Source : Politis
Payant
Source : The Guardian - Royaume-Uni
Lire la traduction automatique en français
Source : taz - Allemagne
Lire la traduction automatique en français
Source : El Salto - Espagne
Lire la traduction automatique en français
Source : Bon Pote
Source : El Salto - Espagne
Lire la traduction automatique en français
Alors que les élections législatives marocaines doivent avoir lieu le 23 septembre, cet article de Salto examine le poids de plusieurs familles marocaines dans la vie politique et économique du Sahara occidental. Il décrit notamment la présence de plusieurs générations dans les « institutions élues » en s'appuyant sur un rapport officiel évoquant une « rente organisée » concentrée entre les mains d'une minorité de personnalités, tandis que l'État reste le principal employeur dans la région.
L'article passe également en revue quatre grandes familles et leurs activités politiques et économiques (immobilier, commerce ou agriculture) pour montrer la manière dont leurs réseaux se sont développés au fil des décennies. D'après Salto, ces élections sont révélatrices de la forte imbrication entre liens familiaux, pouvoir politique et intérêts économiques dans le Sahara occidental.
Source : Rue89Lyon
Payant
Source : MOB
Source : Connectas - Amérique Latine
Comment traduire vous-même cet article
Source : RembobinePartout en France, des banderoles, affiches, pancartes et slogans contre le permis de tuer policier.
L’article Mobilisation contre le permis de tuer : tour de France en images est apparu en premier sur Contre Attaque.
Source : Common Dreams - États-Unis
Lire la traduction automatique en français
Source : Vert
« Chaque année, des marins décident de changer de métier car ce n'est plus possible de sortir du port pour se retrouver face à ces navires tellement gros qu'ils ont des aspirateurs à poissons pour récupérer les captures », se désole Fabien Randrianarisoa, chargé de campagnes « pêches industrielles » pour l'association de défense des océans Bloom.
Sur le même sujet
Socialter
Payant
En Méditerranée, les derniers artisans-pêcheurs en autogestion luttent pour leur survie
Sur les côtes de la Manche, les petits pêcheurs dénoncent à l'unanimité la présence de ces gros chalutiers, rapporte Vert dans un reportage. C'est d'ailleurs dans ce contexte que la ministre chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, a annoncé, fin juin, une « consultation auprès des États membres [de l'Union européenne] concernés afin de les informer de [la] volonté d'exclure les navires de plus de 25 mètres dans les 12 milles en Manche-Est au regard des enjeux sensibles de cohabitation ».
Source : 60 millions de consommateurs
Payant
Source : Vert
Source : Fakir
PayantLe départ de l'éditorialiste raciste Charles Sapin masque une droitisation déjà très avancée depuis longtemps sur France Inter
L’article Polémique chez France Inter : la radio publique surmédiatise déjà massivement l’extrême droite est apparu en premier sur Contre Attaque.
Cinq ans après sa mort, deux textes inédits du poète Bernard Noël viennent d'être mis en ligne sur le site des éditions P.O.L. Écrits à quelques années d'intervalle, « Une Tentation » et « L'Inquiétude de l'esprit » dialoguent sur un même fil : celui d'une pensée en résistance, contre la fabrique du consentement et l'occupation des esprits par les écrans. Une lucidité qui n'a rien perdu de son actualité, à quelques mois d'échéances électorales décisives.
– Textes empruntés au site "leshumanites-media.com" -
On connaît – pas assez – le poète Bernard Noël, auteur d'une œuvre considérable. L'écrivain politique qu'il fut aussi, simultanément, depuis son Dictionnaire de la Commune (1971), et bien sûr Le Château de Cène, censuré dès sa parution en 1969 puis condamné en 1973 pour outrage aux bonnes mœurs, aura fait preuve d'une lucidité sans concession aux leurres ambiants. La Castration mentale, publié en 1994 chez P.O.L puis augmenté de douze nouveaux chapitres en 1997, est un ouvrage majeur à plus d'un titre : c'est là que Bernard Noël forge le concept de « sensure », cette privation de sens par laquelle le pouvoir, plutôt que d'interdire, noie la pensée sous un trop-plein d'images et de discours pour la neutraliser sans même qu'on s'en aperçoive. Les deux textes inédits que nous publions aujourd'hui s'inscrivent dans cette veine de résistance à la sensure généralisée. Une dizaine d'années après qu'ils aient été écrits, c'est peu dire qu'ils gardent toute leur vigueur.
Jean-Marc Adolphe
(28 mai 2015, version remaniée d'un texte paru en 2012 dans la revue BAN !)
Indignez-vous, et puis quoi ? L'indignation, bien sûr, vaut mieux que la soumission, mais elle n'y met pas fin. Peut-être même l'apaise-t-elle comme la colère apaise une tension. L'indignation ressemble à la révolte. Son énergie est touchante, ses éclats séduisent et souvent rassurent, son effet est immédiat. Au mieux, c'est une prise de conscience, qui peut se développer ; au pire, c'est une agitation sans lendemain qui a le tort de donner bonne conscience à son acteur.
L'organisation actuelle du monde et l'orientation qui la guide sont révoltantes, mais elles ont l'habileté et le pouvoir de nous faire croire qu'elles sont la seule voie possible. Socialement, elles ne produisent que de l'ordure et la qualifient de nécessité raisonnable. Ainsi, graduellement, tout est dénaturé afin de rendre l'aliénation désirable tandis que la perte de la liberté devient un gage de sécurité. Le travail demeure la base de l'existence mais c'est une valeur sans valeur puisqu'on lui reproche d'être ruineux pour les entreprises et d'un coût fatal pour la compétitivité. Tous les acquis sociaux sont désormais des obstacles pour l'économie et ils s'autodétruisent en creusant leur dette. Quant aux services publics, ils avaient le tort de rendre service à tous alors qu'ils ont à présent l'avantage de faire payer par tous la richesse de quelques-uns.
La différence entre la réalité et le discours des profiteurs au pouvoir serait caricaturale si elle ne faisait le malheur de millions de pauvres et de chômeurs : elle est socialement ordurière et humainement meurtrière. Tout démontre que le patronat et ses serviteurs politiques n'ont jamais accepté les progrès lentement conquis par les ouvriers et les employés de telle sorte qu'ils en précipitent la destruction. Une de leurs armes récentes est la délocalisation : elle a pour prétexte le recours à une main-d'œuvre bon marché, mais sa raison principale est de réduire par le chômage la solidarité des travailleurs afin de les rendre plus dociles.
Ce n'est plus la qualité qui, dans ce système, est décisive, mais la quantité. Il s'agit de faire toujours mieux en nombre parce que le nombre s'additionne, se multiplie et se prête aux statistiques tandis que la qualité se dérobe à toute mesure.
Tout cela est trop banal dès qu'énoncé mais prouve que les mesures théoriquement sociales du pouvoir sont la façade d'une immense déchetterie où le code du travail est peu à peu déchiqueté. D'ailleurs qu'est-ce qui règle aujourd'hui le travail, et spécialement dans les services privatisés, c'est le « management ». Et quel est son but principal ? Mettre constamment le travailleur sous la pression de performances destinées à le disqualifier, soit pour qu'il prenne la porte, soit pour qu'il crève à la tâche en augmentant sans cesse les normes du rendement.
Ce n'est plus la qualité qui, dans ce système, est décisive, mais la quantité. Il s'agit de faire toujours mieux en nombre parce que le nombre s'additionne, se multiplie et se prête aux statistiques tandis que la qualité se dérobe à toute mesure. La conséquence est un nombre record de suicides professionnels et le choix de la rentabilité comme seul critère d'excellence. Choix qui a des effets pervers dans les domaines où l'attente, la patience, la réflexion et le mûrissement étaient déterminants, mais la rentabilité n'attend pas : elle est immédiate ou elle n'est pas. Il en va donc des œuvres comme des plats, qui doivent être consommés dès leur confection sous peine de finir à la poubelle ou au pilon.
La nouvelle morale nous assure que la chose la plus demandée est évidemment la meilleure. Le nombre est une preuve : la preuve que la majorité est bien la plus représentative et qu'elle mérite d'exercer le pouvoir. Ce principe est indiscutable puisqu'il est la base de la démocratie. On ne saurait s'en prendre ni à la publicité ni à la démagogie ni à l'habileté de celui qui les utilise pour sa promotion puisque son succès démontre qu'il possède justement l'habileté adéquate à la fonction qu'il occupe ou qu'il ambitionne.
Ce spectacle est devenu inévitable : il a remplacé la pensée politique. Sa minceur passe pour de la transparence. Et il relève lui aussi d'une sorte de « management » généralisé dont rien ne dénonce l'ordure : une ordure propre, sans bavure visible, sans merde et sans sueur. L'ordure ancienne était matérielle et physique ; l'actuelle est la perversion de toute corporalité qu'elle neutralise et prive de toute dimension humaine. Le morcellement des tâches, la privation d'initiative, la perte d'engagement personnel détruisent le sens et le goût du travail. Plus question d'épanouissement mais de cadence et de production. Plus d'interlocuteurs, rien que des voix machinales dès que l'on a besoin d'un renseignement. Au lieu de l'attention naturelle et réciproque, l'isolement et la solitude.
L'ordre est de déshumaniser les rapports publics dans les commerces, les banques, les bureaux. À quoi bon cette perte de temps qu'est la relation quand seul importe le rendement ?
L'ordre est de déshumaniser les rapports publics dans les commerces, les banques, les bureaux. À quoi bon cette perte de temps qu'est la relation quand seul importe le rendement ? Le téléphone, internet et les robots remplacent efficacement vendeurs et guichetiers. Les emplois manquent sauf pour les machines, qui sont d'ailleurs des employés modèles car, une fois mises en marche, elles obéissent à la perfection et vont jusqu'à l'épuisement. Le code du travail vient d'être dénaturé par les accords dans le cadre des entreprises : les travailleurs vont pouvoir diminuer légalement leur salaire pour sauver leur emploi et limiter ainsi les effets de la crise.
L'une des plus belles inventions du Capital est d'ailleurs cette « crise » : elle sert à semer la panique dans l'imaginaire collectif afin de le préparer aux sacrifices déclarés indispensables et qui, sous le nom de austérité, restaureront la normalité, c'est-à-dire la domination de la finance. Autres avantages : tant que dure la crise, les banques ont le droit de voler l'État et l'État le devoir de se laisser voler. Mieux encore, grâce à l'Union capitaliste dite Union européenne, un État a l'obligation de réduire son peuple à la misère pour rembourser les banques, et d'abord celles qui l'ont encouragé à dépenser au-delà de ses moyens.
La crise est un instrument d'oppression et de répression en même temps qu'une bonne manière de conforter le pouvoir quand il a gâché son image par de trop visibles injustices.
La crise est un instrument d'oppression et de répression en même temps qu'une bonne manière de conforter le pouvoir quand il a gâché son image par de trop visibles injustices. Elle le déculpabilise en lui permettant d'accuser les circonstances, les fraudeurs sociaux, les immigrés clandestins et, bien entendu, l'irresponsabilité de l'opposition. La crise fait oublier les promesses non tenues et la corruption : elle occupe toute la devanture politique pour nous exposer l'agitation salutaire du Président et de ses ministres, qui sauvent l'euro et disciplinent l'Europe. Il arrive même qu'on y vante les effets bénéfiques du système d'assurances sociales qu'on est pourtant en train de détruire. La crise enfin désarme d'avance la tentation de la révolte et de l'émeute en peuplant les têtes d'images médiatiques qui désarment leur résistance.
Cette occupation des têtes est d'une efficacité bien rodée que vient compléter le désastre créé dans l'éducation nationale. Il faut rationner l'intelligence pour qu'elle soit réservée à l'élite qui gère le pouvoir ce qui lui évitera une contestation également intelligente. On sait que la consommation massive d'images visuelles entraîne un vide mental que comble uniquement la récidive de cette consommation. Et que l'ordre repose aujourd'hui sur la fabrication d'un appétit que ranime sans cesse la marchandise faite pour l'exciter en ayant l'air de le satisfaire.
Quand l'humain prime et la conscience de la solidarité qu'il exige : il ne s'agit plus de prendre le pouvoir mais de le dégrader à jamais.
Peut-on métamorphoser la conscience qu'en chacun de nous les conditions générales ont formée ? Tous les liens sociaux traditionnels contribuent à sa soumission : famille, propriété, travail. Il ne faudrait cependant qu'un peu de réflexion pour s'apercevoir que notre besoin de travailler et de consommer, que ce besoin vital peut devenir un capital individuel en s'arrachant à la dépendance ordurière du capitalisme qui l'exploite en se flattant de l'entretenir. Le choix serait alors possible de la jouissance contre le Marché.
Ce choix, évidemment, menacerait l'Ordre et il serait en soi un révolution : une révolution non violente faite de rire et de refus. L'erreur et l'échec de toutes les révolutions successives furent dans la volonté de s'emparer du pouvoir car révolutionnaire ou pas, jamais il ne change de nature. Quand l'humain prime et la conscience de la solidarité qu'il exige : il ne s'agit plus de prendre le pouvoir mais de le dégrader à jamais.
(16 mars 2014)
Ce titre sert d'en tête à la proposition d'un ouvrage collectif qui constituerait une sorte de manifeste existentiel et poétique. Il est précisé que le mot « esprit » a été préféré au mot « spirituel » trop entaché de religieux. Je ne vois pas en quoi le mot « esprit » en est moins entaché car, et justement pour cette raison, j'évite de l'employer depuis que j'écris. Par ailleurs, le texte de cette proposition émet la crainte que le XXIème siècle soit « spirituel… n'importe comment ». Étrange crainte quand tout porte à redouter que ce problème ne se pose même pas pour la raison que le « spirituel » aura été détruit par notre société médiatique – ou par un pouvoir pressé d'utiliser les media afin de provoquer la disparition de ce qui dote chaque corps humain de la possibilité de lui résister.
Dès lors que la conscience de ce danger occupe mon « esprit » (je me résous à employer ce mot pour être plus facilement entendu), ledit esprit souffre d'une inquiétude précise, car il sait fort bien que la menace pressentie est déjà à l'œuvre. Cette chose menaçante a été activée depuis longtemps. Sa perception est liée au sentiment d'une privation de sens provoquée par l'influence grandissante des media populaires bien plus efficaces dans leurs effets que toutes les anciennes méthodes de propagande, et bien plus discrets. Il a fallu se rendre alors à l'évidence que ces media, surtout la télévision et ce qui en découle, avaient le pouvoir d'occuper les « esprits » en y paralysant toute distance critique pour les rendre « disponibles » à leurs messages.
Pour moi, l'esprit est une dimension du corps. Son origine et son développement m'échappent, cependant que je les sais liés à l'anatomie ou à la physiologie et non à une improbable visitation transcendantale.
Cela posé, il me paraît indispensable de préciser ce que va signifier ici le mot « esprit » dont l'emploi est trop courant pour ne pas prêter à malentendu. J'ai dit que je l'évitais sans dire que j'utilisais à sa place les mots « espace mental » ou bien « intériorité », qui ont au moins l'avantage de le situer physiquement. Mais que nomme-t-il exactement dans mon emploi ? Pour moi, l'esprit est une dimension du corps. Son origine et son développement m'échappent, cependant que je les sais liés à l'anatomie ou à la physiologie et non à une improbable visitation transcendantale. L'état du corps originel est incertain mais comment douter qu'un organe au moins y joue dès le début un rôle fondamental, et c'est l'œil. Il en va également de l'oreille qui sonorise la vue. Le rôle de la bouche est par contre ambigu puisqu'elle sert longtemps à prendre et à manger avant que la main ne la libère et ne lui permette de prendre la parole ? Une seule certitude : les yeux sont ouverts et ils voient tout comme l'oreille entend depuis qu'ils existent.
La vue va et vient dans nos yeux tout comme l'air va et vient vers nos poumons, mais quel est derrière nos yeux l'équivalent de ces poumons ? Il faut bien pourtant que la respiration visuelle accumule en nous l'expérience de notre environnement et que la vue tire de la répétition des images les règles d'une relation qui est un premier langage. Quel est le circuit qui met le monde en tête et qui, les yeux fermés, permet qu'il soit encore là ? Dans quelle région du corps, ce là est-il situé ? Peut-être la question ne s'est-elle jamais posée tant il est naturel de voir et de conserver les traces de la vue. C'est à partir du déjà vu que nous identifions les éléments du visible, et c'est la respiration du visible qui alimente sa reconnaissance. Savoir comment fonctionnent les zones du cerveau et les neurones et les synapses est en train de fournir des réponses, mais comment sentir que chacune de nos représentations est aussi un objet neuronal ? En attendant d'être doué de cette perception scientifique autant s'en remettre au naturel et reconnaître simplement que la circulation des images et leur conservation a fondé l'esprit. Et n'est-ce pas en lui que, peu à peu, la vision a pratiqué la nomination en inventant le langage ?
Le mot « intériorité » est infiniment plus organique et concret que le mot « esprit » mais pourquoi n'a-t-on cessé de faire de cette construction interne une sorte de supplément qu'auraient fourni les dieux ? Cette désincarnation fait peut-être logiquement suite à celle qu'opère le regard quand il ne cesse de changer le monde en images. Ce changement demeure naturellement insensible tant que la vue est directe, pratique, immédiate, mais sa conscience devrait s'imposer à mesure que la provision d'images grandit, que la mémoire s'en mêle, que la réflexion s'ajoute à l'expérience. On peut penser aujourd'hui que tout cela concerne des zones du cerveau, mais comment percevoir ce magasin intérieur et son organisation ? Il est vrai que l'on n‘a pas besoin de cette perception pour s'en servir, sauf que la perception permettrait une relation – si j'ose dire – ré-incarnée et que la ré-incarnation est sans doute une démarche capitale quand on cherche le meilleur moyen de résister à l'occupation médiatique.
Que l'on s'accorde ou non sur la formation et la nature de l'esprit, il existe un consensus général pour le considérer comme l'attribut spécifique de l'humanité et même son constituant. Chacun sait que l'esprit fonde la relation entre les hommes, donc qu'il crée la société, la culture et tous les développements qui en découlent. Il est ainsi la base de la personnalité, de son indépendance et de sa liberté d'accepter ou de combattre les conditions sociales et politiques. Le pouvoir, quel qu'il soit, a par conséquent toujours cherché à le convaincre ou à le contraindre. Il l'a fait par la loi, qui met en ordre les relations au nom de la justice. Il l'a fait par la peur, qui menace l'opposant d'une violence impitoyable. Il l'a fait surtout par l'éducation religieuse puis civique, qui orientent également l'esprit dans le bon sens de la nécessité du pouvoir et de l'acquiescement à sa domination.
Façonner la conviction de cette nécessité est plus rentable que de l'imposer et sans doute, après des siècles et des siècles de cet exercice, n'imaginait-on pas que l'on pourrait, un jour, se passer d'une formation qui exige un long enseignement, une hiérarchie familiale et sociale, une lourde administration. Tout à coup et brutalement, une invention a dévalorisé la pratique de ce long héritage parce qu'elle permet de pénétrer directement dans l'esprit – ou du moins dans son lieu - , de le violer sans en avoir l'air et d'y installer les éléments propices à sa soumission.
On découvre ainsi qu'il suffit de tenir les yeux et d'y déverser des images pour que l'espace de l'esprit s'abandonne à leur flux comme s'il en était l'auteur et non pas la victime.
La facilité de cette invasion et le naturel de l'occupation qui s'en suit surprennent dès qu'on réfléchit au processus de leur mise en place. On découvre ainsi qu'il suffit de tenir les yeux et d'y déverser des images pour que l'espace de l'esprit s'abandonne à leur flux comme s'il en était l'auteur et non pas la victime. Jamais dans le passé, une machine n'avait eu la capacité de pénétrer dans la région la plus intime des humains, de l'envahir et de l'occuper au moyen d'un spectacle qui, sous prétexte d'informer, d'instruire ou de distraire, ne laisse aucune marge au moindre recul critique. Bien sûr, chacun garde le contrôle de l'appareil et peut à tout moment interrompre l'émission dont il jouit, mais elle est en général dotée d'assez de séduction ou d'habileté pour qu'on la suive jusqu'au bout. Conséquence : un bon nombre de nos contemporains passe au moins quatre heures par jour devant leur téléviseur. De plus, les écrans se multiplient et, désormais portables, tiennent dans la poche ou le sac et nous deviennent inséparables. Pire, ils sont de plus en plus utilisés dans l'éducation et risquent de faire disparaître la relation , le contact humain.
Quels sont les effets de cette inflation de la consommation visuelle ? C'est avant tout un trop plein qui fait le vide.
Cette inflation de la consommation visuelle pourrait ne représenter qu'une certaine frénésie dans un domaine justement particulier de la consommation, mais quels en sont les effets ? C'est avant tout un trop plein qui fait le vide. Oui, voilà une expression bizarre, mais a-t-on jamais connu auparavant un système susceptible de remplir un lieu pour le vider de ses qualités mentales naturelles ? Et qui plus est un lieu situé dans notre corps et considéré par tous comme essentiel bien qu'il ne soit jamais perçu physiquement. Ainsi le flux d'images déversé dans nos yeux devient notre activité « spirituelle » tout en gardant l'apparence d'un spectacle inoffensif. Le sujet de ce spectacle est un leurre : il importe beaucoup moins que la circulation du flux d'images qu'il produit et qui, par son seul mouvement, occupe notre esprit pour le garder disponible au message impressionnant qui, de temps à autre, lui sera communiqué.
Tant qu'il est occupé par ce flot visuel dont l'invasion est continue, notre esprit ne le pense pas pour la raison qu'il n'a pas besoin de se représenter ce qui, tout en l'occupant, ne cesse pas d'être devant ses yeux. Il faut évidemment rappeler ici que le spectacle télévisuel est la seule activité humaine qui, pour débuter, n'exige comme seul effort que d'appuyer sur un bouton avant de suivre passivement la succession de ses images. L'effacement de tout effort préliminaire est la base de l'attrait de la télévision : il suffit de l'allumer et d'ouvrir les yeux. Cette situation replace peut-être l'esprit dans une position originelle : celle où il lui suffisait de voir pour être comblé… Sauf que, devant l'écran, il n'est plus dans la vision en cours de réflexion mais dans l'abandon à un gavage visuel qui, tout au contraire, neutralise la réflexion.
