Depuis l'accession contestée d'Abelardo de la Espriella à la présidence de la Colombie, jamais le pays avait paru à ce point divisé [1], la moitié de la population ayant voté en faveur de celui qui se présentait comme le défenseur d'une « Patrie miracle » et se proposait tout autant de « bombarder et pulvériser de poisons les champs de coca » [2] que d'éliminer « l'ennemi intérieur » que constituent à ses yeux le communisme et le « petrisme » (du nom du président de gauche Gustavo Petro), prétendument entaché du « sang des citoyens sans défense assassinés par les bombes des terroristes qu'Iván Cepeda [le candidat de gauche à la succession de Petro opposé à Abelardo de la Espriella lors de l'élection de 2026] et Petro ont protégés […] ».
« La démocratie ne périra pas face à la terreur des armées de Cepeda et Petro » [3], clame à tout va le nouveau “président” colombien d'extrême droite. Lors d'un échange téléphonique avec le candidat Abelardo, le président argentin populiste libertarien Javier Milei abondait à propos de Cepeda : « on y va à fond, tu dois battre ce gauchiste fils de salope » [4] . Aussi le président nouvellement élu a-t-il d'abord pour projet de « démembrer la gauche » [5] et déclare-t-il que « ceux qui ne veulent pas se soumettre à l'empire de la loi devront tomber sous le feu des armes de l'État » [6] .
La menace est d'autant plus sérieuse qu'en Colombie la politique de « l'ennemi intérieur » a déjà été mise en œuvre dans les années soixante en tant que doctrine de sécurité impulsée par les États-Unis pour justifier la persécution de militants de gauche, de syndicalistes, de leaders sociaux, d'étudiants et de défenseurs des droits. Elle a renforcé le paramilitarisme, procédé à l'élimination de plusieurs milliers de militants du parti politique l'Union patriotique et de « faux positifs » [7] , ces paysans, étudiants (population civile) assassinés maquillés en guérilleros pour justifier leur meurtre, perpétré de nombreuses violations des droits de l'être humain qui ont fait au moins 10 246 victimes recensées, et qui se sont poursuivies à travers la politique de « Sécurité démocratique » du gouvernement de droite d'Álvaro Uribe Vélez, conséquemment à laquelle la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) a comptabilisé, entre 1990 et 2016, 7 837 décès de « faux positifs » [8]. Il faut rappeler le slogan du « Centre démocratique », le parti d'Álvaro Uribe Vélez : « une main ferme, un grand cœur ». Or, c'est sous l'égide de ce slogan, qu'un groupe de citoyens qualifiés de « gens bien », parmi lesquels figurent des citoyens et l'élite entrepreneuriale traditionnelle du pays (Le clan Char, le GEA, le Groupe entrepreneurial d'Antioquia, etc.), a été autorisé à s'approprier illégalement des terres par la force. La société colombienne accorde une grande importance à l'image ; l'esthétique visuelle parvient à définir presque entièrement les tendances politiques des individus. Les « gens bien », par exemple, se sont distingués lors de leurs manifestations publiques par le port de chemises blanches et de chapeaux blanches, caractéristiques de l'imaginaire du « paisa » travailleur [9], associé à des démonstrations de pouvoir et de richesse : chevaux, avions privés et véhicules blindés. Ce groupe hétérogène, légitimé par le gouvernement en place, en accaparant les terres est à l'origine d'un vaste mouvement d'exode de la population civile, avec le soutien de groupes paramilitaires alliés au gouvernement — qui existent depuis les débuts de l'indépendance de la Colombie.
