Samedi 8 août, des copaines ont faite une performance p !rate lors du Festival de la Plage des 6 Pompes, lors de laquelle iels ont ouvert le Corso.
Samedi 8 août, des copaines ont faite une performance p !rate lors du Festival de la Plage des 6 Pompes, lors de laquelle iels ont ouvert le Corso. Leur but était de visibiliser les bâtiments aujourd'hui vides et le manque d'espaces dédiés à la culture alternative. Cette action a été réalisée en soutien à Studio Universo, Carac, Espacito. Iels demandent aux politiques de soutenir ces initiatives de création d'espaces culturels sociaux autogérés qui répondent à un réel manque de lieux souligné par des centaines d'acteuricexs culturels et personnes, notamment via la lettre de soutien et la pétition liée à l'ouverture de Carac.
Les espaces autogérés, on s'est battu pour les squatter, on se battra pour les garder !
Méga-bassines, délestages illégaux par sabotages de barrage : quand l'agro-business s'accapare les ressources en eau en pleine sécheresse
L’article « Guerre de l’eau » dans le marais poitevin : 300 millions de litres d’eau accaparés par l’agro-industrie ? est apparu en premier sur Contre Attaque.
Dans l'éphéméride des luttes du 10 août, on aimerait bien que le monde entier ne soit pas soumis au joug de la propriété privée et que celui-ci soit enfin libre. Mais ce n'est pas gagné.
1680 : Au Nouveau-Mexique, début de la révolte de la population Pueblo contre l'occupant espagnol.
1937 : Les évêques espagnols signent un document parlant d'une nécessiare "croisade nationale" contre les républicains et révolutionnaires et en soutien au coup d'état de Franco.
1960 : L'Antarctique devient un territoire international et scientifique, personne ne peut prétendre à sa propriété.
1971 : En Irlande du Nord ont lieu de très graves épisodes de violences, au point que plusieurs milliers de personnes doivent abandonner leurs maisons et partir pour l'Irlande.
1977 : - A La-Charité-sur-Loire, cocktails molotov contre EDF et le nucléaire.
1978 : A Montpellier, des explosifs vont voler en éclats la porte de la maison d'arrêt pour la seconde fois, ce que revendiquera de nouveau le « Groupe Autonome Libertaire », pour « attirer l'attention de l'opinion publique sur le sort des membres des groupes autonomes détenus en Espagne, à Barcelone et Madrid » et exiger leur libération.
1984 : Dans le Minnesota, deux activistes sabotent le système de guidage de sous-marins nucléaires.
2011 : A Madrid, deux fourgonnettes de GDF Suez sont détruites par le feu en solidarité aux prisonniers révolutionnaires dans les prisons suisses.
Voir également l'éphéméride anarchiste du 10 août.
L'Assemblée Antifasciste Nancy et alentours organise un apéro antifa au local associatif le Geyser.
- Initiatives / Nancy, Initiative culturelleIls ont versé plus de 200 milliards aux patrons pour les «aider» à embaucher, baissé les allocations chômage, cassé le code du travail, mais les licenciements continuent
L’article Faillite du néolibéralisme : le chômage continue d’augmenter est apparu en premier sur Contre Attaque.
Quelques conseils du groupe Antirep (Antirep communication about 14th of June's repression)
Conseils additionnels essentiels ! Additional important tips !
1) Ne pas avoir été contrôléex ne veut pas dire que tu ne va pas être convoquéex car la police peut t'avoir reconnuex sur des images.
2) Débarrasse toi de tous d'objets incriminants. Une perquisition ne peut se faire qu'avec un mandat valable et ne concerne que ce qui t'appartient, pas les objets / chambres / véhicules d'autres personnes avec qui tu habites. Si ça t'arrive demande immédiatement la mise sous scellé de tes appareils électroniques (rappelle toi de la formulation) et prend contact avec unex avocatex
3) Même si un policier te présente des “preuves” ou des photos / vidéos où it dit pouvoir te reconnaître, ne dis rien !! tu verras ça après avec le conseil d'unex avocatexs.
4) Garder le silence c'est : te protéger toi et les autres et faciliter une gestion collective de la répression. Ne fais pas le travail de la police pour eux !
English :
1) Just because you weren't carded doesn't mean you won't be summoned, the police may have recognized you in surveillance footage.
2) Get rid of any incriminating items. A search of your place can only be conducted with a valid warrant and applies only to your personal belongings, not to the items / rooms / vehicles of other people you live with. If this happens to you, immediately request that your electronic devices be sealed (remember the exact wording) and contact a lawyer.
3) Even if the police shows you “evidence” or pictures / videos they claim they recognize you on, don't say anything !! You can deal with that later with the advice of a lawyer.
4) Staying silent when questionned by the police means protecting yourself and others and allowing a collective legal defense. Do not do the police's job for them !
Mise à jour : hier à 14h161) Ne pas avoir été contrôléex ne veut pas dire que tu ne va pas être convoquéex car la police peut t'avoir reconnuex sur des images.
2) Débarrasse toi de tous d'objets incriminants. Une perquisition ne peut se faire qu'avec un mandat valable et ne concerne que ce qui t'appartient, pas les objets / chambres / véhicules d'autres personnes avec qui tu habites. Si ça t'arrive demande immédiatement la mise sous scellé de tes appareils électroniques (rappelle toi de la formulation) et prend contact avec unex avocatex
3) Même si un policier te présente des “preuves” ou des photos / vidéos où it dit pouvoir te reconnaître, ne dis rien !! tu verras ça après avec le conseil d'unex avocatexs.
4) Garder le silence c'est : te protéger toi et les autres et faciliter une gestion collective de la répression. Ne fais pas le travail de la police pour eux !
English :
1) Just because you weren't carded doesn't mean you won't be summoned, the police may have recognized you in surveillance footage.
2) Get rid of any incriminating items. A search of your place can only be conducted with a valid warrant and applies only to your personal belongings, not to the items / rooms / vehicles of other people you live with. If this happens to you, immediately request that your electronic devices be sealed (remember the exact wording) and contact a lawyer.
3) Even if the police shows you “evidence” or pictures / videos they claim they recognize you on, don't say anything !! You can deal with that later with the advice of a lawyer.
4) Staying silent when questionned by the police means protecting yourself and others and allowing a collective legal defense. Do not do the police's job for them !
Mise à jour : hier à 14h04Nous avons appris que certaines des personnes nassées cette nuit-là ont récemment reçu des mandats de comparution décernés par la police en courrier recommandé. Un mandat de comparution est un papier sommant une personne de se présenter à une audition (interrogatoire) afin d'être interrogée, identifiée ou de voir ses données signalétiques enregistrées (empreintes, photos, etc). La police peut convoquer n'importe qui comme prévenu (c.à.d. accusé-e-x d'une infraction), témoin, ou personne appelée à donner des renseignements. Pour l'instant, toutes les personnes ont été convoquées en qualité de prévenu pour émeute et infraction contre l'autorité publique.
Le groupe Antirep est là pour t'offrir du soutien en te donnant infos et conseils, pour te mettre en contact avec des avocat-e-x-s ou avec la Caisse Juridique de Soutien (CJS), et pour sortir les personnes de l'isolement en proposant des stratégies de défense collectives et en partageant ses connaissances. Ainsi :
Le jour de ta convocation, tu devras te rendre au poste de police de la Gravière, où tu seras interrogé-e-x par des agents qui te feront asseoir dans un bureau afin de procéder à ton interrogatoire. Tout d'abord, ils devront t'informer :
(Dans la convocation reçue par la poste, ils t'auront informé-e-x que tu as le droit de faire appel à un-e-x avocat-e-x et/ou un-e-x interprète. Cependant, si tu choisis de le faire, tu devras les en informer maximum deux jours avant la date fixée pour ton audition). Nous ne conseillons pas à ce stade de venir en présence d'un-e-x avocat-e-x.
Tu seras interrogé-e-x par un ou deux agents. La police rédige un procès-verbal de ton interrogatoire ; le policier qui t'interroge le tape lui-même ou le dicte à un autre policier.
Ils essayent habituellement d'obtenir des aveux en échange d'une promesse de mise en liberté, de simplification de la procédure, ou encore de clémence des juges. Il faut savoir que dans 80% des cas, les suspect-e-x-s sont condamné-e-x-s uniquement sur la base de leurs aveux pendant l'interrogatoire de police. Ne fais pas plus confiance aux gentils policiers qu'aux méchants. Réponds toujours et systématiquement « je n'ai rien à déclarer ». Pouvoir garder le silence est ton droit le plus strict et la meilleure carte à jouer. Utilise-le au maximum, même si la police essaye de te mettre la pression ou le doute. Si l'interrogateur dit ou fait quelque chose qui semble outrepasser ses droits, il faut demander à ce que cela soit écrit sur le PV (par ex : "Vous me dites que je suis obligé.e de répondre, je veux que ce soit écrit sur le pv avant de le faire"). Tout ce que tu dis, dès les premières minutes de ton arrestation, pourra être utilisé contre toi tout au long de la procédure. Il est très difficile de revenir en arrière.
Si pour X raison tu décides de parler (ce que nous ne te conseillons vraiment, mais alors vraiment pas), sache que si le contenu du procès-verbal ne correspond pas à tes propos, que ce soit dans le contenu ou dans la formulation, tu peux refuser de le signer. Il est cependant beaucoup plus utile de demander aux policiers de le modifier, ou de le modifier toi-même à la main avant de le signer.
