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« Une femme ne renonce jamais » : Narges Mohammadi pousse un énième cri de colère contre le régime des mollahs
Depuis la prison d’Evin, Narges Mohammadi a écrit ses Mémoires. Dans Une femme ne renonce jamais, la militante rappelle que le mouvement Femme Vie Liberté continue de résister en Iran.
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Rassemblement de soutien à la mobilisation lycéenne - 13h préfecture
Appel intersyndical de soutien au mouvement lycéen. Non à la répression! -
Le coût moyen d’une cyberattaque est de 45 900 euros, et pourtant les PME françaises continuent de bouder l’assurance cyber dédiée
Alors que les cyberattaques se banalisent, l’assurance contre leurs conséquences ne suit pas la même trajectoire. C’est le paradoxe mis en avant par Hiscox dans l’édition 2026 de son rapport sur la gestion des risques cyber. Dans le cadre de cette étude, 6800 décideurs chargés de la cybersécurité dans des organisations de moins de 250 salariés ont été interrogés.
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Mouvement lycéen : lancement de 5 chantiers cosmétiques, comment Sébastien Lecornu tente de gagner du temps
Source : L'Humanité -
Filmer la police : ce qu'il faut savoir avant, pendant, après
Source : INDEX -
« Stop aux pesticides » : les images de la manifestation contre Syngenta et les « ravages de l'agrochimie »

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Vance wants voters to ‘give us another chance’. But he is cornered | Sidney Blumenthal
The vice-president’s recent remarks seek to maintain a posture of strength while they inadvertently expose political realities
JD Vance has parachuted into the midterm election campaign on a rescue mission in a new guise: a risk management consultant. Speaking in the flat language of the expert hired to identify threats, weaknesses and losses affecting a business’s reputation, he has presented his executive summary for limiting vulnerabilities and a scenario for averting disaster.
“There’s a lot of good that’s been done, but there’s a lot of work left to do,” he informed his clients on 15 September about the words to use. “Give us another chance, or give us another couple of years, to continue to work on the amazing things that we’ve been doing for the past two years.” He turned the focus to harm reduction rather than total agreement and then shifted the equation to a negative binary choice. “Even if you don’t agree with us on every issue, the other party is consumed by craziness.”
Sidney Blumenthal, former senior adviser to President Bill Clinton and Hillary Clinton, has published three books of a projected five-volume political life of Abraham Lincoln: A Self-Made Man, Wrestling With His Angel and All the Powers of Earth. He is a Guardian US columnist and co-host of the Court of History podcast
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Touristes, hôtels... « Yosemite pourrait disparaître si nous continuons comme ça »
L'emblématique parc de Yosemite, aux États-Unis, attire depuis longtemps les appétits commerciaux. Dernier exemple en date, l'intérêt de l'administration Trump pour un échange de terrains au profit d'un promoteur.
Lire la suite - Entretien / Nature , Monde
Aux États-Unis, des révélations montrent que l'administration Trump étudiait un échange de terrains qui permettrait à un promoteur privé de construire une route vers un complexe immobilier au bord de Yosemite, premier parc naturel de l'histoire du pays, qui contient le site (…) -
La mobilisation lycéenne à travers les yeux d'une professeur du 93
J'voudrais écrire avec mes tripes, mon corps, ses joies et ses dégoûts, loin de toute moraline (Nietzsche) parce que les tribunes de circonstance, les communiqués, syndicaux ou autres, les déclarations d'intention, les mots creux, les rodomontades resteront lettre morte et ne sont que vétilles en considération de ce qui se joue en ce moment dans les lycées de toute la France, et au-delà (universités, monde du travail, perspective du 17 octobre…).
DÉGOÛTS !
L'intersyndicale nationale, au soir du 2 octobre, après plus de 5000 interpellations en 5 jours (pire qu'au plus fort du mouvement des Gilets Jaunes) et des centaines de cas de violences policières avérées, n'est pas même foutue d'appeler à la grève et à manifester le mardi 6 octobre (date posée par le mouvement lycéen pour une grande journée d'actions). Elle préfère en effet le « dialogue social », soit la complicité avec les pouvoirs en place, à la solidarité et aux véritables changements… L'intersyndicale qui précise encore dans ses communiqués qu'il faut que le gouvernement entende les revendications lycéennes, déclaration totalement hors sol, comme si, de là où nous en sommes, le lion affamé allait entendre la plainte de l'antilope… Bref, l'intersyndicale, avec ses éternels atermoiements, c'est le maintien du système tel qu'il est, or certain.es ne le comprennent toujours pas, ce qui est bien désespérant, alors même qu'elle s'est évertuée à faire perdre tous les mouvements sociaux conséquents des dix dernières années (au moins), à commencer par la mobilisation contre la contre-réforme des retraites.
La liste des exactions de la police est tellement longue qu'un recensement exhaustif ne peut en être dressé : tentative de noyade à Belfort par un flic en civil, tentative d'écraser des élèves, par un flic à moto au Blanc-Mesnil, tentative d'homicide à Troyes : une voiture de police fonce à vive allure sur une foule de jeunes, calmes, réunis dans une rue, tout en les gazant depuis les vitres ouvertes du véhicule, étranglement d'une lycéenne de 14 ans à Alençon, éborgnement d'un lycéen de 16 ans, à Argenteuil du fait d'un tir à bout portant de LBD. À Tours, Maël, 16 ans a aussi été éborgné, Mâchoire brisée du fait d'un tir tendu de grenade en plein visage d'Eden, 15 ans, dans le Val d'Oise [1].
Etc.
Une copine me raconte : présence de flics avec des chiens à Carnot (collège-lycée à Paris 17è), mouvement de foule à l'intérieur du collège, son fils de 11 ans blessé au genou dans la panique. Bah au moins, il détestera la police, et pour longtemps !
Dans mon lycée du 93, au terme de deux jours de blocus, on dénombre 5 élèves placés en garde-à-vue dont l'un, mineur, sera peut-être déféré au tribunal ; des blessures : une jeune fille, à l'œil, ayant reçu un projectile suite à l'envoi de gaz lacrymogène par les forces de l'ordre, d'autres présentant des contusions dues à des coups de matraques ; des mises en joue d'élèves par des flics armés de LBD et moult tirs de gaz lacrymo ; des insultes, évidemment ; des intimidations : un flic en mode prêcheur qui déclare à un élève : « tu sais, ce que tu fais là, à la mosquée, même si tu le confesses, on t'le pardonnera pas »… Et aussi une voiture bélier fonçant à vive allure dans le tas, pas de blessés mais une catastrophe aurait pu avoir lieu.
À noter que les élèves embarqués l'ont été alors qu'ils n'étaient plus devant le lycée mais sur le chemin les reconduisant chez eux, par des keufs en embuscade aux environs du lycée, bel exemple de crapulerie et veulerie.
On les pensait bien soumis, pour toujours
Dociles à souhait
Esclaves, sans fin
Dominé.es sans répit
Qui ça ?
Les sauvageon.nes des banlieues, les relégué.es des quartiers populaires… mais ils n'en peuvent plus et relèvent la tête !Dans mon lycée du 93, depuis des années, on « joue » aux chaises musicales, il n'y a bien souvent pas assez de chaises pour les classes à 35, il faut donc aller en chercher dans d'autres salles qui, de fait, connaîtront à leur tour le même sort, le problème n'est donc pas réglé et se poursuit sempiternellement. Les chaises, en outre, de piètre qualité, sont pour beaucoup endommagées, s'entassent dans les salles et ne sont pas jetées
Depuis l'an passé, Pécresse a fait installer des systèmes bloquant les fenêtres qui s'ouvrent donc à peine maintenant, empêchant toute réelle ventilation ; système anti-suicide paraît-il, mais les élèves peuvent allégrement se jeter dans le vide depuis les passerelles menant d'un bâtiment à l'autre… En résultent miasmes qui s'accumulent en raison de cette impossibilité d'aérer correctement les salles de classe et chaleur épouvantable qui s'accumule du fait également des matériaux du bâti qui retient la chaleur et la recrache même lorsque les températures viennent à baisser.
Une attention particulière concernant parcoursupercherie qui rythme dorénavant l'année scolaire, qui lamine le sens de notre boulot d'enseignant.es, dont on voudrait encore croire qu'il peut consister à faire cours pour le plaisir de faire cours, à échanger avec les élèves sans qu'ils soient continuellement soumis à des évaluations et obsédés par les notes obtenues, mais l'angoisse des élèves tout au long de l'année, avant même l'ouverture de la plateforme, fait perdre tout sens aux enseignements et condamnent les élèves à un état de stress permanent. Une seule solution, tout le monde le sait, il faudrait construire au moins dix nouvelles universités pour que chacun.e y ait sa place, mais ce n'est bien sûr pas du tout à l'ordre du jour, l'argent c'est pour les keufs et pour l'armée ! Et ceux-celles qui n'auront pas de place à la fac, et bien qu'ils-elles aillent crever !
Les élèves en situation de handicap, quant à eux, sont continuellement maltraités, du fait du manque d'AESH (mon lycée en la matière ne fait pas exception), ainsi non seulement leurs droits sont bafoués mais leur souffrance en est décuplée.
Dans mon lycée toujours, en moyenne, un élève par mois est retiré de sa famille par les services sociaux pour inceste et l'on estime, de façon générale, que trois élèves par classe sont concernés, en France, par des cas d'inceste. Qu'est-il fait pour remédier à ça ? Quasi rien, ni dans mon lycée, ni dans aucun autre.
JOIE !
Durant ces jours de blocus, qui vont se poursuivre cette semaine, quoi qu'il en coûte, immense joie de voir les élèves au naturel, en dehors du carcan que l'institution leur impose, de voir leurs corps en mouvement, vivants de n'avoir plus le cul plombé sur une chaise huit heures d'affilée, solidaires, fraternels et sororales. Feux d'artifices, musique, danses endiablées, autour d'un beau brasier, pancartes au verbe audacieux et aux paroles non tempérées, prises de parole simples et efficaces, déguisements : devant mon lycée, une grenouille débridée, surgie de nulle part, ravive tout à coup la liesse populaire qui venait à peine de faiblir, la vieille c'est Spiderman qui s'était invité.
Les sauvageon.nes sont libres, communient dans la jubilation !
Pour une fois, les profs présent.es dialoguent enfin, écoutent vraiment leurs élèves et réalisent que ce qui domine, de leurs revendications, est une demande de décence, de respect et la fin des multiples humiliations, multiples, qu'ils-elles subissent au quotidien. Finalement, les requêtes qui semblent anodines sont en réalité très importantes : du PQ, du savon, des chaises, des repas comestibles en quantité suffisante, de l'écoute, le minimum vital quoi, mais c'est aussi bien sûr le sentiment de relégation, la désignation des inégalités de traitement entre les lycées de banlieue et ceux de centre-ville qui sont dénoncés.
La Palestine et son drapeau fleurissent sur les pancartes, les élèves à l'extérieur du lycée peuvent enfin exprimer leur soutien à la Palestine et dénoncer le génocide, ce qui évidemment leur est interdit dans l'enceinte bunkerisée du lycée.
Ce qui est injustement interdit ne l'est maintenant plus !
PERSPECTIVES ?
Réponses de l'institution aux doléances des lycéen.nes ? Déchaînement de sauvagerie policière, flics à l'intérieur des lycées comme ce sera le cas ce lundi dans le Var par exemple, répression judiciaire, déploiement de drones (application de la loi RIPOST), fermeture des établissements, passage au distanciel mais aussi chantage dans les établissements : absences notifiées sur pronote, courriers aux parents, menace de conseils de discipline, etc.
Dans mon bahut, durant les deux jours de blocus de la semaine passée, les personnels de direction ont passé leur temps à photographier les élèves présents devant le lycée, en particulier ceux-celles alimentant le brasier, j'pense pas vraiment que ce soit pour des photos souvenir, mais pour transmettre aux N+1 et aux condés, Beurk !
L'oppresseur a défini la nature de la lutte : la violence. Nuñez déclare, sur TF1, vendredi 2 au soir : « Il n'y a aucune consigne de retenue et aucune consigne de ne pas utiliser tout l'armement à disposition des forces de sécurité intérieure » contre les lycéen.nes. Nuñez assume donc de faire encore plus de blessé.es, de mutilé.es, voire des mort.es !
Les jeunes ne se laisseront pas faire, et nous non plus nous ne nous laisserons pas faire !
Que brûlent encore mille poubelles, que des feux de joie fleurissent partout, que les lycées, les préfectures, les comicos, les tribunaux soient attaqués et dégradés, oui, mille fois OUI !
Il n'y a pas d'autre manière de se faire entendre que de tout cramer, c'est ce qu'ILS ont voulu mais… les potentats qui gouvernement et le forcené qui se trouve à la tête de l'État peuvent encore se radicaliser, jusqu'à instaurer des couvre-feux, ouvrir un état d'exception, activer l'article 16, suspendre les élections… Scénario délirant ? Mais nous sommes en plein délire, en plein cauchemar et le pire semble certain… [2]
Le point de non-retour est néanmoins atteint et ça pourrait bien être le printemps en plein automne mais sûrement pas un printemps républicain !
VIVE LA LUTTE DES LYCÉES
SOLIDARITÉ AVEC LES LYCÉENS ET LYCÉENNES MOBILISÉ.ES
LIBÉRATION SANS POURSUITES DE TOUS LES INCULPÉ.ESUne prof dans le 93
[1] https://www.leetchi.com/fr/c/en-soutien-a-eden-victime-dun-tir-en-plein-visage-de-lance-grenade-1480238 ?
[2] https://blog.mondediplo.net/terminus-du-neoliberalisme-ou-terminus-de-la
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Mouvement lycéen : les personnels éducatifs et les parents d’élèves sont aussi victimes de violences policières
La répression ne frappe pas que les adolescent·es : le personnel des lycées mais aussi des parents ont été visé·es par la violence des forces de l'ordre.
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Les «chiffres noirs» d’Octobre rose: la France tait la hausse catastrophique du nombre de cancers du sein
La France est le deuxième pays au monde le plus touché par le cancer du sein. Et le nombre de cas augmente encore plus vite chez les moins de 40 ans. Pour expliquer ces chiffres, les comportements individuels des femmes sont montrés du doigt, tandis que les risques environnementaux sont tus. -
Des lycéens qui perdent des mains et des yeux, plus de 5000 arrestations… À quoi joue la police et pourquoi Laurent Nunez ne réagit pas
Source : L'Humanité -
«L’incidence des cancers du sein en France est parmi les plus élevées au monde»
Présidente de l’Institut national du cancer, Suzette Delaloge répond aux critiques qui visent la communication de l’institution dans son travail de prévention du cancer du sein. -
Au ministère de la transition écologique, une réorganisation qui ne passe pas
Trois directions générales complètement remodelées, effaçant au passage le terme «biodiversité» de l’organigramme: au ministère de la transition écologique, beaucoup craignent que la réorganisation à marche forcée voulue par Monique Barbut n’affaiblisse une politique déjà très en recul. -
[Canada] Deux brèves de « Unsung »
Une visite nocturne laisse derrière elle du matériel de chantier dans les flammes (Prince George)
BC Counter Info
4 octobre 2026
Peu après 10 heures du matin le 5 juillet, la police est arrivée dans le secteur de la route de Chief Lake. Une fois sur place, ils sont tombés sur un étrange spectacle, une pelle mécanique sens dessus dessous qui a été engloutie par les flammes. Après avoir chaussé leurs lunettes d’enquêteurs, ils ont réalisé qu’avant d’être mise au feu, la pelle mécanique était utilisée pour détruire un camion-benne à roches qui a ultérieurement été lui aussi incendié.
Cette visite nocturne a laissé derrière elle plus d’1 millions de dollars de dégâts. Les forces de l’ordre rapportent que cela s’est produit sur un site minier, mais omettent de mentionner lequel. La seule principale mine opérationnelle dans le secteur est la mine de Mount Milligan, qui extrait du cuivre et de l’or. Il y a, toutefois, deux projets de mine notoires – le projet Angus, qui vise à produire de la silice pour l’expansion du frakcing dans la région, et la mine Black Water Gold, qui pourrait devenir l’une des plus grandes mines d’or du Canada. Nous espérons que tous ces sites continuent de se retrouver nez à nez avec la fureur d’individus déterminés.
– Unsung

Jamais deux sans trois (Nord de la Colombie-Britannique)
BC Counter Info
4 octobre 2026
Pour la troisième fois cet été, la coupure volontaire de fibre optique a laissé d’immenses étendues du nord de la Colombie-Britannique sans Internet, TV, réseau mobile, téléphone fixe, services d’urgence et de traitement de paiements numériques.
La première coupure s’est produite le 2 mai à environ 20 kilomètres de la ville de Burns Lake. Les perturbations ont débuté juste après 3 heures du matin, et ont affecté tout le nord de Burns Lake, y compris l’archipel de Haïda Gwaïï, qui est à plus de 700 km de distance. Les médias rapportent que la « panne a significativement entravé le commerce local, en particulier à Prince Rupert, où les passagers d’un bateau de croisière [qui venaient de débarquer] et habitants n’étaient pas en mesure d’utiliser les systèmes de point de vente de nombreux commerçants. »
Suite à cette coupure, CityWest (un fournisseur Internet) a révélé (sur un PDF pauvrement rédigé oups) que plus de 22 000 clients Internet et plus de 8 000 clients téléphoniques étaient impactés. Ils poursuivent dans leurs commentaires :
« Bien que les dégâts sur la fibre étaient inévitables, l’envergure et la durée de la panne ont été amplifiées par les dépendances dans l’architecture, y compris les services DNS/DHCP centralisés, l’authentification centralisée et des chemins d’accès résilients limités pour le personnel d’exploitation. CityWest met en œuvre des mesures ciblées pour réduire l’impact de ces derniers en cas de futures pannes. »
Le second exemple de sabotage s’est produit en plein jour, à 13 heures le 2 août, dans le secteur de Mount Hayes, le long de l’autoroute 16. [L’opérateur télécom] Telus a rapporté que « des dégâts significatifs sur les lignes de fibre » se sont produits et que « les services de téléphone fixe, Internet, TV et mobiles pour les clients de nombreuses communautés du nord de la Colombie-Britannique, comprenant Terrace, Masset, Kitimat, Prince Rupert, Smithers, Burns Lake et Fraser Lake » étaient affectés. Au bout d’une dizaine d’heures, les services ont été rétablis. Dans les deux cas les médias et la police ont rapidement accusé les voleurs de cuivre des faits – leurs mots et photos publiées pointent vers ce qui est censé être des voleurs de cuivre décidés, grimpant en haut de poteaux téléphoniques et sectionnant ce qui ressemble à des câbles sous tension…
Le 11 août, la troisième coupure s’est produite. L’infrastructure de la fibre optique de la région était particulièrement vulnérable en raison des feux de forêt qui ont brûlé les lignes existantes, et d’une coupure distincte d’un opérateur tiers dans la province d’Alberta. En réponse à un été de perturbations répétées de la fibre optique, le fournisseur télécoms CityWest a dit planifier la construction d’une ligne additionnelle le long de l’autoroute 37, la surnommant « Northern Resiliency Project ». Pour accroître la résilience, ils espèrent établir une voie de télécommunication nouvelle et physiquement séparée à travers le nord. Surtout, l’autoroute 37 est le point d’accès clé pour une grande partie des réseaux logistiques miniers et de transport.
Bien sûr, tous ces événements malencontreux ont été catalogués comme des effets secondaires de tentatives de vols de cuivre. Mais peut-être que, dans un monde à l’envers qui relègue nos vies aux réseaux informatiques, de câbles et de l’industrialisme, un autre récit a-t-il plus de sens ?
– Unsung
Unsung
Unsung est une initiative écrite qui met en lumière l’action directe auto-organisée à travers la Colombie-Britannique. Les agences d’État et les médias ont pour pratique d’occulter les ruptures avec la paix sociale sauf lorsqu’ils pensent que cela sert leurs intérêts. Nous estimons qu’il est important pour l’imaginaire rebelle de mettre en lumière la pratique toujours présente de l’attaque. Unsung met en lumière des actions anonymes non revendiquées que nous trouvons dans les médias, les rapports de police et les histoires que nous entendons. Nous explorerons certaines des réalités économiques, écologiques et politiques qui façonnent le contexte dans lequel chaque action est survenue. Il est important de se rappeler que nous ne connaissons pas les intentions de ceux qui mènent des actions et ne pouvons pas parler en leur nom. Unsung n’est pas une initiative pour explorer des actions menées exclusivement par des anarchistes, mais se concentre à la place sur toute action qui pourrait stimuler l’imagination anti-autoritaire. Nous ne publions pas de communiqués ou de revendications d’action, nous estimons que des contributions régulières sur les sites de contre-info sont suffisantes à cet égard.
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Hector, 8 ans et autiste, victime de la saturation du système médico-social
Source : Rue89 Strasbourg
Payant -
6,3 millions de patients sans médecin traitant
Source : Que Choisir -
Ce que l'on sait de l'interpellation d'un lycéen dans l'eau à Belfort
Source : StreetPress -
Safaa Asran, première arbitre coutumière, brise le cycle des vendettas dans les gouvernorats de la Haute-Egypte
Source : Medfeminiswiya - Bassin méditerranéen -
Éducation des enfants subsahariens en Tunisie : un droit bafoué
Source : Nawaat - Tunisie -
Disparition du glacier Sarennes dans les Alpes : quels souvenirs et quels responsables ?
Source : Radio Cause Commune
Format : podcast -
Bardella et Israël : l'alliance pas si contre-nature
Source : Le Média
Format : vidéo -
Fin du procès des « passeurs » : à quand le procès des autres naufrageurs ?
Source : Orient XXI - Monde arabe et musulman -
Face à la loi Ripost, les teufeur.euse.s organisent la riposte
Camille fait partie d’un sound system entre Bordeaux et la Bretagne. Il est aussi membre de Tekno Anti Rep, qui s’oppose à la loi Ripost qui vient de passer à l’Assemblée. On discute avec lui de l’aspect subversif de la Free Party, ainsi que de la manière de la défendre dans notre contexte autoritaire et répressif.
Salut, est-ce que, pour commencer, tu veux te présenter ou présenter tes collectifs ?
Je m’appelle Camille, je fais partie de Tekno Anti Rep. C’est un collectif qui est principalement centré sur la réponse médiatique, sur l’analyse politique et sur le fait d’organiser tout ce que va être la lutte contre la répression des Free Party. Il y a beaucoup de pôles différents. En ce moment, notre travail porte principalement sur la question de la loi Ripost.
Très récemment, en juin-juillet, il y a eu les Manifestives, qui existent depuis pas mal d’années, et dont le format depuis 2022, est à l’initiative de Tekno Anti Rep. C’est un événement massif, médiatique et populaire. Le but est depuis le début de le rendre accessible, notamment pour un public qui n’est pas forcément accoutumé aux Free.
[…]
Page par page : Face a la loi ripost
Impression : Face a la loi ripost – conv
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Sans Siri AI en Europe, faut-il craindre qu’Apple ne lance plus ses nouveautés chez nous ?

Selon Bloomberg, la situation de Siri AI en Europe ne serait pas sur le point de s'améliorer. Pire, Apple utiliserait son intelligence artificielle comme un moyen de pression sur la Commission européenne, ce qui suggère que la marque n'a aucun intérêt à trouver un compromis à court terme. Une situation qui provoque un grand flou : les futures nouveautés d'Apple comme l'écran Home Hub, les nouveaux HomePod/Apple TV, les lunettes ou les AirPods avec une caméra, sortiront-elles dans l'Union européenne ?
