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Face aux aboiements réactionnaires de tous bords (y compris à gauche) suite au franchissement massif de la frontière espagnole à Ceuta, on propose la lecture d'un entretien du collectif Alarmphone-Toulouse.
Minuit Décousu : Est-ce que vous pourriez vous présenter ?
Alarmphone : On est trois personnes qui faisont partie d'Alarmphone-Toulouse et qui habitons Toulouse ou alentours. C'est une équipe d'Alarmphone qui s'est montée localement en 2020.
Minuit Décousu : Est-ce qu'on peut revenir sur comment ça s'est monté Alarm Phone de manière générale et puis ensuite la cellule Toulousaine plus précisément.
Alarmphone : En fait Alarmphone ça arrive dans dans le contexte de montée des migrations et de la répression des migrations. Répression qui date quand même depuis longtemps, qui commence dans les années 1970 avec les visas, c'est ce qui va entraîner les passages de frontières de manière irrégulière, mais qui sont assez stables jusqu'en 2013. On compte un millier de passage de la Méditerranée en gros de ce qu'on peut compte jusque là, et à partir de 2014, ça va monter très fort du fait des contextes internationaux. Là on en compte 200 000 en 2014 et près d'un million en 2015. En 2013, il y a un gros naufrage qui fait 300 morts, et qui va entraîner l'opération Mare Nostrum. Cette opération, qui est largement menée par l'Italie à l'époque, va faire des opérations de sauvetage. Comme quoi c'est possible. Et il y a 150 000 personnes qui secourues dans cette opération assez massive, dont des personnes qui sont principalement orgiainaires de pays d'Afrique subsaharienne, mais aussi beaucoup de Syrie et de Libye qui sont en guerre civile à ce moment-là. Donc Alarmphone se monte en 2014, avec des activistes qui vivent au nord et au sud de la Méditerranée. Pour le dire rapidement, le principe c'est une ligne téléphonique d'urgence à destination des personnes se retrouvant en situation de détresse pendant une traversée de frontière, la mer Méditerranée notamment. Et ce numéro est joignable 24h/24 toute l'année. Ça c'est le principe de base.
Mais l'histoire elle commence doucement, à la fois avec peu de personnes. C'est vraiment peu de gens qui font ça au départ, mais et aussi pas beaucoup d'appels. le numéro n'est pas n'est pas très connu et progressivement il y a des équipes qui vont se monter en Allemagne, en Espagne, en Suisse, en France, en Angleterre, en Hollande, en Sardaigne et bien entendu au sud de la Méditerranée au Maroc, en Tunisie, au Sénégal. Il y a des contacts forts aussi au Mali au Niger et certainement j'en oublie parce qu'il y a des équipes qui vont se monter qui vont ensuite disparaître d'autres arriver etc c'est un réseau qui est assez important qui compte plus de 200 000 personnes. Les appels aussi vont se multiplier. L'année dernière [2023], on a reçu, on a accompagné 2400 situations. C'est beaucoup plus d'appels, mais en tout cas 2400 situations de problématiques liées à la répression aux frontières. Et ce matin, on en était à ouvrir le 1358e cas, comme on dit dans le jargon, quoi.
Je pense qu'il y a un truc qui est important dans dans la formation d'Alarm phone général, c'est que ce qu'on sait, ce qu'on fait, on le doit avant tout aux personnes en mouvement qui inventent des nouvelles routes, qui diffusent le savoir qu'elles ont collecté le long de celles-ci. Et depuis dix ans le réseau il apprend et grandit avec ça. Ça, c'est vraiment une une base importante à mon sens avant de développer. Et pour nous spécialement, je crois pas qu'il y ait pas grand chose à dire. C'est comme partout à plein d'endroits, des gens ont envie d'avoir une action directe contre le système des frontières, qui s'insèrent dans ce réseau, qui apprennent (c'est une formation qui est pas simple) et qui qui vont ensuite travailler à participer à cette ligne d'urgence. On a une amie qui disait qu'Alarm Phone c'était une sorte de legal team de la mer. Dans un contexte pourri où la répression fait rage, c'est s'accrocher à quelques droits pour tenter de s'en sortir au mieux. Et là, ici, c'est le droit de la mer, celui ancestral, un peu mythique, que les marins doivent porter secours aux autres marins. Bon, en vrai, c'est très relatif, surtout dans la réalité aujourd'hui du commerce maritime, etc. Et puis même, c'est des bateaux aujourd'hui où en fait tu vois rien, tu sais pas ce qu'il y a sur la mer, donc bon... Mais il y a ça, et puis il y a aussi une convention internationale sur la recherche et le sauvetage maritime qui est signée en 1979 et qui va finalement entrer en vigueur en 1985… Bon ça c'est un peu des détails mais mais c'est important et c'est ce qui oblige à ce qu'il y ait des des moyens de sauvetage et de coordination du sauvetage en mer dans ce qu'on appelle des zones SAR, de “search and rescue”, de recherche et de sauvetage en français, et c'est un espace maritime qui est pas de tout celui des des eaux territoriales qui est les eaux internationales mais dans lesquels les États ont des responsabilités morales et matérielles et légales de sauver les personnes qui sont en détresse et de les ramener à un port sûr. C'est comme ça que c'est c'est c'est noté dans la loi. Le port sûr, ça va être un endroit où les personnes en danger ne le sont plus, tout simplement. Mais ce qu'il faut ce qu'il faut bien te garder en tête, c'est que le port sûr, c'est en fait une définition politique. Et qui résulte d'un rapport de force. Demain, il pourrait être établi que Misrata en Libye, c'est un port sûr, alors que la Libye, c'est un bagne horrible pour les personnes en mouvement. Donc, vraiment ce droit, c'est un champ de bataille perpétuel pour que les ports sûrs, ça soit des ports réellement sûrs et qu'ils soient notamment au nord de la Méditerranée.
MD : Sur votre site il est fait mention d'un réseau de collectif, d'associations auquel appartient Alarmphone. Est ce que vous pouvez en dire deux mots ?
Alarmphone : En fait, je pense qu'il y a un truc important qui fait le lien, en fait, avec qui est-ce qu'on s'organise. C'est que même si on agit surtout pour le sauvetage et le droit des personnes qui traversent, on est avant tout convaincu que ce qui est urgent, c'est de détruire le système des frontières et des visas, pour que les drames de la mer soient évités. Le problème, c'est les frontières, et nous on se bat pour la libre circulation. Donc on s'accorde avec des gens qui partagent ces idées-là. Ce qu'on appelle les projets “soeurs” d'Alarmphone. C'est comme Alarmphone Sahara qui travaille sur la traversée du Sahara, notamment à partir du Niger. C'est aussi la maison de Laâyoune, qui accueille des personnes en mouvement à Laâyoune dans le Sahara occidental. Et ensuite, on a d'autres contacts plus larges sur des acteurs du sauvetage en mer, ce qui s'appelle la “civil fleet”, la flotte civile, qui remplace les États dans leur travail de sauvetage. Donc c'est les Geo Barrents, c'est les Humanity One, c'est tous ces bateaux.
Il y a un autre élément sur lesquels on collabore beaucoup c'est les commémorations. Les commémorations, c'est des actions qui viennent de familles du sud, de familles de personnes qui ont disparu dans leur parcours de migration et qui veulent commémorer pour qu'aucun mort ne passe inaperçu. Une des dates assez importante, c'est notamment celle du 6 février. Par exemple, le 6 février dernier, c'est dans 54 villes de l'Afrique à l'Europe, de Tripoli au Liban à Brest en France, d'Amsterdam à Douala, qu'il y a eu des événements pour la tristesse et le souvenir et avec la rage de faire cesser le système des frontières. Et ça, c'est des éléments importants du travail d'Alarm Phone : regarder ce qui se passe aux frontières, le faire savoir, le faire sortir de l'oubli et le raconter le plus largement possible.
Capture d'écran Nitter du compte Twitter d'Alarmphone. On y voit l'image d'une carte marine qui indique la position de 49 personnes en détresse au large de la Tunisie.
MD : Du coup si vous voulez on va passer au fonctionnement d'Alarmphone même on a déjà un peu commencé à amorcer un peu des éléments mais je pense que du coup ça permettra de compléter. Concrètement, comment on fait pour pour venir en aide aux personnes en exil ? Vous avez expliqué le principe de ligne téléphonique mais comment ça fonctionne si on prend le truc un peu dans l'ordre, on va dire, pour aider les personnes.
Alarmphone : En gros, nous, ce qu'on fait, c'est relayer les appels de détresse aux gardes côtes et faire pression. C'est ça le principe. On est pas un numéro de sauvetage, on n'a pas de bateau. Et quand on nous appelle, on est dans nos salons avec nos ordis. Donc, c'est un numéro d'alerte pour appuyer les opérations de secours. Par rapport à ce que les gens directement sur les bateaux peuvent faire, nous on va peut-être apporter des meilleures capacités matérielles et des connaissances pour pouvoir mettre la pression aux autorités nationales et aux gardes côtes pour qu'ils viennent en aide aux personnes en mer. Donc ce qu'on va faire pendant les permanences, c'est envoyer des emails aux autorités des zones SAR concernées en fonction d'où se situent les personnes sur les bateaux, on les appelle et ensuite on les rappelle et ensuite on les rappelle. Comme ça, ils sont au courant des bateaux en détresse, ils sont au courant de leur localisation et de la progression des bateaux. Et aussi, surtout, ils savent qu'on est au courant et qu'on visibilisera leur inaction s'il y a des naufrages. Donc, on pense qu'une grosse partie du travail, c'est d'assister les personnes en mouvement, bien qu'on se sente souvent impuissant-es. En fait, quand on a les personnes au téléphone, bien sûr c'est pour relayer toutes les informations nécessaires pour un sauvetage mais c'est aussi du travail émotionnel. Enfin, il y a ce truc d'apporter autant d'éléments que possibles pour qu'ils puissent en sortir au mieux, leur donner des conseils et aussi être des soutiens s'il y a beaucoup d'angoisse de la panique, s'il y a des personnes qui ressentent le besoin d'avoir quelqu'un au téléphone. On va rester en contact avec les personnes et on va faire le maximum pour être présent-es tant qu'il y a besoin.
Donc du coup, il y a ce travail de permanence. On est plein d'équipes locales dans plusieurs pays et on va se répartir les permanences pour qu'il y ait tous les jours, 24h/24, des camarades qui puissent répondre au téléphone. Pendant ces permanences, on va regarder la météo, on va suivre les parcours des personnes grâce à leurs positions GPS. On va archiver tout ce qui se passe pendant la permanence. On va répondre aux proches sur les réseaux sociaux. On va recharger les téléphones des personnes en mer quand ils ont plus de crédit. Et on peut aussi relayer les situations très dangereuses sur Twitter, par exemple. Comme ça, ça met davantage de pression aux garde-côtes. Et donc, en dehors du travail de permanence, il y a aussi tout le travail à côté. pour que cette permanence soit possible. En amont, il va y avoir le travail de prévention qui est mené au sud de la Méditerranée dans les communautés de départ par le biais par exemple de brochures qui vont expliquer les risques auxquels s'exposent les personnes qui veulent traverser et faire de la réduction des risques en distribuant le numéro d'Alarme Phone parmi d'autres choses et après on a aussi des groupes de travail, par exemple un groupe de travail technique pour résoudre les problèmes techniques du réseau. Il y a des groupes régionaux qui vont analyser les tendances dans telle ou telle région et mettre à jour les meilleures manières qu'on peut avoir d'aider les gens en fonction des parcours de migration.
Après, il va y avoir un groupe de suivi des bateaux et des personnes disparues, qui va essayer de chercher ce qui est arrivé aux bateaux dont on a perdu la trace et aussi être en contact avec les familles des personnes disparues. Et après, j'ai l'impression que ce qui nous paraît très important, c'est l'archivage. Parce que l'intérêt de tout ça, c'est aussi que soit rendus visibles les luttes des personnes migrantes, les actes de solidarité et la violence des régimes frontaliers européens. On fait des rapports sur toutes les traversées qu'on assiste, on publie des articles. Après, il y a un podcast qui s'appelle Chroniques A Mer, qui est fait par des personnes d'Alamphone. Et après, pour finir, c'est essayer de faire fonctionner un réseau transnational avec les outils de l'auto-gestion. On a nos fonctionnements par ville, donc des tas de réunions en fonction des groupes de travail, et après des meetings deux fois par an qu'on fait au nord et au sud de la Méditerranée pour se rencontrer, se former ensemble, améliorer nos fonctionnements, prendre des décisions et prendre soin du réseau.
MD : La question que j'avais par rapport à à tout ça, c'est la question de la langue. Comment est-ce que les gens qui vous appellent font pour se faire comprendre et en échange, comment vous vous pouvez vous faire comprendre des personnes qui vous appellent. Est-ce qu'il y a des interprètes, omment ça fonctionne au niveau linguistique ?
Alarmphone : La plupart des personnes d'Alarmphone savent à peu près comprendre et se faire comprendre en anglais, donc on peut dire que c'est la langue qu'on utilise le plus, y compris avec les personnes sur le bateau. Aussi avec le français. Il y a souvent minimum une personne qui pourra prendre le téléphone et parler en anglais ou en français et si c'est pas le cas, surtout pour le français, on va avoir des sortes d'astreintes où par exemple, moi, je vais me rendre disponible au cas où personne n'arrive à communiquer en français avec des gens sur un bateau. Après, pour les gardes côtes, par exemple, ça peut être bien de pouvoir parler espagnol avec les autorités, les gardes côtes espagnols, de savoir parler grec pour parler avec les autorités grecques, et que ça peut être une bonne une excuse pour les gardes côtes de de nous envoyer chier parce que on parle pas assez bien leur langue donc ils vont dire qu'ils nous rappellent, qu'ils nous comprennent pas et ils vont raccrocher. Après, les équipes de permanence au nord de la Méditerranée sont en bonne partie majoritairement blanches et non arabophones donc ça peut être compliqué aussi quand personne ne parle arabe. Des fois on peut ne pas trouver de langues en commun avec les gens sur les bateaux Et quand ça arrive, on va demander au réseau si un ou une arabophone est disponible pour être en contact avec tel ou tel bateau. Et il y a presque tout le temps quelqu'un qui va être là pour pour s'en pour s'en charger.
MD : Vous disiez que c'est la Méditerranée que vous surveillez plus spécifiquement, mais est-ce que vous surveillez aussi d'autres zones maritimes ? Et plus largement aujourd'hui, quelles sont les zones les plus complexes à traverser quand on est en parcours d'exil autour de l'Europe ?
Alarmphone : On surveille pas en fait de zones en particulier. C'est plus qu'au fur et à mesure de la militarisation des frontières européennes, les personnes en mouvement vont tester des nouvelles routes qui sont de plus en plus dangereuses et mortelles. Et nous, on est simplement témoin de ça. Par exemple, dans la Manche, parce qu'on a aussi des appels de la Manche, il n'y a jamais eu autant de personnes mortes que cette année [2024]. Là, à l'heure où on parle, il y a 37 personnes au moins qui sont décédées dans la Manche. Et la raison pour laquelle c'est le cas, c'est parce que les plages sont plus en plus militarisées et que les départs se font de plus en plus dans la précipitation, le stress, l'obscurité. On n'a pas le temps de bien gonfler les bateaux et les embarcations. Ils sont aussi de plus en plus éloignés des endroits historiques de départ comme Calais ou Grande Synthe. Et après, en Méditerranée, les zones de de départ, ça va être la Méditerranée centrale, beaucoup de départs de la Libye, de la Tunisie, de l'Égypte qui vont aller vers Lampedusa, vers la Sardaigne, la Sicile. La zone SAR libyenne, elle est très large. Donc sur toute cette zone-là, qui est énorme, il y a un gros danger de pushback et d'interception de la part des soi-disant garde-côtes libyens. La zone est extrêmement surveillée par les drones de Frontex et les soi-disant garde-côtes libyens, ils s'en foutent que les gens risquent de se noyer. Et par ailleurs, les interceptions dans cette zone-là ont pour conséquence l'emprisonnement en Libye dans des conditions inhumaines. Donc beaucoup de gens veulent continuer la route coûte que coûte, ce qui est extrêmement dangereux. Et ça fait que, toujours pareil, les bateaux partent de plus en plus loin. Maintenant, depuis cette année, il y a énormément de bateaux qui partent de l'Est de la Libye. Enfin, c'était déjà le cas, mais c'est de plus en plus courant, et ça représente une distance beaucoup plus grande pour arriver en Europe. Et c'est à cause de ça qu'en fait il y a des massacres en qui se passent en Méditerranée. Donc on peut reparler en juin dernier du massacre de Pilos où il y a six cents personnes qui ont qui ont été tuées en mer en empruntant cette route là. Et là, si on compte juste les six premiers mois de 2024, il y a 800 personnes répertoriées qui sont décédées en Méditerranée centrale. Il y a l'ordre qui est souvent donné de ramener les personnes en Tunisie, en Libye, en Égypte. Malgré les violations en droits humains documentées par les personnes en mouvement dans ces pays. Ça, c'est pour la Méditerranée centrale.
Après, pour l'Espagne, les personnes partent d'Algérie, du Maroc, de Sahara occidental, de plus en plus fréquemment par l'Atlantique vers les îles Canaries, qui est une route moins surveillée, mais qui est aussi beaucoup plus longue et beaucoup plus dangereuse. Et pour l'est de la Méditerranée, les personnes vont partir de Turquie, de Syrie et du Liban. Il y a des traversées de l'Evros [ou Maritsa], le fleuve qui sépare la Turquie de la Grèce, avec énormément de pushbacks par la police aux frontières grecques. Les personnes peuvent attendre des jours ou des semaines sur des petites villes au milieu de l'Evros, parce qu'ils ont été pushbackés. Ou parce qu'ils ont peur de se faire tabasser par la police grecque. Et pour les traverser en bateau de la Turquie vers les îles grecques, il y a aussi beaucoup de pushbacks qui sont répertoriés, ainsi que beaucoup de violences des gardes-côtes grecs, qui a été répertoriée par énormément de personnes, telle que la violence physique : les gardes-côtes qui vont attendre que les gens arrivent sur les îles pour les taper, enlever le moteur et les laisser ensuite repartir à la dérive.
Capture d'écran Nitter du compte Twitter d'Alarmphone datée du 3 août 2026. On y lit « 3 personnes à risque de pushback dans la zone de l'Evros. Une mère, son frère mineur et son enfant ont traversé pour arriver en Grèce cette nuit. Iels ont été trouvés par la police. Depuis, nous n'avons plus de nouvelles d'eux ou de la police. Iels ont besoin de protection internationale ! Non aux pushbacks ! »
Alarmphone : Juste pour un rajout, il y avait un peu la partie plus spécifique sur ce qu'il se passe quand on a les gens au téléphone ? Qu'est-ce qu'on check comme information ?
Alarmphone : Ben oui, je peux en parler un peu. Donc, il y a le numéro de téléphone d'Alarmphone qui est distribué par les camarades du Sud. qui joue un rôle déterminant pour faire circuler le numéro dans les communautés de départ, ce qu'on a dit. Et après, nous, on va répondre à chaque appel téléphonique. On a plusieurs téléphones au cas où il y a plusieurs appels en même temps. Et après, une fois qu'on est en contact avec un bateau, on va se recontacter assez régulièrement avec les personnes sur le bateau pour savoir ce qui se passe, comment les gens vont, et on va demander les informations dont on a besoin. que ce soit le type de bateau, sa taille, le nombre de personnes à bord, la nationalité des gens, la présence de gilets de sauvetage, si elles ont de l'eau, de la nourriture, s'il y a des personnes malades... Et le truc le plus important, c'est le plus régulièrement possible de connaître leur position GPS. Après, s'il y a un sauvetage aussi, on va essayer de rester en contact vraiment jusqu'au bout. Parce que les moments de sauvetage, ça peut être des moments aussi très dangereux où il y a beaucoup de mouvement. À part par le téléphone, on peut aussi être contacté-es par d'autres biais, par exemple par des proches sur Facebook ou sur Twitter. Donc là, c'est plutôt eux qui vont nous donner les informations. Ça peut aussi arriver qu'Utopia 56 nous demande si on peut s'occuper de cas de bateaux dans la Manche parce qu'ils ont trop de travail. Et il y a aussi des endroits où il va y avoir de la connexion réseau, donc par exemple sur l'Evros ou sur les îles grecques. Donc on va pouvoir parler avec les gens sur WhatsApp dans ces moments-là, ce qui peut résoudre pas mal de problèmes de communication liés à la langue parce qu'on va utiliser des traducteurs automatiques.
MD : Du coup je voulais rebondir là-dessus. En mer, en Méditerranée comme dans la Manche, il y a pas de zone où il y a pas du tout de réseau, par exemple, pour appeler. Est-ce que enfin ça se pose comme problème les zones blanches en Méditerranée ?
Alarmphone : Oui il y a en mais en fait on utilise des des téléphones satellites.
MD : Ah d'accord oui.
Alarmphone : Peut-être pour faire un petit complément là-dessus. En fait les gens qui partent de Libye partent quasiment toujours avec un téléphone satellite parce qu'effectivement rapidement la couverture téléphonique qui est permise par des antennes terrestres s'arrête. Et c'est une des difficultés qu'il y a dans d'autres régions, par exemple en Tunisie les téléphones satellites sont considérés comme du matériel militaire et interdits ce qui fait que les gens partent sans téléphone satellite et très vite n'ont plus de réseau téléphonique et donc ça augmente vachement le danger et le risque de mourir en mer puisque les personnes ne sont pas en capacité de contacter des secours quand elles se retrouvent en détresse. C'est aussi un des enjeux sur la route vers les Canaries, la route atlantique, où en fonction des pays de départ c'est plus ou moins possible pour les personnes d'avoir accès à des téléphones satellites. Donc il y a des départs qui se font avec et des départs qui se font sans.
MD : Si vous voulez, on peut passer au fait d'expliquer comment sont gérées les frontières européennes, expliquer un peu ce que c'est que Frontex, comme ça fonctionne etc. Et on verra ensuite si ça fait émerger d'autres trucs.
Alarmphone : Eh ben c'est pas une si petite question [rire]. Frontex, c'est une agence de l'Union européenne qui est basée à Varsovie. C'est la plus grosse agence de l'Union européenne en termes de budget et de nombre d'agents. Pour donner une idée de chiffres, son budget c'est environ 900 millions d'euros par an et le nombre d'agents actuellement, j'ai pas réussi à trouver d'info très claires, mais l'objectif c'est d'atteindre 10 000 agents d'ici 2027. Avec 3 000 agents fixes et 7 000 détachés dans différents pays. Le rôle de Frontex c'est de protéger les frontières européennes de l'immigration illégale. C'est assez explicite. Et ça, ça se fait principalement en contrôlant les frontières externes de l'Europe, donc en dehors de l'Europe. Ce que fait Frontex, c'est plusieurs choses. C'est une agence qui produit de l'analyse, cette analyse, elle sert à définir un niveau de risque et donc des stratégies de militarisation adaptées à ce niveau de risque tel qu'il a été évalué. Donc la militarisation, elle passe par la surveillance, le contrôle et les violences aux frontières. Frontex fait partie aussi de la coordination des expulsions de migrants et migrantes sans papiers vers leur pays d'origine, donc les charters quoi. Des gens qui sont en France, qui ont une OQTF et qui reçoivent une convocation pour un avion, par exemple. Et donc Frontex coordonne ces expulsions-là, les facilite notamment en finançant les vols. Et nous, la partie à laquelle on est la plus confrontée de l'action de Frontex, c'est l'intervention dans les États membres de l'Union européenne et dans des États en dehors de l'Union européenne par la mise à disposition de moyens humains, donc des gardes frontières, par la formation de ces gardes frontières et par la mise à disposition de matériel. Le matos, c'est des avions, des bateaux. les drones et les armes à feu. Il faut savoir que les gardes frontières de Frontex sont autorisés à porter des armes à feu. Et cette intervention, on remarque qu'elle est vraiment en expansion au-delà de l'Union européenne. Et du coup, il y a des agents et des gardes de côte formés par Frontex en Libye. mais aussi de plus en plus loin par exemple au Sénégal, en Mauritanie, au Nigeria.
L'action de Frontex, elle démarre bien avant les départs en mer, avec cette politique d'externalisation des frontières qui augmente d'année en année, avec des accords toujours plus nombreux entre des pays de l'Union européenne et des pays considérés comme de transit. Et donc ça passe par des contrôles accrus des routes migratoires terrestres et aussi des zones côtières d'où partent les bateaux. Une fois en mer, par exemple si on parle de la Méditerranée centrale, donc les départs de Libye comme on disait tout à l'heure, en fait Frontex ils ont vachement de matos de surveillance donc des drones et des avions qui leur permettent de repérer toute embarcation de “migrants illégaux” entre guillemets et à ce moment-là de les signaler aux autorités compétentes et parfois d'envoyer des signaux de détresse qui vont être relayés aux embarcations proches conformément au droit maritime international de porter assistance aux personnes en détresse en mer. Comme on l'expliquait tout à l'heure, Frontex signale les embarcations aux pays responsables du secours dans les zones en question. Or, depuis 2018, la Libye possède une zone SAR, donc une zone de responsabilité de recherche et de secours en mer qui est très grande, qui auparavant n'existait pas. Et donc à ce moment-là, en fait, les embarcations repérées par Frontex sont assez systématiquement interceptées par les soi-disant garde-côtes libyens, et les personnes sont donc abordées dans des conditions catastrophiques qui conduisent souvent à des morts. et ensuite sont ramenés et incarcérés en Libye.
Capture d'écran Nitter du compte Twitter d'Alarmphone datée du 1 août 2026. On y lit « 37 personnes en détresse en Méditerranée centrale ! Cela fait 7h que nous parlons avec le groupe. Les soi-disant gardes-côtes libyens prétendent qu'ils ont cherché l'embarcation sans la trouver. Nous sommes très inquets et demandons à ce que les opérations de recherches continuent ! »
C'est toute cette histoire de ports sûrs don't on parlait tout à l'heure en fait. Depuis 2024, le droit maritime oblige les bateaux qui recueillent des migrants en détresse à les débarquer dans un lieu sûr tel qu'il est défini par l'organisation maritime internationale c'est-à-dire quelque part où la vie des personnes n'est plus menacée. Or par rapport à ça, on remarque que Frontex n'a pas de souci à considérer que la Libye est un lieu sûr. Si on prend l'exemple d'une autre zone, dans la mer Égée, les routes de la Turquie vers la Grèce, comme le disait la camarade tout à l'heure, nous recevons beaucoup d'appels de personnes qui sont parties de la Turquie, qui sont refoulées par les gardes-côtes grecs. Parfois, les gardes-côtes ne sont pas identifiables, les personnes sont cagoulées, les bateaux n'ont pas vraiment d'insigne. Ils coulent les embarcations, noient les moteurs ou repoussent les embarcations dans les eaux turques et les abandonnent à la dérive. Parfois, et c'est arrivé fréquemment dernièrement, ils mettent les personnes sur des espèces de petits radeaux gonflables et ils les laisse à la dérive dans les eaux turque. Tout ça, c'est des pratiques de refoulement qui sont illégales selon les différents points du droit et qui du coup font partie des critiques un peu fortes qui sont faites sur Frontex. Ces pratiques sont aussi difficiles à documenter, et c'est un peu le taf qu'on essaie de faire.
MD : Est-ce que du coup les appareils répressifs des différents Etats viennent en appui à Frontex ? Je pense notamment à la police aux frontières en France ou à leurs équivalents européens. Et est-ce qu'il y a des partenariats qui existent entre les agences de répression européennes sur les questions migratoires ?
Alarmphone : J'ai l'impression que c'est l'inverse qui se passe : que c'est les appareils répressifs des États qui sont renforcés par Frontex. Les Libyens qui ont du coup des yeux dans le ciel avec des drones de Frontex, et ça peut être aussi à d'autres endroits, c'est-à-dire qu'ils viennent renforcer les frontières et les appareils répressifs existants, et que la violence aux frontières ça va être un mélange d'initiatives privées. Il y a beaucoup de milices en Grèce, mais on peut aussi considérer que les soi-disant gardes-côtes, on dit soi-disant gardes-côtes libyens, parce que ils ont aucune mission de sauvetage ni même de préparation au sauvetage. c'est des flics en fait, et dans un pays où c'est quand même un peu le bordel, c'est vraiment à la limite de la milice. Et aussi des d'actions étatiques menées par des agences internationales, donc Frontex. et des corps répressifs classiques, l'armée, la police, mais aussi les gardes-côtes, comme on voit en Grèce. C'est vraiment le cas paradigmatique où c'est la pratique de refoulement illégal, c'est le fait de la police, de l'armée, des gardes-côtes, ou même parfois d'obscurs milices mal identifiées, où on ne sait pas si effectivement c'est les corps répressifs sans insignes et en cagoule, ou si c'est des citoyens organisés. On peine à savoir, mais on sait que c'est de la violence étatique déléguée quoi. Et Frontex joue un rôle d'informateur et intervient finalement peu dans ces violences directes. Il les cautionne, les organise et les supporte, mais finalement les organise n'y participe pas forcément en première ligne.
MD : Effectivement, j'avais pas vu les choses dans ce sens là mais ça paraît logique. La dernière question que j'avais sur cette partie là ce serait si vous pouviez revenir sur les évolutions que vous constatez à grande échelle sur la migration et la répression ces 10 dernières années. Parce que quand on pense à la question migratoire j'ai l'impression que tout le monde en parle un peu au passé, notamment avec cette fourchette 2013-2016 avec un moment politique et médiatique fort, alors que le phénomène s'est pas du tout arrêté. Comment ça a évolué cette dernière décennie ?
Alarmphone : Effectivement, peut-être contrairement à ce qu'on peut percevoir au niveau médiatique, le nombre de personnes en mouvement il ne diminue pas, et la répression à l'égard des personnes en mouvement elle ne diminue pas non plus. Pour le dire un peu simplement, c'est que les raisons de la migration ne diminuent pas. C'est-à-dire que les enjeux de crises économiques et politiques, de guerres civiles, de réchauffement climatique, etc., ne vont pas en s'améliorant. Donc il n'y a pas vraiment de raison que les gens n'aient plus besoin de se déplacer et du coup que la répression ne diminue pas du tout non plus.
Il y a toutes les pratiques de violation des droits humains dont on a parlé juste avant et également des phénomènes de criminalisation des personnes en mouvement qui est permise notamment par la surveillance exercée par Frontex. Quand on parle de criminalisation on parle des personnes migrantes qui sont criminalisées, inculpées quand elles arrivent en Europe pour différents motifs. Globalement, elles sont inculpées pour facilitation de l'entrée irrégulière sur le territoire. Ça, c'est la manière un peu, on va dire, juridique de dire passeur, en fait. Ou parfois des inculpations pour terrorisme dans certains cas. Pour donner un exemple, si on revient sur le naufrage de Pilos en juin 2023 au large de la Grèce, c'était un bateau qui transportait environ 700 personnes, parti de Libye qui a coulé durant une intervention bien trop tardive et extrêmement catastrophique des gardes-côtes grecs qui ont tenté de traquer le bateau et l'ont fait basculer. Dans ce naufrage, il y a 104 personnes qui ont survécu et 9 personnes survivantes ont été inculpées comme passeurs. Le procès, il a eu lieu en mai dernier, en 2024, et les neuf ont été acquittés. Alors ce procès, il a été très médiatique, ce qui peut-être a permis une relaxe. On ne peut pas trop le savoir. Par ailleurs, et de manière beaucoup plus invisible, en fait, il y a des milliers de personnes qui sont incarcérées à leur arrivée en Europe, accusées d'aide au passage ou d'être responsables de naufrage. Et cette accusation, en fait, elle se fonde sur le fait que les personnes conduisaient les bateaux ou étaient impliquées dans le fait de conduire le bateau, donc avoir une boussole, tenir la barre... Et une fois incarcérées, c'est beaucoup plus difficile pour ces personnes-là d'avoir accès à une demande d'asile, ce qui est leur droit. C'est également des situations qui augmentent le danger en mer puisque les personnes sont au courant de ces enjeux de criminalisation et ça peut faire que parfois, du coup, un bateau qui est survolé par un drone de Frontex, tout d'un coup, les gens vont essayer de s'éloigner le plus possible du moteur du bateau. Ça peut entraîner des mouvements de foule, des déséquilibrages du bateau qui conduisent à des naufrages. Pour faire face à cette criminalisation, il y a une plateforme qui s'est créée qui s'appelle Captain Support qui possède un site internet qui soutient les personnes inculpées pour essayer de leur permettre d'avoir accès à leurs droits et les mettre en lien avec des avocats/avocates etc.