L'adhésion populaire au discours de la violence attestée par l'élection de 2026 s'explique peut-être par le constat que fait le président sortant Gustavo Petro, selon lequel, malgré les efforts de son gouvernement, « … nous n'avons pas encore transformé la structure fondamentale du pouvoir en Colombie aujourd'hui, d'un pouvoir qui hérite de l'oligarchie, de son illusion d'aristocratie, mais qui est en réalité un pouvoir mafieux et génocidaire » [10] . Pourquoi la structure du pouvoir en Colombie n'a-t-elle pas évolué ? Cette question est si complexe que nous ne pourrons y répondre ici. En résumé, nous dirons que la Colombie, qui figure parmi les 15 pays les plus inégalitaires au monde, a connu l'essor d'une petite bourgeoisie en partie fondé sur l'empire de la drogue et ses activités dérivées (exploitation minière illégale, traite des êtres humains, prostitution, tourisme de luxe, etc.) [11], et le développement de nombreux liens occultes de l'Etat et de l'Eglise avec le trafic de stupéfiants, entraînant une subordination de la loi au pouvoir de la violence et du silence. A quoi s'ajoute la collusion du pouvoir avec les médias nationaux qui, depuis des années, diffusent de fausses informations ; l'état d'une population en proie à la douleur, à la rancœur, à la haine et/ou à l'aveuglement, soumise à l'alliance narco-religieuse étatique. Sans compter l'aveuglement du discours puriste et intellectualiste d'une gauche distante du peuple qu'elle prétend pourtant représenter.
Ces raisons, parmi d'autres, contribuent à la polarisation dont souffre le pays qui oppose aux électeurs d'Abelardo de la Espriella les 12 708 712 personnes qui ont voté pour Cepeda et qui croient sans doute qu'il est encore possible de faire de la politique autrement, en surmontant les préjugés de classe et les violences historiques à l'égard des femmes, à l'égard des populations afro-colombiennes, des peuples autochtones, des communautés LGBTIQ+, des Roms, et en coexistant avec les entités de la nature dans l'un des pays les plus riches en biodiversité au monde. Tandis qu'une autre moitié de l'électorat semble ne pas pouvoir même imaginer que l'hyperproduction capitaliste ne soit pas l'unique solution à ses attentes. C'est en partie cette bataille sociopolitique et culturelle qui vient de secouer le peuple colombien.
C'est de cette polarisation qu'est née la ligne de fuite mortelle et spectaculaire, marquée par une masculinité virile, qui s'est imposée au peuple colombien lors des dernières élections, en donnant naissance à ce que nous appelons le populisme d'élite : un populisme qui, d'une part, exploite la précarité socioculturelle et la capacité d'action politique du peuple pour incarner son mécontentement face aux classes « privilégiées » — l'Église, les gouvernements et les partis traditionnels —, et qui, d'autre part, satisfait ces élites en incarnant leurs priorités sous la forme d'un pouvoir politique autoritaire, capable de bouleverser les mécanismes d'exercice d'un pouvoir transparent, démocratique et légal. Ce populisme se trouve toutefois légitimé tant par les élites qu'il favorise que par le peuple qui justifie toutes les actions, même si celles-ci le conduisent à sa propre destruction [12] .
Cette nouvelle voie, que l'on peut qualifier avec Achille Mbembe de « nécropolitique », c'est-à-dire qui confère à l'État le pouvoir de décider qui doit vivre et qui doit mourir [13] , se présente comme une alternative messianique, innovante, médiatique, qui confère une touche encore plus bourgeoise à la culture visuelle liée au trafic de drogue du pays – dans laquelle il faut inclure les « gens de bien ». Cette culture visuelle est qualifiée de « narco-esthétique », c'est-à-dire une esthétique par laquelle « se définit un beau baroque qui a pour finalité la reproduction et la prolifération de corps standardisés aux proportions amplifiées par la chirurgie esthétique, aux cheveux lissés et au maquillage excessif » [14] . Le nouveau sauveur, c'est celui qui dit aux Colombiens « je vais veiller sur vous, je vais défendre personnellement vos vies, vos maisons, vos enfants » [15] , et qui s'est promené publiquement dans les rues du pays en exhibant son gilet pare-balles à l'intérieur d'un carrosse doté d'un dôme en verre blindé. Le « réalisme magique », concept par lequel Gabriel García Márquez décrit le peuple colombien, s'étend vers un populisme d'élite qui se manifeste dans la campagne présidentielle d'Abelardo de la Espriella : « le tigre qui rugit et mord », celui qui représente « ceux qui n'ont jamais », « ceux qui n'ont jamais vécu aux dépens de l'État, ceux qui n'ont jamais rien volé, ceux qui ne se plaignent jamais, ceux qui ne tourneront jamais le dos à notre pays dans ses heures les plus sombres, ceux qui n'ont jamais fait partie de la clique politique, ceux qui ne sont jamais et n'ont jamais été financés par les grands capitaux. Ce sera une bataille des « jamais » contre les « toujours » » [16] .
