC Bélarus a été refusée au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, en Suisse.
Voici comment vous pouvez nous soutenir.
Cette année, nous avons demandé de participer au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, avec une présentation sur la répression au Bélarus et notre table de presse. Nous avons été refusé.es « à cause du sujet de la guerre ». Comme nous n’avons reçu aucune autre justification du refus de notre demande, nous ne pouvons que supposer que cela est lié à notre position sur la guerre en Ukraine et à la participation d’anti-autoritaires à celle-ci.
Nous reconnaissons et comprenons le fait que les organisateur.trices du Salon du livre puissent avoir une position différente de la nôtre, mais nous trouvons cette décision décevante. Non seulement parce que nous la voyons comme un choix d’isolement plutôt que de dialogue. Plus important encore, cela interfère directement avec notre capacité à prendre soin des compas emprisonné.es au Bélarus.
À l’heure actuelle, il y a quinze personnes en prison que nous soutenons. La durée restante de leurs peines varie de plusieurs mois à plus de dix-huit ans.
Beaucoup de nos compas font face à des pressions et à du harcèlement de plus en plus forts, en prison, à cause de leurs liens avec le mouvement anarchiste. Ils/elles subissent régulièrement le confinement dans des cellules d’isolement, la pression psychologique, l’isolement social, le refus délibéré de soins médicaux et des prolongations de leurs peines, avec des raisons fallacieuses.
En plus du soutien à celles/ceux qui sont en prison, nous continuons à soutenir les compas qui ont été récemment libéré.es et déporté.es de force, sans possibilité de revenir. Ils/elles se retrouvent dans une situation où elles/ils doivent reconstruire leur vie à partir de zéro, tout en essayant de subvenir à leurs besoins de base, comme se nourrir et avoir un logement.
Pour le dire de manière directe, tout ce travail nécessite beaucoup d’argent.
Les événements en présentiel sont pour nous plus que des occasions de parler de l’anarchisme biélorusse et de rencontrer de nouveaux compas. Ils sont aussi un moyen de collecter des fonds pour les prisonnier.es – et un moyen très efficace.
Les salons du livre à l’international nous rapportent généralement environ 2 000 ou 3 000 euros chaque année, avec des dons et de ventes de notre distro. Au Bélarus, cette somme peut couvrir quinze visites d’avocats, ou sept colis avec de la nourriture, des vêtements et de médicaments pour un.e prisonnier.es, ou quelques mois de frais de subsistance pour un.e compa déporté.e.
Les dons mensuels que nous recevons s’élèvent à environ 400 ou 500 euros, ce qui ne permet pas de couvrir les besoins de tou.tes les compas que nous soutenons.
Tout cela pour dire que nous voulons transformer ce refus en un appel à la solidarité internationale, un appel adressé surtout aux compas de Suisse.
Voici comment vous pouvez nous soutenir :
– Faites des dons ici (chaque petit don nous aide) : https://abc-belarus.org/en/about-us/donate/
– faites des achats auprès de notre distro : https://www.sabotage.ninja/category/collectives/abc-belarus-collectives/
– partagez cet appel avec vos compas
– si vous allez au Salon du livre, appelez à soutenir l’ABC Bélarus et parlez de notre travail et des prisonnier.es dont nous nous occupons
– organisez un événement au bénéfice de l’ABC Bélarus
– si vous voyez un événement auquel nous devrions participer, faites-le nous savoir.
Ce n’est pas la première fois que l’ABC Bélarus est bannie de tels événements et nous croyons que cette tendance ne fera que s’accélérer. La possibilité que nous ne soyons plus en mesure de soutenir nos compas en prison nous inquiète beaucoup.
Cependant, nous ne sommes pas seulement une « caisse », qui évitera les sujets inconfortables, afin de garantir l’arrivée de fonds. Nous sommes un collectif politique et notre analyse de la façon dont les dictatures fonctionnent et se renforcent mutuellement fait partie de notre anarchisme tout autant que notre travail anticarcéral.
Par conséquent, nous continuerons à garder la guerre en Ukraine dans notre ordre du jour, plutôt que regarder ailleurs.
Chaque jour, dans notre lutte, nous voyons la solidarité internationale en action, même nos compas derrière les murs épais des prisons biélorusses peuvent le ressentir.
Cette solidarité nous donne un espoir révolutionnaire, l’espoir que, peu importe la force de l’État, de l’impérialisme et du patriarcat, nous l’emporterons.
Merci pour votre solidarité et pour cet espoir.
Anarchist Black Cross Bélarus
« CommemorAction » est un mot-valise qui associe les termes commémoration et action.
Il exprime à la fois notre engagement à garder la mémoire de celles et ceux qui sont morts ou ont disparu dans leur quête de liberté de circulation, ainsi que nos revendications pour la vérité, la justice et la responsabilité !
Les personnes réfugiées et migrantes sont contraintes de risquer leur vie en traversant la mer, le désert ou d'autres zones frontalières, parce qu'elles ne peuvent pas emprunter des routes sûres en raison de régimes de visas restrictifs. Dans ce contexte, des dizaines de milliers de personnes sont mortes et continuent de mourir aux frontières de l'Union européenne.
Des proches des victimes, des survivant·es et des personnes solidaires ont créé le réseau transnational CommemorAction en 2020. Des familles de victimes de violences policières et étatiques à caractère raciste ont également rejoint le réseau CommemorAction. Nous nous souvenons des personnes mortes et disparues, nous leur rendons hommage, et nous agissons et protestons contre les conditions et les politiques responsables de ces morts.
Dans cette brochure, nous retraçons quelques étapes de la construction de ce réseau transnational. Nous présentons plusieurs expériences issues des rencontres transnationales de CommemorAction organisées au cours des six dernières années. Nous rassemblons également plusieurs prises de parole et témoignages de proches ayant perdu des êtres chers et aujourd'hui engagé·es dans le réseau CommemorAction.
Nous espérons que ce recueil de textes et les nombreuses photographies permettront de donner un aperçu du processus CommemorAction et d'en offrir une première compréhension. Bien entendu, ce petit livret reste fragmentaire. Il ne prétend en aucun cas être exhaustif ; il ne constitue qu'un aperçu des multiples activités et efforts déployés pour rendre hommage aux personnes mortes et disparues et pour agir contre le régime migratoire meurtrier.
En solidarité avec toutes les personnes mortes ou disparues du fait des violences d'État le long des routes migratoires et dans nos quartiers !
Juillet 2026
La brochure est aussi disponible en anglais sur le site https://commemoraction.net/ accès direct
Un dispositif de surveillance a été trouvé le 22 juillet 2026 dans une voiture en transit entre le sud-est et l'Auvergne-Rhône-Alpes.
Le dispositif a été découvert lors d'un changement d'autoradio, après que ce dernier ait été retiré de son emplacement. Deux micros (gauche-droite) étaient visibles en premier, collés à la paroi du cash plastique sous l'autoradio. Ils étaient reliés a un boîtier (bricolé sur la base du modèle Innova RB800) avec carte SIM (Orange) et carte micro SD, une petite batterie (1200 mAh) et une balise GPS (Taoglas, modèle datant de 2013). Le tout était ponté sur l'alim de l'autoradio et collé avec de la pâte collante à la paroi sous l'auto-radio.
La musique a bien dû leur casser la tête !
infos trouvées ici : https://nantes.indymedia.org/posts/167658/les-autoradios-ont-des-oreilles/
A l'heure où les mouvements sociaux ont été écrasés par le capital, les roses et les rouges peuvent tranquillement rafler la mise de nos espoirs brisés. Oui, puisque nous avons perdu, la bourgeoisie avance : c'est comme ça que ça marche. Que cela nous pousse dans les bras des réformistes ou des léninistes, c'est une autre histoire qui devrait être interrogée . Mélenchon n'est pas notre ami, et les soi-disant révolutionnaires qui veulent diriger eux-mêmes le pays pour notre plus grand bien non plus.
« ... et dans la réforme les lier »
Les Insoumistari
I. the G.A.U.C.H.E.
Le premier point, ça devrait être acquis : on peut mettre un bulletin dans une urne pour défendre nos intérêts matériels sans se mettre à lécher les pieds d'un gars qui dit très clairement qu'il veut continuer le capitalisme. On peut aussi ne pas mettre ce bulletin, d'ailleurs. Posons une chose : l'extrême-droite n'est qu'une tête de l'hydre. Ce qui doit être combattu ce n'est pas elle en soi, mais toutes les formes du capital. Se battre corps et âme à gagner cinq ans pour qu'au final un gars continue de faire tenir les rouages qui mènent au fascisme n'a aucun putain de sens. Rappelons à cet égard que les mesures « de gauche » sont toujours des mesures qui servent les racines de ce système de merde que sont l'étatisme et le capitalisme. La sociale-démocratie ici, c'est toujours le fascisme quelque-part, tout simplement parce que le capitalisme et l'exploitation impliquent des éléments fascisants dans leur production et leur reproduction. Or les gouvernements de gauche ne tiennent pas magiquement sur des lois complètement différentes de ceux de droite.
Ces éléments réactionnaires sont contenus dans les programmes de gauche : sous le vernis des améliorations, ce qui est proposé est de maintenir et reproduire les fondements de la violence capitaliste. Taxer les gros capitalistes par exemple, beaucoup de gens trouvent ça super : ça veut juste dire que l'argent qu'ils gagnent en exploitant des travailleurs dans d'autres pays nous reviendra un peu plus à nous qu'à eux, que ça tombera un peu plus dans la poche de l'Etat et un peu moins dans celles du patronat. En gros, au lieu que les patrons bouffent eux-mêmes les produits du néo-colonialisme, c'est nous qui allons les bouffer un peu. Merci mais si c'est ça la grande différence de la gauche avec les autres, on va laisser...
Voici un post instagram qu'on traduit un peu comme on peut, qui développe ce point et qui parle de HITLER mesdames et messieurs on est comme ça, dans la nuance, allons-y tout de go : « Adolf Hitler était un social-démocrate. Le génocide et le racisme mis de côté, c'était toujours un petit politicien de merde. Les gens comme lui existent encore de nos jours. Kamala Harris, Tim Waltz, Gavin Newsome... ils partagent la philosophie économique d'Hitler. La seule différence est qu'ils ne sont pas ouvertement des suprémacistes blancs (c'est débattable). La social-démocratie c'est du capitalisme avec un visage humain, et donc pour pouvoir prodiguer un petit paradis à ta population aryenne tu dois ou bien être engagé dans un état de guerre constant (l'Allemagne d'Hitler) ou bien tu dois avoir le Tiers Monde qui construit toutes tes merdes pendant que tu restes avantageusement assis au sommet du monde à jouer aux innocents (l'Europe du Nord). En résumé : la social-démocratie a toujours besoin de l'impérialisme pour fonctionner ». [1]
Soyons clairs : c'est vrai. On réfute le terme « social-démocrate » pour parler de Hitler car pour nous ça renvoie précisément au courant réformiste du socialisme, mais on comprend l'idée et on est d'accord avec : tout ça c'est du capitalisme. Les versions plus ou moins fascisantes, plus ou moins sociales-libérales ou libérales-autoritaires, plus ou moins néo-réformistes du capital ne proposent pas de ruptures fondamentales les unes par rapport aux autres. Ce sont des modes de gestion, qui ont plus en commun qu'ils n'ont de différences.
La pensée de gauche n'est ainsi pas une négation de la pensée de droite, elle en est une variante. Elle est celle qui consiste à refouler de nos esprits les aspects intrinsèquement fascistes et impérialistes du capitalisme pour se faire croire que c'est une question de gouvernement, et qu'il existe des « bons gouvernements », pour peu que les gens votent bien. Le système, lui, n'est pas remis en question. En gros : « on voudrait que les symptômes du capitalisme disparaissent mais les causes ne nous gênent pas. » Et, fonctionnellement : « on veut les avantages que l'exploitation et les oppressions du capitalisme nous octroient, mais on ne veut pas voir les rouages, ni que ça se passe ici ».
II. La nature du fascisme
Il y a dans la vision même qu'on s'est forgée de l'extrême-droite, et dans la construction de la gauche comme son antithèse, quelque-chose d'absolument raciste et dégueulasse : Hitler – revenons à lui – est vu comme une anomalie dans la normalité paisible, une incarnation de l'horreur au-delà de tout... Alors que les pays qu'il a combattus étaient des empires coloniaux. Ainsi quand Césaire dit que le fascisme est un « choc en retour », un retour en Europe des logiques politiques que les bourgeoisies blanches appliquaient à l'extérieur, c'est vrai. La seule chose « inacceptable » qu'Hitler ait faite, c'est de porter la logique coloniale au sein de l'Europe même : les horreurs, elles, sont pour les bourgeoisies d'une banalité totale. Il suffit de se rappeler que le capitalisme s'est en partie construit sur l'enrichissement dû à la production de canne à sucre, donc précisément sur l'esclavage, et que les Etats-Unis ont fondé leur Etat sur un génocide, et sur l'esclavage aussi. Tous appliquent les mêmes logiques, car ce sont les logiques du capital.
Si les bourgeoisies allemande et italienne ont tenté aux alentours de 1930 d'envahir une partie de l'Europe, ça n'est donc pas par un machiavélisme supérieur de beaucoup à l'esprit noble et distingué de leurs homologues , mais justement parce que les autres forces européennes et américaines avaient déjà bouffé le « gâteau » et apporté la violence comme système partout où c'était possible. Il ne restait donc pas tant d'autre possibilité pour augmenter la captation de plus-value, point sans lequel une bourgeoisie s'écroule, que tenter l'annexion de pays déjà eux-mêmes coloniaux. En fait, ce qu'on appelle fascisme, et qu'on oppose à la « gauche », pourrait très bien correspondre à ça : quand l'horreur capitaliste arrive là où elle ne « devrait pas », c'est-à-dire sur nous. Tandis que le Front Populaire, qui a maintenu le colonialisme, peut être dit « antifasciste » car il a relégué la violence maximale, fondamentale au capital, un peu plus loin de la vue pour se contenter de la violence « acceptable » - déjà hardcore sa mère on est d'accord. Aucun pays, aucun gouvernement n'était pas atrocement criminel dans la deuxième guerre mondiale, il faut le comprendre, et l'analyse qui tente de faire de Hitler une exception, en opposant artificiellement extrême-droite et gauche – ou plus généralement extrême-droite et « république » - dans leurs fonctionnements profonds, cause énormément de dommages à l'analyse politique.
C'est un point fondamental. Les massacres et les génocides, les systèmes concentrationnaires, les logiques débordant l'exploitation salariale pour tendre vers des formes de servitude plus ou moins avancées voire extrêmes ne sont pas des exceptions ou des aberrations du capital. Au contraire, elles sont son indispensable corollaire, son pilier de fonctionnement, elles sont la logique fondamentale de l'accumulation de la plus-value sans laquelle il ne tient pas. La différence entre les différents types de régimes capitalistes – fascistes, droitisants, ou de gauche, même « radicale » - ne tient pas à autre chose qu'au niveau de visibilité assumé de ce fait, et à quel point la violence concerne aussi les travailleur.euse.s au sein du pays même.
III. Le mélenchonisme qui vient
Alors quand on nous parle de « l'extrême-droite aux portes du pouvoir », une extrême-droite face à laquelle il faudrait se mobiliser en votant « gauche radicale » comme on devait voter Macron ou Chirac auparavant, la seule chose qu'on comprend, c'est que le brouillage des pistes a gagné. Les différentes fractions du capital ont bien su utiliser la propagande pour créer un mythe des « bon bourgeois contre les mauvais », mythe qui les arrange tous. Une grosse partie de la militance tombe dedans, décidant que le réformisme de gauche est le bien pour lequel il faut lutter corps et âme, bec et ongles, tractage aux municipales et posts insta moralisateurs. La lutte des classes est morte, vive le front de gauche. Et tant pis pour la révolution : car en démocratie, tous les cinq ans, il faut se mobiliser pour éviter le pire (le pire étant différent selon les circonstances). Et entre temps le faire pour les législatives, et le faire pour les municipales, et le faire pour les européennes, etc... Il reste peu de temps et d'énergie pour autre chose, à la fin. Tant que ces échéances rythment notre vie, la récupération est constante, le surgissement de la révolte court-circuité sans arrêt.*
Il se joue parallèlement à cette captation de l'énergie dans les processus institutionnels une confusion bizarre entre ligne politique et conscience des oppressions. A écouter beaucoup de monde, on dirait que « être anti-oppressif » signifie texto « être sauce-dem », voire léninisant (car anti-impérialiste, etc). On a envie de dire que de ce point de vue le « wokisme » existe bel et bien, en tant que signe égal mis entre ces deux points, comme une obligation morale. Ainsi depuis que Mélenchon monte, on voit se multiplier les take type « les abstentionnistes / anarchistes qui allez pas voter Mélenchon, vous êtes pas les alliés que vous croyez ». On répond sans sourciller, depuis le courageux anonymat de cette brochure : « les sauces-dem qui faites passer votre ligne politique pour la réalité objective, vous êtes des sauces-dem avant d'être des alliés ou des concernés ». [2]Pouf, ça c'est envoyé, dans les dents.
Car pour adhérer autant à la gauche il faut croire sans questions ce qu'elle dit d'elle-même. On nous excusera de pas gober le truc. Plongeons nous dans le mandat Mélenchon deux secondes. Sous LFI, les CRA existeront toujours, et vous verrez bien comment ils traiteront les étrangers ou les militants contre les frontières. Sous Mélenchon, la police existera toujours, même si sûrement un peu plus bridée, or la police n'a qu'un seul rôle, et elle le tiendra. Sous Mélenchon, le travail existera toujours, or le travail EST l'institution de l'exploitation, indiscernable de ses composantes les plus fondamentales : exploitation racialisée et genrée... qui fondent le racisme et le sexisme systémiques. [3] D'une façon ou d'une autre, Mélenchon continuera de nourrir les racines mêmes de ce qui finit par s'incarner sous la forme de l'extrême-droite, tout simplement parce que le seul moyen de ne pas les nourrir est de démanteler le capitalisme [4], chose dont il n'a aucune envie et qui ne viendra pas de lui. Lui, au contraire, se propose magnanimement en continuateur.
Affirmer, comme la gauche le fait, qu'il pourrait exister un capitalisme moins suprémaciste, moins patriarcal, un capitalisme dont l'exploitation serait un juste régime salarial pour tout le monde est un mensonge absolu. Ce mensonge a une fonction : faire dériver les désirs d'émancipation dans des théories moins radicales, moins difficiles, moins absolument demandantes que la révolution. Il suffit de voter et de pousser tout le monde à le faire et hop ! ça sera bon. Ça permet à une partie de la militance de se sentir investie d'une mission d'éveil des consciences bien surplombante typique des socialos autoritaires. Et si c'est pas bon, tkt, dans cinq ans on repart. Nous, on pense que ça pue la merde. Qu'on a autre chose à foutre que de se mobiliser pour ça. Qu'on préfère pas faire semblant qu'on fait quelque-chose si ce quelque-chose c'est : servir les récupérateurs de nos colères et de nos espoirs, ces connards qui, en jouant la carotte entre les coups de bâton, participent à la paix sociale tout autant que la droite et l'extrême-droite. [5]
IV. Que faire ? (lol)
Donc rappelons quelques points qui nous paraissent très importants.
1. Les révolutionnaires ne sont pas responsables de l'arrivée de la droite au pouvoir, même quand ils ne votent pas.
2. La gauche n'est qu'une des formes du capital. Et c'est par une vision raciste/sexiste, car occultant les réalités impérialistes, suprémacistes, structurellement sexisantes du capital, que cette gauche parvient à se rendre acceptable voire « désirable ». Elle est à cet égard une saloperie sans nom, car elle distord la réalité du capital dans nos têtes, brouille la lutte des classes en la transformant en « lutte de la droite contre la gauche ».
3. Ce point n'exclut ni le fait que les fractions dominantes de la bourgeoisie ne veulent pas de Mélenchon à la tête de l'Etat, ni qu'un mandat sous son gouvernement serait moins violent qu'un mandat sous n'importe quel autre parti présidentiable. Pour autant, il faut bien comprendre ce que veut dire ce troc : un peu moins de violence localisée et spécifique contre le maintien et la continuation de la violence partout ailleurs, dans l'écrasante majorité des sphères de la société. Le maintien et la continuation de la violence comme modèle d'organisation de la société. Et la paix sociale voire le soutien des militants à un mandat qui sert l'exploitation et son fonctionnement patriarcal-racial-écocide. Ce n'est pas notre programme.
4. Être révolutionnaire ne consiste pas à faire le plus confortable : en l'occurrence, se rallier derrière le premier parti sauce-dem venu, même si sans révolution en vue d'ici là évidemment qu'on espère que ce sera plus lui que les autres connards encore pire. On a peur comme tout le monde, et bien sûr qu'on veut le moins de violence possible, et bien sur que si c'en est d'autres le niveau de violence sera un voire plusieurs crans au-dessus. Et bien sur que ça retombera sur les personnes oppressées, puisque le capital fonctionne comme ça. On n'est pas dans le déni, et la situation nous plait pas.
Mais c'est juste pas la question. Si la situation en est là c'est pas à cause des abstentionnistes mais des défaites dans les luttes concrètes, défaites que l'électoralisme alimente en nous mobilisant sur les enjeux des bourges. Et défaites qui seront tout autant provoquées par une police de gauche qu'elles le sont par la police actuelle. On est pas là pour dire « Mélenchon c'est plus gentil que Retailleau alors vote Mélenchon », on est là pour tendre vers la conflictualité avec ceux qui permettent à ce système de se perpétuer.
Si une propagande est à faire, c'est donc aussi bien pour démonter le discours de la droite et de l'extrême-droite que pour montrer en quoi Mélenchon fait partie du système capitaliste bien plus qu'il ne le combat, et en quoi le capitalisme est fondamentalement une horreur sans nom, sous toutes ses formes, de droite comme de gauche. Seul ce type de discours peut nourrir les buts que l'on poursuit, à savoir donner de la force à tout ce qui peut aller vers le renversement de ce putain de système de merde pour mettre en place le communisme/l'anarchisme. Dans cette optique, passer son temps à soutenir Méluche/ à ne taper que sur l'extrême-droite nous parait complètement contre-productif. En fait, donner notre temps et notre énergie à investir les échéances électorales, autrement que pour en montrer ou en attaquer la nature bourgeoise, nous semble être une putain d'aberration. On est pas la gauche, on veut pas l'être, on la vomit. Même si ça n'empêche pas qu'en attendant, en effet, nos défaites nous poussent à espérer plutôt lui qu'un autre.
5. Enfin, quand on dit tout ça sur « lui plutôt qu'un autre » et etc, on veut quand même poser qu'on le dit en négatif, par rapport au programme des autres : oui, si c'est lui, ça n'est pas Le Pen, Philippe ou Retailleau. Mais le concernant lui, on n ‘a pas beaucoup d'attentes. Une partie de la sphère militante semble avoir fait de lui son nouveau Jésus en partant du principe qu'il fera tout ce qu'il a promis. On veut rappeler que c'est un politicien qui veut avant tout être élu. Pour le reste, ce qu'il voudra réellement faire, ce qu'il pourra réellement faire, c'est une autre histoire, mais rappelez-vous bien que Mitterrand aussi s'est présenté plusieurs fois avant d'être élu et ça l'a pas rendu plus radical dans les actes. De même, le Front Populaire en 36 a aussi été élu sur le sujet de « la menace fasciste » et les seules avancées réelles qu'il a mises en place sont celles que le prolétariat a contraint le patronat à accepter ; autrement, c'était un parti sauce-dem basique qui comptait pas faire grand-chose. Et qui a, comme tout bon parti de « gauche radicale » qui se respecte, détricoté tout ce qu'il pouvait de droits de notre camp durant le reste de son mandat. Il nous parait évident que Mélenchon élu, après quelques-mesures démago, va beaucoup, beaucoup, décevoir. Je veux dire, incarner et récupérer nos espoirs face à la montée de l'horreur du capital, c'est littéralement son boulot. Ça nous paraitrait vraiment bien si les voix militantes autour de cette campagne proposaient autre chose que la collusion basique avec la bourgeoisie.
Conclusion
Comme dans tous les moments d'élection, nos voix vont être plus inaudibles que d'habitude. C'est dans la révolte et les mouvements sociaux que nos aspirations existent et trouvent de l'écho : le terrain de l'Etat et des institutions est celui de la social-démocratie, depuis sa forme la plus légère et réformiste – Mélenchon – jusqu'au bout du spectre rouge qui tâche – léninistes, « radicaux », stals... Ils vont s'époumoner, ce moment est pour eux, mais au moins qu'on ne les laisse pas imposer leur vision autoritaire et la faire passer pour révolutionnaire là où on pourra l'empêcher [6]
D'une façon ou d'une autre, une fois Mélenchon élu, c'est contre lui et sa police, et contre une partie des « militants » transformée en supplétifs informels – gauchistes syndicalistes et léninistes – , qu'on devra sortir dans la rue pour se battre. Non, la révolution ne sera pas plus avancée ni plus facile sous Mélenchon. De même qu'elle n'était pas plus « objectivement avancée » à l'époque de l'URSS ou du Front Populaire : ces gens-là ne sont tout simplement pas nos alliés. Si l'avancée de l'extrême-droite n'est pas une bonne nouvelle, le renouveau de la gauche et de « l'espoir » mystificateur qu'elle incarne ne le sont pas, et ne le seront jamais non plus.
A4
A5
livret
[1] Le compte c'est commissar_howitzer après on fait pas la pub, c'est pas vraiment un anti-autoritaire
[2] Oui c'est un peu un équivalent de « prout prout c'est celui qui dit qu'y est ». Mais des fois c'est un bon argument.
[3] C'est pourquoi la gauche réformiste passe son temps à mettre le sexisme et le racisme du côté de la conscience, de l'éducation, de l'individu : ça permet d'effacer la réalité des oppressions, qui sont des composantes de l'exploitation, et qui ne peuvent qu'être reproduites si ces composantes ne sont pas démantelées.
[4] A la fois en tant que structure, et en tant que rapport social
[5] Et la paix sociale, on est d'accord, c'est la guerre sociale en train d'être perdue
[6] Et ce, même s'ils utilisent pour ça tous les arguments les plus fallacieux – comme faire de leur ligne la seule envisageable si on « prend en compte le réel » ou mettre un signe égal entre « anti-autoritaire » et « privilégié ».

Communiqué du collectif Peaux Noires, Ligne Rouge, sur le jugement rendu dans l’affaire Crépol, qui franchit un cap alarmant vers l’ethno-nationalisme d’État.
Le 20 juillet 2026, les juges d’instruction chargés de l’affaire de Crépol ont requalifié les mises en examen des quatorze personnes poursuivies pour la mort de Thomas Perotto (tué le 19 novembre 2023 à Crépol (Drôme), après avoir été frappé à l’arme blanche), en retenant contre elles une circonstance aggravante de racisme visant, selon les termes mêmes du dossier, « la race blanche et la nation française ». Que de tels mots soient aujourd’hui inscrits noir sur blanc par une institution judiciaire de la République, à la demande de parties civiles parmi lesquelles l’AGRIF, officine identitaire d’extrême droite catholique, n’est pas un détail de procédure. Il s’agit ici d’un basculement de l’institution judiciaire. Disons-le sans détour : Thomas Perotto avait seize ans, et la mort de cet adolescent est une tragédie. C’est précisément parce que ce deuil-là est réel que nous refusons qu’il devienne l’arme idéologique qu’en fait, méthodiquement, depuis novembre 2023, toute l’extrême droite française, jusqu’à armer les ratonnades et les expéditions punitives menées, dans les semaines qui ont suivi le drame, au nom de la « race blanche ».
Car le « racisme anti-blanc » n’existe pas. La négrophobie et l’islamophobie sont structurelles parce qu’elles organisent concrètement, chaque jour, la relégation, la surveillance et la mise à mort de nos vies. Il n’existe, en face, aucun système qui organise l’infériorisation des Blancs en tant que Blancs. Retourner ce concept contre les racisé.e.s n’est qu’obtenir la négation pure et simple de ce combat, et offrir à l’extrême droite ainsi qu’à l’ensemble du bloc réactionnaire de la bourgeoisie une nouvelle tribune pour intensifier son offensive idéologique raciste.
Cette vérité éclate dès qu’on observe le deux poids deux mesures de l’appareil judiciaire et politique. En février 2026, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence pour Quentin Deranque, militant d’extrême droite néonazi. Neuf mois plus tôt, la même Conférence des présidents avait d’abord refusé le moindre hommage à Aboubakar Cissé, jeune musulman assassiné de dizaines de coups de couteau. Voilà, à nu, la hiérarchie des morts que dresse l’État. Le même mépris gouverne les qualifications pénales : Mahamadou Cissé, abattu par un voisin, s’est vu offrir un « crime par exaspération » avant que son meurtrier ne soit remis en liberté, soutenu par une cagnotte d’extrême droite ; pour Aboubakar Cissé, le parquet s’est empressé d’écarter la qualification terroriste et de psychologiser le geste, « envie obsessionnelle de tuer » ; à Saverne, un homme qui tira sur une famille maghrébine aux cris de « sales bougnoules » et » je vote RN » vit les faits ramenés à de simples « violences aggravées » ; à Brest, le 5 juillet, une femme musulmane voilée touchée par un tir dans un parc, devant son enfant, vit l’enquête pour tentative d’homicide ramenée à de simples « violences volontaires », au terme de près de deux semaines de silence médiatique national, la presse locale ne parlant que d’« une femme », pas un mot de son voile. Quand la victime est noire ou musulmane : lenteur, minimisation, psychologisation. Quand il s’agit de la » race blanche » : la machine trouve ses mots en quelques jours. Il n’y a là aucun hasard. Les institutions pénales appliquent la définition du racisme telle que l’État français la conçoit, et leur principale, si ce n’est leur seule, raison d’être est d’entériner et de protéger l’ordre capitaliste et le suprémacisme blanc qui lui est consubstantiel. En consacrant juridiquement la » race blanche » et la » nation française » comme catégories à défendre la justice accorde une légitimité intellectuelle et offre une victoire politique à tous les groupuscules identitaires. Elle franchit un pas décisif vers l’ethno-nationalisme d’État.
Nous refusons ce deux poids deux mesures. Nous refusons que la vie des Noir.es, des musulman-es et des racisé.es soit reléguée au rang de fait divers pendant que l’on érige la « race blanche en catégorie protégée du droit. Nous refusons que l’appareil judiciaire, arme d t de race, prétende plus longtemps arbitrer avec neutralité les rapports de domination qu’il est fait pour reproduire.
Peaux Noires Ligne Rouge dénonce cette requalification comme un précédent d’une gravité inouïe et un blanchiment de l’idéologie identitaire par l’État. Nous n’avons rien à quémander à cette justice. Notre tâche est ailleurs : reconstruire, contre le racisme qui la divise, l’unité de notre classe.
Organisons-nous, préparons la riposte. Tout le pouvoir au peuple ! « Le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri » – Karl Marx
https://rebellyon.info/Atteinte-a-la-race-blanche-a-Crepol-l-40083
Traduction de la revendication du sabotage de l’oléoduc transalpin en mars. l’original : https://ilrovescio.info/2026/06/16/una-proposta-di-guerra/
Ce texte a été traduit pour être lu et débattu. Nous n’en partageons pas tous les aspects. Sa forme est étrange oudérangeante par moment, mais nous le trouvons stimulant, percutant, et les thèmes qu’il aborde, trop nombreux pourêtre énumérés, ont de quoi nourrir quelques discussions.Publié en Italie en juin 2026, il se compose de trois parties. La première constitue la revendication du sabotage demars 2026 contre l’Oléoduc Transalpin dans la région du Friouli-Venezia-Giulia, attaque qui a mis à l’arrêt plusieursraffineries dans plusieurs pays. Elle en détaille les motivations, et les réactions. La seconde est une réflexion critiquesur les pratiques en cours aujourd’hui, et en particulier dans le mouvement de soutien au peuple palestinien, assortied’une proposition. La troisième est une analyse des évolutions du pourvoir, et les perspectives stratégiques qui endécoulent. Ce texte en annonce, en outre, un deuxième à venir.Comme pour toute traduction, le contexte compte : publiées dans le mouvement italien, ces paroles s’inscrivent dansla continuité d’une tradition où se conjuguent l’analyse des rapports sociaux avec celle des infrastructurestechnologiques, et les réflexions sur les modes d’organisation offensive. Mais dans ce contexte fortement marqué parla répression, elles s’inscrivent aussi en rupture avec des pratiques qui ne permettent pas de s’en prémunir, et quimaintiennent l’action dans le champ du symbolique. Si elles peuvent aussi résonner ailleurs, ces paroles doivent êtreprises pour ce qu’elles sont : un communiqué, pris dans la situation italienne, et dont la forme joue probablement àcompliquer une éventuelle identification. Nous avons pris soin d’en faire une traduction à la lettre.
► SAMEDI 8 AOÛT 💥
▸ 16h : Atelier masques Mapache (Chili 🌶️)
▸ 17h : Tournoi foot ⚽️
▸ Dake - live painting 🎨
▸ Sky Sound Dub .........................chill
▸ Cabaret jonglerie - Mito
▸ 21h → ANTIFANFARE...................... chauffe chauffe ! 🔥
▸ 22h30 → Rap Sam Panda 🎤 (Soudan)
▸ 00h → The LITTLE DOGS 🇨🇱🤘 (chili) rock ska déjanté
▸ 01h → TROPICALES DJIPSIES - Didi ▸ 03h → DJ Octo & Shark VS Koon.+ Ping-pong DJ
⏰ ON FERME À 5H (et on remet ça dimanche !).