Sur une espèce d'évolution globale, quand on regarde un petit peu la comm' officielle de Frontex, ils se targuent de sauver des vies en Méditerranée, on imagine sous-entendu en empêchant les départs en mer. En réalité, ce qu'on constate, c'est que les personnes, comme on l'a expliqué tout à l'heure, elles continuent d'essayer de rejoindre l'Europe, et pour ça, vont faire des choix de route de plus en plus dangereux, parce que dans des conditions de merde, des routes plus longues et tout ça. Du coup, sans répéter tout ce qu'on a déjà dit, c'est des chiffres qui sont difficiles à avoir et c'est difficile de faire de l'analyse globale chiffrée. Par exemple, je reparle du naufrage de Pilos, mais dans les médias, quand on fait quelques recherches, on se rend compte que ce naufrage, il est qualifié du plus meurtrier depuis 2016 parce que 80 personnes sont mortes. En fait, il y avait 700 personnes sur ce bateau, il y a 104 survivants et il y a 80 morts. Donc il y a un petit problème mathématique. On se rend assez vite compte, c'est qu'en fait, souvent Les chiffres qu'on donne sur le nombre de morts, c'est les corps qui sont retrouvés. Et en fait, à toutes ces personnes mortes dont on a pu retrouver et identifier le corps, il faut rajouter le nombre immense de personnes qui sont disparues. Donc il faut avoir une forme de prudence avec ces chiffres qui souvent rendent très invisibles énormément de personnes mortes et disparues sur les routes migratoires, qui invisibilisent aussi tout ce que ça représente pour les proches, pour les familles qui parfois pendant des années cherchent des nouvelles, se battent et luttent pour rapatrier des corps, pour offrir des sépultures dignes, etc. Du coup, on avait envie aussi de rappeler un peu ces histoires-là pour qu'elles tombent pas dans l'oubli. Je dévie un peu de la question de base, mais ça me semblait important à rajouter.
MD : Tu fais bien, tu fais bien. J'arrive au bout de mes questions. Je sais pas si vous avez des choses que vous voulez rajouter, ou si vous vouliez compléter des trucs que vous avez déjà dit.
Alarmphone : Peut-être un truc qu'on voulait rajouter sur la fin. C'est que si on essaie de faire des bilans ou de conclure des choses sur ce qu'on observe en dix ans d'existence d'Alarmphone, c'est que les gens se déplaceront toujours, en fait. Et ça, c'est le fruit de nouvelles routes inventées, de coopération, de plein d'actes de solidarité et de lutte qui rendent en fait très, enfin, relativement, inopérant le système répressif de frontières. Et en tout cas, nous, en tant que réseau Alarmphone, c'est aussi ça qui nous donne de la force pour continuer à lutter.
Alarmphone : Peut-être juste aussi une précision sur quand on parle de frontière. À chaque fois on parle vraiment d'un objet politique et militaire et et pas du tout quelque chose de physique ou de géographique et que c'est vraiment une série d'obstacles qui sont dressés sur la route des personnes en mouvement et qui sont vraiment purement fictifs. C'est pas les frontières elles-mêmes qui tuent comme des objets, comme des lignes tracées, mais vraiment le système, l'organisation des entraves au mouvement et de l'abandon, parce qu'il y a vraiment une organisation de l'abandon des personnes en danger, mis en danger par ces entraves. Donc voilà, on parle de frontières, mais c'est ni la montagne ni la mer qui sont dangereuses. Même si évidemment on peut en parler, mais en vrai, c'est simplement que les gens peuvent pas prendre l'avion. Parce qu'en vrai il y a beaucoup plus de gens qui vont faire du tourisme au Maroc tous les ans. Et a priori, ils font des aller-retours et ça se passe très bien.
L'émission #191 No Borders de Minuit Décousu :
C'est une gifle qui vient de heurter le gouvernement Macron et l'une de ses mesures phares : la fin de l'anonymat en ligne ne passera pas.
L’article Fin de l’anonymat en ligne : le gouvernement prend un camouflet, mais repart à l’attaque est apparu en premier sur Contre Attaque.
Au lecteur,
Notre amie et associée Andréa apprend en 1985 qu'elle a le cancer. Après opération, rayons et chimiothérapie, elle n'a plus espoir de guérir. En octobre 1990, on lui propose un traitement expérimental ; elle met alors à exécution une décision qu'elle avait prise depuis longtemps, celle de rompre radicalement avec le milieu hospitalier et médical, cela pour garder l'initiative de sa fin. Elle écrit deux lettres, l'une aux infirmières, l'autre à son amie Bella. Son choix est fait. Elle rejoint ses amis pour y chercher une complicité par rapport à son combat, non par rapport à sa maladie. Elle va faire tout un flan d'une histoire banale.
OS CANGACEIROS
Je dédie ce livre à Fatima
« On doit toujours choisir le chemin-qui-a-du-cœur de manière à toujours être au mieux de soi-même, peut-être pour pouvoir toujours rire.
« Un homme de connaissance vit en agissant et non en pensant à agir, et encore moins en pensant à ce qu'il pensera lorsqu'il aura fini d'agir. Un homme de connaissance choisit un chemin-qui-a-du-cœur, et le suit. »
L'INDIEN YAQUI
Novembre 1990
Le cynisme de ces deux feuilles à signer [1], sur un topo de trente pages que l'on ne m'aura même pas fait lire, dans le style sibyllin : » j'ai la liberté de retirer mon consentement à tout moment, sans encourir aucune responsabilité, etc. », ben non. Manquerait plus que ça ! Qui est-ce qui paie ces expériences avec le bidouillage de mes globules ? entre autres ? Sanofi [2] ne paie rien, mais encaisse avec la bénédiction du Comité d'éthique !et le sentiment d'impuissance complice d'équipes médicales.
L'impuissance a tellement envahi les esprits que le cynisme de ces labos, plus personne ne le remarque. Sauf les malades qui souvent le savent intimement mais préfèrent encore ça – c'est-à-dire qu'on leur donne l'impression de pouvoir faire quelque chose pour eux – encore une fois.
C'est une illusion dont je n'ai pas besoin.
Et vous, les infirmières, marchez là-dedans : donner de l'espoir à tout prix et à n'importe quel prix. Peuchère ! on ne pourrait vous en blâmer ; mais de la sorte, vous êtes complices d'un corps médical aussi raide que la justice ! et d'un jaloux ! et vous voulez combler l'inhumanité de la médecine par un dévouement sans limite ; mais vous n'épongerez jamais l'écart de plus en plus criant entres les malades et la manière avec laquelle ils sont considérés (par la chimie, les labos et chercheurs à l'affût de subventions, les hôpitaux et cliniques, le lobby nucléaire, etc.).
Il eût été profondément humain, si, durant votre grève, vous aviez révélé avec quel scandale est considérée la vie humaine. Vous en savez un rayon là-dessus. Et là, tout le monde était avec vous ! Car l'argent gouverne, mais vous, vous aviez des motivations autres, qualitativement, à faire connaître.
Prenez ce petit mot comme une marque de reconnaissance de quelqu'un qui préfère un moi de liberté plutôt qu'une année de chimio, avec bien sûr toutes les conséquences qui pourront s'ensuivre.
Et sachez que ce n'est sous aucune influence perverse que ma décision fut prise, in extremis. L'espoir, comme le désespoir, sont les laisses de la soumission. Ce n'est pas en désespérée que j'agis, pas davantage par défi. Juste par raison et sagesse. Je vais respirer l'air pur.
Je salue toute l'équipe et le secrétariat.
N'Dréa
Le 30 Novembre 1990
« Où irais-je avec tant de morceaux de moi-même ? »
Moha le fou, Moha le sage, TAHAR BEN JELLOUN.
Bella,
Finalement, j'ai envoyé toute chimio, présente et à venir, aller se faire foutre ensemble. Basta ! Ils feront leurs petits bidouillages expérimentaux sans moi. Et puis merde ! A chaque handicap, l'humiliation mute qualitativement, comme un poids moral que je devrais accepter en supplément. Il ne me reste plus que la liberté d'esprit, et celle-là est à prononcer avec l'accent de Marseille. Cette maladie m'est imposée, soit ! Mais j'aurai le dernier mot. Cette simple idée donne une sacrée satisfaction mentale ; tout en sachant par avance le prix d'un choix qui n'en est pas franchement un. Merde à la grosse putasse d'idée Economie ! (hey ! j'vous rallonge pour un an, vous pourriez me r'mercier…) pas question de vivre à mi-temps.
Les plus sadiques pourront toujours penser que je fais ma fière mais que je n'en ai pas les moyens, que, quand on est dans mon état, on ferait mieux de la boucler. » Incapable de courir, peut tout juste transporter un kil de vin, fuit tous les lieux « publics »où traîne une fumée de cigarette »,etc. Ces gens-là je ne les ai jamais fréquentés, mais j'en croise de ces monstres mettant en avant « leurs » bons droits. Je les maudis avec ma rage impuissante et, faible consolation, je me dis qu'à ma place ils se chieraient dessus. C'est peu.
Je fais une croix sur ce Paris où l'air n'est plus à respirer. Même la fonction de respirer n'a pas été reconnue nécessaire, car cela fait longtemps que les cerveaux ne se sont pas oxygénés. Une petite bouffée quand même venue récemment de la banlieue… juste percée dans l'asphyxie générale. Je n'y étais qu'en transit, dans cette ville et la répétition de mes passages (comme n'importe quelle répétition) effleurait de trop près le labeur. D'autant que ma toux s'étant aggravée, notamment la nuit, le tabou d'un « bon état général » s'en trouvait trahi ; je serais bien en peine de le feindre désormais même pour l'amour d'une petite tête blonde. J'ai appris à dompter mes émotions, du moins à les réfléchir ; ce serait faire trop de concessions que de prendre sur moi, en plus de ma bagarre, l'angoisse que je n'ai pas mais que j'occasionne sur les plus faibles de mon entourage, parce qu'ils m'aiment. Tout concordait donc pour que je prenne une décision. Le saut fait, j'étais ravie ; ce temps où je me repose, je vais l'utiliser à écrire. Dire merde.
Pour commencer, j'ai envoyé un petit mot aux infirmières, écrit d'un jet. Je leur évite, en refusant d'être cobaye, une double traîtrise : me mentir pour me faire espérer, et taire le but de l'expérimentation (qui se fait à mes dépens, au profit d'un labo). A ces lobbies, combien de déchets sont-ils permis après l'échec des deux protocoles antérieurs ? je tenais simplement à ce qu'elles sachent le petit service que je leur ai rendu : elles ne s'en seraient peut-être pas rendues compte ! L'impuissance des uns justifiant l'impuissance des autres, justifiant, etc. Chacun trouve ainsi excuse à ses lâchetés, perd son temps ensuite à brouiller sa mauvaise conscience. L'affichage de leur gentillesse avait fini par me laisser froide.
La perte complète de l'autonomie de la médecine remonte à la deuxième guerre mondiale. L'État ne pouvait laisser échapper un tel pouvoir. Le décervelage d'un rebelle se faisait dans le secret blindé d'une prison, d'un hôpital psy., etc, comme un acte médical expérimental et ultime venant après le travail obligatoire, puis l'enfermement. Même sue après coup, cette collusion de la médecine et du pouvoir faisait relativement scandale. Aujourd'hui, l'expérimentation se fait à grande échelle, indistinctement et dans l'abstraction la plus absolue : c'est à dire hors de la perception des sens, de leur vigilance. Deux coups furtifs de rayons, sans douleur, sans odeur, sans couleur, sans bruit, et vous voilà castrée, on ne peut faire plus « soft »… Ah oui, on vous avait dit que l'échange sexuel resterait inchangé… Trop tard.
Les États se sont coordonnés. La moindre chimiothérapie, radiation, hormonothérapie, sera le fruit d'un protocole international pour le pouvoir impérial des statistiques, de la chimie, du nucléaire… Le Comité d'éthique national, composé avec discrétion des représentants des lobbies, veille à l'application de ce protocole [3]. Par contre, dans les phases terminales d'une maladie (avec votre signature qui « décharge »), l'accord se passe directement entre le laboratoire et un comité d'établissement, qui aura pris pour l'occasion le nom pompeux de « Comité d'éthique », ce, pour amener volontairement la confusion avec le Comité d'éthique national. Les mots sont chargés d'indiquer leur exact contraire : Ethique ! ! Ainsi toute expérimentation désormais sera massive, mais contrôlée ; sauvage, mais légale. L'État légifère la tautologie entre le citoyen malade d'un monde et un monde qui perçoit, dans la maladie qu'il produit, un défi industriel promis à un avenir sans fin. Les méthodes ayant droit de recherche s'avèrent aussi meurtrières que le mal lui-même, à long terme. Ainsi le nucléaire produit des tumeurs, que l'on détruit avec le nucléaire qui engendrera d'autres tumeurs, etc.
La médecine, la science en général, n'a plus aucune vision du devenir de l'homme, du monde ; elle ne se soucie que de ce qui est « techniquement » possible de rafistoler dans l'immédiat. À partir de cela, toute manipulation est possible et cautionnée par avance. Le pouvoir de l'État, après notre anéantissement, se duplique au nom de notre « rétablissement ».
Pouvoir sur notre vie, notre mort, nos gènes, nos hormones, nos sexes, nos défenses, etc., à ce point, c'est du jamais vu !
Le citoyen de 1984 de G. Orwell, c'était celui du Q.H.S. : flicage continu de la pensée, électrochocs, surveillance électronique… Pouvoir omniprésent et anonyme, Big Brother s'est dissout. Il ne s'agit que du monde « devenu » : la déconvenue génère l'impuissance générale et éloigne davantage toute responsabilité morale. Le résultat de la démission de l'homme sur son monde s'exhibe désormais par le matraquage de catastrophes toujours plus inévitables (une fuite radioactive par-ci, une mer en moins par-là), faillites irréversibles desquelles il faudra s'accommoder, apprendre à vivre sans futur, au jour le jour, dans l'instabilité obligatoire et la légèreté instituée. La dégénérescence sociale a fini par atteindre le vivant dans le réduit le plus intime de son être, son dernier carré : le « noyau » de sa cellule. A l'époque du tout nucléaire, le dysfonctionnement au cœur du vivant s'apparente au désordre qui gouverne le monde. Esquive de la vigilance immunitaire, sabotage de l'intercommunication, détournement unilatéral de l'information, organisation pour son propre compte au détriment de l'ensemble, régression à l'indifférenciation, prolifération,… jusqu'à la mort de l'hôte.
Onc et proto-onc, négatif et positif, toujours ensemble et si ressemblants, petite confusion innocente deviendra fatale ! petite bombe à retardement deviendra grande, machine de guerre vivante ! terrorisme à usage individuel et familial, transmissible par état d'âme. pour le sida, comme pour le cancer, on retiendra qu'avoir de l'amour, de la haine, des sentiments, de l'affection, peut être une faiblesse mortelle, pas besoin de Big Brother. Les « Glaives », Gladio, dans toutes les langues européennes, peuvent se dissoudre désormais : la terreur s'auto-génère dans le mou du tissu social. J'aimerais parvenir à écrire sur ce sujet.
Quand tout ce qui est officiel inspire le soupçon, il ne faut pas s'étonner que la marginalité d'un Beljanski [4] soit une aubaine pour tous ceux qui en vivent. Nos contestataires sont devenus avec les années 80, des gestionnaires avisés et pragmatiques du stress, de la perte… en général ! J'ai donc fait le voyage à Lyon pour ces fameuses gélules. Que de fatigue, que de feeling d'arnaque ! j'ai eu droit à toute la panoplie :
Fallait y penser au jeûne assisté pour malade en phase terminal ! hein ? et si ce n'était pas si cher, comment, autrement, être pris au sérieux ? C'est que la concurrence est impitoyable ! C. s'occupe principalement de sidéens et sa panoplie ressemble au désespoir qu'il croise tous les jours.
Je fais actuellement la tournée des familles. J'espère avoir le temps de te voir avec tes amours tout neufs, Bella. Toi, si bleue, si noire, avec le soleil ! Roule ton accent et tes rondeurs, fine… enfin… l'on t'aime ! roule jeunesse !
Grand cœur,
Je t'embrasse.
N'Dréa
Cela fait neuf mois que j'ai refusé de subir le traitement de « la dernière chance », d'être le cobaye d'une expérience qui ne m'appartenait pas.
Tout s'aggravait malgré leur chimio de « maintenance ». C'était « parlant » comme ils disent ! Les infirmières savaient que je supportais le découpage de mon temps (quatre jours d'hosto par mois.) seulement parce qu'entre chaque séance, je voyageais, j'avais acquis un appétit silencieux pour toutes les choses de la vie. On savait, probablement, qu'il allait être difficile de me faire accepter des contraintes supplémentaires.
Le premier jour d'hospitalisation, j'ai toujours du sommeil à récupérer, je dors. C'est en plein sommeil qu'on vint donc me prendre la tête. Il fallait changer de chimio sur le champ, commencer de suite, et patin couffin. Voilà, c'était le passage ouragan de l'équipe médicale. L'interne revint me voir pour commencer cette chimio, me disant que j'avais une ou deux feuilles à signer, ce n'était rien.
Signer ? Hou là-là !
Débrayage, marche arrière, recul, recul…
Plus je me réveillais et prenais du recul, plus le caquet, outrancièrement autoritaire, baissait d'un ton. Mes voisines de lit s'en amusaient, et n'en revenaient pas. Pour gagner du temps, j'exigeais des choses impossibles, par exemple un échantillon du produit pour en faire des pastilles homéopathiques, impossible, secret de fabrication ! je fis courir cet interne toute la journée pour trouver l'ancien poison qui avait été abandonné mais dont la molécule était équivalente. Le ton avait encore baissé, bientôt, on allait m'implorer : »vous pouvez vivre dix ans encore ! » Ca, c'était la fin des arguments. Les deux feuilles à signer étaient mensongères à chaque mot. De refus en refus, je pris congé sous prétexte de vouloir réfléchir, et ne revins plus.
Pendant les vingt jours de réflexion que je m'étais arbitrairement accordée, le doute et une hausse d'angoisse succédèrent à la colère. Je m'étais promis de les quitter, c'était une vieille promesse que je m'étais faite… « était-ce bien le moment ? »… »ne me condamnais-je pas trop tôt ? »…et puis, après une chimio, pour moi, tout repart de plus belle, j'en avais déjà fait l'expérience, alors ? Mais ne valait-il pas mieux mourir sans douleur à l'hôpital ?
Bref, je suffoquais de questions aux réponses impossibles. Ma toux s'aggravait encore.
Plus tard ?
Plus tard, je n'aurais même plus la force physique pour prendre une décision.
Finalement, le vingtième jour, je décidai. Stop.
Ce choix ne fut pas facile ; pourtant, pour nous, malades, il se trouve quelque chose de vraiment incompréhensible dans ces traitements qui nous rendent malades. D'aussi incompréhensible que notre maladie. Au sujet de la chimiothérapie, nous parlions tous de « saloperie ». Depuis Tchernobyl, chacun sait que les radiations nucléaires ne sont pas pour rien dans notre maladie, dans la perte de nos défenses (au point que nous nous demandions alors si notre récidive n'était pas due à cette catastrophe). En subissant la radiation, nous sommes en pleine déraison. Seulement, voilà : nous ne ressentons pas les rayons, sinon l'arrêt provisoire de nos douleurs, c'est pourquoi une telle schizophrénie est possible et acceptée.
Chez tous les malades, il y a une allergie à ces traitements parce qu'ils sont illogiques. Ils sont tellement en contradiction avec le vivant ! Mais rien d'autre n'existe ; même les médecines douces vont nous envoyer faire une chimio ou des rayons ; elles se chargent simplement d'en atténuer les effets. Donc le traitement médical est compréhensible, mais il s'est positionné dans le monde pour être incontournable, il est devenu obligatoire : c'est l'incompréhensible obligatoire et aucune logique ne tient contre un tel état de fait. « tu n'as pas à chercher à comprendre, mais à croire ». C'est l'incompréhensible obligatoire comme pour tout le reste du monde.
En fait, il n'y avait pas, à proprement parler, de choix : ou je me considérais comme un cobaye, ou je m'évadais et laissais tout ce petit monde en plan. J'avais une autre ambition de ma vie, je ne me laisserai certainement pas priver de celle de ma mort. Quand il n'y a plus de choix, la mort est au bout de toute façon, il est urgent d'en faire un. L'humanité est un risque à courir.
Après une telle décision, je fus étonné de la sérénité qui suivit. Ce qui avait été refoulé se libérait et amenait à la surface une étonnante énergie, sur laquelle je ne comptais plus. J'étais enfin en accord avec moi-même. Je retrouvais la liberté, et cette liberté ne cherchait qu'à s'étendre de jour en jour. Je venais de prendre la seule décision humainement concevable.
J'étais désintégrée. Mon ambition, dans ce moment, fut un acte souverain : retrouver mon unité, rassembler tous mes morceaux épars et disséminés, me ressaisir.
J'entrepris des expériences. Je me rendis compte petit à petit que j'étais allergique à plein de choses. J'avais ainsi une meilleure vue sur l'évolution de ma maladie : je faisais ainsi la distinction, pour les poumons, entre la maladie et les allergies qui s'y étaient greffées. J'ai vite compris combien il était aberrant de se faire soigner à Paris de tumeurs aux poumons, ou autres.
La décision vient avec un pouvoir, elle dégage un pouvoir. Avant, je me débattais, ce n'était qu'impuissance. L'hôpital était une aliénation, j'y étais pris en charge, infantilisée. Je devais couper tout lien avec lui, maintenant j'ai une prise sur ma vie.
« Quiconque a eu comme toi son âme toute entière meurtrie
ne peut plus trouver le repos dans des joies particulières ;
« Quiconque a senti comme toi la fadeur du néant ne peut
se rasséréner qu'au plus haut degré de l'esprit ;
« quiconque a fait comme toi l'expérience de la mort ne
peut guérir qu'entre les dieux. »
HÖLDERLIN.
LES PEUPLES sont las bien avant de s'en apercevoir…Peut-être avais-je déjà produit et évacué une ou plusieurs tumeurs avant que l'une d'elles ne s'accroche, puis ne se manifeste ? Un an avant que je ne la découvre, un rêve pourtant, avait tenté de m'avertir de ce qui se tramait dans le tréfonds aveugle de mon corps.
Nous ne sommes plus à l'écoute de notre corps ; bien plus, la société moderne nous contraint à en faire abstraction. Comment pourrions-nous, sinon, supporter de telles conditions de vie ? Le corps ne peut être abusé comme l'est la conscience ; celle-ci peut être contrainte à faire abstraction du corps, mais le corps, entité aveugle, ne peut être « amené à la raison ». En étant aveugle, il laisse place à la vérité. Notre corps peut faire ce que la conscience abusée ne peut plus, réagir.
La mort, un jour, a posée sa griffe à la pointe de mon sein. Depuis des années, j'appelais « mon œil intérieur » ce mamelon rétractile et frileux. Une tumeur se cachait juste derrière. Personne ne fait l'étonné en apprenant qu'il a un cancer : tant de raison ! Il serait vain de ne chercher qu'un seul événement à l'origine de la tumeur (sauf évidemment, dans le cas d'accidents graves, nucléaires par exemple). C'est la répétition de multiples agressions qui, échappant à la perception des sens, ne peuvent être identifiées, même à posteriori.
L'isolement, l'angoisse, le sentiment de défaite irrémédiable, s'ajoutent aux facteurs liés à l'environnement. L'insatisfaction latente épuise le sujet sur la défensive. On étouffe avec une pression qui ne se relâche pas ; nos défenses sont débordées. Notre étrangeté à nous mêmes, à nos proches, devient une douleur mentale, met à vif des névroses, arme notre caractère. Ce monde devenu visiblement le contraire de nos aspirations les plus profondes, noue nos monstruosités cachées.
La maladie révèle l'opposition du monde avec l'individu. Et c'est d'abord dans notre corps, d'une façon aveugle, que nous éprouvons l'hostilité d'un monde. Une grande part de ce sentiment n'atteint pas la conscience et ne se manifeste pas par le côté émotionnel. C'est la pure objectivité atteignant chacun dans son corps. « lorsque l'âme s'est enfuie du corps, les puissances élémentaires de l'objectivité commencent à jouer. Ces puissances sont, pour ainsi dire, prêtes à bondir pour commencer leur processus dans le corps organique, et la vie est le combat constant contre cela. » (Hegel)
Le sujet attaqué dans son essence, l'incommunication vécue singulièrement, se débat avec tout ce qu'il a d'immédiatement sous la main, avec son caractère, ses maladies déclarées ou non, sans la possibilité d'un recul, sans la pensée. Vous êtes affectés, l'affection domine et il n'est pas possible de s'en défaire. Vous êtes impuissants pour vous et vos proches. C'est le moment choisi « pour tomber du côté où l'on penche », où « se choper la mort » devient cliniquement décelable.
La déclaration de la maladie est le moment de la reconnaissance officielle, tant par le malade que par la médecine, du fait que l'individu est abîmé, mais non pas de la logique qui a déterminé une telle destruction. Au contraire, la médecine s'efforcera de trouver l'agent causal censé être responsable : le virus, le microbe, le comportement personnel, etc. Et, lorsque comme dans le cas du cancer, l'agent lui échappe, elle s'attaque au symptôme, suivant le principe : « ce que tu ne comprends pas, détruis-le » ; et cette destruction ne fait que différer, voire aggraver, le processus de dégénérescences.
Le malheur de l'individu est alors nommé par le monde : un tel « cancer avec métastases », un tel « sida », un tel « folie »… C'est le moment d'une offensive équipée du monde : dépouiller la souffrance de sa dangerosité potentielle, achever l'écrasement du sujet.
Aux mains de la médecine. Patient. Isolement. Contrôle. Surveillance. Le sujet se bat et se débat pour se reconquérir face à l'administration ; celle-ci est pour lui la morbidité. Le doute n'est plus permis, et l'histoire de sa reconquête laisse apparaître l'organisation d'un monde bien pire et bien plus précis qu'il ne le supposait. La morbidité, c'est eux ! Même si votre corps poursuit sa dégénérescence.
Lorsqu'on apprend que l'on a le cancer, un monde bascule et vous aveugle. Vous êtes seul, comme beaucoup d'autres dans votre cas. Ce qui explose dans votre tête alors, c'est l'étendue flagrante de votre dépossession. L'intuition de la perte d'un pouvoir sur le sens de sa vie, sur le sens du monde, a pris forme : vos glandes, vos boules sont là, impossible d'échapper au verdict. C'est une condamnation vécue solitairement, une puissance déconvenue, une course de vitesse dans un temps à rebours. Seul avec votre sanction.
Même si vous n'avez pas confiance dans le système médical, vous n'y coupez pas, rien d'autre existe. Vous vous débattez dans tous les sens pour avoir une petite prise sur les décisions des médecins : dans une lettre au chirurgien qui devait m'opérer, j'explique ce que je pense de mon corps : « il vous paraîtra dix ans plus jeune, ce n'est pas un hasard », « mes nénés j'y tiens comme à la peau de mes fesses, c'est l'ensemble de ma sexualité, etc… ». Ensuite, le jour de l'opération, ce chirurgien m'apprend, qu'une fois le sein ouvert, il se réserve le droit (!!!), s'il le juge utile, de me le retirer entièrement. Je demande qu'une amie médecin assiste à l'opération et descends boire un café. J'évite ainsi l'opération ce jour-là. Je veux, avant de m'abandonner dans des mains que je ne connais pas, connaître tous les résultats des examens et juger avec ce docteur ami.
Déjà, l'unilatéralité des décisions que l'on vous impose s'appuie sur la preuve que vous auriez faite, jusqu'en ce lieu, de votre impuissance. On vous demande une démission complète, ainsi qu'une confiance absolue dans la connaissance que la médecine aurait de vous. Pour avoir le champ libre, la médecine profite de votre dramatisation momentanée, elle suppose acquise votre culpabilisation. Pourquoi ne pas faire confiance à tous ces spécialistes formés à la high-tech, alors que vous avez traité votre corps que vous ne connaissez même pas, avec désinvolture ? Voyez tous ces termes que vous ignorez et qui une fois décryptés ne vous seraient d'aucun usage. Vous êtes un ignorant, ignorant…
Ils ont les mots, ils ont le pouvoir. Vous êtes répertoriés dans leurs catégories : carcinome / canalaire / infiltrant / hormono-dépendant / type histologique III / etc. Cette culpabilisation qu'ils ont su engendrer quant à l'étendue de notre ignorance nous a empêchés jusqu'ici, nous les cancéreux, de nous battre comme le font certains sidéens : ceux-ci ont apostrophé des chercheurs sur leur importance nulle, leurs fanfaronnades, leurs pseudo-découvertes censées faire croire au public qu'ils ne sont pas eux-mêmes dans la plus grande confusion.
Ce monde vous a condamné à perpète ou à mort, vous avez bien du fauter contre vous-même, qui vous protégera contre vous ? Et médecine officielle, médecine douce, même combat ! « C'est grave ce que vous vous êtes fait, dites donc ! » (et vous, votre tronche va bien !)
Après l'opération, c'est-à-dire après une anesthésie générale suivie d'un programme standard d'irradiations hypercorçé, votre fatigue endort votre vigilance. C'est le moment où la médecine attaque ses gros travaux irréversibles. Son autoritarisme vous pénètre en force, vous ne filtrez plus tous ses mensonges. Comme votre système immunitaire, castré, avant d'avoir repris vos esprits. Désormais, vous ne vous débarrasserez plus de vos tumeurs sans vous débarrasser aussi de la médecine qui se les est appropriées.
Les médecins vous font avaler que dans le cas d'un cancer hormonal, la castration est indispensable, que bien sûr cela ne change rien aux échanges sexuels : deux petits coups de rayons et, hop ! on n'en parle plus. Si vous êtes frigides ensuite, cela ne saurait être dû aux rayons, mais à un blocage psychique de votre part ! Un tel discours met déjà en garde. On sait qu'ils mentent mais, sans force, on finit par croire au moindre mal. C'est du chantage à la mort. Allez, roulez, suivant !
Aux femmes arabes épouvantées d'être répudiées si elles ne peuvent plus être mères, ils racontent que les règles reviendront plus tard… Si vous avez, comme moi, la malchance d'une deuxième série de rayons dans la région pelvienne, la moindre pénétration sera impossible, l'équivalent d'un viol, tous vos muscles tétanisés à jamais. Crime impardonnable contre nos amours. Mutilation invisible de nos sens, de nos désirs. Médecine maudite et assassine. Et moi qui réclamais juste qu'ils me laissent mon néné le plus intact possible pour l'amour de l'amour… comme je me suis fait avoir !!! (« mais vous n'allez quand même pas mourir pour un sein ! »). Maudite !Maudite !Maudite !Pendant des années ensuite, ils ne cessèrent de me poser la question « avez-vous été castrée ? » pour me proposer l'opération si celle-ci n'avait pas été faite. Ô rage !
La presque totalité des femmes qui se sont fait avoir n'en parlerons jamais, tant la souffrance morale de cette impuissance, étrangère, surajoutée, est enfouie. Pour aggraver l'isolement, il y a mieux. C'est la haute sécurité dans votre corps ! Les vieilles femmes éprouvent encore du plaisir, elles !
De plus, je mets en doute le bien-fondé de cette méthode quant à son efficacité sur le ralentissement des tumeurs. Qu'ils me montrent leurs statistiques ! Car le fait d'être jeune et ménopausée modifie tellement l'ensemble hormonal de tout votre organisme, notamment osseux ! lorsque vous apprenez que la suite logique du cancer hormonal du sein (ou de la prostate) se situe prioritairement dans les os, vous vous demandez alors s'ils n'ont pas volontairement aggravé votre cas pour le bien des statistiques. Je doute, voilà. Et je maudis encore. Comme l'aveugle qui développe ses autres sens, j'ai appris à aimer à distance, ou avec les mots, avec les yeux, surtout avec l'esprit. Ce qu'ils m'ont volé, je l'ai reconquis plus fortement encore ;
Le lobby nucléaire est un autre pouvoir, un autre « État » mafieux au-dessus des États nationaux. L'usage du nucléaire en médecine se fait après un large usage par l'armée (essais des années 50, à ciel ouvert, dans le Sahara, par exemple). Son monopole s'impose dans les hôpitaux, les États lui ouvrent toutes les portes. Certains examens, notamment les marqueurs d'anticorps spécifiques pour les cancers, pouvaient être fait sans manipulation de produits radioactifs ; ils étaient aussi moins chers pour la Sécurité sociale. Le ministre Evin a réglé la question en imposant le « tout nucléaire ».
Tout le matériel nouveau et hyper sophistiqué qui équipe les hôpitaux est basé sur le nucléaire ; il se périme très vite aussi. A terme, le nucléaire veut remplacer le chirurgien. Ce n'est pas dans un hôpital que vous trouverez un médecin pour vous avouer les tumeurs nouvelles que les rayons ont fait naître. Celles-ci seront mises sur le compte de vos récidives. Les pontes du nucléaire à l'hôpital ne sont pas plus attaquables pour les conséquences de leur mitraillage qu'en dehors de l'hôpital pour les doses que vous encaissez sans le savoir. De plus, ils se sont faits incontournables : pour les douleurs osseuses, vous ne pouvez pas vous passer d'eux, rien d'autre n'existe. Bientôt, pour les tumeurs au cerveau, il n'y aura qu'eux. Vous serez à l'abri d'un scalpel qui dérape mais pas d'une technicienne inattentive (cf. le scandale de Saragosse où pendant quinze jours les patients ont reçu par pure négligence la dose maximum, impliqués dans l'histoire : les médecins, un technicien et les manipulatrices). Vous ferez partie, comme je l'ai été, de la grande expérience du nucléaire dans la médecine. Demandez au ponte du nucléaire qui vous suit quelles sont les doses que chaque organe reçoit, vous le verrez blêmir d'une telle impertinence ; il restera « dubitatif »…Qu'allez vous faire de ces info ? Le monde est à la merci d'une indiscrétion.