Toujours dans le cadre de ton audition, il est possible que la police décide de faire un prélèvement ADN (frottis de la muqueuse au moyen d'un petit tampon dans la bouche) ou une prise de données signalétiques (empreintes digitales, photos, etc). Tu peux contester la décision de la police, qui doit alors obtenir l'accord du Ministère public (accord qu'elle obtiendra en général sans difficulté). Même si le fait de s'opposer n'empêchera probablement pas la prise de données, il est toutefois nécessaire de formuler une opposition en disant « Je m'oppose, je veux le papier avec l'accord du Ministère public ». En effet, sans ce papier, un avocat ne pourra pas contester par la suite la prise de données et demander leur destruction.
Toutes les personnes contrôlées peuvent s'attendre à recevoir une condamnation par courrier recommandé.
Si des condamnations tombent, celles-ci prendront vraisembablement la forme d'un document imprimé sur papier bleu intitulé "ordonnance pénale". Il est possible de former opposition à une ordonnance pénale en envoyant un courrier recommandé à l'autorité qui a émis la condamnation. Ce courrier d'opposition doit absolument être posté dans les 10 jours qui suivent la réception du courrier recommandé. Si tu ne vas pas chercher le courrier à la poste, il sera considéré avoir été reçu au bout de 7 jours. Il suffit d'indiquer que l'on forme opposition à l'ordonnance et rien d'autre (l'antirep peut t'envoyer des modèles d'opposition par mail). Sans opposition formée dans les 10 jours, la condamnation entre en force et il n'y a presque plus aucun moyen de revenir dessus, même si celle-ci retient des infractions délirantes à votre encontre. Attention, l'éventuelle ordonnance pénale peut tout à fait arriver dans plusieurs mois sans que tu n'aies aucune nouvelle d'ici là.
Si tu habites dans un pays de l'Union européenne, il est également possible que tu reçoives la condamnation directement chez toi. Dans ce cas, les modalités pour former opposition sont légèrement différentes. Renseigne-toi en écrivant un mail au groupe Antirep (antirep-ge@riseup.net).
L'expérience montre que former opposition aux ordonnances pénales est presque toujours bénéfique. En effet les autorités chargent souvent les peines et retiennent des infractions qui n'auraient pas dû l'être, en misant sur l'absence d'opposition de la majorité des personnes, encore plus lors de procédures qui impliquent de nombreuses personnes. Une opposition peut de toute façon être retirée par la suite en écrivant également un simple courrier.
En formant opposition, la procédure reste ouverte. Cela donne la possibilité de consulter le dossier et de se défendre, tant individuellement que collectivement. L'organisation permet aussi de réduire les coûts du procès et des amendes. La répression pénale fonctionne en individualisant et par conséquent en isolant chaque personne et tente d'effacer le contexte social et collectif dans lequel les faits se sont déroulés. L'objectif est de briser la volonté des personnes poursuivies. Contrer cette logique individualisante permet à la fois d'améliorer la situation de chacun-e-x, mais également d'utiliser le système pénal pour se relier à travers nos luttes.
Groupe Anti-Repression Genève
We have been informed that some of the people detained that night have recently received summonses issued by the police via registered mail. A summons is a document ordering a person to appear at a hearing (interrogation) in order to be questioned, identified, or to have their identifying information recorded (fingerprints, photos, etc.). The police may summon anyone without any specific time limit as a suspect (i.e., accused of a crime), a witness, or a person called to provide information. For now, all individuals have been summoned as suspects of riot and offenses against public authority.
The Antirep group is here to offer you support by providing you with information and advice, put you in touch with lawyers or the Legal Support Fund (CJS – caisse juridique de soutien), and to get people out of isolation by sharing knowledge and proposing collective defense strategies. So :
On the day of your hearing, you will have to go to the La Gravière police station, they will make you sit in an office to conduct your interrogation. The police must tell you in a language you understand :
(On the warrant received by mail, authorities will already have informed you that you have the right to call a lawyer and / or an interpreter. If you choose to do so, you will have to inform them at least two days before the date set for your audition). We don't think it's necessary to come with a lawyer at this point of the procedure.
You will be interrogated by one or two agents. The police writes a report of your interrogation (the police officer who is questioning you writes it himself or he dictates it to another police officer). They usually try to obtain confessions in return for a promise of release, simplification of procedure, or leniency of judges. In 80% of the cases, the suspects are convicted solely on the basis of their confessions during the police interrogation. Do not trust the good guys more than the bad guys. Always say « I have nothing to declare ». Your right to remain silent is your most important right and the best card to play. Use it to the maximum even if the police try to put pressure on you or make you doubt. If the police says or does something that seems to exceed his rights, ask for it to be written on the record (eg : "You tell me that I have to answer, I want it to be written on the record before doing it ").
Everything you say, from the first minutes of your arrest, can be used against you throughout the procedure. It is very difficult to go back.
If for whatever reason you decide to speak (which we do really, really NOT advise you to do), know that if the content of the interrogation report does not match what you said, whether is the content or the formulation, you can refuse to sign it. However, it is much more useful to ask the police to modify it, or modify it yourself before signing it.
Still in the context of your hearing, it is not impossible that the police decide to sample your DNA (smear of the mucous membrane by means of a small stamp in the mouth) or to record your personal data (fingerprints, photos etc.). You can object to the decision of the police, which must then obtain the approval of the public prosecutor's office (in general, the police will obtain it without difficulty or delay). Although opposing will probably not ultimately prevent this personal data from being recorded, we do recommend you make your opposition thereto vocal and known to the police, by saying « I object, I want the paper with the agreement of the public prosecutor's office » because, without this paper, a lawyer will not be able to challenge the taking of your personal data during the procedure and request its destruction.
All controlled persons might expect to receive a conviction by registered mail.
If convictions are handed down, they will presumably take the form of a document printed on blue paper entitled « ordonnance pénale » (summary penalty order). It is possible to object to an SPO by sending a registered letter to the authority that issued the sentence (most likely, the Public Prosecutor's Office). This opposition letter must absolutely be mailed within 10 days after the reception of the registered mail. If you do not pick up the mail at the post office, it will be considered as received after 7 days. It suffices to indicate that one is opposed to the order and nothing else for example with the help of this generator of standard letters (it is strongly advised to fill only the necessary fields and NOT to justify the opposition).
Unopposed within 10 days, the conviction comes into force and there is almost no way to return to it even if it detains delusional offenses against you. Be careful, the possible penal notice can arrive in several months without you having any news by then.
If you live in a European Union country, it is also possible to receive the notice directly at your home. In this case, the modalities to form opposition are slightly different. Find out by writing an email to the Anti-Repression Group (antirep-ge@riseup.net).
Experience shows that forming opposition to penal notices is almost always beneficial. Indeed, the authorities often exaggerate penalties and retain offenses that should not have been retained by relying on the lack of opposition of the majority of people, and that even more in procedures that involve many people.
In any case, an opposition can be withdrawn afterwards by writing a simple mail.
When you make an opposition, the procedure remains open. This gives us the opportunity to consult the record and to defend ourselves individually as well as collectively. The organization also reduces trial costs and fines. Penal repression works by individualizing and therefore isolating each person, and attempts to erase the social and collective context in which the facts unfolded. The goal is to break the will of the persecuted people. Countering this individualizing logic allows us not only to improve the situation of each of us, fo but also to use the penal system to connect with one another through our struggles.
Groupe Anti-Repression Genève
La nuit du 21 au 22 juillet, un véhicule utilitaire appartenant à la société Equans a été incendié à Grenoble, dans la rue de la Pasionaria
Pour cela, il suffisait d'une simple plaque chimique allume-feu à base de kérosène blanc pour allumer le feu. Elle est placée sur le pneu avant de n'importe quel véhicule à roues, et allumée avec un briquet qui n'a pas peur du vent, puis le pneu commence à prendre feu après quelques minutes. Ce type d'incendie peut être facilement éteint avec un petit extincteur tant que le moteur n'a pas été touché.
La plaque d'allume-feu doit rester dans son emballage plastique pour limiter les odeurs pendant le transport, puis elle est allumée dans son emballage car il brûle bien. Si l'emballage plastique porte des inscriptions, placez-les face vers le haut, ils brûleront mieux que face contre le bas. Ces plaques peuvent s'acheter dans tous les supermarchés, payez en espèces, portez au moins une casquette pour vous protéger des caméras.
Pour consulter les sites ci-dessous, nous recommandons d'utiliser Tor et Tails (https://tails.net)
Pour mieux éviter la répression : https://www.notrace.how
Pour mieux utiliser les outils numériques : https://www.anarsec.guide
Pour donner des idées : https://warriorup.noblogs.org
Les cibles sont partout, repérez votre itinéraire, évitez les caméras, changez de tenue, attaquez puis disparaissez dans la nuit
Ce 9 août, l'éphéméride des luttes contemple toutes les horreurs des guerres impérialistes et de la colonisation et enrage. Aujourd'hui, les choses sont assez claires.
1927 : - A Chicago, une grève générale a lieu en soutien aux anarchiste italiens Sacco et Vanzetti, condamnés à mort. Plus de 16.000 personnes y participent, et la police utilisera de nombreux lacrymogènes contre les manifestant-e-s, faisant également beaucoup d'arrestations. Deux bombes à retardement sont découvertes dans le bureau des Postes et dans une station de métro.
1945 : Au Japon, l'armée américaine fait sauter une deuxième bombe nucléaire, cette fois dans la ville de Nagasaki, tuant 73.000 personnes, 3 jours après la bombe d'Hiroshima.