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En Espagne, la crise du logement débouche sur une crise politique
Après le rejet, par la droite, des décrets du gouvernement espagnol visant à protéger les locataires, Pedro Sánchez a annoncé des élections anticipées. Une crise du logement dont les racines sont profondes. -
[ActuDesOubliées] Saison VII • Episode 2 • Capitalisme vert contre vie sur terre
En continuité de notre épisode de septembre, nous étudions avec Cindy Quevedo, présidente du conseil national du peuple colla, comment le trio néo-fasciste qui gouverne désormais le triangle du lithium (Argentine – Bolivie – Chili) tente d’inverser la récupération des terres ancestrales par les peuples indigènes. Plus spécifiquement, Cindy nous raconte la manière dont l’état chilien tente de déployer l’exploitation du lithium dans le salar de Maricunga, dernier refuge du flamand des Andes.L’interview intégrale est à retrouver sur notre bandcamp sous le titre « Hors Série – Le lithium contre les flamands roses ». Le peuple colla cherche des soutien au niveau international, n’hésitez pas à nous contacter si vous le souhaitez. Merci pour elles et eux.DOUBLAGE LuneMEDIASInstagram Cindy Quevedo / Consejo nacional collaAcero y Roca : Comunidades collas denuncian exclusion en decisiones sobre litio en el salar de MaricungaEl Ciudadano : Maricunga – El costo ecologico del litio y los flamencosColectivo Voces EcologicasPagina 12Indymedia ArgentinaAJ ArgentinaLa Sexta El SaltoAN BarilocheABC ArgentinaRTB BoliviaMUSIQUERapbrina – Vibra AltoIs Sugga – QuiénConexión Originaria con MotilonasVISUELManifestation pour le jour des résistances indigènes, Buenos Aires
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Amazon brade déjà à moitié prix son nouveau Fire TV Stick 4K

[Deal du jour] Sorti le 30 septembre 2026, le nouveau Fire TV Stick 4K d'Amazon est déjà en promotion. La clé HDMI passe à 35,99 € au lieu de 74,99 € sur Amazon.
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Elon Musk change déjà le nom de SpaceXAI pour faire plaisir à Donald Trump

Elon Musk a annoncé le 4 octobre 2026 vouloir rebaptiser SpaceXAI, la branche IA de SpaceX (anciennement xAI), en SpaceXSI. Il reprend ainsi le vocabulaire promu par Donald Trump, qui veut que l'on parle de super intelligence et non plus d'intelligence artificielle.
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Trump claims he’s ‘doing great’ as his approval rating sinks to record low – as it happened
This live blog is now closed.
As the supreme court hears oral arguments this morning, it’s worth noting that if the justices side with Boulder or decide that the case is not in their jurisdiction, then it would continue in state court.
But if the fossil fuel industry convinces the justices, the decision could apply not only to the Boulder case, but also to the many other climate cases brought by state and local governments around the US that we mentioned earlier.
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« Un signal de page de faible qualité » : Google met en garde contre les faux profils d’auteurs
Ce qu'il faut retenir :
- Google a ajouté un paragraphe à sa page sur le contenu « people-first », datée du 1er octobre 2026, qui qualifie de tromperie les profils d'auteurs fabriqués.
- Les exemples cités sont les portraits générés par IA, les noms inventés et les fausses qualifications utilisés pour faire croire qu'un contenu a été écrit par des experts humains.
- Selon Google, toute tromperie rend une page non fiable pour ses systèmes de qualité automatisés et constitue un signal de page de faible qualité, sans préciser comment ces profils sont détectés.
- Les éditeurs qui publient sous des signatures fictives ou embellies doivent revoir leurs pages auteurs, leurs bylines et les qualifications affichées pour chaque rédacteur.
Google ajoute un avertissement dans sa page sur le contenu utile
Google a modifié sa page de documentation « Creating helpful, reliable, people-first content », qui détaille ce que le moteur attend d'un contenu conçu avant tout pour les internautes. D'après Matt G. Southern, journaliste chez Search Engine Journal, dans un article publié le 2 octobre 2026, la version de la page datée du 1er octobre contient un nouveau paragraphe consacré aux profils d'auteurs fabriqués.
Ce paragraphe se trouve dans la section « Who (created the content) », juste après le conseil, déjà présent, d'ajouter des informations d'auteur exactes comme les bylines (la signature de l'auteur affichée sur un article). Google y écrit :
« Toutefois, évitez d'utiliser des informations d'auteur trompeuses. Fabriquer des profils de créateurs (par exemple en utilisant des portraits générés par IA, des noms inventés ou de fausses qualifications pour faire croire qu'un contenu a été rédigé par des experts humains) est une forme de tromperie. Toute forme de tromperie rend une page non fiable aux yeux des utilisateurs comme de nos systèmes de qualité automatisés, et constitue un signal de page de faible qualité. »
Search Engine Journal a comparé cette version avec une copie de la page enregistrée le 8 juin 2026. Dans cette copie, le texte passait directement du conseil sur les bylines à la section « How », sans ce paragraphe. La version du 1er octobre ajoute aussi une section qui définit le contenu principal d'une page.
Photos IA, noms inventés et fausses qualifications cités en exemple
Google donne trois exemples précis de ce qu'il considère comme un profil fabriqué :
- Portraits générés par IA : une photo d'auteur créée par un outil d'image plutôt qu'un vrai visage.
- Noms inventés : une signature qui ne correspond à aucune personne réelle.
- Fausses qualifications : des titres, diplômes ou expertises revendiqués sans fondement.
Le texte ne vise pas l'usage de l'IA en tant que tel. Ce qui est pointé, c'est l'intention : utiliser ces éléments pour faire croire qu'un contenu a été écrit par des experts humains. Autrement dit, un site qui produit des contenus avec l'IA n'est pas concerné par ce paragraphe tant qu'il ne leur attribue pas un auteur fictif ou des compétences inventées.
Une consigne déjà présente dans les Quality Rater Guidelines
L'idée n'est pas nouvelle chez Google. Les Search Quality Rater Guidelines demandaient déjà de traiter les faux profils de créateurs, les images d'auteurs générées par IA et les fausses revendications d'expertise comme de la tromperie.
Dans la section 4.5.3 de ces guidelines, Google cite notamment parmi les exemples de tromperie :
- Contenu IA avec faux auteurs : des contenus générés par IA associés à des profils inventés, construits à partir d'images générées par IA ou de biographies trompeuses.
- Fausses qualifications : des profils d'auteurs qui revendiquent à tort un titre, par exemple en se faisant passer pour un professionnel de santé.
Les évaluateurs ont pour consigne d'attribuer la note la plus basse (« Lowest ») aux pages qui recourent à la tromperie. La section consacrée à la tromperie dans les guidelines est d'ailleurs plus large que le nouveau paragraphe : elle couvre aussi les fausses informations sur une entreprise, l'usurpation d'identité et le design de page trompeur.
Google évoque ses systèmes automatisés, sans dire comment ils détectent les faux profils
La nuance a son importance. La page sur le contenu « people-first » rappelle que les évaluateurs de qualité n'ont « aucun contrôle » sur le classement des pages : leurs notes servent à évaluer les algorithmes, pas à positionner des sites. Le nouveau paragraphe, lui, fait directement référence aux « systèmes de qualité automatisés » de Google.
Le passage ne précise pas comment ces systèmes identifieraient un profil fabriqué. Google ne dit pas s'il analyse les images d'auteurs, croise les noms avec d'autres sources ou s'appuie sur d'autres signaux. On sait seulement que Google range désormais cette pratique parmi les signaux de faible qualité, dans un texte destiné aux propriétaires de sites.
Le compte Search Liaison de Google avait affirmé en janvier 2024 que les signatures n'aident pas les pages à mieux se positionner. Ajouter une signature ne constitue donc pas un levier de classement, selon Google. En revanche, une signature mensongère est maintenant présentée comme un signal négatif.
Les pages auteurs et les signatures à passer en revue
Pour les éditeurs, le changement est surtout symbolique dans sa forme, mais clair sur le fond : publier sous des experts inventés est qualifié de tromperie à la fois dans les consignes des évaluateurs et dans la documentation destinée aux sites. Les pages auteurs et les signatures sont les premiers endroits à contrôler.
Les points de vigilance découlent directement des exemples de Google :
- Vérifier que chaque nom de rédacteur correspond à une personne réelle.
- Remplacer les photos d'auteurs générées par IA par de vraies photos, ou s'en passer.
- Contrôler que les titres et qualifications affichés (médecin, avocat, expert certifié, etc.) sont exacts et justifiables.
- Porter une attention particulière aux thématiques sensibles comme la santé, où les guidelines citent explicitement l'exemple d'un faux professionnel de santé.
Ce point concerne directement les sites qui ont industrialisé leur production avec des « personas » d'auteurs, une pratique répandue sur certains sites d'affiliation et réseaux de sites éditoriaux.
L’article "« Un signal de page de faible qualité » : Google met en garde contre les faux profils d’auteurs" a été publié sur le site Abondance.
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De la cagoule de coton au « Cône 2.0 »
Avis aux inquisiteurs de la syntaxe, aux horlogers du style et aux flics de l'authenticité : ce texte a été écrit par un être humain. Ou par une agglomération de silicium gavée aux reliefs d'une civilisation littéraire en fin de course. Je ne trancherai pas, et vous n'y gagneriez rien : dans le marigot où l'on mesure désormais la sincérité d'une pensée à sa crasse, la distinction ne veut plus rien dire. Prose soignée ? Un algorithme l'a torchée. Prose truffée de fautes ? Un patriote en transe l'a dictée entre deux verres de vinasse. Cherchez, fouillez, comptez mes virgules. Je vous laisse même une faute, quelque part, en cadeau. Ou pas. Peut-être !? Une seule chose est garantie : sur les personnes réelles, je n'avance rien que quelqu'un d'autre n'ait signé de son nom.
1Il fut un temps – béni pour les lâches, un peu moins pour les blanchisseurs – où haïr son prochain de tout son être, sans se salir les mains, exigeait un minimum d'intendance textile. On descendait à la buanderie – quand elle existait –, on fouillait le bac à linge sale (comme pour vérifier la virginité de la pucelle), on en extirpait un drap jauni par les ans, on empruntait les ciseaux de couturière de belle-maman, et hop : voilà le défenseur de la civilisation occidentale, de la pureté des sols et de la tradition chrétienne coiffé d'un magnifique cône pointu. Deux trous pour les yeux, un coup de fer, et, youpi ! la patrie était sauvée !
2Pratique, commode, aéré : le capuchon du Ku Klux Klan (KKK, une onomatopée enfantine de la patauge !) permettait de brûler des croix, de terroriser le voisin ou de suspendre un quidam à la branche d'un chêne sans froisser la chemise amidonnée, ni attraper la moindre bronchite. Shut ! Le drap, non le suaire, avait en outre cette élégance rare de rendre tous les hommes égaux : le notaire, le boucher et le shérif y prenaient la même tête de bougie d'anniversaire. On appelait ça la fraternité. Le plus drôle est que ce costume, que l'Amérique a fini par tenir pour un vénérable objet de tradition sudiste, est pour une bonne part une invention de librairie et de cinéma, retapée, rapiécée pièce par pièce, au début du XXe siècle par des gens qui avaient, peut-être, lu le roman et vu le film [1]. Tout comme la jugeote paresseuse, la bêtise humaine adore les uniformes ; elle n'est pas regardante sur le fournisseur, pourvu qu'elle puisse avoir sa dose.
3Soyons justes, pourtant : le masque a eu de meilleures fréquentations. Bien avant les cagoules blanches, les villages d'Europe se rendaient justice à visage noirci, casseroles au poing – le charivari, ce vacarme nocturne offert au mari qui bat sa femme, à la veuve remariée trop vite, au notable qui abuse [2]. En 1839, des fermiers gallois déguisés en femmes, conduits par une certaine « Rebecca », démontaient la nuit les barrières de péage – autre forme de masque – qui les ruinaient. Le masque fut donc parfois l'arme, le contre feu, du faible, et bien plus souvent l'alibi du fort qui se prétend faible. Toute la question est là ; il ne s'agit pas d'instruire le procès du visage caché ; il s'agit de regarder ce qu'on fait, quand on croit qu'on ne risque plus rien – absolument rien ! N'en déplaise à Levinas, tout le monde n'a pas de visage, ou certain(e)s préfèrent le cacher pour éviter d'en avoir.
4Puis le progrès est passé par là, et avec lui le goût du moindre effort. Vive l'amenuisement ! la queue de la bête s'est rétrécie. Et elle prend ça pour du progrès. Pourquoi s'esquinter à tailler du coton, risquer l'ongle incarné et la crise d'arthrite pour de la pacotille de haine, quand on peut sous-traiter sa couardise à la Silicon Valley ? On soupçonnait depuis le XVIIIe siècle, depuis ce bon docteur La Mettrie et son homme ravalé au rang de joli mécanisme d'horlogerie, que l'humain n'était peut-être qu'un rouage compliqué, et sans nul doute mal foutu. Ce qu'on n'avait pas prévu, c'est que la machine se chargerait un jour de penser à notre place, histoire de nous décharger de notre ignominie. Descartes, dans sa mission divine (métaphysique ?!), avait pourtant pris soin de ranger la pensée d'un côté, la matière de l'autre, et la bête du côté de la matière : mécanique, creuse, personne à l'intérieur. Ses lointains héritiers ont fait mieux. Par un de ces retours de balancier que Hegel aurait baptisés « ruse de la raison » – nom d'une autre machine –, ils se sont mis à jouer les bêtes eux-mêmes – automates irresponsables, abdiquant leur pensée au profit de la grande marche aveugle de la technique.
5Et voilà le piège, le vrai : on oublie trop souvent que la machine n'est pas un marteau qu'on empoigne, mais un climat dans lequel on baigne. On n'utilise pas un climat ; on le respire, puis on en crève [3]. Et l'on recommence sans vergogne ! À quoi bon, dès lors, s'encombrer d'un linceul de drap quand la modernité livre des armées de lignes de code ? Bienvenue au XXIe siècle, époque bénie où le grand frisson réactionnaire ne se planque plus sous le coton rêche de nos aïeux mais derrière un avatar fabriqué par IA ! Voici l'âge d'or du Cône 2.0 : les noces de la meute numérique, des faux profils automatisés et de la haine industrialisée par des algorithmes de recommandation – qui, remarquons-le, n'ont jamais rien haï de leur vie. Ils optimisent : c'est absolument bien pire.
6Un algorithme de recommandation n'a pas d'opinion, il a un objectif, il réclame votre attention, en quantité, le plus longtemps possible. Tandis que l'indignation est le carburant le plus rentable jamais découvert, moins cher que le pétrole [4] et infiniment renouvelable. Elle ne demande aucun effort de compréhension, elle se partage en une seconde, elle vous fait sentir du bon côté. Personne, dans les bureaux de Palo Alto, n'a décidé qu'un homme devait être jeté aux chiens un mardi soir ; on a seulement réglé une machine pour que les chiens soient toujours nourris. La cruauté, chez ces gens-là, est un effet de bord.
7Karl Marx aurait reconnu la scène, lui qui avait vu avant tout le monde ce que devient un travailleur quand la machine entre dans l'atelier : un appendice. Le tisserand ne dirige plus l'outil, c'est l'outil qui le dirige ; et le produit de son travail se dresse devant lui comme une puissance étrangère, hostile, qui l'écrase [5]. Un siècle et demi plus tard, la chose a fait un tour de plus : ce n'est plus seulement la main qu'on aliène, c'est le jugement. Lire un texte, peser une accusation, instruire un dossier : autant de travaux dont l'humanité, dans un accès de fatigue, a décidé de se délester sur un logiciel – après quoi le logiciel, tel le produit du tisserand, se dresse devant elle et lui dit ce qu'elle doit penser.
8Il y a encore plus drôle, plus nauséabond même. Marx a également décrit ce tour de passe-passe qu'il nommait le fétichisme : des rapports entre des hommes qui se donnent pour des rapports entre des choses. Un score de détection, c'est un rapport entre des personnes (qui accuse, est accusée et qui tranche) présenté comme une propriété du texte, à la manière de sa température ou de son poids. « Ce livre est à 87 % machine » : personne n'a rien décidé, c'est la chose qui l'a dit. Et derrière la chose, comme toujours, du travail humain qu'on a pris soin de rendre invisible. Les filtres qui rendent les modèles fréquentables ont été appris sur des textes étiquetés à la chaîne par des travailleurs kényans (ou dans d'autres pays africains et d'Asie) payés entre un et deux dollars de l'heure, à lire des descriptions d'horreurs pendant neuf heures [6]. Donc la machine à ne pas se salir les mains a ses propres mains sales ; elles sont au Kenya et ailleurs dans le Sud. Une nouvelle machine coloniale qui ne dit pas son nom. Voilà le secret du Cône 2.0 : il est taillé dans une étoffe qui se lave ailleurs et dont on se bouche le nez et les yeux.
9Dans Severance [7], les employés de l'entreprise Lumon se font implanter une puce qui sépare leur mémoire en deux. Celui du bureau ne connaît que le bureau, celui du dehors ne sait rien de ce qu'on y fait. Le premier trie à longueur de journée des colonnes de chiffres dont personne ne lui a jamais dit l'usage ; le second rentre dîner, l'âme légère. Chacun peut jurer, en toute sincérité, qu'il n'est pas responsable de ce que fait l'autre, et l'entreprise, ravie, appelle cela l'équilibre (Severance) entre vie professionnelle et vie privée. Marx y aurait reconnu l'aliénation élevée au rang de procédure médicale, avec « consentement » à la clé. C'est aussi le cône le plus achevé qu'on ait jamais conçu : un masque qu'on ne peut plus retirer, puisqu'on ne se souvient pas de l'avoir mis. Freud ergoterait à plein poumon sur ce phénomène.
10Précisons tout de suite ce que j'entends par là, car « cône » est un mot commode – un mot valise même (faisons tourner à fond la planche à haine !) – et je m'en méfie. Le Cône 2.0 n'est pas un simple bout de tissu numérique posé sur une tête haineuse. C'est un principe : tout ce qui permet d'agir sans avoir à répondre de son acte. Le drap en était la version artisanale. Le pseudonyme, le bot, le score d'un logiciel, le « je ne fais que poser des questions », le « projet collectif », le communiqué qui invoque l'intégrité d'une institution en sont les déclinaisons modernes, de la plus vulgaire à la plus distinguée. Il existe des cônes en coton, des cônes en silicium et des cônes en papier à en-tête. Retenez cela, car nous y reviendrons : le lecteur qui croirait qu'il n'est ici question que d'énergumènes en pantoufles passerait à côté du plus intéressant, à savoir ceux qui portent la cravate.
11Commençons tout de même par les énergumènes, qui ont le mérite de la franchise involontaire. L'extrême « droite » 2.0 (mais une droite qui sinusoïde comme une pluie de météorites folles), celle qui parade en costume-cravate sur les plateaux d'information en continu tout en lâchant ses nervis dans les égouts de la toile, a trouvé dans l'anonymat des réseaux et les générateurs de texte le moyen suprême d'externaliser sa brutalité. Qu'on ne s'y trompe pas : ces groupuscules et leurs militants de pacotille fournissent le cas d'école le plus voyant, pas le plus vaste. Sous le vacarme couve un mal plus large, moins partisan, plus sournois – la liquidation méthodique de la responsabilité par l'automatisation du lien social. L'idéologie n'est que le prétexte. Le sujet, c'est l'homme qui n'a plus à répondre de rien.
12À quoi bon, en effet, assumer à visage découvert ses pulsions xénophobes et thanatologiques, ses paniques identitaires et sa misogynie de comptoir, quand un bataillon de bots scriptés peut dégobiller la même bouillie à votre place, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sous des pseudos de marbre antique (« Marcus_Aurelius_88 » – ce qui ferait pleurer l'empereur stoïcien) ou derrière des portraits tout frais sortis de Midjourney ? Le ressort psychologique est un vieux classique, simplement dopé aux microprocesseurs : le masque désinhibe, il permet de cacher son miasme et sa propre insignifiance dans une belle drapée [8]. Le monsieur qui n'oserait pas contredire une retraitée à la boulangerie réclame en ligne, d'une voix ferme : l'expulsion de trois millions de gens qu'il n'a jamais croisés. Il est chez lui, en pantoufles, invisible : ça change un homme, hein !
13Le lynchage, désormais, est assisté par ordinateur. L'agresseur n'est plus le milicien encagoulé au coin d'une ruelle sombre ; c'est une hydre à mille avatars synthétiques, un essaim de profils vides qui crache son fiel à distance respectable, à l'abri de l'opacité bienveillante des serveurs. Le milieu numérique n'a rien de neutre : il fonctionne, en l'espèce, comme une prothèse de la lâcheté, cet appendice qu'on a cru que le progrès avait éliminé. La machine absorbe la responsabilité morale de l'individu, la digère, la banalise, puis la lui rend sous la forme d'un petit cœur rouge et de quelques milliers de « j'aime » : like, like, like, lllliiiikkkkeeeeee !!! Comme un doigt coincé sur une touche. Songez à la commodité. Plus de réunion le jeudi soir au fond d'une grange, plus de plan de table, plus d'essence pour la croix. Un abonnement, une carte bancaire et un tutoriel de dix minutes suffisent à lever une milice. La haine en libre-service, avec option premium pour les plus pressés et livraison sous vingt-quatre heures.
14Le plus savoureux dans la farce, c'est encore le retournement de veste, réglé comme du papier à musique. Ces mêmes pyromanes, retranchés dans leur bunker de pixels, hurlent à la « censure » et au « totalitarisme » dès qu'un modérateur un tantinet courageux efface l'un de leurs appels au meurtre. La liberté d'expression, chez eux, c'est le droit de tirer sans jamais être touché. Notez que le hurlement est lui-même automatisé : vingt comptes, un seul texte, les mêmes trois fautes ! Ou tout écrit en abrégé, pour faire chic ! Tant pis pour ceux qui ne maitrisent pas ce novlangue !
15Voici ce que cela donne, vu du côté de celui qui reçoit. Prenons un homme qui n'existe pas et qui existe mille fois ; appelons-le Paul, par commodité. Il est 21 h 12, un mardi. Paul dîne. Son téléphone vibre sur la table, une fois, puis dix, puis il cesse de compter les vibrations pour compter les noms, tous inconnus. Un extrait de phrase, arraché de son contexte, découpé, remonté, a fait le tour d'une communauté qui n'est pas la sienne. Personne ne l'a lu en entier (et on n'a plus le temps pour le faire d'ailleurs : c'est l'ère de l'émiettement, du partiel et du partial imposé en modèle absolu). Vers 22 h, on cite son employeur. Vers 23 h, quelqu'un a retrouvé le prénom de sa fille. À minuit, un compte à l'avatar mythologique lui explique, avec des fautes d'accord (preuve qu'il est humain !? car impossible à la machine de se tromper !), qu'il est un imposteur et que les imposteurs finissent mal. À deux heures du matin, Paul n'a plus faim, ni sommeil, ni certitude de rien, et pas un des cinq mille qui l'ont couvert de boue ne se souviendra de son nom au réveil. Chacun n'a fait qu'un petit geste : un clic, un partage, un mot. Chaque geste est anodin, vous pouvez le vérifier ; c'est leur somme qui est un crime, et la somme n'a pas de signataire.
16Il y a ici une objection sérieuse, et je préfère la formuler moi-même avant qu'on me la jette : sans pseudonyme, pas de lanceur d'alerte, pas de dissident, pas d'adolescent qui ose dire son homosexualité dans une ville où cela peut coûter cher. Voltaire était un pseudo. Les auteurs des Federalist Papers signaient « Publius ». En 1995, la Cour suprême des États-Unis a rappelé que l'anonymat d'un tract était un bouclier contre la tyrannie de la majorité [9]. Tout cela est vrai, précieux, et je ne demanderai jamais qu'on l'abolisse. Mais notez bien le mot « bouclier ». L'anonymat protège celui qui parle contre un pouvoir qui peut le frapper, le bâillonner, le tuer. Il n'a jamais été conçu pour protéger la meute contre un homme seul, et il faut un certain talent pour retourner à ce point le sens d'un outil.
17Le critère est presque enfantin : que risque celui qui se cache, et que risque celui qu'il vise ? Le dissident risque la prison pour dire à l'État ce que l'État ne veut pas entendre. Le troll risque de manquer son quota de haine pour dire à un inconnu qu'il ne mérite pas de vivre. Aucun tribunal de bon sens n'accorderait la même protection à ces deux gestes, et pourtant nous accordons la même à peu près partout, par paresse et par principe, ce qui est la façon la plus élégante de confondre les deux.
18En gardant la tête froide – ce qui n'est plus la spécialité de l'époque –, voyons des cas réels. Jason Arday, d'abord : sociologue britannique, devenu en 2023, à trente-sept ans, le plus jeune professeur noir de l'histoire de Cambridge. Une ascension racontée avec la ferveur qu'on réserve aux belles histoires, c'est-à-dire avec cette tendresse suspecte qui prépare toujours la vérification. La presse britannique adore les belles histoires, jusqu'au jour où elle adore les démonter. En juillet, un universitaire américain qui se réclame du « réalisme racial » – et ce n'est pas la première fois dans l'histoire européenne que le mot réalisme devient un adventice – l'accuse de plagiat. Alors les grands journaux se mettent à fouiller son parcours, et certains exploits, sportifs ou caritatifs, sont contestés. Cambridge et son collège annoncent des enquêtes. Il démissionne le 5 août et est retrouvé mort chez lui neuf jours plus tard. Quelques semaines ont suffi. L'université qui avait délivré son doctorat a conclu, après examen, que le diplôme tenait.