Un ancien directeur de la chaîne de télévision la plus populaire fit un jour l'aveu devenu célèbre que son rôle était de créer du « cerveau disponible » pour les messages publicitaires de ses clients. Comment s'obtient cette disponibilité ? Par la circulation continue d'un flux d'images dont le mouvement entretient la passivité de sa réception. À cette mobilisation du système visuel s'ajoute bien sûr celle du circuit auditif par des mots et des sons complétant la séduction mais cela suffit-il à expliquer la fabrication du « cerveau disponible » ?
Toutes les œuvres créées jusque-là et dans tous les domaines étaient discrètement incomplètes : elles comptaient sur l'interprétation, l'imagination, donc l'intelligence pour atteindre leur achèvement. Le spectacle audio-visuel se suffit à lui-même parce qu'il est totalement figuré, totalement achevé quelle que soit sa qualité ou sa médiocrité.
Depuis le fond des temps, la perception humaine combine l'auditif et le visuel mais il lui a fallu des millénaires pour en perfectionner l'expression par le langage et par l'écriture, bref par une symbolisation toujours plus exactement liée à son sujet. Cette symbolisation faite de deux modes complémentaires, mais le second relativement récent, a toujours laissé chaque individu libre de les interpréter à sa façon en faisant un effort de conception et d'imagination. Par rapport à cette longue histoire, l'enregistrement mécanique des images d'où naît l'audio-visuel a tout l'air d'une brusque et envahissante précipitation, qui amplifie son effet depuis un demi-siècle.
La nouveauté, sans doute déjà oubliée, est que cette précipitation d'images s'est installée dans l'intimité de chacun et qu'elle n'exige aucun apprentissage. Il suffit de posséder l'appareil adéquat, de l'installer au centre de son logement et de s'asseoir devant lui. Vous pressez sur un bouton et le défilé des images commence doublé de la sonorisation qui l'accompagne naturellement. Dès lors, tout le champ de votre perception est occupé car le symbole et son contenu se confondent tout comme vont de pair succession des images et audition sans que vous puissiez intervenir autrement que par l'interruption.
Toutes les œuvres créées jusque-là et dans tous les domaines étaient discrètement incomplètes : elles comptaient sur l'interprétation, l'imagination, donc l'intelligence pour atteindre leur achèvement. Le spectacle audio-visuel se suffit à lui-même parce qu'il est totalement figuré, totalement achevé quelle que soit sa qualité ou sa médiocrité. Qu'ils soient originaux ou banals, ses thèmes se valent pourvu qu'ils déclenchent une assimilation rapide et entretiennent un appétit de consommation. Tout cela est désormais bien connu et dénoncé même si la dénonciation, loin d'avoir un effet dissuasif et populaire, en est réduite à constater que l'image mouvante et augmentée de quelques bulles de discours sert maintenant de programme et de pensée politiques.
Reste pourtant à essayer de comprendre pourquoi l'humain est fragilisé par ce qui fonde justement son humanité, c'est-à-dire son « esprit ». À comprendre pourquoi un flot d'images pénétrant par ses yeux peut occuper cet esprit au point de le rendre en effet « disponible » à n'importe quelle manipulation publicitaire ou politique. La science, qui a beaucoup appris sur le cerveau et la pensée depuis quelques années, arrivera sans doute un jour à identifier les circuits qui permettent cette invasion et cette occupation. Servira-t-elle alors à nous protéger ou à nous asservir ? Étant donné ce que nous apprend l'histoire, les chances en sont probablement égales.
Du mythogramme à la lettre en passant par l'idéogramme, la symbolisation a progressé relativement vite dans le domaine de l'écriture. Ce qui est remarquable pour nous dans cette évolution, c'est que, au départ, une image réduite à son propre signe sert à nommer la chose, l'objet, l'animal… Qu'en est-il de la vocalisation de ce nom qui, bien sûr, précède la tentative de sa transcription ? Rien ne nous l'indique parce qu'il n'existe pas de fossile de la parole. L'écriture n'a guère que cinq mille ans, les peintures pariétales six à huit fois plus, la parole vient d'un lointain incalculable. Il faut juste souligner que la symbolisation commence par des signes figuratifs qui, très rapidement, deviennent abstraits.
L'origine s'éloigne dès qu'on veut l'approcher. Mais l'œil est toujours là, qui s'est ouvert dès qu'il y a eu du corps et de la vie. Et cet œil voit et, voyant, il envoie des images vers le cerveau et y accumule une connaissance. Rien que de naturel et d'animal jusque-là mais que se passe-t-il au moment où, ayant fermé les yeux, cet animal s'aperçoit qu'il voit encore ce qu'il ne voit plus ? Cette situation, vue depuis aujourd'hui, est mythique, elle a cependant toutes les chances d'être simplement naturelle, sauf que… entre la vision habituelle et la vision mémorisée, il y a le passage capital de la vue à la représentation. Ce passage est devenu si normal et depuis si longtemps qu'on ne voit pas qu'il inaugure la naissance de la pensée en même temps qu'il en fonde le lieu.
Si l'on admet que le passage de la vue à l'image mentale de la vue, qui est la base de la représentation, est aussi la base de la pensée, cette opération autant dire originelle suppose, pour se développer, un effort constant de réflexion générateur d'intelligence. Dès lors, si, dans un premier temps, il a pu suffire de voir, il a fallu bien vite savoir ce qu'on voit, comparer, déduire, projeter et même articuler sa vue. Il ne s'agit pas de rêver l'inconnu mais d'agiter du probable dans la mesure où l'œil, et lui seul, paraît bien être l'unique fondateur de l'humain pensif même si l'on n'oublie pas l'apport de l'oreille. Et si le pensif est attaqué par une agression mentale qui passe par l'œil, n'est-ce pas une raison de se demander ce qui fait de lui l'entrée principale de cette région intime ?
Chaque jour des millions d'yeux sont envahis par un flot d'images audio-visuelles qui s'en va occuper l'esprit dans lequel ce flot se précipite. Entre ces images-là et celles qui viennent du quotidien, du travail, des rencontres ou des activités, il y a une différence de nature qui, généralement, n'est pas perçue. Les images ordinaires alimentent normalement l'esprit en représentations qu'il analyse et réfléchit, les autres, celles de l'écran, suscitent en lui une sorte de paralysie mentale que l'ancien directeur de TF1 a parfaitement caractérisée en parlant de « cerveau disponible ».
Il faut encore interroger cette disponibilité ? Elle suspend l'activité du cerveau – mot préférable maintenant à « esprit » - en la neutralisant. Les images défilent à une vitesse normale et en apparence comme d'habitude sauf qu'elles sont à elles-mêmes leur propre représentation pour une raison que cette normalité dissimule. Ce qui occupe votre cerveau ne cesse à aucun moment de faire que vos yeux confondent le symbole (l'image) et son contenu de telle sorte que la représentation devient la réalité ambiante. Une réalité totalitaire qui ne laisse pas la moindre marge à l'imagination ni, bien entendu, à l'intervention sauf à couper court. La raison de cette occupation totale de l'espace mental est liée à l'occupation simultanée du circuit visuel et du circuit auditif avec pour conséquence que le spectacle n'est plus perçu comme tel, mais entièrement vécu.
Cette fabrique de la passivité est sûrement l'une des inventions sociales les plus remarquables de notre époque. (...) La passivité est au fond la meilleure préservation contre toute révolte.
L'installation du poste de télévision au centre de la vie familiale lui confère le pouvoir d'introduire dans le cercle le plus intime tout ce qui compose le monde extérieur : information, distraction, culture. Les membres de la famille croient que l'achat de l'appareil leur en a conféré la maîtrise, alors que celle-ci se limite à allumer et à éteindre l'appareil. En tant que spectateurs, ils sont dans une situation comparable à celle de l'ouvrier dans une chaîne de montage qui, privé de toute initiative, ne peut que répéter toujours le même geste. On sait à quel point la passivité créée par cette situation est nuisible à l'humain parce qu'elle lui ôte toute maîtrise et rend son corps machinal : il en va fatalement de même de l'entraînement à la passivité que génère le téléviseur. C'est qu'avoir chez soi pareille source d'images charge ces images d'une réalité qui les intègre sans aucun effort de réflexion à la vie quotidienne et à la vie mentale. Du coup, plus de distance et une familiarité très éphémère avec ce flot qui, toujours passant, impersonnel et irréfléchi, paralyse l'interprétation aussi bien que l'imagination.
Cette fabrique de la passivité est sûrement l'une des inventions sociales les plus remarquables de notre époque. Elle est méprisante pour l'humain, mais elle aurait dû permettre d'adoucir l'oppression au point de rendre inutile la violence. Il n'en est rien parce que l'appétit des oppresseurs grandit sans cesse au-delà de toute mesure et au détriment d'un toujours plus grand nombre. À mesure que se multiplient les écrans, ce n'est pas la liberté qui grandit mais le moyen de contrôler chacun de leurs utilisateurs jusque dans son intimité. Le scandale provoqué par la découverte de la mainmise des renseignements américains sur toutes les communications privées le prouve sans, pour autant, le faire cesser. L'étonnant est de remarquer que tous les abus de pouvoir technologiques ne provoquent qu'une indignation très éphémère. Est-ce parce que les media s'empressent de passer à autre chose ou bien parce que l'indignation elle-même n'est plus qu'une réaction manipulée ?
La passivité est au fond la meilleure préservation contre toute révolte. On voit que les syndicats eux-mêmes s'en font aujourd'hui les complices puisque les manifestations qu'ils organisent ne sont qu'un leurre destiné justement à fatiguer les révoltés. Inutile d'ajouter que le socialisme ne porte plus cette étiquette que pour promouvoir son contraire. Il y a donc entre tous les centres de pouvoir une entente pour, d'une part décourager l'opposition et, d'autre part, développer les moyens de la rendre inexistante - très exactement de la faire disparaître. Pour cela, il faut rendre inconcevable la révolte et par conséquent occuper l'esprit afin de l'en écarter : l'occuper au sens militaire du terme.
Le meilleur instrument pour réaliser ce projet demeure la télévision et ses divers avatars pour toutes les raisons déjà dites et parce que la paralysie mentale qu'elle propage, non seulement est indolore, mais séduisante. Quand la vue est fascinée par une succession d'images sonores et mouvantes qui occupent tout l'espace visuel, la réalité environnante s'en trouve dédoublée si bien que la perception s'y égare. La pensée dérive alors au fil d'un spectacle qui lui permet uniquement de s'identifier à lui et qui, donc, l'empêche d'interpréter et d'imaginer. Ainsi ne progresse qu'une privation de sens qui facilite la soumission.
Il n'est plus question que de valeurs matérielles et, tandis qu'une faillite les menace, toutes les autorités annoncent au contraire leur retour, et qu'il sera sauveur.
Quand a surgi la comparaison entre travail à la chaîne et spectacle télévisé, j'aurais dû m'attacher au fait que l'un et l'autre entraînent une perte de l'autonomie individuelle, donc de l'engagement et de l'implication physiques qui font, depuis toujours, que l'invention passe par le corps. C'est ce lien entre l'intelligence et la main qui disparaît dans les techniques nouvelles. Une désincarnation est à l'œuvre qui, loin de favoriser comme on le croyait autrefois la spiritualité, tend à la faire disparaître. Il n'est plus question que de valeurs matérielles et, tandis qu'une faillite les menace, toutes les autorités annoncent au contraire leur retour, et qu'il sera sauveur. L'entretien de cette légende productiviste passe par une obstination suicidaire et une oppression d'une violence jusqu'ici inconnue qui détruit les équilibres naturels, le climat, la qualité de la nourriture, les acquis sociaux, les services publics, l'éducation. Il faut faire croire que ce saccage est indispensable à un progrès futur, donc rendre les cerveaux disponibles à cette « vérité ».
En attendant, nos corps sont atteints par cette dégradation générale en même temps que les conditions de vie, mais le spectacle à domicile nous en distrait. Les nouvelles s'enchaînent de manière à s'user l'une par l'autre de telle sorte que les responsabilités sont toujours reportées ou annulées. Le tout est de s'emparer de nos yeux et d'y déverser la potion d'images qui bonifie la vision de l'actualité – laquelle est désormais la seule dimension du monde.
Pourquoi s'emparer de nos yeux est-il si décisif ? C'est la question qui a motivé la tentative très risquée d'interroger une origine dont ne survivent pas les traces, sinon peut-être dans notre corps. Les études sont aujourd'hui innombrables qui tâchent d'éclaircir notre construction cellulaire et d'y situer des régions, des circuits. Cependant l'urgence est de trouver la façon de ranimer une résistance corporelle à ce qui méprise notre corps et s'empare de notre seul espace mental pour y semer une soumission qui agira en nous comme un réflexe.
Il s'agissait ici d'inventer au sens archéologique le rôle fondamental de l'œil, rôle qui de toute manière est le sien, afin de dénoncer son exploitation pour s'emparer de notre « esprit ». Est-il naïf de croire que si l'on connaît la manière d'opérer de l'ennemi, on dispose du moyen de s'opposer à son action ? Sans doute n'est-ce ni aussi simple ni suffisant pour la raison que le savoir ne suffit pas : il faut y ajouter la perception et la conscience de la pénétration audio-visuelle au moment où elle agresse tout l'espace de l'intériorité. Cette pénétration emprunte le circuit originel qui mène de la vue à la pensée et elle doit à la maîtrise de ce trajet toute sa puissance d'occupation. Le spectateur-auditeur, à cet instant, acquiesce ou se défend : il est averti, il a le choix…
Ces deux textes inédits de Bernard Noël ont été mis en ligne sur le site internet des éditions P.O.L. Ils nous ont été signalés par l'Atelier Bernard Noël, site de ressources consacré à l'œuvre du poète, qui recense sa bibliographie, ses archives radiophoniques et télévisuelles ainsi que de nombreux articles et documents le concernant.
https://atelier-bernardnoel.com/
Bernard Noël sur les humanités :
- "Contre l'Ordre, l'opacité du poème", par Jean-Marc Adolphe. Article qui revient sur l'enquête que Bernard Noël avait menée en 1995, à la demande de la ville de Saint-Denis, auprès de 104 auteurs du monde entier autour de la question "Qu'est-ce que la poésie ?" (https://www.leshumanites-media.com/post/bernard-no%C3%ABl-contre-l-ordre-l-opacit%C3%A9-du-po%C3%A8me).
- Bernard Noël. "Le cerveau disponible" (INÉDIT) — un texte offert par Bernard Noël en mai 2017 pour l'événement "Ruralité debout" à Fère-en-Tardenois (https://www.leshumanites-media.com/post/bernard-no%C3%ABl-le-cerveau-disponible-inedit).
- "A Bernard Noël, depuis les oliviers", par Bruno Tackels (https://www.leshumanites-media.com/post/a-bernard-no%C3%ABl-depuis-les-oliviers)
Voir en ligne : Source/emprunt de cet article : leshumanites-media.com
Alors que le Méga Canal tente de passer en force, une ZAD s’ouvre à Ytres !
Lundi 21 septembre, une occup’ a débuté pour empêcher l’abattage du bois de Ytres, dans le Pas-de-Calais. Alors que le budget provisoire a doublé, que des recours juridiques sont en cours, que le projet n’est toujours pas financé et que les travaux viennent à peine de commencer, il est nécessaire de s’interposer afin de stopper les ravages.
Cette occupation, qui est soutenue au sol, prendra fin lorsque les coupes s’arrêteront et que le Méga Canal sera mis en supsens.
Toutes les énergies sont nécessaires pour tenir sur la durée et préserver ce bois: chaque citoyen·ne est appelé·e à nous rejoindre.
Pour venir sur place, n’hésitez pas à nous mp sur les réseaux sociaux @megacanalresistance
Vous pouvez également soutenir l’occupation en relayant l’information !

Malgré la morosité sociale et le contexte répressif toujours plus tendu, des milliers de personnes se sont réunies à Nantes.
L’article Nantes : la manifestation contre le permis de tuer remplit les rues est apparu en premier sur Contre Attaque.

On se retrouve en cette rentrée pour le 2ème épisode de la série de deux émissions autour du colonialisme chimique, et toujours avec Lilith, militante au DSAVEC (Diasporas solidaires avec les victimes de l'empoisonnement colonial). On peut écouter un épisode sans avoir écouté l'autre, mais on peut aussi les écouter dans l'ordre, le premier étant ici.
Dans ce deuxième épisode, donc, on écoute comment, sous couvert d'universalité de la cause écolo, les milieux militants écolos gaucho restent très travaillés par des réflexes racistes. On restitue notamment, à travers le récit de Lilith, comment ce racisme s'est exprimé au festival Les Résistantes en août 2025, "rencontre de luttes locales et globales" ayant eu lieu sur plusieurs jours en Normandie, où elle participait à la table ronde consacrée aux pesticides comme forme de colonialisme chimique. Dans cet épisode, en plus de l'entretien de Lilith par Mirko & Ysé, on entend des enregistrements aux Résistantes, notamment un montage de l'introduction à la table ronde de Lilith et Mélo captée par le COADEEP et visionnable ici ; et puis quelques musiques :
Elaine Brown, One time
Doechii, Death Roll
Kolo Barst, Févriyé 74
Casey, Sac de Sucre
L'émission s'écoute ici, ou bien là :
PS : Vous l'aurez peut être remarqué, notre blog historique est entré en dormance, et n'est à ce jour du 21 septembre 2026 plus accessible.
Autistici inventati, le collectif qui gérait notamment Noblogs et ses nombreux blogs militants, a été classé terroriste par leur pays hébergeur qu'est les Etats-Unis ... et cela parce qu'ouvertement antifa (plus d'infos ici). On vous recommande fort fort de lire cette histoire, passionnante et folle, accessible même aux plus profanes, et qui mêle Gênes 2001, les geeks anars, la contre-culture italienne, les scandales sexuels du Vatican, les orages de Milan et un serveur qui s'appelle Paranoia…
Bref le fascisme étatique états-unien est passé par là, c'est grave, ça fait peur, et des mobilisations s'organisent, notamment à Paris. Pour ce qui est de Langues de Fronde, en attendant qu'on monte un autre site, vous pouvez nous retrouver - comme d'habitude - sur le site de notre nébuleuse Radiorageuses préférée, c'est-à-dire ici même.
Voir en ligne : ici pour écouter l'émission
Ce mois-ci, premier épisode d'une série de deux émissions sur le colonialisme chimique. On trouvait qu'il ne faisait pas assez chaud, on en remet donc une couche en se faisant monter la colère avec le scandale du chlordécone.
Le chlordécone, c'est ce pesticide utilisé (même après son interdiction en France métropolitaine) pour arroser les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique, et par là empoisonner leurs habitant·es.
On vous donne à entendre un entretien avec Lilith, militante au DSAVEC (Diasporas solidaires avec les victimes de l'empoisonnement colonial) autour du chlordécone. On évoque avec elle l'histoire de ce produit ; les dominations, coloniales, raciales, capitalistiques, économiques, qu'il contient ; le rapport de l'État français et de la société toute entière aux Outre-mers, la répression policière et la vie chère ; mais aussi comment les luttes autour de cette question s'organisent, s'exportent et s'expriment jusqu'en Île de France.
On peut écouter l'émission là ! Ou là !
Ce mois-ci, les Langues de Fronde vous emmènent au festival du livre queer et féministe, le SLAP, dont la quatrième édition se tenait fin mai à La Parole Errante, à Montreuil. Difficultés de l'édition indépendante, bonheurs de l'entre-soi montreuillois, découvertes littéraires du bibliobus, nécessités de protéines dans les sandwichs vegans, plaisirs d'un match de catch queer, déviant et antifa : aucun détail n'aura été laissé de côté. On peut l'écouter... ben là ! Ou là !
Voir en ligne : ici pour écouter l'émissionSi vous connaissez des personnes sur la route de l’infotour entre Dijon et Marseille, dites leur de venir aux soirées d’information !
Nous serons :
Toutes les informations détaillées sur les dates sont sur la page de l’événement sur bureburebure : https://bureburebure.info/events/event/infotour-antinucleaire-de-dijon-a-marseille/
Source : Histoires Crépues
Source : Le Nouveau ParadigmeQuand ?
Le 28 septembre à 19h
Où ?
Le Point Ephémère 200 Quai de Valmy 75010 Paris
« Faites mieux ! » L'invitation lancée en 2022 par Jean-Luc Mélenchon n'a rien perdu de son actualité. Même si le chef de file des Insoumis a par la suite renoncé à prendre sa retraite, on ne peut qu'adhérer à sa conviction que, faute de nous améliorer, nous ne serons pas en mesure de barrer la route du pouvoir à l'extrême-droite.
À quelques mois de l'élection présidentielle, l'inquiétude ne procède pas seulement des sondages qui annoncent la victoire de Marine Le Pen. Elle se nourrit surtout de la perspective d'une entente, parrainée par le patronat et validée par les grands médias, entre toutes les composantes des droites et du centre. Appelé « arc républicain », ce partenariat en formation se donne pour mission de faire passer un basculement inédit depuis 1940 pour une transition à peine perceptible et, ce faisant, de jeter un soupçon de sédition sur celles et ceux qui auront le front de s'en émouvoir.
Dans ce contexte, il ne suffit pas d'espérer que la gauche s'unisse ou que son électorat se reporte sur le candidat le mieux placé pour la représenter. Conjurer le sort que l'air du temps semble nous réserver engage chacun d'entre nous à défier le sens commun que nos adversaires sont parvenus à imposer. Or, pour espérer reprendre la main, on ne peut se borner à dénoncer les injustices et la cruauté distinctives du programme de l'union des droites, et encore moins s'abaisser à transiger avec les phobies qu'il agite au motif qu'un électorat réputé populaire y serait sensible : l'enjeu consiste plutôt à montrer que ce qui nous semble digne d'être revendiqué est aussi plus attirant que l'alliage de morgue et de ressentiment constitutif de l'arc républicain.
Désireux d'apporter leur contribution à cette tâche, Au Poste et Diagrammes se sont associés pour réunir des journalistes, des chercheurs/euses et des activistes dont le travail est de nature à nous permettre de faire mieux.
– 19h30 - Club de la presse indépendante
avec Mathieu Molard (StreetPress) et Céline Massin (Rembobine), animé par David Dufresne
– 21h - À quand un internationalisme de gauche affranchi du campisme ?
avec Chowra Makaremi, Somayeh Rostampour et Hamad Gamal, animé par Michel Feher
L'internationalisme a-t-il besoin de nouvelles lunettes ? Jusqu'à une date récente, il en existait deux modèles concurrents. Le premier, d'inspiration libérale, orientait le regard vers les résistances à la mainmise des États sur les sociétés civiles. Le second, porté par les gauches radicales, ouvrait les yeux sur les luttes des peuples contre les bénéficiaires de leur exploitation et le pillage de leurs ressources. Conçus lors de la Guerre froide, ces prismes rivaux offraient un confortable sentiment de continuité à leurs usagers : les uns y puisaient la conviction que la dissolution de l'Union soviétique ne dispensait aucunement de traquer les résurgences du totalitarisme, les autres la certitude que la mondialisation néolibérale ne modifiait en rien les enjeux du combat contre l'impérialisme. En outre, tant les lunettes antitotalitaires que leurs rivales antiimpérialistes étaient taillées pour occulter les causes qui ne correspondaient pas à leurs priorités. Ainsi s'explique leur remarquable longévité.