« Le tigre », « l'homme d'affaires travailleur » sur qui « on dirait qu'il est arrivé trop tard quand on distribuait la peur », celui qui ne fait jamais de politique, qui se promène dans ses costumes italiens conçus par sa propre marque et qui offre aussi à celui qu'il continuait d'appeler « Président » avant de lancer sa campagne en 2025 : Álvaro Uribe Vélez, que son parti a qualifié de président « éternel » [17] . Abelardo, celui qui ne renonce jamais, défenseur « sans scrupules » [18] qui ne craint rien, qui accepte toutes les affaires que les autres avocats refusent, y compris les dossiers épineux liés à la défense de trafiquants de drogue et de paramilitaires ; comme lorsqu'il a créé la fondation (Fipaz), qui a favorisé le rapprochement et les prises de position des chefs paramilitaires pour leur défense dans le cadre d'un processus de démobilisation sans extradition [19] . Abelardo, celui qui ne changera jamais, celui qui n'assumera jamais non plus de position éthique en politique, puisqu'il l'affirme lui-même : « comme je ne suis pas un homme politique, je ne suis pas politiquement correct […] l'éthique est un ensemble de normes personnelles » [20]. Tandis que, en tant qu'avocat, en matière de droit tout dépend selon lui du point de vue sous lequel on se place. Le Tigre, celui qui ne « te ment jamais », mais qui, en l'espace d'une seule journée, passe du statut d'athée à une conversion spirituelle qui a complètement bouleversé sa vie [21]. Celui qui un jour déclare en campagne qu'il n'enverra pas de représentants à l'ONU, et qui le lendemain nomme comme représentant l'avocat constitutionnaliste Mauricio Gaona. Qui un jour adore Álvaro Uribe, et le lendemain s'en prend à tout son parti pour remporter la bataille politique, par exemple : pendant la campagne il a déclaré qu'il ne créera pas de parti, et qui pourtant, une fois élu, met le parti de « l'Éternel » sous pression en lui opposant un candidat à la présidence du Sénat de la République, parvenant ainsi à unir deux partis historiquement opposés, le Centre démocratique et le Pacte historique, afin d'en remporter la présidence [22] . Abelardo de la Espriella, qui ne vous ment pas, mais se contente d'interpréter les faits à son avantage, ne ressent donc aucun trouble éthique du fait qu'avant le début de sa campagne il décrivait, dans ses chroniques, Donald Trump comme un dirigeant « populiste et bruyant » et mettait en garde contre les risques liés à l'industrie pétrolière », alors qu'une fois en campagne il vante l'extractivisme, affirme que la Colombie sera l'une des étoiles du drapeau des États-Unis, et remercie enfin le président américain pour sa victoire, dans une lettre où il s'exprime ainsi : « vous avez ouvert la voie pour vaincre les pouvoirs en place de toujours, en alliance avec le peuple. En Colombie, nous commençons à emprunter cette même voie. Les États-Unis et la Colombie sont des nations sœurs, unies par le sang des héros et par le destin commun de défendre la civilisation occidentale sur ces terres des Amériques. Ensemble, nous sommes indestructibles » [23] .