L'art du tir pour les rayons est celui de l'armée : tir rasant, tir groupé, conique, sur un point d'interception, etc. Les mathématiciens, en équipe d'intervention, sont sur place pour calculer les courbes, les angles, selon le type de rayons choisi : gamma, X, etc. Ah ! vous bénéficiez du progrès, tous ces savants calculs sont enregistrés dans la « bécane », mais vous aurez ensuite affaire à l'O.S. archidébordé qui prendra des marges d'erreur allant, parfois, jusqu'au demi centimètre. Une zone irradiée laissera une trace telle qu'il sera impossible, ultérieurement, de reconnaître, même au scanner, une amélioration, ou bien le contraire !!! Ils se fieront à vos douleurs…
Entre avril 1985 (opération plus irradiation) et juillet 1987 (confirmation clinique que la tumeur mère avait fait des petits), ma défensive avait été de miser sur ma force alliée à celle de mes amis. Le défi que représentait ce cancer et le défi qu'était mon activité de par le monde ne faisaient qu'un. Je pensais vaincre.
J'avais refusé la chimiothérapie après l'opération. Les radiations étaient un sacrifice tellement énorme par leurs conséquences ! Surtout, je m'étais empressée d'oublier ce cauchemar en m'efforçant de reprendre une activité, avec un rythme plus lent, en gaspillant moins mes forces. Il n'était pas question de mettre ma vie à l'abri, entre parenthèses. Et puis, penser à la mort constamment, que cela aurait été débilitant ! Mon défi à la maladie : l'ignorer, l'effacer jusque dans l'esprit de mes proches.
Cette mort annoncée était refoulée, inopportune. Voleuse, je ne volais pas seulement de l'argent, mais aussi le temps et son usage. Je volais ma vie, je volais ma mort. La logique de l'argent nous plie de sa main de fer, nous prend toujours plus notre temps, notre intelligence d'être ensemble, de vivre. Alors mes vols (et je précise, toujours commis en douceur et au détriment de l'État et des banques) ne sont qu'une toute petite reprise en regard de la dépossession généralisée de soi dans l'esclavage salarié.
Reprise et détournement, c'est mon style, celui de mes proches. La pensée de la mort, je l'avais rencontrée d'une certaine façon, socialement, dans le risque calculé pris à plusieurs pour ne pas travailler. Car pour moi, la prison, c'est la mort. Le fait de jouer ensemble le risque de la prison est déjà une manière d'apprivoiser la mort.
Succès et échecs.
Quand la fatigue revint accompagnée de désillusions amères et inavouées, j'allais signaler à l'hôpital ma trop probable récidive [5]. Sentiment de l'échec. Dur ! Deux années de liberté seulement ! deux années d'ignorance volontaire.
J'avais, dès 1985, plusieurs ganglions atteints et cette éventualité me pendait au-dessus de la tête telle l'épée de Damoclès. Mais le savoir mentalement comme probabilité et le savoir inscrit dans sa chair, ses os, … C'est autre chose. Le détour n'est plus possible. Vous vivez une tragédie, dans l'immédiateté, sans distance. Vous êtes une abeille dans un pot de miel. En l'occurrence, ce qu'on vous propose d'avaler n'est pas du miel, mais du poison. Tous leurs sales traitements, ceux auxquels vous aviez échappé, cette fois, vous n'y couperez pas. Ils mirent un mois et demi pour m'en convaincre et j'ai fini par accepter simplement parce qu'un médecin m'avait parlé franchement. Je m'étais fait avoir par son langage, un langage médical que j'avais acquis par des lectures : »deux ganglions atteints sur six, au troisième c'est la chimio ! une tumeur de 2,5 cm, à 3 cm, c'est la chimio ! », etc. Pourtant ce langage n'était pas le mien, ces normes n'étaient pas les miennes.
Mon allergie au traitement apparut dès la première séance. Durant les six mois qui allaient suivre, on ne put poursuivre l'expérience, le taux de globules blancs était trop bas et refusait de monter, ce qui empêchait sa poursuite. C'est aussi à cette époque que je fus l'objet d'une surveillance policière très serrée : écoutes, filatures [6]. Ce constat m'engagea. Cette nouvelle vint contre balancer mes ennuis de santé : deux malheurs valent mieux qu'un, ils s'équilibrent.
Durant l'hiver 1987, je me fis plusieurs promesses. Celle de ne commettre aucun impair pouvant conduire les flics à mes amis ; les poulets attendaient de mon affaiblissement une perte de vigilance. Ensuite que cette maladie ne serait pas ce qui déciderait de ma mort. Ces promesses changèrent mon comportement. J'acceptais la mort comme une alliée. Je me battais non pas contre ma maladie, mais avec elle.
Je pris progressivement de plus en plus d'avance, en esprit, sur l'évolution des tumeurs. Plus aucun résultat ne pouvait m'effrayer. Devenant ainsi invulnérable à ma propre terreur intérieur, je le devenais aussi face au milieu médical en le devançant. Je voyais venir leurs décisions, les avais prévues. Pour cela la communication avec les autres malades me fut une arme essentielle, une source inépuisable de renseignement. J'étais désormais en position d'attaque.
Là était ma vie, dans cette reconnaissance de ma mort. Je suis devenue guerrière. Je ne me débattais plus, je me battais. Je ne prenais pas simplement du recul, je construisais ce recul. Je devenais vigilante. La menace précise, concrète, des flics m'avait permis de me ressaisir face à une menace diffuse, incompréhensible, en redonnant une dimension sociale à ma maladie.
La maladie avait ralenti mon pas. Les flics me traquaient de près, tel un animal blessé. Les globules blancs très bas étaient ceux de mes défenses, de mon immunité ! Une « flambée métastatique » allait probablement suivre. Cette coïncidence dans l'événement fouetta ma réflexion. L'idée de la mort m'apparut avec une conscience aiguë ; son imminence, au lieu de tourner à l'obsession, me laissa indifférente. Inutile de fuir. Ma mort est, sera sociale, ma maladie est sociale. La peur et l'angoisse s'éloignent avec le détachement. À partir de ce moment-là, je construisis la distance de plus en plus objectivement, je devins stratège.
Semblable à l'Indien qui attend sa volonté, j'apprenais la patience, j'attendais le moment où je pourrais réaliser mon départ comme un acte rationnel.
La volonté est une force qui grandit avec l'expérience, un pouvoir. C'est elle qui permet de vaincre alors même que tes pensées te déclarent vaincu. Ton invulnérabilité, c'est elle aussi. Elle t'accompagne tes sens, ta perception du monde, celle de ta situation, elle est leur trait d'union. Elle mûrit avec chaque décision que tu es amené à prendre.
J'attendais sans me presser. Aujourd'hui, je pourrais dire que j'aurais du les quitter plus tôt. Mais non, ce serait faux, je ne le pouvais pas, je n'avais pas le savoir que j'ai acquis depuis. Il reste toujours une part inconnue, un risque non évalué. Mais cet acte, pour avoir toute sa maîtrise, doit être accompli comme le contraire d'un acte suicidaire : celui d'un sens retrouvé, d'un rétablissement longuement mûri. Quand tout concorde et que tout s'harmonise.
Il m'aura fallu deux ans et demi pour l'accomplir.
Entre temps, je subis encore bien des épreuves avec la chimiothérapie. Mais chaque épreuve m'armait davantage. Pourtant la maladie suivait son bonhomme de chemin. J'ai accepté les deux protocoles de chimio en tant qu'expériences. Dans mon esprit, à l'époque, je « rallongeais le temps ». c'est vrai, j'avais acquis un appétit de vie insatiable, je n'étais pas pressée. Je jouissais de tous les instants partout où je me trouvais. Aujourd'hui, je dirais que je ne faisais que cela, « rallonger ». Mais n'était-ce pas « raccourcir », irréversiblement ? [7]Je faisais ma fière en récupérant très vite après un examen ou une séance de chimio. C'était par défi, un peu, mais surtout pour me préserver aussitôt après l'attaque. Je récupérais de l'énergie telle une vampire. Je pouvais faire abstraction d'un environnement, me concentrer et me bercer de sons quasi imperceptibles au milieu du brouhaha automobile : un chant d'oiseau, une discussion au loin entre fillettes. De quoi me parlait cet oiseau ? Cet enfant ? Rien d'intelligible… Un ton, une musique dans la voix destinée à apaiser mon âme si étrangère.
Je donnais l'impression de faire chaque séance de chimio « sur un pied », au point que les voisins ou les enfants auprès de qui je vivais, ignoraient mon état. Et pourtant, cette chimiothérapie, quelle ignominie !
Jusqu'à un certain stade du cancer, ce qui est appelé « protocole » en chimiothérapie est un programme dépendant d'un accord international (les U.S.A. en position dominante). Les poisons [8] en question dont on varie les cocktails sont les mêmes que pendant la dernière guerre. Seul s'est assoupli le dosage selon des normes maximales désormais strictement imposées. Dans mon cas, lorsque la tumeur s'est organisée pour résister après un premier protocole (qui peut durer huit mois par exemple, trois jours par moi), on change de protocole, c'est-à-dire de poisons. Ce deuxième protocole s'appelle chimiothérapie de « maintenance » (c'est tout dire, on n'espère plus guérir, mais freiner l'évolution !). Entre les deux, on vous fait « une fenêtre thérapeutique ». Entre l'efficacité et les inconvénients de tels traitements, le doute du bénéfice est largement permis. Le bénéfice revient aux pontes de la chimie.
C'est la même pensée répressive que pour le nucléaire, celle de l'immédiateté d'un résultat qui se veut radical, celle de l'urgence absolue, du mépris des conséquences, du lendemain. On vous rallonge, c'est bien la preuve que la science peut quelque chose. Guérir ? mais ce n'est pas notre problème, c'est le vôtre. Vous n'avez tout de même pas la prétention de dépolluer l'atmosphère parce que vos poumons la trouvent irrespirable ?
« et bien, vous alors, vous pourrez dire que l'on en a fait des choses pour vous ». C'est qu'il faudrait même les remercier, du moins être reconnaissant d'avoir eu l'honneur de bénéficier de leur matériel hyper-sophistiqué. Quelle inversion ! quand on sait que nos tumeurs sont leur « gagne-pain », et que c'est entre autres leur engeance (promoteurs du nucléaire et de la chimie) qui nous les refile, qu'il y a presque autant de gens qui « vivent » du cancer que de gens qui en meurent.
Comme à la guerre, en chimiothérapie on ne compte pas les morts civils… C'est une opération militaire : pour atteindre une cible, on extermine. Les cellules cancéreuses se dupliquent-elles plus rapidement que les autres ? on tuera un temps toutes les petites cellules rapides, d'où la perte des cheveux, les ongles cassants, etc. On vous laisse le temps de remonter la pente, juste ce qu'il faut pour recommencer. Bien sûr, on surveille en même temps ce qui morfle : le cœur tient-il le choc ? Vos globules remontent-elles ?
Votre corps est sans défense pendant ce temps et vous ne pouvez l'écouter : il est malade du traitement une semaine sur trois. Durant ces périodes nauséeuses, il vous est impossible de distinguer ce qui peut être dû au cancer et ce qui est la conséquence du traitement. C'est le crétinisme achevé de la médecine. Vous êtes totalement dépossédé, non seulement de vos tumeurs, mais surtout de vos intuitions, de votre réflexion (sensations étrangères égalent pensées étrangères), de votre action. C'est le traitement qui convient le mieux à l'abandon complet dans le giron médical et qui réclame une confiance absolue dans un possible résultat. Le résultat sera suffisamment éloigné dans le temps pour que les prétentions du début soient oubliées.
On fait comprendre que l'on tâtonne, mais que d'autres produits existent… On peut toujours quelque chose pour votre cas. Les traitements sont, à quelques variantes près, tous les mêmes jusqu'au stade III, standardisés. La chimio aussi induit de nouvelles cellules cancéreuses. Après un traitement, un caryotype [9] vous montrera des cassures chromosomiques. Les bouts qui se baladent peuvent se ressouder n'importe comment et donc rendre cancéreuses d'autres cellules.
Autre expérimentation sauvage, légale, de la chimie : l'hormonothérapie. Si vous avez un cancer hormonal, la voie est royale. La découverte de nombreuses hormones est un fait récent. Sans souci d'un possible résultat désastreux, elles sont employées massivement dans tous les domaines (agriculture, élevage, médecine…). Suite à une offensive tous azimuts de cette nouveauté, ne soyez donc pas étonné que l'on soit prêt à bidouiller sur vous un petit programme d'apprenti sorcier : on vous bloque les sécrétions des glandes surrénales d'un côté, on vous rajoute de l'autre de l'hydrocortisone en apport extérieur, hormone injustement retirée et pourtant indispensable à la reproduction de vos cellules osseuses. Génial ?
Inutile dans quel pourcentage de cas ? vous n'en saurez rien. Dans votre cas et d'autres, vous savez que ce fut totalement inutile.
Il faudrait chérir ceux qui vous amputent des cancers qu'ils vous ont refilés, obéir sans réserve à leurs décisions castratrices et leurs bidouillages fonctionnarisés, statistifiés, surtout ne jamais relever publiquement leur impuissance planquée. Les grands patrons de la chimiothérapie( : et de la radioactivité bien évidemment.)resteront les promoteurs de « l'entreprise cancer », tant ils ne font pas autre chose qu'entretenir un système de pensée répressif dont ils sont, avec les labos, les seuls bénéficiaires.
Après les échecs successifs de tous ces traitements, vint la phase III, selon leur qualification. Ce stade est celui de l'expérimentation sauvage. Je n'ai pas voulu m'y soumettre et je suis partie.
Jamais je n'avais vu une telle offensive pour me livrer « pieds et poings liés » aux trusts pharmaceutiques. Cobaye, je l'étais déjà. La dimension internationale des normes fixées par protocoles est une poudre aux yeux. Comment penser que l'on puisse être protégé par un État et, à fortiori, par plusieurs ? Est-ce rassurant de savoir que des millions de gens font, comme vous, la même expérience ? Je n'étais pas dupe. Mais j'avais pu voir au cours des ans les protocoles s'assouplir (dose de poison, mode d'administration, plus doux), devenir plus tolérables. J'étais aussi plutôt bercée et par le tempérament d'une doctoresse de l'ancienne école. J'avais une certaine confiance (bien fragile, confiance et méfiance à la fois) en cette doctoresse. Son charisme était comme une protection face aux méthodes de requins des labos. Je l'avais vue refuser, par prudence, des expériences hasardeuses. Et puis, pour tout dire, avais-je d'autres possibilités jusque-là ?
Quand j'ai senti que l'on cherchait à me forcer la main, ma confiance, déjà bien émoussée, s'effondra d'un bloc. La collusion entre la médecine et le monde de l'argent m'apparut dans toute son évidence. Un saut « qualitatif » dans l'ignoble. Ma dégénérescence, mon impuissance, c'était du fric en puissance. La boucle était bouclée.
Sous la seule responsabilité des malades eux-mêmes, (on fait signer de plus en plus de décharges) les hôpitaux vendent leurs malades comme échantillons directs pour tel ou tel laboratoire. De la sorte, il existe des essais gratuits sur les débiles mentaux, les populations africaines… Je suppose que l'hôpital reçoit un bakchich. Ceux qui prennent des risques ne sont pas ceux qui sont payés. A ce stade, il n'y a pas d'accord, ni international, ni national. Au vu des échecs précédents, un fort pourcentage de déchets est permis. Il existe un protocole dit « compassionnel » qui permet d'intégrer dans des expériences des « volontaires de la dernière chance » quand tous les autres traitements ont échoués ; cela permet – outre l'expérimentation la plus hasardeuse – de ne pas comptabiliser ces cobayes non officiels dans les échecs.
La molécule qui devait être essayée sur moi, avait, en fait, déjà été expérimentée et abandonnée pour ses nombreux effets secondaires : arrêt de la salive (pour moi qui ai aussi un cancer du poumon !), chute des globules blancs et rouges, des plaquettes, atteinte du rein, du foie, etc. Le labo Sanofi chargé de l'expérimentation dépend du trust Elf Aquitaine dont les molécules de marketing ont fait scandale, comme vendre un produit en mettant sur l'étendue de son action, en taisant ses effets secondaires ; que par la suite, les malades aient été paralysés, qu'importe, la concurrence est rude (avec Saint-Gobain) !
Vaste monde de la concurrence où l'idée de profit balaie toute considération. Je n'ai jamais pu supporter un tel monde.
C'est la même pensée qui est incapable de traiter les cancers autrement que par les moyens Auschwitz plus Hiroshima (chimiothérapie et rayon) qui engendre sans cesse ce monde qui nous abîme. La chimie nous rend malades à travers la pollution de l'air et de l'eau, l'appauvrissement des aliments, mais c'est par la chimie qu'on nous soigne. Le nucléaire provoque des cancers, qui seront traités par le nucléaire. Nous étouffons de la perte de tout contrôle, de toute initiative sur nos vies, et le système médico-hospitalier enjoint les malades d'obéir aveuglément à ses diktats.
La notion de santé n'a aucun sens quand l'esclavage est généralisé.
La production de nouvelles marchandises progresse sur la dégradation de tout ce qui existe, de l'homme aussi bien que de son environnement. L'argent est le ressort du monde, il n'épargne rien ni personne. Tout est destiné, à un moment donné, à se transformer en une certaine quantité d'argent : la qualité de l'air, de l'eau, ou encore l'état de santé des individus. Personne ne peut échapper à cette logique ; chacun subit son impuissance chronique.
Dans le vaste laboratoire qu'est le monde de la marchandise envers lui même, la médecine a un rôle stratégique. En s'évertuant à combattre la maladie, protestation inconsciente du sujet, elle maintient le secret sur la dégénérescence des hommes.
La médecine est pleinement inféodée au commerce, l'État l'est tout autant et ne peut plus prétendre à la protection de ses administrés. Toutes les saloperies sont justifiables quand du sang contaminé est sciemment distribué aux hémophiles, ce après avoir poussé le cynisme jusqu'à prendre, au préalable, les assurances nécessaires. Pas une semaine ne passe sans que la presse ne relate une nouvelle ignominie du corps médical ou des laboratoires pharmaceutiques (ce n'est que la partie émergée de l'iceberg), confirmant ce fait : l'impératif du commerce efface sans vergogne tous les autres, la médecine tue.
La course à la recherche qui s'exerce sur le mode de la concurrence commerciale la plus exacerbée ne permet plus qu'une fuite en avant (retrouver une recherche cinq ans en arrière, c'est faire de l'archéologie !). L'orientation des recherches n'appartient plus désormais à la science ; ce qui entraîne, en médecine spécialement, une régression vers l'empirisme. Ce recul réel du savoir est déguisé par l'emploi d'un suréquipement technologique. L'annonce sensationnelle de prétendues découvertes miracles (on fait oublier, entre deux spots, que ce sont toujours les mêmes découvertes, impraticables).
A ce point-là, toutes les monstruosités sont permises, personne en particulier n'en est même responsable, elles découlent d'une logique nourrie d'une succession de compromissions. Les erreurs médicales se multiplient. Les résultats de recherches sont truqués pour obtenir des subventions, on ment à tous les niveaux de la pratique médicale, c'est l'omerta mafieuse généralisée. Le monde banalise la monstruosité de ses conséquences. On peut rayer un peuple de la carte au cours d'une guerre de haute technologie, seule la haute technologie en sera retenue, ou encore rendre une population irradiée par une centrale nucléaire ou infirme par une usine chimique – comme à Bhopal.
Plus la médecine a un rôle de larbin, plus elle a l'impudence d'afficher la grande indépendance de sa corporation. Les médecins, dans les usines à cancer, sont des figurants que l'on montre aux malades pour les rassurer ; ne leur posez pas de questions, ils sont très jaloux de ne rien savoir, après tant d'études, pensez donc !
Comme dans tous les secteurs de la société, l'argent se manifeste à la fois comme toute-puissance, commandant l'activité médicale, et comme impuissance achevée des gens confrontés à la maladie. Maints témoignages m'ont appris la dramatique impossibilité pour les pauvres d'accompagner un proche à sa fin (ce que l'on appelait, jadis, « une belle mort »). Ils n'ont pas le temps, ou alors pas d'argent, pour lui éviter de finir à la sauvette, dans une chambre d'hôpital. S'ils prennent le temps, ils n'ont plus alors d'argent et, inversement, s'ils s'efforcent de compenser par un travail accru la perte d'un salaire, ils n'ont plus de temps. Drame insoluble. C'est la logique de l'argent qui impose une mort aseptisée, escamotée. Dans la vie courante cette pression extérieure est intériorisée, digérée par l'individu, le couple, la famille. L'équilibre déjà précaire est irrémédiablement rompu : combien de ménages sur-endettés, ne pouvant plus faire face parce que l'un des leurs a une maladie grave. C'est aujourd'hui un luxe de ne pas finir à l'hôpital ou à l'hospice. Même les gens plus aisés n'échappent pas à cette logique car il existe pour eux des traitements plus coûteux, qui les laisseront tout aussi ruinés à la fin.
A cela s'ajoute l'impuissance, répétée quotidiennement, face à une mort lancinante « commencée avant la mort ». Il arrive que les proches du malade en viennent secrètement à désirer la fin de leur calvaire, et s'en culpabilisent, de telle sorte que beaucoup finissent par tomber malade à leur tour. Le malade se culpabilise également de représenter une telle charge pour les siens, et cesse de se battre pour abréger leur épreuve. Intimement, chacun ne souhaite plus que la fin, sans jamais en parler.
La sécurité sociale garantie pour (presque) tous n'est qu'une abstraction quand tout lien communautaire a disparu de la société laissant les individus seuls, les familles désemparées, tous confrontés au manque d'argent, à l'impuissance, au silence. Ainsi se clôt le plus souvent le cercle tragique d'une existence sous le joug de l'argent. On meurt comme on a vécu. L'humanité est devenue une idée impraticable.
Se trouver à l'hôpital, c'est se trouver sous l'emprise, brutalement renforcée, de l'État. La première contre-attaque est de refuser absolument toute culpabilisation, refus des insinuations du genre : « c'est vous qui vous êtes fait votre cancer ». C'est la dépossession de votre conscience qu'ils mettent à l'œuvre avec leur temps à eux. Refuser toute culpabilisation, c'est concentrer toute son énergie contre cette dépossession, s'imposer comme individu, devenir imperturbable, y compris dans ses émotions ; c'est aussi apprendre à prévenir les agressions pour les dominer ; c'est enfin sauvegarder sa liberté là où, pourtant, un monde s'est spécialisé à la réduire.
Refusez de vous mettre dans la peau d'un malade ou d'un coupable et vous pourrez rire de leurs peurs ! Vous vous battez contre l'acharnement thérapeutique ; qui, n'étant pas dans votre situation, saura vous reconnaître ? Vous êtes agressifs parce que vous réclamez un résultat d'examen ! Vous faites du chantage !… Diable ! Quelle inversion !
Vous apprenez leur langage, comme un taulard le code pénal, pour vous battre pied à pied sur leur terrain. Dur, dur ! La simple curiosité, même si elle n'est pas ouvertement teintée de méfiance est gênante, et pour cause, ils sont l'autorité, ils veulent prévenir jusqu'à l'idée même qu'ils pourraient être critiqués. Votre intérêt pour votre propre cas n'est jamais considéré comme un intérêt raisonné, mais seulement comme une manifestation émotionnelle. Quel mépris ! Pour mettre les médecins à l'abri de cette confrontation directe, des spécialistes en « communication », c'est-à-dire en mensonge, seront chargés de convaincre les patients de la nécessité de tel ou tel traitement. Quelle médiation !( : il est prévu qu' »un conseillé en communication » se charge du fastidieux travail d'accueillir le patient. Mais sa fonction a un autre volet, tiens donc ! Il devra aussi recevoir les démarcheurs des labos. Quelle responsabilité dans la soi-disant communication !!! Recevoir, avec toutes les pressions que l'on imagine, le menu des soins proposés par les labos, pour le retransmettre au malade, avec fine psychologie, et lui faire accepter d'être cobaye, pas mal, hein ! Voilà une médiation qui manquait pour forcer la soumission. « conseiller en communication » pour les jeunes de banlieues, pour les malades, etc. A chaque démenti d'un lien social, un conseiller en…incommunication.)
La lutte pour soi est inséparable d'une attitude de révolte envers le système médical. Le préalable est la mise en doute systématique de son autorité, ce qui va de pair avec l'exigence de percer le mur du secret médical pour s'approprier ce qu'ils détiennent comme information pour votre cas. Il faut ruser avec les menteurs, être à l'affût, exiger avant examen le double d'un cliché, voler, et surtout ne pas se laisser abuser par ce langage ennemi. Ensuite, chercher la discussion avec d'autres malades, s'échanger des informations, attitude différente de celle attendue habituellement de quelqu'un d'hospitalisé. C'est la seule façon de combattre l'unilatéralité des décisions prises, laquelle suppose la passivité complète, ou simplement l'absence de connaissances.
L'hôpital considère le malade comme objet d'expérimentation. Au contraire, la seule expérimentation qui permette au malade de se réapproprier son individualité est celle de la communication de son expérience, ce qui suppose de s'être ménagé, au préalable, des ouvertures sur le monde.
Dans Le Procès de Kafka, mis en scène par Orson Welles, joseph K annonce à son avocat qu'il assurera désormais sa défense lui-même, l'avocat étant caution et partie prenante du système bureaucratique qui le persécute ; réaction de l'avocat qui lui dit : »Vous venez de signer votre arrêt de mort. » Je connus la même situation lorsque j'ai décidé de laisser tomber la chimio : « vous ne pouvez pas vous passer de nous !Vous serez obligée de revenir ». C'est-à-dire, vous venez de signer votre arrêt de mort.
On ne prend pas une telle décision pour accepter autour de soi la routine de la vie quotidienne. C'est le moment où l'on retrouve l'unité de sa vie, son histoire, ses proches, ses aspirations.
Peut-être est-il plus facile de se battre contre la morbidité de ce monde quand elle a pris forme (sous la double forme de la tumeur et de son administration) que de ne pas se laisser affecter par les gens que l'on aime. On cherche la reconnaissance. Or, cette reconnaissance, dont Hegel dit qu'elle est le but premier de l'homme, se réduit, aujourd'hui à une peau de chagrin. La suspicion généralisée, la guerre de tous contre tous, bloque le prolongement de soi-même. L'argent poursuit son œuvre d'abstraction. Il s'empare de toutes les médiations encore disponibles entre les hommes. Désormais nous sommes seuls et nous avons la totalité d'un monde en face de nous.
« L'infini n'est pas l'au-delà du fini, c'est le mouvement du fini » (Hegel) ; c'est la phrase la plus révolutionnaire qu'il m'est été donné de lire. J'ai donné du poids à ma vie pour alléger ma mort. Vivre sans risque est choisir le pire, celui de mourir pauvre. Qu'est-ce que le destin, sinon cette ligne de vie, cette perspective déterminée par les refus successifs de ma jeunesse ? Reprendre le temps, voler l'argent, inventer des dépenses sociales à ma guise, désirer la richesse, connaître l'aliénation… avec mes amis. C'était ça ma vie !
j'avais fui bien des enfermements ; d'abord le travail salarié. En quinze années de hors-la-loi, j'avais évité la prison, mais pas la maladie. Je n'allais pas abandonner le besoin de faire de ma vie mon expérience, pour me protéger d'angoisses qui pouvaient s'avérer mortelles. De ce côté-là, j'avais été très largement servie. L'argent est un tyran d'une telle puissance quand il manque, et aussi dès qu'on y touche ! Il rend malade.
De l'argent, j'ai fait l'expérience du pire et du meilleur. Le pire ? L'isolement, la dissociation, le chacun pour soi. Le meilleur ? Le vol : s'organiser pour la reprise, unifier les qualités nécessaires. Cette démarche dévoile déjà la communauté de pensée et d'action à l'œuvre… Cette communauté-là, c'est la richesse entrevue ! Vue !Rien de plus bandant ! La générosité possible enfin ! Retrouvée !
Perdre ma vie est un risque plus grand que celui de mourir. Perdre la liberté sous le chantage répété d'une mort annoncée est incomparablement plus grave. Le chantage, ici, n'était pas la terreur de l'enfermement – inconcevable inhumanité – mais celui, intérieur, d'une dégénérescence progressive et irréversible.
Mon évasion pour l'ultime grand jeu de la vie, m'a offert un point de vue imprenable à partir duquel j'ai ressaisi ma finalité, renforcée d'une volonté invincible.
« La liberté ou la mort ». La mort pose un enjeu, celui de la liberté. Le fini est un moment de l'infini, il fait surgir l'esprit, celui des insurgés. Le fini est posé grâce à une échéance que l'on se donne dans le temps. La fin est alors contenue dans le commencement et le commencement dans la fin. Le fini est le point à partir duquel le temps avance à rebours et se construit, mettant en lumière, par ce mouvement sur lui-même, le sens de la vie. Sans ces repères volontairement posés, sans ces promesses que l'on se fait à soi-même, la vie n'a aucun sens, n'est qu'un accident.
Il est des actions de l'homme comme du mouvement de l'esprit dans le monde ; plus il avance vers sa finalité, plus il régresse vers son fondement. C'est dans ce double mouvement qu'il rejoint son unité. La lumière accompagne cette lente révolution. C'est le retour à l'age d'Or futur des millénaristes, l'accomplissements du temps.
« On a le ciel au fond de l'âme. D'un bleu pur sans nuage. »(Novalis.)
Mourir à l'hôpital !… Je me serais fait confisquer ma fin, donc ma vie. Se faire voler et sa vie et sa mort ! la fin de ma vie ne devait m ‘échapper, sinon, avec elle, disparaît tout le sens qu'elle avait eu. Le moment le plus essentiel, celui de la signification, ne me serait pas donné.
« Vivre est le commencement de la mort. La vie est en fonction de la mort. La mort est tout ensemble terminaison et début, séparation en même temps que plus étroite union avec moi-même. En passant par la mort, la réduction est parfaite. » (Novalis)
Le moment de la signification est le moment de la réalisation. Avec la conscience de son terme, la vie atteint sa plénitude. C'est à ce moment-là que ma vie devient réellement mon expérience, que je saisis sa dimension universelle.
J'en aurais perdu aussi le début : ni début, ni fin, plus rien pour fonder la reconnaissance.
Oh ! inhumanité de ces temps si louches.
L'esprit guerrier envisage la mort car l'essence de son activité est de mettre en jeu sa vie en vue de la reconnaissance. Réduit en esclavage, l'homme est dominé par la mort, et, d'autant plus fortement, qu'il s'efforce de l'ignorer, d'en chasser jusqu'à l'idée. Tout est fait pour annihiler la moindre trace d'esprit guerrier. « et cette absence sociale de la mort est identique à l'absence sociale de la vie. »(Debord).
L'expérimentation est la pensée de la vie se déployant en vue d'un enjeu : un début, une fin. Alors, réussite et échec prennent forme. Tant que tu n'es pas dépossédé de cette pensée, tu ne saurais être vaincu. Dès lors, quelles que soient les batailles perdues, la déroute n'est plus possible. La pensée de la mort est ta conseillère ; de connivence, elle guette, rappelle au moindre faux pas (quelle est cette nouvelle douleur ?… Attention, là, danger !)
Quand tu ne peux plus t'accrocher à quoi que ce soit, quand tu crois ne plus avoir le temps, elle t'oblige à t'appuyer uniquement sur tes décisions, elle te donne ton temps. Tu deviens le maître de tes choix, de tes échéances, un stratège avisé. L'urgence te pousse ? Justement, tu prends ton temps. Il t'appartient, il réalise ta décision. Rien d'autre n'a d'importance, rien ne saurait te priver. Tu auras même le temps de fignoler ton style. À partir de ta décision première tout s'enchaînera rationnellement. Ton recul se creusera, ta perspective se clarifiera, un pouvoir nouveau sera mis en branle.
Tes choix seront toujours les meilleurs, tu peux en être certain : ce seront les tiens.
Je m'adresse ici à mes amis qui sont en prison, Georges Courtois et Karim Khalki, je rends hommage à leur esprit, à leur force. C'est un tel esprit qui m'a permis de me retrouver quand tout conjurait à ma perte. Le temps qui ne m'échappe plus a ralenti le processus de dégénérescence.
Je rejoins l'essence de ma vie, mon but. Ce qui passait, jadis, pour un rêve fou s'accomplit méthodiquement, jusqu'à son dénouement. Dans la confrontation avec le monde, de saut qualitatif en saut qualitatif, j'ai compris, en le communiquant, quelle sorte de pouvoir pouvait bien émerger. C'est celui de l'apparition de mon humanité, ce jusqu'à satisfaction profonde. Un plaisir sorti de l'inconnu, de l'opacité d'un monde à l'envers, réjouit ceux qui s'y reconnaissent. Cette humanité, c'est la leur aussi. Désormais, elle est visible parce qu'elle est mienne, éblouissante. Son premier besoin : être partagée. Ensuite : se communiquer au monde.