Cependant, toutes deux peinent désormais à remplir leur office. Que reste-t-il en effet de l'internationalisme libéral lorsque Washington et ses alliés sponsorisent un génocide à Gaza, autorisent leur protégé émirati à en commanditer un autre au Soudan et s'accordent avec Moscou pour promouvoir l'extrême droitisation de Europe ? Et qui défend le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes à l'heure où Vladimir Poutine nie l'existence de l'Ukraine, où Recep Tayyip Erdogan prive les Kurdes de toute autonomie, où Narendra Modi réserve la nationalité indienne aux Hindous, où le régime iranien tire parti des assauts israélo-américains pour réprimer toute contestation du nationalisme persan et où Xi Jinping attend patiemment l'issue des « opérations spéciales » russe et israélienne pour décider de l'opportunité d'une invasion de Taïwan ?
Afin de desserrer l'emprise des brutes qui dominent le monde, l'internationalisme est plus nécessaire que jamais. Mais encore faut-il que celles et ceux qui s'en réclament le délivrent des œillères héritées d'un âge révolu. Il en va de notre lucidité mais surtout de la construction de solidarités entre tous les mouvements de résistance à la dystopie planétaire. Dira-t-on que ce travail de tissage a peu à voir avec une campagne présidentielle ? Il n'est certes pas question d'attendre la lumière d'un nouveau chef de file du « monde libre » ou projeter ses espoirs sur on ne sait quelle « patrie du socialisme ». Pour autant, face au nombre sans cesse croissant de dirigeants aussi hostiles à l'autodétermination des populations tombées sous leur joug qu'aux libertés de leurs propres citoyens, être en mesure de compter sur un gouvernement favorable à la refondation de l'internationalisme ne serait pas du luxe.
– 22h30 - Concert Zeid Hamdan et Salwa Jaradat
Entrée libre !
Quand ?
Le 27 septembre à 14h
Où ?
La Générale 39 Rue Gassendi 75014 Paris
Samedi 12 septembre, une cinquantaine de personnes se sont réunies à l'appel d'un collectif pour un internet libre et militant. Autistici/Inventati, fournisseur de service camarade basé en Italie, venait d'annoncer sa fermeture définitive suite à sa désignation comme organisation terroriste par les États-Unis.
La discussion a permis d'établir un premier contact entre des personnes dont les capacités techniques ou les objectifs pouvaient différer mais qui étaient réunies autour d'un principe : empêcher l'État de contrôler l'internet et sensibiliser les gens aux dangers que cela implique. Les échanges pendant la discussion puis pendant la suite de l'événement ont permis de faire émerger plusieurs sujets : quels outils et pratiques pour se défendre contre la surveillance, comment transmettre le savoir technique de manière efficace, horizontale et autonome mais aussi des questions plus générales comme notre rapport à la technologie au sein de la société.
Pour des raisons évidentes, quelques heures n'ont pas suffi à élaborer des réponses satisfaisantes. Il a donc été décidé de re-proposer un événement public deux semaines après pour prolonger et étendre ces réflexions !
Retrouvons-nous à la Générale, 39, rue Gassendi 75014 Paris, le dimanche 27 septembre à 14h.
Au programme : discussions, infokiosque, apéro partagé et sérigraphie à prix libre... et surtout venez avec vos propositions.
Il y a quelques années, à l'occasion de l'annonce d'une rencontre avec Marc'O, nous avions mis la main sur deux extraits inédits de son opéra-rock Flashes rouges monté en 1979 avec Catherine Ringer et Fred Chichin. Les re-voici.
Fin mars 2025, une fillette de 6 ans décède suite à l'injection d'une thérapie génique expérimentale en Chine. Comment faire sens de cet événement ? Deuxième billet des Chroniques du bio-technofascisme en cours [1].
Plusieurs articles parus cet été relatent l'histoire de la mort d'une petite fille de 6 ans, sous le pseudonyme de Mei, lors d'un traitement de thérapie génique personnalisée et expérimentale dans l'hôpital Xinhua, affilié à l'université Jiaotong de Shanghaï. Bien qu'ayant eu lieu en mars 2025, l'affaire n'est révélée qu'en juillet 2026, dans une enquête de Science et Retraction Watch.
Le principe de la thérapie génique est simple : certaines maladies, comme la mucoviscidose, seraient dues à une mutation unique de l'ADN, située dans un seul gène. Remplacer ou modifier ce gène pour lui redonner sa forme normale guérirait la maladie. Un simple jeu de Lego ou de mécanique où il s'agirait de changer une pièce du système, comme un carburateur, pour que tout rentre dans l'ordre.
La méthode générale de la thérapie génique est d'injecter, dans les cellules ciblées, des molécules qui découpent l'ADN à des endroits spécifiques et qui réparent cet ADN, par exemple en y insérant un nouveau morceau. À toutes les étapes, la précision est évidemment cruciale.
Les premières tentatives de thérapie génique datent des années 1990, dans le contexte d'optimisme technologique démesuré du projet de séquençage du génome humain. À cette époque, les technologies utilisées pour modifier l'ADN sont celles de la recombinaison génétique, ou la transgénèse, développées à partir des années 1970. Dans les années 2010, le système CRISPR, plus rapide et plus précis, est adopté par toute la communauté scientifique et l'industrie pharmaceutique, notamment pour le développement de thérapies géniques.
Les risques liés aux thérapies géniques CRISPR sont connus et identifiés. Ils sont de deux types. Tout d'abord, l'intervention sur l'ADN par le système CRISPR n'est jamais 100 % précise et peut provoquer des dommages imprévisibles – la thérapie peut provoquer des mutations génétiques qui peuvent être fatales. Ensuite, toute thérapie génique se heurte au problème du transport du système CRISPR dans les cellules dont l'ADN doit être modifié. En effet, il serait délétère et par ailleurs impossible techniquement de modifier l'ADN de toutes les cellules d'un enfant ou d'un adulte. Pour une maladie du foie, il faut cibler les cellules du foie, et pour une maladie du cerveau, celles du cerveau. Pour assurer ce transport, les scientifiques utilisent des virus désactivés et modifiés. Ici, le risque est que le virus provoque une réaction immunitaire et inflammatoire – la réaction classique d'un corps qui rencontre un virus.
Ces risques ne sont pas hypothétiques. Chaque cas tragique de la mort d'une personne lors d'un essai de thérapie génique est l'occasion de rappeler qu'elle n'est pas la première. Le cas de Jesse Gelsinger en 1999 aux États-Unis est le plus connu. La mort de l'adolescent de 18 ans lors d'un des premiers essais de thérapie génique freine fortement les ardeurs ubuesques de la décennie du Projet Génome Humain. D'autant que les chercheurs ont fauté de manière grave en ne mentionnant pas, lors de la demande de consentement, des résultats inquiétants venant d'essais sur primates non-humains. Mais suite à l'essor de CRISPR, les essais cliniques se multiplient de nouveau. Et les drames aussi. Pour l'année 2025, deux autres enfants sont morts dans des circonstances similaires en Chine, et au moins quatre aux États-Unis. Certes, il y a aussi des succès. Le plus récent, et le plus similaire au cas de Mei, étant celui de Baby KJ en 2025, né avec une maladie génétique rare, le déficit en CPS15, et traité aussi par une thérapie génique personnalisée. Mais ces succès ponctuels, dans des cas très particuliers, ne peuvent pas masquer la pauvreté des résultats de la recherche effrénée sur les thérapies géniques. Après plus de 35 ans de recherche et des millions, voire des milliards, d'euros dépensés, la première et unique thérapie génique officiellement approuvée comme traitement l'a été cette année, aux États-unis.
Mei était atteinte du syndrome de Snijders Blok-Campeau, une maladie génétique extrêmement rare (237 cas recensés dans le monde) qui affecte les neurones. Le syndrome est à l'origine de retards développementaux et de troubles cognitifs plus ou moins sévères, qui ne semblent pas avoir forcément d'impact sur l'espérance de vie. Autrement dit, Mei n'était pas en danger de mort imminente. D'autant plus que ses symptômes semblaient montrer une version légère du syndrome, et qu'ils s'amélioraient grâce à diverses thérapies. La dimension tragique de l'affaire semble hors de proportion avec le cas clinique révélé par l'enquête : une institutrice qui s'inquiète de retards dans le dessin et l'écriture, ou de bruits bizarres que fait l'enfant qui pourrait être liés à une forme d'autisme, des parents préoccupés par un manque de tonus musculaire et un poids réduit qui leur font craindre un possible manque d'autonomie à l'âge adulte…
Les parents, inquiets donc de l'état de Mei, se rapprochent d'un célèbre neuroscientifique de l'hôpital Xinhua, et ils décident ensemble de développer une thérapie génique personnalisée expérimentale pour Mei. Le développement de la thérapie est financé à hauteur de 750 000 euros par les parents, en plus de cadeaux personnels au neuroscientifique. Une fois le système CRISPR créé, inséré dans un virus modifié et testé, il est injecté dans le liquide céphalo-rachidien des vertèbres de Mei pour se diriger vers le cerveau. Comme le cerveau est difficilement accessible, il a fallu injecter une quantité énorme de virus, pour espérer atteindre un nombre suffisant de neurones. Sept jours plus tard, Mei était morte. La quantité de virus injectée aurait déclenché une réaction immunitaire excessive endommageant les vaisseaux sanguins, provoquant la formation de caillots microscopiques - une microangiopathie thrombotique - qui ont privé les organes vitaux d'apport sanguin et auraient entraîné son décès.
L'enquête explique la décision d'utiliser une thérapie génique expérimentale par un cocktail d'affects : le désespoir des parents, l'enthousiasme et l'optimisme scientifique des médecins ainsi que leur désir de faire l'histoire et d'être les premiers à traiter le syndrome. Compte tenu du manque de sévérité des symptômes rapportés par l'enquête, il est difficile de comprendre le désespoir des parents et le recours à un traitement si risqué. Quant à l'optimisme scientifique, les sciences sociales ont un terme pour désigner cette tendance à l'optimisme technologique outrancier : l'impératif technologique. Il exige que nous acceptions les innovations de manière inconditionnelle, seulement parce qu'elles existent et sont disponibles, sans se soucier des conséquences. La technophilie aveugle des scientifiques n'est donc pas surprenante, d'autant plus que leur raison d'être en tant que profession en dépend. Leur obsession de la compétitivité n'est pas surprenante non plus, mais ce n'est évidemment pas spécifique au monde de la recherche. Leur manque d'éthique médicale (au-delà des aspects de corruption) pourrait, lui, surprendre un peu plus.
Comme le raconte l'enquête, l'équipe de l'hôpital a choisi, comme dans le cas de Jesse Gelsinger, de ne pas prendre en compte, ni de communiquer à la famille, des résultats particulièrement préoccupants de tests préliminaires sur primates non-humains (comme des insuffisances rénales et hépatiques). Ensuite, le formulaire de consentement ne mentionnait pas le risque de décès (alors qu'il est établi, particulièrement pour les thérapies géniques expérimentales). L'équipe de recherche a même osé publier un article scientifique, un an après la mort de Mei, pour décrire leur protocole d'élaboration et de validation de la thérapie génique personnalisée utilisée, en ne mentionnant ni le décès de l'enfant ni le soutien financier de la famille. Par ailleurs, les résultats scientifiques de l'étude elle-même sont contestés, le tout provoquant des appels au retrait de l'étude.
Les réactions critiques suite au décès de Mei ont été nombreuses. Elles suivent le plus souvent un cadre qui a été défini, ces dernières décennies, par la discipline de la bioéthique. Ce cadre comprend quatre principes généraux pour juger de la valeur éthique d'une pratique médicale ou d'une biotechnologie. Celle-ci devra respecter les principes de l'autonomie du sujet (capacité du sujet à décider, obtention du consentement éclairé), de la bienfaisance (obtention de résultats favorables), de la non-malfaisance (éviter les résultats défavorables), et de l'équité (surtout autour de l'accès aux technologies). Dans le cas de Mei (comme dans le cas d'autres personnes décédées suite à une thérapie génique) ces principes ont été bafoués : le consentement obtenu n'était pas éclairé (des résultats inquiétants n'ont pas été communiqués, le risque de mort n'a pas été mentionné), la balance coûts/bénéfices n'était clairement pas en faveur du bénéfice (les symptômes semblaient légers, Mei n'était pas en danger de mort), et l'accès aux thérapies géniques est extrêmement limité compte tenu de leurs prix exorbitants (pouvant aller jusqu'à plusieurs millions d'euros).
Bien qu'ayant une certaine utilité, évidente dans la critique et la compréhension du cas de Mei, ces principes de la bioéthique médicale sont souvent critiqués pour individualiser exagérément l'expérience des patient·es – une forme de dépolitisation de notre relation à la médecine, qui se résumerait aux interactions personnelles entre patient·es et médecins. Ce n'est pas une coïncidence si ces dernières décennies les experts en bioéthique et leurs comités ont été de plus en plus sollicités pour contribuer aux débats sur les nouvelles biotechnologies. Les journalistes de l'enquête sur Mei se sont ainsi assurés d'avoir les paroles d'un bioéthicien : 'Je ne pense pas qu'il faille mettre fin à ce genre d'expériences, mais nous devons veiller à faire preuve de la prudence qui s'impose à leur égard.' Ces experts font partie d'un groupe plus large, que certains sociologues appellent les experts somatiques. Bioéthicien·nes, conseiller·ères en génétique, juristes et autres professionnel·les sont fréquemment chargé·es d'élaborer une éthique compatible avec la biomédecine néolibérale contemporaine. Les études sociologiques et anthropologiques qui se penchent sur leur action dans le temps long montrent que le rôle des experts somatiques et des comités de bioéthique est bien souvent de neutraliser les critiques, de légitimer l'impératif technologique, de se comporter comme simple chambres d'enregistrement des dernières innovations, ou de protéger les scientifiques plutôt que de les contraindre.
De manière générale, les concepts familiers de la bioéthique — autonomie, consentement, vie privée, choix, liberté individuelle, bénéfice et préjudice — s'avèrent insuffisants lorsque les options dont disposent les personnes sont déterminées par le capitalisme, le racisme, le colonialisme, le patriarcat, l'hétéronormativité, le capacitisme, les frontières, les prisons et l'inégalité d'accès aux soins. Une manière de politiser la critique de la thérapie génique est de la comprendre comme une des technologies centrales d'une médecine qui a pris une direction spécifique au cours du XXe siècle : la biomédecine, et sa branche de la médecine génomique. De puissants intérêts financiers, politiques et scientifiques créent un environnement où la médecine génomique est perçue comme la solution la plus rapide, la plus rentable et la plus efficace. Pourtant, la mise en avant des causes génétiques des maladies ne répond pas tant au rôle prépondérant de l'ADN, mais est bien liée à des décennies de déliquescence volontaire des infrastructures de santé publique, de sous-financement de l'approche environnementale sur la santé et de dégradation générale de nos conditions de vie.
Il existe une autre forme de thérapie génique : celle appliquée à un embryon. En d'autres termes, la création d'OGM humains par la même technologie CRISPR. Cette fois, ce ne sont pas seulement les cellules de l'organe affecté qui sont modifiées génétiquement, mais toutes les cellules de l'embryon, créé in vitro, et donc toutes les cellules du futur organisme humain qui en découle. La mutation créée par CRISPR se retrouve alors dans les cellules sexuelles (spermatozoïdes et ovules) de cette personne. La mutation est ainsi héritable, et peut se transmettre à toute la descendance de la personne modifiée originellement. On parle de manipulation génétique humaine.
Cela a déjà été fait, en 2018, par un autre scientifique chinois, aboutissant à la naissance de deux fillettes dont nous ne savons pas grand-chose. Ceci a bien sûr provoqué un scandale mondial. Cependant, la critique principale de la communauté scientifique n'était pas une réaction aux conséquences politiques, éthiques et morales d'un tel acte, mais parce qu'il n'avait pas été conduit de manière scientifiquement robuste. La science n'était pas encore prête et, par son acte, le scientifique avait desservi l'innovation génomique en la rendant effrayante aux yeux du public. À l'époque, le neuroscientifique qui a dirigé la thérapie génique de Mei fit lui-même partie d'un groupe de scientifiques condamnant le créateur d'OGM humains, en expliquant qu'il n'avait pas respecté « les principes de l'éthique biomédicale, expérimentant sur des humains avant de montrer qu'il était sans danger de le faire. » Le cynisme est glaçant.
Après 2018, les organisations scientifiques nationales et internationales semblaient préparer le terrain pour une légalisation de la manipulation génétique humaine (MGH).Le narratif déployé était simple : il existe des couples atteints ou porteurs de maladies génétiques incurables pour lesquels tous les embryons qu'ils peuvent produire (y compris par PMA) seront affectés par la maladie. Ainsi, l'utilisation de CRISPR sur les embryons, pour intervenir sur la gène responsable de la maladie, serait leur seul possibilité d'avoir des enfants biologiques. L'argument est aisément démontable : la technologie est dangereuse pour l'embryon ; les parents porteurs de mutations liées à des maladies génétiques graves ont d'ores et déjà accès à diverses technologies pour ne pas les transmettre à leurs enfants (comme le diagnostic préimplantatoire) ; les cas où ces technologies alternatives ne pourraient pas remplir leur rôle sont plus qu'extrêmement rares - quelques couples sur la planète ; mais surtout, jusqu'à quel point sommes-nous prêts à aller pour s'assurer qu'un nombre ultra-infime de parents puissent assouvir leur désir de lien génétique avec leurs enfants, sachant que les risques sociaux et politiques sont énormes ?
Les dernières années ont été marquées par des revirements intéressants dans le débat politique sur la MGH. Les conclusions précautionneuses du troisième Sommet international sur la modification du génome humain en 2023, ainsi que diverses initiatives comme la Déclaration internationale contre la légalisation de la modification génétique humaine ou une initiative de la société civile aux États-Unis proposant des Principes de justice sociale et de droits humains pour les délibérations mondiales sur l'édition du génome humain semblaient ouvrir une nouvelle ère dans laquelle la MGH avait peut-être perdu une partie de son attrait aux yeux des scientifiques et de l'industrie des biotechnologies.
Puis, les milliardaires de la Silicon Valley, enhardis par la réélection de Donald Trump et leur alliance avec lui, ont commencé à montrer le visage du technofascisme. À la suite d'une première annonce de Brian Armstrong, PDG de la société de cryptomonnaie Coinbase, indiquant qu'il financerait une start-up pour développer des technologies de manipulation du génome humain, les techbros de la Silicon Valley, notamment Sam Altman d'OpenAI et le gourou de la nouvelle droite technologique, Peter Thiel, ont emboîté le pas. Armstrong a créé une page web qui recense pas moins de 11 start-ups ou laboratoires universitaires qui travaillent actuellement sur la modification génétique d'embryons. Étendant leur fantasme à la possibilité de modifier des dizaines, voire des centaines de régions de l'ADN en même temps, l'intérêt des technofascistes va au-delà du traitement de maladies : intelligence, traits de personnalité, augmentation des capacités physiques, notamment utiles militairement... CRISPR est la technologie révée des anciens et nouveaux eugénistes.
La course pour être les premiers à créer les prochains OGM humains est lancée. Elle concerne aussi trois autres technologies : les tests de prédiction polygénique sur embryons (sujet de la Chronique #1), la gamétogenèse In vitro (la fabrication de spermatozoïdes et d'ovules à volonté à partir de cellules somatiques, comme des cellules de la peau) et l'utérus artificiel (la gestation des embryons et fœtus hors du corps humain). La combinaison de ces trois technologies et de la MGH ouvre la possibilité d'une production massive d'embryons à la carte et d'une reproduction sans corps – l'arrangement socio-technique parfait pour assurer un contrôle-qualité optimum des naissances. [2]
Shrese
[1] Voir le premier billet : Le couple Collins et ses 41 embryons congelés pour augmenter le QI mondial
[2] Pour en savoir plus sur la lutte contre la Manipulation génétique humaine, vous pouvez suivre et soutenir le travail de Sciences Citoyennes ou de la International coalition to Stop designer babies sur les biotechnologies et leurs applications eugénistes, en articulant la critique anti-capitaliste, anti-raciste, anti-validiste et féministe.
9 septembre
Dépossédés de notre discernement
résolument tenus dans nos peurs distillées
solidement emmurés aux recoins amoindris de nos conforts
édifiés sur le colonialisme souverain
être sages, ordonnés et propres, chut... il ne faut pas déranger
pour finalement tout accepter
aujourd'hui un sommet international sur l'espace
conquête irresponsable, indésirable
pleurez pierrots, poètes et chats noirs
l'IA dans nos quotidiens de mises au travail et d'intimités
demain de plus grands centres de loisirs et d'attractions
des loups qu'on fusille sans limites
des incompétents aux postes clefs
et les chiens de garde
de la macronie au fascisme c'est tout cousu de fils barbelés
rouillés de surcroît
le tour de vis qui manquait au capitalisme
pour anéantir ce qui fait la vie
il n'y a pas autres à espérer ?
les ravages écologiques, les désastres humanitaires
l'essentiel de nos existences bafoué
les génocides et nos silences partisans
« ils » avancent assurés des cœurs malicieusement infectés
sur des savoirs démultipliés qui nous dépossèdent davantage
et cette fausse tranquillité quémandée aux marchands du temple
quel pacte mortifère avons donc nous signé ?
mais comment faisons-nous ?
S'il-vous-plaît... dessine-moi un humain ! [1]
Au choeur de l'aube
la puissance de l'imaginaire, de la poésie et des solidarités inter-espèces donnent au réel une autre consistance, le silence et les mots s'étoffent et font de l'ombre aux calculs, aux prémices d'une façon de connaître englobant tout ce qui est autre.
Oust le superflu et les peurs assassinent, oust le travail vidé de sens et les factures emprisonnantes, oust la médiocrité et les sombres laboratoires, les images qui défilent sur les écrans et les paroles idiotes, oust... Sortons ! Embrassons nos fragilités, nos expériences communes et nos forces vives ! Que désirons-nous main-tenant ?
