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Depuis sa mise en examen, le 10 juin 2026, Patrick Bruel est visé par de nouvelles plaintes pour violences sexistes et sexuelles. Si certains faits dénoncés apparaissent a priori prescrits, l’accumulation de plaintes pourrait permettre d’écarter certaines prescriptions.
Des plaintes qui ne cessent de s’accumuler. Le 10 juin 2026, Patrick Bruel a été mis en examen dans quatre dossiers pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel. Il a également été placé sous le statut de témoin assisté dans quatre autres affaires d’infractions sexuelles.
Depuis, de nouvelles plaintes ont été déposées. Au total, ce sont plus de 30 femmes qui accusent le chanteur d’infractions sexuelles sur une période s’étalant de 1991 à 2019.
Patrick Bruel, qui bénéficie de la présomption d’innocence, a, quant à lui, réfuté « toute accusation de viol » et plus largement toutes « les allégations de violence, de brutalité ou de contrainte », assurant n’avoir « jamais outrepassé un refus », rapporte Mediapart.
Parmi les plaintes déposées, certains faits dénoncés sont anciens. Mais s’ils paraissent d’ores et déjà prescrits, certains mécanismes juridiques pourraient changer la donne. Selon l’avocate Myriam Guedj-Benayoun, qui défend plusieurs plaignantes dans cette affaire, « il est permis par le code pénal de travailler sur la sérialité des faits et la connexité des faits, qui [font] que certaines prescriptions vont pouvoir être levées », avançait-elle au micro de France Inter, le 19 août dernier. Explications.
Un délai de prescription doublé
Pour mieux comprendre, reprenons depuis le début. En France, comme dans d’autres pays, il existe le délai de prescription. Concrètement, au bout d’un certain temps, il n’est plus possible de poursuivre une personne pour une infraction qu’elle aurait commise : l’action publique est dite « éteinte ».
Ces dernières années, de nombreuses réformes se sont succédé pour allonger ce délai de prescription en matière délictuelle et criminelle, et notamment dans le cadre de violences sexuelles sur mineurs. Depuis le 1er mars 2017, le délai de prescription s’élève ainsi à six ans pour les délits et à vingt pour les crimes – contre trois et dix ans auparavant.
C’est donc en raison de celui-ci que certaines des plaintes à l’encontre de Patrick Bruel sont a priori considérées comme prescrites et ne pourraient en théorie pas faire l’objet de potentielles poursuites. À titre d’exemple, les faits dénoncés de viol qui auraient été commis en 1991 ne pourraient de prime abord pas faire l’objet d’une condamnation car, au vu du délai de prescription de l’époque, l’infraction serait prescrite depuis 2001.
Des exceptions pour les victimes mineures
Mais ces délais connaissent également plusieurs exceptions qui visent à allonger le délai de prescription dans certaines situations. Par exemple, en 2018, une loi est venue l’étendre en matière de viol sur mineur. Désormais, le délai de prescription s’enclenche à partir de la majorité de la victime et dure trente ans. Concrètement, toute personne victime de viol durant sa minorité peut porter plainte jusqu’à ses 48 ans.
Mais ce n’est pas tout. Le législateur est allé plus loin en créant la prescription dite « glissante ». Depuis 2021, si l’auteur présumé d’un viol sur mineur en commet un nouveau avant que le premier soit prescrit, celui-ci bénéficie du délai de prescription du dernier viol en date.
Si, dans l’affaire Patrick Bruel, plusieurs femmes ont porté plainte pour des faits qui auraient été commis durant leur minorité, ce n’est pas le cas de toutes les plaignantes.
Connexité et sérialité
En plus de ces exceptions prévues dans le cadre de crime sexuel sur mineur, il existe également un mécanisme dont certains pensent qu’il pourrait être utilisé dans le cas particulier des viols dits « sériels » commis sur des personnes majeures.
En 2005, dans une affaire d’abus de faiblesses, la chambre criminelle de la Cour de cassation avait considéré que « dès lors que les faits procèdent d’un mode opératoire unique » et que « l’ensemble a gravement préjudicié à la victime », les différents faits sont liés les uns aux autres et bénéficient de la non-prescription de la dernière infraction en date. Reste que dans ce cas précis, les faits étaient commis sur une seule personne.
Depuis, cette jurisprudence a été étendue à des infractions de nature sexuelle. Ainsi, en juillet 2022, lors de la condamnation du « violeur de la Sambre », une « connexité » entre les différentes violences sexuelles avait été retenue en raison du « comportement d’agresseur en série » de Dino Scala, et d’un « même mode opératoire ».
Par ailleurs, un mois plus tôt, toujours en raison de ces notions de sérialité et connexité, la chambre de l’instruction de Versailles avait ordonné que, dans l’affaire PPDA, l’information judiciaire porte désormais « sur l’ensemble des faits » dont la plaignante Florence Porcel se dit victime, incluant ceux, prescrits, de 2004.
Un même mode opératoire
Au vu des nombreuses plaintes déposées dans l’affaire Patrick Bruel, l’avocate Myriam Guedj-Benayoun espère donc faire valoir l’existence d’une sérialité et d’une connexité entre les différentes infractions dénoncées. Si celles-ci étaient reconnues, cela permettrait à certains faits considérés en théorie comme prescrits d’être poursuivis.
Néanmoins la chose n’est pas aisée. Tout d’abord, à la différence de la prescription glissante, le fait qu’il s’agisse d’un même auteur présumé – soit Patrick Bruel – ne suffit pas nécessairement.
La loi dispose ainsi que les infractions sont connexes lorsqu’elles « ont été commises en même temps par plusieurs personnes réunies, soit lorsqu’elles ont été commises par différentes personnes, même en différents temps et en divers lieux, mais par suite d’un concert formé à l’avance entre elles, soit lorsque les coupables ont commis les unes pour se procurer les moyens de commettre les autres, pour en faciliter, pour en consommer l’exécution ou pour en assurer l’impunité […] ».
Il existe également des situations dans lesquelles c’est la jurisprudence qui considère que des infractions sont connexes. En 2000, la Cour de cassation a ainsi jugé – dans une affaire de faits d’atteintes sexuelles aggravées – que « les dispositions de l’article 203 du Code de procédure pénale n’étant pas limitatives, elles s’étendent aux cas dans lesquels il existe entre les faits des rapports étroits, analogues à ceux que la loi a spécialement prévu ».
Dans cette affaire, la Cour de cassation a admis que des infractions pouvaient être connexes lorsqu’elles étaient commises par une même personne.
Pour d’autres affaires, il faut prouver l’existence de cette connexité par l’existence notamment d’un même mode opératoire ou de mêmes profils de victimes. Par exemple, dans l’affaire qui vise le chanteur, il pourrait être retenu que plusieurs plaignantes ont affirmé que Patrick Bruel leur aurait demandé de venir le rejoindre directement dans sa chambre, que celles-ci étaient jeunes ou venaient à peine d’entrer dans l’industrie culturelle.
Une prescription qui doit être interrompue
Le 19 août dernier, au micro de France inter, l’avocate Myriam Guedj-Benayoun avançait, quant à elle, que l’ « on retrouve à nouveau le même mode opératoire, on est dans le monde du spectacle, elle est approchée, invitée à une soirée et finalement à cette soirée, elle sera seule avec Patrick Bruel et c’est là qu’elle va dire qu’elle est victime de tentative de viol ». Cette démonstration juridique doit ensuite être répétée à chaque infraction.
De plus, un calendrier bien précis doit être respecté. Un délai de prescription n’est pas linéaire. Comme le prévoit l’article 9-2 du Code de procédure pénale, il peut être interrompu pour différentes raisons, comme lorsque sont émis des actes d’enquête ou d’instruction (une audition, une perquisition, une réquisition judiciaire ou un interrogatoire mené par un juge d’instruction).
Or, à la différence de la prescription glissante, il ne suffit pas qu’un même auteur ait commis de nouveau les mêmes faits pour pouvoir allonger le délai de prescription. La connexité ne peut interrompre ce dernier que si certains actes ont été réalisés avant la fin du délai de prescription.
Calculs et multiples paramètres
Enfin, la sérialité et la connexité de certains faits ne peuvent ressusciter une prescription. Ainsi, si le délai de prescription d’une infraction est écoulé avant qu’un acte d’enquête soit réalisé dans le cadre d’une deuxième infraction, la première ne peut pas bénéficier du délai de la seconde.
Dans la même logique, lorsque, en 2017, les délais de prescription ont été allongés, ceux qui étaient terminés avant l’entrée en vigueur de la réforme n’ont pu être étendus. En effet, l’article 112-2 du Code pénal précise bien que ces nouvelles durées sont « applicables immédiatement à la répression des infractions commises avant leur entrée en vigueur […] lorsque les prescriptions ne sont pas acquises ».
Ainsi, dans l’affaire Patrick Bruel, pour déterminer si les infractions sont connexes, les juges vont devoir prendre en compte cette multiplicité de paramètres. Et c’est pour cette raison que plus les plaintes s’accumulent, plus il y a de chances que la justice trouve une connexité permettant d’écarter certaines prescriptions.
Auteurs :
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relecteur : Jean-Baptiste Thierry, professeur de droit pénal à l’université de Lorraine
Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
L’article Affaire Patrick Bruel : comment l’accumulation de plaintes pourrait écarter certaines prescriptions est apparu en premier sur Les Surligneurs.
Source : Bon Pote
Source : StreetPressQuand ?
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« J'avais entendu dire que lorsque des armées de fourmis étaient en mouvement, si elles arrivaient à une rivière qu'elles devaient traverser, les fourmis de tête se jetaient à l'eau, s'empilant les unes sur les autres en se noyant, offrant leurs propres corps comme pont à celles qui suivaient. »
— Kobayashi Takiji, Une fourmilière à soi et autres nouvelles prolétariennes
Qui l'a écrit ?
Ce manuel a été rédigé par des militant·es ayant subi de près des infiltrations policières, découvertes entre 2022 et 2024. Il s'adresse à toustes les militant·es, d'hier, d'aujourd'hui et de demain, ainsi qu'à toutes les organisations et tous les groupes soucieux de la sécurité de leurs espaces.
Quels sont les objectifs ? Les objectifs que nous nous sommes fixés lors de la rédaction de ce document étaient les suivants : Transmettre l'expérience et les connaissances acquises lors des infiltrations policières et qui nous manquent lorsqu'il s'agit de faire face à elles, y compris comment les prévenir. Améliorer la culture de la sécurité au sein des organisations et des groupes. Envoyer un message très clair aux militant·es sur la police et l'État : ils ne sont pas infaillibles, et nous vous le démontrons. Il y a des failles dans leur mode opératoire et nous voulons les exposer publiquement et de manière accessible. Est-il judicieux de le rendre public ?
Avant de rédiger ce manuel, nous avons examiné toutes les options et nous avions quelques doutes. Devions-nous rendre publiques les informations dont nous disposons et celles que nous avons obtenues dans chacune des affaires que nous avons mises au jour et publiées ? Et si cela compromettait les enquêtes en cours ? Et si la police modifiait ses méthodes d'infiltration à l'avenir ?
Nous avons pesé le pour et le contre de la publication d'un tel document et nous avons également consulté et évalué l'expérience du Royaume-Uni à cet égard. Nos conclusions sont les suivantes : Nous estimons essentiel de rendre publiques toutes les informations et données obtenues dans les affaires mises au jour jusqu'à présent et qui n'avaient pas encore été publiées. Il ne s'agit évidemment pas de détails morbides et sensationnalistes qui pourraient nous exposer inutilement et qui n'apporteraient rien d'utile aux objectifs que nous poursuivons, mais plutôt des éléments qui permettent réellement de comprendre le fonctionnement de ces pratiques répressives. Rendre ces informations publiques est susceptible d'aider de nombreuses organisations à découvrir des infiltré·es et/ou à écarter d'éventuels soupçons. Le fait que nous soyons peu nombreux·ses à détenir des informations aussi importantes signifie que nous ne pouvons les transmettre qu'aux organisations qui nous sont proches et/ou en lesquelles nous avons confiance, favorisant ainsi une logique d'individualisme et de copinage selon le principe du « chacun pour soi », et que ce petit groupe de personnes est chargé d'enquêter sur les soupçons, nous imposant ainsi une responsabilité et une charge de travail logistiquement impossibles à assumer. Outre le danger qu'il y aurait à laisser cette possibilité à notre discrétion, des hiérarchies importantes et des abus de pouvoir pourraient également en découler. Il est évident que la police est au courant de ces enquêtes et que, à la simple lecture des articles publiés jusqu'à présent dans les médias, elle aura détecté des schémas communs à toutes les affaires que nous examinons et qui nous aident à affiner notre compréhension du mode opératoire des infiltré·es. Ce seul constat pourrait les amener à envisager une modification de leur stratégie policière, si ce n'est déjà fait. Peut-être prendront-ils cette décision après la publication de ce document. Alors, pourquoi le publier ?
D'une part, nous avons constaté que les tactiques d'infiltration policière sont extrêmement similaires au Royaume-Uni et en Espagne, et ce depuis des décennies. Autrement dit, l'État dispose d'une formule qui fonctionne (ce que les faits démontrent) et, par conséquent, la modifier reviendrait à abandonner cette formule efficace et à risquer d'en essayer une autre sans aucune garantie de succès.
D'autre part, existe-t-il aujourd'hui un canal interne, accessible et suffisamment sécurisé, commun à toustes les militant·es, pour que ces informations ne parviennent pas à la police, y compris aux éventuel·les infiltré·es parmi les militant·es ? Malheureusement, la réponse à cette question est clairement non.
Un autre inconvénient potentiel de la publication de ce document serait de compromettre les enquêtes en cours sur d'éventuel·les infiltré·es. Il est vrai que cela pourrait arriver et que ces personnes pourraient fuir en apprenant qu'elles font l'objet d'une enquête, ou du moins en réalisant que certaines de leurs tactiques ont été exposées publiquement. Si elles fuient, c'est un·e flic infiltré·e de moins dans nos organisations. Si elles restent, nous avons de bonnes chances de les appréhender. Quoi qu'il en soit, nous mettons en balance, d'une part, le risque d'influencer une ou plusieurs enquêtes, et d'autre part, le fait que toustes les militant·es puissent repérer un·e infiltré·e potentiel·le. À notre avis, nous privilégions clairement la seconde option.
Par ailleurs, une autre raison qui nous a convaincus de publier ce manuel est l'expérience britannique et les échanges que nous avons eus avec elleux à ce sujet. Lorsque nous leur avons demandé s'iels avaient tenu de telles discussions internes, iels nous ont confirmé en avoir eu, mais ont néanmoins décidé de publier un manuel similaire. Nous souhaitions également savoir si, après sa publication et avec le recul de quelques années, le bilan était positif. La réponse fut un oui retentissant. Grâce à leurs publications, il a été possible de découvrir de nombreux·ses autres infiltré·es au sein d'organisations ayant eu accès à ce document, sans aucun contact avec elleux. N'oublions pas que si ce document nous était parvenu il y a des années, les dégâts et la durée des infiltrations au sein de l'État espagnol auraient sans doute été bien moindres.
Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi un collectif ou un groupe de personnes ne souhaite pas révéler publiquement la présence d'un·e flic infiltré·e en son sein (honte, orgueil, refus d'admettre une « faiblesse », manque de moyens pour gérer la situation, etc.) En réalité, aussi compréhensible que cela puisse paraître, cette dissimulation ne fait qu'accroître l'insécurité de nos groupes et de nos milieux, et nous prive d'informations précieuses sur ces affaires. Ces informations nous permettraient de continuer à identifier des schémas et de découvrir d'autres cas, et ainsi d'acquérir de nouveaux outils.
Suite à la révélation de plusieurs cas d'infiltration de policier·es nationaux dans des mouvements sociaux et politiques (logement, antiracisme, antifascisme, etc.), les militant·es et les organisations se posent de nombreuses questions : comment ont-iels été découvert·es ? Existe-t-il une méthode ou une formule pour les identifier ? Comment mener une enquête ? Comment savoir si une personne de notre entourage ou active au sein de notre organisation est un·e flic infiltré·e ?
Nous allons tenter de répondre à toutes ces questions en nous appuyant sur notre expérience.
Bien que nous en reparlerons plus tard, il est malheureusement toujours difficile de confirmer des soupçons : il n'existe pas de base de données publique recensant les policier·es infiltré·es, et la recherche de preuves est un long processus d'enquête, même en présence de nombreux éléments à charge.
Les enquêtes fructueuses sur les infiltré·es débutent généralement par des soupçons sur un·e infiltré·e de la part de personnes qui lui sont proches et qui finissent par constituer un groupe d'enquête. Au Royaume-Uni, par exemple, la première étape a consisté pour le groupe à partager et à discuter de ses inquiétudes en interne. Leurs conclusions montrent qu'au fil des années, iels ont observé de bonnes et de mauvaises pratiques en la matière, mais l'important est que ce soit le groupe interne qui contrôle le processus, puisqu'il commence et se termine en son sein.
Pourquoi est-il important que le groupe contrôle le processus ?
Par souci de discrétion : Si le suspect n'est pas policier et que la rumeur se propage, cela pourrait gravement nuire à son image et à sa réputation et lui causer un préjudice psychologique et émotionnel. Si le suspect est effectivement policier et découvre qu'il fait l'objet d'une enquête, il pourrait réagir (détourner l'attention, détruire des preuves, exercer des représailles…) Par souci de gestion du temps : ne dépendre de personne, ne pas être soumis·es à des pressions pour obtenir des résultats, etc. Par intérêt : il est vrai que les médias alternatifs tels que La Directa et El Salto ont joué (et jouent encore) un rôle fondamental dans tous les cas de policier·es infiltré·es démasqué·es, car ils permettent aux militant·es qui les découvrent de rester anonymes et parce qu'ils servent de porte-voix médiatique lorsqu'il s'agit de les dénoncer. Mais il se peut que nous ayons parfois des objectifs et des modes de fonctionnement différents, c'est pourquoi nous considérons qu'il est essentiel que ce groupe de recherche initial gère la temporalité et les informations. Pourquoi devons-nous être des sujets politiques actif·ves dans l'enquête ?
La plupart des affaires sont déclenchées par des soupçons émanant de notre entourage. Nous pouvons et devons agir. Nous avons les moyens et la capacité d'enquêter sur ces soupçons en toute autonomie, en leur apportant le contexte politique approprié et en suivant toujours des intérêts militants uniquement. Nous savons que les infiltré·es non démasqué·es rejoignent d'autres collectifs et assemblées. Par conséquent, il est de notre responsabilité politique d'enquêter, de révéler la vérité et d'agir en cas de soupçons.
Avoir des soupçons ne suffit pas, car ils ne justifient jamais la propagation de rumeurs. Si les soupçons sont fondés, il incombe au groupe qui enquête de fournir des preuves solides à l'appui de ses affirmations. Nous devons éviter de porter des accusations infondées sans avoir mené une enquête approfondie. Ce comportement, sans les vérifications nécessaires, peut mener à la destruction de groupes et causer des dommages politiques et personnels irréparables.
Ce manuel fournit des informations, des schémas récurrents, des lignes directrices et des recommandations sur les problèmes que vous êtes susceptibles de rencontrer lors du lancement d'une enquête, ainsi que sur les mesures de sécurité à prendre pour prévenir les infiltrations. Une grande partie du texte est consacrée aux expériences de cas récents en Espagne et aux bonnes pratiques développées au cours de la dernière décennie au Royaume-Uni.
Les soupçons - Est-ce que tu as soupçons ?
Cela peut paraître un point étrange à soulever, mais se demander où et quand les soupçons ont commencé est un bon point de départ. On ne soupçonne pas quelqu'un·e sans raison, mais plutôt parce qu'il y a des raisons à ce malaise, un sentiment que quelque chose cloche.
En tant que militant·es, nous ne développons pas seulement des compétences théoriques et politiques, nous développons aussi notre intuition des personnes qui nous entourent. La plupart des soupçons naissent ainsi : peut-être un style vestimentaire qui détonne ou paraît forcé, l'impression que les convictions politiques d'une personne sont moins fortes qu'attendu, un manque de passion qui ne correspond pas aux actes, ou tout simplement le sentiment qu'il s'agit d'une personne étrange qui ne s'intègre pas vraiment. N'oublions pas que les mouvements de protestation attirent toutes sortes de personnalités et que les préoccupations à ce niveau ne suffiront jamais, et seront très probablement mal fondées. Mais il est utile d'identifier le moment où les préoccupations ont commencé.
Une autre forme de suspicion naît de l'analyse rétrospective de dossiers judiciaires, une fois qu'ils ont été examinés. Autrement dit, on peut se rendre compte, des mois ou des années plus tard, qu'un·e (ancien·ne) collègue correspond trop bien au profil, même s'il s'agissait d'un·e militant·e engagé·e ayant mené de nombreuses actions, y compris certaines illégales, et que, lorsqu'iel était votre collègue, vous auriez juré qu'iel n'était pas un·e infiltré·e.
Nous ajoutons une circonstance également très fréquente dans les affaires survenues en Espagne et au Royaume-Uni : le départ soudain, inattendu et inexplicable du/de la camarade (qui se révélera plus tard être un·e infiltré·e) de l'organisation, généralement sous prétexte de graves problèmes familiaux (maladie d'un proche) ou professionnels (changement d'emploi, mutation, etc.)
Quels que soient vos soupçons, ils constituent un point de départ valable. Mais il faut garder à l'esprit qu'il ne s'agit que d'un point de départ. Et comme nous l'avons répété et le répéterons tout au long de ce document, la coïncidence de plusieurs des schémas que nous décrivons ne prouve rien, et nombre d'entre eux sont très courants dans nos milieux. N'oublions pas que toutes leurs actions sont conçues pour se fondre dans la réalité et ne pas éveiller les soupçons ; ce sont donc des situations tout à fait normales.
L'important est de savoir comment agir une fois que vous avez des soupçons. Soyez prêt·e à ce que le contraire soit prouvé
Si des doutes surgissent quant au comportement ou au passé d'une personne, cela ne signifie pas qu'elle est infiltrée. De nombreuses raisons légitimes peuvent expliquer qu'une personne dissimule son passé, agisse de manière imprévisible et/ou disparaisse subitement. Il est essentiel d'aborder la procédure avec un esprit ouvert et d'être prêt·e à ce que la réalité nous contredise.
Il est toujours préférable de disculper quelqu'un·e plutôt que de confirmer ses pires craintes. Abordez l'enquête en partant du principe qu'il vaut mieux obtenir un résultat positif et, par conséquent, vous tromper, plutôt que de présumer d'emblée le pire.
Commencer une enquête avec la ferme conviction qu'une personne est un infiltré, alors qu'en réalité elle ne l'est pas, vous conduira à tenter l'impossible : prouver quelque chose de faux, avec la dangereuse conséquence de détruire sa réputation. Parfois, il n'y a juste pas de preuves. Préparez-vous à ne pas trouver de réponses
Le monde de l'infiltration policière est intrinsèquement secret, et tout est mis en œuvre pour qu'il le reste. Il n'existe pas de solution miracle. Les découvertes récentes d'infiltré·es dans la police sont l'exception, non la règle. Plusieurs d'entre elleux ont été découvert·es par hasard, grâce à des soupçons de leur entourage, des erreurs du système et des lacunes dans leurs récits. Au Royaume-Uni, pendant des décennies, malgré des années d'enquêtes, aucune preuve tangible ni réponse claire n'ont été trouvées. Le groupe de recherche
Notre expérience montre que les soupçons exprimés indépendamment par plusieurs personnes sont ceux qui méritent d'être pris en compte. C'est grâce à ces soupçons collectifs que nous pouvons former un groupe affinitaire pour mener l'enquête. Cette approche permet également d'éviter les situations où une seule personne parvient à convaincre les autres que de légers soupçons constituent une preuve irréfutable.
Au sein des groupes, un système de contrôle et d'équilibre s'établit généralement : une action ou une situation qui paraît suspecte à une personne peut trouver une explication naturelle lorsqu'une personne mieux informée sur la personne ou la situation l'explique.
Lorsqu'un groupe entame une enquête, il est important d'établir des directives dès le départ : à qui le groupe peut-il s'adresser à ce sujet ? Comment garantir la confidentialité et la discrétion ? Que fera-t-on si les soupçons sont confirmés ou infirmés ?
Enquêter sur la vie d'une personne que l'on considérait comme un·e camarade militant·e ou un·e ami·e n'est jamais facile. C'est pourquoi il peut être utile d'intégrer au processus une personne de confiance, sans lien avec la personne soupçonnée, capable de guider le reste du groupe. Cette personne peut avoir différents rôles : veiller au bon déroulement du processus, aider une personne à gérer ses émotions en assumant une part de responsabilité, ou même contribuer à la clôture de l'enquête si elle n'aboutit pas.
Il est tout aussi important de remettre en question les hypothèses et d'examiner les preuves de manière critique, par exemple en aidant le groupe à éviter de surestimer le nombre de preuves disponibles et à se prémunir contre les conclusions hâtives.
Bien qu'il soit possible de mener ce processus individuellement, les personnes ayant mené des recherches seules ont constaté qu'elles auraient préféré être entourées d'un groupe.
Le burn-out
Malheureusement, le burn-out est fréquent dans ces situations. On en parle rarement, et on le traite encore moins correctement.
Cet épuisement est souvent associé à un sentiment de perte de contrôle, voire à une certaine obsession. Cela entraîne une perte de recul et une tendance à percevoir des menaces partout. La paranoïa est une manifestation courante qui peut mener à une véritable chasse aux sorcières contre quiconque aurait tenu des propos déplacés ou agi différemment.
Il existe une frontière ténue entre agir par instinct et réagir à la paranoïa. C'est une autre raison pour laquelle une démarche de groupe est généralement préférable : elle permet de reconnaître et de prendre en charge les symptômes du burn-out. L'enquête - Comment enquêter sur des soupçons ? 1. Notez vos soupçons C'est un petit pas, mais il ne faut pas le sous-estimer. Prendre le temps de noter les raisons de vos soupçons permet de mieux cerner et de clarifier ce qui vous inquiète. Cela aide également à cerner le fond de vos craintes et à les partager avec le groupe. Échangez vos connaissances et comparez vos points de vue.
Notez tout ce que vous savez sur la personne, notamment ce qui a initialement éveillé vos soupçons. L'objectif est d'avoir une vision aussi large que possible et d'y voir plus clair. 2. Évaluer les soupçons initiaux La section suivante s'appuie sur des techniques utilisées depuis des années par la police. L'analyse des infiltré·es découvert·es nous a permis d'élaborer ce document et de reconstituer une grande partie des schémas utilisés. L'étude de leurs méthodes a permis de synthétiser 17 questions fondamentales et d'autres données que nous exploitons.
Bien que ces questions et données puissent être utiles dans divers contextes, les réponses sont basées sur le mode opératoire de l'État espagnol dans des affaires mises au jour entre 2022 et 2024, ainsi que dans plusieurs affaires similaires au Royaume-Uni.
Vous pouvez appliquer ces questions et données à la personne que vous soupçonnez, ou les utiliser comme point de départ. Si un pourcentage élevé de ces questions s'applique à la personne, il est probable que les soupçons soient fondés, mais il est nécessaire d'approfondir l'enquête pour les confirmer.
3. Organiser les données
Au fur et à mesure de l'enquête, organisez clairement les informations (par exemple, par thème). Établissez des chronologies, des cartes, des listes de contacts, d'événements et de lieux où la personne aurait pu se trouver. Repérez les lacunes dans la chronologie des événements et dressez une liste des personne susceptibles de la compléter. Il est essentiel de savoir précisément ce qu'on a et ce qui reste à explorer, surtout si vous travaillez en groupe.
Prenez le temps nécessaire pour recueillir et documenter les témoignages et identifier les personnes concernées. N'oubliez pas que certaines personnes ou certains groupes ne souhaitent pas que leur nom soit divulgué publiquement ni être associés à une infiltration, mais leurs informations sur les affaires peuvent être importantes et on doit essayer de les intégrer à l'enquête. Évaluez également la crédibilité des sources : certaines personnes peuvent avoir des ressentiments ou des préjugés qui influencent leurs souvenirs.
Surtout, conservez vos documents en lieu sûr ! Imaginez les conséquences désastreuses si l'on découvrait que la personne faisant l'objet de l'enquête n'était pas infiltrée, ou si ces informations parvenaient à la police et compromettaient l'enquête.
4. Confirmer ou infirmer les soupçons
Cette étape doit être rigoureuse : il faut examiner chaque aspect du récit de la personne, rechercher les indices et les incohérences. L'objectif est d'établir si l'identité qu'elle a présentée est réelle ou s'il s'agit, au contraire, d'un·e infiltré·e utilisant une fausse identité.
Il est très utile de consulter les profils d'infiltré·es déjà publiés afin d'avoir une idée des détails à rechercher. Mais n'oubliez pas que chaque cas est différent et que certains aspects sont plus importants que d'autres.
Il convient également de vérifier l'étendue de son existence en dehors du groupe auquel elle appartient, ainsi que la véracité de son parcours personnel et professionnel, etc. Vous pouvez tenter de confirmer son existence en retraçant son passé : a-t-elle réellement étudié dans les établissements mentionnés, travaillé aux endroits indiqués, etc.
La date de naissance est toujours une information importante, et dans nos cas, la fausse date coïncide généralement avec la vraie. Il faut également prendre en compte les récits de leur enfance, de leur famille, de leur travail, etc. Il n'est pas rare que les infiltré·es utilisent des détails de leur vie « réelle » pour crédibiliser leur histoire, même si la valeur de ces détails est relative. Dans certains cas, ces bribes d'information se sont révélées décisives, tandis que dans d'autres, elles se sont avérées peu utiles. Il est très difficile de prédire ce qui sera important et ce qui ne le sera pas ; il est donc préférable de tout noter.
Il s'agit généralement d'un long processus d'élimination des possibilités. Il s'agit de déterminer si une personne est un « fantôme », quelqu'un·e qui semble exister, mais qui disparaît lorsqu'on tente d'enquêter sur son passé.
5. Contacter ou intégrer d'autres personnes au groupe
Lorsque vous estimez que vos soupçons nécessitent une confirmation, vous devrez probablement parler à d'autres personnes qui connaissaient la personne suspectée. Cette étape requiert beaucoup de tact : les personnes que vous contactez doivent être au courant des accords du groupe et comprendre la délicatesse de la situation.
Sachez que les personnes que vous contactez peuvent se mettre en colère, être sous le choc ou nier catégoriquement. Préparez-vous bien afin d'éviter que vos soupçons ne soient rejetés et que la réaction ne devienne incontrôlable, et aussi pour éviter que de simples soupçons n'entraînent la divulgation de preuves sans enquête approfondie.
Assurez-vous que les nouvelles personnes disposent de l'espace et du soutien nécessaires pour assimiler la nouvelle. À cette étape, vous devez clairement indiquer que l'enquête, pour le moment, n'en est qu'à ses débuts et qu'aucune conclusion n'a encore été tirée. Vous devez également insister sur les accords de confidentialité.
Il faut faire preuve de beaucoup de tact pour expliquer que l'on soupçonne quelqu'un·e qui pourrait être un·e ami·e proche, ou être en relation, avec les personnes que l'on contacte pour obtenir plus d'informations. Chaque personne réagit différemment et on ne peut pas toujours prévoir comment la situation évoluera. Mais ce qui devrait nous distinguer de la police et de l'État, c'est le soin envers nos camarades, même en cas de divergences politiques. Il est important, à ce stade, de préparer le soutien dont vous et les autres pourriez avoir besoin.
Exprimez les besoins individuels au sein de votre groupe et tenez-vous mutuellement informé·es des actions de chacun·e.
Anticipez comment chacun·e va s'impliquer. Certain·es voudront participer à tous les aspects de l'enquête, d'autres craindront peut-être que l'enquête ne soit qu'un « problème isolé » qui relègue au second plan leurs autres activités politiques, et seront donc juste intéressé·es par les décisions prises. Par ailleurs, il convient d'être attentif·ve à certains points, comme l'équilibre entre des besoins divergents (par exemple, le respect de la vie privée et le désir d'agir) et le risque de burn-out.
Résultats de l'enquête
Il est peu probable que les recherches aboutissent à des résultats définitifs. La certitude absolue concernant les policier·es infiltré·es n'a été atteinte que lorsque leur véritable identité a été découverte. Dans certains cas, cette découverte a été rendue possible par la négligence et les erreurs de l'agent·e infiltré·e concerné·e, comme dans le cas de Dani, qui a remis une clé USB à un·e autre militant·e en pensant avoir effacé les informations qu'elle contenait. Iels ont ainsi pu récupérer des photos de lui en uniforme à l'école de police d'Ávila, des photos avec ses collègues, etc. Dans d'autres cas, la capacité du groupe à exploiter toutes les pistes et à mener des investigations approfondies a permis de révéler leur identité.