1965 : Singapour est expulsée de Malaisie, devenant ainsi le seul Etat à devenir indépendant sans l'avoir voulu.
1966 : A New York, des centaines de personnes occupent les locaux de Dow Chemicals pour protester contre l'usage du napalm au Vietnam.
1971 : En Irlande du Nord, l'armée britannique déclenche l'opération Demetrius, qui conduit à l'arrestation et à l'incarcération sans procès de 342 personnes soupçonnées d'appartenir à l'IRA. Cette opération a déclenché de nombreux épisodes de protestation partout sur le territoire, et les affrontements font 17 morts, la plupart abattus par l'armée britannique.
1972 : Toujours en Irlande du Nord, de lourdes émeutes ont lieu après un an d'incarcération des personnes arrêtées lors de Demetrius.
1980 : En Irlande du Nord, de nouvelles émeutes éclatent, faisant trois morts.
1983 : Nouvelles émeutes à Belfast, lors desquelles l'armée britannique ouvre de nouveau le feu sur la foule, faisant un mort.
1995 : Au Brésil, plus de 600 familles du mouvement des sans-terre combattent la police toute la nuit pour tenter de sauvegarder leur camp.
1997 : En Irlande du Nord, la CIRA (Continuity IRA) pose un faux van piégé sur un pont de Derry.
2001 : A Venise, une bombe de forte puissance détruit l'entrée principale du tribunal de la ville, ce qui sera revendiqué par la cellule Carlo Pulcini des Noyaux Territoriaux Antiimpérialistes.
2009 : - Près de la ville de Kozani en Grèce, libération de 10.000 visons.
2014 : A Ferguson aux États-Unis, le jeune Mickael Brown est abattu par la police. Ce meurtre policier donnera lieu à d'immenses manifestations parfois émeutières contre les violences policières et racistes.
2015 : A Ferguson, lors de la manifestation d'hommage à Mickael Brown, des affrontements ont lieu et des voitures de police reçoivent plusieurs impacts de balle.
Voir aussi l'éphéméride anarchiste du 9 août.
Sommaire Montréal (Canada) : Les responsables de la crise ont des noms et des adresses Wiedemannsdorf (Allemagne) : cramer la continuité historique Dijon (Côte-d'Or) : le constructeur de prisons Pennequin sous le feu Leverkusen (Allemagne) : double sabotage ferroviaire Grenoble (Isère) : le constructeur de prisons Eiffage sous le feu Ottawa (Canada) : « Mangez les riches » 10 ans en voyage – Une accolade depuis la clandestinité Saint-Étienne (Loire) : « Contre toutes les armées et tous les États, partout, tout le temps ! » Sur les civilisés [Brochure] Post-scriptum à La flamme d'or [Archives] 2008 : A l'assaut de Ceuta et Melilla Crémone (Italie) : sabotage solidaire d'un poste électrique
Montréal (Canada) : Les responsables de la crise ont des noms et des adresses
À la classe propriétaire, Why we break windows ? Pourquoi est-ce qu'on a brisé vos fenêtres (et peinturé vos bureaux) ? Comme chaque 1er juillet, plusieurs ménages locataires vont se retrouver à la rue. D'autres dans des logements inadéquats, insalubres et/ou trop chers. Dans les prochains jours, on va entendre parler de la crise du logement. Des prix qui montent. Du manque de logements disponibles. Pis comme à chaque année, la majorité des gens vont passer à un autre appel. On connait la chanson. Mais une chose dont on ne parle jamais, ou que du bout des lèvres, c'est des responsables de la crise. Le logement n'est pas en crise comme par magie. Les ménages qui se retrouvent à la rue ne sont pas les victimes du marché invisible. La gentrification et la financiarisation du logement ne sont pas des phénomènes naturels. Il y a des gens derrière cette crise, des gens derrière ce marché, des gens derrière ces phénomènes. Et ces gens ont des noms et des adresses.
https://sansnom.noblogs.org/archives/27641
Wiedemannsdorf (Allemagne) : cramer la continuité historique
Voilà pourquoi la demeure familiale du président nazi du Chili, Antonio José Kast a cramé aujourd'hui (traduit de l'allemand de Kontrapolis, 24 juin 2026 Au Chili, a eu lieu la révolte de 2019 [voir ici] qui a été éteinte par la pandémie de covid. et pacifiée par le référendum sur la Constitution.
[https://sansnom.noblogs.org/archives/27648 ]
Dijon (Côte-d'Or) : le constructeur de prisons Pennequin sous le feu
Dijon contre les CRA : un tractoptelle en moins pour les collabo
de Pennequin … Par une belle soirée de mai, nous nous sommes faufilé.es dans les locaux flamboyants (mais pas encore totalement flambés …) de la société Pennequin, fierté du BTP local, qui a choisi de se lancer dans la construction d'une nouvelle prison pour sans papiers (un CRA), à Longvic, à côté de Dijon.
https://sansnom.noblogs.org/archives/27694
Leverkusen (Allemagne) : double sabotage ferroviaire
[Le 11 juillet 2026, est sorti un communiqué du Commando Angry Birds, revendiquant le sabotage qui venait de mettre en tilt la ligne Cologne-Düsseldorf, un axe ferroviaire très fréquenté de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, région la plus peuplée d'Allemagne. Concrètement, un premier dispositif incendiaire à retardement a été déposé la nuit de jeudi à vendredi 10 juillet, dans un regard situé sur le pont qui enjambe la rivière Wupper (un affluent du Rhin), au nord de la ville de Leverkusen, et un second dispositif a été placé le long des voies, quelques centaines de mètres plus loin, à Langenfeld. De nombreux câbles de signalisation à fibre optique ont été détruits, entraînant une interruption partielle du trafic et de nombreux retards. Rappelons que ce groupe est actif dans le coin depuis 2023, en publiant à la fois des communiqués numérotés de sabotage (qu'on peut retrouver ici) et des manuels techniques pour en étendre la pratique. On trouvera ci-dessous une traduction de leur communiqué n°8, qui a revendiqué ce sabotage, paru sur de.indymedia.]
https://sansnom.noblogs.org/archives/27666
Grenoble (Isère) : le constructeur de prisons Eiffage sous le feu
Pelleteuse d'Eiffage, brûle ! Dans la nuit du 27 au 28 juin, nous avons incendié une pelleteuse près des chantiers de l'A480 [autoroute urbaine de la métropole grenobloise], appartenant à APPR / Eiffage. Sans vouloir viser particulièrement ce chantier, cette attaque est avant tout une participation à l'offensive contre cette entreprise qui construit des prisons et des CRA partout en France. Nous voulons leur dire que tous leurs projets sont une cible et sont accessibles.
Ottawa (Canada) : « Mangez les riches »
Ottawa : Des camions vandalisés au centre de distribution
de Metro.
Salut Metro, tu te demandes toujours qui sont ces gens qui se sont introduits dans la cour de ton centre de distribution à Sandy Hill ? Celleux qui ont percé sans peine les pneus de tes camions — vingt-cinq pour être exact — et saboté le système de freinage de six autres ? Qui ont entièrement recouvert ces mêmes camions de peinture ? Vous obligeant à les laver à la hâte le lendemain matin pour ne pas avoir à traverser la ville avec des slogans comme « Mangez les riches » et « Fuck Metro » affichés sur vos camions. Oh, mais attendez, vous ne pouviez pas, les pneus étaient à plat ! Comme on pouvait le lire sur l'un de vos camions : pas de pneus, pas de profits, n'est-ce pas ?
https://sansnom.noblogs.org/archives/27757
10 ans en voyage – Une accolade depuis la clandestinité
Mes très cher-e-s
Depuis nulle part, je vous serre fort contre mon cœur et j'aimerais vous faire savoir que dans l'ensemble je vais bien ! Malheureusement, les derniers jours ont été un peu rudes, ce jubilé ne cessait de me catapulter vers le passé et ce jour où j'ai dû toustes vous laisser derrière moi. Cette vibrante visualisation de cette époque a eu pour conséquence de faire remonter des sentiments archivés. 10 ans se sont écoulés … Et bien que le temps soit une illusion, je retombe toujours dans le fait d'y croire. Pourtant, alors que je vous écris ces lignes, le passé tombe en écailles de la vieille façade et une bourrasque balaye l'avenir. Je suis avec vous, ici ou ailleurs. Et rien ne peut interrompre ce lien.
https://sansnom.noblogs.org/archives/27741
Saint-Étienne (Loire) : « Contre toutes les armées et tous les États, partout, tout le temps ! »
Contre la propagande militariste d'extrême gauche
Le NPA et BDS projettaient un film militariste pro-ukraine, on était pas hyper content.es.
Jeudi 2 juillet, le NPA et BDS sainté projetaient au cinéma Le Méliès le film « Guerre en Ukraine Les combattants anti-autoritaires ». Des copaines avaient vu le film, et on a décidé d'aller y apporter notre grain de sel. Le film projeté par le NPA et BDS, en plus de se dire « anti-autoritaire », explique que pour résister à l'attaque de l'État russe, il faudrait s'engager dans l'armée régulière ukrainienne, ce que font d'ailleurs des anarchistes, assumant par là de se battre aux côtés de néo-nazis. On a voulu apporter une critique antimilitariste.