Entendons ce souffle qui se propage depuis les profondeurs du monde et nous fait frisonner, cet infime mouvement de notre émoi. Le vol en sarabande des étourneaux l'avait murmuré à nos yeux, nous sommes intotalisables, insaisissables. Nous sommes ensemble.
Stéphanie Chanvallon
[1] « S'il vous plaît... dessine-moi un mouton » éveilla Antoine de Saint-Expéry égaré dans le désert. Il fit alors la rencontre du Petit Prince avant de s'essayer à des dessins.
Elle prend place dans le fauteuil du présentateur télé. Elle s'assied, et plonge son regard bleu dans le cadran de la caméra. Elle nous regarde. Elle prend une grande inspiration, une deuxième, puis se lance dans la lecture du texte qu'elle a confié à la personne qui s'occupe du prompteur, juste avant l'émission. « Tu as pris une décision, cette fois-ci tu vas parler. » Et l'actrice de théâtre, en grève de l'industrie cinématographique, lentement, sans perdre des yeux sa cible télévisuelle, trace une ligne directe entre les violences qu'elle a subies toute enfant dans le milieu du cinéma et le génocide en cours en Palestine. Sa flèche relie deux vérités impossibles à entendre dans nos sociétés blanches, patriarcales et capitalistes : l'inceste comme fait social majeur ; la guerre génocidaire comme exercice normal du pouvoir colonial.
L'intervention de deux minutes est immédiatement retirée par France Télévision sur son site et devient impossible à revisionner. Sur la parole de l'actrice s'abat en un claquement de doigt la main de l'État. Censure. Tu ne parleras pas. Impossible à ouïr, que le massacre du « cosmos de l'enfance », décrit par Adèle Haenel, relève du même circuit pulsionnel que le massacre d'un peuple. La courroie libidinale et pseudo rationnelle qui vise à faire prendre l'agression pour de la séduction et le génocide pour de la légitime défense, est mise à nue en quelques mots, en deux minutes. La flèche est tirée et le récit majoritaire s'avoue comme tel en sortant tous ses boucliers : il n'y aura pas de réplique mais un couperet, pas de place pour l'improvisation, toute « carte blanche » ne sera jamais qu'un effet de discours, nullement une réalité. Si on refuse de s'habituer à la violence, si elle surprend toujours, on n'est finalement pas surprises : l'ordre se réaffirme et réenfonce sous la chappe de plomb la belle tête qui voulait en sortir.
Adèle Haenel était invitée à la télé à l'occasion de la sortie de Viser juste, son premier livre paru aux éditions de L'Arche, dans la collection « Des écrits pour la parole ». Rien n'est anodin ici, ni le titre de la collection où l'actrice choisit de publier sa voix, ni le choix de cette maison d'édition indépendante, essentiellement dédiée aux textes de théâtre, et maison historique des traductions françaises des pièces, journaux et poèmes de Bertolt Brecht, grand écrivain et penseur des liens entre le théâtre et la révolution.
Viser juste se présente sous la forme d'une enquête sur les modes de silenciation et d'invisibilisation de la parole d'une enfant victime d'abus sexuels dans le milieu du cinéma. Tout son effort consiste à démasquer la psyché du violeur, sorte de pointe aigüe de la psyché masculine majoritaire ; à montrer ce que c'est, un enfant détruit ; comment fonctionne le système d'impunité des agresseurs – dont l'autrice fait les frais dès les premiers mots autour de la parution de son livre, donc – ; comment il est possible d'en rire ; comment la joie et l'amour sont des puissances inouïes de reconstruction.
Le texte avance de manière chronologique. Il s'ouvre sur un plateau de théâtre où, lors d'une fête de fin d'année, une enfant fait l'expérience de sa nécessité de s'exprimer. Il se poursuit par la rencontre de cette enfant avec un réalisateur qui organise méticuleusement ses agressions sexuelles sur elle, ne connaissant nul frein car les parents se constituent complices par leur silence. Le texte ne nous lâche la main qu'une fois dessinée une possible reconstruction par l'amour et la philosophie, et l'horizon de désirabilité collectif dans lequel cette reconstruction s'inscrit.
Les scènes, autant de scripts pour un plateau (de théâtre ou de cinéma), sont entrecoupées de prises de parole à la première personne, dans lesquelles une narratrice commente ce qui vient d'être joué. Ces séquences réflexives empruntent à la philosophie et à la philosophie féministe en particulier, elles réaccordent ce qui est vécu par l'enfant à un espace et à une structure globales d'énonciation, de hiérarchie des vies et des imaginaires, elles remettent le sens d'aplomb, le langage sur son axe.
Viser juste est écrit en partenariat avec Gisèle Vienne, qui travaille depuis plus de 20 ans la question du langage, son émission et sa réception, notamment du point de vue des enfants et des adolescents. C'est dire que la parole portée par ce livre est une parole incarnée, une parole d'interprète, faite par et pour la scène, dont chaque mot est pensé dans un réseau, chaque virgule comme la possibilité d'un souffle, et dont les didascalies sont intégrées au texte sans italique, inscrivant la lecture dans une physicalité continue (de la parole émise au geste effectué).
Cette dimension d'incarnation est présente dès la scène d'ouverture de Viser juste, qui condense de façon tout à fait extraordinaire les enjeux du texte : la puissance d'expression de cette enfant, le plaisir du jeu et les vertus du masque, la réflexivité. Deux enfants enquêtent sur les traces d'une disparition, dans les rôles respectifs d'un inspecteur et d'un fantôme. Ces enfants se posent d'immenses questions : qu'y a-t-il quand il n'y a « rien », quid de l'existence et de la non-existence, du langage, de la possibilité d'être écouté (in fans, étymologiquement, celui qui n'a pas la parole) ? « [L]a violence est un langage », dit l'enfant-inspecteur ; « j'oublie tout le temps que je n'existe pas vraiment », dit l'enfant-fantôme. Prêter à des enfants un niveau de langue élevé fait écho au travail de mise en scène de Gisèle Vienne, où la parole est souvent émise en décalage avec le corps qui la porte, et fait apparaître tout ce que l'on refuse aux enfants : leur éloquence, leur authenticité, la profondeur et la « magicité » de leur monde, comme l'explique ailleurs Adèle Haenel.
Le théâtre prend place au cœur de la société qu'il reflète et réaffirme à elle-même. Il n'y a pas mille possibilités : soit la scène prend appui sur ce qui existe pour embarquer dans son histoire le public et lui faire croire que ce qui est vécu sur la scène est vrai ; soit elle cherche à montrer ce qui agit dans le monde social, pour l'interroger et faire apparaître précisément tout ce qui n'a pas eu lieu, et ce qui n'a pas pu avoir lieu dans l'état « normal » des choses (l'extrême violence et le renversement du langage étant devenus « la normalité »). Ainsi, l'actrice-enquêtrice chemine sur les gravas de son enfance ou, plutôt, restitue les violences dont elle a été victime, violence double car la destruction a touché ce qui a été mais aussi tout ce qui, du fait de la destruction, n'a pas pu exister. L'enfance, sur cette scène, personne ne sait ce que c'est.
Et en dernier lieu, évidemment, celui qui la détruit. Avec beaucoup d'humour (souvent noir) et une grande puissance de dérision, l'actrice-enquêtrice dresse le portrait de son agresseur en réalisateur grand-dupe de ses illusions et de l'image qu'il veut donner de lui (à lui-même au premier chef). La violence sexuelle est présentée comme l'exercice d'une domination fonctionnant sur un déni massif... refoulant jusqu'à la mise en scène bien huilée de ses agressions, qui se déroulent à « huis-clos », dans un appartement parisien. Autrement dit, un « professionnel » de la mise en scène utilise son savoir-faire pour abuser d'une enfant.
Le texte explore ces revers entre l'art et la vie. L'actrice forge les notions de « nature naturelle » et de « vraie vérité » pour tourner en dérision ce qui est demandé à la petite fille en terme de qualité de jeu. Elle démonte le piège qui se met en place autour d'elle. On joue avec son désir, elle qui désire tant jouer. On ne rémunère pas les six mois de sa « formation » avant le tournage, et on lui rentre dans la tête combien est haute l'idée de l'art du réalisateur. S'achève ainsi la confusion entre le désir d'expression et la soumission totale à la « vision » d'un autre.
Mis en perspective par le regard de l'actrice, l'oeuvre du réalisateur relève moins de l'art que d'une prolongation des mécanismes très banals de la domination masculine. Celui qui se pique de génie ne cesse en fait de reproduire des sévices ordinaires, selon une compréhension très bancale du principe pourtant ancien (17e siècle) de vraisemblance dramatique – qui interroge les manières de faire croire à une réalité fabriquée.
La violence s'exerce non seulement dans la réalisation en tant que telle mais aussi dans la très relative durée de vie autorisée pour les actrices. Le rôle de la « jeune première », auquel est promise et conformée la jeune fille, par exemple, est éminemment pénétrable et périssable. Viser juste met en évidence la solution de continuité qui existe entre « une femme » et « une actrice », dans la mesure où les deux se meuvent sous le regard d'un homme (et souvent de plusieurs), et que leur fonction sociale est la reproduction.
Sur la scène de l'art comme sur la scène sociale une femme tient son rôle. Par le jeu des pronoms désignant l'enfant, Adèle Haenel propose de mettre de l'air dans les assignations. En outre, puisqu'elle prend la parole en tant qu'actrice, c'est aussi depuis cette position qu'elle se réapproprie son art, émancipée des mauvais regards. Elle renvoie à l'occasion vers l'étymologie commune des deux termes (actrice et autrice viennent d'augere, augmenter) et fait signe vers l'invisibilisation de l'un (autrice) au profit de l'autre (actrice) au moment où se met en place le pouvoir absolu en France (au 17e siècle) [1].
C'est en effet par la prise de distance et d'abord par la pensée, dans une merveilleuse scène-pivot qui se tient dans une salle de classe lors du cours de philosophie de madame Makaremi, que le délicat et lent travail de désassignation peut commencer. Puisque « la philosophie c'est l'art de poser une question là où il y avait une évidence », comme le pose Grace, lectrice de Barthes, la fille par qui l'amour arrive. Dépasser l'esthétique mortifère qui consiste à dire qu'une chose est une chose en se reposant sur une définition erronée de la chose (donc à ne pas mettre en doute une évidence, puisqu'elle n'aura pas été repérée comme telle), c'est faire feu du montage, du collage, de l'approfondissement des questions par la dilatation de la perception.
Il n'est pas si aisé de prendre conscience du caractère viscéral de l'encodage de la violence et de la haine de soi dans son corps. Adèle Haenel en donne une idée dans une scène pour laquelle elle précise qu'elle « est prévue pour être réalisée en dessin animé ». L'horreur des injonctions de la mise en scène (le scénario indique : « elle le décalotte délicatement ») est prise en charge par un dismorphisme animal, qui contamine l'enfant dont le rapport au corps est complètement altéré (pour ne pas dire aliéné). « L'enfant ouvre la bouche pour crier mais ne parvient pas à faire de son, à la place sortent de sa bouche des petits points sautillants, des puces, des milliers et des milliers, un torrent d'insecte qui le recouvre. »
Cette relation horrifique à son propre corps, telle qu'elle se développe dans les cauchemars, est contrebalacée dans la seconde partie du texte avec l'expérience de la pensée et de la rencontre amoureuse. L'imagination décolle alors vers l'extérieur, le ciel, la cîme des arbres, la lumière. L'enfant, enfermée dans un appartement, celui du réalisateur ou de ses parents, s'échappe en regardant par la fenêtre d'abord, puis en rejoignant l'océan avec son amie. Elle réapprend progressivement à ne plus fuir son corps, et par l'expérience de la beauté, à désirer le réhabiter pour la ressentir. Le texte propose de suivre le processus de resensibilisation de l'enfant par son attention portée aux arbres. Ces « géants » deviennent les nouveaux référents à côté desquels elle peut s'observer grandir, hors des matrices parentale et sociétale.
Viser juste c'est, aussi, reconnaître la hauteur de ses aspirations, et oser se tenir à leur mesure. L'entrelacement des voix, depuis celle qui fut ravie à l'enfance jusqu'à celle de la jeune fille amoureuse en passant par la femme aguerrie qui sait opposer sa merveilleuse intelligence aux agressions de toutes sortes, construit une « zone » de circulation, nette, précise, ouverte, bordée par tous ses refus. En déterminant de manière ferme les contours de ce qui est désirable et de ce qui est inacceptable, Viser juste dessine sa cible depuis l'intérieur. Il devient progressivement très clair, pour la subjectivité morcelée qui s'énonce, que les relations humaines majoritaires relèvent de la barbarie comme la plupart de ce qui se pare de « civilisation » ou de « démocratie ». Et c'est parce que le jour a eu lieu à l'intérieur qu'il peut trouver à se relayer à l'extérieur, vers le monde.
Viser juste est de ces textes qui, lorsqu'on en parle, engage à parler de soi. La finesse de son dispositif me renvoie à l'art de Brecht comme à celui d'Isadora Duncan, car, pour chacun·e de ces artistes, l'art doit s'efforcer à trouver des formes qui invitent le public, et en son sein chaque spectatrice, chaque spectateur, à jeter un nouveau regard sur son existence, à en repérer les coins d'assujettissement, les lignes de désir, et à en changer les formes ensemble.
Juliette Riedler
[1] Je renvoie vers les travaux d'Aurore Evain sur vers les miens, notamment 7 femmes en scène, émancipations d'actrices, L'extrême contemporain, 2022.
Ça commence par un été de canadairs. Y'a des feux un peu partout. On peut les voir sur différentes cartes interactives en ligne. On peut les voir au loin, parfois. On peut voir la fumée. Quelqu'un peut dire : tiens, ça brûle encore. Ça brûle encore.
J'entends la phrase à voix haute et je repense au magnifique livre de Sol Netra, Au-delà du feu, que j'ai lu avant l'été, et notamment à ce passage où quelqu'un s'adresse directement à lae narrateur·ice, pour qui la scarification représente parfois comme une libération du feu intérieur — à travers les veines, le sang chaud, la colère et la tristesse, et les cicatrices en mémoire. « Soudain, quelqu'un se penche sur moi, caresse mon bras et ces mots viennent : “C'est joli, c'est fait exprès ? On dirait un petit feu.” Je porte en moi le feu. »
Je pense : on ne voit pas la fumée s'échapper de tous les gens qui souffrent et qui brûlent en cachette.
Je pense aussi : il y a eu d'autres feux, cet été — on parle aussi de départs de feux. J'ai lu des livres, je veux en rendre compte, mais avant ça, je veux parler de ces quelques départs de feux multiples. Comme si j'avais réalisé récemment que les choses de la vie se chevauchaient, finalement, plus qu'elles ne pouvaient s'additionner ou se suivre tels les évènements sur une frise chronologique.
*Dans un article précédent publié sur lundimatin, j'écrivais ce paragraphe, au conditionnel.
Imaginons. Une petite maison d'édition indépendante apprendrait que son distributeur est en cessation de paiements et s'apprête à faire faillite — conséquence, entre autres, du placement en redressement judiciaire de plusieurs grandes librairies clientes (Gibert Joseph en avril 2026, le Furet du Nord et Decitre en mai 2026) qui lui devaient des sommes importantes. Ce seraient des dizaines de milliers d'euros de créances irrécouvrables pour cette maison d'édition — une part significative d'un chiffre d'affaires annuel. Les droits d'auteur·ices seraient suspendus, les impressions décalées, les sorties plus qu'incertaines. Et ce ne serait pas un accident isolé. Ce serait l'effet de ce que décrit depuis des années Thierry Discepolo : un marché du livre structurellement verrouillé, où les indépendants naviguent à flux tendu, sans filet, dans un écosystème dont les grands groupes contrôlent non seulement l'édition mais la diffusion et la distribution — autant dire les conditions mêmes de survie de ceux qui tentent de faire autrement. (Imaginons, une minute.)
Quelques jours après la parution de cet article, de nombreuses maisons d'édition indépendantes (dont Blast, la maison qui a publié mes romans, ma maison, ma house) ont communiqué sur leur situation : Makassar, leur distributeur commun, était en faillite — entraînant dans sa chute des dizaines de maisons qui lui confiaient la gestion de leurs commandes, de leur stock, de leur facturation. Des cagnottes ont été lancées. Des communiqués publiés. Le paragraphe avait été écrit au conditionnel parce qu'il me semblait que ce n'était pas à moi de parler de cette situation en premier, que les maisons d'édition, en première ligne, devaient pouvoir le faire elles-mêmes, à leur rythme. La situation n'était pas hypothétique : il s'agissait déjà bien de la réalité.
La rédaction de lundimatin, après avoir reçu mon article et l'avoir publié, m'écrit : « […] Sinon pour l'anecdote du monde du livre, notre distributeur est en train de faire faillite avec tout notre fric et celui de la moitié de l'édition indépendante. Les temps qui viennent s'annoncent intéressants pour ceux qui ne seront pas engloutis. »
Entre-temps, une cinquantaine de maisons d'édition indépendantes — Blast, lundimatin, La Dispute, Trou Noir, Remue-ménage, La Variation, et bien d'autres — se sont regroupées sur le site sauvonslesindes.fr pour appeler à un soutien massif : acheter leurs livres directement sur leurs boutiques, faire des tables en librairies, donner sur les cagnottes de celles qui en ont lancé une.
*Premier chevauchement.
Pour reprendre les mots de Gramsci, j'ai envie de dire qu'il faudrait s'atteler urgemment à rendre les gouvernés intellectuellement indépendants des gouverneurs. Si les concentrations se multiplient, Boldurée en tête, il faut jeter un œil aussi du côté des élus qui déprogramment et des coupes budgétaires de plus en plus drastiques et ciblées.
Souvent, quand on parle de l'actualité récente, ma mère finit toujours par dire que le fascisme s'attaque toujours et d'abord à la culture — que c'en est d'ailleurs un symptôme indicateur.
La “bataille culturelle” qui se déploie par des tribunes et des déclarations, menée par et pour la culture, ne vise jamais à la constitution d'une conscience de classe au service d'un projet révolutionnaire. Evelyne Pieiller le formule clairement et pertinemment dans son article du mois d'août, No pasarán ? :
*« La bataille culturelle ne peut qu'être sèchement politique et sociale : à défaut, et quand bien même ce peut être fugacement utile (et toujours à recommencer), elle pourra ne mener qu'à des actions corporatistes, et ne produire in fine que sentimentalement, moralement, vertueusement un soutien à la démocratie libérale. »
Deuxième chevauchement.
Olivier Nora se fait limoger par Boldurée. OK. Il sera passé pour le visage de la résistance pendant quelques secondes avant de — surprise — créer sa propre maison d'édition. Le 17 août 2026, il annonce la création d'Olivier Nora Éditions, maison “généraliste et indépendante” qui publiera entre 30 et 50 titres par an, et qui est adossée, pour sa mise en route, au groupe Editis — propriété du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, dont la fortune vient du lignite et des gazoducs d'Europe de l'Est, et dont la différence politique avec Boldurée tient à peu de choses (on ne tient pas à grand-chose, de toute façon, avec ces gens-là, c'est ce qu'il faut sans doute retenir de toute cette histoire). Les deux premiers livres paraissent en octobre 2026, en coédition avec Plon : Mémoires provisoires de Bernard-Henri Lévy et Sermons sous les décombres de Delphine Horvilleur. L'ancienne garde de Grasset à la rescousse.
Editis, qui accueille la nouvelle maison d'Olivier Nora, appartient à Daniel Kretinsky depuis 2023, racheté à Boldurée lui-même, contraint de s'en défaire sur injonction de Bruxelles lors du rachat de Lagardère. La maison présentée comme indépendante est donc adossée à un groupe que Boldurée a vendu à Kretinsky. Le « mercato éditorial du siècle » dont parlait la lettre de Désarmer Bolloré se précise : on fuit Bolloré pour atterrir chez Kretinsky — même argent, autre origine géographique, autre nuance de droite.
(Et pour leur logo, on dirait qu'Olivier Nora Éditions a simplement repris celui des éditions José Corti, une boussole avec quatre points cardinaux, en supprimant le S : disparition du Sud.)
*En regardant I am the Octopus d'Eric André, je me suis demandé s'il n'y avait pas de meilleure représentation du mode opératoire de Vincent Boldurée actuellement en action sur l'édition et les médias français.
J'entends :
« Feed me. »
« I'm meant to be fed. »
« Do not touch me I am covered in poison. »
Je pense à lui.
Je vois les tentacules. Je pense à lui.
(Sauf que les pieuvres, elles, sont capables d'énormément de souplesse et d'adaptation ; les pieuvres, elles, malgré leurs huit bras pourvus de ventouses, ne sont pas vraiment d'extrême droite catholique.)
*Troisième chevauchement.
Je suis en relation avec différentes Caisses d'allocations familiales depuis 2017, l'année où je suis parti de chez mes parents pour faire mes études ailleurs. Je me souviens toujours du jour où j'ai craqué après un énième appel, en pleurs, parce qu'ils n'arrivaient pas à transférer mon dossier de la CAF des Bouches-du-Rhône jusqu'à celle de Haute Garonne, et que j'ai été contraint de vivre sans allocation logement, avec un salaire de pion à mi-temps, pendant quatre mois, et que j'appelais, j'appelais…
Des années plus tard, à Paris, j'ai assisté à une pièce de théâtre plus ou moins participative sur le travail social, et la musique d'attente téléphonique de la CAF a résonné dans l'enceinte du lieu. Un acteur nous a dit : le public est divisé en deux, ceux qui reconnaissent cette musique et qui commencent déjà à paniquer, et les autres. Et les lumières se sont allumées vers nous. On s'est tous regardés. J'ai vu le visage de ceux qui ne connaissaient pas cette musique d'attente.
Cet été, en plein mois de juillet, alors que je suis en vacances payées par la famille dans un camping sur la côte landaise — et alors qu'on sent un peu l'odeur des pins et des animaux qui brûlent à une centaine de kilomètres —, je reçois, sorti de nulle part, une notification de dette de la CAF : 5181 euros, parce qu'ils ont réétudié mes droits et trouvé une erreur de leur côté. Sans explication du calcul. On appelle, pour comprendre. Musique d'attente. Cinquante-neuf minutes. Ça raccroche automatiquement. On réessaie. On écrit. Un mois avant d'avoir une réponse. Si l'erreur est de leur côté, un mois pour avoir une correction sur le dossier. Pendant ce temps, pas d'allocation. On verra bien, pour cette dette-là. Mais c'est toujours comme ça, je le sais d'expérience, c'est pas la première fois que ça m'arrive, c'est pour ça que je suis presque pas paniqué, cette fois — pour ça, et parce que je sais que si vraiment mes allocations sont suspendues, mes parents pourront me dépanner, le temps de quelques semaines, le temps de me retourner.