Vous trouverez ci-dessous la liste des résultats possibles des enquêtes.
1. Il est prouvé qu'il ne s'agit pas d'un·e infiltré·e
Dans le meilleur des cas, nous pourrons dissiper les soupçons pesant sur la personne concernée. Toutefois, il ne suffit pas d'arriver à cette conclusion et de considérer l'affaire comme close. Nous devrons communiquer nos conclusions à toutes les personnes avec lesquelles la question a été abordée. Nous insistons sur le fait que nous ne pouvons pas nuire à la réputation d'une personne par des insinuations ou en laissant perdurer des rumeurs. Il faudra également décider s'il convient ou non d'informer la personne faisant l'objet de l'enquête.
Pour certaines, cela impliquera un degré de transparence qu'il faudra évaluer, tandis que d'autres pourraient très mal le prendre. D'autres groupes ont tout simplement décidé de ne pas mentionner l'enquête, ce qui risque d'alimenter la polémique.
Selon l'ampleur des soupçons au sein des gens, la question pourrait ressurgir.
N'oubliez pas que si les éléments recueillis tombent entre de mauvaises mains, ces informations pourraient être utilisées contre la personne faisant l'objet de l'enquête. Par conséquent, si les soupçons s'avèrent infondés, détruisez les informations recueillies.
2. Vous n'êtes pas certain·es
Le monde de l'infiltration policière, des informateurices, des mouchard·es et des espions privés est opaque par nature. Il est géré par des structures étatiques dotées de professionnels et de mécanismes qui mettent tout en œuvre pour dissimuler les activités et créer des couvertures. Nombre d'entre nous peuvent avoir des raisons légitimes de ne pas toujours être totalement transparent·es sur leur passé ou leur histoire personnelle. Si l'on ajoute à cela le fait que nos mouvements politiques ont de plus en plus intériorisé une culture de la sécurité et du respect de la vie privée d'autrui, nous nous trouvons dans une situation où il est assez difficile de reconnaître un·e flic infiltré·e.
Si vous soupçonnez une personne qui est ou a été membre de vos assemblées ou collectifs, vous devez être conscient·es qu'il y a de fortes chances que vous ne sachiez jamais si ces soupçons sont ou étaient infondés.
Il est possible que vous vous concentriez sur la mauvaise piste : le problème vient peut-être d'une autre personne du groupe (qui répand peut-être des rumeurs pour brouiller les pistes), ou bien les membres du groupe sont négligent·es en matière de sécurité, ou encore le groupe est soumis à une surveillance technologique. Dans tous ces cas, il est peut-être préférable de mettre de côté les soupçons pour le moment. Vous pouvez aborder le problème sous d'autres angles : examinez les activités de votre collectif ou assemblée et les risques liés à ces activités, ou encore si les fuites vous empêchent de poursuivre votre action politique selon les méthodes choisies.
Nous vous suggérons, pour gérer au mieux cette situation, d'être attentif·ves aux besoins de sécurité et de prendre toutes les précautions possibles à cet égard. Engagez un débat ouvert et honnête sur les menaces potentielles qui pèsent sur votre projet politique et sur les mesures à prendre pour les contrer.
Dans bien des situations, vous ne serez jamais sûr·es à 100 % qu'une personne soit infiltrée. Vous vous retrouvez alors face à la difficile décision de savoir quoi faire ensuite. Par exemple, dans le cadre de l'enquête publique sur les opérations d'infiltration policière au Royaume-Uni, l'Undercover Research Group et d'autres groupes ont rendu publiques des informations sur des infiltré·es. Malgré l'absence de preuves définitives, iels estimaient disposer d'indices suffisants pour confirmer leur implication. Dans ces cas précis, leurs légers doutes les ont conduits à limiter les informations publiées : iels ont décidé de ne pas diffuser de photos ni de noms complets.
En Espagne, des cas similaires existent, mais il a été décidé pour l'instant de ne pas les publier tant que des preuves définitives ne seront pas disponibles. On pourrait citer l'exemple de Marian, exclue de l'association « Mères Contre la Répression » en 2021, mais dont la véritable identité n'a pu être établie avec certitude qu'en 2024. 3. Si vous avez raison…
Si vous avez trouvé des preuves irréfutables, ou des preuves circonstancielles si importantes qu'elles ne peuvent être ignorées, vous devrez réfléchir attentivement aux prochaines étapes. Il est presque toujours judicieux de rendre l'affaire publique, car la plupart des infiltré·es sont actif·ves, ou pourraient l'être à nouveau, dans davantage de territoires et de mouvements qu'on ne le pense. Ces groupes peuvent également être affectés et doivent être informés de l'affaire.
Rendre l'information publique exige de la délicatesse. Voici quelques étapes à suivre : Avertissez au préalable les personnes qui ont été en contact avec l'infiltré·e. Cela ne sera peut-être pas toujours possible, mais il est important de faire un effort en ce sens. Il est terrible de découvrir qu'un·e ancien·ne collègue, partenaire ou ami·e était un·e flic infiltré·e en voyant sa photo sur Internet ou dans les médias. Veillez à préserver l'anonymat de chacun·e et assurez-vous que toutes les personnes ayant connu l'infiltré soient conscientes de la nécessité de ne pas divulguer d'informations personnelles sans autorisation, telles que les véritables noms des personnes impliquées (ceci est particulièrement important pour les personnes ayant eu des liens étroits, quels qu'ils soient, avec les infiltré·es). Rassemblez tous les éléments de preuve et, si possible, collaborez avec des médias alternatifs comme La Directa ou El Salto afin qu'ils les publient et leur donnent une couverture médiatique. Assurez-vous d'être en contact avec des journalistes qui comprennent vos besoins et l'impact émotionnel que ce genre d'affaires peut avoir, surtout si certaines personnes ont eu des liens étroits avec l'infiltré·e. Cela concerne notamment la gestion de la temporalité, le contenu de la publication, etc. Il est également conseillé de fournir un maximum de détails sur les activités auxquelles l'infiltré·e a participé, ainsi que sur son parcours depuis son infiltration, afin que d'autres groupes et personnes puissent les contextualiser : les souvenirs des noms et des visages peuvent s'estomper. Ainsi, nous pouvons aider les autres à savoir de qui iels parlent et à identifier des points communs avec d'autres cas pas encore investigués. La gestion de ce processus au sein du groupe est essentielle. Des outils de soutien doivent être préparés pour les personnes les plus touchées par les conséquences. D'après notre expérience, le soutien de centres spécialisés dans la prise en charge des victimes de violences politiques, d'abus et de torture, comme Sira, s'est avéré indispensable. Il faut décourager autant que possible les réponses du type « Je le savais déjà ». Elles ne sont jamais utiles, surtout pas pour les personnes concernées. N'oubliez pas qu'elles peuvent encore souffrir de sentiments de culpabilité, de dégoût de soi, etc., et que ces difficultés peuvent mettre des années à se résoudre. De plus, ces réponses reflètent la peur, l'insécurité et le refus d'accepter la situation. Si ces personnes « savaient déjà » à l'époque mais n'ont ni parlé, ni agi, elles ne sont pas du tout solidaires.
Conséquences et enseignements tirés - Que faire si vous découvrez la présence d'un·e infiltré·e parmi vous ?
De manière générale, la discrétion est de mise. Dans ce genre de situation, il existe non seulement un risque de propagation de la paranoïa, mais aussi le risque que la personne concernée découvre les soupçons qui pèsent sur elle. Si cela se produit, elle effacera probablement ses traces et disparaîtra avant que vous puissiez la confronter.
La plupart des neuf cas présentés ici ont été découverts alors que l'infiltration touchait à sa fin. Ces dernier·es ne résidaient plus dans les villes infiltrées, mais laissaient toujours la porte ouverte à un retour, maintenant un contact virtuel par messages et appels.
N'oubliez pas que toute enquête, quel qu'en soit le résultat, peut fragiliser les liens de confiance au sein du groupe. En particulier après une révélation publique, cela peut poser problème si certains membres se sentent exclu·es du processus et sont en colère de ne pas avoir eu leur mot à dire dans les décisions.
Une fois l'enquête terminée (et, rappelons-le, une certitude absolue n'est pas toujours possible), votre groupe devra peut-être déployer des efforts considérables pour rétablir la confiance entre ses membres.
Un·e infiltré·e nouvellement découvert·e peut causer un préjudice personnel important lors de sa fuite. L'impact d'une telle découverte peut diviser les groupes si nous ne disposons pas des preuves nécessaires pour justifier l'enquête. En l'absence de preuves complètes, l'infiltré·e pourrait également tenter de retourner le mouvement, d'autres personnes ou organisations contre le groupe enquêteur, ou encore profiter de sa fuite pour semer la discorde et provoquer des conflits internes.
Soutien mutuel
Enquêter sur un·e infiltré·e et le démasquer a un impact émotionnel profond. L'État, par exemple, apporte un soutien psychologique aux flics infiltré·es, et nous devons être conscient·es de ce qu'une enquête peut impliquer.
Vous devez veiller, à toutes les étapes du processus, à prendre en compte les besoins émotionnels des personnes affectées, ainsi que ceux du groupe enquêteur, même si, dans notre cas, nous étions les mêmes personnes.
Leçons tirées de l'accompagnement émotionnel pendant la phase d'enquête
Lorsqu'on enquête sur des infiltré·es, la confiance en soi et en l'image que l'on renvoie est souvent l'une des premières choses à disparaître. L'impact personnel d'une enquête est souvent sous-estimé.
En nous unissant, nous pouvons créer des espaces de rencontre et de soutien mutuel, en partageant nos expériences et nos idées politiques. C'est l'une de nos plus grandes forces. Il est important de savoir que chacun·e réagit différemment. Les réactions dépendent de la situation de chacun·e au moment des faits et de sa relation avec l'infiltré·e.
Les personnes très proches de l'infiltré·e ont souvent du mal à accepter la tromperie et peuvent mettre du temps à comprendre ce qui s'est passé. Pendant l'enquête, il est important d'en tenir compte et de présenter les informations et les preuves en personne pour aider les personnes concernées à assimiler la nouvelle.
Ne prenez pas de décisions précipitées : les personnes doivent sentir que leurs besoins sont pris en compte et doivent donc avoir la possibilité de les exprimer.
Essayez de mettre de côté les vieilles querelles personnelles et politiques qui pourraient nuire à l'objectivité de l'enquête.
Chacun·e gère la situation au mieux, et nous pensons qu'il est important de respecter les souhaits et les préférences de chacun·e. Certain·es préféreront ne rien savoir, d'autres auront peut-être déjà trop de soucis ou de problèmes dans leur vie pour s'occuper de cette question. Une fois l'enquête terminée et les résultats présentés au collectif ou à l'assemblée, un malaise pourrait apparaître chez celleux qui n'ont pas été invité·es à y participer. Si la situation n'est pas gérée avec tact, elle peut devenir délicate. Paranoïa
Le fait de soupçonner que l'on partage des espaces, des rassemblements, des collectifs et/ou sa vie avec un·e flic infiltré·e peut engendrer des peurs et de la paranoïa. Parmi les symptômes courants, on peut citer le fait de voir des espions à chaque coin de rue ou le fait de pointer du doigt toute personne ayant eu un comportement légèrement suspect. Il est important de rester vigilant·e. De nombreux facteurs peuvent nous influencer, mais il est crucial de ne pas se laisser emporter par ses peurs et de s'efforcer de mener une enquête sérieuse. La paranoïa est contre-productive et ne fait que perturber le processus.
Si nous partageons des espaces et des collectifs avec des personnes méfiantes, voire paranoïaques, il est essentiel qu'elles se sentent écoutées et comprises. Demandez-leur délicatement ce qu'elles pensent ou craignent ; écoutez-les sincèrement mais avec prudence ; abordez tout désaccord avec respect et soyez ouvert·es à l'idée qu'il peut s'agir non pas de paranoïa, mais de préoccupations sérieuses.
La paranoïa peut aussi se dissimuler sous le masque de la « sensibilité à la sécurité ». La sécurité vise à réduire les risques à un niveau acceptable pour pouvoir poursuivre nos activités. La paranoïa survient lorsque la situation nous échappe et nous paralyse, alimentée par la peur généralisée d'un État et de forces de police apparemment invincibles.
Les questions que nous proposons contribuent à atténuer cette paranoïa grâce à une recherche concrète et un accompagnement personnalisé. S'interroger sur nos connaissances, nos craintes et se concentrer sur des données réelles permet généralement de démasquer les infiltré·es grâce à des informations objectives, sans pour autant se laisser guider par nos peurs. Il s'agit de minimiser les risques afin de poursuivre notre activité politique.
L'enjeu est d'analyser la nature de votre collectif ou assemblée, son degré d'ouverture ou de fermeture souhaité, ses objectifs et, sur la base de cette analyse, d'établir des protocoles de sécurité adaptés, dans lesquels chacun·e se sente à l'aise.
Réflexions finales
Paradoxalement, une enquête bien menée peut être source d'inspiration et de force, même si la découverte d'un·e infiltré·e est, tout au moins, désagréable. Le contenu de ce manuel est issu de plusieurs enquêtes de ce type et de leurs participant·es. Dans certains cas, les groupes en sont ressortis plus forts, bien que le chemin parcouru, et encore en cours, soit souvent semé d'embûches.
En rédigeant ce document, notre intention n'est pas d'encourager la paranoïa, mais de la réduire. Les accusations sont souvent fondées sur des rumeurs et des spéculations qui ne font que servir nos ennemis. Nous avons cherché à proposer des outils et des techniques qui vous permettront de mener des enquêtes approfondies afin de mettre fin aux rumeurs et aux mauvaises pratiques, et de vous renforcer par la même occasion.
Malgré toute la violence avec laquelle la police et l'État attaquent la classe ouvrière organisée, et les profonds dommages que cela cause, nous ne sommes pas anéanti·es. Céder au fatalisme et croire à notre impuissance leur donne le pouvoir de gagner. Il reste encore beaucoup à faire, de nombreux horizons à conquérir et de nombreux combats à mener.
Les tactiques évolueront, s'adapteront à la réalité du terrain au fur et à mesure que nous trouverons des solutions, mais l'essentiel réside dans ce qui nous a motivé à nous engager dans la lutte politique et dans les objectifs d'émancipation que nous poursuivons.
Nous savons désormais que le recours à des infiltré·es a eu des effets secondaires inattendus, comme le dépôt de plaintes ou une aide indirecte à certaines actions. Nous avons connaissance de cas où la présence d'un·e flic infiltré·e a permis de protéger des militant·es, car l'agent·e ne pouvait agir sur la base de certaines informations par crainte d'être découvert·e ou parce qu'iel était ellui-même poursuivi en justice sous sa fausse identité de militant·e.
Enfin, une question qui nous est souvent posée est la suivante : comment attirer de nouvelles personnes dans nos organisations ? Comment concilier ouverture et sécurité ? Comme nous l'avons déjà dit, il n'y a pas de réponse unique. Chaque collectif a ses propres besoins et priorités. L'important est de créer, dès le départ, une culture qui réponde aux ambitions de l'organisation et qui s'y tienne. N'ayez pas peur de poser des questions, mais soyez honnêtes quant à vos motivations. Si vous estimez avoir besoin d'un niveau de sécurité ou de confidentialité plus élevé, identifiez les menaces spécifiques auxquelles vous êtes confronté·es et élaborez un plan pour les contrer afin de minimiser les risques. La sécurité absolue n'existe pas, mais il est toujours possible de trouver des solutions.
L'État peut investir massivement pour tenter de nous arrêter, mais des milliers d'actions ont été menées, de nombreuses organisations prennent des précautions et fonctionnent avec succès, ce qui prouve clairement que nous pouvons les déjouer si nous prenons la situation au sérieux.
Matériel de recherche - Liens pour chaque cas
Avant de commencer cette section, nous tenons à souligner l'importance cruciale de lire tous les articles de presse relatifs aux affaires mises au jour. Nous avons pu en découvrir plusieurs précisément après avoir lu les premiers articles, en repérant des points communs et en constatant que nombre d'entre eux correspondaient aux personnes suspectées. Afin de centraliser ces informations, nous avons répertorié les liens qui vous mènent directement aux articles (en espagnol et en catalan). Carlos Pérez Moreno : elsaltodiario.com/policia/policia-infiltrado-movimientos-sociales-madrid-juancar María Ángeles Gómez Armendáriz : elsaltodiario.com/policia/marta-estupa-dos-decadas-infiltrada-movimientos-sociales Ignacio José Enseñat Guerra : directa.cat/un-agent-de-la-policia-espanyola-sinfiltra-a-lesquerra-independentista-i-al-moviment-pel-dret-a-lhabitatge Daniel Hermoso Pérez : directa.cat/dani-el-segon-talp-destat-per-espiar-lactivisme María Victoria Canillas Sánchez : elsaltodiario.com/policia/identifican-una-agente-policia-infiltrada-movimientos-sociales-madrid Ramón Muñoz Fernández : directa.cat/un-talp-policial-en-lactivisme-de-valencia Sergio Gigirey Amado : elsaltodiario.com/policia/seis-anos-infiltrado-movimientos-sociales-madrilenos Lucía Rodríguez de Ves : eldiario.es/politica/policia-espio-colectivos-sociales-madrilenos-durante-tres-anos-agente-infiltrada_1_11312665.html María Isern Torres : directa.cat/una-policia-sinfiltra-tres-anys-en-els-moviments-populars-de-girona Les 17 questions que nous abordons
1. Absence de passé ? Manque de racines ?
Généralement, les infiltré·es ont peu de souvenirs. Iels ont souvent une « histoire » : leur lieu d'origine et les raisons de leur départ. Les détails sont généralement rares, et il y a très peu de points communs entre leur monde d'avant et leur monde militant. Il est rare de croiser des ami·es ou de voir des photos de leur « vie d'avant », même s'iels en parlent ou si le suspect dit qu'iel va les revoir. Ces identités étant créées spécifiquement pour ces infiltrations, iels n'ont pas de passé et nous n'en trouverons aucune trace dans les archives ni sur Internet (à l'exception de ce qu'ils ont pu faire dans le cadre de l'infiltration en cours, comme des inscriptions à des compétitions sportives ou à l'université).
Dans la grande majorité des cas sur lesquels ce texte est basé, la ville d'origine de l'infiltré·e n'était pas la même que celle qu'iel a infiltrée. Nous supposons que c'était pour éviter qu'iels soient reconnus ou que leur passé soit plus facilement vérifié (Sergio était de Santiago et a infiltré Madrid, Dani était de Majorque et a fait de même à Barcelone, María était également de Majorque et a infiltré Gérone, etc.) Le cas de Marian serait l'exception, car elle était originaire d'Aranjuez et y menait sa double vie, réelle et fictive.
Iels justifient généralement leur déménagement dans une autre ville par des raisons professionnelles ou d'études (ce qui est courant, la grande majorité des gens le font pour cette raison).
Attention : Dans le cas de Gérone, il a été confirmé que María a présenté des membres de sa famille et des ami·es (qui n'étaient pas des agents de l'État) aux activistes dans les zones qu'elle infiltrait. Nous supposons que cela a été fait sous prétexte de renforcer son récit et ainsi d'instaurer une plus grande confiance dans le milieu où elle opérait. Qui soupçonnerait un·e ami·e/activiste/partenaire si l'on connaît sa mère et ses amis ? C'est pourquoi il est important de se souvenir des coordonnées de ces personnes, adresses, etc., pour les besoins de l'enquête.
2. Leurs idées politiques sont-elles quasi inexistantes ou sous-développées ?
Dans la plupart des cas, les infiltré·es ont très peu à dire sur la politique du mouvement qu'iels infiltrent. Bien qu'iels manifestent un intérêt pour les autres, leur contribution est minime et iels évitent généralement ces débats ou s'en distancient. En revanche, ce sont des « militant·es modèles » quant à leur implication dans la logistique, la gestion des finances, la participation aux assemblées, aux actions, etc.
Lorsqu'iels manifestent un intérêt, celui-ci reste superficiel, voire relève d'une écoute active visant à apprendre, et les ouvrages et documents de référence qu'iels possèdent sont des ouvrages de vulgarisation classiques, peu approfondis.
Attention : Ce constat peut s'appliquer à de nombreuses personnes au sein du mouvement en général, mais dans certains milieux, cette superficialité est frappante.
3. Quelqu'un·e a-t-iel rencontré sa famille ?
Certaines personnes infiltrées n'évoquent jamais leur famille, tandis que d'autres le font fréquemment. Cependant, les occasions de les rencontrer ne se présentent jamais ; il y a toujours des excuses. Les infiltré·es peuvent montrer des photos et d'autres documents indiquant l'existence de prétendus membres de leur famille, et affirmer entretenir des relations étroites avec elle.
D'autres inventent des histoires de relations abusives (et s'en servent pour gagner votre confiance), mais tiennent des propos incohérents sur la façon dont iels vont les rencontrer. Parfois, des crises familiales, comme la maladie grave d'un parent, servent de prétexte à de longues absences.
Comme nous l'avons mentionné à plusieurs reprises dans ce manuel, il existe des schémas communs, mais aussi des exceptions. Dans ce cas précis, l'agente infiltrée à Gérone a présenté sa véritable famille et ses ami·es à son partenaire ; elle a même donné le vrai nom et la profession de son ami·e et de sa mère, et l'a emmené à la maison où elle vivait réellement avec sa mère. Mais leur rencontre ne s'est pas limitée à une seule occasion : la mère de la flic infiltrée a joué un rôle actif tout au long de l'opération, par téléphone et appels vidéo quotidiens.
De plus, même sans contact avec leur environnement habituel, certaines références familiales évoquées lors de l'infiltration pourraient correspondre à des situations réelles. Par exemple, Sergio a mentionné avoir un frère aîné pompier à Santiago, ce qui était exact. 4. Leur travail ou leur vie « personnelle » les oblige-t-iels à s'absenter pendant de longues périodes ou de nombreuses périodes courtes ?
Il semble que de nombreuses personnes infiltrées occupent des « emplois » qui les contraignent à s'absenter pendant de longues périodes, jusqu'à plusieurs semaines d'affilée (généralement en été). Ces absences, professionnelles ou personnelles, leur permettent de gagner de l'argent (par exemple, Sergio, lorsqu'il se rendait en Galice pour voir sa famille, prétendait à son retour que sa grand-mère lui avait donné 500 euros, ce qui lui permettait de justifier une période de chômage ; María, quant à elle, s'absentait souvent l'été en prétextant travailler intensivement dans un club nautique à Majorque pour subvenir à ses besoins).
5. Leur domicile semblait-elle inhabitée ?
Un thème récurrent était le caractère peu accueillant, voire inhabité, de leurs domiciles, malgré quelques exceptions. Certains objets étaient disposés de manière orchestrée, comme pour symboliser un engagement de « militant politique ». L'absence de toute « touche personnelle » et de biens matériels était également flagrante. L'exemple de Carlos est éloquent : sa maison était quasiment dépourvue de décoration, donnant l'impression d'être inhabitée, et l'eau du robinet était brunâtre. De même, celui de María, qui a vécu trois ans dans un appartement touristique sans changer une seule photo, un appartement transformé en location classique en raison de la baisse du tourisme liée à la COVID-19.
Les maisons qu'iels habitent, ou qu'iels prétendent habiter, bénéficient toujours d'un facteur « chanceux » pour y accéder : c'est l'appartement « de leur oncle », « d'une amie de leur mère », « leur patron leur loue un appartement à un prix modique », etc.
Il arrive cependant que l'infiltré·e ne se rende jamais dans l'appartement où iel est censé vivre, ni ne le montre à personne.
Si vous connaissez l'adresse exacte, c'est une piste intéressante à explorer, en commençant par obtenir le titre de propriété.
6. Comment se sont-iels impliqué·es dans l'organisation ou ses cercles ?
Nous faisons référence au premier contact ou à la première expérience évoquée par l'infiltré·e lorsqu'iel rejoint le collectif politique. Dans la plupart des cas, iel a participé à des activités dans des espaces ouverts à contenu politique limité : banques alimentaires, salles de sport associatives, clubs de lecture féministes… Cela constitue une forme de « preuve » lorsqu'il s'agit de s'engager dans un espace plus politisé. Cela inspire généralement plus confiance que de dire qu'on n'a jamais rien fréquenté. Il est essentiel de préciser le moment et le lieu exacts de cette première expérience.
7. Possèdent-iels des compétences de conduite exceptionnelles, sont-iels titulaires de tous les permis de conduire ?
On dit souvent des infiltré·es qu'iels ont des compétences de conduite supérieures à la moyenne, ce qui n'est pas surprenant compte tenu des exigences pour devenir agent·e de police.
Remarque : Cette question est particulièrement pertinente dans le contexte britannique, où les infiltré·es étaient des agent·es ayant une longue expérience au sein des forces de police, où ces compétences de conduite sont acquises. Dans notre contexte actuel, les infiltré·es ont un profil différent (agent·es récemment diplômé·es) et, par conséquent, iels peuvent ne pas posséder ces compétences, même si, sous leur véritable identité, iels sont au moins titulaires d'un permis de conduire, car c'est une condition requise pour l'examen national de police. Sergio, par exemple, possédait tous les permis de conduire, ce qui lui a permis d'effectuer de nombreuses tâches logistiques nécessitant la conduite de camions ou de fourgonnettes.
8. Quel est leur caractère ?
Le charme, la convivialité et la bienveillance des infiltré·es sont souvent soulignés. Iels sont perçu·es comme prêt·es à tout pour aider. Très conciliant·es, iels fuient toute controverse (la leur ou celle d'autrui).
La plupart sont très empathiques et abordables, et font preuve d'une grande audace pour comprendre et gérer les émotions, les conflits et les crises personnelles de leur entourage. Iels proposent généralement une écoute attentive et un soutien émotionnel, toujours avec discrétion, sans jamais empiéter sur la vie privée d'autrui.
Cela ne signifie pas pour autant qu'iels ne peuvent pas, dans certaines situations conflictuelles, adopter d'autres stratégies, conformément aux recommandations de leurs supérieurs.
9. Ont-iels des problèmes d'argent ?
Iels sont souvent disposé·es à aider financièrement les autres, par exemple en ne demandant pas d'argent pour l'essence ou en offrant des tournées de nourriture et de boissons. Parfois, iels prétendent que leurs dépenses sont déjà prises en charge d'une manière ou d'une autre, par exemple par leur travail.
Iels ne sont pas forcément ostentatoires ; iels peuvent même se plaindre de leur situation financière ou sembler devoir faire attention à leurs dépenses pour ne pas se faire remarquer, mais iels semblent toujours avoir accès à l'argent.
10. Les relations sont-elles centrées sur des personnes clés ou sur leur entourage ?
Il est fréquent qu'après leur intégration à un groupe, les individus « ciblent » des personnes clés et se lient étroitement à elles, tant sur le plan personnel que par leur militantisme. De ce fait, iels sont souvent perçus de l'extérieur comme le bras droit de X, ce qui s'avère utile, outre le fait de se rapprocher de leur objectif d'obtention d'informations, pour apaiser d'éventuels soupçons ou pour gagner en crédibilité au sein de l'organisation.
11. Avez-vous détecté quelque chose d'étrange ou de contradictoire ? Au cours de nos investigations, nous avons relevé plusieurs particularités qui méritent d'être prises en compte : Des documents avec des noms différents de celui que nous connaissons (parfois, cela s'explique facilement et ce n'est pas toujours injustifié). Leurs vrais réseaux sociaux : Mavi a été découverte en partie grâce à cela. Elle prétendait avoir fréquenté une école de ballet à Grenade et le nom qu'elle a donné correspondait à un nom d'Almeria, sa véritable ville d'origine. Ses véritables réseaux sociaux ont été retrouvés et les noms de famille réel et fictif ne correspondaient pas. María avait expliqué qu'elle proposait ses services de garde de chiens via une application dédiée. Ce profil existait bel et bien et a permis de corroborer son adresse réelle, ce qui a ensuite permis de révéler son identité. L'absence des compétences qu'iels prétendent posséder, notamment si elles sont liées à leur emploi supposé. Ou encore, ne pas en savoir assez sur un sujet qui les passionnent pourtant. Par exemple, Ramón et Mavi ont déclaré n'avoir jamais pratiqué d'arts martiaux et pourtant, dès leurs premiers cours, iels ont attiré l'attention précisément parce qu'il était évident qu'iels en avaient des connaissances. Iels réagissent à des situations imprévues d'une manière qui indique un entraînement préalable. Il a été prouvé que les infiltré·es disposent d'une équipe derrière eux 24 heures sur 24 qui les surveille grâce aux microphones de leurs appareils électroniques (montres, téléphones portables, ordinateurs, etc.) Il y a eu des situations où régnait un bruit important à l'endroit où se trouvaient l'infiltré·e et son équipe : ne pouvant savoir ce qui se passait, l'équipe alertait la patrouille de police la plus proche qui venait voir ce qui se passait sous prétexte d'un « contrôle de routine » afin de ne pas éveiller les soupçons. De plus, dans plusieurs cas, il a été vérifié que certains appartements du même immeuble que ceux des infiltré·es étaient occupés par des policier·es, et que, lorsque ce n'était pas le cas, un commissariat de police nationale se trouvait à proximité. Iels réagissent avec une inquiétude excessive, quoique dissimulée, face à la perte de contrôle de l'information ou à l'incertitude liée aux situations imprévues, aux changements de dernière minute, aux plans improvisés, etc. Nombre d'entre nous peuvent comprendre cette nervosité face à la perte de contrôle, mais il convient d'en tenir compte lors de l'enquête. Un détail qui a attiré l'attention des camarades militant·es de Ramón à Valence, compte tenu de son profil militant, était qu'il s'épilait les sourcils.
12. Y a-t-il eu des affaires judiciaires étranges ou un manque d'intérêt de la part de la police ?
Il arrive que dans le cadre d'affaires judiciaires, les poursuites contre des personnes infiltrées soient inexplicablement abandonnées. Dans le cas de Sergio, nous savons que cela s'est produit à au moins deux reprises, et une autre fois dans celui de Carlos. Trois plaintes que nous n'avons jamais reçues et pour lesquelles, curieusement, nous n'avons pas accès au document justifiant la clôture de l'affaire. Il se peut aussi que la police se soit notablement désintéressée d'une organisation pendant la période où l'infiltré·e en faisait partie, ou que des personnes n'aient pas été arrêtées alors qu'il semblait évident qu'elles auraient dû l'être. Nous savons maintenant que les responsables de l'infiltration ont parfois fermé les yeux sur des actions illégales et se sont distanciés de ces actions afin d'éviter d'avoir à procéder à des arrestations.
Attention : L'inverse est également possible.
13. Ont-iels soudainement disparu et évité tout contact ? (déconnexion/exfiltration)
Cette question pourrait faire l'objet d'une section à part entière, car la « stratégie de sortie » ou « l'exfiltration » est un aspect essentiel de l'opération pour celleux qui enquêtent sur une possible infiltration policière. Dans tous les cas connus, les infiltré·es ont exercé leurs fonctions pendant plusieurs années (certain·es sont resté·es moins longtemps car iels ont été identifié·es, comme Mavi, et d'autres plus longtemps, comme Sergio, qui est resté 7 ans, ou Marian, jusqu'à l'âge de 35 ans), puis iels sont parti·es relativement brusquement (iels trouvent un emploi, un proche tombe gravement malade, etc.)
Il est révélateur de constater la récurrence de deux stratégies, parfois combinées : Changement d'emploi. Un membre de la famille gravement malade. (Plusieurs cas ont été recensés. Par exemple, María a déclaré que son père était atteint d'un cancer très grave, malgré un pronostic de guérison possible. Cette situation, outre le fait de renforcer l'empathie envers des militant·es, a servi à un retrait progressif du milieu.)
Et surtout, iels disparaissent complètement de leur vie militante. Quant à leur vie sociale, iels conservent un contact isolé, presque toujours en ligne. Par exemple, Carlos et Sergio ont continué à utiliser le numéro de téléphone de leur fausse identité, même plusieurs mois, voire deux ans, après leur « déconnexion ». María, en revanche, a maintenu un contact en ligne plus intense. Nous comprenons qu'il s'agit de conserver un lien avec les milieux infiltrés, au cas où iels auraient besoin d'y retourner.