Ce nouveau messianisme, censé sauver la Colombie de l'ennemi intérieur, s'inscrit dans une véritable campagne médiatique à propos de laquelle Abelardo déclare lui-même : « Mon objectif est d'allumer l'étincelle volcanique qui fera circuler la vérité de manière virale sur les réseaux sociaux » [24] . C'est ainsi qu'Abelardo, largement financé par le clan Char (un groupe de politiciens traditionnels et d'hommes d'affaires entachés de scandales de corruption et liés à des groupes hors-la-loi), dont il est proche depuis longtemps [25] , a développé, d'une part, une stratégie pyramidale de recherche d'électeurs (une pratique par ailleurs illégale car elle exerce une contrainte sur l'électorat [26]), et, d'autre part, la construction d'un imaginaire et d'une identité de force et de vigueur simulées à l'aide de l'intelligence artificielle. Leurs modes d'action s'appuient sur le réseau d'affects et de passions qui animent la population et obéissent à l'émotivité humaine manipulée par un inconscient machinique, comme le dirait Félix Guattari [27] , et régies par un algorithme « à la manière de mutation anthropologique », comme le dirait l'historien colombien Alberto Castrillón Aldana [28] . La campagne d'Abelardo de la Espriella a été conçue dès le départ pour ces inconscients machiniques contrôlés par des algorithmes, pour lesquels ce qu'on appelle la « mémoire historique » n'a que peu ou pas d'intérêt. Une campagne médiatique conçue pour les réseaux sociaux que les Colombiens utilisent au quotidien : TikTok, WhatsApp, Instagram, Facebook et X. Son programme gouvernemental, qui semble avoir été rédigé avec ChatGPT et qui compte trois pages, ne parle pas seulement du type de gouvernement qu'il propose, mais aussi du peuple qu'il prétend gouverner. Comme le disait déjà Guattari : « On ne peut pas partir d'une vectorisation simple qui partirait d'un lieu de manipulation de production de subjectivité et puis d'une pauvre population victime de la situation. Parce qu'elle est victime, mais en même temps, elle est agente dans cette affaire. On a aussi les médias et la chimiothérapie qu'on mérite » [29] .
Parmi les symboles de sa campagne, on retiendra notamment : le tigre comme figure emblématique, un animal debout sur ses deux pattes, vêtu d'un costume de créateur italien (même si, comme nous le savons, le tigre n'est pas une espèce endémique de Colombie [30]). L'utilisation du maillot de l'équipe nationale colombienne de football, le salut militaire, qui est pourtant clairement interdit en dehors de son usage institutionnel (les organismes chargés de réglementer ces aspects, à savoir le Conseil national électoral et le Registre national, n'ayant pas mis en place de mesures préventives et n'ayant pas pris de mesures correctives pour contrer l'utilisation de ces symboles). Le casque en verre blindé et le gilet pare-balles. Les scapulaires de divers saints et anges avec lesquels il célèbre toute une iconographie religieuse à laquelle sont attachés au moins 45,3 millions de Colombiens catholiques [31] , sans parler des symboles juifs qu'il arbore également. Au cours de sa campagne présidentielle, il a ainsi effectué un pèlerinage religieux largement relayé sur les réseaux sociaux, au cours duquel il a tenu des discours tels que : « … le peuple juif est le peuple de Dieu » [32]. Ce qui témoigne de l'alliance avec Israël qui le pousse aujourd'hui à vouloir fermer 14 ambassades et à ouvrir une ambassade de Colombie à Jérusalem [33] . D'autres discours prononcés au cours de son pèlerinage démontrent le lien indissociable entre la politique et la religion, qui agit encore comme un puissant catalyseur pour tous les fidèles. Lors de son pèlerinage, il déclare encore : « Divin Enfant Jésus, Fils éternel du Père, roi des rois et seigneur des seigneurs, c'est devant toi que nous achevons ce pèlerinage national, en reconnaissant que toute autorité, toute nation et toute histoire sont sous ta seigneurie. Aujourd'hui, nous levons les yeux vers toi, avec gratitude, pour les dons que tu as répandus sur la Colombie, et avec une confiance filiale, nous remettons entre tes mains le présent et l'avenir de notre patrie […] cette bataille n'est pas seulement politique, elle est aussi spirituelle […] nous sommes fermes pour la patrie ! Et aussi fermes pour la foi ! » [34] .