(Je parle de cette situation au mec de ma sœur. Il me dit : mais si t'as pas de famille, en fait, tu finis à la rue.)
Je ne veux plus dépendre de mes parents. Je ne veux plus dépendre de la CAF. Parfois je me dis que je voudrais presque avoir un boulot salarié pour ne plus avoir affaire à ces institutions — puis je me souviens que la dernière fois que j'ai été salarié mon épilepsie est revenue en boomerang. Et qu'être empêché d'écrire est pour moi très douloureux.
Je fais souvent des rêves où, avec des amis, on se rend devant une institution quelconque et on tague ensemble la façade. Où, avec tous les gens qui font la queue devant les Caisses d'allocations familiales, on finit par craquer, sainement, et on s'organise pour escalader les grilles de l'Élysée et demander qu'ils donnent plus de moyens à cette institution de la survie.
*Il y a un moment où on ne se sent plus qu'un compte bancaire qu'on alimente ou auquel on retire de la nourriture, arbitrairement, sans qu'on ait d'autres existences que celle-ci.
*Il y a quelques années, Coline Pierré et Martin Page ont publié un livre où ils posaient une question simple à une vingtaine d'artistes, des écrivains, des musiciens, des illustratrices et des réalisateurs. Ils leur demandaient : as-tu vraiment besoin de manger ?
Thomas Vinau répondait qu'il vivait de la CAF et de ses revenus d'auteur uniquement. Dominique Rocher disait avoir vécu sur l'équivalent d'un smic en moyenne ces dernières années. Laurent Sagalovitsch expliquait qu'il avait toujours eu une compagne dont le salaire assurait l'essentiel. Ryoko Sekiguchi racontait que lorsqu'elle ne gagnait pas d'argent, elle ne sortait pas, ne dépensait pas — c'était tout. Maëva Tur disait que ce qui pourrait la faire abandonner, c'était simplement de ne plus pouvoir subvenir à ses besoins avec son métier. Ce ne serait plus un métier. Cela deviendrait autre chose. Elle trouverait un autre métier.
J'espère ne pas avoir à chercher comment bouffer ces prochains mois. Je veux qu'écrire soit toujours ma vie. Je réalise qu'on peut lire cette dernière phrase dans plusieurs sens, selon le mot sur lequel on choisit d'insister.
*Quatrième chevauchement.
J'ai passé l'été dans une ville en ruine qui a mis des draps de satin par-ci par-là pour faire comme si elle était accueillante (et faire du fric). J'ai invité des amis à venir au mois d'août, car l'appartement de mes parents, celui dans lequel j'ai grandi, dans lequel j'ai vécu mes 18 premières années, était vacant — mes parents étaient en vacances en Espagne pour quelques jours. En invitant mes amis ici, je me suis demandé si je n'avais pas participé, malgré moi, à quelque chose que je condamne à longueur de journée. Pétri de paradoxes. Déjà, au mois de mai, je hurlais quand je voyais les affiches de « L'été marseillais » dans le métro parisien, avec cette photographie d'un vieux type qui t'engueule.
Carte postale de l'authenticité fantasmée sortie des meilleures cervelles biberonnées aux grandes écoles payées par papa : Marseille est un spectacle, venez au premier rang, venez voir les parasols, les vieux types pas sympas, un peu maffres, mais vrais, qui vous crient dessus avec l'accent, et un sirop de menthe à la main, et des ballons qui volent (pourquoi ???).
On ne parlait que de ça. Les discussions tournaient autour ça. Qu'est-ce qu'on foutait là, au juste ? Un ami se justifiait auprès de quelques personnes rencontrées un soir (elles n'étaient pas marseillaises non plus) : je viens ici parce que mon ami m'a invité et qu'il vient d'ici, c'est tout, s'il avait été breton, j'aurais été en bretagne. Il avait raison. (Ensuite, on a dû expliquer à ces hétérosexuels maladroits ce qu'étaient la plage gay naturiste du Montrose, ça a été une autre paire de manches.)
J'ai repensé à une phrase pendant des semaines, à partir du début de l'été je l'ai eue dans ma tête, et elle n'est toujours pas sortie aujourd'hui. Marseille ne peut pas accueillir toute la richesse du monde. Je ne savais plus si je l'avais rêvée ou si je l'avais aperçue, taguée sur un mur de ma ville natale. Elle m'est revenue en lisant l'excellent article de Laury Garcia Haouji. Je lui ai écrit pour la féliciter de son article et pour lui parler de ça. Elle m'a répondu merci, et elle m'a confirmé qu'elle avait aperçu le tag à la Belle de Mai.
Je n'avais pas rêvé. Il y avait eu un geste.
Marseille est une ville de murs (qu'on recouvre), d'obstacles (qu'on ???). Horizon garanti à tous les coins de rue (la mer) mais horizon bouché à chaque trottoir (des impasses). Et des immeubles qui s'effondrent.
Dire que les paradoxes à l'intérieur de nous ne viennent pas de nulle part. J'ai toujours cru qu'il était impossible de construire quelque chose ici. Il fallait partir, forcément. Mes sœurs l'avaient fait, elles étaient parties à Paris faire leurs études. Au lycée, rares étaient ceux qui s'inscrivaient à l'université Aix-Marseille : l'une de nos camarades allait à Montpellier, l'autre à Paris ou à Strasbourg. Les choses qui nous font grandir et exister étaient forcément ailleurs, au-delà de la ville — et dans le même mouvement, partir était perçu comme une trahison par celles et ceux qui restaient, famille, camarades et amis. L'intérieur et l'extérieur de la ville : je les vois comme des cercles, des disques qui ne se fondent jamais.
Dire quelque chose de la dépossession qu'on subit en tant que marseillais (même quand on en est partis). L'économie nouvelle qui impose de nouvelles logiques de recrutement dont nous sommes forcément dépossédés — on n'a pas les codes des boîtes de com' parisiennes qui travaillent avec les collectivités, sorry. L'injection dure de politiques culturelles inadaptées et en décalage total avec les pratiques, les besoins et les finances des habitants. La captation du discours sur la ville : nous voilà condamnés à regarder la ville se faire raconter par d'autres sur des pages (livres nuls) ou des écrans (réels insta et capsules télévisuelles affligeantes) — de semaine en semaine, de perfusions à fric en accélérations des processus de gentrification et de touristification puissance 1000 (sans pour autant que les infrastructures suivent), la ville change et on y assiste, impuissants.
Toi qui pensais que les bars gênants où l'objectif premier était d'être mal assis sur un tabouret-en-métal-bancal-trottoir étaient réservés à quelques rues du Marais à Paris : perdu. Viens manger ton toast avocat à vingt balles dans le quartier de l'Opéra à Marseille.
J'ai toujours cru — et je le crois toujours — qu'il était impossible de construire quelque chose ici. Bien sûr que mon adolescence blessée par l'homophobie omniprésente dans les rues et dans les corps des gens que j'ai essayé d'aimer m'a pas aidé ; à ce sujet, et plus largement concernant l'articulation de regards sur Marseille comme ville de trouble et de désir, voir le numéro 4 de la revue Trou noir. Mais en ce qui concerne également la vie d'un jeune artistauteur d'aujourd'hui — puisque c'est de ça dont on parle ici, mine de rien —, je dois écrire et rappeler ici que, en dépit d'un acharnement à écrire toujours avec Marseille en toile de fond, à la fois décor, théâtre et personnage de mes deux romans et de nombreux textes publiés en revue — un acharnement pour lequel j'ai encore beaucoup d'énergie, comme on peut le voir —, et bien que j'aie vécu ici la majeure partie de ma vie, je n'ai jamais été invité à parler de mon travail ou à lire un de mes textes dans ma ville natale. J'ai été invité à la Maison de la poésie de Nantes, au festival Littérature etc. à Lille, au Théâtre Ouvert Universitaire de Lille, au Madrediosa à Montpellier, à la Cave Poésie de Toulouse, dans des librairies à Paris, à Londres, et même à Port-Vendres, dans les Pyrénées-Orientales. Pourquoi pas Marseille ?
Pourquoi pas Marseille.
Comme Laury Garcia Haouji, j'ai passé l'été à crever de chaud et de colère :
le feu en corps :
comment s'en libérer ?
*Cinquième chevauchement.
Il me faut juste un paragraphe pour dire que, le même jour, mercredi 9 septembre, il s'est passé deux choses : la ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a dit sur une chaîne du groupe Boldurée que la « théorie » du grand remplacement n'était pas une théorie raciste (elle l'a répété sur une radio du service public, le lendemain, tranquille) ; Adèle Haenel a été silenciée pour avoir dénoncé le génocide palestinien en cours dans l'émission La Grande librairie diffusée sur France Télévisions — le replay de l'intégralité de l'émission a tout bonnement été supprimé le lendemain.
Le même jour.
Symptôme numéro ????? du fascisme grandissant.
Une censure peut provoquer un étonnant retour de bâton. La carte blanche d'Adèle Haenel a été repartagée de tous les côtés (plutôt à gauche des côtés), ensuite. Je l'ai réécoutée et je l'ai recopiée.
*« Tu as pris une décision. Cette fois tu vas parler. La table de famille où tu t'assois est un plongeoir. Il faudra courir et sauter dans un mot, le reste de la phrase suivra comme une chute irrémédiable. La peur accélère ton cœur, mais là, dehors, tu t'es juré de ne pas reculer. Pour toi et toutes les autres qui parlent dans ta voix. Alors le mot tombe. Il m'a violé. Sujet, verbe, COD. La phrase aiguisée, courte et pointue, fend l'espace. Le tremblement de ton corps, le tremblement de ta voix contaminent l'air et tous les corps autour. Le monde vibre sous l'impact. Il faut parler de l'acte de parole, de la peur de dire, lorsque les mots prononcés sont des coups de hache qui révèlent que de leur absence permanente suint à chaque instant l'acceptation par tous de l'inacceptable. Des mots qui mettent au jour cette couche du réel que tout le monde connaît, mais qui ne doit pas être dite, qui doit masquer sa propre absence pour devenir une absence d'absence, un rien de rien. Moi aussi, j'ai pris une décision. Je vais parler. La densification de l'angoisse ne ment pas. Ce fauteuil où je m'assois est un plongeoir. Le premier mot sera un saut dans le silence télévisuel qui englue le pays, ce brouhaha médiatique qui masque sans répit l'absence omniprésente de certaines paroles. Pareillement, la phrase est courte, et pareillement, j'ai peur. Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu'il y a dans ce silence, afin que tout le monde l'entende. L'État d'Israël commet un génocide en Palestine, et la France est complice. N'acceptez pas l'inacceptable, alors sanctionnez Israël, et libérez la Palestine. »
*Derniers chevauchements. J'ai passé l'été à crever de chaud et de colère. Inquiet de ma situation financière et de la fascisation du monde, de l'absence de rigueur intellectuelle qui semble gagner toutes les sphères — jusqu'à des auteurs dont on appréciait le travail et dont l'intégrité s'effondre au détour d'une phrase, comme ça. Du désir de parler des rares livres que j'ai lus pendant cet été de canadairs, je n'en garde qu'amertume. J'ai eu envie. J'ai demandé des services de presse. Je les ai reçus. Et maintenant ? Il me reste des impressions. Le souvenir ému de lire le dernier roman de Sylvain Prudhomme, d'une traite, pendant un long trajet de train. Le plaisir de lui écrire.
« — Coucou Sylvain ! J'espère que tu vas bien. Je viens de finir De l'autre côté du lac, dans un train direction le Vaucluse pour retrouver mon amoureux ; te le dis parce que j'arrive du sud-ouest, de sorte que je passe non loin de la Camargue qui servait de décor à Légende, le livre avec lequel je t'ai découvert ! Comme un hasard. En tout cas bravo pour ce dernier livre là, c'est magnifique, comme toujours. Tu as déjà une rencontre en librairie prévue à Paris à la rentrée ? Bel été à toi et à bientôt ! — Hello Baptiste ! Merci pour ton message adorable, qui me fait très plaisir. Joie de t'imaginer traversant la Crau et la Camargue, en route vers ton amoureux. À bientôt j'espère le plaisir de te revoir à Paris ! Une rencontre est prévue le mercredi 9 septembre chez Compagnie, mais j'espère qu'on ira aussi boire un café au calme à un moment où a un autre. Bel été à toi aussi et à vite ! »
Finir le dernier roman hilarant de Jean-Philippe Toussaint dans la maison de campagne des grands-parents de mon amoureux, quelque part en Ardèche, alors que la fièvre provoquée par une intoxication alimentaire descend enfin.
Avoir encore en tête les quelques pages posthumes de Stéphane Bouquet dans Six heures plus tard qui arrivent à m'atteindre en plein cœur sur une plage des Landes.
Vouloir dire quelque chose sur ces livres.
Vouloir lire ceux de Karim Kattan et d'Adèle Haenel pour en dire quelque chose mais ne pas réussir à les ouvrir.
Lire l'excellent 19 minutes de L. Bigòrra d'une traite dans un train. Lui poser des questions aux Mots à la bouche début septembre devant une assemblée de pédales et de gouines — retrouver le goût de la rentrée, de la reprise.
Se souvenir que j'ai demandé le service de presse du dernier livre d'Arthur Dreyfus, deux fois, mais que je ne l'ai jamais reçu — après mon article où je le mentionnais et les menaces juridiques qu'il m'avait alors envoyées, j'avais naïvement pensé qu'un nouveau livre aurait pu se placer entre nous et nous permettre, pourquoi pas, de nous retrouver (si encore j'avais pu passer outre l'indéfectible soin qu'il apporte quotidiennement à l'ennui artistique et à la paresse intellectuelle sur les questions de domination adulte-enfant). Se souvenir qu'un soir, avec des amis, à Marseille, nous avons eu l'idée d'imprimer plein de feuilles à glisser dans son nouveau livre où on aurait écrit que cet écrivain fait l'apologie d'une esthétique douteuse et en défend publiquement les auteurs ; avant de se résigner, peut-être parce que à quoi bon, peut-être parce qu'on a eu peur des éventuelles conséquences juridiques (les bourgeois, quand ils flippent, raffolent des menaces de cet ordre-là).
Écouter les derniers albums respectifs de The Durutti Column et Beth Orton en boucle, dans des trains ou dans des soirs seuls. Trouver ça très beau.
Se souvenir : comme parfois on parle pour rien dire, de l'impression que cet été on a pu parler pour rien faire d'autre — dire quelque chose de la tendresse qui a pu se dégager de ces scènes ; les vacances en amoureux.
Se souvenir, comme l'a écrit Henri Michaux, que « le réel seul ensemence et produit ».
Voir Soudain de Ryūsuke Hamaguchi à la rentrée et se dire que, parfois, juste, la grâce, la grâce immense.
Repenser aux chevauchements des choses de la vie.
Repenser aux éboulis et aux restes, aux espoirs et aux lucioles.
Repenser à cette chanson de Bertrand Belin, Le feu au cœur, reprise/traduction en français d'une chanson de Bob Dylan. « Je me tais, j'avance / Dans ce jardin noir de bleu / Le feu au cœur, j'avance / Tous ignorant tout de ce feu. »
Voir des paysages.
Dans le jardin de mon père, voir des racines dans la terre et comprendre qu'aller vers les racines n'est pas du tout un mouvement vers la source, vers le passé, au contraire ; que les racines viennent à nous en surgissant et nous obligent ; des lianes dansantes comme les tourbillons de Walter Benjamin. Ici, c'est une boîte dans le grenier qui nous rappelle l'histoire familiale trouée par l'oppression. Ici, c'est aussi, en contrebas de la maison, la petite ville de campagne qui a élu un maire fasciste pour la deuxième fois.
Comprendre que Marseille est construite sur une terre très dure et calcaire — que même trouer le sol pour faire un métro ça a été un calvaire — se demander si un enracinement est possible, alors — se demander comment font les gens pour rester là toute la vie.
Relire Nathalie Sarraute, convaincu qu'il faudra très bientôt retourner dans l'écriture.
Dans le feu de l'écriture.
Je la cite.
« Dans mon dernier livre publié, Entre la vie et la mort, j'ai montré un enfant qui aime jouer avec les mots. […] Mais cette attention, cette sensibilité aux mots, ce goût pour ce genre de jeux, propres à beaucoup d'enfants, ne suffisent nullement à prédire qu'il sera un jour un écrivain. Seule la mère de cet enfant, qui se fait une idée très convenue de ce qu'est “un écrivain”, y voit un signe de ce qui à ses yeux est une “prédestination”. Elle l'encourage, se mêle à ses jeux, arrive à faire surgir d'autres images du même ordre, de jolies images d'Épinal, à peine plus chargées d'une même poésie de pacotille. Elle parvient alors, sans le vouloir — et c'est peut-être là que pourrait se nicher son espoir naïf d'avoir un fils “poète” — elle parvient ainsi à le dégoûter de ces jeux, à les lui faire abandonner, comme elle l'a fait s'écarter de tous les objets “poétiques” vers lesquels elle cherchait à l'attirer, des bourgeons, des chatons, des feuilles d'automne, etc. À s'en écarter pour aller ailleurs. Pour aller vers quoi ? Eh bien, vers ces régions où ni elle ni personne ne pourra le suivre, des régions silencieuses et obscures où aucun mot ne s'est encore introduit, sur lesquelles le langage n'a pas encore exercé son action asséchante et pétrifiante, vers ce qui n'est encore que mouvance, virtualités, sensations vagues et globales, vers ce non-nommé qui oppose aux mots une résistance et qui pourtant les appelle, car il ne peut exister sans eux. Entre le non-nommé et le langage qui n'est qu'un système de conventions extrêmement simplifié, un code grossièrement établi pour la commodité de la communication, il faudra qu'une fusion se fasse pour que, patinant l'un contre l'autre, se confondant et s'étreignant dans une union toujours menacée, ils produisent un texte. » (Nathalie Sarraute, Ce que je cherche à faire)
Baptiste Thery-Guilbert

Source :Compte Facebook, le 6 septembre 2026
Etiqe :Sous conditions
Contenu :
La loi créant un droit à l’aide à mourir a été votée par les parlementaires et validée par le Conseil constitutionnel avec des réserves, cet été. Durant les deux ans pendant lesquels la proposition de loi a été examinée dans les différentes chambres, le débat a été riche en questionnements éthiques, mais aussi pratiques. Il aura aussi été ponctué de désinformations, sur le contenu de la loi ainsi que sur les pratiques actuelles.
Parmi celles-ci, le témoignage d’un journaliste de BFM a été utilisé pour faire croire que les médecins pouvaient décider, n’importe quand, de ne plus réanimer les patients admis à l’hôpital, arguant parfois qu’il existerait une consigne donnée aux hôpitaux de ne plus réanimer qui que ce soit au-delà de 90 ans.
En réalité, la loi française encadre déjà les pratiques médicales, et permet de ne pas entreprendre ou d’arrêter des traitements lorsqu’ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie.
Le témoignage personnel d’un journaliste
Le 20 novembre 2025, sur BFM, un journaliste de la chaîne témoigne d’un épisode vraisemblablement douloureux que ses proches et lui ont vécu à l’hôpital. « Ma grand-mère, elle est arrivée aux urgences, 90 ans, elle a Alzheimer, […] elle a été admise et très vite, un médecin nous a dit avec ma tante, si la situation se présente, on ne la réanimera pas », narre le présentateur avant de dénoncer un texte de loi qui autorise les médecins à interrompre les soins.
Lors de la première diffusion de l’interview, des commentateurs extrapolent pour assurer que les médecins ont l’interdiction de réanimer les personnes de plus de 90 ans. C’est faux, il n’existe pas de directive d’un tel ordre, comme l’ont rappelé plusieurs médias qui se sont penchés sur la question, comme 20 Minutes ou Radio France.
Des procédures de réanimation parfois invasives dont il faut mesurer les conséquences
En revanche, il est vrai que la réanimation est un choix médical. Pour chaque cas, les médecins doivent évaluer les bénéfices et risques pour le patient d’être réanimé tout en s’assurant, lorsque cela est possible, de son consentement.
« Il faut bien comprendre que la réanimation, ce n’est pas une baguette magique et que les conséquences peuvent être violentes », rappelle Juliette Quesada, médecin praticienne hospitalière qui travaille aux urgences et au SAMU et qui fait de la vulgarisation sur les réseaux sociaux.
La médecin développe différents cas de figure de réanimation. Pour une personne en situation d’arrêt cardiaque, le personnel médical peut être amené à faire un massage cardiaque. « Chez une personne très âgée, on casse quasiment systématiquement les côtes lors du massage », raconte le docteur Quesada.
Il faut aussi prendre en compte le temps durant lequel la personne ne sera plus assez oxygénée et anticiper quelles seront les conséquences sur le long terme. « Une personne de 50 ans [âge physiologique, ndlr] dont le cœur repart après dix à quinze minutes pourra s’en remettre et prendre le temps de faire de la rééducation par la suite ; pour une personne beaucoup plus âgée, c’est beaucoup plus compliqué », développe-t-elle.
Outre l’arrêt cardio-respiratoire, la réanimation peut prendre la forme, pour des patients extrêmement graves dont le cœur décompense, d’un transfert en réanimation : l’adrénaline peut notamment être administrée par voie intraveineuse ou par voie intra-osseuse, et on peut également intuber la personne.
Pas d’obstination déraisonnable
Pour décider de mettre en œuvre ces procédés extrêmement invasifs, les médecins doivent systématiquement évaluer les conséquences que vont avoir ces actions sur les patients. Car le médecin n’a pas le droit de s’obstiner de façon déraisonnable, comme le dispose la loi Leonetti de 2005.
« Ces actes [traitements et soins appropriés, ndlr] ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable. Lorsqu’ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris », est-il écrit.
On retrouve cette même notion dans le code de déontologie médicale qui dispose en plus qu’en « toutes circonstances, le médecin doit s’efforcer de soulager les souffrances du malade par des moyens appropriés à son état et l’assister moralement ».
Pour prendre cette décision, le code de la santé publique est explicite sur le fait que ces actions peuvent l’être conformément à la volonté du patient, mais s’il n’est pas en état d’exprimer sa volonté, une procédure collégiale est mise en œuvre.