Sur les civilisés
Le seul manuscrit de Joseph Déjacque qui nous soit parvenu est une lettre écrite le 20 février 1861, à la veille d'embarquer pour cette Europe, dont il était absent depuis sept ans. Dans cette dernière, adressée à un proscrit français réfugié en Suisse, Déjacque exprime tout son mépris pour un pays où il avait espéré trouver une plus grande liberté, mais où régnait au contraire « le crétinisme politique et religieux ». Les mots de Déjacque sur la société nord-américaine de l'époque sont très durs, et il vaut la peine de les rappeler ici :
https://sansnom.noblogs.org/archives/27763 [Brochure] Post-scriptum à La flamme d'or
Si la réception de la brochure [sortie en février 2026, voir le PDF ici] a été assez largement positive – du moins dans les quelques retours reçus – elle a aussi suscité de vives attaques, principalement concernant la partie sur les « leurres identitaires ». Cela a même valu quelques mots doux lors d'une causerie dans des rencontres anarchistes, certaines personnes qualifiant le texte de « raciste » et « transphobe ». Au passage, à titre perso, quand je considère que quelqu'un porte une position raciste et/ou transphobe, surtout dans ce genre d'espace, j'essaie de faire en sorte de le virer, et si je n'y parviens pas, je me casse. Mais il semble que porter jusqu'au bout les conséquences de sa pensée exprimée ne soit pas un principe de base pour tout le monde.
https://sansnom.noblogs.org/archives/27796
[Archives] 2008 : A l'assaut de Ceuta et Melilla
[Jeudi 30 et vendredi 31 juillet 2026, près de 50 000 migrants ont pris d'assaut avec succès la frontière qui sépare le Maroc de l'enclave espagnole de Ceuta, causant la mort d'au moins 72 d'entre eux, avant que la plupart ne reparte dans l'autre sens. L'article ci-dessous, qui revient en détail sur les premiers assauts contre cette frontière et la question de l'auto-organisation, a été publié en décembre 2008 dans le premier numéro de la revue anarchiste internationale « A corps perdu ».]
https://sansnom.noblogs.org/archives/27808
Crémone (Italie) : sabotage solidaire d'un poste électrique
Le 1er juillet dernier, nous avons saboté un poste électrique. L'heureux hasard a voulu qu'une partie du centre de Crémone se retrouve plongé dans le noir. Plus de lumière dans les rues. Sans crier gare, un black out s'est diffusé et a duré quelques heures.
L'énergie est liée à la guerre, la guerre à la répression, et répression signifie prison.
Par ce geste, nous avons voulu agir pour exprimer notre solidarité avec les anarchistes arrêtés le 16 juin. Salut à tous les rebelles du monde, aussi bien ceux qui sont en taule que ceux qui luttent à l'extérieur. En ces temps d'horreurs, nous ne pouvons oublier Ramy et Fakir*.
https://sansnom.noblogs.org/archives/27802Aucune réserve, aucune limite. Le Conseil Constitutionnel a validé le 6 août l'intégralité des mesures militaristes du gouvernement.
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Scorpion, Léa et Sana font partie de l'association bisontine PDA (Partage, Droits & Autonomie). Dans un entretien réalisé pendant la Poudrière en 2022, iels reviennent sur les difficultés d'organisation des travailleurs et travailleuses du sexe et sur les conséquences des dernières lois.
Crédit illustration : @Ed LabCet entretien a eu lieu en juin 2022, au micro de la radio pirate de la Poudrière, un festival féministe et auto-géré qui s'est déroulé à l'Espace autogéré des Tanneries. Il a ensuite été retranscrit pour être publié dans Dijoncter Papier #6.
L'article est également consultable en format pdf mis en page : « Arrêtez de parler à notre place et écoutez-nous ! » - Version pdf
Pour commencer, est-ce que vous pouvez présenter rapidement PDA ?
Léa : PDA a été créé il y a plus de onze ans, parce qu'on avait la volonté de s'organiser. Au départ on n'était pas en non-mixité donc je peux pas dire « entre TDS » mais plutôt « autour des TDS ». On était d'abord un collectif puis on s'est monté·es en association. Évidemment on a fait plein de choses différentes. Maintenant on est en non-mixité entre TDS.
Siana : Pendant longtemps on avait pas de lieu pour s'organiser, et là on a un local depuis deux ans, avec une friperie gratuite à disposition des collègues. On peut y boire un café et se ressourcer entre collègues, parler de tout et rien, de nos problèmes, trasher un peu les clients, ça fait du bien.
Scorpion : Surtout on a le mérite d'exister en région Grand-Est, parce qu'il n'y a aucune autre asso ou collectif.
Pourquoi vous avez fait le choix de passer d'un collectif à un statut d'asso ?
Léa : À ce moment-là on avait un peu l'illusion qu'on pourrait avoir des subventions. Enfin, on a pas essayé très fort mais il y avait une motivation là-dessus. On s'est fait un peu échauder par nos premières démarches et le fait qu'on s'est heurté·es à pas mal d'abolitionnisme [1] de la part des pouvoirs publics, dès le début. Du coup, ça nous a découragé, on a plus jamais fait de demandes de subventions auprès des services publics. On a parfois demandé à des fondations, on n'a jamais rien eu de ce côté-là non plus. Mais on sait jamais, le fait d'être une asso ça permet d'aller chercher l'argent là d'où il devrait venir normalement.
Scorpion : D'un autre côté, on n'a pas vraiment de comptes à rendre et ça nous laisse une certaine liberté, une liberté d'action dans l'asso en tout cas.
Siana : Aujourd'hui, on est plus ou moins d'accord sur le fait qu'on a plus vraiment envie d'attendre grand chose des pouvoirs publics et qu'on préfère s'auto-gérer et vivre avec les dons, réussir à avoir un financement à travers d'autres collectifs, d'autres assos.
Est-ce que vous pouvez parler du changement de mixité au sein de PDA ?
Siana : On a des moments en non mixité entre TDS qui permettent de s'entraider. On est pas une association totalement en non-mixité. Par exemple, une fois par mois on organise un café discussion avec les personnes qui veulent venir, qui veulent continuer une déconstruction, ce genre de choses. On a des évènements ouverts à tout le monde.
Scorpion : En fait, c'est juste qu'on a des moments entre collègues, c'est nécessaire pour que des TDS continuent à venir et se sentent en sécurité. On risquait trop à laisser participer tout le monde sans forcément connaître les intentions des gens. C'est bien plus risqué en tout cas.
Léa : Pour la convivialité, je trouve que ça crée un truc complètement différent de pouvoir être entouré·e de gens qui vivent la même chose ou des choses communes en tout cas sur certains aspects.
On s'est heurté·es à pas mal d'abolitionnisme des pouvoirs publics dès le début.
J'aimerais bien, si vous voulez, que vous parliez plus de vous. Votre histoire par rapport à cette asso ? Comment vous l'avez découvert ? Est-ce que vous militez là-bas depuis sa création ? Qu'est-ce que ça a changé de la découvrir ?
Siana : J'ai découvert l'asso un peu par hasard. Il faut savoir qu'avec l'asso, on fait ce qu'on appelle des maraudes. Donc on contacte des collègues pour dire qu'on existe, que s'iels ont besoin, on est là, que s'iels ont besoin de capotes, de produits d'hygiène, d'un soutien, d'informations juridiques ou quoi que ce soit, on est là. On rencontre des collègues par ce biais-là. Moi je suis pas arrivée comme ça mais un petit peu quand même en fait, j'étais sur les réseaux sociaux par le biais d'un autre journal qui publie aussi sur les réseaux. C'était le moment des premières portes ouvertes de PDA et c'est arrivé sur mon fil d'actualité. J'ai vu plein de commentaires putophobes. J'avais commencé la prostitution quelques mois auparavant. J'avais pas du tout les codes, j'étais pas du tout militante à ce moment-là. Je voyais des commentaires horribles et je voulais juste mettre un commentaire positif en mode "oh c'est trop bien, bon courage". La personne qui avait contacté le journal pour faire cet article est venue dans mes messages privées, on a discuté. De fil en aiguille, elle a compris que j'étais TDS et j'ai mis beaucoup de temps à venir à l'asso. Sachant qu'à la base je n'étais pas du tout dans les milieux militants ou dans les milieux associatifs. J'ai mis du temps à venir et puis finalement j'ai été beaucoup embarquée dans les évènements, petit à petit, c'est venu naturellement en fait.
Léa : Moi j'ai été là à la création de l'asso et du coup je peux parler du fait que je travaillais déjà depuis une dizaine d'années. J'ai commencé à bosser complètement solo et ça m'a fait un bien fou quand j'ai commencé à comprendre qu'il y avait des gens qui partageait mon point de vue sur le TDS. Même pas forcément de la part de collègues parce qu'au départ je n'en connaissais pas. J'ai lu King-Kong Theory [2], ça m'a donné une pêche d'enfer et je suis partie en stop faire une manif TDS à Paris, j'ai compris que ça existait les manifs TDS. Après, j'ai pu échanger avec des collègues, découvrir des nouvelles façons de bosser. Puis, à un moment donné, il y a eu cette volonté de faire cet asso à Besançon avec une collègue et des allié·es.