19Ce qui s'est passé dans sa tête, personne ne le sait ; l'enquête du coroner n'a rien conclu et la police n'a rien trouvé de suspect. Ce que je sais est plus modeste et plus têtu. On a le droit, le devoir même, de demander à un professeur de Cambridge d'où viennent ses titres et ses chiffres : le journalisme d'enquête n'est pas un cône, et ceux qui le croient servent fort mal ceux qu'ils prétendent défendre. Mais entre poser une question et empiler, des semaines durant, des centaines d'articles pour la refermer sur un seul homme, il y a une distance, et elle porte un nom d'ordo geometricum : la proportion. Sa famille parle de trois ans d'abus continus ; lui-même dénonçait une campagne à « motivation raciale » ; des proches et des collègues disent qu'il n'en pouvait plus. Des paroles de témoins, pas des verdicts, et je les rapporte comme telles, sans chercher à les rendre plus commodes.
20Voici en revanche ce que ce cas enseigne au pamphlétaire, à sa grande confusion : ici, le cône n'a pas de faux profil. Il a des noms comme faux avec sa faucille comme adjuvant. Il signe des tribunes, tient des rubriques, brandit une carte de presse et des affiliations universitaires. Ceux qui ont poursuivi cet homme n'étaient pas des robots, mais des gens ; et parmi eux, au milieu de ceux qui posaient leurs questions dans les règles, il y en avait pour remplir sa boîte aux lettres de courriers racistes, au point que l'université a dû faire installer chez lui des alarmes antipaniques et filtrer son courrier. Le Cône 2.0 n'est donc pas nécessairement anonyme ; il lui suffit d'être collectif. L'un publie, l'autre relaie, un troisième commente, un quatrième envoie le message que la modération n'a pas arrêté (que l'algorithme dope pour faire du buzz, et encore plus de buzz, car ça rapporte). Nul n'a tenu la corde. C'est le raffinement suprême : un lynchage sans lyncheur, où chacun peut jurer, la main sur le cœur, qu'il n'a fait que sa petite part.
21Hannah Arendt avait un nom pour cela : la bureaucratie, c'est-à-dire le gouvernement de Personne [10]. Personne n'a décidé, Personne n'a frappé, et Personne, cela va sans dire, ne sera poursuivi. L'ironie a des endroits où elle ôte son chapeau. Elle l'ôte ici, quelques lignes, et le remettra plus loin sur des têtes qui l'auront mérité, sans aucun égard pour celles qui viennent d'être coupées.
22Le second cas est tout frais, il est d'actualité. Il ramène à l'objet même de ce texte : la machine dans le fauteuil du juge. Thélyson Orélien, romancier québécois d'origine haïtienne, publie un premier roman, C'était ça ou mourir – l'errance, à travers douze pays, d'un professeur qui fuit une île livrée aux gangs. Boréal à Montréal au printemps, Grasset à la rentrée : le livre se vend, décroche des prix, s'invite dans les premières sélections d'automne. Toutes les cases du conte de fées éditorial sont cochées, sauf la dernière, celle où l'on ferme le livre et où l'on éteint. Un lundi, donc, surgit un compte anonyme, jusque-là inconnu de tous, baptisé – je n'invente rien, et je m'abstiens de commenter ce que cela peut avoir de piquant pour l'auteur de ces lignes, quel qu'il soit – « Balance ton Claude ». Il accuse l'écrivain d'avoir fait écrire son livre par une intelligence artificielle, sur la foi des analyses d'un logiciel de détection [11].
23Deux jours plus tard, pour faire bonne mesure, des accusations de plagiat, sur des textes de plus de dix ans. Les dominos tombent dans l'ordre : l'éditeur québécois suspend la promotion, un salon déprogramme, une dédicace marseillaise s'évapore. Et le vendredi, l'Académie Goncourt – dont le président réclamait, quelques jours plus tôt, des preuves irréfutables avant de jeter l'opprobre sur un auteur – retire le roman de sa sélection, jugeant qu'il est très vraisemblablement, pour l'essentiel, le produit d'une machine. Quatre jours, de la première publication d'un compte que personne ne connaissait à l'expulsion d'un roman de la course au plus prestigieux prix du pays. Un pont de mai dure plus longtemps.
24Que faut-il en penser ? Ceci d'abord, avec la sérénité de celui qui ne sait pas : je ne sais pas si Thélyson Orélien a écrit son livre seul. Vous non plus. Lui l'affirme, prépare un dossier pour le prouver et assure que son projet précède les outils modernes ; son éditeur français le soutient. Les accusations de plagiat, elles, sont d'une autre nature, et je les traite à part : selon la presse spécialisée, elles portent sur des fragments – un article, quelques phrases d'un livre de 1960 – non sourcés. Voilà qui s'instruit : deux textes, une table, une paire d'yeux. Ce n'est pas la même affaire qu'un pourcentage, et il serait honnête de ne pas mélanger les deux pour prendre de l'élan.
25Ensuite, ceci : l'un des membres du « projet collectif » qui se cachait derrière le compte s'est dévoilé le vendredi. Un essayiste, chroniqueur au Figaro, qui dit n'avoir agi que par crainte de voir l'IA emporter l'écriture et la lecture, et jure que ni les idées de l'auteur ni le sujet du livre n'entraient en ligne de compte. Je le crois sur parole, ou à peu près, ce qui est déjà beaucoup pour un pamphlétaire. Rien de ce que j'ai lu n'en fait des militants d'extrême droite, et je ne leur en prêterai pas pour la commodité de ma thèse. Leur angoisse devant la fin de la littérature est même honorable. Seul ce qu'ils en ont fait l'est moins : on commence sous pseudonyme, on fait parler un logiciel, et l'on laisse les institutions se charger de la suite. C'est l'avantage, avec les institutions : elles ont du papier à en-tête.
26Regardez la chaîne, c'est un chef-d'œuvre d'hygiène. Le compte a « signalé ». Le logiciel a « indiqué ». Le salon a « déprogrammé ». L'éditeur québécois a suspendu la promotion pour le bien-être de son auteur, précaution sans infamie qui produit, à l'arrivée, l'effet d'une condamnation. L'Académie, elle, a préservé l'intégrité du prix, ce mot qui ne coûte rien et qui absout tout. Chacun a tourné un bouton, et le verdict est sorti de la machine comme un ticket de caisse. Personne n'a jugé ; tout le monde a constaté. C'est le cône de velours : on ne vous pend pas, on vous retire de la sélection. Pendant ce temps, une maison d'édition annonçait, sans rapport direct avec l'affaire, un label « 100 % humain » pour ses livres de littérature : la pureté certifiée, avec logo. Le drap blanc, version catalogue. On attend le label « sans correcteur » pour les fâcheux qui ont eu la faiblesse de se faire relire.
27Notez au passage la situation créée pour tout écrivain vivant : il faut désormais prouver qu'on est humain, comme on prouve qu'on est solvable. Brouillons datés, versions successives, carnets, sauvegardes, témoins. Nous voici priés d'exhiber nos ratures pour obtenir le droit d'être crus, et de mal écrire un peu, par précaution, afin de ne pas ressembler à un bon texte. Kafka, qui avait le sens de ces choses, aurait vu là un excellent début de roman : l'homme qui doit démontrer devant un guichet qu'il est l'auteur de sa propre phrase. Il aurait seulement hésité sur le nom du guichet.
28Reste le logiciel, grand oracle de cette affaire. Il faut être équitable avec lui aussi, et je l'ai été assez peu jusqu'ici. Les premiers détecteurs étaient « des bons à rien », au sens propre : en 2023, des chercheurs de Stanford ont montré que sept d'entre eux prenaient pour de la prose de machine plus de la moitié des rédactions d'étudiants étrangers, tout en lavant de tout soupçon les copies de collégiens américains [12]. Ces outils-là condamnaient les pauvres et absolvaient les bien-nés, ce qui est une belle performance pour des machines censées être impartiales. Ils mesuraient, en gros, le degré de surprise d'une phrase : trop prévisible, donc robot. Prime au charabia, pénalité à la phrase qui se tient. Ce n'est plus tout à fait de ceux-là qu'il s'agit. Les détecteurs de la génération actuelle sont, de l'avis de plusieurs évaluations, sensiblement meilleurs ; celui dont il est question dans l'affaire Orélien revendique un faux positif pour dix mille textes humains, et des tests indépendants le situent à un pour cent ou moins [13]. Je n'ai aucune raison de traiter ces chiffres à la légère.
29Ce que j'ai des raisons de traiter avec méfiance, c'est l'usage qu'on en fait. Un taux d'erreur infime est excellent quand on vérifie une copie ; il l'est moins quand on passe au crible des milliers de manuscrits, de traductions, de textes retouchés par un éditeur, un correcteur, un ami, où le mot « IA » peut recouvrir une correction orthographique aussi bien qu'un roman entier. Surtout, un score n'est pas un fait. C'est une probabilité, c'est-à-dire une opinion chiffrée, dont l'aspect scientifique est proportionnel à la crédulité de celui qui la reçoit. Personne ne condamnerait un homme sur la foi d'un radar dont le fabricant garantit qu'il se trompe rarement. On le fait pourtant, désormais, pour des livres, des thèses, des carrières.
30Il existe une autre manière d'établir qu'un livre a été écrit par quelqu'un, et elle est très vieille : on demande ses papiers au livre. Les états successifs du manuscrit, les dates des fichiers, la correspondance avec l'éditeur, les corrections de l'éditrice, les repentirs, les pages qu'on a jetées et celles qu'on a reprises. Une genèse laisse des traces, comme un incendie. C'est un travail d'enquêteur, lent, ingrat, qui ne rapporte aucun clic ; c'est aussi le seul qui mérite le nom de preuve. Qu'un jury littéraire préfère un pourcentage à un dossier de genèse en dit long sur le siècle : on croit plus volontiers ce qui vient d'une boîte noire que ce qui vient d'un tiroir.
31Passez-moi au détecteur, je vous en prie : il me déclarera humain à 63 %, puis machine à 87 % après relecture, et il faudra qu'on m'explique l'arithmétique. Nous voilà embarqués dans une boucle absurde. Pour détecter la haine, traquer les faux profils, dénombrer les armées de bots, décider si un texte est authentique, qui convoque-t-on à la barre ? La machine, encore et toujours. On la charge d'être tout à la fois gendarme, juge et partie, et l'on s'en remet à ces prophètes de silicium comme d'autres consultaient jadis les entrailles d'un poulet. N'y voyez pas une tragédie sisyphéenne : Sisyphe, au moins, connaissait la sueur, la roche, l'effort ; son destin était tragique, mais humain de bout en bout. Ici, rien de tel. Pas de rocher héroïque, seulement un glissement perpétuel sur un toboggan de pixels, où des automates jugent des automates pendant que les vrais pyromanes sirotent leur spritz en regardant le monde brûler au rythme des requêtes serveur.
32Silo [14], autre rayon du même catalogue, pousse le raisonnement jusqu'au bout. Des milliers de gens vivent dans une tour enfouie, et ne connaissent le dehors que par des écrans, qui leur montrent un monde ravagé, toxique, mortel. La règle cardinale est simple : quiconque exprime le désir de sortir y est envoyé pour nettoyer les objectifs des caméras extérieures, et n'en revient pas. Personne n'a besoin de le pendre, ni même de le juger : le rituel s'en charge, et l'image sur le mur, chaque fois, confirme que le dehors est bien mortel. La preuve, c'est le cadavre ; le cadavre, c'est la preuve. Le système ne ment pas, il se valide lui-même. Reprenez la scène : un verdict qui sort d'un écran, une sanction qui confirme le verdict, et une communauté qui dort tranquille parce que personne, dans la chaîne, n'a eu à décider. Il faut une mécanicienne têtue pour aller vérifier ce que montrent les caméras. Le silo (ou les silos) même s'il a besoin de maintenance, n'est pas seulement un décor ou un abri, c'est aussi une gigantesque machine fermée où la souveraineté elle-même a été transférée à l'algorithme (ou à l'infrastructure mécanique, un Leviathan). Ainsi, le pouvoir n'est plus humain, il est machinique et les habitants ne font qu'entretenir les rouages qui les asservissent.
33Tout ceci nous conduit à l'écriture elle-même, au plagiat, à ce qu'il reste de littérature quand une machine sait en faire l'imitation. Une drôle de police s'est levée sur les réseaux : des experts en peau de lapin, autoproclamés gardiens du temple de l'authenticité humaine, qui passent leurs journées à renifler les textes pour y débusquer la structure un peu dense, la subordonnée trop bien ficelée, le moindre frémissement de style. Dès qu'un paragraphe dépasse le niveau d'un tweet de militant identitaire en rut, ils dégainent : « Aha ! C'est une IA ! » La syntaxe, jadis vertu, est devenue pièce à conviction. Un point-virgule, et vous voilà en garde à vue. (Comptez les miens ; je compte sur vous.)
34Poussons l'interrogation. Ces modèles de langage sont nourris de milliards de textes glanés aux quatre coins du web : nos esprits étriqués y voient le plagiat à l'état pur, une vaste machine à digérer, à régurgiter, à recracher le travail d'autrui. Soit. Mais que serait la littérature sans cette rumination ? Personne n'écrit depuis nulle part. Toute phrase est une phrase d'occasion, retapée, qui a déjà servi. La musique tient debout avec quelques notes réemployées à l'infini ; l'alphabet, avec ses vingt-six signes, bâtit toutes les bibliothèques du monde. La répétition n'est pas l'ennemie du neuf, elle en est la fabrique : c'est à force de rejouer les mêmes gammes qu'on finit, parfois, par faire entendre autre chose. Un texte se branche sur d'autres textes comme une prise sur une multiprise ; l'IA, avec sa logique statistique, ne fait que singer cette plomberie du vivant.
35Il fut pourtant un temps où l'on rêvait de la machine sans frissonner. En novembre 1967, à Turin, Italo Calvino annonça que l'on pourrait bientôt se passer des écrivains [15] : la littérature, disait-il en substance, est un jeu combinatoire qui explore les possibles de sa propre matière, indépendamment de la personne qui tient la plume, et rien n'interdit d'en confier la combinaison à un mécanisme. Le plus drôle est que cela le soulageait. Il y voyait une hygiène, un exercice de lucidité, comme le joueur d'échecs qui consent qu'on lui rappelle que la partie obéit à des règles. Sa machine avait une vocation classique, exacte, studieuse ; et la vraie, celle qui mériterait son nom, serait celle qui, saturée d'ordres, éprouverait elle-même le besoin de fabriquer du désordre, une avant-garde, pour desserrer ses circuits. Une machine capable de s'ennuyer d'elle-même et d'aller chercher le fantôme. Voilà, dans la bouche d'un écrivain, un programme : une machine qui ouvre des possibles. La nôtre les ferme. Elle n'écrit rien, elle tranche tout ; on ne lui demande pas de faire lever des fantômes mais d'attester que personne n'est là ; on ne l'a pas conçue comme un miroir mais comme un guichet. Calvino rêvait d'une prothèse de l'imagination ; on nous a livré une prothèse de la haine, avec mode d'emploi, abonnement et service après-vente.
36Pour mesurer ce qui manque à la nôtre, songez à ce Pierre Menard que Borges a inventé, cet homme qui s'acharne à écrire le Quichotte – non à le copier, à l'écrire, mot pour mot, trois siècles après Cervantes, de sorte que la même phrase, devenue autre, change d'ironie et d'épaisseur [16]. La machine, elle, rejoue les livres du monde en ignorant tout du génie qui les a fondés ; elle n'a ni le siècle, ni la peine, ni la migraine. Ce qui sépare Menard de la machine n'est pas le texte, identique, mais la dette : Menard sait à qui il doit ce qu'il écrit, et il en répond.
37Voilà, je crois, le vrai critère, et il est plus exigeant que la pureté d'origine, qui n'a jamais existé. On ne peut pas demander à un auteur d'avoir écrit dans un désert ; on peut lui demander de répondre de ce qu'il a signé. Une signature n'est pas la preuve d'une solitude, c'est une promesse d'imputabilité : je suis là, c'est moi, questionnez-moi, prouvez-moi que j'ai tort. Le cône, c'est très exactement le contraire. Ce que ses adeptes détestent par-dessus tout, ce n'est ni l'intelligence artificielle ni le prêt-à-penser – ils en usent à grande échelle pour saturer l'espace public de haine en série. Non : ce qu'ils haïssent, c'est l'intention, la complexité, la liberté d'une pensée humaine qui refuse de plier devant leur catéchisme. Et le soupçon « c'est une IA » leur fait à merveille l'affaire : un tampon sur la pensée d'autrui, rapide, gratuit, sans motif.
38Le pouvoir moderne, du reste, n'enferme plus les corps dans des casernes ; il les tient dans un courant continu de modulation, où l'on n'a jamais fini de rien – ni d'être évalué, ni d'être noté, ni d'être jugé [17]. Les trolls n'ont qu'à se brancher sur ce courant pour y décharger, en toute impunité machinique, leur pulsion de mort.
39Reste à comprendre ce qui se passe dans la tête de ces infatigables « défenseurs de la civilisation à tout prix ». Pour cela, il faut quitter les grands boulevards de la modernité et descendre. Ces militants de la haine ne font pas que parader, ils creusent. On pense, irrésistiblement, à la bête de Kafka et à son terrier – ce refuge souterrain, labyrinthique, obsessionnel, où une créature s'isole d'un dehors qu'elle peuple d'ennemis invisibles et s'épuise à fortifier des galeries qui ne mènent qu'à sa propre paranoïa. Chaque bruit au loin est un ennemi, chaque silence une ruse. Tel est le tropisme de l'extrême droite 2.0 : un espace mental confiné, saturé de grand remplacement, où l'on se terre derrière des pseudonymes pour mieux guetter les bruits de la surface. Ajoutez le forum privé, la messagerie chiffrée, le salon à vingt abonnés : une galerie de plus, un verrou de plus. Ils appellent ça une communauté ; d'autres, un cul-de-sac avec wifi.
40Dans ce huis-clos, la violence tourne à la jouissance. Comment ne pas reconnaître, dans ces tribunaux de pixels où l'on torture des réputations avec la minutie glacée d'un guichet de préfecture, l'appareil de la Colonie pénitentiaire – cette machine à herse qui grave la sentence, lentement, dans la chair du condamné, sous l'œil un peu las de l'officier ? À ceci près que l'appareil s'est démocratisé : il tient dans la poche, s'allume du pouce, et grave l'opprobre en temps réel, sans laisser au condamné le temps de lire sa faute – souvent parce qu'il n'y en a pas, ou parce qu'elle est bien moindre que la peine. Sade y aurait vu la signature de la souveraineté, l'autre réduit à l'état d'objet pour un plaisir mécanique ; Bataille, le vertige de l'interdit brisé, la dépense sacrificielle qui ne produit rien que de la fumée. Nos meutes ne font pas autre chose, en plus pauvre : elles sacrifient des vies sur l'autel de leur néant identitaire et consument l'autre dans un feu de joie virtuel pour se prouver qu'elles existent. Le malheur est qu'un feu de joie manque toujours de bûches. Il en faudra d'autres. La soif n'est jamais étanchée car inétanchable.
41Mesurez tout de même l'écart, car il est obscène. Il fallut à Kafka une colonie lointaine, un officier fanatique et un appareil d'acier ; il fallut à Sade un château perdu dans la montagne, des murs épais et des valets muets. Il nous faut, à nous, un abonnement mensuel. La Silicon Valley – Magnus deus machina – nous vend la herse de poche, l'algorithme qui désigne le condamné et la tribune d'où l'on crie à la mort ; puis, au rayon voisin, avec un sens du commerce qu'il faut bien saluer, le film de notre servitude : Severance pour l'aliénation au bureau, Silo pour le mensonge d'en haut, Murderbot [18] pour la consolation. Elle nous loue l'instrument du supplice et le spectacle de notre supplice, la pièce et la critique de la pièce, en 4K, sous-titres inclus, résiliables à tout moment. Jamais la servitude volontaire n'avait offert une période d'essai gratuite.
42Mais, hélas, le cône a changé de matière première. Il a troqué le coton rêche et poussiéreux des vieilles milices sudistes contre la fibre optique des fermes de serveurs, l'algorithme qui note et le communiqué qui absout. La bave, elle, n'a pas bougé : épaisse, nauséabonde, vomie par des individus qui refusent qu'on les voie répondre de leurs actes, du troll en pantoufles au comité en cravate. Car aussi sophistiquée, aussi fluide, aussi brillante que puisse être la machine – qu'on l'emploie à lyncher ou qu'on l'invoque pour rendre justice –, derrière l'écran, derrière la ligne de code, derrière le score et derrière le communiqué, il y a toujours quelqu'un en chair et en os qui choisit, en toute conscience, d'appuyer sur la touche.
Jean Claude Noël
[1] Le Klan des années 1860 s'accoutrait de façon disparate. L'accoutrement blanc à capuchon pointu doit beaucoup au roman de Thomas Dixon, The Clansman (1905), et au film de D. W. Griffith qui l'adapte, The Birth of a Nation (1915), dont le succès non seulement est à l'origine d'une épistémè et surtout accompagne la refondation du Klan à Stone Mountain (Géorgie) la même année. On voit bien comment fiction et réalité se rejoignent, voire comment la fable crée non pas une réalité mais une phantasia – et pourquoi pas aussi fantasia quand on pense aux chevauchées dans le film.
[2] E. P. Thompson, « “Rough music” : le charivari anglais », Annales E.S.C., 1972.
[3] Voir notamment Jacques Ellul, La Technique ou l'enjeu du siècle, 1954.
[4] Mais c'est aussi du pétrole. P. Pasolini, Pétrole (1992).
[5] Karl Marx, Manuscrits de 1844 ; Le Capital (1867).
[6] Billy Perrigo, « OpenAI Used Kenyan Workers on Less Than $ 2 Per Hour to Make ChatGPT Less Toxic », Time, 18 janvier 2023 : salaires nets d'environ 1,32 à 2 dollars de l'heure, chez le sous-traitant Sama, pour étiqueter des textes décrivant des violences. https://time.com/6247678/openai-chatgpt-kenya-workers/
[7] Severance (Dan Erickson, 2022 (2 saisons, Apple TV+).
[8] Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895. Si Philip Zimbardo (1969) observa que des participantes encagoulées infligeaient des chocs plus longs que celles portant un badge nominatif, la méta-analyse de Postmes et Spears (Psychological Bulletin, 1998) nuance que l'anonymat renforce surtout la conformité aux normes du groupe, bonnes ou mauvaises. Voir aussi John Suler, « The Online Disinhibition Effect », CyberPsychology & Behavior, 2004. En bref, le masque n'invente pas la cruauté ; il la rend contagieuse quand le groupe la prescrit.
[9] McIntyre v. Ohio Elections Commission, 514 U.S. 334 (1995) : la Cour annule l'interdiction des tracts électoraux anonymes ; le juge Stevens y décrit l'anonymat comme un bouclier contre la tyrannie de la majorité.
[10] Hannah Arendt, Sur la violence (1970).
[11] C'était ça ou mourir (Boréal, mars 2026 ; Grasset, août 2026). Le 21 septembre, le compte X « Balance ton Claude » s'appuie notamment sur des analyses du détecteur Pangram ; des allégations de plagiat visant des textes de 2010 et 2014 suivent le 23 ; l'Académie Goncourt retire le roman de sa sélection le 25.
[12] Weixin Liang et al., « GPT detectors are biased against non-native English writers », Patterns, 2023 : 61 % de faux positifs en moyenne sur des rédactions de TOEFL, contre des résultats quasi parfaits sur des copies de collégiens américains. OpenAI a retiré en juillet 2023 son propre classificateur, jugé trop peu fiable.
[13] Chiffres revendiqués par l'éditeur (environ 1 faux positif pour 10 000 textes humains), partiellement corroborés par des évaluations extérieures (Chicago-Maryland ; Houston-Berkeley : 1 % ou moins). Mais 1 % appliqué à 100 000 textes humains, cela fait 1 000 innocents étiquetés machines.
[14] Silo (Graham Yost, d'après le roman de Wool de Hugh Howey, 2023, 3 saisons Apple TV+).