En fin de compte, si les médecins doivent décider et assumer la responsabilité d’un tel choix, ce doit toujours être dans l’intérêt du patient.
Auteurs :
Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Relecteurs : Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’Université Paris-Saclay
Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
L’article Les médecins peuvent-ils vraiment décider de ne pas réanimer les patients ? est apparu en premier sur Les Surligneurs.
Peut-être avez-vous entendu parler des « Fury room », ce nouveau loisir qui propose de vous enfermer dans une pièce dans laquelle vous pourrez vous défouler en cassant toutes sortes d'objets. Patrick Condé s'interroge ici sur ce que sont mais surtout ne sont pas ces Fury room.
Je suis en retard d'au moins trois guerres. Je me demandais : pourquoi ne se passe -t-il plus rien ou presque dans ce pays, rien de significatif, d'engageant, de risqué, bref pas le moindre petit bout de soulèvement à hauteur ? Ce ne sont pourtant pas les raisons qui manquent. Mais les raisons… Justement je me disais que la raison a failli elle aussi, vaincue par le festival des pulsions (une nouvelle écriture de l'histoire des vaincus), ou encore qu'elle est entièrement dévorée par le légitimisme et le réformisme, « Mélenchon freine les luttes en inoculant l'espoir d'une victoire en 2027 », la répression violente des Gilets Jaunes en aura paralysé et intimidé plus d'un.e, le consentement gagne sur une multitude de formes, le management fait des enfants à gogo dans le dos du peuple, tout le monde-chacun-chacune est pris dans le moule de l'entrepreneur de soi-même, la propagande scélérate d'un égoïsme le plus mortel est au zénith, la guerre est réellement l'horizon indépassable de notre temps, qui n'est pas plus le nôtre d'ailleurs que celui d'hier.
Soit. Mais je n'avais pas connaissance de quelque chose que je découvre aujourd'hui, un peu par hasard, une vidéo datant de 2018 présentant un Fury room. Vous connaissez peut-être ? bravo. Moi, comme un imbécile, je reste sidéré devant le spectacle de cette promotion d'un défouloir individuel, tarifé, et visiblement jouissif pour ses participants. J'ai longtemps pensé que le sport était le meilleur défouloir, capable de détourner depuis toujours la rage et l'agressivité (dont celles de la révolte) et ce à longueur de journée, de manière systémique, balisée, fliquée, et honorée depuis le parent d'un môme de 3 ans jusqu'au président de la République. Les esthètes de l'art sportif ont depuis longtemps battu en brèche cette vision noire et réductrice, et ils ont sans doute raison. Mais il faut croire que, par-delà le bien et le mal, ça ne suffit plus. Ou bien plutôt la boxe, le catch, le MMA, le Krav Maga et autres sports de combat, le rugby et le foot sont-ils en passe d'être détrônés de leur prise en charge d'une agressivité régulée et positivée dans l'agon, au profit d'une pulsion de destruction vengeresse, « qui ne fait de mal à personne » ni aux biens ni au mobilier urbain, mais s'adonne en vase clos à une destruction d'objets usuels, usagés bien sûr, avec toute la panoplie et le costume ad hoc de protection et d'action ? Destruction qui ressemble à s'y méprendre aux coups et bastonnage que les flics infligent eux à une foule de cibles désignées délinquantes ou rebelles ou simplement manifestantes, terreur exercée à même la chair et l'esprit, que le permis de tuer récemment voté en guise de loi au parlement ne manquera pas d'aggraver dans des proportions inouïes.
Les participants ont l'air bon enfant sur cette vidéo aux commentaires mièvres et débiles, peut-être n'est-ce pas toujours le cas. D'autant que la prestation est tarifiée, et le prix augmente à la mesure du volume de destructions désirées (essentiellement des objets, dont l'ordinateur cible de prédilection, symbole de la soumission et de l'oppression généralisées). Autrement dit, il y a là encore, dans le défoulement annihilateur de la révolte qui devrait se retourner contre l'ennemi hiérarchique quotidien (car les frustrations accumulées semblent tout de même largement provenir du milieu de travail, et parmi la clientèle beaucoup de femmes apparemment, un indice de quelque chose ?), une inégalité d'accès qui pousserait, en toute logique, l'utilisateur.trice peu fortuné.e à se retourner contre les murs du Fury room pour les péter, et péter également le secrétariat d'accueil. En effet le service rendu est encore frustrant car limité par l'argent en poche, la pire de toutes les frustrations ressenties depuis des lustres que l'argent existe. Défoulez-vous, détruisez à la mesure non pas de vos frustrations réelles, mais de ce que vous pouvez vous payer de cassage de tout à coup de batte de base-ball ou de pied de biche. Bref, rien de plus frustrant que ce défoulement. Car le « côté obscur de la force », comme le dit l'enquêtrice faussement naïve qui se livre elle-même au jeu (la référence à Star wars, même amusée, n'est pas fortuite), n'est pas du tout dans ce jeu où l'on pète de la vaisselle, des ordis, des machines, des trucs et des machins, il réside dans le refoulement de la frustration réelle à laquelle ce jeu se substitue : c'est la gueule insupportable du patron ou du chef qu'on voudrait péter, pas seulement les outils de travail par lui imposés. Parmi la clientèle, beaucoup de cadres d'entreprise nous dit-on.
Mais dans un monde où la moindre agression envers un supérieur hiérarchique est lourdement sanctionnée (pensons exemplairement à la chemise déchirée du DRH de Air France en 2016, pour laquelle des militants CGT ont été traduits en justice et écopé des peines de 3 à 4 mois de prison avec sursis pour des faits de violences en réunion, d'autres d'amendes -généralement 500 euros- pour des dégradations matérielles, et d'autres encore ont été licenciés pour faute lourde), dans un monde où la moindre destruction de mobilier urbain lors de manifs vaut à quelques un.es de passer en comparution immédiate, dans un monde où la vérité toute crue proférée à la gueule d'un flic est passible d'une garde à vue immédiate après tabassage et clé d'étranglement, on ne s'étonnera pas que dans une pièce de 16m2 on vende du défouloir le plus crétin à tou.te.s les frustrée.e.s qui se présentent et qui, non seulement en chient dans leur boulot ou leur vie conjugale ou ailleurs, mais en plus consentent à payer pour détourner leur haine vers des objets fétiches.
Le fétichisme est dévoilé là dans son expression la plus accomplie : la marchandise aliénante est achetée avec avidité et passion, et détruite avec les mêmes avidité et passion. Hier performance esthétique d'avant-garde, cette destruction est aujourd'hui un besoin thérapeutique largement partagé. La guerre civile ne pouvait pas trouver meilleure forme de conjuration, lorsque et les élections et le sport, et la guerre militaire dans laquelle on s'engage comme soldat.e ne suffisent plus à étouffer la rage produite pas une société violente et prédatrice, rage qui habite à peu près tout le monde pris dans la guerre de tous contre tous. Les sports de l'extrême sont eux aussi peut-être relégués au rang de divertissement bien gentil mais encore en dessous de la dose d'adrénaline accumulée dans le sujet de l'économie – matérielle, symbolique et libidinale. À moins que ces furieux destructeurs d'objets ne pratiquent tout en même temps, ou un jour ou l'autre décident d'en finir avec le social et de s'engager dans l'armée pour enfin affronter sur le terrain les choses sérieuses, à hauteur de leurs frustrations et pulsions à assouvir, et de la règle passer à l'exception (et son État) en acte. De ce point de vue, on a vu que rejoindre DAECH ou l'armée française ne faisait plus aucune différence (de plus, de l'armée française aujourd'hui on démissionne car on s'ennuie apparemment, le recrutement semble bien difficile pour nos états-majors qui nous ont prévenu qu'il faudrait pourtant envisager de nouveau le sacrifice de nos enfants à la guerre, dans un avenir pas si lointain).
La révolte ou la rage violente ainsi canalisée, les marchands de défoulement violent se font des couilles en or, avec l'aval théorique et mielleux d'une psychologue qui sur la vidéo approuve béatement de quelques formules toutes faites. Une autre pratique m'avait également étonné, moi toujours en retard de 3 guerres, celle du Hyrox qui cumule sur un parcours en salle des épreuves de force toutes aussi connes les unes que les autres. Pardonnez le jugement, mais j'enfonce le clou : je comprends la boxe, et pourrais l'aimer si tant de fric n'était pas en jeu, j'admire surtout la lutte africaine. Mais je déteste la performance de force masculiniste, que les femmes pratiquent ici également dans l'Hyrox par un mimétisme assez affligeant à mon sens, en des lieux où, bien au-delà de l'esprit de la salle de fitness, on fait communauté, communauté de jouissance. Et c'est là que l'enjeu devient vraiment troublant. Un ami qui pratique lui le MMA me disait récemment que si le groupe existant, dans son cas 200 personnes abonnées et regroupées en un même lieu, cultive une bonne ambiance, c'est-à-dire « pour le sport et non pour la violence », les jeunes inscrits qui viennent pour en découdre et décharger sur des adversaires de combat la violence qui bouille en eux au point de leur bousiller la gueule, eh bien ces jeunes tombent sur un os s'ils tombent sur « une équipe de bonne ambiance », et se font rétamer au sol dès les premiers combats en guise de leçon inaugurale. Alors, ils deviennent des combattants loyaux et, me dit mon ami, oublient la haine qu'ils avaient en entrant. Je veux bien le croire, même s'il me disait dans la foulée que son maître déjà d'un certain âge, avec qui il combattait il y a quelques semaines de cela, et sur lequel un moment donné il eut le dessus au sol, lui a flanqué en pleine face un coup de coude interdit par les règles de l'art, lui pétant le nez qui pissait le sang et dut être opéré.
Mais pourquoi désespérer ? Qui sait si, lors d'un soulèvement « de bonne ambiance », tou.te.s ces praticiens et patriciennes les plus diverses ne viendront pas rejoindre les rangs des insurgés pour affronter les keufs… sur le même terrain, limitant ainsi la casse parmi les rebelles ?
Patrick Condé
LA COURTE ECHELLE DU 20 09 26
https://radiogalere.org/emission/la-courte-echelle/la-courte-echelle-du-20-09-26
En masse, l'infrastructure a dépassé ce qui vit, et l'étouffe. Elle est signe humain. Par elle et le déchet notre signe est partout.
// Rue d'Aubervilliers. 2020 //humain tu plies sous le meurtre
tu sais ce que tu es, de toute ta fibre
rouge et grevée sous les émoticônes,
sèche de langue, comme des loofahs —
la route est le bourdon des veines
qui leur portent leurs grappes
de bombes — on n'entend pas les bombes,
que le bourdon des veines, la route —
c'est le premier matin
c'est la nappe de l'ogre —
le fret prend ton génome aux yeux tirés,
l'écouteur pénètre l'oreille,
c'est la ressource humaine —
leurs jupes tranchent et saignent à la fois.
Silvia MAJERSKA
qui coupe la nappe de l'ogre ?
dorée ? —
tu rêves
coquelicots rasant —
tout ce qui est proche avorte —
elle nous ressemble — se déverse
maigre mauve de bras, de dernier homme
tueuse et creuse —
il passe, ventre-en-croix assourdissant
le feu latéral ventral caudal
ses couleurs séchées par la saison humaine ·
derniers havres séchés.
dernier havre : langue de guerre —
carlingue rougie
sous la feuille de figuier — milliards d'insectes
à prendre le vent chez les morts —
1 feu rouge 1 ciel
long plat-de-rouge
où l'on a jeté une crasse
de stratus · un seurat fait
avec les bords du mégafeu ·
ici la fraîcheur ! mon chiot
aime avaler le déchet, et révoque
dans l'autre dimension dorée
les petits amas puants.
tu voudrais comme un gosse
un printemps pulsant
les sécrétions de frai les
bêtes faites d'eaux noires ·
tes enfants brûleront
ton puy sèche
au lieu qu'ils cerclent leur feu
au lieu que tu chies ton ciel, enfin
ce que je veux
la haine dressée sur ton rêve
la honte que tu trouves
la honte d'un ciel plein de nerfs —
rougir & détruire —
retournement il y aura —
d'abord endurer ce puits de feu — ce crépuscule — la lumière couchante avec un ogre
Benoit Sudreau
Illustration : Régis Rizzo / Lycaons & grues, 2020, encres acryliques et résine sur toile, 180 x 250 cm
Ce qui devait arriver, arriva. Au seuil de la campagne présidentielle, le magazine gay Têtu, dans son numéro d'automne qui vient de paraître, offre une double-page au président du collectif Fiertés Citoyennes, Arnaud Abel, en livrant un portrait héroïsant le personnage et manipulant certaines vérités. Ce collectif est une émanation LGBT+ du Printemps Républicain qui n'est pas sans rappeler le rôle actuellement joué par le collectif Nous Vivrons dans les rangs féministes. Sans compétence de terrain ni développement argumentatif très élaboré, le collectif a pourtant réussi à visibiliser ses discours autoritaires dans les médias ; outre Têtu, ils ont pu trouver des relais dans Marianne, Le Point ou encore CNews.
Dans cet article, paru initialement dans la revue Trou Noir n°4 en 2025 et légèrement actualisé sur son substack, Mickaël Tempête décrit la manière dont ces discours ancrent la normalisation gay dans un projet de militarisation des conduites minoritaires. Il en analyse non seulement les ressorts rhétoriques qui plaisent tant aux grands médias mais il historicise cette pensée policière en revenant sur le rôle joué par le Parti socialiste dans les années 1990 dans l'institutionnalisation des luttes LGBT+.
Alors, c'est quoi le républicanisme LGBT+ ?
1. Dans la grande messe de normalisation des conduites, voilà qu'entre en scène les républicanistes LGBT, une bande de CSP+ drapée dans l'universalisme occidental, cette vieille lune dont la lumière blafarde éclaire surtout les couloirs des ministères et les visages des éditorialistes de salon. Une association en particulier, Fiertés Citoyennes, a retenu mon attention. Née des émois numériques et des indignations télévisées, elle n'a rien inventé. Elle recycle, à la manière de ses aînés du Printemps Républicain, la vieille rhétorique de la majorité silencieuse flouée par des minorités trop bruyantes, hystériques, idéologiques. Son Dieu ? La République façon De Gaulle au pays des Algériens. Ses prières favorites ? Le tweet cynique, la tribune outrée, la table-ronde entre amis. Tout se passe comme si Caroline Fourest, celle qui a déblayé le chemin, était en passe de devenir un modèle d'émancipation homosexuelle.
2. L'association trouve son origine dans la réaction à un triste fait divers survenu le 30 septembre 2021 : Yanis, 17 ans, subit insultes et tabassages par deux autres jeunes eux aussi mineurs dans un parc de Montgeron en Essonne, en raison de son orientation sexuelle supposée. Ce récit, qui aurait pu stagner longtemps dans l'indifférence générale, a été rendu viral par la circulation d'une vidéo de l'agression sur les réseaux sociaux et par le témoignage de la victime à l'émission de Cyril Hanouna sur C8. Arnaud Abel, fonctionnaire officiant dans les ministères et actuel président de Fiertés Citoyennes, trouve alors scandaleux que des militants de gauche s'inquiètent d'une lecture islamophobe de cette affaire où les coupables sont racisés. Il publie un tweet pour appeler celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce militantisme qu'il nomme « intersectionnel » et à créer un groupe. La rhétorique est en place, il s'agit d'opposer le militantisme LGBT+ à une supposée « majorité silencieuse » qui ne se sent pas représentée par elles. C'est ici que naît Fiertés Citoyennes : dans la maternité réactive et émotionnelle des réseaux sociaux. Et bien qu'elle ne soit qu'une association d'opinion sans aucune compétence de terrain, elle trouvera grâce aux yeux d'importants médias généralistes et LGBT+.
3. À cet égard, Arnaud Abel définit ce qui va servir de paradigme au républicanisme LGBT : la gauche radicale nierait l'« homophobie endémique » qui sévirait dans « les banlieues et au-delà ».
4. Le 27 octobre 2023, Marianne publie la tribune de Fiertés Citoyennes qui la fera connaître du grand public sous le titre « LGBT pro-Hamas : autant dire les dindes qui votent pour Noël » dans laquelle le collectif s'en prend ouvertement aux actions en faveur du peuple palestinien par le militantisme queer révolutionnaire. Ils les qualifient de « chicken for KFC », les comparant ainsi à du bétail atteint du syndrome de Stockholm ne se rendant pas compte que leurs actions irréfléchies les mènent à l'abattoir islamiste.
5. Quelques mois plus tard, ils organisent une journée de tables rondes autour de la thématique « Universalisme et militantisme LGBT+ » dans la Mairie du 3e arrondissement de Paris. Étaient conviés pour y participer : Norah Bussigny (pigiste au Point et autrice des Nouveaux Inquisiteurs), Frédéric Martel (France Culture), Marie Cau (ex-mairesse), Thomas Vampouille (Têtu), Olivier Klein (DILCRAH), Irène Théry (sociologue proche du PS), Valérie Kokoszka (« philosophe » « universaliste »), Jean-Marc Berthon (Ambassadeur macroniste aux droits LGBT). Ainsi que des membres de Fiertés Citoyennes : Arnaud Abel, Alexis Buixan, Victor Galarraga-Oropeza et Matthieu Gatipon-Bachette. Pendant une demi-journée les différent·es participant·es ont pu s'exprimer largement sur les « dérives » de l'extrême-gauche et sur son « antisémitisme latent ».
6. Le tableau était tout à fait charmant, dans ce décor de moulures patinées or et de grands lustres, le public d'une trentaine de personnes à tout casser (dont quelques membres du Printemps Républicain de Sciences Po Paris) pouvait notamment écouter le débat intitulé « La lutte pour les droits LGBT est-elle soluble dans l'universalisme ? ». C'est Norah Bussigny qui modère et introduit. Un rôle obtenu grâce à son copinage politique avec Fiertés citoyennes depuis la parution du livre Les Nouveaux Inquisiteurs et de ses très nombreux articles dans Le Point dans lesquels elle distille son obsession cynique contre le militantisme queer révolutionnaire.
Pour introduire la table-ronde dont elle a la charge, en bonne écolière, elle commence par une définition du Larousse de l'intersectionnalité. Elle parle de la Marche des fiertés de Lyon (Fiertés en lutte) et du « problème » de la non-mixité choisie ainsi que de l'exclusion de l'association des flics LGBT (FLAG). Le fait qu'il puisse y avoir des cortèges en non-mixité de genre ou racisée au sein de la Marche et que des flics en bande organisée en soient écartés, est le signe selon elle d'une dérive du mouvement LGBT+. Elle aborde ensuite le rassemblement « Riposte trans » du 5 mai 2024 contre l'offensive transphobe, et ne manque pas de souligner que deux orgas à la tête de cet événement (Révolution Permanente et du Pain et des Roses) sont « accusées d'antisémitisme », bien entendu sans apporter de preuves, comme ça, à la légère, avec le même prosaïsme d'un serveur qui détaillerait un menu dans un restaurant étoilé.
7. Et là, c'est le clash. Enfin, on va pouvoir un peu se marrer. Un militant d'Act Up l'interrompt bruyamment pour lui demander des preuves. Et il s'entend dire, par une voix un peu nerveuse : « Est-ce que vous pouvez sortir ? Vous dérangez tout le monde. Sortez ! ». Victor, un des membres de Fiertés Citoyennes, éructe et menace d'aller chercher la sécurité. Ça finira par se calmer, après que les darons du collectif aient intimé l'ordre de parler sur un autre ton, non sans une pointe de sarcasme et d'infantilisation. S'en suit une bonne heure de discours contre le militantisme queer, les indigénistes et certaines figures de la théorie queer française comme Sam Bourcier.
8. Marie Cau, la première mairesse de France à se déclarer trans, réagit à l'usage de l'intersectionnalité par les groupes militants d'extrême gauche : « Le problème c'est que comme l'extrême gauche se développe, ça stimule l'extrême droite, et vice-versa. (…) Nous sommes devenus la cible de tout le monde y compris dans le conflit israélo-palestinien. Qu'est-ce qu'on vient foutre là-dedans ?! (rires dans la salle). Cette politisation marxiste pour remettre en cause notre système de valeurs universalistes, de liberté, d'égalité et de fraternité. Moi je ne veux pas changer le système, je veux l'améliorer. »
10. Alexis Buixan, le juriste de Fiertés Citoyennes, déclare à propos du rassemblement Riposte trans : « Dans ce genre de manifestation, il y a un discours très anti-État, anti-gouvernement, et je pense que c'est parce que… alors c'est une hypothèse que je soumets au débat... Je crois que dans la culture militante LGBT il n'y pas eu de mue culturelle. On n'est un peu resté à l'époque d'Act up. C'est frappé d'une sorte d'anti-juridisme, d'anti-étatisme, d'anti-pouvoir. Et d'ailleurs c'est très symptomatique, ceux qui pensent le militantisme d'un point de vue académique sont surtout Sam Bourcier, Geoffroy de Lagasnerie qui sont inspirés d'une lecture bourdieusienne et foucaldienne, avec une critique de l'État qui est forcément dominant, qui n'émancipe jamais, qui met les gens en prison, que le droit c'est l'œuvre des dominants. (…) Alors que les Américains, ça fait très longtemps qu'ils ont compris que pour défendre les droits et les libertés c'était par le Juge, par le Droit. »
11. Dans une tribune publiée dans Marianne [1], Alexis Buixan réagit à la dissolution parlementaire par Macron. Il regrette l'incapacité du parlementarisme français à composer avec un gouvernement dépourvu de majorité absolue : « les mœurs parlementaires doivent s'adapter à la formule gouvernementale, fusse-t-elle atypique ». Après avoir accusé la France Insoumise d'avoir offert une caisse de résonance dans l'Assemblée nationale à la violence qui traverse la société, il propose de prendre le Parlement danois comme idéal politique symbolique. En effet, le Danemark, monarchie constitutionnelle organisée sous la forme d'un régime parlementaire, est régulièrement pris comme modèle de démocratie libérale aboutie en maintenant un équilibre parfait entre l'État, l'autorité de la loi et la responsabilité politique des gouvernants. Ce rêve d'ordre par la stabilité politique est celui d'un parti modéré unique en paix avec ses extrêmes qui règle les tensions communautaires du pays par une forme de consensus. Mais un consensus contre qui ? Ainsi au Danemark, pays qui repose sur une tradition protestante de responsabilité collective, le consensus en matière de politique migratoire est d'avoir adopté une des politiques les plus restrictives et brutales dans l'Union européenne [2].