Mon histoire serait, somme toute, banale : se tirer de l'hosto avant le dernier stade n'est pas spécialement original. Elle ne l'est pas : c'est une petite expérience dont j'ai fait tout un flan. J'allais être dépossédée de ma fin, j'allais donc être dépossédée de ma vie, moi qui l'avais fondée sur un refus, celui de la dépossession ! En me réappropriant ma fin, je retrouve ce qui était au commencement, l'intelligence de mon refus. Après le chant de l'innocence, l'enfance, ma vie m'apparaît pour ce qu'elle était essentiellement : le chant d'une expérience. Cette dimension offre un point de vue stratégique.
Rejoignant mes amis, je me suis retrouvée comme une médiation entière, complète, ce que l'on doit être chacun et s'encourager à être réciproquement. J'ai découvert les qualités qui me manquaient pour réaliser mes choix, pour imposer ma volonté, même avec mes amis, pour transformer mon entourage, pour rallier, tout simplement.
J'ai pu communiquer mon expérience, chacun s'en est emparé, a réfléchi pour lui, des idées ont surgi qui se sont affinées entre nous. Ensemble, nous arrivons au même point, il y a bien une raison dans l'Histoire. Une conception commune se fonde et prend forme peu à peu, émerge.
L'époque qui vient n'a pas un grand besoin de théories nouvelles. Surtout de démonstration par l'exemple, dans un renversement de perspective, visible, sensible, fondé objectivement. Elle a besoin d'idées, et non de spéculations sur les idées, surtout les affiner en les jouant.
Je ne pense pas que ce soit là une ambition modeste : concevoir notre activité comme expérience ; une construction dans le temps, dans le monde. Issue de la communication, produit de la communication, et aboutissant à la communication. Un début, une fin : pour cela, il convient de situer, comme les millénaristes, comme l'Internationale Situationniste, un point, une échéance, dans le temps. À partir de ce repère, se poser comme sujet d'une expérience et comme médiation nécessaire. Nous n'avons plus aucun repère. C'est à nous de nous les donner. La distance ne peut se faire qu'ainsi.
L'erreur de l'I.S., à la suite des millénaristes, aura été de penser l'être comme existant déjà là (cf. la notion d'élu). Il ne s'agit pas d'un devoir-être non plus, mais de l'être qui se construit à travers la plus grande distance. On peut comprendre alors qu'il y a des grandeurs faisables dans la plus grande simplicité.
L'argent est la richesse inversée, celle qui nous isole et nous divise. Il est la toute-puissance de l'objectivité qui dicte sa loi. Il est la plus grande distance, la distance absolue. Le sujet ne peut se poser qu'en s'emparant de cette distance. Pour l'instant, l'argent est la seul médiation. Il ne peut plus être question d'une quelconque idéologie, mais de reconnaissance pratique. Notre ambition ne peut que nous amener à construire nos amitiés. C'est dans cette construction à l'œuvre que nous trouvons finalement le sens de ce que nous avons toujours cherché.
Andréa Doria. 14 août 1991.
« Rien qui fût proche encore, et je n'étais qu'au loin
l'écho du fond des temps et aussi du futur. »
(NOVALIS)
Bella,
Je souris que tu puisses voir ma fin prochaine comme un échec. Est-ce l'amie qui souffre déjà ?
Mais ai-je voulu guérir ? Ma défense a été de nier la maladie, puis de faire en sorte qu'un principe supérieur aux aléas qu'elle m'impose décide : j'ai voulu vivre à fond, ça oui !
Je suis parvenue à mon but, celui de ne pas me laisser prendre la tête quoi qu'il advienne. Stratégiquement, j'ai doublement gagné. Face aux « métastaflics » qui cherchaient à investir mes émotions, j'ai cultivé l'indifférence jusqu'au superbe ; j'ai su à temps ( ?) couper le lien avec la médecine, ce monde qui s'engraisse des cancers et autres saloperies qu'il nous refile. La médecine est une bureaucratie, elle planque son ignorance comme secret d'État.
Ensuite, les « flicastases », ces charognes bien portantes qui m'ont filée, sans honte ni difficulté, durant des années, n'auront pas d'avantage réussi à m'isoler. Ah !Ah !Même éloignée, mes amis étaient avec moi.
Et mieux encore, ô luxe, ô jouissance suprême, j'ai organisé ma fin avec mes amis comme une situation que l'on construit. La date de la commune séparation est décidée, ce point d'accord dans le temps est un repère pour un départ : fin et commencement à la fois. Je serai dans le futur de mes amis, dans leurs orientations communes ; je dis « nous » en parlant d'un temps où je ne serai plus. Voilà de quoi relativiser l'idée de la mort ordinairement admise.
Cette date, plus ou moins arbitrairement choisie, il faut la voir comme un seuil de qualité voulu ensemble en deçà duquel il serait sacrilège de revenir.
La liberté que j'affirme est celle d'une individualité concrète, c'est-à-dire intimement liée à celle de « ses » autres, une liberté sociale. On ne vit que de communication, j'en suis la démonstration vivante.
Ma liberté ?
Ni victoire,
Ni défaite,
Je suis sûr de mes amis.
N'Dréa
Andréa est morte à la date qu'elle a choisie, le 15 août 1991
Dans Os Cangaceiros, Février 1992.
[1] Avec le prétexte, soi-disant incontestable de l'urgence absolue, on tenta avec autorité de m'arracher « juste une petite signature » pour expérimenter un « nouveau » produit. Comble de l'inversion, on me demandait d'être responsable de mon irresponsabilité, dégageant par une décharge, celle d'un labo et d'un hôpital, bref, d'être cobaye informé et consentant.
[2] Sanofi : laboratoire travaillant pour Elf Aquitaine.
[3] Protocole : réglementation des traitements du cancer ; en chimiothérapie, par exemple, la liste des produits ainsi que les doses administrées sont strictement réglementées ; cela est d'ailleurs l'objet d'accords passés entre États. Le respect de ces règles est à la charge d'un « Comité d'éthique ».
[4] Beljansky : professeur dissident et marginalisé, il établit ses propres traitements avec les produits qu'il met au point.
[5] Récidive : la médecine utilise les mêmes mots que l'administration pénitentiaire. Vos tumeurs n'ont pas été vaincues par un traitement… C'est une baffe. Elles résistent, se rebellent encore une fois. Tuer le mal, extirper les puissances mauvaises, cellules délinquantes cellules possédées. Tu es maligne, tu meurs ! Le Diable, toujours lui !
[6] xxx :C'est à partir de l'été 1987 que la police politique, renforcée de plusieurs services de police judiciaire, entrepris de mener une enquête systématique, à grande échelle, visant à neutraliser Os Cangaceiros. Ce qui nous compliqua un peu la vie.
[7] Au lecteur : je ne sais que conseiller à d'autres. Il n'est pas deux cas semblables. J'ai vu des femmes revenir après vingt ans de répit ; une femme qui avait le même type de cancer que moi, mourir bien avant. Ici, je parle de mon expérience, je ne me pose pas en exemple : une tumeur du col de l'utérus ou de la prostate retirée à temps semble éradiquée pour de bon. Le facteur temps joue un rôle important : pris très vite, la chance est aussi plus grande.
[8] Poisons : sûr ! Vos veines sont niquées après une année de chimio, votre cœur essoufflé, votre foie, n'en parlons pas !
[9] Caryotype : arrangement caractéristique des chromosomes d'une cellule spécifique d'un individu, par extension, photographie de cet arrangement.
Os Cangaceiros était un groupe autonome actif dans la deuxième partie années 80. la compilation des trois numéros du journal éponyme est disponible en PDF sur basse intensité
Les opposants aux déchets radioactifs se retrouvent près de Bure lors d'un weekend placé sous haute surveillance. L'occasion de redire non à Cigéo, dont les problèmes risquent de devenir le lot de ce siècle.
Ce weekend, dans un champ de Saint-Amand-sur-Ornain (Meuse), à une quinzaine de kilomètres de Bure, on parlera déchets nucléaires, on écoutera des conférences, des concerts, on regardera des films et, surtout, surtout, on redira non. Du 14 au 16 août, la cinquième édition des (…)
Les sécheresses combinées aux canicules forcent les arbres à activer leurs mécanismes de survie. De plus en plus longues, intenses et fréquentes, elles peuvent les entrainer dans une « spirale de dépérissement ».
Sources d'oxygène, ilots de fraicheur naturels, capteurs de carbone… Les arbres sont nos alliés face au réchauffement climatique et à ses effets. Mais ils s'en trouvent aussi affectés. Les dégâts sont visibles autour de nous : alors que nous sommes en plein mois d'août, les bois (…)
À l'heure où les mouvements sociaux ont été écrasés par le capital, les roses et les rouges peuvent tranquillement rafler la mise de nos espoirs brisés. Oui, puisque nous avons perdu, la bourgeoisie avance : c'est comme ça que ça marche. Que cela nous pousse dans les bras des réformistes ou des léninistes, c'est une autre histoire qui devrait être interrogée . Mélenchon n'est pas notre ami, et les soi-disant révolutionnaires qui veulent diriger eux-mêmes le pays pour notre plus grand bien non plus.
« ... et dans la réforme les lier »
Les Insoumistari
Le premier point, ça devrait être acquis : on peut mettre un bulletin dans une urne pour défendre nos intérêts matériels sans se mettre à lécher les pieds d'un gars qui dit très clairement qu'il veut continuer le capitalisme. On peut aussi ne pas mettre ce bulletin, d'ailleurs. Posons une chose : l'extrême-droite n'est qu'une tête de l'hydre. Ce qui doit être combattu ce n'est pas elle en soi, mais toutes les formes du capital. Se battre corps et âme à gagner cinq ans pour qu'au final un gars continue de faire tenir les rouages qui mènent au fascisme n'a aucun putain de sens. Rappelons à cet égard que les mesures « de gauche » sont toujours des mesures qui servent les racines de ce système de merde que sont l'étatisme et le capitalisme. La sociale-démocratie ici, c'est toujours le fascisme quelque-part, tout simplement parce que le capitalisme et l'exploitation impliquent des éléments fascisants dans leur production et leur reproduction. Or les gouvernements de gauche ne tiennent pas magiquement sur des lois complètement différentes de ceux de droite.
Ces éléments réactionnaires sont contenus dans les programmes de gauche : sous le vernis des améliorations, ce qui est proposé est de maintenir et reproduire les fondements de la violence capitaliste. Taxer les gros capitalistes par exemple, beaucoup de gens trouvent ça super : ça veut juste dire que l'argent qu'ils gagnent en exploitant des travailleurs dans d'autres pays nous reviendra un peu plus à nous qu'à eux, que ça tombera un peu plus dans la poche de l'État et un peu moins dans celles du patronat. En gros, au lieu que les patrons bouffent eux-mêmes les produits du néo-colonialisme, c'est nous qui allons les bouffer un peu. Merci mais si c'est ça la grande différence de la gauche avec les autres, on va laisser...
Voici un post instagram qu'on traduit un peu comme on peut, qui développe ce point et qui parle de HITLER mesdames et messieurs on est comme ça, dans la nuance, allons-y tout de go : « Adolf Hitler était un social-démocrate. Le génocide et le racisme mis de côté, c'était toujours un petit politicien de merde. Les gens comme lui existent encore de nos jours. Kamala Harris, Tim Waltz, Gavin Newsome... ils partagent la philosophie économique d'Hitler. La seule différence est qu'ils ne sont pas ouvertement des suprémacistes blancs (c'est débattable). La social-démocratie c'est du capitalisme avec un visage humain, et donc pour pouvoir prodiguer un petit paradis à ta population aryenne tu dois ou bien être engagé dans un état de guerre constant (l'Allemagne d'Hitler) ou bien tu dois avoir le Tiers Monde qui construit toutes tes merdes pendant que tu restes avantageusement assis au sommet du monde à jouer aux innocents (l'Europe du Nord). En résumé : la social-démocratie a toujours besoin de l'impérialisme pour fonctionner ». [1]
Soyons clairs : c'est vrai. On réfute le terme « social-démocrate » pour parler de Hitler car pour nous ça renvoie précisément au courant réformiste du socialisme, mais on comprend l'idée et on est d'accord avec : tout ça c'est du capitalisme. Les versions plus ou moins fascisantes, plus ou moins sociales-libérales ou libérales-autoritaires, plus ou moins néo-réformistes du capital ne proposent pas de ruptures fondamentales les unes par rapport aux autres. Ce sont des modes de gestion, qui ont plus en commun qu'ils n'ont de différences.
La pensée de gauche n'est ainsi pas une négation de la pensée de droite, elle en est une variante. Elle est celle qui consiste à refouler de nos esprits les aspects intrinsèquement fascistes et impérialistes du capitalisme pour se faire croire que c'est une question de gouvernement, et qu'il existe des « bons gouvernements », pour peu que les gens votent bien. Le système, lui, n'est pas remis en question. En gros : « on voudrait que les symptômes du capitalisme disparaissent mais les causes ne nous gênent pas. » Et, fonctionnellement : « on veut les avantages que l'exploitation et les oppressions du capitalisme nous octroient, mais on ne veut pas voir les rouages, ni que ça se passe ici ».
Il y a dans la vision même qu'on s'est forgée de l'extrême-droite, et dans la construction de la gauche comme son antithèse, quelque-chose d'absolument raciste et dégueulasse : Hitler – revenons à lui – est vu comme une anomalie dans la normalité paisible, une incarnation de l'horreur au-delà de tout... Alors que les pays qu'il a combattus étaient des empires coloniaux. Ainsi quand Césaire dit que le fascisme est un « choc en retour », un retour en Europe des logiques politiques que les bourgeoisies blanches appliquaient à l'extérieur, c'est vrai. La seule chose « inacceptable » qu'Hitler ait faite, c'est de porter la logique coloniale au sein de l'Europe même : les horreurs, elles, sont pour les bourgeoisies d'une banalité totale. Il suffit de se rappeler que le capitalisme s'est en partie construit sur l'enrichissement dû à la production de canne à sucre, donc précisément sur l'esclavage, et que les États-Unis ont fondé leur État sur un génocide, et sur l'esclavage aussi. Tous appliquent les mêmes logiques, car ce sont les logiques du capital.
Si les bourgeoisies allemande et italienne ont tenté aux alentours de 1930 d'envahir une partie de l'Europe, ça n'est donc pas par un machiavélisme supérieur de beaucoup à l'esprit noble et distingué de leurs homologues , mais justement parce que les autres forces européennes et américaines avaient déjà bouffé le « gâteau » et apporté la violence comme système partout où c'était possible. Il ne restait donc pas tant d'autre possibilité pour augmenter la captation de plus-value, point sans lequel une bourgeoisie s'écroule, que tenter l'annexion de pays déjà eux-mêmes coloniaux. En fait, ce qu'on appelle fascisme, et qu'on oppose à la « gauche », pourrait très bien correspondre à ça : quand l'horreur capitaliste arrive là où elle ne « devrait pas », c'est-à-dire sur nous. Tandis que le Front Populaire, qui a maintenu le colonialisme, peut être dit « antifasciste » car il a relégué la violence maximale, fondamentale au capital, un peu plus loin de la vue pour se contenter de la violence « acceptable » - déjà hardcore sa mère on est d'accord. Aucun pays, aucun gouvernement n'était pas atrocement criminel dans la deuxième guerre mondiale, il faut le comprendre, et l'analyse qui tente de faire de Hitler une exception, en opposant artificiellement extrême-droite et gauche – ou plus généralement extrême-droite et « République » - dans leurs fonctionnements profonds, cause énormément de dommages à l'analyse politique.
C'est un point fondamental. Les massacres et les génocides, les systèmes concentrationnaires, les logiques débordant l'exploitation salariale pour tendre vers des formes de servitude plus ou moins avancées voire extrêmes ne sont pas des exceptions ou des aberrations du capital. Au contraire, elles sont son indispensable corollaire, son pilier de fonctionnement, elles sont la logique fondamentale de l'accumulation de la plus-value sans laquelle il ne tient pas. La différence entre les différents types de régimes capitalistes – fascistes, droitisants, ou de gauche, même « radicale » - ne tient pas à autre chose qu'au niveau de visibilité assumé de ce fait, et à quel point la violence concerne aussi les travailleur.euse.s au sein du pays même.
Alors quand on nous parle de « l'extrême-droite aux portes du pouvoir », une extrême-droite face à laquelle il faudrait se mobiliser en votant « gauche radicale » comme on devait voter Macron ou Chirac auparavant, la seule chose qu'on comprend, c'est que le brouillage des pistes a gagné. Les différentes fractions du capital ont bien su utiliser la propagande pour créer un mythe des « bons bourgeois contre les mauvais », mythe qui les arrange tous. Une grosse partie de la militance tombe dedans, décidant que le réformisme de gauche est le bien pour lequel il faut lutter corps et âme, bec et ongles, tractage aux municipales et posts insta moralisateurs. La lutte des classes est morte, vive le front de gauche. Et tant pis pour la révolution : car en démocratie, tous les cinq ans, il faut se mobiliser pour éviter le pire (le pire étant différent selon les circonstances). Et entre temps le faire pour les législatives, et le faire pour les municipales, et le faire pour les européennes, etc. Il reste peu de temps et d'énergie pour autre chose, à la fin. Tant que ces échéances rythment notre vie, la récupération est constante, le surgissement de la révolte court-circuité sans arrêt.
Il se joue parallèlement à cette captation de l'énergie dans les processus institutionnels une confusion bizarre entre ligne politique et conscience des oppressions. À écouter beaucoup de monde, on dirait que « être anti-oppressif » signifie texto « être sauce-dem », voire léninisant (car anti-impérialiste, etc). On a envie de dire que de ce point de vue le « wokisme » existe bel et bien, en tant que signe égal mis entre ces deux points, comme une obligation morale. Ainsi depuis que Mélenchon monte, on voit se multiplier les take type « les abstentionnistes / anarchistes qui allez pas voter Mélenchon, vous êtes pas les alliés que vous croyez ». On répond sans sourciller, depuis le courageux anonymat de cette brochure : « les sauces-dem qui faites passer votre ligne politique pour la réalité objective, vous êtes des sauces-dem avant d'être des alliés ou des concernés » [2]. Pouf, ça c'est envoyé, dans les dents.
Car pour adhérer autant à la gauche il faut croire sans questions ce qu'elle dit d'elle-même. On nous excusera de pas gober le truc. Plongeons-nous dans le mandat Mélenchon deux secondes. Sous LFI, les CRA existeront toujours, et vous verrez bien comment ils traiteront les étrangers ou les militants contre les frontières. Sous Mélenchon, la police existera toujours, même si sûrement un peu plus bridée, or la police n'a qu'un seul rôle, et elle le tiendra. Sous Mélenchon, le travail existera toujours, or le travail EST l'institution de l'exploitation, indiscernable de ses composantes les plus fondamentales : exploitation racialisée et genrée... qui fondent le racisme et le sexisme systémiques [3]. D'une façon ou d'une autre, Mélenchon continuera de nourrir les racines mêmes de ce qui finit par s'incarner sous la forme de l'extrême-droite, tout simplement parce que le seul moyen de ne pas les nourrir est de démanteler le capitalisme [4], chose dont il n'a aucune envie et qui ne viendra pas de lui. Lui, au contraire, se propose magnanimement en continuateur.
Affirmer, comme la gauche le fait, qu'il pourrait exister un capitalisme moins suprémaciste, moins patriarcal, un capitalisme dont l'exploitation serait un juste régime salarial pour tout le monde est un mensonge absolu. Ce mensonge a une fonction : faire dériver les désirs d'émancipation dans des théories moins radicales, moins difficiles, moins absolument demandantes que la révolution. Il suffit de voter et de pousser tout le monde à le faire et hop ! ça sera bon. Ça permet à une partie de la militance de se sentir investie d'une mission d'éveil des consciences bien surplombante typique des socialos autoritaires. Et si c'est pas bon, tkt, dans cinq ans on repart. Nous, on pense que ça pue la merde. Qu'on a autre chose à foutre que de se mobiliser pour ça. Qu'on préfère pas faire semblant qu'on fait quelque-chose si ce quelque-chose c'est : servir les récupérateurs de nos colères et de nos espoirs, ces connards qui, en jouant la carotte entre les coups de bâton, participent à la paix sociale tout autant que la droite et l'extrême-droite [5].
Donc rappelons quelques points qui nous paraissent très importants.
1. Les révolutionnaires ne sont pas responsables de l'arrivée de la droite au pouvoir, même quand ils ne votent pas.
2. La gauche n'est qu'une des formes du capital. Et c'est par une vision raciste/sexiste, car occultant les réalités impérialistes, suprémacistes, structurellement sexisantes du capital, que cette gauche parvient à se rendre acceptable voire « désirable ». Elle est à cet égard une saloperie sans nom, car elle distord la réalité du capital dans nos têtes, brouille la lutte des classes en la transformant en « lutte de la droite contre la gauche ».
3. Ce point n'exclut ni le fait que les fractions dominantes de la bourgeoisie ne veulent pas de Mélenchon à la tête de l'État, ni qu'un mandat sous son gouvernement serait moins violent qu'un mandat sous n'importe quel autre parti présidentiable. Pour autant, il faut bien comprendre ce que veut dire ce troc : un peu moins de violence localisée et spécifique contre le maintien et la continuation de la violence partout ailleurs, dans l'écrasante majorité des sphères de la société. Le maintien et la continuation de la violence comme modèle d'organisation de la société. Et la paix sociale voire le soutien des militants à un mandat qui sert l'exploitation et son fonctionnement patriarcal-racial-écocide. Ce n'est pas notre programme.
4. Être révolutionnaire ne consiste pas à faire le plus confortable : en l'occurrence, se rallier derrière le premier parti sauce-dem venu, même si sans révolution en vue d'ici-là évidemment qu'on espère que ce sera plus lui que les autres connards encore pire. On a peur comme tout le monde, et bien sûr qu'on veut le moins de violence possible, et bien sûr que si c'en est d'autres le niveau de violence sera un voire plusieurs crans au-dessus. Et bien sûr que ça retombera sur les personnes oppressées, puisque le capital fonctionne comme ça. On n'est pas dans le déni, et la situation nous plaît pas.
Mais c'est juste pas la question. Si la situation en est là c'est pas à cause des abstentionnistes mais des défaites dans les luttes concrètes, défaites que l'électoralisme alimente en nous mobilisant sur les enjeux des bourges. Et défaites qui seront tout autant provoquées par une police de gauche qu'elles le sont par la police actuelle. On est pas là pour dire « Mélenchon c'est plus gentil que Retailleau alors vote Mélenchon », on est là pour tendre vers la conflictualité avec ceux qui permettent à ce système de se perpétuer.
Si une propagande est à faire, c'est donc aussi bien pour démonter le discours de la droite et de l'extrême-droite que pour montrer en quoi Mélenchon fait partie du système capitaliste bien plus qu'il ne le combat, et en quoi le capitalisme est fondamentalement une horreur sans nom, sous toutes ses formes, de droite comme de gauche. Seul ce type de discours peut nourrir les buts que l'on poursuit, à savoir donner de la force à tout ce qui peut aller vers le renversement de ce putain de système de merde pour mettre en place le communisme/l'anarchisme. Dans cette optique, passer son temps à soutenir Méluche/ à ne taper que sur l'extrême-droite nous paraît complètement contre-productif. En fait, donner notre temps et notre énergie à investir les échéances électorales, autrement que pour en montrer ou en attaquer la nature bourgeoise, nous semble être une putain d'aberration. On est pas la gauche, on veut pas l'être, on la vomit. Même si ça n'empêche pas qu'en attendant, en effet, nos défaites nous poussent à espérer plutôt lui qu'un autre.
5. Enfin, quand on dit tout ça sur « lui plutôt qu'un autre » etc, on veut quand même poser qu'on le dit en négatif, par rapport au programme des autres : oui, si c'est lui, ça n'est pas Le Pen, Philippe ou Retailleau. Mais le concernant lui, on n'a pas beaucoup d'attentes. Une partie de la sphère militante semble avoir fait de lui son nouveau Jésus en partant du principe qu'il fera tout ce qu'il a promis. On veut rappeler que c'est un politicien qui veut avant tout être élu. Pour le reste, ce qu'il voudra réellement faire, ce qu'il pourra réellement faire, c'est une autre histoire, mais rappelez-vous bien que Mitterrand aussi s'est présenté plusieurs fois avant d'être élu et ça l'a pas rendu plus radical dans les actes. De même, le Front Populaire en 36 a aussi été élu sur le sujet de « la menace fasciste » et les seules avancées réelles qu'il a mises en place sont celles que le prolétariat a contraint le patronat à accepter ; autrement, c'était un parti sauce-dem basique qui comptait pas faire grand-chose. Et qui a, comme tout bon parti de « gauche radicale » qui se respecte, détricoté tout ce qu'il pouvait de droits de notre camp durant le reste de son mandat. Il nous paraît évident que Mélenchon élu, après quelques-mesures démago, va beaucoup, beaucoup, décevoir. Je veux dire, incarner et récupérer nos espoirs face à la montée de l'horreur du capital, c'est littéralement son boulot. Ça nous paraitrait vraiment bien si les voix militantes autour de cette campagne proposaient autre chose que la collusion basique avec la bourgeoisie.
Comme dans tous les moments d'élection, nos voix vont être plus inaudibles que d'habitude. C'est dans la révolte et les mouvements sociaux que nos aspirations existent et trouvent de l'écho : le terrain de l'État et des institutions est celui de la social-démocratie, depuis sa forme la plus légère et réformiste – Mélenchon – jusqu'au bout du spectre rouge qui tâche – léninistes, « radicaux », stals... Ils vont s'époumoner, ce moment est pour eux, mais au moins qu'on ne les laisse pas imposer leur vision autoritaire et la faire passer pour révolutionnaire là où on pourra l'empêcher [6].
D'une façon ou d'une autre, une fois Mélenchon élu, c'est contre lui et sa police, et contre une partie des « militants » transformée en supplétifs informels – gauchistes syndicalistes et léninistes – , qu'on devra sortir dans la rue pour se battre. Non, la révolution ne sera pas plus avancée ni plus facile sous Mélenchon. De même qu'elle n'était pas plus « objectivement avancée » à l'époque de l'URSS ou du Front Populaire : ces gens-là ne sont tout simplement pas nos alliés. Si l'avancée de l'extrême-droite n'est pas une bonne nouvelle, le renouveau de la gauche et de « l'espoir » mystificateur qu'elle incarne ne le sont pas, et ne le seront jamais non plus.
[1] Le compte c'est commissar_howitzer après on fait pas la pub, c'est pas vraiment un anti-autoritaire
[2] Oui c'est un peu un équivalent de « prout prout c'est celui qui dit qu'y est ». Mais des fois c'est un bon argument.
[3] C'est pourquoi la gauche réformiste passe son temps à mettre le sexisme et le racisme du côté de la conscience, de l'éducation, de l'individu : ça permet d'effacer la réalité des oppressions, qui sont des composantes de l'exploitation, et qui ne peuvent qu'être reproduites si ces composantes ne sont pas démantelées.
[4] A la fois en tant que structure, et en tant que rapport social
[5] Et la paix sociale, on est d'accord, c'est la guerre sociale en train d'être perdue
[6] Et ce, même s'ils utilisent pour ça tous les arguments les plus fallacieux – comme faire de leur ligne la seule envisageable si on « prend en compte le réel » ou mettre un signe égal entre « anti-autoritaire » et « privilégié ».
Jardins, terrasses, balcons... Les abreuvoirs se multiplient chez les particuliers pour permettre à la faune sauvage de boire pendant les vagues de chaleur. Des mairies s'y mettent aussi.
Darois (Côte-d'Or), reportage
Accroupie au milieu de l'herbe sèche de la butte du Corniot, à la sortie du village de Darois (Côte-d'Or), Léa Minard verse le contenu d'un bidon dans un grand bac vert foncé en pente, installé au sol. « Les insectes, les oiseaux, les amphibiens ou les petits mammifères (…)
Les sécheresses combinées aux canicules forcent les arbres à activer leurs mécanismes de survie. De plus en plus longues, intenses et fréquentes, elles peuvent les entrainer dans une « spirale de dépérissement ».
Sources d'oxygène, ilots de fraicheur naturels, capteurs de carbone… Les arbres sont nos alliés face au réchauffement climatique et à ses effets. Mais ils s'en trouvent aussi affectés. Les dégâts sont visibles autour de nous : alors que nous sommes en plein mois d'août, les bois (…)
Depuis le 28 juillet, de l’eau potable est acheminée trois fois par semaine à Quingey pour éviter un risque de pénurie. © Esteban Grépinet/Vert
De mémoire de poisson, on avait rarement vu la Loue aussi asséchée. À Quingey (Doubs), commune traversée par cette rivière emblématique de Franche-Comté, le niveau de l’eau est au plus bas. Seuls quelques minces filets coulent encore au travers du grand barrage du village, autrefois blanc d’écume. L’eau s’est teintée du vert des algues, où se faufilent de petits alevins et quelques rares canoës raclant laborieusement le fond.
L’état de la rivière n’est que la partie visible de l’inquiétante sécheresse qui frappe le territoire : depuis le 28 juillet, Quingey doit se faire ravitailler en eau potable pour éviter le risque de pénurie. Faute de pluies suffisantes ces derniers mois, le niveau de la nappe phréatique où puise la commune atteint aujourd’hui à peine plus d’un mètre. «À partir de 80 centimètres, les drains ne pompent plus que de l’air, s’inquiète Marc Jacquot, premier adjoint à la maire de Quingey. Il n’y a plus assez d’eau dans la nappe.»
Face à cette situation que l’élu qualifie d’«affolante», la commune a décidé d’acheter de l’eau au syndicat voisin des eaux de la Haute-Loue. Trois fois par semaine, 120 mètres-cubes (m3) sont acheminés par camion-citerne pour remplir l’un des trois châteaux d’eau du village. «Nous ne sommes pas vraiment en pénurie, précise Marc Jacquot. Nous anticipons, nous ne voulons pas pomper, pomper, puis ne plus rien avoir.»
Ces ravitaillements «nous permettent de maintenir un minimum de sécurité sur tous les réservoirs», ajoute le Quingeois, qui n’avait jamais fait face à une telle situation depuis son élection en 2017. Pour l’instant, ce précieux complément permet d’assurer les besoins des 1 300 habitant·es de la commune ainsi que de la petite dizaine de villages voisins qui dépendent du réseau. Mais la situation reste sur un fil.
Autrefois couvert d’eau et d’écume, le barrage de Quingey laisse apparaître ses pierres avec la sécheresse. © Esteban Grépinet/Vert
«Ça part vite, souffle Nordine Benmira, qui travaille sur le secteur pour la Société d’aménagement urbain et rural (la Saur, qui gère l’eau et l’assainissement des collectivités locales en France). Vu qu’il fait chaud et que ce sont les vacances, il y a plus de tirage. Les gens prennent plus de douches.» Casque sur la tête, le professionnel fait descendre dans le réservoir un long tuyau bleu raccordé au camion-citerne.
L’opération dure une heure, le temps que la totalité du précieux liquide soit transvasée dans la cuve communale, où elle ira ensuite soulager le réseau. Puis, il faut repartir, enchaîner les aller-retours pour atteindre les 120m3 de la journée – pas plus, sous peine de fragiliser les communes où cette eau est achetée. «Même en 2022 [année de forte sécheresse, NDLR], cela ne nous était jamais arrivé», se remémore Nordine Benmira.
17 autres communes du Doubs sont actuellement ravitaillées par camion-citerne. © Esteban Grépinet/Vert
La situation est loin d’être un cas isolé cet été. La semaine du 3 août, 550 000 Français·es faisaient face à un approvisionnement sous tension, et 40 000 personnes avaient même des coupures d’eau au robinet, selon la ministre de la transition écologique, Monique Barbut. Dans le Doubs, 18 communes sont actuellement ravitaillées par camion-citerne, d’après les chiffres transmis à Vert par la préfecture.
Depuis le 17 juillet, l’intégralité du département est placé en situation de «crise» – le niveau d’alerte maximal en cas de sécheresse. Le remplissage des piscines privées, le lavage des véhicules ou encore l’arrosage des pelouses et massifs fleuris est strictement interdit pour les particuliers, de même que celui des potagers entre 8 heures et 20 heures. «Je savais que le monde allait mal, mais que ça nous arrive dessus, ici, je ne m’y attendais pas», soupire Thierry Leibundgut, qui habite Quingey depuis une vingtaine d’années. Avec la sécheresse, le septuagénaire a arrêté de donner de l’eau à la quasi-totalité de ses plantes.
«Le seul moyen qu’on peut mettre en route maintenant, c’est de diminuer nos consommations d’eau.»
«Il faut qu’on se prépare, qu’on s’adapte, lance un peu plus loin Marc (il n’a pas souhaité donner son nom de famille), habitant du village voisin de Lavans-Quingey. Le seul moyen qu’on peut mettre en route maintenant, c’est de diminuer nos consommations d’eau.» Très soucieux de l’environnement, ce professeur de géologie à l’université et sa famille ont déjà installé des toilettes sèches ainsi qu’un mousseur sur leur douche (un embout qui permet de réduire considérablement le débit d’eau).
Mais ces efforts doivent aussi reposer sur les grosses structures les plus consommatrices d’eau. «Nous avons appelé plusieurs établissements pour leur dire de faire attention et d’économiser au maximum», explique Marc Jacquot. Le centre hospitalier a ainsi arrêté temporairement la balnéothérapie, dont la piscine est très gourmande en eau. La blanchisserie solidaire du village a également revu ses programmes pour économiser quelques mètres-cubes lors des lavages.
