L’Éveil de Haute Loire / jeudi 6 août 2026
Les sapeurs-pompiers de Saint-Julien-Chapteuil ont été engagés peu avant 3 heures, dans la nuit de mercredi à jeudi. Un début d’incendie venait d’être signalé sur un engin de chantier stationné en bordure de la RD 28, entre le lieu-dit de La Pénide, commune de Saint-Hostien, et Le Pertuis, à l’endroit où une déviation de la route départementale doit être créée dans les prochains jours, dans le cadre du vaste chantier de contournement de la RN 88. Grâce à l’action des sapeurs-pompiers, le feu s’est limité à la roue avant droite de la pelleteuse.
La gendarmerie s’est rendue sur place jeudi matin. Un technicien de la cellule d’investigation criminelle travaillait, aux côtés d’une patrouille de la brigade de proximité de Saint-Julien-Chapteuil. Les militaires ont procédé à différents relevés dans le but de trouver des traces et indices permettant de déterminer l’origine de l’incendie.
Ces travaux, dont la maîtrise d’ouvrage est confiée à la région Auvergne Rhône-Alpes, connaissent de nombreux détracteurs. Des dégradations ont déjà été constatées par le passé, notamment des graffitis laissés sur des machines lors du chantier préparatoire.
En novembre 2023, les gendarmes avaient fait usage de la force pour déloger des manifestants qui s’étaient allongés sous des barbelés pour empêcher le passage des pelleteuses devant réaliser les travaux de fouilles archéologiques à l’endroit du futur viaduc du Roudesse. Placés en garde à vue, quatre hommes et une femme ont été condamnés en 2025 à payer chacun une amende de 300 € et à dédommager la Région à hauteur de 4.620 €. Au printemps dernier, après la première réunion d’information concernant le début du chantier, l’un des salariés a constaté qu’un pneu de sa voiture avait été dégonflé. Là encore, une enquête de gendarmerie avait été ouverte afin d’établir s’il s’agissait d’un acte criminel.
Le chantier de la construction du viaduc du Roudesse a débuté au printemps et les piles commencent à émerger. En septembre débutera une nouvelle phase du chantier : celle de la création de déviations provisoires de la RD 28. C’est à cet endroit que la pelleteuse touchée par un incendie était stationnée.
C'est l'été et les militant.es sont en vacances*.
C'est l'été et les militant.es sont en vacances*.
9 mois de travail-militant, il faut bien se reposer un peu quand même.
Et puis de toute façon, c'est bien connu, l'été, plus besoin de s'organiser contre la prison ou la guerre puisque les prisonnier.es partent à la mer et qu'il fait trop chaud pour se faire bombarder.
Plus besoin non plus d'imprimer textes, brochures ou affiches, faire fonctionner l'imprimante fait monter les degrés dans la pièce. Et quand on sait en plus que l'industrie du papier fait partie des responsables du réchauffement climatique, on ne peut que saluer cet écogeste.
Plus besoin de cantine pour manger non plus, la canicule, c'est pratique pour ça, ça coupe la faim.
Et surtout, plus besoin d'espace de sociabilité. Toulouse plage, c'est toujours plus sympa solo, non ?
Trêve de plaisanteries...
L'été, les villes sont désertées majoritairement par celleux qui peuvent se permettre de partir en vacances. Pour qui reste, c'est pareil que d'habitude mais en pire. Il n y a presque plus aucune activité ni espace de sociabilité, l'isolement se fait d'autant plus ressentir. Et c'est bien triste que des projets / espaces subversifs participent à cette dynamique en ce mettant en pause. C'est pas un hasard si l'été fait partie des périodes de l'année avec le plus de passages aux urgences psys et de tentatives de suicide. Aussi la plupart des soignant.es et travailleur.euses sociaux sont en vacances et les urgences sont encore plus saturées que jamais. En taule, la canicule rend le quotidien encore plus suffoquant qu'à l'habitude. En ville, les apparts de pauvres sans clims sont les plus à risque et celleux qui y vivent n'ont pas les moyens d'aller se mettre au vert. Pas mal de gent.es à la street se font dégager des zones touristiques où iels zonent l'hiver et se retrouvent coincés dans la fournaise toulousaine à dormir sur le béton brulant, où même les parcs sont fermés la nuit.
Il ne s'agit pas de dire qu'il faut se sacrifier pour la lutte et encore moins ne pas faire de pauses ou ne jamais se reposer. Encore moins de ne jamais bouger de Toulouse. Au contraire, s'il y a autant un besoin de couper/se reposer/vadrouiller qui se manifeste l'été pour certain.es, pourquoi ne pas remettre en question nos rythmes le reste de l'année ? Parce que c'est bien souvent celleux qui ne peuvent pas suivre les rythmes 9 mois sur 12 qui se retrouvent coincées en ville et isolées les 3 mois restants où les militant.es arrêtent de militer et que les initiatives se mettent en pause.
J'entends souvent parler de burn-out militant. Pour beaucoup, le militantisme est un travail, une activité extra-scolaire ou saisonnière, en tous cas séparée de la vie quotidienne. Bref, un truc à côté du taff, un passe temps pour le week-end, un loisir. Le samedi je manifeste, le lundi je suis bonne employée. Le mardi, j'étudie la philo, le mercredi soir je fais une assemblée. On se crame puis on arrête quand ça commence à trop impacter les autres aspects de notre vie, il faut du temps pour le développement personnel tsais. Ou les aspects plus rentables : parce que oui, le militantisme ça paye pas (ou peu…).
Le militantisme est pour moi contradictoire avec mes désirs de liberté et de révolte, avec un refus de l'autorité qui touche à tous les aspects de ma vie et transforme mon lien aux autres et au monde, un monde qui est à détruire, en hiver comme en été. A cela s'ajoute que je trouve ça carrément relou de se retrouver à la remorque du calendrier scolaire.
Bref, un big up à celleux qui continuent leurs initiatives en été !
Mention spéciale à Oestrosoupe et à la bibliothèque anarcha feministe qui maintiennent leurs perms, tout comme ambiance pédale.
Une rageuse parmi d'autres
*J'parle pas des squateur.euses expulsé.es en vadrouille avant réouverture et/ou des galérien.nes qui font les saisons.
« Juillet 1936, dans les casernes catalanes... »
Présentation
La première partie de ce travail est initialement parue en espagnol dans la revue Comunismo 66 du Groupe Communiste Internationaliste (GCI) en février 2017. Bien que l'équipe qui a produit ce matériel ait préparé sa suite dans les numéros suivants de cette revue, une série de circonstances et de ruptures ultérieures ont interrompu le planning prévu. Plus de cinq ans après, une bonne partie des militants qui composaient l'équipe ont décidé de reprendre cette tâche importante, considérant qu'elle représente une contribution qualitative au bilan que notre classe a forgé de cet épisode historique extraordinaire. Cette seconde partie fut publiée par les Proletarios internacionalistas dans la revue Revolución 2 en septembre 2023.
Certains camarades s'interrogent sur l'utilité que peut avoir un tel matériel dans le présent : un bilan d'un processus qui s'est déroulé il y a presque un siècle et sur lequel on a écrit ad nauseam. Tout ce qui est important du point de vue du prolétariat révolutionnaire n'a-t-il pas déjà été dit ? N'y a-t-il pas des questions et des problèmes actuels beaucoup plus importants qui requièrent nos efforts et qui auront plus d'impact, ou du moins qui seront mieux accueillis dans notre communauté de lutte, par rapport à ce « mammouth » sur la lutte en Espagne dans les années 1930 ? Nous ne nions pas qu'il existe des questions actuelles d'une grande pertinence qui sont abordées aujourd'hui au sein des minorités révolutionnaires et d'autres sections de notre classe. Nous n'y sommes pas étrangers et y participons à différents niveaux.
L'antifascisme ne continue-t-il pas à avoir une force hégémonique partout, acquérant une nouvelle vigueur et renforçant la démocratie, le politicisme, la polarisation entre la gauche et la droite, en enrôlant même les prolétaires dans telle ou telle guerre ? Le gestionnisme n'est-il pas l'une des voies par excellence face à la crise de la valorisation du capital ? L'État du Rojava, la guerre Ukraine-Russie, l'utilisation constante d'un moindre mal, l'épouvantail du fascisme, le possibilisme, l'apologie de la prise des centres de production par les travailleurs comme objectif, l'anti-autoritarisme comme monopole du pouvoir dans les mains de l'État… Le bilan présenté ici ne fait qu'approfondir la critique de ces idéologies et d'autres qui restent aujourd'hui un pilier de l'ordre social. Leur pertinence et leur importance sont irréfutables.
Certes, la critique révolutionnaire a déjà passé en revue ces forces de l'ennemi au cours de ces neuf décennies. Mais il s'agit de poursuivre cette tâche en allant plus loin, de contribuer à donner à la critique historique du prolétariat un contenu plus profond et plus concret. En ce sens, nous ne pouvons pas permettre que ces matériaux continuent à circuler et à être discutés exclusivement « en interne » entre quelques camarades et groupes.
Au-delà de l'explication de notre méthodologie d'analyse, la présente contribution expose ce qui est pour nous l'ABC de la révolution et de la contre-révolution dans la région espagnole des années 30, accompagné d'un bref compte-rendu critique du développement de la lutte des classes dans cette période, en soulignant la force du prolétariat, de son associationnisme, de ses tentatives insurrectionnelles. En même temps, nous avons essayé de montrer comment ce processus riche et complexe de la montée de la révolution était parallèle à la constitution et à l'établissement de son contraire : la contre-révolution. En effet, nous avons montré comment, tandis que le prolétariat remettait en cause et attaquait l'ensemble de l'ordre social, tentant d'imposer ses besoins par sa force collective, essayant de faire un saut qualitatif par des tentatives insurrectionnelles, la contre-révolution prenait des formes alternatives pour neutraliser et phagocyter cette force qui menaçait son existence : république, partis de gauche, « alliances ouvrières »… jusqu'à ce qu'elle trouve dans le Front populaire et l'antifascisme la formule sur laquelle la contre-révolution s'est structurée et imposée.
Avec cette contribution, nous considérons que nous avons fait un pas en avant dans l'analyse des fondements de la contre-révolution dans la question espagnole. Il va sans dire que nous encourageons les camarades à nous envoyer toute critique de ce bilan, ainsi que toute information peu connue relative à ce formidable épisode de notre lutte de classe.
Espace de discussion entre personnes psychiatrisées.
Il fait frais à l'Impasse si la chaleur te fait hésiter à venir !
Depuis février 2024, on est quelques un.es à se retrouver presque toutes les deux semaines pour échanger sur nos galères psy et se partager quelques outils. On n'est pas toujours les mêmes, certain.es n'ont loupé quasiment aucune séance, d'autres viennent puis repartent puis reviennent, ou pas.
Les prochains goûters sont les mardis 4 et 18 août de 13h à 16h, toujours à l'impasse, 1 impasse lapujade à Toulouse.
Historique des brunchs
Avec ou sans diagnostics, avec ou sans traitements, avec des parcours variés et venant d'horizons différents, on a jusqu'à maintenant réussi à faire de ces temps d'échange un espace à la fois de soutien et de réflexion sans pour autant être un groupe de parole. Il ne s'agit pas tant de s'interdire de parler de soi et de son propre vécu, que de garder une attention collective à la façon dont on aborde les sujets compliqués pour éviter de se plomber les un·es les autres.
Se retrouver autour d'un brunch, pour un moment chill, c'est aussi l'idée de sortir nos zinzineries du placard où la psychophobie nous enterre malgré nous, et de s'offrir un espace rare où on n'est pas obligé·e de faire semblant que "ouais carrément ça va !" Un espace où questionner la place de "patient·e" à laquelle la psychiatrie nous assigne, sans pour autant porter de jugement sur les choix des un·es et des autres. Où parler de ce monde de dingue (ben ouais c'est pas nous le problème ! Ou pas que en tout cas) qui en plus de nous précariser, de nous surveiller et de nous contrôler, voudrait nous faire porter la responsabilité de ne pas être ces sujets valides, productifs et toujours en quête du bonheur dont rêve le capitalisme. Et nos parents. Et nos potes. Y compris dans les milieux militants où c'est toujours galère de faire entendre que la psychophobie, ben ouais, c'est une oppression structurelle. Ben ouais.
Si tu es un.e professionnel.le en santé mentale, quelque soit ta spécialité, nous préfèrerions que tu ne vienne pas. On va se partager des outils et des vécus, depuis une position de domination partagée qui est celle d'être considéré.e comme fou/folle/inadapté.e/neuroatypique/névrosé.e/anormal.e/etc. En tant que professionnel.le, même si t'as des galères psy de ton coté aussi, tu valide et reproduis, malgré toi, toute une histoire d'abus et de maltraitance dont la psychiatrie, et + largement la "santé mentale", est issue.
Comment ça se passe ?
Ça dure 3h. On est à peu près 3-4-5 personnes, le nombre peut varier mais pas plus que 10 habituellement. Certain·es arrivent avec des propositions, on décide de quoi on a envie de parler et sur quel format : toustes ensemble, en petits groupes ou en binômes. On se partage des outils qu'on trouve intéressants (brochures, bouquins, Bds, adresses de soignant·es à fuir ou à rencontrer...), on fait au moins une pause au milieu, et on grignote tout du long en buvant les trucs qu'il y a sur la table.
Et pis on a un pad, où retrouver les dates des prochains rdvs, se proposer des thématiques pour les prochaines fois et partager des ressources.
https://pad.riseup.net/p/brunchmental2024-keep
A très vite, et portez vous bien !
Oestrosoupe c'est des permanences en non-mixité transfem, transexuelles etc pour s'entraider et s'autonomiser sur nos transitions, pour partager nos expériences loin des cis et des médecins. On a du matos d'injections, des zines sérieux ou rigolos (et mal imprimés).
Tu peux ramener de la nourriture ou de délicieuses boissons ce sera toujours bienvenu !! En ce moment on CREVE de chaud, prend ton micro ventilo ou ton éventail ça va faire du bien à tout le monde :))
C'est un dimanche sur deux, de 14h à 18h au Bicyclit', 18 rue du printemps.
Si tu en as marre de te tartiner de gel plusieurs fois par jour ou de retrouver des patchs collés sur tes fringues. Ou que tu galère à pécho une ordonnance pour obtenir plus de deux pauvres pressions quotidiennes. Si tu as envie de passer aux injecs et qu'il te faut un peu plus qu'un tuto vidéo pour savoir où planter l'aiguille. Ou que tu as besoin de renouveler ton stock de jus de femme. Si tu as des questions que tu imagines tellement idiotes que tu n'oses même pas les poser à ChatGPT !!
Et bien on te propose de venir à notre prochaine permanence pour échanger sur nos pratiques, nos besoins, nos galères et se former aux traitements hormonaux DIY par injection. Pour s'autonomiser face aux médecins et adapter nos THS par nous-mêmes. On aura du matériel de réduction de risques pour se piquer à disposition et de quoi se faire un goûter si chacune ramène de quoi grignoter.
Oestrosoupe c'est les trannies les plus secouées de ta région, un collectif par et pour les transfems dans le but de partager les connaissances intracommunautaires sur les transitions médicales. C'est une expérience d'autonomisation, pour ne pas laisser le savoir à des assos loi 1901 qui perdent parfois les raisons de leur existence dans la gestion administrative et la chasse aux subventions. On croit à des réseaux de solidarité qui ne comptent pas sur la thune de l'état ou le bon vouloir des politiques de pink washing pour se mettre en place.
Vive l'autogestion des transitions, vive le DIY et nique la fRance !!!!!
INFOS PRATIQUES
Horaire : 14h - 18h
Lieu : Bicyclit', 18 rue du Printemps 31000 Toulouse
Date : dimanche 26 juillet, dimanche 9 août et dimanche 23 août
CONTACT
mail : oestrosoupe@riseup.net
Le guide à l'usage des proches de personnes incarcérées à été mis à jour. Il est commandable en version papier ou disponible sur internet.
La dernière version de ce guide datait de 2013 et depuis beaucoup de choses ont changé.
Du fait d'un état de plus en plus répressif, qui instaure des lois de plus en plus répressives, le nombre de personnes en prison depuis 2013 a considérablement augmenté, passant de 67 000 à 86 000 personnes. Cela est vrai aussi pour d'autres dispostifs où la personne est écrouée sans être incarcérée, comme le bracelet électronique. Ainsi, le nombre de personnes sous bracelet est passé de 10 000 à 19 000 entre 2013 et 2026. En paralèlle, le nombre de places en prison a aussi augmenté, permettant d'enfermer de plus en plus de gens.
L'augmentation de cette répression s'observe aussi dans l'allongement de la durée des peines : les peines sont de plus en plus longues, ce qui est en partie favorisé par l'apparition de quartiers spécifiques : là où avant des personnes incarcérées auraient pu être libérées, on observe maintenant un maintien en détention (ou sous d'autres modalités de contrôle et de répression). Il y a aussi la création de quartiers toujours plus sécuritaires, où les personnes sont soumises à des régimes d'isolement très durs, les derniers en date étant les quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO).
Ce guide porte essentiellement sur la prison mais il y est évoqué aussi d'autres formes d'enfermement comme les CEF/CER (centre éducatif fermé/renforcé) ou encore les CRA (centre de rétention administratif), prisons qui ne disent pas son nom, et donne également des informations sur le déroulement des procés.
L'idée de ce guide est de se donner des billes face à la taule et de favoriser le lien entre l'intérieur et l'extérieur, qu'il passe de mains en mains entre proches, mais aussi à l'intérieur, qu'il soit distribué devant les prisons...
Le guide est commandable en papier à l'adresse : guideprochesprison(a)riseup.net. Il est à prix libre (incluant la gratuité) pour pouvoir en financer l'impression.
Il est aussi disponible sur le site : guideprochesprison.noblogs.org.
Des personnes qui ont participé à cette mise à jour ont enregistré une émission depuis la salle d'impression pour présenter cette nouvelle édition. Pour l'écouter : Retour ligne automatique
Carapatage#97 – Sortie de l'édition 2026 du guide à l'usage des proches de personnes incarcéréesCarapatage#97 – Sortie de l'édition 2026 du guide à l'usage des proches de personnes incarcérées
Brique par brique, pierre par pierre, mur par mur...
Par une courte majorité —moins de 1% des votes— l'extrême droite a remporté les dernières élections présidentielles et est de retour au pouvoir en Colombie à partir du 7 août 2026. De retour car l'extrême droite a gouverné le pays à trois reprises depuis le début du nouveau millénaire. Cependant la nouvelle saison de ce drame, qui vient de débuter, n'est que partiellement la continuation de deux épisodes précédents. Mais que veut-il dire extrême droite en Colombie ? Où résident sa base électorale, les indignations qu'elle mobilise et les revendications qu'elle prétend incarner ? En quoi cette nouvelle version continue les versions antérieures ? En quoi les devance-t-elle ?
Dans ce pays d'Amérique du Sud, être d'extrême droite n'a pas encore consisté à s'opposer à l'immigration ou à l'ethnopluralisme, ni à brandir un nationalisme outrancier aux traits racistes et xénophobes. En revanche, l'extrême droite nationale, en ce premier quart du XXIe siècle, principalement s'est présenté avant tout comme une opposition radicale à toute négociation de paix avec des acteurs armés et très spécialement avec les guérillas.
Mais pour comprendre la nature de cette opposition farouche, il faut entrer davantage dans les nuances : d'abord, il est nécessaire d'avoir en compte que le conflit armé colombien n'est ni une guerre civile classique (à l'espagnole, par exemple), ni un conflit ethnique ou religieux. Il n'implique pas de larges couches de la population qui serait confrontées à d'autres, ni se sent avec la même intensité partout. Etalée sur un territoire deux fois plus grand que celui de la France métropolitaine, la géographie particulière de la Colombie rend les choses favorables à l'extension de ce conflit dans le temps. La cordillère des Andes s'y divisant en trois chaines de montagnes, la Colombie abrite sur son territoire tout à la fois des neiges éternelles gisant à plus de 5000 m d'altitude, des pleines ardentes près de la Caraïbe et ou des forêts tropicales qui couvrent environ la moitié du territoire. Cela explique pourquoi malgré le fait de porter sur soi l'écriteau de « pays dangereux » et une mauvaise réputation liée au trafique des drogues, la Colombie est quand même une des puissances montantes du tourisme dans la région et un pays où, en général, le touriste ne se voit particulièrement exposé à aucun danger pour sa vie dans de vastes zones du pays. Pour les grandes villes, le conflit demeure un arrière-fond relativement lointain qui ne s'en rapproche que de façon dramatique sous la forme d'attentats et avec lequel on rentre en contact de façon quotidienne au téléjournal du soir. Or, pour les périphéries il n'en va pas de même. A San Calixto, dans le nord-est du pays, près de la frontière avec le Vénézuéla, à quelques 12 heures de route de Bogota, ou à Puerto Asís dans le sud-ouest près de la frontière avec l'Équateur, à quelques 723 km de la capitale, le conflit se vit sous une autre intensité : il implique un contrôle territorial grâce auquel, par exemple, les habitants sont arrêtés dans un simple voyage de route entre deux villages, perquisitionnés dans leurs affaires ou enquêtés sur la raison de leur déplacement. Dans certains endroits les groupes illégaux fonctionnent comme une police morale prête à sanctionner des comportements jugés indécents tels que fumer du cannabis ou afficher trop librement son homosexualité. Des pratiques tels que le recrutement forcé des adolescents, la violence sexuelle ou le déplacement des populations entières ont pourri la vie des communautés entières atteignant des pics d'intensité au tournant du dernier siècle. Les chiffres donnent des frissons : plus de 9.000.000 victimes d'un conflit qui dure depuis plus de 60 ans et qui ne parvient pas à se résoudre malgré les efforts, les négociations de paix ou les essais d'une résolution par la voie militaire. Ce conflit implique à la fois les forces armées, des groupes paramilitaires, des guérillas et des organisations criminelles. Le narcotrafic, conséquence de la guerre géopolitique mondiale contre les stupéfiants, en est le combustible car il finance les structures illégales en concurrence ouverte pour le contrôle des routes, ce qui se traduit parfois en affrontements violents qui impactent la vie des communautés : de la possibilité d'ouvrir les écoles jusqu'à la fermeture des commerces, l'interdiction des déplacements ou des couvre-feu routiniers. Bien que la situation se soit fort améliorée les dix dernières années, il n'existe probablement pas un seul Colombien ou Colombienne de plus de 30 ans qui n'ait pas subi directement ou indirectement, par le passé, les effets pervers de ce conflit meurtrier : des parents proches ou éloignés tués, kidnappés, disparus, le carnage de tout un village réfugié dans une chapelle sur laquelle tombe une bombonne de gaz au milieu d'une fusillade, et même un match de football dont les victimes participent de l'histoire de notre infamie nationale.
Tout au long de la dernière décennie du XXe siècle, alors que la guerre ouverte entre des guérillas à phraséologie de gauche et des paramilitaires à phraséologie de droite s'intensifiait, le Parti Libéral gouverne le pays. Au pouvoir, les libéraux se sont comportés tantôt comme un parti de droite, de centre-droite ou encore de centre-gauche, selon la tendance imposée par le candidat gagnant. Mais l'érosion de cette hégémonie s'accélère à partir de 1995, à la suite du scandale de l'infiltration de l'argent de la mafia dans la campagne présidentielle. Les conservateurs remportent enfin les élections de 1998, mettant fin de cette façon à une suite de cinq gouvernements libéraux au pouvoir depuis 1974 (avec une brève pause conservatrice de 82 à 86). Dans ces deux occasions, les conservateurs sont arrivés au pouvoir avec la promesse d'une négociation de paix avec la guérilla des Farc, qui a à chaque fois échouée. Dans les années 90, d'autres groupes de guérilla (M-19, Courant de Rénovation Socialiste, Armée Populaire de Libération, Mouvement Quintín Lame) sont démobilisés mais le paramilitarisme reste actif et grandit autant comme alternative de contre guérilla que comme ethos social : c'est précisément cet ethos qui constitue la première condition de possibilité de la forme actuelle de l'extrême droite nationale, aujourd'hui incarnée par Abelardo de la Espriella, lui-même ayant fait carrière comme avocat défenseur des paramilitaires. Cet ethos fera de la question sécuritaire la priorité première de l'Etat. Il se manifeste comme exaltation de la vie militaire et dans le regard indulgent porté à la fois et sur les violences policières et sur les exactions commises par les forces armées, toutes deux justifiées par l'intérêt supérieur du maintien de l'ordre. Ce soutien public des institutions policières ou militaires, prend souvent le visage d'un négationnisme qui contredit des décisions judiciaires prouvant, par exemple, les milliers de crimes commis par l'armée et la police contre la population civile dans la course folle aux résultats de la lutte contre les guérillas ou dans la répression des manifestations citoyennes. D'après une série de déclarations de De la Espriella, on peut s'attendre à ce que les efforts faits par le gouvernement socio-démocrate de Gustavo Petro pour introduire une culture des droits humains dans la police et l'armée seront vite démontés. Rire insidieux sur le visage, le nouveau président a affirmé vouloir défendre personnellement ceux qui se verront impliqués dans des excès.
In Anno Domini 1998, pour faire la paix avec les Farc, le président Pastrana accepte de démilitariser une aire de 42.000 km2 (soit plus grande que la Belgique ou la Suisse) au sud du pays. Mais, dialogue impossible, alors que le gouvernement veut simplement désarmer les Farc, celles-ci prétendent ouvrir une discussion de fond sur le modèle politique et économique du pays. L'Amérique du Sud commence à virer à gauche mais les Farc profitent des avantages accordés par Pastrana pour se fortifier. Sans un cessez-le-feu capable d'abaisser l'intensité du conflit, le processus de paix entre dans une phase de discrédit irréversible face à l'opinion publique et est suspendu le 20 février 2002, à la suite du spectaculaire kidnapping d'un sénateur dans un vol commercial. La voie était ouverte pour le discours de fermeté contre le terrorisme incarné par Álvaro Uribe Vélez qui, sans grande surprise, remporte l'élection dès le premier tour en mai 2022.
Quoique surgi des entrailles régionales du Parti Libéral, Uribe se fait vite le chantre d'une vision très conservatrice de la société qui privilégie un état militairement fort. Pour cela, il s'est muni de la nouvelle rhétorique anti-terroriste, entrée en scène au niveau international après les attentats d'Al Qaeda à New York le 11 septembre de l'année 2000. Uribe ne s'est présenté comme le candidat d'aucun des deux partis traditionnels même s'il a reçu l'appui de leurs principaux représentants et a compté en permanence avec leur soutien en tant que membres de la coalition qu'il a formée. Le plus important est qu'un nouveau clivage dans la politique colombienne était né. Jusqu'alors, Libéral et Conservateur étaient des partis interclassistes et c'était plus des questions morales ou administratives qui les distinguaient. Ils se disputaient le pouvoir depuis le XIXe siècle et avait contrôlé le pays, à tour de rôle, pendant des périodes plus ou moins longues mais ne se confrontaient que sur des questions telles que l'éducation laïque, certaines libertés civiles, le rôle de l'Église, la réforme agraire. Ils s'étaient montrés néanmoins d'accord, au moins dans le dernier quart du XXe siècle, sur l'application d'une politique néolibérale et servile aux intérêts de Washington. Leur clivage s'était exprimé auparavant soit comme l'opposition entre une intransigeance philocatholique et un progressisme moral et civil, soit entre la défense d'un modèle fédéraliste ou celle d'un modèle centraliste, soit comme opposition entre libre échange et protectionnisme, soit comme dispute entre laïcité et alliance entre l'autel et la république, etc. Leur succession ininterrompue pendant deux siècles avait eu comme prix l'exclusion d'une troisième frange : celle des partis socialistes et de la gauche paysanne et ouvrière. À partir d'Uribe, bien que leurs idéaux se soient conservés en ce qu'ils représentent des principes stables de la politique réactionnaire ou progressiste, un nouveau clivage s'installe enfin : celui de gauche-droite. Si le XXe siècle avait donc été le siècle de l'alternance entre des libéraux et des conservateurs, le XXIe sera celui de l'alternance entre la social-démocratie de gauche, la droite traditionnelle qui a tendance à s'abriter au centre et la nouvelle droite radicale, qu'Uribe a inauguré et qui est en elle-même double dans son action.
Au XXIe siècle, alors que la gauche en Colombie a vécu un processus soutenu de modération et est devenue entièrement socio-démocrate, la droite, quant à elle, a amorcé un processus de radicalisation ou d'uribisation presque total. La tempérance de la gauche (au-delà de la diabolisation qui lui attribuent ses adversaires politiques) s'explique par deux raisons : d'abord, la gauche a été sommée par l'opinion publique de se distinguer clairement des guérillas et d'éviter toute ambiguïté en ce sens. Elle a dû exprimer en permanence son refus de la voie violente et condamner clairement les crimes des guérillas et les considérer comme des organisations à but criminel, quoiqu'en acceptant qu'elles aient quand même une base doctrinaire et une origine historique qui va au-delà d'une simple volonté de délinquance. Par ce fait, la gauche acquiesce au besoin de négocier une paix durable avec les guérillas comme le moyen le moins nocif pour les populations et le plus susceptible pour l'ensemble du pays de mettre fin au conflit. La deuxième raison de cette modération du discours et en général de cette modernisation de son action politique vient du problème vénézuélien. La crise économique dans le pays du chavisme (propulsée entre autres par les sanctions des États-Unis) et l'autocratisme de Maduro ont produit une forte émigration de presque trois millions de personnes sur le territoire national. Les images des moments les plus critiques de cette vague migratoire en 2017 et 2018 ont obligé la gauche colombienne à se distinguer des objectifs et des méthodes de Chávez et de son mouvement politique au Venezuela, d'autant plus que la droite insufflait sans cesse la panique dans l'opinion publique avec le leurre du voisin en crise. De là s'explique le fait que la gauche colombienne soit même très timorée à l'heure de se dire socialiste, le mot étant chargée des accents plutôt négatifs.
La droite quant à elle constitue aujourd'hui un phénomène politique plus hétéroclite que la gauche, fédérée autour du Pacte Historique et l'aile progressiste du Parti Vert. Elle a vécu le processus inverse : celui d'une radicalisation progressive structurée à partir d'Uribe. Par uribisation de la droite colombienne j'entends l'assomption générale du postulat principale de la politique selon cet ex-président, à savoir, que la sécurité manu militari est le devoir principal de l'État. Tout processus de négociation impliquant des bénéfices juridiques tels que des réductions ou de l'aménagement des peines pour les insurgés et ou la reconnaissance politique de leurs groupes constitue pour la ultradroite une concession inacceptable engendrant de nouvelles violences. Seule une reddition sans réserve serait acceptable. L'article de foi principal de la droite radicalisée prétend que les forces légitimes de l'ordre seraient capables d'acculer les criminels de façon à ne pas leur laisser d'autre alternative que cette reddition. Un des symptômes qui prouvent cette uribisation de la droite à l'heure actuelle vient par exemple du fait que le Parti Conservateur, promoteur historique des négociations, se montre à l'heure actuelle réticent à cette politique de main tendue. Les partis traditionnels et le reste des partis de droite, à tendance opportuniste, à défaut de contrôler le pouvoir national, maintiennent une forte présence dans les pouvoirs régionaux et s'allient au niveau national au gagnant, quitte à devoir trahir partiellement leurs principes idéologiques (on pourrait croire par exemple que le Parti Libéral s'opposerait à De la Espriella, mais au contraire ils le soutiennent).
Or, dès le début, l'uribisme s'est montré comme un phénomène à double face, un visage de Janus formé par une faction civiliste plus modéré et une faction autoritaire, voire proto-fasciste. Bien que le Centre Démocratique, parti fondé par Uribe, ait été son habitat naturel, l'uribisme est à plusieurs traits une tendance plus large qui dépasse les frontières d'un seul mouvement politique. Il est parvenu à fédérer en revanche tout un spectre politique sous des postulats communs. Jusqu'à présent ces deux factions avec des tensions non résolues s'étaient maintenues ensemble, soudées par la figure du grand patriarche. Mais l'irruption de De la Espriella représente la fracture du mouvement entrainée par le déclin de la figure de l'ex-président, défait par ailleurs lors des dernières élections parlementaires où il s'était porté candidat. En plus de ladite opposition aux négociations de paix, l'uribisme uribiste et l'uribisme esprielliste partagent une vision conservatrice de la morale et de la société et assument la thèse néolibérale d'un État petit, austère et géré par une technocratie à logique entrepreneuriale. Ce ne sont pas les thèses de fond qui les divisent, mais le style pugnace qui laisse libre cours à un autoritarisme décomplexé incarné par De la Espriella et une partie de sa base sociale et de sa militance. Les deux partagent une rhétorique similaire. L'antisyndicalisme agressif (dans un pays où moins de 5 % des travailleurs sont syndicalisés), par exemple, en est un trait commun. Sauf que dans cette nouvelle mutation, la rhétorique est bien plus agressive et vient agrémenter des théories de la conspiration et un militantisme incisif et cynique exercée sur une fachosphère agrandie qui surfe en plus sur la crête d'une vague mondiale de radicalisme déferlant sur tout l'hémisphère. Cette nouvelle mutation du principe uribiste de la politique colombienne en cette ère de l'IA et des réseaux sociaux acquiert donc un caractère international que le premier uribisme, isolé dans une Amérique du Sud qui avaient entièrement viré à gauche, n'a pas eu. Cette nouvelle vague de radicalisme est plus uniforme dans ses méthodes et homogène dans ses préoccupations avec d'autres processus similaires en Amérique latine et aux États-Unis. C'est ainsi qu'un discours de ligne dure contre l'immigration ou en faveur du port d'armes, des préoccupations absentes dans notre débat politique national jusqu'ici, débarque dans le langage du nouveau gouvernement.