► DIMANCHE 9 AOÛT
Piscine 🏊 & foot
▸ 18h : Baque de Chuva (brésil) percussions brésiliennes 🥁
▸ 19h30 : Ama Keme Kemo (Cumbia)
▸ 21h : Thaissinha DJ set ! 🎧
🍽️ ON MANGE QUOI ?
Samedi : Plat éthiopien par Samira & Ziyad.
Dimanche : PIZZAS à gogo 🍕 !
📍 Zonneklopper – Chaussée de Neerstalle 172, 1190 BXL
🎟️ Entrée 5€
Zkaroussel.art
#ZKaroussel #FestivalParticipatif #Bruxelles #Zonneklopper #ArtEtFête
Un magnat du pétrole, un éco-technophile et un cachalot sont dans un bar. Ils se sont mis à boire et, inévitablement, à se la raconter. Le pétrolier regarde le cachalot et déclare que sans les combustibles fossiles, les 75 espèces de baleines auraient été chassées pour leur huile jusqu'à l'extinction.
« Mon industrie et sa technologie ont sauvé ton gros cul. »
L'éco-technophile s'est alors incrusté dans la discussion. Selon lui, sauver les baleines était un jeu d'enfant.
« Vous, les pétroliers, vous avez peut-être sauvé quelques baleines, mais les technologies bas carbone vont sauver cette foutue planète – y compris les pétroliers. »
À ce moment, le cachalot pose son whisky pour exprimer son indignation.
« Bande d'idiots. Le pétrole a accéléré le massacre des baleines, et les technologies vertes ne vont probablement pas sauver la planète. Vous deux, bande de crétins, ne connaissez rien à l'énergie ni à ses conséquences imprévues. »
C'est là une parabole moderne sur l'énergie.
Les gens pensent généralement que lorsque les marchés sont à court d'une ressource ou, dans le cas des baleines, lorsque les marchés exterminent plusieurs espèces, la civilisation trouvera une nouvelle ressource qui remplacera l'ancienne. De la même manière, les énergies renouvelables sont censées mettre à la retraite les combustibles fossiles, n'est-ce pas ? Mais l'histoire du massacre des baleines raconte une histoire beaucoup plus complexe et nuancée. Le sociologue américain Richard York détaille cette histoire dans un intrigant essai de 2017 intitulé Why Petroleum Did Not Save the Whales.
Naturellement, les magnats du pétrole aiment à penser que le boom pétrolier de 1859 en Pennsylvanie, qui déversa du kérosène sur le marché nord-américain, aurait produit un ralentissement de la demande d'huile de baleine utilisée à l'époque pour l'éclairage.
Mais comme le documente York dans son essai, les preuves historiques montrent que la plupart des massacres de baleines ont eu lieu au XXe siècle et en grande partie après la Seconde Guerre mondiale, grâce aux combustibles fossiles et à d'autres innovations. Le pétrole a simplement permis de tuer plus de baleines, plus efficacement que jamais auparavant.
Cette histoire de conséquences imprévues hante déjà les sources d'énergie renouvelables, ajoute York. York a vérifié les faits, et ces derniers indiquent clairement que les économies de marché n'utilisent pas le solaire, l'éolien ou la géothermie pour remplacer le pétrole, le gaz ou le charbon, mais pour augmenter la consommation globale d'énergie. De plus, le pétrolier et l'éco-technophile partagent la même ignorance flagrante : ils croient tous les deux que la technologie sauvera la situation et feront progresser le monde vers un avenir meilleur.
Malheureusement, cette hypothèse ne vaut pas mieux que les promesses de production venant du fabricant d'automobiles Tesla : le monde de l'énergie est un système technique complexe qui n'évolue pas de manière linéaire, et ce pour une raison simple tenant à la nature même de la technologie, explique York. La technologie, qu'elle soit fossile ou verte, augmente le nombre de produits et services qui utilisent de l'énergie, ce qui finit par créer une plus grande demande. York résume habilement la question : « Les technologies sont généralement déployées pour augmenter les profits, et non pour conserver les ressources », écrit-il. « Les producteurs travaillent à créer des marchés et à accroître la consommation de leurs produits afin de favoriser l'accumulation de richesse. » Cela explique non seulement pourquoi le pétrole n'a pas sauvé les baleines, mais aussi pourquoi les économies réalisées grâce à l'efficacité énergétique ne se traduisent généralement pas par une réduction de la consommation d'énergie. Les consommateurs et les producteurs se contentent de dépenser les économies réalisées pour trouver d'autres moyens de consommer plus d'énergie.
Mais revenons à l'histoire des baleines.
Comme toute baleine franche pourrait vous le dire, les Américains ont maîtrisé l'art de massacrer les géants au XVIIIe siècle. Après avoir épuisé les baleines franches, les tueurs de Nantucket se sont tournés vers les cachalots, leur huile étant meilleure que la graisse de bétail pour les bougies ; elle les rendait aussi plus brillantes. Les cachalots constituaient également une proie facile à attraper : ils étaient timides et aimaient s'étendre à la surface de l'eau.
En 1833, les Américains dominaient la chasse à la baleine. L'industrie américaine à elle seule employait 70 000 hommes et quelque 1 200 navires. Elle rapportait également de gros profits aux Quakers pacifistes qui dominaient l'industrie. (A l'époque, d'autres communautés religieuses « éthiques » évitaient le coton fabriqué par les esclaves et les lampes à huile parce qu'elles brûlaient de la graisse de baleine).
Dans sa magnifique histoire des baleines intitulée Leviathan, Philip Hoare note que « le baleinier était une sorte de pirate-mineur – un excavateur de pétrole océanique alimentant la fournaise de la Révolution industrielle autant que n'importe quel homme extrayant le charbon de la terre. » L'huile de baleine lubrifiait les machines industrielles et illuminait les maisons. Les scientifiques estiment aujourd'hui que 300 000 cachalots ont été tués dans le monde avec une technologie rudimentaire : « par des équipages de voiliers qui utilisaient de petites embarcations pour les poursuivre, les harponner, les épuiser et les transpercer » entre 1712 et 1899. Mais les combustibles fossiles ont fait croître ces chiffres. Au XXe siècle, le massacre s'est accéléré pour atteindre près de trois millions d'animaux.
La chasse à la baleine industrielle moderne est apparue dans les années 1860, lorsque l'industrie baleinière américaine de faible technicité entrait en crise. La Guerre Civile avait réquisitionné la plupart des navires baleiniers américains pour des objectifs militaires, alors les Norvégiens ont comblé le vide. La technologie standard des voiliers, des barques à rame et des harpons à main avait permis de pêcher les populations de baleines franches et de cachalots dans l'Atlantique et le Pacifique. Les prix de l'huile de baleine ont également chuté lorsque le kérosène commençait à inonder le marché de l'éclairage domestique. Le magazine Vanity Fair a même mis en valeur la popularité du kérosène dans un dessin animé montrant un groupe de cachalots célébrant un « Grand Bal donné par les baleines en l'honneur de la découverte des puits de pétrole en Pennsylvanie. » L'une des baleines portait une banderole avec le message « Nous ne pleurons plus à cause de notre graisse. » (jeu de mots entre « whale » et « wail » difficile à traduire : « We wail no more for our blubber »). Mais la célébration était en avance de plus d'un siècle.
Bientôt, des navires propulsés au charbon – et plus tard au diesel – ouvriront de nouvelles zones de chasse à la baleine en permettant à l'industrie de poursuivre les baleines bleues et les rorquals communs, des espèces qui se déplacent plus rapidement et comptent parmi les plus grands mammifères sur Terre. Un harpon explosif mis au point par un chasseur de phoques norvégien, Svend Foyn, a également facilité la tâche pour tuer les baleines les plus rapides.
Les navires-usines, qui pouvaient transformer les baleines en mer, ont également facilité la folie meurtrière. Comme l'a raconté un observateur en 1938, un seul navire-usine moderne pouvait prendre plus de baleines en une saison « que la flotte baleinière américaine de 1846 » qui comptait plus de 700 voiliers. Le sociologue York écrit : « Le navire-usine et sa flotte ne pourraient pas exister sans les combustibles fossiles qui alimentaient toute l'opération. Ils ont permis le stockage de longue durée des produits de la baleine en faisant fonctionner des congélateurs (pour la viande) et en traitant l'huile de baleine pour qu'elle ne devienne pas rance. »
Au fur et à mesure que le massacre s'accentuait, les baleiniers ont diversifié leurs produits et créé de nouvelles demandes. L'os de baleine, le plastique de l'époque, permettait de fabriquer des corsets et des arceaux pour l'industrie de la mode tandis que les militaires découvraient une nouvelle innovation : la fabrication de nitroglycérine. De leur côté, les chercheurs canadiens pensaient que la viande de baleine pourrait se vendre aussi bien que le bœuf.
Les frères Lever possédaient même leur propre entreprise de chasse à la baleine pour faciliter leur approvisionnement en graisse de baleine pour fabriquer du savon. Puis le processus d'hydrogénation a permis de transformer l'huile de baleine en margarine. Ce fut un best-seller pendant des années, jusqu'à ce que le beurre prenne sa place.
Dans les années 1930, la très active industrie baleinière a sponsorisé ses propres – et non officiels – « Jeux Olympiques de la Baleine ». Les jeux opposaient tous les pays baleiniers qui se battaient pour « attraper le plus de baleines possible avant qu'elles ne soient prises par les baleiniers d'un autre pays. » Dans ces années-là, l'huile de baleine constituait une part si importante de l'approvisionnement alimentaire du Royaume-Uni qu'entre 1932 et 1936, « elle représentait 37 % de la teneur en margarine, 21 % du composé de saindoux et 13 % de la teneur en savon…. En 1938, le gouvernement britannique a classé l'huile de baleine, avec la viande et le sucre, parmi les produits essentiels à la dite défense nationale. »
Après la Seconde Guerre mondiale, le prix de l'huile de baleine a de nouveau augmenté en raison de la pénurie générale d'huiles alimentaires. En conséquence, un groupe de pays, dont les États-Unis, l'Argentine, l'Australie, l'URSS, le Danemark, la Suède, l'Italie et même l'Autriche, pays sans littoral, ont annoncé leur intention de tuer davantage de baleines au nom du progrès de l'humanité. Les statistiques sur la chasse aux baleines donnent à réfléchir. Les scientifiques calculent maintenant que les navires de chasse industriels ont tué près de 2,9 millions de baleines au XXe siècle, « ce qui en fait (au moins en termes de biomasse pure) peut-être la plus grande chasse de l'histoire de l'humanité. »
L'efficacité du massacre dépasse l'entendement : « Entre 1900 et le milieu de l'année 1962, les méthodes industrielles ont tué autant de cachalots qu'au cours des XVIIIe et XIXe siècles réunis. De manière incroyable, cet exploit a ensuite été répété entre 1962 et 1972. » Les Soviétiques ont tué la plupart des baleines à bosse autour de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie dans les années 1960, non pas parce qu'ils avaient besoin de viande ou d'huile de baleine, mais parce qu'ils avaient des plans économiques quinquennaux à réaliser et la technologie pour y parvenir. Ils ont donc tué, comme l'a documenté plus tard un scientifique, « sans aucune autre raison que le fait de dire qu'ils les avaient tués. »
Alors que l'abattage industriel diminuait la taille et le nombre des baleines, la Commission baleinière internationale a essayé de gérer le carnage, mais avec comme souci principal de perpétuer la technologie de l'industrie. Il est révélateur que la commission n'ait pas approuvé de moratoire sur la chasse à la baleine avant 1985.
Les leçons à en tirer sur l'énergie sont nombreuses. L'industrie de la baleine nous dit par exemple que les économies humaines ne réagissent pas avec empressement – ni avec raison – à l'épuisement d'une marchandise. La découverte et l'exploitation du pétrole auraient pu empêcher le massacre de près de trois millions de baleines au XXe siècle, mais ce ne fut pas le cas. Ce n'est pas parce qu'il existe un substitut – le kérosène pour l'huile de baleine ou les énergies renouvelables pour certains combustibles fossiles – que le marché les utilisera à des fins de conservation.
La perspective d'une régulation de la chasse à la baleine a également incité les chasseurs à capturer le plus grand nombre de baleines possible avant l'entrée en vigueur de la réglementation. Les économistes appellent désormais cette réponse perverse à l'épuisement des ressources le « paradoxe vert ». L'économiste allemand Hans-Werner Sinn affirme par exemple que la société joue le même jeu avec les combustibles fossiles. Il craint que « les politiques visant à réduire la demande future de combustibles fossiles ne se retournent contre les propriétaires de ressources en les incitant à avancer leurs plans d'extraction, accélérant ainsi le réchauffement climatique ». En fait, la plupart des pays exportateurs de pétrole veulent construire plus d'oléoducs et exporter plus de combustibles lourds en carbone le plus rapidement possible.
La parabole de la baleine comporte également d'autres vérités importantes, selon York.
Les solutions technologiques ont leurs limites et on ne peut pas compter sur elles pour résoudre de graves problèmes environnementaux. Le pétrole aurait pu fournir tous les substituts nécessaires pour mettre fin à l'industrie baleinière, mais au lieu de cela, les combustibles fossiles ont dynamisé le massacre. Le pétrole et les autres nouvelles technologies mettent en évidence « l'imprévisibilité fondamentale des systèmes complexes », écrit York. Les innovations technologiques ne rendent pas obsolètes les ressources ou ne mènent pas à leur conservation, mais augmentent la production « afin d'augmenter les profits ».
L'histoire montre également que les tentatives de gestion de la chasse à la baleine au XXe siècle sont devenues un débat interminable sur l'état des stocks jusqu'à ce qu'il n'y ait pratiquement plus de baleines. Un débat similaire a lieu aujourd'hui avec le changement climatique et l'épuisement des ressources pétrolières bon marché. Malgré des conditions climatiques plus extrêmes et des situations d'urgence coûteuses, les dirigeants mondiaux continuent de débattre. Pendant ce temps, l'industrie continue d'exploiter ce qui est aujourd'hui le pétrole le plus cher et le plus difficile à extraire au monde, qu'il soit extrait d'un bassin au Texas ou des profondeurs de l'océan.
Peut-être que le dernier mot devrait revenir à York : « Largement répandu, l'espoir de voir les nouvelles technologies aider les sociétés à surmonter les problèmes environnementaux revient à faire l'hypothèse suivante encore couramment acceptée : les technologies auraient principalement les conséquences voulues par ceux qui les développent et/ou les déploient. » Les baleines, quant à elles, savent que ce n'est pas le cas, parce que la technologie a des conséquences imprévues.
Un certain Andrew
Texte originellement publié dans la revue Takakia, rugissements contre la société techno-industrielle
# 1 (hiver 2023-2024
Texte paru dans le numéro 1885 du magazine mensuel de la Fédération Anarchiste (FA) « Le Monde Libertaire » sur les attaques médiatiques contre le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) orchestrées notamment par Marianne, Valeurs Actuelles, Franc-Tireur, Charlie Hebdo et les médias du groupe Bolloré.
Le 11 avril 2026 s'est tenu à la Maison de la Chimie dans le 7e arrondissement de Paris le colloque de « l'institut Iliade pour la longue mémoire européenne ». Les « libertés », présentées comme le thème central du colloque, ont donc servi ce jour-là à réunir des figures de l'extrême-droite comme Laurent Obertone, créateur du vrai-faux magazine satirique La Furia et Alice Cordier, cheffe du collectif Némésis. Le 70e anniversaire de l'association du Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) sert aussi de carburant aux paniques morales habituelles des médias du groupe Bolloré comme CNews ou le Journal Du Dimanche (JDD).
« Liberté », « Europe », « Destin » ou encore « Civilisation » : autant de termes mobilisés par l'institut « Iliade pour la longue mémoire européenne » le 11 avril 2026 à la Maison de la Chimie dans le 7e arrondissement de Paris. À deux pas de l'Assemblée Nationale, cette association héritière de la Nouvelle Droite (ND) et du Groupement de Recherche et d'Études pour la Civilisation Européenne (GRECE) a donc réuni à l'occasion de son 13e « colloque » annuel toute une panoplie de figures d'extrême-droite comme Laurent Obertone, créateur avec Marsault et Papacito du pseudo-magazine La Furia et Alice Cordier du collectif Némésis. Le plus ancien de tous ces « activistes » présent dans les mouvements nationalistes depuis la fin des années 60, Jean-Yves Le Gallou, était évidemment de la partie. Sa fondation Polémia qu'il a créée en 2002 organise aussi des événements presque annuellement comme le « Forum de la Dissidence » ou les « Bobards d'Or » dont l'édition 2026 a été retransmise en direct par le « média » Frontières qui avait pour l'occasion envoyé l'une de ses têtes d'affiche, Louise Morice.
La Manif Pour Tous (LMPT), qui s'est illustrée en 2012 et 2013 par sa lutte contre l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, a entraîné dans son sillage la formation de nombreuses organisations. Parmi elles, on peut citer « Les Antigones », collectif identitaire que l'on peut considérer comme les ancêtres de Némésis. « Les Antigones » a ainsi été fondé par des militantes issues d'une scission de l'organisation royaliste « l'Action Française » et du club de scoutisme de la ND baptisé « Europe Jeunesse ». LMPT semble dans ce cadre avoir permis aux Antigones d'amorcer une dynamique que l'on peut retrouver à la fois dans Némésis et à la fois dans l'environnement de la ND comme l'institut Iliade.
Par exemple, la présidente des Antigones Anne Trewby est interviewée le 19 février 2024 sur le site d'extrême-droite Breizh-Info par Audrey d'Aguanno, participante à l'édition 2023 du colloque de l'institut Iliade. Anne Trewby affirme ainsi que « le patriarcat n'existe pas » et que l'unité du corps national doit être « fondée sur la cellule de base qu'est la famille (et donc le couple) » [1]. En 2023, LMPT change de nom et s'appelle désormais le Syndicat de la Famille (SF).
Sa présidente depuis 2013 s'appelle pour sa part Ludovine Dutheil de la Rochère et vient de la Fondation Jérôme Lejeune, opposée depuis sa création en 1995 à l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Le 9 mars 2026, elle déclare dans un article du Journal Du Dimanche (JDD), propriété du groupe Bolloré que le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) qui fête en 2026 son 70e anniversaire ignore les femmes qui veulent s'occuper de leurs enfants.
Le groupe Bolloré joue évidemment un rôle majeur dans le développement de ce type d'idées. On peut citer à titre d'exemple le passage non annoncé du film « Unplanned » sur son ancienne chaîne C8 juste avant de cesser définitivement d'émettre le 28 février 2025. Ce film, déjà diffusé en 2021 par la même chaîne, dénonce ouvertement l'avortement et est arrivé sur le marché français de la vidéo à la demande du fait de la société SAJE Distribution. Cette entreprise a de son côté été fondée en 2012 grâce au soutien de la Communauté de l'Emmanuel dans le sillage de LMPT. Elle distribue aussi le film « Vaincre ou mourir » produit en 2023 par Studiocanal, propriété du groupe Bolloré et de « Puy du Fou Films », le tout en partenariat avec le « Fonds du Bien Commun » du milliardaire Pierre-Édouard Stérin [2].
En matière de lutte contre l'IVG, Stérin aide par exemple l'association Familya que le MFPF de Meurthe-et-Moselle dénonce du fait de la proximité de son fondateur avec l'association « Alliance VITA » fondée en 1993 par Christine Boutin [3]. Le MFPF est d'ailleurs souvent la cible de campagnes médiatiques venant notamment des hebdomadaires Marianne, Franc-Tireur, Valeurs Actuelles (VA) et Charlie Hebdo. Le 25 septembre 2018, l'antenne des Bouches-du-Rhône du MFPF est ainsi accusée par Hadrien Mathoux sur le site de Marianne de se rapprocher « des valeurs de l'intégrisme musulman ».
La collaboration avec l'association Lallab est également critiquée conduisant par conséquent la « secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations » de l'époque Marlène Schiappa à menacer le MFPF de lui couper les subventions que l'État lui octroie [4]. Ce secrétariat d'État devenu depuis ministère est occupé aujourd'hui par Aurore Bergé, qui s'occupe surtout actuellement de mettre en œuvre des « mesures » suite au discours d'Emmanuel Macron sur le « réarmement démographique » prononcé le 16 janvier 2024.
Elle semble cependant écartée du « plan de lutte contre l'infertilité » lancé le 5 février 2026 à grands renforts de communication sur internet par la « ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées » [5]. Le 22 août 2022, Marianne s'attaque de nouveau au MFPF par la voie de Marguerite Stern et Dora Moutot qui dénoncent dans une tribune « l'idéologie transactiviste » qui le paralyserait [6]. L'historienne Marie-Jo Bonnet y voit quant à elle l'avènement d'une « idéologie transhumaniste » et un « détournement de la puissance maternelle » dans un entretien accordée au quotidien Le Figaro le 24 janvier 2023 [7].
Ces « polémiques » pour le moins bruyantes surviennent dans un contexte de transformation du paysage médiatique avec à la clé un renforcement du pouvoir des milliardaires sur de nombreux titres de presse. Marianne représente à ce titre un excellent exemple du fait de sa reprise en avril 2018 par Daniel Křetínský, directeur de la société tchèque EPH produisant de l'électricité à base de gaz et de charbon. Křetínský nomme en septembre de la même année Natacha Polony à la tête de la rédaction de son nouvel hebdomadaire, en redressement judiciaire depuis 2016 et donc en quête de « débats » stériles et racoleurs.
Le même phénomène s'observe à VA sous la férule d'Yves de Kerdrel puis de Geoffroy Lejeune, actuel directeur de la rédaction du JDD. Se basant en effet sur une « étude » réalisée par Kantar TNS MB (à l'époque TNS Sofres), il lance une formule qui le mènera à une condamnation pour diffamation après avoir publié un dossier intitulé « Roms, l'overdose ». Lejeune mène à son tour VA à une condamnation devenue définitive le 16 janvier 2024 du fait du rejet du pourvoi en cassation intenté par l'hebdomadaire. Il avait pour le coup diffusé une bande dessinée représentant la députée de La France Insoumise (LFI) Danièle Obono en esclave, ce qui avait généré une condamnation confirmée en appel pour « injure publique à raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion » [8].
Marianne, Franc-Tireur ou encore la chaîne de télévision T18 : autant de médias dirigés par Křetínský dont la « colonne » idéologique s'articule autour du tapageur mouvement appelé Printemps Républicain (PR). Les intervenant·e·s issu·e·s de ce groupe comme Raphaël Enthoven, Caroline Fourest, Rachel Khan, Amine El Khatmi, Abnousse Shalmani ou Richard Malka défilent ainsi aussi bien dans les médias de Křetínský que dans ceux de Bolloré, du groupe Bouygues ou même de l'audiovisuel public.
L'une des conséquences concrètes des attaques contre le MFPF réside surtout dans la baisse des subventions publiques qui lui sont versées. L'exemple le plus frappant à ce sujet se situe dans la région Pays de la Loire où sa présidente Christelle Morançais a décidé en novembre 2024 de supprimer intégralement les financements jusqu'ici alloués au MFPF [9]. Morançais soutient en même temps via un partenariat officiel à Nantes et Angers les « Nuits du Bien Commun » lancées en 2017 par Stérin [10]. Elle a également lancé en 2025 une « plate-forme d'orientation » pour les lycéen·ne·s de la région en collaboration avec le média Le Crayon dont Stérin a rejoint le capital en 2023 [11]. Le département du Loiret a lui retiré 10 % de sa subvention au MFPF en 2025 et 2026 [12]. La préfecture d'Orléans a pourtant versé en 2025 24000 euros à Familya pour son installation dans la ville [13].
Tout cela ne semble nullement déranger le PR davantage occupé à s'enfoncer dans une croisade acerbe contre le « wokisme » et « l'islamo-gauchisme [14]. La volonté affiché de son mentor Křetínský de constituer un nouveau monopole devrait pourtant le faire réagir. Křetínský dirige en effet le groupe Editis qui comprend 55 maisons d'édition et cherche depuis janvier 2026 à prendre le contrôle total de la Fnac qui décerne pas moins de 12 prix littéraires. Stérin de son côté a acquis VA en décembre 2025 et investissait déjà avant dans le mensuel L'Incorrect, dans le média en ligne Cerfia [15] et dans la station Radio Courtoisie selon un article publié le 31 mars 2026 sur le site Médiapart. Cette omniprésence de milliardaires dans le capital des médias s'imbrique ici avec les attaques contre le MFPF menées conjointement par Bolloré, Stérin et Křetínský. Les baisses de subventions publiques viennent enfin compléter ce tableau visant à faire reculer les droits sexuels et reproductifs ainsi que ceux des femmes et des minorités de genre.
L'équipe de l'émission « Médias et antifascisme » présente tous les deuxièmes vendredis du mois à 11h30 sur Radio Libertaire
[1] « « Le patriarcat n'existe pas ». Anne Trewby revient sur la construction d'un mythe [Interview] », Breizh-Info, 19 février 2024 : https://www.breizh-info.com/2024/02/19/229391/le-patriarcat-nexiste-pas-anne-trewby-revient-sur-la-construction-dun-mythe-interview/.
[2] « Avant-première de « Vaincre ou Mourir » », 10 janvier 2023 : https://fondsdubiencommun.com/evenements/avant-premiere-de-vaincre-ou-mourir/.
[3] « [Nancy] Communiqué du Planning Familial 54 sur l'association Familya » : https://manif-est.info/Nancy-Communique-du-Planning-Familial-54-sur-l-association-Familya-3788.html.
[4] « Laïcité au Planning familial : Marlène Schiappa demande des explications », Hadrien Mathoux, Marianne, 3 octobre 2019 : https://www.marianne.net/politique/laicite-au-planning-familial-marlene-schiappa-demande-des-explications.
[5] « Lancement de la première réunion du comité de pilotage du plan fertilité et des travaux ministériels sur la santé périnatale et maternelle », 5 février 2026 : https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/lancement-de-la-premiere-reunion-du-comite-de-pilotage-du-plan-fertilite-et-des.
[6] « Mme Élisabeth Borne, féministes, nous nous inquiétons de ce que devient le Planning familial », Marguerite Stern et Dora Moutot, Marianne, 22 août 2022 : https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/mme-elisabeth-borne-feministes-nous-nous-inquietons-de-ce-que-devient-le-planning-familial.
[7] « Affiche du Planning familial : « C'est la victoire totale du genre masculin » », Le Figaro, 24 janvier 2023 : https://video.lefigaro.fr/figaro/medias/affiche-du-planning-familial-cest-la-victoire-totale-du-genre-masculin-20220823.
[8] « Arrêt de la Cour de cassation », Chambre criminelle, 16 janvier 2024 : https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000048990882.
[9] « Suppression des subventions du Conseil Régional en Pays de la Loire », communiqué de presse du 25 novembre 2024 du Planning Familial : https://www.planning-familial.org/fr/le-planning-familial-de-maine-et-loire-49/le-planning-familial/suppression-des-subventions-du.
[10] « Entre la Nuit du bien commun, Pierre-Édouard Stérin et l'extrême droite, des liens multiples et inextricables », Clément Le Foll et Olivier Petitjean, Observatoire des multinationales, 12 février 2026 : https://multinationales.org/fr/enquetes/extreme-tech/entre-la-nuit-du-bien-commun-pierre-edouard-sterin-et-l-extreme-droite-des.
[11] « Bad buzz, clashs et invités d'extrême droite : Le Crayon, les Cyril Hanouna du web ? », Jérémie Rochas, Street Press, 9 décembre 2025 : https://www.streetpress.com/1765195804-bad-buzz-clashs-invites-extreme-droite-crayon-cyril-hanouna-web/.
[12] « Le Planning familial du Loiret tire (de nouveau) la sonnette d'alarme sur une baisse de ses financements », Ici Radio, 9 mars 2026 : https://www.ici.fr/centre-val-de-loire/loiret-45/le-planning-familial-du-loiret-tire-de-nouveau-la-sonnette-d-alarme-sur-une-baisse-de-ses-financements-1035041.
[13] « À Orléans, la maison Familya dans le collimateur du collectif féministe 45 et de la CGT », Ici Radio, https://www.ici.fr/centre-val-de-loire/loiret-45/orleans/a-orleans-la-maison-familya-dans-le-collimateur-du-collectif-feministe-45-et-de-la-cgt-9372213.
[14] « Le Printemps républicain et ses alliés, ceux qui ont fait le lit de l'extrême droite », Hugo Boursier et Pierre Jequier-Zalc, Politis, 11 septembre 2024 : https://www.politis.fr/articles/2024/09/le-printemps-republicain-et-ses-allies-ceux-qui-ont-fait-le-lit-de-lextreme-droite/.
[15] « Périclès, Smartbox, ingénierie financière, nouveaux investissements... Les secrets de l'empire Stérin », Olivier Blamangin et Olivier Petitjean, Observatoire des multinationales, 5 février 2026 : https://multinationales.org/fr/enquetes/extreme-tech/sterin-pericles-smartbox-organigramme.
Vous pouvez nous retrouver tous les deuxièmes vendredis du mois à 11h30 sur la station Radio Libertaire (89.4 FM en Île-de-France et anarchiste.info/radio/libertaire). Vous pouvez nous suggérer des thèmes à traiter, passer à l'antenne voire coanimer en nous écrivant à l'adresse mail mediasetantifascisme@protonmail.com, via nos comptes Facebook et Bluesky Médias et antifascisme – Radio Libertaire 89.4 FM en IDF, Instagram « medias_et_antifascisme_rl », Mastodon sur serveur « todon.eu » via @medias_et_antifascisme_rl_idf ou par courrier à l'adresse de la librairie du Monde Libertaire – Publico 145 rue Amelot 75011 Paris.
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Il y a les belles plages de sable fin que les continentaux prennent tous les étés et la pauvreté qui ronge jusqu'au granit des sommets. Il y a la vie pastorale mythifiée et les touristes venus trouver l'authenticité. Il y a les luttes politiques nationalistes et les moyens utilisés pour arriver à les mener. Il y a des statues-menhir vieilles de 4000 ans et de jeunes archéologues qui cherchent à mieux les comprendre. Il y a la paillote chez Francis, la réserve de Scandola, des histoires d'attentats et de mafia. Il y a comme toujours des documentaires, des textes et d'autres suprises, c'est donc Mayday chez les Corses et ça s'écoute par exemple ici
Mayday c'est mercredis à 18h sur radio canut et aussi en rediffusion sur la Clé des ondes (Bordeaux), Radio Dragon (Mens), Radio Zinzine (Limans), radio Cause Commune (Paris et Ile de France), radio Méga (Valence), radio Larzac (causses et au delà), radio Grenouille (Marseille). Toutes nos émissions se réécoutent aussi ici ou sur les trucs de podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/98875/mayday
Texte paru dans le numéro 1878 du magazine mensuel de la Fédération Anarchiste (FA) « Le Monde Libertaire » sur le 120e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État.
Le 120e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État nous permet de revenir sur une histoire jalonnée d'exceptions. Nous l'avons évoqué notamment avec l'historien Sadek Sellam que nous avons invité plusieurs fois durant notre émission « Médias et antifascisme » présente tous les deuxièmes vendredis du mois sur Radio Libertaire à 11h30. L'application à géométrie variable de la laïcité française nous montre ainsi que le culte musulman en Algérie et aux colonies fit l'objet d'un dirigisme troublant de la part de l'État.
L'émission « Médias et antifascisme » que nous animons sur Radio Libertaire tous les deuxièmes vendredis du mois à 11h30 depuis le 11 octobre 2024 s'est penché plusieurs fois sur des sujets liés à la laïcité. Avec l'historien Sadek Sellam, nous nous sommes employés à analyser les applications bancales de la loi du 9 décembre 1905 jusqu'à nos jours. Nous avons ainsi évoqué à partir du 14 mars 2025 la gestion en France du culte musulman notamment à travers le cas de la grande mosquée de Paris.
Cette institution inaugurée en 1926 met ainsi en valeur une gestion coloniale et dirigiste d'un culte considérée à la fois comme exotique et dangereux. La mosquée a en effet été inaugurée presque trois ans après la création par le conseil municipal de Paris d'une « section d'affaires indigènes nord-africaines ». Le maréchal Hubert Lyautey à cette époque « résident général de la République au Maroc » avait ainsi été consulté pour un projet d'institut musulman imaginé initialement par le professeur Paul Bourdarie.
Ce dernier enseignait au collège libre des sciences sociales, dirigeait la revue « Indigène » et voulait mettre « en contact les jeunes éléments les plus cultivés de l'islam avec la fleur de la science et de la société française ». Si la mosquée a pu voir le jour, le projet d'institut fut allègrement saboté par Lyautey qui craignait sa possible influence sur les « jeunes musulmans » [1]. L'État versa tout de même à cet institut purement fictif des subventions jusqu'en décembre 1980. Une « commission nationale des français musulmans » présidée par le secrétaire d'État aux rapatriés Jacques Dominati venait en effet de montrer le non-fonctionnement de cet institut.
Un autre exemple du non-respect de la laïcité par le gouvernement fut la nomination de Hamza Boubakeur au poste de recteur de la mosquée de Paris le 18 mai 1957. Ce dernier était hostile à l'indépendance de l'Algérie et faisait selon le chef du gouvernement Guy Mollet mieux l'affaire qu'Ahmed Benghabrit.