Le mandat de masculinité occupe également ici une place fondamentale dans le discours d'Abelardo. Rita Segato décrit ce mandat comme la violence d'État exercée par une confrérie masculine qui exige la loyauté envers une sorte de corporation virile dont l'ordre symbolique ne doit pas être altéré [35] . Abelardo, qui prétend avoir une vision singulière des femmes, qu'il qualifie de « tigresses », explique que ce sont elles qui soutiennent et font vivre le foyer car « les femmes sont le noyau de la famille » [36] . Bien que cela puisse paraître « presque charmant », ce que nous avons vécu pendant la campagne était tout autre : des scènes publiques de machisme sans précédent et, pire encore, avec le soutien d'une partie de la population féminine qui ne s'inquiète pas des attaques contre les journalistes femmes et qui, à son tour, se rend complice de la confrérie masculine selon laquelle les femmes ne sont que des « parures » et doivent se tenir à la « place qui leur revient » — laquelle n'est clairement pas celle de l'expression politique. Au contraire, les femmes seraient incapables de voter en se laissant guider par la raison ; genre faible et ignorant de la politique et du droit, elles ne pourrait voter qu'en se laissant guider par le désir lié aux attributs sexuels du candidat [37] .
Que dire d'autre de la « narco-esthétique » de sa campagne ? Enfin, toute une iconographie de la richesse et du « bien-être » s'exprime dans les allusions à ses deux nationalités étrangères : américaine et italienne, à ses marques commerciales et à la jouissance de l'argent mise en avant dans de nombreuses vidéos montrant des fêtes, des voyages, des jets privés et des restaurants. Que les femmes soient le cœur de la famille, mais qu'elles servent de décoration dans un salon, que le tigre n'ait rien à voir avec la Colombie, qu'Abelardo s'engage à prendre personnellement soin des Colombiens, mais qu'il ne se présente pas à la cérémonie de passation du pouvoir présidentiel, qu'il n'ait peur de rien, mais qu'il se déplace dans un carrosse blindé, etc., voilà autant de détails que l'on peut qualifier de contradictoires et qui restent sans explication. Cependant, les électeurs d'Abelardo semblent ne pas avoir besoin de ces explications : l'important, c'est que le spectacle soit grandiose et divertissant, et, en la matière, Abelardo s'est révélé être un expert. Son esprit d'entreprise n'a pas quitté la campagne, qu'il a mise à profit pour créer une marque intitulée « Défenseurs de la patrie », dont les produits « miracle » sont disponibles sur son site web et comprennent des chemises, des casquettes, des sweats, des vestes, des lunettes, des sculptures, des baskets, des gourdes, des porte-clés et même des tracts à imprimer pour faire de la propagande politique. De même, dans plusieurs de ses vidéos conçues pour TikTok, le voit-on parler tout en sirotant son vin Fratelone ou son rhum « Defensores », ou encore simplement en train de promouvoir sa nouvelle montre Trigris 1, qui compte chaque seconde du destin de notre pays et dont il n'existe que 9 exemplaires qu'il remettra lui-même en mains propres à ses acheteurs [38] .
Abelardo et son équipe ont su tempérer et jouer avec les émotions d'un peuple désorienté, déchiré par une histoire de conflit armé où il n'y a pas d'innocents. Au cours de sa campagne, Abelardo, « l'homme d'affaires qui a décidé de tout abandonner pour un devoir qui [lui] brûle l'âme : sauver la Colombie » [39] , a affirmé n'avoir pas dépensé un seul peso en publicité et avoir bénéficié « du soutien du peuple et de la grâce de Dieu » sans être « financé par les grands capitaux » [40] . Nous savons pourtant que le coût réel de sa campagne a dépassé les 26 milliards de pesos colombiens. Qui l'a financée ? Nous l'avons déjà évoqué… Sa campagne présidentielle, nous le savons, a été la campagne publicitaire la plus coûteuse de l'histoire de la Colombie.
Aujourd'hui, 7 août, prend ses fonctions celui qui, pour beaucoup, ne sera jamais un président digne de la Colombie. Cette affirmation est justifiée par la décision du groupe parlementaire du Pacte historique de ne pas assister à son investiture, par la déclaration de désobéissance civile faite par ce même parti et par la détermination des 12 708 712 électeurs qui ont voté contre Abelardo de la Espriella et qui en suivront les agissements avec une méfiance absolue. Nous entrons aujourd'hui dans une ère marquée par un populisme d'élite auquel nous espérons résister et survivre. Nous avons peur, car nous avons été menacés ouvertement et nous savons qu'en Colombie on ne plaisante pas avec les ennemis intérieurs : on les traque, on les tue et on les enterre. Aujourd'hui, nous sommes des Colombiens qui nous embrassons à distance, cherchant jour après jour, sur tous les fronts possibles, à ne pas faiblir face aux rares occasions qui s'offriront à nous de penser différemment, d'opter pour la vie plutôt que de nous lier à l'État nécro.