Comme le premier uribisme, le discours religieux qui nie la diversité et dégrade en supercherie les croyances des peuples autochtones redevient à la mode avec De la Espriella mais avec des accents plus rocambolesques encore. L'hostilité envers les partis et l'image d'outsider constitue une nouveauté même si ce n'est qu'un slogan car De la Espriella semble vouloir exercer le pouvoir en concubinage avec les élites politiques traditionnelles. Un discours décadentiste qui voit partout une destruction totale du pays et de sa structure économique (même si les chiffres de croissance et des taux de chômage disent le contraire) est aussi une marque de la nouvelle tendance même si l'idée du leader sauveur de la catastrophe a déjà été exploitée auparavant par Uribe lui-même. L'assomption enfin de l'imaginaire et du vocabulaire libertarien à la Milei distingue l'uribisme esprielliste de l'uribisme uribiste. Si pour le dernier le néolibéralisme est seulement un principe d'action politique, pour le premier il y va aussi d'une connexion subjective avec les valeurs capitalistes, adoptées comme principe de vie et exhibées dans un style de vie ostentatoire à la limite du grotesque. Voilà pour moi ce dont De la Espriella est le nom.
Anibal Pineda Canabal est professeur à l'Institut de Philosophie de l'Université d'Antioquia (Medellín, Colombie).
Sommaire Raoul Vaneigem, une critique émancipatrice du capitalisme [Radio]
Ce lundi 10 août à 10h30, sur radioairlibre.net ou 87.7 FM à Bruxelles, nous rediffuserons d'abord un court moment dédicace à Raoul Vaneigem, l'anarchiste, écrivain et philosophe belge né à Lessines dans le Hainaut en 1934 et décédé le mardi 28 juillet à l'âge de 92 ans à Barcelone ou il vivait.
Il fut aux côtés de Guy Debord l'une des figures du situationnisme, ce mouvement de contestation radicale du capitalisme et de la « société du spectacle », inspirateur de Mai 68. Il s'est beaucoup intéressé aux Gilets jaunes ("La démocratie est dans la rue, pas dans les urnes"), au Zapatisme et au Rojava comme espaces d'autonomie et d'entraide à l'écart de nouvelles conquêtes du pouvoir.
Pour ceci on rediffusera l'enregistrement la présentation et discussion qui a eu lieu au Boomcafé à Bruxelles le 9 octobre 2025 autour de la lutte des communautés de Paso de Aquila en Mexique, beaucoup moins connu au niveau internationale que la lutte zapatiste, mais elle s'inscrit dans un contexte et développe des processus similaires : l'accès à la terre, l'autonomie et la justice sociale D'abord vous entendrez les représentants de la communauté de Paso de Aguila en appel vidéo et ensuite Luis Salas, militant Mexicain et avocat des droits humains expliquent comment il a pu aider la communauté et il répondent aux questions du publique présent. Ceci est une version en espagnole et traduit en français.
Musiques :
"la vie s'écoule" René Binamé
"Himno zapatista" EZLN
"Gimme tha Power" Molotov
"cancion sin miedo" vivir quintana ftr El Palomar
Pour plus d'info sur la lutte de Paso de Aquila : en espagnol : blog educa oxacaca
et en anglais leur page facebook
Pour plus d'info sur Raoul Vaneigem :
https://le-carnet-et-les-instants.net/raoul-vaneigem-entretien/ (entretien ecrite avec raoul vaneigem) Raoul Vaneigem, une critique émancipatrice du capitalisme [Radio] Raoul Vaneigem, une critique émancipatrice du capitalisme [Radio]À l'occasion du cinquantenaire de 1968, une présentation et une discussion critique du Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations (Gallimard, 1967) et de De la grève sauvage à l'autogestion généralisée (UGE 10/18, 1974) de Raoul Vaneigem, et surtout de sa critique du capitalisme et son dépassement révolutionnaire – avec Pierre-Ulysse Barranque, doctorant, co-directeur de In Situs. Théorie, spectacle et cinéma chez Guy Debord et Raoul Vaneigem (Grupen, 2013). Raoul Vaneigem, une critique émancipatrice du capitalisme [1re partie, 40 minutes]
Avec une présentation de son contexte d'écriture (suite à une grève générale en Belgique en 1960-1961) et de parution (révoltes étudiantes en Allemagne et aux États-Unis), son auteur (Raoul Vaneigem), son style (littéraire), ses inspirations (Reich, Nietzsche, Marx), son rapport aux surréalistes et aux thèses de Baudrillard et de Lefebvre, son statut de best-seller et d'inspirateur de Mai-Juin 1968, sa critique du marxisme-léninisme, ses références aux révoltes historiques (Russie 1917, Ukraine 1918-1921, Barcelone 1936-1937, Hongrie 1956), son appel à une alliance des ouvriers et des étudiants radicaux, sa critique du travail et de la consommation, et enfin son imaginaire d'un dépassement émancipateur du travail comme activité capitaliste
lecture audio du livre de Raoul Vaneigem - (1967) Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations Raoul Vaneigem - (1967) Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations Lecture audio (version anglais) total self management : Raoul vaneigem Total Self-Management (Vaneigem Audio) Lecture coucou, avant notre pause estivale et pour finir notre saison radiophonique, on a amené des bouts de créations sonores et autres sons que nous découvrons ensemble sur le plateau… on vous invite à déambuler avec nous entre ces propositions et… Continue Reading →
L’article DégenréE | On pose avant la pause est apparu en premier sur Campus Grenoble 90.8.
https://campusgrenoble.org/podcast/degenree-on-pose-avant-la-pause/
Arrêté préfectoral pendant les burelesques
L’adjoit de la préfète de la meuse, Julien Kaiser, a pondu le 4 aout, fidèle à leur habitude, 2 arrêtés préfectoraux:
Vous pouvez avoir les infos détaillés en téléchargeant les arrêtés préfectoraux ici.
1) un arrêté de survol par 2 drones et 1 hélicoptères avec captation d’images entre le mardi 11 août 00H00 et le lundi 18 aout 00h00, dans un rayon de 1500 mètres autour des burelesques qui a lieu à saint Amand sur Ornain.
Les éditions précédentes, les flics ont systématiquement utilisé les hélicoptères en dehors des dates et des périmètres fixés par l’arrêté, n’hésitez pas à les filmer et transmettre leur méthode.
2) Un arrêté du vendredi 14 août 2026 08 heures 00 au lundi 17 août 2026 12 heures 00 interdisant le transport:
– de feu d’artifice.
– de carburants, accélérateurs de caburants, combustibles, acides ou produits chimiques, et de pneus usagés.
– Le transport de bombes à tag
– de matériaux pouvant servir de combustible (bois, paille, poutre)
– objets pouvant servir d’armes
– la consommations d’alcool de groupe 3 à 5 sur la voie publique
– du matos de sonorisation et de sound system
– matériel pouvant couvrir le visage
La liste des communes concernées par l’arrêté:
TREVERAY, SAINT-AMAND-SUR-ORNAIN, NAIX-AUX-FORGES, MENAUCOURT, GIVRAUVAL, LONGEAUX, NANTOIS, VILLERS LE SEC, HEVILLERS, BOVIOLLES, MARSON-SUR-BARBOURE, REFFROY, SAINT-JOIRE, BAUDIGNECOURT, DEMANGE AUX EAUX, BURE, GONDRECOURT-LE-CHATEAU, LUMEVILLE-EN-ORNOIS, HORVILLE EN ORNOIS, MANDRES-EN-BARROIS, CHASSEY-BEAUPRE, BONNET et RIBEAUCOURT
Les arrêtés préfectoraux n’ont jamais été appliqués strictement. Ils servent souvent de prétexte pour faire des contrôles. Dans la pratique, souvent ils n’appliquent pas l’arrêté, mais ils peuvent s’en servir soit pour prendre du matériel, qui peut être récupéré au commissariat à la fin de l’évènement. N’hésitez pas à faire un tour de votre véhicule avant de partir pour retirer les objets non utiles pour l’évènement.
En cas de contrôle, arrêté ou non, tant qu’il n’y a pas de réquisition du procureur, le véhicule n’a pas à être fouillé, même si les flics l’exigent. Demandez la réquisition du procureur (qui n’est pas la même chose que l’arrêté préfectoral), vérifiez l’endroit et la date: vérifiez si elle correspond à l’endroit où vous êtes contrôlé.es et vérifiez les horaires, une réquisitions n’est valable que plusieurs heures. Si elle n’est pas valable les flics ne peuvent ni voir ce qu’il y a dans le véhicule, ni contrôler d’autre personne dans le véhicule que le.a conducteurice.
Si vous voyez des personnes contrôlées sur la route, n’hésitez pas à être solidaire, sortir du véhicule et aller demander aux personnes si elles ont besoin de soutien.
N’hésitez pas à lire le brief legal en contexte burien avant de partir présent ici. Et dans tous les cas venez.
Si vous voulez des infos sur le programme des burelesques c’est ici.
La théorie classique de la sécularisation soutient que le processus de modernisation conduit progressivement à une différenciation entre religion et politique (Alcalá, 2018). À mesure que les institutions démocratiques se substituent aux anciennes formes d'autorité religieuse, les croyances sont progressivement reléguées à la sphère privée. Pourtant, les évolutions politiques récentes semblent remettre en question ce diagnostic (Morello, 2021). Dans des contextes nationaux très différents, des dirigeants issus d'horizons idéologiques variés mobilisent des récits qui présentent la compétition politique comme une confrontation entre des ordres moraux rivaux. Ce qui est désormais en jeu ne se limite plus aux programmes gouvernementaux ou aux modèles économiques, mais concerne des conceptions antagonistes de l'ordre légitime de la société. Paradoxalement, plus une démocratie se revendique séculière, plus elle semble éprouver le besoin de produire des fondements moraux capables de conférer une légitimité à l'action politique.
Les interventions publiques d'Abelardo de la Espriella révèlent une tendance constante à présenter la politique comme une lutte entre des modes incompatibles de compréhension de l'ordre social. Les divergences entre projets politiques cessent d'être perçues comme des expressions ordinaires et légitimes du pluralisme démocratique pour devenir les manifestations d'une confrontation plus profonde entre un ordre moral qu'il conviendrait de préserver à tout prix et un autre qui menacerait de le détruire. L'efficacité de ce discours tient moins à la fréquence des références religieuses qu'à sa capacité à transformer des désaccords politiques contingents en conflits éthiques à portée absolue.
Ce processus peut être analysé à partir de trois opérations fondamentales de sacralisation qui traversent de manière récurrente le discours du nouveau président colombien : la sacralisation de la nation, de la famille et du droit. Ces catégories n'apparaissent pas comme de simples propositions programmatiques, mais comme des principes dont la légitimité est tenue pour antérieure à toute délibération politique.
La nation est présentée comme une communauté morale dont les valeurs, les traditions et les modes de vie doivent être protégés contre des phénomènes perçus comme des menaces existentielles. La Colombie cesse d'apparaître uniquement comme un État de droit doté d'institutions démocratiques pour devenir une communauté historique porteuse d'une identité antérieure à toute délibération politique. Dans cette perspective, la nation n'est plus conçue comme le résultat toujours inachevé d'un pacte entre des citoyens divers, mais comme une réalité morale que la politique a pour mission de préserver plutôt que de redéfinir.
Ce déplacement entraîne des conséquences profondes pour la démocratie. Lorsque l'identité nationale cesse d'être comprise comme un projet ouvert pour être érigée en patrimoine moral qu'il convient de sauvegarder, le désaccord politique change de nature. Les controverses relatives à l'avenir du pays ne sont plus interprétées comme des divergences légitimes portant sur des politiques publiques, mais comme des conflits opposant la fidélité à la communauté nationale à sa trahison. L'adversaire politique n'apparaît plus seulement comme le défenseur d'un modèle différent de développement, de sécurité ou d'organisation institutionnelle ; il est présenté comme celui qui met en péril les fondements moraux mêmes de l'existence de la nation.
À partir de ce moment, la politique s'éloigne progressivement du terrain de la négociation des intérêts pour investir celui de l'administration des appartenances morales. Le débat ne porte plus principalement sur les décisions les plus efficaces ou les plus justes, mais sur la question de savoir qui incarne véritablement la nation et qui possède l'autorité nécessaire pour parler en son nom. La compétition démocratique tend ainsi à s'organiser autour de critères d'authenticité, de loyauté et d'identité plutôt qu'autour de programmes ou de résultats gouvernementaux. C'est précisément à ce niveau que ce que l'on appelle la « guerre culturelle » cesse d'être une simple confrontation idéologique pour devenir une lutte visant le monopole de la définition légitime de la communauté politique.
Une deuxième opération consiste à ériger la famille en principe fondamental d'organisation de l'ordre moral. Dans le discours d'Abelardo de la Espriella, la famille cesse d'apparaître simplement comme une institution essentielle de la sphère privée pour devenir le cadre à partir duquel sont interprétées des questions aussi diverses que l'éducation, la sexualité, l'enfance, l'autorité ou les relations entre les générations. Son importance ne découle plus seulement de sa fonction sociale, mais de sa capacité à fournir un critère normatif permettant de distinguer ce qui renforce de ce qui fragilise la vie collective.
L'efficacité politique de cette opération réside dans sa capacité à réorganiser des débats très différents sous une même catégorie morale. Des questions qui, dans une démocratie pluraliste, sont généralement discutées en termes de droits, de politiques publiques ou de reconnaissance de la diversité des modes de vie sont désormais interprétées comme les expressions d'un problème unique : la préservation ou la dégradation de l'ordre familial. La famille cesse ainsi d'être un thème particulier de l'agenda public pour devenir un principe de classification qui structure l'interprétation d'une multitude de controverses sociales.
Dans cette perspective, le cœur du conflit ne consiste plus à déterminer quelles politiques sont les plus appropriées pour répondre aux transformations sociales, mais à établir quelle conception de la famille est légitime pour orienter la vie commune. La confrontation politique se déplace alors vers le pouvoir de définir les catégories morales au moyen desquelles la société interprète des questions aussi diverses que l'éducation, l'autorité, la sexualité ou encore la protection de l'enfance.
L'opération la plus significative concerne peut-être le droit. La trajectoire professionnelle d'Abelardo de la Espriella en tant qu'avocat confère une place particulière aux références juridiques dans son discours. La Constitution, l'État de droit ou encore la justice sont fréquemment invoqués comme les expressions de principes moraux qui transcendent la contingence des majorités politiques. La légalité n'est plus seulement comprise comme le produit de procédures institutionnelles ; elle est présentée comme la manifestation d'un ordre dont la légitimité précède la décision politique.
Cet aspect est particulièrement révélateur, car il montre que la moralisation du conflit ne s'opère pas uniquement à travers des références religieuses explicites. Le langage juridique lui-même participe de cette même logique de sacralisation. Le droit cesse d'être un simple instrument de régulation des conflits pour devenir le garant d'un ordre moral dont la défense est présentée comme une exigence éthique. L'autorité du juriste se transforme ainsi en autorité morale. La légitimité de son discours ne repose plus seulement sur la maîtrise technique des normes, mais également sur sa capacité à les présenter comme l'expression de principes supérieurs que la politique est appelée à reconnaître et à protéger.
Les trois opérations décrites permettent de comprendre comment, à travers ces trois catégories, la politique est réinterprétée au moyen d'une grammaire morale qui réduit l'espace de la contingence démocratique. Le conflit cesse de s'organiser autour d'intérêts, de programmes ou de négociations pour se structurer comme une confrontation entre des biens considérés comme indisponibles et des menaces perçues comme existentielles. En d'autres termes, il ne s'agit ni d'une restauration d'un ordre confessionnel ni d'un retour à une politique soumise à l'autorité du catholicisme. Ce qui émerge est un processus plus subtil par lequel des formes de classification morale héritées de la tradition religieuse continuent d'organiser l'imaginaire politique colombien. Les catégories religieuses n'agissent plus principalement comme des contenus doctrinaux ; elles fonctionnent comme une structure culturelle capable de transformer des décisions historiques et discutables en exigences morales présentées comme universelles.
Le cas d'Abelardo de la Espriella met ainsi en évidence les limites analytiques de la notion d'instrumentalisation. Sa principale insuffisance réside dans le fait qu'elle réduit les rapports entre religion et politique à une simple stratégie discursive, alors que l'enjeu véritable est la persistance de structures culturelles beaucoup plus profondes. La question essentielle n'est donc plus de savoir pourquoi un dirigeant mobilise des symboles religieux, mais pourquoi certaines catégories d'origine religieuse continuent d'offrir les cadres les plus efficaces pour produire de la légitimité, structurer le conflit et définir les fondements moraux de la vie collective. Dans cette perspective, la religion n'apparaît pas comme une ressource extérieure dont la politique ferait occasionnellement usage ; elle constitue l'une des matrices culturelles qui continuent d'organiser l'imaginaire politique des sociétés contemporaines.
Ce constat conduit également à reconsidérer plusieurs des postulats classiques de la théorie de la sécularisation. L'enjeu n'est plus de mesurer le degré de présence publique de la religion, mais de comprendre les modalités selon lesquelles ses grammaires continuent de structurer la production de la légitimité dans des contextes formellement séculiers. La véritable nouveauté du phénomène incarné par Abelardo de la Espriella ne réside donc pas dans un prétendu retour de la religion en politique, mais dans la capacité croissante du discours politique à se réapproprier ces grammaires afin de réorganiser les économies morales (Fassin 2009) à partir desquelles une société distingue le légitime de l'illégitime, le négociable de l'indisponible. C'est dans ce déplacement — bien davantage que dans la présence explicite de références chrétiennes — que réside la principale transformation de la politique colombienne contemporaine.
Alcalá, F. (2018). La invención del espacio político en América Latina : Laicidad y secularización en perspectiva. Religião & Sociedade, 38, 119‑147. https://doi.org/10.1590/0100-85872018v38n2cap04
Casanova, J. (1994). Public Religions in the Modern World. University of Chicago Press.
Durkheim, E. (1991). Les formes élémentaires de la vie religieuse. LGF - Livre de Poche.
Fassin, D. (2009). Les économies morales revisitées. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 64(6), 1237-1266.
Gauchet, M. (2005). Le désenchantement du monde : Une histoire politique de la religion. Folio Essais.
Morello, G. (2021). Lived Religion in Latin America : An Enchanted Modernity. OUP USA.
Schmitt, C. (2009). Teología política. Editorial Trotta, S.A.
Depuis l'accession contestée d'Abelardo de la Espriella à la présidence de la Colombie, jamais le pays avait paru à ce point divisé [1], la moitié de la population ayant voté en faveur de celui qui se présentait comme le défenseur d'une « Patrie miracle » et se proposait tout autant de « bombarder et pulvériser de poisons les champs de coca » [2] que d'éliminer « l'ennemi intérieur » que constituent à ses yeux le communisme et le « petrisme » (du nom du président de gauche Gustavo Petro), prétendument entaché du « sang des citoyens sans défense assassinés par les bombes des terroristes qu'Iván Cepeda [le candidat de gauche à la succession de Petro opposé à Abelardo de la Espriella lors de l'élection de 2026] et Petro ont protégés […] ».
« La démocratie ne périra pas face à la terreur des armées de Cepeda et Petro » [3], clame à tout va le nouveau “président” colombien d'extrême droite. Lors d'un échange téléphonique avec le candidat Abelardo, le président argentin populiste libertarien Javier Milei abondait à propos de Cepeda : « on y va à fond, tu dois battre ce gauchiste fils de salope » [4] . Aussi le président nouvellement élu a-t-il d'abord pour projet de « démembrer la gauche » [5] et déclare-t-il que « ceux qui ne veulent pas se soumettre à l'empire de la loi devront tomber sous le feu des armes de l'État » [6] .
La menace est d'autant plus sérieuse qu'en Colombie la politique de « l'ennemi intérieur » a déjà été mise en œuvre dans les années soixante en tant que doctrine de sécurité impulsée par les États-Unis pour justifier la persécution de militants de gauche, de syndicalistes, de leaders sociaux, d'étudiants et de défenseurs des droits. Elle a renforcé le paramilitarisme, procédé à l'élimination de plusieurs milliers de militants du parti politique l'Union patriotique et de « faux positifs » [7] , ces paysans, étudiants (population civile) assassinés maquillés en guérilleros pour justifier leur meurtre, perpétré de nombreuses violations des droits de l'être humain qui ont fait au moins 10 246 victimes recensées, et qui se sont poursuivies à travers la politique de « Sécurité démocratique » du gouvernement de droite d'Álvaro Uribe Vélez, conséquemment à laquelle la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) a comptabilisé, entre 1990 et 2016, 7 837 décès de « faux positifs » [8]. Il faut rappeler le slogan du « Centre démocratique », le parti d'Álvaro Uribe Vélez : « une main ferme, un grand cœur ». Or, c'est sous l'égide de ce slogan, qu'un groupe de citoyens qualifiés de « gens bien », parmi lesquels figurent des citoyens et l'élite entrepreneuriale traditionnelle du pays (Le clan Char, le GEA, le Groupe entrepreneurial d'Antioquia, etc.), a été autorisé à s'approprier illégalement des terres par la force. La société colombienne accorde une grande importance à l'image ; l'esthétique visuelle parvient à définir presque entièrement les tendances politiques des individus. Les « gens bien », par exemple, se sont distingués lors de leurs manifestations publiques par le port de chemises blanches et de chapeaux blanches, caractéristiques de l'imaginaire du « paisa » travailleur [9], associé à des démonstrations de pouvoir et de richesse : chevaux, avions privés et véhicules blindés. Ce groupe hétérogène, légitimé par le gouvernement en place, en accaparant les terres est à l'origine d'un vaste mouvement d'exode de la population civile, avec le soutien de groupes paramilitaires alliés au gouvernement — qui existent depuis les débuts de l'indépendance de la Colombie.
L'adhésion populaire au discours de la violence attestée par l'élection de 2026 s'explique peut-être par le constat que fait le président sortant Gustavo Petro, selon lequel, malgré les efforts de son gouvernement, « … nous n'avons pas encore transformé la structure fondamentale du pouvoir en Colombie aujourd'hui, d'un pouvoir qui hérite de l'oligarchie, de son illusion d'aristocratie, mais qui est en réalité un pouvoir mafieux et génocidaire » [10] . Pourquoi la structure du pouvoir en Colombie n'a-t-elle pas évolué ? Cette question est si complexe que nous ne pourrons y répondre ici. En résumé, nous dirons que la Colombie, qui figure parmi les 15 pays les plus inégalitaires au monde, a connu l'essor d'une petite bourgeoisie en partie fondé sur l'empire de la drogue et ses activités dérivées (exploitation minière illégale, traite des êtres humains, prostitution, tourisme de luxe, etc.) [11], et le développement de nombreux liens occultes de l'Etat et de l'Eglise avec le trafic de stupéfiants, entraînant une subordination de la loi au pouvoir de la violence et du silence. A quoi s'ajoute la collusion du pouvoir avec les médias nationaux qui, depuis des années, diffusent de fausses informations ; l'état d'une population en proie à la douleur, à la rancœur, à la haine et/ou à l'aveuglement, soumise à l'alliance narco-religieuse étatique. Sans compter l'aveuglement du discours puriste et intellectualiste d'une gauche distante du peuple qu'elle prétend pourtant représenter.
Ces raisons, parmi d'autres, contribuent à la polarisation dont souffre le pays qui oppose aux électeurs d'Abelardo de la Espriella les 12 708 712 personnes qui ont voté pour Cepeda et qui croient sans doute qu'il est encore possible de faire de la politique autrement, en surmontant les préjugés de classe et les violences historiques à l'égard des femmes, à l'égard des populations afro-colombiennes, des peuples autochtones, des communautés LGBTIQ+, des Roms, et en coexistant avec les entités de la nature dans l'un des pays les plus riches en biodiversité au monde. Tandis qu'une autre moitié de l'électorat semble ne pas pouvoir même imaginer que l'hyperproduction capitaliste ne soit pas l'unique solution à ses attentes. C'est en partie cette bataille sociopolitique et culturelle qui vient de secouer le peuple colombien.
C'est de cette polarisation qu'est née la ligne de fuite mortelle et spectaculaire, marquée par une masculinité virile, qui s'est imposée au peuple colombien lors des dernières élections, en donnant naissance à ce que nous appelons le populisme d'élite : un populisme qui, d'une part, exploite la précarité socioculturelle et la capacité d'action politique du peuple pour incarner son mécontentement face aux classes « privilégiées » — l'Église, les gouvernements et les partis traditionnels —, et qui, d'autre part, satisfait ces élites en incarnant leurs priorités sous la forme d'un pouvoir politique autoritaire, capable de bouleverser les mécanismes d'exercice d'un pouvoir transparent, démocratique et légal. Ce populisme se trouve toutefois légitimé tant par les élites qu'il favorise que par le peuple qui justifie toutes les actions, même si celles-ci le conduisent à sa propre destruction [12] .
Cette nouvelle voie, que l'on peut qualifier avec Achille Mbembe de « nécropolitique », c'est-à-dire qui confère à l'État le pouvoir de décider qui doit vivre et qui doit mourir [13] , se présente comme une alternative messianique, innovante, médiatique, qui confère une touche encore plus bourgeoise à la culture visuelle liée au trafic de drogue du pays – dans laquelle il faut inclure les « gens de bien ». Cette culture visuelle est qualifiée de « narco-esthétique », c'est-à-dire une esthétique par laquelle « se définit un beau baroque qui a pour finalité la reproduction et la prolifération de corps standardisés aux proportions amplifiées par la chirurgie esthétique, aux cheveux lissés et au maquillage excessif » [14] . Le nouveau sauveur, c'est celui qui dit aux Colombiens « je vais veiller sur vous, je vais défendre personnellement vos vies, vos maisons, vos enfants » [15] , et qui s'est promené publiquement dans les rues du pays en exhibant son gilet pare-balles à l'intérieur d'un carrosse doté d'un dôme en verre blindé. Le « réalisme magique », concept par lequel Gabriel García Márquez décrit le peuple colombien, s'étend vers un populisme d'élite qui se manifeste dans la campagne présidentielle d'Abelardo de la Espriella : « le tigre qui rugit et mord », celui qui représente « ceux qui n'ont jamais », « ceux qui n'ont jamais vécu aux dépens de l'État, ceux qui n'ont jamais rien volé, ceux qui ne se plaignent jamais, ceux qui ne tourneront jamais le dos à notre pays dans ses heures les plus sombres, ceux qui n'ont jamais fait partie de la clique politique, ceux qui ne sont jamais et n'ont jamais été financés par les grands capitaux. Ce sera une bataille des « jamais » contre les « toujours » » [16] .
« Le tigre », « l'homme d'affaires travailleur » sur qui « on dirait qu'il est arrivé trop tard quand on distribuait la peur », celui qui ne fait jamais de politique, qui se promène dans ses costumes italiens conçus par sa propre marque et qui offre aussi à celui qu'il continuait d'appeler « Président » avant de lancer sa campagne en 2025 : Álvaro Uribe Vélez, que son parti a qualifié de président « éternel » [17] . Abelardo, celui qui ne renonce jamais, défenseur « sans scrupules » [18] qui ne craint rien, qui accepte toutes les affaires que les autres avocats refusent, y compris les dossiers épineux liés à la défense de trafiquants de drogue et de paramilitaires ; comme lorsqu'il a créé la fondation (Fipaz), qui a favorisé le rapprochement et les prises de position des chefs paramilitaires pour leur défense dans le cadre d'un processus de démobilisation sans extradition [19] . Abelardo, celui qui ne changera jamais, celui qui n'assumera jamais non plus de position éthique en politique, puisqu'il l'affirme lui-même : « comme je ne suis pas un homme politique, je ne suis pas politiquement correct […] l'éthique est un ensemble de normes personnelles » [20]. Tandis que, en tant qu'avocat, en matière de droit tout dépend selon lui du point de vue sous lequel on se place. Le Tigre, celui qui ne « te ment jamais », mais qui, en l'espace d'une seule journée, passe du statut d'athée à une conversion spirituelle qui a complètement bouleversé sa vie [21]. Celui qui un jour déclare en campagne qu'il n'enverra pas de représentants à l'ONU, et qui le lendemain nomme comme représentant l'avocat constitutionnaliste Mauricio Gaona. Qui un jour adore Álvaro Uribe, et le lendemain s'en prend à tout son parti pour remporter la bataille politique, par exemple : pendant la campagne il a déclaré qu'il ne créera pas de parti, et qui pourtant, une fois élu, met le parti de « l'Éternel » sous pression en lui opposant un candidat à la présidence du Sénat de la République, parvenant ainsi à unir deux partis historiquement opposés, le Centre démocratique et le Pacte historique, afin d'en remporter la présidence [22] . Abelardo de la Espriella, qui ne vous ment pas, mais se contente d'interpréter les faits à son avantage, ne ressent donc aucun trouble éthique du fait qu'avant le début de sa campagne il décrivait, dans ses chroniques, Donald Trump comme un dirigeant « populiste et bruyant » et mettait en garde contre les risques liés à l'industrie pétrolière », alors qu'une fois en campagne il vante l'extractivisme, affirme que la Colombie sera l'une des étoiles du drapeau des États-Unis, et remercie enfin le président américain pour sa victoire, dans une lettre où il s'exprime ainsi : « vous avez ouvert la voie pour vaincre les pouvoirs en place de toujours, en alliance avec le peuple. En Colombie, nous commençons à emprunter cette même voie. Les États-Unis et la Colombie sont des nations sœurs, unies par le sang des héros et par le destin commun de défendre la civilisation occidentale sur ces terres des Amériques. Ensemble, nous sommes indestructibles » [23] .
Ce nouveau messianisme, censé sauver la Colombie de l'ennemi intérieur, s'inscrit dans une véritable campagne médiatique à propos de laquelle Abelardo déclare lui-même : « Mon objectif est d'allumer l'étincelle volcanique qui fera circuler la vérité de manière virale sur les réseaux sociaux » [24] . C'est ainsi qu'Abelardo, largement financé par le clan Char (un groupe de politiciens traditionnels et d'hommes d'affaires entachés de scandales de corruption et liés à des groupes hors-la-loi), dont il est proche depuis longtemps [25] , a développé, d'une part, une stratégie pyramidale de recherche d'électeurs (une pratique par ailleurs illégale car elle exerce une contrainte sur l'électorat [26]), et, d'autre part, la construction d'un imaginaire et d'une identité de force et de vigueur simulées à l'aide de l'intelligence artificielle. Leurs modes d'action s'appuient sur le réseau d'affects et de passions qui animent la population et obéissent à l'émotivité humaine manipulée par un inconscient machinique, comme le dirait Félix Guattari [27] , et régies par un algorithme « à la manière de mutation anthropologique », comme le dirait l'historien colombien Alberto Castrillón Aldana [28] . La campagne d'Abelardo de la Espriella a été conçue dès le départ pour ces inconscients machiniques contrôlés par des algorithmes, pour lesquels ce qu'on appelle la « mémoire historique » n'a que peu ou pas d'intérêt. Une campagne médiatique conçue pour les réseaux sociaux que les Colombiens utilisent au quotidien : TikTok, WhatsApp, Instagram, Facebook et X. Son programme gouvernemental, qui semble avoir été rédigé avec ChatGPT et qui compte trois pages, ne parle pas seulement du type de gouvernement qu'il propose, mais aussi du peuple qu'il prétend gouverner. Comme le disait déjà Guattari : « On ne peut pas partir d'une vectorisation simple qui partirait d'un lieu de manipulation de production de subjectivité et puis d'une pauvre population victime de la situation. Parce qu'elle est victime, mais en même temps, elle est agente dans cette affaire. On a aussi les médias et la chimiothérapie qu'on mérite » [29] .
Parmi les symboles de sa campagne, on retiendra notamment : le tigre comme figure emblématique, un animal debout sur ses deux pattes, vêtu d'un costume de créateur italien (même si, comme nous le savons, le tigre n'est pas une espèce endémique de Colombie [30]). L'utilisation du maillot de l'équipe nationale colombienne de football, le salut militaire, qui est pourtant clairement interdit en dehors de son usage institutionnel (les organismes chargés de réglementer ces aspects, à savoir le Conseil national électoral et le Registre national, n'ayant pas mis en place de mesures préventives et n'ayant pas pris de mesures correctives pour contrer l'utilisation de ces symboles). Le casque en verre blindé et le gilet pare-balles. Les scapulaires de divers saints et anges avec lesquels il célèbre toute une iconographie religieuse à laquelle sont attachés au moins 45,3 millions de Colombiens catholiques [31] , sans parler des symboles juifs qu'il arbore également. Au cours de sa campagne présidentielle, il a ainsi effectué un pèlerinage religieux largement relayé sur les réseaux sociaux, au cours duquel il a tenu des discours tels que : « … le peuple juif est le peuple de Dieu » [32]. Ce qui témoigne de l'alliance avec Israël qui le pousse aujourd'hui à vouloir fermer 14 ambassades et à ouvrir une ambassade de Colombie à Jérusalem [33] . D'autres discours prononcés au cours de son pèlerinage démontrent le lien indissociable entre la politique et la religion, qui agit encore comme un puissant catalyseur pour tous les fidèles. Lors de son pèlerinage, il déclare encore : « Divin Enfant Jésus, Fils éternel du Père, roi des rois et seigneur des seigneurs, c'est devant toi que nous achevons ce pèlerinage national, en reconnaissant que toute autorité, toute nation et toute histoire sont sous ta seigneurie. Aujourd'hui, nous levons les yeux vers toi, avec gratitude, pour les dons que tu as répandus sur la Colombie, et avec une confiance filiale, nous remettons entre tes mains le présent et l'avenir de notre patrie […] cette bataille n'est pas seulement politique, elle est aussi spirituelle […] nous sommes fermes pour la patrie ! Et aussi fermes pour la foi ! » [34] .