Celui-ci avait succédé à son oncle Kaddour qui dirigeait la mosquée depuis sa création. Il fut ainsi « limogé » pour avoir refusé de coopérer avec le commissariat de police du cinquième arrondissement de Paris où se situe la mosquée. Son refus de lutter contre le Front de Libération Nationale (FLN) algérien et sa dénonciation de la torture poussa Mollet à nommer à sa place un homme aux ambitions politiques bien trempées.
Boubakeur cherchait en effet à partir de 1960 à devenir le président d'une République saharienne qui aurait été issue de la séparation du Sahara du reste de l'Algérie. Ce plan de participation soutenu par le premier ministre français Michel Debré tomba finalement à l'eau. La nomination de Boubakeur à la tête de la mosquée de Paris fut elle condamnée en 1963 par le tribunal administratif de Paris. Cela n'empêcha pas Boubakeur de rester à son poste jusqu'en 1982 avant que l'Algérie ne prenne le relais de la France dans le versement de subventions à la mosquée de Paris [2].
La laïcité inexistante en Algérie et en Afrique Occidentale Française
L'article 43 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État stipule que « des règlements d'administration publique détermineront les conditions dans lesquelles la présente loi sera applicable à l'Algérie et aux colonies ». L'article 11 alinéa 6 du décret du 27 septembre 1907 déterminant les conditions d'application en Algérie de la loi de 1905 affirme de son côté que le gouverneur général peut accorder des indemnités de fonction aux ministres qui exercent le culte public. Cette disposition censée ne durer que dix ans fut en fait prolongée jusqu'à l'indépendance de l'Algérie en 1962 [3].
Cette nouvelle entorse à la laïcité sur le territoire de la République portait un nom : celui d'instrumentalisation. En effet, le maintien d'un « clergé musulman » en Algérie française avait vocation à faire admettre à ses habitant-e-s le projet de « califat occidental » de Lyautey. Ce projet avait en fait pour but de « nommer » calife le sultan du Maroc nouvellement conquis par la France. Ayant mené la conquête du Maroc, Lyautey voulait ainsi que le sultan avec qui il avait signé le traité de protectorat en 1912 devienne « calife » des « possessions musulmanes » de la France [4]. Pour cela, le gouvernement comptait sur l'action d'une confrérie présente en Algérie afin de convaincre un maximum de ses adeptes de se ranger derrière le sultan du Maroc [5].
Un autre exemple de remise en cause de la laïcité par l'État fut la rédaction d'un rapport sur l'Afrique Occidentale Française (AOF) par l'historien Charles-André Julien dont nous avons parlé dans notre émission du 14 mars 2025. Sadek Sellam nous indique à ce sujet que ce dernier était alors à la tête du Haut Comité Méditerranéen et de l'Afrique du Nord. Charles-André Julien appelait ainsi dans l'un de ses rapports à soutenir les confréries maraboutiques au détriment des embryons d'élites francophones plus laïcisées [6].
L'historien Jean-Louis Triaud nous explique pour sa part que « l'administration coloniale ne fut jamais neutre à l'égard de l'islam » en Afrique de l'ouest. Il rappelle en outre que la loi de séparation des Églises et de l'État « ne se préoccupait ni de colonies ni d'islam » [7]. Concernant Charles-André Julien, nous avons abordé le 14 mars 2025 sa tribune dans le journal Le Monde du 15 février 1961. En réponse au livre de l'écrivain Michel Habart intitulé « Histoire d'un parjure », Julien publie un texte dénonçant « une caricature de l'histoire ». Il remet ainsi en cause les nombreux massacres de tribus orchestrés dès les débuts de la conquête française que Michel Habart n'hésite d'ailleurs pas à qualifier de génocides. Sa vision de la laïcité et celle de l'histoire de la conquête paraissent donc ici pour le moins étriquée.
Le 120e anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l'État doit donc nous permettre de connaître précisément l'histoire de la laïcité sur le territoire de la République française. En 1905, ce territoire était composé en très large majeure partie de colonies. La vraie-fausse application de la laïcité dans ces pays nous montre que ce concept s'arrête là où les intérêts coloniaux français débutaient. Concernant ces intérêts, nous n'avons malheureusement pas fini d'en constater les dégâts. Nous n'avons pas non plus fini de constater les blocages, censures et refus obstinés d'analyser l'Histoire comme celle de la conquête de l'Algérie.
Notre émission du 14 mars 2025 intervenait en effet juste après l'éviction du journaliste de la station de radio RTL Jean-Michel Aphatie coupable aux yeux de sa direction d'avoir comparé certains massacres commis par la France en Algérie à celui commis par les allemands à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944. Notre émission avait aussi lieu trois jours après l'annonce par France Télévisions de la déprogrammation du film « Algérie, sections armes spéciales » sur l'utilisation d'armes chimiques par la France durant la guerre d'Algérie. La laïcité doit donc selon nous être analysée à l'aune de son absence ou de son dévoiement en Algérie, en Afrique de l'ouest et dans bien d'autres contrées de l'empire colonial français.
L'équipe de l'émission « Médias et antifascisme » sur Radio Libertaire
[1] « La mosquée de Paris : du projet à sa réalisation », La politique musulmane de la France au XXe siècle, Pascal Le Pautremat, éditions Maisonneuve & Larose (2003), page 338.
[2] « Les pouvoirs spéciaux et l'islam en France », La France et ses musulmans. Un siècle de politique musulmane (1895-2005), Sadek Sellam, éditions Fayard (2006).
[3] « La construction de la dérogation : entre impératif républicain et réalité coloniale », La séparation des Églises et de l'État à l'épreuve de la situation coloniale. Les usages de la dérogation dans l'administration du culte musulman en Algérie (1905-1959), Raberh Achi, Politix : revue des sciences sociales du politique, numéro 66, deuxième trimestre 2004, page 87.
[4] « Quand la France rêvait d'un calife pour son empire musulman », Jalila Sbaï, 8 septembre 2016, Orient XXI.
[5] « Le projet de califat occidental de Lyautey », La France et ses musulmans. Un siècle de politique musulmane (1895-2005), ouvrage cité plus haut.
[6] "Mémoires, « vérités » médiatiques et vérité historique", Sadek Sellam, 17 avril 2025, article publié sur le site musulmansenfrance.fr.
[7] « Une laïcité coloniale. L'administration française et l'islam en Afrique de l'ouest (1860-1960) », Politique, religion et laïcité, ouvrage collectif sous la direction de Christine Peyrard, éditions des Presses Universitaires de Provence, 2009.
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Un dispositif de surveillance a été trouvé le 22 juillet 2026 dans une voiture en transit entre le sud-est et l'Auvergne-Rhône-Alpes.
Le dispositif a été découvert lors d'un changement d'autoradio, après que ce dernier ait été retiré de son emplacement. Deux micros (gauche-droite) étaient visibles en premier, collés à la paroi du cash plastique sous l'autoradio. Ils étaient reliés a un boîtier (bricolé sur la base du modèle Innova RB800) avec carte SIM (Orange) et carte micro SD, une petite batterie (1200 mAh) et une balise GPS (Taoglas, modèle datant de 2013). Le tout était ponté sur l'alim de l'autoradio et collé avec de la pâte collante à la paroi sous l'auto-radio.
La musique a bien dû leur casser la tête !
PS : article lu par ici, https://nantes.indymedia.org/posts/167658/les-autoradios-ont-des-oreilles/.
Dans son discours de victoire, Abelardo de la Espriella a commis un lapsus en présentant son vice-président Juan Manuel Restrepo : il l'a qualifié de « nouveau président » de la Colombie, de manière d'ailleurs tant naturelle qu'il ne s'en est pas rendu compte lui-même. Lors d'autres interventions, de la Espriella a qualifié son vice-président de véritable moteur de la campagne ; et lors du second tour, il a limité ses apparitions publiques, laissant Restrepo prendre la parole dans une grande partie des interviews. Parallèlement, la campagne s'est attachée à discréditer la candidate d'Iván Cepeda à la vice-présidence, Aida Quilcué, en mobilisant une série de préjugés racistes à l'encontre des peuples autochtones. À partir d'une analyse des candidats à la vice-présidence d'Abelardo de la Espriella et d'Iván Cepeda, cet article présente les différentes conceptions de gouvernement, de la politique et du pouvoir qui se sont affrontées au cours de la dernière campagne électorale en Colombie, et permet d'entrevoir les implications de la victoire de de la Espriella ainsi que les points forts de l'opposition de gauche.
Le vice-président d'Abelardo de la Espriella, José Manuel Restrepo, est titulaire d'un doctorat ; il a été ministre des Finances et recteur d'université, et s'est présenté comme le cerveau du nouveau président colombien. Pendant la campagne électorale, Cepeda a présenté comme colistière Aida Quilcué, dirigeante autochtone du peuple Nasa et sénatrice de la République. Au cours de la campagne électorale, la droite a insisté pour qu'un débat ait lieu entre les deux candidats, estimant que la comparaison parlait d'elle-même. Elle avait raison, mais pas dans le sens où elle l'espérait. La comparaison parle effectivement d'elle-même, et ce qu'elle révèle, c'est que la droite continue de confondre les diplômes avec l'intelligence, et l'intelligence avec le pouvoir. Dans ce scénario, il suffit d'asseoir l'économiste face à une femme autochtone ne possédant pas les mêmes diplômes officiels pour que la simple comparaison des parcours certifiés fasse pencher la balance. Ils se trompent sur le fond. Et nous allons développer cet argument en utilisant les mêmes formes académiques qui les intéressent tant.
Ce qui est présenté comme un contraste de compétences est, en réalité, un stratagème de délégitimation. Premièrement, cela relève d'un sophisme d'autorité en supposant que le doctorat, le poste ou la fonction de recteur garantissent une supériorité politique. Deuxièmement, cela relève du « crédentialisme », réduisant la valeur du savoir à ce qu'une institution certifie. Troisièmement, on se trouve face à un sophisme de composition épistémologique, car l'argument considère que la maîtrise des connaissances économiques ou de l'administration publique équivaut à la compréhension de l'ensemble de la vie sociale, territoriale, historique et écologique. Et derrière tout cela se cache un biais plus profond, à savoir la vieille conviction selon laquelle l'intelligence n'appartient qu'à quelques-uns et que les autres doivent se contenter d'obéir ; c'est là que réside le véritable problème : il s'agit de deux conceptions opposées de l'intelligence et du pouvoir.
En 1995, avec la publication de La mésentente, le philosophe Jacques Rancière soutenait que la démocratie n'est pas le gouvernement naturel des plus compétents, mais l'interruption d'un ordre qu'il appelle la police, celui qui détermine d'avance qui compte et qui ne compte pas, qui peut parler et qui doit se taire. La technocratie est la forme la plus commode de cette logique policière, car elle présuppose et surveille les lieux légitimes de la parole, de l'expertise et de la décision, et s'interroge sur les titres comme si elle s'interrogeait sur le droit même d'exister politiquement. Mais la démocratie commence précisément lorsque cette répartition devient contestable.
Aida Quilcué a bouleversé cette répartition en proposant de construire une Colombie où la sagesse des peuples et des communautés participe activement à l'orientation des décisions collectives ; où le développement se mesure à l'aune de la dignité de la vie et non pas uniquement à celle des indicateurs économiques ; où la terre, la culture, l'éducation et la santé constituent les piliers de la justice sociale ; et où le dialogue et la diversité remplacent définitivement l'exclusion et la violence.
En ce sens, Quilcué ne s'est pas présenté à la campagne électorale comme une individualité isolée cherchant à l'emporter sur une autre dans un duel de CV. Elle s'est présentée comme la synthèse d'une intelligence collective composée de communautés, de mémoires, de territoires, de luttes, de langues, de formes d'organisation et de défense de la vie. L'anthropologue Pierre Clastres explique que dans de nombreuses sociétés amérindiennes, le pouvoir ne se concentre pas entre les mains d'un chef souverain, mais circule comme une forme de médiation au sein du collectif. Cette intuition aide à comprendre ce que représentait Quilcué : plutôt qu'une personne isolée face à un expert de la droite, elle était l'expression collective d'une forme d'autorité enracinée dans les relations, les consensus, les expériences partagées et les responsabilités communes.
C'est pourquoi il est plus plausible de dire qu'Aida avait bel et bien le pays en tête, car son intelligence, avant d'être celle d'un génie individuel, s'inscrit dans un cerveau social. C'est là la différence décisive. Le technocrate continue de penser que l'intelligence naît chez l'individu d'exception ; Aida incarne l'idée que l'intelligence se produit au sein d'une multitude, qu'elle se répartit et s'élargit collectivement.
Le problème n'est donc pas politique, mais ontologique. La technocratie reste ancrée dans une conception archaïque du sujet. L'individu expert, porteur d'une raison qui s'applique ensuite à la société comme si celle-ci était une matière inerte. Cette figure semble moderne et cosmopolite, mais elle est en réalité profondément obsolète et provinciale [1]. Elle conserve une hiérarchie archaïque entre ceux qui savent et ceux qui obéissent ; entre ceux qui conçoivent le monde et ceux qui se contentent de l'habiter ; entre ceux qui administrent et ceux qui sont administrés.
Aida Quilcué incarne une autre ontologie politique, celle du monde commun issu d'intelligences multiples. Elle remplace l'idée d'une somme d'individus isolés par une composition de savoirs hétérogènes qui opèrent à différentes échelles et à partir de traditions diverses. Cette différence entraîne des conséquences directes quant à la question la plus urgente à laquelle la Colombie est confrontée, à savoir comment construire un capitalisme véritablement productif dans un pays aux géographies, aux cultures et aux économies radicalement diverses.
Restrepo a une réponse à cette question. Dans ses interviews, il parlait d'intelligence artificielle, de centres de données, de blockchain, de relier le pays aux flux de l'économie numérique mondiale. Cette réponse n'est pas fausse, mais elle est profondément insuffisante. Le philosophe Yuk Hui a démontré que croire en une technologie universelle, neutre et exportable d'un contexte à un autre est en soi une forme de provincialisme colonial. Il n'existe pas une seule technologie – mais des technologies –, au pluriel, indissociables des cosmologies, des territoires et des modes de vie qui les produisent et les soutiennent. Ce que Hui appelle la « technodiversité » [2] n'est ni de la nostalgie ni une idéalisation du retard. C'est une exigence pratique : un pays qui se veut productif doit articuler des formes technologiques à différentes échelles, depuis l'innovation numérique de pointe jusqu'aux savoirs techniques accumulés au fil des siècles dans les communautés rurales, autochtones et populaires. Réduire cette tâche complexe à la mise en place d'infrastructures numériques revient à confondre une pièce du puzzle avec le puzzle tout entier, et à proposer à une grande nation une solution conçue pour une petite province de la pensée.
Il ne s'agit pas d'une abstraction. Par exemple, il y a deux millénaires, dans les plaines alluviales du Sinú et du San Jorge (au nord de la Colombie), le peuple amérindien Zenú a construit un réseau de canaux et de digues destiné à canaliser, à distribuer et ainsi à cohabiter avec l'eau de manière à ce qu'elle parvienne à tous les membres de la communauté. Il s'agissait d'une technologie hydraulique capable de transformer les crues en fertilité et de soutenir la vie pendant des siècles. Aujourd'hui, alors que les digues modernes cèdent et que La Mojana, une région située au nord de la Colombie, s'enfonce à nouveau, l'un des plus importants projets d'adaptation au changement climatique de l'État, financé par le Fonds vert pour le climat, a dû se tourner vers ce savoir zenú. Seulement, pour le reconnaître, la technocratie doit d'abord le traduire dans son propre langage et le rebaptiser « adaptation fondée sur les écosystèmes ». Ce savoir était déjà là ; la science de pointe, lorsqu'elle est intelligente, parvient à le reconnaître sans difficulté, mais, sous l'emprise d'intérêts individuels, elle y parvient à peine.
Au cours des premiers mois de 2026, un front froid arctique — provoqué par un vortex polaire qui s'était déplacé depuis l'Amérique du Nord jusqu'aux Caraïbes — a saturé le haut bassin du fleuve Sinú, provoquant de graves inondations à La Mojana. Ces inondations ont fait plus de 150 000 sinistrés et 14 morts. Les enquêtes ont révélé que la responsabilité de ces conséquences incombait en grande partie à la construction et à l'administration de la centrale hydroélectrique d'Urrá. Durant les années 1990, le peuple autochtone Embera Katío s'était fermement opposé à la construction du barrage, mettant en garde contre les effets négatifs de ce projet sur son peuple et sur la région. Kimy Pernia Dominicó, qui avait mené la lutte contre le projet, a été victime d'enlèvement puis assassiné. Récemment, l'ancienne ministre de l'environnement, Irene Vélez, a affirmé que les inondations n'étaient pas uniquement dues aux changements météorologiques, mais qu'elles étaient en grande partie imputables à la gestion de la centrale hydroélectrique et au plan d'aménagement du territoire qui ne tenait pas compte de l'eau. Selon Vélez, la centrale hydroélectrique a été construite en contradiction avec la logique riveraine, asséchant les champs pour favoriser l'économie d'élevage de la région.
Vandana Shiva a évoqué cette erreur à l'aide d'une métaphore très claire. Les monocultures ne se contentent pas de détruire la biodiversité, elles engendrent également des monocultures de l'esprit. La « monotechnologie » du nouveau vice-président Restrepo fonctionne exactement de cette manière. Elle propose une seule grammaire pour envisager l'avenir du pays, celle d'une économie réduite à la technique, celle des indicateurs, des modèles et des courbes de rendement, et traite tout ce qui se situe en dehors de cette grammaire comme un retard à surmonter ou comme un folklore pouvant être toléré en marge. Le résultat n'est pas la modernité, c'est l'appauvrissement du monde. Et la Colombie, qui aspire à devenir une nation souveraine, ne peut se permettre cette pauvreté.
En ce sens, José Manuel Restrepo est un provincial. Non pas parce qu'il ignore le monde, mais parce qu'il croit que le monde entier peut être compris à partir d'une seule grammaire. Sa province n'est pas géographique, mais épistémologique et mentale. Il habite une petite région de la pensée et la confond avec la totalité du réel. Il parle au nom de la complexité, mais réduit cette complexité à des indicateurs, des courbes, des bilans, des projections et des modèles. Tout ce qui n'entre pas dans ce cadre apparaît comme un retard, un romantisme, un sentimentalisme ou de l'ignorance.
Aida – en tant que représentante d'une intelligence collective – peut évoluer entre différents mondes sans les réduire à un seul. Elle peut dialoguer avec l'économie sans se soumettre à celle-ci. Elle peut dialoguer avec la technique sans devoir pour autant attribuer à la technique une souveraineté absolue. Elle peut penser non seulement le pays, mais aussi la planète, car elle part d'une expérience politique qui ne sépare pas les humains des non-humains, la productivité de la vie, les infrastructures du territoire, le développement de la continuité du bien commun. Telle est sa véritable dimension cosmopolitique. Non pas celle de l'expert mondialisé qui répète les mêmes formules dans n'importe quelle capitale, mais celle de quelqu'un qui sait qu'un pays qui se considère comme démocratique ne peut se maintenir que grâce à une planification capable d'articuler de multiples rationalités sans rejeter d'emblée la valeur de l'une d'entre elles.
Cette différence se manifeste à nouveau dans le type de conservatisme que chacun incarne. Celui du technocrate Restrepo est obsolète, prisonnier de catégories qui ne répondent pas aux défis du monde actuel ; il préserve une conception étroite de la nation, traite les citoyens comme une population à gérer et non comme des acteurs de la décision, et finit souvent par justifier des politiques qui sacrifient les droits, une vieillesse digne, la souveraineté et la nature au nom de l'efficacité. Quel genre de conservatisme est-ce donc qui considère les retraités comme une main-d'œuvre « exploitable » gaspillée, ou la terre comme une réserve exploitable par la fracturation hydraulique et à la disposition de puissances étrangères ? Plutôt que de préserver la patrie, il préserve la logique coloniale consistant à administrer le pays comme un butin, comme des protectorats et des provinces subordonnées.
Aida Quilcué, en revanche, incarne un conservatisme d'un autre ordre. Elle défend la vie, la pluralité, les biens communs, la dignité des personnes âgées, la souveraineté des peuples et l'équilibre des territoires. Elle ne préserve pas le retard ; elle préserve au contraire ce qui permet d'envisager un avenir.
Cela entraîne des conséquences politiques concrètes. Un gouvernement technocratique gère une nation comme s'il s'agissait d'une entreprise ; l'ontologie sur laquelle il s'appuie consiste à réduire le monde à un stock de marchandises et à un espace d'affaires. Il optimise les variables, supprime ce qui, selon lui, n'est pas rentable, finance ou retire son financement en fonction d'indicateurs abstraits et, ce faisant, privilégie l'existence d'une minorité. Un gouvernement qui s'appuie sur l'intelligence collective pose une autre question : comment construire un pays d'abondance où toutes les formes de savoir et de vie trouvent leur place ? La première approche génère efficacité et richesse pour certains. La seconde recherche activement la dignité et la prospérité pour tous.
Le débat ne porte plus sur l'opposition entre technique et ignorance, ni entre modernité et tradition. Il s'agit désormais d'une confrontation entre deux visions de l'avenir. L'une continue de croire que l'intelligence se concentre au sommet, puis se répand sous forme de directives imposées à la société. L'autre comprend que l'avenir ne peut se construire qu'en reconnaissant la nature distribuée de l'intelligence, le rôle essentiel que joue en son sein l'écoute attentive et la force transformatrice qui émerge lorsque l'on favorise la pluralité des points de vue. Pourquoi les Colombiens ont-ils accepté que le dilemme consiste à juger si Quilcué avait réussi ou non l'examen du technocrate, plutôt que de se demander quelles propositions représentaient véritablement un progrès social ?
Il y a deux mille ans, sur ces mêmes terres qui, il y a quelques mois, étaient inondées à La Mojana, un village a compris qu'on ne vainc pas l'eau, mais qu'il faut l'accompagner. Cette intelligence collective, qui répartit au lieu de concentrer, qui guide au lieu de contenir, est toujours présente. Il ne nous reste plus qu'à oser gouverner avec elle.
Santiago Arcila & Juan Cortés
[1] Au sens péjoratif : qui est excessivement attaché à la mentalité ou aux coutumes de sa province ; simple, rustre, borné, provincial.
[2] Yuk Hui, Fragmenter l'avenir (Caja Negra, 2020) : la « technodiversité » signifie qu'il n'existe pas de technique universelle, mais de multiples « cosmo-techniques » liées à chaque cosmologie.
Aujourd'hui 8 août, la journée de l'éphéméride des luttes est rythmée au son des explosions, de poudre et de rage. Et c'est l'insurrection à Marseille, aussi, sachez-le. Souvenez-vous du camarade Gaston.
1870 : A Marseille, face à la situation désastreuse du pays, un mouvement insurrectionnel, avec à sa tête le radical Gaston Crémieux, tente en vain de proclamer la République et d'instaurer une Commune révolutionnaire. Mais le mouvement est rapidement maté et Crémieux est arrêté le lendemain et déféré devant un conseil de guerre. Il faudra attendre le 23 mars 1871 pour qu'une véritable Commune révolutionaire soit effective.
1879 : Naissance d'Emiliano Zapata, révolutionnaire mexicain.
1897 : Assassinat par l'anarchiste Michele Angiolillo du président du Conseil espagnol Antonio Cánovas del Castillo pour venger les condamnés du procès de Montjuïc du 4 mai.
1924 : A Montevideo en Uruguay, parution du premier numéro du journal anarchiste "Ahora" ('Maintenant').
1927 : A Montevideo, une bombe de forte puissance explose dans le dépôt principal de la West Oil India Company, dans le cadre de la campagne de soutien aux anarchistes Italiens Sacco et Vanzetti, qui risquent la condamnation à mort aux Etats-Unis.
1963 : Au Royaume-Uni, une bande de quinze braqueurs attaque le train Londres-Glasgow et parvient à s'enfuir avec 2,6 millions de livres sterling en billets.
1969 : - En Italie, des bombes de faible puissance explosent dans huit trains différents. C'est le début de la stratégie de la tension orchestrée par les groupes néofascistes et les services secrets.
1974 : Démission du président des Etats-Unis Richard Nixon suite au scandale du Watergate.
1977 : - A Montpellier, le groupe 'Les rescapés de Malville' attaque les locaux d'EDF à l'explosif : « Tandis que les centrales nucléaires déversent quotidiennement leur poison mortel, à Malville le capital n'a pas hésité à recourir à l'assassinat et à l'emprisonnement pour désamorcer un mouvement de refus qui échappe de plus en plus au contrôle des partis. […] Si nous avons plastiqué EDF au moment où les syndicats s'élèvent contre les dégradations commises contre ce 'service public', c'est que pour nous EDF est le support idéologique et technique de l'État dans l'implantation des centrales nucléaires. Liberté pour tous les prisonniers ».
Reproduit dans La Canaille à Golfech, mutines séditions, Paris, 2013, p.128-129.
1981 : En Irlande du Nord, mort d'un neuvième gréviste de la faim de l'IRA, Thomas McElwee, après 62 jours. C'est aussi le dixième anniversaire des mesures d'internement total, ce qui provoque des émeutes dans plusieurs zones républicaines du pays. Trois personnes meurent au cours de ces affrontements.
1983 : A Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, attaque contre l'entreprise Culetto qui perdra 25 camions, des bulldozers, des pelles mécaniques, une centrale mobile à béton et un hangar de 1200m², ainsi que contre la centrale à béton de Spie batignolles juste un peu plus loin. Le Mouvement AntiNucléaire (MAN) revendique les sabotages et offrira une interview au journal clandestin 'Toulouse la Canaille' pour expliquer un peu le pourquoi du comment.
1985 : A Francfort, attaque de la guérilla ouest-européenne contre une base américaine de l'US Air Force. Revendiquée par le commando 'George Jackson' d'un groupe mixte d'Action Directe et de la Fraction Armée Rouge. Deux soldats sont tués et plus d'un million de marks de dégâts sont commis.
1994 : A Crossgar en Irlande du Nord, l'IRA abat un officier des troupes royales irlandaises.
1998 : En Angleterre, le Front de Libération Animale (ALF) libère 10% des visons en captivité das le pays, c'est-à-dire 6000.
1999 : En Irlande du Nord, la Irish National Liberation Army (INLA) annonce le cessez-le-feu. C'est l'une des premières tendances de l'IRA à abandonner les armes.
Voir aussi l'éphéméride anarchiste du 8 août, riche de biographies.
Longtemps tenu pour un vestige archaïque que la science devait dissiper, le magnétisme suscite aujourd'hui une curiosité renouvelée. Et si, face à l'inflammation généralisée du monde moderne, on avait besoin de coupeurs de feu ? Dans Le Retour du monde magique1, la sociologue Fanny Charrasse explore cette pratique de soin moins anachronique qu'elle n'y paraît.
C'est quoi le magnétisme ?
« En tant que sociologue, j'ai choisi de retenir la définition qu'en donnent ceux qui le pratiquent. Pour eux, il s'agit d'un soin énergétique : un art de soigner par l'énergie, une entité invisible dont les magnétiseurs disent ressentir la présence, mais qu'ils décrivent souvent comme subtile, évanescente. Il existe différents styles de magnétisme. Presque tous les magnétiseurs commencent par “couper” le feu, c'est-à-dire soulager les brûlures. Puis ils élargissent progressivement leur champ d'intervention : zona, psoriasis, eczéma, verrues... La démarche est souvent expérimentale : lorsqu'un patient demande si le magnétisme peut arranger son problème, la réponse est d'essayer. Enfin, certains magnétiseurs proposent d'intervenir sur des douleurs articulaires, chroniques, parfois même sur des formes de dépression. »
À vous lire, on a le sentiment que les magnétiseurs de ville sont plus souvent sollicités pour des troubles liés à la santé mentale, tandis qu'en milieu rural, ils semblent surtout intervenir sur des douleurs physiques.
« La différence entre ville et campagne ne tient pas tant à la nature du magnétisme pratiqué qu'à la place qu'il occupe dans le parcours de soin. Dans les territoires ruraux marqués par la désertification médicale, le magnétiseur est souvent plus disponible. Les demandes qui lui sont adressées sont donc très diverses : douleurs articulaires, musculaires, brûlures, problèmes de peau, fatigue, etc. Tout ou presque peut être amené en consultation. À Paris, en revanche, les magnétiseurs sont souvent sollicités lorsque la médecine conventionnelle n'a pas apporté de réponse satisfaisante, ou bien en complément d'un parcours médical déjà engagé. »
Un motif revient dans tous les récits que vous confient les magnétiseurs : ce que vous nommez « l'expérience énigmatique ». De quoi s'agit-il ?
« Je peux citer l'exemple de cette inspectrice qualité qui, après avoir vécu un événement traumatique, raconte avoir vu apparaître des “ êtres tout lumineux”. Sa première réaction a été de penser qu'elle était folle. Cet événement est devenu fondateur dans sa trajectoire de magnétiseuse. Car la question qu'il soulève est vertigineuse : ces “êtres lumineux” existent-ils “vraiment”, c'est-à-dire indépendamment d'elle ? Ou bien s'agit-il d'une simple hallucination ?
« Les magnétiseurs que j'ai croisés posent une question naturaliste »
C'est précisément pour cela que je parle d'“expérience énigmatique” : elle met à l'épreuve la conception de la réalité propre à notre socialisation occidentale. La question de cette femme montre à quel point nous avons tendance à opposer deux régimes d'explication : soit quelque chose existe objectivement, dans le monde, soit il ne s'agit que d'un phénomène intérieur, psychique. »
Vous mobilisez Philippe Descola et son concept de « naturalisme ». En quoi cette notion vous aide-t-elle à comprendre la manière dont le magnétisme est socialement perçu ?
« Au cours de son enquête auprès des Achuar d'Amazonie, Descola observe que ceux-ci attribuent aux animaux une capacité de penser semblable aux humains. À partir de là, il définit l'animisme : une manière de composer le monde dans laquelle les non-humains ont une âme semblable à celle des humains, mais s'en distinguent par leurs corps “de plumes, de poils, d'écailles ou d'écorce”. Il remarque alors qu'en Occident, le rapport entre humains et non-humains se construit à l'inverse. On considère que l'on partage avec les animaux une même biologie : c'est pour cette raison qu'on fait des tests en laboratoire sur des souris, par exemple. Mais on estime qu'on se distingue des animaux par notre réflexivité, notre conscience. Descola nomme cela le “naturalisme”.
Lorsque les magnétiseurs que j'ai croisés se demandent si les esprits, ou les “êtres tout lumineux” existent vraiment, ou si c'est le fruit de leur imagination, ils posent une question naturaliste. Ils cherchent à savoir si ces êtres existent “dans la nature”, comme existent les corps humains ou animaux. S'ils n'existent pas de cette manière, alors ils sont renvoyés du côté de la folie ou de la croyance. En gros, soit les esprits existent objectivement, indépendamment de l'individu qui les perçoit ; soit ils ne sont que le produit d'une subjectivité, d'un trouble psychique ou d'une appartenance culturelle. »
Descola semble faire du naturalisme une caractéristique de la modernité. Est-ce votre cas ?
« Dire que les modernes sont les naturalistes, c'est risquer de renvoyer le magnétisme du côté de la tradition, comme s'il appartenait au passé. Or, nous sommes tous contemporains ! À ce titre, un magnétiseur est tout aussi moderne qu'un médecin, qui est lui-même tout aussi moderne qu'un chaman. Tous habitent le même temps historique.
On peut toutefois parler de “conflit de modernité”. Le sociologue Ulrich Beck évoque une “modernité simple”, qui correspond à la modernité industrielle : celle du progrès technique, de l'expansion capitaliste et de la confiance dans la science. Et de “modernité réflexive”, qui apparaît lorsque les sociétés modernes commencent à interroger leurs contradictions : les dégâts écologiques, les impasses du productivisme ou les limites de la médecine. Il s'agit d'un conflit entre ces deux mouvements de la modernité. L'intégration de pratiques dites “ancestrales” dans le système de soin n'est donc pas un retour en arrière, elle s'inscrit, au contraire, dans la poursuite du processus de modernisation. Le magnétisme peut être compris comme une pratique de la modernité réflexive : non pas comme une survivance archaïque, mais comme une manière d'interroger les excès de l'industrialisation et les effets iatrogènes de certaines pratiques médicales. »
Cela dit, pour que le magnétisme soit accepté dans la modernité, vous expliquez qu'il a d'abord dû se débarrasser de ses aspects magico-traditionnels…
« Pour comprendre la trajectoire du magnétisme, il faut revenir sur son histoire. C'est le médecin et philosophe viennois Franz Anton Mesmer qui importe la pratique en France à la fin du XVIIIe siècle. Très vite, le magnétisme suscite l'engouement, notamment dans les milieux aristocratiques. Louis XVI décide donc de réunir deux commissions chargées d'évaluer son efficacité. Leur verdict : le magnétisme ne serait que “chimère et imagination”, alors même que certains commissaires admettent en avoir éprouvé les effets.
À l'époque, la médecine est en train de définir son territoire légitime d'intervention. Or, en affirmant que les effets du magnétisme relèvent de l'imagination, elle ne dit pas simplement que cette pratique est inefficace. Elle dit aussi, implicitement, que les pouvoirs potentiellement thérapeutiques de l'imagination ne l'intéressent pas.