[15] Italo Calvino, « Cybernétique et fantômes », conférence donnée à Turin en novembre 1967, reprise dans La Machine littérature (Seuil, 1984).
[16] Jorge Luis Borges, « Pierre Menard, auteur du Quichotte », Fictions (1944).
[17] Gilles Deleuze, « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », 1990, repris dans Pourparlers (2014).
[18] Murderbot (Chris et Paul Weitz, d'après le roman de Martha Wells, 2025, Apple TV+).
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Trump’s recent statements on the economy are even more bonkers than usual | Steven Greenhouse
Our ‘genius’ president is revealing his ignorance of economics, fueling concerns about the threat he poses to the world
Donald Trump recently made a bold claim about his abilities, writing on Truth Social: “The only control or ‘guardrails’ that AI needs is a STRONG AND SMART (High IQ!) PRESIDENT, and the U.S.A. has that, in spades!”
But in the days before and after that post, Trump made one mind-boggling statement after another, including one that raised the possibility of cutting off all trade with dozens of the US’s trading partners. The president’s statements had many experts questioning not just his intelligence, but also whether he – and the outlandish policies he was proposing – were a clear and present danger to both the US economy and the world economy. Public respect for Trump’s economic sense has fallen so low that just 7% of Americans think he should take the lead in regulating AI, according to a recent WSJ poll.
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«La lutte contre les pesticides fait partie des combats antiracistes» : la colonisation chimique au cœur de la marche contre Syngenta
Plus de 15 000 personnes sont venues manifester à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), selon les organisateur·ices. © Rémi-Kenzo Pagès/Vert
«C’est une alliance nouvelle qui augure d’autres mobilisations à venir», prévient Fanny Métrat, porte-parole du syndicat agricole Confédération paysanne. Ce samedi, l’agricultrice, debout sur un camion, harangue la foule venue nombreuse – 15 000 personnes selon les organisateur·ices. Réuni·es à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), elles et ils manifestent contre les pesticides et l’entreprise Syngenta, leader mondial de la production de ces substances.
La multinationale est au centre des débats lors de cette marche organisée par Les Soulèvements de la Terre, Cancer colère, le collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) et la Confédération paysanne. «C’est extraordinaire : il y a des malades, des paysans, des soignants», liste Fleur Breteau, de Cancer colère. On retrouve aussi des collectifs antiracistes, venus dénoncer le «colonialisme chimique».
Le terme, inventé par la géographe brésilienne Larissa Mies Bombardi, désigne le fait de produire des pesticides interdits localement à cause de leur dangerosité pour les exporter vers des pays (souvent pauvres) où ils sont autorisés.
«Ce n’est pas connu du grand public, explique l’activiste Léna Lazare, des Soulèvements de la Terre. Mais, pour nous, c’est désormais un fil rouge, sur la base d’alliances avec des collectifs concernés, comme Vietnam Dioxine ou le Coaadep.» Le premier est engagé contre l’agent orange, un herbicide connu pour son utilisation durant la guerre du Vietnam. Le second, le Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides, qui milite contre le chlordécone, un insecticide pulvérisé dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique jusqu’en 1993.
Des délégations internationales ont également participé à la manifestation du 3 octobre. © Rémi-Kenzo Pagès/Vert
Cette jonction nouvelle, qui explique en partie le succès de la mobilisation, est le fruit d’un long travail. «C’est la deuxième fois, après l’action contre BASF, qu’on parle de colonialisme chimique», rappelle Léna Lazare. En novembre 2025, des représentant·es de ces mêmes organisations étaient entrées dans une usine de pesticides de l’entreprise allemande à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime). Les manifestant·es y avaient trouvé du Fipronil, un insecticide interdit en France mais utilisé dans d’autres pays.
«La pierre angulaire de cette organisation»
Pendant la marche à Saint-Pierre-la-Garenne, les organisations exigent l’interdiction de vendre des pesticides à des pays tiers. De son côté, Syngenta se défend en affirmant que «toute exportation de produits dangereux depuis l’Europe s’effectue sous le contrôle réglementaire du pays importateur». «C’est un commerce indécent, on n’en peut plus de ces postures de domination», plaide Fanny Métrat, du haut de son camion.
Le sujet dépasse les frontières hexagonales et une question taraude les manifestant·es : pourquoi la santé des communautés étrangères semble-t-elle reléguée au second plan sans que les institutions européennes n’interviennent ? «D’ailleurs, tous les continents sont représentés dans cette coalition», précise Loan (le prénom a été modifié), qui s’occupe de la coordination internationale pour Les Soulèvements de la Terre.
La manifestation est partie de la ville de Gaillon pour rejoindre Saint-Pierre-la-Garenne via un parcours de six kilomètres. © Rémi-Kenzo Pagès/Vert
«Il est essentiel de penser cette action dans un contexte mondial, depuis notre position occidentale. On doit suivre les traces du mouvement des sans-terre au Brésil [en faveur des paysan·nes qui ne possèdent pas de terres, NDLR] et de tous les paysans du monde, avec le colonialisme chimique comme pierre angulaire.»
Une prise de conscience qui explique la présence d’un cortège dédié au sein de la marche. Et celle de structures rarement associées aux luttes écologistes. «Pourtant, on est pleinement concernées, estime Julie Nguyen, de Génération panasiatique, une association antiraciste qui regroupe des personnes issues des communautés asiatiques. La lutte contre les pesticides fait partie des luttes antiracistes parce qu’on vient de pays qui sont lourdement impactés. L’Inde, par exemple, est le pays où l’on meurt le plus à cause de ces produits.» C’est ce que montre une étude publiée dans la revue Frontiers in public health.
Le pionnier de l’agent orange
Le choix de Syngenta pour illustrer le colonialisme chimique n’est pas un hasard. Plusieurs histoires reviennent en boucle dans le cortège. «C’est une entreprise qui a financé des milices, notamment au Brésil, pour assassiner des paysans», rappelle Loan. En 2018, la cour de justice de l’État brésilien du Paraná a condamné Syngenta pour avoir commandité le meurtre de Valmir Mota de Oliveira, un syndicaliste paysan.
Surtout, ce colonialisme chimique trouve un débouché dans les guerres et des liens avec l’industrie militaire. C’est ce que dénoncent les membres du collectif Vietnam Dioxine, qui ont depuis longtemps Syngenta dans le collimateur. Pour cause : son ancêtre, Imperial Chemical Industries (ICI), est un pionnier de la production de l’agent orange.
Un imposant cortège contre le colonialisme chimique, se situait au centre de la manifestation.© Rémi-Kenzo Pagès/Vert
Avant d’être massivement épandu par l’armée étasunienne lors de la guerre du Vietnam, ce défoliant développé par ICI était utilisé par l’armée britannique entre 1952 et 1954 pour mater l’insurrection communiste en Malaisie. «Ils ont inspiré les multinationales américaines de l’agrochimie comme Monsanto, qui ont ensuite produit l’agent orange durant la deuxième guerre d’Indochine», confirme Tom Nico, de Vietnam Dioxine.
«Fer de lance de la colonisation israélienne»
Plus récemment, Syngenta est aussi pointée du doigt pour son rôle dans la colonisation israélienne en Palestine. La multinationale possède une filiale, Adama, installée dans les territoires occupés. «C’est important pour nous d’être là pour dénoncer ce colonialisme chimique, explique Lucie (le prénom a été modifié), d’Urgence Palestine. Adama participe à des épandages massifs, notamment avec du glyphosate, qui servent les intérêts de l’armée israélienne pour occuper et récupérer les terres, puis pour expulser et attaquer la santé des populations.» «Adama spolie l’eau, détruit des villages et des communautés paysannes sur le plateau du Golan», ajoute Fanny Métrat, de la Confédération paysanne.
Le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO), l’une des organisations à l’origine de la manifestation, veut «rendre visible toutes les victimes oubliées». © Rémi-Kenzo Pagès/Vert
«Depuis la création de l’État d’Israël, l’agrochimie est l’un des fers de lance de la colonisation de la Palestine. Elle fait des expérimentations agricoles dangereuses pour l’environnement et la santé, détruit les moyens de subsistance des paysans… Ils épandent aussi des litres de pesticides à la frontière avec le Liban ou avec Gaza pour permettre à l’armée de contrôler plus facilement ces zones, complète Jean (il n’a pas souhaité donner son nom), un militant des Soulèvements de la Terre. La lutte pour la libération de la Palestine est une lutte pour défendre des manières d’habiter et de cultiver les terres.»
«Une victoire politique»
L’intégration de ces sujets dans les luttes écologistes motive les troupes. Toutes les figures antiracistes rencontrées témoignent de leur enthousiasme. «Ce front est inédit, affirme Tom Nico. C’est une bonne nouvelle d’avoir une action aussi concrète ensemble.»
«C’est vraiment une victoire politique ; on avance dans la prise en compte des questions antiracistes dans le milieu écologiste», s’enthousiasme l’universitaire spécialiste des enjeux raciaux et écologiques, Renda Belmallem. «Maintenant, il faut se battre pour que ça s’inscrive sur le long terme ; ça doit appeler à d’autres initiatives», poursuit Tom Nico.
Fleur Breteau, porte-parole et cofondatrice de Cancer colère, l’une des organisatrices de la manifestation du 3 octobre, appelle à «libérer la parole» des malades du cancer. © Rémi-Kenzo Pagès/Vert
C’est donc dans une ambiance joyeuse et déterminée que tout ce beau monde a convergé, entouré d’un important dispositif policier. La marche a toutefois été interrompue par quelques tirs de gaz lacrymogènes en fin de journée. Pour Fanny Métrat, «ce n’est que le début d’une campagne d’actions, d’occupations, pour que l’ensemble des sites de production des pesticides ferment définitivement». Fleur Breteau de conclure : «Syngenta devra payer.»
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Métaphysique de la GenZ
Quelqu'un a dit récemment que les blocus sont l'acte de naissance de la GenZ, nos états généraux à nous, notre prise de la Bastille. Ritchy Thibault a dit de brûler l'Élysée. Ce serait dommage de se contenter de brûler les lycées.
Automne
Nous sommes à l'orée du danger. Cet automne va être quelque chose. Mais pour qui ? Il commence avec le plus haut taux d'interpellation pour une journée de mobilisation depuis le mouvement dix-septembriste de 2025. Sauf que cette fois, ce ne sont pas de simples gauchistes qui se retrouvent, comme à leur habitude, en GAV. Ce sont des centaines de mineurs. Et par « mineur », je veux dire des enfants de quatorze à dix-neuf ans. Soit : la GenZ française – qui coïncide avec la génération du Lycée. Certes, une vague de violence s'est abattue d'une manière absolument immonde sur la jeunesse. En trois jours de blocage, on a compté deux enfants défigurés. Un adolescent dont on a détruit la mâchoire. Un autre à qui l'on a arraché un œil. Des dizaines de témoins rapportent des tabassages en garde-à-vue. On a vu une jeune fille blonde étranglée devant son lycée, par un policier chauve aux avant-bras plus larges qu'elle. La zone d'intensité du danger social a cru brutalement. À partir du moment où l'on dégomme tout le monde, jusqu'aux enfants – on voit mal où la brutalisation étatique peut s'arrêter. Plus personne n'échappe par statut à l'écrasement. Les Gilets Jaunes ont fait entrer les classes populaires blanches sous un feu qu'elles ignoraient ou ne croyaient réservé qu'aux indigènes. Aujourd'hui, comme en 2005 et en 2006, d'une toute autre manière, ce sont les enfants et les adolescents qui franchissent le seuil de l'antagonisme sanglant. Il paraît qu'un gouvernement qui a la jeunesse contre soi ne fait pas long feu. Ce gouvernement a contre lui, l'univers entier. Les Facultés font leur rentrée – il se peut que leurs premiers jours de cours magistraux se fassent dans la rue. Mais chose étonnante : les lycéens résistent cent fois mieux que les vieux de la vieille. Toute répression engendre sa réplique. À Belfort, un flic tente de noyer un insurgé. Le flic est éclaté. Ailleurs, on course des élèves mille fois plus rapides que les petites meutes de baqueux sans brassard. Tu me casses, tu me salis : je t'explose – tel est le nouveau pro aris et focis de la modération. Tu en traumatises un, y en a cent qui te tombent dessus. Un mouvement engendre son contre-mouvement et décide de la surenchère. C'est la loi de la réciprocité. La montée aux extrêmes. Et pour la première fois depuis longtemps : nous sommes partout plus forts, plus nombreux, plus justes, et plus marrants. Sous l'action de la GenZ les profs se métamorphosent – d'abord pleureuses dépressives, on en voit de plus en plus prendre leur courage à deux mains et sortir dans la rue, se mettre en grève et songer à tout foutre en l'air. C'est le moment de cesser d'être fonctionnaire ; c'est-à-dire, l'esclave de sa propre passivité. Amis collègues et professeurs, lâchez-vous – soyez irresponsables. À chaque offensive, il faut répondre par une défense qui se change en offensive. Il est temps de s'inspirer de l'insolence de vos élèves : maintenant, on réplique. L'image du prof qui pleure ses élèves est devenue risible. Si les profs et les parents ne sont pas morts : qu'ils aillent eux aussi dans la rue. Non pas pour contrôler et atténuer « la violence », mais pour se venger. Montez la température d'un degré.
Alors, puisque nous sommes à l'orée du danger – puisque l'orage éclate après trois mois de sécheresse absolue – il nous faut, à nous qui ne pouvons plus rien supporter, à nous qui sommes trop sensibles pour faire la paix, il nous faut une pensée qui déferle sur les terres fendues du danger.
Il n'y a que des alternatives
On dit – par paresse – que la séquence électorale met en suspension toute action véritable – toute politique un peu effective. C'est faux. Les lycéens le disent eux-mêmes : plus l'élection approche, plus il faut mettre en responsabilité les candidats, soit leur dire leurs quatre vérités – dans la rue et en pleine face. L'idée de la suspension électorale est un préjugé qui repose sur une confusion. La séquence électorale ne peut être une suspension de la politique qu'à condition d'être un divertissement non politique. L'élection suspend la politique quand elle n'a pas elle-même de contenu politique – qu'elle est un jeu de plateau télé venu d'en haut. Or cette séquence électorale-là, celle de 2027, est politique : ce ne sont pas les institutions qui organisent l'élection, c'est nous. Nous décrétons le calendrier électoral par le calendrier de nos insurrections, de même que le calendrier médiatique : 29 septembre, 30 septembre, 1 octobre, 2 octobre, 6 octobre, 17 octobre.
Pour la première fois, des pulsions recluses et informulées à qui l'on barrait l'expression peuvent prétendre à une énonciation limpide – et même, à un programme. Pour le dire en un mot : pour la première fois, il n'y plus d'alternance, il n'y a que des alternatives. Non que l'on nous les propose. Mais parce qu'on leur impose. Ce n'est pas LFI qui est radicale – elle ne l'est pas, ce sont de très bons opportunistes, parce que malgré la surdité de leur chef, ils ont des oreilles et entendent. C'est nous qui sommes radicaux dans la réalité. Il ne s'agit plus de maintenir le statu quo – l'état de fait qui est l'état du droit. C'est nous qui décidons de l'état de fait, de l'état d'exception, de l'état de la demande, et de l'état de l'offre. C'est nous qui faisons notre marché.
Cette séquence électorale ne va pas suspendre l'insurrection, la révolte, le déchaînement irrationnel de l'action mal proportionnée à ses intérêts bien compris – elle va, au contraire, lui donner toute latitude. L'élection a démarré bien trop tôt – et elle dit déjà que le parti au pouvoir ne se représentera pas en personne, mais aussi qu'il ne sera pas en lice. Le Président aurait déclaré, face à sa fin de règne : « Si j'étais sentimental, je me suiciderais » [1]. Pour beaucoup, le Président est déjà mort et c'est bien le Roi, Louis XIV, Jupiter, Napoléon qui, à moins d'un an de la passation, s'est déjà tué lui-même – emporté par sa grenade dégoupillée dans les jambes. Nous sommes déjà dans l'interrègne, avant même la mort officielle et constitutionnelle du Roi. Or les interrègnes sont dangereux. Ce sont des moments de retour de la souveraineté à la masse et à la multitude. Non que l'on lui ait rendu le « pouvoir », mais elle se retrouve orpheline de tout pouvoir, rendue à sa puissance de décider du juste et de l'injuste selon ses propres critères et fondée sur ses sentiments. Le gouvernement ne règne pas, ni ne gouverne, et ne gère plus rien. Il n'incarne aucune légitimité. Et sa dévaluation affecte les institutions en général qui n'ont pas empêché son aliénation de la majorité.
Une élection destituante
En un mot : plus personne ne croit à l'articulation entre élection, république et légitimité – plus personne ne se croit redevable d'obéissance au titre d'une victoire électorale majoritaire. Les primaires manifestent à leur manière ce fait déjà envahissant. On ne suivra pas le vainqueur de son propre camp. Aucun parti n'a organisé de véritables élections. L'enthousiasme est pour des idées qui doivent s'imposer par l'autorité d'un groupe qu'il soit ou non majoritaire. Le principe de la souveraineté, c'est-à-dire de la décision politique, n'est plus du tout électoral.
Ces élections vont donc exacerber et aggraver les tensions de l'existence sociale collective pour la simple et bonne raison que leur enjeu est le cadre même des institutions héritées depuis 1958. L'enjeu de ces élections n'est pas gauche ou droite, mais Vichy ou Résistance, fascisme ou révolution. C'est la première élection destituante depuis que l'on vote pour un monarque présidentiel. Quoi qu'il soit proposé à la lettre, il est clair que l'esprit de la proposition de tous les partis est : votez pour en finir avec ce vote. Soit parce que la fonction présidentielle doit être abolie, soit parce qu'elle doit être, après ce vote, perpétuelle – illibérale – vraiment monarchique. Autrement dit : cette élection est l'expression du refus de la situation simplement électorale. Elle ne légitime aucune souveraineté. Cette légitimité doit donc venir d'ailleurs. Nous sommes donc en situation d'interrègne où la puissance fait retour à la masse.
Agenda insurrectionnel
Que l'on soit ou non d'accord avec cette idée, quelque chose d'étonnant vient d'avoir lieu. L'insurrection sociale s'est donnée un calendrier. Depuis septembre, il n'y a pas un jour sans que l'on appelle à l'action. Et des dates tombent et se renouvellent à chaque instant. Le 30 septembre a été, pour la jeunesse lycéenne, un point d'étape. Il culmine mais n'est en aucun cas un paroxysme – ni dans l'action, ni dans la répression. Déjà le 1er octobre a été plus violent encore. À la fois plus dispersé sur le territoire et plus concentré, plus convergeant, dans les représentations. Déjà, on parle du 6 octobre, comme manifestation générale de la jeunesse, ralliée par les Syndicats, les fonctionnaires, les agriculteurs de la confédération paysanne, les parents, et bientôt tout le monde. Et le 17 octobre, date mystérieuse et suspecte, commence à prendre un contenu que n'avait pas, il y a un an, la date arbitraire du 10 septembre 2025 et qui s'était avérée ni réussie ni ratée, mais, comme nous le disions il y a un an, un moment où l'on se compte. L'intensité de cette rentrée est réellement exceptionnelle – nous pouvons tout espérer, mais elle se fait en relation à une pesanteur et une brutalité qui rend tout périlleux. L'élection ne change plus rien : la société toute entière se donne un agenda plus chargé qu'un ministre cocaïné.
Stratégie
Si l'on accepte que nous sommes entrés dans une zone d'intensité du danger, cela signifie que les confrontations vont devenir des affrontements et qu'en dernière instance ces affrontements seront faits de chocs physiques mutilants. Personne ici n'est en mesure de supporter et d'assumer l'effusion de violence. Alors que faire ?
D'abord, poser des questions.
- 1. Que cherche à faire la police ? Disperser ou traumatiser ? Protéger un objectif ou humilier un corps ? Que cherche à faire le gouvernement ? Apaiser ou aggraver ? Quelle politique se cache derrière les centaines d'interpellations d'hier ? Le spectre des Gilets Jaunes ou un nouveau rapport au maintien de l'ordre ? Que cherchent les principaux directeurs de la répression ? Le savent-ils ? La police s'est-elle radicalisée et hystérisée au point qu'elle soit devenue de part en part son propre maître ? Si oui, où en est exactement la police ? Obéit-elle à son ministère, à ses syndicats, aux préfets, ou à l'idée qu'elle se fait du gouvernement qui n'est pas encore et qui doit surgir des élections ? Si la police agit en fonction des lois actuelles, quel degré de violence peut-elle atteindre ? Si elle agit en fonction de ce qu'elle se représente des lois futures, jusqu'où peut-elle aller ?
- 2. Que voulons-nous exactement et précisément ? D'abord, que voulons-nous d'un point de vue politique général. Ensuite, que voulons-nous dans le face à face avec la ligne de CRS, de gendarmes, de baqueux et de BRAV ? Où voulons-nous aller ? Pourquoi ? Il faut savoir ce que l'on veut politiquement, mais il faut aussi savoir ce que l'on veut tactiquement. Quel est l'objectif, quel est le but de nos actes ? Quelles sont non nos motivations, mais nos raisons d'agir de telle ou telle manière à tel ou tel moment précis et déterminé ? Avons-nous de quoi tenir, avons-nous de quoi nous soutenir ?
- 3. Que signifie, pour nous, gagner ? Quel est le sens de la victoire ?
Le signe de la victoire
Nous avons le sentiment qu'il nous faut une stratégie, une tactique, un objectif politique et des buts de guerre. Tous ces problèmes sont secondaires. D'abord, parce qu'il faudrait, pour répondre à ce « sentiment », un État-major et que nous sommes et restons dispersés et libres. Ensuite, parce qu'une stratégie, une tactique, un objectif politique et des buts de guerre, tout cela ne prend sens qu'à la condition fondamentale de savoir répondre à une question plus urgente. À quoi reconnaîtra-t-on une victoire ? Cette question a l'air métaphysique. Je vais expliquer pourquoi elle ne l'est pas. En attendant, se poser la question – et surtout y répondre collectivement : quel doit-être le signe de la victoire ?
Pourquoi cette question ?
La tactique définit l'organisation des forces dans l'engagement physique du combat. Mais pour ça, il faut être au moins cinq. On a une tactique lorsque l'on sait plus ou moins quelles manœuvres collectives on va faire, quels mouvements collectifs on va mener, afin d'entrer en contact avec la ligne de force adverse – avec la police. On a une tactique quand on sait comment on va bouger en rapport au corps de police, à sa formation dans l'espace, et lorsque l'on sait comment on va essayer de disloquer la ligne de police, ou, plus vraisemblablement, comment on va la submerger, la perdre, l'épuiser et la semer. Constituez-vous en brigades de cinq et prospérez.
Mais l'on ne peut définir sa tactique si l'on ne sait pas ce que signifie pour soi une victoire sur le terrain. C'est-à-dire ce que signifie, en termes de victoire, scinder une ligne, la faire reculer, la prendre à revers, la disperser, ou simplement la fuir, l'éviter, la tenir en respect ou à distance. De quoi profite-t-on si la ligne recule ? C'est pourquoi il faut passer à une autre question.
Farmez l'aura, honorez le snap français, augmentez le Wanted level
Récemment, les images des actions d'exploits dans la rue ont été associées à trois intensificateurs :
D'abord, l'aura farming : farmer l'aura, soit gagner en charisme par un acte suffisamment stylé pour inverser son ridicule en joie collective, dans un duel qui met en danger de cringe.
Ensuite, La French Snap ou Snap français : soit la reconnaissance internationale de la spécificité française de l'aura. Les meilleurs actes d'insurrections partagés partout dans le monde de qualité française, c'est-à-dire délirante et lunaire. Ici, la voiture de police recule, pourchassée par une masse de lycéens.
C'est une folie vrmt j'ai cru c'était un reverse😂😂😂😂😂😂 https://t.co/WYaSNngqmA
— Chino (@Chino60269) October 1, 2026
Enfin, les étoiles de danger dans GTA, soit les niveaux de recherche ou Wanted Level : plus vous êtes exposés à la traque du danger policier, plus vous gagnez en étoiles de danger, plus votre aura augmente et plus la French snap est honorée.