Le mandat de masculinité occupe également ici une place fondamentale dans le discours d'Abelardo. Rita Segato décrit ce mandat comme la violence d'État exercée par une confrérie masculine qui exige la loyauté envers une sorte de corporation virile dont l'ordre symbolique ne doit pas être altéré [35] . Abelardo, qui prétend avoir une vision singulière des femmes, qu'il qualifie de « tigresses », explique que ce sont elles qui soutiennent et font vivre le foyer car « les femmes sont le noyau de la famille » [36] . Bien que cela puisse paraître « presque charmant », ce que nous avons vécu pendant la campagne était tout autre : des scènes publiques de machisme sans précédent et, pire encore, avec le soutien d'une partie de la population féminine qui ne s'inquiète pas des attaques contre les journalistes femmes et qui, à son tour, se rend complice de la confrérie masculine selon laquelle les femmes ne sont que des « parures » et doivent se tenir à la « place qui leur revient » — laquelle n'est clairement pas celle de l'expression politique. Au contraire, les femmes seraient incapables de voter en se laissant guider par la raison ; genre faible et ignorant de la politique et du droit, elles ne pourrait voter qu'en se laissant guider par le désir lié aux attributs sexuels du candidat [37] .
Que dire d'autre de la « narco-esthétique » de sa campagne ? Enfin, toute une iconographie de la richesse et du « bien-être » s'exprime dans les allusions à ses deux nationalités étrangères : américaine et italienne, à ses marques commerciales et à la jouissance de l'argent mise en avant dans de nombreuses vidéos montrant des fêtes, des voyages, des jets privés et des restaurants. Que les femmes soient le cœur de la famille, mais qu'elles servent de décoration dans un salon, que le tigre n'ait rien à voir avec la Colombie, qu'Abelardo s'engage à prendre personnellement soin des Colombiens, mais qu'il ne se présente pas à la cérémonie de passation du pouvoir présidentiel, qu'il n'ait peur de rien, mais qu'il se déplace dans un carrosse blindé, etc., voilà autant de détails que l'on peut qualifier de contradictoires et qui restent sans explication. Cependant, les électeurs d'Abelardo semblent ne pas avoir besoin de ces explications : l'important, c'est que le spectacle soit grandiose et divertissant, et, en la matière, Abelardo s'est révélé être un expert. Son esprit d'entreprise n'a pas quitté la campagne, qu'il a mise à profit pour créer une marque intitulée « Défenseurs de la patrie », dont les produits « miracle » sont disponibles sur son site web et comprennent des chemises, des casquettes, des sweats, des vestes, des lunettes, des sculptures, des baskets, des gourdes, des porte-clés et même des tracts à imprimer pour faire de la propagande politique. De même, dans plusieurs de ses vidéos conçues pour TikTok, le voit-on parler tout en sirotant son vin Fratelone ou son rhum « Defensores », ou encore simplement en train de promouvoir sa nouvelle montre Trigris 1, qui compte chaque seconde du destin de notre pays et dont il n'existe que 9 exemplaires qu'il remettra lui-même en mains propres à ses acheteurs [38] .
Abelardo et son équipe ont su tempérer et jouer avec les émotions d'un peuple désorienté, déchiré par une histoire de conflit armé où il n'y a pas d'innocents. Au cours de sa campagne, Abelardo, « l'homme d'affaires qui a décidé de tout abandonner pour un devoir qui [lui] brûle l'âme : sauver la Colombie » [39] , a affirmé n'avoir pas dépensé un seul peso en publicité et avoir bénéficié « du soutien du peuple et de la grâce de Dieu » sans être « financé par les grands capitaux » [40] . Nous savons pourtant que le coût réel de sa campagne a dépassé les 26 milliards de pesos colombiens. Qui l'a financée ? Nous l'avons déjà évoqué… Sa campagne présidentielle, nous le savons, a été la campagne publicitaire la plus coûteuse de l'histoire de la Colombie.
Aujourd'hui, 7 août, prend ses fonctions celui qui, pour beaucoup, ne sera jamais un président digne de la Colombie. Cette affirmation est justifiée par la décision du groupe parlementaire du Pacte historique de ne pas assister à son investiture, par la déclaration de désobéissance civile faite par ce même parti et par la détermination des 12 708 712 électeurs qui ont voté contre Abelardo de la Espriella et qui en suivront les agissements avec une méfiance absolue. Nous entrons aujourd'hui dans une ère marquée par un populisme d'élite auquel nous espérons résister et survivre. Nous avons peur, car nous avons été menacés ouvertement et nous savons qu'en Colombie on ne plaisante pas avec les ennemis intérieurs : on les traque, on les tue et on les enterre. Aujourd'hui, nous sommes des Colombiens qui nous embrassons à distance, cherchant jour après jour, sur tous les fronts possibles, à ne pas faiblir face aux rares occasions qui s'offriront à nous de penser différemment, d'opter pour la vie plutôt que de nous lier à l'État nécro.
Juliana Marín Taborda & Alejandro Giraldo Quintero
[1] L'emploi du terme « prétendue élection » renvoie à la contestation toujours en cours de la validité du scrutin présidentiel colombien de 2026. Au 30 juillet 2026, le président Gustavo Petro continue de dénoncer une fraude électorale et une manipulation informatique des résultats, accusations qui restent contestées et dont certaines sources invoquées n'ont pas permis d'établir une fraude. Parallèlement, le Conseil d'État colombien a admis pour examen une demande en nullité de l'élection d'Abelardo de la Espriella, portée par Luis Guillermo Pérez. Soutenue par des milliers de citoyens, cette demande affirme notamment que des contrôles d'authenticité, d'intégrité et de traçabilité numérique des formulaires E-14 auraient été réduits en 2026, compromettant, selon les requérants, la possibilité de vérifier indépendamment les résultats. L'élection demeure néanmoins juridiquement valide tant qu'aucune décision de justice ne l'a annulée.
[2] Didier Polo Monterrosa, De La Espriella anuncia el regreso de bombardeos y fumigaciones : « cesará la horrible noche ». Bogotá 20 juillet,https://www.minuto60.com/politica/e...Minuto60, 2026
[3] Abelardo De La Espriella, Colombia no puede seguir arrodillada ante el crimen. 28 Avril, 0'07,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_style, 2026.
[4] Abelardo De La Espriella, ¡Viva la libertad, carajo ! 18 Juin, 1'20,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_style, 2026.
[5] Revista Raya, Enemigo interno, 60 años después : la doctrina que EE. UU. impuso a Colombia y hoy vuelve en campaña. 19 mai, Revista Raya, 2026.
[6] Telemedellín, “Me voy a posesionar en una guarnición militar para hacerle honor a los verdaderos héroes de la patria” ; Abelardo de la Espriella, presidente electo de Colombia durante los actos del 20 de Julio en Medellín campaña. 20 juillet, 0'20. Telemedellín, 2026.
[7] Revista Raya. Ibid.
[8] Revista Raya. Op.Cit.
[9] Le « paisa travailleur » renvoie à tout un imaginaire autour de la vigueur du peuple d'Antioquia, capable de prospérer grâce à un travail acharné, généralement physique, à la campagne.
[10] Gustavo Petro, La trampa de las elecciones está hecha en EE. UU. con algoritmos israelíes... 17 juillet, 1'38. Gustavo Petro, 2026.
[11] Maria Teresa Uribe, Los destiempos y los desencuentros : una perspectiva para mirar la violencia en Colombia. Medellín, Universidad de Antioquia, 1990.
[12] Cette définition s'appuie sur l'analyse du contexte électoral qui a entouré la campagne de De la Espriella et sur les arguments de Sebastián Ronderos et Cristian Acosta Olaya (14 juin 2026), qui affirment, d'une part, qu'Abelardo n'est pas un populiste, et ceux de Carlos de la Torre (2013), qui met en évidence les différentes formes de transformation du populisme en Amérique latine. Sebastián Ronderos, Cristian Acosta Olaya, Abelardo de la Espriella no es un populista. Jacobinslat, 2026. Carlos de la Torre, El populismo latinoamericano : entre la democratización y el autoritarismo. Nueva sociedad n° 247, p. 120-137.
[13] Achille Mbembe, « Nécropolitique » dans « Traversées, diasporas, modernités », Raisons politiques, n° 21, p. 29-60. Éditions Presses de Sciences Po. 2006.
[14] Juliana Marín Taborda, « El Cuerpo Habla : fabulation et émancipation des corps politico-esthétiques ». Rennes, Amerika [en ligne], 31, 2025.
[15] Abelardo de la Espriella, El Cauca y el Valle del Cauca se inundan de sangre de ciudadanos inermes, asesinados por las bombas del terrorismo que Iván Cepeda y Petro, han protegido…. 27 avril,1'28.Delaespriella_Style, 2026.
[16] Abelardo de la Espriella, Los Nunca : batalla por la patria en Colombia, 13 mars0'05.https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[17] L'éternel « président », après trois mandats présidentiels loin du pouvoir et une condamnation pour fraude procédurale dans une affaire de subornation de témoins liée aux accusations concernant les « faux positifs », continue d'être désigné comme « président » par une partie de la population colombienne.
[18] C'est ainsi que l'avocat se présente lui-même, en référence à l'éclectisme des affaires qu'il est capable de défendre.
[19] Daniel Coronel, El apoderado. 18 août,Revista Semana, 2026.
[20] samuelgr, Entrevista Caracol televisión, 10 mai, samuelgrg, 2026.
[21] Andres Pinson, Conversión a Dios de Abelardo de la Espriella. 26 août,https://www.tiktok.com/@andrespinso...andrespinson, 2025. Samuelrg, Entrevista Caracol Television, 13 mai, samuelrg79, 2026.
[22] Fernando Ramos, El nuevo Congreso de Colombia quedó instalado, con una desafiante sorpresa para el presidente electo Abelardo de la Espriella . 21 juillet,https://www.tiktok.com/@delaespriel...CNN en Español, 2026.
[23] Abelardo de la Espriella, Colombia en manos de Dios. 3 juin,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[24] Abelardo de la Espriella, Soy Abelardo de la Espriella. 10 janvier, 0'33,https://www.facebook.com/DELAESPRIE...Delaespriella_Style, 2026.
[25] Revista Raya, El tigre y el clan Char una alianza con los de siempre señalados de corrupción. 4 juin, Revista Raya, 2026. Ardila Arrieta, L, La costa nostra. 4 juin, Rey Naranjo Editores, 2026.
[26] Cuestión Pública, En la campaña de Abelardo De la Espriella hay miles de funcionarios públicos inscritos, incluyendo policías activos. 31 mai, Cuestión Pública, 2026.
[27] Félix Guattari, L'inconscient machique : essaies d'eschizo-analyse. Paris, Éditions Recherche, 1979.
[28] Voir Alberto Castrillón Aldana, Una analítica de la gubernamentabilidad algorítimica. Subjetividad e intersubjetividad en el contexto de una ontología histórica del presente. Medellín, Fondo editorial Colegiatura, 20204. p. 43.
[29] Félix Guattari, L'ère post-médias, dans « Subjectivité & Mass-média », Chaosmose Vidéos, 3 septembre 11'55, 2022.
[30] Abelardo de la Espriella, Lanzamiento de campaña diseñado con inteligencia artificial. 10 janvier,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
Abelardo de la Espriella, Promoción de la campaña para la primera vuelta electoral. 25 décembre,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026 .
[31] Conferencia Episcopal de Colombia, Colombia en el top 10 de los países más católicos del mudo. 10 avril, Conferencia Episcopal de Colombia, 2017.
[32] Abelardo de la Espriella, Firme con la comunidad judía. 1 avril,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[33] 6AM W, Gobierno y oposición se enfrentan por las futuras relaciones con Cuba e Israel. 28 juin, Caracol Radio, 2026.
[34] Abelardo de la Espriella, Colombia en las manos de Dios. 28 juin,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[35] Abelardo de la Espriella, Firme con la comunidad judía. 28 juin,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[36] Abelardo de la Espriella, Firme por las mujeres. 15 mai, 1'50https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026
[37] Juanita León, El machismo de Abelardo de la Espriella en seis. 12 mai,https://www.lasillavacia.com/silla-...La Silla Vacía, 2026.
[38] Abelardo de la Espriella, Reloj de Arte Colombiano con Patria. 20 janvier, 0'08,https://www.tiktok.com/@delaespriel...Delaespriella_Style, 2026.
[39] Abelardo de la Espriella, Soy Abelardo de la Espriella. 10 janvier,https://www.facebook.com/DELAESPRIE...Delaespriella_Style, 2026.
[40] Abelardo de la Espriella, Los de siempre no podrán destruirme. 20 avril, Delaespriella_Style, 2026.
Abelardo de la Espriella (AbdE) a remporté les élections présidentielles en Colombie en grande partie grâce à une campagne qui l'a présenté comme un outsider ; cependant, sa candidature et son programme n'ont rien de nouveau. Comme l'indique Castillón Mora, il s'agit d'une franchise mondiale, d'un réseau transnational d'intérêts au sein duquel des candidats du Sud se rendent dans les écoles du Nord pour y apprendre une formule permettant de faire de la politique. On retrouve au moins trois caractéristiques communes à cette extrême droite transnationale.
La première caractéristique est que, comme l'explique Rita Segato, l'extrême droite a capitalisé sur le mécontentement de la majorité face au non-respect des promesses de la modernité et de la démocratie : un mécontentement face à l'impossibilité de participer en tant qu'acteurs à la construction de l'histoire, c'est-à-dire à la prise de décision sur les questions qui les concernent parce qu'elles les affectent, et à la participation à la jouissance des richesses produites collectivement. Face à ce mécontentement, l'extrême droite a déployé comme stratégie la mobilisation de l'émotion légitime qu'est la colère, non pas pour transformer les causes structurelles du mécontentement, mais pour aggraver la situation et détruire les acquis des luttes sociales, tels que le droit du travail, l'éducation et la santé en tant que droits d'accès universel.
La deuxième caractéristique est que l'homme d'affaires commence à s'impliquer directement dans la politique, souvent sans intermédiaires. On constate alors que la fiction qui a perduré pendant longtemps — tout au long du XXe siècle et au début du XXIe —, celle d'une séparation entre la sphère politique et la sphère économique, entre le privé et le public, commence à s'estomper. Dans le cas colombien, et à la manière d'une imitation de Trump, AbdE s'est présenté comme le propriétaire d'une série d'entreprises qui sacrifiait sa vie luxueuse (en Italie) pour remettre de l'ordre dans la « patrie ». Bien qu'il ait été démontré que les entreprises d'AbdE ont généré plus de pertes que de bénéfices, la campagne a joué sur le désir de consommation, de réussite entrepreneuriale et de blanchiment des masses, en présentant un candidat qui s'affichait constamment à bord d'un jet privé et en train de déguster des vins en Italie, tout en se moquant des plats typiques colombiens. Sur le plan programmatique, et à l'instar de Milei, AbdE a proposé une réduction massive des dépenses publiques, justifiée par la logique de l'efficacité entrepreneuriale, sans se soucier du fait que ces coupes touchent les services chargés des programmes sociaux et de la construction de la paix.
La troisième caractéristique est que cette extrême droite est animée par une volonté et une intention ferme d'abolir tout ce qui apparaît comme un obstacle à l'exercice pur et simple du pouvoir et à l'accumulation du capital entre les mains d'une poignée de personnes. Cela se traduit par un mépris ouvert du droit international, comme on le voit dans le cas du génocide palestinien perpétré par Netanyahou ou Trump et, dans le cas colombien, par le soutien sans faille d'AbdE au gouvernement israélien ; mais aussi par la proposition partagée par les dirigeants d'extrême droite de retirer les pays des instances internationales de gouvernance telles que l'ONU ou le Système interaméricain des droits de l'homme.
Tout cela doit être envisagé dans une perspective plus large, qui intègre la longue histoire du (néo)colonialisme. Ce faisant, on se rend compte que ce qui semble nouveau n'est en réalité rien d'autre que la répétition, avec quelques différences, d'une nouvelle phase de la colonialité. En effet, nous entrons dans une période marquée par une concentration impressionnante de la richesse et du pouvoir décisionnel entre les mains d'une poignée de personnes, notamment celles des grands dirigeants des entreprises technologiques, en particulier dans le domaine de l'intelligence artificielle.
Ce moment historique, caractérisé par la numérisation et le contrôle algorithmique de la société, se traduit par une nouvelle primarisation des économies du Sud, qui n'ont jamais cessé d'être extractivistes. Dans ce cas, le masque des grands entrepreneurs derrière lequel se cachent les dirigeants d'extrême droite du Sud tombe, car ils apparaissent comme ce que les élites (néo)coloniales ont toujours été : des intermédiaires du grand capital situé au Nord, dont la fonction est double. D'une part, ils sont chargés d'éliminer les obstacles qui pourraient se présenter à l'intérieur du pays à l'accumulation du capital, et d'autre part, d'ouvrir des niches de marché pour le Nord. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre le programme d'AbdE, fondé sur la fracturation hydraulique pour l'extraction du gaz et du pétrole, l'exploitation minière des terres rares, du cuivre, de l'or et de l'argent ; ainsi que sur l'algorithmisation de l'éducation, de l'agriculture et du domaine militaire.
C'est peut-être cette algorithmisation de la société qui introduit l'élément différenciateur dans la logique coloniale-capitaliste. En effet, ici, les ressources humaines ne sont plus considérées comme une main-d'œuvre bon marché à exploiter, mais on assiste à la production active d'une humanité jetable, pour laquelle il n'existe même plus de perspective de relocalisation.
Face à ce scénario qui laisse présager une destruction sans précédent à l'échelle mondiale, il est nécessaire de mettre en place – également à l'échelle mondiale – des alternatives critiques qui placent au centre la protection de toute forme de vie et non l'accumulation du pouvoir. Ce que nous a montré la campagne électorale colombienne, c'est que les formes traditionnelles de la gauche ont fait leur temps : il ne suffit pas d'avoir des programmes dont les propositions, si elles étaient mises en œuvre, bouleverseraient de manière bienveillante la structure sociale ; il faut savoir communiquer en faisant appel aux sentiments, en créant d'autres formes de désir et en mobilisant la capacité collective à imaginer d'autres avenirs. Il est vrai que la critique ne peut faire abstraction de l'histoire et de la dénonciation, mais il est temps que la gauche se concentre sur la dimension constructive, en expliquant comment l'État contribuera à répondre aux besoins et aux problèmes quotidiens de la population. La campagne de Cepeda, le candidat de gauche, comportait des propositions intéressantes à cet égard, mais celles-ci n'ont pas été communiquées de manière adéquate.
Le second tour de la campagne présidentielle, lorsqu'on l'observe depuis la base, offre des enseignements précieux. Face à une campagne politique menée par le candidat de gauche, Iván Cepeda, et marquée par de multiples lacunes, les militants de la base se sont mobilisés pendant trois semaines d'affilée pour sensibiliser la population à travers un travail de proximité dans les quartiers et sur le terrain, en recourant à des moyens de diffusion créatifs, tant sur les réseaux sociaux qu'en présentiel. De manière autogérée et sans attendre que le matériel vienne du parti, des points de vue divers se sont articulés — à l'image d'un tissu tissé de plusieurs fils — autour d'un même horizon politique : la protection et la défense de la justice sociale et territoriale. Ainsi, les centres urbains sont entrés en contact avec les zones rurales, une pédagogie politique s'est mise en place à partir de la proximité et une appropriation de la politique par la base s'est opérée à travers le dialogue et les rencontres.
Cela a rendu visible et tangible le fait qu'une autre façon de faire de la politique est possible, une façon fondée sur la proximité, l'auto-organisation, l'écoute, la sensibilisation et l'éthique. L'importance de la dimension affective en politique est également apparue clairement, tant au moment de mener une analyse conjoncturelle et historique qu'au moment de communiquer les propositions. Enfin, la question reste ouverte pour la gauche : comment se positionner face à l'algorithmisation de la société si elle veut constituer une véritable alternative ? La réponse à cette question exige que nous commencions à penser – pour reprendre les mots d'Arturo Escobar – par le bas, par la gauche et avec la Terre.
Lina Álvarez Villarreal
Le titre original de cet article est “Hijo de tigre sale pintado”. Cette expression colombienne signifie qu'une situation est engendrée par ses antécédents. Une expression analogue en français est : "les chiens ne font pas des chats". Abelardo de la Espriella a utilisé l'image du tigre pendant sa campagne, se présentant lui-même comme « Le tigre ».
Il convient d'évoquer une dimension fondamentale pour comprendre le résultat du premier tour des élections présidentielles en Colombie, en particulier le score élevé d'Abelardo de la Espriella. Je me réfère ici à la dimension patriarcale-médiatique. C'est un sujet déjà largement discuté par les journalistes et influenceuses à propos des déclarations et comportements de ce candidat qui, au mieux, peut être qualifié de honteux, et auquel Juan Daniel Oviedo [1] a fait référence avec véhémence dans ses déclarations le soir des élections, en accusant de la Espriella d'homophobie et de machisme exacerbés.
Le patriarcat est la forme de hiérarchie et de domination la plus ancienne du monde. C'est une cosmovision qui privilégie la hiérarchie, le contrôle, le pouvoir, la suppression des différences et en dernière instance, la violence et la guerre.
Comme le disent très justement les féministes latinoaméricaines, l'humanité a appris à dominer à travers le corps de la femme ; cette domination s'est maintenue au cours de siècles au travers d'une multitude de récits, de narratifs, d'infrastructures, de design, et de pratiques. Le récit patriarcal le plus persistant, basé sur l'études des communautés de chasseurs cueilleurs, est probablement la théorie selon laquelle le moteur de l'évolution humaine fut l'Homme Chasseur, idée à l'origine d'un des mythes les plus létaux de l'histoire humaine : la supériorité de l'homme sur la femme basé sur le sexe biologique mais étendue à toutes les dimensions de la vie sociale, y compris la science.
Le récit évolutionniste de l'”Ascension de l'Homme” loue davantage les outils masculins qui tuent au détriment des récipients créés par les femmes pour récolter les éléments essentiels à la vie, comme les graines, les aliments et les plantes guérisseuses, mais aussi la création de liens sociaux, bien plus importants pour l'évolution que les armes. Malgré le discrédit associé à cette théorie, elle perdure dans les représentations populaires des 3800 millions d'années de l'histoire de la terre, qui sont présentées comme scientifiques. Une série récente de Netflix, La Vie sur notre Planète, explique par exemple cette évolution en s'appuyant sur la thèse controversée selon laquelle les « gagnants » sont ceux qui s'adaptent le mieux et que la concurrence à la vie et à la mort est le moteur de l'adaptation. Ces idées sont rabâchées tout au long des huit épisodes, en chacun desquels ce sont toujours les “hommes alpha” qui survivent, qui fondent des “dynasties”, et soumettent les autres espèces.
Ce qu'il y a encore de plus préoccupant c'est que cette narration meurtrière - comment pourrait-on la nommer autrement ? - est reproduite à l'infini par les politiques de droite qui prêchent la guerre et la haine contre tout ce qui est différent, projetant l'image d'un homme fort capable de rétablir les hiérarchies et maintenir l'ordre établi à tout prix. Ces représentations continuent de façonner les manières de penser, de faire et de sentir des masses, soutenant toute une pédagogie de la cruauté, comme la nomme l'anthropologue Rita Segato. C'est une narration anachronique détenue par les grands hommes des cavernes de la politique mondiale, incluant Abelardo de la Espriella et ses frères de caverne Milei, Bukele, Katz, Ortega et bien sur le Grand Chef Blanc et héros de tous, Donald Trump.
Il n'est pas difficile de mettre en évidence les principales caractéristiques des hyperpatriarches contemporains. L'hyperpatriarche est un maître dans l'art de cultiver la peur et, par conséquent, la haine envers tout ce qui nous fait sentir en insécurité ; ceci est un des piliers de leur succès, en particulier parmi les classes moyennes qui se sentent acculées par des forces qu'elles ne comprennent pas et menacées dans leurs privilèges. L'hyperpatriarche est par autodéfinition l'homme fort par excellence ; il ne montre pas de faiblesse ; il suinte/dégage une masculinité agressive ; il se méfie des femmes aussi brillantes soient-elles ; il est homophobe, raciste, suprémaciste et deteste ardemment tout ce qui est différent et vient le questionner ; il est de tendance fasciste ; il est séduit par les Hitlers de l'histoire, et il est toujours autoritaire, ce qui s'est également appliqué à de nombreux dirigeants de gauche depuis le début du XXe siècle jusqu'à nos jours ; il n'a pas peur de tuer ni de ce qu'on l'accuse d'assassin, puisqu'il doit faire preuve d'une main de fer et ne pas se soucier de ce que les autres peuvent dire. Il est incroyablement égocentrique et se considère comme le plus vif de tous.
Les patriarches du moment sont misogynes, extrêmement individualistes et très souvent sadiques ; Ils peuvent se vanter de torturer des animaux sans le moindre scrupule, ou de soumettre des millions de leurs semblables à des conditions dignes de Bukele ou à mourir de faim et de soif. Ils croient au “ nettoyage social” et à l'élimination systématique des ennemis, par les armes si nécessaire ; à l'instar de l'hyperpatriarche colombien, ils proposent d'« éventrer » les gauchistes et les prétendus communistes. Ils sont totalement dépourvus d'empathie, de bienveillance et de compassion. Ils ignorent tout de l'empathie, du soin et de la compassion. Leur haine vis-à-vis des revendications de genre, des activismes indigènes, afrodescendants, écologistes et LGBTQ+ est légendaire. Ils sont incapables de comprendre l'importance de protéger la vie, car tout ce qui vit n'existe à leurs yeux que comme ressource au service de leur enrichissement et de leur pouvoir.
Ces patriarches se targuent d'être des showmen divertissants et hypersexuels, tout ceci afin de divertir les foules, puisqu'ils ne veulent pas que les gens pensent par eux mêmes mais au contraire qu'ils les suivent avec la fidélité d'un troupeau. Ils maîtrisent habilement les médias, s'imprègnent/ ou sont présents très efficacement sur les réseaux sociaux et utilisent ce qu'on appelle à tort « l'intelligence artificielle » pour manipuler les émotions de millions de personnes et fabriquer des vérités, puisqu'ils sont des menteurs pathologiques. Bien qu'ils se targuent d'être rationnels, leur comportement est émotionnel et irrationnel. La rationalité leur sert, néanmoins, à accumuler d'immenses richesses sans rougir, puisqu'aujourd'hui un hyperpatriarche qui se respecte se livre au jeu de celui qui pourra accumuler le plus de richesse le plus rapidement possible.
Je me suis souvenu récemment de ce que dit une chère amie féministe, de manière métaphorique mais imagée et pertinente, à propos de ces universitaires, majoritairement des hommes, qui prennent la parole pour pontifier, uniquement pour nourrir leur ego et bomber le torse, à savoir qu'ils « brandissent leur membre ». Sans parler de tous ces hommes politiques de droite, dont beaucoup ont été dénoncés par des femmes pour abus sexuels. Rien de tout cela ne les inquiète, puisqu'ils se sentent au-dessus des lois.
Certaines des caractéristiques mentionnées se sont aggravés ces derniers temps, puisqu'aujourd'hui les hommes sont sur le recul et sur la défensive face à l'avancée imparable des femmes et de toutes les différences - raciales, ethniques, sexuelles, non binaires, anti-validistes et divergentes - ce qui les rend d'autant plus dangereux et extrêmes. Malgré tout, défaire les narrations suprémacistes patriarcales n'est pas une tâche aisée, puisqu'elles imprègnent tous les espaces de la vie quotidienne : dans les écoles, les médias, le divertissement, la publicité, les gouvernements, le cinéma hollywoodien et, surtout, dans l'économie mondialisée, fondée sur une concurrence chaque fois plus agressive et meurtrière pour la grande majorité des personnes et pour la planète. C'est pour cela qu'ils sont si tenaces et séduisants. C'est là que réside la raison d'être de l'apparente stupidité des millions de personnes qui, en Colombie, aux États-Unis, en Argentine, au Brésil de Bolsonaro et dans d'autres pays, font le choix de l'homme des cavernes : l'hyperpatriarche séduit aisément des millions de personnes puisqu'il bénéficie du poids considérable de cette histoire.
Il existe une expression qui dit “hijo de tigre sale pintado”, littéralement, “le fils du tigre sort avec ses rayures” : les dix millions de colombiens et colombiennes qui ont voté pour notre « homme des cavernes » du moment nous l'ont démontré. Ces petits tigres et tigresses sont convaincus que l'”homme” est individualiste et agressif par nature et que se montrer à la hauteur de cette loi c'est faire preuve d'intelligence. Il est impossible pour eux de penser que nous puissions cultiver des formes différentes d'être. Mais il est vrai également que le patriarche est un tigre de papier, puisque son pouvoir réside, en fin de compte, en nous toustes. Cessons de participer à ses récits et à ses pratiques, détachons-nous-en, et leur pouvoir s'affaiblira peu à peu, jusqu'à disparaître, comme s'effacerait un visage dessiné dans le sable en bord de la mer.
Démanteler les patriarcats dans toutes ces sphères, en commençant par la politique, est une tâche urgente pour les transformations sociales. C'est l'heure de nous secouer pour se débarrasser de “ce petit macho que nous avons tous en nous”. Les récits patriarcaux nous rabaissent et nous appauvrissent en tant que personne et en tant que société ; ils engourdissent notre capacité à penser tout en nous inculquant la peur de vivre et en nous incitant à la haine. Nombreuses et nombreux sont celleux qui font le pari d'options centrées sur la vie et non la mort.
Nous disposons de récits qui démontrent que la coopération, le soin et, en fin de compte, l'amour ont joué un rôle plus important que la compétition et l'agressivité dans l'évolution humaine, comme celui qu'élabore le brillant biologiste chilien Humberto Maturana. Face à la barbarie patriarcale et au capitalisme de spoliation qui réduisent la majorité des êtres humains et la planète à l'état de déchets, abandonnons une fois pour toutes les narrations qui tuent et participons activement aux transformations qui guérissent la société et qui préservent et régénèrent la vie.
Arturo Escobar
Traduit de l'espagnol par Louise Conan
[1] Il a été candidat à la vice-présidence lors des dernières élections, aux côtés de la candidate du Centre démocratique (parti d'extrême droite), Paloma Valencia. Oviedo a ouvertement déclaré être homosexuel.
Le 7 août 2026, Abelardo de la Espriella a pris ses fonctions de président de la Colombie, s'ajoutant ainsi à la liste des candidats d'extrême droite qui accèdent au pouvoir exécutif sur le continent américain. À cette occasion, nous publions une série d'articles écrit depuis la Colombie et qui éclairent autant le contexte, que les circonstances et conséquences de cette nouvelle avancée de l'extrême droite.
Cet avocat pénaliste, homme d'affaires et fondateur du parti politique d'extrême droite « Defensores de la Patria », accède au pouvoir grâce à une victoire serrée au second tour, où il a recueilli 12 959 542 voix (soit 49,66 % des suffrages), tandis que son adversaire, le candidat de gauche Iván Cepeda, en a obtenu 12 708 712 (soit 48,70 % du total des suffrages). Bien que la gauche n'ait jamais obtenu un score aussi élevé (pas même lors des dernières élections qui avaient permis pour la première fois à un parti de gauche de remporter la victoire), cela n'a pas suffi à la maintenir au pouvoir.
De la Espriella arrive au pouvoir après une campagne électorale controversée, marquée par l'utilisation systématique et très contestée d'images et de vidéos produites par l'intelligence artificielle générative, le recours aux réseaux sociaux, la mobilisation d'émotions telles que la colère et la peur, un discours manichéen qui a criminalisé la gauche, ainsi que des déclarations machistes. À l'instar de Trump et de Milei, le Colombien a adopté la communication numérique, s'est présenté comme un « outsider » anti-élite (son slogan était celui de faire partie des « jamais ») et comme un fervent croyant de la religion catholique (à laquelle il s'est convertit après avoir été athée).
De la Espriella a remporté la victoire avec un programme axé sur la sécurité militaire et la « main de fer », un programme économique fondé sur l'intensification de l'exploitation des hydrocarbures par l'exploitation minière ou la fracturation hydraulique ; une réduction drastique des dépenses publiques ; la numérisation de l'éducation et la méritocratie pour l'accès à l'université ; le retrait de la Colombie du système de gouvernance internationale ; la défense de la famille traditionnelle, l'opposition à l'avortement et au mariage pour tous. Son programme s'oppose, point par point, aux avancées sociales les plus importantes réalisées non seulement par le gouvernement de gauche sortant dirigé par Gustavo Petro, mais aussi à celles qui ont été obtenues sous le gouvernement de l'ancien président libéral de droite Juan Manuel Santos. En effet, AbdE se présente comme un farouche adversaire des Accords de paix de La Havane signés en 2016 avec l'ancienne guérilla des FARC et des négociations de paix menées par le gouvernement du président sortant Gustavo Petro ; son programme économique vise à démanteler directement la politique de transition énergétique lancée par Petro, ainsi que la réforme éducative qui a instauré la gratuité de l'enseignement supérieur.