À partir de là, le magnétisme va être réprimé. Et avec la création de l'Ordre des médecins sous le régime de Vichy, les sanctions sont de plus en plus lourdes. Cette répression pousse les magnétiseurs à se professionnaliser. En 1951, ceux-ci créent une association pour échapper aux poursuites qu'ils jugent injustes. Ils consultent des avocats, qui leur expliquent que le risque est double. D'abord, s'ils prétendent se substituer aux médecins ou promettre la guérison, ils s'exposent à des poursuites pour exercice illégal de la médecine. Ensuite, si leur pratique paraît trop magique – s'ils convoquent des forces surnaturelles, par exemple –, ils risquent d'être violemment disqualifiés.
Le magnétisme tend alors à se “scientifiser”, au sens où il se débarrasse peu à peu de ses éléments les plus ésotériques. Les membres de l'association apprennent alors à présenter leur activité comme une pratique complémentaire, encadrée, qui ne prétend pas remplacer la médecine. »
Un geste très naturaliste finalement ?
« Tout à fait. Avant de mener mon enquête sur le magnétisme, j'ai travaillé sur le chamanisme de la côte nord-péruvienne. Au Pérou, les chamanes ont été poursuivis parce qu'ils détenaient des objets préhispaniques : là où ils voyaient des supports pour leurs rituels, l'État voyait des pièces destinées aux musées. Mais pour se faire accepter, ils n'ont pas cherché de validation scientifique : ils ont plutôt milité pour une reconnaissance comme patrimoine culturel de la nation. Les magnétiseurs français, eux, n'ont jamais mobilisé ce registre patrimonial, alors même qu'ils auraient pu revendiquer des racines anciennes. C'est très européen, et même très français : pour qu'une pratique gagne ses lettres de noblesse, il faut qu'elle montre patte blanche devant la science. Sinon elle s'expose à l'accusation de superstition. »
Propos recueillis par Gaëlle Desnos1 La Découverte, 2023.
En 2014, Abigaël Lordon décide d'arpenter seule le GR2013, un sentier de 365 kilomètres serpentant autour de Marseille, entre nature et zones industrielles. De ce périple de trois semaines à deux pas de chez elle, elle tire un carnet de voyage graphique et poétique qui retrace son éveil féministe.
« Pour faire vibrer un élan, un peu sur un coup de tête. » Abigaël Lordon, 28 ans, décide de se lancer dans une aventure près de chez elle : le GR2013 qui a été inauguré un an plus tôt, à l'occasion de Marseille capitale européenne de la culture. Un chemin en forme de huit de 365 kilomètres qui traverse zones périurbaines, complexes industriels et massifs sauvages, de la Sainte-Victoire à l'étang de Berre. L'autrice prépare cette marche de proximité, rassurée de pouvoir facilement rentrer chez elle si quelque chose se passe mal. Un chemin qui se transforme en éveil féministe et dont Abigaël Lordon tire un joli carnet de voyage graphique Marcher vers soi (Wildproject, 2026).
La marcheuse (re)trace son périple de trois semaines en texte et en image. Armée de son sac à dos de 13 kilos, elle alterne bivouacs, campings et haltes chez l'habitant. Jour après jour, elle se heurte à la sublime et fascinante réalité de la randonnée : la splendeur des paysages, la solitude, mais aussi les conversations entendues aux terrasses et l'omniprésence des stigmates industriels. À chaque page, ses croquis de couleurs vives illustrent le texte, couchant sur le papier visages et paysages.
Plus que la nature, ce sont ses rencontres humaines qui l'amènent à penser politiquement son genre. Partie « en tant qu'être humain », elle se voit « constamment ramenée à [son] corps féminin ». Dès la première nuit, en bivouac, Abigaël décrit la peur qui la saisit. Pas celle de l'ours. Mais celle de l'homme. L'agresseur. « Je suis seule dans la montagne avec ma chatte et mon couteau, écrit-elle. Je n'ose pas bouger d'un millimètre. » Si rien ne lui arrive ce soir-là, elle se trouve confrontée à diverses reprises au sexisme ordinaire et interroge le conditionnement social qui pèse sur les femmes. À plusieurs reprises, on lui demande : « Mais vous n'avez pas peur toute seule ? » Jamais, les passants soucieux ne questionnent l'origine du problème, à savoir le putain de patriarcaca qui nous empoisonne et nous empêche.
Malgré ces contraintes, cela n'empêche pas Abigaël Lordon de déployer une belle plume poétique. L'observation des paysages fait écho à son corps, territoire intime. Face à l'usine de Gardanne, l'autrice décrit des « terrains vagues remplis de métaux lourds, un peu comme du sang coagulé gigantesque ». Sans nommer le capitalisme, c'est pourtant les stigmates du système d'exploitation du vivant que la dessinatrice observe. La pollution industrielle s'entremêle ainsi à la cartographie de ses propres prises de conscience. La marche devient un outil de réappropriation de soi : « La qualité du sol, ses zébrures et sa mollesse forment de nouveaux paysages à explorer dans mon âme. » Cette aventure, à quelques pas de chez elle, lui offre un nouveau pouvoir : la confiance en elle « puisée dans la puissance de la montagne ». Un carnet lumineux au goût de liberté qui donne envie d'enfiler ses chaussures de marche.
Thelma Susbielle
On aurait pu tenter le coup. Faire les innocent·es. Glisser ce journal dans ta boîte aux lettres et siffloter très fort en regardant ailleurs. Quoi ? Une semaine de retard ? Nous ?
Et puis bon. On s'est finalement dit que si tu t'en rendais compte, tu nous en voudrais d'avoir voulu filouter avec toi. Alors, on préfère jouer franc jeu : le bouclage de ce double numéro d'été ne s'est pas exactement déroulé comme prévu. Entre les températures qui montent, les cerveaux cqfdiens rôtis ou partis en transhumance estivale – voire honteusement débauchés par d'autres médias en mal de plumes talentueuses pour remplir leurs pages d'été – et ce traître de mois de juin qui a filé à la vitesse grand V, impossible de finir le journal à temps. À une semaine du D-Day, il a bien fallu se résigner et chouiner auprès de la Sainte Trinité imprimeur-distributeur-diffuseur pour avoir du rab. Et tu sais ce qu'ils nous ont répondu ? « Mais il n'y a aucun de souci ! Il vous faudrait combien de jours en plus ? » Décontenancé·es par tant de mansuétude, on n'a même pas osé gratter plus d'une semaine ! Mais en vérité, on pensait aussi à toi, lectrice, lecteur : il fallait bien que tu aies ton journal pour encaisser d'être privé de vacances ou avant ton grand départ pour la Creuse, la Corse ou Tahiti !
D'ailleurs, toi. Oui, toi, qui pars à Tahiti. Ne te cache pas derrière ton paréo ! On t'a vu avec tes gros sous et ton amour immodéré pour la presse libre. La subvention de notre bon samaritain, la Fondation Un monde par tous, tarde à arriver. En attendant, les factures s'empilent, les retards de salaires prennent racine et notre banquier commence à développer une petite crispation de la paupière gauche. Alors avant de partir, il y a moyen que tu nous envoies un peu de flouze ?
Luno intervient bénévolement en prison. Il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages, du point de vue de celui qui y passe mais n'y dort pas. Ce mois-ci, une chronique rallongée pour tenter de répondre à cette brûlante question : puisque la prison ne sert à rien, à quoi sert-elle réellement ?
« Ah bonjour ! Ça fait longtemps que vous êtes dehors ?
– Euh, depuis ce matin. J'veux dire, j'ai pas dormi à la rue quoi...
Mince, j'étais sûr qu'il m'avait reconnu. D'habitude je n'interpelle pas les anciens détenus par crainte de raviver des souvenirs merdiques mais là, c'est lui qui a lancé le premier « bonjour ». « Pardon, on s'est rencontrés à la maison d'arrêt, vous...
– Ah oui, l'atelier dessin ! Vous allez bien ?
– Oui et vous ? Je me disais bien que je ne vous voyais plus. Vous êtes sorti quand ?
– En mars, je crois... Mais j'y retourne bientôt. Ils m'ont remis sept mois au bout de quinze jours dehors ! Maintenant j'attends qu'ils viennent me chercher vu qu'on m'a pas donné de date.
En maison d'arrêt, les détenus restent en moyenne quatre mois. Certains sont transférés après condamnation vers un nouvel établissement, d'autres – la plupart – sortent, avec ou sans aménagement. Avec ce turnover, je tombe régulièrement sur d'anciens taulards dans les rues des petites villes de ma région. Lui, c'est M. Lefler*, je l'ai connu l'hiver dernier, il purgeait une peine courte et semblait habitué des lieux. Un mec très doux, visiblement apprécié des autres détenus, parfois l'air un peu hagard.
Comment peut-on considérer avec autant de nonchalance l'échec total de la tâche à laquelle on dévoue 40 heures par semaine ?
Depuis quelques semaines, je l'aperçois souvent, éclusant des canettes de bière forte sur les bancs du quartier. Il attend qu'on vienne le réincarcérer, cette fois pour outrage et violences sur agents « en état d'ivresse manifeste ».
Mirage de droiteLes prisons où je circule sont pleines de gens comme M. Lefler, à propos desquels la matonnerie déclare goguenarde : « Il connaît la maison mieux que nous ! » ; voire même : « On l'a vu grandir, lui ! » La première fois qu'une officière m'a balancé un truc comme ça, j'étais scié. Comment pouvait-on considérer avec autant de nonchalance l'échec total de la tâche à laquelle on dévoue 40 heures par semaine ? Jusque-là j'étais naïvement persuadé que les gens qui fabriquaient la taule se devaient de croire à son utilité. En réalité, ils et elles sont aux premières loges et n'ignorent donc rien du désastre ; désœuvrement, violence, désocialisation, trauma psychologique et réinsertion fantoche. La taule est un mirage : il faut la regarder de très loin pour s'imaginer qu'elle sert à quelque chose.
D'ailleurs, à quoi est-elle supposée servir ? Comme le système pénal dans son ensemble, la prison a pour objectif de protéger la société en dissuadant la commission d'actes illégaux, en les réprimant lorsqu'ils surviennent, en neutralisant leurs auteurs et en les « réformant » afin qu'ils ne représentent bientôt plus de danger ni pour eux ni pour les autres. Ils pourront alors être réintégrés. Mais dans son dernier livre, la chercheuse et militante abolitionniste Gwenola Ricordeau1 estime que l'institution ne remplit correctement qu'une seule de ces quatre « prétentions » : celle qui consiste à reléguer temporairement les personnes hors de l'espace public. La persistance du crime et de la récidive témoignerait pour sa part de la faillite du modèle carcéral.
De fait, il n'existe aucune donnée scientifique permettant de lier incarcération et baisse de la criminalité – si c'était le cas, les États-Unis où plus de deux millions de personnes sont emprisonnées seraient depuis belle lurette le pays le plus pacifique au monde ! Quant au taux de récidive, en France, il est de près de 63 % sur cinq ans. En gros, deux prisonniers sur trois sont – comme M. Lefler – susceptibles de revenir derrière les barreaux suite à leur libération. Pour y faire quoi ? Principalement rien, tant l'ennui est au cœur de l'expérience de la détention.
Les politiques publiques semblent prises dans un cercle vicieux, une forme d'addiction irrationnelle à la punition
Selon les régimes pénitentiaires, on s'ennuie seul·e ou dans la compagnie forcée d'un·e ou plusieurs co-détenu·es, mais on s'ennuie toujours profondément. On s'ennuie devant la télé, en fumant du shit, en faisant des tractions, en lavant le sol de la taule contre des miettes de salaire. On s'ennuie ferme du vendredi après-midi au lundi matin ou pendant les « vacances », lorsque les activités sont encore plus réduites que d'ordinaire. Dans son premier bouquin, le militant lié au groupe Action directe Jean-Marc Rouillan, appelait ça être « dissout dans l'acide du temps »2. Et cet ennui sidéral, dans des conditions de violences et de privation incompatibles avec la moindre exigence de dignité humaine, rejoué quotidiennement pendant des mois ou des années, devrait permettre aux personnes de réfléchir au sens de leurs actes et de se réhabiliter ? Mieux, cela devrait rétribuer quelque chose aux victimes ?
Crime de masseUne fois établie qu'elle nuit aux détenus mais aussi à leurs proches et à l'ensemble de la société, Gwenola Ricordeau estime que « la prison est un crime de masse commis en bande organisée ». Et de s'interroger : « Si elle ne sert pas à rien, à qui ou à quoi sert-elle ? » Et pourquoi se perpétue-t-elle ? Car de fait, les politiques publiques semblent prises dans un cercle vicieux, une forme d'addiction irrationnelle à la punition où le constat d'inefficacité du système carcéral n'empêche aucunement les magistrats d'enfermer de plus en plus, et les gouvernements successifs de réclamer sans discontinuer de nouvelles places de prison.
C'est qu'il existe des bénéficiaires directs de la prison. Juges, procureurs, greffiers, matons, personnels du ministère de la Justice ou professionnels du secteur de l'insertion ; ce sont tous ceux qui, à un niveau individuel, vivent de la répression et de l'enfermement. Leurs « profits » sont toutefois dérisoires à côté de ceux des grands groupes du BTP comme Bouygues ou Eiffage, qui conçoivent et bâtissent les taules, et des multinationales, comme Gepsa ou Sodexo, qui en assurent la « gestion déléguée » en prenant en charge la maintenance, le nettoyage, la restauration, la blanchisserie mais aussi la formation ou le travail pénitentiaire.
En tant qu'institution du système capitaliste, la prison contribue activement à maintenir son ordre social
Plus de la moitié des détenus sont aujourd'hui « gérés », en France, par une boîte privée dont l'objectif assumé est de rendre ce marché public rentable afin de dégager des bénéfices et de verser des dividendes aux actionnaires.
La suite est plus politique encore. En tant qu'institution du système capitaliste, la prison contribue activement à maintenir son ordre social. Gamin, sur la route des retours de week-end, j'avais une peur bleue lorsque nous longions de nuit la vieille prison du centre-ville : ses hauts murs noircis, ses fenêtres à barreaux auxquelles pendaient serviettes et sacs poubelle... Rien ne m'effrayait autant que d'apercevoir parfois l'un de ces proscrits derrière le point rouge d'une cigarette. Ce lieu incarnait pour moi la matérialisation même du mal sur la Terre et venait se confondre avec le purgatoire que détaillait la dame du catéchisme le mercredi matin. Ceux qui s'y trouvaient ne pouvaient que mériter leur sort.
Cette terreur enfantine, associée au mythe qui prétend que « ça peut arriver à tout le monde », illustre bien le rôle dissuasif de la prison. En réalité, la population criminalisée est clairement définie : ce sont en grande majorité des hommes jeunes, pauvres, peu éduqués et souvent non blancs.
La taule est un mirage : il faut la regarder de très loin pour s'imaginer qu'elle sert à quelque chose
En ceci, la prison est l'une des clés de voûte d'un système raciste et classiste qui cherche à contenir et discipliner les éléments les plus menaçants des classes populaires. C'est ce que rappelle le philosophe Geoffroy de Lagasnerie en réactualisant les thèses de Michel Foucault : « La stratégie du pouvoir pour les contrôler, c'est de les étiqueter comme délinquants et de les faire rentrer et sortir et rentrer et sortir dans un appareil police-prison qui permet de les assigner à une position sociale et donc de maîtriser leur puissance de subversion. »3 Et de conclure que le système pénal a donc moins des « fonctions criminelles » que « des fonctions sociales » et que non seulement il se fiche bien de lutter contre la récidive mais qu'il s'échine à la produire.
Luno1 . Tant qu'il y aura des prisons, Le Passager clandestin, 2026.
2 . Je hais les matins, Agone, 2001.
3 . Voir l'entretien avec Denis Robert sur le média en ligne Blast, 2025.
La chorale des Deter-chantent recrute pour sa rentrée 2026-2027 à l'Arche de Noé (Lyon 7) !
Nous sommes une chorale féministe inclusive et autogérée, en mixité choisie MINT : Meufs, personnes Intersexes, Non-binaires (sans mec cis).
Nous nous retrouvons tous les mercredis soirs (19h30 - 21h30) pour chanter, échanger, faire entendre nos voix autour de luttes sociales et environnementales, en prenant de la place ensemble dans l'espace public pour défendre plus d'égalité et de solidarité.
Nous sommes déjà une trentaine, et nous allons ouvrir une dizaine de places pour des inscriptions de nouvelleaux. Pour plus d'équité, nous avons décidé d'organiser un tirage au sort.
→ Si vous êtes intéressé.e.s, merci de nous adresser un mail à deter-chantent@proton.me avec comme objet « Inscription rentrée + votre nom » d'ici le 2 septembre max (avec prénom, nom, adresse mail, et toute autre info que vous jugerez utile) pour que nous puissions bien le traiter, vous envoyer un accusé de réception et vous intégrer au tirage au sort qui aura lieu début septembre.
→ Si vous avez des questions avant de faire cette démarche, nous ferons notre possible pour vous répondre avant la date limite des inscriptions.
→ Et si vous voulez nous rencontrer d'ici là, nous organisons avec d'autres chorales féministes des répétitions ouvertes en mixité choisie femmes + personnes LGBTQIA+, au local de la Comète [https://lacomete.hotglue.me/] à Valmy, les mercredis 22 juillet, 5 et 19 août de 19h à 21h.
Les Deter
Exposition sur Les 90 ans de la Révolution espagnole
Pour ceux et celles qui ne peuvent venir au Cras, quelques images et documents sur l'exposition : https://cras31.info/IMG/pdf/cras_expo_sur_les_90ans_revo_espagnole_2026.pdf
Dessins et Arts Graphiques, dessinatrices et dessinateurs
AOUT 2026 - Permanences :l'expo est visible les mardi et jeudi de 15h à 19h ou sur rendez-vous. Le centre d'archives est ouvert pendant l'été.
Le 19 juillet 1936 marque la contre-offensive ouvrière dans toutes les grandes villes d'Espagne, suite au soulèvement militaire fasciste du 18 juillet. La CNT (Confédération nationale du travail), alors première force syndicale avec plus d'un million d'adhérent-e-s avait permis la victoire du Frente Popular en ne faisant pas campagne en faveur de l'abstention, pour permettre la libération des 30 000 détenus libertaires (emprisonnés suite aux diverses révoltes dont celle des Asturies en 1934). Le 21 juillet est créé le Comité Central des Milices à l'initiative de la CNT, regroupant l'ensemble des organisations ouvrières révolutionnaires et républicaines. Le communisme libertaire est prononcé dans de nombreuses communes et cantons où déjà nombre de terres, d'usines et de services publics sont collectivisés. La CENU (Nouvelle École Unifiée de Catalogne) est créée.
Le Cras propose, à partir de différents supports (affiches, dessins, presse, clichés typographiques…), une exposition de Dessins et Arts Graphiques de différents artistes qui ont œuvré de 1936 à 1939 pour la révolution en Espagne, puis en exil, particulièrement en France et à Toulouse, à partir de 1939.
« L'explosion d'affiches de juillet 1936 à Barcelone », comme l'appelle le dessinateur Carles Fontserè, est un phénomène occulté pendant les 40 années de franquisme. Il est pourtant présent sur tout le territoire. Chaque organisation a alors ses propres dessinateurs et dessinatrice et l'on estime à plus de 3 000, le nombre d'affiches réalisées pendant les trois années de guerre.
On trouve aussi des illustrations et des photomontages pour des revues, la presse, des carnets de dessins et des cartes postales. On dénombre une dizaine de syndicats et regroupements de dessinatrices et dessinateurs. Le Syndicat des Dessinateurs Professionnels à lui seul compte jusqu'à1800 membres.
« L'affiche est un cri collé au mur », Un grito pegado en la pared (Manuel Monleon)
📍 Lieu : Au CRAS - 39, rue Gamelin, 31100 Toulouse
🚇 Métro Fontaine-Lestang | Tram Déodat de Séverac
Tél : 09 51 43 19 08
mail : cras.toulouse@yahoo.com
site internet : https://cras31.info/
L’Éveil de Haute Loire / jeudi 6 août 2026
Les sapeurs-pompiers de Saint-Julien-Chapteuil ont été engagés peu avant 3 heures, dans la nuit de mercredi à jeudi. Un début d’incendie venait d’être signalé sur un engin de chantier stationné en bordure de la RD 28, entre le lieu-dit de La Pénide, commune de Saint-Hostien, et Le Pertuis, à l’endroit où une déviation de la route départementale doit être créée dans les prochains jours, dans le cadre du vaste chantier de contournement de la RN 88. Grâce à l’action des sapeurs-pompiers, le feu s’est limité à la roue avant droite de la pelleteuse.
La gendarmerie s’est rendue sur place jeudi matin. Un technicien de la cellule d’investigation criminelle travaillait, aux côtés d’une patrouille de la brigade de proximité de Saint-Julien-Chapteuil. Les militaires ont procédé à différents relevés dans le but de trouver des traces et indices permettant de déterminer l’origine de l’incendie.
Ces travaux, dont la maîtrise d’ouvrage est confiée à la région Auvergne Rhône-Alpes, connaissent de nombreux détracteurs. Des dégradations ont déjà été constatées par le passé, notamment des graffitis laissés sur des machines lors du chantier préparatoire.
En novembre 2023, les gendarmes avaient fait usage de la force pour déloger des manifestants qui s’étaient allongés sous des barbelés pour empêcher le passage des pelleteuses devant réaliser les travaux de fouilles archéologiques à l’endroit du futur viaduc du Roudesse. Placés en garde à vue, quatre hommes et une femme ont été condamnés en 2025 à payer chacun une amende de 300 € et à dédommager la Région à hauteur de 4.620 €. Au printemps dernier, après la première réunion d’information concernant le début du chantier, l’un des salariés a constaté qu’un pneu de sa voiture avait été dégonflé. Là encore, une enquête de gendarmerie avait été ouverte afin d’établir s’il s’agissait d’un acte criminel.
Le chantier de la construction du viaduc du Roudesse a débuté au printemps et les piles commencent à émerger. En septembre débutera une nouvelle phase du chantier : celle de la création de déviations provisoires de la RD 28. C’est à cet endroit que la pelleteuse touchée par un incendie était stationnée.
C'est l'été et les militant.es sont en vacances*.
C'est l'été et les militant.es sont en vacances*.
9 mois de travail-militant, il faut bien se reposer un peu quand même.
Et puis de toute façon, c'est bien connu, l'été, plus besoin de s'organiser contre la prison ou la guerre puisque les prisonnier.es partent à la mer et qu'il fait trop chaud pour se faire bombarder.
Plus besoin non plus d'imprimer textes, brochures ou affiches, faire fonctionner l'imprimante fait monter les degrés dans la pièce. Et quand on sait en plus que l'industrie du papier fait partie des responsables du réchauffement climatique, on ne peut que saluer cet écogeste.
Plus besoin de cantine pour manger non plus, la canicule, c'est pratique pour ça, ça coupe la faim.
Et surtout, plus besoin d'espace de sociabilité. Toulouse plage, c'est toujours plus sympa solo, non ?
Trêve de plaisanteries...
L'été, les villes sont désertées majoritairement par celleux qui peuvent se permettre de partir en vacances. Pour qui reste, c'est pareil que d'habitude mais en pire. Il n y a presque plus aucune activité ni espace de sociabilité, l'isolement se fait d'autant plus ressentir. Et c'est bien triste que des projets / espaces subversifs participent à cette dynamique en ce mettant en pause. C'est pas un hasard si l'été fait partie des périodes de l'année avec le plus de passages aux urgences psys et de tentatives de suicide. Aussi la plupart des soignant.es et travailleur.euses sociaux sont en vacances et les urgences sont encore plus saturées que jamais. En taule, la canicule rend le quotidien encore plus suffoquant qu'à l'habitude. En ville, les apparts de pauvres sans clims sont les plus à risque et celleux qui y vivent n'ont pas les moyens d'aller se mettre au vert. Pas mal de gent.es à la street se font dégager des zones touristiques où iels zonent l'hiver et se retrouvent coincés dans la fournaise toulousaine à dormir sur le béton brulant, où même les parcs sont fermés la nuit.
Il ne s'agit pas de dire qu'il faut se sacrifier pour la lutte et encore moins ne pas faire de pauses ou ne jamais se reposer. Encore moins de ne jamais bouger de Toulouse. Au contraire, s'il y a autant un besoin de couper/se reposer/vadrouiller qui se manifeste l'été pour certain.es, pourquoi ne pas remettre en question nos rythmes le reste de l'année ? Parce que c'est bien souvent celleux qui ne peuvent pas suivre les rythmes 9 mois sur 12 qui se retrouvent coincées en ville et isolées les 3 mois restants où les militant.es arrêtent de militer et que les initiatives se mettent en pause.
J'entends souvent parler de burn-out militant. Pour beaucoup, le militantisme est un travail, une activité extra-scolaire ou saisonnière, en tous cas séparée de la vie quotidienne. Bref, un truc à côté du taff, un passe temps pour le week-end, un loisir. Le samedi je manifeste, le lundi je suis bonne employée. Le mardi, j'étudie la philo, le mercredi soir je fais une assemblée. On se crame puis on arrête quand ça commence à trop impacter les autres aspects de notre vie, il faut du temps pour le développement personnel tsais. Ou les aspects plus rentables : parce que oui, le militantisme ça paye pas (ou peu…).
Le militantisme est pour moi contradictoire avec mes désirs de liberté et de révolte, avec un refus de l'autorité qui touche à tous les aspects de ma vie et transforme mon lien aux autres et au monde, un monde qui est à détruire, en hiver comme en été. A cela s'ajoute que je trouve ça carrément relou de se retrouver à la remorque du calendrier scolaire.
Bref, un big up à celleux qui continuent leurs initiatives en été !
Mention spéciale à Oestrosoupe et à la bibliothèque anarcha feministe qui maintiennent leurs perms, tout comme ambiance pédale.
Une rageuse parmi d'autres
*J'parle pas des squateur.euses expulsé.es en vadrouille avant réouverture et/ou des galérien.nes qui font les saisons.
« Juillet 1936, dans les casernes catalanes... »
Présentation
La première partie de ce travail est initialement parue en espagnol dans la revue Comunismo 66 du Groupe Communiste Internationaliste (GCI) en février 2017. Bien que l'équipe qui a produit ce matériel ait préparé sa suite dans les numéros suivants de cette revue, une série de circonstances et de ruptures ultérieures ont interrompu le planning prévu. Plus de cinq ans après, une bonne partie des militants qui composaient l'équipe ont décidé de reprendre cette tâche importante, considérant qu'elle représente une contribution qualitative au bilan que notre classe a forgé de cet épisode historique extraordinaire. Cette seconde partie fut publiée par les Proletarios internacionalistas dans la revue Revolución 2 en septembre 2023.
Certains camarades s'interrogent sur l'utilité que peut avoir un tel matériel dans le présent : un bilan d'un processus qui s'est déroulé il y a presque un siècle et sur lequel on a écrit ad nauseam. Tout ce qui est important du point de vue du prolétariat révolutionnaire n'a-t-il pas déjà été dit ? N'y a-t-il pas des questions et des problèmes actuels beaucoup plus importants qui requièrent nos efforts et qui auront plus d'impact, ou du moins qui seront mieux accueillis dans notre communauté de lutte, par rapport à ce « mammouth » sur la lutte en Espagne dans les années 1930 ? Nous ne nions pas qu'il existe des questions actuelles d'une grande pertinence qui sont abordées aujourd'hui au sein des minorités révolutionnaires et d'autres sections de notre classe. Nous n'y sommes pas étrangers et y participons à différents niveaux.
L'antifascisme ne continue-t-il pas à avoir une force hégémonique partout, acquérant une nouvelle vigueur et renforçant la démocratie, le politicisme, la polarisation entre la gauche et la droite, en enrôlant même les prolétaires dans telle ou telle guerre ? Le gestionnisme n'est-il pas l'une des voies par excellence face à la crise de la valorisation du capital ? L'État du Rojava, la guerre Ukraine-Russie, l'utilisation constante d'un moindre mal, l'épouvantail du fascisme, le possibilisme, l'apologie de la prise des centres de production par les travailleurs comme objectif, l'anti-autoritarisme comme monopole du pouvoir dans les mains de l'État… Le bilan présenté ici ne fait qu'approfondir la critique de ces idéologies et d'autres qui restent aujourd'hui un pilier de l'ordre social. Leur pertinence et leur importance sont irréfutables.
Certes, la critique révolutionnaire a déjà passé en revue ces forces de l'ennemi au cours de ces neuf décennies. Mais il s'agit de poursuivre cette tâche en allant plus loin, de contribuer à donner à la critique historique du prolétariat un contenu plus profond et plus concret. En ce sens, nous ne pouvons pas permettre que ces matériaux continuent à circuler et à être discutés exclusivement « en interne » entre quelques camarades et groupes.
Au-delà de l'explication de notre méthodologie d'analyse, la présente contribution expose ce qui est pour nous l'ABC de la révolution et de la contre-révolution dans la région espagnole des années 30, accompagné d'un bref compte-rendu critique du développement de la lutte des classes dans cette période, en soulignant la force du prolétariat, de son associationnisme, de ses tentatives insurrectionnelles. En même temps, nous avons essayé de montrer comment ce processus riche et complexe de la montée de la révolution était parallèle à la constitution et à l'établissement de son contraire : la contre-révolution. En effet, nous avons montré comment, tandis que le prolétariat remettait en cause et attaquait l'ensemble de l'ordre social, tentant d'imposer ses besoins par sa force collective, essayant de faire un saut qualitatif par des tentatives insurrectionnelles, la contre-révolution prenait des formes alternatives pour neutraliser et phagocyter cette force qui menaçait son existence : république, partis de gauche, « alliances ouvrières »… jusqu'à ce qu'elle trouve dans le Front populaire et l'antifascisme la formule sur laquelle la contre-révolution s'est structurée et imposée.
Avec cette contribution, nous considérons que nous avons fait un pas en avant dans l'analyse des fondements de la contre-révolution dans la question espagnole. Il va sans dire que nous encourageons les camarades à nous envoyer toute critique de ce bilan, ainsi que toute information peu connue relative à ce formidable épisode de notre lutte de classe.
Espace de discussion entre personnes psychiatrisées.
Il fait frais à l'Impasse si la chaleur te fait hésiter à venir !
Depuis février 2024, on est quelques un.es à se retrouver presque toutes les deux semaines pour échanger sur nos galères psy et se partager quelques outils. On n'est pas toujours les mêmes, certain.es n'ont loupé quasiment aucune séance, d'autres viennent puis repartent puis reviennent, ou pas.
Les prochains goûters sont les mardis 4 et 18 août de 13h à 16h, toujours à l'impasse, 1 impasse lapujade à Toulouse.
Historique des brunchs
Avec ou sans diagnostics, avec ou sans traitements, avec des parcours variés et venant d'horizons différents, on a jusqu'à maintenant réussi à faire de ces temps d'échange un espace à la fois de soutien et de réflexion sans pour autant être un groupe de parole. Il ne s'agit pas tant de s'interdire de parler de soi et de son propre vécu, que de garder une attention collective à la façon dont on aborde les sujets compliqués pour éviter de se plomber les un·es les autres.
Se retrouver autour d'un brunch, pour un moment chill, c'est aussi l'idée de sortir nos zinzineries du placard où la psychophobie nous enterre malgré nous, et de s'offrir un espace rare où on n'est pas obligé·e de faire semblant que "ouais carrément ça va !" Un espace où questionner la place de "patient·e" à laquelle la psychiatrie nous assigne, sans pour autant porter de jugement sur les choix des un·es et des autres. Où parler de ce monde de dingue (ben ouais c'est pas nous le problème ! Ou pas que en tout cas) qui en plus de nous précariser, de nous surveiller et de nous contrôler, voudrait nous faire porter la responsabilité de ne pas être ces sujets valides, productifs et toujours en quête du bonheur dont rêve le capitalisme. Et nos parents. Et nos potes. Y compris dans les milieux militants où c'est toujours galère de faire entendre que la psychophobie, ben ouais, c'est une oppression structurelle. Ben ouais.
Si tu es un.e professionnel.le en santé mentale, quelque soit ta spécialité, nous préfèrerions que tu ne vienne pas. On va se partager des outils et des vécus, depuis une position de domination partagée qui est celle d'être considéré.e comme fou/folle/inadapté.e/neuroatypique/névrosé.e/anormal.e/etc. En tant que professionnel.le, même si t'as des galères psy de ton coté aussi, tu valide et reproduis, malgré toi, toute une histoire d'abus et de maltraitance dont la psychiatrie, et + largement la "santé mentale", est issue.
Comment ça se passe ?
Ça dure 3h. On est à peu près 3-4-5 personnes, le nombre peut varier mais pas plus que 10 habituellement. Certain·es arrivent avec des propositions, on décide de quoi on a envie de parler et sur quel format : toustes ensemble, en petits groupes ou en binômes. On se partage des outils qu'on trouve intéressants (brochures, bouquins, Bds, adresses de soignant·es à fuir ou à rencontrer...), on fait au moins une pause au milieu, et on grignote tout du long en buvant les trucs qu'il y a sur la table.
Et pis on a un pad, où retrouver les dates des prochains rdvs, se proposer des thématiques pour les prochaines fois et partager des ressources.
https://pad.riseup.net/p/brunchmental2024-keep
A très vite, et portez vous bien !
Oestrosoupe c'est des permanences en non-mixité transfem, transexuelles etc pour s'entraider et s'autonomiser sur nos transitions, pour partager nos expériences loin des cis et des médecins. On a du matos d'injections, des zines sérieux ou rigolos (et mal imprimés).