Faute de débit dans la Loue, la base nautique de Quingey a dû réduire plusieurs de ses parcours en canoë. © Esteban Grépinet/Vert
«Cette sécheresse permet de réfléchir collectivement à des solutions», témoigne Wilfried Androche, entouré de posters de la vallée de la Loue. Co-gérant du camping municipal des Promenades, ce dernier réfléchit à un système de récupération pour limiter la consommation d’eau des toilettes. À quelques mètres de là, au bord de la rivière, la base de canoës a arrêté de nettoyer ses bateaux avec de l’eau et limite les remplissages de bidons pour laver les gilets de sauvetage.
Alors que ces étés chauds et secs sont amenés à devenir de plus en plus fréquents avec le changement climatique, la commune réfléchit à des solutions de plus long terme. Une connexion directe par conduite avec le syndicat voisin est envisagée, pour acheminer de l’eau plus facilement en cas de nouveau coup dur. La mairie mise aussi sur les zones humides : «C’est important de garder ces espèces d’éponges, qui vont garder l’eau plus longtemps», martèle Marc Jacquot. Un espace a déjà été restauré en 2022, et un castor est même revenu.
Dans l'éphéméride des luttes du 15 août, tandis que certain-e-s dansent à poil avec des fleurs dans les cheveux, d'autres se battent dans les rues et mettent en acte un antimilitarisme concret. Et des erreurs dramatiques sont commises.
1881 : Dans la nuit, soulèvement à Montceau-les-Mines. « Vers neuf heures du soir, une bande d'individus escalada une fenêtre de la chapelle du Bois-Duverne, plaça une cartouche de dynamite sur cette fenêtre et mit le feu à la mèche qui y était adaptée. […] A ce coup de dynamite, qui était un signal, les émeutiers, réunis dans la séance de la chambre syndicale dont il vient d'être parlé, se formèrent en colonne et marchèrent sur la chapelle, au nombre d'environ deux cents. […] Les révolutionnaires lancèrent ensuite des pierres dans les fenêtres du presbytère et […] la bande poursuivit sa route drapeau rouge et clairon en tête, aux cris de « Vive la Sociale ! » et « Mort aux bourgeois ! », embauchant des recrues à main armée et défonçant la boutique d'un armurier, chez lequel les émeutiers prirent des revolvers et des balles. […] On fit observer qu'on s'était trompé, que Paris et le Creusot étaient tranquilles, et la bande se dispersa ».
Albert Bataille, 18 octobre 1882, reproduit dans Quand on jugeait les anarchistes, La Louve éditions, Cahors, 2015, p.32-33.
1893 : A Paris, parution de La Revue Anarchiste.
1894 : Exécution de Sante Geronimo Caserio, qui avait poignardé à mort le Président de la République Sadi Carnot à Lyon le 24 juin. Extrait du procès : « Vous avez 20 ans. - Oui, l'âge des militaires qu'on envoie tuer leurs frères ».
Reproduit dans Quand on jugeait les anarchistes, La Louve éditions, Cahors, 2015, p.360
1895 : A Barracas, dans la province de Buenos Aires, parution du premier numéro du journal communiste anarchiste El Revolucionario, qui paraît quand il peut.
1913 : A Dublin éclate une grande grève générale, tout s'arrête.
1918 : Aux Etats-Unis, "Librado Rivera et Ricardo Flores Magon sont condamnés à quinze et vingt ans de prison pour avoir publié le 16 mars 1918, dans le journal "Regeneración" le manifeste "Aux anarchistes du monde et aux travailleurs en général". Ils seront conduits au pénitencier de Mc Neil Island".
Repris de l'éphéméride anarchiste (voir lien plus bas)
1927 : A Brisbane en Australie, les bureaux du Département des Enquêtes Criminelles est soufflé par une explosion puissante, qui provoque par la suite un incendie. Cet bombe est placée là par les anarchistes dans le cadre de la campagne de soutien aux anarchistes Italiens Sacco et Vanzetti, qui risquent la condamnation à mort aux Etats-Unis.
1965 : Au Chili, fondation du MIR (Movimiento de Izquierda Revolucionaria), le parti qui portera Salvador Allende au pouvoir.
1969 : - A Bethel aux USA, le festival de Woodstock commence.
1971 : Explosion dans un centre de recrutement de l'armée à Londres. Revendiqué quelques jours plus tard par la Cellule Moonlighter de la Angry Brigade, un groupe anarchiste.
1975 : A Brennilis dans le Finistère, le Front de Libération de la Bretagne - Armée Révolutionnaire Bretonne (FLB-ARB) fait sauter une charge d'explosifs qui endommage des accessoires annexes de la centrale nucléaire, empêchant son fonctionnement pendant un certain temps.
1977 : - A Lucca en Toscane, le groupe 'Lutte Armée pour le Communisme' fait sauter un répétiteur TV de Radio Montecarlo.
1984 : En Turquie, le PKK débute une campagne d'actions armées contre la police et la gendarmerie turques avec des attaques de casernes à Şemdinli et Eruh.
1987 : Incendie par les Rote Zora des magasins Adler dans neuf villes allemandes en soutien aux grèves des ouvrières du textile en Corée du Sud.
1988 : - A Marseille, incendie volontaire dans les locaux du Front National place Clément Levy, dans le XVIème arrondissement.
1991 : A Mexico, des groupes de guérilla font sauter les locaux d'IBM et un Mac Donald's.
1998 : A Omagh en Irlande du Nord, l'IRA 'véritable' (rIRA) pose une grosse bombe, ce qui se révélera être la plus dramatique action jamais réalisée au cours des troubles : 29 personnes perdent la vie. Le groupe avait prévenu la police plus de 40 minutes avant l'explosion, mais elle n'a rien fait de cette information ni fait évacuer la zone. Après coup, la rIRA annonce un cessez-le-feu pour s'excuser. Compris les enfants ? Ne faites pas confiance à la police pour la réussite de vos actions.
2006 : A Asheville, un incendie volontaire ravage un centre de recrutement de l'armée, faisant des dizaines de milliers de dollars de dégâts et forçant le centre à fermer et à se déplacer ailleurs.
2007 : A Notre-Dame-des-Landes, occupation du Rosier : c'est la première maison occupée sur la ZAD.
Voir l'éphéméride anarchiste du 15 août, pour patienter dans les bouchons.
En France, la montée en puissance des mouvements masculinistes inquiète jusqu'au Sénat. Misogynes, transphobes, suprématistes : ces courants ne convainquent pourtant pas tous les hommes qui se sentent menacés par le féminisme. Le « masculin sacré » ouvre une voie alternative pour trouver la meilleure façon d'être un homme sain, mais sans avoir à déconstruire ses privilèges.
Notre domination était là depuis le début et sera toujours là. L'égalité est impossible, car nous sommes tant différents sur tout un tas d'aspects. Les féministes, vous essayez de combattre la nature, c'est juste ridicule, professe Alex Hitchens. En tant qu'homme, lorsqu'on entend votre discours, on se demande si ce n'est pas une insulte pour nous, pour notre rôle au quotidien : devoir payer le restau à une femme, prendre soin d'elle, la défendre dans la rue et j'en passe. L'homme est nécessaire pour la survie de la femme. Vous savez quoi ? J'accepte mon rôle de macho. » Cet ancien basketteur est l'influenceur masculiniste le plus suivi de France. Dans cette vidéo, il reste poli, mais donne le ton victimaire et suprémaciste de la « Manosphère » qui enfle depuis les années 1960 d'un côté et de l'autre de l'Atlantique. Des hommes qui rejettent l'égalité entre les sexes, souhaitent le retour à une société patriarcale traditionnelle – si tant est qu'elle ait disparu ! – et flirtent avec l'extrême droite. En France, c'est Éric Zemmour qui prophétise non seulement la guerre raciale, mais aussi celle des sexes. Le 5 juin dernier, le renseignement intérieur s'inquiétait de la radicalisation masculiniste et de son succès auprès des adolescents : appels au viol ou au meurtre, projets d'attentats et autres joyeusetés traînent sur les réseaux. L'idée, controversée, d'une « crise de la masculinité » se répand et séduit de plus en plus d'hommes. Pour autant, certains ne se retrouvent pas dans la violence mascu.
« Pouvoir parler de ce qu'on ressent sans être raillé, c'est très rare pour un homme »
Ils s'en remettent alors au « masculin sacré », inspiré par son pendant féminin, plus connu. Un courant encore confidentiel qui mêle syncrétisme spirituel, développement personnel et psychologie. Kinésiologues, praticiens de Tantra, énergéticiens ou encore astrologues le définissent sur les sites spécialisés comme « l'essence même de l'homme, ce qu'il est à sa naissance avant tout conditionnement ou impact de son environnement ». Alors alliés ou imposteurs ?
Maîtrise le guerrier en toi« Un jour, un homme a passé toute la séance à pleurer et il n'est plus jamais revenu. Il n'était pas prêt à faire bouger les lignes. » Stéphane* est déçu, mais l'anecdote prouverait que les cercles de paroles en non-mixité qu'il supervise, moyennant 40 euros, tapent juste. « Les hommes qui viennent me voir sont perdus, ils ont développé leur féminin, mais ils en ont oublié leur masculin. Très souvent, ils n'ont pas réussi à couper le cordon avec leurs mères. Ils risquent de se retrancher dans des caricatures ou de développer de la colère à l'encontre des femmes, interprète-t-il. Ils ont peur de leur puissance, moi le premier. Je me suis retrouvé à ne plus oser l'utiliser et à me faire bouffer sur tous les plans de ma vie. » Bun naissant, collier de perles, biceps avalé par le tatouage d'une divinité bouddhiste, le quarantenaire, ingénieur informaticien devenu coach, se présente sur son site comme « un homme gardien à l'énergie christique, prêt à vous guider vers votre alchimie intérieure ». Il s'est converti au masculin sacré il y a une petite dizaine d'années. Deux événements existentiels – devenir père et la mort du sien – ainsi qu'une initiation au chamanisme ont déclenché la remise en question. « Ma seule référence masculine, c'était mon père qui ramenait le salaire à la maison et mettait les pieds sous la table. Cette image du masculin ne me convenait pas. C'est le chemin de la spiritualité qui m'a permis de me rendre compte qu'il pouvait y avoir différentes manières d'incarner le masculin. J'ai senti le besoin que l'on se retrouve entre hommes, en dehors de ces pratiques-là. »
Tout est affaire de rééquilibrage des « énergies primordiales » à partir « d'archétypes » masculins et féminins
Depuis quatre ans, Stéphane* vend toutes sortes de stages, des week-ends de ressourcement, moyennant environ 600 euros, au voyage initiatique en Mongolie, à partir de 3 495 euros. L'idée ? Faire comprendre aux hommes qu'ils « ne sont pas obligés de taper du poing sur la table pour incarner leur puissance. Là où la construction sociale leur dit le contraire ». Pour lui, tout est affaire de rééquilibrage des « énergies primordiales » à partir « d'archétypes » masculins et féminins. Une manière de synthétiser le concept d'inconscient collectif du psychiatre et psychologue Carl Gustav Jung, la cosmogonie animiste, le panthéon vaudou ou encore le tarot de Marseille. Les masculinistes obsédés par la virilité, la compétitivité et l'agressivité – « typiques du guerrier » – devraient bosser leur côté guérisseuse par exemple. Lors de ses séances de « constellations archétypales »1, le coach peut effleurer une matière potentiellement explosive : le viol ou l'inceste. « Depuis que je travaille avec les constellations, je suis effaré du nombre de traumas liés à la sexualité chez les femmes. » Sans blague. À terme, il envisage d'élargir le cercle à la mixité, « mais ça dépend, si elles sont toujours en train de ruminer “le masculin m'a blessée” et que leur seule attente c'est qu'on s'excuse, ce n'est pas équilibré ». Pour lui, la difficulté immédiate, c'est l'absence de réglementation dans la nébuleuse du développement personnel. « Il y a à boire et à manger dans le milieu de la spiritualité. Certains tuteurs qui accompagnent n'ont pas conscience qu'ils ont eux-mêmes besoin d'être supervisés. » Les constellations familiales sont dans le viseur de la Miviludes2, de même que le ManKind Project, qui rassemble plus de 4 000 Français. Cette branche du masculin sacré, née dans l'Amérique post guerre du Vietnam, organise des stages survivalistes pour « surmonter ses limites, acquérir une aptitude au leadership et explorer une masculinité saine et mature, en rejetant les stéréotypes machistes », d'après la page francophone officielle.
Psychologie partout, politique nulle part« Pour moi, le masculin sacré ne peut pas être masculiniste parce qu'on n'a aucun dogme, il n'y a aucune injonction. » Yvan*, amateur de taoïsme et de développement personnel, est entré dans le milieu pour trouver des solutions à ses propres souffrances. « La santé mentale des hommes est très inquiétante aujourd'hui parce que, culturellement, ils n'ont pas le réflexe d'aller voir un thérapeute – c'est d'ailleurs une charge émotionnelle de plus pour les femmes. Il y a plein de raisons à ça, qu'elles soient économiques, politiques… Je ne suis pas victimaire, mais #MeToo en a créé aussi. Les hommes n'ont pas d'espace pour être entendus, ils n'ont pas accès à leurs émotions, donc ils ne savent pas les gérer. »
« Il y a des énergies biologiques liées au sexe tout simplement »
Le trentenaire, « facilitateur » de retraites masculines et animateur en communication non violente, place la parole en non-mixité au centre : « Pouvoir parler de ce qu'on ressent sans être raillé, c'est très rare pour un homme. La plupart de ceux qui viennent sont hétéros donc s'il y avait des femmes, ça créerait un enjeu de séduction. On est dans une société genrée donc forcément, on rencontre des problématiques similaires entre nous. Et puis il y a des énergies biologiques liées au sexe tout simplement. » Les spiritualités que ces hommes empruntent – en mettant en valeur les figures du chaman, du samouraï ou du moine combattant – ressemblent à un enrobage virilo-compatible qui anoblirait le fait d'exprimer une vulnérabilité. Mais « ça peut donner une image un peu perchée de nos pratiques », regrette Yvan qui nuance par ailleurs le procès fait aux masculinistes – des médias qui feraient du buzz –, même s'il reconnaît des dérives. Par contre, les clichés associés au féminisme ont la peau dure : « J'ai lu une phrase marquante dans un livre féministe :“la meilleure manière d'être un homme, c'est de ne pas être un homme”, c'est pas très inspirant pour nous. »
Qu'importe, dans le milieu du masculin sacré, on évite soigneusement le terrain politique. La question trans leur brûle les mains – déso, pas déso, restez chez les queers. Le fameux « prends ta vie en main si tu veux que ça change » reste de mise. Mais à trop se voiler la face sur les ressorts politiques qui l'ont fait naître, le masculin sacré pourrait ressembler au serpent qui se mord la queue. Comme le rappelle le politiste Francis Dupuis-Déri dans son ouvrage La Crise de la masculinité : autopsie d'un mythe tenace3, « malgré les bonnes intentions du début des hommes proféministes, l'initiative de se regrouper entre hommes a ouvert la voie au développement de l'idéologie masculiniste […]. Des dominants qui se regroupent […] ont tendance à partager leurs inquiétudes face aux subalternes et à leurs revendications pour plus de liberté et l'égalité ». CQFD.
Orianne Hidalgo-Laurier1 . Adaptation des constellations familiales. Cette méthode de thérapie consiste en une mise en situation au sein d'un groupe pour mettre en lumière les relations qui relient les membres d'une même famille, l'origine des situations, des vécus et des blocages afin de les pacifier.
2 . Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
3 . Éditions du remue-ménage, 2018.
La série radiophonique « Ils dévoraient la ville avec imagination » retrace l'histoire de Souffles, revue marocaine de poésie d'avant-garde née en 1966. Jusqu'à l'arrestation de plusieurs de ses membres en 1972, elle a participé à un large mouvement culturel révolutionnaire. Six beaux épisodes signés Ella Bellone.
Au premier trimestre 1966 sort dans les kiosques marocains une revue. La Une est sobre, soleil noir sur fond blanc cassé : Souffles (Anfâs en arabe). « Ça ne payait pas de mine, ça ne coûtait pas cher, je l'ai achetée. Je me suis rendu compte qu'il y avait quelque chose de nouveau », témoigne Abdelkader Lagtaâ, un futur contributeur. La revue, fondée collectivement par Mostafa Nissaboury, Abdellatif Laâbi et Mohammed Khaïr-Eddine, rassemble des poètes qui veulent réinventer leur art, une langue et exploser les cadres. De ces ambitions premières, littéraires et radicales, la série radiophonique – disponible à l'écoute sur le site de l'INA – entremêle lectures, créations sonores et témoignages. Les noms des protagonistes n'étant cités qu'à la fin de chaque épisode, l'ensemble crée une forme de chorale collective, racontant les ambitions d'une époque où la politique s'immisce vite.
Mars 1965, un an avant la sortie du premier numéro, une révolte partie de l'université de Casablanca entraîne des manifestations dans tout le pays dont la répression provoque un millier de morts. Une génération politique se crée. Déçus par la soumission à l'ancienne puissance coloniale dix ans après l'indépendance, pétris des luttes internationalistes de leur époque, les membres de Souffles créent des ponts avec d'autres mouvements, à l'étranger. La revue commence à faire parler d'elle, et le référentiel idéologique s'oriente rapidement vers le marxisme-léninisme. « Notre intention était la révolution, on ne voulait pas que cette revue soit une institution, on voulait qu'elle soit tout le temps en mouvement. »
En juin 1967, la guerre des Six Jours menée par Israël contre ses voisins entraîne – entre autres – l'occupation de larges territoires de la Palestine, et la prise de conscience du « problème » palestinien dans le reste du monde arabe, notamment au Maghreb. « Il a fallu attendre la guerre de 1967 pour qu'on découvre qu'on était arabes », témoigne Abdellatif Laâbi. Dès lors, la préoccupation pour la Palestine devient constante. En 1969, un numéro spécial lui est consacré, un tournant dans l'histoire de la revue. Car la guerre des Six Jours marque pour beaucoup l'échec des régimes panarabes. Une critique de gauche naît : ces régimes ne sont pas « allés assez loin dans la transformation sociale de leur pays ». L'équipe de Souffles passe à la contestation politique frontale. Une organisation clandestine est créée. Cette deuxième époque voit les audiences augmenter, et une version en arabe est éditée.
La série radiophonique prend le temps d'explorer l'ambiance d'une époque, ses aspirations autant que ses questionnements. En 1972, de multiples arrestations ont lieu, beaucoup sont torturés, dont Abdellatif Laâbi qui passera plusieurs années derrière les barreaux. Accusé d'avoir voulu faire tomber la monarchie, une seule preuve sera amenée lors de son procès : tous les exemplaires de Souffles.
Margaux WartelleYailín Laffita von den Hove est anthropologue. Dans sa thèse, elle étudie l'impact du démantèlement de l'industrie sucrière de Cuba au début des années 2000 sur ses ancien·nes travailleur·euses. Plongée dans les mémoires collectives et les quotidiens en crise d'une île qui tente de se maintenir debout.
Pourquoi avoir fait une thèse en anthropologie, et pourquoi précisément à Cuba ?
« J'ai grandi à Cuba, à la Havane. Mon père est cubain et ma mère est belge, c'est pour ça que je suis venue étudier en Belgique, où j'ai conduit ma thèse. L'anthropologie m'a notamment permis de retourner faire du terrain sur l'île et d'être au plus près du quotidien des personnes, loin des analyses géopolitiques. Cuba, c'est un sujet clivant et idéologiquement chargé. Quand les gens en parlent, c'est souvent noir ou blanc, avec des idées très arrêtées. Par exemple, la question qui revient tout le temps c'est : “Alors, est-ce que les gens y croient à la révolution ?” J'espérais que mes recherches puissent apporter un peu de nuance là-dedans. »
Comment en es-tu venue à travailler sur les travailleuses et travailleurs de l'industrie sucrière de Banes ?
« J'ai d'abord commencé à m'intéresser au développement du travail indépendant dans la région de Viñales, dans le contexte du dégel des relations avec les États-Unis après 2014. Je voulais savoir quelles étaient les reconfigurations dans la vie quotidienne des travailleur·euses, dans ce contexte de prospérité retrouvée. Puis, comme une partie de ma famille vient de l'est, j'ai voulu voir comment ça se passait dans une région qui ne bénéficiait pas du boom du tourisme. C'est comme ça que j'ai atterri à Banes, dans la province de Holguín. En arrivant, j'ai visité le site de la centrale sucrière de la ville qui a fait vivre la communauté pendant des décennies, aujourd'hui démantelée. Là, j'ai compris à quel point le sucre avait été monumental dans l'histoire de Cuba.
J'ai décidé de me concentrer sur les trajectoires personnelles et professionnelles et les dynamiques quotidiennes des ancien·nes travailleur·euses de l'agro-industrie sucrière et de leurs familles.
« À partir de la Révolution, l'industrie sucrière incarne le progrès, la diversité culturelle et surtout la libération du peuple cubain »
Mon objectif était de répondre à deux questions. D'abord : que sont devenu·es les travailleur·euses du sucre après le démantèlement de l'industrie ? L'autre question, c'est comment le rapport au temps et à l'histoire de ces personnes a évolué ? Deux dimensions centrales à Cuba, puisque l'histoire a un rôle très important dans le discours révolutionnaire et dans la construction de l'imaginaire autour de l'identité cubaine. »
La question de l'identité cubaine, ou « cubanía », est intimement liée à celle du sucre, pour quelles raisons ?
« Le sucre a d'abord été un symbole du passé colonial sous l'Empire espagnol avec l'organisation du travail sous le régime des plantations, puis de dépendance avec l'installation de la United Fruit Company (UFC) étatsunienne à l'indépendance en 1901. En 1959, c'est la Révolution et les grandes nationalisations. Le sucre est alors réhabilité comme élément fondateur de l'identité cubaine, avec tout un discours officiel qui balaye les violences que le sucre représentait, pour mettre en avant sa contribution à l'État productif socialiste. À partir de là, l'industrie sucrière incarne le progrès, la diversité culturelle et surtout la libération du peuple cubain. On entend encore aujourd'hui ce dicton : “Sin azúcar, no hay país” (“Sans sucre, le pays n'existe pas”).
« À Banes, j'ai compris à quel point le sucre avait été monumental dans l'histoire de Cuba »
Après la Révolution, la figure des travailleur·euses du sucre a été revalorisée et glorifiée comme celle des “révolutionnaires par excellence”. C'est ce qui explique aussi comment le démantèlement de l'industrie sucrière a profondément impacté ces communautés, qui se sont demandées : sans sucre, qui sommes-nous ? »
À Banes, en particulier, quelle place a occupé le sucre ?
« À Banes, la ville s'est structurée autour de la production et l'exploitation du sucre à partir de l'indépendance de Cuba. La UFC y a installé la centrale sucrière Boston qui a organisé la vie de la communauté pendant la première moitié du siècle : hôpital, logements, réseau d'égouts… Tout était détenu par la compagnie. En 1959, la centrale est nationalisée et prend le nom de Nicaragua. L'État concrétise alors sa vision techniciste et productiviste du progrès : le complexe agro-industriel (CAI) voit le jour dans les années 1980. Il incarne ce futur industriel qui doit permettre à l'État de mettre en œuvre les mesures sociales promises. L'objectif est de centraliser toutes les activités qui gravitent autour de la production du sucre : les logements, la culture de fruits et légumes, l'élevage d'animaux pour l'alimentation des travailleur·euses… À Banes il y a même des glaçons produits au sein du CAI ! C'est une forme de mini-version de l'État cubain dans l'organisation de la vie et le rapport des gens à la centrale. C'est une période de prospérité et d'épanouissement pour les habitants. »
Jusqu'au démantèlement…
« Oui, mais tout cela a été un long processus, à la fois confus et brutal. Le démantèlement a commencé en 1998 suite à ce qu'on appelle la “Période spéciale en temps de paix”, la première crise politique et économique. Avec la dissolution du bloc soviétique, plus rien n'arrivait sur l'île, et le sucre ne s'exportait pas. En 2002, le gouvernement décide de diviser par deux la production sucrière et acte un plan de restructuration. La centrale Nicaragua en fait partie. Les travailleur·euses ont perdu leur travail, alors même qu'on leur avait dit que leur travail était essentiel à la réussite du pays. Le démantèlement est vécu comme une trahison. C'était très émouvant de faire des entretiens avec ces hommes et ces femmes pour qui la centrale sucrière était une fierté, toute leur vie. C'est un vrai traumatisme, l'un des travailleurs avec qui j'ai parlé m'a raconté avoir perdu la vue pendant trois ans. D'autres ont fait des décompensations nerveuses. Ça a été d'autant plus dur qu'à Banes la promesse de se reconvertir dans le tourisme ne tient pas la route comme dans d'autres régions de Cuba, parce que le secteur ne peut pas absorber toute la main d'œuvre. »
En retraçant la trajectoire historique de l'industrie sucrière, tu racontes l'évolution du rapport des travailleur·euses à l'État révolutionnaire cubain. Tu écris : « La Révolution […] produit ou s'approprie des discours, joue un rôle dans la formation des personnes, exige travail et sacrifice, engendre des attentes et des frustrations. » Quelles formes ont pris ces attentes et ces frustrations ?
« La Révolution est un concept polysémique : il renvoie à la fois à une structure étatique, une classe dirigeante, un évènement historique ou encore un projet national encore en cours. Les Cubain·es s'y rapportent de différentes manières, c'est une négociation constante. Par exemple, pendant longtemps les communautés ont adhéré aux discours officiels qui mobilisent énormément les figures et les batailles pour l'indépendance de la patrie. Selon elleux, c'est dans les luttes passées que l'on va trouver les outils pour solutionner les enjeux du présent. À partir de la “période spéciale”, les vécus des travailleur·euses ont commencé à diverger. À Banes, comme les justifications de l'État sont jugées insatisfaisantes, on va expliquer le démantèlement de l'industrie sucrière par l'incompétence de certains dirigeants ou par le fait que l'état n'a pas assez défendu les travailleur·euses.
« Les références à Fidel Castro et au discours révolutionnaire ne mobilisent plus comme avant »
Ces contre-discours, j'ai commencé à les entendre ces dernières années quand Cuba est entrée dans le “Moment conjoncturel”. Un nouvel euphémisme pour une nouvelle séquence de crise… Avec Trump, le renforcement du blocus, l'intervention militaire au Venezuela, c'est maintenant l'incertitude qui prime. »
Comment ce rapport s'illustre aujourd'hui, alors que le gouvernement cubain vient de livrer, en juin, un nouveau paquet de réformes économiques qui rompt complètement avec le projet socialiste ?
« Je me suis beaucoup demandé si l'analyse de ma thèse n'était pas déjà obsolète. Les 176 mesures récemment adoptées par le Parlement sont une rupture dans l'essence même de l'économie socialiste. Elles impliquent de mettre un terme à la planification, d'ouvrir aux investisseurs privés étrangers des secteurs stratégiques ou encore de supprimer le caractère universel des aides sociales. Or, la nuance et l'ambivalence vis-à-vis de l'État dont les Cubain·es me faisaient part pendant les entretiens sont déjà fortement affaiblies aujourd'hui. Les références à Fidel Castro et au discours révolutionnaire ne mobilisent plus comme avant alors que leur quotidien devient de plus en plus difficile, entre files d'attente et coupures de courant... On se demande : “Où est-ce que le sucre nous a menés finalement ? À quoi tout ça nous a servi ?” On navigue entre un passé inutile et un futur incertain. »
Propos recueillis par Laëtitia GiraudPresident said nine months at sea ‘not nearly long enough’ even as families call for attention to mental health crisis
Donald Trump has downplayed concerns about US sailors enduring a record-setting deployment of nearly nine months onboard the USS Abraham Lincoln on Friday, saying the deployment was “not nearly long enough” as concerns mount over mental health and supply issues onboard the aircraft carrier.
The US president made the comments during a brief exchange with reporters before flying to New York for an event highlighting falling violent crime rates across the US.
Continue reading...Seriousness of remark made in New York on Friday, and whether it signaled new policy position, not clear
Donald Trump has threatened to declare the strait of Hormuz as “a territory of the United States” as his administration struggles to conclude the war with Iran.
During a speech at a police academy on Long Island, New York, on Friday, the US president said he would “pretty soon” designate the waterway – a crucial chokepoint for global trade, through which about a fifth of the world’s seaborne oil supplies typically pass – a US territory.
Continue reading...Network wants to serve Jared Kushner, Ivanka Trump and Donald Trump Jr after president sues over January 6 documentary
The BBC is trying to subpoena Donald Trump’s children as it builds its defense against the president’s defamation lawsuit centered on a documentary on the January 6 insurrection.
In a motion filed on Friday, the BBC sought authorization to serve Trump’s two eldest children, Donald Trump Jr and Ivanka Trump, and son-in-law Jared Kushner, with subpoenas for testimony and their records on the events of 6 January 2021.
Continue reading...Le ministère de l'Intérieur se vante d’une «coopération particulièrement précieuse» avec la police italienne de Giorgia Meloni, l'affaire se dégonfle déjà
L’article Montage policier : perquisitions, famille menottée et 100 heures de gardes à vue sur la base de présomptions est apparu en premier sur Contre Attaque.
Democratic Wisconsin gubernatorial candidate David Crowley. Photo by Scott Olson/Getty Images.On Tuesday, several states including Wisconsin, Minnesota and Connecticut held primaries. In Wisconsin, after polling consistently ahead, democratic socialist State Rep. Francesca Hong, who had been leading strongly in the polls, fell short in her bid for the Democratic nomination for Governor, losing to Milwaukee County Executive David Crowley by 0.5 percent. Just a month earlier, Crowley had dropped his campaign for Governor amid poor polling but reentered ten days later at the urging of Democratic Governor Tony Evers (D-WI), who endorsed him in a last minute attempt to halt Hong’s momentum. Belying claims of intraparty animosity, Hong immediately endorsed Crowley and appeared with the entire Democratic slate at a unity breakfast, pledging to campaign together to ensure a Democratic win in November.
In the hard-fought race for the Democratic nomination for U.S. Senate from Minnesota, Lieutenant Governor Peggy Flanagan, a progressive endorsed by Senator Bernie Sanders (I-VT) and Rep. Alexandria Ocasio-Cortez (D-NY), defeated moderate Rep. Angie Craig (D-MN) by almost 20 points. Despite Hong’s narrow loss in neighboring Wisconsin, Flanagan’s decisive victory in Minnesota was a sign that the progressive populist momentum that has been a feature of this primary season was still alive and well. Meanwhile in Connecticut, Governor Ned Lamont (D-CT) survived a primary challenge from the left, but 78 year-old Rep. John Larson (D-CT) was defeated by 46-year-old former Hartford Mayor Luke Bronin. Larson had held his seat in Congress for 27 years.
On Monday, The Washington Post reported that on July 8, based on Israeli intelligence warning of a potential Iranian assassination attempt, Donald Trump was secreted off Air Force One via a catering truck onto an Air Force C-32A jet, which flew him and a few select aides from Ankara, Turkey to safety in Britain.
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Avec près de 6.000 décès de trop en juin et au moins 4.000 en juillet, les vagues de canicules ont tué au minimum 10.000 personnes.
L’article Le nombre de victimes de la canicule va dépasser les 10.000 morts, le gouvernement responsable est apparu en premier sur Contre Attaque.
This is why having a case dismissed with prejudice is important.
Trump’s cronies/donors — who were paid millions to do a job they’d never done before — failed to bring the Lincoln Reflecting Pool up to spec by July 4th, preventing Trump from taking sole credit for everyone else’s hard work while turning the nation’s 250th birthday into a celebration of himself.
When the “American flag blue” undercoating began floating to the surface and the rest of the pool turned green due to the completely expected explosion in algae growth, Trump decided it would be better to arrest people for “vandalism” than throw his financial supporters under the bus.
Former Olympian David Hearn was the big catch. Trump, Interior Department Secretary Doug Burgum, and US Attorney Jeanine Pirro all claimed they had tons of evidence to support felony vandalism charges against their star defendant. Another handful of people were arrested and hit with misdemeanor charges, solely for the purpose of propping up Trump’s “it was vandals!” lies.
But the whole thing fell apart when the cases moved forward. In Hearn’s case, a government witness testified the damage was due to faulty repair work by the contractors, rather than anything Hearn or anyone else had done to the pool. This undercut Trump’s 350-foot vandal attack narrative. It also tanked the case for US Attorney Jeanine Pirro, who moved to dismiss the case due to being misled by the Interior Department, which apparently buried details of the faulty fix in hopes of making Trump’s revenge convictions a reality.
Shortly after dropping the case, Pirro went toe-to-toe with Trump and DOI head Burgum, laying out all the evidence that contradicted Trump’s concocted narrative. Trump responded by attacking Pirro publicly in press comments and Truth Social posts. These attacks included some off-the-cuff remarks that seemed to have teleported in from a 1930s gangster b-movie script:
“Instead of going after the people that did it, the judge went after her and went after her department,” he continued. “And I guess she choked. I don’t know what the hell happened.”
[…]
Trump exclaimed minutes later that Pirro “folded like an umbrella.”
I only bring this up again because Trump has clearly demonstrated that umbrellas are impossible to “fold.”