Tout comme celles de Milei et de Trump, la candidature d'Abde lors du premier tour ne suscitait ni inquiétude ni attentes particulières. Bien qu'il fût connu à l'échelle nationale, ses propositions et sa manière de faire de la politique rendaient impensable son accession au pouvoir. Cependant, les résultats du premier tour ont montré à quel point ces analyses étaient erronées : AbdE est arrivé en tête avec 10 361 499 voix (soit 43,74 %), tandis qu'Iván Cepeda en a obtenu 9 688 361 (soit 40,90 %) et que la candidate du parti « traditionnel » d'extrême droite, Paloma Valencia, n'en a recueilli que 1 639 685 (soit seulement 6,92 % des voix).
Ce sont les résultats de ce premier tour qui ont réveillé le candidat de gauche Ivan Cepeda, qui, jusqu'alors, avait choisi de limiter fortement sa présence sur les réseaux sociaux, refusait de participer à des débats politiques et, au lieu de présenter un programme comportant des points précis, s'était concentré sur des discours prononcés en personne sur des places de différentes régions du pays, où il exposait ses propositions politiques. La certitude que la gauche allait à nouveau l'emporter commençait clairement à se désintégrer. À ce moment-là, la campagne de Cepeda a opéré un revirement à 180°, acceptant l'aide d'influenceurs et d'artistes, et s'est articulée dans de nombreux cas autour d'initiatives territoriales et de quartier. Pendant ce temps, AbdE a intensifié sa campagne sur les réseaux sociaux, a eu recours à des symboles nationaux tels que le drapeau de l'équipe nationale colombienne de football (alors que la Coupe du monde de football battait son plein) et a bénéficié du soutien de la grande majorité des médias.
Bien qu'il se présente comme un outsider, AbdE a une longue histoire de collaboration avec les élites politiques colombiennes et des groupes criminels. En effet, à 26 ans, il a été l'un de promoteurs des dialogues entre les paramilitaires et l'Etat colombien ; il a été défenseur des leaders paramilitaires ; il a été un ferme défenseur de l'ancien président Uribe Vélez, et sa candidature en tant que représentant d'un nouveau parti politique n'a vu le jour qu'après que le même Uribe Vélez l'ait empêché de se présenter sous la bannière de son parti, le Centro Democrático. Au cours de la campagne présidentielle 2025-2026, il a proposé à la vice-présidence Juan Manuel Restrepo, ancien ministre du Commerce et des Finances d'Iván Duque, un ancien président d'extrême droite. Une fois sa victoire proclamée, AbdE a annoncé la nomination, au sein de son gouvernement, de représentants des élites conservatrices du pays.
Fervent admirateur de Trump et défenseur de Netanyahu, AbdE a tenté de prendre ses fonctions présidentielles dans une garnison militaire du département du Cauca, l'une des régions les plus violentes et les plus riches en biodiversité du pays. Empêché tant par Gustavo Petro, qui a refusé de donner suite à cette tentative autant au motif qu'elle était ouvertement anticonstitutionnelle que celui de l'activité actuelle du volcan de Puracé, AbdE a décidé de prêter serment à l'université Santiago de Cali, tout en conservant l'idée de prononcer son discours d'investiture à la caserne militaire. Il ne s'agit pas d'un geste mineur, venant d'un président qui a promis de mettre fin aux accords de paix et qui a menacé de démanteler la gauche. Car aussi bien Cali que le Cauca sont considérés comme des endroits emblématiques de la résistance populaire, où convergent les luttes amérindiennes, afrocolombiennes, paysannes et de la jeunesse.
Les cinq articles que contient ce dossier présentent une analyse de la campagne et du programme d'AbdE sous différents angles critiques. Leur publication en français s'explique par le fait que ce qui se passe en Colombie n'est pas sans rapport avec les processus sociopolitiques en cours en Europe et dans d'autres parties du monde. Le cas colombien peut aider à tirer des enseignements pour le renouvèlement d'un champ critique qui, s'il veut préserver le tissu de la vie, doit se remettre en question et expérimenter des voies alternatives pour faire et penser la politique.
Le fils du tigre sort avec ses rayures par Arturo Escobar
La nouvelle extrême droite sous l'angle décolonial par Lina Álvarez Villarreal
La narco-esthétique du Tigre 5.0 à l'ère de l'intelligence artificielle par Juliana Marín Taborda & Alejandro Giraldo Quintero
Au-delà de l'instrumentalisation : la nouvelle grammaire morale de la politique colombienne par Diego Meza Gavilanes
Salut à tous et à toutes camarades !
Nous écrivons depuis Prato, Italie. Notre syndicat a entamé depuis le 19 juin une lutte contre la fermeture de l'entreprise Acca, laissant 95 personnes sur le carreau.
Salut à tous et à toutes camarades !
Nous écrivons depuis Prato, Italie. Notre syndicat a entamé depuis le 19 juin une lutte contre la fermeture de l'entreprise Acca, laissant 95 personnes sur le carreau. L'Acca est une entreprise de logistique de vêtements : en effet Prato est le district textile le plus grand d'Europe, ici est produite la plupart des vêtements à bas prix. Cette fermeture est en réalité une boutade dont le seul objectif est d'un coté de fuir un procès européen pour fraude fiscale à hauteur de 71 millions d'euros, de l'autre de fuir les travailleurs syndiqués. En effet les travailleurs de l'Acca avant avril 2023 étaient reduit dans une condition d'esclavage : travail 12H par jour, 7 jours sur 7, sans congés ni arrêt maladie.
Après une lutte, pendant laquelle l'entreprise a tendu plusieurs guet-à-pens aux ouvriers, les contrats réguliers ont été obtenu. Depuis, chez l'Acca on est arrivé à obtenir des accords comportant des améliorations par rapport au contrat collectif en vigueur.
Pendant ce mois de grève nous avons résisté à une attaque de 150 patrons qui ont pris d'assaut le piquet, un opération policière visant à expulser le piquet et à plusieurs attaques judiciaires. Fini le temps de la résistance, nous sommes passés à la contre-attaque. Actuellement nous sommes sur 4 piquets de grèves, nous traquons l'Acca n'importe où ils vont !
Maintenant la question financière se pose. La lutte n'est pas encore finie. L'entreprise espère que les mois sans salaire découragent les ouvriers. Il est le devoir de tout le monde de se resserrer autour de ces ouvriers dont le courage a été et est incroyable. Une cagnotte a été lancée mais toute donation collective est la bienvenue aussi !
Tocca uno, tocca tutti
(“touche à un, touche à tout le monde”)
Voici les dates du mois d'août de la cantine populaire au jardin du couvent des Cordeliers à Forcalquier
☀️Cantine populaire à prix libre ou gratuit ouverte à toutes et tous ! ☀️
/ !\Changement d'horaire
De 19h à 21h au Jardin des Cordeliers à Forcalquier (04).
Prochaines dates :
Les sionistes accusent une marque de vêtement voulant dire «bon appétit» d'être une apologie cachée du 7 octobre.
L’article Insolite : le CRIF accuse une marque de vêtements qui signifie «bon appétit» en arabe de faire l’apologie des attaques du 7 octobre est apparu en premier sur Contre Attaque.
Ce texte a d'abord été publié dans « les pieds dans le plat 2 » au printemps 2024. On avait envie d'en faire une mise en page qui permette de le diffuser seul, on a donc relu et modifié quelques bouts, cette version date de janvier 2026.
Suis-je un.e bon.ne allié.e ?
La question se pose ces dernières années et on ressent souvent une peur de ne pas être quelqu'un.e de suffisamment déconstruit.e, de ne pas être suffisamment présent.e dans la lutte contre les oppressions et les dominations.
Mais c'est quoi être un.e allié.e au juste ? Et en quoi serait il/elle/iel bon.ne, mauvais.e, bof ? Et pourquoi l'utilisation de ce terme est-elle devenue omniprésente dans nos espaces de lutte, dans nos vies ?
Et allié.e de quoi ? de qui ? par rapport à quoi ? contre quoi / qui ?
Qu'est-ce qui est important dans mes rapports avec les autres ? Qu'est-ce qui fait que je vais avoir envie de rencontrer, ou pas, une personne, de m'organiser avec ?
Son identité ? Ses comportements ? Ses perspectives ? Ses pratiques et ses idées ?
Par "nous" on entend les gens qui vivent sur cette foutue planète en 2026.
Cela dit, dans ce texte, le "nous" pourra aussi renvoyer à ses autrices, qui sont au nombre de deux. Quatre mains, quatre yeux, deux cerveaux, à essayer de décortiquer les processus que nous voyons dans nos milieux (queer-féministes-anarchistes...), qui ne nous satisfont pas, voire qui créent des situations problématiques. Nous tenterons aussi de poser des perspectives et des envies, inspirées par des discussions collectives hyper intéressantes et des situations de conflits plutôt déprimantes.
On espère que ce texte nourrira des discussions collectives et interinviduelles, inspirant elles-mêmes d'autres textes, et autres.
Pour commencer on voudrait souligner en quoi la prise en compte des oppressions systémiques et leurs conséquences, on trouve ça nécessaire, logique et important.
Les oppressions sont des systèmes de hiérarchie, d'exploitation et de discrimination, de certains groupes par rapport à d'autres. Quand on subit une oppression, on le ressent dans beaucoup d'aspects de nos vies. Ça entraîne des conséquences sur comment on se construit, et donc sur notre personnalité, sur notre confiance en nous, sur ce qui nous semble normal ou pas, sur nos comportements. Mais aussi sur la thune qu'on a, sur nos codes sociaux, sur notre rapport aux administrations, au système judiciaire, sur les difficultés à avoir un taf, un logement, à se déplacer et à être dans les lieux. Ça joue dans nos relations avec les autres, aussi bien avec les gens dans la rue qu'avec nos proches. C'est impossible de faire une liste exhaustive de toutes les conséquences des oppressions dans nos vies parce que c'est omniprésent et complexe.
Pour donner quelques exemples, à un niveau individuel, les oppressions ça fait qu'il y a certaines personnes qui vont avoir plus tendance que d'autres à être valorisé.es, écouté.es, à être au centre, à parler beaucoup, à couper la parole, à se faire servir, à prendre des décisions. Alors que d'autres se retrouvent plus souvent dans des positions invisibles, ou de soin auprès des autres, à rendre des services, à ne pas être pris.es au sérieux, à s'adapter aux autres, à ne pas se sentir légitime, à être mal considéré.e.
Ces oppressions existent dans tous les espaces, y compris dans des milieux "militants".
Les dominant.es peuvent avoir tendance à penser qu'iels savent mieux que les opprimé.es comment iels sont dominé.es, à quoi c'est dû, et comment il faudrait lutter pour transformer ça. Alors que les personnes qui subissent les oppressions, de manière + ou - violente, intense et quotidienne, ressentent directement les effets concrets de celles-ci. Ce sont ces personnes qui sont le plus à même d'analyser comment fonctionne cette oppression et de dire quand une personne privilégiée exerce sa domination.
Ça nous semble donc important d'écouter et de faire confiance à une personne qui parle de son vécu et qui explique en quoi tel ou tel comportement est oppressif. D'avoir un peu d'humilité, de ne pas penser tout comprendre, de remettre un peu en question ce qui nous semble évident ou "normal".
En tant que personne qui ne subit pas une oppression, on trouve nécessaire de voir comment ça nous apporte des privilèges, comment on fait (qu'on le veuille ou non) exister cette oppression dans nos rapports aux autres, et essayer de modifier nos comportements. Et par rapport à la lutte contre cette oppression, il nous semble logique de respecter les volontés de mixités choisies des personnes qui subissent l'oppression, accepter de ne pas être au centre, pouvoir à des moments faire les petites mains, ne pas être toujours dans les rôles les plus valorisés.
Plusieurs trucs qui viennent d'être dit peuvent correspondre aux comportements d'un.e "bon.ne allié.e", mais on a aussi envie de dire en quoi cette notion-là ne nous parle pas.
Prendre en compte les oppressions est donc nécessaire. Mais ce qui ne nous va pas c'est que parfois on se retrouve à analyser des situations uniquement sous ce prisme-là. Par exemple, pour se demander qui a raison ou tort on va juste regarder qui vit quelles oppressions et privilèges et se positionner du côté de la personne la plus opprimée. Parce que, pour certaines personnes, être "un.e bon.ne allié.e" c'est avoir une confiance totale en la parole des opprimé.e.s. Comme si les personnes qui vivent des oppressions ne pouvaient jamais se planter, ni avoir des comportements violents ou oppressifs. Partant du constat que les personnes qui vivent des oppressions sont bien souvent vues comme incapables, bêtes, pas dignes de confiance, violentes ou autres, on peut comprendre qu'il y ait une volonté de contrer ces stigmates, en leur donnant au contraire beaucoup de confiance et de valorisation. Ça nous paraît important d'y faire gaffe mais c'est quand même nécessaire de pouvoir se faire des critiques, parce que tout le monde peut avoir des comportements chiants ou dominants, même les opprimé.e.s. Et surtout, on peut encaisser des critiques et des retours à propos de nos comportements, même si on est opprimé.es, pour être ainsi plus en accord avec nos positions politiques et nos valeurs.
Un autre truc qui ne nous parle pas c'est cette idée que les personnes qui ne subissent pas directement l'oppression ne pourraient pas lutter contre des aspects de cette oppression. Écouter les personnes qui vivent l'oppression, ne pas prendre toute la place, être un peu humble, ça nous semble bien, mais ça ne veut pas dire ne rien faire.
Les allié.es se reposent sur les concerné.es, les concerné.es savent. Il y a une peur généralisée de "mal faire", d'être critiqué.e parce qu'on n'a pas été un.e bon.ne allié.e, mais ça fait que plein de personnes se figent dans l'immobilisme. Et en plus on peut se rassurer en se disant "je ne suis pas concerné.e donc ce n'est pas ma place d'agir". Agir et se planter nous semble plus intéressant que de ne rien faire.
Pourquoi est-ce qu'on a envie d'être vu-e comme un.e "bon-ne allié-e" ? Est-ce que c'est parce qu'on a intériorisé la culpabilité d'avoir des privilèges ? Est-ce que c'est par sens moral ? Est-ce que c'est parce que ça va faire de nous de meilleures personnes ? Parce qu'on va être valorisé.e ? Est-ce que c'est par empathie et qu'on veut essayer de participer à ce que les gens vivent mieux ? Est-ce qu'il y a un petit peu de "je suis la personne qui peut sauver ces gens" ?
On pense que ça n'existe pas réellement, ce n'est pas possible ni souhaitable d'agir juste pour les autres, de lutter contre une oppression qu'on ne subit pas, juste pour soutenir les personnes qui la vivent. Parce que même quand on croit agir par pur altruisme, il y a souvent des intêrets personnels cachés, comme le fait de se sentir mieux avec soi-même parce qu'on trouve qu'on a bien agi, ou être valorisé.e par les autres. Et on préfère l'idée qu'on a besoin de lutter contre toutes les oppressions, même celles qu'on ne vit pas, parce qu'elles sont toutes imbriquées, parce qu'elles permettent à ce monde de continuer et qu'on n'en peut plus de ce monde ! On veut lutter parce que notre problème c'est que ces dominations existent et qu'on ne pourra pas être libre tant que tout le monde ne sera pas libre (oui c'est une jolie phrase, mais ce n'est pas que théorique).
Tout le monde a intériorisé les oppressions, personne n'est "safe". Nous n'avons pas envie de viser cet idéal safe inatteignable, tout comme la perfection est ni atteignable, ni souhaitable.
Sortir de l'idéal safe aussi parce qu'une des conséquences est que si on me dit "t'as eu un comportement oppressif", je vis ça comme un échec horrible, comme si j'étais une mauvaise personne, et donc je redoute ça plus que tout. Et ça fait souvent qu'on réagit mal, sur la défensive, ou bien en mode culpa x10 000. Ce sentiment exacerbé de culpabilité fait qu'on est tourné.e vers soi parce qu'on est trop mal de ce qu'on a fait, plutôt que vers l'autre. Ou encore, ça fait qu'on va trouver des stratégies pour continuer à dominer en scred.
Un des buts des bon.nes allié.es est de "checker ses privilèges" et de se remettre en question, c'est ça qui devient principal dans la lutte contre les oppressions. Il est ainsi central de se déconstruire, d'enlever de nous toute trace de cette société, ne plus se comporter comme ci ou comme ça, adopter les codes du milieu. Bien évidement on ne remet pas en question le fait que des efforts sont nécessaires, que les dominant.es doivent comprendre comment iels oppriment et qu'iels arrêtent de le faire au maximum pour qu'on puisse s'organiser ensemble. Mais cet aspect, ce prérequis est devenu à la fois la seule chose demandée et la seule chose possible. La lutte contre les oppressions est devenue une lutte individuelle contre soi-même, dans la même temporalité des trucs vendeurs de "devenez la meilleure version de vous-même" et autre life coaching.
Dans ce contexte, ce qu'on entend par déterminisme c'est l'idée que nos comportements, nos choix, nos façons d'être et de penser, bref qui on est, serait uniquement le résultat des oppressions et/ou des privilèges qui nous traversent.
Nos comportements sont souvent liés à notre construction sociale et donc malheureusement il y a des façons de faire qui se retrouvent souvent chez les gens qui ne sont pas la cible de telle ou telle oppression. Schématiquement, les mecs cis hétéros, souvent parlent beaucoup et prennent peu soin des personnes qui les entourent. Et du coup, si on a été confronté.es 200 fois aux mêmes situations, c'est logique qu'on développe un certain rejet, qu'on ait un à priori négatif, un mécanisme de protection. Mais c'est enfermant de dire « tous les mecs cis hétéro sont comme ça ». Et donc même si on a une méfiance qui se comprend, ça nous paraît important de ne pas s'en satisfaire et encore moins de la politiser, dans des théories comme la misandrie.
Et on n'a pas non plus envie de dire "tou.te.s les opprimé.e.s sont comme ça". On entend parfois des phrases du style "tu dirais pas ça si t'étais queer", ou bien "quand t'es racisé.e tu penses d'une certaine façon"... C'est comme s'il n'y avait qu'une seule manière de vivre une oppression et qu'elle définissait entièrement les gens.
Chaque personne est un être complexe, on n'est jamais uniquement la somme de nos oppressions et de nos privilèges. On refuse l'idée qu'on n'aurait aucune aucune marge de manoeuvre, que tout serait déterminé d'avance.
La non-mixité est pour nous un outil très important. Ça donne de la force, permet de s'organiser, etc. Aussi ça peut faire du bien à des moments de se retrouver avec des personnes avec qui on a des bouts de vécu en commun. Même si ça n'est que partiel et même si c'est parfois très limité : ce n'est pas parce qu'on vit une oppression qu'on la vit de la même manière, il y a plein d'autres aspects de nos vies à prendre en compte. Mais il y a une différence entre considérer la non-mixité comme un outil, et l'envisager comme une fin en soi. Dans ce cas c'est ce qu'on appelle le séparatisme : vivre, s'organiser, avoir des relations, uniquement entre personnes qui vivent une même oppression. Pour nous, la non-mixité est nécessaire à plein de moments, mais quand même, notre but c'est de les détruire ces cases identitaires.
On pense que ce qu'on vit comme oppression ça entraîne des conséquences sur nos vies, sur qui on est. Mais on ne trouve pas ça suffisant, de s'organiser uniquement sur des bases identitaires, sans prendre en compte nos perspectives politiques, contre quoi on lutte et comment. Et on a l'impression que c'est souvent ça qui se passe dans des milieux notamment queer féministes. La seule chose qui importe ce sont les oppressions vécues, c'est sur ces bases-là qu'on se réunit, qu'on s'organise. Alors qu'on peut vivre des oppressions en commun et lutter contre celles-ci de manières très différentes.
Par exemple il y a pas mal de féministes qui sont ouvertement racistes.
Il y a aussi des gens dont le but c'est l'intégration dans la société, genre que la victoire ça serait qu'il y ait une personne noire, trans et handie présidente de la république. De notre côté on aurait plutôt envie qu'il n'y ait plus de république, plus d'état et donc plus de président.e.
On est d'accord que la lutte contre la transphobie, le racisme et le validisme est nécessaire, et que lutter contre certains effets des oppressions sauve littéralement des vies. On a donc certains points en commun avec celleux qui voudraient une personne noire, trans et handie président.e. Mais quand même, nos buts sont vraiment très différents, du coup comment lutter ensemble si dans le fond on ne veut pas du tout la même chose ? Ou alors peut-être qu'on peut partager des moments précis, tout en sachant les limites que ça a ?
Un des points qui ne nous parle pas dans cette idée qu'il y aurait d'un côté les allié.es et de l'autre les personnes cibles d'une oppression, c'est que ça veut dire qu'on parle d'une lutte contre une seule oppression, tournée uniquement là-dessus. Si ce qu'on veut c'est détruire profondément ce système ça ne suffit pas de lutter contre une seule oppression, c'est nécessaire de s'attaquer à toutes en même temps. Et aussi aux autres structures de domination. Lutter contre toutes les oppressions évite de les hiérarchiser, d'en mettre une comme plus importante que les autres. Évidemment c'est difficile de tout faire en même temps et parfois il faut faire des choix. Mais même dans ces cas-là on peut l'exprimer, dire que là on a mis cette lutte au centre, que ça n'est pas satisfaisant, et continuer de se demander c'est quoi nos perspectives, c'est quoi qu'on vise.
Se centrer sur une seule oppression, ou seulement quelques-unes, a souvent comme conséquence de ne lutter que pour l'obtention de droits ou de choses matérielles. Cela reste hyper important et nécessaire, évidemment, d'aider les plus opprimé.es à accéder à des choses qui leur permettront de ne pas juste mourir. Clairement.
Parfois quand on lutte pour des conditions matérielles, on se retrouve à demander des choses à des institutions (des papiers, des meilleures conditions d'enfermement ou de travail...). On peut considérer qu'il y a un côté illogique à ça parce que c'est demander de l'aide à la structure qui est la source du problème : par exemple demander des papiers à un état alors que s'il n'existait pas il n'y aurait pas besoin d'en avoir et que tout serait bien mieux ! Mais en même temps c'est parfois inévitable de se retrouver à demander des choses à des institutions qui par ailleurs nous écrasent, parce qu'elles ont un pouvoir énorme et qu'on dépend d'elles sur plein d'aspects de nos vies.
Malgré ça, on trouve ça dommage quand des gens disent que "c'est une lutte pour des personnes opprimées donc il ne faut pas être trop radical". Nous affirmons qu'il est possible de lutter pour des améliorations de condition de vie tout en gardant l'objectif de changer profondemment l'ensemble de ce système !
De l'autre côté, il y a aussi d'autres manières de lutter qui ne nous conviennent pas non plus, car elles mettent l'accent uniquement sur les perspectives révolutionnaires, sans prendre en compte comment les oppressions sont omniprésentes et ont des conséquences importantes. Et c'est super chiant quand il y a des gens qui centrent tout sur le structurel, notamment avec cette idée que "on verra après la révolution" pour s'occuper du reste.
Nous pensons qu'il est indissociable de lutter contre les oppressions au niveau systémique et au niveau inter-individuel. Il est possible de lutter à la fois pour mettre la pression, être dans un rapport de force, tout en ayant des perspectives de destruction de la société, le tout sans dissocier les effets des oppressions et leurs causes.
Nous avons envie que les liens qui se tissent entre les personnes d'un même milieu ou d'une même lutte reposent sur d'autres ressorts que la culpabilité ou la valorisation, les postures et les hiérarchies, les trucs de "plus radical.es que moi tu meurs" ni de "plus opprimé.es que moi tu meurs".
Nous avons envie d'avoir confiance, de pouvoir faire confiance aux autres, sur leurs raisons de lutter, mais aussi une confiance ensemble, pouvoir compter sur les autres face aux dangers que cette société nous envoie à la gueule. De pouvoir se mettre en danger ensemble.
Nous voulons des complices et non pas des allié.es.
Parce que ce terme renferme les notions de réciprocité, que si t'es ma/mon complice, je le suis aussi, chose qui n'est pas présente derrière le terme "allié.e".
Parce que nous prenons au langage juridique sa notion de complicité.
Parce que complices veut dire aussi que les personnes sont impliquées dans la même histoire, dans une même aventure, ici dans une même lutte.
Parce qu'en étant complices, on peut se retrouver à s'organiser ensemble tout en étant des personnes qui subissons des oppressions différentes. Ces différences peuvent exister sans être invisibilisées et sans nous séparer.
Nous voulons des complices car nous avons besoin de partager des perspectives communes avec les gens avec qui nous luttons : la perspective de détruire ce monde, entre autres réjouissances.
Voilà, c'était un coup de gueule parce que ça nous énerve ces dynamiques qu'on voit dans pas mal de réseaux queer/féministes.
On a aussi envie de dire qu'on galère toujours, parce que ce n'est pas facile de trouver un équilibre entre l'idéal qu'on voudrait atteindre et la réalité qui est souvent bien plus compliquée. À plein de moments on a des doutes. Parfois on croit qu'on arrive à créer des complicités entre personnes qui vivent des oppressions et privilèges très différents, et finalement on se retrouve trop frustrées et déçues. Mais il y a aussi des moments où ça nous fait trop de bien, où on arrive à en parler, où on sent qu'avec des gens on a vraiment des envies communes de détruire ce monde et les dominations qui vont avec, à tous les niveaux. Et rien que pour ça, ça vaut le coup !
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Les bon.nes allié.es nous cassent la tête - Cahier
Quand ?
Le 19 septembre de 19h à 21h45
Où ?
Espace Jean Dame 17 Rue Léopold-Bellan, 75002, Paris, France
Projection/rencontre du film "Voyages en TÊTES étrangères" (long métrage/fiction) avec La Marche des Solidarités, le CSP75, le CSP Montreuil, l'inter-collectif des sans papiers d'Ile de France.
Après 51 festivals dans 29 pays, 12 prix et 10 mentions, le film enchaîne avec des projections/débats en salle en présence de l'équipe, seul long métrage à aborder la lutte des collectifs de sans-papiers dans une fiction.
Pour en savoir plus
Accueil dès 18h40, film à 19h00, discussion/débat 20:50 - fin à 21:45
Entrée prix libre
"On pourrait très bien demander à un modèle de concevoir un génome de grippe modifié pour être plus transmissible ou plus létal"
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Versione italiana nella seconda parte
À l'occasion de la manifestation du 14 juillet internationaliste organisée par la Marche des Solidarités à Paris, nous (groupe d'ouvrier·es agricoles du syndicat de salarié·es SUD Agriculture Île-de-France) avons marché en hommage à 4 de nos collègues ouvriers agricoles assassinés le 1er juin dernier en Italie pour avoir réclamé leurs salaires.
Waseem, Amin, Ullah et Safi étaient exploités par des « caporali », des intermédiaires souvent liés au crime organisé qui recrutent des travailleur·ses, souvent exilé·es, pour la journée dans des campements pour le compte d'exploitations agricoles.
Les travailleur.ses triment plus de 12h par jour dans des conditions de travail et de vie indignes pour la récolte des fraises, des agrumes ou des tomates, qui rejoindront nos étals. Soumis à des violences physiques et verbales de la part des caporali, sous des soleils caniculaires, payés bien en dessous du salaire minimum italien et une partie de leur salaire est prélevé pour payer les caporali.
Ce système existe grâce au racisme d'État qui leur refuse la régularisation, tarde à délivrer des titres de séjour, les mettant dans des situations de clandestinité ou de précarité pour en faire une main d'œuvre servile au service des exploiteurs agricoles et de l'agroindustrie.
Nous ne sommes pas dupes, l'exploitation des travailleur·ses étranger·es dans l'agriculture est également une réalité en France comme le rappellent les nombreux témoignages d'ouvrier·es agricoles exploité·es ou les procès pour traite d'êtres humains quelque peu médiatisés mais bien souvent traités comme des faits divers isolés.
Des témoignages des travailleur.ses dans les champs de haricots coco de Paimpol, au procès des vendanges de la honte (2023), de Terra fecundis (2021) à l'exploitation des travailleurs saisonniers marocains dans le Tarn-et-Garonne (2026), ces scandales un peu médiatisés ne sont que la partie émergée de l'iceberg que l'isolement des travailleur·ses, la diminution des contrôles de l'Inspection du Travail (depuis le meurtre de deux inspecteurs dans une ferme en 2004 et les nombreuses menaces des exploiteurs agricoles à leur encontre lors des derniers mouvements des agriculteurs) et le peu d'intérêt médiatique pour les travailleur·ses dans l'agriculture n'ont pas réussi à cacher.
Face à ce système qui exploite et au racisme d'État, nous devons nous organiser entre ouvrier·es agricoles pour instaurer un rapport de force et exiger la régularisation de toutes et tous et des conditions de vie et de travail dignes dans l'agriculture !
Ouvrier·es agricoles de tous les pays, rejoignez nous !
Pour nous contacter : pourunsudagriidf@proton.me
In occasione della manifestazione internazionalista del 14 luglio organizzata dalla Marche des Solidarités a Parigi, noi (gruppo di lavoratori e lavoratrici agricoli del sindacato dei lavoratori SUD Agriculture Ile-de-France) abbiamo sfilato in omaggio a quattro nostri colleghi lavoratori agricoli assassinati lo scorso 1° giugno in Italia per aver rivendicato i propri salari.
Waseem, Amin, Ullah e Safi venivano sfruttati dai caporali, intermediari spesso legati alla criminalità organizzata che reclutano lavoratori e lavoratrici, spesso esiliati, per la giornata in accampamenti per conto delle aziende agricole.
I lavoratori e le lavoratrici faticano per oltre 12 ore al giorno per la raccolta di fragole, agrumi o pomodori, che finiranno sui banchi dei nostri mercati, in condizioni di lavoro e di vita indegne. Sono sottoposti a violenze fisiche e verbali da parte dei caporali, sotto un sole cocente, pagati ben al di sotto del salario minimo italiano e con una parte del loro stipendio trattenuta per pagare i caporali.
Questo sistema esiste grazie al razzismo di Stato che nega loro la regolarizzazione, ritarda il rilascio dei permessi di soggiorno, costringendoli a vivere in condizioni di clandestinità o precarietà per trasformarli in manodopera servile al servizio degli sfruttatori agricoli e dell'agroindustria.
Non ci facciamo ingannare : lo sfruttamento dei lavoratori e delle lavoratrici stranieri nel settore agricolo è una realtà anche in Francia, come dimostrano le numerose testimonianze di braccianti agricoli sfruttati o i processi per tratta di esseri umani che ricevono scarsa attenzione da parte dei media e che molto spesso vengono trattati come fatti di cronaca isolati.
Dalle testimonianze dei lavoratori nei campi di fagioli di Paimpol, al processo sulla « vendemmia della vergogna » (2023), da « Terra fecundis » (2021) allo sfruttamento dei lavoratori stagionali marocchini nel Tarn e Garonna (2026), questi scandali, di cui i media si occupano solo in parte, non sono che la punta dell'iceberg, di cui fanno parte l'isolamento dei lavoratori, la diminuzione dei controlli da parte dell'ispettorato del lavoro (dall'omicidio di due ispettori in un'azienda agricola nel 2004 e dalle numerose minacce rivolte loro dagli sfruttatori agricoli durante le recenti proteste degli agricoltori) e lo scarso interesse dei media per i lavoratori e le lavoratrici nel settore agricolo non sono riusciti a nascondere.
Di fronte a questo sistema di sfruttamento e al razzismo di Stato, dobbiamo organizzarci tra lavoratori e lavoratrici agricoli per creare un rapporto di forza ed esigere la regolarizzazione di tutti e di tutte, nonché condizioni di vita e di lavoro dignitose nel settore agricolo !
Lavoratori e lavoratrici agricoli di tutti i paesi, unitevi a noi !
Per contattarci : pourunsudagriidf@proton.me
Encore une fois, La Générale, lieu associatif de résidences gratuites en plein cœur de Paris mais aussi laboratoire de création culturelle, politique et sociale, est menacé par le non renouvellement de son bail.
Pour soutenir le projet, signez et faites circuler la pétition : https://www.leslignesbougent.org/petitions/les-artistes-sinsurgent-contre-la-fermeture-definitive-de-la-generale-un-lieu-de-residences-artistiques-gratuites-en-p-23907/
Née à Belleville rue du Général Lassalle en 2005, La Générale se déplace ensuite, pour investir entre 2009 et 2019, un lieu situé avenue Parmentier, dans le 11e arrondissement de Paris. Depuis janvier 2020, elle est établie dans l'ancien conservatoire de musique du 14e arrondissement, adossé à l'Annexe de la mairie.
La Générale est un laboratoire de création culturelle, artistique, politique et sociale. On y défend des valeurs telles que l'expérimentation, le partage et l'ouverture, loin des logiques mercantiles et de l'obligation de résultats. Le collectif de La Générale est composé d'une quinzaine de membres actif·ves bénévoles et une salariée. La responsabilité et les orientations du lieu sont confiées aux membres du collectif qui se réunissent une fois par semaine. Les décisions se prennent au consensus.