Tu peux ramener de la nourriture ou de délicieuses boissons ce sera toujours bienvenu !! En ce moment on CREVE de chaud, prend ton micro ventilo ou ton éventail ça va faire du bien à tout le monde :))
C'est un dimanche sur deux, de 14h à 18h au Bicyclit', 18 rue du printemps.
Si tu en as marre de te tartiner de gel plusieurs fois par jour ou de retrouver des patchs collés sur tes fringues. Ou que tu galère à pécho une ordonnance pour obtenir plus de deux pauvres pressions quotidiennes. Si tu as envie de passer aux injecs et qu'il te faut un peu plus qu'un tuto vidéo pour savoir où planter l'aiguille. Ou que tu as besoin de renouveler ton stock de jus de femme. Si tu as des questions que tu imagines tellement idiotes que tu n'oses même pas les poser à ChatGPT !!
Et bien on te propose de venir à notre prochaine permanence pour échanger sur nos pratiques, nos besoins, nos galères et se former aux traitements hormonaux DIY par injection. Pour s'autonomiser face aux médecins et adapter nos THS par nous-mêmes. On aura du matériel de réduction de risques pour se piquer à disposition et de quoi se faire un goûter si chacune ramène de quoi grignoter.
Oestrosoupe c'est les trannies les plus secouées de ta région, un collectif par et pour les transfems dans le but de partager les connaissances intracommunautaires sur les transitions médicales. C'est une expérience d'autonomisation, pour ne pas laisser le savoir à des assos loi 1901 qui perdent parfois les raisons de leur existence dans la gestion administrative et la chasse aux subventions. On croit à des réseaux de solidarité qui ne comptent pas sur la thune de l'état ou le bon vouloir des politiques de pink washing pour se mettre en place.
Vive l'autogestion des transitions, vive le DIY et nique la fRance !!!!!
INFOS PRATIQUES
Horaire : 14h - 18h
Lieu : Bicyclit', 18 rue du Printemps 31000 Toulouse
Date : dimanche 26 juillet, dimanche 9 août et dimanche 23 août
CONTACT
mail : oestrosoupe@riseup.net
Le guide à l'usage des proches de personnes incarcérées à été mis à jour. Il est commandable en version papier ou disponible sur internet.
La dernière version de ce guide datait de 2013 et depuis beaucoup de choses ont changé.
Du fait d'un état de plus en plus répressif, qui instaure des lois de plus en plus répressives, le nombre de personnes en prison depuis 2013 a considérablement augmenté, passant de 67 000 à 86 000 personnes. Cela est vrai aussi pour d'autres dispostifs où la personne est écrouée sans être incarcérée, comme le bracelet électronique. Ainsi, le nombre de personnes sous bracelet est passé de 10 000 à 19 000 entre 2013 et 2026. En paralèlle, le nombre de places en prison a aussi augmenté, permettant d'enfermer de plus en plus de gens.
L'augmentation de cette répression s'observe aussi dans l'allongement de la durée des peines : les peines sont de plus en plus longues, ce qui est en partie favorisé par l'apparition de quartiers spécifiques : là où avant des personnes incarcérées auraient pu être libérées, on observe maintenant un maintien en détention (ou sous d'autres modalités de contrôle et de répression). Il y a aussi la création de quartiers toujours plus sécuritaires, où les personnes sont soumises à des régimes d'isolement très durs, les derniers en date étant les quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO).
Ce guide porte essentiellement sur la prison mais il y est évoqué aussi d'autres formes d'enfermement comme les CEF/CER (centre éducatif fermé/renforcé) ou encore les CRA (centre de rétention administratif), prisons qui ne disent pas son nom, et donne également des informations sur le déroulement des procés.
L'idée de ce guide est de se donner des billes face à la taule et de favoriser le lien entre l'intérieur et l'extérieur, qu'il passe de mains en mains entre proches, mais aussi à l'intérieur, qu'il soit distribué devant les prisons...
Le guide est commandable en papier à l'adresse : guideprochesprison(a)riseup.net. Il est à prix libre (incluant la gratuité) pour pouvoir en financer l'impression.
Il est aussi disponible sur le site : guideprochesprison.noblogs.org.
Des personnes qui ont participé à cette mise à jour ont enregistré une émission depuis la salle d'impression pour présenter cette nouvelle édition. Pour l'écouter : Retour ligne automatique
Carapatage#97 – Sortie de l'édition 2026 du guide à l'usage des proches de personnes incarcéréesCarapatage#97 – Sortie de l'édition 2026 du guide à l'usage des proches de personnes incarcérées
Brique par brique, pierre par pierre, mur par mur...
Par une courte majorité —moins de 1% des votes— l'extrême droite a remporté les dernières élections présidentielles et est de retour au pouvoir en Colombie à partir du 7 août 2026. De retour car l'extrême droite a gouverné le pays à trois reprises depuis le début du nouveau millénaire. Cependant la nouvelle saison de ce drame, qui vient de débuter, n'est que partiellement la continuation de deux épisodes précédents. Mais que veut-il dire extrême droite en Colombie ? Où résident sa base électorale, les indignations qu'elle mobilise et les revendications qu'elle prétend incarner ? En quoi cette nouvelle version continue les versions antérieures ? En quoi les devance-t-elle ?
Dans ce pays d'Amérique du Sud, être d'extrême droite n'a pas encore consisté à s'opposer à l'immigration ou à l'ethnopluralisme, ni à brandir un nationalisme outrancier aux traits racistes et xénophobes. En revanche, l'extrême droite nationale, en ce premier quart du XXIe siècle, principalement s'est présenté avant tout comme une opposition radicale à toute négociation de paix avec des acteurs armés et très spécialement avec les guérillas.
Mais pour comprendre la nature de cette opposition farouche, il faut entrer davantage dans les nuances : d'abord, il est nécessaire d'avoir en compte que le conflit armé colombien n'est ni une guerre civile classique (à l'espagnole, par exemple), ni un conflit ethnique ou religieux. Il n'implique pas de larges couches de la population qui serait confrontées à d'autres, ni se sent avec la même intensité partout. Etalée sur un territoire deux fois plus grand que celui de la France métropolitaine, la géographie particulière de la Colombie rend les choses favorables à l'extension de ce conflit dans le temps. La cordillère des Andes s'y divisant en trois chaines de montagnes, la Colombie abrite sur son territoire tout à la fois des neiges éternelles gisant à plus de 5000 m d'altitude, des pleines ardentes près de la Caraïbe et ou des forêts tropicales qui couvrent environ la moitié du territoire. Cela explique pourquoi malgré le fait de porter sur soi l'écriteau de « pays dangereux » et une mauvaise réputation liée au trafique des drogues, la Colombie est quand même une des puissances montantes du tourisme dans la région et un pays où, en général, le touriste ne se voit particulièrement exposé à aucun danger pour sa vie dans de vastes zones du pays. Pour les grandes villes, le conflit demeure un arrière-fond relativement lointain qui ne s'en rapproche que de façon dramatique sous la forme d'attentats et avec lequel on rentre en contact de façon quotidienne au téléjournal du soir. Or, pour les périphéries il n'en va pas de même. A San Calixto, dans le nord-est du pays, près de la frontière avec le Vénézuéla, à quelques 12 heures de route de Bogota, ou à Puerto Asís dans le sud-ouest près de la frontière avec l'Équateur, à quelques 723 km de la capitale, le conflit se vit sous une autre intensité : il implique un contrôle territorial grâce auquel, par exemple, les habitants sont arrêtés dans un simple voyage de route entre deux villages, perquisitionnés dans leurs affaires ou enquêtés sur la raison de leur déplacement. Dans certains endroits les groupes illégaux fonctionnent comme une police morale prête à sanctionner des comportements jugés indécents tels que fumer du cannabis ou afficher trop librement son homosexualité. Des pratiques tels que le recrutement forcé des adolescents, la violence sexuelle ou le déplacement des populations entières ont pourri la vie des communautés entières atteignant des pics d'intensité au tournant du dernier siècle. Les chiffres donnent des frissons : plus de 9.000.000 victimes d'un conflit qui dure depuis plus de 60 ans et qui ne parvient pas à se résoudre malgré les efforts, les négociations de paix ou les essais d'une résolution par la voie militaire. Ce conflit implique à la fois les forces armées, des groupes paramilitaires, des guérillas et des organisations criminelles. Le narcotrafic, conséquence de la guerre géopolitique mondiale contre les stupéfiants, en est le combustible car il finance les structures illégales en concurrence ouverte pour le contrôle des routes, ce qui se traduit parfois en affrontements violents qui impactent la vie des communautés : de la possibilité d'ouvrir les écoles jusqu'à la fermeture des commerces, l'interdiction des déplacements ou des couvre-feu routiniers. Bien que la situation se soit fort améliorée les dix dernières années, il n'existe probablement pas un seul Colombien ou Colombienne de plus de 30 ans qui n'ait pas subi directement ou indirectement, par le passé, les effets pervers de ce conflit meurtrier : des parents proches ou éloignés tués, kidnappés, disparus, le carnage de tout un village réfugié dans une chapelle sur laquelle tombe une bombonne de gaz au milieu d'une fusillade, et même un match de football dont les victimes participent de l'histoire de notre infamie nationale.
Tout au long de la dernière décennie du XXe siècle, alors que la guerre ouverte entre des guérillas à phraséologie de gauche et des paramilitaires à phraséologie de droite s'intensifiait, le Parti Libéral gouverne le pays. Au pouvoir, les libéraux se sont comportés tantôt comme un parti de droite, de centre-droite ou encore de centre-gauche, selon la tendance imposée par le candidat gagnant. Mais l'érosion de cette hégémonie s'accélère à partir de 1995, à la suite du scandale de l'infiltration de l'argent de la mafia dans la campagne présidentielle. Les conservateurs remportent enfin les élections de 1998, mettant fin de cette façon à une suite de cinq gouvernements libéraux au pouvoir depuis 1974 (avec une brève pause conservatrice de 82 à 86). Dans ces deux occasions, les conservateurs sont arrivés au pouvoir avec la promesse d'une négociation de paix avec la guérilla des Farc, qui a à chaque fois échouée. Dans les années 90, d'autres groupes de guérilla (M-19, Courant de Rénovation Socialiste, Armée Populaire de Libération, Mouvement Quintín Lame) sont démobilisés mais le paramilitarisme reste actif et grandit autant comme alternative de contre guérilla que comme ethos social : c'est précisément cet ethos qui constitue la première condition de possibilité de la forme actuelle de l'extrême droite nationale, aujourd'hui incarnée par Abelardo de la Espriella, lui-même ayant fait carrière comme avocat défenseur des paramilitaires. Cet ethos fera de la question sécuritaire la priorité première de l'Etat. Il se manifeste comme exaltation de la vie militaire et dans le regard indulgent porté à la fois et sur les violences policières et sur les exactions commises par les forces armées, toutes deux justifiées par l'intérêt supérieur du maintien de l'ordre. Ce soutien public des institutions policières ou militaires, prend souvent le visage d'un négationnisme qui contredit des décisions judiciaires prouvant, par exemple, les milliers de crimes commis par l'armée et la police contre la population civile dans la course folle aux résultats de la lutte contre les guérillas ou dans la répression des manifestations citoyennes. D'après une série de déclarations de De la Espriella, on peut s'attendre à ce que les efforts faits par le gouvernement socio-démocrate de Gustavo Petro pour introduire une culture des droits humains dans la police et l'armée seront vite démontés. Rire insidieux sur le visage, le nouveau président a affirmé vouloir défendre personnellement ceux qui se verront impliqués dans des excès.
In Anno Domini 1998, pour faire la paix avec les Farc, le président Pastrana accepte de démilitariser une aire de 42.000 km2 (soit plus grande que la Belgique ou la Suisse) au sud du pays. Mais, dialogue impossible, alors que le gouvernement veut simplement désarmer les Farc, celles-ci prétendent ouvrir une discussion de fond sur le modèle politique et économique du pays. L'Amérique du Sud commence à virer à gauche mais les Farc profitent des avantages accordés par Pastrana pour se fortifier. Sans un cessez-le-feu capable d'abaisser l'intensité du conflit, le processus de paix entre dans une phase de discrédit irréversible face à l'opinion publique et est suspendu le 20 février 2002, à la suite du spectaculaire kidnapping d'un sénateur dans un vol commercial. La voie était ouverte pour le discours de fermeté contre le terrorisme incarné par Álvaro Uribe Vélez qui, sans grande surprise, remporte l'élection dès le premier tour en mai 2022.
Quoique surgi des entrailles régionales du Parti Libéral, Uribe se fait vite le chantre d'une vision très conservatrice de la société qui privilégie un état militairement fort. Pour cela, il s'est muni de la nouvelle rhétorique anti-terroriste, entrée en scène au niveau international après les attentats d'Al Qaeda à New York le 11 septembre de l'année 2000. Uribe ne s'est présenté comme le candidat d'aucun des deux partis traditionnels même s'il a reçu l'appui de leurs principaux représentants et a compté en permanence avec leur soutien en tant que membres de la coalition qu'il a formée. Le plus important est qu'un nouveau clivage dans la politique colombienne était né. Jusqu'alors, Libéral et Conservateur étaient des partis interclassistes et c'était plus des questions morales ou administratives qui les distinguaient. Ils se disputaient le pouvoir depuis le XIXe siècle et avait contrôlé le pays, à tour de rôle, pendant des périodes plus ou moins longues mais ne se confrontaient que sur des questions telles que l'éducation laïque, certaines libertés civiles, le rôle de l'Église, la réforme agraire. Ils s'étaient montrés néanmoins d'accord, au moins dans le dernier quart du XXe siècle, sur l'application d'une politique néolibérale et servile aux intérêts de Washington. Leur clivage s'était exprimé auparavant soit comme l'opposition entre une intransigeance philocatholique et un progressisme moral et civil, soit entre la défense d'un modèle fédéraliste ou celle d'un modèle centraliste, soit comme opposition entre libre échange et protectionnisme, soit comme dispute entre laïcité et alliance entre l'autel et la république, etc. Leur succession ininterrompue pendant deux siècles avait eu comme prix l'exclusion d'une troisième frange : celle des partis socialistes et de la gauche paysanne et ouvrière. À partir d'Uribe, bien que leurs idéaux se soient conservés en ce qu'ils représentent des principes stables de la politique réactionnaire ou progressiste, un nouveau clivage s'installe enfin : celui de gauche-droite. Si le XXe siècle avait donc été le siècle de l'alternance entre des libéraux et des conservateurs, le XXIe sera celui de l'alternance entre la social-démocratie de gauche, la droite traditionnelle qui a tendance à s'abriter au centre et la nouvelle droite radicale, qu'Uribe a inauguré et qui est en elle-même double dans son action.
Au XXIe siècle, alors que la gauche en Colombie a vécu un processus soutenu de modération et est devenue entièrement socio-démocrate, la droite, quant à elle, a amorcé un processus de radicalisation ou d'uribisation presque total. La tempérance de la gauche (au-delà de la diabolisation qui lui attribuent ses adversaires politiques) s'explique par deux raisons : d'abord, la gauche a été sommée par l'opinion publique de se distinguer clairement des guérillas et d'éviter toute ambiguïté en ce sens. Elle a dû exprimer en permanence son refus de la voie violente et condamner clairement les crimes des guérillas et les considérer comme des organisations à but criminel, quoiqu'en acceptant qu'elles aient quand même une base doctrinaire et une origine historique qui va au-delà d'une simple volonté de délinquance. Par ce fait, la gauche acquiesce au besoin de négocier une paix durable avec les guérillas comme le moyen le moins nocif pour les populations et le plus susceptible pour l'ensemble du pays de mettre fin au conflit. La deuxième raison de cette modération du discours et en général de cette modernisation de son action politique vient du problème vénézuélien. La crise économique dans le pays du chavisme (propulsée entre autres par les sanctions des États-Unis) et l'autocratisme de Maduro ont produit une forte émigration de presque trois millions de personnes sur le territoire national. Les images des moments les plus critiques de cette vague migratoire en 2017 et 2018 ont obligé la gauche colombienne à se distinguer des objectifs et des méthodes de Chávez et de son mouvement politique au Venezuela, d'autant plus que la droite insufflait sans cesse la panique dans l'opinion publique avec le leurre du voisin en crise. De là s'explique le fait que la gauche colombienne soit même très timorée à l'heure de se dire socialiste, le mot étant chargée des accents plutôt négatifs.
La droite quant à elle constitue aujourd'hui un phénomène politique plus hétéroclite que la gauche, fédérée autour du Pacte Historique et l'aile progressiste du Parti Vert. Elle a vécu le processus inverse : celui d'une radicalisation progressive structurée à partir d'Uribe. Par uribisation de la droite colombienne j'entends l'assomption générale du postulat principale de la politique selon cet ex-président, à savoir, que la sécurité manu militari est le devoir principal de l'État. Tout processus de négociation impliquant des bénéfices juridiques tels que des réductions ou de l'aménagement des peines pour les insurgés et ou la reconnaissance politique de leurs groupes constitue pour la ultradroite une concession inacceptable engendrant de nouvelles violences. Seule une reddition sans réserve serait acceptable. L'article de foi principal de la droite radicalisée prétend que les forces légitimes de l'ordre seraient capables d'acculer les criminels de façon à ne pas leur laisser d'autre alternative que cette reddition. Un des symptômes qui prouvent cette uribisation de la droite à l'heure actuelle vient par exemple du fait que le Parti Conservateur, promoteur historique des négociations, se montre à l'heure actuelle réticent à cette politique de main tendue. Les partis traditionnels et le reste des partis de droite, à tendance opportuniste, à défaut de contrôler le pouvoir national, maintiennent une forte présence dans les pouvoirs régionaux et s'allient au niveau national au gagnant, quitte à devoir trahir partiellement leurs principes idéologiques (on pourrait croire par exemple que le Parti Libéral s'opposerait à De la Espriella, mais au contraire ils le soutiennent).
Or, dès le début, l'uribisme s'est montré comme un phénomène à double face, un visage de Janus formé par une faction civiliste plus modéré et une faction autoritaire, voire proto-fasciste. Bien que le Centre Démocratique, parti fondé par Uribe, ait été son habitat naturel, l'uribisme est à plusieurs traits une tendance plus large qui dépasse les frontières d'un seul mouvement politique. Il est parvenu à fédérer en revanche tout un spectre politique sous des postulats communs. Jusqu'à présent ces deux factions avec des tensions non résolues s'étaient maintenues ensemble, soudées par la figure du grand patriarche. Mais l'irruption de De la Espriella représente la fracture du mouvement entrainée par le déclin de la figure de l'ex-président, défait par ailleurs lors des dernières élections parlementaires où il s'était porté candidat. En plus de ladite opposition aux négociations de paix, l'uribisme uribiste et l'uribisme esprielliste partagent une vision conservatrice de la morale et de la société et assument la thèse néolibérale d'un État petit, austère et géré par une technocratie à logique entrepreneuriale. Ce ne sont pas les thèses de fond qui les divisent, mais le style pugnace qui laisse libre cours à un autoritarisme décomplexé incarné par De la Espriella et une partie de sa base sociale et de sa militance. Les deux partagent une rhétorique similaire. L'antisyndicalisme agressif (dans un pays où moins de 5 % des travailleurs sont syndicalisés), par exemple, en est un trait commun. Sauf que dans cette nouvelle mutation, la rhétorique est bien plus agressive et vient agrémenter des théories de la conspiration et un militantisme incisif et cynique exercée sur une fachosphère agrandie qui surfe en plus sur la crête d'une vague mondiale de radicalisme déferlant sur tout l'hémisphère. Cette nouvelle mutation du principe uribiste de la politique colombienne en cette ère de l'IA et des réseaux sociaux acquiert donc un caractère international que le premier uribisme, isolé dans une Amérique du Sud qui avaient entièrement viré à gauche, n'a pas eu. Cette nouvelle vague de radicalisme est plus uniforme dans ses méthodes et homogène dans ses préoccupations avec d'autres processus similaires en Amérique latine et aux États-Unis. C'est ainsi qu'un discours de ligne dure contre l'immigration ou en faveur du port d'armes, des préoccupations absentes dans notre débat politique national jusqu'ici, débarque dans le langage du nouveau gouvernement.
Comme le premier uribisme, le discours religieux qui nie la diversité et dégrade en supercherie les croyances des peuples autochtones redevient à la mode avec De la Espriella mais avec des accents plus rocambolesques encore. L'hostilité envers les partis et l'image d'outsider constitue une nouveauté même si ce n'est qu'un slogan car De la Espriella semble vouloir exercer le pouvoir en concubinage avec les élites politiques traditionnelles. Un discours décadentiste qui voit partout une destruction totale du pays et de sa structure économique (même si les chiffres de croissance et des taux de chômage disent le contraire) est aussi une marque de la nouvelle tendance même si l'idée du leader sauveur de la catastrophe a déjà été exploitée auparavant par Uribe lui-même. L'assomption enfin de l'imaginaire et du vocabulaire libertarien à la Milei distingue l'uribisme esprielliste de l'uribisme uribiste. Si pour le dernier le néolibéralisme est seulement un principe d'action politique, pour le premier il y va aussi d'une connexion subjective avec les valeurs capitalistes, adoptées comme principe de vie et exhibées dans un style de vie ostentatoire à la limite du grotesque. Voilà pour moi ce dont De la Espriella est le nom.
Anibal Pineda Canabal est professeur à l'Institut de Philosophie de l'Université d'Antioquia (Medellín, Colombie).
Sommaire Raoul Vaneigem, une critique émancipatrice du capitalisme [Radio]
Ce lundi 10 août à 10h30, sur radioairlibre.net ou 87.7 FM à Bruxelles, nous rediffuserons d'abord un court moment dédicace à Raoul Vaneigem, l'anarchiste, écrivain et philosophe belge né à Lessines dans le Hainaut en 1934 et décédé le mardi 28 juillet à l'âge de 92 ans à Barcelone ou il vivait.
Il fut aux côtés de Guy Debord l'une des figures du situationnisme, ce mouvement de contestation radicale du capitalisme et de la « société du spectacle », inspirateur de Mai 68. Il s'est beaucoup intéressé aux Gilets jaunes ("La démocratie est dans la rue, pas dans les urnes"), au Zapatisme et au Rojava comme espaces d'autonomie et d'entraide à l'écart de nouvelles conquêtes du pouvoir.
Pour ceci on rediffusera l'enregistrement la présentation et discussion qui a eu lieu au Boomcafé à Bruxelles le 9 octobre 2025 autour de la lutte des communautés de Paso de Aquila en Mexique, beaucoup moins connu au niveau internationale que la lutte zapatiste, mais elle s'inscrit dans un contexte et développe des processus similaires : l'accès à la terre, l'autonomie et la justice sociale D'abord vous entendrez les représentants de la communauté de Paso de Aguila en appel vidéo et ensuite Luis Salas, militant Mexicain et avocat des droits humains expliquent comment il a pu aider la communauté et il répondent aux questions du publique présent. Ceci est une version en espagnole et traduit en français.
Musiques :
"la vie s'écoule" René Binamé
"Himno zapatista" EZLN
"Gimme tha Power" Molotov
"cancion sin miedo" vivir quintana ftr El Palomar
Pour plus d'info sur la lutte de Paso de Aquila : en espagnol : blog educa oxacaca
et en anglais leur page facebook
Pour plus d'info sur Raoul Vaneigem :
https://le-carnet-et-les-instants.net/raoul-vaneigem-entretien/ (entretien ecrite avec raoul vaneigem) Raoul Vaneigem, une critique émancipatrice du capitalisme [Radio] Raoul Vaneigem, une critique émancipatrice du capitalisme [Radio]À l'occasion du cinquantenaire de 1968, une présentation et une discussion critique du Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations (Gallimard, 1967) et de De la grève sauvage à l'autogestion généralisée (UGE 10/18, 1974) de Raoul Vaneigem, et surtout de sa critique du capitalisme et son dépassement révolutionnaire – avec Pierre-Ulysse Barranque, doctorant, co-directeur de In Situs. Théorie, spectacle et cinéma chez Guy Debord et Raoul Vaneigem (Grupen, 2013). Raoul Vaneigem, une critique émancipatrice du capitalisme [1re partie, 40 minutes]
Avec une présentation de son contexte d'écriture (suite à une grève générale en Belgique en 1960-1961) et de parution (révoltes étudiantes en Allemagne et aux États-Unis), son auteur (Raoul Vaneigem), son style (littéraire), ses inspirations (Reich, Nietzsche, Marx), son rapport aux surréalistes et aux thèses de Baudrillard et de Lefebvre, son statut de best-seller et d'inspirateur de Mai-Juin 1968, sa critique du marxisme-léninisme, ses références aux révoltes historiques (Russie 1917, Ukraine 1918-1921, Barcelone 1936-1937, Hongrie 1956), son appel à une alliance des ouvriers et des étudiants radicaux, sa critique du travail et de la consommation, et enfin son imaginaire d'un dépassement émancipateur du travail comme activité capitaliste
lecture audio du livre de Raoul Vaneigem - (1967) Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations Raoul Vaneigem - (1967) Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations Lecture audio (version anglais) total self management : Raoul vaneigem Total Self-Management (Vaneigem Audio) Lecture coucou, avant notre pause estivale et pour finir notre saison radiophonique, on a amené des bouts de créations sonores et autres sons que nous découvrons ensemble sur le plateau… on vous invite à déambuler avec nous entre ces propositions et… Continue Reading →
L’article DégenréE | On pose avant la pause est apparu en premier sur Campus Grenoble 90.8.
https://campusgrenoble.org/podcast/degenree-on-pose-avant-la-pause/
Arrêté préfectoral pendant les burelesques
L’adjoit de la préfète de la meuse, Julien Kaiser, a pondu le 4 aout, fidèle à leur habitude, 2 arrêtés préfectoraux:
Vous pouvez avoir les infos détaillés en téléchargeant les arrêtés préfectoraux ici.
1) un arrêté de survol par 2 drones et 1 hélicoptères avec captation d’images entre le mardi 11 août 00H00 et le lundi 18 aout 00h00, dans un rayon de 1500 mètres autour des burelesques qui a lieu à saint Amand sur Ornain.
Les éditions précédentes, les flics ont systématiquement utilisé les hélicoptères en dehors des dates et des périmètres fixés par l’arrêté, n’hésitez pas à les filmer et transmettre leur méthode.
2) Un arrêté du vendredi 14 août 2026 08 heures 00 au lundi 17 août 2026 12 heures 00 interdisant le transport:
– de feu d’artifice.
– de carburants, accélérateurs de caburants, combustibles, acides ou produits chimiques, et de pneus usagés.
– Le transport de bombes à tag
– de matériaux pouvant servir de combustible (bois, paille, poutre)
– objets pouvant servir d’armes
– la consommations d’alcool de groupe 3 à 5 sur la voie publique
– du matos de sonorisation et de sound system
– matériel pouvant couvrir le visage
La liste des communes concernées par l’arrêté:
TREVERAY, SAINT-AMAND-SUR-ORNAIN, NAIX-AUX-FORGES, MENAUCOURT, GIVRAUVAL, LONGEAUX, NANTOIS, VILLERS LE SEC, HEVILLERS, BOVIOLLES, MARSON-SUR-BARBOURE, REFFROY, SAINT-JOIRE, BAUDIGNECOURT, DEMANGE AUX EAUX, BURE, GONDRECOURT-LE-CHATEAU, LUMEVILLE-EN-ORNOIS, HORVILLE EN ORNOIS, MANDRES-EN-BARROIS, CHASSEY-BEAUPRE, BONNET et RIBEAUCOURT
Les arrêtés préfectoraux n’ont jamais été appliqués strictement. Ils servent souvent de prétexte pour faire des contrôles. Dans la pratique, souvent ils n’appliquent pas l’arrêté, mais ils peuvent s’en servir soit pour prendre du matériel, qui peut être récupéré au commissariat à la fin de l’évènement. N’hésitez pas à faire un tour de votre véhicule avant de partir pour retirer les objets non utiles pour l’évènement.
En cas de contrôle, arrêté ou non, tant qu’il n’y a pas de réquisition du procureur, le véhicule n’a pas à être fouillé, même si les flics l’exigent. Demandez la réquisition du procureur (qui n’est pas la même chose que l’arrêté préfectoral), vérifiez l’endroit et la date: vérifiez si elle correspond à l’endroit où vous êtes contrôlé.es et vérifiez les horaires, une réquisitions n’est valable que plusieurs heures. Si elle n’est pas valable les flics ne peuvent ni voir ce qu’il y a dans le véhicule, ni contrôler d’autre personne dans le véhicule que le.a conducteurice.
Si vous voyez des personnes contrôlées sur la route, n’hésitez pas à être solidaire, sortir du véhicule et aller demander aux personnes si elles ont besoin de soutien.
N’hésitez pas à lire le brief legal en contexte burien avant de partir présent ici. Et dans tous les cas venez.
Si vous voulez des infos sur le programme des burelesques c’est ici.
La théorie classique de la sécularisation soutient que le processus de modernisation conduit progressivement à une différenciation entre religion et politique (Alcalá, 2018). À mesure que les institutions démocratiques se substituent aux anciennes formes d'autorité religieuse, les croyances sont progressivement reléguées à la sphère privée. Pourtant, les évolutions politiques récentes semblent remettre en question ce diagnostic (Morello, 2021). Dans des contextes nationaux très différents, des dirigeants issus d'horizons idéologiques variés mobilisent des récits qui présentent la compétition politique comme une confrontation entre des ordres moraux rivaux. Ce qui est désormais en jeu ne se limite plus aux programmes gouvernementaux ou aux modèles économiques, mais concerne des conceptions antagonistes de l'ordre légitime de la société. Paradoxalement, plus une démocratie se revendique séculière, plus elle semble éprouver le besoin de produire des fondements moraux capables de conférer une légitimité à l'action politique.
Les interventions publiques d'Abelardo de la Espriella révèlent une tendance constante à présenter la politique comme une lutte entre des modes incompatibles de compréhension de l'ordre social. Les divergences entre projets politiques cessent d'être perçues comme des expressions ordinaires et légitimes du pluralisme démocratique pour devenir les manifestations d'une confrontation plus profonde entre un ordre moral qu'il conviendrait de préserver à tout prix et un autre qui menacerait de le détruire. L'efficacité de ce discours tient moins à la fréquence des références religieuses qu'à sa capacité à transformer des désaccords politiques contingents en conflits éthiques à portée absolue.
Ce processus peut être analysé à partir de trois opérations fondamentales de sacralisation qui traversent de manière récurrente le discours du nouveau président colombien : la sacralisation de la nation, de la famille et du droit. Ces catégories n'apparaissent pas comme de simples propositions programmatiques, mais comme des principes dont la légitimité est tenue pour antérieure à toute délibération politique.
La nation est présentée comme une communauté morale dont les valeurs, les traditions et les modes de vie doivent être protégés contre des phénomènes perçus comme des menaces existentielles. La Colombie cesse d'apparaître uniquement comme un État de droit doté d'institutions démocratiques pour devenir une communauté historique porteuse d'une identité antérieure à toute délibération politique. Dans cette perspective, la nation n'est plus conçue comme le résultat toujours inachevé d'un pacte entre des citoyens divers, mais comme une réalité morale que la politique a pour mission de préserver plutôt que de redéfinir.
Ce déplacement entraîne des conséquences profondes pour la démocratie. Lorsque l'identité nationale cesse d'être comprise comme un projet ouvert pour être érigée en patrimoine moral qu'il convient de sauvegarder, le désaccord politique change de nature. Les controverses relatives à l'avenir du pays ne sont plus interprétées comme des divergences légitimes portant sur des politiques publiques, mais comme des conflits opposant la fidélité à la communauté nationale à sa trahison. L'adversaire politique n'apparaît plus seulement comme le défenseur d'un modèle différent de développement, de sécurité ou d'organisation institutionnelle ; il est présenté comme celui qui met en péril les fondements moraux mêmes de l'existence de la nation.
À partir de ce moment, la politique s'éloigne progressivement du terrain de la négociation des intérêts pour investir celui de l'administration des appartenances morales. Le débat ne porte plus principalement sur les décisions les plus efficaces ou les plus justes, mais sur la question de savoir qui incarne véritablement la nation et qui possède l'autorité nécessaire pour parler en son nom. La compétition démocratique tend ainsi à s'organiser autour de critères d'authenticité, de loyauté et d'identité plutôt qu'autour de programmes ou de résultats gouvernementaux. C'est précisément à ce niveau que ce que l'on appelle la « guerre culturelle » cesse d'être une simple confrontation idéologique pour devenir une lutte visant le monopole de la définition légitime de la communauté politique.
Une deuxième opération consiste à ériger la famille en principe fondamental d'organisation de l'ordre moral. Dans le discours d'Abelardo de la Espriella, la famille cesse d'apparaître simplement comme une institution essentielle de la sphère privée pour devenir le cadre à partir duquel sont interprétées des questions aussi diverses que l'éducation, la sexualité, l'enfance, l'autorité ou les relations entre les générations. Son importance ne découle plus seulement de sa fonction sociale, mais de sa capacité à fournir un critère normatif permettant de distinguer ce qui renforce de ce qui fragilise la vie collective.
L'efficacité politique de cette opération réside dans sa capacité à réorganiser des débats très différents sous une même catégorie morale. Des questions qui, dans une démocratie pluraliste, sont généralement discutées en termes de droits, de politiques publiques ou de reconnaissance de la diversité des modes de vie sont désormais interprétées comme les expressions d'un problème unique : la préservation ou la dégradation de l'ordre familial. La famille cesse ainsi d'être un thème particulier de l'agenda public pour devenir un principe de classification qui structure l'interprétation d'une multitude de controverses sociales.