Scorpion : Moi, du coup j'ai découvert PDA il y a à peu près deux ans. Maintenant je suis militant à l'asso, mais ça fait à peu près huit ans que j'exerce la prostitution. J'en ai parlé petit à petit à des personnes de confiance mais en étant isolé, en continuant à bosser dans mon coin. Cette personne de confiance est une de mes meilleures amies, je lui ai parlé de ça et à son tour elle est devenue TDS suite à mon parcours, et elle a rejoint cette asso. Après c'est moi qui l'ai suivie. Du coup, c'est un peu grâce à elle que j'ai découvert PDA parce que je me suis dit "finalement pourquoi pas commencer à s'ouvrir au monde du TDS et sortir de ma grotte". J'ai pris mes marques petit à petit. Je pense qu'on a toustes rejoint l'asso comme ça, en se demandant ce qu'on pouvait faire. Voilà, petit à petit, on trouve ses repères et on se met un peu au militantisme. Ça fait carrément du bien de fréquenter des gens comme nous et ça je le soupçonnais pas une seule seconde !
Léa : Dans les façons de rencontrer des collègues en dehors de PDA, il y a les maraudes et je voulais préciser qu'elles sont soit virtuelles soit réelles. On a aussi rencontré pas mal de collègues en allant dans la rue, là où les collègues travaillent. Donc ça crée des liens qui sont aussi intéressants.
Siana : Pour trouver des collègues, depuis deux ans on a aussi bien développé les réseaux, je pense qu'avant ça existait pas trop. Et c'est en développant la communication que les gens sont venus près de nous. La communication nous a permis de rencontrer des collègues, ce qui est cool.
Ça fait carrément du bien de fréquenter des gens comme nous et ça, je le soupçonnais pas une seule seconde !
Sur quoi portaient les dernières luttes que vous avez mené ?
Siana : Au niveau de PDA on s'engage sur plein de choses. La priorité c'est quand même d'apporter du soutien localement aux collègues. On essaye aussi de lutter et de militer pour nos droits parce qu'on en manque cruellement, et pour plus de reconnaissance. C'est compliqué dans le sens où les TDS commencent seulement à être accepté·es dans les milieux militants et dans les milieux féministes. Il faut savoir que la toute première fois où on nous a officiellement invité·es, c'était en 2021 par le Collectif 25 novembre de Dijon. On a été invité·es à rejoindre la marche des fiertés en septembre. C'est vraiment la toute première fois où on a pu être invité·es. D'habitude pour manifester dans des milieux féministes, comme pour le mois de novembre [3] ou pour le 8 mars, on y allait mais on n'était pas invité·es. On se sentait pas à notre place. Pourtant, on avait besoin de prendre cette place, on avait besoin de revendiquer des choses, on se sentait exclu·es. On est une association située à Besançon, et pourtant, on n'a pas vraiment d'allié·es sur place. Ça commence un peu à bouger mais c'est compliqué. On a des mouvements qui sont principalement abolitionnistes (le Mouvement du Nid, Osez le féminisme), c'est elleux qui sont souvent appelé·es pour organiser des manifestations. On a essayé de faire des échanges avec ces organismes mais ça n'a pas abouti à grand chose. Donc voilà, autant dire que c'est compliqué et qu'on est quand même extrêmement heureux et heureuses d'avoir des allié·es de qualité (rire), des gens qui puissent enfin nous inviter à des évènements comme La Poudrière.
Scorpion : Oui, on peut parler aussi de deux autres types d'actions quotidiennes, qui sont un peu la routine de l'asso. Pour les maraudes web, on contacte les travailleurs et travailleuses du sexe qui ont des annonces en ligne. On organise aussi, chaque second samedi du mois, comme une sorte de mini portes ouvertes, pour sensibiliser, faire un petit peu de pédagogie. Donc même si vous êtes de Dijon, venez nous voir à Besançon les seconds samedis du mois ! On essaie de créer un peu de lien avec les structures allié·es qui sont assez rares dans le coin. Et qu'est-ce qu'on fait d'autres ? Ben beaucoup de manifestations !
Léa : Après, il y a des choses qui sont de l'ordre du quotidien, de l'entraide et des trucs pratiques sur place. Du genre, « j'ai un tuyau sur comment avoir tel ou tel truc », échanger des compétences parce que tout le monde n'a pas les mêmes ou la même position dans la société. Donc forcément c'est super utile de s'entraider. Il y a aussi des trucs de sécurité quand on parle d'entraides, des trucs d'autodéfense. Il y a aussi le fait de participer un peu à du plaidoyer par rapport à ce qu'il se passe au niveau national et international. On a été aux rencontres de Paris la semaine dernière où on a pu rencontrer des collègues de partout et participer à la construction de revendications communes, etc.
Siana : Il y a aussi les journées de lutte contre les violences faites aux TDS le 17 décembre. Malheureusement, nous, on est quand même une toute petite ville, on ne peut pas organiser ça chez nous donc s'il y a des gens un peu partout dans la France qui nous entendent, n'hésitez pas à aller rejoindre les TDS dans la rue parce qu'on a besoin d'allié·es sur le terrain aussi. À Dijon, c'est trop cool parce que demain [le 24 juin 2023], c'est la marche des fiertés, on va manifester avec nos petits parapluies rouges. Il ne faut pas hésiter à venir aussi nous aider sur le terrain quand il y a des journées spécialement pour les luttes TDS. Je pense aussi au 13 avril, le jour de la loi sur l'indemnisation du client donc des lois qui nous précarisent énormément.
C'est quoi qui rend compliqué l'organisation de manifestations à Besançon ?
Siana : Besançon c'est une petite ville. Faire une manifestation de TDS, de la même façon qu'une manifestation de pride, c'est un outing [4] même si on va mettre des masques. Le fait que des allié·es viennent nous aider, ça nous donne de la force et on se sent plus anonyme. Et oui, on n'est pas assez nombreu·ses pour faire une marche pour nous. En fait, même Besançon et Dijon, ça ne suffirait pas. Il y a des trucs organisés à Lyon, Strasbourg quelques fois. Je sais qu'à Lyon il y en a souvent. Peut-être que dans les années à venir ça va évoluer. En même temps, on est TDS mais ça veut pas forcément dire qu'on est militant·es. On ne veut pas forcer toustes les collègues, on milite chacun·e à son échelle et aller dans la rue pour manifester c'est puissant.
Scorpion : Ça donne beaucoup d'énergie mais ça peut être un danger. Ça peut comporter des risques, qui plus est dans une toute petite ville. Je trouve ça assez fort de pouvoir faire partie de manifestations dans sa propre ville. Mais bon, chez nous on n'est pas très bien accueilli·es.
Léa : On a participé à des manifestations sur Besançon mais c'était sur d'autres sujets où on se sent un petit peu moins visibles que si on était sur une manifestation vraiment centrée sur le TDS, comme des manifestations féministes ou des manif type 1er mai.
Comment vous expliquer que vous soyez la seule association de TDS dans les régions BFC et Grand Est ? Sachant que c'est une grande région où il y a quand même des villes comme Strasbourg, Nancy, Dijon, etc.
Scorpion : Léa, peut-être que tu peux parler des difficultés du début de l'asso, qu'est-ce qui a été compliqué ?
Léa : Oui mais ça n'explique pas les choses parce que c'était un contexte complètement différent. La visibilité du TDS et le respect du TDS a vachement changé et, aujourd'hui, je ne sais pas ce qui empêche les gens de monter de petites structures, peut-être qu'on n'est pas au courant. Je n'ai pas de réponse...
Siana : Après, ça doit demander une énergie incroyable de commencer, un courage aussi parce que moi, créer l'asso, je ne sais pas si j'aurais été capable de le faire. Je pense qu'il faut déjà avoir un bon réseau parce qu'il faut avoir des compétences. Et puis il y a aussi un certain classisme...
Scorpion : Faut se sentir en confiance avec le petit noyau avec lequel tout a commencé dans ta tête. Vous étiez un petit groupe quand même, vous étiez quatre.
Léa : Deux TDS et deux non TDS. Mais toustes dans les luttes LGBTQIA+.
Scorpion : Donc une énergie commune, c'est peut-être ça aussi qu'il faut pour débuter la construction d'une asso.
Siana : J'imagine que c'est quand même compliqué aussi parce qu'en France, les politiques, les institutions, etc. ne veulent pas entendre parler du TDS. Ce qui nous sauve, enfin ce qui permet à PDA de ne pas être empêchée par les associations abolitionnistes de Besançon c'est qu'on met beaucoup l'accent sur la santé sexuelle. On peut pas monter une asso communautaire sans passer par là sinon on n'est pas autorisé·es. À partir du moment où on s'organise entre collègues, même dans le but de se soutenir, ça passe sous la loi du proxénétisme. D'ailleurs les associations abolitionnistes nous accusent de proxénétisme. Donc c'est pour ça qu'il faut mettre l'accent beaucoup sur la santé sexuelle.
Scorpion : Oui, ou redéfinir le proxénétisme.
Siana : Aidez-nous à lutter pour ça.
Tout est utilise contre nous, pour nous dissuader d'exercer.
Je me demandais justement si vous pouviez dire deux mots sur la loi contre le proxénétisme ?
Siana : En fait, on a ce cliché en France, que le proxénète c'est seulement le gros mec cis mac qui va tabasser ses putes pour les obliger à travailler, alors que la loi du proxénétisme est beaucoup plus complexe. En fait, toute personne qui apporte un soutien aux TDS prosti', qui profite un petit peu ou pas du tout de son argent, qui l'aide dans ses démarches de travail, qui l'accompagne au boulot, qui lui prête son appartement, c'est du proxénétisme. Quand les hôtels repèrent les collègues, iels peuvent plus louer de chambres d'hôtel et sont expulsé·es des chambres. Quand on est TDS, on peut se faire expulser du jour au lendemain de son appart parce que les propriétaires qui le remarquent sont officiellement hors-la-loi. C'est des proxénètes parce que même s'iels n'en sont pas conscient·es, on leur donne notre argent du TDS pour payer le loyer, iels sont donc proxénètes hôteliers selon la loi. Et là, ce qui est le plus embêtant, à mon sens, c'est tout ce qui a un rapport avec le proxénétisme de soutien. On n'a pas le droit d'apporter son soutien, d'accompagner la prostitution d'autrui. Un exemple tout con, j'ai pas le droit d'envoyer un message à des collègues pour dire « allez pas voir ce gars-là, il est dangereux », parce que c'est de proxénétisme selon la loi.