Depuis ses origines, le projet de La Générale s'attache à interroger aussi bien les conditions d'accueil et de travail des artistes que son propre fonctionnement en tant que lieu culturel. Plus de 70 ans après les premières politiques de décentralisation mises en place par Jeanne Laurent, La Générale revendique la nécessité que Paris ne soit pas uniquement une vitrine, en demeurant un lieu de fabrication artistique. Dans des conditions toujours plus contraintes, à la fois immobilières et culturelles, La Générale souhaite rester un espace d'accueil avec les meilleures conditions possibles pour la création, mais aussi expérimenter des méthodes de gouvernance de lieux culturels innovantes et exigeantes. La direction artistique collective de La Générale s'inscrit dans ce cadre. L'ensemble des membres du collectif participe au choix des résidences accueillies ainsi que de la programmation, chacun·e avec son expertise propre, sans transiger sur la qualité artistique des projets. Ainsi, la gouvernance collective devient une expérimentation sociale à part entière, qui fait partie du projet au même titre que l'accueil des artistes.
La Générale est aussi un lieu ouvert à la vie associative et de quartier et accueille tous les mois : AMAP Denfert (alimentation), Velvetyne Type Foundry (typographie), Société Psychédélique Française (club de lecture), Association TanBaafi Lab (danse), Chorale Maré Mananga (chant), Libre en commun (logiciel libre), Su Shiatsu (bien-être), HackerzVoice (informatique), RYBN (art contemporain), InfoGM (écologie), Parinux (logiciel libre), Ecoplien (écologie).
La Générale est engagée dans des projets d'éducation artistique et culturelle, soutenus par la ville de Paris et par la DRAC IDF, dans des collèges, lycées, hôpitaux et établissements du champ social.
La Générale fait partie du réseau Actes If. Réseau créé en 1996, Actes if réunit aujourd'hui 38 lieux artistiques et culturels indépendants en Ile-de-France. Ces lieux accompagnent la création contemporaine et défendent la diversité artistique et culturelle à travers une éthique du partage et des dynamiques collectives. Issus de la société civile et à but non lucratif, ces lieux indépendants se réunissent autour d'enjeux artistiques, culturels, sociaux et économiques.
Le 7 août, l'éphéméride des luttes navigue entre les Etats-Unis, l'Irlande du Nord et les feux qui brûlent partout dans le monde. Aujourd'hui, on est contre l'armée et les banques, et on veut se souvenir de nombre de camarades tombés.
1794 : En Pennsylvanie, début de la 'rébellion du whisky' : les producteurs se révoltent contre les taxes.
1919 : A Budapest, la République des Conseils de Hongrie est écrasée dans le sang. Les ouvriers révolutionnaires seront tués en masse à la mitrailleuse par les forces de la réaction.
1927 : Manifestation internationale pour la libération des anarchistes italiens Sacco et Vanzetti, en prison aux USA. A Paris, Luigia Vanzetti, la soeur de Bartolomeo, prend la tête d'une manifestation de près de 100.000 personnes qui débouche sur des affrontements. Voir le lien pour plus d'informations.
Luigia Vanzetti à la tête de la manifestatio parisienne.
1957 : Italo Calvino quitte le Parti Communiste à cause de la rigidité théorique de ce dernier.
1963 : A Balsareny en Espagne, mort du guérillero anarchiste Ramón Vila Capdevila, dit Caraquemada, lors d'une fusillade contre des membres de la Guardia Civil franquiste.
1966 : A Lansing dans le Michigan, des émeutes ont lieu pour dénoncer les conditions de vie des personnes à la peau noire dans le pays.
1970 : Aux USA, mort de Jonathan Jackson (frère du militant des Black Panthers George Jackson) lors d'une prise d'otage pour tenter de faire évader des militants.
1972 : En Irlande du Nord, l'IRA exécute deux soldats de l'armée britannique d'occupation dans une attaque à la mine.
1976 : A Saint-Jacques-de-Compostelle, les GRAPO (Groupes de résistance antifasciste du premier octobre) attaquent une armurerie militaire et s'emparent de son contenu.
1979 : A Tramore en Irlande du Nord, l'IRA cambriole une banque. Une fusillade s'engage et un civil périt dans l'action.
2002 : En Colombie, lors de l'investiture du nouveau président Alvaro Uribe, les FARC font sauter des mortiers artisanaux.
2009 : Au Mexique, le Front de Libération de la Terre (ELF) incendie un camion de transport d'eau servant à l'irrigation de monocultures intensives.
2011 : Mort de Charlie Bauer, libre braqueur de banque.
Voir l'éphéméride anarchiste du 7 août.
« Juillet 1936, dans les casernes catalanes... »
Présentation
La première partie de ce travail est initialement parue en espagnol dans la revue Comunismo 66 du Groupe Communiste Internationaliste (GCI) en février 2017. Bien que l'équipe qui a produit ce matériel ait préparé sa suite dans les numéros suivants de cette revue, une série de circonstances et de ruptures ultérieures ont interrompu le planning prévu. Plus de cinq ans après, une bonne partie des militants qui composaient l'équipe ont décidé de reprendre cette tâche importante, considérant qu'elle représente une contribution qualitative au bilan que notre classe a forgé de cet épisode historique extraordinaire. Cette seconde partie fut publiée par les Proletarios internacionalistas dans la revue Revolución 2 en septembre 2023.
Certains camarades s'interrogent sur l'utilité que peut avoir un tel matériel dans le présent : un bilan d'un processus qui s'est déroulé il y a presque un siècle et sur lequel on a écrit ad nauseam. Tout ce qui est important du point de vue du prolétariat révolutionnaire n'a-t-il pas déjà été dit ? N'y a-t-il pas des questions et des problèmes actuels beaucoup plus importants qui requièrent nos efforts et qui auront plus d'impact, ou du moins qui seront mieux accueillis dans notre communauté de lutte, par rapport à ce « mammouth » sur la lutte en Espagne dans les années 1930 ? Nous ne nions pas qu'il existe des questions actuelles d'une grande pertinence qui sont abordées aujourd'hui au sein des minorités révolutionnaires et d'autres sections de notre classe. Nous n'y sommes pas étrangers et y participons à différents niveaux.
L'antifascisme ne continue-t-il pas à avoir une force hégémonique partout, acquérant une nouvelle vigueur et renforçant la démocratie, le politicisme, la polarisation entre la gauche et la droite, en enrôlant même les prolétaires dans telle ou telle guerre ? Le gestionnisme n'est-il pas l'une des voies par excellence face à la crise de la valorisation du capital ? L'État du Rojava, la guerre Ukraine-Russie, l'utilisation constante d'un moindre mal, l'épouvantail du fascisme, le possibilisme, l'apologie de la prise des centres de production par les travailleurs comme objectif, l'anti-autoritarisme comme monopole du pouvoir dans les mains de l'État… Le bilan présenté ici ne fait qu'approfondir la critique de ces idéologies et d'autres qui restent aujourd'hui un pilier de l'ordre social. Leur pertinence et leur importance sont irréfutables.
Certes, la critique révolutionnaire a déjà passé en revue ces forces de l'ennemi au cours de ces neuf décennies. Mais il s'agit de poursuivre cette tâche en allant plus loin, de contribuer à donner à la critique historique du prolétariat un contenu plus profond et plus concret. En ce sens, nous ne pouvons pas permettre que ces matériaux continuent à circuler et à être discutés exclusivement « en interne » entre quelques camarades et groupes.
Au-delà de l'explication de notre méthodologie d'analyse, la présente contribution expose ce qui est pour nous l'ABC de la révolution et de la contre-révolution dans la région espagnole des années 30, accompagné d'un bref compte-rendu critique du développement de la lutte des classes dans cette période, en soulignant la force du prolétariat, de son associationnisme, de ses tentatives insurrectionnelles. En même temps, nous avons essayé de montrer comment ce processus riche et complexe de la montée de la révolution était parallèle à la constitution et à l'établissement de son contraire : la contre-révolution. En effet, nous avons montré comment, tandis que le prolétariat remettait en cause et attaquait l'ensemble de l'ordre social, tentant d'imposer ses besoins par sa force collective, essayant de faire un saut qualitatif par des tentatives insurrectionnelles, la contre-révolution prenait des formes alternatives pour neutraliser et phagocyter cette force qui menaçait son existence : république, partis de gauche, « alliances ouvrières »… jusqu'à ce qu'elle trouve dans le Front populaire et l'antifascisme la formule sur laquelle la contre-révolution s'est structurée et imposée.
Avec cette contribution, nous considérons que nous avons fait un pas en avant dans l'analyse des fondements de la contre-révolution dans la question espagnole. Il va sans dire que nous encourageons les camarades à nous envoyer toute critique de ce bilan, ainsi que toute information peu connue relative à ce formidable épisode de notre lutte de classe.
Il y avait les profiteurs de guerre, qui font de l'argent sur les ventes d'armes, il y a désormais les profiteurs de canicule.
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Rose City Counter-Info / lundi 3 août 2026
L’autre nuit, un groupe d’ami.es s’est réuni pour une soirée amusante et aventureuse. Inspiré.es par la récente annonce de Camover [voir ici ; NdAtt.], nous sommes sorti.es semer un peu le chaos contre l’État de surveillance.
Nous avons flâné dans le Central Eastside, qui a été transformé en un quartier « branché », pour la vie nocturne des yuppies. Des tags autorisés (pardon, de l’« art de rue ») recouvrent les murs qui étaient autrefois vivants et intéressants. La sécurité privée rôde, s’assurant que personne ne traîne trop longtemps devant tel studio de design ou telle brasserie haut de gamme. Les caméras sont partout – sur chaque immeuble, elles regardent chaque ruelle et chaque fissure, en clignotant et en observant, en silence.
Nous nous en sommes pris principalement aux caméras qui se trouvaient le long des allées très fréquentées et dans des endroits où les gens aiment traîner et camper. Nous les avons atteintes avec des ballons de baudruche remplis de peinture (ce qui s’est avéré difficile et peu pratique), nous avons grimpé pour pulvériser de la peinture en spray sur leurs lentilles et les avons cassées en morceaux avec des marteaux. Au cours de la nuit, nous sommes tombé.es sur trois tourelles équipées de caméras, de marque LVT [Live View Technologies – voir ici pour plus d’infos et ici pour une attaque précédente ; NdAtt.] – celles avec des lumières bleues clignotantes. Nous les avons mises hors service toutes les trois, en détruisant les panneaux solaires avec des pierres et des marteaux et en recouvrant l’une d’entre elles avec un peu de peinture. Tout au long du parcours, nous avons posé des tags contre la surveillance, comme « Tuons les caméras de surveillance » et « Chaque caméra est un objectif » .
Dans l’ensemble, ça a été un moment joyeux, plein de bêtises, et certainement on le reportera.
PS : Est-ce que quelqu’un.e veut essayer de battre notre record de trois tourelles de caméras en une seule nuit ?
Note d’Attaque : les compas de Puget Sound Anarchists ont relié cette revendication, l’accompagnant de ces photos de tourelles LVT récemment vandalisées, sans être sûrs qu’il s’agisse de celles dont il est question dans le texte. En tout cas, ça montre ce que sont ces tourelles.
Fugitive Distro / mardi 14 juillet 2026
« Je suis quelqu’un qui pense en noir et blanc.
Les camps de détention son des abomination.
Je ne resterai pas à regarder.
Je n’a pas beaucoup plus à dire que cela.
Je met de côté mon cœur brisé et je me soigne de la seule façon que je connais – en étant utile.
Je compartimente efficacement ma douleur…
Et c’est avec joie que je vais me mettre à cette tâche. »
Dernière déclaration de Willem Van Spronsen
Le 13 juillet a marqué le septième anniversaire de cette nuit-là [voir ici ; NdAtt.], quand tu as attaqué ce misérable Northwest Detention Center, un camp de concentration qui garde nos proches en captivité.
Sept ans depuis que tu as été tué au combat, par la police de Tacoma.
Rien n’est pardonné, rien n’est oublié.
Je profite de ce moment pour réfléchir à la situation actuelle – l’ennemi que tu étais parti combattre a été élevé au rang d’armée privée du président et commet chaque jour des actes de terreur. Non pas la terreur telle que le terrorisme, cette piètre justification de la répression politique, mais la terreur telle que des actes qui ne visent pas à appliquer une loi, mais à terroriser les gens pour qu’ils se soumettent. Les camps de concentration débordent et d’autres vont être construits, tellement de gens sont kidnappés que certaines personnes disparaissent dans les rouages du système. Des gens sont torturés et violés dans ces camps, alors qu’à l’extérieur des personnes sont brutalisées et tuées.
Rien que cette semaine, trois personnes ont été assassinées par l’ICE à travers le pays – en Floride, un homme encore non identifié a été tué alors qu’il fuyait de l’ICE ; dans le Maine, Johan Sebastián Durán Guerrero a été la cible des tirs et a été tué par l’ICE ; au Texas, l’ICE a tiré sur Lorenzo Salgado Araujo et l’a tué.
Partout dans les territoires dominés par l’État américain, l’ICE a envahi des villes et raflé des gens, alors que ses opérations continuent, comme une réalité quotidienne, dans des communautés situées en dehors de certains endroits particulièrement médiatisés.
Au Texas, des camarades ont été condamné.es à des peines allant de 30 à 100 ans, pour une manifestation solidaire bruyante au centre de détention de l’ICE de Prairieland, tout comme quinze camarades de Minneapolis qui ont été inculpé.es pour leur implication dans la résistance à l’occupation de la ville par l’ICE.
Cette terreur a eu pour effet secondaire de déchaîner une véritable source d’auto-organisation autonome. Des affrontements avec l’ICE aux émeutes à grande échelle, aux réseaux autonomes d’aide juridique et de réponse rapide, la réponse a été source d’inspiration : les gens ne vont pas simplement s’asseoir ou détourner le regard, alors que ceux/celles qui sont exclu.es sont embarqué.es, comme dans « The Foreigner ». Si Willem était en vie, je suis sûr.e qu’il plongerait tête baissée dans ces efforts.
Mais il n’est pas en vie et son absence nous oblige à nous montrer à la hauteur des standards qu’il a fixée – en fin de compte, ces camps de concentration doivent être réduits en cendres et les retenu.es libéré.es une fois pour toutes.
C’est dans un dialogue avec ton souvenir que les anarchistes, nous devons nous engager et revigorer ce principe anarchiste des plus importants – le rejet de la nation, le rejet des frontières et la fraternité universelle avec tous les gens. La terre est notre patrie ! Personne n’est étranger.e ! Tout le monde est une famille !
La mémoire noire – la mémoire de nos luttes passées et de nos combattant.es tombé.es au combat – nourrit nos cœurs et nous renforce pour la lutte à venir, nous donne une continuité et nous transmet les leçons du passé. C’est dans cet esprit que j’écris ces brèves réflexions en mémoire de Willem Van Spronsen.
Willem Van Spronsen présent dans la lutte !
Une mort en action est un appel éternel à la lutte !
Une chaleureuse accolade à toutes les personnes qui luttent contre l’ICE !
Vive l’anarchie !
Un.e membre de Fugitive Distro
PS : Voici de la musique publiée par Willem peu avant sa mort.
« Le milliardaire ne cache pas qu'il mène un "projet civilisationnel" réactionnaire d'extrême droite, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d'édition. […] La concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré lui donne toute liberté d'agir le moment venu. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas » [1].
Au début du mois de mai 2026, c'est par ces mots que le monde du cinéma alertait sur le « danger civilisationnel » à venir. Mis à part les auteurs de Grasset, on ne sache pas qu'il se soit produit dans le monde de l'édition [2], un mouvement identique à celui qui a secoué le festival de Cannes en 2026. En fait, cela dépasse largement les sphères du cinéma ou de l'édition ; il s'agit d'un phénomène plus profond et plus étendu dont la clarification se dérobe à cause de son caractère totalement inédit, de l'effondrement des contre-pouvoirs organisés, de la déconfiture de la théorie politique et de quelques autres obstacles de nature idéologique. L'objet de ce texte est d'aborder certains de ces blocages à la lumière d'expériences récemment vécues.
La réception d'un manuscrit sur la guerre coloniale russe en Ukraine a suscité la réaction suivante d'un éditeur dont voici la seule phrase in extenso : « Nous vous remercions pour cette proposition, mais nous ne souhaitons pas publier de livre sur ce type de sujet. Nous avons réorienté notre ligne éditoriale vers des sujets plus incarnés depuis l'année dernière ». Cette réponse a été uniquement prise comme point de départ des réflexions qui suivent.
À chacun de choisir son mode d'incarnation
« Des sujets plus incarnés » est-il écrit. C'est justement dans la chair, dans le corps des Ukrainiens et des Ukrainiennes que la guerre de Poutine s'est douloureusement et massivement incarnée depuis plus de quatre années. Et faute de mieux à la place où nous sommes, qu'y a-t-il de plus « incarné » que de soutenir la mémoire des deux millions de morts et de blessés provoqués par cette guerre totale à nos portes [3], une guerre qui dépasse en durée celle de 1914-1918 [4] et dont les crimes de génocide, les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre (ces derniers se comptant par dizaines de milliers) n'ont pas d'équivalent sur le continent européen depuis 1945 ?
« Incarné » est-il dit. Il s'agit bien de cela en effet : cette guerre restera vraisemblablement incarnée dans la mémoire de beaucoup d'entre-nous et dans l'inconscient de ceux qui auront détourné leurs regards devant cette tragédie [5]. D'autant que, selon de nombreuses sources, Poutine prépare une nouvelle mobilisation après les élections du 20 septembre 2026 : en effet, toutes les frontières en direction de l'ouest ou du sud sont fermées depuis le mois de juillet 2026 (à l'exception d'un point de passage vers la Géorgie), cela dans le but d'éviter un exode massif identique à celui qui a suivi l'ordre de mobilisation partielle de septembre 2022. Il y a là une volonté manifeste de poursuivre cette guerre et sa probable extension [6] puisque le maître du Kremlin a depuis longtemps désigné à sa population et à son premier cercle l'Occident (assimilé à l'OTAN) comme ennemi existentiel ; d'ailleurs, il lui fallait a minima échafauder une construction idéologique comme celle-ci pour entreprendre une telle aventure coloniale [7]. Mais pour la première fois il faut le noter, son porte-parole Dmitri Peskov a déclaré le 5 juillet 2026 : « Il y a une guerre en cours, une vraie guerre » alors que l'usage de ce terme était jusqu'alors totalement interdit sous peine de poursuites. Il a expressément justifié l'emploi de ce terme en expliquant que « l'opération militaire spéciale avait évolué en guerre en raison du soutien apporté à Kiev par l'Occident, notamment par Berlin, Paris et Washington [8] ». Comme du temps de l'URSS, il faut savoir interpréter les moindres évolutions du vocabulaire utilisé au sommet de la nomenklatura : l'état de guerre est ainsi officialisé et il permettra de décréter une mobilisation (quelle qu'en soit le périmètre) et peut-être même la loi martiale.
Au-delà des mots et de la formulation employés par l'éditeur, ce qui est donné à entendre pourrait approximativement s'énoncer comme suit : « Loin de nous les analyses et encore plus la théorie ; nous souhaitons être au plus près des préoccupations personnelles et quotidiennes de tout un chacun », ce qui est légitime dans l'absolu, à une exception près, à savoir lorsque ces préoccupations viennent renforcer un déni ou entériner de fait un recul, une reddition ou une collaboration. Cette orientation éditoriale actuelle qui se veut « incarnée », se retrouve dans les médias classiques qui mettent désormais en avant l'émotion [9] au détriment de l'analyse. C'est ainsi qu'ils pensent endiguer la fuite de leurs jeunes publics vers les facilités d'Internet. Cela ressort d'une courte vue qui n'a aucune chance de juguler cette déshérence.
De l'abstraction érigée en système désincarné
Néanmoins, il est vrai que la désincarnation de la réflexion théorique a sévi depuis des lustres, faute de références historiques, anthropologiques ou sociologiques concrètes. Un des derniers exemples en date en est le courant néo-marxien d'origine allemande connu sous le nom de « Critique de la Valeur » dont nous avions suivi le séminaire parisien en 2015 et 2016, moins désincarné il est vrai, à ce moment-là. La Wertkritik a partagé avec Louis Althusser l'idée que le capitalisme est un « procès sans sujet » [10] mais a poussé ce concept plus loin, en affirmant que les humains eux-mêmes sont dominés par les abstractions réelles (l'argent, la valeur) qui les agissent. Quelles sont les racines de cette élaboration ?
À travers une problématisation structurale héritée de Claude Lévi-Strauss [11] et via son concept de « rupture épistémologique », Althusser avait érigé les écrits de Marx postérieurs à 1845 en une œuvre ainsi devenue « scientifique » ; double exclusion du sensible dont nous allions apprendre plus tard en quoi elle structurait avec excès l'inconscient de l'auteur. L'arrière plan politique de cette théorisation était tributaire d'une époque dominée par un stalinisme manichéen par essence : les êtres humains (et surtout les paysans qui étaient assimilés à un groupe social rétrograde) étaient considérés comme les jouets d'une marche grandiose vers le « socialisme » et cette horreur était justifiée en stipendiant tout humanisme comme une valeur bourgeoise à combattre [12]. En conséquence, toute anthropologie politique fut ostracisée et avec elle la capacité des êtres humains organisés à devenir précisément des sujets de l'histoire. Or, la spécificité de la civilisation capitaliste pouvait tout à fait être prise en compte, tout en avançant que, comme toute civilisation, elle se soutient d'un Imaginaire qui lui est propre, en l'occurrence structuré par la rationalité calculatrice, une rationalité transgressive par essence [13]. Certes, les individus qui la composent y participent et en sont le plus souvent les jouets, mais il appert de l'histoire moderne ou contemporaine que l'emprise de cet Imaginaire peut être défait dans certaines circonstances [14]. Encore faut-il soutenir une vision dynamique non linéaire et non réifiée de cette histoire.
Il reste que la démarche initiale de la Wertkritik – en partie inspirée de Georg Lukács [15] et de l'École de Francfort [16] – fut bienvenue dans cette traversée du désert et que nous partageons toujours son pronostic d'effondrement inéluctablement cataclysmique du capital.
Mais au-delà de ce courant, la complaisance pérenne dans l'abstraction absconse a des origines très largement refoulées qui se situent en particulier dans la dévastation intellectuelle profonde qui a suivi la guerre de Trente ans (1914-1945) [17].
Jean-Paul Sartre, qui n'a jamais caché sa soif de notoriété, a connu les écrits de Heidegger lors de son séjour à l'Institut français de Berlin en 1933-1934, puis s'est attelé à la rédaction de L'Être et le néant, publié en 1943, c'est-à-dire en pleine Occupation [18], tandis que d'autres s'organisaient dans la Résistance. Comprenant que tout était à rebâtir et qu'il y avait-là une opportunité de reconnaissance sociale ou académique à saisir, beaucoup, comme lui, se sont alors mis à emprunter ou imiter le verbiage du nazi Heidegger.
Plus près de nous, la perdition des intellectuels français en quête de notoriété vers l'eldorado états-unien [19] à la fin des années 1960, l'effondrement programmé des facultés des lettres et sciences humaines dès 1969 au travers de la réforme d'Edgar Faure [20], l'externalisation des classes ouvrières (en Asie in fine) et la disparition de contre-pouvoirs dignes de ce nom, n'ont pas favorisé l'indispensable travail de refondation d'une problématique totalisante à hauteur humaine.
Mais cette déperdition de l'intellectualité critique est actuellement en train d'atteindre des niveaux inédits : la terrible acculturation numérique des êtres humains sur l'ensemble de la planète éradique même la possibilité neuro-physiologique de penser, laquelle exige la capacité de mobiliser une « mémoire longue dans le cortex, pour simplifier [21].
Les dégâts pérennes d'une triple rupture de mémoire
Encore largement invisibilisée, précisément à cause des fractures socio-politiques concomitantes qui les spécifient, nous avons déjà attiré l'attention sur les « trois ruptures de mémoire » qui manifestent leurs effets délétères depuis 1945 et obèrent de manière durable la conscience politique. Ces effets sont d'autant plus destructeurs lorsqu'aucun travail de mémoire n'a été tenté. Il n'est qu'à constater les dégâts pérennes qui résultent d'un totalitarisme soviéto-stalinien non reconnu et non critiqué comme tel par les populations de la fédération de Russie depuis un siècle : c'est ce qui a produit une décérébration politique profonde de ces foules et laisse le champ libre à la dictature mafieuse du Kremlin. A contrario, mais dans une autre situation historique évidemment, le gouvernement sud-africain avait mis en place la commission Vérité et Réconciliation en 1994, avec pour but de remédier au lourd héritage de l'apartheid. Les quatre mesures centrales de cette justice transitionnelle et restauratrice (procès, publication de la vérité, réparations et réformes administratives) étaient destinées à garantir la reconnaissance des faits et la commémoration des violations passées, l'État de droit et, à terme, l'apaisement voire la réconciliation, afin de multiplier les chances de revenir à un fonctionnement pacifié et démocratique [22].
Outre l'attitude des gouvernements, l'enseignement de l'histoire tient une place importante lorsqu'il s'agit d'évaluer les épreuves du passé. C'est également une discipline indispensable à toute élaboration politique. Malheureusement, elle a été notablement marquée au début du XXe siècle en France par la cécité initiale de l'école des Annales. À sa décharge, on ne peut s'empêcher de penser que les puissants partis staliniens de l'époque en avaient fait leur domaine réservé [23]. Il n'empêche, Shlomo Sand pointe le fait, dans Crépuscule de l'histoire [24], que la revue des Annales n'ait publié aucun article sur la Première Guerre mondiale dans les années 1920 et 1930, et que des décennies plus tard, Pierre Nora et Jacques Le Goff aient fait l'impasse sur la guerre d'Algérie. Ainsi, l'histoire socio-politique fut en grande partie reléguée au second plan pour finir par se perdre dans une série intitulée « la vie quotidienne au temps de… », ce qui nous a même valu, à la fin du XXe siècle, toute une « histoire des couleurs ».
Marc Bloch, en tant que Résistant, avait en quelque sorte dépassé dans sa pratique les limites initiales de l'école des Annales dont il était un des fondateurs avec Lucien Febvre. Il eut en outre des démêlés majeurs avec ce dernier car il refusait de se soumettre aux lois antisémites de Vichy. Quant à Braudel, il a rédigé l'essentiel de sa thèse en captivité. Si, à l'évidence, une œuvre ne peut se réduire aux circonstances de son élaboration, cela n'empêche pas d'examiner quelle fut l'attitude de l'auteur vis-à-vis de celles-ci, surtout lorsqu'elles étaient exceptionnelles. C'est pourquoi il est important de ne pas les passer sous silence. Il est même des accélérations de l'histoire qui fonctionnent comme un révélateur des attitudes politiques. Faut-il rappeler la longue impasse de l'historiographie française quant à la collaboration dans ce pays, sans parler de son amnésie persistante concernant les exactions coloniales parfois commises en métropole même [25] ? C'est dans ce contexte historiographique que se sont produites les ruptures de mémoire précédemment citées, ruptures qui ont accompagné des effondrements politiques majeurs.
Le premier d'entre-eux a suivi la guerre de Trente ans [26] mais fut recouvert par la mythification gaullo-communiste de la Résistance [27], par le capitalisme de reconstruction, la célébration du progressisme, du productivisme et de la science, le modernisme technologique états-unien et in fine, par la guerre froide.
Le second, qui débute en 1973 avec le coup d'État de Pinochet au Chili (aussitôt suivi des économistes néolibéraux formés par Milton Friedman à Chicago), s'achève avec l'effondrement de l'URSS en 1991 [28]. La question du rapport de force socio-politique avec les classes ouvrières organisées était devenue obsédante pour le capital à la suite des révoltes de 1968 de par le monde. Les délocalisations industrielles se sont alors succédées et le néolibéralisme s'est imposé avec sa contre-révolution culturelle : destruction des services et libertés publiques, des protections et relations sociales, marchandisation des relations humaines et du vivant, remise en cause de l'État de droit, toutes choses qui visaient à instituer les individus comme des entrepreneurs d'eux-mêmes, après avoir été des « self made men ».
L'effondrement actuel, beaucoup plus profond que les précédents, ressort d'une régression anthropologique inédite dans l'histoire de l'humanité. L'informatique, Internet et les intelligences artificielles sont en passe de générer une colonisation barbare et foudroyante, entretenue par de puissantes entreprises états-uniennes [29] et chinoises (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi).
Dans ces conditions, l'orientation éditoriale ou intellectuelle qui consisterait à en rester à l'écume des jours ou à la surface des choses n'est qu'un symptôme parmi d'autres, de la fuite devant l'élaboration politique, ce qui a contribué de longue date à la défaite radicale à venir en 2027 ici, [30] et possiblement ailleurs en Europe (Allemagne, Espagne, Pologne et Italie). En effet, comment lutter lorsque l'analyse de la situation et de ses causes fait largement défaut ou qu'elle est délégitimée ou encore lorsqu'elle est reléguée, consciemment ou pas, à l'arrière-plan.
Ainsi en est-il d'une certaine « contre-culture écologique ».
Mais évitons immédiatement les malentendus : la légitimité de cet axe de lutte n'est pas en cause. Ce qui nous occupera plus loin, c'est d'en faire une analyse interne et de voir la place sociale qu'elle occupe. Notons toutefois au passage qu'un courant institutionnalisé de l'écologie œuvre depuis des années à donner un statut de personne juridique à des entités naturelles. Non seulement cela ne les préservera pas de l'atteinte à la biodiversité, mais c'est en outre verser dans le judiciarisation de tous les rapports sociaux, comme c'est le cas aux États-unis depuis longtemps. Or, faire appel au droit dans n'importe quelle circonstance privée ou publique, c'est le symptôme d'un effondrement majeur des liens sociaux et d'une vaine tentative de contournement de ces rapports socio-politiques déliquescents.
Les racines d'une « contre-culture » écologique
Plus fondamentalement, revenons à la place acquise par les mouvements écologiques depuis cinq décennies, une place qui est venue recouvrir et masquer de facto le manque abyssal d'élaboration théorico-politique, tandis que, depuis les années 2000, les algorithmes expulsent radicalement de la conscience ce type de préoccupation.
Après la naissance des mouvements de préservation et de conservation d'Elisée Reclus états-uniens au XIXe siècle [31], après les contributions d'Henry David Thoreau ou et alors qu'elle fut longtemps cantonnée aux cercles naturalistes et scientifiques, l'écologie n'est devenue un mouvement social – très divers, dans ses attendus et dans ses objectifs – que tardivement [32]. En 1971 est fondée Greenpeace et en 1972, le rapport Meadows, toujours cité comme précurseur, fut le résultat d'une commande passée au Massachusetts Institute of Technology qui utilisait déjà la modélisation World3 pour simuler par informatique les interactions entre système Terre et activités humaines. En 1974 en France, René Dumont fut le premier écologiste à pouvoir se présenter à l'élection présidentielle. Le pacifisme non violent et anti-nucléaire, la désobéissance civile et l'objection de conscience, le tiers-mondisme et la critique de la croissance infinie sont autant de thèmes qui ont marqué ses débuts en Europe occidentale, dans le reflux de mai 1968. Ces fondements épars donneront naissance à des courants hétérogènes, voire opposés. Par ailleurs, les paradigmes de la croissance et du progrès sans fin, alors partagés par les tenants du capital et des partis qui se réclamaient du socialisme, n'auront pas clarifier les débats, ni contribué à une unification théorico-politique de ces mouvements. Toujours est-il que c'est cette diversité originelle qui sera précisément fondatrice d'une sorte de « contre-culture » appelée à combler le vide laissé par les effondrements politiques pointés plus haut.
L'écologie, une discipline aux pieds d'argile
Au-delà de ces aspects socio-historiques, venons-en à ce qui la constitue à présent, c'est à dire aux études scientifiques, dont le premier rapport émanant du groupe inter-gouvernemental des experts sur l'evolution du climat (GIEC) fut rendu public en 1990. Il a depuis été notablement revu et complété [33]. Notons au passage qu'hormis les scientifiques de ce domaine, personne n'est en mesure de vérifier par soi-même ces approches, ces calculs, sans parler des modélisations statistiques ; les citoyens n'ont donc aucun contrôle sur ces travaux, au contraire de ceux émanant d'une délégation de pouvoir encadrée.
Bien sûr, il ne s'agit pas de mettre en cause l'honnêteté des chercheurs, mais de souligner que le mode de connaissance scientifique moderne [34] dont ils se réclament ne s'autorise que de lui-même et de ses pairs et engendre, au mieux, une adhésion qui ressemble fort à une croyance, nous y reviendrons. Entendons-nous bien : ces travaux font consensus, nous croyons en leur pertinence et en la légitimité de ce champ de bataille, sauf lorsqu'elle s'enferme dans l'au-delà des cieux. Il n'empêche que, pour beaucoup, cela fonctionne comme les textes sacrés d'antan qui permettaient de se retrouver ensemble : Greta Thunberg est devenue une icône populaire à l'âge de 15 ans. Mais les communions se font à présent plutôt autour de la recherche d'un autre mode de vie. Or, les échecs de Notre-Dame-des-Landes et du Rojava ont clairement signifié que les États ne tolèreront ces expérimentations que jusqu'à un certain point. Pour parer à ces limites, les tentatives se sont alors faites plus locales, voire plus individuelles afin d'éviter cette question irrésolue : comment vivre autrement sans destituer l'ancien monde [35] ?