Dans cette section, deux points essentiels méritent une attention particulière : Relais et mouvements : Dans plusieurs cas, nous avons constaté des relais entre les infiltré·es. Par exemple, Carlos et Lucía ont pris la place laissée vacante par Sergio lorsqu'il a quitté les deux organisations auxquelles il appartenait. Nous savons également que, dans d'autres cas, un·e autre infiltré·e leur a ouvert la voie, bien que nous ne soyons pas encore en mesure d'en parler. Concernant les mouvements, il est important de noter qu'iels peuvent se déplacer, même s'iels ont été expulsés pour suspicion, mais que cela n'a pas été rendu public. À titre d'exemple, citons le déplacement de Carlos à Vallecas, suite à la dissolution du collectif de jeunes qu'il avait infiltré. Ou encore celui d'Ignacio José et de Ramón, qui participaient simultanément à plusieurs organisations et occupaient différents espaces. Réactions après la découverte : Bien que cela puisse paraître évident, aucun·e des infiltré·es découvert·es n'a reconnu avoir été infiltré·e. Ni auprès de la presse qui les a contacté·es avant la publication des articles, ni auprès de leurs « collègues » et « ami·es » dans toutes sortes de situations. Iels ont nié les faits malgré des preuves accablantes, comme des photos et des vidéos les montrant en uniforme de police. Nous supposons qu'iels agissent conformément au protocole policier, ce qui, si cela est possible, ne fait qu'aggraver la situation. La seule exception est le cas de María, qui a admis lors d'un appel vidéo être policière et a expliqué comment un commissariat l'avait contactée pour travailler comme infiltrée après son assermentation. Elle a également reconnu la présence d'autres policier·es en civil dans des villes comme Malaga, Salamanque et Grenade. 14. Réseaux sociaux Un autre schéma récurrent que nous avons observé est que les infiltré·es créent des profils sur des réseaux sociaux peu de temps avant de commencer leur infiltration. Lors d'une enquête sur une personne suspectée, l'analyse de ses réseaux sociaux est cruciale. Outre la date de création des comptes, il est important d'examiner le nombre d'abonné·es et d'ami·es, car il est rare qu'une personne n'ait que des contacts récents et aucun ami·e de son passé (ce qui rejoint la notion d'absence d'attaches évoquée dans la question 1). On peut même observer sur Instagram le nombre de fois où la personne a changé de nom d'utilisateurice.
Bien entendu, et comme pour tout schéma récurrent, une personne non infiltrée peut avoir de très bonnes raisons de ne pas avoir de réseaux sociaux jusqu'à présent et d'en avoir créé de nouveaux, ou d'avoir rompu avec son passé et de ne plus entretenir de relations avec ses ancien·nes ami·es… Il s'agit néanmoins d'un élément à prendre en compte. 15. Photos En général, les infiltré·es sont très réticent·es à apparaître sur des photos, seul·es ou en groupe. Iels sont également très réticent·es à partager des photos d'elleux-mêmes, de leur famille, de leurs ami·es, de leur passé… Iels invoquent toujours des situations compliquées ou problématiques comme justification.
Dans plusieurs cas (Sergio, María…), il a été prouvé que les infiltré·es se sont procuré de nombreuses photos de militant·es sous prétexte de « faire des blagues », de « créer des mèmes » ou d'immortaliser des rencontres et des moments de détente dans un contexte de confiance maximale. Soyez vigilant·es.
Il a également été prouvé que les infiltré·es partagent des photos entre elleux pour se couvrir et s'entraider. Par exemple, les cas d'Ignacio José et de Dani. Tous deux étaient des infiltrés à Barcelone et appartenaient à la même promotion, avec María et Ramón. Eh bien, la police a planifié les deux premières histoires concernant leurs fausses identités de telle sorte qu'ils étaient frères (l'un était Daniel Hernández Pons et l'autre Marc Hernández Pons) afin que si l'un d'eux était suspecté, il puisse donner l'autre comme référence. 16. COVID La personne que vous surveillez était-elle active au sein du mouvement politique au début de la pandémie ? Comment a-t-elle agi ? Nous avons constaté que les infiltré·es présent·es au début de la pandémie sont retourné·es, comme par hasard, dans leurs lieux d'origine quelques jours seulement avant la déclaration de l'état d'urgence. Chacun·e avec une excuse différente. La personne que vous surveillez possède-t-elle un vaccin contre la COVID ? Si oui, vous pouvez lui demander de vous le montrer. Nous avons également constaté qu'aucun·e des infiltré·es n'a jamais présenté ce document (certain·es ont même affirmé·es être antivaccins, ce qui n'est pas si inhabituel, même dans nos milieux). Par conséquent, selon les explications qu'iels donnent ou leur réaction à votre demande de document numérique (passeport COVID), cela pourrait également être un signe de suspicion et une piste à explorer. 17. Téléphones portables Un autre aspect très intéressant et pertinent concerne les numéros de téléphone utilisés par les infiltré·es. Nous avons confirmé que les infiltré·es d'une même promotion utilisaient des numéros obtenus grâce à des cartes prépayées et que ces numéros étaient très proches. Par exemple, María, Dani, Ignacio José et Ramón, de la même promotion, avaient des numéros commençant par 631. Lucía et Carlos, également de la même promotion, avaient respectivement les numéros 604209458 et 604209448. Le numéro de Sergio était le 654 et celui de María le 650.
Ces informations pourraient s'avérer utiles dans le cadre de toute enquête que vous pourriez mener. Données importantes Iels portent le même nom sous leur véritable identité et leur fausse identité (sauf Marc, qui s'appelait Ignacio José, et Marta, qui s'appelait María Ángeles ou Marian). Ils ont souvent un nom composé (par exemple, Sergio sous sa véritable identité et Sergio Manuel sous la fausse, Lucía et María Lucía, Carlos et Juan Carlos…). TRÈS PERTINENT : Iels ont la même date de naissance sous leur véritable identité et leur fausse identité. Leur véritable nom figure au Journal officiel de l'État (Boletín Oficial del Estado, BOE) et, jusqu'en 2022, sur leur carte nationale d'identité (Documento Nacional de Identidad, DNI). En raison des lois sur la protection des données, le numéro complet de la carte nationale d'identité n'est pas inclu, ce qui complique légèrement l'enquête. Iels commencent à infiltrer quelques mois après l'obtention de leur diplôme de policier. Il faut donc consulter le BOE correspondant à cette année-là. (Par exemple, Sergio a obtenu son diplôme en mai 2014 et, en juillet de la même année, il a été affecté à Moratalaz). Iels passent environ un an à l'académie d'Ávila. C'est donc un élément à prendre en compte pour déterminer s'il faut ou non soupçonner quelqu'un·e (en fonction de son âge). Iels créent de faux profils sur les réseaux sociaux presque aussitôt après leur infiltration. Iels diffusent des vidéos et des photos de leurs remises de diplômes et de leurs stages après avoir quitté l'académie d'Ávila (sur Youtube, dans les médias en ligne, etc.) C'est ainsi que Sergio a été reperé. Un moyen quasi infaillible de distinguer une véritable identité d'une fausse identité faisant l'objet d'une enquête consiste à demander à une personne de confiance ayant accès aux données nécessaires (par exemple, un·e professionnel·le de santé) de vérifier si les dates de naissance de la fausse identité et de la véritable identité concordent. Titres de propriété : Cet outil vous permet de découvrir qui est propriétaire d'une maison ou d'un local. Application pratique : vous soupçonnez quelqu'un·e et vous connaissez son adresse, vous obtenez le titre de propriété du logement et vous vérifiez qui en est le propriétaire et si cela correspond à la version de la personne faisant l'objet de l'enquête. Études : Dans les cas mis au jour jusqu'à présent, il a été prouvé que certain·es infiltré·es se sont inscrit·es à l'université sous de fausses identités et qu'au moins deux d'entre elleux, Sergio et Lucía, l'ont fait en utilisant leur véritable identité pendant leur infiltration (afin de pouvoir passer les examens d'inspecteur interne dans le cas de Sergio). Un autre exemple est celui de Carlos et Dani ; dans les deux cas, ils auraient suivi une formation professionnelle en maintenance et réparation de climatiseurs. Recherche par numéro d'identification (ou toute autre donnée) entre guillemets : En saisissant le numéro d'identification réel ou fictif de l'infiltré·e dans un moteur de recherche, entre guillemets, les résultats indiqueront où cette information spécifique apparaît. Par exemple, grâce à cette recherche, nous avons pu découvrir que Sergio avait obtenu un diplôme de droit de l'UNED (Université nationale espagnole d'enseignement à distance) pendant son infiltration. « Nota de localización » (note de localisation) : Il s'agit d'un document informatif délivré par le cadastre qui fournit des informations sur les registres fonciers dans lesquels une personne possède un droit enregistré sur un bien immobilier. Grâce à cela, par exemple, nous pouvons découvrir les biens de l'infiltré·e et l'adresse de son ou ses domiciles, en vérifiant sa véritable identité, puisque son nom, son prénom et son numéro d'identification sont publics via le BOE. Recherche par véhicule : Cette procédure peut être effectuée en ligne et ne nécessite que l'immatriculation du véhicule. Par exemple, dans le cas de Marian, un véhicule sur lequel il avait été aperçu a été retrouvé. Ces informations, obtenues grâce à l'immatriculation du véhicule, ont permis de corroborer son identité. Expertise photographique : À partir de différentes photos de l'infiltré·e, certaines prises dans sa vie réelle et d'autres sous converture, un expert peut déterminer qu'il s'agit de la même personne, comme l'ont fait El Salto et La Directa dans certains cas. Les réseaux sociaux de leur véritable identité : Dans de nombreux cas, aussi surprenant que cela puisse paraître, et probablement en raison du sentiment d'impunité qu'iels ressentent, les infiltré·es et les personnes dont iels vous ont parlé possèdent des comptes sur les réseaux sociaux (Twitter, Instagram, Facebook…)
Toutes ces données peuvent servir de point de départ à une enquête. Par exemple, si vous connaissez la date précise à laquelle iels ont commencé leur infiltration, et sachant qu'iels utilisent presque toujours le même nom sous leurs deux identités, un premier tri peut être effectué auprès du BOE correspondant et toutes les personnes portant ce nom peuvent être sélectionnées. Nombre d'entre elles peuvent être écartées grâce à l'examen de leurs réseaux sociaux.
Ou encore, si vous connaissez la date de naissance de la personne suspecte et que vous avez une personne de confiance ayant accès aux données nécessaires, vous pouvez vérifier individuellement si la date concorde. Si vous connaissez l'adresse précise où la personne sous enquête est censée résider, en obtenant le titre de propriété ou en trouvant les coordonnées du propriétaire, vous pouvez exploiter cette piste pour confronter les versions. Ou encore, si la personne affirme travailler dans un lieu précis, vous pouvez vérifier aussi discrètement que possible si c'est bien le cas.
Sur Youtube et sur Internet, on trouve des vidéos et des photos de policier·es prêtant serment comme fonctionnaires de police, ainsi que des images de leurs débuts de formation dans différentes villes. Bien que ces dernières années, les promotions aient été massives (2 000 à 3 000 personnes), cela peut permettre de les identifier et les localiser, comme ça a été le cas pour Sergio. Celleux qui utilisent les réseaux sociaux sous leur véritable identité s'en servent comme si iels étaient intouchables. Dans le cas de Carlos, l'un des éléments qui a permis de faire avancer l'enquête a été de retrouver son compte Instagram, car il suivait le profil de la mairie de son village.
En bref, de nombreuses pistes sont à explorer si l'on dispose d'un minimum d'informations sur la fausse identité de l'infiltré·e. Il est utile de recueillir ces informations, par exemple, avant qu'iel rejoigne un groupe. Notre rôle n'est pas d'être détectives privés, mais toute information (nom, prénom, numéro de téléphone, lieu d'études, lieu de travail, antécédents militants, lieu d'origine, réseaux sociaux, adresse, etc.) recueillie pendant cette période peut faciliter une enquête ultérieure. Il convient de rappeler que rencontrer de nouvelles personnes a d'abord pour but de sociabiliser et non pas (ou pas uniquement) un but sécuritaire. Filtres utiles (mais non infaillibles) à mettre en place avant l'intégration d'une personne dans votre organisation
Comme indiqué dans nos réflexions finales sur notre processus de recherche, la sécurité à 100 % n'existe pas et chaque organisation a ses propres besoins et priorités en la matière, en fonction de son mode de fonctionnement, de ses objectifs, etc. Ces suggestions ne visent pas à encourager la paranoïa ni à imposer leur application à toustes. Chaque organisation doit procéder à sa propre évaluation. Nos recommandations, basées sur notre expérience, sont les suivantes : Demander un historique professionnel sans laisser le temps au candidat de le préparer (un code reçu par SMS suffit). Demander un acte de naissance. Dans les cas de Sergio, Dani, Marian et Carlos, nous avons constaté que l'état civil a répondu négativement à notre demande d'acte de naissance : IELS N'EXISTENT PAS. Cela diffère considérablement de la situation au Royaume-Uni, où les fausses identités des infiltré·es ont été obtenues à partir de bébés décédés. Deux situations peuvent se présenter : Soit la personne visée par l'enquête n'est pas au courant et la demande est faite à son insu. En théorie, seule la personne concernée peut en faire la demande, mais si vous disposez de ses informations de base (nom, prénom et numéro d'identification), vous pouvez également la faire. Soit, dans une optique de prévenir d'éventuelles infiltrations, la personne qui cherche à rejoindre le groupe est invitée à demander son acte de naissance en présence d'autres membres du collectif. Les coordonnées doivent être les vôtres afin que le document vous parvienne à vous et non à la personne visée. Il peut vous être envoyé par mail ou par courrier postal. De manière générale, tout document officiel que vous pouvez obtenir à l'insu de la personne visée par l'enquête, ou, dans le pire des cas, avec son consentement mais en contrôlant le moment de l'obtention, peut faire l'affaire.
Existe-t-il des limites à ne pas franchir ?
Les affaires révélées jusqu'à présent nous permettent de dissiper des idées reçues et des limites concernant les agissements des policier·es infiltré·es.
Nous savons que beaucoup d'entre nous pensaient, ou pensent encore, que les flics infiltré·es sont soumis·es à un code de déontologie, qu'il y a des choses qu'iels ne se permettent pas de faire. Nous listons quelques-unes de ces choses afin de mieux comprendre jusqu'où iels peuvent aller et de ne pas écarter d'emblée toute enquête.
Certain·es pensaient, ou pensent encore, que les flics infiltré·es ne font jamais les choses suivantes : Des actes illégaux. Avoir des relations sexuelles avec leurs cibles Occuper un emploi salarié (en parallèle de leur mission d'infiltration). Sergio a travaillé plusieurs mois à deux emplois sous une fausse identité, probablement pour étayer son récit et faire taire d'éventuels soupçons. Des études universitaires, sous leurs identités réelles ou fictives. Introduir un membre de leur famille ou un·e ami·e au sein du groupe infiltré. Impliquer des civils ou des personnes étrangères à la police dans l'infiltration, afin de conforter ou de protéger l'alibi de l'infiltré·e. Se procurer des documents officiels sous une fausse identité (carte d'identité, permis de conduire, carte de sécurité sociale, relevé bancaire, téléphone portable, contrat de location…) Faire en sorte qu'une partie de leur histoire inventée paraisse réelle (María de Girone avec sa famille et ses amis, ou Sergio avec son frère pompier). Se faire tatouer des tatouages stylés, comme Dani ou Sergio. Utiliser des applications de rencontre pour se rapprocher des militant·es ou des milieux ciblés. Collecter des échantillons biologiques de leurs « camarades » sans leur consentement. Falsifier des fiches de paie des entreprises (à leur insu) pour les contrats de location des appartements occupés par les infiltré·es.
Nous savons que toutes ces choses ont été faites par des flics infiltré·es, et nous ignorons certainement beaucoup d'autres exemples. Conclusions
Si vous rencontrez une personne dont le récit correspond à certains de ces critères, cela ne signifie pas nécessairement que vous avez affaire à un·e infiltré·e. Cela signifie simplement que vos soupçons justifient une enquête plus approfondie. Comme nous l'avons déjà indiqué, ce manuel est un guide, un point de départ, et non une méthode infaillible pour prouver une infiltration.
Bien que nous ayons identifié des schémas communs dans les cas espagnols et britanniques, il est possible que d'autres cas restent à prouver. L'objectif est de mettre à jour ce manuel régulièrement, au fur et à mesure que de nouveaux cas apparaissent. C'est pourquoi il est important de conserver toutes les informations et données relatives à chaque cas, car elles peuvent contribuer à reconstituer le puzzle de l'infiltration policière.
Historiquement, les infiltrations policières ont été considérées comme un sujet tabou, pour diverses raisons (honte, « faiblesse », incapacité à gérer la situation, etc.) De ce fait, aucune expérience en la matière n'a été correctement transmise et il n'a pas été possible de développer des outils et des mécanismes permettant de gérer efficacement les soupçons, voire de prévenir les infiltrations. C'est pourquoi nous insistons une fois de plus sur l'importance de rendre les cas publics, de recueillir des informations, de créer des outils et de partager les enseignements tirés.
Bien entendu, nous déconseillons fortement de propager des rumeurs fondées uniquement sur des soupçons et recommandons qu'elles fassent l'objet d'une enquête sérieuse dès que possible. Les rumeurs non confirmées sont très dommageables et peuvent détruire les organisations de l'intérieur, qu'il y ait ou non infiltration réelle.
Il est important de se rappeler que, malgré des points communs dans le mode opératoire des infiltré·es, il existe également de nombreuses différences, selon les objectifs qui leur sont assignés, le type de groupe ou d'environnement qu'iels infiltrent… Iels peuvent même commencer par suivre certains schémas, puis les modifier au fur et à mesure de l'infiltration. N'oublions pas qu'iels bénéficient du soutien d'une équipe entière et que pratiquement tout ce qu'un·e infiltré·e fait ou ne fait pas est calculé et ne relève pas d'une initiative individuelle.
Nous constatons également qu'il existe de nombreuses raisons valables pour lesquelles des personnes peuvent correspondre aux mêmes catégories sans être des infiltré·es ; notre cadre d'analyse n'est pas infaillible. Par exemple, il peut y avoir de bonnes raisons pour qu'une personne n'ait aucun contact avec sa famille, ou pour qu'elle disparaisse pendant un certain temps. Le burn-out est également une raison fréquente de retrait chez les militant·es.
De plus, les opérations d'infiltration ne sont pas toutes identiques ; il y a toujours des variations. Chaque cas est unique et l'infiltré·e s'adapte aux consignes de son équipe en fonction des circonstances et du moment précis de l'infiltration.
Un autre problème important auquel nous avons malheureusement dû faire face dans certains cas est le manque de collaboration de certain·es militant·es qui ont rencontré l'infiltré·e. Cette obstruction à l'enquête était due à de mauvaises relations ou à des querelles passées (ou même présentes). Il faut faire preuve d'une grande clairvoyance et d'une grande maturité politique pour savoir quand et où il convient de mettre de côté ces attitudes. Chaque détail, aussi infime soit-il, peut contribuer à confirmer ou à infirmer un soupçon.
Le fait qu'une personne ne corresponde pas au profil type ne signifie pas qu'il faille écarter tout soupçon. Enfin, nous souhaitons souligner un point important. Bien que l'intention puisse être louable, nous pensons qu'utiliser le caractère « pacifique/inoffensif » des organisations infiltrées par la police comme argument pour dénoncer l'infiltration policière ne fait qu'étouffer tout potentiel révolutionnaire et constitue une erreur stratégique qui peut s'avérer coûteuse à long terme.
Il est clair que ces organisations et mouvements sociaux ne représentent pas un danger immédiat pour l'État lorsqu'ils se livrent « seulement » à la désobéissance civile et à ce qui est considéré comme des « crimes » contre la légalité bourgeoise (opposition aux expulsions, autodéfense antifasciste, grèves…) Mais il y a une différence entre la situation actuelle des organisations et des mouvements sociaux (en termes de contexte, de capacité organisationnelle, de rapport de forces, etc.) et leur évolution future, selon les aspirations et les perspectives que nous souhaitons atteindre. Par conséquent, fonder notre défense discursive sur ce caractère « pacifique » ou « inoffensif » revient à nous condamner à l'impuissance et à limiter notre lutte. Nous sommes convaincu·es qu'il existe de nombreux arguments pour confronter dialectiquement ces pratiques tout en évitant ces erreurs.
Il en va de même lorsqu'on utilise la « légalité » ou l'« illégalité » des méthodes d'infiltration comme argument central. Si elles sont illégales, on changera la loi demain pour les légaliser. L'idée est de présumer que l'État ne connaît aucune limite dans sa lutte contre la classe ouvrière organisée.
Cela ne signifie pas pour autant que nous ne puissions pas, à certains moments et dans le cadre de stratégies spécifiques, exploiter leur illégalité pour ouvrir certains fronts, comme par exemple les poursuites engagées contre des infiltré·es à Barcelone, Gérone et Valence, ou la plainte pour menaces déposée contre l'un·e des infiltré·es à Madrid.
Nous, les rédacteurices de ce manuel, espérons que, en tant que militant·es, vous trouverez ce document utile. Nous y avons partagé nos enseignements et notre expérience tirés de toutes les infiltrations policières que nous avons subies, afin que vous puissiez aborder la situation avec un avantage certain par rapport à celui dont nous disposions à l'époque, qui était quasiment inexistant. Bien que nous ayons fait tout notre possible pour vous guider, nous mettons à votre disposition un moyen de contact pour que vous puissiez nous faire part de vos questions, suggestions et enseignements, qui nous permettront d'enrichir encore davantage ce manuel.
manualinfiltrados@gmail.comLe chef de la Police Municipale de Carcassonne s'est enregistré à son insu lors d'une patrouille, avec sa propre caméra piéton.
L’article Carcassonne : le chef de la Police Municipale est un nazi, il avait fait le service d’ordre du RN est apparu en premier sur Contre Attaque.
Cette brochure est une traduction collective de l'anglais d'un article publié le 27/08/2026 sur sabotmedia1 elle même postée en ligne le 30/08/2026 sur manif-est.info2. Depuis sa publication, la situation a évolué dramatiquement. Nous préciserons ces évolutions entre crochets quand c'est nécessaire. Tout ce qui suit et n'est pas entre crochets constitue donc l'article original. Bonne lecture !
Cet article est écrit avec une perspective états-unienne, donc la partie sur "ce qu'on peut faire" n'est pas forcément pertinente d'un point de vue européen. On invite à des réflexions et propositions complémentaires dans ce sens afin de réflechir collectivement à quelle solidarité mettre en place depuis chez nous.
À l'heure où cette traduction est publiée, les sites de autistici ne sont plus joignables. Le collectif A/I est certainement sur le pont pour rétablir les services. Il est probable que des nouvelles seront publiées sur leur blog : https://cavallette.noblogs.org [Le 6 septembre, A/I a malheureusement annoncé s'auto-dissoudre, signifiant la fin de leurs services mails et d'hébergement de blogs dans un futur proche]
[Il est possible de suivre l'évolution de la situation (pour l'instant) sur le blog : https://keepitfree.ai ou grâce à sabotmedia sur Mastodon par exemple : https://kolektiva.social/@AberdeenLocal1312 . Il n'est plus question de soutenir A/I mais de faire fleurir des alternatives décentralisées partout où c'est possible.]
Au cours des 25 dernières années, Autistici/Inventati, un collectif de hackeur·euses italien a mis sur pied des infrastructures de communication conçues pour survivre à la censure, à la surveillance et aux descentes de police. Le 26 août, les États-Unis ont désigné ce collectif comme une organisation terroriste. Les mesures d'embargo économique prendront leur pleine mesure le 25 septembre 2026.
Ça aurait du être une nuit sombre et orageuse dans un hacklab italien.
Mais la scène se déroule un beau dimanche ensoleillé.
Le 3 mars 2001, une dizaine de personnes se retrouve au hacklab LOA à Milan autour d'un ordinateur assemblé avec des bouts de machines sorties du rebut. Peu avant, une banque leur a vendu un vieux serveur pour la somme symbolique de 15.000 lires, soit à peu près 8 euros. Iels l'ont amélioré avec des composants de récup', dont un disque dur extrait de l'ordi du salon d'une personne. Personne n'a de plan formel. Les logiciels sont choisis l'un après l'autre. Toutes les décisions sont discutées jusqu'à ce que tout le monde soit d'accord. Intentionnellement, la personne avec le moins d'expérience technique est mise derrière le clavier. Le processus prend bien plus de temps que necessaire parce que l'efficacité n'est pas le seul objectif. Tout le monde doit comprendre ce qu'iels sont en train de construire. Ce jour là, l'un·e des participant·e s'en souvient, iels déclarent : "A/I existe désormais."
Iels baptisent la machine Paranoia. Le mois suivant elle est en ligne et supporte deux noms de domaines et deux histoires entremelées : Autistici.org et Inventati.org. Vingt-cinq ans plus tard, le 26 août 2026, les États-Unis désignent Autistici/Inventati comme organisation terroriste ("Specially Designated Global Terrorist") et l'inscrit sur la "liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Bloquées" ("Specially Designated Nationals and Blocked Persons list").
La distance entre ces deux événements (d'une machine recyclée dans un hacklab à Milan, à la machinerie de l'état techno-sécuritaire états-unien), c'est l'histoire d'un collectif qui ne démord pas, depuis un quart de siècle, d'une proposition dangereuse : on devrait pouvoir communiquer sans d'abord devoir se livrer à de grandes entreprises ou à des gouvernements.
Le 25 septembre, le délai accordé aux institutions pour couper leurs relations avec A/I prendra fin. Les banques, les entreprises de la tech, les hébergeurs et autres institutions sont sommées de couper tous liens qui resteraient après cette date. A/I a construit son infrastructure pour survivre à la disparition de serveurs. Les États-Unis tentent maintenant de rendre le collectif économiquement et technologiquement infréquentable.
Mais découvrons ensemble ce qu'est A/I, son histoire, et ce que cette nouvelle attaque pourrait signifier pour les collectifs techniques autonomes et le milieu militant radical en général. Avant A/I : La contre-culture internet italienne Autistici/Inventati n'est pas sorti du néant. Ses racines plongent dans plus d'une décennie d'organisation de l'autonomie italienne, de radios pirates, de "bulletin-board systems" [NDLT : premières agoras numériques du jeune internet], de centres sociaux autogérés dans des squats, de mouvements anti-capitalistes et d'expérimentations autour des ordinateurs comme outils politiques. Au cours des années 1990, des réseaux comme le European Counter Network et Isole nella Rete ont fourni un espace en ligne pour les mouvements sociaux alors même qu'internet était peu connu du grand public. Les hackmeetings italiens réunissaient développeur·euses, activistes, artistes, et autres curieux·euses de technologie dans des espaces autogérés. Dans les centres sociaux apparurent des Hacklabs, où les gens pouvaient apprendre Linux, monter des réseaux et aborder les connaissances techniques comme quelque chose à partager plutôt qu'à vendre. Les futur·es membres de A/I venaient de plusieurs endroits de ce monde. À Milan, les personnes affiliées au LOA Hacklab utilisèrent le nom Autistici pour décrire leur intense fascination pour la technologie et leur désir de mettre en lumière la politique cachée en son sein. À Florence, le projet Inventati était plus orienté vers la communication, la publication, et l'organisation du mouvement social. Ses projets comprenaient Stampa Clandestina, un journal conçu pour être imprimé et collé directement sur les murs de la ville, et Spia la Spia, une tentative de cartographier les caméras de surveillance dans l'espace public.
Des personnes de Bologne et d'ailleurs étaient aussi impliquées. Beaucoup participèrent au développement d'Indymedia Italy, mouture locale d'un réseau mondial de publication libre sur internet qui permettait aux manifestant·e·s de rapporter les évènements sans attendre que les journalistes professionnel·le·s les médiatisent. Les différents groupes partageaient le même problème : le mouvement nécessitait un nombre croissant de sites web, de listes mail et de mails privés, mais les infrastructures indépendantes demeuraient rares. Le European Counter Network portait plus que sa part du fardeau. Les fournisseurs commerciaux offraient de plus grandes capacités mais contre un prix élevé, une dépendance structurelle, de la surveillance et un pouvoir de censure. En novembre 2000, Inventati envoya aux hackers milanais un mail chiffré leur proposant une rencontre. Le message fût traité comme dans un film d'espionnage : clés PGP, signes de reconnaissances savament arrangés, un endroit et une heure secrète. Puis les florentins arrivèrent dans une bagnole rouillée légendaire appelée le General Lee, klaxonnant devant le squat pendant que la police surveillait le bâtiment avec stupéfaction.
Le point historique qui fait consensus dans cette histoire est que tout ce petit monde alla ensuite manger dans une pizzeria appelée La Balena. Après le dîner, les florentins dévoilèrent leur plan séditieux : monter un autre serveur autonome. L'intention n'était pas de remplacer l'infrastructure du mouvement avec un nouveau fournisseur de service central. L'intention était de multiplier l'infrastructure. Si un millier de serveurs autonomes voyait le jour, une simple perquisition ne suffirait pas à couper les communications de toutes les communautés en lutte. Ensemble, iels devinrent Autistici/Inventati, plus courrament abrégé A/I. L'association des collectifs prit légalement le nom d'Investici, mais A/I ne devint jamais pour autant une organisation ordinaire : elle n'avait pas de coordinateur·ice, pas de dirigeant·e officiel·le, pas de porte-parole permanent·e. Les décisions étaient prises en cherchant des consensus plutôt que par votes. Personne n'était payé. Ses ressources venaient de dons, d'évènements de soutien et du travail des gens qui la maintenait. Le double-nom était un choix. Tel Janus, A/I était une créature à deux visages : l'une technique, l'autre communicante ; l'une tournée vers la machine, l'autre vers le mouvement qui en avait besoin. Le serveur qui ferma la porte en laissant les clés à l'intérieur La naissance n'a pas été uniquement glorieuse. Le second jour de l'existence de Paranoia, une personne entra une commande de pare-feu inversée, ordonnant par accident à la machine de bloquer toutes les connections qui ne proviendraient pas d'elle-même.
Le serveur ne pouvait donc plus communiquer qu'avec lui-même.
Le collectif a trouvé ça si représentatif de son image qu'il fut décidé d'imprimer l'erreur sur des T-shirts. Ce mélange de rigeur technique et de refus de se prendre au sérieux devint une caractéristique d'A/I. Les serveurs suivants furent nommés, entre autres : Tchernobyl, Rancune, Révolte, Désobéissance et Cavale (Chernobyl, Astio, Rivolta, Contumacia et Latitanza). Derrière les blagues, c'est une position politique qui se développait. La communication devrait être gratuite et accessible. La connaissance grandit en étant partagée. Un logiciel n'est pas neutre simplement parce qu'il existe dans un monde supposé virtuel. Les systèmes grâce auxquels on parle déterminent qui peut parler, qui peut écouter, qui détient les échanges et qui peut être réduit au silence. A/I a commencé à fournir des sites webs, des emails privés et des listes mails, des newsletter et des tchats. Ses services se sont progressivement étendus avec Noblogs, des outils de partage de fichiers, de visio-conférence, de streaming, de proxy mail anonymes et d'autres outils de communication encore. Le tout sans publicité ou exploitation de données à des fins commerciales.
Le manifeste du collectif³ décrit le projet en des termes explicitement politiques. A/I est anti-fasciste, anti-capitaliste et anti-militariste. Le collectif promeut le logiciel libre, le chiffrement des données personnelles, le pseudonymat et la libre circulation de la connaissance et de la culture. Il réserve les ressources limitées de ses volontaires aux personnes et projets globalement compatibles avec ses principes, plutôt qu'à des entreprises, partis politiques, religions établies ou institutions qui ont déjà les moyens de se faire entendre. A/I n'a jamais été un hébergeur commercial politiquement neutre. Fournir de l'insfrastructure ne signifie pas être l'auteur·ice de tout ce qui passe par cette infrastructure. "Affinité politique" ne signifie pas "contrôle opérationnel". Offrir à quelqu'un·e une adresse email ne signifie pas écrire tous les emails qui sont envoyés ensuite. Ces distinctions, et leur confusion, jouent un rôle central dans l'attaque que subit maintenant A/I. Gênes : baptême du feu pour l'infrastructure À peine quelques mois après la mise en ligne de Paranoia, le G8 s'est réuni à Gênes. Plusieurs participant·es d'A/I étaient aussi impliqué·es dans Indymedia Italy. Iels ont participé à la création du Media Center du mouvement [NDLT : un squat qui rassemblait des journalistes indépendant·es, ainsi que d'autres voix alternatives du mouvement], en tirant des câbles, en configurant des serveurs, en installant des ordinateurs pour permettre aux manifestant·es de rapporter ce qu'il se passait dans la ville. Ce qui a suivi est devenu historique : protestations massives, assassinat par la police de Carlo Giuliani, violences policières indiscriminées dans les rues, tortures et violences sexuelles dans la caserne de Bolzaneto, descente de police nocturne dans l'école Diaz. Les discours officiels entraient en concurrence avec les photos, enregistrements et témoignages de première main transmis via une infrastructure indépendante. Gênes est ainsi l'une des premières manifestations majeures à être documentée sous tous les angles par ses participant·es plutôt qu'exclusivement par les médias institutionnels.