🇫🇷🔥🚔 LYCÉES : GTA 6 || LES 5 ÉTOILES https://t.co/PW3nOryGZg
— Bec Tranchant 🐢 (@bectranchant) October 2, 2026
Le pb cest que c'est la Police qui joue a Gta alors qu'ils sont sensé apaiser, amener la paix et bien évidemment eviter le chaos
— Killy (@Killy_ze_weaboo) October 3, 2026
Stratégie
La stratégie se définit ordinairement comme l'usage des différentes victoires tactiques sur le terrain. Ici : la stratégie est l'usage de l'aura farming, de l'honneur du snap français et du nombre d'étoiles de danger. La stratégie a pour fonction de faire écho et de mettre en relation systématique, dans la totalité d'une campagne ou d'une guerre, les moments où les signes de victoire sur le terrain, au niveau tactique, au niveau des gestes les plus proches du danger, ont été émis. Ces derniers temps, ils se disent à travers la French Snap, la qualité de l'aura et les exploits en costumes comiques, les duels à égalité avec les gardes chiourmes qui leur prend toute aura.
Il n'y a donc pas de stratégie s'il n'y a pas de tactique. Mais il n'y a pas non plus de stratégie s'il n'y a pas, au sein des divers engagements tactiques, d'émission d'un signe de victoire. La stratégie fait un usage favorable des signes de victoire pour l'obtention d'autres signes de victoire au niveau tactique et, à plus ou moins court terme, de l'objectif politique.
L'objectif politique sert d'orientation à la stratégie, c'est-à-dire à la récolte des signes de victoire sur le terrain. L'objectif politique est cette marchandise de luxe bien trop chère que l'on ne peut se payer qu'avec la monnaie d'un grand nombre de victoires. Elles pèsent sur la décision de ceux qui n'ont bientôt plus la volonté de la garder pour eux-mêmes.
La lutte politique est un commerce où l'on échange des signes de victoire contre des objectifs politiques.
C'est pourquoi il faut réfléchir collectivement à ce que signifie sur le terrain, au niveau tactique, dans l'affrontement même, l'émission collective d'un signe de victoire.
Ut Talpa
[1] https://www.midilibre.fr/2026/09/27/si-jetais-sentimental-je-me-suiciderais-les-confidences-demmanuel-macron-en-coulisses-plus-isole-que-jamais-a-lelysee-13571253.php
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L’IA arrive dans le développement des jeux Capcom, mais pas pour remplacer les développeurs

Capcom a annoncé vouloir faire évoluer progressivement son moteur maison pour faciliter le développement de ses prochains jeux, avec plusieurs outils d’intelligence artificielle destinés à automatiser certaines tâches.
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Test du Narwal Freo 20, le robot laveur qui s'entretient tout seul
- Contient des liens affiliés Amazon -On a passé une grosse quinzaine de jours avec le Freo 20 , le nouveau robot aspirateur laveur de Narwal présenté à l'IFA de Berlin début septembre. Autant le dire tout de suite, c'est un des appareils du genre les plus aboutis qu'on ait fait tourner.
Sur le papier, l'aspiration grimpe à 31 000 pascals, soit le haut du panier actuel, et dans la vraie vie ça se vérifie : miettes, poussière, poils d'animaux, tout part en un seul passage, y compris le long des plinthes.
Le vrai truc qui le différencie de la concurrence, c'est côté lavage. Narwal a laissé tomber les serpillières rondes rotatives qu'on voit partout pour un rouleau microfibre de 26 cm qui couvre quasiment toute la largeur du robot, pressé au sol avec 12 newtons et alimenté en eau chauffée à 60 degrés.
Ce rouleau se rince en continu à l'eau propre pendant qu'il travaille, du coup la crasse de la cuisine ne finit pas étalée dans le salon. Une tache de café séchée disparaît sans qu'on ait besoin de repasser trois fois derrière. C'est franchement impressionnant.
Le Freo 20 va surtout très loin sur l'entretien automatique. De retour à la station, la serpillière est lavée à 100 degrés puis séchée à l'air chaud, histoire d'éviter ces odeurs de serpillière humide qui plombent la moitié des robots laveurs du marché.
La station remplit aussi le réservoir d'eau propre du robot, nettoie elle-même son bac d'eau sale et compacte la poussière dans un sac de 2,4 litres annoncé pour environ quatre mois. En pratique, on ne touche à rien, ou presque.
Les cheveux et les poils longs, le cauchemar habituel de ces machines, sont gérés par un système anti-enchevêtrement qui fait plutôt bien le job. Après plus d'une semaine avec un chat à la maison, la brosse n'a pas réclamé un seul démêlage.
Côté navigation, deux caméras couplées à de la lumière structurée, autrement dit une projection lumineuse qui mesure le relief de la pièce, reconnaissent plusieurs centaines d'objets. Câbles, chaussettes et gamelles ont été contournés proprement, et le robot franchit des seuils de 4 cm.
L'application est claire, avec une carte précise, des zones à exclure et un mode multi-cartes si vous avez un étage. Vous n'aurez qu'à porter le robot là-haut, il se repère tout seul.
La station de charge est assez grande, il faut avoir la place, mais c'est souvent le cas avec les robots aspirateurs laveurs de ce genre. Si vous avez la place ça n'est pas un problème, les finitions sont belles, le revêtement texturé ne marque ni les doigts ni la poussière, et le robot lui-même, avec ses 9,5 cm de haut, se faufile sous la plupart des meubles.
Le Freo 20 ramène sous la barre des 850 euros ( 835 euros en ce moment ) des prestations qu'on trouvait jusqu'ici sur des machines facturées 1 400 euros et plus. Pour un foyer avec des sols durs et des animaux, c'est, si vous voulez mon avis, un des meilleurs achats du moment.
En quinze jours de test, on n'a pas touché une seule fois à la serpillière. Si vous n'avez pas d'aspirateur robot chez vous, considérez sérieusement cette option ! Il est actuellement en promo sur Amazon d'ailleurs, en cliquant ici.
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[LaCourteEchelle] LA COURTE ECHELLE DU 04 10 26
LA COURTE ECHELLE DU 04 10 26
https://radiogalere.org/emission/la-courte-echelle/la-courte-echelle-du-04-10-26
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« Mêmes problèmes, même ennemi » : le leader mondial des pesticides contesté de la Normandie à l'Indonésie
Les manifestants contre Syngenta et les pesticides ont dénoncé les effets néfastes de l'industrie agrochimique à l'échelle internationale. Des actions ont également eu lieu dans de nombreux autres pays.
Lire la suite - Reportage / Photographies , Pesticides , Monde , Luttes
Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), reportage
« Ni ici, ni ailleurs » était l'un des mots d'ordre de la mobilisation du 3 octobre contre les pesticides, qui ciblait le géant de l'agrochimie Syngenta, aux abords de son site normand à Saint-Pierre-la-Garenne. À l'appel des Soulèvements de la (…) -
L’IA a tué (pour l’instant) l’un des programmes de sécurité de Google

Google a suspendu les soumissions de son programme de récompenses consacré aux failles dans ses logiciels open source, submergé par des rapports générés automatiquement.
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Ritchy Thibault, premier prisonnier du mouvement lycéen
Interpellé en pleine rue jeudi dernier, l'écrivain et voyageur Ritchy Thibault a été emprisonné. Il lui est reproché un discours prononcé à Saint-Denis lors d'une assemblée générale de lycéens. Une audience se tiendra ce lundi à 13h au tribunal de Bobigny qui statuera sur sa libération dans l'attente d'un procès ou son maintien en détention, ce qui serait un très mauvais signal envoyé aux lycéens plus que jamais mobilisés.
Il y a des fabricants de destins qui l'aimeraient clandestin.
Certains commencent dans des amphithéâtres, d'autres dans les caravanes ou sur des rond-points de campagne. Celui de Ritchy Thibault semble, lui, avoir trouvé un drôle de raccourci : viré de l'hémicycle en tant qu' attaché parlementaire, on le retrouve forcément dès le premier jour de la mobilisation aux abords d'un lycée de banlieue et de nouveau devant les tribunaux pour sa prise de parole.
Le voilà érigé en quasi responsable de la contestation, incarnation autocentrée pour le Parquet - proclamée d'une jeunesse qui ne supporterait plus rien — ni l'ordre, ni l'autorité, ni les institutions, et encore moins ceux qui prétendent les représenter. À chaque mobilisation son cortège, à chaque polémique sa réponse proportionnée, à chaque interpellation sa détermination sauf qu'à chaque fois ou presque il y a un mort, qui un voyageur traîné sur 100 m par la Municipale qui un maire véreux cloitrant une aire de « gens-du-voyage ».Voir en Ritchy Thibault une sorte de porte-parole naturel des populations opprimées semble se dessiner assez fiablement au fil des mois et parfois des semaines, au fil des émeutes, et manifestant en première ligne pour la fin des coups et des étranglements sur la voie publique jusqu'au fond des mitards.
Chatgpt dirait : c'est là que le personnage devient intéressant. Il se retrouve quasiment à chaque procédure a établir un rapport de force - comme un rapport de farce - une variante de la fameuse Défense de rupture. On le voit à chaque fois argumenter - dans ce régime de parole qui est le sien à des joutes assez réussies et brillantes de tentatives d'auto-désarrestations (désarrestation = lorsqu'un groupe de personnes tentent de libérer physiquement un•e camarade au prise avec la Maréechaussée.) Dans cette nouvelle économie de la contestation, l'arrestation devient parfois une ligne de CV, la convocation une médaille et le passage devant la justice un épisode supplémentaire dans le récit héroïque du rappel historique - à chaque fois situé des personnes, persécuté (génocide des voyageurs, parquages, apartheid de l'Etat français envers des populations).
L'atout de Ritchy Thibault, ce n'est pas qu'il parle trop. C'est qu'il a fait de la confrontation avec le pouvoir une méthode, un médium — et que le pouvoir judiciaire, lui, a les moyens de transformer chacune de ces confrontations en procédure, le transforme en tribune.
La vraie question devient : justice qui protège l'ordre public ou justice qui finit, volontairement ou non, par devenir un instrument de mise au pas d'une parole et se prendre les pieds dans le tapis d'une bienséance confinant à l'absurde du droit commun en sytème politique. Ritchy Thibault nous montre avec délices, les affres de toute assignation - et autres rapports de dominations - qu'ils soient éducatifs, issus du monde les ronds de serviettes et des pantoufles, voire des patins pour cirer les Parquets. Blague à part, la bascule judiciaire, voire carcérale peut vite arriver, une incarcération, des amendes, des menaces de mort à la pelle montrent que le fil est ténu mais il tient la ligne. A nous tous de le sortir de là.#FreeRitchy
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Mouvement lycéen : la Gen Z organise des «blocus virtuels»
Face aux fermetures administratives massives des établissements scolaires, les lycéen·nes appellent à organiser des «e-blocus».
L’article Mouvement lycéen : la Gen Z organise des «blocus virtuels» est apparu en premier sur Contre Attaque.
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« Notre salut » d'Emmanuel Marre
Lorsque Notre salut d'Emmanuel Marre a été ovationné après sa projection en compétition officielle du Festival de Cannes, celui-ci s'est saisi du micro pour déclarer deux fois : « plus jamais ça ». On évaluera comment l'auteur fait d'un serment antinazi un slogan consensuel de ralliement à l'existant en alignant son film sur le désir de ne pas entendre « c'est toujours ça ».
« Quand l'instrument est désaccordé
Les vieilles partitions ne servent à rien
Vous aurez besoin de nouveaux tours. »
Bertolt Brecht, « Quand l'instrument est désaccordé » 1938, Écrire contre le fascisme [textes traduits et présentés par Irène Bonnaud], éd. Divergences, 2026, p. 149« Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons »
Hugues Jallon, Le Temps des salauds. Comment le fascisme devient réel, éd. Divergences, 2025, p. 9Une pastille de Vichy – longue à sucer, acide à digérer
Notre salut ? Rien à foutre ! On ne s'amuse pas seulement à souligner la marrante succession des titres dans le (jeune) cinéma du (déjà vieux) Emmanuel Marre. Il y est en effet question du sort réservé au travail subordonné, ses accablements tantôt du point de vue de son vécu salarial, tantôt dans la perspective de son organisation managériale. Rien à foutre (2021), son premier long-métrage cosigné avec Julie Lecoustre, décrit comment une hôtesse de l'air d'une compagnie aérienne low-cost oublie entre deux escales festives l'emploi dont les conditions vouent son existence au rabais, au moins-disant de sa dignité – le bas coût intégral, dans et hors le travail. Le présent règne, celui d'un néolibéralisme dont on ignorait alors qu'il était déjà agonisant, et qui voue le travail exploité au refus systématique des lendemains qui chantent jusqu'à épuisement. Notre salut qu'Emmanuel Marre réalise seul envisage les choses par l'autre bout, celui d'un inspecteur chargé de la lutte contre le chômage à l'époque du régime de Vichy et qui croit dans le bien-fondé de ses idéaux managériaux. Aujourd'hui, l'utopie est ce qui concrètement s'oublie dans l'hédonisme, un contrepoint logique aux misères d'une économie sans alternative ; hier, son rappel est un idéalisme dont les abstractions se paient des compromissions réelles avec la collaboration et l'antisémitisme. L'illibéralisme qui revient a pour passé récent l'expérience française du pétainisme.
En conclura-t-on pour autant qu'Emmanuel Marre a de la suite dans les idées ? On ne peut s'empêcher de marquer le saut qualitatif entre les deux titres : au nihilisme de l'actuelle jeunesse salariée, succède par un tour de manivelle à l'envers celui des fonctionnaires rêvant de régénérer la France par le travail, un pays vaincu qui collabore avec les vainqueurs au nom de combats communs contre les dérives du parlementarisme et la menace du communisme. Un nihilisme sans volonté coïncide ainsi avec celui des volontaires de l'idéalisme. Le néolibéralisme s'oppose moins à l'illibéralisme qu'il en est le pendant pendu, aval et amont. Le présent règne, oui – mais historicisé.
Rien à foutre a été assez bien reçu ; Notre salut l'est par un panégyrique qui fait symptôme. Pour l'écrire crûment : si la critique n'en a pas eu rien à foutre de Rien à foutre, elle verrait dans Notre salut le nôtre, celui d'une société sommée de regarder en face ce que ses plus volontaristes peuvent accomplir en son nom puisqu'en revenant, le mal devient un pire dans son oublieuse reproduction.
On se demande cependant si la critique ne célèbre dans Notre salut le sien seulement. Le titre du film d'Emmanuel Marre prête, il est vrai, aux ambivalences (le titre est déjà celui de l'ouvrage réellement écrit par son arrière-grand-père dont la trajectoire de fonctionnaire intermédiaire vichyste inspire sa fiction), sinon aux ambiguïtés (le salut est un mot entaché de christianisme, mais dont la laïcisation promet encore à ses usagers une rédemption morale toujours bienvenue).
En effet, comment donner crédit à un film applaudi pour sa critique du fait collaborationniste dont les structures n'appartiennent pas seulement à la séquence historique de Vichy, alors qu'il est par ses conditions concrètes de production un ouvrage de pure collaboration ? Filmée frontalement, la hantise d'un passé jamais vraiment passé (Vichy, ce passé qui ne passe pas pour reprendre le titre exemplaire du livre d'Henry Rousso et Eric Conan publié en 1994) peut vous revenir dans le dos également, et largement saper les bases de votre entreprise en légitimation. En bénéficiant du logo de France Inter et du « soutien essentiel » de Canal+, Notre salut salue ainsi ses augures qui sont des instances à l'œuvre, certes de façon différenciée, dans l'alignement symbolique de la production des biens culturels sur l'illibéralisme en cours : la radio publique multipliant les preuves de son arraisonnement à droite toute (récemment avec l'embauche de l'éditorialiste de Valeurs actuelles Charles Sapin) et le premier canal privé de financement du cinéma français battant sous pavillon de Vincent Bolloré, grand promoteur du retour aux valeurs traditionnelles de la France éternelle.
Les mieux disposés répondront qu'Emmanuel Marre est un pirate contemporain, un contrebandier à l'ancienne ; pour le moins, un auteur suffisamment stratège et intelligent pour obtenir les labels les plus consensuels participant à son financement, et faire ce qu'il lui plaît puisqu'en l'espèce, la hantise vichyste est un présent qui visiblement n'est pas encore passé du côté de Sapin et Bolloré.
À l'heure de tribunes à l'instar de « Zapper Bolloré » qui militent pour des financements alternatifs du cinéma français, Notre salut milite, lui, pour ne jamais entériner de telles alternatives. On peut vouloir faire son beurre en cinéma, même à le baratter délibérément rance en collaborant avec ceux dont on suppute qu'ils auraient vendu du beurre aux Allemands comme le disaient nos grands-pères. Une manière, au bout du compte, de clamer « rien à foutre » à qui estime qu'il n'est plus possible de faire non pas du cinéma politique, mais politiquement du cinéma quand celui-ci est ainsi financé.
Après tout, l'aveu est disponible à la méditation en étant délivré par le film lui-même par son protagoniste pour qui la fiction, dans la guise d'un rituel de formation, s'apparente au déniaisement d'un puceau de cinquante ans : le fonctionnaire fantasmant de réformer le travail selon sa doctrine managériale découvrira progressivement qu'il est le dindon d'une affaire en forme de farce, plumé d'un côté par des rivaux bien plus chevronnés (dans la chasse aux juifs), de l'autre par les réels commanditaires du régime de Vichy, les maîtres allemands faisant ce que la victoire leur permet.
Pourtant, la critique se refuse avec force publicité à un tel déniaisement en croyant au salut du public, ainsi qu'au sien devant Notre salut. Et son auteur de lui avoir toujours déjà emboîté le pas en confectionnant une pastille de Vichy qu'il est nous invité de suçoter pendant plus de 150 minutes en obligeant sa laborieuse digestion à fermenter des acidités contrevenant à l'affichage de ses intentions, grêlées par tout ce qu'on y simule de faire en ne le réalisant à proprement parler jamais.
S'il faut toujours se méfier des métaphores gustatives comme nous l'ont appris Adorno et Kant avant lui, on se méfiera davantage des films qui misent à ce point sur l'estomac. Apprécier le film en avant-première, la salle comble, est un expérience toujours instructive : d'aucuns ont alors évoqué L'Armée des ombres (1969) de Jean-Pierre Melville, Monsieur Klein (1976) de Joseph Losey et, plus téméraire, La Zone d'intérêt (2023) de Jonathan Glazer alors qu'un rire franc dominait les rangées, régulièrement titillé par la série d'humiliations infligées à Henri Marre, ce médiocre auquel l'acteur Swann Arlaud prête sa juvénile indolence, jusqu'à l'indigence d'une entreprise rassurant par le plus petit dénominateur commun : la moquerie du petit y est un festin.
S'il est si aisé de gueuletonner de la médiocrité fasciste, pourquoi s'ingénier à lui gueuler dessus ?
Autant pour les salauds (marre des Marre)
Notre salut a raison de montrer comment la médiocrité est un carburant plébiscité par les régimes autoritaires, peuplés d'hommes frustrés rivalisant de passions tristes et de ressentiment. L'ironie consistant ici à ce que le médiocre, ce parangon de « petit homme » selon Wilhelm Reich, assure aux autres qu'il est un homme de pensée dont les mûres réflexions peuvent largement contribuer à la nouvelle action initiée sous la bannière du maréchal Pétain qu'il vénère. Mais, ici comme dans Les Rayons et les Ombres (2025) de Xavier Giannoli, le constat s'il est nécessaire est très loin d'être suffisant. Dans l'un et l'autre films, la focalisation du point de vue restreint considérablement l'analyse matérialiste de l'occupation aux seuls tourments psychologiques d'âmes qui noient leur idéalisme respectif (le pacifisme pour Jean Luchaire, la rationalité instrumentale pour Henri Marre) dans le vin amer des renoncements toujours plus difficilement justifiables et justifiés. Le travers de la personnalisation, caractéristique du cinéma comme industrie au service des intérêts de la bourgeoisie, veut bien mobiliser les travaux de recherche de la science historique, mais comme garantie que le film est une œuvre sérieusement documentée qui ne sortira pas des clous du réalisme. Xavier Giannoli se réjouit avec ostentation d'avoir élu son salaud dans le vivier de la gauche, quitte à réécrire l'Histoire ; Emmanuel Marre semble jouer carte sur table – son salaud l'est d'emblée en l'étant toujours davantage – mais pour nous laisser le soin d'avoir tous les atouts en main : le rire qui immunise en séparant de part et d'autre de l'écran les salauds et qui s'en gaussera avec distance parce que moquer l'autre, c'est a minima signifier que l'on a le souci affiché de s'en démarquer ; les anachronismes nous informant que l'on rira encore de bon cœur de tous les Marre d'aujourd'hui, à la condition cependant de rester toujours vigilant-e, sur le qui-vive, quant à nos propres aspirations pavant l'enfer de la collaboration des meilleures intentions de l'idéalisme.
Parce que, des Marre, il y en a partout, ils pullulent, ils essaiment dans la marre. Rire du médiocre est un plaisir court et vain. On peut se bidonner à répétition en échouant à faire oublier qu'on a collaboré. Et qu'on collabore encore, autant du côté du « cinéma financé » que de celui d'un public qui ne peut que se réjouir que les médiocres soient des cibles si faciles en valant de fantoches, d'épouvantails offusquant le fait que la collaboration n'est pas une menace qui remonte à pas si loin et qui reviendrait si l'on croit que tout ceci est d'un autre temps, mais bien un présent épouvantable.
Quand dominent les expressions multiples d'un « rire fasciste » analysé par Denis Saint-Armand dans sa diffusion sur les grands canaux de la télécommunication planétaire [1], on est rappelé à l'idée élémentaire que le rire est politique, et qu'un rire de type libéral raillant les vilenies individuelles est bien moins pertinent qu'un rire antifasciste qui s'attaque aux conditions de production des vilains.
Arrière-petit-fils d'Henri Marre, Emmanuel Marre a donc retenu de son aïeul un destin en forme de marrade. Mais le patronyme hérité est piégeux quand se marrer a pour voisinage étymologique l'adjectif marri (le verbe « marrir » est porté disparu) qui signifie s'ennuyer, se désoler. Notre salut provoque-t-il des marres (ou pelles) de rire pour autant qu'elles pallieraient à sa réelle affliction, sa profonde désolation d'une filiation qu'il s'agirait d'apurer comme d'un livre de mauvais comptes ?
Pour Jean-Paul Sartre, le salaud est le sujet d'un renoncement plus fondamental que tous les autres, celui de sa liberté à laquelle il substitue sa mauvaise foi en dépit des démentis écornant la nécessité supposée de son existence, fonction ou destin [2]. À l'évidence, Jean Luchaire et Henri Marre sont dans l'optique sartrienne des salauds mais, à l'aune de la réception critique des films respectifs de Xavier Giannoli et Emmaniel Marre, la nouvelle version de gauche s'opposerait à sa récente version droitière. On est pourtant intimement persuadé qu'elles se recoupent sur leur extrême-centre, ce bord commun selon quoi tout s'équivaudrait, gauche et droite, réformiste (du travail) et révolutionnaire (de la communauté nationale), idéalisme et collaborationnisme – en même temps, la rengaine est connue, même si on l'entonne sur sa queue de comète. Pour Hugues Jallon, le temps des salauds est à l'actuelle normalisation du fascisme par ralliement des dominants à un nouveau consensus soumettant les restes du libéralisme aux exigences de l'autoritarisme palliant à un déficit exponentiel de consentement. Une formule lui sert de boussole : « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons » [3]. Les fous, d'accord, les livres d'histoire nous en ont instruit ; les salauds, on les repère dans les films leur accordant leur privilège, c'est bien noté ; mais les cons ? Peut-être, parmi eux, abonde la claque pour applaudir aux exploits du « cinéma financé » qui ne joue la balle qu'à l'extrême-centre qui est un « ninisme » selon la belle trouvaille de Roland Barthes. Le renvoi dos à dos y est l'affirmation du statu quo.
La bourgeoisie se protège ainsi : sur la droite de sa droite, il y a ceux avec qui collaborer est possible si l'on est en capacité de sereinement différencier les bonnes collaborations des mauvaises (mais la différenciation est par elle-même fautive d'être impliquée, intrinsèque à l'imaginaire de la collaboration) ; à la gauche de sa gauche, il n'y a rien de rien, sinon un pur et indescriptible chaos.