Il reste que l'édifice écologique est également impacté par la remise en cause massive de la notion même de vérité au travers de l'acculturation numérique [36]. Cela se vérifie chaque jour de manière exemplaire aux États-Unis, que ce soit dans les mouvements MAGA ou QAnon, lesquels drainent environ un tiers de la population de ce pays comme « followers ». Il leur suffit simplement d'y opposer d'autres croyances avec le puissant relais des algorithmes. Mais il y a encore plus délicat ; l'écologie repose sur le mode de connaissance scientifique moderne dont il n'est toujours pas compris en quoi :
i) il est intrinsèquement une des sources de l'inhumanité galopante en excluant le sensible,
ii) le fondement d'une informatisation numérique universelle issue de l'algèbre de Boole,
iii) et la puissante source d'une relativisation de la notion de vérité [37].
Ces trois questions sont capitales, mais il y a un écueil supplémentaire. Lorsque l'origine de ces dérèglements climatiques n'est pas pointée – à savoir le règne du capitalisme thermo-industriel – alors cela fragilise encore un peu plus cette adhésion et peut amener à se compromettre gravement dans des publications de droite extrême comme la revue Limites, aujourd'hui disparue. De nombreux mouvements d'extrême droite ont d'ailleurs compris tout le profit qu'ils pouvaient tirer d'une profession de foi écologique, tandis que de grandes entreprises se sont repeintes en vert. Seule une écologie politique fermement anti-capitaliste survivra aux tempêtes à venir, ce que l'on ne peut demander au GIEC, qui est une organisation intergouvernementale.
Il reste que même les « scientifiques du climat » ont leurs points aveugles : aucun n'a eu le courage de se lancer dans le calcul des émissions de gaz à effet de serre produites par le nucléaire depuis l'extraction minière de l'uranium jusqu'au recyclage des déchets en passant par la recherche et les 2 000 explosions atomiques qui ont eu lieu depuis huit décennies. Il faut dire que cela serait contradictoire avec une appartenance au Commissariat à l'Energie Atomique, par exemple. C'est pourquoi le nucléaire est maintenant classé dans les énergies décarbonnées. En d'autres termes, le gouvernement des scientifiques, comme le proposait Auguste Comte au XIXe siècle [38], ne serait pas plus souhaitable que les autres.
Deux versions du politiquement correct, un même recul politique
Autre question, qui malgré les apparences n'est pas sans lien avec les précédentes et qui a surgi à la suite d'une visite de l'exposition sur l'archéologie organisée dans les sous-sols du Collège de France [39]. Il aurait pu s'ensuivre l'envoi d'une lettre ouverte aux commissaires de cette exposition pour l'introduction d'un « Wokisme [40] avancé » dans l'enceinte de cette vénérable institution. En effet, outre des inexactitudes (la « vallée de Néander » n'existe pas [41]) plusieurs panneaux pointent la vision des « femmes préhistoriques » colportée à la fin du XIXe siècle, c'est-à-dire aux débuts de l'archéologie, avec pour illustration la reproduction de peintures de cette époque qui nous apparaissent à juste titre caricaturales aujourd'hui : les femmes préhistoriques allaitent ou balayent la grotte tandis que monsieur revient avec le gibier chassé, ce qui est une représentation tout aussi caricaturale. Pour ceux qui n'auraient éventuellement pas compris, cela se répète sur plusieurs panneaux. Cette critique est quelque peu anhistorique et facile comme dans de nombreuses attitudes « politiquement correctes ». Encore avons-nous échappé à une « Gender Archaeology » états-unienne qui soutiendrait l'existence d'un matriarcat perdu [42]. Mais cela n'empêche pas la diffusion d'une vidéo qui montre Yves Coppens et Donald Johanson comme les deux découvreurs de Lucy [43] en novembre 1974, en Ethiopie. Or non seulement cela fut également le fruit du travail de Tom Gray et Maurice Taïeb, mais surtout celui de Raymonde Bonnefille, la seule femme du groupe dont la présence et le nom sont passés sous silence mais qui eut un rôle important dans cette expédition ô combien difficile : elle a par exemple expliqué que l'Ethiopie était alors en pleine révolution, qu'il n'y avait ni téléphone, ni GPS, ni route d'accès et que la température avoisinait les quarante degrés [44]. En outre, il eût été à propos de rappeler qu'au moins jusqu'à la sédentarité des périodes Jōmon ou néolithique [45], les femmes étaient, encore plus qu'au XIXe siècle ou à présent, astreintes de facto à allaiter les nouveau-nés pendant plusieurs années afin que quelques-uns d'entre-eux puissent vivre. C'est ainsi que le rôle social de droits nouveaux chèrement acquis et la perspective historique longue passent à la trappe. Autrement dit, la défense d'une juste cause avec des arguments faibles ou faux entérine une confusion dommageable dont les échecs retentissants du parti démocrate aux États-unis sont un exemple achevé.
Cela rappelle aussi le douloureux souvenir d'une manifestation place de la République lorsqu'il s'agissait de soutenir la mémoire de Mahsa Amini, kurde iranienne décédée en septembre 2022 qui se battait avec d'autres femmes contre le port du voile dans son pays [46]. Il y avait le mouvement des Femmes Kurdes en France (TJK-F), Femme Azadi, Filles d'Iran, mais peu de mouvements féministes français sur la place mis à part ses courants fondateurs des années 1970 (Alliance des Femmes pour la Démocratie, Planning familial) et encore moins de « gôches » par peur de contrarier certaines populations, fussent-elles adhérentes au salafisme. Plus dure sera la chute.
Savoirs, connaissances et croyances modernes
Depuis au moins trois millions d'années, les êtres humains se sont forgé des savoirs au contact de leur environnement animal, végétal et minéral, mais d'autres domaines, à savoir l'alternance des saisons, la rotation des étoiles, l'avènement de la mort, etc. furent à l'origine de croyances, étant donné – comme nous le dirions aujourd'hui – que ce Réel échappe, qu'il est hors de portée. Ces croyances se sont peu à peu étendues et structurées en animismes, puis ont été organisées dans des « récits d'origine » que nous appelons des mythes [47]. Lorsque les groupes semi-nomades de chasseurs-cueilleurs sont passés à des organisations sociales plus complexes liées à la sédentarisation [48], ces croyances ont, en écho, progressivement évolué vers une personnification déifiée qui s'est par la suite figée en ce que nous nommons des religions, d'abord polythéistes, portées à l'écrit à partir du milieu du quatrième millénaire avant notre ère.
Ainsi, les quatre-vingt quinze pour cent d'agriculteurs et d'éleveurs qui composaient la population terrestre avant la révolution thermo-industrielle de la fin du XVIIIe siècle, évoluaient entre des savoirs liés à leur expérience ancestrale et des croyances religieuses. Mais lorsqu'au XIXe siècle l'urbanité s'est étendue [49] avec le capitalisme, alors, nous sommes majoritairement devenus des individus « hors sol ». Tandis que les savoirs avaient déjà largement cédé la place, le mode de connaissance scientifique moderne, via l'enseignement laïc, gratuit et obligatoire pour tous, faisait aussi reculer les croyances religieuses. Un nouveau rapport à la vérité allait s'imposer à tous.
Mais qu'on le veuille ou non, il était demandé et l'on demande encore aux enfants ou aux adolescents de croire aux connaissances enseignées, fussent-elles « objectivement fondées ». C'est ainsi que nous sommes restés, mêmes adultes, des êtres de croyances, mais celles-ci sont d'un type nouveau, plus moderne. Elles reposent en grande partie sur un mode de connaissance qui prétend rendre compte du Réel – un impossible dont il se prévaut malgré tout – avec tous les problèmes que cela entraîne : le monde sensible et la réalité matérielle des rapports sociaux en sont intrinsèquement expulsés ; sans parler du fait qu'il a largement participé à la structuration de l'Imaginaire [50] de la civilisation instaurée à la fin du XIXe siècle.
Qu'en conclure, au moins provisoirement ? D'une part que l'écologie est une contre-culture fragile de ce double point de vue : elle est tributaire de la croyance dans les résultats du mode de connaissance qui la fonde. C'est pourquoi viser les rapports sociaux de production qui sont à la base du réchauffement climatique, de l'extinction des espèces etc. garde tout son sens. Mais c'est surtout viser un mode de production qui est par essence attentatoire à la vie sur Terre.
Jean-Marc Royer, juillet 2026
[1] « Zapper Bolloré », tribune du monde du cinéma publiée par Libération le 11 mai 2026
[2] On regrettera encore longtemps la disparition des éditions Maspero qui n'ont jamais eu d'équivalent.
[3] Soutenir la mémoire des défunts fait même partie du lent processus d'hominisation depuis Néandertal. Ce nombre de victimes fait consensus ; cela dit, il ne peut prétendre en refléter la totalité, du fait que l'armée russe les a parfois ensevelies dans des fosses communes comme à Boutcha, Irpin et plus massivement encore à Marioupol.
[4] Et celle de Staline contre le IIIe Reich, entre le 21 juin 1941 et le 9 mai 1945.
[5] À ce propos on ne peut qu'être atterré par le « double standard », non seulement des gouvernements lorsqu'il s'agit de dénoncer la barbarie, mais aussi de ceux qui prétendent lutter contre celle-ci. En effet, pourquoi les Ukrainiens ne pourraient jouir des mêmes droits à exister que les Palestiniens ? Le gouvernement des uns serait-il plus contestable que celui des autres ? De plus, les mobilisations massives des ukrainiens contre certaines décisions gouvernementales en 2025 et 2026, c'est-à-dire en temps de guerre, n'ont pas d'équivalent connu en Europe contemporaine.
[6] Tous les services de renseignement occidentaux confirment une intensification des opérations de sabotage, de cyber-attaques et d'ingérences russes en Europe. Cf. le rapport « Menaces russes sur le flanc oriental de l'OTAN : scénarios, stratégie et enjeux pour la sécurité européenne », Harvard Kennedy School, Belfer center, février 2026.
[7] Ce qui ne l'a pas empêché d'en utiliser de nombreuses autres depuis les débuts de cette guerre.
[8] Interview accordée au journaliste Pavel Zaroubine et confirmée à Roger Köppel, journaliste et rédacteur en chef du magazine suisse alémanique pro-russe Die Weltwoche le 9 juillet 2026.
[9] Par le choix de sujets à forte valeur émotionnelle ou par le fait de privilégier les « micros-trottoirs », y compris sur France Culture.
[10] Dans Louis Althusser (1918-1990), Pour Marx, Maspero, 1965. Dans les années 1970, ce reproche fut également adressé à Marx jusqu'à ce que certains attirent l'attention sur ses écrits postérieurs à la Commune de Paris.
[11] Claude Lévi-Strauss, Les Structures élémentaires de la parenté, PUF, 1ère éd. 1949.
[12] Pour le résumer à grands traits, Staline considérait les « masses » comme les rouages d'une machine à construire, subordonnant toute vie humaine à une collectivité abstraite, à la volonté du parti, de l'État et au grand architecte (ensuite devenu un « grand timonier »).
[13] Cf. les articles « Capital et mode de connaissance scientifique moderne » ou « Métaphysique du capital », publiés sur Technologos, Sciences en bobines, Réseau sortir du nucléaire, Autre futur, Lundi matin…
[14] Cf. l'article « L'Imaginaire du capitalisme comme civilisation » sur Internet ou Cycle 1968, Bibliothèque Associative de Malakoff, 2018.
[15] L'œuvre de Georg Lukács fut appréciée en France lorsque Histoire et conscience de classe, fut publié par les éditions de Minuit, en 1960.
[16] L'École de Francfort – dont la tentative de synthèse entre marxisme et psychanalyse fut connue à travers les écrits d'Herbert Marcuse ou d'Erich Fromm – a marqué l'histoire intellectuelle de la fin des années 1960.
[17] Concept issu de la lecture des livres d'Enzo Traverso et Eric Hobsbawm. Cf. les articles publiés à ce sujet sur Technologos, Sciences en bobines, Réseau sortir du nucléaire, Autre futur, Lundi matin.
[18] Il y aurait énormément à dire sur l'attitude de J-P. Sartre et S. de Beauvoir entre 1933 et 1945. Ainsi, à l'été 1943, il utilisera ses relations, notamment René Delange patron du journal Comœdia, collaborateur, intime du Sonderführer Gerhard Heller, pour obtenir un emploi à Simone de Beauvoir sur Radio Vichy, entre janvier et avril 1944. Cela ne l'empêchera pas d'édicter les critères par lesquels reconnaître une « œuvre résistante » dans le comité des écrivains d'obédience stalinienne après guerre. Cf. à ce propos l'œuvre de la germaniste Ingrid Galster : Sartre, Vichy et les intellectuels, L'Harmattan, 2001 ; La naissance du phénomène Sartre. Raisons d'un succès (1938-1945), Seuil, 2001 ; dir : Sartre et la question juive, La Découverte, 2005 ; Sartre devant la presse d'Occupation. Le Dossier critique des Mouches et Huis clos. Presses Universitaires de Rennes, 2005 ; Sartre sous l'occupation et après. Nouvelles mises au point, L'Harmattan, 2014.
[19] Outre les émoluments afférents, être invité ou enseigner aux États-unis était regardé comme une promotion indépassable jusqu'à il y a peu. Quant à une première analyse des déboires de la pensée dans ce pays, cf. J-M Royer, « Les évangéliques autour de Trump », histoire et théorie critique #3. Jacques Derrida, participe au colloque sur le structuralisme de 1966 à l'université Johns Hopkins ; Jean Baudrillard fréquente l'école californienne de Palo-Alto dans les années 1970 ; au cours de ces mêmes années, Michel Foucault multiplie les séjours et séminaires à Buffalo et surtout à Berkeley et Claremont ; de la fin des années 1970 jusqu'à son décès, Jean-François Lyotard a occupé plusieurs postes de professeur invité et titulaire dans des universités prestigieuses ; René Girard a accompli toute sa carrière universitaire aux États-unis ; Jean-Pierre Dupuy, introducteur de Gunther Anders en France, enseigne à Stanford depuis plus de quarante ans. Cette liste ne prétend pas être exhaustive.
[20] En instituant « l'autonomie des universités », cette réforme mettait en cause la validité nationale des diplômes universitaires, tout en ouvrant la porte à la privatisation des études supérieures. Cf. à ce sujet Yves Dupont, L'Université en miettes, L'Échappée 2014.
[21] Cf. Michel Desmurget, La fabrique du crétin digital, Seuil, 2019. Cf. également la série des onze « Carnets de réclusion » publiés pendant le Covid-19 sur Autre Futur ou Lundi matin et « New generation, lost generation », Psychanalyse et théorie critique sur autre futur.
[22] Même si son fonctionnement été à juste titre critiqué, la CVR été internationalement saluée pour avoir évité un bain de sang et tenté de fonder un récit national commun.
[23] Un domaine triplement réservé en quelque sorte : ils se sont institués les héritiers de la révolution russe, les gardiens de l'Histoire, les représentants du prolétariat. Grâce à une domination syndicale, politique puis éditoriale largement soutenue par Moscou, ils ont bâti un rapport de forces qu'il ne faisait pas bon contester.
[24] Shlomo Sand, Crépuscule de l'Histoire, Flammarion, 2015.
[25] Ce fut Jean-Luc Einaudi, qui, en solitaire, passa près d'un quart de siècle à exhumer une tuerie unique dans l'histoire contemporaine de la France : le massacre des manifestants algériens le 17 octobre 1961 à Paris.
[26] La périodisation de cet effondrement politique demanderait d'amples développements. Mais notons que les agissements et les guerres coloniales françaises n'ont officiellement pris fin qu'en 1962 et que jusqu'en 1969, le pays s'était doté d'un homme providentiel en la personne d'un général.
[27] Le PCF qui ne s'est engagé dans la résistance qu'après la rupture du pacte Staline-Ribbentrop en juin 1941, s'est auto-proclamé le « parti des 100 000 fusillés » alors qu'au total il y en eu environ trois fois moins sur tout le territoire. Cf. Fontaine Thomas, « Chronologie : Répression et persécution en France occupée 1940-1944 », Sciences Po, 7 décembre 2009.
[28] La désindexation du dollar par rapport à l'or en 1971, la crise pétrolière de 1973, l'Anschluss de la RDA en 1990, sont d'autres dates marquantes de cette période.
[29] Meta, Alphabet, Microsoft, Amazon, Tesla, Apple, Nvidia dépassent la capitalisation de 1 000 milliards de dollars en bourse, soit ensembles 16500 milliards, c'est-à-dire cinquante fois le budget annuel de l'État français ou cinq fois le PIB national. Cf. à ce propos la série des onze « Carnets de réclusion » déjà mentionnés.
[30] Marine Le Pen bénéficiera des expériences européennes en cours. Ses premières mesures viseront sûrement à consolider, élargir sa base sociale, notamment vers le Medef et les électeurs du marais centriste. Nous verrons d'un côté la radicalisation et la reconfiguration des groupes d'extrême droite et de l'autre des tentations de « faire le dos rond en attendant que ça passe », comme en Italie.
[31] Les parcs de Yellowstone ou Yosemite représentaient « la création originelle », le lien privilégié des états-uniens avec « leur terre promise », une nature sauvage (wilderness) érigée en analogue de la pureté nationale, toutes choses qui contribuèrent, avec une religiosité omniprésente, à refouler profondément les soubassements esclavagistes, colonisateurs et violents de ce pays.
[32] Il y eut des journaux comme La Gueule ouverte (fondé avec des animateurs de Harakiri), Survivre et vivre, Le Sauvage etc. En évitant de verser dans la critique anachronique, la relecture de ces journaux ou des positions du mouvement anti-nucléaire de l'époque nous a fait prendre conscience lors du séminaire donné à la bibliothèque associative de Malakoff en 2016 des impasses de l'époque, dont certaines perdurent encore. Par exemple, la qualification du nucléaire comme crime contre l'humanité, reste confidentielle. De même, la place de « la technique » dans les œuvres de Charbonnier et d'Ellul n'a pas été suffisamment critiquée ni rapportée à ce qui fonde toutes les techniques industrielles, à savoir le mode de connaissance scientifique moderne.
[33] Le GIEC a notamment revu à la hausse la place du méthane (essentiellement émis par les ruminants et les rizières) lors de la publication de son Sixième Rapport d'évaluation paru en août 2021.
[34] Cf. Jean-Marc Royer, La science, creuset de l'inhumanité, L'Harmattan, 2012 et les nombreux articles disponibles sur Internet à ce sujet.
[35] À moins de s'illusionner sur la trilogie « préfiguration-essaimage-bifurcation » encore soutenue par quelques décroissants et collapsologues ? Cf. à ce sujet Michel Lepesant « Prendre les difficultés avec (la) Mesure », 4 novembre 2017, Blog du Monde : Décroissances.
[36] On ne peut qu'être interloqué par la confondante similitude des réactions de détresse psychiques, ici aussi bien qu'en fédération de Russie, devant les coupures de réseaux.
[37] Cf. à ce propos Jean-Marc Royer, « Capital et mode de connaissance scientifique moderne » sur Autre futur, Technologos ou lundi matin.
[38] Et Geoffroy de Lagasnerie, le 7 juillet 2026 aux Rencontres de Pétrarque.
[39] Exposition nommée « Préhistoire : entre utopie et réalité » et qui a fermé ses portes le 19 juillet 2026.
[40] Le wokisme désigne la démarche d'origine essentiellement évangélique (être éveillé) moralisatrice et progressiste qui visait à l'égalité et à la justice à la manière états-unienne, c'est-à-dire dépolitisée, et dont on constate les résultats régressifs dans ce pays. Par ailleurs, la pratique de la dénonciation publique, d'où qu'elle vienne, ne peut être acceptée.
[41] Il s'agit de celle de la Düssel, un affluent du Rhin dont la beauté fut chantée par le poète allemand Neumann (1650-1680) dont le nom fut grécisé en Neander suivant la mode de la Renaissance. Cf. Marcel Otte, « Néandertal, une histoire belge ? », Carbone 14, France Culture 16 mars 2024
[42] Cf. Vincent Charpentier, « Le matriarcat ou l'archéologie du genre », Carbone 14, France Culture, 29 juin 2024.
[43] Reconstitution du squelette de cet Australopithecus qui démontre l'existence de la bipédie il y a plus de trois millions d'années.
[44] Cf. Vincent Charpentier, « Lucy, juste cinquante ans, mais plus de trois millions d'années », France Culture, L'entretien archéologique, 8 novembre 2024.
[45] Au Japon, la période Jōmon se caractérise, entre autres choses, par une sédentarité bien plus précoce qu'en Eurasie.
[46] Cf. « En images : le soulèvement des femmes iraniennes après la mort de Mahsa Amini soutenu partout dans le monde », Le Monde, 25 septembre 2022.
[47] Cf. Jean-Loïc Le Quellec, « Préhistoire et Mythologie », France Culture, Le Salon noir, 23 avril 2016.
[48] Jean Guilaine, Les Néolithiques et nous : sommes-nous si différents ?, Odile Jacob, 2025. « Le néolithique de Jean Guilaine », France Culture, le salon noir, 10 mars 2015.
[49] « Rappelons que la population en ville n'était que de 6,4 % en 1850, 14 % en 1900 et inférieur à 30 % en 1950 et plus de la moitié de la population mondiale vit désormais en ville, 57 % exactement ». France Culture, Carbone 14, 28 janvier 2023.
[50] Un Imaginaire structuré par « la rationalité calculatrice et transgressive ». Cf. les articles publiés à ce sujet su Technologos, Bibliothèque associative de Malakoff, Autre futur, Lundimatin, Internet Archive.
Quand des policiers et des militaires jouent aux fous du volant, il n'y a aucune polémique dans les médias des milliardaires.
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Jeudi 6 août 2026, rendez-vous à l'Amicale du futur ( (31 rue Sébastien Gryphe-Lyon 07))de 18h à minuit pour un bar de soutien aux prisonniers de la gen z et prisonniers politiques marocains.
Au programme :
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💫 Faites tourner sans hésiter ! 🫶
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Nous subissons les canicules les plus dures depuis le début des mesures, mais c'est aussi l'épisode le plus sec qu'ait connu la France.
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La marche annuelle contre le doublement du Lyon-Turin dans le Val de Suse ce week-end était particulièrement déterminée. En marge de la 10e édition du festival « Alta Felicita », 20 000 personnes se sont mobilisées contre la destruction en cours.
Comme chaque été depuis maintenant 10 ans, le Val de Suse accueillait le festival "Alta Felicità" et une grande marche contre le grand projet inutile et impoosé du doublement de la ligne ferrorivaire Lyon-Turin. Pour rappel, ce grand projet a été initié dans les années 1980 menace 1500 hectares de terres, de plaines, de vallées et de montagnes à travers les Alpes, sur le territoire italien et français. Pour faire passer de force son traçé de 270 kilomètres, ses 202 kilomètres de galeries et ses 11 tunnels sous les massifs, la société d'exploitation TELT pompe plusieurs dizaine de milliards d'euros investis par les collectivités locales et cause des ravages écologiques irréversibles. Si le traçé est plus important du côté français, c'est du côté italien que les travaux ont commencé le plus tôt, et où la mobilisation s'organise depuis le début des années 2000, en installant régulièrement des campements ("presidio") pour empêcher le chantier de progresser.
La mobilisation appelée cet été est marquée par une impressionnante participation, avec plus de 40 000 personnes qui ont convergé de l'Italie et de l'international vers Venaus, selon les médias locaux. Une participation record qui s'explique à la fois par l'anniversaire du festival mais également par le 15e anniversaire de « La République libre de la Maddalena », un presidio installé pendant six semaines de lutte acharnée à Chiomonte près de Venaus en 2011.
Samedi 25 juillet, une grande manifestation et une caravane de véhicule étaient appelées au départ de Venaus et de Suza après l'ouverture du festival. Au départ de la manifestation qui réunit 20 000 personnes, trois groupes se forment. Une première attaque est menée contre le chantier de San Didero, tout près de Suza. Ce chantier de 68 000m2, lancé en 2021 entre l'autoroute A32 et la route nationale 25 du Moncenisio, est censé accueillir un grand parking et les bureaux d'exploitation de Sitaf, qui aura pour objectif de réguler le flux de poids lourds se dirigeant vers le tunnel du Fréjus. Une deuxième a lieu à Chiomonte, sur le plus grand chantier italien du Lyon-Turin, un des points névralgiques du tunnel transalpin. Enfin, le troisième groupe a continué jusqu'au chantier de Salbertrand, zone prévue pour l'usine de traitement des matériaux d'excavation destinés à la fabrication du béton, l'usine de voussoirs pour le revêtement du tunnel et la zone de triage et de chargement par voie ferrée vers les sites de stockage de Torrazza Piemonte et de Caprie.
Sur le premier chantier, à San Didero, le barrières ont été forcées et un affrontement a eu lieu avec les flics avec notamment des mortiers et de nombreux pétard. Le groupe a finalement été repoussé par la police à coup de lacrymos. Une partie de la manifestation est partie occuper la voie ferroviaire de Bruzolo pendant quasi une heure. L'attaque la plus violente portée au TAV a finalement été celle du chantier de Chiomonte, où la détermination des manifestant-es leur a permis de mettre en déroute les flics, de faire brûler quatre camions de carabieniri et de forcer l'entrée du chantier pour y réaliser les dégradations voulues.
photographie @bapptou
photographie @la_loutre
TELT, la société italo-française chargée de la réalisation de la ligne Turin-Lyon, a fait le tour des médias internationaux pour déplorer des dégâts qui seraient estimés à 1 million d'eutros. Derrière des chiffres bien entendu impossibles à vérifier, c'est tout de même une victoire importante de la lutte No-TAV contre le désastre en cours et à venir.
Face à cette victoire, le gouvernement italien d'extrême-droite de Meloni a bien entendu poussé nombre de cris d'ofraie contre la violence des manifestant-es contre les condés et a lancé une importante répression. L'équivalent de l'AFP italien (l'ANSA) rapporte dans les médias depuis le début de la semaine que plusieurs centaine de personnes ont été repérées comme ayant participé aux moments les plus déterminés de la mobilisation et 4 militant-es internationaux ont été arrêté-es. Meloni et le ministre de l'intérieur Matteo Piantedosi ont chargé la préfecture de police de Turin pour mener la répression contre la mobilisation.
Solidarité avec les personnes interpellées et que crève le Lyon-Turin !
Le dispositif a été découvert lors d'un changement d'autoradio, après que ce dernier ait été retiré de son emplacement. Deux micros (gauche-droite) étaient visibles en premier, collés à la paroi du cash plastique sous l'autoradio. Ils étaient reliés a un boîtier (bricolé sur la base du modèle Innova RB800) avec carte SIM (Orange) et carte micro SD, une petite batterie (1200 mAh) et une balise GPS (Taoglas, modèle datant de 2013). Le tout était ponté sur l'alim de l'autoradio et collé avec de la pâte collante à la paroi sous l'auto-radio.
La musique a bien dû leur casser la tête !
Article trouvé ici, https://nantes.indymedia.org/posts/167658/les-autoradios-ont-des-oreilles/
Nous reproduisons ici en brochures les différents chapitres du livre « le socialisme sauvage », de Charles Reeve.
A ce qui commence, ou éloge de l'excès.
On nous dit que la fin du monde serait aujourd'hui plus facile à imaginer que la fin du capitalisme. Cette formule, signée de la main d'un acteur médiatique de la scène néomarxiste, est sombre et prête à confusion. Il est aujourd'hui évident que le monde et le capitalisme risquent bien de n'avoir qu'une seule et même fin. Mais la formule traduit aussi l'état d'esprit des forces politiques défaites et déçues par l'effondrement du bloc capitaliste d'Etat, et pour qui l'espérance était indissociable d'un modèle étatique du bonheur social. Le slogan de Nuit debout du printemps 2016, « Une autre fin du monde est possible », est une réplique positive à la formule pessimiste de Slavoj Zizek. Elle dit que, si la route du capitalisme, jalonnée d'horreurs et de barbarie, peut nous emmener, à coup sûr, à la catastrophe finale, il nous reste toujours la liberté de penser à sa subversion et d'agir en conséquence. La fin du monde, capitaliste s'entend, ne sera pas nécessairement la fin du monde humain.
Nous n'avons pas fait un travail d'historien sur les diverses périodes révolutionnaires du mouvement socialiste, même si l'histoire est évidemment au centre de notre réflexion. Notre propos est de revisiter ces périodes, de les discuter à travers le prisme des conceptions hérétiques du socialisme. Nous l'avons fait de façon parcellaire, parfois rapide, avec un parti pris assumé. Nous sommes concerné, interpellé par les courants que les historiographies officielle et officieuse – celles qui se placent du côté de la normalité des pouvoirs en place ou en devenir – appellent les « excès des extrêmes ». Et que les chefs du socialisme orthodoxe qualifièrent très tôt de « sauvages », car ils leur échappaient. Avec ce parti pris, nous revendiquons des choix forts : pour la défense du mandat impératif des Enragés dans la Grande Révolution française, pour le combat des soviets tentant de garder le pouvoir sur la réorganisation de la production et de la société au cours des révolutions russes, pour l'expérience d'autogouvernement des conseils et les tentatives de socialiser l'économie lors de la révolution allemande de 1918-1920, pour les réalisations des collectivités anarchistes au cours de la révolution espagnole, pour les pratiques d'auto-organisation autonomes lors de la grève générale de Mai 68 et de la révolution portugaise de 1974-1975.
Un certain nombre de prémisses forment la charpente de cette conception que nous partageons, avec des nuances et des désaccords non essentiels, avec celles et ceux qui se revendiquent des courants antiautoritaires du socialisme. Les certitudes non négociables sont celles de la critique de la délégation permanente du pouvoir et du principe d'autorité qui lui est indissociablement lié, fondamentalement incompatibles avec la transformation du monde. Nous savons, en nous penchant sur l'histoire, que le processus contradictoire de subversion du capitalisme ne peut se développer que dans et par l'organisation assumée collectivement de nouvelles formes de vie, de production et de consommation par les intéressés eux-mêmes. Il ne peut trouver sa force que dans l'opposition déclarée aux séparations de l'économie, de la politique et de la société qui sont les fondements de la reproduction du vieux pouvoir.
Au-delà de ces certitudes, tout peut être discuté, questionné, et cet ouvrage se veut une contribution à cette mise à jour nécessaire.
En achevant notre parcours sur les mouvements récents et les débats qu'ils suscitent, nous tenons à rappeler qu'ils se rapprochent aussi des courants du socialisme sauvage. Car, avec leurs contradictions et limites, ces mouvements s'écartent des principes et des objectifs du socialisme des chefs, du parti qui possède le savoir de la transformation. A ce jour, ces mouvements n'ont pas été récupérés ou dénaturés par les organisations institutionnelles du passé. Ils ont tout simplement manqué de la dynamique autonome, ce qui a permis aux vieilles tendances d'étouffer les graines de rupture. Les balbutiements de l'avenir se croisent toujours avec les derniers sursauts d'un passé en déroute. Mais les questions soulevées sont incontournables et sont là pour durer. Car les nouveaux possibles avancent par tâtonnements, par des poussées qui s'épuisent et qui recommencent.
Tout compte fait, nous n'avons toujours pas surmonté l'antagonisme entre la démocratie de délégation permanente et l'exercice direct de la souveraineté. Comme l'écrivait Pierre Kropotkine à propos de la Grande Révolution, la démocratie directe doit toujours travailler à se faire jour dans les mouvements émancipateurs.
L'intention est donc de parcourir avec le lecteur de fil rouge, ou rouge et noir, de l'émancipation sociale, de l'exigence de la maîtrise de la subversion du monde par celles et ceux qui sont concernés et intéressés. Autrement dit, le chemin ardu et escarpé du socialisme sauvage, qui relie la Grande Révolution à Occupy Wall Street.
La Révolution française (1789-1795) : la souveraineté contre la délégation
L'origine des formes d'organisation fondées sur la représentation remonte aux sociétés précapitalistes et aux Etats de l'Antiquité. On les retrouvera par la suite dans les cités du Moyen Âge européen où les producteurs, artisans associés en corporations, gouvernaient les affaires publiques dans des assemblées. Ce fut aussi le cas lors de la première révolution anglaise du XVIIè siècle (1648-1657), où les organisations de soldats s'appuyaient sur le principe de la représentativité. Toutefois, « la démocratie n'y apparaissait pas sous la forme de l'expression d'une conception théorique sur l'égalité des droits de tous les hommes » et l'organisation politique était dominée par des minorités qui possédaient le pouvoir économique, les exploités étant exclus du processus de représentation.