Pour A/I, ce fût aussi ce que le collectif nommera plus tard une « communion traumatique ». Ses membres y fîrent face à la même violence ensemble, tout en maintenant les systèmes aux travers desquels les preuves de cette violence pouvaient se diffuser. Après Gênes, A/I n'était plus une simple expérimentation technique, curieuse et rigolote. C'était devenu une infrastructure de confiance pour le mouvement. La demande crût rapidement. En 2003, A/I hébergeait plus de 2.000 utilisateur·ices, 205 sites web et 269 listes de discussion. Héberger ces services gratuitement devenait insoutenable, des hébergeurs commerciaux auraient facturé des milliers d'euros par an pour de tels services. Le collectif apporta une réponse avec les KAOS Tours : des tournées combinant collectes de fonds, fêtes, discussions publiques et ateliers pratiques. Les membres d'A/I apprenaient aux gens comment monter des serveurs, chiffrer leurs communications, monter et diffuser des vidéos, créer des archives numériques et streamer de la radio.
Les tournées levèrent des fonds, mais leur but principal était l'éducation politique. Le collectif ne voulait pas devenir un groupe d'expert·es invisibles pratiquant de la magie pour des utilisateur·ices passif·ves. Il souhaitait que la communauté comprenne la machinerie dont elle dépendait de plus en plus. Chaque attaque ultérieure envers A/I provoquerait une variation de cette réponse : découvrir ce qui s'était passé, réparer les dégâts, partager la leçon, construire quelque chose de plus difficile à détruire. Quand Trenitalia découvre l'effet Streisand La première confrontation judiciaire majeure a eu lieu en 2004. Un collectif de designers appelé Zenmai créa un site web parodiant celui de l'entreprise ferrovière italienne Trenitalia. Iels copièrent l'apparence du site web de l'entreprise tout en dénonçant son implication dans le transport de chars d'assauts et d'autres équipements militaires pour l'invasion de l'Irak. Trenitalia demanda devant la justice la suppression de la page, le versement de dommages et intérêts ainsi que la publication d'excuses dans deux journaux majeurs pour un coût estimé à environ 20.000 €. Le tribunal ordonna dans un premier temps à A/I de suspendre le site parodique. Internet répondit en reproduisant le site tout autour de la toile.
Trenitalia demanda alors qu'A/I retire également les liens vers les sites miroirs (impliquant l'absurde possibilité que des moteurs de recherche puissent être poursuivis à leur tour pour avoir référencé ces mêmes liens). A/I fit appel. Le 14 septembre 2004, le tribunal statua que le site web était protégé par le droit à la satire et au débat public pour des faits d'intérêt général. La page fût alors republiée et Trenitalia fût condamnée à rembourser A/I de ses frais de justice... une victoire extraordinaire pour un collectif de bénévoles ! Mais tandis qu'A/I se battait au grand jour devant le juge contre la censure, une opération plus pernicieuse se trâmait dans l'ombre, sans qu'iels ne le sâchent. La répression d'Aruba Le serveur d'A/I était, à cette époque, hébergé dans un centre de données de l'entreprise Aruba à Arezzo [NDLT : ville Italienne à l'est de la Toscane]. Le 15 juin 2004, la police italienne débarqua chez Aruba, mandatée par un procureur de Bologne. Les techniciens de l'entreprise éteignèrent la machine d'A/I et laissèrent la police en copier les disques durs. Les enquêteurs saisirent ainsi les certificats de chiffrement et installèrent des équipements pour intercepter le trafic. A/I fût faussement informé que la coupure du service était due à un problème électrique. Le collectif ne découvrit la vérité que près d'un an plus tard, par accident.
En mai 2005, A/I fut sommé de fermer la boîte mail utilisée par l'Anarchist Black Cross italienne Crocenera Anarchica [NDLT : organisation anti-carcérale de soutien aux prisonnier·es politiques], dans le cadre d'une enquête tentaculaire impliquant des accusations de complot et de subversion anarchiste. A/I s'est conformé à l'ordonnance du tribunal et a demandé les documents liés à ce dossier. Ces documents contenaient des messages que les enquêteurs n'auraient pas dû être en capacité d'avoir. L'explication était cachée dans une note de bas de page : la police était allé chez Aruba l'année précédente et avait obtenu un accès au serveur de A/I. Une affaire qui prétendait ne concerner qu'une simple boîte mail avait potentiellement compromis des miliers de comptes et des dizaines de milliers d'utilisateur·ice·s de listes mails. Parmi les personnes touchées : des avocats et des experts techniques travaillant pour le Genoa Legal Forum [NDLT : la legal team de Gênes suite aux manifs anti-G8]. La police a donc pu avoir accès à des communications confidentielles de défense à propos des poursuites découlant des agissements de la police lors du G8. Cette violation a révélé une vérité brutale. A/I peut faire tourner son propre serveur, le configurer avec attention et refuser de stocker des logs identifiants, mais la machine physique reste dans le bâtiment de quelqu'un d'autre. Un fournisseur commercial peut donner accès au contenu du serveur aux autorités et dissimuler ce qui s'est passé.
A/I a retiré la machine de chez Aruba, l'a nettoyée et a restoré les services essentiels. Des questions parlementaires furent posées en Italie et au niveau Européen. Le collectif à voyagé dans tout le pays et à travers l'Europe pour expliquer la faille. Mais surtout, il a reconstruit le réseau. Le plan R* : la répression devient architecture Le résultat a été le plan R*, lancé en Octobre 2005 : un réseau de "communication résistante". Plutôt que de concentrer les services d'A/I sur une seule machine, le collectif a distribué les données chiffrées et les fonctionalités entre des serveurs situés dans plusieurs pays. Les machines consultées par le public deviennent remplaçables. Les services peuvent être déménagés quand du matériel est saisi ou quand un hébergeur devient hostile. La perte d'un nœud ne peut plus exposer ou réduire au silence l'intégralité de la communauté. R* signifie réplication, redondance, résistance et autres mots commençant par R. Son architecture a été conçue non seulement pour survivre à des pannes mécaniques, mais aussi pour tenir bon face à des attaques politiques. A/I n'a pas prétendu qu'iels pouvaient garantir une sécurité parfaite. Au contraire, iels ont sans cesse rappelé aux utilisateur·ices de ne jamais accorder une confiance aveugle à un hébergeur, y compris A/I. Iels ont réduit les logs et les informations identifiantes au strict minimum, car une information qui n'existe pas ne peut être saisie. Iels ont encouragé les utilisateur·ice·s à chiffrer leurs communications parce que même l'architecture serveur la plus solide ne peut compenser les pratiques individuelles à risque.
Le collectif à transformé une opération de surveillance secrète en leçon d'infrastructure.
La répression est devenue architecture. Le Vatican, un jeu vidéo satirique, et la Norvège La pression n'est pas retombée. En 2007, un homme politique italien demande la censure de Operation : Pedopriest, un jeu satirique dénonçant les efforts faits par l'église catholique pour enterrer les cas d'abus sexuels commis par le clergé. Lea créateur·ice du jeu le retire temporairement pour épargner l'hébergeur. A/I en héberge alors une copie. Suite à une plainte déposée par une organisation de protection des enfants non-identifiée, un fournisseur d'accès états-unien déconnecte l'intégralité du serveur de Noblogs. Après consultation des avocats, le fournisseur d'accès conclut finalement que la satire était légale et restaure l'accès au serveur. Le plan R* a permis que le contenu contesté reste accessible ailleurs et a évité une censure plus large. À ce moment-là, A/I est devenu un refuge important hors des réseaux sociaux commerciaux, alors en pleine émergence. Noblogs permettait à chacun·e de publier de manière indépendante, sans publicité, exploitation de données ou nécessité de lier le contenu à une identité légale.
Ses utilisateur·ices incluaient des organisations du mouvement, des auteur·ices individuel·les, des dissident·es, des artistes et des travailleur·euses d'ONGs opérant dans des environnements dangereux. En 2008, A/I a reçu le prix de "Privacy Hero" du Progetto Winston Smith italien pour avoir créé des infrastructures de communication libres résistantes à la censure malgré de faibles ressources, des attaques techniques et des poursuites judiciaires à répétition. Puis, le 6 novembre 2010, la police norvégienne a copié les disques durs d'un serveur d'A/I à la demande de l'Italie. L'enquête faisait suite à des menaces et tags antifascistes ciblant les membres de l'organisation néofasciste CasaPound. Les autorités cherchaient des informations à propos d'une boîte mail. A/I avait déjà expliqué qu'iels n'avaient ni l'identité des utilisateur·ices ni des journaux d'activité, mais les enquêteurs voulaient apparament vérifier si c'était vraiment le cas.
Des milliers de comptes ont été copiés au passage.
Le plan R* permis de restaurer les services ailleurs en environ deux heures. En moins de vingt-quatre heures, le réseau opérait de nouveau normalement. Les disques saisis étaient chiffrés et n'ont fourni aucune information utile. L'opération est devenue un scandale en Norvège. Des avocats, journalistes et associations de défense des droits numériques ont demandé la raison pour laquelle la police norvégienne avait copié les communications privées de milliers de personnes en réponse à une demande étrangère insuffisamment justifiée. L'enquête italienne a fini par être abondonnée. Là où une autre organisation aurait pu interpréter les perquisitions à répétition comme une preuve que son projet était impossible, A/I les a interprétées comme une preuve que leur projet était nécessaire. Son histoire est documentée dans le livre du collectif, +KAOS : Ten Years of Hacking and Media Activism et dans leur version de leur propre histoire⁴. 26 août 2026 La nouvelle attaque est d'un autre ordre. Le 26 août, le département d'État des États-Unis [NDLT : l'équivalent états-unien du ministère des affaires étrangères] a désigné Autistici/Inventati comme organisation terroriste ("Specially Designated Global Terrorist"). Au même moment, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor (Office of Foreign Assets Control) a placé A/I sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Refusées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list) sous l'ordre exécutif 13224. Ce n'est pas simplement une condamnation du gouvernement. Cela active l'un des systèmes d'exclusion économique les plus puissants au monde. Les États-Unis affirment que A/I fournit des architectures numériques spécialisées, des communications chiffrées et de l'hébergement pour des groupes antifascistes et autres mouvements radicaux, incluant des organisations déjà désignées comme terroristes par les États-Unis.
La déclaration publique du Trésor états-unien5 se concentre sur les services que A/I fournit : hébergement de sites à l'étranger, mails chiffrés, tchat, visio-conférence et l'infrastructure technique soutenant Noblogs. Cette déclaration décrit notamment la ligne politique antifasciste et anti-militariste de A/I, leur pratique de sélectionner spécifiquement des projets compatibles avec leur ligne politique et la mise à disposition d'une infrastructure utilisée par le PKK [NDLT : Parti des travailleurs du Kurdistan]. Le Trésor états-unien considère l'hébergement de cette infrastructure comme un soutien matériel ou technologique au terrorisme. Le dossier du département d'État6 va encore plus loin, décrivant les attaques, les communiqués et publications qu'ils affirment être passés par les infrastructures de A/I. Leurs exemples incluent des revendications de sabotage de lignes de chemin de fer et de pipelines en Europe, d'attaques sur des infrastructures énergétiques, l'hébergement du groupe antifasciste Rose City Antifa, la lutte contre le projet de centre d'entraînement de la police à Atlanta, du groupe militant Jan's Revenge et des publications contenant des déclarations attribuées à des organisations armées. Les déclarations publiques du gouvernement ne montrent pas que A/I a planifié ces actions, sélectionné des cibles, transféré des armes, dirigé les groupes cités ou rédigé les contenus hébergés sur ses systèmes. Ils ne précisent pas à quel moment A/I a eu connaissance d'un acte particulier ni si iels en avaient eu connaissance avant que ça ne se produise.
Au contraire, cette désignation défend une idée plus large et plus lourde de conséquences : construire des infrastructures de communications pour des mouvements radicaux peut être considéré en soi comme du terrorisme.
Cette théorie met à bas la distinction entre un fournisseur de services et un·e utilisateur·ice ; entre affinité politique et contrôle opérationnel ; entre protection de la vie privée et dissimulation d'un crime ; entre maintien d'une plateforme de publication de contenu et rédaction de tout ce qui est publié dessus. A/I n'a jamais prétendu être politiquement neutre. Iels ont construit cette infrastructure précisément parce que les mouvements radicaux avaient besoin d'un endroit où parler, publier et s'organiser au-delà des entreprises et du contrôle de l'État. Les États-Unis utilisent maintenant cette intention comme preuve contre elleux. Suite : le 25 septembre Puisque A/I est désormais considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, tous ses actifs détenus au États-Unis (possédés directement, ou contrôlés par un tiers) doivent être bloqués et déclarés à l'OFAC [NDLT : Office of Foreign Assets Control, un organisme chargé de faire appliquer les sanctions financières]. Sauf dérogation, les citoyen·ne·s et institutions états-unien·ne·s ont interdiction de fournir ou recevoir des fonds, biens ou services impliquant A/I. Ces restrictions s'appliquent aussi aux transactions qui passent par les État-Unis, même si les parties prenantes n'y résident pas. L'OFAC a accordé une dérogation temporaire qui autorise les transactions ordinaires nécessaires à la fermeture des relations existantes avec A/I, jusqu'au 25 septembre 2026, à 12h01. Les paiements dus au collectif ne peuvent pas lui être versés ; ils doivent être placés sur des comptes gelés. Après cette date butoir, une nouvelle autorisation sera nécessaire pour toute transaction. Le 25 septembre est donc la date à partir de laquelle les entreprises et individus résidant aux États-Unis sont supposés couper tout lien avec A/I.
Les conséquence pourraient être la perte :
• de comptes bancaires et moyens de paiement,
• d'accès aux dons et levées de fonds liées aux États-Unis,
• d'hébergement de serveurs, infrastructures de cloud et services de transit réseau,
• de noms de domaines et services associés,
• de comptes de certificats, de sécurité et d'envoi d'e-mails
• de services logiciels et de communication,
• de liens avec des fournisseurs non-états-uniens craignant des sanctions secondaires,
• d'accès aux services de A/I pour les personnes résidant aux États-Unis.
Les entités extérieures aux États-Unis n'ont pas à appliquer automatiquement les censures imposées par la loi états-unienne. Cependant, l'OFAC a menacé les institutions financières étrangères de sanctions secondaires si elles facilitent des transactions significatives pour le compte d'une entité désignée comme terroriste. Cette menace pourrait être aussi destructrice qu'une réquisition légale. Il est peu probable qu'une banque, un registrar [NDLT : une entité qui gère des noms de domaines] ou un hébergeur européen connaisse précisément les obligations qui lui sont imposées par la loi états-unienne. Ses juristes seront probablement enclins à considérer que maintenir des relations commerciales avec un petit collectif anarchiste italien n'en vaut pas la chandelle. Les institutions font fréquemment du zèle. Les fournisseurs pourraient fermer des comptes et révoquer des accès, quand bien même la loi ne les y oblige pas. Des organisations pourraient retirer des liens vers A/I, éviter de contacter ou interrompre des échanges avec A/I simplement parce que le nom du collectif apparaît sur une liste d'organisations terroristes.
C'est ainsi que les sanctions états-uniennes acquièrent une puissance mondiale : pas simplement par voie légale, mais aussi par une peur institutionelle.
Plus largement, la cible est la communauté autour du serveur
Même si l'ajout sur la liste des organisations terroristes des États-Unis cible A/I, ses effets ne seront pas circonscrits au collectif. L'infrastructure d'A/I est utilisée par des écrivain·es, organisateur·ices, chercheur·euses, artistes, collectifs de publications et personnes qui l'ont choisie précisément parce que les plateformes commerciales ne sont pas sûres, sont politiquement hostiles, ou concues pour exploiter leurs données. Ces utilisateur·ices ne sont pas sanctionné·es automatiquement parce qu'iels ont une adresse mail chez A/I, ou publient sur Noblogs. Mais quand le fournisseur lui-même est placé sur la liste noire des organisation terroristes, un simple lien peut devenir un signal d'alarme. Une banque pourrait pinailler sur un paiement. Un hébergeur de mails pourrait limiter ou bloquer la distribution des emails. Un·e employeur, un flic à la frontière ou un enquêteur pourraient juger une adresse suspiscieuse. Un·e journaliste pourrait hésiter à contacter une source. Un·e chercheur·euse pourrait éviter une archive. Un·e nouvel·le utilisateur·ice pourrait considérer qu'ouvrir un compte est trop dangereux. Rien de tout ça ne nécessite qu'un gouvernement ne poursuive qui que ce soit. L'ajout sur la liste produit à lui seul un no man's land de peur.
C'est une raison pour laquelle cette action pourrait être utile à l'État même si A/I reste en ligne. Les précédentes attaques tentaient d'atteindre le collectif à travers différentes machines, boîtes mails ou fournisseurs. A/I y a répondu en distribuant ses sytèmes, en chiffrant ses disques et en retenant le moins d'informations possible. Ces pratiques ont rendu les traditionnelles saisies et mesures de surveillance moins efficaces. Les sanctions s'attaquent à un autre niveau : les relations qui permettent à l'infrastructure d'exister. Plutôt que de casser le chiffrement, le gouvernement peut contraindre les banques, les registrars, les centres de données, les entreprises informatiques et les utilisateur·ice·s à isoler le collectif. Plutôt que de prouver devant un tribunal que chaque utilisateur·ice est coupable, l'État peut rendre les contacts coûteux et légalement périlleux.
C'est l'État-surveillance qui opère à travers des intermédiaires privés. Le gouvernement n'a pas besoin de mettre un flic dans chaque salle de serveur quand les juristes, les banques et les plateformes peuvent être conduits à policer le réseau par eux-mêmes. Chaque institution va tracer sa propre frontière défensive, souvent plus large que la loi ne l'impose. Certaines pourraient demander davantage de documents d'identité, sauvegarder plus de logs, surveiller le contenu politique ou rejetter tout bonnement les projets de défense de la vie privée. D'autres pourraient fermer des comptes à l'abri des regards, sans possibilité de contestation. La mise en application se dissout dans de multiples entités dont les décisions sont difficiles à voir, contester ou simplement documenter.
Les conséquences néfastes qui en résultent ne se limitent pas à la censure. Elles peuvent changer l'architecture de la communication du mouvement. De petits fournisseurs de services autonomes pourraient conclure que servir des petites communautés controversées impliquerait un risque existentiel. De plus grandes plateformes pourraient, elles, appuyer sur le fait que ce sont de nouvelles raisons d'étendre la vérification d'identité, la modération automatique et la rétention de données. Les utilisateur·ices pourraient migrer de l'infrastructure de confiance du mouvement vers des systèmes commerciaux plus faciles à surveiller, à cartographier, et auxquels il est facile de demander de fournir des documents. L'État gagne de l'influence, quand bien même il n'obtient pas les données en clair des disques chiffrés d'A/I : les gens prennent leurs distances les un·es des autres, les fournisseurs collectent plus d'informations et les relations sociales entre les dissident⋅es deviennent plus faciles à observer.
Ce précédent dépasse les projets spécifiquement anarchistes ou anti-fascistes. Si l'aligement politique avec les utilisateur·ices, les mesures de protection de la vie privée et l'hébergement de publications controversées peuvent être utilisées pour argumenter que l'infrastructure elle-même constitue une complicité, alors les fournisseurs de mails chiffrés, les sites de publication radicaux, les archives communautaires, les VPNs, les réseaux sociaux fédérés et autres hébergeurs indépendants ont tous des raisons de s'inquiéter. Les faits et lois seraient spécifiques à chaque fois. Le danger consiste à normaliser ceci : un fournisseur d'outils de communications n'est plus traité comme simple diffuseur avec ses propres droits et responsabilités, mais comme un complice de chaque acte que le gouvernement attribue à quiconque utilise ses systèmes.
Tout ça ne signifie pas que l'ajout sur la liste cible secrètement chaque utilisateur·ice de A/I, ni que toutes les conséquences envisagées adviendront. Le gouvernement états-unien n'a pas pris la peine d'expliquer sa stratégie au delà des accusations dans ses annonces. Mais la logique de l'action est visible. Il remplace une accusation ciblée contre des faits identifiables par une large pénalisation de l'infrastructure. La mise en application est déplacée du tribunal à une toile diffuse d'institutions précautionneuses. L'incertitude devient un instrument de contrôle. L'objectif immédiat est de supprimer A/I. Le message plus large est adressé à quiconque construit des systèmes de communication hors du contrôle étatique et commercial : cet abri que vous fournissez pourra être retenu contre vous. A/I peut-il survivre à ça ? A/I a vu la répression étatique arriver de loin.
Toute son infrastructure part du principe que :
• les serveurs seront saisis ;
• les hébergeurs coopéreront avec la police ;
• les gouvernements demanderont des informations à propos des utilisateur·ices ;
• les entreprises censureront le contenu controversé ;
• certaines machines et sites d'hébergement deviendront inaccessibles ;
• les données et les services doivent donc être chiffrés, distribués et remplaçables.
Cette préparation compte. A/I est basé en Italie, pas aux États-Unis. Son infrastructure est distribuée dans plusieurs pays. Ses services sont maintenus par des personnes hautement compétentes. Il ne dépend pas d'un fournisseur unique, minimise les informations identifiantes et a plusieurs décennies d'expérience de restauration de services en urgence. Il n'a pas d'actionnaires, de siège ou d'employé·e·s à payer. Ses frais de roulement sont relativement modestes, et le fait que l'infrastructure soit maintenue par des volontaires donne a l'État moins de leviers que ce à quoi il est habitué. Il serait surprenant que le site web, le système de mails ou Noblogs disparaissent purement et simplement le 25 septembre. A/I est probablement parmi les mieux armés des projets informatiques de sa taille pour faire face à des saisies de machines ou à des censures ponctuelles.
Mais ceci n'est pas une simple descente de police.
Le plan R* a été concu pour faire face à la disparition de serveurs. Il ne peut pas à lui tout seul, empêcher les banques de bloquer l'argent, les registrars de suspendre les domaines, ou les entreprises aux quatre coins du globe de révoquer leurs services par peur des mesures de rétorsion états-uniennes.
L'ajout sur la liste cible le tissu autour des serveurs :
• les banques ;
• les dons ;
• les domaines ;
• les contrats avec des hébergeurs ;
• la bande passante ;
• les certificats ;
• les dépendances logicielles ;
• les relations avec des institutions internationales.
A/I a déjà survécu à l'isolement technique. Les États-Unis tentent maintenant une excommunication financière et institutionnelle. Les services proposés sont, certes, résilients, mais la capacité de les financer, de remplacer l'infrastrucrure et de participer à l'environnement technologique plus largement, encourt un risque bien plus grand. Ce qui adviendra après le 25 septembre dépendra donc non seuleument de l'architecture qui héberge les données de A/I, mais aussi de la solidarité avec le collectif lui-même. La mise-au-silence n'est pas pour le 25 septembre L'ajout sur la liste des organisations terroristes vise à isoler. La réponse doit être une solidarité informée, indépendante et rigoureuse. Les personnes qui résident aux États-Unis ne doivent pas improviser de dons, déguiser des paiements, ou faire parvenir des ressources par d'autres personnes, organisations, monnaies ou pays. Cela pourrait les exposer, elles, les intermédiaires, voire A/I, à des sanctions. Les interdictions pourraient aussi s'étendre au-delà des ressources financières : assistance technique, traduction, plaidoyer, évènements de soutien ou autres services rendus pourraient impliquer un risque légal pour les personnes apportant leur soutien.
Mais le 25 septembre n'est pas une date à laquelle A/I peut disparaître en silence. Enquêtes indépendantes, communiqués, manifestations et débats politiques restent possibles. Nous pouvons raconter l'histoire de A/I, démonter les affirmations du gouvernement, contacter des journalistes et des organisation de défense des libertés et s'organiser indépendamment contre la criminalisation d'infrastructures de communication résistantes. L'essentiel en pratique est de parler et agir pour A/I sans lui fournir de fonds ou de services directement. Les limites précises sont difficiles à établir. Quiconque chercherait à faire des levées de fonds, remplacer l'infrastructure, déployer un miroir public ou fournir une assistance technique directe devrait s'assurer des conseils qualifiés à propos des sanctions. Un document de février 2025 concernant le soutien matériel dans le cadre de restrictions de l'OFAC7 met en garde contre le fait que même des soutiens légalistes peuvent attirer la surveillance, des enquêtes, des restrictions d'accès aux États-Unis ou des litiges. Si les flics vous questionnent, ne répondez pas à leurs questions et contactez un avocat.
Cet article propose une analyse politique, pas un conseil légal. Ce que les soutiens peuvent faire d'ici au 25 septembre Racontons l'histoire. Partagons l'histoire d'A/I : les hacklabs, Paranoia, Gênes, les tounées KAOS, la victoire Trenitalia, la faille Aruba, le plan R*, Noblogs et la saisie norvégienne. Ne laissons pas le récit étatique devenir le seul témoignage public de ce qu'est A/I. Construisons une coalition de défense. Demandons aux collectifs d'hébergement indépendants, aux organisations de défense des libertés numériques, aux hacklabs, aux projets de logiciel libre, aux librairies radicales, aux éditions indépendantes, aux journalistes, aux juristes, aux chercheur·euses et aux utilistateur·ices de répondre publiquement. Préservons les archives. Les serveurs peuvent être saisis. Les domaines peuvent être suspendus. Les hébergeurs peuvent paniquer. Sauvegardons les écrits de Noblogs publiquement accessibles et ayant une importance historique, ainsi que les manifestes d'A/I, les documents techniques et juridiques, et l'histoire du mouvement. Enregistrons les URL sources, les auteur·ices, les dates de publications et de consultation. Respectons la confidentialité, le droit d'auteur et les demandes de suppression. N'accédons pas à des comptes privés et respectons les mesures de sécurité. La préservation individuelle, l'archivage pour la recherche ou la presse n'impliquent pas les mêmes enjeux qu'opérer publiquement une infrastructure de remplacement ; n'importe qui envisageant l'hébergement d'un miroir public devrait d'abord chercher des conseils qualifiés.
Documentons les excès de zèle. Répertorions les entreprises, banques, registrars, plateformes et institutions qui mettent fin à leurs services ou suppriment du contenu. Préservons les déclarations et les correspondances. Les archives publiques doivent montrer dans quelle mesure cette désignation va au-delà de sa formulation officielle. Exigeons des réponses. Demandons aux groupes de défense des libertés numériques, aux institutions européennes et aux responsables politiques si iels vont laisser des sanctions américaines démanteler un collectif de communication italien. Demandons quelles protections existent pour les infrastructures, utilisateur·ices et archives européen·nes. Organisons-nous de manière indépendante. Proposons des discussions publiques sur les infrastructures autonomes, les sanctions, la surveillance et les lois sur le soutien matériel. Publions des explications de la situation. Enseignons le chiffrement. Soutenons le travail indépendant sur les droits s'opposant aux désignations de terrorisme à tout va. Préparons un soutien matériel légal. A/I a historiquement survécu grâce aux dons, mais les soutiens aux US ne devraient pas envoyer ou faire parvenir de l'argent, tant que la désignation de terrorisme s'applique, sans une autorisation claire. Les organisations de défense des libertés numériques et de soutien juridique peuvent rechercher des mécanismes de soutien légaux, et les potentielles procédures de retrait de la liste.
Écoutons attentivement les réponses publiques d'A/I [NDLT : le blog du collectif est accessible sur https://cavallette.noblogs.org/ ] tout en maintenant notre soutien légalement indépendant. Les déclarations du collectif devraient nous servir de référence sur la manière de raconter son histoire et sa situation. Toute campagne coordonnée, canal de collecte de fonds ou service direct demande un examen juridique distinct. Notre objectif immédiat est de rendre A/I impossible à faire disparaitre en silence. Le réseau nommé solidarité A/I a survécu aux tentatives de censure des grandes entreprises, aux accès secrets de la police, à la saisie de disques, aux hébergeurs hostiles, aux attaques de parlementaires et aux enquêtes internationales. L'affaire Trenitalia a produit des miroirs et une victoire juridique. L'affaire Aruba a produit le plan R*. La censure des hébergeurs a produit de la redondance. La saisie norvégienne a montré que le réseau pouvait être remonté en quelques heures.
Chaque tentative d'isoler le collectif a diffusé la connaissance sur le fonctionnement de la surveillance et de la censure. Chaque attaque est devenue une opportunité de former plus de personnes sur comment se protéger collectivement. Les États-Unis ont maintenant transformé cette histoire en un test mondial. Ce n'est pas seulement la survie d'un collectif de hackers italiens qui est en jeu. Il s'agit de savoir si maintenir de l'infrastructure pour les mouvements radicaux peut être considéré comme du terrorisme ; si la protection de la vie privée peut être redéfinie comme une dissimulation ; si refuser de collecter des informations personelles peut être présenté comme une obstruction ; et si un hébergeur peut être tenu politiquement et juridiquement responsable de chaque texte, tactique et revendication transmis au travers de ses machines.
A/I a passé vingt-cinq ans à se préparer au jour où un de ses serveurs disparaitrait. Iels savent comment remplacer une machine, déplacer un service, restaurer des données chiffrées et continuer à opérer après le débranchement d'une prise par la police ou un hébergeur. Les État-Unis tentent quelque chose de différent. Ils essayent d'intimider les banques, les hébergeurs, les registrars, les fournisseurs d'infrastructure et les soutiens à travers le monde pour qu'ils abandonnent le collectif. Leur réussite dépendra en partie de l'infrastructure d'A/I. Elle va aussi dépendre de nous. D'ici au 25 septembre, préservons l'histoire. Partageons-la. Construisons une coalition. Documentons l'isolation. Enseignons les outils. Préparons une défense légale. Ne laissons pas l'État états-unien discrètement établir que construire des infrastructures respectant la confidentialité pour la contestation est en soit un acte de terrorisme. Il y a vingt-cinq ans, dix personnes se sont rassemblées autour d'une machine de récup' et ont délibérement pris trop de temps pour la configurer parce que tout le monde dans la pièce était censé apprendre. Ça reste la leçon. Ne laissons pas la connaissance aux expert·e·s.
Ne centralisons pas l'infrastructure. Ne laissons pas les cibles se retrouver seules.
Le premier serveur s'appelait Paranoia.
Le réseau qu'il a créé s'appelle solidarité.
« Le pouvoir se structure comme une araignée qui tisse sa toile pour attraper et immobiliser des insectes ; mais ces mêmes insectes, qui se déplacent le long des filaments de cette toile, peuvent l'utiliser pour entrer en contact, communiquer et organiser leur libération. »
Aldo Braibanti
A travers un atelier d'écriture collective, venez explorer les scénarios qui parlent de vos futurs désirés, redoutés, rêvés ou enfouis. Ces futurs où familles queers et êtres non-humains s'émancipent, se soutiennent, s'échappent, se révoltent. Au fil de l'atelier, ces bribes se superposeront et formeront, à tâtons, délicatement, une toile de fond d'un imaginaire collectif unique, étrange ou familier - à vous de décider.
Un atelier imaginé sur base des ateliers de la collective Les Aggloméré·es, auteur-ices du roman collectif “Subtil Béton”.
Accessibilité :
Le lieu est accessible aux PMR. En fonction de la météo, l'atelier aura lieu soit dans une salle, soit dans le jardin naturel à l'arrière du bâtiment.
Le déroulé précis de l'atelier vous sera communiqué par mail à la suite de votre inscription.
L'atelier est gratuit.
Où ? A mundo Matonge (Rue d'Edimbourg 26, 1050 Ixelles) Quand ? Le 03 octobre de 13h30 à 17h30 Inscription : https://natagora.typeform.com/to/UOQqH7sC
Organisé par queer x nature, la Ligue des Familles et Natagora. Action citoyenne menée dans une démarche d'éducation permanente avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Dans la nuit du 31 août au 1er septembre à Liège, une action politique incendiaire propalestinienne a visé l'entreprise de technologies militaires Belgian Advanced Technology Systems (BATS) détenue par une entreprise militaire israélienne, Israël Aerospace Industries. Le bâtiment principal du site et une antenne ont brûlé et été gravement endommagés.