Quand Henri Marre prend ses quartiers au commissariat à la lutte contre le chômage du Limousin, c'est dans la bourse du travail de Limoges dont la CGT a été expropriée. Quelques pancartes exposant les slogans pétainistes et une grande photo du « Maréchal » s'inscrivent d'abord maladroitement – autre occasion de bonne rigolade – sur la fresque du salariat uni et rassemblé pour en finir avec le patronat. La convergence symbolique des représentations du réalisme socialiste et des formes du travaillisme nationaliste coïnciderait de surcroît avec l'actualité des bourses du travail menacées par des mairies de droite-extrême-droite quand les syndicats n'en sont pas expulsés [4]. Mais la maladresse initiale est vite oubliée et la naturalisation du panorama efface vite le montage de ses éléments hétérogènes. Les idéalistes du travail se suivent et se ressemblent. Ailleurs, la dénonciation des élites parlementaires indiquerait à tous ceux qui la relaient formellement aujourd'hui qu'elle insémine dans les meilleures intentions de leurs critiques le poison du fascisme.
Marre des Marre et des films marris, autrement dit qui sont d'esthètes marrades assainissant par le rire et l'affront l'acidité de leur affliction, peut-on alors s'autoriser à dire que l'on en a marre aussi ?
La scène d'ouverture de Notre salut est d'une exemplarité que l'on qualifiera d'accablante : Henri Marre est à une soirée mondaine dont les ivresses doivent sûrement un peu à celles décrites avec un peu plus de trouble et d'invention par Patrick Modiano, notamment dans La Ronde de nuit (1970). La mise en scène se veut indécise et flottante – la caméra a des hémorroïdes, l'instabilité des cadres frôle l'informe, les dialogues froufroutent – feignant le dilettantisme dans lequel en vérité elle se love ; aussi velléitaire en somme que son protagoniste intrigue d'abord en volontaire croyant ainsi rédimer la médiocrité ambiante dont il est comme tous les autres une active cheville ouvrière.
Par trois fois, Henri Marre se fait moucher. D'abord par un officiel qui lui répond, après une défense réflexe du maréchal Pétain, que sa ferveur fait de lui un « couillon » risquant d'apparaître aussi pour un traître jouant double-jeu (en substance : vous affirmez haut et fort rouler pour le Maréchal mais vous roulez si mal pour lui que vous êtes la roulure plus probable de Londres et de Gaulle). Ensuite par un mondain (serait-ci Henriot, le roi de Radio-Paris qui rejoindra la milice avant d'être abattu en 1944 ?) qui lui lit les lignes de la main en soulignant avec gourmandise (Laurent Poitrenaux le joue excellemment, avec une truculence somme toute assez chabrolienne) qu'elles sont si peu prononcées qu'elles avertiraient leur porteur qu'il n'a droit à aucun avenir radieux. Enfin par Henri Marre lui-même lorsqu'après avoir chipé de la nourriture du buffet, il s'enfonce dans la nuit en s'empiffrant et éructant « bande de connards » à ceux qu'il quitte sans leur laisser la possibilité de lui rendre la pareille. Sauf que le film s'en chargera – et le public d'en être le greffier complice.
Les trois affronts font trois fois mouche, les trois coups du lever de rideau d'une série sans discontinuer de théâtrales humiliations. On n'avait pas compris ? On en aura encore davantage pendant deux heures. D'emblée trois fois séché, Henri Marre ne cessera plus d'être mouché. Pour le puceau emmitouflé dans le prépuce de ses grandes idées sur le management, le film fera office de dépucelage à répétition – ad nauseam. L'embauche d'une secrétaire ? La plantureuse ne sait pas taper à la machine mais c'est une grosse déconneuse, elle est filmée comme cela. L'aménagement de son bureau ? L'espace est tout petit et l'embrasure de la porte enfonce le clou du mesquin. Son jeune conseiller ? C'est à son supérieur qu'il exige son limogeage parce qu'il peut opposer sa répugnante charité (il a payé avec le budget du service paille et pots de chambres aux juifs raflés et déportés) à celui qui n'a pas eu autant d'égards pour ce qui n'est après tout qu'une somme de chiffres sur du papier à colonnes. Un rival du commissariat à la lutte contre le chômage ? Lui ne craint pas de se salir les mains dans l'antisémitisme quand Marre s'en croit immunisé parce qu'il n'en relaie pas les énoncés. Les dernières élites pétainistes réfugiées à Paris et dirigées par un improbable Thierry de Peretti affublé de ridicules lunettes noires, au cas où l'on n'aurait pas capté la cécité qui tous les afflige, Marre compris ? Plus ridicule encore sera leur sort braillé par un jeune milicien chevronné qui perçoit le groupe du plus mauvais œil, métaphores excrémentielles à la clé.
Last but not least, la propre compagne d'Henri Marre, Paulette interprétée par Sandrine Blancke, avatar sec et d'os d'Emmanuelle Devos : elle est la plus autoritaire, la plus sévère et cassante. Quand elle brocarde lors d'un dîner chez le préfet la médiocrité de son professeur de latin, un zoom en fera sentir passer la pilule à ce pauvre Henri Marre qui ne peut pas ne pas se sentir concerné. Et puis toute la salle rit et, assurément, Swann Arlaud le sait par avance, lui qui ne peut s'empêcher de sourire à intervalles réguliers durant Notre salut pour se protéger, lui aussi, de ce qu'il incarne.
S. Arlaud fait le salaud mais si mal, si insincère qu'il croit ainsi faire un pas de côté et s'en tirer quand « les salauds sont sincères » (Jean-Luc Godard) et que leur sincérité est si massive et totale.
Une caractéristique de Notre salut trouve à se préciser : le rire est non seulement contre mais de connivence. Le comique d'Emmanuel Marre aurait ainsi valeur d'immunité diplomatique. Si l'on rit contre, c'est avec celles et ceux qui se rassurent collectivement d'identifier le médiocre et le blâmer.
Le voilà donc, notre salut : un rire conjuratoire mais la catharsis ne dure que le temps du film. Une fois sorti-e-s de la salle, il faut bien retourner au charbon et ne pas seulement se demander comment battre dans les urnes l'extrême-droite en 2027 puisqu'elle est déjà là, dans les murs des institutions [5].
Paulette Marre intéresse un peu plus qu'Henri. En alternant vouvoiement et tutoiement dans ses correspondances qui scandent off la narration du film, elle témoigne d'une ambivalence à l'égard de son mari, espérant des réussites dont elle pourra profiter avant de comprendre qu'il est un bon à rien, grand dans les ambitions et tout petit dans leurs réalisations. D'ailleurs, à la fin du film, il l'abandonne avec leurs trois enfants qui – on le remarque en passant – n'intéressent pas davantage le réalisateur. Cornérisé par la focale adoptée, il en épouse certains biais. Autre manifestation d'une petitesse quasi-proverbiale : combien de fois Henri Marre essaie de se caser, lui ou des exemplaires invendus de son bouquin, avant d'échouer à approcher Pétain ou, pire, de prendre des risques à frayer du côté de la ligne de démarcation pour récupérer – quoi, sinon un carton rempli de chats ?
L'obséquiosité de cet homme prêt à tout pour arriver est la manière veule dans laquelle il moule ses grandes volontés managériales ; face à quoi, Emmanuel Marre répond par ses velléités formelles et ses sarcasmes en donnant raison à son arrière-grand-mère. Mais un roman familial ne fait pas un manuel d'antifascisme et, face à l'imperium de la force, les armes requises ne peuvent être faibles.
Avec Paulette, Henri ira au cinéma pour voir L'Éternel Retour (1943) de Jean Delannoy d'après Jean Cocteau. Le générique-début affiche en grand cette main qu'un mondain lui aura lue au début. La relecture pseudo-nietzschéenne du mythe de Tristan et Iseult aura fait en ce temps-là de Jean Marais une vedette, tout en suscitant outre-Manche une bronca critique côté anglais qui y a perçu –blondeur artificielle des acteurs oblige – une apologie de l'aryanisme. À l'évidence, Paulette et Henri ne sont pas de nouveaux Tristan et Iseult. L'éternel retour se jouerait alors ailleurs, dans les vieilles passions tristes du salaud qui a fait de sa médiocrité la volonté de néant de ses ambitions.
La référence managériale informe qu'Emmanuel Marre a lu Libres d'obéir (2020) de Johann Chapoutot en relayant ceci que le management, qui impose avec l'organisation du travail de faire plus avec moins mais en toute liberté, est une disposition qui, établie à l'époque du taylorisme et du fordisme, aura été à la fête avec le nazisme, avant son regain après-guerre dans la refondation allemande du libéralisme (l'ordolibéralisme) pour laquelle se sont engagés d'anciens nazis. La liberté proclamée y est sous contrainte et l'autonomie, une hétéronomie du genre surmoïque [6]. On attendait donc Notre salut sur ce terrain-là, concret, mais il n'en sera rien ou presque, on y reviendra plus bas. Si Henri Marre travaille en organisant le travail des autres, c'est en œuvrant surtout à se constituer comme élément important du système qu'il cherche à tout prix à intégrer et qu'il défend. Son travail tient à se faire une figure, à faire bonne figure en étant le metteur en scène de sa représentation. Le film œuvre, lui, à le déballonner en libérant seulement du gaz hilarant. Alors que le hors-champ est pleinement saturé de zyklon-b, Notre salut se gargarise de ses propres miasmes.
Pourtant, il y en avait de la matière à creuser mais, là, il semblerait que l'on touche à ce qu'il y a de plus impensé et tabou dans Notre salut. L'orgie mondaine aurait tout de la soirée cannoise et le sigle CLC (Commissariat à la Lutte contre le Chômage) est si proche de celui du CNC. Ces deux piliers institutionnels du cinéma d'auteur sont les deux battants d'une fenêtre d'Overton ; s'y balise le tolérable qui n'opère que par suspension des contraires, par neutralisation des antagonismes. La lutte des classes y a disparu, l'antifascisme est un gros mot et le génocide à Gaza ne se dit qu'à l'endroit où l'on dénombre sous les gravats les victimes sur le monceau desquelles on ose pavaner.
On peut collaborer à un ordre consensuel et démocratique et la fête est, ici comme dans Rien à foutre ou ailleurs Les Rayons et les Ombres, une façon de s'en divertir. S'y joue une ferveur à dire tout haut ce que pense exactement son voisin et la déclaration (attention, chef-d'œuvre !) est une autre couillonnade, le faux-semblant dénié ou inavoué d'un salut recherché y compris du côté de ceux qui luttent vraiment et dont les maîtres ès représentation ont besoin pour autant qu'ils resteront hors-cadre. Le brelan des Marre (et un même carré si l'on y ajoute un certain Jean-Baptiste dans le rôle de Maux, le fonctionnaire moins immonde que les autres parce que catholique social) fait marrer d'une collaboration qui varie à travers le temps et à laquelle l'Emmanuel se sait compromis.
Brecht abrégé, réaction et abréaction
Henri Marre est un opportuniste (l'occasion fait le larron et la fête est une foire – pour nous la comédie noire, pour eux d'une franche foirade), un arriviste (arriver c'est oublier d'où l'on est parti en voulant en savoir le moins possible sur la place que l'on est parvenu à occuper), un carriériste (faire carrière est sa belle affaire, une entreprise de soi, déjà de l'auto-entrepreneuriat). Ses ancêtres sont romanesques, moins Eugène de Rastignac que Lucien de Rubempré dans les Illusions perdues (1837-1843) d'Honoré de Balzac, voire Georges Duroy dans Bel-Ami (1885) de Guy de Maupassant, mais il n'arrive jamais à leur cheville. Henri Marre est un fin-de-race même si le film s'efforce de démontrer que leur héritier a la peau dure en continuant de faire la peau de l'actualité.
Pour rendre compte du fait qu'Henri Marre n'est pas une relique du passé mais bien notre contemporain obscur et ignoré, Emmanuel Marre a mis au point une forme pour partie déjà largement expérimentée avec Rien à foutre et dont les innovations supposées ont pleinement participé au tressage de la dithyrambe. Ainsi, Notre salut disposerait selon la critique d'une modernité qui, loin des effets de manche de Xavier Giannoli qui font tourner son classicisme à vide de l'académisme, aurait l'insigne mérite de réussir à insinuer la sensation du présent dans le passé.
Il faut en effet en déployer des trésors d'invention pour exercer une faculté que la modernité cinématographique nous aura exemplairement enseignée, celle de la critique. Si l'on pense qu'avec Jean-Luc Godard et d'autres cinéastes de sa génération, ainsi Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, la modernité désigne le moment où la critique du cinéma est directement passée dans les images du cinéma, on en conclura alors que la critique est un élément décisif du dispositif : par disjonction des articulations habituelles de la narration, par montage d'éléments hétérogènes rompant avec la hiérarchie du régime dominant de la représentation, par anti-naturalisme dans l'interprétation et par tous les courts-circuits nécessaires, hiatus, coupes et sauts, à dialectiser la critique par l'autocritique.
La critique n'est pas un vain mot même si la corporation qui en usurpe le nom en dévoie plus souvent qu'à son tour l'usage. Puisque le nom de Bertolt Brecht, référence commune aux cinéastes modernes évoqués plus haut, n'a étonnamment pas été tant cité au sujet de Notre salut, on devra redire combien le dramaturge allemand en avait fait un arme antifasciste, « la seule productive, la seule digne de l'être humain » à l'époque où Goebbels en a par décret prononcé l'interdiction le 26 novembre 1936 en préférant à la manie « juive » du jugement dans l'art la complicité des comptes rendus. Brecht écrit ainsi que « l'interdiction de la critique correspond à l'interdiction de l'art. En ce sens, il s'agit d'une entreprise pour sauver les artistes. Il faut bien interdire qu'ils soient critiqués si on leur interdit de faire de l'art ». Contre la critique qui « fait les trésors de l'existence et améliore la vie », le nazisme a outrageusement répondu par l'identification : « Qui s'identifie à un être humain, sans reste, abandonne toute critique à son égard, et envers lui-même » [7].
On en déduira dès lors que toute récrimination envers l'exercice critique est essentiellement fasciste. À un autre bord du propos, la non critique de la majorité des critiques professionnel-le-s devant Notre salut vérifie une autre assertion brechtienne : « À la place des critiques, on a mis des médecins ». Le salut de la critique plébiscitant Notre salut aurait tout de l'auto-médication. Il en va d'une manière d'identification réciproque, le réalisateur et ses récepteurs, anesthésiant la critique.
Et c'est parce que la critique manque de faire son travail que le cinéma manque de faire le sien.
L'éventail de l'inventivité que l'on prête à Notre salut est toutefois restreint. La focalisation subjective sur le protagoniste est un premier compromis avec l'ordinaire cinématographique et la succession des scènes détaille chronologiquement ses efforts laborieux pour arriver et d'autres qui ne le sont pas moins pour prendre la poudre d'escampette, d'abord à Paris puis vers le sud du pays. De fait, Emmanuel Marre refuse tout romanesque ; aucun moment fort ni rebondissement. Henri Marre est un médiocre et il ne lui arrivera rien que du médiocre. À la différence des orgies du film de Xavier Giannoli, les fêtes sont tristes ou mornes dans Notre salut. Le refus tenu des grandes identifications s'allie cependant à une esthétique du ciblage : Henri Marre est nul, à son aise dans les alcôves du pétainisme, et toutes les scènes ont les unes après les autres pour tâche de le seriner.
Mise à la porte, l'identification revient cependant par la porte de derrière comme par fenêtre. Par la porte de derrière, c'est-à-dire dans la salle de projection, ce lieu de communion par le rire des spectatrices et spectateurs irrésistiblement séduit-e-s par une comédie dont les ressorts sont de connivence. Dans le rire unanime (ou presque), les regards ne font qu'un : aucune contradiction, aucun antagonisme, aucune division n'est à l'horizon. Le rire contre et connivent est férocement consensuel comme la médiocrité d'Henri Marre est sans l'ombre d'un doute indiscutable. Y aide l'interprétation, souvent louée pour faire passer, dans ses hésitations et décalages de la déclamation stricte des dialogues, le frisson de l'actuel dans la reconstitution voulue minimale de l'inactuel.
Tous les choix filmiques y participent : les cadres souvent lâches indiquant que l'opérateur est en recherche du bon cadre qu'il ne trouvera que très rarement ; l'emploi d'un projecteur lors des scènes de nuit renforçant le surlignement de l'artifice, tout en jouant dangereusement avec son usage tactique dans l'imaginaire des commissariats de police ; les contre-plongées lors des scènes de rue pour attraper le présent des prises, mais réduit à des hauteurs abstraites (toits, ciel, bout de la tour Eiffel), et de telle manière que ces plans évacuent toute population qui réellement s'y trouverait : enfin la semi-improvisation dirigée à partir d'un scénario écrit mais servant de base pour l'interprétation, et calquée sur ce que les comédiens professionnels du théâtre appellent une écriture de plateau afin donner au jeu une plasticité et des marges de manœuvre abondantes en effets de réel.
On l'a dit, Notre salut oppose son formalisme velléitaire à l'idéalisme vicié des volontaristes. Emmanuel Marre cherche, il en expose tous les signes, alors qu'il aurait fallu pour lui trouver.
Le dilettantisme bute ainsi sur ses limites que l'on vient pour quelques-unes d'énumérer : le rire con car contre, consensuel car connivent ; les rues vidées par le choix de l'axe de caméra ; le projecteur dont la lumière frise l'aveuglement policier ; les actrices et acteurs qui troquent leur balbutiement contre l'idée qu'elles et ils sont saisis dans une forme de naturel, bancals par rapport aux personnages qu'ils jouent, mais sans pour autant en disloquer l'interprétation ; les effets de réel qui ont peu à voir avec ce qu'en disait Roland Barthes leur assignant dans la grande tradition du roman la fonction de déchet dont l'inutilité élargissait le champ du réalisme [8], et davantage avec une forme renouvelée de naturalisme à la petite semaine pour signifier seulement qu'en jouant, on joue à jouer.
Le naturalisme revient en effet par la porte de derrière (le public en chœur, rassemblé par le rire de connivence) comme par la fenêtre (l'identification aux interprètes qui, en jouant qu'ils jouent, marquent ainsi qu'ils sont hétérogènes à leur rôle). Si Notre salut possède une valeur documentaire, c'est moins par conséquent pour documenter notre présent que décrire une ambiance de tournage plutôt détendue avec des interprètes manifestant – le sourire de Swann Arlaud – qu'ils ne sont pas dupes. Le film d'Emmanuel Marre ne possède aucune autre valeur documentaire. À ce titre, il diffère peu d'un film comme Pacifiction (2022) d'Albert Serra qui instruisait avec une plus grande conviction que sa pseudo-critique de l'impérialisme français en Polynésie était le cache-misère des réjouissances du tournage, cocktails à gogo, soirées tropicales et grandes vagues du Pacifique.
L'effet de réel recherché témoigne surtout pour les largesses du tournage, en terme de temps notamment (Notre salut a coûté cinq millions d'euros, légèrement supérieur à la moyenne du cinéma français). Et il abreuve un « style hyperdirect » dont Eric Rohmer critiquait il y a déjà trente ans l'abus au nom d'un naturalisme qui fait l'économie du travail d'écriture et de composition [9]. Surtout, le style hyperdirect en tant qu'il carbure aux déchets langagiers et posturaux de l'effet de réel recherché organise sournoisement la soumission du travail (salopé) des interprètes à l'explicitation du grand n'importe quoi politique dans lequel leurs personnages sont embarqués.
Face aux volontaires de la collusion du management et du fascisme, un film oppose ses velléités et son dilettantisme. Quand le monde est ainsi brutalisé, on est en droit d'attendre des œuvres d'art affichant de s'y frotter avec plus de fermeté. Lorsque le consensus règne qui va à la fascisation de la bourgeoisie, la vérité doit trancher avec toute la sévérité exigée. Dixit Brecht : « La vérité a quelque chose de guerrier, elle ne combat pas seulement la non-vérité, mais ceux qui la répandent. » [10]
Enfin, les chansons. Leur emploi assumant l'anachronique est censé asserter d'une discrépance, sinon d'une discordance des temps avérant la reconnaissance du passé par le présent et réciproquement [11]. « Sounds Like a Melody » d'Alphaville lors de la soirée mondaine en ouverture de Notre salut, « Live is Life » d'Opus à l'occasion du montage d'archives pétainistes et « Popcorn » de Gershon Kingsley après un dîner chez le préfet sont les trois scansions musicales de l'anachronique. Seraient-elles l'expression de la collusion objective de la pop-music avec le fascisme ? « Les inculpabilisables dansent » comme Milan Kundera l'avait relevé dans Les Testaments trahis [12], à l'époque où le kitsch devient une religion esthétique et planétaire. Emmanuel Marre mobilise le kitsch dans le montage des images d'avant-hier avec les musiques d'hier que l'on écoute encore aujourd'hui. Mais l'usage des citations musicales est ironique et si leur montage bouscule le naturalisme au second degré général à l'esthétique de son film, celui des interprètes se dépatouillant durant le tournage des scènes, il entérine aussi la coïncidence du kitsch et de l'ironie.
Le pire exemple donné est la scène du dîner chez le préfet. Le cadre large, la scénographie et les tentures rouges font de l'œil à Salò ou les 120 Journées de Sodome (1975) de Pier Paolo Pasolini. Et l'œillade est insolente, signe de frivolité et d'inconséquence typique du dilettante, qui s'amuse avec l'antifascisme sans en assumer jusqu'au bout l'ambition, et même l'aporie : la jouissance des bourreaux n'est représentable qu'à compromettre par le plus grand inconfort notre regard. Le rire s'étrangle vite chez l'italien. Le malaise étreint et contamine la sensibilité jusqu'à l'asphyxier. Pris dans l'impossibilité même de son projet (critiquer le fascisme c'est en approcher l'exercice jusqu'au dégoût), Pier Paolo Pasolini aura au moins établi ceci que l'ironie est l'arme des faibles face aux forts qui ne le sont qu'à s'efforcer à rendre désirable les abjectes passions dont ils sont les servants.
Alors, Brecht dans tout ça ? Le brechtisme formel de Notre salut tiendrait de l'abrégé pour un lectorat pressé, davantage d'une forme d'abréaction au sens strictement freudien du terme, c'est-à-dire d'une décharge émotionnelle par quoi on se libère d'un événement traumatique refoulé qui serait en l'espèce la référence à Brecht [13]. Et, de l'abréaction à la réaction, il n'y a qu'un préfixe.
Ironiser c'est jouir d'avoir le fin mot de l'histoire passée et de celle en cours. La réjouissance des inculpabilisables d'hier rejoint alors celle des inculpabilisables d'aujourd'hui qui y auront trouvé une nouvelle occasion de se marrer des figures, qu'elles soient de fiction comme issues d'archives. Notre salut s'apparie ainsi à Oui de l'israélien Nadav Lapid : quand le second exacerbe les formes festives de sa mauvaise conscience pour tenir à distance les charniers de Gaza, le film d'Emmanuel Marre préfère ironiser gentiment sur la collaboration d'hier en préparant les esprits à la suivante.
Tout cela est d'une extrême immaturité. C'est pour cela que la seule séquence aimable est la dernière. Henri Marre en fuite passe quelques instants avec un garçon que sa mère lui confie, le temps de trouver l'argent qu'un passeur exige. La photographie se met alors à rosir, l'enfant joue peu, loin du film et Swann Arlaud le regarde comme le gardien d'une enfance refusée par un film qui succombe à la puérilité. L'enfance n'est retrouvée qu'avec un sens aigu des responsabilités.
Le rire contre et connivent l'est des ironistes se sachant ainsi immuniser contre toute responsabilité. L'irresponsabilité pour le « cinéma financé » à pactiser à la source avec ses financiers est non seulement un démenti concret par le montage des budgets, mais les pages en cours d'écriture d'un livre publié par un historien du futur sur la cohorte bariolée des irresponsables d'aujourd'hui [14].
Vade retro – le chagrin qui fait pitié
Notre salut prête à rire mais sa comédie est de chagrin. On sait bien que l'on ne rira pas longtemps. On sait encore plus, sinon autant, que le rire ne suffira pas à faire taire la bourgeoisie qui fascise. S'il est le document de quelque réalité, c'est celle du salut ultime offert par qui saura ironiser des idéalistes et volontaristes de toute espèce, en attendant d'aménager sa place dans l'époque qui vient.
