
Communiqué du collectif Peaux Noires, Ligne Rouge, sur le jugement rendu dans l’affaire Crépol, qui franchit un cap alarmant vers l’ethno-nationalisme d’État.
Le 20 juillet 2026, les juges d’instruction chargés de l’affaire de Crépol ont requalifié les mises en examen des quatorze personnes poursuivies pour la mort de Thomas Perotto (tué le 19 novembre 2023 à Crépol (Drôme), après avoir été frappé à l’arme blanche), en retenant contre elles une circonstance aggravante de racisme visant, selon les termes mêmes du dossier, « la race blanche et la nation française ». Que de tels mots soient aujourd’hui inscrits noir sur blanc par une institution judiciaire de la République, à la demande de parties civiles parmi lesquelles l’AGRIF, officine identitaire d’extrême droite catholique, n’est pas un détail de procédure. Il s’agit ici d’un basculement de l’institution judiciaire. Disons-le sans détour : Thomas Perotto avait seize ans, et la mort de cet adolescent est une tragédie. C’est précisément parce que ce deuil-là est réel que nous refusons qu’il devienne l’arme idéologique qu’en fait, méthodiquement, depuis novembre 2023, toute l’extrême droite française, jusqu’à armer les ratonnades et les expéditions punitives menées, dans les semaines qui ont suivi le drame, au nom de la « race blanche ».
Car le « racisme anti-blanc » n’existe pas. La négrophobie et l’islamophobie sont structurelles parce qu’elles organisent concrètement, chaque jour, la relégation, la surveillance et la mise à mort de nos vies. Il n’existe, en face, aucun système qui organise l’infériorisation des Blancs en tant que Blancs. Retourner ce concept contre les racisé.e.s n’est qu’obtenir la négation pure et simple de ce combat, et offrir à l’extrême droite ainsi qu’à l’ensemble du bloc réactionnaire de la bourgeoisie une nouvelle tribune pour intensifier son offensive idéologique raciste.
Cette vérité éclate dès qu’on observe le deux poids deux mesures de l’appareil judiciaire et politique. En février 2026, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence pour Quentin Deranque, militant d’extrême droite néonazi. Neuf mois plus tôt, la même Conférence des présidents avait d’abord refusé le moindre hommage à Aboubakar Cissé, jeune musulman assassiné de dizaines de coups de couteau. Voilà, à nu, la hiérarchie des morts que dresse l’État. Le même mépris gouverne les qualifications pénales : Mahamadou Cissé, abattu par un voisin, s’est vu offrir un « crime par exaspération » avant que son meurtrier ne soit remis en liberté, soutenu par une cagnotte d’extrême droite ; pour Aboubakar Cissé, le parquet s’est empressé d’écarter la qualification terroriste et de psychologiser le geste, « envie obsessionnelle de tuer » ; à Saverne, un homme qui tira sur une famille maghrébine aux cris de « sales bougnoules » et » je vote RN » vit les faits ramenés à de simples « violences aggravées » ; à Brest, le 5 juillet, une femme musulmane voilée touchée par un tir dans un parc, devant son enfant, vit l’enquête pour tentative d’homicide ramenée à de simples « violences volontaires », au terme de près de deux semaines de silence médiatique national, la presse locale ne parlant que d’« une femme », pas un mot de son voile. Quand la victime est noire ou musulmane : lenteur, minimisation, psychologisation. Quand il s’agit de la » race blanche » : la machine trouve ses mots en quelques jours. Il n’y a là aucun hasard. Les institutions pénales appliquent la définition du racisme telle que l’État français la conçoit, et leur principale, si ce n’est leur seule, raison d’être est d’entériner et de protéger l’ordre capitaliste et le suprémacisme blanc qui lui est consubstantiel. En consacrant juridiquement la » race blanche » et la » nation française » comme catégories à défendre la justice accorde une légitimité intellectuelle et offre une victoire politique à tous les groupuscules identitaires. Elle franchit un pas décisif vers l’ethno-nationalisme d’État.
Nous refusons ce deux poids deux mesures. Nous refusons que la vie des Noir.es, des musulman-es et des racisé.es soit reléguée au rang de fait divers pendant que l’on érige la « race blanche en catégorie protégée du droit. Nous refusons que l’appareil judiciaire, arme d t de race, prétende plus longtemps arbitrer avec neutralité les rapports de domination qu’il est fait pour reproduire.
Peaux Noires Ligne Rouge dénonce cette requalification comme un précédent d’une gravité inouïe et un blanchiment de l’idéologie identitaire par l’État. Nous n’avons rien à quémander à cette justice. Notre tâche est ailleurs : reconstruire, contre le racisme qui la divise, l’unité de notre classe.
Organisons-nous, préparons la riposte. Tout le pouvoir au peuple ! « Le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri » – Karl Marx
https://rebellyon.info/Atteinte-a-la-race-blanche-a-Crepol-l-40083