Dans cette perspective, le cœur du conflit ne consiste plus à déterminer quelles politiques sont les plus appropriées pour répondre aux transformations sociales, mais à établir quelle conception de la famille est légitime pour orienter la vie commune. La confrontation politique se déplace alors vers le pouvoir de définir les catégories morales au moyen desquelles la société interprète des questions aussi diverses que l'éducation, l'autorité, la sexualité ou encore la protection de l'enfance.
L'opération la plus significative concerne peut-être le droit. La trajectoire professionnelle d'Abelardo de la Espriella en tant qu'avocat confère une place particulière aux références juridiques dans son discours. La Constitution, l'État de droit ou encore la justice sont fréquemment invoqués comme les expressions de principes moraux qui transcendent la contingence des majorités politiques. La légalité n'est plus seulement comprise comme le produit de procédures institutionnelles ; elle est présentée comme la manifestation d'un ordre dont la légitimité précède la décision politique.
Cet aspect est particulièrement révélateur, car il montre que la moralisation du conflit ne s'opère pas uniquement à travers des références religieuses explicites. Le langage juridique lui-même participe de cette même logique de sacralisation. Le droit cesse d'être un simple instrument de régulation des conflits pour devenir le garant d'un ordre moral dont la défense est présentée comme une exigence éthique. L'autorité du juriste se transforme ainsi en autorité morale. La légitimité de son discours ne repose plus seulement sur la maîtrise technique des normes, mais également sur sa capacité à les présenter comme l'expression de principes supérieurs que la politique est appelée à reconnaître et à protéger.
Les trois opérations décrites permettent de comprendre comment, à travers ces trois catégories, la politique est réinterprétée au moyen d'une grammaire morale qui réduit l'espace de la contingence démocratique. Le conflit cesse de s'organiser autour d'intérêts, de programmes ou de négociations pour se structurer comme une confrontation entre des biens considérés comme indisponibles et des menaces perçues comme existentielles. En d'autres termes, il ne s'agit ni d'une restauration d'un ordre confessionnel ni d'un retour à une politique soumise à l'autorité du catholicisme. Ce qui émerge est un processus plus subtil par lequel des formes de classification morale héritées de la tradition religieuse continuent d'organiser l'imaginaire politique colombien. Les catégories religieuses n'agissent plus principalement comme des contenus doctrinaux ; elles fonctionnent comme une structure culturelle capable de transformer des décisions historiques et discutables en exigences morales présentées comme universelles.
Le cas d'Abelardo de la Espriella met ainsi en évidence les limites analytiques de la notion d'instrumentalisation. Sa principale insuffisance réside dans le fait qu'elle réduit les rapports entre religion et politique à une simple stratégie discursive, alors que l'enjeu véritable est la persistance de structures culturelles beaucoup plus profondes. La question essentielle n'est donc plus de savoir pourquoi un dirigeant mobilise des symboles religieux, mais pourquoi certaines catégories d'origine religieuse continuent d'offrir les cadres les plus efficaces pour produire de la légitimité, structurer le conflit et définir les fondements moraux de la vie collective. Dans cette perspective, la religion n'apparaît pas comme une ressource extérieure dont la politique ferait occasionnellement usage ; elle constitue l'une des matrices culturelles qui continuent d'organiser l'imaginaire politique des sociétés contemporaines.
Ce constat conduit également à reconsidérer plusieurs des postulats classiques de la théorie de la sécularisation. L'enjeu n'est plus de mesurer le degré de présence publique de la religion, mais de comprendre les modalités selon lesquelles ses grammaires continuent de structurer la production de la légitimité dans des contextes formellement séculiers. La véritable nouveauté du phénomène incarné par Abelardo de la Espriella ne réside donc pas dans un prétendu retour de la religion en politique, mais dans la capacité croissante du discours politique à se réapproprier ces grammaires afin de réorganiser les économies morales (Fassin 2009) à partir desquelles une société distingue le légitime de l'illégitime, le négociable de l'indisponible. C'est dans ce déplacement — bien davantage que dans la présence explicite de références chrétiennes — que réside la principale transformation de la politique colombienne contemporaine.
Alcalá, F. (2018). La invención del espacio político en América Latina : Laicidad y secularización en perspectiva. Religião & Sociedade, 38, 119‑147. https://doi.org/10.1590/0100-85872018v38n2cap04
Casanova, J. (1994). Public Religions in the Modern World. University of Chicago Press.
Durkheim, E. (1991). Les formes élémentaires de la vie religieuse. LGF - Livre de Poche.
Fassin, D. (2009). Les économies morales revisitées. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 64(6), 1237-1266.
Gauchet, M. (2005). Le désenchantement du monde : Une histoire politique de la religion. Folio Essais.
Morello, G. (2021). Lived Religion in Latin America : An Enchanted Modernity. OUP USA.
Schmitt, C. (2009). Teología política. Editorial Trotta, S.A.
Depuis l'accession contestée d'Abelardo de la Espriella à la présidence de la Colombie, jamais le pays avait paru à ce point divisé [1], la moitié de la population ayant voté en faveur de celui qui se présentait comme le défenseur d'une « Patrie miracle » et se proposait tout autant de « bombarder et pulvériser de poisons les champs de coca » [2] que d'éliminer « l'ennemi intérieur » que constituent à ses yeux le communisme et le « petrisme » (du nom du président de gauche Gustavo Petro), prétendument entaché du « sang des citoyens sans défense assassinés par les bombes des terroristes qu'Iván Cepeda [le candidat de gauche à la succession de Petro opposé à Abelardo de la Espriella lors de l'élection de 2026] et Petro ont protégés […] ».
« La démocratie ne périra pas face à la terreur des armées de Cepeda et Petro » [3], clame à tout va le nouveau “président” colombien d'extrême droite. Lors d'un échange téléphonique avec le candidat Abelardo, le président argentin populiste libertarien Javier Milei abondait à propos de Cepeda : « on y va à fond, tu dois battre ce gauchiste fils de salope » [4] . Aussi le président nouvellement élu a-t-il d'abord pour projet de « démembrer la gauche » [5] et déclare-t-il que « ceux qui ne veulent pas se soumettre à l'empire de la loi devront tomber sous le feu des armes de l'État » [6] .
La menace est d'autant plus sérieuse qu'en Colombie la politique de « l'ennemi intérieur » a déjà été mise en œuvre dans les années soixante en tant que doctrine de sécurité impulsée par les États-Unis pour justifier la persécution de militants de gauche, de syndicalistes, de leaders sociaux, d'étudiants et de défenseurs des droits. Elle a renforcé le paramilitarisme, procédé à l'élimination de plusieurs milliers de militants du parti politique l'Union patriotique et de « faux positifs » [7] , ces paysans, étudiants (population civile) assassinés maquillés en guérilleros pour justifier leur meurtre, perpétré de nombreuses violations des droits de l'être humain qui ont fait au moins 10 246 victimes recensées, et qui se sont poursuivies à travers la politique de « Sécurité démocratique » du gouvernement de droite d'Álvaro Uribe Vélez, conséquemment à laquelle la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) a comptabilisé, entre 1990 et 2016, 7 837 décès de « faux positifs » [8]. Il faut rappeler le slogan du « Centre démocratique », le parti d'Álvaro Uribe Vélez : « une main ferme, un grand cœur ». Or, c'est sous l'égide de ce slogan, qu'un groupe de citoyens qualifiés de « gens bien », parmi lesquels figurent des citoyens et l'élite entrepreneuriale traditionnelle du pays (Le clan Char, le GEA, le Groupe entrepreneurial d'Antioquia, etc.), a été autorisé à s'approprier illégalement des terres par la force. La société colombienne accorde une grande importance à l'image ; l'esthétique visuelle parvient à définir presque entièrement les tendances politiques des individus. Les « gens bien », par exemple, se sont distingués lors de leurs manifestations publiques par le port de chemises blanches et de chapeaux blanches, caractéristiques de l'imaginaire du « paisa » travailleur [9], associé à des démonstrations de pouvoir et de richesse : chevaux, avions privés et véhicules blindés. Ce groupe hétérogène, légitimé par le gouvernement en place, en accaparant les terres est à l'origine d'un vaste mouvement d'exode de la population civile, avec le soutien de groupes paramilitaires alliés au gouvernement — qui existent depuis les débuts de l'indépendance de la Colombie.
L'adhésion populaire au discours de la violence attestée par l'élection de 2026 s'explique peut-être par le constat que fait le président sortant Gustavo Petro, selon lequel, malgré les efforts de son gouvernement, « … nous n'avons pas encore transformé la structure fondamentale du pouvoir en Colombie aujourd'hui, d'un pouvoir qui hérite de l'oligarchie, de son illusion d'aristocratie, mais qui est en réalité un pouvoir mafieux et génocidaire » [10] . Pourquoi la structure du pouvoir en Colombie n'a-t-elle pas évolué ? Cette question est si complexe que nous ne pourrons y répondre ici. En résumé, nous dirons que la Colombie, qui figure parmi les 15 pays les plus inégalitaires au monde, a connu l'essor d'une petite bourgeoisie en partie fondé sur l'empire de la drogue et ses activités dérivées (exploitation minière illégale, traite des êtres humains, prostitution, tourisme de luxe, etc.) [11], et le développement de nombreux liens occultes de l'Etat et de l'Eglise avec le trafic de stupéfiants, entraînant une subordination de la loi au pouvoir de la violence et du silence. A quoi s'ajoute la collusion du pouvoir avec les médias nationaux qui, depuis des années, diffusent de fausses informations ; l'état d'une population en proie à la douleur, à la rancœur, à la haine et/ou à l'aveuglement, soumise à l'alliance narco-religieuse étatique. Sans compter l'aveuglement du discours puriste et intellectualiste d'une gauche distante du peuple qu'elle prétend pourtant représenter.
Ces raisons, parmi d'autres, contribuent à la polarisation dont souffre le pays qui oppose aux électeurs d'Abelardo de la Espriella les 12 708 712 personnes qui ont voté pour Cepeda et qui croient sans doute qu'il est encore possible de faire de la politique autrement, en surmontant les préjugés de classe et les violences historiques à l'égard des femmes, à l'égard des populations afro-colombiennes, des peuples autochtones, des communautés LGBTIQ+, des Roms, et en coexistant avec les entités de la nature dans l'un des pays les plus riches en biodiversité au monde. Tandis qu'une autre moitié de l'électorat semble ne pas pouvoir même imaginer que l'hyperproduction capitaliste ne soit pas l'unique solution à ses attentes. C'est en partie cette bataille sociopolitique et culturelle qui vient de secouer le peuple colombien.
C'est de cette polarisation qu'est née la ligne de fuite mortelle et spectaculaire, marquée par une masculinité virile, qui s'est imposée au peuple colombien lors des dernières élections, en donnant naissance à ce que nous appelons le populisme d'élite : un populisme qui, d'une part, exploite la précarité socioculturelle et la capacité d'action politique du peuple pour incarner son mécontentement face aux classes « privilégiées » — l'Église, les gouvernements et les partis traditionnels —, et qui, d'autre part, satisfait ces élites en incarnant leurs priorités sous la forme d'un pouvoir politique autoritaire, capable de bouleverser les mécanismes d'exercice d'un pouvoir transparent, démocratique et légal. Ce populisme se trouve toutefois légitimé tant par les élites qu'il favorise que par le peuple qui justifie toutes les actions, même si celles-ci le conduisent à sa propre destruction [12] .
Cette nouvelle voie, que l'on peut qualifier avec Achille Mbembe de « nécropolitique », c'est-à-dire qui confère à l'État le pouvoir de décider qui doit vivre et qui doit mourir [13] , se présente comme une alternative messianique, innovante, médiatique, qui confère une touche encore plus bourgeoise à la culture visuelle liée au trafic de drogue du pays – dans laquelle il faut inclure les « gens de bien ». Cette culture visuelle est qualifiée de « narco-esthétique », c'est-à-dire une esthétique par laquelle « se définit un beau baroque qui a pour finalité la reproduction et la prolifération de corps standardisés aux proportions amplifiées par la chirurgie esthétique, aux cheveux lissés et au maquillage excessif » [14] . Le nouveau sauveur, c'est celui qui dit aux Colombiens « je vais veiller sur vous, je vais défendre personnellement vos vies, vos maisons, vos enfants » [15] , et qui s'est promené publiquement dans les rues du pays en exhibant son gilet pare-balles à l'intérieur d'un carrosse doté d'un dôme en verre blindé. Le « réalisme magique », concept par lequel Gabriel García Márquez décrit le peuple colombien, s'étend vers un populisme d'élite qui se manifeste dans la campagne présidentielle d'Abelardo de la Espriella : « le tigre qui rugit et mord », celui qui représente « ceux qui n'ont jamais », « ceux qui n'ont jamais vécu aux dépens de l'État, ceux qui n'ont jamais rien volé, ceux qui ne se plaignent jamais, ceux qui ne tourneront jamais le dos à notre pays dans ses heures les plus sombres, ceux qui n'ont jamais fait partie de la clique politique, ceux qui ne sont jamais et n'ont jamais été financés par les grands capitaux. Ce sera une bataille des « jamais » contre les « toujours » » [16] .
« Le tigre », « l'homme d'affaires travailleur » sur qui « on dirait qu'il est arrivé trop tard quand on distribuait la peur », celui qui ne fait jamais de politique, qui se promène dans ses costumes italiens conçus par sa propre marque et qui offre aussi à celui qu'il continuait d'appeler « Président » avant de lancer sa campagne en 2025 : Álvaro Uribe Vélez, que son parti a qualifié de président « éternel » [17] . Abelardo, celui qui ne renonce jamais, défenseur « sans scrupules » [18] qui ne craint rien, qui accepte toutes les affaires que les autres avocats refusent, y compris les dossiers épineux liés à la défense de trafiquants de drogue et de paramilitaires ; comme lorsqu'il a créé la fondation (Fipaz), qui a favorisé le rapprochement et les prises de position des chefs paramilitaires pour leur défense dans le cadre d'un processus de démobilisation sans extradition [19] . Abelardo, celui qui ne changera jamais, celui qui n'assumera jamais non plus de position éthique en politique, puisqu'il l'affirme lui-même : « comme je ne suis pas un homme politique, je ne suis pas politiquement correct […] l'éthique est un ensemble de normes personnelles » [20]. Tandis que, en tant qu'avocat, en matière de droit tout dépend selon lui du point de vue sous lequel on se place. Le Tigre, celui qui ne « te ment jamais », mais qui, en l'espace d'une seule journée, passe du statut d'athée à une conversion spirituelle qui a complètement bouleversé sa vie [21]. Celui qui un jour déclare en campagne qu'il n'enverra pas de représentants à l'ONU, et qui le lendemain nomme comme représentant l'avocat constitutionnaliste Mauricio Gaona. Qui un jour adore Álvaro Uribe, et le lendemain s'en prend à tout son parti pour remporter la bataille politique, par exemple : pendant la campagne il a déclaré qu'il ne créera pas de parti, et qui pourtant, une fois élu, met le parti de « l'Éternel » sous pression en lui opposant un candidat à la présidence du Sénat de la République, parvenant ainsi à unir deux partis historiquement opposés, le Centre démocratique et le Pacte historique, afin d'en remporter la présidence [22] . Abelardo de la Espriella, qui ne vous ment pas, mais se contente d'interpréter les faits à son avantage, ne ressent donc aucun trouble éthique du fait qu'avant le début de sa campagne il décrivait, dans ses chroniques, Donald Trump comme un dirigeant « populiste et bruyant » et mettait en garde contre les risques liés à l'industrie pétrolière », alors qu'une fois en campagne il vante l'extractivisme, affirme que la Colombie sera l'une des étoiles du drapeau des États-Unis, et remercie enfin le président américain pour sa victoire, dans une lettre où il s'exprime ainsi : « vous avez ouvert la voie pour vaincre les pouvoirs en place de toujours, en alliance avec le peuple. En Colombie, nous commençons à emprunter cette même voie. Les États-Unis et la Colombie sont des nations sœurs, unies par le sang des héros et par le destin commun de défendre la civilisation occidentale sur ces terres des Amériques. Ensemble, nous sommes indestructibles » [23] .
Ce nouveau messianisme, censé sauver la Colombie de l'ennemi intérieur, s'inscrit dans une véritable campagne médiatique à propos de laquelle Abelardo déclare lui-même : « Mon objectif est d'allumer l'étincelle volcanique qui fera circuler la vérité de manière virale sur les réseaux sociaux » [24] . C'est ainsi qu'Abelardo, largement financé par le clan Char (un groupe de politiciens traditionnels et d'hommes d'affaires entachés de scandales de corruption et liés à des groupes hors-la-loi), dont il est proche depuis longtemps [25] , a développé, d'une part, une stratégie pyramidale de recherche d'électeurs (une pratique par ailleurs illégale car elle exerce une contrainte sur l'électorat [26]), et, d'autre part, la construction d'un imaginaire et d'une identité de force et de vigueur simulées à l'aide de l'intelligence artificielle. Leurs modes d'action s'appuient sur le réseau d'affects et de passions qui animent la population et obéissent à l'émotivité humaine manipulée par un inconscient machinique, comme le dirait Félix Guattari [27] , et régies par un algorithme « à la manière de mutation anthropologique », comme le dirait l'historien colombien Alberto Castrillón Aldana [28] . La campagne d'Abelardo de la Espriella a été conçue dès le départ pour ces inconscients machiniques contrôlés par des algorithmes, pour lesquels ce qu'on appelle la « mémoire historique » n'a que peu ou pas d'intérêt. Une campagne médiatique conçue pour les réseaux sociaux que les Colombiens utilisent au quotidien : TikTok, WhatsApp, Instagram, Facebook et X. Son programme gouvernemental, qui semble avoir été rédigé avec ChatGPT et qui compte trois pages, ne parle pas seulement du type de gouvernement qu'il propose, mais aussi du peuple qu'il prétend gouverner. Comme le disait déjà Guattari : « On ne peut pas partir d'une vectorisation simple qui partirait d'un lieu de manipulation de production de subjectivité et puis d'une pauvre population victime de la situation. Parce qu'elle est victime, mais en même temps, elle est agente dans cette affaire. On a aussi les médias et la chimiothérapie qu'on mérite » [29] .
Parmi les symboles de sa campagne, on retiendra notamment : le tigre comme figure emblématique, un animal debout sur ses deux pattes, vêtu d'un costume de créateur italien (même si, comme nous le savons, le tigre n'est pas une espèce endémique de Colombie [30]). L'utilisation du maillot de l'équipe nationale colombienne de football, le salut militaire, qui est pourtant clairement interdit en dehors de son usage institutionnel (les organismes chargés de réglementer ces aspects, à savoir le Conseil national électoral et le Registre national, n'ayant pas mis en place de mesures préventives et n'ayant pas pris de mesures correctives pour contrer l'utilisation de ces symboles). Le casque en verre blindé et le gilet pare-balles. Les scapulaires de divers saints et anges avec lesquels il célèbre toute une iconographie religieuse à laquelle sont attachés au moins 45,3 millions de Colombiens catholiques [31] , sans parler des symboles juifs qu'il arbore également. Au cours de sa campagne présidentielle, il a ainsi effectué un pèlerinage religieux largement relayé sur les réseaux sociaux, au cours duquel il a tenu des discours tels que : « … le peuple juif est le peuple de Dieu » [32]. Ce qui témoigne de l'alliance avec Israël qui le pousse aujourd'hui à vouloir fermer 14 ambassades et à ouvrir une ambassade de Colombie à Jérusalem [33] . D'autres discours prononcés au cours de son pèlerinage démontrent le lien indissociable entre la politique et la religion, qui agit encore comme un puissant catalyseur pour tous les fidèles. Lors de son pèlerinage, il déclare encore : « Divin Enfant Jésus, Fils éternel du Père, roi des rois et seigneur des seigneurs, c'est devant toi que nous achevons ce pèlerinage national, en reconnaissant que toute autorité, toute nation et toute histoire sont sous ta seigneurie. Aujourd'hui, nous levons les yeux vers toi, avec gratitude, pour les dons que tu as répandus sur la Colombie, et avec une confiance filiale, nous remettons entre tes mains le présent et l'avenir de notre patrie […] cette bataille n'est pas seulement politique, elle est aussi spirituelle […] nous sommes fermes pour la patrie ! Et aussi fermes pour la foi ! » [34] .
Le mandat de masculinité occupe également ici une place fondamentale dans le discours d'Abelardo. Rita Segato décrit ce mandat comme la violence d'État exercée par une confrérie masculine qui exige la loyauté envers une sorte de corporation virile dont l'ordre symbolique ne doit pas être altéré [35] . Abelardo, qui prétend avoir une vision singulière des femmes, qu'il qualifie de « tigresses », explique que ce sont elles qui soutiennent et font vivre le foyer car « les femmes sont le noyau de la famille » [36] . Bien que cela puisse paraître « presque charmant », ce que nous avons vécu pendant la campagne était tout autre : des scènes publiques de machisme sans précédent et, pire encore, avec le soutien d'une partie de la population féminine qui ne s'inquiète pas des attaques contre les journalistes femmes et qui, à son tour, se rend complice de la confrérie masculine selon laquelle les femmes ne sont que des « parures » et doivent se tenir à la « place qui leur revient » — laquelle n'est clairement pas celle de l'expression politique. Au contraire, les femmes seraient incapables de voter en se laissant guider par la raison ; genre faible et ignorant de la politique et du droit, elles ne pourrait voter qu'en se laissant guider par le désir lié aux attributs sexuels du candidat [37] .
Que dire d'autre de la « narco-esthétique » de sa campagne ? Enfin, toute une iconographie de la richesse et du « bien-être » s'exprime dans les allusions à ses deux nationalités étrangères : américaine et italienne, à ses marques commerciales et à la jouissance de l'argent mise en avant dans de nombreuses vidéos montrant des fêtes, des voyages, des jets privés et des restaurants. Que les femmes soient le cœur de la famille, mais qu'elles servent de décoration dans un salon, que le tigre n'ait rien à voir avec la Colombie, qu'Abelardo s'engage à prendre personnellement soin des Colombiens, mais qu'il ne se présente pas à la cérémonie de passation du pouvoir présidentiel, qu'il n'ait peur de rien, mais qu'il se déplace dans un carrosse blindé, etc., voilà autant de détails que l'on peut qualifier de contradictoires et qui restent sans explication. Cependant, les électeurs d'Abelardo semblent ne pas avoir besoin de ces explications : l'important, c'est que le spectacle soit grandiose et divertissant, et, en la matière, Abelardo s'est révélé être un expert. Son esprit d'entreprise n'a pas quitté la campagne, qu'il a mise à profit pour créer une marque intitulée « Défenseurs de la patrie », dont les produits « miracle » sont disponibles sur son site web et comprennent des chemises, des casquettes, des sweats, des vestes, des lunettes, des sculptures, des baskets, des gourdes, des porte-clés et même des tracts à imprimer pour faire de la propagande politique. De même, dans plusieurs de ses vidéos conçues pour TikTok, le voit-on parler tout en sirotant son vin Fratelone ou son rhum « Defensores », ou encore simplement en train de promouvoir sa nouvelle montre Trigris 1, qui compte chaque seconde du destin de notre pays et dont il n'existe que 9 exemplaires qu'il remettra lui-même en mains propres à ses acheteurs [38] .
Abelardo et son équipe ont su tempérer et jouer avec les émotions d'un peuple désorienté, déchiré par une histoire de conflit armé où il n'y a pas d'innocents. Au cours de sa campagne, Abelardo, « l'homme d'affaires qui a décidé de tout abandonner pour un devoir qui [lui] brûle l'âme : sauver la Colombie » [39] , a affirmé n'avoir pas dépensé un seul peso en publicité et avoir bénéficié « du soutien du peuple et de la grâce de Dieu » sans être « financé par les grands capitaux » [40] . Nous savons pourtant que le coût réel de sa campagne a dépassé les 26 milliards de pesos colombiens. Qui l'a financée ? Nous l'avons déjà évoqué… Sa campagne présidentielle, nous le savons, a été la campagne publicitaire la plus coûteuse de l'histoire de la Colombie.
Aujourd'hui, 7 août, prend ses fonctions celui qui, pour beaucoup, ne sera jamais un président digne de la Colombie. Cette affirmation est justifiée par la décision du groupe parlementaire du Pacte historique de ne pas assister à son investiture, par la déclaration de désobéissance civile faite par ce même parti et par la détermination des 12 708 712 électeurs qui ont voté contre Abelardo de la Espriella et qui en suivront les agissements avec une méfiance absolue. Nous entrons aujourd'hui dans une ère marquée par un populisme d'élite auquel nous espérons résister et survivre. Nous avons peur, car nous avons été menacés ouvertement et nous savons qu'en Colombie on ne plaisante pas avec les ennemis intérieurs : on les traque, on les tue et on les enterre. Aujourd'hui, nous sommes des Colombiens qui nous embrassons à distance, cherchant jour après jour, sur tous les fronts possibles, à ne pas faiblir face aux rares occasions qui s'offriront à nous de penser différemment, d'opter pour la vie plutôt que de nous lier à l'État nécro.
Juliana Marín Taborda & Alejandro Giraldo Quintero
[1] L'emploi du terme « prétendue élection » renvoie à la contestation toujours en cours de la validité du scrutin présidentiel colombien de 2026. Au 30 juillet 2026, le président Gustavo Petro continue de dénoncer une fraude électorale et une manipulation informatique des résultats, accusations qui restent contestées et dont certaines sources invoquées n'ont pas permis d'établir une fraude. Parallèlement, le Conseil d'État colombien a admis pour examen une demande en nullité de l'élection d'Abelardo de la Espriella, portée par Luis Guillermo Pérez. Soutenue par des milliers de citoyens, cette demande affirme notamment que des contrôles d'authenticité, d'intégrité et de traçabilité numérique des formulaires E-14 auraient été réduits en 2026, compromettant, selon les requérants, la possibilité de vérifier indépendamment les résultats. L'élection demeure néanmoins juridiquement valide tant qu'aucune décision de justice ne l'a annulée.
[2] Didier Polo Monterrosa, De La Espriella anuncia el regreso de bombardeos y fumigaciones : « cesará la horrible noche ». Bogotá 20 juillet,https://www.minuto60.com/politica/e...Minuto60, 2026
[3] Abelardo De La Espriella, Colombia no puede seguir arrodillada ante el crimen. 28 Avril, 0'07,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_style, 2026.
[4] Abelardo De La Espriella, ¡Viva la libertad, carajo ! 18 Juin, 1'20,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_style, 2026.
[5] Revista Raya, Enemigo interno, 60 años después : la doctrina que EE. UU. impuso a Colombia y hoy vuelve en campaña. 19 mai, Revista Raya, 2026.
[6] Telemedellín, “Me voy a posesionar en una guarnición militar para hacerle honor a los verdaderos héroes de la patria” ; Abelardo de la Espriella, presidente electo de Colombia durante los actos del 20 de Julio en Medellín campaña. 20 juillet, 0'20. Telemedellín, 2026.
[7] Revista Raya. Ibid.
[8] Revista Raya. Op.Cit.
[9] Le « paisa travailleur » renvoie à tout un imaginaire autour de la vigueur du peuple d'Antioquia, capable de prospérer grâce à un travail acharné, généralement physique, à la campagne.
[10] Gustavo Petro, La trampa de las elecciones está hecha en EE. UU. con algoritmos israelíes... 17 juillet, 1'38. Gustavo Petro, 2026.
[11] Maria Teresa Uribe, Los destiempos y los desencuentros : una perspectiva para mirar la violencia en Colombia. Medellín, Universidad de Antioquia, 1990.
[12] Cette définition s'appuie sur l'analyse du contexte électoral qui a entouré la campagne de De la Espriella et sur les arguments de Sebastián Ronderos et Cristian Acosta Olaya (14 juin 2026), qui affirment, d'une part, qu'Abelardo n'est pas un populiste, et ceux de Carlos de la Torre (2013), qui met en évidence les différentes formes de transformation du populisme en Amérique latine. Sebastián Ronderos, Cristian Acosta Olaya, Abelardo de la Espriella no es un populista. Jacobinslat, 2026. Carlos de la Torre, El populismo latinoamericano : entre la democratización y el autoritarismo. Nueva sociedad n° 247, p. 120-137.
[13] Achille Mbembe, « Nécropolitique » dans « Traversées, diasporas, modernités », Raisons politiques, n° 21, p. 29-60. Éditions Presses de Sciences Po. 2006.
[14] Juliana Marín Taborda, « El Cuerpo Habla : fabulation et émancipation des corps politico-esthétiques ». Rennes, Amerika [en ligne], 31, 2025.
[15] Abelardo de la Espriella, El Cauca y el Valle del Cauca se inundan de sangre de ciudadanos inermes, asesinados por las bombas del terrorismo que Iván Cepeda y Petro, han protegido…. 27 avril,1'28.Delaespriella_Style, 2026.
[16] Abelardo de la Espriella, Los Nunca : batalla por la patria en Colombia, 13 mars0'05.https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[17] L'éternel « président », après trois mandats présidentiels loin du pouvoir et une condamnation pour fraude procédurale dans une affaire de subornation de témoins liée aux accusations concernant les « faux positifs », continue d'être désigné comme « président » par une partie de la population colombienne.
[18] C'est ainsi que l'avocat se présente lui-même, en référence à l'éclectisme des affaires qu'il est capable de défendre.
[19] Daniel Coronel, El apoderado. 18 août,Revista Semana, 2026.
[20] samuelgr, Entrevista Caracol televisión, 10 mai, samuelgrg, 2026.
[21] Andres Pinson, Conversión a Dios de Abelardo de la Espriella. 26 août,https://www.tiktok.com/@andrespinso...andrespinson, 2025. Samuelrg, Entrevista Caracol Television, 13 mai, samuelrg79, 2026.
[22] Fernando Ramos, El nuevo Congreso de Colombia quedó instalado, con una desafiante sorpresa para el presidente electo Abelardo de la Espriella . 21 juillet,https://www.tiktok.com/@delaespriel...CNN en Español, 2026.
[23] Abelardo de la Espriella, Colombia en manos de Dios. 3 juin,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[24] Abelardo de la Espriella, Soy Abelardo de la Espriella. 10 janvier, 0'33,https://www.facebook.com/DELAESPRIE...Delaespriella_Style, 2026.
[25] Revista Raya, El tigre y el clan Char una alianza con los de siempre señalados de corrupción. 4 juin, Revista Raya, 2026. Ardila Arrieta, L, La costa nostra. 4 juin, Rey Naranjo Editores, 2026.
[26] Cuestión Pública, En la campaña de Abelardo De la Espriella hay miles de funcionarios públicos inscritos, incluyendo policías activos. 31 mai, Cuestión Pública, 2026.
[27] Félix Guattari, L'inconscient machique : essaies d'eschizo-analyse. Paris, Éditions Recherche, 1979.
[28] Voir Alberto Castrillón Aldana, Una analítica de la gubernamentabilidad algorítimica. Subjetividad e intersubjetividad en el contexto de una ontología histórica del presente. Medellín, Fondo editorial Colegiatura, 20204. p. 43.
[29] Félix Guattari, L'ère post-médias, dans « Subjectivité & Mass-média », Chaosmose Vidéos, 3 septembre 11'55, 2022.
[30] Abelardo de la Espriella, Lanzamiento de campaña diseñado con inteligencia artificial. 10 janvier,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
Abelardo de la Espriella, Promoción de la campaña para la primera vuelta electoral. 25 décembre,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026 .
[31] Conferencia Episcopal de Colombia, Colombia en el top 10 de los países más católicos del mudo. 10 avril, Conferencia Episcopal de Colombia, 2017.
[32] Abelardo de la Espriella, Firme con la comunidad judía. 1 avril,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[33] 6AM W, Gobierno y oposición se enfrentan por las futuras relaciones con Cuba e Israel. 28 juin, Caracol Radio, 2026.
[34] Abelardo de la Espriella, Colombia en las manos de Dios. 28 juin,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[35] Abelardo de la Espriella, Firme con la comunidad judía. 28 juin,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[36] Abelardo de la Espriella, Firme por las mujeres. 15 mai, 1'50https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026
[37] Juanita León, El machismo de Abelardo de la Espriella en seis. 12 mai,https://www.lasillavacia.com/silla-...La Silla Vacía, 2026.
[38] Abelardo de la Espriella, Reloj de Arte Colombiano con Patria. 20 janvier, 0'08,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[39] Abelardo de la Espriella, Soy Abelardo de la Espriella. 10 janvier,https://www.facebook.com/DELAESPRIE...Delaespriella_Style, 2026.
[40] Abelardo de la Espriella, Los de siempre no podrán destruirme. 20 avril, Delaespriella_Style, 2026.
Abelardo de la Espriella (AbdE) a remporté les élections présidentielles en Colombie en grande partie grâce à une campagne qui l'a présenté comme un outsider ; cependant, sa candidature et son programme n'ont rien de nouveau. Comme l'indique Castillón Mora, il s'agit d'une franchise mondiale, d'un réseau transnational d'intérêts au sein duquel des candidats du Sud se rendent dans les écoles du Nord pour y apprendre une formule permettant de faire de la politique. On retrouve au moins trois caractéristiques communes à cette extrême droite transnationale.
