Le délibéré sera rendu ce jeudi 10 septembre 2026, à la Cour d'Appel de Paris, à 13h30. Toutes les formes de solidarité sont bienvenues. Sur place pour faire nombre face à la violence de l'Etat, mais d'autres formes de soutiens, délocalisées, seront aussi précieuses.
Article en parti repris de nantes.indymedia.org (pour une soirée de soutien organisée à Rennes le 30/10. pour relayer sur trognon, nous avons retiré les paragraphes d'invitation à la soirée de soutien de Rennes, mais vous pouvez le retrouver sur l'article originel)
C'est une affaire qui commence à dater, mais dont on attend toujours de pouvoir tourner la page. Le 8 décembre 2020, avant le lever du jour, des arrestations avaient lieu dans toute la France avec les moyens de l'antiterrorisme – le RAID avec des cagoules têtes de mort, des armes de guerres pointées sur les gens, des maisons saccagées… Puis quatre jours de garde-à-vue à Levallois Perret, dans la même ambiance, terrorisante. Le 11 décembre, le contrôle judiciaire est prononcé pour deux d'entre elleux et les cinq autres sont incarcéré·es dans cinq prisons différentes d'Île-de-France, sous le statut DPS (détenu·e particulièrement signalé·e). L'un d'entre-elleux, Libre Flot, est placé en isolement total.
Cette affaire, c'est celle d'une association de malfaiteurs terroriste, qui vise directement « l'ultra-gauche », selon les termes du dossier. Sept personnes en lien avec un militant internationaliste, Libre Flot, qui a répondu en 2017 à l'appel des populations du Rojava pour protéger la paix en participant à la guerre de légitime défense contre Daech et l'armée turque. Comme le dit le Collectif des Combattantes et Combattants Francophones du Rojava dans une tribune de soutien : « Nous sommes allés au Rojava avec la volonté de défendre une révolution basée sur la démocratie directe, la coexistence pacifique entre communautés, l'égalité femmes-hommes et le juste partage des richesses, autant de valeurs dont l'État français se réclame sans jamais les appliquer. » À partir de là, les renseignements fantasment un « revenant » qui chercherait à mettre à profit des compétences militaires acquises en Syrie pour créer une milice qui aurait pour cible l'Etat français et ses forces de l'ordre. Une surveillance du fameux malfaiteur en chef a été mise en place dès son retour du Rojava, comme pour beaucoup de volontaires internationalistes, et les agents de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) ont été témoins de propos hostile à la police dans la bouche du militant et de ses ami.es punks libertaires. Ça ne leur a pas plu, dont acte.
Libre Flot, dans leur fable, c'est le chef de la bande d'anarchistes (lol). Il est enfermé à l'isolement pendant 16 mois, en préventive. Sentant les séquelles sur sa santé, sur ses capacités cognitives, sur sa vie, Flo démarre une grève de la faim, qui lui permettra de sortir de taule après 37 jours. Il a beaucoup écrit pendant cette période et après, et un livre est sorti en 2025 aux éditions Du bout de la ville : Anticiper le bruit sec des verrous. Parmi les autres personnages de l'histoire, on trouve un artificier à Disneyland et pour des clips, deux inséparables amateurs de tir sportif et de vieilles armes, une lectrice de brochures et utilisatrice de Tails, un adepte de voyages et aspirant soutien du Rojava, et un autre copain de Flo qui sera condamné plus légèrement, sa formation en PNL (programmation neuro-linguistique, un truc de développement personnel) ne paraissant pas effrayer les enquêteurs.