L'action a été revendiquée comme une action anti-impérialiste à travers un communiqué, qui pointe à la fois l'appartenance de BATS à une société israélienne et le fait que
« Les technologies de Bats visent à contrôler les populations, à renforcer les frontières et à équiper la guerre mondiale. Cela suffit à justifier de réduire Bats en cendres. » (Communiqué )
Le communiqué de l'action semble annoncer d'autres éventuels actes similaires :
« Notre temps s'écoule à toute vitesse, mais nous sommes déterminés à riposter. Pour allumer un nouveau feu que rien ne pourra arrêter. […] Un feu de vengeance profonde et de dignité pour tous ceux qui luttent contre l'impérialisme. […] Gaza dans nos cœurs, le feu se propage depuis nos bras.« Le Parquet a ouvert une enquête et a confirmé – selon les premiers éléments – que plusieurs départs de feu volontaires avaient mené à l'incendie du site. Aucune victime ou blessure ne sont à constater. Selon Théo Francken ( N-VA), ministre de la Défense, une action similaire aurait été tentée il y a quelques semaines contre les locaux d'OIP, précédemment visés par plusieurs actions. Théo Francken n'apporte pas plus d'éléments pour justifier l'information sur une seconde action similaire et s'est contenté d'attaquer l'extrême gauche.
Une campagne d'actions précédentes contre les sociétés liées à l'armement israélien en Belgique :
Durant l'année 2026, plusieurs dizaines d'actions propalestiniennes décentralisées ont été menées dans le cadre de la campagne « Stop Arming Israël ». En l'état, aucun élément ne permet de lier l'action contre BATS à la campagne « Stop Arming Israël ». Ces actions visaient des entreprises qui produisent, financent, transportent, des technologies militaires, liées à Israël, ou entièrement ou partiellement, détenue par Israël. Ainsi, une série d'entreprises comme OIP (Elbit), AMOS, Syensqo, BIRA-IASB, Thales, BNP, opérant en Belgique ont été visées par des actions. La plupart de ces actions ont mené à des dégradations : locaux saccagés, fenêtres brisées, peinture et graffitis. En juin 2025, une action de masse contre OIP avait eu lieu sur le site de l'entreprise, sabotant des tanks et du matériel à une hauteur d'un million d'euros. L'action visant AMOS avait provoqué des dégâts se chiffrant à plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Ces actions s'inscrivent dans la continuité et l'intensification des mouvements propalestiniens en Belgique. Depuis le début du génocide en octobre 2023, un large mouvement populaire, réunissant ponctuellement plus de 100 000 personnes dans les rues et réclamant la fin de la collaboration, des exports d'armes vers Israël, des sanctions … a secoué l'Etat et les entreprises belges collaborant avec l'Etat colonial israélien. Mais ce mouvement de contestation massif n'a généré chez la classe politique belge que de fausses promesses symboliques sur la reconnaissance de la Palestine, ou le boycott (jamais total) d'Israël. Et chez les entreprises belges qui participent à l'économie mondiale qui profite de ce génocide, la pression du mouvement n'a là aussi jusqu'ici, pas réussi à faire cesser leur collaboration avec Israël.
Autrement dit, les acteurs locaux du capitalisme en Belgique qui participent et profitent de la colonisation de la Palestine et du génocide des palestinien·nes n'ont aucun intérêt à arrêter de collaborer avec Israël uniquement parce que des manifestant·es leur demandent. Ils peuvent feindre de les entendre et de les écouter, pour tenter de calmer la colère populaire, mais l'épreuve des faits montre qu'il ne s'agit que de mascarade : la Belgique et ses entreprises continuent d'entretenir des relations économiques, diplomatiques, sécuritaires et militaires avec Israël.
Et cette dynamique s'inscrit dans l'histoire même des luttes : aucune victoire dans les luttes pour l'émancipation – que ces luttes soient anticoloniales, contre l'exploitation, féministe, etc – n'a jamais été gagnée, car les acteuri·ces de ces luttes avaient demandé leur libération. Toute victoire a toujours été arrachée, gagnée et imposée par des rapports de force.
C'est dans ce contexte de construction d'un rapport de force que des actions directes ont rapidement émergé du mouvement pour la Palestine. Une partie du mouvement de soutien à la Palestine semble avoir identifié que la solidarité et la lutte anti-impérialiste doit également se poser par des actes contraignant directement l'Etat et les entreprises à reculer, en leur faisant payer cher, y compris matériellement. C'est une stratégie qui a porté ses fruits au Royaume-Uni avec l'organisation Palestine Action, qui a mené de nombreuses actions de destruction contre des usines d'armement israéliennes. À Bristol en septembre 2025, une manufacture d'armement Elbit Systems a fermé après plusieurs actions ciblées contre cette dernière.
La création d'une section locale de Palestine Action en Belgique après le début du génocide et du lancement de la campagne « Stop Arming Israël » et aujourd'hui une action incendiaire, semblent s'inscrire dans cette dynamique pour construire un mouvement anti-impérialiste à même d'honorer ses objectifs. Pour ce qui est de la Belgique, il s'agira, à terme, de la fin de la collaboration entre la Belgique et Israël, la fragilisation par l'extérieur de la colonisation de la Palestine.
L'article Une action incendiaire à Liège contre une entreprise de technologie militaire appartenant à Israël est apparu en premier sur Bruxelles Dévie – Média indépendant bruxellois .
FRANCAIS
Dans les manifestations des quatre coins du monde, on voit flotter un drapeau pirate au chapeau de paille.
C'est le pavillon noir de la série manga One Piece, emblème de la génération Z qui s'est propagé dans les luttes et les révolutions. Il est le symbole de la lutte contre la corruption, les inégalités et l'autorité des gouvernements.
C'est cet étendard qui a inspiré cette édition de Feral.
Quelles revendications et aspirations porte-t-il ? À quelles pratiques, quelles formes d'organisation et quelles valeurs renvoie-t-il aujourd'hui ?
Historiquement, la piraterie a été un mouvement de révolte et de mutinerie contre l'autorité. Combattant·es sur l'eau, se cachant sur terre en tant que maron·nes fugueur·euses, parmi des esclaves évadé·es, les pirates formaient des communautés de résistance qui donnaient naissance à d'autres possibles, à d'autres versions du monde.
Que reste-t-il aujourd'hui de cet héritage ? Qui sont les pirates contemporain·es ? Des pratiques hackeuses aux initiatives citoyennes, des formes de soin collectif aux expérimentations artistiques et écologiques, nous voyons éclore des pratiques qui détournent les cadres existants pour produire de nouveaux savoirs et partager les ressources.
Les intervenant·es de Feral 2026 sont à la fois artistes, chercheureuses, activistes et acteurices de terrain. Nous constituerons une assemblée éphémère de pirates solidaires. Nous irons à la rencontre des lieux, des récits et des pratiques qui ouvrent de nouvelles voies, sur terre et sur l'eau, pour habiter le monde.
**Programme
Le festival prendra la forme d'un archipel de huit îles dispersées sur le territoire bruxellois et ses alentours du 24 au 26 septembre. Une traversée collective qui comprend : Une assemblée éphémère autour des pratiques pirates, Du Pirate au Pirate Care, avec bruna bonanno (IT), La Candidate Sans-Papiers d'Europe (BE), Adel Abdelwahab (EG), Yasmina Reggad et Dénètem Touam Bona. Deux après-midis de workshops : taupes, radio, chansons, cartes, mutuelle solidaire, spéculation, arpentage et radeaux. Un concert de Violence Gratuite (FR/CM) sur la Place du Jeu de Balle. Une marche vers le zoning industriel de Zaventem guidée par Doriane Timmermans (BE) et Marie Verdeil (FR/BE). Un trajet en bateau le long du canal. Le lancement de la publication The Book of Landscapes consacrée au projet collaboratif PLACE : Performing Landscapes, avec Tormod Carlsen (NO) et Allan-Lee Wei (BE). Une discussion autour des luttes écologiques et enclaves poétiques des cours d'eau, N'oublions pas que les pirates étaient des marins, avec Klaus Reimer (BE), Anne Stelmes (BE) et Alexis Zimmer (BE), Porteous, UltraRécup et Course des radeaux (CH). Et pour finir, un concert des She Shanties (BE) sur leur bateau, le Rubens (BE).
**Informations pratiques
Feral est un festival gratuit
L'inscription est requise pour deux événements : Marcher à la périphérie du numérique - vendredi 25 septembre Le trajet en bateau vers Grimbergen (5 €) - samedi 26 septembre
Pour vous inscrire, rdv sur les pages correspondantes sur notre site.
Feral aura lieu : À Metarage (1060 Saint-Gilles) le 24 septembre De Roodebeek à Zaventem le 25 septembre Au Cercle de la Voile (1850 Grimbergen) le 26 septembre
ENGLISH
At demonstrations all over the world floats a pirate flag with a straw hat. This black flag is from the manga series One Piece and has spread throughout struggles and revolutions as an international symbol of Generation Z, embodying the fight against corruption, inequality and authoritarian governments. This flag is what inspired this edition of Feral.
What demands and aspirations does it embody ? What practices, forms of organisation and values does it reflect ?
Historically, piracy was a movement of revolt and mutiny against authority. Fighting on the water, hiding on land as runaway maroons amongst escaped slaves, pirates formed communities of resistance that gave rise to other possibilities, to other versions of the world.
What remains of this legacy today ? Who are the contemporary pirates ? From hacking practices to citizen-led initiatives, from forms of collective care to artistic and ecological experiments, we are seeing the emergence of practices that subvert existing frameworks to produce new knowledge and share resources.
Feral 2026's speakers are simultaneously artists, researchers, activists and on the ground practitioners. Together, we will form a temporary assembly of pirates. We will explore the places, stories and practices that are opening up new ways, on land and at sea, of inhabiting the world.
**Program
The festival will take the form of an archipelago of eight islands scattered across Brussels and its surroundings, from the 24 to 26 Septembre. A collective journey comprising : An ephemeral assembly exploring pirate practices, From Pirate to Pirate Care, with bruna bonanno (IT), La Candidate Sans-Papiers d'Europe (BE), Adel Abdelwahab (EG), Yasmina Reggad and Dénètem Touam Bona. Two afternoons of workshops : moles, radio, songs, maps, health insurance, speculation, collective reading and rafts. A concert by Violence Gratuite (FR/CM) at Place du Jeu de Balle. A walk towards Zaventem's industrial zoning, led by Doriane Timmermans (BE) and Marie Verdeil (FR/BE). A boat trip along the canal. The launch of the publication The Book of Landscapes, dedicated to the collaborative project PLACE : Performing Landscape, with Tormod Carlsen (NO) and Allan-Lee Wei (BE). A discussion on environmental struggles and the poetic enclaves of waterways, Let's not forget that pirates were sailors, with Klaus Reimer (BE), Anne Stelmes (BE) and Alexis Zimmer (FR/BE), Porteous, UltraRécup and Course des radeaux (CH). And to finish, a concert by She Shanties (BE), on their boat Rubens (BE).
**Practical Information
Feral festival is free of charge
Registration is needed for two events : Walking on the fringes of the digital world - Friday 25 September Boat trip to Grimbergen (€5) - Saturday 26 September
To register, please head to the corresponding pages on our website.
Feral will take place : At Metarage (1060 Saint-Gilles) on 24 September From Roodebeek to Zaventem on 25 September At the Cercle de la Voile (1850 Grimbergen) on 26 September
Une réforme qui protège les auteurs d'accidents meurtriers
Le 1er septembre marque l'entrée en vigueur d'un nouveau Code pénal belge. Fini le classique trio crimes-délits-contraventions : place à une échelle de peines en huit niveaux, censée être plus claire et plus cohérente. La prison, elle, n'est plus la solution par défaut : elle devient un « dernier recours », le·la juge devant désormais justifier pourquoi y avoir recours, plutôt qu'une amende ou un travail d'intérêt général.
Le texte introduit aussi de nouvelles infractions, comme le très symbolique crime d'écocide. Sur le papier, l'intention est louable : un droit pénal plus lisible, plus gradué, moins automatiquement carcéral. Cependant, on peut légitimement s'interroger sur la mise en œuvre concrète de ces bonnes intentions : entre la complexité accrue de la notion d'« élément moral » à prouver, le flou entourant la transition pour les affaires en cours, et le pari (pas franchement neuf) qu'une réforme suffira à désengorger les prisons, il y a un monde entre l'ambition affichée du texte et sa capacité réelle à changer les pratiques.
Derrière la technicité juridique du texte se cache également un changement de logique sur plusieurs plans, notamment sur la manière dont la justice traitera la mort de quelqu'un·e. Ce changement intervient alors même que dans des précédents cas de meurtres, les victimes sont dépeintes de sorte à les rendre responsables de leurs morts, plutôt que d'insister sur la responsabilité des auteurs. Cette inversion de la culpabilité a lieu pour de nombreux féminicides ou meurtres policiers par exemple.
Jusqu'ici, l'article 418 de l'ancien Code pénal reposait sur un principe : peu importait la gravité de la faute commise, dès lors qu'elle avait un lien avec le décès d'une personne, l'infraction d'homicide involontaire était constituée. Une imprudence, même légère, suffisait, à condition qu'elle ait été à l'origine du décès.
C'est le résultat, la mort ; qui donnait à la faute son caractère punissable et grave. Une logique cohérente avec la place centrale qu'occupe le droit à la vie parmi les droits fondamentaux, consacré par l'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme.
Le nouveau Code pénal inverse cette culpabilité. Désormais, ce n'est plus la mort qui rend la faute grave : c'est la gravité de la faute, appréciée par le juge, qui déterminera si l'homicide involontaire est retenu.
Un déplacement qui semble technique sur le papier, mais qui aura des conséquences très concrètes pour trois catégories, par exemple : les conducteurs impliqués dans des accidents mortels, les employeurs dont la négligence a coûté la vie à un travailleur, mais surtout, les policiers responsables de la mort d'une personne dans l'exercice de leurs fonctions. « Dans la nouvelle version ( du Code pénal), le premier élément de l'infraction d'homicide involontaire devient la faute grave. La mort de quelqu'un – la conséquence – n'est plus grave, en soi. Il faut que la faute qui a causé le décès soit grave. La question va se poser pour les conducteurs responsables d'accidents mortels, mais aussi pour les employeurs qui n'ayant pas été suffisamment prudents ont causé la mort d'un travailleur. Et bien entendu le débat existera chaque fois qu'un policier sera responsable de la mort de quelqu'un.« (Selma Benkhelifa, avocate spécialisée en droit de la migration et en défense des victimes de violences policières) Le jugement rendu dans l'affaire de la petite Mawda, tuée par balle en 2018 lors d'une course-poursuite policière, avait retenu la qualification d'homicide involontaire en s'appuyant justement sur cette ancienne doctrine : peu importe la gravité de la faute, c'est le lien entre l'imprudence et le décès qui compte. Avec le nouveau texte, un tel raisonnement devient plus incertain.
Ce ne sera plus le fait qu'une personne soit morte des mains de la police qui sera d'emblée considéré comme grave : ce sera à l'appréciation du·de la juge de qualifier, ou non, de grave la faute qui a conduit à ce décès.
Une tendance globale à l'inversion de la culpabilité
La Belgique n'est pas un cas isolé. Le déplacement de la présomption en faveur des victimes vers une présomption favorable aux forces de l'ordre s'opère aussi ailleurs en Europe.
En France, la loi dite de la « présomption de légitime défense », surnommée « permis de tuer » a inversé, dans des circonstances comparables, la charge de la preuve entre policiers et victimes. Le texte a suscité une contestation massive, avec une pétition rassemblant des dizaines de milliers de signatures, sans empêcher son adoption.
En Italie, c'est le décret sécurité du gouvernement Meloni, entré en vigueur en février 2026, qui a introduit la procédure dite « article 45 bis ». Ce mécanisme permet de ne pas inscrire automatiquement un policier au registre des suspects lorsque les faits reprochés sont survenus dans l'exercice de ses fonctions. L'affaire Abderrahim Fakir est la première enquête menée sous ce nouveau régime, une première qui a immédiatement suscité les critiques de l'opposition, de juristes et d'organisations de défense des droits humains, pour qui ce changement de procédure risque de rendre toujours plus difficile la mise en cause de la responsabilité des policiers.
Une impunité déjà présente, désormais codifiée ?
La complicité dont bénéficient déjà les forces de l'ordre devant les tribunaux, y compris dans des dossiers où leur responsabilité dans la mort d'une personne est établie. Faire reposer l'ensemble de la qualification pénale sur cette seule appréciation du juge, dans un contexte où l'indulgence judiciaire envers la police est documentée, revient à ouvrir la porte à une forme d'impunité de fait, qui est déjà présente sans même cette réforme du Code pénal.
La Cour européenne des droits de l'homme a rappelé en janvier 2026 que c'est à l'État, et non aux victimes ou à leurs proches, qu'il revient de démontrer que le recours à la force était nécessaire et proportionné. En transférant de facto le poids de la preuve vers une appréciation du juge de la gravité de la faute policière, ce nouveau Code pénal belge semble s'éloigner de cette exigence.L'extinction de l'humanité à brève échéance est entre les mains d'une poignée d'oligarques de la tech, sans aucun contrôle ni débat
L’article Fin du monde : les IA sont déjà hors de contrôle est apparu en premier sur Contre Attaque.
Malgré quelques pluies éparses ces derniers jours, la sécheresse historique que traverse la France demeure à un niveau préoccupant. Près de 64 400 personnes sont concernées par des mesures d'approvisionnement en eau potable d'urgence, par camions-citernes ou bouteilles, pour pallier des coupures d'eau. Le niveau maximum d'alerte, qui correspond à une situation de « crise », est atteint dans 74 départements. Une situation inédite pour un mois de septembre.
Ce sont au total 6,4 millions de (…)
Quand ?
Le 27 septembre de 17h à 22h
Où ?
CICP - Centre International de Culture Populaire 21 ter, rue Voltaire, 75011, Paris, France
Rentrée pour le Collectif Contre Culture avec le Syndicat CNT des travailleurs/travailleuses de l'Education 93 pour un nouveau lieu de vie, de rencontre et d'organisation solidaire et autogéré à Aubervilliers.
La CNT STE-93 organise un événement de soutien à La Locale Solidaire, association basée à Aubervilliers, @local_autogere_auber sur Instagram, où auront lieu une discussion sur les lieux de rencontre, d'organisaitons et de vies solidaires alternatifs suivi de concerts des groupes King Kong Meuf, Glottes Control et Cydonia.
La Locale vise à créer un lieu de vie solidaire et autogéré à Aubervilliers où chacun.e pourrait s'organiser, cuisiner, se rencontrer, faire vivre les luttes solidaires et antifascistes. L'association a déjà fait l'acquisition d'un lieu au 49, rue Moutier à Aubervilliers ; les fonds générées par l'événement permettront de poursuivre les travaux nécessaires à l'ouverture au public et à rembourser l'achat du local.
Le STE-93 a interrogé des membres de La Locale en février, émission disponible via ce lien
– 17h30 : discussion à propos des lieux de vie, de rencontre et d'organisation avec le collectif.
– Musiques avec :
COLLECTIF CONTRE CULTURE
au CENTRE INTERNATIONAL DE CULTURE POPULAIRE
21 TER RUE VOLTAIRE
75011 PARIS
METROS ALEXANDRE DUMAS - AVRON
BLOG
ARCHIVES ANTERIEURES
RETRANSMISSION INTERVIEWS SOUTIEN ET GROUPES DE LA SOIREE EN DIRECT DANS L'EMISSION KONSTROY TOUS LES DIMANCHES DE 18 A 20H SUR RADIO "CAUSE COMMUNE" - 93.1 Megateuf
Prix libre - pas d'attitudes ou propos racistes, sexistes ou discriminatoires
Pas de verre et laissez les animals tranquillous à la maison ou à des aminches
Quand ?
Le 12 septembre de 18h30 à 23h
Où ?
La Kunda (entrée Lagaisse) 46, rue Jules Lagaisse 94400 Vitry-sur-Seine
L'offensive de Trump contre Autistici/Inventati aura une seule conséquence : multiplier A/I partout.
Voir ici et là
Nous organisons un événement de rencontre, partage et discussion ce samedi 12 septembre à la Kunda pour réfléchir ensemble à quelle réponse apporter depuis où nous sommes
Au programme : infokiosques, discussion, projection et cantine vegan.
Tout sera à prix libre !
Réunion de rentrée du R.N. Jurassien.
Ce responsable local et élu de l'yonne pour le rassemblement national, parti révisionniste, dont le fondateur a été outrancier quant aux déportations et aux chambres à gaz, dont certains fondateurs sont issus des rangs des nazis de la seconde guerre mondiale, va venir à Gevingey ce 11 septembre.
A-t-il choisi spécifiquement le lieu, quelques mois après le 82e anniversaire de la rafle de Gevingey, lors de laquelle dix-neuf personnes ont été déportées et une seule est revenue ?
Pour rappel, à partir du printemps 1944, la répression de l'armée allemande prend une autre dimension.
A partir du 9 avril, est menée l'opération Frühling contre les maquis de l'Ain et du Haut Jura avec la présence active des SS.
Dans le Bas Jura, le 26 avril, sur dénonciation, un groupe de maquisards est attaqué à Frébuans par les soldats allemands. Le commandant Foucaut, résistant, est abattu. Dans la foulée, a lieu une rafle d'habitants de Trenal dont plusieurs personnes juives réfugiées. Pour une raison que l'on ignore, toutes les personnes sont libérées, et, c'est sur la commune de Gevingey que vont s'abattre les foudres de l'occupant qui rafle 19 femmes, hommes et enfants qui seront déportés au début du mois de mai à Auschwitz.
Seule rescapée de cette rafle, Simone Polak qui témoigne encore dans ses livres mais aussi dans la vidéo réalisée par Dominique Gayet sur la Rafle de Gevingey.
Gevingey fut le seul village du département où eut lieu une rafle de personnes juives.
Lors de la commémoration des 80 ans de la rafle, quasiment tous les maires de la comcom et les élus du département étaient présents ainsi que les associations mémorielles.
Lors de la future et proche venue de Julien Odoul pour sa réunion de rentrée, les élus locaux de tous bords vont-ils aller lui passer la brosse à reluire, jouer l'indifférence ? Ou vont-ils se positionner clairement ?
Lors de sa venue, les associations mémorielles vont-elles continuer à minimiser les actes politiques, racistes, impérialistes, et autoritaires, du R.N.? Ou vont-elles enfin retrouver la mémoire des combattants et déportés de 39-45, résistants, et humains pour condamner des positions toujours semblables aux anciens occupants, essentialistes, autoritaires, et racistes ?
Credit photo daniellebrulebois.fr
Mercredi 9 septembre
Montpellier : goûter d’accueil du Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) à 16h, sur la pelouse d’Atrium à l’entrée de l’université Paul Valéry
Montpellier : soirée conférence et débat avec Frank Mintz, historien et militant libertaire auteur du livre “L’autogestion dans l’Espagne révolutionnaire”, organisé par l’Union Communiste Libertaire. Ce sera à partir de 19h à La Carmagnole, 10 rue de la Palissade
Jeudi 10 septembre
Montpellier : rassemblement de soutien à José Luis Moragues, militant BDS/UP Montpellier attaqué en justice par les présidentes du CRIF Languedoc-Roussillon et du Centre Culturel Juif Simone Veil (CCJSV) pour une vidéo dénonçant leur soutien politique à Israël. Ce sera à 13h au Tribunal Judiciaire, place Pierre Flotte.
Frontignan : ouverture de l’épicerie associative de la Coopérative Intégrale du Bassin de Thau (CIBT). Les principaux produits disponibles sont des produits locaux, de saison, bio, en circuit-court et à prix libre (légumes, fruits, pain, farine, œufs, fromages de chèvre, miels, confitures, tisanes, sirops, vins, huile d’olive, huiles culinaires, vinaigres aux plantes, sel aux herbes, savons et baumes avec des plantes cultivées localement, riz de Camargue, lentilles, pois chiches.) Ce sera de 17h à 18h30 au local associatif La Grève, 19 bis boulevard Victor Hugo
Frontignan : discussion sur la loi « permis de tuer », qui prévoit une présomption d’usage légitime de l’arme par les forces de l’ordre qui va au-delà de la légitime défense, de 18h30 à 20h30 au local associatif La Grève, 19 bis boulevard Victor Hugo
Samedi 12 septembre
Montpellier : fête “La rentrée de la lutte des classes” au local associatif Le Quartier Généreux, 2 quai des Tanneurs, de 12h30 à 23h30. Au programme : conférence et ateliers militants, repas partagés, animations et jeux de kermesse, et une boom en soirée. Plus de détails sur le programme par ici
Lundi 14 septembre
Montpellier : permanence du BIB Hackerspace, pour venir boire un coup ou discuter questions informatiques, numériques ou biologiques, avec un collectif autogéré privilégiant logiciels libres et protection des données. Dès 18h30 à La Tendresse, 80 impasse Flouch
Mardi 15 septembre
Béziers : rassemblement à 9h à Enedis Ovalie, puis à 11h devant la sous-préfecture, à l’initiative des salarié-es électricien-nes et gaziers-ères, dans le cadre d’une mobilisation contre la remise en question du tarif spécial sur l’énergie dont bénéficient les agents
Montpellier : manifestation étudiante contre les frais d’inscription prévus à l’entrée de certaines formations pour les étudiant-es étrangers-ères et la suppression des APL pour certain-es étudiant-es étrangers-ères hors UE. Ce sera à 10h place Albert 1er.
Montpellier : rassemblement à 10h à Trancavel, à l’initiative des salarié-es électricien-nes et gaziers-ères, dans le cadre d’une mobilisation contre la remise en question du tarif spécial sur l’énergie dont bénéficient les agents
Montpellier : rassemblement régional de 12h à 14h devant la préfecture contre le manque de moyens dans la santé et l’action sociale, appelé aussi par les syndicats de l’énergie. La CGT sera aussi présente de 9h à 12h sur la place de la Comédie
Montpellier : rassemblement de soutien à Roland Veuillet, convoqué à 14h devant la Cour d’Appel de Montpellier pour des faits remontant au mouvement des gilets jaunes
Montpellier : conférence-débat sur le thème “L’extrême-droite dans le Midi, permanences et mutations.”, dès 19h à La Carmagnole, 10 rue de la Palissade. Avec Philippe Secondy, historien, auteur de “La persistance du Midi blanc” et de “Fabrication d’un collabo” et Emmanuel Négrier, politiste, CEPEL, directeur de la revue Pôle sud. Dans le cadre du festival antifasciste et solidaire Les Fourmilières.
L’article Cette semaine dans l’Hérault : mobilisations étudiantes, de l’énergie, de la santé et de l’action sociale, contre la répression des GJ et soutiens à la Palestine est apparu en premier sur Le Poing.
Source : Marsactu
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Source : La Relève et La Peste
Source : Le Nouveau Paradigme
Source : Là-bas si j'y suis
Payant
Format : vidéo
Source : Parallèle Sud
Même si les luttes contre les discriminations avancent, ces dernières restent quand même relativement très fréquentes. Cet article de Parallèle Sud, revient sur le cyberharcèlement subi par la judokate Léa Fontaine suite à sa victoire du Grand Slam de Lausanne (Suisse) à la fin du mois d'août.
L'article indique que cette « vague de commentaires sexistes et grossophobes » révèle surtout la montée en puissance des masculinistes sur les réseaux sociaux. Parallèle Sud fait intervenir Évelyne Corbière Naminzo, ancienne présidente de l'Union des femmes réunionnaises (UFR) et aujourd'hui sénatrice de La Réunion, d'où est originaire Léa Fontaine, ainsi que Victor Abel-Gagné, président de la LDH (Ligue des droits de l'Homme).
Ce dernier affirme surtout que « Nous sommes dans un monde qui hyperexpose les sportifs et les artistes. [...] Le problème, c'est que l'algorithme tend à mettre en avant ce qui fait mal »
Par ailleurs, les avancées féministes s'exposent à un retour de bâton masculiniste.
Alors quelles solutions ? Si la justice avance lentement, c'est certainement à cause d'une « question de moyens » estime Évelyne Corbière Naminzo.
Source : Mediacités Lyon
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Source : Parallèle Sud
Source : Common Dreams - États-Unis
Lire la traduction automatique en français
Source : Data Cameroon - Cameroun
Source : Les Jours
Payant
Le délibéré sera rendu ce jeudi 10 septembre 2026, à la Cour d'Appel de Paris, à 13h30. Toutes les formes de solidarité sont bienvenues. Sur place pour faire nombre face à la violence de l'Etat, mais d'autres formes de soutiens, délocalisées, seront aussi précieuses.
Article en parti repris de nantes.indymedia.org (pour une soirée de soutien organisée à Rennes le 30/10. pour relayer sur trognon, nous avons retiré les paragraphes d'invitation à la soirée de soutien de Rennes, mais vous pouvez le retrouver sur l'article originel)
C'est une affaire qui commence à dater, mais dont on attend toujours de pouvoir tourner la page. Le 8 décembre 2020, avant le lever du jour, des arrestations avaient lieu dans toute la France avec les moyens de l'antiterrorisme – le RAID avec des cagoules têtes de mort, des armes de guerres pointées sur les gens, des maisons saccagées… Puis quatre jours de garde-à-vue à Levallois Perret, dans la même ambiance, terrorisante. Le 11 décembre, le contrôle judiciaire est prononcé pour deux d'entre elleux et les cinq autres sont incarcéré·es dans cinq prisons différentes d'Île-de-France, sous le statut DPS (détenu·e particulièrement signalé·e). L'un d'entre-elleux, Libre Flot, est placé en isolement total.
Cette affaire, c'est celle d'une association de malfaiteurs terroriste, qui vise directement « l'ultra-gauche », selon les termes du dossier. Sept personnes en lien avec un militant internationaliste, Libre Flot, qui a répondu en 2017 à l'appel des populations du Rojava pour protéger la paix en participant à la guerre de légitime défense contre Daech et l'armée turque. Comme le dit le Collectif des Combattantes et Combattants Francophones du Rojava dans une tribune de soutien : « Nous sommes allés au Rojava avec la volonté de défendre une révolution basée sur la démocratie directe, la coexistence pacifique entre communautés, l'égalité femmes-hommes et le juste partage des richesses, autant de valeurs dont l'État français se réclame sans jamais les appliquer. » À partir de là, les renseignements fantasment un « revenant » qui chercherait à mettre à profit des compétences militaires acquises en Syrie pour créer une milice qui aurait pour cible l'Etat français et ses forces de l'ordre. Une surveillance du fameux malfaiteur en chef a été mise en place dès son retour du Rojava, comme pour beaucoup de volontaires internationalistes, et les agents de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) ont été témoins de propos hostile à la police dans la bouche du militant et de ses ami.es punks libertaires. Ça ne leur a pas plu, dont acte.
Libre Flot, dans leur fable, c'est le chef de la bande d'anarchistes (lol). Il est enfermé à l'isolement pendant 16 mois, en préventive. Sentant les séquelles sur sa santé, sur ses capacités cognitives, sur sa vie, Flo démarre une grève de la faim, qui lui permettra de sortir de taule après 37 jours. Il a beaucoup écrit pendant cette période et après, et un livre est sorti en 2025 aux éditions Du bout de la ville : Anticiper le bruit sec des verrous. Parmi les autres personnages de l'histoire, on trouve un artificier à Disneyland et pour des clips, deux inséparables amateurs de tir sportif et de vieilles armes, une lectrice de brochures et utilisatrice de Tails, un adepte de voyages et aspirant soutien du Rojava, et un autre copain de Flo qui sera condamné plus légèrement, sa formation en PNL (programmation neuro-linguistique, un truc de développement personnel) ne paraissant pas effrayer les enquêteurs.