Anyway, back to the point of the post: having a prosecution dismissed with prejudice means the government doesn’t get a second chance to do the wrong thing. The DOJ in general never does this because… who knows? Maybe some precedent will get handed down that revives a case. Maybe the cold case kids will find some sort of unidentifiable powder in the evidence locker. Or maybe the fucking president of the United States will just start ordering people to do the same thing again, only harder.
White House officials have asked the Justice Department to consider a new prosecution of a man accused of vandalizing the Lincoln Memorial Reflecting Pool, according to people familiar with the discussions, as President Trump fumes over U.S. Attorney Jeanine Pirro’s decision to drop the case.
[…]
After White House outreach, Justice Department officials are exploring whether another type of case—likely based on misdemeanor allegations—is even possible.
And we’re right back where we started: with Trump trying to punish a US citizen because Trump embarrassed himself.
This isn’t going to end well for Trump. I mean, I would hope. The presiding judge is still trying to find out why the DOJ didn’t dismiss the charges against Hearn with prejudice, given that it had admitted in court that there was no evidence to support them.
And Hearn himself isn’t letting this go. If the DOJ decides to try again, this will vastly increase the chances the presiding judge will give his lawyers access to the grand jury materials he’s been requesting ever since the government’s witness testified (before the grand jury) that any so-called “vandalism” was actually just the side effects of a botched rush-job performed by under-qualified contractors better known for their loyalty to Trump than their specific set of skills.
Trump is too stupid to recognize this will only result in more damning evidence of his self-serving hubris. Pirro knows this case is fucked so it’s highly unlikely she’ll be willing to do what Trump is demanding. And no one in the administration with the intelligence to recognize why this is a terrible idea is willing to do anything but appease the madman they’ve chosen to serve at the expense of their own credibility and future employment opportunities. Let’s hope this all goes as badly as it should for Trump. After all, he’s earned it.
The John Minor Wisdom Courthouse in New Orleans, home to the U.S. Court of Appeals for the Fifth Circuit (photo by David Lat).Welcome to Original Jurisdiction, the latest legal publication by me, David Lat. You can learn more about Original Jurisdiction by reading its About page, and you can email me at davidlat@substack.com. This is a reader-supported publication; you can subscribe by clicking here.
It’s a Friday afternoon during the dog days of August, so I won’t hit you with anything heavy. Instead, I bring you a Notice and Comment post — in which I tee up a topic and invite all of you, my readers, to debate and discuss. The comments section will be open to all readers, not just paid subscribers (as is always the case with N&C posts).
Earlier this week, I had the pleasure of co-hosting the Advisory Opinions podcast (along with my husband, SCOTUSblog executive editor Zach Shemtob). For Tuesday’s episode, we were joined by Amy Howe, co-founder and primary reporter of SCOTUSblog. For yesterday’s episode, our guest was Adam Feldman, author of the Legalytics newsletter on Substack.
If you listened to Thursday’s episode, you received advance notice of our subject for today. From my reader mailbag:
I hope all is well! I’ve been a longtime reader of Original Jurisdiction.
I’m currently clerking for a federal appellate judge, and my co-clerks and I recently got into a friendly debate about how to rank — or, perhaps more appropriately, group — the federal appellate courts by importance.
The conventional view seems to put the D.C. Circuit at the top, followed by the Second and Ninth Circuits. But the picture gets more complicated from there.The Fifth and First Circuits, for example, can play an outsized role in challenges to government action, depending on the administration in power. The Eleventh Circuit seems to have a particularly large number of feeder judges whose opinions are cited widely outside the circuit. The Third Circuit doesn’t produce a huge volume of published opinions, but the opinions it does publish seem to be particularly well-cited. And the Seventh Circuit seems to have gone relatively quiet over the last few years.
I’m not sure whether this has come up on OJ recently, but I thought it was an interesting question. I’d be very curious to hear your thoughts on how you would rank or group the circuits, and what factors you think are most useful in measuring a circuit’s broader influence.
Before I turn over the floor to my readers, I’d like to share with you some data. To kick things off, here are the circuit courts ranked by the populations they cover:
Ninth Circuit: 67.1 million
Eleventh Circuit: 38.7 million
Fifth Circuit: 38.0 million
Sixth Circuit: 33.5 million
Fourth Circuit: 32.9 million
Seventh Circuit: 25.3 million
Second Circuit: 23.8 million
Third Circuit: 23.4 million
Eighth Circuit: 21.9 million
Tenth Circuit: 19.0 million
First Circuit: 14.1 million
D.C. Circuit: 678,972
Federal Circuit: N/A

Of course, population isn’t everything; a court’s docket matters too. As noted by my correspondent, the D.C. Circuit is generally regarded as the most important circuit court — based on the high-profile cases it hears involving federal agencies, national security, and executive power — even though it covers the smallest population. And I’d argue that during the second Trump administration, it has only grown in importance, as a result of the many challenges to federal government action it has had to hear.1
In terms of the size of different courts’ dockets — i.e., caseloads — here are the circuits ranked by cases filed during the 12-month period ending June 30, 2026, based on data from the Administrative Office of the U.S. Courts (noting parenthetically how each circuit’s caseload ranking differs from its population ranking; “-” signifies no change):2
Ninth Circuit (-): 9,047
Fifth Circuit (+1): 5,481
Eleventh Circuit (-1): 4,756
Fourth Circuit (+1): 3,443
Sixth Circuit (-1): 3,419
Second Circuit (+1): 3,360
Eighth Circuit (+2): 2,632
Third Circuit (-): 2,514
Seventh Circuit (-3): 2,408
Tenth Circuit (-): 1,735
Federal Circuit: 1,362
First Circuit (-1): 1,136
D.C. Circuit (-1): 1,081
[UPDATE (8:49 p.m.): A commenter pointed out to me that the Federal Circuit’s caseload stats are available; they’re just contained in a separate report. So the ranking above was revised to add 1,362 for the Federal Circuit (it was previously listed as “N/A”), and this revision bumped the First and D.C. Circuits down by one spot each.]
But not all cases are created equal; the content or nature of a court’s docket matters too. As noted by my correspondent, the Second Circuit historically has been seen as a top-three court in significance, based largely on how it has decided many major business cases over the years. But it could be argued that as the business docket has waned, so has the Second Circuit’s importance.
I also agree with my correspondent’s point that in recent years, the First and Fifth Circuits have become more influential, based on how often they’ve been called upon to rule on challenges to federal government action. Challenges to Biden administration policies were often filed in Texas districts, which sent them to the Fifth Circuit; challenges to Trump administration policies are often filed in blue states like Massachusetts, New Hampshire, and Rhode Island, sending them to the First Circuit.
I’ll conclude my comments here, lest I taint the jury pool. Readers, what do you think? Please opine in the comments — which are open to everyone, not just subscribers. Thanks!
[UPDATE (5:17 p.m.): I made minor tweaks to this post to improve the logical transitions between the paragraphs discussing dockets and caseloads. In addition, on New Hampshire, please see the discussion in the comments about how it’s more of a purple state: although it has voted Democratic in every presidential race for two decades, Republicans currently control state government.]
1For the same reason, I’d argue that the U.S. District Court for the District of Columbia is now the most important federal trial court — sorry, S.D.N.Y. folks — but that’s an argument for another day.
2As for why the Federal Circuit isn’t included, you’ll have to ask the AO. A footnote to their table notes that it “does not include data for the U.S. Court of Appeals for the Federal Circuit,” but doesn’t explain why.
Thanks for reading Original Jurisdiction, and thanks to my paid subscribers for making this publication possible. Subscribers get (1) access to Judicial Notice, my time-saving weekly roundup of the most notable news in the legal world; (2) additional stories reserved for paid subscribers; and (3) the ability to comment on posts. You can email me at davidlat@substack.com with questions or comments, and you can share this post or subscribe using the buttons below.
The FBI from the 1950s to the 1970s tried to infiltrate and discredit leftist organizations. Trump seems to be repeating that sordid practice
It is bad enough that the Trump administration blocked a federal criminal investigation when an Immigration and Customs Enforcement (ICE) agent killed Renee Good as she was turning her car away from him in Minneapolis the past January. Just before the shooting, Good and her partner had been observing and protesting against ICE officers.
Instead, it turns out the administration has been investigating progressive and even mainstream groups that have been involved in protests against Donald Trump’s sweeping deportations, according to newly released government documents.
Continue reading...Vosges matin / vendredi 14 août 2026
Plusieurs tags allant à l’encontre du maire RN (Rassemblement national) de Nomexy, Yann Traiteur, et de son parti sont apparus sur la façade de la mairie dans la nuit de jeudi à vendredi. À l’encre rouge, jaune et blanche on peut notamment y lire « Yann Fürhrer », « siamo tutti antifascisti » ou encore « RN dehor ».
[…] L’élu doit déposer plainte dans la journée.
Le nombre de tags, les différentes encres utilisées et les écritures qui paraissent différentes laissent supposer que plusieurs personnes seraient à l’origine de ces tags. […]
ICI / vendredi 14 août 2026
Suspectée d’avoir tagué la maison familiale des Le Pen à la Trinité-sur-Mer (Morbihan), dans la nuit de jeudi à vendredi, une personne a été placée en garde à vue. Deux inscriptions ont été retrouvées sur la maison, selon les informations d’ICI.
La maison des Le Pen à la Trinité-sur-Mer, dans le Morbihan, a été taguée dans la nuit du jeudi 13 au vendredi 14 août, a appris ICI auprès de la gendarmerie. Les faits se sont produits aux alentours de minuit et, selon nos informations, deux inscriptions « Non au R-Haine » au feutre noir ont été apposées sur le portillon et sur un mur.
Un homme de 45 ans a été placé en garde à vue. C’est dans la commune de la Trinité-sur-Mer que Jean-Marie Le Pen est enterré, sa tombe avait été dégradée en janvier 2025.
Alors qu'il entame sa quinzième année de prison, Mickaël Gilgenmann continue à subir l'acharnement de l'administration pénitentiaire (AP) et des surveillants de la prison de Moulins-Yzeure. Après de nombreuses années en prison, et alors qu'il est aménageable depuis plus de cinq ans, aucune perspective de sortie n'est envisageable, tant que Mickaël reste enfermé en maison centrale plutôt qu'en centre de détention (prison aux mesures moins sécuritaires) et inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalés (DPS).
Dans la nuit du 3 au 4 août 2026, notre ami Mickaël a fait une tentative de suicide quelques heures après qu'un des surveillants de Moulins-Yzeure lui a dit : « vas-y fous toi en l'air, t'as plus que ça comme solution ».
Mickaël n'est pas suicidaire et n'a pas envie de mourir. Les maltraitances et la violence qu'il subit au sein de la prison de Moulins-Yzeure l'ont amené à s'ouvrir les bras, le ventre et à faire une tentative de suicide. Il n'avait jamais attenté à sa vie jusqu'ici.
La direction et les surveillants de Moulins-Yzeure lui refusent des soins décents en l'abandonnant dans sa cellule alors qu'il est blessé, ou en le recousant sans anesthésie.
Ils l'empêchent de prendre des douches et d'aller en promenade.
Ils l'isolent en coupant de façon intempestive ses appels sur la cabine.
Ils l'infantilisent et le menottent à chaque mouvement.
Ils l'humilient avec des propos racistes à l'encontre des Voyageurs.
Ils lui refusent un transfert vers un centre de détention.
Ils ne l'ont jamais désinscrit du registre des DPS, contrairement à ce qu'ils promettent depuis un an.
Ils utilisent des motifs bidons tels qu'un dessin d'hélicoptère dans l'un de ses courriers pour prolonger de telles mesures.
Ils donnent des coups de pied dans la porte de sa cellule pour l'empêcher de dormir la nuit.
Ils ne lui délivrent pas les médicaments qui lui sont pourtant prescrits par ordonnance.
Ils ne prennent aucun rendez-vous médical pour la pose de ses prothèses auditives, malgré une prescription médicale hospitalière urgente en ce sens.
Ils veulent le laisser devenir sourd, alors que c'est le coup de pied d'un maton dans son tympan qui a provoqué sa surdité.
Ils lui nient sa dignité.
Et suite à tout ça, il a failli mourir.
Nous tenons et tiendrons entièrement responsable la prison Moulins-Yzeure de toute éventuelle atteinte à la santé et à l'intégrité physique et mentale de Mickaël.
Mickaël Gilgenmann exige :
Nous invitons toute personne à manifester son soutien auprès de Mickaël en envoyant un courrier à la direction de l'administration pénitentiaire. Ci-dessous leur adresse et, si besoin, un modèle de lettre à leur faire parvenir.
Nom, adresse
Direction de l'administration pénitentiaireObjet : Alerter de toute urgence sur le risque vital encouru par M. Mickaël Gilgenmann
Madame, Monsieur,
Je vous écris car, en tant que proche ami de M. Mickaël Gilgenmann, je suis aujourd'hui particulièrement préoccupé par sa situation. Il est actuellement incarcéré à la prison de Moulins-Yzeure.
M. Gilgenmann est incarcéré depuis 2012. Sa date de sortie est fixée à janvier 2032. Il entre dans sa quinzième année d'emprisonnement et, bien qu'il n'ait jamais été condamné par une cour d'assises, aucune réelle perspective de réinsertion ne lui a jamais été proposée. Cela fait plus de cinq ans qu'il pourrait en principe bénéficier d'un aménagement de peine.
Pourtant, il y a un an, la direction du Centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure s'était formellement engagée auprès de M. Gilgenmann à envisager son transfert vers un centre de détention et sa désinscription du répertoire des détenus particulièrement signalés (DPS). Ces deux promesses ne se sont jamais concrétisées ; or vous n'êtes pas sans savoir que le statut DPS et le maintien en maison centrale plutôt qu'en centre de détention ne peuvent que peser très défavorablement sur le parcours d'exécution de peine d'un prisonnier et sur ses démarches de réinsertion. M. Gilgenmann a déjà passé de très nombreuses années en maison centrale sous le statut DPS. Les faits qui lui sont reprochés à l'appui de ces mesures spécifiques à son encontre sont anciens, et M. Gilgenmann n'a aucune raison de récidiver.
De plus, le personnel pénitentiaire du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure provoque systématiquement M. Gilgenmann. Les brimades, humiliations et vexations sont quotidiennes : l'accès à la douche lui est refusé, il fait l'objet de remarques discriminatoires à l'encontre des gens du voyage, la nuit les surveillants donnent des coups dans la porte de sa cellule pour l'empêcher de dormir, on ne lui remet pas les médicaments qui lui sont pourtant prescrits par ordonnance, ses communications depuis la cabine téléphonique sont interrompues par des coupures intempestives, aucun rendez-vous médical n'est prévu pour la pose de ses prothèses auditives malgré une prescription médicale hospitalière en ce sens, etc.
M. Gilgenmann a alerté les chefs de détention et la direction du centre pénitentiaire, mais ses signalements n'ont été suivis d'aucun effet. À la fin du mois de juillet et au début du mois d'août 2026, M. Gilgenmann s'est automutilé, et ses blessures nécessitaient la pose de points de suture sur ses bras et son ventre ; ce qui n'a été fait que partiellement et sans anesthésie. Dans la nuit du 3 au 4 août, quelques heures après qu'un surveillant lui a dit : « Vas-y, fous-toi en l'air, t'as plus que ça comme solution », il a fait une tentative de suicide. Jusqu'à ce jour, il n'avait envisagé d'attenter à sa propre vie à aucun moment de son parcours en détention.
Il convient de rappeler que M. Gilgenmann a entamé le 26 janvier 2026 une grève de la faim et de la soif qu'il n'a interrompue qu'après que la direction de Moulins-Yzeure a renouvelé sa promesse d'envisager la levée de sa gestion isolée et de son inscription au répertoire DPS, et un transfert en centre de détention. Vous ne pouvez ignorer ces faits que nous avons déjà porté à votre connaissance sur le moment.
En tant que proche de M. Gilgenmann, je suis tout à fait conscient de l'impasse dans laquelle la direction et le personnel du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure le place en toute connaissance de cause ; il va donc sans dire que je considérerai l'administration pénitentiaire pleinement responsable de toute atteinte à sa dignité, à sa santé et à son intégrité physique et mentale.
Par la présente, M. Gilgenmann et moi-même rappelons la direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure et, par voie de conséquence, la direction de l'administration pénitentiaire, à leurs propres engagements.
En vous remerciant par avance pour l'attention que vous voudrez bien porter à ce sujet grave, et dans l'attente d'actes clairs et rapides de votre part,
Cordialement,
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RMC / jeudi 13 août 2026
Des logos anarchistes et des inscriptions insultantes. Un terrain de golf a été vandalisé à Tremblay-sur-Mauldre dans les Yvelines. Dans la nuit du 29 au 30 juillet, trois greens ont été saccagés à coups de bêche, endommageant le gazon sur 15 à 20 centimètres. Des tags « bourgeois de merde, sport de luxe » inscrits à la bombe ont également été découverts.
« C’est la première fois à ce niveau-là », se désespère ce jeudi 13 août sur RMC Emmanuel Bachot, le directeur du golf de Tremblay-sur-Mauldre qui évoque des endroits « massacrés ». « On a déjà eu des intrusions qui n’entraînaient pas de gros problèmes mais ce phénomène (de dégradations, ndlr) est déjà arrivé sur différents golfs alors que Europe 1 évoque des dégradations similaires ces dernières semaines à Roissy-en-France (Val-d’Oise) et à Noues-de-Sienne (Calvados).
« J’ai dû remettre tout en état pour que les joueurs puissent rentrer mais si on doit tout remettre parfaitement en place, c’est 20.000 euros par green, soit 60.000 euros pour les trois », dénonce Emmanuel Bachot. […]
Mais le terrain pourrait avoir été visé pour sa supposée consommation d’eau alors qu’une majeure partie de la France fait face à une sécheresse d’ampleur et que d’autres golfs ont été la cible d’écologistes par le passé.
[…] Sur son site la Fédération française de golf indique qu’en période de sécheresse, seuls les greens sont arrosés, soit 1 à 2% de la surface totale d’un parcours de golf. La consommation nationale moyenne annuelle d’eau d’un golf est de 25.000 m3 par an et par tranche de 9 trous selon un rapport de 2013 du ministère de l’Ecologie et 70 % des golfs ont une consommation inférieure à la moyenne.
Ce même rapport estime à 29 millions de m3 d’eau par an la consommation du parc golfique français soit 0,7% de l’eau douce consommée dans l’Hexagone et la Corse. La consommation annuelle du parc golfique équivaut à la consommation annuelle d’eau d’une ville de 450.000 habitants.

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Joshua Lawrence is a research fellow at Notes on the Crises and graduate of Sarah Lawrence College. Find him on Bluesky here.
Juan Hanes is a research fellow at Notes on the Crises and a Journalism student at NYU. Find him on Bluesky here.
This is the final part of a 5-part series. Read Part 1, Part 2, Part 3. & Part 4
Welcome to the fifth and final installment (we promise!) of our miniseries on the “seven levers” that the Office of Management and Budget’s Resource Management Offices (RMOs) use to exert their influence over administrative agencies. Leading up to this point, we have covered the various mechanisms of control that the RMOs use during the budget “preparation” and budget “execution” phases. Today, we turn away from the “phases” of the budget, to talk about something a little different: presidential management initiatives. These may sound obscure, but they will prove to be central to the workings of the Office.
But before explaining why that is, we must make one thing clear. These final two levers, insofar as they deal with questions of “management” as articulated in Professor Eloise Pasachoff’s original article, do not cover the entire scope and power of the “M” side of OMB. “Management” under OMB is a very extensive topic, with its own confusing history. Grasping “Management” means examining relevant statutes, and dedicated sub-offices in OMB that will have to be done in future work. What we will focus on instead here is a very particular slice of the “Management” pie –- and it just so happens that this slice intersects so much so with the “budgeting” side of things, that it naturally muddles the line between those “M” and “B” sides anyway.
The slice in question is the aforementioned “management initiatives” (and specifically, “President’s Management Agenda”) that has become a staple of OMB and presidential policy in the past few decades. It is the language and form of these management initiatives that often prefigures the substantive changes that agencies face when transitioning from one presidential administration to the next.
But before we can dive into the specifics, we must of course ask the very simple question: what is a management initiative?
Management Initiatives?
The concept of a “management initiative” is a bit hard to nail down precisely, in part because the meaning of the term has varied considerably over the history of OMB. What Pasachoff is referring to as “management initiatives” in her article, though, is a more broad and loose concept—one that we can understand as “management goals that the President or OMB has communicated to the agencies”. The vehicle for communication, and thus the substance or specificity of the goal itself, can vary from goal to goal, and president to president.
In this sense, management initiatives are to some extent as old as OMB, or even the original Bureau of the Budget itself. Nixon, in his original efforts to reorganize the Budget Bureau into the OMB we know today, sought to make management the centerpiece of the new office. OMB observer Shelley Lynne Tomkin wrote in 1998 that Nixon’s reorganization aimed to “remove BOB/OMB from the business of making policy”, in order to “redirect its energies toward bringing the federal government under centralized control through management improvements”. And though there is no doubt that Nixon’s reorganization efforts had a distinctly political motive, the idea that “management” sits in a more technocratic realm compared to “budgeting” is crucial to building our understanding of management initiatives.
In short, then, a “management initiative” tends to be a goal to alter the structure and procedures of an agency—without inherently touching on any “political” question. This makes management questions conceptually easier to divorce from policy than budgeting (as questions of “the budget” and money are more commonly understood to have political overtones…) Changing the structure of an agency in the abstract does not necessarily demand such overt political decisionmaking. And yet…
In practice, of course, management initiatives are still deeply political. And more and more – particularly under Trump –- we are seeing management initiatives that pull no punches in pushing political goals. To that end, it is hard to look back on any moment in the past five decades of OMB history and say that any particular management initiative – whether it came in the form of Nixon’s “Management by Objective Plan”, or the modern “Presidential Management Agendas” – were merely technocratic. This fact is the crux of Pasachoff’s analysis of management initiatives, and it is what we will keep in mind as we delve into the specifics on how management initiatives work.
With that established, then, let’s not go any further without exploring how the first management lever works…
The President’s Management Agenda Lever (Also Known As: the “Do-What-I-Tell-You-To” Lever)
The President’s Management Agenda (PMA) is the most modern manifestation of management initiatives. As stated, “management initiatives” in the abstract have existed in many different forms across the history of OMB. But a recognisable form was far more recent: it was not until George W. Bush’s OMB published their 64-page PMA in 2001 that this modern iteration was born.
Upholding the spirit of the many management initiatives that came before, Bush’s PMA buried many of its wider political objectives in the bland language of technocratic reform. In the document were five “government-wide initiatives”: “Strategic Management of Human Capital”, “Competitive Sourcing”, “Improved Financial Performance”, “Expanded Electronic Government”, and “Budget and Performance Integration”. These were dry, boring terms.
As perhaps indicated by the incredibly uninteresting names, none of these goals necessitated an inherently (or at least overtly) political objective. But under a closer examination, like another early 2000s release had it, Bush’s intentions were “Not That Innocent”.
Of course, some of the more specific programmatic goals, which take up the second half of the agenda, had a more openly political slant. In that second half, for instance, we can find efforts to “privatize military housing”, and make it easier for “faith-based” community organizations to work with the government (weakening the separation of church and state) — in either case, such “Management” efforts can hardly be considered apolitical.
But the technocratic facade of the agenda prevailed even among the more overtly political goals. Under the “Faith-Based and Community Initiative", for example, the agenda identified the “bureaucratic, inflexible, and impersonal” nature of existing government programs as one of the key barriers to ending “poverty and despair” across the country. The solution was thus that agencies were to “identify and remove the inexcusable barriers” that make it difficult for “faith-based and community organizations” to receive money and work with the federal government. In practice, this meant grant reform and tax deductions, to streamline the process of supporting “faith-based” (aka religious) charities and institutions.
Pasachoff herself argued that such an effort was merely an attempt “to weaken the wall between church and state”, much in line with the evangelical temperament that President Bush made central to his public persona (For example, he declared Jesus to be his favorite philosopher at one point during his 2000 campaign).
Bush Jr. was not the first to politicize management initiatives of course. Management initiatives under Nixon, for example, were conveyed via the President’s “Management by Objectives” program, which a source cited by Pasachoff described best:
This [Nixon’s reforms] meant focusing on management—so long as it wasn't boring public administration theory but rather “management in the get-the-Secretary-to-do-what-the-President-needs-and-wants-him-to-do-whether-he-likes-it-or-not sense.”
Practically speaking, the Management by Objectives program was a set of personalized goals handed out to 21 different administrative agencies that set out to restructure staff hierarchies, and reform typical agency procedures. The effectiveness of Nixon’s MBO program was… questionable, partly because the fallout from Watergate and Vietnam destroyed Nixon’s credibility within the administrative state. But what is undoubted is the fact that such efforts were anything but policy-neutral.
From the foundations set by Nixon and the precise manifestation of management initiatives established by Bush Jr., we have now been able to observe PMAs in action for over two decades. Each president since Bush has effectively followed a tradition to release a PMA within the first year or so of taking office—-and within each PMA we get to see different flavors of covert policy control.
Whereas President Bush made “performance” a centerpiece of his management strategy, suggesting that agencies must develop policy and spend money by evaluating which past decisions have “performed” the best, President Obama chose instead to drive agency decision making via “evidence”. Although the specific programmatic details between Bush’s “performance-based” agenda and Obama’s “evidence-based” agenda differed slightly, the overarching thesis was the same: agencies ought to act in ways that are “proven” to be “effective”… whatever that might mean!
The rub, of course, lies in the fact that critics of each President’s initiatives ended up making the same argument against both: each leader attempted to implement procedural changes, only as a means of creating government structures that favored their preferred policy decisions. Under each agenda, it would often turn out that the “evidence” or “performance” results would frequently end up favoring the programs and policies that each president had a vested interest in. We are shocked, shocked that this was the case.
And in Trump, the PMA lives on. Though it is worth noting that Trump’s second term PMA (released via an OMB memo last December), in typical Trump fashion, hardly makes an effort to conceal its political goals. This fact is a deviation even from the PMA released during Trump’s first term, which contained much more procedural detail as opposed to rhetorical dogma. But the extent of these changes will be the subject of a full-length breakdown once we catch up to covering the OMB memos for fiscal year 2026. (So stay tuned!)
For now, we emphasize only that PMAs are a decades-old mechanism for outlining what are essentially political goals via the language of technocratic, bureaucratic, and science-based reform. OMB’s role in this process not only involves the centralized formulation of these agendas in collaboration with the President, but also the promulgation of the agenda thereafter.
But a mere document outlining what a president wants can only achieve so much. That’s basically a wish list! What this lever lacks is what Pasachoff would describe as a “procedural hook” to enforce the goals, and to make their implementation tangible. That is where the next (and final) lever comes in.
The Budget-Nexus Lever
The budget-nexus lever of OMB’s management initiatives is exactly what it sounds like: a connecting force between the raw policy of the PMA, and the concrete action of budget formulation. As we have covered extensively in this series, the budget is perhaps the central site where OMB’s power manifests with full force. Connecting the management goals of the president to the budget, then, offers a great chance for OMB to flex its full muscle, in order to keep the administrative agencies in line.
How is the budget linked to management initiatives? Well, there is perhaps no better way to answer this question than to refer to the budget formulation bible that is the OMB’s Circular A-11 guidance document. (As you can tell, we’re going to be talking about this circular quite a bit as we continue to focus on the OMB…)
First of all, the A-11 has a dedicated section (section 220) to explain what the PMA is and how agencies should go about applying it. In this and the previous section of the circular, the PMA is looped in with the requirements of the “GPRA Modernization Act of 2010”, which, as the name suggests, is a law that revamps the “Government Performance and Results Act of 1993”. These laws explicitly ordain OMB as the centralized administrator of both government-wide and agency-specific management goals. In this sense, the PMA becomes one of the many precise articulations of how OMB and the president seek to improve government “performance”. In conjunction with GPRA-specific reporting requirements, then, agencies are required to submit reports regularly detailing the status of their management reform efforts. The specifics on when and how agencies are to report this information is detailed in the circular A-11.
To be sure, the “procedural hook” established by tying PMAs to the GPRA does not inherently force agencies to reflect on the president’s management initiatives when formulating budget requests. At the time that Pasachoff was writing her original article during the Obama administration, it seems as though the most recent A-11s did not make mention of the PMA when discussing compliance with the GPRA and other congressional requirements. As a matter of fact, the term “President’s Management Agenda” and its related acronym does not appear once in the 2016 A-11. In fact, it did not make any appearance until 2018—when the section on the GPRA Modernization Act was updated to draw that connection to the PMA.
But none of these developments had yet occurred when Pasachoff first wrote about PMAs and the “budget-nexus” lever, which is why her analysis is focused more specifically on the way management initiatives are looped in with budgetary decisions. And in spite of the new references to the PMA in more recent A-11s, Pasachoff’s budget-nexus analysis still stands.
During the Obama administration, the budget connection was abundantly clear. Although the exact term “President’s Management Agenda” made no appearance, Pasachoff noted a clause that stated that budget requests were “more likely to be fully funded”, should they be “grounded” in the “evidence” agenda outlined in Obama’s PMA. Of course, this language has since been removed from the A-11 (by Trump-era initiatives.) But another clause stating that agency budget requests should reflect “efforts and planned action to strengthen management and improve program performance” still stands to this day.
But beyond the A-11, one of the clearest connections between PMAs and the budget lies merely in the fact that many management initiatives are themselves inherently budget-focused. Obama’s evidence goals reflect this in part, but perhaps the greatest example of this comes once again from the Bush administration.
The fifth and final “government-wide” initiative from Bush’s original PMA was “Budget and Performance Integration”. The problem identified was that the government would function “poorly and inefficiently’ so long as budgeting decisions were not made based on “results”. More clearly, the PMA suggested that there was a lack of uniformity, consistency, and rigor in agency self-evaluation at the time. Bush & co argued that correcting this issue was thus the central focus of the president’s management initiatives. The first solution to come from this was a “traffic lights” system of sorts: a list of standards was generated, then agencies were given either a green, yellow, or red rating depending on how many of those criteria were met.
This system eventually evolved into the more well known Program Assessment Rating Tool, or PART system, that gave agencies a numeric score based on apparent performance and results. Given the fact that the entire system was devised as a means of allocating government spending more “efficiently”, the connection to the budget is all but obvious. In his 2007 book explaining the federal budget, Allen Schick made the following comments on PART:
OMB insists that there is no automatic linkage of PART scores and budget decisions. However, it also takes the view that federal dollars should be targeted to programs that can prove they have achieved measurable results. In fact, independent researchers have found that PART scores are correlated with presidential budget decisions. Programs with effective ratings are much more likely to be budgeted for increases than those rated ineffective. But PART scores are a weak influence on congressional decisions, especially when OMB seeks to eliminate programs rated ineffective. [emphasis added]
That means that—as with all of our analysis on OMB’s budgetary preparation process—the nuance lies most prominently in the fact that Congress, and not the executive, is supposed to have the final word on appropriations. To the extent that OMB follows through in apportioning the legally required amounts (an increasingly difficult ask as of 2026), and then to the extent that Congress undercuts the suggestions of the president’s budget requests, the effectiveness of the budget-nexus lever can only stretch so far.
But the above is true of every lever we have talked about across the last five articles of this miniseries. And that’s exactly why it is crucial to understand these levers in conjunction and as a system and not isolated or on their own. The PMA lever only works insofar as OMB has the power to procedurally enforce agency compliance. As this series has already demonstrated, that procedural enforcement only works insofar as OMB can exercise the many other budgetary control levers that we have delved into. Put very simply: no lever on its own can be understood as the end all be all to OMB power. Even as we now wrap up this series, there are likely more mechanisms of control within the office that we have yet to come across.
We hope that this “Seven Levers” rabbit hole has taught readers a thing or two about the scope and significance of the Office of Management and Budget’s powers. You may well still have questions! This series has opened a massive can of worms in terms of concepts, documents, and legal mechanisms, that will each require further exploration and explanation at later dates. For now, though, we conclude this series and you can look forward to us continuing our breakdowns of OMB’s public memoranda for Fiscal Year 2025 (and beyond!)
Stay tuned, as our analysis of OMB has only just begun.
The pattern in the US and Britain is clear. They serve up stunt after stunt to mask incompetence and the betrayal of all those who trusted them
It’s a shame Nigel Farage ducked the announcement of his victory in the Clacton byelection, which confirmed his return as MP for the seat he had needlessly resigned from just a few weeks earlier. You’d have thought he would have loved it. It was the culmination of a stunt, an exercise in politics as performance. It was a display animated by – and seeking to inflame – grievance, a million miles away from the hard, grinding work of tackling the problems that underlie those grievances. It was an attempt to deflect scrutiny, distract attention and evade responsibility. It was, in other words, everything nationalist populists like him excel at. Indeed, the only thing.
Reform UK said Farage stayed away because Essex police had warned of a “credible threat” to his security, a claim swiftly denied by Essex police. (Add a flexible approach to the truth to that list of nationalist populists’ talents.) Still, it was a slightly odd claim to make. Recall Farage’s favoured explanation – there are others – for the undeclared £5m gift he received from the Thailand-based crypto billionaire Christopher Harborne, which prompted the very parliamentary investigation that so riled the Reform leader he felt compelled to quit his seat and seek a preemptive not guilty verdict from the people of Clacton: namely, that he needed the money to pay for private, enhanced security. It seems £5m was not quite enough to ensure the lucky recipient would be safe standing next to a man dressed as a bin.