2020, une partie de cette bande se retrouve confinée ensemble (pour une partie, s'y rencontrent pour la première fois), et hop, voilà une association de malfaiteurs. Quatre autres inculpé·es feront aussi plusieurs mois de prison, avant le procès qui n'a eu lieu qu'en octobre 2023, et qui a abouti à leur condamnation pour avoir donné l'impression à la DGSI, au PNAT et à ces juges d'avoir envie d'attaquer des flics. « Participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste ». Et ce sans qu'aucun projet spécifique n'existe, en assumant que des suspicions d'intentions suffisent, « sans qu'il soit nécessaire de démontrer une participation aux crimes ou à leur préparation » écrivait le juge d'instruction Jean-Marc Herbaut. Condamné·es pour avoir participé sans participer. Certain·es des inculpé·es sont aussi rendu·es coupables du « refus de remettre la convention secrète de chiffrement d'un moyen de cryptologie », c'est-à-dire l'accès à du matériel informatique. Les peines vont de deux ans de sursis simple à cinq ans de prison ferme. Le temps de détention provisoire effectué étant déduis, et le reste étant aménageable en bracelet électronique, ces peines ne les amèneraient pas à retourner en prison. Mais elles sont alourdies par un certain nombre d'interdictions (de contact entre elleux, de travailler dans certains secteurs, de port d'armes, de déplacement de plus de deux semaines) et d'obligations (de soin, de travail), et par l'inscription au FIJAIT (fichier judiciaire des auteurs d'infraction terroriste). Pendant tout ce temps, la surveillance des communications et du quotidien continue, ainsi que les rendez-vous CPIP (conseiller.ère pénitentier.ère d'insertion et de probation). Une répression protéiforme donc, depuis bientôt six ans.
Six des sept personnes condamnées ont fait appel de cette décision, et ont encore du attendre deux ans et demi avant d'avoir droit à un nouveau mois de mascarade judiciaire (du 4 au 22 mai 2026 pour l'appel). Ces deux procès ont traité du même dossier terriblement vide, basé sur les mêmes interrogatoires traumatisants avec le même juge d'instruction tout à fait convaincu de leur dangerosité et les mêmes flics affolés par ces marginaux qui osent se tatouer des ACAB et écouter des musiques aux paroles explicitement anti-autoritaires, avec les mêmes livres et brochures (on a vu à quel point les infokiosques leur font peur)… Ces mêmes moments de jeu d'air-soft et de fabrication de pétards ont été transformés par des chien·nes de garde de l'État paranoïaques en entrainements para-militaires et en préparation d'attentats… Le récit creux a été collectivement façonné par des agents de l'État tout-puissant, où les droits des détenu·es et de la défense ont été maintes fois bafoués : des refus systématiques des demandes de mise en libertés mettant en danger la vie de Libre Flot, aux fouilles à nues systématiques en détention, en passant par les multiples et veines demandes de la défense de faire venir au procès les crapuleux agents de la DGSI qui ont retranscrit les écoutes en mettant leur grain de sel pour faire peur (les avocat·es sont allé·es jusqu'à saisir la Cour Européenne des Droits Humains pour ça !).
Ce procès est celui de ce qu'yels appellent l'« ultra-gauche », accusée d'être violente par essence. C'est un procès où des paroles, même des blagues, même des chansons, sont prises pour des actes. C'est le procès du mouvement punk. C'est le procès des ZAD. C'est le procès de la protection des données personnelles, de Signal, Tor et Tails. C'est le procès de l'internationnalisme et de l'anarchisme, même si les personnes condamnées ne s'en revendiquent pas forcément. Le procès en première instance a été raconté dans des chroniques par une quinzaine d'autaires dans le livre Qui terrorise qui ? paru en 2026 aux éditions Tahin Party.
Pour en savoir plus sur l'affaire et suivre les nouvelles, il est encore possible de consulter le blog des soutiens : soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org. Mais la répression antiterroriste s'intensifie, et l'hébergeur de ce blog, Autistici/Inventati, a été classé comme organisation terroriste par Trump. Nous espérons pouvoir donner une nouvelle adresse de blog prochainement. Une cagnotte est disponible en ligne, les besoins de soutien financier sont très importants. Pour en savoir plus sur l'affaire, voilà une brochure de synthèse : Qui_terrorise_qui
Cette affaire pourrait bien créer une jurisprudence très dangereuse pour les libertés, en particulier politiques. C'est pour cette raison que les cibles ont décidé de se battre quelques années de plus pour contester cette décision, malgré leur envie de retrouver une vie plus tranquille. Nous encourageons tout le monde à se renseigner et à parler de cette affaire, et surtout, surtout à ne pas se laisser anti-terroriser.