La première caractéristique est que, comme l'explique Rita Segato, l'extrême droite a capitalisé sur le mécontentement de la majorité face au non-respect des promesses de la modernité et de la démocratie : un mécontentement face à l'impossibilité de participer en tant qu'acteurs à la construction de l'histoire, c'est-à-dire à la prise de décision sur les questions qui les concernent parce qu'elles les affectent, et à la participation à la jouissance des richesses produites collectivement. Face à ce mécontentement, l'extrême droite a déployé comme stratégie la mobilisation de l'émotion légitime qu'est la colère, non pas pour transformer les causes structurelles du mécontentement, mais pour aggraver la situation et détruire les acquis des luttes sociales, tels que le droit du travail, l'éducation et la santé en tant que droits d'accès universel.
La deuxième caractéristique est que l'homme d'affaires commence à s'impliquer directement dans la politique, souvent sans intermédiaires. On constate alors que la fiction qui a perduré pendant longtemps — tout au long du XXe siècle et au début du XXIe —, celle d'une séparation entre la sphère politique et la sphère économique, entre le privé et le public, commence à s'estomper. Dans le cas colombien, et à la manière d'une imitation de Trump, AbdE s'est présenté comme le propriétaire d'une série d'entreprises qui sacrifiait sa vie luxueuse (en Italie) pour remettre de l'ordre dans la « patrie ». Bien qu'il ait été démontré que les entreprises d'AbdE ont généré plus de pertes que de bénéfices, la campagne a joué sur le désir de consommation, de réussite entrepreneuriale et de blanchiment des masses, en présentant un candidat qui s'affichait constamment à bord d'un jet privé et en train de déguster des vins en Italie, tout en se moquant des plats typiques colombiens. Sur le plan programmatique, et à l'instar de Milei, AbdE a proposé une réduction massive des dépenses publiques, justifiée par la logique de l'efficacité entrepreneuriale, sans se soucier du fait que ces coupes touchent les services chargés des programmes sociaux et de la construction de la paix.
La troisième caractéristique est que cette extrême droite est animée par une volonté et une intention ferme d'abolir tout ce qui apparaît comme un obstacle à l'exercice pur et simple du pouvoir et à l'accumulation du capital entre les mains d'une poignée de personnes. Cela se traduit par un mépris ouvert du droit international, comme on le voit dans le cas du génocide palestinien perpétré par Netanyahou ou Trump et, dans le cas colombien, par le soutien sans faille d'AbdE au gouvernement israélien ; mais aussi par la proposition partagée par les dirigeants d'extrême droite de retirer les pays des instances internationales de gouvernance telles que l'ONU ou le Système interaméricain des droits de l'homme.
Tout cela doit être envisagé dans une perspective plus large, qui intègre la longue histoire du (néo)colonialisme. Ce faisant, on se rend compte que ce qui semble nouveau n'est en réalité rien d'autre que la répétition, avec quelques différences, d'une nouvelle phase de la colonialité. En effet, nous entrons dans une période marquée par une concentration impressionnante de la richesse et du pouvoir décisionnel entre les mains d'une poignée de personnes, notamment celles des grands dirigeants des entreprises technologiques, en particulier dans le domaine de l'intelligence artificielle.
Ce moment historique, caractérisé par la numérisation et le contrôle algorithmique de la société, se traduit par une nouvelle primarisation des économies du Sud, qui n'ont jamais cessé d'être extractivistes. Dans ce cas, le masque des grands entrepreneurs derrière lequel se cachent les dirigeants d'extrême droite du Sud tombe, car ils apparaissent comme ce que les élites (néo)coloniales ont toujours été : des intermédiaires du grand capital situé au Nord, dont la fonction est double. D'une part, ils sont chargés d'éliminer les obstacles qui pourraient se présenter à l'intérieur du pays à l'accumulation du capital, et d'autre part, d'ouvrir des niches de marché pour le Nord. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre le programme d'AbdE, fondé sur la fracturation hydraulique pour l'extraction du gaz et du pétrole, l'exploitation minière des terres rares, du cuivre, de l'or et de l'argent ; ainsi que sur l'algorithmisation de l'éducation, de l'agriculture et du domaine militaire.
C'est peut-être cette algorithmisation de la société qui introduit l'élément différenciateur dans la logique coloniale-capitaliste. En effet, ici, les ressources humaines ne sont plus considérées comme une main-d'œuvre bon marché à exploiter, mais on assiste à la production active d'une humanité jetable, pour laquelle il n'existe même plus de perspective de relocalisation.
Face à ce scénario qui laisse présager une destruction sans précédent à l'échelle mondiale, il est nécessaire de mettre en place – également à l'échelle mondiale – des alternatives critiques qui placent au centre la protection de toute forme de vie et non l'accumulation du pouvoir. Ce que nous a montré la campagne électorale colombienne, c'est que les formes traditionnelles de la gauche ont fait leur temps : il ne suffit pas d'avoir des programmes dont les propositions, si elles étaient mises en œuvre, bouleverseraient de manière bienveillante la structure sociale ; il faut savoir communiquer en faisant appel aux sentiments, en créant d'autres formes de désir et en mobilisant la capacité collective à imaginer d'autres avenirs. Il est vrai que la critique ne peut faire abstraction de l'histoire et de la dénonciation, mais il est temps que la gauche se concentre sur la dimension constructive, en expliquant comment l'État contribuera à répondre aux besoins et aux problèmes quotidiens de la population. La campagne de Cepeda, le candidat de gauche, comportait des propositions intéressantes à cet égard, mais celles-ci n'ont pas été communiquées de manière adéquate.
Le second tour de la campagne présidentielle, lorsqu'on l'observe depuis la base, offre des enseignements précieux. Face à une campagne politique menée par le candidat de gauche, Iván Cepeda, et marquée par de multiples lacunes, les militants de la base se sont mobilisés pendant trois semaines d'affilée pour sensibiliser la population à travers un travail de proximité dans les quartiers et sur le terrain, en recourant à des moyens de diffusion créatifs, tant sur les réseaux sociaux qu'en présentiel. De manière autogérée et sans attendre que le matériel vienne du parti, des points de vue divers se sont articulés — à l'image d'un tissu tissé de plusieurs fils — autour d'un même horizon politique : la protection et la défense de la justice sociale et territoriale. Ainsi, les centres urbains sont entrés en contact avec les zones rurales, une pédagogie politique s'est mise en place à partir de la proximité et une appropriation de la politique par la base s'est opérée à travers le dialogue et les rencontres.
Cela a rendu visible et tangible le fait qu'une autre façon de faire de la politique est possible, une façon fondée sur la proximité, l'auto-organisation, l'écoute, la sensibilisation et l'éthique. L'importance de la dimension affective en politique est également apparue clairement, tant au moment de mener une analyse conjoncturelle et historique qu'au moment de communiquer les propositions. Enfin, la question reste ouverte pour la gauche : comment se positionner face à l'algorithmisation de la société si elle veut constituer une véritable alternative ? La réponse à cette question exige que nous commencions à penser – pour reprendre les mots d'Arturo Escobar – par le bas, par la gauche et avec la Terre.
Lina Álvarez Villarreal
Le titre original de cet article est “Hijo de tigre sale pintado”. Cette expression colombienne signifie qu'une situation est engendrée par ses antécédents. Une expression analogue en français est : "les chiens ne font pas des chats". Abelardo de la Espriella a utilisé l'image du tigre pendant sa campagne, se présentant lui-même comme « Le tigre ».
Il convient d'évoquer une dimension fondamentale pour comprendre le résultat du premier tour des élections présidentielles en Colombie, en particulier le score élevé d'Abelardo de la Espriella. Je me réfère ici à la dimension patriarcale-médiatique. C'est un sujet déjà largement discuté par les journalistes et influenceuses à propos des déclarations et comportements de ce candidat qui, au mieux, peut être qualifié de honteux, et auquel Juan Daniel Oviedo [1] a fait référence avec véhémence dans ses déclarations le soir des élections, en accusant de la Espriella d'homophobie et de machisme exacerbés.
Le patriarcat est la forme de hiérarchie et de domination la plus ancienne du monde. C'est une cosmovision qui privilégie la hiérarchie, le contrôle, le pouvoir, la suppression des différences et en dernière instance, la violence et la guerre.
Comme le disent très justement les féministes latinoaméricaines, l'humanité a appris à dominer à travers le corps de la femme ; cette domination s'est maintenue au cours de siècles au travers d'une multitude de récits, de narratifs, d'infrastructures, de design, et de pratiques. Le récit patriarcal le plus persistant, basé sur l'études des communautés de chasseurs cueilleurs, est probablement la théorie selon laquelle le moteur de l'évolution humaine fut l'Homme Chasseur, idée à l'origine d'un des mythes les plus létaux de l'histoire humaine : la supériorité de l'homme sur la femme basé sur le sexe biologique mais étendue à toutes les dimensions de la vie sociale, y compris la science.
Le récit évolutionniste de l'”Ascension de l'Homme” loue davantage les outils masculins qui tuent au détriment des récipients créés par les femmes pour récolter les éléments essentiels à la vie, comme les graines, les aliments et les plantes guérisseuses, mais aussi la création de liens sociaux, bien plus importants pour l'évolution que les armes. Malgré le discrédit associé à cette théorie, elle perdure dans les représentations populaires des 3800 millions d'années de l'histoire de la terre, qui sont présentées comme scientifiques. Une série récente de Netflix, La Vie sur notre Planète, explique par exemple cette évolution en s'appuyant sur la thèse controversée selon laquelle les « gagnants » sont ceux qui s'adaptent le mieux et que la concurrence à la vie et à la mort est le moteur de l'adaptation. Ces idées sont rabâchées tout au long des huit épisodes, en chacun desquels ce sont toujours les “hommes alpha” qui survivent, qui fondent des “dynasties”, et soumettent les autres espèces.
Ce qu'il y a encore de plus préoccupant c'est que cette narration meurtrière - comment pourrait-on la nommer autrement ? - est reproduite à l'infini par les politiques de droite qui prêchent la guerre et la haine contre tout ce qui est différent, projetant l'image d'un homme fort capable de rétablir les hiérarchies et maintenir l'ordre établi à tout prix. Ces représentations continuent de façonner les manières de penser, de faire et de sentir des masses, soutenant toute une pédagogie de la cruauté, comme la nomme l'anthropologue Rita Segato. C'est une narration anachronique détenue par les grands hommes des cavernes de la politique mondiale, incluant Abelardo de la Espriella et ses frères de caverne Milei, Bukele, Katz, Ortega et bien sur le Grand Chef Blanc et héros de tous, Donald Trump.
Il n'est pas difficile de mettre en évidence les principales caractéristiques des hyperpatriarches contemporains. L'hyperpatriarche est un maître dans l'art de cultiver la peur et, par conséquent, la haine envers tout ce qui nous fait sentir en insécurité ; ceci est un des piliers de leur succès, en particulier parmi les classes moyennes qui se sentent acculées par des forces qu'elles ne comprennent pas et menacées dans leurs privilèges. L'hyperpatriarche est par autodéfinition l'homme fort par excellence ; il ne montre pas de faiblesse ; il suinte/dégage une masculinité agressive ; il se méfie des femmes aussi brillantes soient-elles ; il est homophobe, raciste, suprémaciste et deteste ardemment tout ce qui est différent et vient le questionner ; il est de tendance fasciste ; il est séduit par les Hitlers de l'histoire, et il est toujours autoritaire, ce qui s'est également appliqué à de nombreux dirigeants de gauche depuis le début du XXe siècle jusqu'à nos jours ; il n'a pas peur de tuer ni de ce qu'on l'accuse d'assassin, puisqu'il doit faire preuve d'une main de fer et ne pas se soucier de ce que les autres peuvent dire. Il est incroyablement égocentrique et se considère comme le plus vif de tous.
Les patriarches du moment sont misogynes, extrêmement individualistes et très souvent sadiques ; Ils peuvent se vanter de torturer des animaux sans le moindre scrupule, ou de soumettre des millions de leurs semblables à des conditions dignes de Bukele ou à mourir de faim et de soif. Ils croient au “ nettoyage social” et à l'élimination systématique des ennemis, par les armes si nécessaire ; à l'instar de l'hyperpatriarche colombien, ils proposent d'« éventrer » les gauchistes et les prétendus communistes. Ils sont totalement dépourvus d'empathie, de bienveillance et de compassion. Ils ignorent tout de l'empathie, du soin et de la compassion. Leur haine vis-à-vis des revendications de genre, des activismes indigènes, afrodescendants, écologistes et LGBTQ+ est légendaire. Ils sont incapables de comprendre l'importance de protéger la vie, car tout ce qui vit n'existe à leurs yeux que comme ressource au service de leur enrichissement et de leur pouvoir.
Ces patriarches se targuent d'être des showmen divertissants et hypersexuels, tout ceci afin de divertir les foules, puisqu'ils ne veulent pas que les gens pensent par eux mêmes mais au contraire qu'ils les suivent avec la fidélité d'un troupeau. Ils maîtrisent habilement les médias, s'imprègnent/ ou sont présents très efficacement sur les réseaux sociaux et utilisent ce qu'on appelle à tort « l'intelligence artificielle » pour manipuler les émotions de millions de personnes et fabriquer des vérités, puisqu'ils sont des menteurs pathologiques. Bien qu'ils se targuent d'être rationnels, leur comportement est émotionnel et irrationnel. La rationalité leur sert, néanmoins, à accumuler d'immenses richesses sans rougir, puisqu'aujourd'hui un hyperpatriarche qui se respecte se livre au jeu de celui qui pourra accumuler le plus de richesse le plus rapidement possible.
Je me suis souvenu récemment de ce que dit une chère amie féministe, de manière métaphorique mais imagée et pertinente, à propos de ces universitaires, majoritairement des hommes, qui prennent la parole pour pontifier, uniquement pour nourrir leur ego et bomber le torse, à savoir qu'ils « brandissent leur membre ». Sans parler de tous ces hommes politiques de droite, dont beaucoup ont été dénoncés par des femmes pour abus sexuels. Rien de tout cela ne les inquiète, puisqu'ils se sentent au-dessus des lois.
Certaines des caractéristiques mentionnées se sont aggravés ces derniers temps, puisqu'aujourd'hui les hommes sont sur le recul et sur la défensive face à l'avancée imparable des femmes et de toutes les différences - raciales, ethniques, sexuelles, non binaires, anti-validistes et divergentes - ce qui les rend d'autant plus dangereux et extrêmes. Malgré tout, défaire les narrations suprémacistes patriarcales n'est pas une tâche aisée, puisqu'elles imprègnent tous les espaces de la vie quotidienne : dans les écoles, les médias, le divertissement, la publicité, les gouvernements, le cinéma hollywoodien et, surtout, dans l'économie mondialisée, fondée sur une concurrence chaque fois plus agressive et meurtrière pour la grande majorité des personnes et pour la planète. C'est pour cela qu'ils sont si tenaces et séduisants. C'est là que réside la raison d'être de l'apparente stupidité des millions de personnes qui, en Colombie, aux États-Unis, en Argentine, au Brésil de Bolsonaro et dans d'autres pays, font le choix de l'homme des cavernes : l'hyperpatriarche séduit aisément des millions de personnes puisqu'il bénéficie du poids considérable de cette histoire.
Il existe une expression qui dit “hijo de tigre sale pintado”, littéralement, “le fils du tigre sort avec ses rayures” : les dix millions de colombiens et colombiennes qui ont voté pour notre « homme des cavernes » du moment nous l'ont démontré. Ces petits tigres et tigresses sont convaincus que l'”homme” est individualiste et agressif par nature et que se montrer à la hauteur de cette loi c'est faire preuve d'intelligence. Il est impossible pour eux de penser que nous puissions cultiver des formes différentes d'être. Mais il est vrai également que le patriarche est un tigre de papier, puisque son pouvoir réside, en fin de compte, en nous toustes. Cessons de participer à ses récits et à ses pratiques, détachons-nous-en, et leur pouvoir s'affaiblira peu à peu, jusqu'à disparaître, comme s'effacerait un visage dessiné dans le sable en bord de la mer.
Démanteler les patriarcats dans toutes ces sphères, en commençant par la politique, est une tâche urgente pour les transformations sociales. C'est l'heure de nous secouer pour se débarrasser de “ce petit macho que nous avons tous en nous”. Les récits patriarcaux nous rabaissent et nous appauvrissent en tant que personne et en tant que société ; ils engourdissent notre capacité à penser tout en nous inculquant la peur de vivre et en nous incitant à la haine. Nombreuses et nombreux sont celleux qui font le pari d'options centrées sur la vie et non la mort.
Nous disposons de récits qui démontrent que la coopération, le soin et, en fin de compte, l'amour ont joué un rôle plus important que la compétition et l'agressivité dans l'évolution humaine, comme celui qu'élabore le brillant biologiste chilien Humberto Maturana. Face à la barbarie patriarcale et au capitalisme de spoliation qui réduisent la majorité des êtres humains et la planète à l'état de déchets, abandonnons une fois pour toutes les narrations qui tuent et participons activement aux transformations qui guérissent la société et qui préservent et régénèrent la vie.
Arturo Escobar
Traduit de l'espagnol par Louise Conan
[1] Il a été candidat à la vice-présidence lors des dernières élections, aux côtés de la candidate du Centre démocratique (parti d'extrême droite), Paloma Valencia. Oviedo a ouvertement déclaré être homosexuel.
Le 7 août 2026, Abelardo de la Espriella a pris ses fonctions de président de la Colombie, s'ajoutant ainsi à la liste des candidats d'extrême droite qui accèdent au pouvoir exécutif sur le continent américain. À cette occasion, nous publions une série d'articles écrit depuis la Colombie et qui éclairent autant le contexte, que les circonstances et conséquences de cette nouvelle avancée de l'extrême droite.
Cet avocat pénaliste, homme d'affaires et fondateur du parti politique d'extrême droite « Defensores de la Patria », accède au pouvoir grâce à une victoire serrée au second tour, où il a recueilli 12 959 542 voix (soit 49,66 % des suffrages), tandis que son adversaire, le candidat de gauche Iván Cepeda, en a obtenu 12 708 712 (soit 48,70 % du total des suffrages). Bien que la gauche n'ait jamais obtenu un score aussi élevé (pas même lors des dernières élections qui avaient permis pour la première fois à un parti de gauche de remporter la victoire), cela n'a pas suffi à la maintenir au pouvoir.
De la Espriella arrive au pouvoir après une campagne électorale controversée, marquée par l'utilisation systématique et très contestée d'images et de vidéos produites par l'intelligence artificielle générative, le recours aux réseaux sociaux, la mobilisation d'émotions telles que la colère et la peur, un discours manichéen qui a criminalisé la gauche, ainsi que des déclarations machistes. À l'instar de Trump et de Milei, le Colombien a adopté la communication numérique, s'est présenté comme un « outsider » anti-élite (son slogan était celui de faire partie des « jamais ») et comme un fervent croyant de la religion catholique (à laquelle il s'est convertit après avoir été athée).
De la Espriella a remporté la victoire avec un programme axé sur la sécurité militaire et la « main de fer », un programme économique fondé sur l'intensification de l'exploitation des hydrocarbures par l'exploitation minière ou la fracturation hydraulique ; une réduction drastique des dépenses publiques ; la numérisation de l'éducation et la méritocratie pour l'accès à l'université ; le retrait de la Colombie du système de gouvernance internationale ; la défense de la famille traditionnelle, l'opposition à l'avortement et au mariage pour tous. Son programme s'oppose, point par point, aux avancées sociales les plus importantes réalisées non seulement par le gouvernement de gauche sortant dirigé par Gustavo Petro, mais aussi à celles qui ont été obtenues sous le gouvernement de l'ancien président libéral de droite Juan Manuel Santos. En effet, AbdE se présente comme un farouche adversaire des Accords de paix de La Havane signés en 2016 avec l'ancienne guérilla des FARC et des négociations de paix menées par le gouvernement du président sortant Gustavo Petro ; son programme économique vise à démanteler directement la politique de transition énergétique lancée par Petro, ainsi que la réforme éducative qui a instauré la gratuité de l'enseignement supérieur.
Tout comme celles de Milei et de Trump, la candidature d'Abde lors du premier tour ne suscitait ni inquiétude ni attentes particulières. Bien qu'il fût connu à l'échelle nationale, ses propositions et sa manière de faire de la politique rendaient impensable son accession au pouvoir. Cependant, les résultats du premier tour ont montré à quel point ces analyses étaient erronées : AbdE est arrivé en tête avec 10 361 499 voix (soit 43,74 %), tandis qu'Iván Cepeda en a obtenu 9 688 361 (soit 40,90 %) et que la candidate du parti « traditionnel » d'extrême droite, Paloma Valencia, n'en a recueilli que 1 639 685 (soit seulement 6,92 % des voix).
Ce sont les résultats de ce premier tour qui ont réveillé le candidat de gauche Ivan Cepeda, qui, jusqu'alors, avait choisi de limiter fortement sa présence sur les réseaux sociaux, refusait de participer à des débats politiques et, au lieu de présenter un programme comportant des points précis, s'était concentré sur des discours prononcés en personne sur des places de différentes régions du pays, où il exposait ses propositions politiques. La certitude que la gauche allait à nouveau l'emporter commençait clairement à se désintégrer. À ce moment-là, la campagne de Cepeda a opéré un revirement à 180°, acceptant l'aide d'influenceurs et d'artistes, et s'est articulée dans de nombreux cas autour d'initiatives territoriales et de quartier. Pendant ce temps, AbdE a intensifié sa campagne sur les réseaux sociaux, a eu recours à des symboles nationaux tels que le drapeau de l'équipe nationale colombienne de football (alors que la Coupe du monde de football battait son plein) et a bénéficié du soutien de la grande majorité des médias.
Bien qu'il se présente comme un outsider, AbdE a une longue histoire de collaboration avec les élites politiques colombiennes et des groupes criminels. En effet, à 26 ans, il a été l'un de promoteurs des dialogues entre les paramilitaires et l'Etat colombien ; il a été défenseur des leaders paramilitaires ; il a été un ferme défenseur de l'ancien président Uribe Vélez, et sa candidature en tant que représentant d'un nouveau parti politique n'a vu le jour qu'après que le même Uribe Vélez l'ait empêché de se présenter sous la bannière de son parti, le Centro Democrático. Au cours de la campagne présidentielle 2025-2026, il a proposé à la vice-présidence Juan Manuel Restrepo, ancien ministre du Commerce et des Finances d'Iván Duque, un ancien président d'extrême droite. Une fois sa victoire proclamée, AbdE a annoncé la nomination, au sein de son gouvernement, de représentants des élites conservatrices du pays.
Fervent admirateur de Trump et défenseur de Netanyahu, AbdE a tenté de prendre ses fonctions présidentielles dans une garnison militaire du département du Cauca, l'une des régions les plus violentes et les plus riches en biodiversité du pays. Empêché tant par Gustavo Petro, qui a refusé de donner suite à cette tentative autant au motif qu'elle était ouvertement anticonstitutionnelle que celui de l'activité actuelle du volcan de Puracé, AbdE a décidé de prêter serment à l'université Santiago de Cali, tout en conservant l'idée de prononcer son discours d'investiture à la caserne militaire. Il ne s'agit pas d'un geste mineur, venant d'un président qui a promis de mettre fin aux accords de paix et qui a menacé de démanteler la gauche. Car aussi bien Cali que le Cauca sont considérés comme des endroits emblématiques de la résistance populaire, où convergent les luttes amérindiennes, afrocolombiennes, paysannes et de la jeunesse.
Les cinq articles que contient ce dossier présentent une analyse de la campagne et du programme d'AbdE sous différents angles critiques. Leur publication en français s'explique par le fait que ce qui se passe en Colombie n'est pas sans rapport avec les processus sociopolitiques en cours en Europe et dans d'autres parties du monde. Le cas colombien peut aider à tirer des enseignements pour le renouvèlement d'un champ critique qui, s'il veut préserver le tissu de la vie, doit se remettre en question et expérimenter des voies alternatives pour faire et penser la politique.
Le fils du tigre sort avec ses rayures par Arturo Escobar
La nouvelle extrême droite sous l'angle décolonial par Lina Álvarez Villarreal
La narco-esthétique du Tigre 5.0 à l'ère de l'intelligence artificielle par Juliana Marín Taborda & Alejandro Giraldo Quintero
Au-delà de l'instrumentalisation : la nouvelle grammaire morale de la politique colombienne par Diego Meza Gavilanes
Salut à tous et à toutes camarades !
Nous écrivons depuis Prato, Italie. Notre syndicat a entamé depuis le 19 juin une lutte contre la fermeture de l'entreprise Acca, laissant 95 personnes sur le carreau.
Salut à tous et à toutes camarades !
Nous écrivons depuis Prato, Italie. Notre syndicat a entamé depuis le 19 juin une lutte contre la fermeture de l'entreprise Acca, laissant 95 personnes sur le carreau. L'Acca est une entreprise de logistique de vêtements : en effet Prato est le district textile le plus grand d'Europe, ici est produite la plupart des vêtements à bas prix. Cette fermeture est en réalité une boutade dont le seul objectif est d'un coté de fuir un procès européen pour fraude fiscale à hauteur de 71 millions d'euros, de l'autre de fuir les travailleurs syndiqués. En effet les travailleurs de l'Acca avant avril 2023 étaient reduit dans une condition d'esclavage : travail 12H par jour, 7 jours sur 7, sans congés ni arrêt maladie.
Après une lutte, pendant laquelle l'entreprise a tendu plusieurs guet-à-pens aux ouvriers, les contrats réguliers ont été obtenu. Depuis, chez l'Acca on est arrivé à obtenir des accords comportant des améliorations par rapport au contrat collectif en vigueur.
Pendant ce mois de grève nous avons résisté à une attaque de 150 patrons qui ont pris d'assaut le piquet, un opération policière visant à expulser le piquet et à plusieurs attaques judiciaires. Fini le temps de la résistance, nous sommes passés à la contre-attaque. Actuellement nous sommes sur 4 piquets de grèves, nous traquons l'Acca n'importe où ils vont !
Maintenant la question financière se pose. La lutte n'est pas encore finie. L'entreprise espère que les mois sans salaire découragent les ouvriers. Il est le devoir de tout le monde de se resserrer autour de ces ouvriers dont le courage a été et est incroyable. Une cagnotte a été lancée mais toute donation collective est la bienvenue aussi !
Tocca uno, tocca tutti
(“touche à un, touche à tout le monde”)
Voici les dates du mois d'août de la cantine populaire au jardin du couvent des Cordeliers à Forcalquier
☀️Cantine populaire à prix libre ou gratuit ouverte à toutes et tous ! ☀️
/ !\Changement d'horaire
De 19h à 21h au Jardin des Cordeliers à Forcalquier (04).
Prochaines dates :
Les sionistes accusent une marque de vêtement voulant dire «bon appétit» d'être une apologie cachée du 7 octobre.
L’article Insolite : le CRIF accuse une marque de vêtements qui signifie «bon appétit» en arabe de faire l’apologie des attaques du 7 octobre est apparu en premier sur Contre Attaque.
Ce texte a d'abord été publié dans « les pieds dans le plat 2 » au printemps 2024. On avait envie d'en faire une mise en page qui permette de le diffuser seul, on a donc relu et modifié quelques bouts, cette version date de janvier 2026.
Suis-je un.e bon.ne allié.e ?
La question se pose ces dernières années et on ressent souvent une peur de ne pas être quelqu'un.e de suffisamment déconstruit.e, de ne pas être suffisamment présent.e dans la lutte contre les oppressions et les dominations.
Mais c'est quoi être un.e allié.e au juste ? Et en quoi serait il/elle/iel bon.ne, mauvais.e, bof ? Et pourquoi l'utilisation de ce terme est-elle devenue omniprésente dans nos espaces de lutte, dans nos vies ?
Et allié.e de quoi ? de qui ? par rapport à quoi ? contre quoi / qui ?
Qu'est-ce qui est important dans mes rapports avec les autres ? Qu'est-ce qui fait que je vais avoir envie de rencontrer, ou pas, une personne, de m'organiser avec ?
Son identité ? Ses comportements ? Ses perspectives ? Ses pratiques et ses idées ?
Par "nous" on entend les gens qui vivent sur cette foutue planète en 2026.
Cela dit, dans ce texte, le "nous" pourra aussi renvoyer à ses autrices, qui sont au nombre de deux. Quatre mains, quatre yeux, deux cerveaux, à essayer de décortiquer les processus que nous voyons dans nos milieux (queer-féministes-anarchistes...), qui ne nous satisfont pas, voire qui créent des situations problématiques. Nous tenterons aussi de poser des perspectives et des envies, inspirées par des discussions collectives hyper intéressantes et des situations de conflits plutôt déprimantes.
On espère que ce texte nourrira des discussions collectives et interinviduelles, inspirant elles-mêmes d'autres textes, et autres.
Pour commencer on voudrait souligner en quoi la prise en compte des oppressions systémiques et leurs conséquences, on trouve ça nécessaire, logique et important.
Les oppressions sont des systèmes de hiérarchie, d'exploitation et de discrimination, de certains groupes par rapport à d'autres. Quand on subit une oppression, on le ressent dans beaucoup d'aspects de nos vies. Ça entraîne des conséquences sur comment on se construit, et donc sur notre personnalité, sur notre confiance en nous, sur ce qui nous semble normal ou pas, sur nos comportements. Mais aussi sur la thune qu'on a, sur nos codes sociaux, sur notre rapport aux administrations, au système judiciaire, sur les difficultés à avoir un taf, un logement, à se déplacer et à être dans les lieux. Ça joue dans nos relations avec les autres, aussi bien avec les gens dans la rue qu'avec nos proches. C'est impossible de faire une liste exhaustive de toutes les conséquences des oppressions dans nos vies parce que c'est omniprésent et complexe.
Pour donner quelques exemples, à un niveau individuel, les oppressions ça fait qu'il y a certaines personnes qui vont avoir plus tendance que d'autres à être valorisé.es, écouté.es, à être au centre, à parler beaucoup, à couper la parole, à se faire servir, à prendre des décisions. Alors que d'autres se retrouvent plus souvent dans des positions invisibles, ou de soin auprès des autres, à rendre des services, à ne pas être pris.es au sérieux, à s'adapter aux autres, à ne pas se sentir légitime, à être mal considéré.e.
Ces oppressions existent dans tous les espaces, y compris dans des milieux "militants".
Les dominant.es peuvent avoir tendance à penser qu'iels savent mieux que les opprimé.es comment iels sont dominé.es, à quoi c'est dû, et comment il faudrait lutter pour transformer ça. Alors que les personnes qui subissent les oppressions, de manière + ou - violente, intense et quotidienne, ressentent directement les effets concrets de celles-ci. Ce sont ces personnes qui sont le plus à même d'analyser comment fonctionne cette oppression et de dire quand une personne privilégiée exerce sa domination.
Ça nous semble donc important d'écouter et de faire confiance à une personne qui parle de son vécu et qui explique en quoi tel ou tel comportement est oppressif. D'avoir un peu d'humilité, de ne pas penser tout comprendre, de remettre un peu en question ce qui nous semble évident ou "normal".
En tant que personne qui ne subit pas une oppression, on trouve nécessaire de voir comment ça nous apporte des privilèges, comment on fait (qu'on le veuille ou non) exister cette oppression dans nos rapports aux autres, et essayer de modifier nos comportements. Et par rapport à la lutte contre cette oppression, il nous semble logique de respecter les volontés de mixités choisies des personnes qui subissent l'oppression, accepter de ne pas être au centre, pouvoir à des moments faire les petites mains, ne pas être toujours dans les rôles les plus valorisés.
Plusieurs trucs qui viennent d'être dit peuvent correspondre aux comportements d'un.e "bon.ne allié.e", mais on a aussi envie de dire en quoi cette notion-là ne nous parle pas.
Prendre en compte les oppressions est donc nécessaire. Mais ce qui ne nous va pas c'est que parfois on se retrouve à analyser des situations uniquement sous ce prisme-là. Par exemple, pour se demander qui a raison ou tort on va juste regarder qui vit quelles oppressions et privilèges et se positionner du côté de la personne la plus opprimée. Parce que, pour certaines personnes, être "un.e bon.ne allié.e" c'est avoir une confiance totale en la parole des opprimé.e.s. Comme si les personnes qui vivent des oppressions ne pouvaient jamais se planter, ni avoir des comportements violents ou oppressifs. Partant du constat que les personnes qui vivent des oppressions sont bien souvent vues comme incapables, bêtes, pas dignes de confiance, violentes ou autres, on peut comprendre qu'il y ait une volonté de contrer ces stigmates, en leur donnant au contraire beaucoup de confiance et de valorisation. Ça nous paraît important d'y faire gaffe mais c'est quand même nécessaire de pouvoir se faire des critiques, parce que tout le monde peut avoir des comportements chiants ou dominants, même les opprimé.e.s. Et surtout, on peut encaisser des critiques et des retours à propos de nos comportements, même si on est opprimé.es, pour être ainsi plus en accord avec nos positions politiques et nos valeurs.
Un autre truc qui ne nous parle pas c'est cette idée que les personnes qui ne subissent pas directement l'oppression ne pourraient pas lutter contre des aspects de cette oppression. Écouter les personnes qui vivent l'oppression, ne pas prendre toute la place, être un peu humble, ça nous semble bien, mais ça ne veut pas dire ne rien faire.
Les allié.es se reposent sur les concerné.es, les concerné.es savent. Il y a une peur généralisée de "mal faire", d'être critiqué.e parce qu'on n'a pas été un.e bon.ne allié.e, mais ça fait que plein de personnes se figent dans l'immobilisme. Et en plus on peut se rassurer en se disant "je ne suis pas concerné.e donc ce n'est pas ma place d'agir". Agir et se planter nous semble plus intéressant que de ne rien faire.