12. Le conformisme et l'homogénéisation des consciences qui transforment le peuple en une vaste classe moyenne indifférenciée et docile sont les éléments constitutifs d'une politique que le républicanisme LGBT prend pour modèle. C'est pourquoi Fiertés Citoyennes adhère complètement aux réformes islamophobes de la laïcité (loi sur le voile de 2004) dont l'objectif est d'intérioriser individuellement cette règle qui incombe à l'État ; il y va d'un durcissement des institutions à travers l'incorporation sans consentement des valeurs républicaines.
13. Il y aurait énormément de choses à dire sur cette table ronde mais je me contenterai de finir avec ces propos de Frédéric Martel car ils sont symptomatiques de cette sécurisation de la normalité dont je voudrais parler, le trait commun à tous les participants de ces tables-rondes c'est la défense d'une position capitaliste de l'homosexualité, ou en tout cas qui associe la normalité à la sécurité économique et physique :
« J'ai appris dans mon parcours politique, ça va peut-être vous choquer que je vous dise ça, que le militant gay ce serait forcément quelqu'un de gauche, ce que je suis, et qu'un gay ça doit être dans l'agit prop, actupien, dans la critique de la société, et bien c'est pas vrai. Il y a ça, et c'est très bien. Il se trouve qu'il y a beaucoup de gays de droite, il y en a également au Rassemblement National. Il faut parfois sortir de l'idée que le militantisme ça doit être de gauche, que c'est forcément de remettre en cause l'ordre bourgeois, l'ordre moral, la famille. Ma génération a prouvé que les gays voulaient la famille. Est-ce qu'ils veulent un autre type de famille ? Certains oui, d'autres non. Il y en a même qui veulent acheter leur frigo, en commun en payant des traites. Même chose pour la police, FLAG moi je ne les connais pas trop, je les aime plus ou moins, enfin quand j'ai été victime de discrimination, de violence, je suis allé au commissariat de police, c'est la police qui m'a protégé, enfin protégé… en tout cas qui a reçu ma plainte. Quand on est maltraité en tant que juif, que musulman, que catholique, qu'une mosquée ou qu'une synagogue est brûlée, c'est la police qui nous protège. Donc empêcher des gens de FLAG, association LGBT, ça n'a pas beaucoup de sens. »
14. Cette nouvelle normalisation est une mutation de celle défendue par le Parti socialiste à la fin des années 1990 et au début des années 2000, l'ère de Caroline Fourest à la présidence du Centre LGBT de Paris, des logos pixelisés aux couleurs de l'arc-en-ciel, de la fierté dans toutes les bouches, fierté d'être parvenus à prouver leur valeur et leur respectabilité. C'est durant cette période que le mouvement LGBT s'institutionnalisa à grande vitesse en incorporant les notions d'universalisme et de République dans leurs discours. Ces notions avaient permis de quitter les rives de la subversion façon Act Up pour s'engager dans la voie du réformisme façon Parti socialiste. Ce ne sont pas seulement les contenus de ces discours qui vont se normaliser, mais aussi les manières de parler et de s'adresser à un public : les militant·es en colère et violent·es doivent céder leur place à des communicants aguerris aux médias et aux politicien·nes.
15. Après les attentats du 11 septembre 2001, l'ère de l'innocence du mouvement LGBT allait définitivement prendre fin, au moment où cet universalisme tant défendu devenait en France le principal « bouclier » contre le fondamentalisme islamique. Ce discours immunitaire contre « tous les fascismes » pouvait enfin quitter ses petits laboratoires de la gauche associative pour devenir majoritaire dans le discours médiatique. Le parcours de Caroline Fourest [3] n'a fait qu'impulser et suivre cette tendance qui débouchera plus tard sur la formation de Fiertés Citoyennes. Certes, elle ne fait pas partie de cette association, mais, comme on le verra, tout concorde en termes de discours idéologique sur l'universalisme et le républicanisme ; pour eux l'ennemi c'est l'intégrisme, l'instrumentalisation du politique à des fins liberticides, antirépublicaines et antilaïques.
16. Cette laïcité en question est celle revue et corrigée en 2003 lors des débats sur la loi interdisant le port des signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires (et surtout le voile islamique). Cette loi a produit une rupture fondamentale dans la normalité républicaine, celle-ci n'est plus seulement un devoir qui incombe à l'État, mais à l'ensemble des citoyen·nes français·es ; et quiconque dérogera à cette règle sera perçu en même temps en victime et en militant·e de l'intégrisme religieux.
17. Aujourd'hui, une nouvelle génération, plus jeune, plus queer, plus woke aussi, a pris le relais des institutions LGBT après plusieurs années de morne mobilisation. C'est en réaction à cette prise du pouvoir, ou pour être plus précis, une réaction à l'impossibilité de faire partager des principes de souveraineté culturelle aux dominé·es, que Fiertés Citoyennes sort sa petite matraque en plastique.
18. Dans leur tribune fondatrice, Fiertés Citoyennes présente sa mission « la défense et la promotion des droits des personnes LGBTI et la lutte contre les discriminations et les violences dont ces dernières sont victimes ». Voilà, c'est à peu près ce qu'on met tous dans nos dossiers de subvention pour obtenir du fric et de la légitimité. Cette lutte s'inscrivant « dans le cadre de l'universalisme républicain et des principes de laïcité, d'égalité et de solidarité ».
19. Ils estiment que « s'en prendre aux personnes LGBT en raison de leur orientation amoureuse, sexuelle ou de genre, c'est s'en prendre aux valeurs de la République ». C'est le principe fondamental du droit français : pour qu'une personne victime de violence soit reconnue en tant que telle, il faut que par elle la République se sente attaquée. Autrement dit, il y a toujours deux victimes, sinon aucune : l'individu et la République. Leur cadre est celui de l'intégration de chaque individu LGBT+ à ce signifiant flottant qu'est le « pacte républicain ». Dans ce cadre, toutes les formes de communauté doivent se soumettre à une communauté plus grande et plus généreuse que toutes les autres : la République, madame.
20. Fiertés Citoyennes ne serait rien sans cette vieille lune libérale post Seconde Guerre mondiale, devenue le fond de commerce de l'association Homosexualité et Socialisme [4] à la fin des années 1990, arguant que l'extrême gauche radicale et l'extrême droite fasciste sont les deux faces de la même pièce, et que le seul bouclier contre la haine c'est l'unité derrière un front républicain universaliste. Fiertés Citoyennes se contente aujourd'hui de reprendre cette même rhétorique à la faveur d'une société de plus en plus militarisée.
21. Comme le Printemps Républicain, les attentats du 13-Novembre et de Charlie Hebdo sont sa matrice. La décennie qui s'ouvre a largement pu s'appuyer sur la fenêtre ouverte par l'ambiance paranoïaque des plans Vigipirate, la surveillance de tous par tous, le flicage des intentions, l'incorporation des valeurs républicaines, le retour de l'hypothèse répressive et l'enclenchement d'une islamophobie d'État sous couvert de la lutte contre le terrorisme islamique.
22. En réalité, Fiertés Citoyennes, n'est que le symptôme anecdotique et pitoyable d'un malaise plus profond et plus grave au sein du militantisme LGBT mainstream : son incapacité à se constituer comme une communauté politique affrontant la fascisation de la société. Certes, il n'y a rien de nouveau à ce que des homos épousent le conformisme national, en revanche, la normalisation gay est en train de franchir une nouvelle étape : plus brutale, plus sécuritaire et plus illusoire.
23. La petite bourgeoisie gay militante des années 1990 est donc de retour, moins nombreuse certes, mais plus brutale dans son discours. Dans leur tribune fondatrice, ils identifient précisément deux menaces qui planent sur le progressisme LGBT : « l'expression de la haine anti-LGBT qui malheureusement perdure et, en miroir (je souligne), la radicalisation d'une minorité issue de cette vaste communauté, séduite par les idéologies identitaires et victimaires qui s'opposent à notre modèle républicain. » La rhétorique de la majorité silencieuse soucieuse d'ordre et de statu quo subissant les pressions d'un petit groupe d'agitateurs est posée. Cet argument n'est pas politiquement innocent, il est régulièrement brandi par les présidents ou gouvernements français pour s'en prendre aux différents mouvements sociaux : De Gaulle face à la révolte de Mai 68, Dominique de Villepin face au mouvement étudiant contre le CPE, Nicolas Sarkozy face à la grève générale en Guyane et aux Antilles françaises en 2009. Bref, un argument de rapace pour exprimer l'opinion que la majorité du pays est favorable aux idées d'ordre, de sécurité, de propriété privée ; et pour que cette « majorité » monopolise la légitimité politique.
24. Tout en s'inscrivant dans une tendance libérale en termes de mœurs, ils estiment qu'une chose est d'échanger des idées librement, et une autre est d'imposer des idéologies perçues comme militantes ou dogmatiques. Vous vous souvenez du temps où Bertrand Delanoë était l'égérie gay du Parti socialiste ? Homosexualité et Socialisme tentait aussi de pacifier les marges militantes au sein de l'Inter LGBT et de les orienter vers une politique réformiste. C'était déjà violent de normalité à l'époque, mais c'était ça les débuts du républicanisme LGBT, une promesse ouverte par la gauche capitaliste, qui a inclus des associations comme FLAG (flics LGBT+) ou Gay Lib (gays UMP) dans la danse libérale LGBT. Assez naturellement, les entreprises telles que Mastercard, Airbus ou La Mie Câline ont prétendu participer à la « lutte » en sponsorisant les Marches des fiertés. Roselyne Bachelot, ministre dans les gouvernements de Fillon, Raffarin et Castex, est même devenue une des égéries des droitards homosexuels, à telle point qu'elle en nourrit les préceptes de nos « rentiers des Lumières » [5], qui dans leur charte entendent défendre,
« un militantisme qui a pour ambition principale de construire et d'avancer sur un chemin commun (je souligne) et, pour paraphraser la conclusion du discours de Roselyne Bachelot du 7 novembre 1998, lors du vote du PACS, pour que chacune et chacun puisse occuper toute la place qu'il ou elle mérite au sein de cette communauté qui se situe au-dessus de toutes les autres : la République. »
25. Leur grille de lecture peut tenir en un hashtag : #TenailleIdentitaire. Ils expliquent la montée en puissance des extrêmes droites comme une pure réaction aux passions identitaires du militantisme queer radical et de l'Islam radical. Cette expression est un legs de Laurent Bouvet et Gilles Clavreul, cofondateurs du Printemps Républicain. On nage dans l'abstraction la plus totale et la plus absurde, mais on commence alors à comprendre qu'il s'agit de la poursuite de l'antimarxisme du xxè siècle. En période de montée en puissance du fascisme en France, pourquoi la majorité des attaques de Fiertés Citoyennes se porte contre l'extrême gauche radicale plutôt que contre l'extrême droite ? Pour eux, la première est la raison d'exister de la seconde, et qu'en combattant la première (marxiste) on mettra fin à la seconde (fasciste). L'insistance, dans leur vocabulaire, de références à la folie ou l'allégeance, trahit un déni de reconnaissance d'agentivité et d'autonomie politique aux groupes militants d'extrême gauche et anarchistes. En l'espèce, le discours républicaniste LGBT est une normativité prédatrice socialisée, en chasse de tout ce qui perturbe le pacte libéral et racial, il n'a aucun souci de vérité (les approximations et les amalgames sont même appréciés) car l'objectif est d'imposer une vision contre-révolutionnaire dans la communauté LGBT+.
26. Le monde n'est pour eux qu'un vaste tissu nerveux où les politiques « extrémistes » s'électrisent les unes les autres. Pendant ce temps, les partis politiques qui ont déjà eu accès au pouvoir (PS, Républicains, Renaissance) et qui arment les guerres en cours n'auraient qu'un rôle superflu dans le renforcement du fascisme. Cette dépolitisation a pour but de rendre invisibles les rôles de la colonisation et des rapports de classe dans les événements actuels.
27. Cet idéal libéral qu'ils défendent ne saurait être soutenu que par la consolidation d'un bloc central à la tête du pays. Ce bloc est essentiellement constitué, non seulement d'une figure souveraine (le président omnipotent), mais aussi et surtout, c'est ce qui fait la caractéristique de nos militants de la raison, de personnalités qui tournent autour du pouvoir. Ainsi, dans une corrida, si le matador concentre à lui seul toute l'aura de puissance divine en achevant le taureau, ce sont bien les peones, les toreros subalternes, qui plantent les premières banderilles dans l'animal et qui le préparent à l'anéantissement.
28. En réalité, il ne s'agit pas vraiment d'une nouvelle normalité, mais d'une nouvelle phase historique de celle-ci : nous entrons dans la phase sécuritaire de la normalité homosexuelle, où on permet aux dominés de devenir des dominants. Elle n'est pas nouvelle dans la mesure où les bases étaient déjà présentes dans le discours progressiste des années 1990-2000 [6], mais la phase sécuritaire de la normalisation apporte une modification cruciale dans son objectif politique : il ne s'agit plus seulement de normaliser l'Autre, mais de lui enlever sa dignité.
29. Comme tout pays occidental qui se respecte, pour partir en guerre il faut faire reposer sur l'Autre l'ouverture des hostilités. Parce que la laïcité et la République sont attaquées, il faut constituer une défense stratégique en réarmant idéologiquement ces idéaux français et en musclant la loi qui les encadre. Plus précisément, Fiertés Citoyennes préconise de brandir la laïcité comme rempart (arme défensive) face à l'« obscurantisme » qui gangrènerait notre société.
30. « Chicken 4 KFC », animalisation des militants, tout ce vocabulaire évoque la dimension industrielle du génocide. À l'abattoir, les animaux sont compartimentés en masse, évoluant dans un espace fléché et unidirectionnel, et cette métaphore permet d'assouvir par le rire l'éventualité d'un abattage en série de ces militants. La logique exterminatrice imprègne ce langage et par ce langage cynique impose une marque visible sur la chair dissidente.
31. Ils se revendiquent « militants de la raison » et pour eux la chair dissidente est folle, forceuse, contre-nature, fanatique, aveuglée par ses passions, et il faut la marquer du sceau de l'animalité, la rejeter en dehors de l'humanité. Dans un climat de fascisation des conduites, cette marque est tenace, elle fabrique des cibles, mais puisque c'est fait avec « humour », ça passe.
32. Une chose à prendre en compte, c'est justement le genre « humoristique » de la métaphore, un humour cynique à défaut d'être camp, c'est-à-dire dénué d'autodérision, qui s'ancre dans la tradition des caricatures nauséabondes, une dilution de la colère dans les eaux tièdes du conformisme. C'est d'ailleurs dans leur tribune pour Charlie Hebdo publiée dans le magazine gay Têtu que Fiertés Citoyennes s'adresse à la commu pour marquer un hommage aux « 12 compatriotes intelligents, talentueux et courageux » de la rédaction de Charlie Hebdo visée par l'attentat. Ils justifient cet hommage en soulignant l'identité de geste entre les existences LGBT+ et l'humour critique :
« Nous, personnes LGBT+, savons aussi, tout comme les victimes de Charlie Hebdo, que la possibilité et la capacité de rire, notamment de nous-mêmes, de parler avec franchise et de défier les bigots de tous horizons (y compris ceux et celles au sein de notre propre communauté) ont toujours été et resteront parmi les armes les plus efficaces et les plus honorables contre la tyrannie de la paresse intellectuelle, la fossilisation politique et la sécheresse morale. Car rien ne dérange davantage les fanatiques (je souligne) que l'humour critique, libertaire et désacralisateur. Rien ne les effraie autant que la laïcité, cette barrière qui protège la liberté de chacun face à toutes les formes d'oppression religieuse ou idéologique, et qui garantit que personne ne puisse imposer à autrui une vision du monde fondée sur des dogmes. » [7]
33. Si je souligne ici l'usage du terme fanatique, c'est qu'il s'inscrit dans la rhétorique d'une tradition contre-révolutionnaire, quand bien même prétend-elle être la digne héritière de l'esprit des Lumières de la Révolution française [8]. Une rhétorique qui cherche à offrir la schématisation suivante comme grille de lecture de la crise politique : la raison contre l'irrationnel, l'humanisme contre le sectarisme, l'universalisme contre le dogmatisme.
34. On nous enferme dans le langage qu'ils transforment en nasse sémantique. Cette capture ne peut déboucher que sur un seul objectif : détruire les liens qui nous unissent à l'histoire et à la politique, détruire la tradition des opprimés.
35. C'est une pensée fondamentalement rudimentaire, qui rejette la complexité pour proposer une autoroute libérale en lieu et place de toute alternative politique. L'attaque uniforme contre les extrêmes est une défense du conservatisme centriste en tant que seul parti rationnel, en tant que parti unique. Pour cela, il a besoin de rendre la lecture des débats contemporains la plus simpliste possible, c'est une attaque en règle contre l'intelligence.
36. L'universalisme dont se réclame Fiertés Citoyennes ne peut l'être que parce qu'il comporte en son cœur un élément destructeur et d'expansion, de prédation et de conquête. À l'instar du collectif sioniste Nous Vivrons qui se force une place dans les marches féministes, ils parviennent à se tailler une place dans l'espace médiatique grâce à une logique de colonisation des luttes sociales. En cela, ils ont appris à tirer profit de la guerre impérialiste contre la Palestine. Israël est leur contexte d'énonciation politique et collaborent au narratif sioniste selon lequel le 7-Octobre serait une guerre déclenchée par le Hamas [9]. Comme le suggère Hussein Omar dans son article « Homo Zion », la doctrine sécuritaire interprète cette guerre comme ce qui est à même de « sauver le projet universel de civilisation » [10].
37. Il leur faut imposer dans le débat le paradoxe suivant : l'émancipation (individuelle) ne saurait advenir sans une idée de soumission (à la République). Par conséquent, ils n'hésiteront pas à utiliser les Arabes et la Palestine contre nous (et inversement), à agiter le spectre des homosexuels jetés du haut d'un immeuble par Daesh, à nier l'existence de l'islamophobie d'État, à nous dresser contre les Juif·ves et contre les femmes. Ils élaborent une politique extrême-centriste qui donnent du crédit à la restauration du corps politique fasciste français. C'est une alliance abstraite qui se retrouve sur des lois concrètes visant à protéger la France : Loi confortant le respect des principes de la République, Loi Attal contre le port de l'abaya à l'école, loi laïcité de 2004. Un langage commun entre les droites se peaufine à l'ombre du soleil démocratique. L'expression « chickens for KFC » qu'ils ont appliqué au militantisme queer radical est d'ailleurs en vogue dans la propagande fasciste, du collectif homonationaliste Éros à Benyamin Netanyahou.
38. Je reconnais aux « militants de la raison » qu'ils ne sont pas d'extrême-droite mais d'extrême centre, et c'est tout à l'honneur d'avoir bien appris à pondérer leur propos, à se tailler une juste place dans un monde aussi radical, à ne pas succomber à leurs pulsions, à se tenir droit dans leurs bottes républicaines. Entendez le bruit sourd que ça fait. Ça doit faire du bien de pratiquer un antifascisme raisonnable, un antifascisme de porcelaine contre l'extrême-droite-la-vraie-de-vraie. Ça nous sort le service à thé et la petite cuillère en argent pendant que les dirigeants politiques, financiers et médiatiques du monde se réconcilient par le fascisme.
39. Finalement Fiertés Citoyennes ne fait que reproduire le principe premier de la contre-révolution : délégitimer des conduites politiques qui opèrent des alliances inattendues en leur arrachant le caractère politique. En lieu et place du politique, ils nous affectent à l'irrationalité, à l'instinct ou au culte. Pour autant, notre réflexe ne devrait pas être de nous débarrasser de l'irrationalité car celle-ci est et a toujours été la condition d'une politique de la libération – il faut bien cette « folie » pour avoir l'audace de changer la vie. Il faut bien ce surcroît de fidélité à une idée pour affronter ce qui veut notre mort. La rationalité qu'ils nous proposent est un calcul de petits maîtres, ils ont le zèle émotionnel des contrôleurs de la RATP et les moyens de trolls médiatiques. Purs produits de la normalisation gay, plus personne ne croît à leur chimère, mais c'est pas grave, au bord du gouffre, autant tenter de négocier sa future place de kapo.
40. On n'a pas suffisamment dit que la normalisation LGBT est une normalisation avec le capital, avec l'ordre, avec le statu quo, avec l'ontologie blanche, avec l'impérialisme hard et soft. Elle ne relève pas donc seulement d'une morale, mais aussi d'une métaphysique occidentale angoissée de perdre de sa splendeur : une majorité silencieuse. Il s'agit alors bien de normalité « dans le sens d'une conformité totale avec tout ce que nous savons de notre civilisation, de son esprit directeur, de ses priorités, de sa vision immanente du monde – et des moyens appropriés de poursuivre le bonheur humain en même temps qu'une société parfaite » (Adorno).
41. Les promesses de la normalisation n'ont pas eu lieu, malgré le Mariage pour tous et le délit de LGBTphobies, les paniques anti-homosexuelles et anti-trans demeurent des outils de domination politique. Même le gay cis blanc bourgeois le plus arrimé au pouvoir et les acquis du néolibéralisme en termes de management des diversités sont susceptibles de disparaître en un claquement de doigts. Expulsée par le réel, la normalité n'est donc pas (oh surprise) une chose solide et stable ; elle permet certes des accommodations temporaires facilitant la vie quotidienne, mais elle n'est pas, en tant que telle, un projet d'émancipation. Plus personne ne croît aux bénéfices de la normalité, mais on croît à ses fantasmes de sécurisation. Et puisque nous sommes tous en danger, c'est le moment ou jamais pour eux de sortir l'artillerie lourde.
42. Nous opposons à leur dressage des mœurs politiques, la tradition des opprimés, l'antifascisme révolutionnaire, la mémoire discontinue, fragmentaire, douloureuse de celles et ceux qui ont été écrasés par le cours de l'histoire. Nous devons faire éclater la continuité historique qui détermine le passé comme une suite de progrès, rendre présentes les révoltes qui ont été réprimées et qui doivent encore trouver leur accomplissement. C'est pourquoi, nous ne pouvons pas aujourd'hui laisser la communauté musulmane seule face à la menace fasciste, comme d'autres avant nous, avaient abandonné les Juifves. Nous tiendrons tout ensemble avec les disparités et les désaccords de la gauche radicale pour former la résistance aux puissances fascistes et impérialistes.