Jonathan Freedland is a Guardian columnist
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La ministre de l’agriculture Annie Genevard a salué «une victoire pour nos agriculteurs. © Quentin de Groeve/AFP
Trois ans après leur interdiction définitive en France, des néonicotinoïdes sont tout proches de faire leur retour dans les champs. Le Conseil constitutionnel a validé ce vendredi la quasi-totalité des articles de la loi d’urgence agricole, dont le retour controversé de deux puissants pesticides.
Initié par le gouvernement en début d’année suite à une mobilisation des syndicats agricoles majoritaires (FNSEA et Jeunes agriculteurs), ce texte a ensuite été considérablement modifié par les parlementaires. Fin juin, la droite sénatoriale a notamment introduit un amendement réautorisant sous conditions l’acétamipride et le flupyradifurone, deux insecticides interdits en France depuis 2018 (avec des dérogations pour les betteraves jusqu’en 2023).
La loi d’urgence agricole votée par l’Assemblée nationale puis le Sénat en juillet, l’avis rendu ce 14 août par le Conseil constitutionnel clôt un long feuilleton législatif. L’été dernier, les «Sages» avaient partiellement censuré la loi dite «Duplomb» (du nom de son co-auteur, le sénateur Laurent Duplomb), empêchant notamment la réautorisation de plusieurs insecticides interdits (dont l’acétamipride). À la grande satisfaction de la gauche et de nombreuses organisations écologistes et paysannes, qui alertent sur les risques de ces produits pour l’environnement et la santé humaine (notre article).
Le retour de ces substances – notamment réclamé par la FNSEA, les Jeunes agriculteurs ou la Coordination rurale pour faire face à la «concurrence déloyale» des pays voisins, où elles restent autorisées – a cette fois été validé par l’institution. Tout en reconnaissant les «incidences sur la biodiversité» et les «risques pour la santé humaine» de ces pesticides, le Conseil constitutionnel mettent en avant un «motif d’intérêt général» : permettre «à certaines filières agricoles de faire face aux graves dangers qui menacent leurs cultures, afin de préserver leurs capacités de production et de les prémunir de distorsions de concurrence au niveau européen».
La loi permet des dérogations d’un an renouvelables deux fois pour l’utilisation de ces deux pesticides, sur avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Elles seront restreintes à quelques filières (noisettes pour l’acétamipride, betteraves sucrières, pommes et cerises pour le flupyradifurone) et conditionnée à l’existence d’une «menace grave compromettant la production» ainsi qu’à l’absence de «solutions alternatives».
Des garanties jugées cette fois suffisantes par le Conseil constitutionnel, qui soulève toutefois deux réserves. D’abord, l’Anses pourra «restreindre le champ d’application géographique des dérogations en fonction des circonstances locales et de la gravité de la menace pour chaque période concernée». Ensuite, le délai de deux mois laissés par les parlementaires à l’agence pour se prononcer pourrait être «insuffisant» : une absence de décision vaudra alors «refus de la dérogation». L’ONG Générations Futures s’est dit «déçue de cette décision» et annonce se préparer «à aller en justice dans le cas où ces dérogations seraient effectivement accordées après avis de l’Anses».
Le Conseil constitutionnel a également validé plusieurs articles controversés, qui «simplifient» le stockage de l’eau pour l’agriculture, l’exploitation des zones humides ou encore les tirs de loup. La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a salué sur les réseaux sociaux «une victoire pour nos agriculteurs et les avancées qu’ils attendaient», promettant une mise en œuvre de la loi «au plus vite». «En réponse à la crise profonde que traverse l’agriculture française, cette loi apporte des solutions concrètes à nos agricultrices et à nos agriculteurs», a aussi réagi le premier ministre, Sébastien Lecornu.
Seuls deux articles sont censurés sur le fond. L’un transférait aux aménageurs la responsabilité des zones des non-traitement, ces «tampons» en bord de champs censés protéger les riverains des épandages de pesticides : il est considérée par les Sages comme une «atteinte disproportionnée» au droit de propriété. L’autre excluait les non-riverains des procédures d’information et de participation du public aux évaluations environnementales concernant les bâtiments d’élevage : une atteinte au «droit à l’information et à la participation en matière environnementale pour “toute personne”», pointe l’avis du Conseil constitutionnel.
Les «Sages» ont enfin supprimé plusieurs «cavaliers législatifs», trop éloignés du projet de loi initial, qui portaient sur la redevance pour pollutions diffuses, le curage des retenues d’eau, les travaux sur les haies ou encore la pisciculture.
Le samedi 5 septembre à 16h30 rendez-vous au Geyser pour la présentation de la cartographie réactualisée de l'extrême droite en Lorraine.
Cette nouvelle cartographie est le fruit d'un travail de recherche collectif par le RAGE (Réseau Antifasciste du Grand Est).
Collectifs, militant.es, sympathisant.es vous êtes les bienvenu.es pour apprendre sur les groupes et individus implantés sur le territoire lorrain, et pour les combattre !
Carto, affiche, T-shirt, stickerset print à prix libre. ↙️↙️↙️
PC Andrew Harper | Trump’s mistake | Hydration breaks | Climate advice for the government
Why are more people not concerned to uphold the principle that ministers should be kept clear from involvement in individual cases (What could Andy Burnham do to block early release of PC Andrew Harper’s killers?, 10 August)? Do we really want specific imprisonment decisions based on populist pressure?
Mark de Brunner
Burn Bridge, North Yorkshire
• So Donald Trump thinks it would be a “terrible mistake” to get rid of Gianni Infantino (Report, 11 August). Didn’t he say something similar about Viktor Orbán? Maybe he will send JD Vance to help with the re-election campaign – that went well in Hungary.
Michael Crapper
Whitchurch, Hampshire
Rendez-vous le mercredi 26 août à 20h au Geyser – 11 Grande rue, Nancy.
Un film brutal et sincère sur le traumatisme et l'amnésie liés aux violences sexuelles vécues dans l'enfance : « précis dans la caractérisation sociale et la description du quotidien et habile pour nuancer ce réalisme avec des envolées d'onirisme et d'humour ».
Attention, le film traite de sujets sensibles de façon explicite. On vous recommande de venir accompagné·e de quelqu'un·e à qui tenir la main si ces thématiques vous touchent particulièrement !
La projection sera suivie d'un moment de convivialité autour d'une boisson, de grignotages vegans et de musique.
Venez nombreux·ses <33
Goddamnit.
There’s something I can’t get out of my head from Chicago US Attorney Andrew Boutros’ bid to defeat sanctions for his prosecutors’ misconduct.
Much of Boutros’ response to defendants’ bid for discovery, sanctions, and investigation attempts to bolster the excuses AUSA William Hogan offered to Judge April Perry on May 21 to explain why the redactions he made to the grand jury transcripts hid Sheri Mecklenburg’s misconduct before the grand jury.
MR. PARENTE: Too, Judge, again, you repeatedly say there’s only 30 lines. There’s only 30 lines. These gentlemen were sitting here and heard the Court say that and now we find out there are missing pages. I don’t understand how that is not misleading the Court. I understand Mr. Boutros advocating for his AUSAs, but having done the job, if I heard a Judge say, well, there is only 30 lines. I think it’s IT related, what could it be. And I know in my mind what is going on here, how do you not approach the Court?
MR. HOGAN: I’d like to address that. The direction was to give the Court the law on 372 charge and there was a lot of other discussion in the grand jury. And the missing pages also account for the testimony of at least two witnesses. We just didn’t turn over the testimony of one of the agents, for example, or both of the agents, I think.
THE COURT: Mr. Parente still has not seen the transcripts.
MR. HOGAN: There was some IT issues.
MR. PARENTE: I’m sure there were. But these are games that civil attorneys play. This isn’t what someone whose job it is to always do the right thing should do. Again, this was personal, Judge. It was quoted in the paper, “Prosecutors blasted Parente for hysterically speculating about perceived misconduct in what was the normal practice” —
He was just following Judge April Perry’s order, Hogan claimed, providing just the legal instructions on the conspiracy charge. And besides, her misimpression that any withheld materials had to do with technical problems wasn’t entirely baseless. “There was some IT issues,” Hogan claimed.
I’ve already shown that Hogan’s claim he complied with Judge Perry’s instructions (and Boutros’ claim that this is undisputed) is bullshit.
Hogan withheld one of the most important points of instruction, about whether people who walked away from the SUV that had just driven into a peaceful protest could be charged with conspiracy. This was one of the core issues that defendants had raised in their requests for grand jury transcripts, so its redaction is particularly damning. Hogan also withheld an exchange on October 9 about the import of the ICE goon driving into protestors; while it’s a less important legal instruction than the other redacted passage, both Hogan and AUSA Matthew Skiba treated it as legal instruction for the later grand jury hearings.
But Boutros’ attempt to rescue Hogan’s claim that “There was some IT issues,” is problematic for other reasons. As I wrote here, Boutros does cite purported tech issues in his narrative of how the indictment went down. But what he cites as evidence is all over the map. He includes when the court reporter helped Sheri Mecklenburg set up her computer. He includes the grand jury foreperson confirming to Mecklenburg that the orange light indicates her transcript recorder was on. He includes one instance where Matthew Skiba was wrestling with his videos, but not a second one, in the subsequent transcript. And the pièce de résistance, Boutros points to where Mecklenburg says her battery ran out as a technical problem, a fair argument, as far as that goes.
There are two problems with Boutros’ inventory, on top of the fact that there’s no consistency to the things Boutros treats as technical problems. Of the four things Boutros cites as technical problems, several — the one from October 9, and the one right at the beginning of October 16 — would have been invisible to Judge Perry when she first reviewed the transcripts; Hogan redacted those bits. The part of the October 23 transcript where AUSA Skiba again struggles a bit with the video also appears in a redacted section — Skiba, in fact, said he was comfortable with doing the video right before the redaction, in what Perry could see. The clearest reference to technical problems that would have been visible to Judge Perry appears in the October 16 transcript where Skiba says, “Sheri, of course I’m having technical difficulties” before a 12-line redaction, during which the prosecutors discuss the video problems while Mecklenburg gripes about people who left before the ICE witness testified. But that’s just a 12-line redaction. That can’t explain Perry’s misimpression.
A far more important purported technical problem — where Mecklenburg says her battery has run out — does not (based on the publicly released redacted transcript) appear in the redacted transcripts provided to Perry, either, at least as they were subsequently released. But Mecklenburg’s claim her battery ran out should have appeared, even in the redacted transcript. In the since-released unredacted transcript, it is time-stamped to have occurred at 10:11 which, based on that time stamp, should have appeared before testimony broke before lunch on October 16, but which currently appears at the end of the transcript, after testimony (all redacted in the first set) that was time-stamped as having occurred at 3:33. Maybe that passage showed up in what Perry initially reviewed — it would be a reasonable explanation for her belief there were big technical problems — except if so, then the transcript (the 7-minute anomaly I wrote about here) has been doctored.
The Boutros inconsistency I find far more intriguing wouldn’t have shown up in the redacted transcripts, either, and so couldn’t be the explanation for Judge Perry’s misimpression. It also doesn’t show up in the transcripts Boutros references in his court filing, but for a different reason entirely. For his filing, Boutros cites to the docket number of the unredacted transcripts that were released, docket number 219 (October 9), 220 (October 16), and 221 (October 23).
But as far as I see, Boutros never cites to the subsection of FBI Agent Evan Hylton’s October 9 testimony that was released on June 18, nine days after the other transcripts, docket number 230.
Whereas Boutros relies on the sworn testimony of the ICE goon to describe what (the ICE goon claims) happened to him, the US Attorney does not rely on Hylton’s sworn testimony to describe how the investigation proceeded, relying instead on William Hogan’s claims of how it went down. In effect, Boutros’ narrative recreates the original redaction of Hylton’s testimony, hiding — for example — that Mecklenburg and Hylton showed the videos (and individual screen caps of the targets) during the section Boutros studiously avoids mentioning, not “the prosecutors,” plural.
She gave her “summary”— which she reiterated was “not evidence” or “testimony”—before facing technical issues. Id. at 5- 9.
In addition to the Case Agent testifying, the prosecutors played two videos showing different angles of the incident from September 26, 2025. Id. at 14-16. After Case Agent’s testimony, the grand jurors asked factual questions about, for example, Agent A’s interview and his thought process, whether Agent A could have stopped the vehicle, and whether other cars were around. Id. at 11-19. [my emphasis]
This silence speaks volumes.
Boutros makes expansive claims in his filing that there is no evidence of politicization, citing to Judge Perry’s decision on that point before she looked at any transcripts. Yet there’s a good deal of evidence of politicization in the Hylton transcript. In it, Hylton describes not identifying the most culpable people crowding the SUV at Broadview and trying to identify them, but instead finding Kat Abughzaleh’s post from the event and networking out from there.
So let’s go to — in searching the internet, did law enforcement find that an individual using the name Kat Abughazaleh —
MS. MECKLENBURG: And I’ll give you the spelling, court reporter, before I go.
BY MS. MECKLENBURG: Q. had posted a video of the incident on her social media?
A. Yes.
Q. And when you looked further at this individual’s social media, did law enforcement discover that she had posted a different video from the Broadview facility the morning of the incident before it started?
A. Yes.
Q. Was that posted on her own social media, in fact, her Instagram channel?
Hylton’s testimony is pretty damning to Boutros’ claim there was not politicization, because a whole bunch of right wingers RTed the Abughazaleh post described in that testimony. Mike Davis, who is reported to be close to Todd Blanche’s fixer, Aakash Singh (the guy whom Boutros is trying to protect by invoking Trump v. US), even RTed it and @ed Andrew Boutros, ordering him to prosecute Abughazaleh and her “co-conspirators.”

FBI Agent Hylton’s testimony is perfectly consistent with having done just that — having done just what private citizen and far right nutjob Mike Davis ordered Boutros to do. He took Abughazaleh’s post, investigated the protest with her as a focal point, and then Mecklenburg charged them with a conspiracy, in spite of the fact that some or most of them walked away after the SUV drove into them.
Hylton’s testimony is all the more damning given a confession in Boutros’ filing. Having told one of the defense attorneys that he had no communications about what to charge, Boutros backtracks somewhat, stating that no one told him what investigative steps to take or what charges to file, a confession that could be consistent with acting on Davis’ tweeted order. After denying following orders in pursuing this prosecution, Boutros explains that — just a day after Aakash Singh buddy Mike Davis ordered him, Andrew Boutros, to charge Abughazaleh and her “co-conspirators,” — there was a virtual meeting on September 27 attended by people from Main Justice and his office (and another office on the West Coast), where “a public video” from Broadview was played.
15 On July 15, 2026, counsel for one of the former Defendants sent an email to the U.S. Attorney’s Office asking whether the Office “still stands” behind its assertion that there were “no communications” “with anyone outside the USAO” regarding “who and what to charge” or its “investigatory or charging decisions.” R. 110 at 3 (bold in original, italics added). The Front Office is not aware of any communications in which it took direction from anyone outside the U.S. Attorney’s Office regarding its decisions as to what investigatory steps the local prosecution team would take or who the local prosecution team would charge when prosecutors went into the grand jury to indict this case. Out of an abundance of caution, the Office notes there was a virtual meeting on September 27, 2025, among Main Justice lawyers, the Chicago U.S. Attorney’s Office, lawyers from at least one other U.S. Attorney’s Office on the West Coast, and many federal law enforcement agencies where the September 26 “Broadview” incident was mentioned (and a public video played) as part of a broader discussion of incidents and conduct against ICE during that time. To the Front Office’s knowledge, the virtual meeting did not mention the identity or political affiliation of any person. It was only later when Chicago FBI agents assigned to the case began investigating the matter that the Office learned the identity of some of the people involved in the incident. Moreover, as would be expected in the normal course, there were discussions between the Office and Main Justice regarding such things as case updates, especially given the publicity the case generated after it had been charged. These privileged discussions are not only permitted but are contemplated. See supra 19; In re United States, 398 F.3d at 618 (“How the United States reaches its litigating positions, who said what to whom within the prosecutor’s office, and so on, are for the Attorney General and the President to evaluate. The Judicial Branch is limited to assessing counsel’s public deeds.”). [my emphasis]
Then, just days later on September 30, Hylton started investigating by networking out to people with some digital tie to Abughazaleh, rather than trying to identify the people who genuinely obstructed the SUV. Hylton did not let the evidence drive the investigation but instead let Abughazaleh’s network do so.
Q. It does. Are these videos — are these videos that law enforcement obtained from public sources?
A. Yes, they are.
Q. So, in other words, people posted these videos and that’s how law enforcement was able to get them, right?
A. That is correct.
Q. Were they posted and/or tagged by people who have identified themselves or law enforcement has identified as being present during the September incident?
A. Yes.
Q. And by other people as well?
A. Yes.
That’s part of what Boutros avoids comment on by exercising his right to remain silent about Hylton’s testimony. The other part, as I said, involves the most interesting technical difficulties.
As I noted here, Boutros implies that the very first technical problems appeared on pages 5 to 9 of the October 9 transcript.
He cites a five page passage, from page 5 to page 9. But the only thing that obviously reflects a technical issue — besides Mecklenburg waiting before she turned on her own computer — is an exchange on page 9 where the court reporter interrupts to help Mecklenburg plug in and turn on her own computer.
THE COURT REPORTER: I will just activate your computer. Set it up real quick.
There is a USB behind the monitor.
MS. MECKLENBURG: I think this is going to work. We’ll find out. Okay.
That’s the sum total of any claimed technical difference in that first appearance, the court reporter helping Mecklenburg set up her own computer. There were sixteen pages redacted.
In fact, that single page of technical difficulty — if you can claim that turning on your own computer is a technical difficulty — continues well into the Hylton testimony, the transcript Boutros doesn’t cite, so he should have cited that other transcript too.
It starts when Mecklenburg explains the reason she would go onto have technical difficulties, the reason why she didn’t know you could just plug your computer into the USB cord.
“I don’t usually bring my computer.”
So I’m going to make sure my computer is up, you know I don’t usually bring my computer, and get it going. You want to get — do you want to get him?
[snip]
Okay. Let’s see what I got. You know this makes me very concerned. This is what I was worried about. Nothing is coming — my documents won’t come up. I might have to do it from the agent or — I can’t get anything.
Unbelievable. Let’s see if this will work. I have it on a disk, which doesn’t play as well, but we’ll all have to get through it, and I will get right to you, agent. Okay.
THE COURT REPORTER: I will just activate your computer. Set it up real quick. There is a USB behind the monitor.
MS. MECKLENBURG: I think this is going to work. We’ll find out. Okay.
Something led Mecklenburg to do something different, do a grand jury presentation from her computer as opposed to (I assume) Elmo, what prosecutors generally use in trials.
The beginning of Hylton’s testimony starts normally enough: he briefly describes his background, explains his supervisor ordered him to investigate the Broadview 6 incident, and Mecklenburg makes him explain how he knows what he’ll testify to.
Then, she has him attest to video.
Q. Have you viewed the video that had been marked as Incident — that have been marked as Government — Grand Jury Exhibit Video Passenger Side and Front and Grand Jury Exhibit Video Driver’s Side and Front.
She then introduces a thumb drive that has the exhibits for the presentation, the exhibits Hylton has just walked over from the FBI.
You and I have gone over the exhibits for today, correct?
A That is correct.
Q. And those exhibits have been put on a stick that we’re using that has been marked as Grand Jury Exhibit 1, right?
(Document marked as Grand Jury Exhibit No. 1 for identification.)
BY THE WITNESS:
A. Yes.
BY MS. MECKLENBURG: Q. And are those exhibits – were you able to see that those exhibits were just carried right over from evidence that was provided by the FBI?
A. Yes.
Referring back to the main transcript, that “stick” is the sole exhibit introduced that day.
As Sheri Mecklenburg started to present the two videos used with the grand jury on October 9 — the two main videos used with the grand jury — she complains that she can’t get the videos working.
And then, having just admitted that “I don’t usually bring my computer” and having Hylton validate the evidence on a stick, she describes she’s actually running the presentation from the E-drive, or maybe a stick.
MS. MECKLENBURG: So I’m going to play these straight through. One is pretty short and the other a little longer, but I want you first to see what happened. Then we’ll go through when we identify people slow and snip bits, and I will point them out. So I will just play it for you.
At least I hope I am. It’s not going to work. I didn’t think so. If this doesn’t play, I’ll have you pull up your computer and do it. Let’s not fool around. We’re running out time.. Can you play the two videos for us?
Because it’s on the E drive and not my computer.
I’m sorry. Hang on. Don’t play it yet. It’s my fault. It’s on the E drive. It’s on the stick. I forgot. I don’t have a mouse here. So it’s taking me a little bit. There we go. This should do it. Okay.
This, one of the most extended instances of technical difficulty in any transcript, reveals Mecklenburg may have been using some other presentation than the one on the thumb drive, the one introduced into evidence, by accessing the E-drive from the computer that she (unusually) brought with her to the grand jury.
And that matters, because Mecklenburg showed photos and videos that were not obviously introduced into evidence, not by exhibit number, and not by video reference.
In the first part of Mecklenburg’s colloquy with Hylton, she formally introduces into evidence the same exhibits she later has the ICE goon introduce on October 23, which are reflected in the table of contents for that later appearance. She describes entering exhibits 13, 15, 16, 18, 36, 41, 42, 48, 49, 38, 39, 44 into evidence. (As compared to what she showed two weeks later, she seems to skip photos 17 and 38).
But then later, she introduces things — including what sounds like the video Abughazaleh posted, the one a bunch of right wingers, including Aakash Singh buddy Mike Davis, RTed, demanding charges — that she does not introduce as evidence, but instead sometimes references by page number.
Q. Yes. Okay. Let’s take a look, — is this the video that law enforcement observed of Kat Abughazaleh on her Instagram account?
A. Yes.
Q. And did that – is that the video where she said she was at 25th and Harvard?
A. Yes.
Q. And is this an accurate picture that you know of of Kat Abughazaleh?
A. Yes.
Q. I’ll play it. It’s only a few seconds. (Whereupon, a video was played.)
BY MS. MECKLENBURG: Q. Did law enforcement find additional known videos of Kat Abughazaleh?
A. Yes.
Q. I’m going to go to page 45. And I am showing you what on page ·· I’m looking at what is the comparison photos, page 4, and then I’m going to show you.one on page 5, which is from the video, and ask you if those are known photos of Kat Abughazaleh?
A. Yes.
Mecklenburg describes “law enforcement” “posting” stills from the video.
Q. Did law enforcement recognize Kat Abughazaleh as an individual who appeared the video of the incident?
A. Yes.
Q. Did law enforcement then post stills of Ms. Abughazaleh from her video? A. Yes.
Q. I’m sorry. Let me back up. From the video of the incident?
A. That is correct.
She even misstates at one point, suggesting law enforcement posted about it rather than Abughazaleh, before correcting herself.
Q. Did law enforcement – did Ms. Abughazaleh also post on her social media that she was part of the incident on September 26, 2025?
A. She did.
Q. And I’m going to show you now a posting. This was found on her social media oops. Sorry.
On her own social media, correct?
Again, none of these photos or social media posts are introduced into evidence as exhibits like the photo — Exhibit 39 — of the word “PIG” allegedly scratched onto the back of the vehicle, nor do I see where she introduced her presentation as a whole (though she does explain the typos in Michael Rabbitt’s and Brian Straw’s names are due to the fact that she wrote it late the night before).
And it continues, with one after another of Mecklenburg’s targets, descriptions of posts and photos and press conferences, none of which are individually introduced as exhibits.
There may be twenty pieces of evidence Mecklenburg relies on, which show how these targets were chosen not because they were culpable in obstructing this SUV that drove into them, but because they had a tie to Kat Abughazaleh or spoke out against the SUV incident. She even describes how Joselyn Walsh was identified by Googling “guitar girl Broadview ICE,” which would bring you to this Facebook post, describing how a rubber bullet went through Walsh’s guitar and hit her in her leg.

This was Hylton’s explanation, as elicited by Mecklenburg, as to how Walsh got charged: someone knew to Google for a post about her complaints of being shot.
DOJ dropped charges against Walsh in March, before abandoning the rest of the charges.
I see no record any of this was ever introduced as evidence.
We’ve been assuming that William Hogan redacted these transcripts to hide Mecklenburg’s misconduct … and no doubt that was part of it.
But what if he redacted them to hide the politicization? What if the “IT issues” he was trying to hide were the difficulties Mecklenburg narrated in real time, switching back and forth from the thumb drive, which was entered into evidence, and whatever she presented from her E-drive, which was not?
There are a few more data points to suggest that William Hogan was corruptly trying to hide this colloquy in addition to all Mecklenburg’s other misconduct. They started to flip out, in escalating steps, when she asked for exhibits, not just transcripts.
As I’ve laid out, Boutros claims that he and his prosecutors were responding to the order that Judge Perry first gave on April 9. That invited prosecutors to submit, ex parte, just “relevant portions” of the transcripts.
To the extent the Government does not object to an ex parte in camera review of the transcripts, the relevant portions of the transcripts as outlined in the motion may be provided to the Court by 4/20/2026 in lieu of a written response.
The government asked for and got an extension — to, they claim, obtain the transcripts. In that request, they emphasize this will just be portions of the transcripts (remember, the first one was sent to Boutros in real time).
The UNITED STATES OF AMERICA, by its attorney, ANDREW S. BOUTROS, United States Attorney for the Northern District of Illinois, respectfully submits this unopposed motion for an extension of time until April 23, 2026, to provide the relevant portions of the grand jury transcripts to the Court for an in camera review.
[snip]
This extension will allow the government the opportunity to obtain all relevant transcripts to provide the Court, which it has been seeking to obtain. [my emphasis]
When DOJ submitted the transcripts, they claimed to be submitting all three transcripts, even while emphasizing, again, they were ordered just to provide “the relevant portions of the transcripts.” (As I’ve shown, they did not do so.) But then, having reviewed the redacted transcripts, Perry instructed the government to bring unredacted copies to the next in-person hearing. In granting that request, Judge Perry ordered something different: she ordered them to bring presentations, as well.
MINUTE entry before the Honorable April M. Perry: The Government’s motion to file grand jury transcripts under seal [128] is granted. This matter is set for a hearing 4/29/2026 at 10:30 a.m. in person in Courtroom 1725. The Government is asked to bring to the hearing fully un−redacted versions of the transcripts it has filed under seal (which currently contain redactions within the colloquy portions) as well as a copy of any presentation(s) or document(s) shown to the grand jurors summarizing the law. Mailed notice.
Read narrowly, such an order would only implicate the presentation Skiba did for the second and third grand jury session. That would have shown Skiba to be a raging MAGAt because of the way he relied on a totally inapt precedent only a frothy Trump supporter would know about. Read broadly, though, that would require bringing whatever Mecklenburg had on her E-drive, the social media posts showing this prosecution arose out of an attempt to target Abughazaleh.
That’s when DOJ decided to dismiss the felony conspiracy charge in an attempt to moot the request. When Chris Parente asked Hogan if he would bring the transcripts to that hearing, even though he claimed to be planning to dismiss the charges, Hogan refused.

The mootness argument did work, for about a day. But then the defense asked for the transcripts again because Hogan seemed so determined to keep them under wraps. This request asked for the transcripts and focused on the instruction, but it also asked for any “documents shown to the grand jury,” which again, might or might not include the stuff Mecklenburg had on her E-drive.
Moreover, given the government’s constantly shifting theories regarding the conspiracy charged in Count One and the Court’s order requiring production of the unredacted grand jury transcripts and, perhaps more importantly, the instructions of the law and documents shown to the grand jury regarding the law, the government’s tactic of bringing a superseding information but not immediately dismissing the indictment appears to evade the Court’s order and withhold the grand jury transcripts that the defense and, in many respects, the public at large have a compelling interest to see.
On May 18, Judge Perry ordered the government to give her the unredacted transcripts. That’s what led to the dramatic May 21 hearing where she revealed Mecklenburg’s vouching and conflicts with the jurors.
Chris Parente filed an emergency motion to preserve everything. He posted Hogan’s email (screen capped above) refusing to bring transcripts to the April 29 hearing, where he sought, and succeeded, in temporarily mooting the question of grand jury transcripts. Diane MacArthur, perhaps the one Chicago AUSA everyone involved still trusts, filed a notice of appearance and responded by saying that defendants no longer had standing to demand such things, and besides, everything would be preserved under the Federal Records Act. Terence Campbell, Andrew Martin’s attorney, replied basically saying, whoa, that was a remarkably touchy response … makes me want transcripts even more!
With each response, DOJ acted more and more paranoid.
At a hearing on May 26, MacArthur showed up and argued that DOJ was retaining a sufficient scope of materials to litigate this further.
When Tuesday’s hearing began, MacArthur told the judge she’d be handling the case from here on out.
“Thank you for volunteering as tribute,” Perry told MacArthur when court began.
MacArthur is a longtime, well-regarded veteran of the U.S. attorney’s office. She participated in the trials of former Illinois House Speaker Michael J. Madigan and ex-Chicago Ald. Edward M. Burke, which both ended with convictions for the once-powerful politicians.
Perry called Tuesday’s hearing to consider a request from Straw that she order prosecutors to preserve communications related to the grand jury proceedings.
Though prosecutors officially opposed such an order, MacArthur explained Boutros’ office had already taken multiple steps to preserve records from the case. She said a “litigation hold” was sought Saturday at the national Executive Office for U.S. Attorneys.
She said that triggered an indefinite hold on text messages, documents and notes relating to the grand jury and the decision by previous prosecutors to redact transcripts from the proceedings.
MacArthur said the hold applies to all former prosecutors on the “Broadview Six” case as well as three top leaders in Boutros’ office.
However, when defense attorneys sought an order from Perry that would have gone further — covering agents in the case — she told them she had questions about their ability to participate in the case going forward.
Based on the representations of MacArthur, Judge Perry denied the request for a preservation order.
And despite her representations that she would be handling the case going forward, that was the last that MacArthur has shown up in the docket. Days later, a guy who moved to Chicago from Indiana, Nathaniel Whalen, filed his notice of appearance, and he’s the only person besides Boutros on the attempt to evade sanctions.
And that’s when, having first exploited the credibility of the last trustworthy AUSA to defeat a motion to preserve and then dropping her from this team, Boutros invoked Trump v US specifically in his argument that the Broadview 6 are not entitled to discovery.
I don’t doubt there is far more than Boutros is trying to bury than why Mecklenburg entered a thumb drive into evidence then proceeded to rely on a file on her E-drive.
I suspect the communications between Mike Davis and Aakash Singh, by themselves, would display the malice behind this procesution.
But Andrew Boutros’ attempt to distract Judge April Perry by pointing to an orange light shining on Sheri Mecklenburg’s computer should only focus more attention on the tech difficulty he ignored, buried amid the evidence showing the selectivity of this prosecution: The E-drive never admitted into evidence.
The post Sheri Mecklenburg’s Tech Troubles: “It’s on the E drive. It’s on the stick.” appeared first on emptywheel.

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L'institution avait été saisie le 24 juillet par des députés écologistes, socialistes et insoumis, après l'adoption définitive du texte par les parlementaires. Ils dénonçaient notamment le retour de ces produits néonicotinoïdes, dont l'incidence (…)
Cette brochure provient d'infokiosques.net.
page 2 : C'est quoi ?
page 2 : Ça vient d'où ?
page 4 : Comment se passe la verbalisation ? page 7 : La contestation en pratique page 11 : Suites de la contestation page 11 : Résister collectivement à l'AFD page 12 : Sources
Gaffe aux apparences : l'amende forfaitaire délictuelle n'est pas une simple amende.
Au moment où les flics nous la collent, on ne se rend souvent pas compte de la différence, jusqu''à ce qu'on reçoive l'avis et qu'on tique sur la somme demandée. Ou pire : qu'on se voit prélever direct sur notre compte bancaire.
Pas une simple amende car :
• elle punit un DÉLIT
• elle entraîne une inscription au casier (bulletins 1 et 2 si on ne la paye pas dans les temps)
• les sommes sont souvent de l'ordre de 800-900€ et peuvent aller jusqu'à 3000€
• elle ne peut pas être contestée comme une amende « classique » (voir p.7)
ça vient d'où ?
On rétropédale sur les dernières années au gré des lois qui ont renforcé l'arsenal répressif pour vous expliquer d'où ça vient ! Et comment elle a été pensé comme un outil de harcèlement financier des quartiers populaires et devient un nouvel outil répressif des mouvements sociaux. Initialement l'amende forfaitaire c'est fait pour désengorger les tribunaux et ça concerne surtout des délits routiers (conduite sans assurance ou sans permis).
En 2019, son champ de compétence est élargi au domaine social, avec en 1er lieu dans le collimateur, comme toujours, les quartiers populaires. Deux délits en particulier servent cet objectif de répression des populations marginalisées : l'occupation illicite en réunion des espaces communs d'un immeuble d'habitation et surtout l'usage de stupéfiants. On pense aussi au délit d'installation illicite sur un terrain qui vise très spécifiquement à réprimer la communauté des voyageur-euses, et qui servira aussi pour les ZAD.