2020, une partie de cette bande se retrouve confinée ensemble (pour une partie, s'y rencontrent pour la première fois), et hop, voilà une association de malfaiteurs. Quatre autres inculpé·es feront aussi plusieurs mois de prison, avant le procès qui n'a eu lieu qu'en octobre 2023, et qui a abouti à leur condamnation pour avoir donné l'impression à la DGSI, au PNAT et à ces juges d'avoir envie d'attaquer des flics. « Participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste ». Et ce sans qu'aucun projet spécifique n'existe, en assumant que des suspicions d'intentions suffisent, « sans qu'il soit nécessaire de démontrer une participation aux crimes ou à leur préparation » écrivait le juge d'instruction Jean-Marc Herbaut. Condamné·es pour avoir participé sans participer. Certain·es des inculpé·es sont aussi rendu·es coupables du « refus de remettre la convention secrète de chiffrement d'un moyen de cryptologie », c'est-à-dire l'accès à du matériel informatique. Les peines vont de deux ans de sursis simple à cinq ans de prison ferme. Le temps de détention provisoire effectué étant déduis, et le reste étant aménageable en bracelet électronique, ces peines ne les amèneraient pas à retourner en prison. Mais elles sont alourdies par un certain nombre d'interdictions (de contact entre elleux, de travailler dans certains secteurs, de port d'armes, de déplacement de plus de deux semaines) et d'obligations (de soin, de travail), et par l'inscription au FIJAIT (fichier judiciaire des auteurs d'infraction terroriste). Pendant tout ce temps, la surveillance des communications et du quotidien continue, ainsi que les rendez-vous CPIP (conseiller.ère pénitentier.ère d'insertion et de probation). Une répression protéiforme donc, depuis bientôt six ans.
Six des sept personnes condamnées ont fait appel de cette décision, et ont encore du attendre deux ans et demi avant d'avoir droit à un nouveau mois de mascarade judiciaire (du 4 au 22 mai 2026 pour l'appel). Ces deux procès ont traité du même dossier terriblement vide, basé sur les mêmes interrogatoires traumatisants avec le même juge d'instruction tout à fait convaincu de leur dangerosité et les mêmes flics affolés par ces marginaux qui osent se tatouer des ACAB et écouter des musiques aux paroles explicitement anti-autoritaires, avec les mêmes livres et brochures (on a vu à quel point les infokiosques leur font peur)… Ces mêmes moments de jeu d'air-soft et de fabrication de pétards ont été transformés par des chien·nes de garde de l'État paranoïaques en entrainements para-militaires et en préparation d'attentats… Le récit creux a été collectivement façonné par des agents de l'État tout-puissant, où les droits des détenu·es et de la défense ont été maintes fois bafoués : des refus systématiques des demandes de mise en libertés mettant en danger la vie de Libre Flot, aux fouilles à nues systématiques en détention, en passant par les multiples et veines demandes de la défense de faire venir au procès les crapuleux agents de la DGSI qui ont retranscrit les écoutes en mettant leur grain de sel pour faire peur (les avocat·es sont allé·es jusqu'à saisir la Cour Européenne des Droits Humains pour ça !).
Ce procès est celui de ce qu'yels appellent l'« ultra-gauche », accusée d'être violente par essence. C'est un procès où des paroles, même des blagues, même des chansons, sont prises pour des actes. C'est le procès du mouvement punk. C'est le procès des ZAD. C'est le procès de la protection des données personnelles, de Signal, Tor et Tails. C'est le procès de l'internationnalisme et de l'anarchisme, même si les personnes condamnées ne s'en revendiquent pas forcément. Le procès en première instance a été raconté dans des chroniques par une quinzaine d'autaires dans le livre Qui terrorise qui ? paru en 2026 aux éditions Tahin Party.
Pour en savoir plus sur l'affaire et suivre les nouvelles, il est encore possible de consulter le blog des soutiens : soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org. Mais la répression antiterroriste s'intensifie, et l'hébergeur de ce blog, Autistici/Inventati, a été classé comme organisation terroriste par Trump. Nous espérons pouvoir donner une nouvelle adresse de blog prochainement. Une cagnotte est disponible en ligne, les besoins de soutien financier sont très importants. Pour en savoir plus sur l'affaire, voilà une brochure de synthèse : Qui_terrorise_qui
Cette affaire pourrait bien créer une jurisprudence très dangereuse pour les libertés, en particulier politiques. C'est pour cette raison que les cibles ont décidé de se battre quelques années de plus pour contester cette décision, malgré leur envie de retrouver une vie plus tranquille. Nous encourageons tout le monde à se renseigner et à parler de cette affaire, et surtout, surtout à ne pas se laisser anti-terroriser.
Un épisode de l'émission Sortir du capitalisme autour de l'expulsion forcée de 750 000 Palestiniens et Palestiniennes en 1948, la « Nakba », moment fondateur de l'Etat colonial d'Israël, à partir de L'épuration ethnique de la Palestine (La Fabrique, 2024) de l'historien israélien Ilan Pappe.
L'épisode (1 heure 20 minutes), à écouter de préférence après notre épisode en deux parties Colonisation de peuplement : aux racines du « conflit israélo-palestinien », comporte :
Une présentation des enjeux politiques, historiques et mémoriels de l'épisode ;
Une analyse des racines historiques à long et moyen terme de la Nakba : projet sioniste d'un Etat juif à majorité juive en Palestine, colonisation britannique, création et renforcement d'un proto-Etat et d'une proto-armée israélienne, écrasement de la grande révolte arabe de 1936-39, plans de partage britanniques et projets sionistes de « transfert » forcé des Palestiniens et Palestiniennes… ;
Une présentation du contexte immédiat qui précède l'expulsion forcée des Palestiniens et Palestiniennes en 1948 : vague d'attentats sionistes anti-britanniques, afflux de rescapés de la Shoah, départ des Britanniques de Palestine, et plan de partage de l'ONU de novembre 1947 ;
Une histoire de la Nakba : exil de l'élite palestinienne et passage d'une stratégie de « représailles » à une stratégie d'épuration ethnique du côté des dirigeants sionistes (hiver 1947-48), plan Daleth, épuration ethnique de la Palestine urbaine et début de l'épuration ethnique de la Palestine rurale (printemps 1948), guerre israélo-arabe et achèvement de l'épuration ethnique de la Palestine rurale (mai 1948 – 1949) ;
Une analyse des techniques d'épuration ethnique, entre terrorisme, massacres et expulsions forcées ;
Une déconstruction des mythes historiques autour de la guerre israélo-arabe de 1948-49, et notamment autour du rapport de force entre Israël et ses adversaires arabes ;
Quelques études de cas : le massacre de Deir Yassin, l'expulsion des Palestiniens et Palestiniennes de Haïfa, la non-expulsion des Palestiniens et Palestiniennes de Nazareth ;
Une analyse de la radicalisation du vocabulaire des ordres militaires sionistes puis israéliens : de l'idée d'expulsion des villages « hostiles » à l'appel explicite à « nettoyer » les villages palestiniens ;
Une critique du rôle passif de l'ONU et de la complicité active ou passive des troupes britanniques lors de la Nakba ;
Une conclusion qui met en parallèle le massacre en cours à Gaza et la Nakba, les deux moments les plus violents de l'histoire israélo-palestinienne.
Plus d'infos sur la page de Sortir du capitalisme
Rassemblement antifasciste, vendredi 10 septembre à 18h, à l’arrêt de tram Château.
Depuis plus d’un an, il y a dans Brest une augmentation d’attaques et d’agressions aux revendications fascistes. Ce week-end, le niveau de violence est monté d’un cran quand deux personnes cagoulées, armées de matraques et gazeuses, sont entrées par effraction dans un bâtiment squatté et s’en sont pris à une personne endormie, la laissant gravement blessée. En portant leurs coups aux cris de « sale antifa », ils ont été clairs sur leurs motivations.
Il semble évident que cette agression était préméditée, que du repérage ait été fait dans ce but. D’autres effractions ont eu lieu durant l’été, des agressions de rue, intimidations dans le quartier de St-Martin, tags, etc. Cet événement lache et violent s’inscrit dans une dynamique de terreur qui vise à détruire mentalement et physiquement des personnes précaires, pour la seule raison qu’elles dorment dans un squat, et pour leur appartenance politique supposée. N’étant pas isolée, cette agression nous concernent toustes.
Parce que nous refusons le bruit des bottes dans nos quartiers, parce qu’après la rue ils s’en prennent à nos lieux de vie, parce que nous refusons que nos voisin.es ou quiconque ailleurs puissent être victimes de telles violences, parce que nous voulons pouvoir dormir sur nos deux oreilles ; pour les personnes racisées, sexisées et vulnérables qu’ils mettent en danger, nous appelons à un rassemblement à l’arrêt de tram Château le 10 septembre à 18h.
Des squatteur.euses de Brest.
Des squats en France https://radar.squat.net/fr/groups/country/FR/country/FR/squated/squat
Des groupes en France https://radar.squat.net/fr/groups/country/FR
Des événements en France https://radar.squat.net/fr/events/country/FR
Le serveur qui s'appelait Paranoia : défendons Autistici/Inventati avant le 25 septembre
Cette brochure est une traduction collective de l'anglais d'un article publié le 27/08/2026 sur sabotmedia1 elle même postée en ligne le 30/08/2026 sur manif-est.info2. Depuis sa publication, la situation a évolué dramatiquement. Nous préciserons ces évolutions entre crochets quand c'est nécessaire. Tout ce qui suit et n'est pas entre crochets constitue donc l'article original. Bonne lecture !
Cet article est écrit avec une perspective états-unienne, donc la partie sur "ce qu'on peut faire" n'est pas forcément pertinente d'un point de vue européen. On invite à des réflexions et propositions complémentaires dans ce sens afin de réflechir collectivement à quelle solidarité mettre en place depuis chez nous.
À l'heure où cette traduction est publiée, les sites de autistici ne sont plus joignables. Le collectif A/I est certainement sur le pont pour rétablir les services. Il est probable que des nouvelles seront publiées sur leur blog : https://cavallette.noblogs.org [Le 6 septembre, A/I a malheureusement annoncé s'auto-dissoudre, signifiant la fin de leurs services mails et d'hébergement de blogs dans un futur proche]
[Il est possible de suivre l'évolution de la situation (pour l'instant) sur le blog : https://keepitfree.ai ou grâce à sabotmedia sur Mastodon par exemple : https://kolektiva.social/@AberdeenLocal1312. Il n'est plus question de soutenir A/I mais de faire fleurir des alternatives décentralisées partout où c'est possible.]
Au cours des 25 dernières années, Autistici/Inventati, un collectif de hackeur·euses italien a mis sur pied des infrastructures de communication conçues pour survivre à la censure, à la surveillance et aux descentes de police. Le 26 août, les États-Unis ont désigné ce collectif comme une organisation terroriste. Les mesures d'embargo économique prendront leur pleine mesure le 25 septembre 2026.
Ça aurait du être une nuit sombre et orageuse dans un hacklab italien.
Mais la scène se déroule un beau dimanche ensoleillé.
Le 3 mars 2001, une dizaine de personnes se retrouve au hacklab LOA à Milan autour d'un ordinateur assemblé avec des bouts de machines sorties du rebut. Peu avant, une banque leur a vendu un vieux serveur pour la somme symbolique de 15.000 lires, soit à peu près 8 euros. Iels l'ont amélioré avec des composants de récup', dont un disque dur extrait de l'ordi du salon d'une personne. Personne n'a de plan formel. Les logiciels sont choisis l'un après l'autre. Toutes les décisions sont discutées jusqu'à ce que tout le monde soit d'accord. Intentionnellement, la personne avec le moins d'expérience technique est mise derrière le clavier. Le processus prend bien plus de temps que necessaire parce que l'efficacité n'est pas le seul objectif. Tout le monde doit comprendre ce qu'iels sont en train de construire. Ce jour là, l'un·e des participant·e s'en souvient, iels déclarent : "A/I existe désormais."
Iels baptisent la machine Paranoia. Le mois suivant elle est en ligne et supporte deux noms de domaines et deux histoires entremelées : Autistici.org et Inventati.org. Vingt-cinq ans plus tard, le 26 août 2026, les États-Unis désignent Autistici/Inventati comme organisation terroriste ("Specially Designated Global Terrorist") et l'inscrit sur la "liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Bloquées" ("Specially Designated Nationals and Blocked Persons list").
La distance entre ces deux événements (d'une machine recyclée dans un hacklab à Milan, à la machinerie de l'état techno-sécuritaire états-unien), c'est l'histoire d'un collectif qui ne démord pas, depuis un quart de siècle, d'une proposition dangereuse : on devrait pouvoir communiquer sans d'abord devoir se livrer à de grandes entreprises ou à des gouvernements.
Le 25 septembre, le délai accordé aux institutions pour couper leurs relations avec A/I prendra fin. Les banques, les entreprises de la tech, les hébergeurs et autres institutions sont sommées de couper tous liens qui resteraient après cette date. A/I a construit son infrastructure pour survivre à la disparition de serveurs. Les États-Unis tentent maintenant de rendre le collectif économiquement et technologiquement infréquentable.
Mais découvrons ensemble ce qu'est A/I, son histoire, et ce que cette nouvelle attaque pourrait signifier pour les collectifs techniques autonomes et le milieu militant radical en général.
Autistici/Inventati n'est pas sorti du néant. Ses racines plongent dans plus d'une décennie d'organisation de l'autonomie italienne, de radios pirates, de "bulletin-board systems" [NDLT : premières agoras numériques du jeune internet], de centres sociaux autogérés dans des squats, de mouvements anti-capitalistes et d'expérimentations autour des ordinateurs comme outils politiques. Au cours des années 1990, des réseaux comme le European Counter Network et Isole nella Rete ont fourni un espace en ligne pour les mouvements sociaux alors même qu'internet était peu connu du grand public. Les hackmeetings italiens réunissaient développeur·euses, activistes, artistes, et autres curieux·euses de technologie dans des espaces autogérés. Dans les centres sociaux apparurent des Hacklabs, où les gens pouvaient apprendre Linux, monter des réseaux et aborder les connaissances techniques comme quelque chose à partager plutôt qu'à vendre. Les futur·es membres de A/I venaient de plusieurs endroits de ce monde. À Milan, les personnes affiliées au LOA Hacklab utilisèrent le nom Autistici pour décrire leur intense fascination pour la technologie et leur désir de mettre en lumière la politique cachée en son sein. À Florence, le projet Inventati était plus orienté vers la communication, la publication, et l'organisation du mouvement social. Ses projets comprenaient Stampa Clandestina, un journal conçu pour être imprimé et collé directement sur les murs de la ville, et Spia la Spia, une tentative de cartographier les caméras de surveillance dans l'espace public.
Des personnes de Bologne et d'ailleurs étaient aussi impliquées. Beaucoup participèrent au développement d'Indymedia Italy, mouture locale d'un réseau mondial de publication libre sur internet qui permettait aux manifestant·e·s de rapporter les évènements sans attendre que les journalistes professionnel·le·s les médiatisent. Les différents groupes partageaient le même problème : le mouvement nécessitait un nombre croissant de sites web, de listes mail et de mails privés, mais les infrastructures indépendantes demeuraient rares. Le European Counter Network portait plus que sa part du fardeau. Les fournisseurs commerciaux offraient de plus grandes capacités mais contre un prix élevé, une dépendance structurelle, de la surveillance et un pouvoir de censure. En novembre 2000, Inventati envoya aux hackers milanais un mail chiffré leur proposant une rencontre. Le message fût traité comme dans un film d'espionnage : clés PGP, signes de reconnaissances savament arrangés, un endroit et une heure secrète. Puis les florentins arrivèrent dans une bagnole rouillée légendaire appelée le General Lee, klaxonnant devant le squat pendant que la police surveillait le bâtiment avec stupéfaction.
Le point historique qui fait consensus dans cette histoire est que tout ce petit monde alla ensuite manger dans une pizzeria appelée La Balena. Après le dîner, les florentins dévoilèrent leur plan séditieux : monter un autre serveur autonome. L'intention n'était pas de remplacer l'infrastructure du mouvement avec un nouveau fournisseur de service central. L'intention était de multiplier l'infrastructure. Si un millier de serveurs autonomes voyait le jour, une simple perquisition ne suffirait pas à couper les communications de toutes les communautés en lutte. Ensemble, iels devinrent Autistici/Inventati, plus courrament abrégé A/I. L'association des collectifs prit légalement le nom d'Investici, mais A/I ne devint jamais pour autant une organisation ordinaire : elle n'avait pas de coordinateur·ice, pas de dirigeant·e officiel·le, pas de porte-parole permanent·e. Les décisions étaient prises en cherchant des consensus plutôt que par votes. Personne n'était payé. Ses ressources venaient de dons, d'évènements de soutien et du travail des gens qui la maintenait. Le double-nom était un choix. Tel Janus, A/I était une créature à deux visages : l'une technique, l'autre communicante ; l'une tournée vers la machine, l'autre vers le mouvement qui en avait besoin.
La naissance n'a pas été uniquement glorieuse. Le second jour de l'existence de Paranoia, une personne entra une commande de pare-feu inversée, ordonnant par accident à la machine de bloquer toutes les connections qui ne proviendraient pas d'elle-même.
Le serveur ne pouvait donc plus communiquer qu'avec lui-même.
Le collectif a trouvé ça si représentatif de son image qu'il fut décidé d'imprimer l'erreur sur des T-shirts. Ce mélange de rigeur technique et de refus de se prendre au sérieux devint une caractéristique d'A/I. Les serveurs suivants furent nommés, entre autres : Tchernobyl, Rancune, Révolte, Désobéissance et Cavale (Chernobyl, Astio, Rivolta, Contumacia et Latitanza). Derrière les blagues, c'est une position politique qui se développait. La communication devrait être gratuite et accessible. La connaissance grandit en étant partagée. Un logiciel n'est pas neutre simplement parce qu'il existe dans un monde supposé virtuel. Les systèmes grâce auxquels on parle déterminent qui peut parler, qui peut écouter, qui détient les échanges et qui peut être réduit au silence. A/I a commencé à fournir des sites webs, des emails privés et des listes mails, des newsletter et des tchats. Ses services se sont progressivement étendus avec Noblogs, des outils de partage de fichiers, de visio-conférence, de streaming, de proxy mail anonymes et d'autres outils de communication encore. Le tout sans publicité ou exploitation de données à des fins commerciales.
Le manifeste du collectif³ décrit le projet en des termes explicitement politiques. A/I est anti-fasciste, anti-capitaliste et anti-militariste. Le collectif promeut le logiciel libre, le chiffrement des données personnelles, le pseudonymat et la libre circulation de la connaissance et de la culture. Il réserve les ressources limitées de ses volontaires aux personnes et projets globalement compatibles avec ses principes, plutôt qu'à des entreprises, partis politiques, religions établies ou institutions qui ont déjà les moyens de se faire entendre. A/I n'a jamais été un hébergeur commercial politiquement neutre. Fournir de l'insfrastructure ne signifie pas être l'auteur·ice de tout ce qui passe par cette infrastructure. "Affinité politique" ne signifie pas "contrôle opérationnel". Offrir à quelqu'un·e une adresse email ne signifie pas écrire tous les emails qui sont envoyés ensuite. Ces distinctions, et leur confusion, jouent un rôle central dans l'attaque que subit maintenant A/I.
À peine quelques mois après la mise en ligne de Paranoia, le G8 s'est réuni à Gênes. Plusieurs participant·es d'A/I étaient aussi impliqué·es dans Indymedia Italy. Iels ont participé à la création du Media Center du mouvement [NDLT : un squat qui rassemblait des journalistes indépendant·es, ainsi que d'autres voix alternatives du mouvement], en tirant des câbles, en configurant des serveurs, en installant des ordinateurs pour permettre aux manifestant·es de rapporter ce qu'il se passait dans la ville. Ce qui a suivi est devenu historique : protestations massives, assassinat par la police de Carlo Giuliani, violences policières indiscriminées dans les rues, tortures et violences sexuelles dans la caserne de Bolzaneto, descente de police nocturne dans l'école Diaz. Les discours officiels entraient en concurrence avec les photos, enregistrements et témoignages de première main transmis via une infrastructure indépendante. Gênes est ainsi l'une des premières manifestations majeures à être documentée sous tous les angles par ses participant·es plutôt qu'exclusivement par les médias institutionnels.
Pour A/I, ce fût aussi ce que le collectif nommera plus tard une « communion traumatique ». Ses membres y fîrent face à la même violence ensemble, tout en maintenant les systèmes aux travers desquels les preuves de cette violence pouvaient se diffuser. Après Gênes, A/I n'était plus une simple expérimentation technique, curieuse et rigolote. C'était devenu une infrastructure de confiance pour le mouvement. La demande crût rapidement. En 2003, A/I hébergeait plus de 2.000 utilisateur·ices, 205 sites web et 269 listes de discussion. Héberger ces services gratuitement devenait insoutenable, des hébergeurs commerciaux auraient facturé des milliers d'euros par an pour de tels services. Le collectif apporta une réponse avec les KAOS Tours : des tournées combinant collectes de fonds, fêtes, discussions publiques et ateliers pratiques. Les membres d'A/I apprenaient aux gens comment monter des serveurs, chiffrer leurs communications, monter et diffuser des vidéos, créer des archives numériques et streamer de la radio.
Les tournées levèrent des fonds, mais leur but principal était l'éducation politique. Le collectif ne voulait pas devenir un groupe d'expert·es invisibles pratiquant de la magie pour des utilisateur·ices passif·ves. Il souhaitait que la communauté comprenne la machinerie dont elle dépendait de plus en plus. Chaque attaque ultérieure envers A/I provoquerait une variation de cette réponse : découvrir ce qui s'était passé, réparer les dégâts, partager la leçon, construire quelque chose de plus difficile à détruire.
La première confrontation judiciaire majeure a eu lieu en 2004. Un collectif de designers appelé Zenmai créa un site web parodiant celui de l'entreprise ferrovière italienne Trenitalia. Iels copièrent l'apparence du site web de l'entreprise tout en dénonçant son implication dans le transport de chars d'assauts et d'autres équipements militaires pour l'invasion de l'Irak. Trenitalia demanda devant la justice la suppression de la page, le versement de dommages et intérêts ainsi que la publication d'excuses dans deux journaux majeurs pour un coût estimé à environ 20.000 €. Le tribunal ordonna dans un premier temps à A/I de suspendre le site parodique. Internet répondit en reproduisant le site tout autour de la toile.
Trenitalia demanda alors qu'A/I retire également les liens vers les sites miroirs (impliquant l'absurde possibilité que des moteurs de recherche puissent être poursuivis à leur tour pour avoir référencé ces mêmes liens). A/I fit appel. Le 14 septembre 2004, le tribunal statua que le site web était protégé par le droit à la satire et au débat public pour des faits d'intérêt général. La page fût alors republiée et Trenitalia fût condamnée à rembourser A/I de ses frais de justice... une victoire extraordinaire pour un collectif de bénévoles ! Mais tandis qu'A/I se battait au grand jour devant le juge contre la censure, une opération plus pernicieuse se trâmait dans l'ombre, sans qu'iels ne le sâchent.
Le serveur d'A/I était, à cette époque, hébergé dans un centre de données de l'entreprise Aruba à Arezzo [NDLT : ville Italienne à l'est de la Toscane]. Le 15 juin 2004, la police italienne débarqua chez Aruba, mandatée par un procureur de Bologne. Les techniciens de l'entreprise éteignèrent la machine d'A/I et laissèrent la police en copier les disques durs. Les enquêteurs saisirent ainsi les certificats de chiffrement et installèrent des équipements pour intercepter le trafic. A/I fût faussement informé que la coupure du service était due à un problème électrique. Le collectif ne découvrit la vérité que près d'un an plus tard, par accident.
En mai 2005, A/I fut sommé de fermer la boîte mail utilisée par l'Anarchist Black Cross italienne Crocenera Anarchica [NDLT : organisation anti-carcérale de soutien aux prisonnier·es politiques], dans le cadre d'une enquête tentaculaire impliquant des accusations de complot et de subversion anarchiste. A/I s'est conformé à l'ordonnance du tribunal et a demandé les documents liés à ce dossier. Ces documents contenaient des messages que les enquêteurs n'auraient pas dû être en capacité d'avoir. L'explication était cachée dans une note de bas de page : la police était allé chez Aruba l'année précédente et avait obtenu un accès au serveur de A/I. Une affaire qui prétendait ne concerner qu'une simple boîte mail avait potentiellement compromis des miliers de comptes et des dizaines de milliers d'utilisateur·ice·s de listes mails. Parmi les personnes touchées : des avocats et des experts techniques travaillant pour le Genoa Legal Forum [NDLT : la legal team de Gênes suite aux manifs anti-G8]. La police a donc pu avoir accès à des communications confidentielles de défense à propos des poursuites découlant des agissements de la police lors du G8. Cette violation a révélé une vérité brutale. A/I peut faire tourner son propre serveur, le configurer avec attention et refuser de stocker des logs identifiants, mais la machine physique reste dans le bâtiment de quelqu'un d'autre. Un fournisseur commercial peut donner accès au contenu du serveur aux autorités et dissimuler ce qui s'est passé.
A/I a retiré la machine de chez Aruba, l'a nettoyée et a restoré les services essentiels. Des questions parlementaires furent posées en Italie et au niveau Européen. Le collectif à voyagé dans tout le pays et à travers l'Europe pour expliquer la faille. Mais surtout, il a reconstruit le réseau.
Le résultat a été le plan R*, lancé en Octobre 2005 : un réseau de "communication résistante". Plutôt que de concentrer les services d'A/I sur une seule machine, le collectif a distribué les données chiffrées et les fonctionalités entre des serveurs situés dans plusieurs pays. Les machines consultées par le public deviennent remplaçables. Les services peuvent être déménagés quand du matériel est saisi ou quand un hébergeur devient hostile. La perte d'un nœud ne peut plus exposer ou réduire au silence l'intégralité de la communauté. R* signifie réplication, redondance, résistance et autres mots commençant par R. Son architecture a été conçue non seulement pour survivre à des pannes mécaniques, mais aussi pour tenir bon face à des attaques politiques. A/I n'a pas prétendu qu'iels pouvaient garantir une sécurité parfaite. Au contraire, iels ont sans cesse rappelé aux utilisateur·ices de ne jamais accorder une confiance aveugle à un hébergeur, y compris A/I. Iels ont réduit les logs et les informations identifiantes au strict minimum, car une information qui n'existe pas ne peut être saisie. Iels ont encouragé les utilisateur·ice·s à chiffrer leurs communications parce que même l'architecture serveur la plus solide ne peut compenser les pratiques individuelles à risque.
Le collectif à transformé une opération de surveillance secrète en leçon d'infrastructure.
La répression est devenue architecture.
La pression n'est pas retombée. En 2007, un homme politique italien demande la censure de Operation : Pedopriest, un jeu satirique dénonçant les efforts faits par l'église catholique pour enterrer les cas d'abus sexuels commis par le clergé. Lea créateur·ice du jeu le retire temporairement pour épargner l'hébergeur. A/I en héberge alors une copie. Suite à une plainte déposée par une organisation de protection des enfants non-identifiée, un fournisseur d'accès états-unien déconnecte l'intégralité du serveur de Noblogs. Après consultation des avocats, le fournisseur d'accès conclut finalement que la satire était légale et restaure l'accès au serveur. Le plan R* a permis que le contenu contesté reste accessible ailleurs et a évité une censure plus large. À ce moment-là, A/I est devenu un refuge important hors des réseaux sociaux commerciaux, alors en pleine émergence. Noblogs permettait à chacun·e de publier de manière indépendante, sans publicité, exploitation de données ou nécessité de lier le contenu à une identité légale.
Ses utilisateur·ices incluaient des organisations du mouvement, des auteur·ices individuel·les, des dissident·es, des artistes et des travailleur·euses d'ONGs opérant dans des environnements dangereux. En 2008, A/I a reçu le prix de "Privacy Hero" du Progetto Winston Smith italien pour avoir créé des infrastructures de communication libres résistantes à la censure malgré de faibles ressources, des attaques techniques et des poursuites judiciaires à répétition. Puis, le 6 novembre 2010, la police norvégienne a copié les disques durs d'un serveur d'A/I à la demande de l'Italie. L'enquête faisait suite à des menaces et tags antifascistes ciblant les membres de l'organisation néofasciste CasaPound. Les autorités cherchaient des informations à propos d'une boîte mail. A/I avait déjà expliqué qu'iels n'avaient ni l'identité des utilisateur·ices ni des journaux d'activité, mais les enquêteurs voulaient apparament vérifier si c'était vraiment le cas.
Des milliers de comptes ont été copiés au passage.
Le plan R* permis de restaurer les services ailleurs en environ deux heures. En moins de vingt-quatre heures, le réseau opérait de nouveau normalement. Les disques saisis étaient chiffrés et n'ont fourni aucune information utile. L'opération est devenue un scandale en Norvège. Des avocats, journalistes et associations de défense des droits numériques ont demandé la raison pour laquelle la police norvégienne avait copié les communications privées de milliers de personnes en réponse à une demande étrangère insuffisamment justifiée. L'enquête italienne a fini par être abondonnée. Là où une autre organisation aurait pu interpréter les perquisitions à répétition comme une preuve que son projet était impossible, A/I les a interprétées comme une preuve que leur projet était nécessaire. Son histoire est documentée dans le livre du collectif, +KAOS : Ten Years of Hacking and Media Activism et dans leur version de leur propre histoire⁴.
La nouvelle attaque est d'un autre ordre. Le 26 août, le département d'État des États-Unis [NDLT : l'équivalent états-unien du ministère des affaires étrangères] a désigné Autistici/Inventati comme organisation terroriste ("Specially Designated Global Terrorist"). Au même moment, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor (Office of Foreign Assets Control) a placé A/I sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Refusées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list) sous l'ordre exécutif 13224. Ce n'est pas simplement une condamnation du gouvernement. Cela active l'un des systèmes d'exclusion économique les plus puissants au monde. Les États-Unis affirment que A/I fournit des architectures numériques spécialisées, des communications chiffrées et de l'hébergement pour des groupes antifascistes et autres mouvements radicaux, incluant des organisations déjà désignées comme terroristes par les États-Unis.
La déclaration publique du Trésor états-unien5 se concentre sur les services que A/I fournit : hébergement de sites à l'étranger, mails chiffrés, tchat, visio-conférence et l'infrastructure technique soutenant Noblogs. Cette déclaration décrit notamment la ligne politique antifasciste et anti-militariste de A/I, leur pratique de sélectionner spécifiquement des projets compatibles avec leur ligne politique et la mise à disposition d'une infrastructure utilisée par le PKK [NDLT : Parti des travailleurs du Kurdistan]. Le Trésor états-unien considère l'hébergement de cette infrastructure comme un soutien matériel ou technologique au terrorisme. Le dossier du département d'État6 va encore plus loin, décrivant les attaques, les communiqués et publications qu'ils affirment être passés par les infrastructures de A/I. Leurs exemples incluent des revendications de sabotage de lignes de chemin de fer et de pipelines en Europe, d'attaques sur des infrastructures énergétiques, l'hébergement du groupe antifasciste Rose City Antifa, la lutte contre le projet de centre d'entraînement de la police à Atlanta, du groupe militant Jan's Revenge et des publications contenant des déclarations attribuées à des organisations armées. Les déclarations publiques du gouvernement ne montrent pas que A/I a planifié ces actions, sélectionné des cibles, transféré des armes, dirigé les groupes cités ou rédigé les contenus hébergés sur ses systèmes. Ils ne précisent pas à quel moment A/I a eu connaissance d'un acte particulier ni si iels en avaient eu connaissance avant que ça ne se produise.
Au contraire, cette désignation défend une idée plus large et plus lourde de conséquences : construire des infrastructures de communications pour des mouvements radicaux peut être considéré en soi comme du terrorisme.
Cette théorie met à bas la distinction entre un fournisseur de services et un·e utilisateur·ice ; entre affinité politique et contrôle opérationnel ; entre protection de la vie privée et dissimulation d'un crime ; entre maintien d'une plateforme de publication de contenu et rédaction de tout ce qui est publié dessus. A/I n'a jamais prétendu être politiquement neutre. Iels ont construit cette infrastructure précisément parce que les mouvements radicaux avaient besoin d'un endroit où parler, publier et s'organiser au-delà des entreprises et du contrôle de l'État. Les États-Unis utilisent maintenant cette intention comme preuve contre elleux.
Puisque A/I est désormais considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, tous ses actifs détenus au États-Unis (possédés directement, ou contrôlés par un tiers) doivent être bloqués et déclarés à l'OFAC [NDLT : Office of Foreign Assets Control, un organisme chargé de faire appliquer les sanctions financières]. Sauf dérogation, les citoyen·ne·s et institutions états-unien·ne·s ont interdiction de fournir ou recevoir des fonds, biens ou services impliquant A/I. Ces restrictions s'appliquent aussi aux transactions qui passent par les État-Unis, même si les parties prenantes n'y résident pas. L'OFAC a accordé une dérogation temporaire qui autorise les transactions ordinaires nécessaires à la fermeture des relations existantes avec A/I, jusqu'au 25 septembre 2026, à 12h01. Les paiements dus au collectif ne peuvent pas lui être versés ; ils doivent être placés sur des comptes gelés. Après cette date butoir, une nouvelle autorisation sera nécessaire pour toute transaction. Le 25 septembre est donc la date à partir de laquelle les entreprises et individus résidant aux États-Unis sont supposés couper tout lien avec A/I.