Pourquoi est-ce qu'on a envie d'être vu-e comme un.e "bon-ne allié-e" ? Est-ce que c'est parce qu'on a intériorisé la culpabilité d'avoir des privilèges ? Est-ce que c'est par sens moral ? Est-ce que c'est parce que ça va faire de nous de meilleures personnes ? Parce qu'on va être valorisé.e ? Est-ce que c'est par empathie et qu'on veut essayer de participer à ce que les gens vivent mieux ? Est-ce qu'il y a un petit peu de "je suis la personne qui peut sauver ces gens" ?
On pense que ça n'existe pas réellement, ce n'est pas possible ni souhaitable d'agir juste pour les autres, de lutter contre une oppression qu'on ne subit pas, juste pour soutenir les personnes qui la vivent. Parce que même quand on croit agir par pur altruisme, il y a souvent des intêrets personnels cachés, comme le fait de se sentir mieux avec soi-même parce qu'on trouve qu'on a bien agi, ou être valorisé.e par les autres. Et on préfère l'idée qu'on a besoin de lutter contre toutes les oppressions, même celles qu'on ne vit pas, parce qu'elles sont toutes imbriquées, parce qu'elles permettent à ce monde de continuer et qu'on n'en peut plus de ce monde ! On veut lutter parce que notre problème c'est que ces dominations existent et qu'on ne pourra pas être libre tant que tout le monde ne sera pas libre (oui c'est une jolie phrase, mais ce n'est pas que théorique).
Tout le monde a intériorisé les oppressions, personne n'est "safe". Nous n'avons pas envie de viser cet idéal safe inatteignable, tout comme la perfection est ni atteignable, ni souhaitable.
Sortir de l'idéal safe aussi parce qu'une des conséquences est que si on me dit "t'as eu un comportement oppressif", je vis ça comme un échec horrible, comme si j'étais une mauvaise personne, et donc je redoute ça plus que tout. Et ça fait souvent qu'on réagit mal, sur la défensive, ou bien en mode culpa x10 000. Ce sentiment exacerbé de culpabilité fait qu'on est tourné.e vers soi parce qu'on est trop mal de ce qu'on a fait, plutôt que vers l'autre. Ou encore, ça fait qu'on va trouver des stratégies pour continuer à dominer en scred.
Un des buts des bon.nes allié.es est de "checker ses privilèges" et de se remettre en question, c'est ça qui devient principal dans la lutte contre les oppressions. Il est ainsi central de se déconstruire, d'enlever de nous toute trace de cette société, ne plus se comporter comme ci ou comme ça, adopter les codes du milieu. Bien évidement on ne remet pas en question le fait que des efforts sont nécessaires, que les dominant.es doivent comprendre comment iels oppriment et qu'iels arrêtent de le faire au maximum pour qu'on puisse s'organiser ensemble. Mais cet aspect, ce prérequis est devenu à la fois la seule chose demandée et la seule chose possible. La lutte contre les oppressions est devenue une lutte individuelle contre soi-même, dans la même temporalité des trucs vendeurs de "devenez la meilleure version de vous-même" et autre life coaching.
Dans ce contexte, ce qu'on entend par déterminisme c'est l'idée que nos comportements, nos choix, nos façons d'être et de penser, bref qui on est, serait uniquement le résultat des oppressions et/ou des privilèges qui nous traversent.
Nos comportements sont souvent liés à notre construction sociale et donc malheureusement il y a des façons de faire qui se retrouvent souvent chez les gens qui ne sont pas la cible de telle ou telle oppression. Schématiquement, les mecs cis hétéros, souvent parlent beaucoup et prennent peu soin des personnes qui les entourent. Et du coup, si on a été confronté.es 200 fois aux mêmes situations, c'est logique qu'on développe un certain rejet, qu'on ait un à priori négatif, un mécanisme de protection. Mais c'est enfermant de dire « tous les mecs cis hétéro sont comme ça ». Et donc même si on a une méfiance qui se comprend, ça nous paraît important de ne pas s'en satisfaire et encore moins de la politiser, dans des théories comme la misandrie.
Et on n'a pas non plus envie de dire "tou.te.s les opprimé.e.s sont comme ça". On entend parfois des phrases du style "tu dirais pas ça si t'étais queer", ou bien "quand t'es racisé.e tu penses d'une certaine façon"... C'est comme s'il n'y avait qu'une seule manière de vivre une oppression et qu'elle définissait entièrement les gens.
Chaque personne est un être complexe, on n'est jamais uniquement la somme de nos oppressions et de nos privilèges. On refuse l'idée qu'on n'aurait aucune aucune marge de manoeuvre, que tout serait déterminé d'avance.
La non-mixité est pour nous un outil très important. Ça donne de la force, permet de s'organiser, etc. Aussi ça peut faire du bien à des moments de se retrouver avec des personnes avec qui on a des bouts de vécu en commun. Même si ça n'est que partiel et même si c'est parfois très limité : ce n'est pas parce qu'on vit une oppression qu'on la vit de la même manière, il y a plein d'autres aspects de nos vies à prendre en compte. Mais il y a une différence entre considérer la non-mixité comme un outil, et l'envisager comme une fin en soi. Dans ce cas c'est ce qu'on appelle le séparatisme : vivre, s'organiser, avoir des relations, uniquement entre personnes qui vivent une même oppression. Pour nous, la non-mixité est nécessaire à plein de moments, mais quand même, notre but c'est de les détruire ces cases identitaires.
On pense que ce qu'on vit comme oppression ça entraîne des conséquences sur nos vies, sur qui on est. Mais on ne trouve pas ça suffisant, de s'organiser uniquement sur des bases identitaires, sans prendre en compte nos perspectives politiques, contre quoi on lutte et comment. Et on a l'impression que c'est souvent ça qui se passe dans des milieux notamment queer féministes. La seule chose qui importe ce sont les oppressions vécues, c'est sur ces bases-là qu'on se réunit, qu'on s'organise. Alors qu'on peut vivre des oppressions en commun et lutter contre celles-ci de manières très différentes.
Par exemple il y a pas mal de féministes qui sont ouvertement racistes.
Il y a aussi des gens dont le but c'est l'intégration dans la société, genre que la victoire ça serait qu'il y ait une personne noire, trans et handie présidente de la république. De notre côté on aurait plutôt envie qu'il n'y ait plus de république, plus d'état et donc plus de président.e.
On est d'accord que la lutte contre la transphobie, le racisme et le validisme est nécessaire, et que lutter contre certains effets des oppressions sauve littéralement des vies. On a donc certains points en commun avec celleux qui voudraient une personne noire, trans et handie président.e. Mais quand même, nos buts sont vraiment très différents, du coup comment lutter ensemble si dans le fond on ne veut pas du tout la même chose ? Ou alors peut-être qu'on peut partager des moments précis, tout en sachant les limites que ça a ?
Un des points qui ne nous parle pas dans cette idée qu'il y aurait d'un côté les allié.es et de l'autre les personnes cibles d'une oppression, c'est que ça veut dire qu'on parle d'une lutte contre une seule oppression, tournée uniquement là-dessus. Si ce qu'on veut c'est détruire profondément ce système ça ne suffit pas de lutter contre une seule oppression, c'est nécessaire de s'attaquer à toutes en même temps. Et aussi aux autres structures de domination. Lutter contre toutes les oppressions évite de les hiérarchiser, d'en mettre une comme plus importante que les autres. Évidemment c'est difficile de tout faire en même temps et parfois il faut faire des choix. Mais même dans ces cas-là on peut l'exprimer, dire que là on a mis cette lutte au centre, que ça n'est pas satisfaisant, et continuer de se demander c'est quoi nos perspectives, c'est quoi qu'on vise.
Se centrer sur une seule oppression, ou seulement quelques-unes, a souvent comme conséquence de ne lutter que pour l'obtention de droits ou de choses matérielles. Cela reste hyper important et nécessaire, évidemment, d'aider les plus opprimé.es à accéder à des choses qui leur permettront de ne pas juste mourir. Clairement.
Parfois quand on lutte pour des conditions matérielles, on se retrouve à demander des choses à des institutions (des papiers, des meilleures conditions d'enfermement ou de travail...). On peut considérer qu'il y a un côté illogique à ça parce que c'est demander de l'aide à la structure qui est la source du problème : par exemple demander des papiers à un état alors que s'il n'existait pas il n'y aurait pas besoin d'en avoir et que tout serait bien mieux ! Mais en même temps c'est parfois inévitable de se retrouver à demander des choses à des institutions qui par ailleurs nous écrasent, parce qu'elles ont un pouvoir énorme et qu'on dépend d'elles sur plein d'aspects de nos vies.
Malgré ça, on trouve ça dommage quand des gens disent que "c'est une lutte pour des personnes opprimées donc il ne faut pas être trop radical". Nous affirmons qu'il est possible de lutter pour des améliorations de condition de vie tout en gardant l'objectif de changer profondemment l'ensemble de ce système !
De l'autre côté, il y a aussi d'autres manières de lutter qui ne nous conviennent pas non plus, car elles mettent l'accent uniquement sur les perspectives révolutionnaires, sans prendre en compte comment les oppressions sont omniprésentes et ont des conséquences importantes. Et c'est super chiant quand il y a des gens qui centrent tout sur le structurel, notamment avec cette idée que "on verra après la révolution" pour s'occuper du reste.
Nous pensons qu'il est indissociable de lutter contre les oppressions au niveau systémique et au niveau inter-individuel. Il est possible de lutter à la fois pour mettre la pression, être dans un rapport de force, tout en ayant des perspectives de destruction de la société, le tout sans dissocier les effets des oppressions et leurs causes.
Nous avons envie que les liens qui se tissent entre les personnes d'un même milieu ou d'une même lutte reposent sur d'autres ressorts que la culpabilité ou la valorisation, les postures et les hiérarchies, les trucs de "plus radical.es que moi tu meurs" ni de "plus opprimé.es que moi tu meurs".
Nous avons envie d'avoir confiance, de pouvoir faire confiance aux autres, sur leurs raisons de lutter, mais aussi une confiance ensemble, pouvoir compter sur les autres face aux dangers que cette société nous envoie à la gueule. De pouvoir se mettre en danger ensemble.
Nous voulons des complices et non pas des allié.es.
Parce que ce terme renferme les notions de réciprocité, que si t'es ma/mon complice, je le suis aussi, chose qui n'est pas présente derrière le terme "allié.e".
Parce que nous prenons au langage juridique sa notion de complicité.
Parce que complices veut dire aussi que les personnes sont impliquées dans la même histoire, dans une même aventure, ici dans une même lutte.
Parce qu'en étant complices, on peut se retrouver à s'organiser ensemble tout en étant des personnes qui subissons des oppressions différentes. Ces différences peuvent exister sans être invisibilisées et sans nous séparer.
Nous voulons des complices car nous avons besoin de partager des perspectives communes avec les gens avec qui nous luttons : la perspective de détruire ce monde, entre autres réjouissances.
Voilà, c'était un coup de gueule parce que ça nous énerve ces dynamiques qu'on voit dans pas mal de réseaux queer/féministes.
On a aussi envie de dire qu'on galère toujours, parce que ce n'est pas facile de trouver un équilibre entre l'idéal qu'on voudrait atteindre et la réalité qui est souvent bien plus compliquée. À plein de moments on a des doutes. Parfois on croit qu'on arrive à créer des complicités entre personnes qui vivent des oppressions et privilèges très différents, et finalement on se retrouve trop frustrées et déçues. Mais il y a aussi des moments où ça nous fait trop de bien, où on arrive à en parler, où on sent qu'avec des gens on a vraiment des envies communes de détruire ce monde et les dominations qui vont avec, à tous les niveaux. Et rien que pour ça, ça vaut le coup !
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"On pourrait très bien demander à un modèle de concevoir un génome de grippe modifié pour être plus transmissible ou plus létal"
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Versione italiana nella seconda parte
À l'occasion de la manifestation du 14 juillet internationaliste organisée par la Marche des Solidarités à Paris, nous (groupe d'ouvrier·es agricoles du syndicat de salarié·es SUD Agriculture Île-de-France) avons marché en hommage à 4 de nos collègues ouvriers agricoles assassinés le 1er juin dernier en Italie pour avoir réclamé leurs salaires.
Waseem, Amin, Ullah et Safi étaient exploités par des « caporali », des intermédiaires souvent liés au crime organisé qui recrutent des travailleur·ses, souvent exilé·es, pour la journée dans des campements pour le compte d'exploitations agricoles.
Les travailleur.ses triment plus de 12h par jour dans des conditions de travail et de vie indignes pour la récolte des fraises, des agrumes ou des tomates, qui rejoindront nos étals. Soumis à des violences physiques et verbales de la part des caporali, sous des soleils caniculaires, payés bien en dessous du salaire minimum italien et une partie de leur salaire est prélevé pour payer les caporali.
Ce système existe grâce au racisme d'État qui leur refuse la régularisation, tarde à délivrer des titres de séjour, les mettant dans des situations de clandestinité ou de précarité pour en faire une main d'œuvre servile au service des exploiteurs agricoles et de l'agroindustrie.
Nous ne sommes pas dupes, l'exploitation des travailleur·ses étranger·es dans l'agriculture est également une réalité en France comme le rappellent les nombreux témoignages d'ouvrier·es agricoles exploité·es ou les procès pour traite d'êtres humains quelque peu médiatisés mais bien souvent traités comme des faits divers isolés.
Des témoignages des travailleur.ses dans les champs de haricots coco de Paimpol, au procès des vendanges de la honte (2023), de Terra fecundis (2021) à l'exploitation des travailleurs saisonniers marocains dans le Tarn-et-Garonne (2026), ces scandales un peu médiatisés ne sont que la partie émergée de l'iceberg que l'isolement des travailleur·ses, la diminution des contrôles de l'Inspection du Travail (depuis le meurtre de deux inspecteurs dans une ferme en 2004 et les nombreuses menaces des exploiteurs agricoles à leur encontre lors des derniers mouvements des agriculteurs) et le peu d'intérêt médiatique pour les travailleur·ses dans l'agriculture n'ont pas réussi à cacher.
Face à ce système qui exploite et au racisme d'État, nous devons nous organiser entre ouvrier·es agricoles pour instaurer un rapport de force et exiger la régularisation de toutes et tous et des conditions de vie et de travail dignes dans l'agriculture !
Ouvrier·es agricoles de tous les pays, rejoignez nous !
Pour nous contacter : pourunsudagriidf@proton.me
In occasione della manifestazione internazionalista del 14 luglio organizzata dalla Marche des Solidarités a Parigi, noi (gruppo di lavoratori e lavoratrici agricoli del sindacato dei lavoratori SUD Agriculture Ile-de-France) abbiamo sfilato in omaggio a quattro nostri colleghi lavoratori agricoli assassinati lo scorso 1° giugno in Italia per aver rivendicato i propri salari.
Waseem, Amin, Ullah e Safi venivano sfruttati dai caporali, intermediari spesso legati alla criminalità organizzata che reclutano lavoratori e lavoratrici, spesso esiliati, per la giornata in accampamenti per conto delle aziende agricole.
I lavoratori e le lavoratrici faticano per oltre 12 ore al giorno per la raccolta di fragole, agrumi o pomodori, che finiranno sui banchi dei nostri mercati, in condizioni di lavoro e di vita indegne. Sono sottoposti a violenze fisiche e verbali da parte dei caporali, sotto un sole cocente, pagati ben al di sotto del salario minimo italiano e con una parte del loro stipendio trattenuta per pagare i caporali.
Questo sistema esiste grazie al razzismo di Stato che nega loro la regolarizzazione, ritarda il rilascio dei permessi di soggiorno, costringendoli a vivere in condizioni di clandestinità o precarietà per trasformarli in manodopera servile al servizio degli sfruttatori agricoli e dell'agroindustria.
Non ci facciamo ingannare : lo sfruttamento dei lavoratori e delle lavoratrici stranieri nel settore agricolo è una realtà anche in Francia, come dimostrano le numerose testimonianze di braccianti agricoli sfruttati o i processi per tratta di esseri umani che ricevono scarsa attenzione da parte dei media e che molto spesso vengono trattati come fatti di cronaca isolati.
Dalle testimonianze dei lavoratori nei campi di fagioli di Paimpol, al processo sulla « vendemmia della vergogna » (2023), da « Terra fecundis » (2021) allo sfruttamento dei lavoratori stagionali marocchini nel Tarn e Garonna (2026), questi scandali, di cui i media si occupano solo in parte, non sono che la punta dell'iceberg, di cui fanno parte l'isolamento dei lavoratori, la diminuzione dei controlli da parte dell'ispettorato del lavoro (dall'omicidio di due ispettori in un'azienda agricola nel 2004 e dalle numerose minacce rivolte loro dagli sfruttatori agricoli durante le recenti proteste degli agricoltori) e lo scarso interesse dei media per i lavoratori e le lavoratrici nel settore agricolo non sono riusciti a nascondere.
Di fronte a questo sistema di sfruttamento e al razzismo di Stato, dobbiamo organizzarci tra lavoratori e lavoratrici agricoli per creare un rapporto di forza ed esigere la regolarizzazione di tutti e di tutte, nonché condizioni di vita e di lavoro dignitose nel settore agricolo !
Lavoratori e lavoratrici agricoli di tutti i paesi, unitevi a noi !
Per contattarci : pourunsudagriidf@proton.me
Encore une fois, La Générale, lieu associatif de résidences gratuites en plein cœur de Paris mais aussi laboratoire de création culturelle, politique et sociale, est menacé par le non renouvellement de son bail.
Pour soutenir le projet, signez et faites circuler la pétition : https://www.leslignesbougent.org/petitions/les-artistes-sinsurgent-contre-la-fermeture-definitive-de-la-generale-un-lieu-de-residences-artistiques-gratuites-en-p-23907/
Née à Belleville rue du Général Lassalle en 2005, La Générale se déplace ensuite, pour investir entre 2009 et 2019, un lieu situé avenue Parmentier, dans le 11e arrondissement de Paris. Depuis janvier 2020, elle est établie dans l'ancien conservatoire de musique du 14e arrondissement, adossé à l'Annexe de la mairie.
La Générale est un laboratoire de création culturelle, artistique, politique et sociale. On y défend des valeurs telles que l'expérimentation, le partage et l'ouverture, loin des logiques mercantiles et de l'obligation de résultats. Le collectif de La Générale est composé d'une quinzaine de membres actif·ves bénévoles et une salariée. La responsabilité et les orientations du lieu sont confiées aux membres du collectif qui se réunissent une fois par semaine. Les décisions se prennent au consensus.
Depuis ses origines, le projet de La Générale s'attache à interroger aussi bien les conditions d'accueil et de travail des artistes que son propre fonctionnement en tant que lieu culturel. Plus de 70 ans après les premières politiques de décentralisation mises en place par Jeanne Laurent, La Générale revendique la nécessité que Paris ne soit pas uniquement une vitrine, en demeurant un lieu de fabrication artistique. Dans des conditions toujours plus contraintes, à la fois immobilières et culturelles, La Générale souhaite rester un espace d'accueil avec les meilleures conditions possibles pour la création, mais aussi expérimenter des méthodes de gouvernance de lieux culturels innovantes et exigeantes. La direction artistique collective de La Générale s'inscrit dans ce cadre. L'ensemble des membres du collectif participe au choix des résidences accueillies ainsi que de la programmation, chacun·e avec son expertise propre, sans transiger sur la qualité artistique des projets. Ainsi, la gouvernance collective devient une expérimentation sociale à part entière, qui fait partie du projet au même titre que l'accueil des artistes.
La Générale est aussi un lieu ouvert à la vie associative et de quartier et accueille tous les mois : AMAP Denfert (alimentation), Velvetyne Type Foundry (typographie), Société Psychédélique Française (club de lecture), Association TanBaafi Lab (danse), Chorale Maré Mananga (chant), Libre en commun (logiciel libre), Su Shiatsu (bien-être), HackerzVoice (informatique), RYBN (art contemporain), InfoGM (écologie), Parinux (logiciel libre), Ecoplien (écologie).
La Générale est engagée dans des projets d'éducation artistique et culturelle, soutenus par la ville de Paris et par la DRAC IDF, dans des collèges, lycées, hôpitaux et établissements du champ social.
La Générale fait partie du réseau Actes If. Réseau créé en 1996, Actes if réunit aujourd'hui 38 lieux artistiques et culturels indépendants en Ile-de-France. Ces lieux accompagnent la création contemporaine et défendent la diversité artistique et culturelle à travers une éthique du partage et des dynamiques collectives. Issus de la société civile et à but non lucratif, ces lieux indépendants se réunissent autour d'enjeux artistiques, culturels, sociaux et économiques.
Le 7 août, l'éphéméride des luttes navigue entre les Etats-Unis, l'Irlande du Nord et les feux qui brûlent partout dans le monde. Aujourd'hui, on est contre l'armée et les banques, et on veut se souvenir de nombre de camarades tombés.
1794 : En Pennsylvanie, début de la 'rébellion du whisky' : les producteurs se révoltent contre les taxes.
1919 : A Budapest, la République des Conseils de Hongrie est écrasée dans le sang. Les ouvriers révolutionnaires seront tués en masse à la mitrailleuse par les forces de la réaction.
1927 : Manifestation internationale pour la libération des anarchistes italiens Sacco et Vanzetti, en prison aux USA. A Paris, Luigia Vanzetti, la soeur de Bartolomeo, prend la tête d'une manifestation de près de 100.000 personnes qui débouche sur des affrontements. Voir le lien pour plus d'informations.
Luigia Vanzetti à la tête de la manifestatio parisienne.
1957 : Italo Calvino quitte le Parti Communiste à cause de la rigidité théorique de ce dernier.
1963 : A Balsareny en Espagne, mort du guérillero anarchiste Ramón Vila Capdevila, dit Caraquemada, lors d'une fusillade contre des membres de la Guardia Civil franquiste.
1966 : A Lansing dans le Michigan, des émeutes ont lieu pour dénoncer les conditions de vie des personnes à la peau noire dans le pays.
1970 : Aux USA, mort de Jonathan Jackson (frère du militant des Black Panthers George Jackson) lors d'une prise d'otage pour tenter de faire évader des militants.
1972 : En Irlande du Nord, l'IRA exécute deux soldats de l'armée britannique d'occupation dans une attaque à la mine.
1976 : A Saint-Jacques-de-Compostelle, les GRAPO (Groupes de résistance antifasciste du premier octobre) attaquent une armurerie militaire et s'emparent de son contenu.
1979 : A Tramore en Irlande du Nord, l'IRA cambriole une banque. Une fusillade s'engage et un civil périt dans l'action.
2002 : En Colombie, lors de l'investiture du nouveau président Alvaro Uribe, les FARC font sauter des mortiers artisanaux.
2009 : Au Mexique, le Front de Libération de la Terre (ELF) incendie un camion de transport d'eau servant à l'irrigation de monocultures intensives.
2011 : Mort de Charlie Bauer, libre braqueur de banque.
Voir l'éphéméride anarchiste du 7 août.
« Juillet 1936, dans les casernes catalanes... »
Présentation
La première partie de ce travail est initialement parue en espagnol dans la revue Comunismo 66 du Groupe Communiste Internationaliste (GCI) en février 2017. Bien que l'équipe qui a produit ce matériel ait préparé sa suite dans les numéros suivants de cette revue, une série de circonstances et de ruptures ultérieures ont interrompu le planning prévu. Plus de cinq ans après, une bonne partie des militants qui composaient l'équipe ont décidé de reprendre cette tâche importante, considérant qu'elle représente une contribution qualitative au bilan que notre classe a forgé de cet épisode historique extraordinaire. Cette seconde partie fut publiée par les Proletarios internacionalistas dans la revue Revolución 2 en septembre 2023.
Certains camarades s'interrogent sur l'utilité que peut avoir un tel matériel dans le présent : un bilan d'un processus qui s'est déroulé il y a presque un siècle et sur lequel on a écrit ad nauseam. Tout ce qui est important du point de vue du prolétariat révolutionnaire n'a-t-il pas déjà été dit ? N'y a-t-il pas des questions et des problèmes actuels beaucoup plus importants qui requièrent nos efforts et qui auront plus d'impact, ou du moins qui seront mieux accueillis dans notre communauté de lutte, par rapport à ce « mammouth » sur la lutte en Espagne dans les années 1930 ? Nous ne nions pas qu'il existe des questions actuelles d'une grande pertinence qui sont abordées aujourd'hui au sein des minorités révolutionnaires et d'autres sections de notre classe. Nous n'y sommes pas étrangers et y participons à différents niveaux.
L'antifascisme ne continue-t-il pas à avoir une force hégémonique partout, acquérant une nouvelle vigueur et renforçant la démocratie, le politicisme, la polarisation entre la gauche et la droite, en enrôlant même les prolétaires dans telle ou telle guerre ? Le gestionnisme n'est-il pas l'une des voies par excellence face à la crise de la valorisation du capital ? L'État du Rojava, la guerre Ukraine-Russie, l'utilisation constante d'un moindre mal, l'épouvantail du fascisme, le possibilisme, l'apologie de la prise des centres de production par les travailleurs comme objectif, l'anti-autoritarisme comme monopole du pouvoir dans les mains de l'État… Le bilan présenté ici ne fait qu'approfondir la critique de ces idéologies et d'autres qui restent aujourd'hui un pilier de l'ordre social. Leur pertinence et leur importance sont irréfutables.
Certes, la critique révolutionnaire a déjà passé en revue ces forces de l'ennemi au cours de ces neuf décennies. Mais il s'agit de poursuivre cette tâche en allant plus loin, de contribuer à donner à la critique historique du prolétariat un contenu plus profond et plus concret. En ce sens, nous ne pouvons pas permettre que ces matériaux continuent à circuler et à être discutés exclusivement « en interne » entre quelques camarades et groupes.
Au-delà de l'explication de notre méthodologie d'analyse, la présente contribution expose ce qui est pour nous l'ABC de la révolution et de la contre-révolution dans la région espagnole des années 30, accompagné d'un bref compte-rendu critique du développement de la lutte des classes dans cette période, en soulignant la force du prolétariat, de son associationnisme, de ses tentatives insurrectionnelles. En même temps, nous avons essayé de montrer comment ce processus riche et complexe de la montée de la révolution était parallèle à la constitution et à l'établissement de son contraire : la contre-révolution. En effet, nous avons montré comment, tandis que le prolétariat remettait en cause et attaquait l'ensemble de l'ordre social, tentant d'imposer ses besoins par sa force collective, essayant de faire un saut qualitatif par des tentatives insurrectionnelles, la contre-révolution prenait des formes alternatives pour neutraliser et phagocyter cette force qui menaçait son existence : république, partis de gauche, « alliances ouvrières »… jusqu'à ce qu'elle trouve dans le Front populaire et l'antifascisme la formule sur laquelle la contre-révolution s'est structurée et imposée.
Avec cette contribution, nous considérons que nous avons fait un pas en avant dans l'analyse des fondements de la contre-révolution dans la question espagnole. Il va sans dire que nous encourageons les camarades à nous envoyer toute critique de ce bilan, ainsi que toute information peu connue relative à ce formidable épisode de notre lutte de classe.
Il y avait les profiteurs de guerre, qui font de l'argent sur les ventes d'armes, il y a désormais les profiteurs de canicule.
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Rose City Counter-Info / lundi 3 août 2026
L’autre nuit, un groupe d’ami.es s’est réuni pour une soirée amusante et aventureuse. Inspiré.es par la récente annonce de Camover [voir ici ; NdAtt.], nous sommes sorti.es semer un peu le chaos contre l’État de surveillance.
Nous avons flâné dans le Central Eastside, qui a été transformé en un quartier « branché », pour la vie nocturne des yuppies. Des tags autorisés (pardon, de l’« art de rue ») recouvrent les murs qui étaient autrefois vivants et intéressants. La sécurité privée rôde, s’assurant que personne ne traîne trop longtemps devant tel studio de design ou telle brasserie haut de gamme. Les caméras sont partout – sur chaque immeuble, elles regardent chaque ruelle et chaque fissure, en clignotant et en observant, en silence.
Nous nous en sommes pris principalement aux caméras qui se trouvaient le long des allées très fréquentées et dans des endroits où les gens aiment traîner et camper. Nous les avons atteintes avec des ballons de baudruche remplis de peinture (ce qui s’est avéré difficile et peu pratique), nous avons grimpé pour pulvériser de la peinture en spray sur leurs lentilles et les avons cassées en morceaux avec des marteaux. Au cours de la nuit, nous sommes tombé.es sur trois tourelles équipées de caméras, de marque LVT [Live View Technologies – voir ici pour plus d’infos et ici pour une attaque précédente ; NdAtt.] – celles avec des lumières bleues clignotantes. Nous les avons mises hors service toutes les trois, en détruisant les panneaux solaires avec des pierres et des marteaux et en recouvrant l’une d’entre elles avec un peu de peinture. Tout au long du parcours, nous avons posé des tags contre la surveillance, comme « Tuons les caméras de surveillance » et « Chaque caméra est un objectif » .
Dans l’ensemble, ça a été un moment joyeux, plein de bêtises, et certainement on le reportera.
PS : Est-ce que quelqu’un.e veut essayer de battre notre record de trois tourelles de caméras en une seule nuit ?
Note d’Attaque : les compas de Puget Sound Anarchists ont relié cette revendication, l’accompagnant de ces photos de tourelles LVT récemment vandalisées, sans être sûrs qu’il s’agisse de celles dont il est question dans le texte. En tout cas, ça montre ce que sont ces tourelles.
Fugitive Distro / mardi 14 juillet 2026
« Je suis quelqu’un qui pense en noir et blanc.
Les camps de détention son des abomination.
Je ne resterai pas à regarder.
Je n’a pas beaucoup plus à dire que cela.
Je met de côté mon cœur brisé et je me soigne de la seule façon que je connais – en étant utile.
Je compartimente efficacement ma douleur…
Et c’est avec joie que je vais me mettre à cette tâche. »
Dernière déclaration de Willem Van Spronsen
Le 13 juillet a marqué le septième anniversaire de cette nuit-là [voir ici ; NdAtt.], quand tu as attaqué ce misérable Northwest Detention Center, un camp de concentration qui garde nos proches en captivité.
Sept ans depuis que tu as été tué au combat, par la police de Tacoma.
Rien n’est pardonné, rien n’est oublié.
Je profite de ce moment pour réfléchir à la situation actuelle – l’ennemi que tu étais parti combattre a été élevé au rang d’armée privée du président et commet chaque jour des actes de terreur. Non pas la terreur telle que le terrorisme, cette piètre justification de la répression politique, mais la terreur telle que des actes qui ne visent pas à appliquer une loi, mais à terroriser les gens pour qu’ils se soumettent. Les camps de concentration débordent et d’autres vont être construits, tellement de gens sont kidnappés que certaines personnes disparaissent dans les rouages du système. Des gens sont torturés et violés dans ces camps, alors qu’à l’extérieur des personnes sont brutalisées et tuées.
Rien que cette semaine, trois personnes ont été assassinées par l’ICE à travers le pays – en Floride, un homme encore non identifié a été tué alors qu’il fuyait de l’ICE ; dans le Maine, Johan Sebastián Durán Guerrero a été la cible des tirs et a été tué par l’ICE ; au Texas, l’ICE a tiré sur Lorenzo Salgado Araujo et l’a tué.
Partout dans les territoires dominés par l’État américain, l’ICE a envahi des villes et raflé des gens, alors que ses opérations continuent, comme une réalité quotidienne, dans des communautés situées en dehors de certains endroits particulièrement médiatisés.
Au Texas, des camarades ont été condamné.es à des peines allant de 30 à 100 ans, pour une manifestation solidaire bruyante au centre de détention de l’ICE de Prairieland, tout comme quinze camarades de Minneapolis qui ont été inculpé.es pour leur implication dans la résistance à l’occupation de la ville par l’ICE.
Cette terreur a eu pour effet secondaire de déchaîner une véritable source d’auto-organisation autonome. Des affrontements avec l’ICE aux émeutes à grande échelle, aux réseaux autonomes d’aide juridique et de réponse rapide, la réponse a été source d’inspiration : les gens ne vont pas simplement s’asseoir ou détourner le regard, alors que ceux/celles qui sont exclu.es sont embarqué.es, comme dans « The Foreigner ». Si Willem était en vie, je suis sûr.e qu’il plongerait tête baissée dans ces efforts.
Mais il n’est pas en vie et son absence nous oblige à nous montrer à la hauteur des standards qu’il a fixée – en fin de compte, ces camps de concentration doivent être réduits en cendres et les retenu.es libéré.es une fois pour toutes.
C’est dans un dialogue avec ton souvenir que les anarchistes, nous devons nous engager et revigorer ce principe anarchiste des plus importants – le rejet de la nation, le rejet des frontières et la fraternité universelle avec tous les gens. La terre est notre patrie ! Personne n’est étranger.e ! Tout le monde est une famille !
La mémoire noire – la mémoire de nos luttes passées et de nos combattant.es tombé.es au combat – nourrit nos cœurs et nous renforce pour la lutte à venir, nous donne une continuité et nous transmet les leçons du passé. C’est dans cet esprit que j’écris ces brèves réflexions en mémoire de Willem Van Spronsen.
Willem Van Spronsen présent dans la lutte !
Une mort en action est un appel éternel à la lutte !
Une chaleureuse accolade à toutes les personnes qui luttent contre l’ICE !
Vive l’anarchie !
Un.e membre de Fugitive Distro
PS : Voici de la musique publiée par Willem peu avant sa mort.