L'AFD sert donc les politiques discriminatoires et de contrôle social, et ce d'autant plus qu'elle ne repose que sur la parole d'un flic consignée dans un procès verbal et ne laisse en pratique que peu de droit au recours. L'idée n'est plus seulement de désengorger mais d'apporter une réponse pénale « immédiate et effective ». Punir !
En 2023, après l'énorme mouvement des Gilets Jaunes, le pouvoir se dit qu'il est grand temps de s'en servir contre les mouvements sociaux et étend encore son domaine. Sont concernés désormais les délits de : filouterie de carburant, destruction ou dégradation d'un bien, tags, détention ou usage de fumigène, intrusion dans un établissement scolaire, atteintes à la circulation des trains, entrée illicite sur un terrain de sport, port d'arme de la catégorie D sans motif légitime, vol à l'étalage ( loi du 24 janvier 2023).
La liste n'est pas exhaustive (lien de la liste complète : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/ bo/2023/20230228/JUSD2303546C-annexe.pdf) mais on voit très bien à travers ces exemples comment l'AFD peut être utilisée pour casser les contestations sociales.
Aujourd'hui, on constate de nombreuses délivrances d'AFD sur les dernières mobilisations, notamment le mouvement « Bloquons tout » du 10 septembre. Le précédent des GJ et l'occupation des ronds-points ont donné des idées : le délit d'entrave à la circulation peut être utilisé pour tout type de blocage routier (péage, rond-point, périph etc.). À coup de 900 balles pris dans les poches des pauvres, c'est sûr, ça va être dissuasif.
Dans les faits, le moment où on se prend la prune a toutes les apparences d'une situation banale de verbalisation. Cependant deux ou trois détails peuvent nous faire tiquer et nous amener à adopter des stratégies différentes, déjà pour être sûr.es du type de sanction qu'on est en train de subir.
Qui décide de l'AFD ?
Elle est délivrée par un policier (police nationale) ou gendarme qui « constate l'infraction ». À noter que ça ne peut pas être donnée par la municipale. Ça ne peut pas être donné non plus à une personne mineure.
Résister au moment du contrôle
1. La procédure est censée s'appliquer que si la personne accepte le principe d'une verbalisation et reconnaît les faits. En théorie, il est donc possible de refuser une Amende Forfaitaire Délictuelle et le refus de la signer devrait en être une preuve. En pratique, les flics mettent la pression et te font parfois signer des papiers sans dire ce que c'est.
Refuser une AFD c'est prendre le risque d'être emmené.e en GAV ou d'être convoqué.e à un procès ultérieurement, même si dans les faits les AFD ont été créées pour punir des infractions auparavant peu punies car les dossiers étaient vides et la justice trop engorgée. Ça peut donc valoir le coup de tenter de résister à cette procédure en tentant de refuser de signer !
Par ailleurs, c'est une procédure qui ne repose que sur la parole du flic consignée dans son procès verbal. Il peut donc faire de fausses accusations sans risquer de répercussions.
Des personnes ont reçu une AFD pour « usage de stupéfiant » alors qu'elles ne possédaient que du CBD sur elles [1]. Ou encore il y a eu des personnes verbalisées pour « port d'armes de catégorie D » alors qu'elles revenaient de pique-nique avec un petit couteau.
2. L'agent ne peut pas non plus donner d'AFD si plusieurs infractions sont constatées simultanément dont au moins une ne peut faire l'objet d'une procédure d'AFD. De même, cette procédure n'est pas censé être possible s'il y a besoin de plusieurs PV pour caractériser l'infraction.
Exemple : pour prouver le vol, il y a besoin de joindre vidéos/photos de la caméra de surveillance au dossier.
Comme il s'agit d'une procédure à PV unique, il est possible de tester une stratégie pour éviter l'AFD pour stup : a priori si tu refuses la destruction de la drogue saisie, les flics seront obligés de la garder en tant que scellés et donc d'ouvrir une enquête. Là encore, ça dépend de leur respect du droit et de la procédure, ce qui est loin d'être garanti...
Quelques autres pistes à vérifier
– Il semblerait que les flics aient besoin d'une tablette et smartphone Neo [2] pour éditer une AFD (ils en ont pas encore tous). <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH283/afd_1-79fff.png?1785939006>
Un policier utilise son téléphone NEO pour contrôler une identité avec la reconnaissance faciale.
– Si tu refuses de payer l'AFD immédiatement, les flics sont censés devoir te l'envoyer par courrier (note). En théorie, ca signifie qu'ils sont sensés ne pas pouvoir mettre d'AFD aux personnes ne disposant pas d'adresse. En pratique, les flics pourraient très bien en inventer une, donc pas sur que ça marche mais c'est possible de tester de refuser de déclarer une adresse au moment du contrôle.
(!) Le fait de donner une fausse adresse entraîne simplement la non-réception de l'avis d'AFD et n'empêche pas sa validité, voire même augmente les risques de l'avoir majorée... D'ailleurs les flics se fichent souvent de bien noter ton adresse et ont tendance à eux-mêmes faire des erreurs. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L426xH323/afd_2-1e9f7.png?1785939006>
Modèles de tablette et de téléphone NEO que les flics utilisent.
On verra plus bas qu'il arrive souvent de se rendre compte d'une AFD en étant directement prélevé.e sur le compte bancaire...
Dans tous les cas, on vous conseille de ne pas accepter de payer l'amende lors du contrôle quand les flics vous le proposent !
Casier
L'amende forfaitaire délictuelle entraîne une inscription au bulletin n°1 du casier judiciaire pendant une durée de 3 ans à compter du règlement de l'AFD mais pas au bulletin n°2 du casier judiciaire dès lors qu'elle a été réglée (le bulletin n°2 ou B2 est celui accessible à certains employeurs (travail dans le public ou avec des enfants globalement). La procédure de l'AFD entraîne également une inscription au fichier de Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ), c'est un fichier consulté par les flics (de la nationale) à chaque contrôle d'identité ou passage au commissariat. 6
<https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH531/afd_3-12186.png?1785939006>
La contestation en pratique
Pour le moment, on a peu de retours de contestations d'AFD, les personnes concernées sont au début des procédures et on imagine aisément que cela peut prendre au moins autant voire plus de temps qu'une contestation d'amende « classique ». Donc on s'attend à devoir attendre 6 mois/1 an pour avoir plus de retours.
2 cas de figures :
1. ON REÇOIT LE COURRIER
Si la contestation a lieu après avoir reçu le 1er courrier, on l'appelle alors « requête en exonération » :
• on a 45 jours
• on doit la formuler par lettre recommandée avec accusé de réception au ministère public (l'adresse se trouve dans l'encadré réservé à la contestation : Service de traitement des AFD à Rennes) ou sur le site de l'ANTAI
• on doit y joindre l'original de l'avis de contravention
• on doit motiver notre demande, c'est-à-dire expliquer pourquoi on conteste
• on doit consigner la somme sinon notre requête sera irrecevable. Le montant de la consignation dépend de l'infraction retenue.
(!) Consigner la somme n'est pas comme payer l'amende même si financièrement, sur notre compte c'est la même.
Mais attention : si on confond les 2 et qu'on paye l'amende par la voie de paiement, même partiellement, il n'est plus possible de la contester.
Si la requête n'est pas acceptée, on reçoit un avis d'amende forfaitaire majorée. On peut continuer à contester.
La contestation s'appelera alors une « réclamation » :
• on a 30 jours
• on doit la formuler par lettre recommandée avec accusé de réception au ministère public (l'adresse se trouve dans l'encadré réservé à la contestation : Service de traitement des AFD à Rennes) ou sur le site de l'ANTAI
• on doit y joindre l'original de l'avis d'amende forfaitaire majorée
• on doit motiver notre demande, c'est-à-dire expliquer pourquoi on conteste
2. ON N'A RIEN REÇU ET ON EST/VA ÊTRE PRÉLEVÉ.E
Mais parfois on n'a jamais reçu le 1er courrier et on découvre qu'on s'est pris.e une amende forfaitaire délictuelle au moment du prélèvement sur notre compte.
En effet si rien n'est fait dans les 30 jours suivant la majoration, il y émission d'un titre exécutoire qui permet de prélever directement sur les salaires / livrets d'épargne / comptes courants… (cf. conditions d'insolvabilité).
C'est ce qu'on appelle le recouvrement forcé.
L'amende est alors inscrite au casier judiciaire, aussi bien sur le bulletin n°1 que sur le bulletin n°2.
La banque est sommée de le faire mais elle doit aussi logiquement nous informer qu'une telle saisie est en cours. Bien sûr, la banque prend au passage des frais bancaires...
Tips pour s'éviter un prélèvement sauvage de l'État :
Si on laisse sur un compte courant moins ou l'équivalent d'un RSA seulement, l'état ne peut pas prélever d'argent dessus. Certaines personnes prévoient donc de retirer en espèce leur RSA le jour où il arrive sur le compte pour limiter les risques de saisie.
Si on reçoit un avis de prélèvement à venir, ça s'appelle « saisie administrative à tiers détenteur » (SATD), il faut :
• aller à sa banque dire qu'on s'oppose au prélèvement et doubler cela avec un envoi en lettre recommandée avec accusé réception à la banque pour dire qu'on est en procédure de contestation de l'amende.
• aller au centre du Trésor Public dont on dépend et demander un bordereau de situation (voir exemple sur l'image plus bas).
Ce bordereau correspond au relevé de toutes les prunes qu'on pourrait avoir sur le dos (contraventions simples et forfaitaires délictuelles). Il nous permet d'entrer en voie de contestation pour chaque cas où on n'a pas été averti.e et où nous n'avons pas pu contester, voire parfois même pour des cas où on a contesté mais pour lesquels on n'a jamais reçu de réponse. C'est important d'avoir gardé tous les éléments de preuve de nos contestations si on en a faites. Ils seront utiles à ce moment-là. <https://infokiosques.net/IMG/png/afd_4.png>
Il est fréquent de ne pas avoir été mis.e au courant d'une prune (simple ou forfaitaire délictuelle) car les envois sont en courrier simple. C'est donc un argument de très bonne foi de dire qu'on n'a jamais reçu l'amende. Rien ne le prouve ! Et demander la preuve de l'envoi peut être un moyen de les faire abandonner.
Qu'on ait déjà été prélevé.e ou pas, on peut toujours contester la procédure !
N'oublions jamais de tout faire par lettre recommandée avec avis de réception.
Et côté bancaire, si la banque nous a pris des frais, on peut aussi faire pression pour qu'elle nous les rembourse, en mettant en avant la contestation de l'amende et même si on n'a reçu aucune nouvelle suite à cette contestation.
Exemples de formulations pour la banque partant d'un cas concret de saisie à tiers détenteur :
Dans un 1er temps, la personne a écrit à sa banque qu'elle était en procédure et que par conséquent, tant que la procédure était en cours, ses voies de recours n'étaient pas épuisées et qu'ils n'étaient pas en droit de la prélever.
Au bout d'un an, et sans nouvelles de sa contestation, la personne a ré-écrit à sa banque pour dire que la procédure était prescrite et qu'ils devaient lui recréditer son compte, frais bancaires inclus (dans son cas ils étaient équivalent à 10% de sa prune). La personne a récupéré sa thune.
Suites de la contestation
Si la contestation d'une AFD est jugée recevable, le dossier est renvoyé au procureur de la république qui peut décider de classer sans suite ou ouvrir une enquête (ces amendes reposant seulement sur le PV d'un flic, les dossiers sont minces et il y a alors de fortes chances de classement sans suite !)
Si le parquet/ministère public décide quand même d'une enquête, il peut vous délivrer une citation à comparaître (donc un procès), une convocation pour CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité), une convoc pour recevoir une ordonnance pénale… Dans tous les cas, contactez une legal team pour faire face à cette procédure judiciaire et vous faire épauler d'un.e avocat.e.
Récidive ?
En principe, le fait de déjà avoir fait l'objet d'une AFD pour une infraction, suppose qu'on ne peut pas en « bénéficier » une deuxième fois. Il y a des exceptions comme pour le délit d'usage de stup ou de vol à l'étalage.
Demande de signalétique suite à une AFD
Il est possible de recevoir une convocation au commissariat à la suite d'une AFD pour aller faire un relevé de signalétique, c'est-à-dire se faire prendre en photo et relever les empreintes digitales, ensuite consignées dans le TAJ et le Fichier des empreintes digitales (FAED). Ces données sont ensuite systématiquement mobilisées lors de prochaines enquêtes à titre de comparaison (reconnaissance faciale à partir d'images de vidéo-surveillance, relevé d'empreinte sur un objet saisi, etc.). Il est possible de ne pas se rendre à la convocation, a priori on risque juste de se faire solliciter un relevé de signalétique à un prochain contrôle. Ne pas s'y rendre volontairement met un bâton dans les roues de la machine à ficher étatique...
Résister collectivement à l'AFD
Cette procédure toute nouvelle est encore peu connue par les avocat-es et collectifs anti-rep, et surtout elle isole beaucoup les personnes visées. Alors si toi ou un-e proche avez reçu une AFD, avez tenté d'y résister ou de contester, n'hésitez pas à en parler autour de vous et au collectif antirep proche de chez vous....
Pour rappel, liste (non-exhaustive) de collectifs antirep en fRance : https://rajcollective.noblogs.org/les-collectifs-locaux/
Appel à témoignages !
Vous pouvez aussi nous envoyer des témoignages écrits, des retours sur la brochure ou des questions sur temoignages-afd@systemli.org Les témoignages nous aident à ajuster nos conseils et stratégies de défenses face aux flics et à la justice... Ils ne seront pas diffusés sauf accord de son auteurice et restent anonymisés.
Protégeons-nous les un-es les autres face à cette matraque financière au service de la gentrification et de la répression des personnes marginalisées.
• Liste complète des infractions punies par AFD et montant des amendes : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/bo/2023/20230228/JUSD2303546C-annexe.pdf
• Les institutions aussi critiquent l'AFD : 1 ) https://www.syndicat-magistrature.fr/notre-action/justice-penale/2499-l-extension-du-domaine-de-l-amende-forfaitaire-delictuelle-une-bascule-irresponsable-et-des-plus-dangereuses/
4 ) hhttps://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-05/rapport_mission_urgence_dejudiciarisation.pdf (p.19-20)
• Projet de loi police municipale : https://www.laquadrature.net/2026/03/06/projet-de-loi-polices-municipales-blanc-seing-pour-la-technopolice-municipale/
• Contester une contravention : https://paris-luttes.info/contre-la-matraque-financiere-15653
• Pour plus d'infos sur l'antirépression : https://rajcollective.noblogs.org/ressources-juridiques/ Voir en ligne : Paris luttes info
[1] Si ça vous arrive, on vous conseille d'autant plus de contester. Cette pratique courante des flics commence à être dénonçée car un test devrait avoir lieu avant la verbalisation, ce qui n'est presque jamais le cas. Cf. : https://www.mediapart.fr/journal/france/160426/la-cour-des-comptes-tire-un-bilan-severedes-amendes-forfaitaires-delictuelles
Cette brochure provient d'infokiosques.net.
page 2 : C'est quoi ?
page 2 : Ça vient d'où ?
page 4 : Comment se passe la verbalisation ? page 7 : La contestation en pratique page 11 : Suites de la contestation page 11 : Résister collectivement à l'AFD page 12 : Sources
Gaffe aux apparences : l'amende forfaitaire délictuelle n'est pas une simple amende.
Au moment où les flics nous la collent, on ne se rend souvent pas compte de la différence, jusqu''à ce qu'on reçoive l'avis et qu'on tique sur la somme demandée. Ou pire : qu'on se voit prélever direct sur notre compte bancaire.
Pas une simple amende car :
• elle punit un DÉLIT
• elle entraîne une inscription au casier (bulletins 1 et 2 si on ne la paye pas dans les temps)
• les sommes sont souvent de l'ordre de 800-900€ et peuvent aller jusqu'à 3000€
• elle ne peut pas être contestée comme une amende « classique » (voir p.7)
ça vient d'où ?
On rétropédale sur les dernières années au gré des lois qui ont renforcé l'arsenal répressif pour vous expliquer d'où ça vient ! Et comment elle a été pensé comme un outil de harcèlement financier des quartiers populaires et devient un nouvel outil répressif des mouvements sociaux. Initialement l'amende forfaitaire c'est fait pour désengorger les tribunaux et ça concerne surtout des délits routiers (conduite sans assurance ou sans permis).
En 2019, son champ de compétence est élargi au domaine social, avec en 1er lieu dans le collimateur, comme toujours, les quartiers populaires. Deux délits en particulier servent cet objectif de répression des populations marginalisées : l'occupation illicite en réunion des espaces communs d'un immeuble d'habitation et surtout l'usage de stupéfiants. On pense aussi au délit d'installation illicite sur un terrain qui vise très spécifiquement à réprimer la communauté des voyageur-euses, et qui servira aussi pour les ZAD.
L'AFD sert donc les politiques discriminatoires et de contrôle social, et ce d'autant plus qu'elle ne repose que sur la parole d'un flic consignée dans un procès verbal et ne laisse en pratique que peu de droit au recours. L'idée n'est plus seulement de désengorger mais d'apporter une réponse pénale « immédiate et effective ». Punir !
En 2023, après l'énorme mouvement des Gilets Jaunes, le pouvoir se dit qu'il est grand temps de s'en servir contre les mouvements sociaux et étend encore son domaine. Sont concernés désormais les délits de : filouterie de carburant, destruction ou dégradation d'un bien, tags, détention ou usage de fumigène, intrusion dans un établissement scolaire, atteintes à la circulation des trains, entrée illicite sur un terrain de sport, port d'arme de la catégorie D sans motif légitime, vol à l'étalage ( loi du 24 janvier 2023).
La liste n'est pas exhaustive (lien de la liste complète : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/ bo/2023/20230228/JUSD2303546C-annexe.pdf) mais on voit très bien à travers ces exemples comment l'AFD peut être utilisée pour casser les contestations sociales.
Aujourd'hui, on constate de nombreuses délivrances d'AFD sur les dernières mobilisations, notamment le mouvement « Bloquons tout » du 10 septembre. Le précédent des GJ et l'occupation des ronds-points ont donné des idées : le délit d'entrave à la circulation peut être utilisé pour tout type de blocage routier (péage, rond-point, périph etc.). À coup de 900 balles pris dans les poches des pauvres, c'est sûr, ça va être dissuasif.
Dans les faits, le moment où on se prend la prune a toutes les apparences d'une situation banale de verbalisation. Cependant deux ou trois détails peuvent nous faire tiquer et nous amener à adopter des stratégies différentes, déjà pour être sûr.es du type de sanction qu'on est en train de subir.
Qui décide de l'AFD ?
Elle est délivrée par un policier (police nationale) ou gendarme qui « constate l'infraction ». À noter que ça ne peut pas être donnée par la municipale. Ça ne peut pas être donné non plus à une personne mineure.
Résister au moment du contrôle
1. La procédure est censée s'appliquer que si la personne accepte le principe d'une verbalisation et reconnaît les faits. En théorie, il est donc possible de refuser une Amende Forfaitaire Délictuelle et le refus de la signer devrait en être une preuve. En pratique, les flics mettent la pression et te font parfois signer des papiers sans dire ce que c'est.
Refuser une AFD c'est prendre le risque d'être emmené.e en GAV ou d'être convoqué.e à un procès ultérieurement, même si dans les faits les AFD ont été créées pour punir des infractions auparavant peu punies car les dossiers étaient vides et la justice trop engorgée. Ça peut donc valoir le coup de tenter de résister à cette procédure en tentant de refuser de signer !
Par ailleurs, c'est une procédure qui ne repose que sur la parole du flic consignée dans son procès verbal. Il peut donc faire de fausses accusations sans risquer de répercussions.
Des personnes ont reçu une AFD pour « usage de stupéfiant » alors qu'elles ne possédaient que du CBD sur elles [1]. Ou encore il y a eu des personnes verbalisées pour « port d'armes de catégorie D » alors qu'elles revenaient de pique-nique avec un petit couteau.
2. L'agent ne peut pas non plus donner d'AFD si plusieurs infractions sont constatées simultanément dont au moins une ne peut faire l'objet d'une procédure d'AFD. De même, cette procédure n'est pas censé être possible s'il y a besoin de plusieurs PV pour caractériser l'infraction.
Exemple : pour prouver le vol, il y a besoin de joindre vidéos/photos de la caméra de surveillance au dossier.
Comme il s'agit d'une procédure à PV unique, il est possible de tester une stratégie pour éviter l'AFD pour stup : a priori si tu refuses la destruction de la drogue saisie, les flics seront obligés de la garder en tant que scellés et donc d'ouvrir une enquête. Là encore, ça dépend de leur respect du droit et de la procédure, ce qui est loin d'être garanti...
Quelques autres pistes à vérifier
– Il semblerait que les flics aient besoin d'une tablette et smartphone Neo [2] pour éditer une AFD (ils en ont pas encore tous). <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH283/afd_1-79fff.png?1785939006>
Un policier utilise son téléphone NEO pour contrôler une identité avec la reconnaissance faciale.
– Si tu refuses de payer l'AFD immédiatement, les flics sont censés devoir te l'envoyer par courrier (note). En théorie, ca signifie qu'ils sont sensés ne pas pouvoir mettre d'AFD aux personnes ne disposant pas d'adresse. En pratique, les flics pourraient très bien en inventer une, donc pas sur que ça marche mais c'est possible de tester de refuser de déclarer une adresse au moment du contrôle.
(!) Le fait de donner une fausse adresse entraîne simplement la non-réception de l'avis d'AFD et n'empêche pas sa validité, voire même augmente les risques de l'avoir majorée... D'ailleurs les flics se fichent souvent de bien noter ton adresse et ont tendance à eux-mêmes faire des erreurs. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L426xH323/afd_2-1e9f7.png?1785939006>
Modèles de tablette et de téléphone NEO que les flics utilisent.
On verra plus bas qu'il arrive souvent de se rendre compte d'une AFD en étant directement prélevé.e sur le compte bancaire...
Dans tous les cas, on vous conseille de ne pas accepter de payer l'amende lors du contrôle quand les flics vous le proposent !
Casier
L'amende forfaitaire délictuelle entraîne une inscription au bulletin n°1 du casier judiciaire pendant une durée de 3 ans à compter du règlement de l'AFD mais pas au bulletin n°2 du casier judiciaire dès lors qu'elle a été réglée (le bulletin n°2 ou B2 est celui accessible à certains employeurs (travail dans le public ou avec des enfants globalement). La procédure de l'AFD entraîne également une inscription au fichier de Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ), c'est un fichier consulté par les flics (de la nationale) à chaque contrôle d'identité ou passage au commissariat. 6
<https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH531/afd_3-12186.png?1785939006>
La contestation en pratique
Pour le moment, on a peu de retours de contestations d'AFD, les personnes concernées sont au début des procédures et on imagine aisément que cela peut prendre au moins autant voire plus de temps qu'une contestation d'amende « classique ». Donc on s'attend à devoir attendre 6 mois/1 an pour avoir plus de retours.
2 cas de figures :
1. ON REÇOIT LE COURRIER
Si la contestation a lieu après avoir reçu le 1er courrier, on l'appelle alors « requête en exonération » :
• on a 45 jours
• on doit la formuler par lettre recommandée avec accusé de réception au ministère public (l'adresse se trouve dans l'encadré réservé à la contestation : Service de traitement des AFD à Rennes) ou sur le site de l'ANTAI
• on doit y joindre l'original de l'avis de contravention
• on doit motiver notre demande, c'est-à-dire expliquer pourquoi on conteste
• on doit consigner la somme sinon notre requête sera irrecevable. Le montant de la consignation dépend de l'infraction retenue.
(!) Consigner la somme n'est pas comme payer l'amende même si financièrement, sur notre compte c'est la même.
Mais attention : si on confond les 2 et qu'on paye l'amende par la voie de paiement, même partiellement, il n'est plus possible de la contester.
Si la requête n'est pas acceptée, on reçoit un avis d'amende forfaitaire majorée. On peut continuer à contester.
La contestation s'appelera alors une « réclamation » :
• on a 30 jours
• on doit la formuler par lettre recommandée avec accusé de réception au ministère public (l'adresse se trouve dans l'encadré réservé à la contestation : Service de traitement des AFD à Rennes) ou sur le site de l'ANTAI
• on doit y joindre l'original de l'avis d'amende forfaitaire majorée
• on doit motiver notre demande, c'est-à-dire expliquer pourquoi on conteste
2. ON N'A RIEN REÇU ET ON EST/VA ÊTRE PRÉLEVÉ.E
Mais parfois on n'a jamais reçu le 1er courrier et on découvre qu'on s'est pris.e une amende forfaitaire délictuelle au moment du prélèvement sur notre compte.
En effet si rien n'est fait dans les 30 jours suivant la majoration, il y émission d'un titre exécutoire qui permet de prélever directement sur les salaires / livrets d'épargne / comptes courants… (cf. conditions d'insolvabilité).
C'est ce qu'on appelle le recouvrement forcé.
L'amende est alors inscrite au casier judiciaire, aussi bien sur le bulletin n°1 que sur le bulletin n°2.
La banque est sommée de le faire mais elle doit aussi logiquement nous informer qu'une telle saisie est en cours. Bien sûr, la banque prend au passage des frais bancaires...
Tips pour s'éviter un prélèvement sauvage de l'État :
Si on laisse sur un compte courant moins ou l'équivalent d'un RSA seulement, l'état ne peut pas prélever d'argent dessus. Certaines personnes prévoient donc de retirer en espèce leur RSA le jour où il arrive sur le compte pour limiter les risques de saisie.
Si on reçoit un avis de prélèvement à venir, ça s'appelle « saisie administrative à tiers détenteur » (SATD), il faut :
• aller à sa banque dire qu'on s'oppose au prélèvement et doubler cela avec un envoi en lettre recommandée avec accusé réception à la banque pour dire qu'on est en procédure de contestation de l'amende.
• aller au centre du Trésor Public dont on dépend et demander un bordereau de situation (voir exemple sur l'image plus bas).
Ce bordereau correspond au relevé de toutes les prunes qu'on pourrait avoir sur le dos (contraventions simples et forfaitaires délictuelles). Il nous permet d'entrer en voie de contestation pour chaque cas où on n'a pas été averti.e et où nous n'avons pas pu contester, voire parfois même pour des cas où on a contesté mais pour lesquels on n'a jamais reçu de réponse. C'est important d'avoir gardé tous les éléments de preuve de nos contestations si on en a faites. Ils seront utiles à ce moment-là. <https://infokiosques.net/IMG/png/afd_4.png>
Il est fréquent de ne pas avoir été mis.e au courant d'une prune (simple ou forfaitaire délictuelle) car les envois sont en courrier simple. C'est donc un argument de très bonne foi de dire qu'on n'a jamais reçu l'amende. Rien ne le prouve ! Et demander la preuve de l'envoi peut être un moyen de les faire abandonner.
Qu'on ait déjà été prélevé.e ou pas, on peut toujours contester la procédure !
N'oublions jamais de tout faire par lettre recommandée avec avis de réception.
Et côté bancaire, si la banque nous a pris des frais, on peut aussi faire pression pour qu'elle nous les rembourse, en mettant en avant la contestation de l'amende et même si on n'a reçu aucune nouvelle suite à cette contestation.
Exemples de formulations pour la banque partant d'un cas concret de saisie à tiers détenteur :
Dans un 1er temps, la personne a écrit à sa banque qu'elle était en procédure et que par conséquent, tant que la procédure était en cours, ses voies de recours n'étaient pas épuisées et qu'ils n'étaient pas en droit de la prélever.
Au bout d'un an, et sans nouvelles de sa contestation, la personne a ré-écrit à sa banque pour dire que la procédure était prescrite et qu'ils devaient lui recréditer son compte, frais bancaires inclus (dans son cas ils étaient équivalent à 10% de sa prune). La personne a récupéré sa thune.
Suites de la contestation
Si la contestation d'une AFD est jugée recevable, le dossier est renvoyé au procureur de la république qui peut décider de classer sans suite ou ouvrir une enquête (ces amendes reposant seulement sur le PV d'un flic, les dossiers sont minces et il y a alors de fortes chances de classement sans suite !)
Si le parquet/ministère public décide quand même d'une enquête, il peut vous délivrer une citation à comparaître (donc un procès), une convocation pour CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité), une convoc pour recevoir une ordonnance pénale… Dans tous les cas, contactez une legal team pour faire face à cette procédure judiciaire et vous faire épauler d'un.e avocat.e.
Récidive ?
En principe, le fait de déjà avoir fait l'objet d'une AFD pour une infraction, suppose qu'on ne peut pas en « bénéficier » une deuxième fois. Il y a des exceptions comme pour le délit d'usage de stup ou de vol à l'étalage.
Demande de signalétique suite à une AFD
Il est possible de recevoir une convocation au commissariat à la suite d'une AFD pour aller faire un relevé de signalétique, c'est-à-dire se faire prendre en photo et relever les empreintes digitales, ensuite consignées dans le TAJ et le Fichier des empreintes digitales (FAED). Ces données sont ensuite systématiquement mobilisées lors de prochaines enquêtes à titre de comparaison (reconnaissance faciale à partir d'images de vidéo-surveillance, relevé d'empreinte sur un objet saisi, etc.). Il est possible de ne pas se rendre à la convocation, a priori on risque juste de se faire solliciter un relevé de signalétique à un prochain contrôle. Ne pas s'y rendre volontairement met un bâton dans les roues de la machine à ficher étatique...
Résister collectivement à l'AFD
Cette procédure toute nouvelle est encore peu connue par les avocat-es et collectifs anti-rep, et surtout elle isole beaucoup les personnes visées. Alors si toi ou un-e proche avez reçu une AFD, avez tenté d'y résister ou de contester, n'hésitez pas à en parler autour de vous et au collectif antirep proche de chez vous....
Pour rappel, liste (non-exhaustive) de collectifs antirep en fRance : https://rajcollective.noblogs.org/les-collectifs-locaux/
Appel à témoignages !
Vous pouvez aussi nous envoyer des témoignages écrits, des retours sur la brochure ou des questions sur temoignages-afd@systemli.org Les témoignages nous aident à ajuster nos conseils et stratégies de défenses face aux flics et à la justice... Ils ne seront pas diffusés sauf accord de son auteurice et restent anonymisés.
Protégeons-nous les un-es les autres face à cette matraque financière au service de la gentrification et de la répression des personnes marginalisées.
• Liste complète des infractions punies par AFD et montant des amendes : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/bo/2023/20230228/JUSD2303546C-annexe.pdf
• Les institutions aussi critiquent l'AFD : 1 ) https://www.syndicat-magistrature.fr/notre-action/justice-penale/2499-l-extension-du-domaine-de-l-amende-forfaitaire-delictuelle-une-bascule-irresponsable-et-des-plus-dangereuses/
4 ) hhttps://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-05/rapport_mission_urgence_dejudiciarisation.pdf (p.19-20)
• Projet de loi police municipale : https://www.laquadrature.net/2026/03/06/projet-de-loi-polices-municipales-blanc-seing-pour-la-technopolice-municipale/
• Contester une contravention : https://paris-luttes.info/contre-la-matraque-financiere-15653
• Pour plus d'infos sur l'antirépression : https://rajcollective.noblogs.org/ressources-juridiques/ Voir en ligne : Paris luttes info
[1] Si ça vous arrive, on vous conseille d'autant plus de contester. Cette pratique courante des flics commence à être dénonçée car un test devrait avoir lieu avant la verbalisation, ce qui n'est presque jamais le cas. Cf. : https://www.mediapart.fr/journal/france/160426/la-cour-des-comptes-tire-un-bilan-severedes-amendes-forfaitaires-delictuelles
Sous l'effet du changement climatique, l'été 2026 est parti sur des bases record depuis le début des relevés de température, en 1900. Nos graphiques permettent de mesurer l'ampleur du phénomène.
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Des liens en rapport avec cette émission sur http://sortirducapitalisme.fr/emissions/315-l-anarcho-syndicalisme-espagnol-entre-syndicalisme-industrialiste-et-communisme-libertaire-1910-1936
Monkey bars, gawky teenagers and a presidential cameo – all given a prime-time showcase by ABC – combined for the most leaden hour of America’s 250th birthday summer
Culturally, it’s been a tough few months for Donald Trump. The UFC night he held at the White House for his birthday got lost amid the froth and excitement of the World Cup. The Great American State Fair on the Washington DC National Mall was a dud. The president’s jokes at the White House Correspondents’ Dinner all bombed. Could the Patriot Games, a nationwide competition to find the American schoolchildren most adept at traversing a set of monkey bars, help rescue the summer?
Last night we got our answer: no. A one-hour prime-time special brought us the best of the Patriot Games, and in a crowded field it managed to offer some of the most leaden TV of the American semiquincentennial. Freedom 250, the White House-backed non-profit that hosted the UFC fight at the White House and the Great American State Fair, produced the event, and put up the $125,000 in college scholarship winnings that went to each winner on the boys’ and girls’ side of the competition. The final round of the Games actually took place earlier this week, at a sports training facility outside Cleveland, Ohio. Last night we just got the best bits, and judging by what that amounted to, we should all be thankful we never had to endure the other bits. This was Trumpworld’s answer to the Hunger Games, but it’s unlikely there will be much clamor for a sequel. The patriots may be hungry for more, but the rest of us? Eh.
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