Léa : Ça isole énormément, on peut pas être coloc en tant que TDS prosti' : ni coloc d'une autre TDS ni d'une personne lambda. Tout échange économique dans notre vie est à proscrire parce que si on paye quelque chose à quelqu'un·e, c'est qu'iel profite de notre argent et s'iel nous paye c'est du proxénétisme. On ne peut pas avoir de partenaire affectif, c'est n'importe quoi.
Scorpion : Tout est utilisé contre nous, pour nous dissuader d'exercer. Le panel de situation de proxénétisme est hyper large. Peut-être des personnes lambdas et mal informées imaginent le proxénétisme par le prisme de l'exploitation, de la contrainte, du forcing, de l'ultra-violence que peuvent subir les TDS. Mais cette loi dessert tout le monde, même s'il y a des personnes dans ces situations-là, elle dessert vraiment la totalité des personnes qui exercent ce métier.
Léa : Sachant que si ces lois sur le proxénétisme n'étaient plus dans les lois françaises, on se baserait sur le droit du travail qui interdit déjà l'esclavage et la traite humaine en France. Tout ça est réprimé de façon beaucoup plus saine, c'est beaucoup mieux défini que les lois qui nous concernent nous dans notre travail. On trouve que ce serait même beaucoup plus efficace contre les vraies situations de proxénétisme et de violence.
Ce serait quoi pour vous la manière la plus saine d'exercer votre métier ? Est-ce que vous avez des revendications ?
Léa : Nos revendications c'est de ne pas définir une façon d'exercer le métier au détriment des autres. Ce qu'on voudrait c'est avoir le plus de choix possibles à disposition. On peut se sentir plus sécure d'une façon ou d'une autre, trouver ça plus facile d'être indépendante, d'être dans un contexte salariale ou coopératif, l'important c'est qu'on ait le maximum d'option vu que ce métier n'est pas facile. Ce qui ressemble le plus à un truc idéal, c'est déjà de dépénaliser le travail du sexe.
Scorpion : Et que la pensée globale arrête de laisser croire que la violence est intrinsèque au métier. Et pouvoir traiter la violence là où il y en a. Pour ça il faut un cadre, il suffit pas d'interdire. La prostitution existe, comment on l'encadre ? Ça fait suffisamment de temps que ça existe pour pas dire : « On va supprimer la prostitution cette année ! » Ça ne peut pas marcher comme ça. Il faut un cadre qui soit le même pour tou·tes les travailleu·ses. Nous sommes des travailleu·ses, nous voulons avoir les mêmes « droits » que les autres travailleu·ses. « Droit » avec de gros guillemets parce qu'ils sont bafoués dans beaucoup de boulots. Mais en tout cas, s'en approcher un petit peu.
Siana : Et ce qu'on réclame aussi, c'est de laisser la parole aux concerné·es avant tout. Il y a eu des manifestations de collègues déjà bien avant que cette loi passe pour dire « c'est pas bien, ça va nous tuer » et ces personnes n'ont pas été écoutées. Ça serait bien que les politiques acceptent que c'était du caca, et qu'il serait temps de se remettre en question, d'écouter les personnes concernées. Et que les abolos acceptent que les lois qu'elles ont voulu faire passer nous ont plus tué·es qu'autres choses, qu'elles nous ont obligé·es à travailler avec des méthodes beaucoup plus complexes, à nous isoler plus dans la rue, à accepter le non-port du préservatif. La négociation de la capote c'est un sujet qui revient tout le temps avec les clients, ça ne devrait pas être une question, on devrait pouvoir être protégé·es systématiquement. Tout ça c'est le résultat de ces lois, elles étaient sensées nous sauver et elles nous tuent, il faut l'accepter à un moment et arrêter de parler à notre place. Écoutez-nous parce qu'on en peut plus.
Scorpion : Les décideurs n'écoutent pas.
Léa : Ils couchent avec nous et ils votent contre nous.
On va conclure cette discussion. Est-ce que vous avez des messages à faire passer ?
Scorpion : N'hésitez pas à vous informer sur le sujet du TDS directement. Si vous vous posez une question il y a plusieurs sites qui sont de sources fiables. Le site vers lequel j'oriente le plus souvent c'est celui du STRASS, syndicat du travail sexuel, vous trouverez toutes les réponses à vos questions.
Léa : Et si vous êtes TDS ou si vous connaissez quelqu'un·e qui est TDS, vous pouvez entrer en contact avec nous, on sera très content·es de faire votre connaissance.
Scorpion : Aussi, on a une bibliothèque solidaire à l'association, pour y accéder c'est le second samedi de chaque mois, de 16h à 20h. On a plein de livres qui tournent autour du TDS, c'est la bibliothèque « Au bonheur des garces ». Venez faire un tour à Besançon !
Ed Lab
Travail du sexe (TDS) : terme-parapluie qui désigne les métiers ou pratiques mettant en scène une prestation sexuelle qui, dans la majorité des cas, est un service rendu en échange d'une compensation monétaire. Le TDS regroupe donc : les personnes exerçant la prostitution (en rue, appart', hôtel, camionnette,...), les acteurs/actrices porno, les dominas, les cameuses/cameurs, les strip-teaseuses/strip-teaseurs...
La prostitution en particulier est régie par un ensemble de lois extrêmement répressives (même si le fait de l'exercer en soi n'est pas interdit en France).
Or, d'après la déclaration universelle des droits de l'homme : « toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail ».
Évidemment, nous avons conscience que la notion du « choix » est complexe : il s'agit plutôt d'un spectre, avec de nombreux facteurs, qui offrent aux personnes une marge de manœuvre plus ou moins large pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs proches.
Pénalisation des clients : loi du 13 Avril 2016. Met fin au délit de racolage et rend illégal l'achat de services sexuels. Les clients se raréfient, ce qui rend plus dures nos conditions de travail. Une baisse du nombre de clients signifie plus de temps passé au travail, dans des endroits plus isolés, et pousse les TDS à reconsidérer des pratiques autrefois non acceptées (le port du préservatif, un client potentiellement désagréable voire dangereux, une pratique non-souhaitée,...).
Le parcours de sortie de la prostitution (PSP) : Volet « social » de la loi de 2016, le PSP prévoit l'allocation ridicule de 343 euros par mois, en échange de laquelle la personne bénéficiaire doit promettre qu'elle cessera de se prostituer. Le PSP prévoit également une autorisation (seulement provisoire) de séjour, pour les personnes sans papières, ce qui les maintient dans la précarité, sans la certitude d'être régularisées à l'issue du PSP (d'une durée de 24 mois maximum).
Le PSP, dans sa forme actuelle, a été fait sur mesure avec et pour les assos abolitionnistes, les seules à avoir été consultées pour sa création. Il établit par exemple qu'une asso, pour obtenir l'agrément préfectoral d'accompagnement, doit délibérer en Assemblée Générale en faveur d'une politique dont la finalité est la sortie de la prostitution. Cela exclut évidemment les organisations communautaires composées de TDS, ou les associations en général qui souhaitent accompagner/soutenir TOUTES les personnes prosti', y compris celles qui ne formulent pas le souhait d'arrêter ce travail. Pour beaucoup d'entre nous, et pour une variété de raisons, la prostitution constitue la meilleure option pour payer le loyer/les courses/les factures, pour permettre aux enfants de partir en vacances, pour compléter des revenus insuffisants, etc...
Délit de proxénétisme : Les réalités de terrain sont complexes et variées, et l'article 225-5 du code pénal extrêmement maladroit. Il interdit « d'assister, d'aider ou de protéger la prostitution d'autrui ». Cet article hypocrite empêche surtout l'entraide et l'auto-organisation.
Quelques exemples de situations qui rentrent/peuvent rentrer dans le délit de proxénétisme :
Il est évident que cet arsenal de loi, résultat des politiques abolitionnistes/prohibitionnistes, nous protège peu et participe à notre précarisation, à notre isolement et à notre marginalisation, et nous exposent toujours plus aux violences.
Nous voulons pouvoir bénéficier du droit commun qui définit et sanctionne déjà les situations de violences, ainsi que les situations de traite / d'esclavage, d'une manière beaucoup plus pertinente (CF Article 224-1 B du code Pénal, sur le travail forcé/service forcé).
[1] L'abolitionnisme désigne les positions de certaines féministes ou de certaines institution vis-à-vis du travail du sexe. Tout en prétextant défendre les droits des femmes, les positions abolitionnistes promeuvent souvent des lois qui pénalisent les clients et les soutiens des (TDS).
[2] King King Theory est un essai de Virginie Despentes sorti en 2006. Le chapitre « coucher avec
l'ennemi » raconte l'expérience du travail du sexe de l'autrice et défend la prostitution.
[3] Différents évènements féministes ont lieu chaque année au mois de novembre, autour de la journée de lutte contre les violences sexistes et sexuelles et de la journée du souvenir trans.