Juliana Marín Taborda & Alejandro Giraldo Quintero
[1] L'emploi du terme « prétendue élection » renvoie à la contestation toujours en cours de la validité du scrutin présidentiel colombien de 2026. Au 30 juillet 2026, le président Gustavo Petro continue de dénoncer une fraude électorale et une manipulation informatique des résultats, accusations qui restent contestées et dont certaines sources invoquées n'ont pas permis d'établir une fraude. Parallèlement, le Conseil d'État colombien a admis pour examen une demande en nullité de l'élection d'Abelardo de la Espriella, portée par Luis Guillermo Pérez. Soutenue par des milliers de citoyens, cette demande affirme notamment que des contrôles d'authenticité, d'intégrité et de traçabilité numérique des formulaires E-14 auraient été réduits en 2026, compromettant, selon les requérants, la possibilité de vérifier indépendamment les résultats. L'élection demeure néanmoins juridiquement valide tant qu'aucune décision de justice ne l'a annulée.
[2] Didier Polo Monterrosa, De La Espriella anuncia el regreso de bombardeos y fumigaciones : « cesará la horrible noche ». Bogotá 20 juillet,https://www.minuto60.com/politica/e...Minuto60, 2026
[3] Abelardo De La Espriella, Colombia no puede seguir arrodillada ante el crimen. 28 Avril, 0'07,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_style, 2026.
[4] Abelardo De La Espriella, ¡Viva la libertad, carajo ! 18 Juin, 1'20,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_style, 2026.
[5] Revista Raya, Enemigo interno, 60 años después : la doctrina que EE. UU. impuso a Colombia y hoy vuelve en campaña. 19 mai, Revista Raya, 2026.
[6] Telemedellín, “Me voy a posesionar en una guarnición militar para hacerle honor a los verdaderos héroes de la patria” ; Abelardo de la Espriella, presidente electo de Colombia durante los actos del 20 de Julio en Medellín campaña. 20 juillet, 0'20. Telemedellín, 2026.
[7] Revista Raya. Ibid.
[8] Revista Raya. Op.Cit.
[9] Le « paisa travailleur » renvoie à tout un imaginaire autour de la vigueur du peuple d'Antioquia, capable de prospérer grâce à un travail acharné, généralement physique, à la campagne.
[10] Gustavo Petro, La trampa de las elecciones está hecha en EE. UU. con algoritmos israelíes... 17 juillet, 1'38. Gustavo Petro, 2026.
[11] Maria Teresa Uribe, Los destiempos y los desencuentros : una perspectiva para mirar la violencia en Colombia. Medellín, Universidad de Antioquia, 1990.
[12] Cette définition s'appuie sur l'analyse du contexte électoral qui a entouré la campagne de De la Espriella et sur les arguments de Sebastián Ronderos et Cristian Acosta Olaya (14 juin 2026), qui affirment, d'une part, qu'Abelardo n'est pas un populiste, et ceux de Carlos de la Torre (2013), qui met en évidence les différentes formes de transformation du populisme en Amérique latine. Sebastián Ronderos, Cristian Acosta Olaya, Abelardo de la Espriella no es un populista. Jacobinslat, 2026. Carlos de la Torre, El populismo latinoamericano : entre la democratización y el autoritarismo. Nueva sociedad n° 247, p. 120-137.
[13] Achille Mbembe, « Nécropolitique » dans « Traversées, diasporas, modernités », Raisons politiques, n° 21, p. 29-60. Éditions Presses de Sciences Po. 2006.
[14] Juliana Marín Taborda, « El Cuerpo Habla : fabulation et émancipation des corps politico-esthétiques ». Rennes, Amerika [en ligne], 31, 2025.