Les conséquence pourraient être la perte :
• de comptes bancaires et moyens de paiement,
• d'accès aux dons et levées de fonds liées aux États-Unis,
• d'hébergement de serveurs, infrastructures de cloud et services de transit réseau,
• de noms de domaines et services associés,
• de comptes de certificats, de sécurité et d'envoi d'e-mails
• de services logiciels et de communication,
• de liens avec des fournisseurs non-états-uniens craignant des sanctions secondaires,
• d'accès aux services de A/I pour les personnes résidant aux États-Unis.
Les entités extérieures aux États-Unis n'ont pas à appliquer automatiquement les censures imposées par la loi états-unienne. Cependant, l'OFAC a menacé les institutions financières étrangères de sanctions secondaires si elles facilitent des transactions significatives pour le compte d'une entité désignée comme terroriste. Cette menace pourrait être aussi destructrice qu'une réquisition légale. Il est peu probable qu'une banque, un registrar [NDLT : une entité qui gère des noms de domaines] ou un hébergeur européen connaisse précisément les obligations qui lui sont imposées par la loi états-unienne. Ses juristes seront probablement enclins à considérer que maintenir des relations commerciales avec un petit collectif anarchiste italien n'en vaut pas la chandelle. Les institutions font fréquemment du zèle. Les fournisseurs pourraient fermer des comptes et révoquer des accès, quand bien même la loi ne les y oblige pas. Des organisations pourraient retirer des liens vers A/I, éviter de contacter ou interrompre des échanges avec A/I simplement parce que le nom du collectif apparaît sur une liste d'organisations terroristes.
C'est ainsi que les sanctions états-uniennes acquièrent une puissance mondiale : pas simplement par voie légale, mais aussi par une peur institutionelle.
Plus largement, la cible est la communauté autour du serveur
Même si l'ajout sur la liste des organisations terroristes des États-Unis cible A/I, ses effets ne seront pas circonscrits au collectif. L'infrastructure d'A/I est utilisée par des écrivain·es, organisateur·ices, chercheur·euses, artistes, collectifs de publications et personnes qui l'ont choisie précisément parce que les plateformes commerciales ne sont pas sûres, sont politiquement hostiles, ou concues pour exploiter leurs données. Ces utilisateur·ices ne sont pas sanctionné·es automatiquement parce qu'iels ont une adresse mail chez A/I, ou publient sur Noblogs. Mais quand le fournisseur lui-même est placé sur la liste noire des organisation terroristes, un simple lien peut devenir un signal d'alarme. Une banque pourrait pinailler sur un paiement. Un hébergeur de mails pourrait limiter ou bloquer la distribution des emails. Un·e employeur, un flic à la frontière ou un enquêteur pourraient juger une adresse suspiscieuse. Un·e journaliste pourrait hésiter à contacter une source. Un·e chercheur·euse pourrait éviter une archive. Un·e nouvel·le utilisateur·ice pourrait considérer qu'ouvrir un compte est trop dangereux. Rien de tout ça ne nécessite qu'un gouvernement ne poursuive qui que ce soit. L'ajout sur la liste produit à lui seul un no man's land de peur.
C'est une raison pour laquelle cette action pourrait être utile à l'État même si A/I reste en ligne. Les précédentes attaques tentaient d'atteindre le collectif à travers différentes machines, boîtes mails ou fournisseurs. A/I y a répondu en distribuant ses sytèmes, en chiffrant ses disques et en retenant le moins d'informations possible. Ces pratiques ont rendu les traditionnelles saisies et mesures de surveillance moins efficaces. Les sanctions s'attaquent à un autre niveau : les relations qui permettent à l'infrastructure d'exister. Plutôt que de casser le chiffrement, le gouvernement peut contraindre les banques, les registrars, les centres de données, les entreprises informatiques et les utilisateur·ice·s à isoler le collectif. Plutôt que de prouver devant un tribunal que chaque utilisateur·ice est coupable, l'État peut rendre les contacts coûteux et légalement périlleux.
C'est l'État-surveillance qui opère à travers des intermédiaires privés. Le gouvernement n'a pas besoin de mettre un flic dans chaque salle de serveur quand les juristes, les banques et les plateformes peuvent être conduits à policer le réseau par eux-mêmes. Chaque institution va tracer sa propre frontière défensive, souvent plus large que la loi ne l'impose. Certaines pourraient demander davantage de documents d'identité, sauvegarder plus de logs, surveiller le contenu politique ou rejetter tout bonnement les projets de défense de la vie privée. D'autres pourraient fermer des comptes à l'abri des regards, sans possibilité de contestation. La mise en application se dissout dans de multiples entités dont les décisions sont difficiles à voir, contester ou simplement documenter.
Les conséquences néfastes qui en résultent ne se limitent pas à la censure. Elles peuvent changer l'architecture de la communication du mouvement. De petits fournisseurs de services autonomes pourraient conclure que servir des petites communautés controversées impliquerait un risque existentiel. De plus grandes plateformes pourraient, elles, appuyer sur le fait que ce sont de nouvelles raisons d'étendre la vérification d'identité, la modération automatique et la rétention de données. Les utilisateur·ices pourraient migrer de l'infrastructure de confiance du mouvement vers des systèmes commerciaux plus faciles à surveiller, à cartographier, et auxquels il est facile de demander de fournir des documents. L'État gagne de l'influence, quand bien même il n'obtient pas les données en clair des disques chiffrés d'A/I : les gens prennent leurs distances les un·es des autres, les fournisseurs collectent plus d'informations et les relations sociales entre les dissident⋅es deviennent plus faciles à observer.
Ce précédent dépasse les projets spécifiquement anarchistes ou anti-fascistes. Si l'aligement politique avec les utilisateur·ices, les mesures de protection de la vie privée et l'hébergement de publications controversées peuvent être utilisées pour argumenter que l'infrastructure elle-même constitue une complicité, alors les fournisseurs de mails chiffrés, les sites de publication radicaux, les archives communautaires, les VPNs, les réseaux sociaux fédérés et autres hébergeurs indépendants ont tous des raisons de s'inquiéter. Les faits et lois seraient spécifiques à chaque fois. Le danger consiste à normaliser ceci : un fournisseur d'outils de communications n'est plus traité comme simple diffuseur avec ses propres droits et responsabilités, mais comme un complice de chaque acte que le gouvernement attribue à quiconque utilise ses systèmes.
Tout ça ne signifie pas que l'ajout sur la liste cible secrètement chaque utilisateur·ice de A/I, ni que toutes les conséquences envisagées adviendront. Le gouvernement états-unien n'a pas pris la peine d'expliquer sa stratégie au delà des accusations dans ses annonces. Mais la logique de l'action est visible. Il remplace une accusation ciblée contre des faits identifiables par une large pénalisation de l'infrastructure. La mise en application est déplacée du tribunal à une toile diffuse d'institutions précautionneuses. L'incertitude devient un instrument de contrôle. L'objectif immédiat est de supprimer A/I. Le message plus large est adressé à quiconque construit des systèmes de communication hors du contrôle étatique et commercial : cet abri que vous fournissez pourra être retenu contre vous.
A/I a vu la répression étatique arriver de loin.
Toute son infrastructure part du principe que :
• les serveurs seront saisis ;
• les hébergeurs coopéreront avec la police ;
• les gouvernements demanderont des informations à propos des utilisateur·ices ;
• les entreprises censureront le contenu controversé ;
• certaines machines et sites d'hébergement deviendront inaccessibles ;
• les données et les services doivent donc être chiffrés, distribués et remplaçables.
Cette préparation compte. A/I est basé en Italie, pas aux États-Unis. Son infrastructure est distribuée dans plusieurs pays. Ses services sont maintenus par des personnes hautement compétentes. Il ne dépend pas d'un fournisseur unique, minimise les informations identifiantes et a plusieurs décennies d'expérience de restauration de services en urgence. Il n'a pas d'actionnaires, de siège ou d'employé·e·s à payer. Ses frais de roulement sont relativement modestes, et le fait que l'infrastructure soit maintenue par des volontaires donne a l'État moins de leviers que ce à quoi il est habitué. Il serait surprenant que le site web, le système de mails ou Noblogs disparaissent purement et simplement le 25 septembre. A/I est probablement parmi les mieux armés des projets informatiques de sa taille pour faire face à des saisies de machines ou à des censures ponctuelles.
Mais ceci n'est pas une simple descente de police.
Le plan R* a été concu pour faire face à la disparition de serveurs. Il ne peut pas à lui tout seul, empêcher les banques de bloquer l'argent, les registrars de suspendre les domaines, ou les entreprises aux quatre coins du globe de révoquer leurs services par peur des mesures de rétorsion états-uniennes.
L'ajout sur la liste cible le tissu autour des serveurs :
• les banques ;
• les dons ;
• les domaines ;
• les contrats avec des hébergeurs ;
• la bande passante ;
• les certificats ;
• les dépendances logicielles ;
• les relations avec des institutions internationales.
A/I a déjà survécu à l'isolement technique. Les États-Unis tentent maintenant une excommunication financière et institutionnelle. Les services proposés sont, certes, résilients, mais la capacité de les financer, de remplacer l'infrastrucrure et de participer à l'environnement technologique plus largement, encourt un risque bien plus grand. Ce qui adviendra après le 25 septembre dépendra donc non seuleument de l'architecture qui héberge les données de A/I, mais aussi de la solidarité avec le collectif lui-même.
L'ajout sur la liste des organisations terroristes vise à isoler. La réponse doit être une solidarité informée, indépendante et rigoureuse. Les personnes qui résident aux États-Unis ne doivent pas improviser de dons, déguiser des paiements, ou faire parvenir des ressources par d'autres personnes, organisations, monnaies ou pays. Cela pourrait les exposer, elles, les intermédiaires, voire A/I, à des sanctions. Les interdictions pourraient aussi s'étendre au-delà des ressources financières : assistance technique, traduction, plaidoyer, évènements de soutien ou autres services rendus pourraient impliquer un risque légal pour les personnes apportant leur soutien.
Mais le 25 septembre n'est pas une date à laquelle A/I peut disparaître en silence. Enquêtes indépendantes, communiqués, manifestations et débats politiques restent possibles. Nous pouvons raconter l'histoire de A/I, démonter les affirmations du gouvernement, contacter des journalistes et des organisation de défense des libertés et s'organiser indépendamment contre la criminalisation d'infrastructures de communication résistantes. L'essentiel en pratique est de parler et agir pour A/I sans lui fournir de fonds ou de services directement. Les limites précises sont difficiles à établir. Quiconque chercherait à faire des levées de fonds, remplacer l'infrastructure, déployer un miroir public ou fournir une assistance technique directe devrait s'assurer des conseils qualifiés à propos des sanctions. Un document de février 2025 concernant le soutien matériel dans le cadre de restrictions de l'OFAC7 met en garde contre le fait que même des soutiens légalistes peuvent attirer la surveillance, des enquêtes, des restrictions d'accès aux États-Unis ou des litiges. Si les flics vous questionnent, ne répondez pas à leurs questions et contactez un avocat.
Cet article propose une analyse politique, pas un conseil légal.
Racontons l'histoire. Partagons l'histoire d'A/I : les hacklabs, Paranoia, Gênes, les tounées KAOS, la victoire Trenitalia, la faille Aruba, le plan R*, Noblogs et la saisie norvégienne. Ne laissons pas le récit étatique devenir le seul témoignage public de ce qu'est A/I. Construisons une coalition de défense. Demandons aux collectifs d'hébergement indépendants, aux organisations de défense des libertés numériques, aux hacklabs, aux projets de logiciel libre, aux librairies radicales, aux éditions indépendantes, aux journalistes, aux juristes, aux chercheur·euses et aux utilistateur·ices de répondre publiquement. Préservons les archives. Les serveurs peuvent être saisis. Les domaines peuvent être suspendus. Les hébergeurs peuvent paniquer. Sauvegardons les écrits de Noblogs publiquement accessibles et ayant une importance historique, ainsi que les manifestes d'A/I, les documents techniques et juridiques, et l'histoire du mouvement. Enregistrons les URL sources, les auteur·ices, les dates de publications et de consultation. Respectons la confidentialité, le droit d'auteur et les demandes de suppression. N'accédons pas à des comptes privés et respectons les mesures de sécurité. La préservation individuelle, l'archivage pour la recherche ou la presse n'impliquent pas les mêmes enjeux qu'opérer publiquement une infrastructure de remplacement ; n'importe qui envisageant l'hébergement d'un miroir public devrait d'abord chercher des conseils qualifiés.
Documentons les excès de zèle. Répertorions les entreprises, banques, registrars, plateformes et institutions qui mettent fin à leurs services ou suppriment du contenu. Préservons les déclarations et les correspondances. Les archives publiques doivent montrer dans quelle mesure cette désignation va au-delà de sa formulation officielle. Exigeons des réponses. Demandons aux groupes de défense des libertés numériques, aux institutions européennes et aux responsables politiques si iels vont laisser des sanctions américaines démanteler un collectif de communication italien. Demandons quelles protections existent pour les infrastructures, utilisateur·ices et archives européen·nes. Organisons-nous de manière indépendante. Proposons des discussions publiques sur les infrastructures autonomes, les sanctions, la surveillance et les lois sur le soutien matériel. Publions des explications de la situation. Enseignons le chiffrement. Soutenons le travail indépendant sur les droits s'opposant aux désignations de terrorisme à tout va. Préparons un soutien matériel légal. A/I a historiquement survécu grâce aux dons, mais les soutiens aux US ne devraient pas envoyer ou faire parvenir de l'argent, tant que la désignation de terrorisme s'applique, sans une autorisation claire. Les organisations de défense des libertés numériques et de soutien juridique peuvent rechercher des mécanismes de soutien légaux, et les potentielles procédures de retrait de la liste.
Écoutons attentivement les réponses publiques d'A/I [NDLT : le blog du collectif est accessible sur https://cavallette.noblogs.org/] tout en maintenant notre soutien légalement indépendant. Les déclarations du collectif devraient nous servir de référence sur la manière de raconter son histoire et sa situation. Toute campagne coordonnée, canal de collecte de fonds ou service direct demande un examen juridique distinct. Notre objectif immédiat est de rendre A/I impossible à faire disparaitre en silence.
A/I a survécu aux tentatives de censure des grandes entreprises, aux accès secrets de la police, à la saisie de disques, aux hébergeurs hostiles, aux attaques de parlementaires et aux enquêtes internationales. L'affaire Trenitalia a produit des miroirs et une victoire juridique. L'affaire Aruba a produit le plan R*. La censure des hébergeurs a produit de la redondance. La saisie norvégienne a montré que le réseau pouvait être remonté en quelques heures.
Chaque tentative d'isoler le collectif a diffusé la connaissance sur le fonctionnement de la surveillance et de la censure. Chaque attaque est devenue une opportunité de former plus de personnes sur comment se protéger collectivement. Les États-Unis ont maintenant transformé cette histoire en un test mondial. Ce n'est pas seulement la survie d'un collectif de hackers italiens qui est en jeu. Il s'agit de savoir si maintenir de l'infrastructure pour les mouvements radicaux peut être considéré comme du terrorisme ; si la protection de la vie privée peut être redéfinie comme une dissimulation ; si refuser de collecter des informations personelles peut être présenté comme une obstruction ; et si un hébergeur peut être tenu politiquement et juridiquement responsable de chaque texte, tactique et revendication transmis au travers de ses machines.
A/I a passé vingt-cinq ans à se préparer au jour où un de ses serveurs disparaitrait. Iels savent comment remplacer une machine, déplacer un service, restaurer des données chiffrées et continuer à opérer après le débranchement d'une prise par la police ou un hébergeur. Les État-Unis tentent quelque chose de différent. Ils essayent d'intimider les banques, les hébergeurs, les registrars, les fournisseurs d'infrastructure et les soutiens à travers le monde pour qu'ils abandonnent le collectif. Leur réussite dépendra en partie de l'infrastructure d'A/I.
D'ici au 25 septembre, préservons l'histoire. Partageons-la. Construisons une coalition. Documentons l'isolation. Enseignons les outils. Préparons une défense légale. Ne laissons pas l'État états-unien discrètement établir que construire des infrastructures respectant la confidentialité pour la contestation est en soit un acte de terrorisme. Il y a vingt-cinq ans, dix personnes se sont rassemblées autour d'une machine de récup' et ont délibérement pris trop de temps pour la configurer parce que tout le monde dans la pièce était censé apprendre. Ça reste la leçon. Ne laissons pas la connaissance aux expert·e·s.
Ne centralisons pas l'infrastructure. Ne laissons pas les cibles se retrouver seules.
Le premier serveur s'appelait Paranoia.
Le réseau qu'il a créé s'appelle solidarité.
« Le pouvoir se structure comme une araignée qui tisse sa toile pour attraper et immobiliser des insectes ; mais ces mêmes insectes, qui se déplacent le long des filaments de cette toile, peuvent l'utiliser pour entrer en contact, communiquer et organiser leur libération. »
Aldo Braibanti
https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2026/09/02/appel-a-ne-pas-congeler-ses-ovocytes/
[Une amie nous a fait parvenir cet Appel à ne pas congeler ses ovocytes qu’elle a rédigé avec d’autres « femmes indisponibles et indivisibles, contre l’ingénierie reproductive et son monde » et que nous publions sur-le-champ. Ni femmes augmentées, ni femmes-machines, nous aimons nous aussi les femmes telles qu’elles sont. ]
Un SMS vient d’arriver, j’ai [29] ans,
Envolée ma [fertilité],
j’suis plus un enfant.
L’horloge tourne,
les minutes sont des rides
Et moi je rêve d’arrêter le temps.
Variations sur L’horloge tourne de Mickael Miro
Effet d’annonce ou pas, l’avenir nous le dira, ces prochains jours, toutes les Françaises – et les Français – de 29 ans recevront un courrier les informant de leur « santé reproductive » pour leur rappeler que les amours fertiles n’ont qu’un temps et qu’il pourrait être bon d’envisager la congélation de leurs gamètes. Il s’agit de la mesure phare du plan de lutte contre l’infertilité qui fait suite à l’appel au « réarmement démographique » lancé par Emmanuel Macron en janvier 2024. Si la continuité évidente entre les deux annonces suffit à elle seule à s’inquiéter du lancement de cette nouvelle campagne, qui tend à militariser l’imaginaire de la naissance, des dynamiques plus profondes semblent également à l’œuvre, laissant deviner un projet de société particulièrement dangereux pour l’autonomie et la santé féminines.
Le plan de lutte contre l’infertilité, tel qu’il est présenté avec ses mesures pour inciter à la congélation des gamètes, occulte la différence profonde du traitement des corps masculins et féminins, en mettant sur le même plan congélation de gamètes mâles (spermatozoïdes) et congélation de gamètes femelles (ovocytes). Si la congélation du sperme est ancienne et indolore, la congélation des ovocytes est quant à elle beaucoup plus récente, complexe et éprouvante.
En France, elle a été autorisée en 2011 par la loi bioéthique, d’abord uniquement pour les femmes avec « nécessité médicale » – par exemple lorsqu’une femme subissait un traitement médical susceptible de la rendre infertile. C’est seulement depuis 2021, avec la dernière révision de la loi bioéthique, que la congélation des ovocytes a été ouverte aux femmes « sans indication médicale », à la condition qu’elles aient entre 29 et 37 ans.
D’après l’agence de biomédecine, une femme sur trois serait intéressée par cette possibilité et la demande aurait été multipliée par 10 en quatre ans (1500 demandes en 2021 ; 15500 en 2024). Mais l’essor de la demande se heurte aux infrastructures : le délai d’attente pour mettre ses œufs dans le grand congélateur est de, en moyenne, 12 à 17 mois et il atteindrait trois ans dans certains hôpitaux. D’où l’annonce l’été dernier par Catherine Vautrin, alors ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles de France, de l’ouverture de 30 nouveaux centres de congélation ovocytaire et l’autorisation de cette pratique aux centres privés d’ici à 2027.
Malgré la demande que suscite cette possibilité technique, il convient de rappeler que l’extraction des ovocytes est autrement plus lourde et invasive qu’un prélèvement de sperme, obtenu par simple masturbation. Le prélèvement des ovocytes requiert une hyper-médicalisation : batterie d’examens, injections d’hormones pendant plus de dix jours et intervention chirurgicale sous anesthésie, ce qui n’est pas sans risque pour la santé puisque le traitement peut provoquer un syndrome d’hyperstimulation ovarienne nocif pour la fertilité1. L’impact physique et psychique de ces pratiques est d’ailleurs sous-étudié, comme bien souvent lorsqu’il s’agit de s’intéresser aux spécificités des corps féminins [Alyson McGregor, Le sexe de la santé, Editions Eres, 2021]. Pourtant, le fait que des femmes fertiles et en bonne santé soient encouragées à recourir à une procréation hyper-technicisée comportant des risques mérite, a minima, de s’interroger sur cette trajectoire.
* Économie de la promesse, exploitation du corps féminin et injonction à la maternité
« Présentée comme une façon de remédier à l’inégalité biologique entre homme et femme, l’autoconservation ovocytaire constitue plutôt une réponse sociotechnique au déclassement du corps féminin face à un modèle de performance machinique. » Céline Lafontaine, Bio-objets
Si ces techniques rencontrent malgré tout une audience grandissante, c’est qu’elles reposent sur ce que Céline Lafontaine nomme une économie de la promesse et des affects puissants. Mobilisés par le néo-libéralisme, ceux-ci nous rendent plus sensibles à la question du désir individuel de grossesse qu’à l’émergence, en parallèle, d’un prolétariat féminin soumis à un bio-extractivisme. En Belgique, des jeunes filles « donnent » leurs ovules contre de l’argent. En Grande-Bretagne, de jeunes étudiantes anglaises et des femmes endettées « donnent » désormais leurs ovocytes après y avoir été invitées par une publicité reçue sur leur téléphone les incitant à devenir « donneuse d’ovule » : « You will receive compensation of up to £750 for each egg donation treatment cycle ». À New York, le prélèvement d’ovules est autorisé pour la recherche et les réseaux sociaux se font le relai de campagnes publicitaires pour inciter à « donner » ses ovocytes. Une économie « du don » dont l’euphémisme occulte qu’il concerne donc les plus pauvres et les plus vulnérables des femmes 2.
Les « bio-objets » que sont les gamètes congelés sont porteurs de l’espoir d’une grossesse différée et du rêve de maîtrise de la naissance. Premier motif du recours à l’auto-conservation des ovocytes, celle-ci vient rassurer les femmes célibataires qui se mettent la pression (et/ou la subissent) comme celles qui ne se sentiront jamais prêtes, en faisant miroiter une sorte d’« assurance maternité » et un « outil de gestion de l’incertitude conjugale » face au temps qui passe. Stocker ses ovocytes permettrait aux femmes d’être délivrées de leur rythme corporel propre pour pouvoir vivre au rythme – non négociable – du capitalisme industriel : faire carrière, puis avoir des enfants. Le corps réel, vivant, des femmes est occulté par un corps idéal, un corps-capital devenu variable de gestion et d’optimisation, sur lequel les femmes sont sommées de se responsabiliser et d’investir afin de préserver leur « capital fertilité » et leur « stock d’ovocytes ». Avec le grand congélateur, la bio-citoyenne met ses œufs en sûreté.
Pourtant, la promesse n’est que rarement tenue, car entre 10% et 25 % seulement des femmes ayant congelé leurs ovocytes entament réellement un parcours de « PMA » aux moyens de ceux-ci3, sans compter que le taux de grossesses pour un ovocyte dévitrifié se situe en réalité seulement entre 4,5% et 12%, loin derrière les chiffres gonflés généralement mis en avant4.
Et alors que commence à devenir audible la souffrance psychique engendrée par les désillusions de l’économie de la promesse, les associations de patients demandent à lever certaines des entraves législatives et éthiques à l’ingénierie reproductive en appelant à optimiser la sélection des embryons à travers le DPI (diagnostic pré-implantatoire), bientôt assisté par le calcul de l’intelligence artificielle5.
En effet, aussi troublant que cela puisse paraître, la pression à la maternité qui pèse sur les femmes ne baisse pas et même, comme le souligne la philosophe Sylviane Agacinski, « l’offre de faire des bébés autrement rend la stérilité plus intolérable que jamais ». Ainsi, en les soumettant aux techniques de la bio-industrie, il s’agit encore et toujours de domestiquer le corps des femmes et de le plier aux logiques socio-économiques, tout en renforçant subrepticement l’injonction à la maternité. La dissociation d’avec la temporalité de la fécondité féminine au nom de la promesse d’une maîtrise techno-scientifique de la reproduction n’émancipe pas les femmes, ne les rend pas plus libres vis-à-vis du travail ou de la maternité.
Natalisme, administration de l’infertilité et soumission technique
« Car la société de masse ne pose jamais les problèmes qu’elle prétend ‘‘gérer’’ que dans les termes qui font de son maintien une condition sine qua non. » René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable
À travers la promotion de ces techniques de reproduction, le plan gouvernemental entend d’ailleurs moins s’attaquer aux causes de l’infertilité qu’à la baisse de la natalité (près de 25 % de naissances en moins en 15 ans en France). Dans les pays industrialisés, c’est le recul de l’âge de la première grossesse qui constitue la cause première de la dénatalité. Ce recul est notamment lié à des contraintes sociales (difficulté à concilier travail salarié et maternité) et économiques (logement), sans oublier la fragilisation des liens sociaux. Les injonctions paradoxales et le double bind qui visent spécifiquement les femmes n’y sont peut-être pas pour rien non plus. Nulle surprise donc à ce que ce gouvernement recoure à la seule chose en laquelle il croit : le techno-solutionnisme marchand plutôt que des mesures sociales et écologistes qui permettraient à celles et ceux qui souhaitent mettre au monde des enfants de le faire dans les meilleures conditions.
Concernant la hausse de l’infertilité, qui toucherait près de 3 millions de français, elle s’explique avant tout par la toxicité des milieux de vie et l’explosion des maladies de civilisation (cancers, diabètes, obésité…). Là encore, le Plan de lutte contre l’infertilité prétend apporter des solutions. Il prévoit le déploiement des plateformes PRÉVENIR (Prévention Environnement Reproduction), destinées à délivrer un « diagnostic environnement » et des recommandations ciblées aux couples désireux d’enfanter, pour leur permettre de « gérer » leur exposition aux perturbateurs endocriniens, produits chimiques et autres pollutions. À leur charge d’appliquer les dispositions adéquates qui demandent évidemment de bénéficier d’un capital financier permettant, par exemple, de déménager, pour fuir un environnement nocif ou de changer de métier (charges lourdes, travail de nuit, surexposition). À travers l’individualisation des problèmes de fertilité et de gestion des risques, les mesures gouvernementales développent une politique nataliste individualiste bien plus qu’une politique de santé publique6, ce qui a pour effet de dépolitiser les questions bioéthiques et d’occulter le fait que l’artificialisation de le reproduction est à la fois produit et réponse de la société industrielle et de ses nuisances.
D’Éros à l’ingénierie reproductive
« Comme si l’enlaidissement de tout n’était qu’un vague détail, propre à offusquer le seul bourgeois esthète. » René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable
« Il faut se défaire de l’idée chimérique que ce sont les grands événements qui déterminent les hommes pour l’essentiel. » Siegfried Kracauer
La transformation de la sexualité procréative et de la maternité en procédures administratives et technoscientifiques constitue une rupture majeure des dernières décennies et demeure un impensé, un tabou. Ces bouleversements dans la manière de concevoir la parenté (qui tend à se fonder sur le concept d’intentionnalité), la filiation et la maternité ne sont pas sans conséquences sociales et politiques. Loin d’approuver l’idée que les technologies reproductives relèveraient d’un progrès social, nous faisons au contraire le constat de la façon dont elles accroissent toujours davantage la mainmise de l’État, du marché et de la technoscience sur notre corps, nos intimités et un des derniers pans de nos existences – la sexualité procréative – qui échappaient encore, il y a peu, aux experts, aux blouses blanches et à leurs dispendieuses machines.
Ces avancées constituent selon nous une régression sociale et politique, achevant de déposséder les femmes et les hommes, tant de leur rapport social et sexuel mutuel, que du rapport à leur corps et à l’enfantement, désormais appelé à être piloté par une caste, une classe, dont l’empire ne cesse de croître. Qu’il s’agisse de la procréation médicalement assistée, de la maternité de substitution (« gestation pour autrui ») ou de la congélation des gamètes, le lucratif marché de la reproduction artificielle est en plein essor, de 25 milliards en 2019, il devrait atteindre 41 milliards en 2026 7.
Nous soutenons l’idée que ces technologies, loin de permettre l’émancipation politique des femmes, nous aliènent et nous soumettent à la caste technicienne ; qu’elles entravent notre autonomie réelle et collective, en faisant miroiter une « autonomie individuelle » qui en réalité accroît les possibilités de notre exploitation par le biais de notre « fonction reproductrice ». Nous affirmons que l’intégration maximale des femmes au rythme machinique du capitalisme industriel n’est pas le gage de leur émancipation mais de leur domestication, de leur conformation à un ordre politique et économique.
À l’approche d’une nouvelle révision de la loi de bioéthique en 2028, certaines législations relatives à la procréation et à l’embryologie humaine feront encore une fois l’objet de nouvelles modifications : diagnostics préimplantatoires, PMA post mortem, technologie ROPA 8. Nous nous opposons à ces politiques eugénistes et transhumanistes.
C’est pourquoi, nous appelons les femmes à ne pas congeler leurs ovocytes.
À dénoncer pour ce qu’il est ce projet de femme augmentée, de femme-machine. C’est au monde, à la société et à l’organisation du travail de s’adapter aux femmes telles qu’elles sont, avec leur rythme qui n’a rien de honteux.
Des femmes indisponibles et indivisibles. Contre l’ingénierie reproductive et son monde.
NOTES
1 Une congélation d’ovocytes se découpe en diverses étapes médicales : cela commence avec une échographie vaginale, visant à évaluer la réserve ovarienne, et par une mesure du taux d’hormones (FSH, œstradiol et HRM). Ce sont ces deux paramètres qui vont déterminer le dosage adéquat du traitement de stimulation ovarienne que la femme devra ensuite suivre. Ce traitement consiste en l’auto-injection d’hormones (antagonistes de la LHRH et gonadotrophines recombinantes) pendant 10 à 12 jours qui ont pour but de faire mûrir un groupe d’ovocytes dans les ovaires. Durant cette phase, la femme devra passer une échographie pelvienne et réaliser des prises de sang tous les 2-3 jours afin de surveiller les réactions de son corps aux hormones. Au bout de 8 à 14 jours, elle recevra une injection dite déclencheuse contenant de la gonadotrophine chorionique humaine ou du Lupron (un médicament) afin d’aider les ovocytes à parachever leur maturation. Environ 36 heures plus tard, les ovocytes seront prélevés au cours d’une intervention chirurgicale pendant laquelle une aiguille guidée par ultrasons est insérée depuis le vagin jusqu’aux ovaires pour aspirer une dizaine ou plus d’ovocytes, le tout sous anesthésie locale ou générale. Une fois ceux-ci prélevés, le cumulus molletonneux de cellules qui entoure les ovocytes est retiré pour préparer à la congélation. Les ovocytes sont alors vitrifiés et plongées dans de l’azote liquide à -196°c avec des produits cryoprotecteurs pour être conservés jusqu’à ce que la femme décide de les utiliser en ayant recours à une PMA.
2 Sur la situation en Angleterre, voir : https://abolition-ms.org/actualites/don-et-congelation-dovocytes-contribution-dans-le-cadre-de-lenquete-menee-par-la-commission-des-femmes-et-de-legalite-du-parlement-du-royaume-uni/
3 Les chiffres que l’on trouve en ligne varient entre 10 à 25% selon les grands centres de fertilité d’Europe ( Belgique, Espagne). En ce qui concerne les cliniques en Espagne, une usagère qui a renoncé à un parcours de PMA nous confie s’être rendue compte qu’elle pouvait toujours en tirer profit en les vendant à bon prix sur des sites de banque en ligne américains, eu égard à son parcours académique d’excellence et son statut social élevé.