Lors de la Révolution française de 1789, la bourgeoisie opposa l'idée de souveraineté populaire, l'égalité formelle des citoyens, à la souveraineté de droit divin de la monarchie – idée qui constitua par la suite le socle des théories politiques sur le pouvoir représentatif. Le mouvement même de la Révolution, le besoin de la bourgeoisie montante de s'unir avec les forces des exploités pour supprimer les obstacles féodaux qui empêchaient le développement du capitalisme, avait pour conséquence immédiate de questionner la difficulté de l'exercice de cette souveraineté. « Si elle [la bourgeoisie moderne] avait besoin de proclamer contre l'absolutisme que tout pouvoir émane du peuple, elle ne pouvait admettre que le peuple prétendit l'exercer. Il fallait donc trouver un correctif . » Plus concrètement, les bourgeois, dont la force en tant que classe était encore faible, « craignaient que les classes inférieures, qu'ils écrasaient sous la concurrence et l'exploitation, puissent finir par contrôler la législation ». Ce correctif trouva sa forme accomplie dans le système représentatif parlementaire. La délégation permanente permit de garder l'idée de souveraineté populaire tout en revalorisant la vieille institution parlementaire, héritée de la fin de la féodalité. « Tout pouvoir émanait du peuple ; mais, en pratique, on lui déniait le droit de l'exercer lui-même : il avait seulement la permission de le ‘'déléguer'' ». C'est ainsi qu'on crut résoudre « un des grands inconvénients de la démocratie » dont parlait Montesquieu, voix de la noblesse libérale : l'« incapacité » du peuple à exercer sa propre souveraineté telle qu'elle était revendiquée par la Révolution. Les formes pratiques de cette correction par la délégation permanente furent l'enjeu d'une lutte longue et contradictoire. Limité au départ par le revenu, la place sociale ou le sexe des membres du peuple, l'exercice du vote ne fut que progressivement élargi à la majorité des membres des classes pauvres et, plus tard, aux femmes. Ainsi, la lutte pour le suffrage universel resta fortement attachée à l'esprit et à l'action politique des exploités. Puis, avec la montée des luttes de classe et le développement du capitalisme, le suffrage universel pour la délégation permanente et le système représentatif s'avérèrent finalement indispensables à la consolidation du consensus social, légitimant le pouvoir politique de la bourgeoisie. « Loin d'être un danger ou une source de faiblesse pour le capitalisme, il est clair [...] que la démocratie est une de ses forces . »
Certains penseurs, tels Rousseau, commencèrent par reconnaître que la délégation de la souveraineté constituait la négation même de la souveraineté : « La volonté générale ne se représente pas. » Ayant recours à l'idée de « nature humaine », ils en vinrent ensuite à conclure que la vraie démocratie n'existerait jamais, car les hommes sont imparfaits. Robespierre ne s'en éloignait pas trop lorsqu'il écrivait : « La démocratie est un état où le peuple souverain [...] fait par lui-même tout ce qu'il peut bien faire, et par des délégués tout ce qu'il ne peut pas faire lui-même . » Les Jacobins, tendance politique extrême de la nouvelle classe dirigeante, basculèrent ainsi clairement vers une opposition à l'exercice direct de la démocratie par le peuple, que Robespierre appelait « la démocratie pure ». Ils cherchèrent à corriger l'imperfectibilité du système représentatif de type parlementaire par la voie juridique, établissant des garanties et des règles destinées à prévenir les excès et l'arbitraire des représentants élus. Un des postulats de la doctrine de Robespierre était, justement, que celui à qui l'on délègue la souveraineté serait toujours tenté de se montrer infidèle et manquerait d'intégrité. L'exercice du pouvoir comportait donc des dangers : « le mandataire est a priori enclin à l'infidélité parce que l'exercice de tout mandat comporte une part d'avantages personnels (d'orgueil, de fortune ou d'ambition), dont l'acquisition ou le maintien détériore à la longue l'intégrité première des mieux intentionnés . » Ainsi, non seulement le peuple souverain était incapable d'exercer son pouvoir, mais il avait aussi besoin d'être protégé des infidélités de ceux qui le représentaient par le recours à des contrôleurs indépendants sans mandat électif qui seraient en mesure d'assurer les droits du peuple et de le protéger des déficiences de ses mandataires. L'idée n'était pas nouvelle. Dans d'autres circonstances historiques et sociales, la démocratie grecque de l'Antiquité s'en était préoccupée, plaçant ses « experts » hors du champ politique et ayant recours aux esclaves. Le souci était de séparer le pouvoir de décision (des hommes libres) du pouvoir d'exécution (des esclaves) .
Pour les Jacobins de la Grande Révolution, il s'agissait donc de protéger la sphère publique des défauts et abus du système de délégation permanente du pouvoir donc ils reconnaissaient les imperfections qui lui étaient inhérentes. Au point que – paradoxe ou aveu – ils en venaient à proposer la protection du peuple par des « contrôleurs » non élus, non soumis au principe démocratique de délégation du pouvoir. Seule façon selon eux de trouver un contrepoids à la dépossession de la souveraineté produite par le système représentatif lui-même. Reconnaître le principe démocratique de l'égalité formelle dévoilait ainsi inévitablement l'inégalité sociale qui est son fondement. Ainsi, conscients du danger qui entraînait l'expropriation de l'exercice de la souveraineté par le peuple insurgé, les Jacobins se déclaraient aussitôt prêts à accepter, dans certaines limites, l'action populaire comme moyen de pression sur le système représentatif. Une sorte d'exception souveraine. On peut voir, dans cet arrangement, une illustration de l'idée de Pierre Kropotkine, qui présentait les Jacobins comme un courant fondamentalement opportuniste, spécificité qu'il mettait sur le compte de sa composition sociale. « Loin de gouverner la Révolution, le club des Jacobins n'a fait que la suivre. [...] L'esprit du club changeant avec chaque nouvelle crise . » Soucieux de placer l'action populaire au centre de son étude de la Grande Révolution, Kropotkine considérait par ailleurs que l'historiographie de l'après-Révolution crut voir chez les Jacobins une capacité d'initiative exagérée qui ne correspondait pas au rôle que le courant avait joué dans la société .
En effet, l'action du peuple pour accéder pleinement à l'exercice de sa propre souveraineté rythma le cours de la Révolution, forçant les deux courants majoritaires et opposés, Montagnards et Girondins, à se repositionner constamment durant les événements. Cette action, qui s'affirma surtout lors des violences contre les résistances de l'Ancien Régime, en 1792 et 1793, fut menée par les sections révolutionnaires et les clubs qui, du coup, prenaient leurs distances avec la Convention, assemblée représentative élue à deux niveaux. Organes de la vie publique, se fédérant entre elles et menant des actions communes qui étaient parfois illégales au regard de l'Assemblée, les sections de Paris exprimaient un esprit d'organisation spontanée. La population parisienne était parvenue à constituer, à côté de l'Assemblée nationale, « un pouvoir réel qui donna corps aux tendances révolutionnaires ». Ce pouvoir fut la Commune révolutionnaire de Paris, née après le 8 août 1792, et qu'il ne faut pas confondre avec la commune, organe d'administration locale qui existait depuis 1789. Ce fut pourtant dans le cadre des districts (devenus par la suite les sections) de la première commune que, dès juillet 1789, le débat prit de l'ampleur sur la question du « mandat impératif », qui fut le terme utilisé à l'époque pour « démocratie directe ».
La Commune révolutionnaire revendiquait un gouvernement direct du peuple. Ce fut l'apogée de l'insurrection, pendant laquelle la rue maintint la pression sur la royauté, cela jusqu'à son abolition et la proclamation de la république. « La Commune doit légiférer et administrer elle-même, directement autant que possible ; le gouvernement représentatif doit être restreint au minimum ; tout ce que la Commune peut faire directement doit être décidé par elle, sans intermédiaire, sans délégation, ou par des délégués réduits au tôle de mandataires spéciaux, agissant sous le contrôle incessant des mandants . » Les hésitations de l'Assemblée puis de la Convention, les craintes envers la Commune et la radicalisation de la rue, renforcèrent les désirs des courants bourgeois de limiter, de corriger, voire de réprimer la souveraineté populaire. La bourgeoisie révolutionnaire s'inquiéta du progrès rapide de ce principe de démocratie directe dans les classes populaires, qui se trouvait en opposition frontale avec l'idée jacobine de démocratie représentative. A ce propos, on ne peut que soutenir l'affirmation selon laquelle la « méfiance à l'égard des modes et des organes de décision spontanément créés par le peuple, et finalement la répression à leur encontre » traduisent incontestablement la nature bourgeoise de la Révolution .
Pierre Kropotkine, malgré le fait qu'il n'eut accès qu'à des sources limitées, celles disponibles au début du XXe siècle, fit un véritable travail d'historien sur la Révolution. Et ce, en montrant clairement ses options politiques, réussissant ainsi à dégager les principes du mouvement social avec une vision d'avenir. Il affirma que ces principes étaient les précurseurs de la radicalité moderne en politique. « La Grande Révolution [...] fut la source de toutes les conceptions communistes, anarchistes et socialistes de notre époque . »
Sans s'égarer dans le déroulement complexe de la Grande Révolution, il importe de rappeler ici quelques lignes de forces. Tout d'abord, l'importance qu'y jouèrent les organisations populaires, les comités et les sections. On ne peut imaginer la vie politique des clubs, les affrontements entre les grands courants de la Révolution, sans ce ferment révolutionnaire, sans ce radicalisme de la rue. Un siècle plus tard, Karl Kautsky, théoricien social-démocrate, pourtant peu enclin à soutenir la spontanéité créatrice, reconnut que le soulèvement du peuple et l'initative collective furent à l'origine des moments les plus importants de la Révolution. « Les décisions importantes des diverses Assemblées nationales, de la Constituante, de la Législative, de la Convention ne faisaient que confirmer ce que le peuple avait déjà fait. Dans les combats révolutionnaires, ces assemblées apparaissaient beaucoup plus comme recevant des directives du peuple et non comme lui en donnant . » L'esprit et l'énergie révolutionnaires se déplacèrent constamment selon le changement de fonction des organisations. Kropotkine fut de ceux qui surent mettre en relief ce mouvement propre à toute situation révolutionnaire. Dans le jeu de l'action politique et des contradictions du processus révolutionnaire, les organisations populaires se vidèrent progressivement de leur fonction originale souveraine et se transformèrent en rouages de l'Etat. Ainsi, l'Etat centralisé réussit à enlever aux comités et aux sections populaires, qui étaient le fondement de la Commune révolutionnaire, leurs fonctions sociales, les soumettant ainsi à la bureaucratie centrale. L'importance donnée aux tâches policières de contrôle et de répression sociale, dans la situation de guerre déclarée de l'extérieur à la Révolution, fut déterminante dans cette soumission à l'Etat national. « L'Etat les avait dévorées [les sections]. Et leur mort fut la mort de la Révolution », écrit Pierre Kropotkine, citant au passage Michelet, lequel parlait de « l'anéantissement de la vie publique ». Le centre révolutionnaire se déplaça vers les clubs et l'écrasement de la Commune fut ainsi facilité. Il fut suivi par celui des tendances radicales des Enragés. Le fait qu'en 1793, les Jacobins appuyèrent la Commune révolutionnaire contre les Montagnards et la Convention pour, un an plus tard, se retourner contre elle et exécuter les chefs hébertistes (Chaumette et Hébert), fut une preuve supplémentaire de la nature politicienne, et donc opportuniste, de ce courant de la bourgeoisie radicale.
Noyée a posteriori dans le grand débat sur la Terreur, la question de l'exception souveraine fut facilement réduite à la vengeance populaire, à la seule action directe violente. Les Jacobins cherchaient à canaliser la « vengeance souveraine » vers la Terreur instituée, alors que les tendances plus modérées, les Girondins, identifiaient tout exercice direct de la souveraineté à l'anarchie et à la barbarie. On peut ainsi affirmer que la « vengeance instituée », la création de tribunaux révolutionnaires (1793) et la promulgation de lois répressives furent des mesures nécessaires pour canaliser les actions de souveraineté directe, en utilisant la terreur d'Etat pour neutraliser l'excès de souveraineté populaire . Comme disait Danton : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être ». Ainsi se voyait confirmée l' « incapacité » du peuple à exercer sa propre souveraineté, inévitable source d'excès, voire de « terreur ».
Nous devons aussi nous référer, sur cette question, à l'analyse perspicace de Karl Kautsky, pour qui l'usage de la terreur par le peuple fut plus qu'une « arme de guerre », destinée à décourager l'ennemi intérieur et à mobiliser contre l'ennemi extérieur. Certes, l'état de guerre avait imposé la Terreur. Mais elle fut aussi un produit de la situation historique. « Les événements leur [les sans-culottes] avaient mis le pouvoir entre les mains, mais leur interdisaient la mise sur pied d'institutions à leur avantage. Eux qui avaient à leur disposition les moyens du pouvoit dans toute la France, ne pouvaient et ne voulaient pas se soumettre volontairement à la misère que répandait sur eux le développement rapide de l'économie capitaliste et que la guerre aggravait. Ils furent obligés de le combattre par des interventions violentes dans la vie économiques, [...] mais sans arriver à pouvoir approcher de leur but. L'exploitation était comme une hydre, plus on lui coupait de têtes et plus en repoussaient de nouvelles. Pour atteindre leur but, les sans-culotte étaient poussés toujours plus loin . »
Plus le peuple luttait contre l'Ancien Régime, plus il renforçait le pouvoir des nouveaux exploiteurs. « Les circonstances rendaient intenable tout ce qui s'opposait à la révolution capitaliste . » Ainsi Kautsky suggère qu'une telle impasse rendait difficile l'exercice direct de la souveraineté, éloignait le peuple de tout projet émancipateur, le poussait au contraire vers la terreur.
Le postulat de la « dangerosité » du peuple remontait à bien avant la Révolution et la philosophie des Lumières. Chez les philosophes anglais des instituions politiques de la fin du XVIIe siècle, Thomas Hobbes et John Locke, la révolte des opprimés ne peut jamais contester la légitimité des institutions politiques et du gouvernement. Elle peut, à la limite, être tolérée dans les situations d'abus du pouvoir. La pensée politique bourgeoise de la Révolution française ne rompit pas vraiment avec cette idée et continua à aborder l'intervention populaire avec prudence. Ainsi, dans l'imagerie du pouvoir post-thermidorien, les classes travailleuses furent progressivement transformées en classes dangereuses, bras armé des idées jacobines.
Plus tard, vers les années 1840, l'idée des « classes dangereuses » s'imposa dans la vision bourgeoise des révoltes populaires et des révolutions, vision affinée ensuite dans les analyses de Gustave Le Bon . L'image du peuple, du prolétariat naissant, devait coller à la celle d'un regroupement de criminels potentiels, voire de déséquilibrés, à celle d'une masse désorganisée, informe, sauvage, en attente de guide éclairé et conscient. Jusqu'à nos jours, la crainte des actes aveugles et barbares des « foules » est un des arguments légitimant le système représentatif, qui se présente comme la seule forme viable, responsable, de démocratie. Le gouvernement de ceux qui savent bien faire à la place de ceux qui ne peuvent pas faire, pour reprendre l'idée de Robespierre et de ses amis. La conception jacobine d'une souveraineté déléguée à des dirigeants capables de défendre les intérêts du peuple dans le cadre du respect de l'intérêt de la nation tout entière et la construction d'un « contrat social » par le haut constituèrent le fil de la théorie politique démocratique.
Le triomphe du système représentatif sur les expériences d'exercice direct de la souveraineté populaire, la mise au pas de l'exception souveraine connurent un parcours discontinu et tumultueux au cours de la Révolution. Dans l'historiographie dominante, certains auteurs parmi les plus reconnus parlent bien d'une tendance « vers la pratique d'un gouvernement direct et l'instauration d'une démocratie populaire », une expérience faite de façon « spontanée et non comme l'application d'un système a priori ». Au lieu se saisir que « la démocratie directe se « déduit » bien, pratiquement et logiquement, de la souveraineté populaire », on a tendance à y voir une sorte de pratique politique infantile (au sens léniniste), intuitive, manquant de consistance théorique. Pratique qui cèderait ensuite la place à la vraie démocratie représentative fondée sur une théorie politique. Or le « spontané » renvoie ici, dans les mots mêmes de Pierre Kropotkine, aux idées qui surgissaient de l'expérience et des besoins concrets du moment et non d'une élaboration savante.
L'exercice direct de la souveraineté populaire fut un processus jalonné de vifs débats sur la nature de la délégation, sur la sélection des citoyens (revenu et sexe) dans la pratique de la démocratie directe et, surtout, sur la révocation des députés par ceux qui les ont mandatés, c'est la question dite du « mandat impératif ». Le but avouté de ce mandat était de lier les élus à leurs représentants. Ce qui n'alla pas de soi et ne fut pas sans créer de conflits. Ainsi fallait-il à chaque fois revenir devant les représentés ? Certains opposants évoquèrent des pratiques utipiques qui allaient à l'encontre du principe d'efficacité de gouvernement, et la nécessité d'« éviter l'anarchie ». Or, si le mandat impératif était revendiqué, c'était parce qu'il avait fonctionné dans les pratiques populaires d'avant et pendant la Révolution, et non parce qu'il était un rêve éloigné. Le côté spontané de la Révolution se manifesta justement dans la réappropriation d'expériences concrètes du peuple. Le combat politique pour le mandat impératif mené par les Enragés rencontra tout naturellement la farouche opposition des autres grandes tendances révolutionnaires qui furent souvent forcées de lâcher du lest, car la pression populaire pour la démocratie directe resta forte .
Les courants dominants de la Révolution, les Montagnards et les Girondins, malgré leur irréductible antagonisme, s'opposèrent à tout développement des pratiques de la démocratie directe. Ce fut le cas, par exemple, lorsque les Enragés et autres représentants des sans-culottes demandèrent une intervention de l'Etat et, surtout, des organisations populaires, sur le problème essentiel des subsistances . Ce qui séprait les Montagnards et les Girondins tait donc moins fort que ce qui les unissait : l'opposition à la revendication populaire d'un contrpole des prix, ce dont les Enragés s'étaient faits les porte-parole. « Il est impossible à chacun de vous, leur dira Marat, de s'occuper continuellement des affaires de l'Etat, ce soin doit être commis à des représentants . Robespierre craignait quant à lui qu' « un excès de démocratie [...] renverse la souveraineté nationale ».
Nous l'avons vu, dans la Révolution, l'affrontement entre le courant voulant limiter l'exercice de la souveraineté populaire et celui défendant cet exercice se retrouva matérialisé dans l'opposition entre l'Assemblée souveraine et la Commune révolutionnaire, qui se révéla une organisation moins figée. A Paris, une Commune révolutionnaire fut constituée à partir de l'assemblée des sections des quartiers. Ces sections, à l'origine de simples organes électoralistes du tiers état, se transformèrent en mouvement révolutionnaire et devinrent des clubs de discussion ouverts. Dans le mouvement de la Révolution, elles constituèrent une force de pression sur la Commune, qui était vue (jusqu'à Thermidor) comme un « pouvoir populaire » plus proche de la souveraineté directe. Un pouvoir dangereux, car menaçant le système représentatif. Pour ne pas affronter la question, l'Assemblée insista pour identifier la Commune avec le passé, avec le Moyen Âge, lui attribuant le danger d'un éclatement de la nation. Certes, la forme « commune » datait du XIe siècle, remontant à la société féodale et aux libertés communales, à la défense des intérêts du tiers état des villes. La « commune libre médiévale » avait précédé la formation de l'Etat de la bourgeoisie et le parlement lui-même. A l'époque, elle était la manifestation concrète de la lutte que la bourgeoisie mena en vue d'abattre l'ordre féodal et de lui substituer son ordre à elle . Mais, pendant la Révolution, la nature de cette forme d'organisation s'était aussi transformée. La Commune se réclama du principe de l'unité et ne s'opposa pas au nouvel Etat centralisé. Elle réapparut, encore plus radicalement transformée, des années plus tard, en 1871.
Au départ, les sections – qui avaient succédé aux districts de la commune administration locale – élisaient directement des représentants au conseil municipal révolutionnaire, appelé la Commune de Paris. Ces représentants étaient placés sous le contrôle du peuple et révocables. Puis, la centralisation jacobine transforma ces sections en organismes du pouvoir de l'Etat central. Signal décisif de reprise en main : ce fut en 1793 qu'on interdit les clubs féminins. Si la dualité de pouvoir n'existait déjà plus avant la défaite des Jacobins, après Thermidor, le cours de la vie politique fut normalisé, les sociétés populaires, lieux de débat politique, puis les assemblées de section furent interdites, enfin le suffrage universel fut remplacé par le suffrage censitaire. Vider de tout pouvoir les formes d'exercice direct de la souveraineté du peuple, les clubs, les sections et la Commune, supprimer toute velléité de double pouvoir, tel fut le bilan politique de la Révolution jusqu'à Thermidor (juillet 1794). Bilan qui peut se résumer à la victoire du système représentatif parlementaire contre toutes les tendances opposées à la limitation de la souveraineté directe du peuple, y compris les plus hésitantes.
Les limites posées progressivement à la souveraineté populaire avaient accompagné la dégradation des conditions de vie des pauvres. « Le problème social se présenta pendant la Grande Révolution surtout sous la forme de problème des subsistances et de problème de la terre . » Très vite, il s'imposa dans le débat politique. Les tendances les plus extrémistes des sans-culottes, les Leclerc, Roux, Varlet à Paris et Chalier et l'Ange à Lyon, les Enragés en général, n'eurent de cesse d'exhorter le peuple à s'emparer de l'exercice de la souveraineté. Faisant écho aux pressions de la rue, ils mirent la démocratie directe au centre de leur agitation . Ainsi, ce furent les conditions sociales mêmes de la révolution, la révolte des sans-culottes contre l'écart existant entre l'égalité de fait et l'égalité politique, contre la question de la propriété privée, leur revendication du partage des richesses, enfin la question agraire, qui donnèrent son énergie à la Révolution et nourrirent les propos des Enragés. « Ce que les pauvres réclament et imposent, les Enragés en font un programme . » On ne peut pas sous-estimer les possibles émancipateurs des propositions de ce courant du fait qu'il était minoritaire. On peut en revanche s'accorder avec Kropotkine qui décelait chez les Enragés une idée de l'avenir qui cherchait à s'imposer. « L'idée communiste, pendant toute la Révolution, a travaillé à se faire jour . »
Dans une de ses études de 1930 sur la Révolution, Karl Korsch écrivait : « La contradiction interne de cette révolution et plus spécialement de son expression la plus achevée, la dictature des Jacobins, se ramène au fait qu'elle visait à réaliser la liberté, l'égalité et la fraternité dans la sphère économique, en n'apportant à l'ancien régime féodal d'exploitation et d'oppression des masses travailleuses que des changements de forme tout en en laissant subsister l'essence, l'exacerbant même . » Ainsi, les tendances bourgeoises de la Révolution, les Jacobins les premiers, avaient constamment œuvré à dissocier la question sociale de la question de la souveraineté. Insistant sur le fait que l'égalité politique de la démocratie représentative ne devait pas être confondue avec l'égalité économique et sociale. On sait que si les Jacobins étaient politiquement autoritaires, ils tendaient à être libéraux lorsqu'il s'agissait de protéger la propriété privée. Robespierre le revendiqua ouvertement en s'opposant à la loi agraire, demandant la prise en considération de la richesse et des riches, incitant simplement ces derniers à respecter les pauvres : « L'égalité des biens est une chimère. Il s'agit bien plus de rendre la pauvreté honorable que de proscrire l'opulence . » Pourtant, Kropotkine remarqua que la force de l'idée communiste ne manqua pas d'influencer ceux qui la combattirent, y compris Robespierre : « Le superflu seul des denrées pourrait être objet de commerce : que le nécessaire : que le nécessaire appartenait à tous . » Kropotkine alla par ailleurs jusqu'à défendre la « supériorité » du courant communiste de la Grande Révolution sur le courant du socialisme de 1848. Dans la Grande Révolution, écrivait-il, le courant communiste « allait droit au but en s'attaquant à la répartition des produits ».
La passivité, voire l'indifférence, des classes pauvres vis-à-vis de la chute de l'« Icorruptible » a pu être interprétée dans le sens que l'ambiguïté de l'attitude de Robespierre avait été levée et que le peuple pressentait avoir perdu la partie. La journées de Prairial de mai 1795, l'insurrection et les émeutes des faubourgs parisiens qui avaient toujours été au cœur des l'activité révolutionnaire, furent déclenchées par la dégradation des conditions de vie, l'inflation, le chômage et la famine, et non pas par la solidarité avec Robespierre et ses amis. Ce fut une révolte de nature sociale plus que politique. Et bien que les derniers chefs jacobins tentèrent encore d'en prendre la tête pour s'opposer à la Convention, le peuple n'avait plus de force organisée, son pouvoir de mobilisation était épuisé ».
C'est précisément sur la défense de cette corrélation – pas d'exercice de souveraineté politique sans égalité économique et sociale – que toutes les tendances extrémistes de la Révolution ont bataillé. Après les Enragés et les hébertistes, ce fut le tour de Babeuf et ses amis d'accuser le gouvernement révolutionnaire d'avoir « dépouillé » le peuple de la souveraineté. Babeuf rappelait : « Là où il n'y a plus de droits, il n'y a plus de devoirs » ; tout en désignant l'ennemi : « Travaille beaucoup, mange peu, ou tu n'auras plus de travail et tu ne mangeras pas du tout. Voilà la loi barbare dictée par les capitaux . »
Le courant babouviste fut souvent mis en avant comme l'ennemi irréductible de la propriété privée et comme partisan d'un communisme distributif. Son programme s'inscrivait pourtant dans la continuité des propositions que les Enragés avaient, souvent dans le désordre et de façon individuelle, soumises à la Convention : réquisition et taxation des produits de base, lutte contre les accapareurs, nationalisation du commerce, terreur contre les classes de l'Ancien Régime, exercice plein de la souveraineté et de la démocratie directe et droits des femmes. Les babouvistes arrivèrent sur la scène de la Révolution après la répression des extrémistes menée par les Jacobins, et après Thermidor. Ils s'étaient organisés comme courant indépendant et fermé, clandestin même. Une fois de plus, on convoquera Pierre Kropotkine, pour sa mise en perspective des conceptions politiques du babouvisme dans le mouvement de la Révolution. Chez Babeuf, la conception du communisme était « étroite », elle prit corps lorsque la réaction thermidorienne eut mis fin au mouvement ascendant de la Grande Révolution. « L'idée d'arriver au communisme par la conspiration, au moyen d'une société secrète qui s'emparerait du pouvoir, est un produit de l'épuisement – non pas un effet de la sève montante de 1789 à 1793 . » Ses moyens d'action « en rapetissaient l'idée. Alors que beaucoup d'esprits comprenaient à cette époque que le mouvement vers le communisme serait le seul moyen d'assurer les conquêtes de la démocratie ». Le projet politique des Egaux était en effet porteur d'une contradiction majeure, héritée des limites de l'époque. Alors qu'ils dévoilaient clairement la fausseté du système représentatif parlementaire, qu'ils montraient que, en l'absence d'égalité économique, l'égalité formelle était un leurre, les babouvistes se voyaient comme une élite dirigeante, capable d'imposer, du haut vers le bas, une nouvelle forme de représentation « pour le bien du peuple », fondée sur les sections et les clubs, sur des assemblées populaires, qu'ils appelaient « assemblées de souveraineté ». La nouvelle organisation proposée se fondait sur l'abandon des revendications de souveraineté et de démocratie directe, elle devait être l'œuvre de la conspiration d'une minorité consciente, expression d'une forme extrême de dirigisme, et le respect de la souveraineté devait être garanti par les chefs de l'insurrection. « Après avoir posé les bases de l'économie sociale, propre à maintenir l'égalité, le comité de l'insurrection songeait à disposer les choses, de manière que le principe de la souveraineté du peuple ne fût jamais violé, c'est-à-dire à faire en sorte que nulle obligation ne put être imposée au peuple sans son consentement réel, qu'il pût facilement émettre sa volonté, et qu'il portât dans ses délibérations toute la maturité désirable . »
Il s'agissait donc d'un projet revendiquant la dictature révolutionnaire provisoire pour élargir la souveraineté populaire et bâtir « la vraie démocratie » de la future société communiste – construction contradictoire qui présageait d'autres modèles totalitaires à venir. Pour les babouvistes, la démocratie directe était, certes, directement liée à l'instauration de l'égalité économique, les deux étant toutefois soumis à l'action comploteuse d'ne élite révolutionnaire décidée. L'ensemble de la pensée socialiste jacobine de l'après-Révolution incorpora sans mal leur projet et on a pu identifier une filiation directe entre les conceptions de Babeuf et Buonarroti et celles de Blanqui, Barbès et plus tard de l'Internationale elle-même . On retrouva cette conception dirigiste, modifiée dans la forme mais non dans son essence, dans la théorie de l'Etat de la social-démocratie et ensuite dans celle de la social-démocratie radicale, les bolcheviks. Pour ces courants, les organes de base des mouvement sociaux, conseils ou soviets, restaient une « exception souveraine », une force susceptible d'être instrumentalisée par le parti de ceux qui savent bien faire, dans le but de prendre et transformer l'appareil d'Etat nécessaire à la construction du socialisme.
Somme toute, dans son essence, c'était un programme jacobin avant-gardiste, lequel, remarquait en 1929 Karl Korsch, revenait à « accoupler la Constitution de 1793 et les revendications économiques et sociales de la classe ouvrière ». Selon cette conception, qui dominerait le développement ultérieur du mouvement socialiste, le communisme, sur le plan socio-économique, présuppose l'instauration préalable de la « démocratie radicale » de souche jacobine, l'Etat révolutionnaire . L'organisme qui dirige l'insurrection doit prendre la forme du parti d'avant-garde et l'Etat révolutionnaire doit être unitaire et centralisé, antifédéraliste.
Quand ?
Le 15 septembre de 19h à 21h
Où ?
Union syndicale Solidaires 31, rue de la Grange aux Belles, 75010, Paris
Des camarades de la branche Métiers du livre de SUD Culture Solidaires tiennent une permanence syndicale pour répondre à toutes tes questions : envie de te syndiquer, problèmes au travail, ou envie d'échanger, on est à ton écoute.
Tu travailles dans l'édition, la librairie, la distribution, la diffusion, en bibliothèque, en festival littéraire...
– Tu es écrivain.e, illutrateur.ice, traducteur.ice, correcteur.ice, maquettiste, éditeur.ice, préparateur.ice de copie, attaché.e de presse, libraire, agent.e, fabricant.e, cariste, préparateur.ice de commandes, vendeur.euse, technicien.ne de maintenance machines, informaticien.ne, tu fais du marketing, de la communication, de la vente de droits, de la gestion de stock...
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Des camarades de la branche Métiers du livre de SUD Culture Solidaires tiennent une permanence syndicale pour répondre à toutes tes questions : envie de te syndiquer, problèmes au travail, ou envie d'échanger, on est à ton écoute.
N'hésite pas à venir nous parler !
31, rue de la Grange aux Belles
Paris 10e
À l'émission de ce mercredisoir 5 août 2026 à 20h30, nous rediffuserons d'abord une court moment dédicace à Raoul Vaneigem, l'anarchiste, écrivain et philosophe belge né à Lessines dans le hainaut en 1934 et décédé le mardi 28 juillet à l'âge de 92 ans à Barcelone ou il vivait.
Il fut aux côtés de Guy Debord l'une des figures du situationnisme, ce mouvement de contestation radicale du capitalisme et de la « société du spectacle », inspirateur de Mai 68. Il s'est beaucoup intéressé aux Gilets jaunes ("La démocratie est dans la rue, pas dans les urnes"), au zapatisme et au Rojava comme espaces d'autonomie et d'entraide à l'écart de nouvelles conquêtes du pouvoir.
Pour ceci on rediffusera l'enregistrement la présentation et discussion qui a eu lieu au Boomcafé à Bruxelles le 9 octobre 2025 autour de la lutte des communautés de Paso de Aquila en Mexique, beaucoup moins connu au niveau internationale que la lutte zapatiste, mais elle s'inscrit dans un contexte et développe des processus similaires : l'accès à la terre, l'autonomie et la justice sociale D'abord vous entendrez les représentants de la communauté de Paso de Aguila en appel vidéo et ensuite Luis Salas, militant Mexicain et avocat des droits humains expliquent comment il a pu aider la communauté et il répondent aux questions du publique présent. Ceci est une version en espagnole et traduit en français.
Musiques :
« la vie s'écoule » René Binamé
« Himno zapatista » EZLN
« Gimme tha Power » Molotov
« cancion sin miedo » vivir quintana ftr El Palomar
Pour plus d'info sur la lutte de Paso de Aquila : en espagnol : blog educa oxacaca et en anglaisleur page facebook Pour plus d'info sur Raoul Vaneigem :
https://le-carnet-et-les-instants.net/raoul-vaneigem-entretien/ (entretien ecrite avec raoul vaneigem)
https://paris-luttes.info/raoul-vaneigem-une-critique-10792?lang=fr
Raoul Vaneigem, une critique émancipatrice du capitalisme [1re partie, 40 minutes]
Avec une présentation de son contexte d'écriture (suite à une grève générale en Belgique en 1960-1961) et de parution (révoltes étudiantes en Allemagne et aux États-Unis), son auteur (Raoul Vaneigem), son style (littéraire), ses inspirations (Reich, Nietzsche, Marx), son rapport aux surréalistes et aux thèses de Baudrillard et de Lefebvre, son statut de best-seller et d'inspirateur de Mai-Juin 1968, sa critique du marxisme-léninisme, ses références aux révoltes historiques (Russie 1917, Ukraine 1918-1921, Barcelone 1936-1937, Hongrie 1956), son appel à une alliance des ouvriers et des étudiants radicaux, sa critique du travail et de la consommation, et enfin son imaginaire d'un dépassement émancipateur du travail comme activité capitaliste
lecture audio du livre de Raoul Vaneigem - (1967) Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations
https://www.youtube.com/watch?v=uA0o3slYdrs
audio (version anglais) total self management : Raoul vaneigem
https://www.youtube.com/watch?v=HWH072Gqov0
Sommaire Sommaire c'est quoi ? COMMENT SE PASSE LA VERBALISATION ? Que faire quand on apprend qu'on a une AFD ? Sources Sommaire page 2 : C'est quoi ?
page 2 : Ça vient d'où ?
page 4 : Comment se passe la verbalisation ? page 7 : La contestation en pratique page 11 : Suites de la contestation page 11 : Résister collectivement à l'AFD page 12 : Sources c'est quoi ? Gaffe aux apparences : l'amende forfaitaire délictuelle n'est pas une simple amende.