[15] Abelardo de la Espriella, El Cauca y el Valle del Cauca se inundan de sangre de ciudadanos inermes, asesinados por las bombas del terrorismo que Iván Cepeda y Petro, han protegido…. 27 avril,1'28.Delaespriella_Style, 2026.
[16] Abelardo de la Espriella, Los Nunca : batalla por la patria en Colombia, 13 mars0'05.https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[17] L'éternel « président », après trois mandats présidentiels loin du pouvoir et une condamnation pour fraude procédurale dans une affaire de subornation de témoins liée aux accusations concernant les « faux positifs », continue d'être désigné comme « président » par une partie de la population colombienne.
[18] C'est ainsi que l'avocat se présente lui-même, en référence à l'éclectisme des affaires qu'il est capable de défendre.
[19] Daniel Coronel, El apoderado. 18 août,Revista Semana, 2026.
[20] samuelgr, Entrevista Caracol televisión, 10 mai, samuelgrg, 2026.
[21] Andres Pinson, Conversión a Dios de Abelardo de la Espriella. 26 août,https://www.tiktok.com/@andrespinso...andrespinson, 2025. Samuelrg, Entrevista Caracol Television, 13 mai, samuelrg79, 2026.
[22] Fernando Ramos, El nuevo Congreso de Colombia quedó instalado, con una desafiante sorpresa para el presidente electo Abelardo de la Espriella . 21 juillet,https://www.tiktok.com/@delaespriel...CNN en Español, 2026.
[23] Abelardo de la Espriella, Colombia en manos de Dios. 3 juin,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[24] Abelardo de la Espriella, Soy Abelardo de la Espriella. 10 janvier, 0'33,https://www.facebook.com/DELAESPRIE...Delaespriella_Style, 2026.
[25] Revista Raya, El tigre y el clan Char una alianza con los de siempre señalados de corrupción. 4 juin, Revista Raya, 2026. Ardila Arrieta, L, La costa nostra. 4 juin, Rey Naranjo Editores, 2026.
[26] Cuestión Pública, En la campaña de Abelardo De la Espriella hay miles de funcionarios públicos inscritos, incluyendo policías activos. 31 mai, Cuestión Pública, 2026.
[27] Félix Guattari, L'inconscient machique : essaies d'eschizo-analyse. Paris, Éditions Recherche, 1979.
[28] Voir Alberto Castrillón Aldana, Una analítica de la gubernamentabilidad algorítimica. Subjetividad e intersubjetividad en el contexto de una ontología histórica del presente. Medellín, Fondo editorial Colegiatura, 20204. p. 43.
[29] Félix Guattari, L'ère post-médias, dans « Subjectivité & Mass-média », Chaosmose Vidéos, 3 septembre 11'55, 2022.
[30] Abelardo de la Espriella, Lanzamiento de campaña diseñado con inteligencia artificial. 10 janvier,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
Abelardo de la Espriella, Promoción de la campaña para la primera vuelta electoral. 25 décembre,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026 .
[31] Conferencia Episcopal de Colombia, Colombia en el top 10 de los países más católicos del mudo. 10 avril, Conferencia Episcopal de Colombia, 2017.
[32] Abelardo de la Espriella, Firme con la comunidad judía. 1 avril,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[33] 6AM W, Gobierno y oposición se enfrentan por las futuras relaciones con Cuba e Israel. 28 juin, Caracol Radio, 2026.
[34] Abelardo de la Espriella, Colombia en las manos de Dios. 28 juin,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[35] Abelardo de la Espriella, Firme con la comunidad judía. 28 juin,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[36] Abelardo de la Espriella, Firme por las mujeres. 15 mai, 1'50https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026
[37] Juanita León, El machismo de Abelardo de la Espriella en seis. 12 mai,https://www.lasillavacia.com/silla-...La Silla Vacía, 2026.
[38] Abelardo de la Espriella, Reloj de Arte Colombiano con Patria. 20 janvier, 0'08,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[39] Abelardo de la Espriella, Soy Abelardo de la Espriella. 10 janvier,https://www.facebook.com/DELAESPRIE...Delaespriella_Style, 2026.
[40] Abelardo de la Espriella, Los de siempre no podrán destruirme. 20 avril, Delaespriella_Style, 2026.