Henri Marre est ainsi brocardé pour ses ambitions managériales et sa médiocrité de fonctionnaire et de mari, pour son opportunisme et son arrivisme à vouloir s'épanouir dans un champ de fumier. Et voilà qui suffirait : on se marre du petit obséquieux qui fait pitié alors qu'il y a tout lieu de s'en chagriner et puis, aussitôt, de n'en pas décolérer. L'ironie est un geste de dandy, superficiel, frivole, inconséquent. Fasciné par Pétain, Marre donne raison à Hegel : « (…) c'est pourquoi les autres hommes suivent des conducteurs d'âmes, car ils sentent la violence irrésistible de leur propre esprit inférieur qui leur fait face » [15]. Et tant pis pour qui a de l'admiration pour Kwame Nkrumah et Patrice Lumumba à ne citer que ceux-là, non pas pour les idolâtrer mais pour puiser dans de tels modèles, existentiels et révolutionnaires, des affirmations suffisantes à parer à notre médiocrité.
On allouera à Notre salut le fait qu'il adopte une position antinomique à celle de Louis Malle avec Lacombe Lucien (1974) coécrit avec Patrick Modiano. Loin de circonscrire la mentalité de son milicien à l'ordre (apolitique mais très idéologique) des contingences et circonstances, et plus généralement d'une ontologie abstraite du mal radical, le film d'Emmanuel Marre offre la description d'un idéaliste doublé d'un volontariste, d'un homme qui a des idées et les partage avec son entourage. Sur ce plan même, il fait mieux que Les Rayons et les Ombres qui se pourlèche complaisamment les babines avec son piètre pacifiste qui est surtout mordu par le virus du lucre.
Mais Notre salut dépolitise à tout va selon ses dispositions propres, en abusant de sa focale subjective pour se refuser d'apprécier qu'idéal et persévérance ne mènent pas seulement à Vichy.
Entre une évocation lapidaire de la résistance (attention, Henri, tu es ciblé – oui ? et puis c'est tout) et la bourse du travail dont les représentations cégétistes s'accouplent avec les nouveaux slogans de la « révolution nationale », le film d'Emmanuel Marre se bouche délibérément la vue sans jamais sortir de ses propres ornières. Une séquence emblématique de cette vision étriquée de la période, pas loin de recouper la médiocrité de son personnage, est délivrée lors de la rencontre avec les paysans charbonniers. Pour une fois qu'il est concrètement question de travail, on s'attendait à être servi. À la place, on a droit à une longue séquence taiseuse. Contrairement aux bourgeois, les gens du peuple n'ont rien à dire, ils sont mutiques par atavisme. Misérabilisme d'une sociologie vulgaire.
Comment ne pas penser, alors, au Chagrin et la Pitié (1971) de Marcel Ophuls ? Lui aussi maniait les archives avec ironie mais elle s'exerçait de façon originalement contrapuntique, dans la dialectisation de ses entretiens filmés selon le style documentaire qualifié alors de « cinéma direct ».
Surtout, tout le monde parle et n'importe qui a quelque chose à dire de son expérience de la période, du dandy qui a rejoint la division Charlemagne au nom de son idéalisme à des politiciens de gauche tels Pierre Mendès France et Jacques Duclos, de la coiffeuse torturée lors de la Libération et restant campée sur ses positions pétainistes au pharmacien Marcel Verdier, sans oublier les paysans racontant leurs engagements dans la résistance et la déportation avec une bonhomie renoirienne. La force du film de Marcel Ophuls, discutable sur bien des points (la minimisation de la résistance et la préparation des entretiens donnant l'avantage à l'intervieweur sur les interviewés), est une égalité dans la prise de parole et l'expression de la conviction, transversale aux assignations sociales. Les personnes existent si fort qu'elles sont de formidables personnages de roman, des embrayeurs de fiction. Projeté en salle après avoir été refusé de diffusion sur l'ORTF (il ne l'a été à la télévision qu'en 1981), le documentaire montre que la réalité déborde de mises en scène de soi et de mythes ; à l'inverse, Notre salut restreint le champ social des paroles en ne documentant que ses procédés.
L'époque actuelle marque son désir de retour en cinéma à la période de l'occupation comme ce fut le cas au début des années 70. Après tout, on peut bien aujourd'hui s'autoriser à longueur de médias à dire que le régime de Pétain a sauvé les juifs français de la déportation et des chambres à gaz [16]. Le Chagrin et la Pitié et Lacombe Lucien dominaient hier les esprits ; Les Rayons et les Ombres et Notre salut en seraient-ils les nouveaux parangons ? Lors d'un numéro fameux des Cahiers du Cinéma, Serge Daney et Michel Foucault discutaient de la nouvelle esthétique en cours qu'il qualifiait de « mode rétro » pour en critiquer les linéaments : l'absolution de la responsabilité politique de la droite et des élites culturelles et économiques ; l'effacement des résistances populaires [17]. Xavier Giannoli prête le flanc au fatalisme des pulsions, avec l'enrichissement personnel et le rapport incestuel entre Jean Luchaire et sa fille rêvant de cinéma. Il est un naturaliste traditionnel quand Emmanuel Marre joue des effets de réel et du naturel de sa mise en scène, mais à seule fin de rire des médiocres tout en cousant la bouche des figures issues des classes populaires.
On peut relever encore le moment le plus dramatique de Notre salut, celui de la discussion entre Marre et son assistant sur la meilleure manière de répondre aux exigences nazies dans la déportation organisée des juifs. Comment faire bien avec moins, moins de camions, moins d'essence ? On retrouve là les doubles contraintes contradictoires analysées par Johann Chapoutot dans Libres d'obéir, à ceci près que la discussion se clôt sur un zoom sur le visage de Marre, pensif. Le travelling optique accomplit ainsi une double fonction : identifier un coupable tout en autorisant son interprète à forcer une gravité nous informant qu'il n'est pas dupe de ce qui est en train de se jouer.
Henri Marre est bien coupable devant l'Histoire mais, aussi important, son acteur le fait savoir. Et même trop, à telle enseigne que l'acteur marque avec insistance d'évidentes distances avec son rôle. C'est le sens profond de Notre salut : la collaboration est possible, à condition qu'elle soit raisonnable. L'offuscation marquée avec ostentation est dans le marigot actuel pudeur de gazelle.
Comment telle scène pourrait-elle se prévaloir de ses références, ainsi la lecture de la « note technique » de juin 1942 dans Shoah (1985) de Claude Lanzmann et sa reprise dans l'analyse du management contemporain dans La Question humaine (2007) d'Élisabeth Perceval et Nicolas Klotz ? Dans ces films-là, on cesse de croire que ceci est d'un autre temps : on entend que l'on crie sans fin. Le nazisme n'est pas un accident de la modernité, mais sa culmination sous la forme d'un auto-anéantissement. Son rayonnement fossile est un laser brûlant les terres du Proche-Orient. On n'attend pas d'un film qu'il réduise la portée d'une telle réalité sur des expressions d'indignation.
Aux deux bords du spectre – le ressentiment droitier contre la gauche et l'ironie impuissante de sa variante culturelle et libérale –, Les Rayons et les Ombres et Notre salut communient pour l'essentiel qui est à l'extrême-centre : en réinventant un nouveau « rétro » pour aujourd'hui, ils sacrifient à l'idée, qui est une obsession, que le temps des salauds est celui d'un anti-antifascisme.
Vrai tradi et faux moderne, Xavier Giannoli et Emmanuel Marre se regardent en chiens de faïence. Et attention, on n'a pas encore vu Moulin de László Nemes, candidat probable au « néo-rétro » en ayant assuré à une personne issue des rangs de Parole d'Honneur qui a interpelé Gilles Lellouche, l'acteur jouant le résistant lyonnais torturé par la Gestapo de Klaus Barbie, sur le fascisme actuel et son remède « LFIste » que, non, la politique n'a vraiment rien à faire ni voir avec le cinéma.
Les rois du « néo-rétro » affirment aller de l'avant en regardant en arrière ; ce qui est la meilleure façon de pétrifier le présent percé de trous de mémoire alors que c'est d'une trouée dont nous avons bien besoin, autrement dit d'une forme rappelant la modernité à ses forces critiques et antifascistes.
Brecht a décrit de telles dispositions qui sont de consentement avec l'ordre existant : « L'esthétique bourgeoise choisit une voie facile en demandant aux spectacles qu'ils parviennent à concilier les contraires, à effacer les différences d'opinion, à réunir tout le monde dans la jouissance artistique. Il est manifeste que nous ne pouvons collaborer à cette entreprise d'aucune façon » [18].
Les conformistes et notre musique
Lorsque Notre salut a été projeté en compétition officielle du Festival de Cannes où il a reçu le prix du meilleur scénario, la fin de projection a été récompensée par la traditionnelle ovation. Emmanuel Marre s'est alors saisi du micro pour dire au public, non pas une fois mais deux : « plus jamais ça ».
Le serment des survivants du camp de concentration allemand de Buchenwald, rassemblés sur le place d'appel le 19 avril 1945 pour prêter allégeance à la promesse de rendre impossible les conditions d'une réapparition du nazisme, est devenu le mantra officiel des démocraties libérales qui sont des oligarchies toujours plus illibérales, autoritaires et complices aujourd'hui d'un génocide. Deux options étaient alors disponibles : Xavier Giannoli s'en moque dans Les Rayons et les Ombres puisque Jean Luchaire, qui en prononce d'ailleurs anachroniquement le terme (pour parler de la boucherie de la Première Guerre mondiale), est le salaud issu des rangs de la gauche que la gauche voudrait oublier si l'on suit à la lettre le narratif de la droite-extrême-droite. L'ironie est chez ce réalisateur plus féroce que chez Emmanuel Marre : l'homme qui alors dit publiquement se battre pour ne pas répéter l'horreur de 14-18 est un agent qui aura participé à faire celle de 39-45.
L'autre option a été énoncée par Jean-Luc Godard avec sa lucidité coutumière. Dans l'épisode 3a (« La monnaie de l'absolu ») des Histoire(s) du cinéma (1988-1998), le cinéaste raconte les circonstances de l'avènement historique du néoréalisme sur les ruines fumantes du fascisme. Il en allait alors d'une dignité retrouvée : d'un peuple face à son image, de réalisateurs qui pour certains avaient collaboré (comme Roberto Rossellini) et d'un pays devant le courage de ses partisans. Avant de célébrer « la grande moisson du cinéma italien », Jean-Luc Godard narre les atermoiements qui lui étaient contemporains, ainsi la réalisation d'un film comme La Liste de Schindler (1994) de Steven Spielberg qui croit bon de reconstituer Auschwitz avec les moyens spectaculaires du cinéma. Voilà comment, dans les faits (l'époque de réalisation de cet épisode est également marquée par la guerre civile algérienne et le nettoyage ethnique par l'armée serbe en Bosnie), « plus jamais ça » est devenu « c'est toujours ça ». Le serment d'interrompre le continuum catastrophique de l'Histoire est devenu le mantra consolant de la rengaine du pire.
Les options étaient sur la table. Entre l'ironie méchante et la lucidité tranchante, Emmanuel Marre a choisi : le serment – sans l'histoire de sa profanation ; la promesse – sans le réel de ses mutilations. Il a ainsi énoncé devant le parterre de ses thuriféraires que la Palestine n'était pas suffisante pour oser dire ce qui contrevient aux envolées fédératrices trahissant un serment en slogan consensuel.
Après avoir vu Notre salut, on se dit plus vivement encore qu'il nous faut revoir Le Chagrin et la Pitié, ainsi que Les Damnés (1969) de Luchino Visconti, Le Conformiste (1970) de Bernardo Bertolucci ou encore, trop souvent oublié, Une affaire de femmes (1988) de Claude Chabrol. Tous ces films, ainsi que le travail de Jean-Luc Godard comme de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, composent notre musique qui, contre tout conformisme, organise la force critique du pessimisme.
« Plus jamais ça » est un anachronisme, c'est sûrement le plus scandaleux et dissonant accompagnant Notre salut. Son auteur croit vraisemblablement avoir lu dans le « Verfremdungseffekt » conceptualisé par Brecht une instance de distanciation alors que cette traduction française est fautive. Il s'agit plus radicalement d'estrangement, de dénaturaliser ce qui semble aller de soi, de rendre insolite l'ordinaire pour le critiquer [19]. Emmanuel Marre et ses interprètes marquent par un rire contre et complice leur distance à l'égard d'Henri Marre et son entourage. Notre réalité ne s'en porterait pas plus mal. Le réalisme de cet auteur rejoint celui de Xavier Giannoli. Les deux s'accordent en effet à croire que le temps des salauds ne l'est que d'eux seulement. Georges Bernanos explique pourtant que « s'il n'y avait que des salauds dans le monde, le Réalisme serait aussi le Bon Sens car le réalisme est précisément le bon sens des salauds » [20].
À l'heure zéro de Gaza, Emmanuel Marre montre midi et les médecins applaudissent à leur salut.
Voilà où nous conduit leur bon sens : « Dans cette affaire de fous, le salaud, lui, n'est pas dupe, c'est un modéré, comme on sait. Il se croit au-dessus du lot, il appartient au cercle de la raison, il n'est pas comme eux. Il comprend parfaitement ce qui arrive. Il sait l'inanité de la promesse fasciste et les drames qu'elle annonce, mais il est celui qui s'emploiera à la rendre raisonnable » [21].
Pendant ce temps-là : « Ainsi marchait le vieux, déguisé en nouveau, mais dans son défilé de victoire, il traînait le nouveau avec lui et l'exhibait, disant que c'était lui, le vieux. (…) Et le défilé avançait dans la nuit, mais dans le ciel, ce qui ressemblait à l'aurore était une lueur d'incendie. Et les cris – voilà le nouveau ! c'est nouveau, tout ça ! saluez le nouveau ! soyez nouveaux comme nous ! – auraient pu être entendus si le tonnerre d'une fusillade n'avait pas tout recouvert » [22].
Alexia Roux et Saad Chakali
[1] ) Denis Saint-Armand, Contre le rire fasciste. Trolling et résistance, éd. Rue de l'échiquier, 2026.
[2] ) Jean-Paul Sartre, L'Existentialisme est un humanisme, éd. Nagel, 1946, p. 84.
[3] ) Hugues Jallon, Le Temps des salauds. Comment le fascisme devient réel, éd. Divergences, 2025, p. 9.
[4] ) Nassira El Moaddem, Main basse sur la ville. Enquête au Blanc-Mesnil, territoire trahi de la république, éd. Stock, 2026.
[5] ) Ugo Palheta, Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen, éd. La Découverte, 2025.
[6] ) Johann Chapoutot, Libres d'obéir. Le management, du nazisme à aujourd'hui, éd. Gallimard-coll. « NRF essais », 2020.
[7] ) Bertolt Brecht, Écrire contre le fascisme (textes traduits et présentés par Irène Bonnaud), éd. Divergences, 2026, pp. 21, 110, 111, 152 et 179.
[8] ) Roland Barthes, « L'Effet de Réel », Communications, n°11, 1968, pp. 84-89, repris dans Le Bruissement de la langue, éd. Seuil, 1984, chap. IV (« De l'histoire au réel »). Pour une critique de cette notion au nom d'une rupture avec le régime représentatif dominant, lire Jacques Rancière, Le Fil perdu. Essais sur la fiction moderne, éd. La Fabrique, 2014, pp. 17-36.
[9] ) Eric Rohmer, Le Goût de la beauté, éd. Cahiers du Cinéma/L'Étoile, 1984, pp. 63-71.
[10] ) Bertolt Brecht, op. cit., p. 75.
[11] ) Daniel Bensaïd, La Discordance des temps. Essai sur les crises, les classes, l'histoire, éditions de la Passion, 1995 ; Georges Didi-Huberman, Devant le temps. Histoire de l'art et anachronisme des images, éd. Minuit-coll. « Critique », 2000 ; Giorgio Agamben, Qu'est-ce que le contemporain ?, éd. Payot & Rivages, 2008.
[12] ) Milan Kundera, Les Testaments trahis, éd. Gallimard, 1993, p. 219 et s.
[13] ) Josef Breuer et Sigmund Freud, Études sur l'hystérie, éd. PUF-coll. « Bibliothèque de psychanalyse », 2002 (1895 pour l'édition originale – 1895, l'année du cinéma, tiens, tiens, l'abréaction le concernerait-elle aussi comme trauma ?)
[14] ) Il est bon d'avoir lu Libres d'obéir. Encore faut-il lire aussi les autres ouvrages de Johann Chapoutot pour en tirer d'autres leçons, plus aiguisées encore, sur le présent et son épaisseur critique d'historicité : Les Irresponsables. Qui a porté Hitler au pouvoir ?, éd. Gallimard-coll. « NRF essais », 2025.
[15] ) Hegel, Introduction à la philosophie de l'histoire (1830), cité par Bertolt Brecht, op. cit., p. 165.
[16] ) Laurent Joly, La falsification de l'Histoire. Eric Zemmour, l'extrême-droite, Vichy et les juifs, éd. Grasset, 2022.
[17] ) Serge Daney, « La fonction critique », Cahiers du Cinéma, n°248, décembre 1973 ; « Anti-rétro : entretien avec Michel Foucault par Serge Toubiana et Pascal Bonitzer », Cahiers du Cinéma, n°251-252, juillet-août 1974, pp. 5-15.
[18] ) Bertolt Brecht, op. cit., p. 147.
[19] ) ibid., p. 20.
[20] ) Georges Bernanos, La France contre les robots, éd. Robert Laffont, 1947, p. 16, cité par Hugues Jallon, op. cit., p. 105.
[21] ) ibid., p. 101.
[22] ) Bertolt Brecht, « Parade du vieux nouveau » (1939), cité dans Écrire contre le fascisme, op cit., p. 182.
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XPSemu - Halo 2, Forza et Fable sur PS5
XPSemu est fork de l' émulateur open source xemu qui a été porté en app native sur PS5 jailbreakée , pour jouer à des jeux Xbox d'origine. Sur cette première release sortie le 1er octobre dernier, le dev ZiZc3 annonce que Halo 2 fonctionne à 30 FPS sans aucune adaptation. Bien sûr ce sont ses propres tests mais je le crois volontiers !
Et surtout avec le patch communautaire à 60 FPS, qui est appliqué en mémoire et ne modifie jamais votre image du jeu, Halo 2 monte ainsi autour de 50 à 60 FPS au début et de 36 à 50 fps lors des scènes d'action. Sur Crash Bandicoot : La Vengeance de Cortex, tout tourne sans accroc quant à Forza Motorsport, ce dernier reste bien à 30 FPS dans les menus mais redescendra à 15-21 FPS lors des courses. Et Fable : The Lost Chapters oscille, quant à lui, entre 22 et 30 FPS, avec des creux à 10-20 FPS dans les endroits chargés.
Le tableau de bord d'XPSemu sur la PS5 : 4 entrées de menu, et en bas la rangée des jeux lancés récemment, Fable en tête
Ces quatre jeux sont les seuls que le développeur a testés, donc ne cherchez pas une liste de compatibilité pour le moment. Un jeu qui plante sur xemu sur PC plantera donc sur PS5 aussi. Et si Forza et Fable rament, c'est surtout à cause du processeur Xbox émulé, dont le thread mouline 85 à 97 % du temps pendant que le GPU de la PS5 se tourne les pouces. C'est la faute à la traduction du code Xbox par le traducteur générique de QEMU, sur des cœurs Zen 2 à 3,5 GHz qui ne valent pas un PC musclé.
Du coup, monter la résolution jusqu'à 4x ne coûte pas grand chose, puisque le GPU a de la marge, mais ça n'ajoute pas un seul FPS non plus. Pareil pour les upscalers de type FSR. Le développeur prévoit d'ailleurs un mode de génération d'images pour afficher du 30 FPS en 60, et d'autres optimisations du côté processeur. Cela a par exemple permis à Fable de passer d'environ 7 FPS à 23-30 FPS d'un build à l'autre.
Côté install, il vous faudra une PS5 jailbreakée, comme je vous l'expliquais dans mon article sur Relapse . Ajoutez à cela kstuff qui doit être chargé avant l'outil
xpsemu_tools.elffourni avec l'appli, ainsi que ShadowMountPlus pour monter le dossier, et surtout vos propres fichiers Xbox (le MCPX, le BIOS, une image de disque dur et vos jeux au format XISO). Ça vous oblige donc à convertir d'abord les images complètes de type redump car le projet ne fournit rien qui viendrait de Microsoft.Et côté limites de cette version Alpha, il n'y a pas de sauvegarde d'état, et l'audio DSP doit rester désactivé, sans quoi Halo 2 se figera et Forza ramera encore plus. Sans oublier que Relapse peut geler la console, et que ça vous fait risquer un bannissement de compte. Donc si votre PS5 sert aussi à jouer en ligne, laissez tomber...
Source : TechPowerUp
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« Meeting nazi = meeting interdit ! »
Les 24 et 25 octobre prochain, le Rassemblement national tiendra son XIXe congrès à Orléans. Pour l'occasion, nous publions une série d'archives en trois dates et trois volets qui reviennent sur les interdictions militantes de meeting fascistes. Cette semaine, le 9 mars 1971, lorsque l'organisation fasciste Ordre nouveau, tente un coup d'éclat en organisant un meeting au Palais des sports à Paris. L'objectif est d'y rassembler 10.000 partisans pour paraître en position de force et imposer sa capacité à s'exposer publiquement.
Née en décembre 1969, l'organisation est encore jeune. Elle est constituée sur les cendres d'Occident — une organisation fasciste dissoute le 1er novembre 1968 — avec des militants du GUD et l'équipe de rédaction du journal L'Élite européenne. Le nom de l'organisation se réfère au « neuordnung », aussi appelé « nouvel ordre européen », une notion nazi désignant un projet de réorganisation raciale et territoriale de l'Europe.
Le 9 mars 1971, un journaliste présent dans la salle rapporte une « atmosphère néo nazi » dans le meeting. Jean-Marie Le Pen est présent en tant qu'observateur, un an plus tard il lancera le Front national avec Ordre nouveau.
Dehors, plusieurs milliers de militants antifascistes se sont réunis pour interdire le meeting. La police s'interpose et les combats entre militants révolutionnaires et le combo police-fascistes va durer plusieurs heures. Finalement, seuls 2000 à 3000 fascistes auront assisté au meeting, mais Ordre nouveau à réussi à imposer la protection du gouvernement Pompidou, avec le soutien actif du ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin.
Archive 1 : « Qu'est-ce qu'Ordre nouveau »
Rouge, n° 100, 8 février 1971
« Ordre Nouveau » a décidé de présenter des candidats aux prochaines élections municipales. Depuis le début de l'année le mouvement mène sa campagne. Pour obtenir droit de cité sur les marchés il présente sa face la plus avenante : pacifique, Ordre Nouveau serait contre la violence offensive ...et n'aurait rien à voir avec le fascisme ! Qu'en est-il réellement ?
QUI DIRIGE ORDRE NOUVEAU ?
- Duprat, principal dirigeant, recrutait en 1966-67 des mercenaires pour le Congo-Kinshasha au profit des services spéciaux. Ancien dirigeant d'occident il écrit dans Rivarol.
- Alain Robert : principal dirigeant de l'organisation fasciste occident. Il est étudiant en 1re année de droit depuis 5 ans !... (Ce qu'interdisent les règlements universitaires) ... et est toujours sursitaire.
- Brigneau, journaliste à minute, journal le plus raciste de Paris.
- Malliarakis, qui attaqua à la grenade offensive le lycée
- Louis Le Grand l'année dernière, blessant grièvement un lycéen. C'est un ex-OAS, ex-militant de la « Nation Française ».
QUI SONT LEURS AMIS ?
Le 26 février 1970, Ordre Nouveau, préparant déjà son congrès constitutif, voulut organiser un meeting international.
Étaient invité : les néo-nazis allemands du NPD, les fascistes Italiens du MSI, la phalange de Franco, l'Union Nationale de Salazar, la « bande de fer » suèdoise et les Oustachi yougoslaves, grands amateurs de pogroms.
Dans leurs « motions de congrès » ils apportaient leur soutien au dictateur grec Papadopoulos et aux fantoches Thieu et Ky et Lon Nol. Lors de la campagne pour sauver les militants basques menacés de mort, ils avancèrent le mot d'ordre : « Nous demandons six tireurs d'élite pour tuer Izko et ses camarades ».DES PAROLES ET DES ACTES
- l'essentiel des forces militantes d'« Ordre Nouveau » provient de l'organisation tristement célèbre « Occident » qui fut dissoute en 1969.
- Le GUD, Groupe Union Droit, animé par les militants d'Occident, joua un rôle moteur dans la constitution d'Ordre Nouveau. À Assas, à Nanterre droit, ils provoquent incidents et bagarres, ratonnent les militants d'extrême gauche, développent une propagande anti-sémite, affichent à l'occasion le portrait de Mussolini.