[4] L'outing c'est le fait qu'une partie de notre identité soit dévoilée contre notre volonté.
Éric Tegnér pensait sans doute pouvoir venir en vacances à Groix en toute décontraction, il avait oublié que la Bretagne est une terre antifasciste.
L’article Quand les fascistes découvrent que la Bretagne est une terre de résistance est apparu en premier sur Contre Attaque.
Je vous présente le Belgium Activism Festival camp. Cet article est rédigé pour vous confirmer la bonne nouvelle et vous dévoiler le site qui l'accompagne : https://belgian-activism-festi-camp.be/index.html. Les billets seront bientôt disponibles !
Ce festival aura lieu du 20 au 23 août, aux jardins du Moulin de Grupont. Nous nous réunissons autour de la question « Comment lutter ensemble ? » en Belgique. Ce festival se veut autogéré, tout·e·s participant·e·s en devient aussi acteur·ice ! On pense accueillir 500 personnes par jour, le prix est libre et conscient.
Si vous avez des initiatives ou des idées n'hésitez pas à nous les partager. Le programme se finalise petit à petit, on y verra des ateliers pratiques, des conférences, des espaces jeux, des concerts,... et encore plein de surprises toute plus engagées les unes que les autres.
Ce festival aura lieu du 20 au 23 août mais on à partir du 15 on aura besoin du plus de forces possibles pour aménager l'espace. Les constructions se feront dans la joie et dans la bonne humeur, on a hâte de vous rencontrer ! Si vous êtes disponibles et motivé·e·s n'hésitez pas à nous contacter : volontairesBAF@proton.me
Au plaisir de vous voir en août ! Le BAF CAMP festival.
[EN]
The sky is blue and a word is spreading through the Belgian valleys.... This summer, for its first edition, an activist festival will take place. What am I saying—a festival ? A gathering, a ray of hope in the midst of the current crisis, a space where Belgian struggles can come together. Let me introduce you to the Belgian Activism Festival. This article is written to confirm the good news and introduce the website : https://belgian-activism-festi-camp.be/en/index.html.
Tickets will be available soon !
This festival will take place from August 20 to 23, at the Moulin de Grupont gardens. We're coming together around the question “How can we fight together ?” in Belgium. This festival is meant to be self-organized—every participant becomes an active actor ! If you have initiatives or ideas, don't hesitate to share them with us. The program is gradually taking shape ; it will feature hands-on workshops, talks, play areas, concerts, and many more surprises, each more engaging than the last. We are planning to host approximatively 500 persons.
The festival will take place from August 20 to 23, but starting on the 15th, we'll need as many forces as possible to set up the space. We'll be setting everything up in a fun and cheerful atmosphere—we can't wait to meet you ! If you're available and eager to help, please don't hesitate to contact us : volontairesBAF@proton.me
We look forward to seeing you in August !
The BAF CAMP festival.
[NL]
De zon schijnt in de blauwe lucht, er gaat een gerucht rond in de Belgische valleien... Deze zomer zal er voor het eerst een activistisch kamp plaatsvinden. Wat zeg ik, een festival, een samenzijn, een lichtpuntje in de huidige catastrofe, een plek waar de Belgische strijdbewegingen elkaar kunnen ontmoeten. Ik laat je graag kennismaken met het Belgisch Activistisch Festival Camp ! We presenteren graag onze website : https://belgian-activism-festi-camp.be/nl/index.html. Het BAF-camp vindt plaats van 20 tot 23 augustus, in de tuinen van de « Moulin de Grupont ». We komen bij elkaar rond de vraag “Hoe kunnen we samen strijden in België ?“. Dit festival verloopt in zelfbeheer, alle aanwezigen worden betrokken in de dagelijkse organisatie. We verwachten ongeveer 500 mensen per dag. De toegangsprijs is aan vrije bijdrage in overeenstemming met je mogelijkheden. De tickets zijn binnenkort verkrijgbaar !
Het programma krijgt langzaam maar zeker vorm, met praktische workshops, lezingen, speelruimtes, concerten... en nog veel meer verrassingen, de ene nog geëngageerder dan de andere. Als je ideeën hebt of initiatief wil nemen om het kamp mee vorm te geven, laat het ons weten !
Het kamp vindt plaats van 20 tot 23 augustus, maar vanaf 15 augustus hebben we zoveel mogelijk hulp nodig om de plek in te richten, tenten op te zetten, etc. Wij zorgen voor een vrolijke en gezellige sfeer tijdens de opbouw en kijken ernaar uit je daar te ontmoeten ! Als je tijd hebt en graag wil helpen, neem dan contact met ons op via volontairesBAF@proton.me.
Tot in augustus ? Het BAF-CAMP
Texte paru dans le numéro 1885 du magazine mensuel de la Fédération Anarchiste (FA) « Le Monde Libertaire » sur le « fémonationalisme » en France favorisé par le réseau Atlas via notamment l'Institut de Formation Politique (IFP). Les médias du groupe Bolloré et du milliardaire Pierre-Édouard Stérin jouent aussi un rôle majeur dans cette normalisation de l'extrême-droite se drapant sous un manteau féministe.
Le réseau Atlas et le projet Périclès du milliardaire Pierre-Édouard Stérin participent à l'édification du « fémonationalisme ». En payant une structure comme l'Institut de Formation Politique (IFP) où ont notamment été formées la présidente du collectif Némésis Alice Cordier et la vidéaste Thaïs d'Escufon, ils donnent une assise financière et des réseaux d'influence à des courants nationalistes pouvant aussi se revendiquer féministes. D'autres initiatives voient également le jour dans les médias et le champ littéraire pour « armer » intellectuellement une idéologie fondamentalement inégalitaire.
Le réseau Atlas créé en 1981 par Anthony Fisher est un réseau « libertarien » et ultraconservateur finançant à travers le monde des structures visant à défendre l'économie de marché et à limiter l'État au simple accomplissement de ses fonctions « régaliennes » à savoir la police, la « justice », et l'armée. Ses fonds composés de contributions issues de sociétés comme Philip Morris, Pfizer, ExxonMobil ou Michelin financent en France de nombreuses initiatives dites d'extrême-droite, qu'elles se revendiquent du nationalisme, du souverainisme ou du libéralisme.
La chercheuse Magali Della Sudda affirme dans son livre « Les nouvelles femmes de droite » publié en 2022 aux éditions Hors d'atteinte que La Manif Pour Tous (LMPT) active officiellement à partir du 17 novembre 2012 relève avant tout d'une rencontre des droites autour des questions de genre et de la défense de la famille hétérosexuelle [6]. Le collectif Némésis serait donc le fruit des convergences créées par LMPT facilitées par l'acquisition en 2014-2015 de Canal + et ses filiales par le groupe Bolloré. La présidente de Némésis Alice Cordier se voit ainsi invitée régulièrement en 2021 dans l'émission « Touche Pas à Mon Poste (TPMP) » animée par Cyril Hanouna sur la chaîne de télévision C8 [7].
Le financement de Némésis demeure lui assez flou : égérie durant plusieurs années de la marque de nutrition sportive Prozis, Alice Cordier semble développer son collectif grâce au placement de produits et aux vues réalisées sur les réseaux sociaux [8].
Depuis le discours d'Emmanuel Macron le 16 janvier 2024 sur le « réarmement démographique » plusieurs livres savamment médiatisés sont sortis : « La terreur jusque sous nos draps : sauver l'amour des nouvelles morales » de Noémie Halioua aux éditions Plon, « L'effacement des mères, du féminisme à la haine de la maternité » d'Ève Vaguerlant aux éditions de l'Artilleur, « L'Enfant est l'avenir de l'homme : la réponse d'une mère au mouvement « No kids » » d'Aziliz Le Corre aux éditions Albin Michel et « Yes kids : La colère d'une mère face aux nouveaux diktats de la famille » de Gabrielle Cluzel aux éditions Fayard (propriétés de Bolloré). Chacune de ces autrices présente un profil sur lequel il est nécessaire de s'attarder quelques instants.
Toutes ces autrices cherchent manifestement à embrayer sur le discours de Macron du 16 janvier 2024 et les « mesures » annoncées par sa « ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations » Aurore Bergé.
Dans le même style, le média « Lou » né en avril 2023 dans la lignée du site « neo.tv » affirme promouvoir les « femmes fortes », les « mères inspirantes » et cible « une femme de 35 ans, active professionnellement et mère de deux enfants » selon sa rédactrice en chef Clémence Majani [9]. Lancé en novembre 2020, neo.tv bénéficie depuis 2022 d'un financement de Pierre-Édouard Stérin. Il compte parmi ses cofondateurs Stéphane Simon dirigeant de la société Open Media Factory ayant d'après les journalistes Rozenn Le Carboulec et Camille Regache réalisé plusieurs vidéos pour la campagne présidentielle de Marine Le Pen de 2022 [10].
« L'Institut Iliade pour la Longue Mémoire Européenne » né en 2014 à l'initiative d'anciens membres du « Groupement de Recherche et d'Études pour la Civilisation Européenne (GRECE) » et du « Carrefour de l'Horloge (ex-Club de l'Horloge) » cherche pareillement à faire émerger des figures médiatiques pour porter en avant des thèmes comme la maternité, la naissance et l'éducation des enfants. C'est le cas par exemple de Floriane Jeannin, auditrice de la promotion Patrick Pearse de l'Institut Iliade et présentatrice de l'émission « Les femmes et les enfants d'abord » sur la chaîne de télévision en ligne « TVLibertés ».