Au moment où les flics nous la collent, on ne se rend souvent pas compte de la différence, jusqu''à ce qu'on reçoive l'avis et qu'on tique sur la somme demandée. Ou pire : qu'on se voit prélever direct sur notre compte bancaire.
Pas une simple amende car :
• elle punit un DÉLIT
• elle entraîne une inscription au casier (bulletins 1 et 2 si on ne la paye pas dans les temps)
• les sommes sont souvent de l'ordre de 800-900€ et peuvent aller jusqu'à 3000€
• elle ne peut pas être contestée comme une amende « classique » (voir p.7)
ça vient d'où ? On rétropédale sur les dernières années au gré des lois qui ont renforcé l'arsenal répressif pour vous expliquer d'où ça vient ! Et comment elle a été pensé comme un outil de harcèlement financier des quartiers populaires et devient un nouvel outil répressif des mouvements sociaux. Initialement l'amende forfaitaire c'est fait pour désengorger les tribunaux et ça concerne surtout des délits routiers (conduite sans assurance ou sans permis).
En 2019, son champ de compétence est élargi au domaine social, avec en 1er lieu dans le collimateur, comme toujours, les quartiers populaires. Deux délits en particulier servent cet objectif de répression des populations marginalisées : l'occupation illicite en réunion des espaces communs d'un immeuble d'habitation et surtout l'usage de stupéfiants. On pense aussi au délit d'installation illicite sur un terrain qui vise très spécifiquement à réprimer la communauté des voyageur-euses, et qui servira aussi pour les ZAD.
L'AFD sert donc les politiques discriminatoires et de contrôle social, et ce d'autant plus qu'elle ne repose que sur la parole d'un flic consignée dans un procès verbal et ne laisse en pratique que peu de droit au recours. L'idée n'est plus seulement de désengorger mais d'apporter une réponse pénale « immédiate et effective ». Punir !
En 2023, après l'énorme mouvement des Gilets Jaunes, le pouvoir se dit qu'il est grand temps de s'en servir contre les mouvements sociaux et étend encore son domaine. Sont concernés désormais les délits de : filouterie de carburant, destruction ou dégradation d'un bien, tags, détention ou usage de fumigène, intrusion dans un établissement scolaire, atteintes à la circulation des trains, entrée illicite sur un terrain de sport, port d'arme de la catégorie D sans motif légitime, vol à l'étalage ( loi du 24 janvier 2023).
La liste n'est pas exhaustive (lien de la liste complète : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/ bo/2023/20230228/JUSD2303546C-annexe.pdf) mais on voit très bien à travers ces exemples comment l'AFD peut être utilisée pour casser les contestations sociales.
Aujourd'hui, on constate de nombreuses délivrances d'AFD sur les dernières mobilisations, notamment le mouvement « Bloquons tout » du 10 septembre. Le précédent des GJ et l'occupation des ronds-points ont donné des idées : le délit d'entrave à la circulation peut être utilisé pour tout type de blocage routier (péage, rond-point, périph etc.). À coup de 900 balles pris dans les poches des pauvres, c'est sûr, ça va être dissuasif. COMMENT SE PASSE LA VERBALISATION ? Dans les faits, le moment où on se prend la prune a toutes les apparences d'une situation banale de verbalisation. Cependant deux ou trois détails peuvent nous faire tiquer et nous amener à adopter des stratégies différentes, déjà pour être sûr.es du type de sanction qu'on est en train de subir.
Qui décide de l'AFD ? Elle est délivrée par un policier (police nationale) ou gendarme qui « constate l'infraction ». À noter que ça ne peut pas être donnée par la municipale. Ça ne peut pas être donné non plus à une personne mineure.
Résister au moment du contrôle
1. La procédure est censée s'appliquer que si la personne accepte le principe d'une verbalisation et reconnaît les faits. En théorie, il est donc possible de refuser une Amende Forfaitaire Délictuelle et le refus de la signer devrait en être une preuve. En pratique, les flics mettent la pression et te font parfois signer des papiers sans dire ce que c'est.
Refuser une AFD c'est prendre le risque d'être emmené.e en GAV ou d'être convoqué.e à un procès ultérieurement, même si dans les faits les AFD ont été créées pour punir des infractions auparavant peu punies car les dossiers étaient vides et la justice trop engorgée. Ça peut donc valoir le coup de tenter de résister à cette procédure en tentant de refuser de signer !
Par ailleurs, c'est une procédure qui ne repose que sur la parole du flic consignée dans son procès verbal. Il peut donc faire de fausses accusations sans risquer de répercussions.
Des personnes ont reçu une AFD pour « usage de stupéfiant » alors qu'elles ne possédaient que du CBD sur elles [1]. Ou encore il y a eu des personnes verbalisées pour « port d'armes de catégorie D » alors qu'elles revenaient de pique-nique avec un petit couteau.
2. L'agent ne peut pas non plus donner d'AFD si plusieurs infractions sont constatées simultanément dont au moins une ne peut faire l'objet d'une procédure d'AFD. De même, cette procédure n'est pas censé être possible s'il y a besoin de plusieurs PV pour caractériser l'infraction.
Exemple : pour prouver le vol, il y a besoin de joindre vidéos/photos de la caméra de surveillance au dossier.
Comme il s'agit d'une procédure à PV unique, il est possible de tester une stratégie pour éviter l'AFD pour stup : a priori si tu refuses la destruction de la drogue saisie, les flics seront obligés de la garder en tant que scellés et donc d'ouvrir une enquête. Là encore, ça dépend de leur respect du droit et de la procédure, ce qui est loin d'être garanti...
Quelques autres pistes à vérifier – Il semblerait que les flics aient besoin d'une tablette et smartphone Neo [2] pour éditer une AFD (ils en ont pas encore tous). Un policier utilise son téléphone NEO pour contrôler une identité avec la reconnaissance faciale.
– Si tu refuses de payer l'AFD immédiatement, les flics sont censés devoir te l'envoyer par courrier (note). En théorie, ca signifie qu'ils sont sensés ne pas pouvoir mettre d'AFD aux personnes ne disposant pas d'adresse. En pratique, les flics pourraient très bien en inventer une, donc pas sur que ça marche mais c'est possible de tester de refuser de déclarer une adresse au moment du contrôle.
(!) Le fait de donner une fausse adresse entraîne simplement la non-réception de l'avis d'AFD et n'empêche pas sa validité, voire même augmente les risques de l'avoir majorée... D'ailleurs les flics se fichent souvent de bien noter ton adresse et ont tendance à eux-mêmes faire des erreurs. Modèles de tablette et de téléphone NEO que les flics utilisent.
On verra plus bas qu'il arrive souvent de se rendre compte d'une AFD en étant directement prélevé.e sur le compte bancaire...
Dans tous les cas, on vous conseille de ne pas accepter de payer l'amende lors du contrôle quand les flics vous le proposent !
Casier
L'amende forfaitaire délictuelle entraîne une inscription au bulletin n°1 du casier judiciaire pendant une durée de 3 ans à compter du règlement de l'AFD mais pas au bulletin n°2 du casier judiciaire dès lors qu'elle a été réglée (le bulletin n°2 ou B2 est celui accessible à certains employeurs (travail dans le public ou avec des enfants globalement). La procédure de l'AFD entraîne également une inscription au fichier de Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ), c'est un fichier consulté par les flics (de la nationale) à chaque contrôle d'identité ou passage au commissariat. 6 Que faire quand on apprend qu'on a une AFD ? La contestation en pratique Pour le moment, on a peu de retours de contestations d'AFD, les personnes concernées sont au début des procédures et on imagine aisément que cela peut prendre au moins autant voire plus de temps qu'une contestation d'amende « classique ». Donc on s'attend à devoir attendre 6 mois/1 an pour avoir plus de retours.
2 cas de figures :
1. ON REÇOIT LE COURRIER Si la contestation a lieu après avoir reçu le 1er courrier, on l'appelle alors « requête en exonération » :
• on a 45 jours
• on doit la formuler par lettre recommandée avec accusé de réception au ministère public (l'adresse se trouve dans l'encadré réservé à la contestation : Service de traitement des AFD à Rennes) ou sur le site de l'ANTAI
• on doit y joindre l'original de l'avis de contravention
• on doit motiver notre demande, c'est-à-dire expliquer pourquoi on conteste
• on doit consigner la somme sinon notre requête sera irrecevable. Le montant de la consignation dépend de l'infraction retenue.
(!) Consigner la somme n'est pas comme payer l'amende même si financièrement, sur notre compte c'est la même.
Mais attention : si on confond les 2 et qu'on paye l'amende par la voie de paiement, même partiellement, il n'est plus possible de la contester.
Si la requête n'est pas acceptée, on reçoit un avis d'amende forfaitaire majorée. On peut continuer à contester.
La contestation s'appelera alors une « réclamation » :
• on a 30 jours
• on doit la formuler par lettre recommandée avec accusé de réception au ministère public (l'adresse se trouve dans l'encadré réservé à la contestation : Service de traitement des AFD à Rennes) ou sur le site de l'ANTAI
• on doit y joindre l'original de l'avis d'amende forfaitaire majorée
• on doit motiver notre demande, c'est-à-dire expliquer pourquoi on conteste
2. ON N'A RIEN REÇU ET ON EST/VA ÊTRE PRÉLEVÉ.E Mais parfois on n'a jamais reçu le 1er courrier et on découvre qu'on s'est pris.e une amende forfaitaire délictuelle au moment du prélèvement sur notre compte.
En effet si rien n'est fait dans les 30 jours suivant la majoration, il y émission d'un titre exécutoire qui permet de prélever directement sur les salaires / livrets d'épargne / comptes courants… (cf. conditions d'insolvabilité).
C'est ce qu'on appelle le recouvrement forcé. L'amende est alors inscrite au casier judiciaire, aussi bien sur le bulletin n°1 que sur le bulletin n°2.
La banque est sommée de le faire mais elle doit aussi logiquement nous informer qu'une telle saisie est en cours. Bien sûr, la banque prend au passage des frais bancaires...
Tips pour s'éviter un prélèvement sauvage de l'État : Si on laisse sur un compte courant moins ou l'équivalent d'un RSA seulement, l'état ne peut pas prélever d'argent dessus. Certaines personnes prévoient donc de retirer en espèce leur RSA le jour où il arrive sur le compte pour limiter les risques de saisie.
Si on reçoit un avis de prélèvement à venir, ça s'appelle « saisie administrative à tiers détenteur » (SATD), il faut :
• aller à sa banque dire qu'on s'oppose au prélèvement et doubler cela avec un envoi en lettre recommandée avec accusé réception à la banque pour dire qu'on est en procédure de contestation de l'amende.
• aller au centre du Trésor Public dont on dépend et demander un bordereau de situation (voir exemple sur l'image plus bas).
Ce bordereau correspond au relevé de toutes les prunes qu'on pourrait avoir sur le dos (contraventions simples et forfaitaires délictuelles). Il nous permet d'entrer en voie de contestation pour chaque cas où on n'a pas été averti.e et où nous n'avons pas pu contester, voire parfois même pour des cas où on a contesté mais pour lesquels on n'a jamais reçu de réponse. C'est important d'avoir gardé tous les éléments de preuve de nos contestations si on en a faites. Ils seront utiles à ce moment-là. Il est fréquent de ne pas avoir été mis.e au courant d'une prune (simple ou forfaitaire délictuelle) car les envois sont en courrier simple. C'est donc un argument de très bonne foi de dire qu'on n'a jamais reçu l'amende. Rien ne le prouve ! Et demander la preuve de l'envoi peut être un moyen de les faire abandonner.
Qu'on ait déjà été prélevé.e ou pas, on peut toujours contester la procédure ! N'oublions jamais de tout faire par lettre recommandée avec avis de réception.
Et côté bancaire, si la banque nous a pris des frais, on peut aussi faire pression pour qu'elle nous les rembourse, en mettant en avant la contestation de l'amende et même si on n'a reçu aucune nouvelle suite à cette contestation.
Exemples de formulations pour la banque partant d'un cas concret de saisie à tiers détenteur :
Dans un 1er temps, la personne a écrit à sa banque qu'elle était en procédure et que par conséquent, tant que la procédure était en cours, ses voies de recours n'étaient pas épuisées et qu'ils n'étaient pas en droit de la prélever.
Au bout d'un an, et sans nouvelles de sa contestation, la personne a ré-écrit à sa banque pour dire que la procédure était prescrite et qu'ils devaient lui recréditer son compte, frais bancaires inclus (dans son cas ils étaient équivalent à 10% de sa prune). La personne a récupéré sa thune.
Suites de la contestation Si la contestation d'une AFD est jugée recevable, le dossier est renvoyé au procureur de la république qui peut décider de classer sans suite ou ouvrir une enquête (ces amendes reposant seulement sur le PV d'un flic, les dossiers sont minces et il y a alors de fortes chances de classement sans suite !)
Si le parquet/ministère public décide quand même d'une enquête, il peut vous délivrer une citation à comparaître (donc un procès), une convocation pour CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité), une convoc pour recevoir une ordonnance pénale… Dans tous les cas, contactez une legal team pour faire face à cette procédure judiciaire et vous faire épauler d'un.e avocat.e.
Récidive ? En principe, le fait de déjà avoir fait l'objet d'une AFD pour une infraction, suppose qu'on ne peut pas en « bénéficier » une deuxième fois. Il y a des exceptions comme pour le délit d'usage de stup ou de vol à l'étalage.
Demande de signalétique suite à une AFD Il est possible de recevoir une convocation au commissariat à la suite d'une AFD pour aller faire un relevé de signalétique, c'est-à-dire se faire prendre en photo et relever les empreintes digitales, ensuite consignées dans le TAJ et le Fichier des empreintes digitales (FAED). Ces données sont ensuite systématiquement mobilisées lors de prochaines enquêtes à titre de comparaison (reconnaissance faciale à partir d'images de vidéo-surveillance, relevé d'empreinte sur un objet saisi, etc.). Il est possible de ne pas se rendre à la convocation, a priori on risque juste de se faire solliciter un relevé de signalétique à un prochain contrôle. Ne pas s'y rendre volontairement met un bâton dans les roues de la machine à ficher étatique...
Résister collectivement à l'AFD Cette procédure toute nouvelle est encore peu connue par les avocat-es et collectifs anti-rep, et surtout elle isole beaucoup les personnes visées. Alors si toi ou un-e proche avez reçu une AFD, avez tenté d'y résister ou de contester, n'hésitez pas à en parler autour de vous et au collectif antirep proche de chez vous....
Pour rappel, liste (non-exhaustive) de collectifs antirep en fRance : https://rajcollective.noblogs.org/les-collectifs-locaux/
Appel à témoignages ! Vous pouvez aussi nous envoyer des témoignages écrits, des retours sur la brochure ou des questions sur temoignages-afd@systemli.org Les témoignages nous aident à ajuster nos conseils et stratégies de défenses face aux flics et à la justice... Ils ne seront pas diffusés sauf accord de son auteurice et restent anonymisés.
Protégeons-nous les un-es les autres face à cette matraque financière au service de la gentrification et de la répression des personnes marginalisées. Sources • Liste complète des infractions punies par AFD et montant des amendes : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/bo/2023/20230228/JUSD2303546C-annexe.pdf
• Les institutions aussi critiquent l'AFD : 1 ) https://www.syndicat-magistrature.fr/notre-action/justice-penale/2499-l-extension-du-domaine-de-l-amende-forfaitaire-delictuelle-une-bascule-irresponsable-et-des-plus-dangereuses/
2 ) https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-05/rapport_mission_urgence_dejudiciarisation.pdf
3 ) https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2022/01/Analyse-critique-AFD-terrain-illicite-12-2021-3.pdf
4 ) hhttps://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-05/rapport_mission_urgence_dejudiciarisation.pdf (p.19-20)
5 ) https://www.mediapart.fr/journal/france/160426/la-courdes-comptes-tire-un-bilan-severe-des-amendes-forfaitaires-delictuelles
• Projet de loi police municipale : https://www.laquadrature.net/2026/03/06/projet-de-loi-polices-municipales-blanc-seing-pour-la-technopolice-municipale/
• Contester une contravention : https://paris-luttes.info/contre-la-matraque-financiere-15653
• Pour plus d'infos sur l'antirépression : https://rajcollective.noblogs.org/ressources-juridiques/ Voir en ligne : Paris luttes info
[1] Si ça vous arrive, on vous conseille d'autant plus de contester. Cette pratique courante des flics commence à être dénonçée car un test devrait avoir lieu avant la verbalisation, ce qui n'est presque jamais le cas. Cf. : https://www.mediapart.fr/journal/france/160426/la-cour-des-comptes-tire-un-bilan-severedes-amendes-forfaitaires-delictuelles
[2] https://www.20minutes.fr/societe/2173387-20171121-salon-milipol-robots-tablettes-drones-voici-derniers-gadgets-forces-ordre
https://disclose.ngo/fr/article/la-reconnaissance-faciale-deployee-a-grande-echelle-sur-les-telephones-des-forces-de-lordre
La classe politique bourgeoise réformiste et même celle réactionnaire a « honoré » l'acte et la mémoire de Driss mais en invisibilisant volontairement ce contre quoi Driss s'est dressé : une agression raciste, qui reflète les dynamiques et violences sociales qui structurent la société belge. Son meurtrier ne représente pas seulement la haine d'un individu, mais le mépris de toute une société, qui punit chaque jour les communautés racialisées pour leur refus de se taire face à une violence et à une exploitation impitoyables. De même, le courage de Driss n'incarne pas seulement la résistance face à l'action d'un seul homme dans un tram, mais aussi la résistance contre le racisme lui-même.
C'est de cette résistance que nous devons tirer certaines conclusions indispensables.
Le racisme tue, et partout où il ne se heurte pas à une résistance, il menace de tuer à nouveau. De plus, le racisme est structurel, dans la mesure où il s'exprime à travers une division racialisée du travail (par exemple ; dans la construction, la livraison, l'entretien et le travail reproductif), une répartition raciste des ressources (la plus-value produite dans le Sud revient en Europe : le travail humain et les ressources du Sud sont expropriés par le Nord), une sur-exploitation des classes subalternes (les travailleur.ses non-blancs sont sur-exploité.es comparativement aux travailleur.ses blancs, ils et elles subissent des conditions de travail plus pénibles et moins bien rémunérées), une exclusion du marché du travail de personnes racisées (notamment des femmes portant le hijab en Belgique et des personnes exilées), une privation de stabilité administrative et de sécurité sociale (pour les personnes exilées, celles ayant une double nationalité et celles considérées comme « radicalisées » par l'État), un système carcéral fondé sur le colonialisme et l'esclavage, ainsi qu'une hégémonie culturelle suprémaciste blanche qui soumet constamment les personnes racisées à la marginalisation, à la stigmatisation, à la déshumanisation et à la peur.
Ce racisme structurel, c'est celui de la classe possédante, la bourgeoisie et de ses partis politiques. C'est le racisme du MR qui légitime dans chacune de ses interventions l'islamophobie et nourri directement les actes de haine spontanés ou organisés. C'est celui du PS qui veut renforcer la police, les centres fermés et autres dispositifs racistes, tout en prônant un antiracisme moral. C'est celui d'Ecolo qui vote en faveur des déportations de personnes exilées par Frontex sur le territoire belge. C'est celui du parti d'extrême droite et héritier de la collaboration qu'est la N-VA et qui est actuellement au pouvoir en Belgique.
La mort de Driss n'est pas un « fait divers ». Honorer la mémoire de Driss, c'est refuser de fermer les yeux face aux injustices qui l'ont fait se lever et qui lui ont coûté la vie, c'est combattre le racisme structurel. Honorer la mémoire de Driss, c'est combattre le racisme dans la sphère publique, tout autant que dans la rue.
Nos pensées vont à ses proches, ainsi qu'à toutes les victimes du racisme dans notre société, organisons-nous maintenant contre le racisme.
JUSTICE POUR DRISS : CE N'EST PAS UN FAIT DIVERS, C'EST UN CRIME RACISTE. NE FERMONS PAS LES YEUX ! HONORER DRISS, C'EST CONTINUER LE COMBAT !
Plusieurs organisations de la gauche révolutionnaire de Turquie ont commémoré en juillet 2026 le trentième anniversaire de la mort de douze prisonnie•es politiques lors de la grève de la faim et du jeûne de la mort de 1996. Cette mobilisation a débuté le 20 mai 1996 avec un appel commun lancé par des détenues affiliées à neuf organisations révolutionnaires : le DHKP-C (Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple), le MLKP (Parti communiste marxiste-léniniste), le TKP/ML (Parti communiste de Turquie/marxiste-léniniste), le TKP(ML) (qui deviendra le MKP - Parti communiste maoïste - en 2002), le TIKB (Union des communistes révolutionnaires de Turquie), le TKEP-L (Parti communiste du travail de Turquie - Léniniste), le TDP (Parti de la révolution de Turquie), EKIM (Octobre) et le Direni Hareketi (Mouvement de résistance).
Cette lutte faisait suite à la circulaire du 6 mai 1996 du ministre de la Justice Mehmet Agar qui prévoyait l'introduction de cellules individuelles d'isolement. Surnommées « tabutluk » (« cellules cercueil ») par les prisonnier•es politiques, ces unités étaient un moyen de briser l'organisation collective des détenues. Ce projet constituait en réalité la première étape de mise en place des futures prisons de type F, des établissements conçus pour maintenir les détenues dans un isolement cellulaire total.
Douze prisonnie•es sont mortes des suites de ce combat : Aygün Ugur (TKP(ML), mort au 63e jour de grève), Altan Berdan Kerimgiller (DHKP-C, 65e jour), ilginç Ozkeskin (DHKP-C, 66e jour), Hüseyin Demircioglu (MLKP, 67e jour), Ali Ayata (TKP(ML), 68e jour), Müjdat Yanat (DHKP-C, 68e jour), Ayçe idil Erkmen (DHKP-C, 69' jour), Tahsin Yilmaz (TIKB, 69' jour), Yemliha Kaya (DHKP-C, 69' jour), Ula Hicabi Küçük (TIKB, 69' jour), Osman Akgün (TiKB, 69e jour) et Hayati Can (TKP(ML), décédé à l'hôpital après la fin du mouvement).
Le mouvement s'est achevé le 27 juillet 1996, après une médiation menée par l'écrivain Yaar Kemal, le musicien et militant culturel Zülfü Livaneli et l'avocat Elper Yagmurdereli. L'accord obtenu par la mobilisation a contraint les autorités à suspendre leur projet d'isolement strict et les transferts vers ces nouvelles cellules, une victoire historique. Elle a été permise par la détermination inébranlable des prisonnieres en lutte, l'unité des forces révolutionnaires engagées dans cette bataille et par un puissant mouvement à l'extérieur qui a su faire résonner les revendications des grévistes de la faim. Durant des mois, les familles, proches et camarades de détenues ont multiplié les actions. Par exemple, environ 2 000 ouvrie•es à Tuzla ont fait grève le 18 juillet 1996 pendant trois heures en soutien aux prisonnieres en lutte.
Mais depuis, le combat continue. À partir de 2000, l'État fasciste turc a finalement imposé les prisons de type F à l'issue de l'opération « Retour à la vie », une intervention militaire dans une vingtaine d'établissements pénitentiaires qui a fait 32 morues parmi les prisonnier•es et ouvert un nouveau cycle de jeûnes de la mort. Aujourd'hui, la lutte contre l'isolement dans les prisons turques se poursuit, en particulier contre les prisons S, R et Y dites de « type puits », qui sont tristement célèbres pour leurs conditions particulièrement inhumaines. Dans ce combat pour le droit à la vie et à exister en tant que sujet politique, les prisonnier•es continuent de résister à l'image de Gürkan Türkoglu, tombé martyr en détention après 267 jours de grève de la faim le 5 juillet 2026.
Article initialement publié sur les réseaux sociaux du Secours Rouge Toulouse.
Tu veux essayer un sport fun, engagé et collectif ?
Participe à l'une de nos séances de recrutement les vendredi 11 septembre ou vendredi 18 septembre !
✨ C'est quoi le Roller Derby ?
Le Roller Derby est un sport d'équipe qui mêle patin à roulettes, stratégie, vitesse et contact.
Mais c'est aussi un sport profondément inclusif, où le respect de soi et des autres est essentiel.
Chez les WheelSpirit, tous les niveaux sont les bienvenus : que tu n'aies jamais mis de patins ou que tu sois déjà à l'aise, tu as ta place !
🌈 Nos valeurs
Notre ligue défend des valeurs féministes fortes et lutte contre toutes les formes de discriminations LGBTQIA+phobies, validisme, grossophobie, racisme, islamophobie, etc. En participant à une séance, tu t'engages à respecter ces principes et à tendre vers un cadre safe et inclusif pour tout le monde.
💥Notre fonctionnement
Notre équipe est FLINTA+ (femmes, lesbiennes, intersexes, non binaires, trans, agenres et +), en non-mixité choisie sans hommes cisgenres. Les séances de recrutement sont ouvertes uniquement aux personnes concernées par cette non-mixité, et se dérouleront sans contact pour permettre une première approche en douceur.
🤝 Ce qu'on te propose
En t'accueillant, les WheelSpirit s'engagent à respecter ton intégrité physique et morale, et à t'accompagner selon ton niveau sportif et ton identité. De ton côté, tu t'engages à respecter notre cadre, nos valeurs, et à contribuer à un espace bienveillant et sécurisant pour toustes. La séance de recrutement des Wheelspirit, c'est une initiation en douceur au patinage, une découverte des règles et du principe du jeu, une immersion dans les valeurs du roller derby… et surtout, beaucoup de fun !
‼️Afin de garantir pour toustes un espace safe et secure, le créneau du vendredi soir dédié à l'inititation sera limité à 20 joueureuses pour cette saison et après les séances de test.
Tu veux faire partie de l'aventure ?
📝 Inscris-toi pour l'une des deux séances :
📍 Vendredi 11 septembre ou 18 septembre 2026 à partir de 18h
📍 À Nancy, au gymnase Raymond Poincaré ( 56 Rue Raymond Poincaré, 54000 Nancy)
Lien d'inscription : https://forms.gle/WSyNtaEVQdftRT3E9
Et comme on aime autant le roller que faire la fête… Chaque séance de découverte se terminera autour d'un verre dans un bar, histoire de papoter, rigoler et faire connaissance en dehors de l'entrainement !
Une belle occasion de découvrir l'esprit WheelSpirit, sur roues et hors-piste 💚
🛼 À très vite sur le track ! 💜
Les WheelSpirit
✨️ FLINTA+, C'EST QUOI ? ✨️
Notre équipe est FLINTA+ (femmes, lesbiennes, intersexes, non binaires, trans, agenres et +), en non-mixité choisie sans hommes cisgenres.
Si les WheelSpirit et une grande majorité des équipes de roller derby fonctionnent ainsi, c'est pour permettre aux personnes concernées de se retrouver dans des espaces qui leur sont dédiés, afin de partager leurs expériences communes, de construire des outils et des stratégies d'émancipation.
La mixité choisie a pour objectif de créer des zones d'expression et de pratique plus rassurantes pour les personnes qui subissent nombreuses discriminations et oppressions systémiques dans les différents espaces de nos vies (dans la rue, les espaces de fête, de loisir, dans le milieu professionnel, dans le milieu de la santé, etc...).
Ainsi, le Roller Derby se veut être un sport de revalorisation des personnes invisibilisées et de lutte pour la célébration de leurs identités.
Le PaFaCaB 50 (Pas de Fascistes dans nos Campagnes Bocagères) organise un week-end antifasciste fin août.
- Initiatives / Assemblée, Rencontres et débats
L'éphéméride des luttes, pour nous souvenir que d'autres ont lutté avant nous, et que leur expérience du 6 août nous permette de continuer tous les 6 août à venir (et les autres jourrs aussi).
1835 : A Baltimore, dans le Maryland, des émeutes ont lieu contre la présence des banques dans la ville.
1894 : A Paris, début du 'procès des trente', opération à travers laquelle la police et la justice espèrent en finir avec la stratégie de la propagande par le fait et les anarchistes.
1927 : - A Pergamino en Italie, deux bombes explosent contre une agence Ford et des dépôts de la Standard Oil Company en solidarité avec les anarchistes Italiens Sacco et Vanzetti, menacés d'être condamnés à la peine de mort aux Etats-Unis.
1936 : A Huesca, les franquistes assassinent l'anarchiste Ramón Acín Aquilue.
1945 : Au Japon, une bombe atomique américaine est lancée sur la ville de Hiroshima, tuant 130.000 personnes.
1973 : L'aviation américaine bombarde par erreur la ville cambodgienne de Neak Luong, faisant des centaines de mort-e-s parmi la population.
1976 : A Saint-Brieuc, le Front de Libération de la Bretagne/Armée Révolutionnaire Bretonne (FLB/ARB) fait sauter une bombe contre le bâtiment du centre des impôts.
1978 : A Gravelotte en Moselle, le MATRA (Mouvement Anarchiste Terroriste Révolutionnaire Armé) fait sauter le musée de la guerre avec un obus datant justement de la guerre, faisant sauter toutes les vitres dans un rayon de 100 mètres.
1984 : A Préserville (Haute-Garonne), sabotage à la dynamite de pylônes à Très Haute Tension dans le cadre de la lutte antinucléaire, notamment contre la construction de la centrale de Golfech.
2008 : Au Canada, deux véhicules de police sont incendiés en solidarité avec les prisonniers en grève de la faim.
2011 : A Londres, début de quatre jours d'immenses émeutes (jusqu'au 10 août) qui aboutiront au pillage de 1100 magasins, l'incendie de 162 bâtiments, la destruction de 400 voitures et plus de 2.000 arrestations. A ce propos, lire The Totthenham Chronicle, téléchargeable sur infokiosques.net.
2015 : A Leipzig, une voiture de police est incendiée et le local d'entreprise de la cheffe du parti raciste local voit ses vitres défoncées.
2017 : En Inde, dans un village du district de Gaya, dans le Bihar, la guérilla maoïste fait sauter un commissariat en construction au cours de la nuit.
Voir aussi l'éphéméride anarchiste du 6 août.
Le dispositif a été découvert lors d'un changement d'autoradio, après que ce dernier ait été retiré de son emplacement. Deux micros (gauche-droite) étaient visibles en premier, collés à la paroi du cash plastique sous l'autoradio. Ils étaient reliés a un boîtier (bricolé sur la base du modèle Innova RB800) avec carte SIM (Orange) et carte micro SD, une petite batterie (1200 mAh) et une balise GPS (Taoglas, modèle datant de 2013). Le tout était ponté sur l'alim de l'autoradio et collé avec de la pâte collante à la paroi sous l'auto-radio.
La musique a bien dû leur casser la tête !





infos trouvées ici : https://nantes.indymedia.org/posts/167658/les-autoradios-ont-des-oreilles/
Déresponsabilisation de l'État : un délai judiciaire extrêmement long, des réparations dérisoires, et une culpabilisation des victimes.
L’article Kafkaïen : 8 ans après, la justice condamne l’État pour des mutilations, mais estime que les victimes sont «co-responsables» est apparu en premier sur Contre Attaque.
Piccoli fuochi vagabondi / vendredi 24 juillet 2026
Le juge des libertés et de la détention, appelé à s’exprimer le 23 juillet, a confirmé la détention de Pietro, arrêté dans le cadre de l’opération anti-anarchiste du 16 juin dernier [voir ici ; NdAtt.].
Nous sommes resté.es sans voix.
Alors que toutes les autres personnes arrêtées ont déjà été relâchées, par le JLD de Rome, celui de Bologne (responsable géographiquement) a décidé de garder notre compagnon enfermé !
Nous rappelons que Pietro avait été arrêté avec le chef d’inculpation de « terrorisme de la parole » (art. 270 quinquies, troisième paragraphe, du Code pénal), une infraction crée avec l’avant-dernière loi-cadre sur la sécurité, à cause de quelques brochures saisies pendant la perquisition.
Toni, emprisonné avec le même chef d’inculpation, a été libéré de prison il y a quelques jours [voir ici ; NdAtt.], par le JLD de Rome. Au contraire, Pietro reste encore enfermé, en régime Haute sécurité, à la prison de Terni.
Maintenant, les avocats vont faire recours en Cassation et entre-temps, quand on aura les motivations de cette décision, ils adresseront aussi une requête au juge d’instruction, pour qu’il modifie cette mesure. Mais, dès tout de suite, il faut continuer à lui exprimer notre proximité et notre solidarité !
Écrivons-lui et restons attentif.ves aux prochaines mobilisations.
Pietro Rosetti
C.C. di Terni
Strada delle Campore, 32
05100 – Terni (Italie)
Solidaires de la Romagne