4 À ce sujet, lire Léa Frigout. Préservation dite “ sociétale ” de la fertilité de la femme. Santé publique et épidémiologie. 2019. Comme l’explique la chercheuse, « Lors d’une procédure de vitrification chez une femme de moins de 35 ans présentant une bonne réserve ovarienne d’ovocytes, le nombre d’ovocytes recueillis est d’environ 8-13 par cycle, le taux de survie des ovocytes après dévitrification est d’environ 85%, le taux de fécondation par ICSI (injection intra-cytoplasmique d’un spermatozoïde) autour de 70% et le taux global de grossesses autour de 40% (le taux de grossesse est à peu près équivalent que la fécondation ait lieu avec des ovocytes frais ou des ovocytes vitrifiés). Ainsi, Le taux de grossesses pour un ovocyte dévitrifié est de 4,5%-12%. Il faut donc au moins vitrifier 15-20 ovocytes, ce qui correspond en moyenne à deux stimulations ovariennes et deux ponctions d’ovocytes, pour raisonnablement espérer obtenir une naissance ».
5 “ Au Mexique, un bébé a été conçu par fécondation in vitro à l’aide d’un dispositif entièrement robotisé, piloté à distance et partiellement contrôlé par l’intelligence artificielle. Premier bébé conçu par une FIV pilotée par l’intelligence artificielle.» , Le monde, Avril 2025. En France, l’hôpital américain de Paris intègre une IA de la startup israélienne AIVF (pour AI-powered In Vitro Fertilization) à la vidéosurveillance de l’embryon.
6 Soulignons qu’en même temps que le gouvernement promeut ces mesures, il œuvre à la fermeture des maternités de proximité (- 40 % en 20 ans), au déremboursement des soins de base et à l’augmentation du ticket modérateur. Déjà, en 2011, lorsque la question de la prise en charge à 100% de la PMA fut posée, pour l’élaboration de la loi de financement de la sécurité sociale (en vue de réaliser une économie de 51 millions d’euros) ; il fut finalement décidé de retirer l’hypertension artérielle sévère des affections de longue durée. Un arbitrage de la solidarité nationale qui pose question puisqu’il privilégie le « droit à l’enfant » au remboursement des soins de millions de personnes malades.
7 https://theconversation.com/the-business-of-ivf-how-human-eggs-went-from-simple-cells-to-a-valuable-commodity-119168
8 La technologie ROPA (Réception de l’ovocyte par le partenaire) est le processus de fécondation in vitro dans lequel une femme porte l’embryon issu de l’ovule de sa compagne et fécondé par un don de sperme.
[ACAB] – [Chambéry]
Le 8 septembre 2026, un jeune homme est mort d’une blessure par balle à la tête.
Quel tir ? Quelle arme ? Quelle logique ? Qui peut encore croire le narratif mouvant de la police ? Qui va donner de l’importance aux différentes versions de la préfecture ou des services de l’État ? Qui prête attention aux blablas de la justice ou des élu.e.s ?
Les fakes-news officielles sont la novlangue; le complotisme et la manipulation des pouvoirs publics ont un canal historique. Il a suffit d’écouter et de lire toutes les versions pour percevoir le problème.
Nos coeurs saignent encore à la pensée de ces millions d’arbres carbonisés cet été, de ces millions d’êtres fuyant ou mourant des les flammes. Peu d’êtres humains semblent les pleurer. Bien plus de larmes coulent pour leurs propriétés privées. Sur les écrans de fumée, les experts dépolitisent la canicule et la sécheresse. L’agitation des journalistes occulte la cause, sans doute principale, de ces épouvantables désastres : la société industrielle. Organisation patriarcale fondée sur la domination, l’exploitation, la destruction. La simple idée d’établir un inventaire des secteurs écologiquement dévastateurs nous file la nausée. Concentrons sur le sort de l’eau quand le capitalisme technologique réchauffe et assèche la Terre. Au-delà de tarir et de contaminer rivières, lacs, nappes, mers et océans, les industriels nous dépossèdent de cet élément si précieux, si vital. Quelques monstruosités en vrac : arosage de terrains de golf, construction de méga-bassines, création de neige artificielle, refroidissement de centrales nucléaires et de data-centers… Le progrès propage les feux d’une main, accapare l’eau de l’autre. Notre haine à son égard n’a d’égal que notre passion à le combattre.
Alors, pendant la nuit du 7 septembre, nos lames ont patiemment mordu les pieds d’un pylône d’une ligne à haute tension descendant en direction du lac Léman. Quelques heures plus tard, il céda sous nos efforts, privant d’éléctricité, esperons-le, nos deux cibles en contrebas, les usines de Thalès et d’Evian. La première, fleuron national de l’armement, partenaire entre autre de la firme israélienne Elbitsystems, fabrique ici des puces éléctroniques pour équiper les armes qui tuent les gazaouis là-bas, d’autres êtres vivants ailleurs. A côté des horreurs de la guerre, la production de chaque puce consomme à elle seule plusieurs milliers de litres d’eau. Évian, propriétaire ici de l’usine d’embouteillage la plus grande d’Europe, pompe 6 millions de litres d’eau sous la montagne, chacun individuellement emballé dans son plastique. Faute de pouvoir se débarasser de ces voleurs d’eau, marchands d’armes et de bouteilles, nous avons cherché à interrompre leurs productions. Nous aurions aimé nuire à l’usine papetière voisine mais cette grande dévoreuse d’arbres et consommatrice d’eau a une ligne éléctrique dédiée. C’était au dessus de nos petits moyens…
Cette revendication nous permet d’exprimer notre solidarité aux troubles fêtes du G7 de la mi juin et aux occupant.e.s de la Chab-zad contre un projet autoroutier local. Chapeau pour l’attaque incendiaire de la semaine dernière à Liège contre BATS, entreprise dans l’armement, également partenaire de Elbitsystems. L’action directe peut prendre beaucoup de formes. A chaque individu et groupe d’élaborer les siennes selon leurs moyens et leurs fins.
Une pensée pour les rebelles mort.e.s en luttant contre les dominations.
Merci et courage à toustes les réfractaires anti-autoritaires d’ici et d’alleurs.
Une rentrée politique pour la Palestine à Nantes
Les 24, 25 et 26 septembre , retrouvons-nous à Nantes pour trois jours de rencontres, de partage et de mobilisation en soutien à la Palestine.
Au programme :
– ateliers créatifs, ateliers cuisine, jeux, films, conférences, repas collectifs et dragshow. Trois jours pour se retrouver, échanger, apprendre et construire ensemble, afin de mieux lutter face à l’intensification de la colonisation et du génocide en Palestine.
Un temps collectif pour renforcer nos liens, partager nos expériences et faire grandir la mobilisation.
Jeudi 24 septembre à la maison des Haubans – Quartier Malakoff
18h30 – Conférence « Paroles décoloniales pour la Palestine avec Pierre Stambul et Salah Hamouri.
19h30 – Repas convivial et suite des échanges
20h30 – Danse Palestinienne Dabkeh
Vendredi 25 septembre aux Cémea – 102 Rue Saint Jacques, arrêt Pirmil
16h30 – Broderie Tatreez : Venez dès le début pour avoir le temps de faire
16h30 – Fais ton houmous : Arrivée libre, ramène ton tupperware pour en ramener chez toi.
19h30 – Projection du Film : Résister pour exister
Samedi 26 au Wattignies
16h à 20h – Ateliers- Ramène et imprime ton T-Shirt en linogravure- Coloriages thématique- Bracelets aux couleurs de la Palestine- Chamboule-tout des génocidaires- Frise historique de la Palestine
18h à 18h30 – Grand Jeu « tire ton épingle du jeu »On retourne en enfance et on joue, rien de mieux pour se rencontrer, et un jour lutter ensemble.
20h Soirée IntifadragDrag-show
Venez nombreuses et nombreux pour cette rentrée politique et solidaire !
soirée / ateliers / conférence prix libre
À vous qui regardez ce pays depuis l’extérieur,
Pardonnez-moi.Pardonnez-moi que les choses en soient arrivées là dans mon pays.Pardonnez-moi qu’après tout ce qui s’est passé, après tout ce que nous avons juré, les ombres reprennent forme. Je porte cette honte comme un fardeau qui m’ôte le souffle, qui me vole le sommeil la nuit et qui, le matin, me donne le sentiment d’être complice de quelque chose que j’ai pourtant rejeté de toutes mes forces. Mais je ne peux et ne veux pas me taire.
On nous a enseigné que l’Histoire ne tourne pas en cercle. Que la catastrophe avait été unique, une singularité noire dont on sortait purifié. « Plus jamais ça » n’était pas seulement une phrase, mais un serment – gravé dans la pierre, inscrit dans les constitutions, intégré dans le quotidien d’une République qui se concevait comme une expérience réussie d’autocorrection. Pourtant, le 6 septembre 2026, en Saxe-Anhalt, ce serment s’est fissuré. Avec 43,8 % des voix, l’AfD est devenue la force la plus puissante – un résultat sans équivalent dans l’histoire de ce Land et bien au-delà. Pas de majorité absolue, certes. Mais assez près pour tendre la main vers les leviers du pouvoir. Et dans un pays qui, après 1945, avait juré de ne plus jamais laisser certains esprits approcher les commandes, cette proximité seule est déjà un séisme.
J’écris ces lignes en tant que quelqu’un qui vit dans ce pays, qui en connaît les rues, les dialectes, les contradictions. Et qui a honte. Non pas de cette honte facile du doigt moralisateur, mais de celle, plus profonde, qui s’enfonce jusqu’aux os : la reconnaissance que ce que l’on croyait surmonté n’avait fait que sommeiller. Le racisme, la pensée völkisch, le désir d’exclusion, le nationalisme qui se masque en amour de la patrie, l’impérialisme des petits esprits qui croient que le propre ne se sauve que par le dénigrement de l’autre – tout cela n’était jamais parti. Et avec eux, le vieux militarisme, ce compagnon sombre et tenace de l’histoire allemande. La croyance en la force pour la force, en la discipline comme vertu suprême, en l’obéissance qui étouffe les questions, en la glorification de la nation guerrière, dans le culte du soldatesque, de la dureté et du sacrifice. Tout cela gisait sous la surface, comme un fleuve souterrain qui ressurgit soudain et emporte tout.
On a longtemps prétendu que l’Allemagne avait été dénazifiée. Les procès de Nuremberg, la rééducation, les travaux de mémoire plus tardifs, les mémoriaux, les manuels scolaires, la fière autodescription de « nation de la mémoire ». Mais les continuités ont toujours existé. D’anciens nazis firent carrière dans la jeune République fédérale – dans la justice, l’administration, l’économie et aussi dans les forces armées nouvellement reconstituées. L’esprit prussien de l’obéissance cadavérique, la nostalgie de la grandeur militaire, la fierté des défilés, de l’ordre, de la capacité à entraîner des peuples entiers dans la guerre – tout cela survécut sous une forme atténuée, souvent refoulée. Le travail de mémoire vint tard, souvent à demi-cœur, et plus hésitant encore à l’Est après 1990. Ce que l’on prenait pour un dépassement n’était souvent qu’un refoulement en toute bonne conscience. Et maintenant, quatre-vingts ans après la fin de la guerre, des représentants d’un parti classé en partie comme extrémiste de droite avéré par la protection de la Constitution se tiennent au seuil des responsabilités gouvernementales dans un Land allemand. L’impensable est redevenu pensable. Ce n’est pas un accident de parcours. C’est un échec moral sur toute la ligne.
J’ai cru toute ma vie que ce pays avait appris la leçon. Que le sang versé ici, que les cendres emportées par le vent à travers l’Europe, que les noms gravés dans la pierre avaient assez de poids pour nous transformer à jamais. J’ai cru que la honte de la génération de mes grands-parents, le silence, puis la parole, les larmes devant les mémoriaux – que tout cela avait bâti une digue. Une digue contre la même haine, contre le même délire völkisch, contre la même froide disposition à exclure les êtres humains, et contre ce militarisme qui, deux fois en un siècle, a réduit le continent en cendres et en ruines, qui a envoyé des millions à la mort et dévasté des régions entières. La digue est rompue. Et l’eau arrive avec une violence qui me bouleverse.
Pour vous qui observez depuis l’extérieur – de Paris, de Varsovie, de Tel-Aviv, de New York, de Johannesburg –, cela peut sembler un tremblement lointain. Mais c’est plus proche qu’il n’y paraît. L’Allemagne fut le laboratoire où la barbarie moderne trouva sa forme la plus efficace et la plus froide – liée à une machinerie militaire sans précédent qui fusionna l’obéissance, la technique, l’organisation et la volonté d’anéantissement en une unité mortelle. Le militarisme n’a jamais été un simple accessoire. Il fut l’épine dorsale, la discipline qui mit en œuvre le délire racial. Si ce laboratoire montre à nouveau des signes de cette ancienne maladie, cela ne nous concerne pas seulement. Cela concerne l’idée même que les sociétés peuvent apprendre de leurs heures les plus sombres. Que les institutions, l’éducation, la prospérité et la démocratie suffisent à dompter durablement les abîmes de l’homme. La Saxe-Anhalt est petite. Un Land parmi seize. Mais les symboles ne se mesurent pas à leur taille. Lorsqu’un parti triomphe ici, dont la vision du monde repose sur l’exclusion, l’homogénéité ethnique, le rejet de la société ouverte et une nouvelle emphase sur la force nationale, la capacité de combat et la dureté, ce n’est pas un problème local. C’est un miroir tendu à nous tous.
J’aurais tant aimé pouvoir dire : « Voyez, nous y sommes parvenus. »Au lieu de cela, je dois vous écrire : Nous avons échoué.Pas tous. Mais assez. Beaucoup trop.
L’AfD n’est pas le NSDAP. Les différences sont réelles et importantes. Il n’y a pas de bataillons bruns dans les rues, pas de lois de Nuremberg, pas de meurtre de masse industriel. Et pourtant : la parenté des figures de pensée – le « nous » contre le « eux », le désir d’un corps populaire pur, le mépris pour le complexe, l’étranger, le faible, et avec cela l’ancienne fascination pour la dureté, pour l’aptitude militaire, pour une nation qui refuse de se laisser « amollir », qui veut à nouveau être « respectée » par la force plutôt que par l’humanité – n’est pas à négliger. Et que des centaines de milliers de personnes, dans un pays qui a produit la Shoah et deux guerres mondiales, donnent leur voix à un tel parti, constitue une déclaration de faillite historique.
Peut-être l’espoir fut-il toujours naïf. Peut-être ce potentiel sommeille-t-il dans toute société, et l’Allemagne ne l’a-t-elle cultivé que plus profondément avant de tenter de le refouler plus radicalement encore – le racisme comme le militarisme, qui en fut si souvent le bras armé. La nuit électorale en Saxe-Anhalt l’a montré : le refoulement a échoué. Ce qui reste, c’est la honte. Une honte si profonde qu’elle fait mal. J’ai honte des gens qui ont voté ainsi. J’ai honte de la société qui l’a permis. J’ai honte des décennies d’auto-illusion au cours desquelles nous nous sommes raconté que nous étions les bons, les purifiés, les maîtres de la mémoire en Europe, ceux qui avaient laissé la guerre derrière eux pour toujours.
Ce pays a eu sa chance. Il ne l’a pas saisie. Pas entièrement. Pas assez honnêtement. Et maintenant nous nous tenons à nouveau au bord du même abîme – non pas identique, mais reconnaissable. Un cauchemar déguisé en démocratie, dans lequel les vieux spectres de la communauté populaire et de l’esprit guerrier élèvent à nouveau doucement la voix.
Pardonnez-moi que les choses en soient arrivées là dans mon pays.Pardonnez-moi que ce pays vous déçoive à nouveau.N’oubliez pas ce qui se passe ici.N’oubliez pas combien le vernis de la civilisation peut être mince.N’oubliez pas que les ombres n’étaient jamais vraiment parties.
Elles n’ont fait qu’attendre que nous soyons assez fatigués, assez satisfaits de nous-mêmes, assez engourdis. Et maintenant elles sont de retour – avec leur vieux cortège d’exclusion, de nationalisme et de l’éclat sombre et séducteur du militarisme.
Je n’écris pas cela pour accuser, mais pour témoigner. En tant que quelqu’un qui vit ici, qui regarde et qui refuse de détourner le regard. La honte ne me paralyse pas – elle m’oblige. C’est pourquoi je vous adresse ces mots. C’est pourquoi je vous prie : Ne nous pardonnez pas trop vite. Et n’oubliez jamais.
Le texte ci-dessuos a été écrit pour la discussion proposée aux rencontres anarchistes du Semeur [qui a eu lieu le 17 juillet 2026] autour de la brochure La flamme d'Or, elle même paru en février 2026. Nous le diffusons ici tel qu'il a été diffusé en papier lors de ces rencontres et tel qu'il a été lu lors de la discussion, par d'autres que nous.
Retour critique sur la partie « les leurres identitaires » de la flamme d'or
Le texte qui suit a été écrit pour la discussion proposée aux rencontres anarchistes du Semeur autour du texte La flamme d'Or paru en 2026.
On a trouvé ça trop bien de proposer une analyse globale de la situation actuelle, qui ne se limite pas à un sujet précis. Les perspectives sont diverses mais les bases politiques anti autoritaires sur lesquelles elles s'appuient sont claires. Bref, merci pour cette belle motiv' !
On voulait revenir et proposer quelques retours sur la partie « les leurres identitaires » [1] qu'on doit malheureusement avouer avoir trouvé beaucoup moins fine que le reste. On ne sait pas si on peut dire que les politiques identitaires aient pris le pas sur la lutte des classes dans ce qu'il reste des milieux révolutionnaires aujourd'hui. On imagine que ça dépend de qui, de quoi, de où et de quand est ce qu'on parle. Par contre il est sûr que les axes de domination systémiques y sont nettement plus abordés, et que les luttes contre ces derniers sont d'avantage considérées comme participant à la tension anarchiste. Et ça on ne peut que s'en réjouir ! Parce que toutes les formes d'autorité sont à combattre. Toutefois, on partage complètement l'idée que si une lutte menée contre une forme de pouvoir ne s'inscrit pas dans une conflictualité générale avec toutes les autres formes qu'il pourrait prendre, elle court droit au réformisme (et donc intègre le pouvoir qu'elle clamait pourtant combattre). On s'oppose également à une vision libérale de la liberté qui ne vise pas à détruire la société mais à y être mieux représentée. On trouve aussi important de rappeler que toutes les violences ne se valent pas. Une insulte n'est pas une agression sexuelle et une collègue ne peut pas être autant une ennemie que le patron.
On trouve ça étrange que le premier exemple qui soit donné de la politique identitaire qui viendrait nier les antagonismes de classe dans les milieux révolutionnaires soit une position portée par la plus grosse asso lgbt de france (se féliciter de la nomination de Gabriel Attal au pouvoir). On ne pense pas que qui que ce soit à la fois queer et révolutionnaire soit aligné avec les positions de cette asso. On ne viendrait jamais insinuer que des compagnons s'investissant dans une lutte contre un projet industriel partagent les positions d'Europe écologie les verts. D'ailleurs, on ne pense pas non plus qu'une telle asso ait un jour eu de prétentions révolutionnaires. Il serait temps d'arrêter de tenir les compas queers responsables de tout ce que font ou disent des connards lgteubé. Bien que minoritaires, nous sommes plein à ne pas vouloir de leur droits, mais à vouloir la destruction de l'état de droit, ou de n'importe quel autre forme qu'il pourrait prendre.
Les milieux tpg (transpédégouines) existant depuis maintenant une quinzaine d'années se sont justement construit en rupture avec les positions portées par les grosses asso lgbt. Des contre prides, dites prides radicales ou prides de nuit, ont lieu chaque années dans plein de villes. On pouvait justement y entendre le slogan « les pédales détestent Attal » suite à sa nomination au pouvoir. Les critiques du « capitalisme gay friendly » y sont nombreuses. L'été dernier, des rencontres queer sur des bases anarchistes claires ont été organisées. De nombreux textes et brochures anarchistes portant une proposition à la fois queer et insurrectionnelle sont parus ces deux dernières années, une bibliothèque tpg et anarchiste a ouvert à Montreuil début 2025, une revue anarchiste contre à la fois le genre et la technologie est sortie début 2026. Et ces idées se sont à plusieurs reprises matérialisées par des attaques contre le pouvoir. On peut citer, par exemple, l'incendie en novembre dernier d'une vingtaine de teslas dans un concessionnaire des Bouches du Rhône revendiqué pour le tdor (trans day of revenge). Et encore, c'est une liste non exhaustive. Tout ça, et sur 80 pages parlant de perspectives révolutionnaires actuelles, la seule fois où il est fait mention de patriarcat et d'hétéronormativité on nous parle d'Hillary Clinton et de la plus grosse asso lgbt de france. C'est au mieux d'une ignorance gênante.
La mention de séparatisme, ou encore le rappel que la liberté se trouve dans le fait de se mêler à autrui nous évoque des attaques contre l'outil de la mixité choisie. Si c'est bien le cas, on a envie de vous répondre qu'on expérimentera notre liberté aux côtés de qui bon nous semble, car nous croyons en la libre association. Pour nous, la mixité choisie peut être un outil pertinent ou pas selon nos objectifs. Elle peut aussi servir d'outil de réductions des risques face à certaines violences, notamment sexuelles, malheureusement aussi subies de la part de « compagnons », notamment dans des cadres de luttes.
On a interprété la phrase « C'est même le plus souvent en se rebellant contre ses propres attachements, qui sont tout à la fois des fondations pour construire son individualité que des chaînes qui le retiennent et l'empêche d'agir. », comme un encouragement à se libérer des mots qu'on utilise pour se définir. Ça donne envie de réaffirmer l'importance d'avoir des mots pour décrire les formes de dominations que nous subissons afin de mieux les combattre. Il nous est parfois renvoyé que nommer un rapport de pouvoir reviendrait à le faire exister, voir même à le créer. Seulement, quand le silence est imposé, seul celui à qui ce rapport de pouvoir profite peut se permettre de l'ignorer. La personne qu'il écrase est toujours écrasée, elle n'aura juste pas la place de le nommer, et donc une arme précieuse, souvent nécessaire, en moins pour pouvoir riposter. Il est bien triste de constater que les critiques des politiques identitaires se résument bien souvent à la négation de rapports de pouvoir aux conséquences pourtant bien concrètes dans la vie de nombre d'individus, parmi lesquels nombre de compas. On a aussi du mal à comprendre pourquoi il serait si dangereux pour notre liberté de se définir comme « trans » ou « racisé », mais pas de se reconnaître comme précaire, pauvre ou prolétaire.
On voulait aussi rebondir sur le bout du texte qui dit p.48 « Tout ne se vaut pas, cela signifie qu'il y a des aspects plus stratégiques que d'autres. S'attaquer non pas à ce qu'il y a de plus facile car plus à la mode, mais aux aspects les plus stratégiques du pouvoir, comme les prisons, l'industrie militaire, les frontières ou encore le nucléaire, c'est maintenir ouverte la question révolutionnaire. » S'attaquer à des systèmes de domination comme l'inceste ou la colonisation est loin d'être facile, en tous cas pas plus que de s'attaquer à la liste des aspects les « plus stratégiques » du pouvoir listés ci dessus. (Et si on veut parler de la mode, elle semble plutôt être du côté des discours réactionnaires s'attaquant à des groupes minoritaires… ). Par ailleurs, ce qui nous semble pertinent dans les propositions anarchistes est justement cette capacité qu'une attaque contre un aspect de la domination peut engendrer sur tous les autres. Selon nous, désigner des aspects plus stratégiques que d'autres va à l'encontre de ce qui a été écrit avec justesse dans le texte p.47 : « La question sociale a toujours été plus large que la lutte des classes entre bourgeois et prolétaires, ou que le clivage entre riches et pauvres. Le système actuel a émergé du fait du mouvement des enclosures et de la mise en propriété des terres contre les paysans et paysannes, de la mise au travail sous la contrainte, de la radicalisation de la misogynie, de la traite « négrière » et de la colonisation, de la famille nucléaire qui s'est imposée. Elle inclut dès le départ la domination masculine, le racisme, le contrôle de la sexualité et de la vie quotidienne. Il en découle que pas plus que de conflit central, il n'existe de sujet révolutionnaire. La question sociale qui prévaut est probablement celle de la négativité ou non de la hiérarchie et du pouvoir ; de la lutte contre toute forme d'exploitation et de domination, donc ».
Le but de ce court texte n'est pas de centrer la discussion sur les sujets abordés dans cette partie de La flamme d'or. Mais on ne se voyait pas non plus ne pas y réagir. En vrai, on aimerait juste ne plus avoir à lire des trucs pareils dans des textes anarchistes et on a hâte de pouvoir discuter de tout le reste du texte. Bref, discuter de perspectives anarchistes !
1 La référence aux « leurres » identitaires n'est pas sans rappeler les « leurres postmodernes » d'une
rrrrévolutionnaire devenue réactionnaire. On peut lire à ce sujet « Les leurres pseudo-révolutionnaires deVanina CONTRE les luttes et réalités des queers. Tractage lors de la présentation de son livre à Toulouse » publié le 1er mai 2024 sur IAATA.
Réponse au Post-Scriptum à La flamme d'or
Le texte ci-dessus a été écrit pour la discussion proposée aux rencontres anarchistes du Semeur [qui a eu lieu le 17 juillet 2026] autour de la brochure La flamme d'Or, elle même paru en février 2026. Nous le diffusons ici tel qu'il a été diffusé en papier lors de ces rencontres et tel qu'il a été lu lors de la discussion, par d'autres que nous.
Diffuser un texte sur internet est pour nous loin d'être une évidence mais nous avons fait ce choix car nous tenons à répondre au « Post-scriptum à La flamme d'or » paru le 30 juillet 2026 et relayé par les sites anarchistes sansnom et attaque. Le post-scriptum en question ne fait aucunement mention de notre texte qui a pourtant été lu lors de la discussion, ce qui nous paraît extrêmement dommage. Selon nous, cela appauvrit grandement la qualité du débat. Le ton condescendant n'aide pas non plus. En mélangeant une critique anarchiste (celle portée par notre texte et certaines personnes, dont nous, lors de la discussion) à une critique gauchiste (celle portée par d'autres personnes lors de la discussion) comme s'il s'agissait d'un même ensemble, le post-scriptum évite la discussion entre compas anarchistes. Il nous semble facile de se baser sur des faux critiques pour discréditer les intentions et les volontés de dialogue engagées par notre texte alors que les points de désaccord/mécompréhension auraient pu être éclaircis de vive voix lors de ces rencontres. Le texte a été écrit pour cette occasion et porté à la première personne.
En tant que deux personnes ayant écrit ce texte, on aimerait clarifier que nous n'avons jamais ni pensé ni dit ni écrit que la Flamme d'or était transphobe ou raciste. A aucun moment ce n'est d'ailleurs le propos de notre texte. Ces positions ont par contre bien été exprimé par certaines personnes – réformistes - lors de cette discussion et nous sommes en désaccord avec elles. De manière générale, nous avons apprécié lire dans la flamme d'or une critique claire des pièges réformistes (légalisation de l'ex zad de nddl, l'électoralisme, l'antifascisme, la gauche, etc.)
Par ailleurs, notre texte ne vise pas à assimiler les positions tenues dans la Flamme d'or à celles de Vanina et encore moins à celles de Tomjo ou de PMO. On trouve ça par contre extrêmement maladroit – foireux de reprendre le titre de « leurres identitaires » peu de temps après la sortie du bouquin de Vanina « les leurres postmodernes ». On partage plutôt l'idée que « Vanina (...) semble homogénéiser les mouvements queers et intersectionnels, pourtant traversés de tendances contradictoires, pour en faire une des causes principales de l'affaiblissement du féminisme révolutionnaire » et on est en tous cas a minima contente de lire une ligne de démarcation claire avec des positions réactionnaires.
« (…) D'ailleurs, le mouvement queer a participé à sa manière à faire éclater ces cases. L'étonnement passé, il faut bien avouer que le texte aurait gagné à rappeler qu'il existe des dynamiques plus intransigeantes et plus intéressantes. Je ne les ignore pas et essaie de participer à en diffuser les positions depuis bien des années (George Jackson Brigade, Queer ultraviolence, Ma randonnée sans balise, Trans n'est pas transhumanisme, etc.). Il aurait très certainement fallu les évoquer, d'autant que cette brochure circule en-dehors du mouvement anarchiste (et c'est une très bonne chose et un objectif). Il s'agit là effectivement d'une erreur. » On est d'accord avec cet extrait et on remercie sincèrement la reconnaissance de cette erreur. C'est en grande partie ce qu'essayait de pointer notre texte.
Dans notre texte, nous avons écrit : « la mention de séparatisme, ou encore le rappel que la liberté se trouve dans le fait de se mêler à autrui nous évoque des attaques contre l'outil de la mixité choisie. Si c'est bien le cas, on a envie de vous répondre qu'on expérimentera notre liberté aux côtés de qui bon nous semble, car nous croyons en la libre association. Pour nous, la mixité choisie peut être un outil pertinent ou pas selon nos objectifs. (…) ». Suite à la lecture du post-scriptum : « les extrapolations faites sur le texte, comme par exemple concernant la mixité choisie. Il n'en est pas question dans le texte, mais certaines personnes ont curieusement cru y voir une critique de la mixité choisie. Je n'ai aucun souci avec ça, au contraire, je considère que cela peut être un outil utile (tant que ça ne devient pas une fin en soi). Et les gens sont de toute façon libres de s'autoorganiser comme ils et elles le souhaitent ! » C'est à nous de reconnaître qu'il ne s'agissait pas dans ce cas d'une attaque contre la mixité choisie mais bien d'une extrapolation de notre part. De fait, l'erreur citée au paragraphe ci-dessus « aurait en outre (...) permis d'empêcher (...) les extrapolations faites sur le texte » comme cela est avancé dans le post-scriptum. A la page 46 de la flamme d'or, il est tout de même écrit que la liberté « se trouve dans le fait de se mêler à autrui. (…) N'est ce pas pour cela que l'on éprouve un sentiment de liberté lorsque nous nous tenons épaule contre épaule avec des compas de lutte, se dressant ainsi contre la domination ? ». A titre perso, ce n'est pas notre cas et cet imaginaire ne nous parle pas. C'est pour ça que nous précisions que la mixité choisie « peut aussi servir d'outil de réductions des risques face à certaines violences, notamment sexuelles, malheureusement aussi subies de la part de « compagnons », notamment dans des cadres de luttes. »
Par ailleurs, nous ne pensons pas que la brochure oublie complètement le patriarcat mais que, comme bien souvent, l'analyse de cette structure de pouvoir et les perspectives anarchistes portées contre sont lacunaires et très peu présentes.
On partage le fait que l'industrie militaire ou les frontières sont des cibles AUSSI contre le patriarcat et le colonialisme. Toutefois, on pense que ces liens, qui peuvent paraître évident pour certain.es, valent le coup d'être développés et explicités. Par ailleurs, on a pas l'impression que le fait qu'une cible soit « à la mode » (pour reprendre les mots de la flamme d'or) joue sur la facilité à l'attaquer. Par exemple, les attaques anarchistes contre l'industrie militaire sont plutôt nombreuses ces dernières années (et c'est tant mieux !), est ce donc une cible à la mode ? Il nous semble pourtant assez clair qu'il est loin d'être facile de s'y attaquer. Et on trouve ça hasardeux de désigner ce qui relève ou non de la "mode".
Cela dit, la destruction de l'industrie militaire ou des frontières – aussi nécessaire soit-elle – est loin d'être suffisante pour mettre fin au pouvoir sur les corps et les sexualités qui s'exerce aussi bien dans la rue que chez le médecin ou dans l'intime. Il nous paraît nécessaire de réfléchir à ces questions ici et maintenant sans attendre des lendemains qui chantent.
Pour finir, on partage également la critique des luttes de libération nationale et la nécessité de lutter contre tous les états, tels qu'ils soient. Nous sommes en total désaccord avec les choix « « d' « anarchistes » explicitement religieux et très complaisants avec des groupes autoritaires et antisémites comme le Hamas ». Tout comme nous sommes en total désaccord avec les logiques campistes et anti-impérialistes qui voudraient que des « anarchistes » se battent aux côtés de l'armée de l état ukrainien au nom du « moindre mal ». Nous sommes également convaincues que la perspective anarchiste ne peut être que critique de la religion.
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Source : Rue89 Strasbourg
Le 8 septembre, deux personnes sont montées sur des engins de chantier sur le tracé de l'autoroute A412. Les opposants alertent sur l'irrégularité des premiers déboisements et veulent préserver les zones humides et agricoles du territoire.
Perrignier (Haute-Savoie), reportage
Depuis lundi 7 septembre et le début des travaux, qu'ils estiment illégaux, les opposants au projet d'autoroute A412, en Haute-Savoie, tentent littéralement d'enrayer la machine. Mardi 8 septembre en milieu de (…)