43. L'architecture de leur normalité est un bunker en bord de mer qui résiste à l'érosion, on y range des armes et des soldats, on y planque sa paranoïa blanche pour que personne ne la voie, on y cultive secrètement son petit fascisme intérieur. Comme les bunkers, la normalité balise un espace sécurisé des conduites dans un grand brassage du militaire et du civil. Elle flotte sur un sol qui n'est plus un socle à son équilibre, mais une étendue mouvante et aléatoire. Même affaissée, enfouie sous nos pieds, elle tient. Eux, ils n'appellent pas ça bunker mais « valeurs communes ». Ça les protège des survivances archaïques, indésirables chez soi, donc à éliminer chez les Autres. Là voilà la rationalité technocratique LGBT dans toute sa splendeur, faisant la guerre à son peuple, et sacrifiant ses marges. Ça se range derrière les CRS et ça leur délègue l'usage de la brutalité républicaine. Ça en fait des images, balancées dans les circuits d'information, pour attester de l'imminence du danger. Mais la normalité va craquer et les chimères qu'elle charrie seront disséminées à l'état de science-fiction. Ça ne peut pas tenir dans le réel, alors ça tient avec le divertissement de la guerre.
Post-scriptum : Depuis quelques mois maintenant, le magazine Têtu assume de plus en plus un positionnement centriste Printemps Républicain : défense de Barbara Butch, appel à une union autour de Lucie Castets, attaques systématiques contre la France Insoumise, soutien à Emmanuel Grégoire, publication d'une tribune du sioniste Ariel Weil, voyage à la Pride de Tel Aviv en plein génocide, soutien à la fake news de Guillaume Ermer contre Jean-Luc Mélenchon, retweets de Caroline Fourest par le directeur de la rédac Thomas Vampouille, traitement confusionniste de la descente policière dans la librairie queer et féministe Violette & Co, etc. Affaire à suivre…
Mickaël Tempête
[1] . Alexis Buixan, « La dissolution ne résoudra en rien la détérioration des mœurs parlementaires », Marianne, 25/06/2024, en ligne.
[2] . Cela consiste à limiter le regroupement familial, réduire les aides sociales aux nouveaux arrivants, imposer des conditions économiques et des tests de langue et de « valeurs danoises » d'un niveau très difficile pour obtenir la citoyenneté, appliquer des sanctions pénales plus lourdes pour certains délits dans les quartiers d'immigration, et confisquer les biens des réfugiés pour financer leur séjour (loi très controversée de 2016). Ces mesures ont été adoptées par les sociaux-démocrates, les centristes et les conservateurs.
[3] . Pour un portrait plus approfondi du cheminement politique de Caroline Fourest, voir Mathieu Magnaudeix, « Les croisades de Caroline Fourest », Revue du Crieur, 6 (1), 74-89.
[4] . Voir Hugo Bouvard, « Homosexuel·le·s et socialistes. Constitution d'un pôle électoral-partisan et institutionnalisation du mouvement gai et lesbien dans les années 1980 et 1990 », Sociétés contemporaines, 128 (4), 33-58.
[5] . Expression formulée par Isabelle Stengers dans Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte, 2009, p. 143.
[6] . On pourrait même remonter plus loin, au club Arcadie d'André Baudry à partir des années 1950 ; ou dans les colonnes de la revue Gai Pied des années 1980 où on pouvait lire quelques articles à la gloire de Tsahal.
[7] . Fiertés Citoyennes, « « Charlie Hebdo » : Nous, personnes LGBT+, savons que le rire est une arme contre la tyrannie », Têtu, 7 janvier 2025, en ligne.
[8] . Pour l'instant leur rapport à la Révolution se résume à un montage photo de Nicky Doll dans le tableau de Courbet, La Liberté guidant le peuple, repris d'une promo de France TV.
[9] . En réponse à un tweet de Rima Hassan sur les enfants palestiniens bombardés par l'armée israélienne, Arnaud Abel trouve judicieux de répondre : « Les enfants palestiniens sont les victimes d'une guerre déclenchée par le Hamas. Ils ont donc été assassinés par le Hamas. » Et lors de la marche féministe du 8 mars 2025, après un selfie aux côtés du collectif impérialiste Nous Vivrons, il souffle sur les braises de l'antisémitisme en déclarant : « La République confisquée, les femmes juives (je souligne) et leurs alliés sont parqués dans une petite rue adjacente ».
[10] . Hussein Omar, « Homo Zion. Sur le sionisme gay », in Trou Noir n°4, p. 277.
De la colère et des flammes à Saint-Pierre-des-Corps, commune populaire à côté de Tours, après un parechocage.
L’article Saint-Pierre-des-Corps : nuit de révolte après l’écrasement d’un homme à scooter par une voiture de police est apparu en premier sur Contre Attaque.
Source : Tikographie
Les vaches sont-elles des ennemies de l'environnement ? Loin des clichés qui collent à la peau de ces bovins, Tikographie tente une approche toute en nuance. Oui, les bovins émettent du méthane, peuvent dégrader les cours d'eau (par le piétinement ou les déjections) et fragiliser certains milieux lorsqu'ils pâturent trop longtemps. Cela dit, les élevages extensifs du territoire, souvent de petite taille, reposent largement sur les prairies et le pâturage, qui stockent du carbone et valorisent des terres peu adaptées aux cultures. Mais surtout, des solutions existent : « abreuvoirs pour protéger les rivières, [...] pâturages tournants pour préserver les prairies, [...] ou recherches pour réduire les émissions de méthane ». L'enjeu, selon Tikographie, n'est pas de trancher entre « élevage bon » ou « élevage mauvais », mais de différencier les pratiques et les territoires. Car derrière le débat sur la viande se joue aussi une question plus globale : comment faire évoluer l'élevage sans sacrifier les équilibres écologiques ?
Source : Rue89 Bordeaux
Payant
Source : Tikographie
Source : The Wire - Inde
Lire la traduction automatique en français
Source : IranWire - Iran
Comment traduire vous-même cet article
Source : Les Jours
Payant
Le philosophe Mohamed Amer Meziane publie son troisième livre, Le Sacrifice du ciel. Une autre histoire de la raison, qui vient rouvrir, reprendre et poursuivre le cycle ouvert par Des empires sous la terre (2021) et Au bord des mondes (2023).
Le thème du « sacrifice du ciel » fait écho à ceux de la sécularisation, de la mort de Dieu et du « désenchantement du monde ». Ces lieux communs, au sein de l'attirail des pensées critiques, ressemblent à des enjeux à la fois familiers et méconnus.
Les « statuaires de la pensée », expression du livre renvoyant au panthéon fatigué des « grands auteurs » européens, ne nous ont légué que peu d'outils pour y faire face. Il se pourrait, en plus, que ces thèmes « biens connus » (c'est-à-dire peut-être totalement impensés) aient obscurci la compréhension qu'on a de ces grands auteurs eux-mêmes. C'est la conséquence d'un des points principaux du livre : l'orientalisme, sous la forme de la critique historique des textes sacrés, a joué un rôle matriciel pour la production du savoir occidentalisé.
À partir de là, l'enquête donne lieu à une autre histoire de la philosophie : au prisme de l'orientalisme, Spinoza, Kant et Hegel apparaissent sous un autre jour. Leurs façons de penser la religion, ses rapports à la pensée et à la politique, est très loin cependant de s'être cantonnée au seul domaine de la philosophie. Elles participent de mouvements qui les précèdent et leur survivent, et qui constituent le sol sur lequel se sont déployées les sciences humaines et sociales « modernes ». Un ensemble de mythes vivaces s'ancrent dans cette histoire : le christianisme comme seule religion de la sortie de la religion, le protestantisme comme religion du monde moderne, le monothéisme comme origine de la violence, le fanatisme comme caractéristique des « religions de la Loi »…
Le Sacrifice du ciel se présente comme une critique des savoirs, une « histoire souterraine » de la connaissance. Celle-ci ne se contente pas d'en exhumer les marges, mais entend ressaisir l'héritage d'un centre occulté en montrant que la raison n'est pas « occidentale ». Se pose alors une question simple, mais trop souvent ignorée (y compris par la critique décoloniale) : comment les « orientaux » ont-ils eux-mêmes pensé l'orientalisme ? La philosophie d'Afghāni et la « métaphysique insurrectionnelle » de l'émir Abdelkader ont été les lieux d'une résistance formulée au nom du savoir et d'une « critique traditionnelle de la tradition », et deviennent ici ceux de l'élaboration d'une « pensée-autre » (comme le disait Abdelkébir Khatibi, en partant de Fanon).
« La tâche de cet anti-impérialisme philosophique a surtout été de montrer la profonde irrationalité de tout ce système militaro-fossile qui, avec un fracas et une morgue confinant à la folie, s'est targué d'être la seule Raison qui soit. »
Pour aller plus loin (ou revenir quelques crans en arrière), nous renvoyons à nos deux précédents entretiens avec Mohamed Amer Meziane autour de Des empires sous la terre et après la publication de Au bord des mondes.
Pour vous y abonner, des liens vers tout un tas de plateformes plus ou moins crapuleuses (Apple Podcast, Amazon, Deezer, Spotify, Google podcast, etc.) sont accessibles par ici.
Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d'existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C'est par ici.
L'antispécisme comme lutte sociale - Victor Duran-Le Peuch
« Il faut davantage s'inquiéter d'une classe qui se tient sage, que d'une émeute » - Lucile Novat
De la guerre en Amérique - Catherine Hass
Peut-on se sauver de la psychiatrie ? - Jonathan Boismard
Réflexions sur l'anarchie et la révolution - Maria Kakogianni
« Si l'école est gratuite, c'est que vous êtes le produit ! » - Vincent Legeay
Contrer le rire fasciste - Denis Saint-Amand
Astérix peut-il résister à l'empire Bolloré ? - Un court-bouillon, un lundisoir spécial BD
L'Êtrangère - Eugénie Mérieau en concert au bureau
Mondes postcapitalistes - Laurent Jeanpierre et Jérôm Baschet
Tempus - Laura Perrudin
Antitsiganisme, État-nation et éthique de la révolte - Ritchy Thibault
Féminisme, État punitif et figure de la victime - Elsa Deck Marsault
Cybernétique et techniques de gouvernement - Ivan Bouchardeau
Manuel de management décomplexé ou l'art capitaliste de discipliner le travail - Anthony Galluzzo
Comment nommer les nouvelles formes de pouvoir ? - Ian Alan Paul
Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité - Clélia Gasquet-Blanchard
La répression de l'antifascisme à l'échelle européenne - Rexhino « Gino » Abazaj
Trump : les habits neufs de l'impérialisme - Michel Feher
Comprendre le soulèvement en Iran - Chowra Makaremi, le collectif Roja & Parham Shahrjerdi
Trump après Maduro - Benjamin Bürbaumer
Manger la Hess, une poétique culinaire - Yoann Thommerel
Du nazisme quantique - Christian Ingrao
(En attendant la diffusion, on a mis un petit extrait quand même)
Terres enchaînées, Israël-Palestine aujourd'hui - Catherine Hass
Penser en résistance dans la Chine aujourd'hui - Chloé Froissart & Eva Pils
Vivre sans police - Victor Collet
La fabrique de l'enfance - Sébastien Charbonnier
Ectoplasmes et flashs fascistes - Nathalie Quintane
Dix sports pour trouver l'ouverture - Fred Bozzi
Casus belli, la guerre avant l'État - Christophe Darmangeat
Remplacer nos députés par des rivières ou des autobus - Philippe Descola
Comment devenir fasciste ? la thérapie de conversion de Mark Fortier
Pouvoir et puissance, ou pourquoi refuser de parvenir - Sébastien Charbonnier
10 septembre : un débrief avec Ritchy Thibault et Cultures en lutte
Intelligence artificielle et Techno-fascisme - Frédéric Neyrat
De la résurrection à l'insurrection - Collectif Anastasis
Déborder Bolloré - Amzat Boukari-Yabara, Valentine Robert Gilabert & Théo Pall
Planifications fugitives et alternatives au capitalisme logistique - Stefano Harney
Pour une politique sauvage - Jean Tible
Le « problème musulman » en France - Hamza Esmili
Perspectives terrestres, Scénario pour une émancipation écologiste - Alessandro Pignocchi
Gripper la machine, réparer le monde - Gabriel Hagaï
La guerre globale contre les peuples - Mathieu Rigouste
Documenter le repli islamophobe en France - Joseph Paris
Les lois et les nombres, une archéologie de la domination - Fabien Graziani
Faut-il croire à l'IA ? - Mathieu Corteel
Banditisme, sabotages et théorie révolutionnaire - Alèssi Dell'Umbria
Universités : une cocotte-minute prête à exploser ? - Bruno Andreotti, Romain Huët et l'Union Pirate
Un film, l'exil, la palestine - Un vendredisoir autour de Vers un pays inconnu de Mahdi Fleifel
Barbares nihilistes ou révolutionnaires de canapé - Chuglu ou l'art du Zbeul
Livraisons à domicile et plateformisation du travail - Stéphane Le Lay
Le droit est-il toujours bourgeois ? - Les juristes anarchistes
Cuisine et révolutions - Darna une maison des peuples et de l'exil
Faut-il voler les vieux pour vivre heureux ? - Robert Guédiguian
La constitution : histoire d'un fétiche social - Lauréline Fontaine
Le capitalisme, c'est la guerre - Nils Andersson
Lundi Bon Sang de Bonsoir Cinéma - Épisode 2 : Frédéric Neyrat
Pour un spatio-féminisme - Nephtys Zwer
Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation - Benjamin Bürbaumer
Avec les mineurs isolés qui occupent la Gaîté lyrique
La division politique - Bernard Aspe
Syrie : la chute du régime, enfin ! Dialogue avec des (ex)exilés syriens
Mayotte ou l'impossibilité d'une île - Rémi Cramayol
Producteurs et parasites, un fascisme est déjà là - Michel Feher
Clausewitz et la guerre populaire - T. Drebent
Faut-il boyotter les livres Bolloré - Un lundisoir avec des libraires
Contre-anthropologie du monde blanc - Jean-Christophe Goddard
10 questions sur l'élection de Trump - Eugénie Mérieau, Michalis Lianos & Pablo Stefanoni
Chlordécone : Défaire l'habiter colonial, s'aimer la terre - Malcom Ferdinand
Ukraine, guerre des classes et classes en guerre - Daria Saburova
Enrique Dussel, métaphysicien de la libération - Emmanuel Lévine
Des kibboutz en Bavière avec Tsedek
Le macronisme est-il une perversion narcissique - Marc Joly
Science-fiction, politique et utopies avec Vincent Gerber
Combattantes, quand les femmes font la guerre - Camillle Boutron
Communisme et consolation - Jacques Rancière
Tabou de l'inceste et Petit Chaperon rouge - Lucile Novat
L'école contre l'enfance - Bertrand Ogilvie
Une histoire politique de l'homophobie - Mickaël Tempête
Continuum espace-temps : Le colonialisme à l'épreuve de la physique - Léopold Lambert
« Les gardes-côtes de l'ordre racial » u le racisme ordinaire des électeurs du RN - Félicien Faury
Armer l'antifascisme, retour sur l'Espagne Révolutionnaire - Pierre Salmon
Les extraterrestres sont-ils communistes ? Wu Ming 2
De quoi l'antisémitisme n'est-il pas le nom ? Avec Ludivine Bantigny et Tsedek (Adam Mitelberg)
De la démocratie en dictature - Eugénie Mérieau
Inde : cent ans de solitude libérale fasciste - Alpa Shah
(Activez les sous-titre en français)
50 nuances de fafs, enquête sur la jeunesse identitaire avec Marylou Magal & Nicolas Massol
Tétralemme révolutionnaire et tentation fasciste avec Michalis Lianos
Fascisme et bloc bourgeois avec Stefano Palombarini
Fissurer l'empire du béton avec Nelo Magalhães
La révolte est-elle un archaïsme ? avec Frédéric Rambeau
Le bizarre et l'omineux, Un lundisoir autour de Mark Fisher
Démanteler la catastrophe : tactiques et stratégies avec les Soulèvements de la terre
Crimes, extraterrestres et écritures fauves en liberté - Phœbe Hadjimarkos Clarke
Pétaouchnock(s) : Un atlas infini des fins du monde avec Riccardo Ciavolella
Le manifeste afro-décolonial avec Norman Ajari
Faire transer l'occident avec Jean-Louis Tornatore
Dissolutions, séparatisme et notes blanches avec Pierre Douillard-Lefèvre
De ce que l'on nous vole avec Catherine Malabou
La littérature working class d'Alberto Prunetti
Illuminatis et gnostiques contre l'Empire Bolloréen avec Pacôme Thiellement
La guerre en tête, sur le front de la Syrie à l'Ukraine avec Romain Huët
Abrégé de littérature-molotov avec Mačko Dràgàn
Le hold-up de la FNSEA sur le mouvement agricole
De nazisme zombie avec Johann Chapoutot
Comment les agriculteurs et étudiants Sri Lankais ont renversé le pouvoir en 2022
Le retour du monde magique avec la sociologue Fanny Charrasse
Nathalie Quintane & Leslie Kaplan contre la littérature politique
Contre histoire de d'internet du XVe siècle à nos jours avec Félix Tréguer
L'hypothèse écofasciste avec Pierre Madelin
oXni - « On fera de nous des nuées... » lundisoir live
Selim Derkaoui : Boxe et lutte des classes
Josep Rafanell i Orra : Commentaires (cosmo) anarchistes
Ludivine Bantigny, Eugenia Palieraki, Boris Gobille et Laurent Jeanpierre : Une histoire globale des révolutions
Ghislain Casas : Les anges de la réalité, de la dépolitisation du monde
Silvia Lippi et Patrice Maniglier : Tout le monde peut-il être soeur ? Pour une psychanalyse féministe
Pablo Stefanoni et Marc Saint-Upéry : La rébellion est-elle passée à droite ?
Olivier Lefebvre : Sortir les ingénieurs de leur cage
Du milieu antifa biélorusse au conflit russo-ukrainien
Yves Pagès : Une histoire illustrée du tapis roulant
Alexander Bikbov et Jean-Marc Royer : Radiographie de l'État russe
Un lundisoir à Kharkiv et Kramatorsk, clarifications stratégiques et perspectives politiques
Sur le front de Bakhmout avec des partisans biélorusses, un lundisoir dans le Donbass
Mohamed Amer Meziane : Vers une anthropologie Métaphysique->https://lundi.am/Vers-une-anthropologie-Metaphysique]
Jacques Deschamps : Éloge de l'émeute
Serge Quadruppani : Une histoire personnelle de l'ultra-gauche
Pour une esthétique de la révolte, entretient avec le mouvement Black Lines
Dévoiler le pouvoir, chiffrer l'avenir - entretien avec Chelsea Manning
Nouvelles conjurations sauvages, entretien avec Edouard Jourdain
La cartographie comme outil de luttes, entretien avec Nephtys Zwer
Pour un communisme des ténèbres - rencontre avec Annie Le Brun
Philosophie de la vie paysanne, rencontre avec Mathieu Yon
Défaire le mythe de l'entrepreneur, discussion avec Anthony Galluzzo
Parcoursup, conseils de désorientation avec avec Aïda N'Diaye, Johan Faerber et Camille
Une histoire du sabotage avec Victor Cachard
La fabrique du muscle avec Guillaume Vallet
Violences judiciaires, rencontre avec l'avocat Raphaël Kempf
L'aventure politique du livre jeunesse, entretien avec Christian Bruel
À quoi bon encore le monde ? Avec Catherine Coquio
Mohammed Kenzi, émigré de partout
Philosophie des politiques terrestres, avec Patrice Maniglier
Politique des soulèvements terrestres, un entretien avec Léna Balaud & Antoine Chopot
Laisser être et rendre puissant, un entretien avec Tristan Garcia
La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir
Ethnographies des mondes à venir - Philippe Descola & Alessandro Pignocchi
Enjamber la peur, Chowra Makaremi sur le soulèvement iranien
Le pouvoir des infrastructures, comprendre la mégamachine électrique avec Fanny Lopez
Comment les fantasmes de complots défendent le système, un entretien avec Wu Ming 1
Le pouvoir du son, entretien avec Juliette Volcler
Qu'est-ce que l'esprit de la terre ? Avec l'anthropologue Barbara Glowczewski
Retours d'Ukraine avec Romain Huët, Perrine Poupin et Nolig
Démissionner, bifurquer, déserter - Rencontre avec des ingénieurs
Anarchisme et philosophie, une discussion avec Catherine Malabou
La barbarie n'est jamais finie avec Louisa Yousfi
Virginia Woolf, le féminisme et la guerre avec Naomi Toth
Françafrique : l'empire qui ne veut pas mourir, avec Thomas Deltombe & Thomas Borrel
Guadeloupe : État des luttes avec Elie Domota
Ukraine, avec Anne Le Huérou, Perrine Poupin & Coline Maestracci->https://lundi.am/Ukraine]
Comment la pensée logistique gouverne le monde, avec Mathieu Quet
La psychiatrie et ses folies avec Mathieu Bellahsen
La vie en plastique, une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le Meur
Anthropologie, littérature et bouts du monde, les états d'âme d'Éric Chauvier
La puissance du quotidien : féminisme, subsistance et « alternatives », avec Geneviève Pruvost
Afropessimisme, fin du monde et communisme noir, une discussion avec Norman Ajari
Puissance du féminisme, histoires et transmissions
Fondation Luma : l'art qui cache la forêt
L'animal et la mort, entretien avec l'anthropologue Charles Stépanoff
Rojava : y partir, combattre, revenir. Rencontre avec un internationaliste français
Une histoire écologique et raciale de la sécularisation, entretien avec Mohamad Amer Meziane
LaDettePubliqueCestMal et autres contes pour enfants, une discussion avec Sandra Lucbert.
Basculements, mondes émergents, possibles désirable, une discussion avec Jérôme Baschet.
Au cœur de l'industrie pharmaceutique, enquête et recherches avec Quentin Ravelli
Vanessa Codaccioni : La société de vigilance
Comme tout un chacune, notre rédaction passe beaucoup trop de temps à glaner des vidéos plus ou moins intelligentes sur les internets. Aussi c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons décidé de nous jeter dans cette nouvelle arène. D'exaltations de comptoirs en propos magistraux, fourbis des semaines à l'avance ou improvisés dans la joie et l'ivresse, en tête à tête ou en bande organisée, il sera facile pour ce nouveau show hebdomadaire de tenir toutes ses promesses : il en fait très peu. Sinon de vous proposer ce que nous aimerions regarder et ce qui nous semble manquer. Grâce à lundisoir, lundimatin vous suivra jusqu'au crépuscule. « Action ! », comme on dit dans le milieu.