- Ordre Nouveau partit, l'année dernière, nettoyer militairement l'« écurie » qu'est pour eux le théâtre de l'épée de bois, répétant les hauts faits, de l'extrême droite lors du passage à l'Odéon de la pièce de Genet : « Les paravents ». Ils s'attaquent il y a trois semaines au lycée Lavoisier : armés et casqués ils envoient trois lycéens et un professeur à l'hopital. Voilà pour le pacifisme !
Le 13 mai 1970 à la Mutualité les militants réunis scandent « fusillez Jean-Paul Sartre » bras tendus dans le salut nazi. Bien sûr tout cela n'a rien à voir avec le fascisme ! « La France aux Français » ont-ils clamé le 13 mai, « Dehors les algériens » écrivent-ils dans un tract à Montrouge… mais Ordre nouveau n'est pas raciste !
LE SENS D'UNE OPÉRATION
« Ordre Nouveau , c'est la tentative de l'extrême-droite fascisante de se réorganiser. Elle a subi, en effet, après mai 68, une crise profonde. En plus des « événements », qui lui portèrent un rude coup, le ralliement de Tixier Vignancour à la majorité fit voler en éclat la coalition et la façade d'unité qui s'étaient constitués autour de lui.
Ordre Nouveau c'est un nouvel effort pour rassembler les morceaux épars de l'extrême-droite, pour réussir enfin à stabiliser en France une organisation fasciste.
On comprend maintenant le sens de I'« opération municipale ». Il ne s'agit pas pour « Ordre Nouveau », bien évidemment, de gagner une implantation en profondeur.
Ni les forces réelles d'« Ordre Nouveau », ni la situation politique française n'autorisent de tels « espoirs ». Mais il s'agit d'habituer peu à peu la population à la présence et à l'activité de telles bandes.
RIPOSTER
Déjà depuis trois semaines leur apparition sur le marché « Convention » dans le XVe arrondissement de Paris a provoqué des incidents, qui d'ailleurs ne tournèrent pas à leur avantage.
Mais les groupes fascistes ont toujours servi de groupes provocateurs.
Un incident au moment voulu peut permettre toutes les répressions, toutes les condamnations de « tous les extrémismes ». Aujourd'hui Ordre Nouveau tente de reconstituer les forces de l'extrême-droite fascisante. Demain, si nous le laissons faire, il jouera à nouveau un rôle dans la pièce montée par le gouvernement. La lutte contre le fascisme n'est pas indépendante de la lutte contre la politique anti-ouvrière du pouvoir comme semble le croire le PCF ! L'insistance d'Ordre Nouveau à sortir des facultés, vise à faire pièce à l'accroissement de l'implantation ouvrière des forces révolutionnaires.
L'ÉTAT FORT JOUE SUR TOUS LES TABLEAUX !
NE LAISSONS PAS LE POUVOIR HABITUER À LA PRESENCE FASCISTE !
ÉCRASONS LA PESTE BRUNE AVANT QU'ELLE NE RENAISSE !
FRONT UNIQUE CONTRE LES ACTIVITES FASCISTES !Archive 2 : « Vers le palais du vrai sport »
Tout !, n°10, 12 mars 1971
Ce qui a été magnifique, c'est la première charge. Cette fois, on s'est cogné aux flics comme jamais on l'avait fait.
C'était à peu près 8 h. 45 quand on est partis à l'assaut. Ils ont reculé.
lIs ont volé en éclat pendant un moment.
Dans l'après-midi, ils avaient laissé les fascistes débarquer leur matériel tranquillemert. Ils s'étaient installés en position, l'œil bienveillant sur les caisses de boulons, les lances et les boucliers d' « Ordre Nouveau », arrivés de manière tout à fait officielle.
Nous, on scandait « flics = fascistes = assassins » sans savoir très bien à qui on s'adressait. C'est pareil ! Quand Marcellin donne des ordres pour que ces flics protègent ceux qui hurlent l'antisémitisme, le racisme, ceux qui rêvent de sang et d'or, de tortures et de machins comme ça, je ne sais pas trop faire la différence entre le fasciste et le poulet.Meeting nazi = meeting interdit !
Un meeting nazi, c'est un meeting qu'on interdit parce qu'on estime que même si bien souvent on est trop jeune pour avoir comme ça directement ceux qui se réfèrent ouvertement a Hitler n'ont pas le droit de parler. Car le fascisme, ce ne sont pas tellement les fachos de pacotille habillés en terreurs noires pour la circonstance. Le fascisme c'est toutes les idées dégueulasses qu'on trimballe dans nos têtes depuis des décennies : c'est l'ouvrier raciste, ceux qui ont poussé à se brûler notre frère d'Argentré, c'est ce fou sadique de Leieune, c'est le cafetier de la Courneuve, c'est l'entraînement et l'organisation des brigades anti-jeunes.
Après la première trouille, les flics ont riposté assez sec en tirant à l'horizontale grenades avec lacrymogènes et au souffre.
Ce qui nous a manqué là, c'est qu'il y ait une seconde ligne prête à garder la retraite de la première, et une 3e ligne prête à donner une nouvelle offensive pour faire le trou. On a fait des erreurs, mais il fallait les vivre pour les comprendre.
C'est pas le courage qui manquait quand on a vu le copain monté sur l'auto-pompe et diriger le jet d'eau sur les poulets, ça donnait la frite pour le reste de la soirée.
Bien sûr, on s'est fait refouler, les uns ont été repoussés vers la rue de Vaugirard, les autres vers le boulevard Lefèvre. Les flics ont tenté de nous enfermer, de nous pourchasser, et, pendant le reste de la soirée, tout s'est passé en harcèlements,
construction de mini-barricades et de dispersions rapides. il y avait des petits groupes jusqu'à Montparnasse. Quand Marcellin s'est pointé pour constater que l'ordre républicain avait été maintenu, suffisamment maintenu pour que quelques 2000 à 3000 types qui assistaient au meeting d'« Ordre nouveau » puissent chanter à l'aise leurs chansonnettes « SS » et écouter Dupraz parler de l'occident chrétien, et expliquer paraît-il, qu'il faudrait nettoyer Paris.
On a regretté que Richard ne soit pas là.
Autodéfense des Comités de base de Secours Rouge.
Flics = fascistes = assassinsArchive 3 : « L'Ordre nouveau de monsieur Marcellin »
La Cause du peuple, n°37, 18 mars 1971
M. Marcellin a l'intelligence qu'il peut, celle de sa classe, et sa classe a de moins en moins d'intelligence ; il vient d'en donner la preuve, à l'occasion d'un meeting nazi au Palais des Sports.
I. L'ÉCHEC D'UNE PROVOCATION
La ligne de conduite du ministre depuis juillet 1968, c'est : « il faut que les forces de l'ordre occupent les rues pour éviter que les gens descendent dans la rue. » Or depuis quelques semaines, les Français manifestent beaucoup dans la rue ; toutes les catégories sauf bien sur les P.D.G. ; même les policiers sont descendus dans la rue, pour parler a la population, pour respirer un peu démocratiquement, pour changer d'air.
La ligne de conduite du ministre, c'est : « il faut que force reste à la loi. » Or les occupations d'usines et de bâtiments se multiplient et surtout les séquestrations se poursuivent régulièrement ainsi que la grande lessive dans les bureaux directoriaux.
Donc on ne tient pas compte dans le pays de la ligne de conduite de M. Marcellin ; cette situation indispose le ministre ; ce n'est pas la police du gouvernement qui fait pression sur les gens dans la rue, c'est dans la rue que les gens font de plus en plus pression sur le gouvernement. La pression de la rue, voilà le cauchemar depuis bientôt trois ans de monsieur le ministre, et dans un esprit agité par les mauvais rêves, de sombres idées provocatrices voient le iour. Par exemple le Palais des sports. Que veut le ministre ?
Il veut renforcer l'autorité de l'État malmené par les luttes populaires ; plus précisément le ministre de la Police veut ressouder la police contre les violences, et recréer une opinion unie contre les violences, et cette manière unir de nouveau la police et l'opinion. Tel est l'ambitieux projet unitaire de Marcellin.
Qu'a donc imaginé le ministre ?
La provocation du Palais des Sports. Écoutons-le :
« Je n'ai pas dissous Ordre Nouveau, alors qu'à la Libération mes prédécesseurs s'étaient engagés à dissoudre les groupes nazis. J'avais une idée derrière la tête ; voici mon idée : Ordre Nouveau se présente aux élections et donc va tenir légalement un meeting, les gauchıstes vont tomber dans panneau ; ils vont appeler à l'interdire ; moi garant de l'ordre et de la légalité, je vais protéger la tenue du meeting de telle manière qu'il y ait affrontemens entre les extrémistes des deux bords. À ce moment, ma police intervient pour faire cesser les combats, rétablir l'ordre menacé par les extrémistes.Pas mal mon idée : je défends la liberté de réunion en permettant qu'Ordre nouveau tienne son meeting, donc j'apparais comme démocrate. Et puis je rétablis l'ordre en mettant fin aux violences extrémistes. J'apparais comme le garant du juste milieu, de la grande masse contre les extrêmes.
Plus j'y pense plus je trouve bonne cette idée. Elle va plaire au chef (il veut dire Pompidou). »
Le chef a dû trouver bonne l'idée ; il s'est dit : la police va sortir grandie de l'affaire, plus unie (elle en a bien besoin), et plus proche de l'opinion. Ainsi fut dit, ainsi fut fait.
Mais les résultats furent surprenants :
- Premier résultat : tout le monde constate que la police a travaillée main dans la main avec les nazis : pendant toute la journée, elle les laisse faire sans discrétion, pendant les affrontements, nazis anciens et nouveaux fascistes de la police s'entendent à qui mieux mieux pour ratonner ou lyncher les manifestants fidèles à l'idéal de la résistance, celle d'hier et d'aujourd'hui. Pas bon pour Marcellinn.
- Deuxième résultat : un syndicat, le plus représentatif comme on dit, de la police, proteste et attaque Marcellin. La crise de la police, loin de s'atténuer, s'aggrave. Pas bon pour le ministre.
- Troisième résultat : Marcellin est attaqué par tout le monde sauf les godillots ; même des gaullistes honnêtes, qui ont participé réellement à la résistance, protestent et insultent le ministre. Pas bon pour lui.
— Quatrième résultat : la police, au lieu de sortir grandie, sort brûlée de l'affaire. Pas bon pour elle. Elle va devoir affronter des manifestations de rues certainement plus violentes maintenant. Vraiment pas bon.
Conclusion : au lieu de souder la police, Marcellin a aggravé sa division.
Au lieu de décourager les manifestations, Marcellin va les encourager. Le chef n'a pas de quoi être content.
II. LES EXTRÉMISTES
Il reste que les grands journaux ont tenté de bourrer le crâne des gens et que, de ces saloperies, Marcellin peut être content.
Pour que notre victoire soit complète, il faut démolir la manipulation : « France-Soir » demande que le gouvernement mette à la raison les « adeptes de Hitler et de Mao ». Introduire la confusion et opposer la Majorité des Français aux « extrémistes des
deux bords », voilà l'objectif des grands journaux. Évidemment, pour les travailleurs de Renault ou des mines qui ont combattu le fascisme, ça ne marche pas ; mais il faut convaincre tout le monde, et ne pas oublier qu'avant Marcellin, c'est le demi-boche Marchais qui avait répandu la thèse des « extrémistes des deux bords », des gauchistes fascistes. Il faut donc prendre au sérieux ces bassesses.
Qu'est-ce qu'un adepte de Hitler ? Un homme de main payé par une partie des grands industriels pour semer la terreur contre les travailleurs. Un adepte de Hitler, tout en trompant les masses, n'hésite pas à massacrer par milliers des ouvriers, des juifs, des communistes, des démocrates.
Qu'est-ce qu'un adepte Marcelin ? Un homme de main payé par une grande partie des
industriels pour matraquer des contestataires et se préparer à semer la terreur contre les travailleurs. Un adepte de Marcellin n'hésite pas à tabasser l'immigré avant de l'expulser.
Les C.R.S., comme l'ont dit beaucoup de gens, ressemblent a des SS ; et il y a beaucoup d'affinités entre les adeptes de Marcellin et les adeptes de Hitler. Ils ont ceci de commun qu'ils sortent du même ventre : la classe des grands industriels aux abois.
Nous disons aussi qu'il y a des différences ; un adepte d'Hitler ne mettait pas de gants pour terroriser ; un adepte de Marcellin, quoi qu'il en ait, est limité dans ses mouvements : il ne peut pas frapper ouvertement dans n'importe quelle condition. Il doit y mettre les formes. Et les journaux adeptes de Hitler remplissaient les esprits de mots mensongers, de grands mythes qui pouvaient plaire même dans une partie du peuple. Alors qu'aujourd'hui les journaux adeptes de Marcellin ne peuvent que vider les esprits, les accoutumer à ne pas réfléchir, à ne pas oser s'intormer.
Voilà pourquoi nous ne mettons pas sur le même plan adeptes de Hitler et adeptes de Marcellin. Pour tout dire, ce qui est vraiment dangereux aujourd'hui ce sont les adeptes de Marcellin ; parfois ils se recoupent ou bien ils se retrouvent sur le terrain ensemble comme au Palais des Sports. Mais Ordre Nouveau n'a rien de nouveau ; ce qui est nouveau et vraiment dangereux ce sont les tenants de l'ordre actuel, les adeptes de Marcellin. Ceux-ci reçoivent leurs des patrons des Batignolles ou de Ferodo effrayés par les séquestrations, les grandes lessives, les manifestations de rue. Ils peuvent recevoir des ordres de la C.I.A. Ils sont dans la place, ils se multiplient : ils entrent dans les usines comme à Peugeot ou y sont déjà comme à Citroën ou Simca.
Au Palais des Sports, nous avons tenu à frapper la bête terroriste ; en l'occurrence, vieux nazis et nouveaux fascistes. Au Palais des Sports, nous avons continué le combat que mènent les groupes ouvriers contre les terroristes dans les usines, ou les manifestants de rue contre les brigades d'intervention.
Nous n'avons pas répété un combat qui s'était mené dans les années 30 ; nous avons continué le combat qui se mène depuis 68 contre l'ordre actuel.
La vérité, c'est donc qu'à nouveau les extrémistes se sont affrontés dans une grande bataille : d'un côté ceux qui veulent renverser le monde actuel, de l'autre ceux qui défendent coûte que coûte l'ordre bourgeois dans l'usine, la rue, l'esprit.
Et nous n'avons jamais nié que nous sommes à l'extrême opposé de Marcellin et de ce qu'il représente. Nous n'avons jamais nié, puisque c'est notre objectif explicite, que nous pouvons prendre l'initiative contre l'ordre de Marcellin.
Ce que l'expérience nous montré, et tout particulièrement l'expérience de la lutte contre Hitler, c'est qu'il faut prendre l'initiative contre le terrorisme patronal et policier. Qu'il ne faut pas attendre de se faire massacrer pour riposter.
Que dès maintenant, des qu'apparait brutalement une forme de terrorisme il faut des milices, des groupes anti-terroristes pour s'y opposer. Si les capitalistes aiguisent les couteaux, il faut aiguiser les nôtres ; si les hommes de mains du capitalisme sortent les couteaux, il faut sortir les barres. Contre le terrorisme il faut s'armer : c'est la leçon de l'histoire et la signification de la bataille du Palais des Sports.
« France-Soir » veut désarmer les groupes factieux, éliminer les extrémistes. Nous sommes d'accord : que Marcellin désarme ses milices et ordonne aux patrons, aux cumulards de faire pareil. À ce moment on accepterait de discuter les mains nues. Mais « France-Soir », son boulot c'est de vendre du mensonge. Aussi médiocre que les provocations de Marcellin. C'est la même classe.
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Les jours Flash Prime d’Amazon commencent demain : horaires, conditions… tout savoir avant le lancement

Amazon remet ça. Après quatre jours de Prime Day en juin, le géant du e-commerce organise une seconde salve de promotions les 6 et 7 octobre 2026. Baptisée Jours Flash Prime, elle durera 48 heures et restera réservée aux membres Amazon Prime. Voici les dates et tout ce qu’il faut savoir avant le lancement.
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Brazil's heated presidential election was forced into a runoff on Sunday, according to election officials, with the right-wing challenger leading over the leftist incumbent in a narrow race that may have sweeping consequences far beyond the country.
President Donald Trump broadcast a fellow Republican's personal cellphone number to his millions of followers over a dispute about whether Americans should keep changing their clocks. Trump posted the Arkansas cellphone number for Republican Arkansas Sen. Tom Cotton on Truth Social Saturday, calling the senator "a friend of mine" while blaming him for stalling the Sunshine Protection Act, according to the post. -
Suspension du permis pour téléphone au volant : ce qui change concrètement et comment l’éviter

La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, a annoncé avoir ordonné à tous les préfets de France d'appliquer la suspension du permis lorsqu'un automobiliste a été surpris le téléphone dans la main, au volant. Pour éviter la sanction, la méthode est assez simple.
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Les cahiers au feu !
« Qu'est-ce que c'est que cet état qui nous inculpe d'outrage et rébellion quand on se fait frapper et insulter ? »
Un manifestant lycéen lors du soulèvement contre la loi Fillon en 2005 [1].En 1229, à Paris, suite à des altercations pendant les fêtes de Carème, les sergents royaux s'en prennent violemment à des escholiers de l'université, faisant plusieurs morts et de nombreux blessés. En réaction, les escholiers et professeurs déclenchent un mouvement de grève qui durera deux ans, ponctué d'affrontements qui feront quelques 300 morts dans les rangs des protestataires. Ce soulèvement s'achèvera par une victoire des insurgés obtenant un statut de large autonomie et des « privilèges » pour l'université parmi lesquels le droit de « suspendre les cours », c'est à dire de faire grève, droit qui n'était reconnu à nulle autre corporation. Les XIVe et XVe siècle seront marqués par de nombreux soulèvements étudiants pour défendre ces privilèges contre les tentatives des « autorités » royales et religieuses de les remettre en cause. Cette acquisition d'une certaine autonomie pour la communauté universitaire allait faire ce celle-ci la base pouvant accueillir et favoriser une fermentation intellectuelle bien plus libre que dans le reste de la société. Bouillonnement qui donnerait naissance à une démystification des dogmes et superstitions soutenant le despotisme aristocratique et contribuerait au renversement de celui-ci par la révolution.
Par la suite, les écoliers et étudiants prendront part largement aux soulèvements contre l'arbitraire des nouvelles féodalités oligarchiques et seront même souvent à l'origine des mouvements déclencheurs de ces soulèvements. De 1830 à 1968, à travers les barricades de 1848, la Commune de 1871, le Front Populaire de 1936, puis l'héroïque manifestation de 1940 contre les nazis et le gouvernement « collabo », cette fraction de la jeunesse refusant la soumission à des lois et ordres indignes a été à chaque fois l'élément le plus stimulant des révoltes. Le réveil de 1986, après l'amère défaite de 1968 (malgré le sursaut de 1973), a relancé cet élan qui a donné au fil des décennies suivantes des révoltes récurrentes.
A chaque fois, les causes initiales de ces rébellions sont vite apparues comme expressions d'un malaise bien plus profond expliquant leur vivacité et leur ampleur. Une Adresse aux manifestants lycéens, distribuée lors des manifestations de 1998, l'exprimait clairement :
« Je crois que ce qui vous fait descendre dans la rue c'est autre chose qu'un simple problème d'intendance. Je crois que ce que vous n'aimez pas dans l'école ce n'est pas qu'elle soit mal chauffée, qu'on y bouffe mal ou qu'on y soit trop nombreux en classe, même si cela ajoute au déplaisir. Ce que vous n'aimez pas dans l'école c'est ce que je n'aimais déjà pas à votre âge : ce que vous n'aimez pas dans l'école c'est… l'école. C'est l'obligation d'y passer vos journées sous prétexte de vous préparer à une « vie active » dont la perspective n'a rien de très excitant. Ce que vous n'aimez pas dans l'école c'est qu'elle est l'antichambre d'un monde qui n'est pas très attrayant et même plutôt répugnant et que, pour cette raison, elle ne l'est pas non plus, malgré tous les efforts des pédagogues les mieux intentionnés.
Vous savez bien que l'école, malgré les prétentions éducatrices qu'elle affiche, n'a pas pour but de vous mener à une maturité épanouie et responsable, mais de vous préparer à vous insérer docilement dans le monde dominé par les lois de l'argent et du labeur aliéné, et qu'elle est, à cette seule fin, gavage, domptage et abêtissement.
Or, vous savez déjà par vos parents que le boulot n'est pas une partie de plaisir et qu'en plus il devient de plus en plus difficile de monter dans cette galère là. Vous devinez déjà un peu que vos certitudes d'être un petit génie et de vous en sortir de toutes manières (par la musique ou les arts plastiques, par exemple, ou par la débrouillardise de l'égoïste cynique écrasant tout le monde pour grimper) risquent de se trouver confrontées à forte concurrence et que bien peu d'entre vous parviendront à être autre chose que des esclaves salariés, au boulot ou au chômage.
Vous ne voyez donc pas bien l'utilité de l'école si ce n'est celle, peu séduisante, de vous préparer à accepter docilement cet avenir si peu radieux. Et vous saisissez au vol le prétexte de l'énervement contre l'état déglingué de la majorité des écoles et la débacle des enseignants, (comme tout autre service « public » en ces jours de « libéralisme » triomphant) pour fuir un moment ces lieux de sujétion. » (Un vétéran, 15 octobre 1998)
Ces révoltes contre quelques aspects insupportables d'une société globalement insupportable ont beau se voir confinées à leurs revendications spécifiques, elles n'en manifestent pas moins un ras le bol de l'ensemble de la machinerie broyeuse d'humains, et une sourde rage contre ses conducteurs. Ce sont des révoltes contre les accapareurs de pouvoirs, contre les « décideurs » ayant monopolisé cette position réduisant les peuples à leur servage, contre les despotismes, quels que soient leurs déguisements.
Celle qui se développe en trainée de poudre dans l'hexagone depuis quelques jours est de cette nature. Elle est, bien au-delà de ses griefs affichés, révolte contre la gouvernance autocratique qui se fout du monde dans tous les domaines et ne répond aux objections des citoyens à ses agressions qu'en envoyant ses soudards leur taper dessus.
Mais l'époque est finie où les manifestants se laissaient assommer et mutiler sans répliquer afin de ne pas passer pour des « casseurs ». La violence d'État qui tombe sur ces jeunes, provoque une riposte d'autant plus rageuse qu'elle doit se faire presque à mains nues. Or, la colère hargneuse n'étant pas un état favorisant le discernement, elle commet, dans l'écume du combat quelques dégâts « incontrôlés ». En jetant « les cahiers au feu, l'école au milieu » comme le suggérait autrefois une chanson enfantine, c'est un pesant paquet d'humiliations, d'insultes et de blessures que certains enragés ont brûlé. Mais de ces actes de vengeance, les merdias s'empressent de faire un film d'horreur afin de diaboliser cette insoumission et permettre ainsi d'occulter ses exigences. La mise en scène de cette « barbarie » fournit également aux roitelets de la démocrature l'argument pour taper sur leurs rivaux dans la compétition électorale.
C'est donc seulement s'ils sont rejoints par toutes les autres victimes du despotisme oligarchique que leur soulèvement peut avoir une chance d'aboutir à autre chose que, au mieux une distribution de quelques miettes dérisoires que les carriéristes parmi eux s'appliqueront à déguiser en grande victoire, au pire une méchante répression.
C'est seulement si ce soulèvement s'amplifie et étend sa critique à l'organisation sociale toute entière qu'il pourra faire reculer les matraques et s'ouvrir à des perspectives autrement passionnantes que des heures et des années de formatage scolaire, même si c'est au chaud sous un toit qui ne fuit pas et avec du papier dans les chiottes.
Gédicus
4 octobre 2026[1] A tous ceux qui veulent fliquer les lycéens, les lycéens répondent Résistance ! L'insomniaque, Collection De l'huile sur le feu. Juin 2005.
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Espagne: Pedro Sánchez convoque des élections anticipées le 29 novembre
Après le rejet des mesures que son gouvernement avait présentées pour tenter de sortir le pays de la crise du logement, le premier ministre espagnol a annoncé, lundi 5 octobre, la dissolution des chambres du Parlement et un nouveau scrutin.