C'est également le cas d'Anne Trewby, cofondatrice du mouvement « Antigones » et formatrice à l'institut Iliade pour le module « Guerre des sexes : repenser la complémentarité entre l'homme et la femme ». Ses deux livres « Femmes, réveillez vous ! Pour en finir avec les mensonges du féminisme » et « Le Néo-féminisme à l'assaut d'Internet » sont ainsi publiés aux éditions de La Nouvelle Librairie fondées en août 2019 par le rédacteur en chef de la revue « Éléments pour la civilisation européenne » François Bousquet.
Le groupe Bolloré et Pierre-Édouard Stérin demeurent aujourd'hui des piliers de l'extrême-droite française. Milliardaires, catholiques et identitaires, ils font désormais marcher à plein leurs médias, observatoires, instituts de sondage et autres outils de propagande.
L'avortement représente à ce sujet pour eux une crainte majeure. Dans un pays qui pour eux décline démographiquement, pas question que la famille hétérosexuelle soit mise à mal par une honteuse propagande anti-conceptionnelle !
Les chaînes de Bolloré se sont elles déjà mobilisées. Juste avant de cesser d'émettre le 1er mars 2025, C8 a repassé par surprise un film qu'elle avait déjà diffusé le 16 août 2021 : il s'agit du film américain « Unplanned » produit en 2019 par la compagnie « Soli Deo Gloria » et distribué par la maison de production évangélique Pinnacle Peak Pictures (anciennement Pure Flix).
Le 25 février 2024, sa cousine CNews s'était illustrée durant l'émission « En quête d'esprit » présentée chaque dimanche par Aymeric Pourbaix débauché de l'hebdomadaire « France Catholique » acheté par Bolloré en 2018. Trois jours avant le vote du Sénat pour la constitutionnalisation de l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), Aymeric Pourbaix explique à ses téléspectateur-ice-s que l'avortement représente la première cause de mortalité dans le monde avec « 73 millions de décès par an » devant le cancer (10 millions de décès) et le tabac (6 millions de décès).
Sanctionnée d'une amende de 100 000 euros par l'Autorité de Régulation de la Communication Audiovisuelle et Numérique (ARCOM), la chaîne s'est par la suite confondue en excuses par la voix de ses « journalistes » vedettes comme Laurence Ferrari, Sonia Mabrouk et Christine Kelly. Cette charge n'est pourtant que celle d'une longue série d'assauts idéologiques engagée par Bolloré sur la Télévision Numérique Terrestre (TNT) depuis la création de C8 en 2005 sous le nom de « Direct 8 ».
L'émission « En quête d'esprit » en est d'ailleurs l'un des symptômes les plus criants. Ce fameux 24 février était par exemple présente en plateau Lucie Pacherie juriste de la Fondation Jérôme Lejeune, fer de lance de la lutte anti-IVG depuis sa création le 25 mars 1995 et reconnue d'utilité publique le 21 mars 1996.
L'émission « En quête d'esprit » a elle démarré le 5 juillet 2020 succédant ainsi à un autre programme religieux de Bolloré, l'émission « Dieu merci ! » diffusée sur C8 de 2005 à 2012. Aymeric Pourbaix y est assisté de Véronique Jacquier, elle aussi venue de « France Catholique » et chroniqueuse en même temps dans « L'heure des pros » animée par Pascal Praud sur CNews.
Le « fémonationalisme » participe donc d'une machine de guerre plus globale visant en fait à détruire des revendications féministes telles que le droit à l'avortement derrière des impératifs de natalité, de perpétuation de la « famille française », de la « souche » ou de la « civilisation » européenne. La mise en avant d'une féminité épanouie par le biais de la maternité et de l'hétérosexualité en est sûrement l'image la plus parlante.
Le ciblage des femmes étrangères vise ainsi à les dénoncer comme des rivales dans un hypothétique accès aux droits et celui des hommes étrangers comme des coupables systématiques du patriarcat qui d'ailleurs pour Anne Trewby n'existe pas. Sa « grille de lecture » fondée sur « l'unité d'un corps national compris comme fondé sur la cellule de base qu'est la famille (et donc le couple) » semble bien résumer les raisons de l'existence aujourd'hui du « fémonationalisme » [11].
L'équipe de l'émission « Médias et antifascisme » tous les deuxièmes vendredis du mois à 11h30 sur Radio Libertaire
[1] « De débuts timides à la professionnalisation du réseau », Le réseau Atlas, la France et l'extrême-droitisation des esprits. La machine de guerre idéologique d'une nouvelle extrême-droite, libertarienne et ultraconservatrice, Observatoire des multinationales (ODM), 22 mai 2024 : https://multinationales.org/fr/enquetes/le-reseau-atlas-lafrance-
et-l-extreme-droitisation-des-esprits/.
[2] « L'Institut de formation politique, vivier des droites radicales et de leur union », ODM, 12 juin 2024 : https://multinationales.org/fr/enquetes/le-reseau-atlas-la-france-et-l-extreme-droitisation-des-esprits/l-institut-de-formation-politique-vivier-des-droites-radicales-et-de-leur-union.
[3] https://periclesfrance.org/.
[4] Ibid.
[5] https://www.eclatsdefemme.com/notre-association.
[6] « La réactivation des clivages politiques par le genre : un enjeu clivant dans l'espace politique », Les nouvelles femmes de droite, éditions Hors d'atteinte (2022), page 60.
[7] « Des professionnelles de l'activisme culturel », Ibid, page 155.
[8] « Islamophobie et féminisme identitaire », Prozis, la marque de nutrition sportive préférée des fafs, Daphné Deschamps et Arthur Weil-Rabaud : https://www.streetpress.com/sujet/1704281732-prozis-marque-nutrition-sportive-sponsor-faf-neonazis-influenceurs-mila-pierrot.
[9] "C. MAJANI (Lou) : « Nous touchons 10 millions de Français chaque mois »", Prescilia Sitbon, Média+ : https://www.lemediaplus.com/c-majani-lou-nous-touchons-100-millions-de-francais-chaque-mois.
[10] "« Un producteur qui « fricote avec l'extrême droite »", Derrière "Lou Media" et "neo.tv", une nébuleuse très (très) droitière, Rozenn Le Carboulec et Camille Regache, Arrêt sur images : https://www.arretsurimages.net/articles/derriere-lou-media-et-neo-tv-une-nebuleuse-tres-tres-droitiere.
[11] "« Le patriarcat n'existe pas ». Anne Trewby revient sur la construction d'un mythe [Interview]", Breizh-Info, propos recueillis par Audrey D'Aguanno le 19 avril 2024 : https://www.breizh-info.com/2024/02/19/229391/le-patriarcat-nexiste-pas-anne-trewby-revient-sur-la-construction-dun-mythe-interview/?fbclid=IwAR3SWGpaIAE8kOIg6VtAB8qKNNvSLB3V1deFa01GObbmVW8dl3_-hb2WlG8.
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N'hésite pas à venir nous parler !
[Rennes] 1312 – ACAB – quartier de la Poterie – des CRS ont percuté un homme sur le boulevard (ou rue) Michel Gérard qui entoure le quartier de la poterie ( terminus sud de Rennes). Alors qu’il circulait hier soir à trottinette un homme a subit une tentative d’assassinat par les policiers / gendarmes / CRS. Malgré des informations très contradictoires et fortement contrôlées, cet homme serait encore dans le coma ce samedi 8 août 2026.
Actions directs contre le CRA au champs de manoeuvre.
La préfecture a installé des barrières devant le terrain où ils veulent construire un CRA. Il y a deux semaines des camarades sont allé.es les débouloner (voir article). La préfecture les a remises. On s’est dit que c’était à notre tour d’aller les enlever. Arrivé.es sur place, on a trouvé toutes les barrières en vrac par terre. Bravo à l’équipe déterminée qui est passé avant nous !
Depuis les 30 et 31 juillet, le monde occidental vit au rythme d'images et de discours apocalyptiques concernant le franchissement massif de la frontière de l'enclave espagnole de Ceuta par près de 60 000 personnes migrantes. Dans le moment d'intense sursaut réactionnaire et sécuritaire ou de fascisation à l'échelle européenne et internationale, les gouvernements et mouvements d'extrême-droite ne se sont pas fait prier pour hurler à l'invasion migratoire et au signe bien matériel du « grand remplacement en cours ». De la comparaison des photographies du désespoir des personnes en exil à celles des zombies du film médiocre (et de propagande pro-israélienne) World War Z [1] par le nazillon de la tech Elon Musk au manifestations des groupuscules néo-fascistes devant l'ambassade du Maroc à Madrid, tout le monde y est allé de son petit mot pour dresser l'épouvantail de l'horreur migratoire pour alimenter la suprémacie blanche européenne.
Les gouvernements français, italiens, anglais et tant d'autres se sont évidemment précipité devant les micros des médias pour se battre à qui fera la plus belle sortie racelarde et qui fermera le plus vite ses frontières avec l'Espagne. En France, Macron a bien entendu demandé au ministre de l'Intérieur Laurent Nunez de renforcer les contrôles dans les Pyrénées et en Italie, Georgia Meloni a carrément annoncé le retrait temporaire de l'Italie de l'espace Schengen. Une belle manière de rappeler la farce démocratique et libérale que constitue ces accords de "libre-circulation" dans l'Union Européenne depuis 1995. Nombreux ont été également les chefs d'Etat à conspuer l'Etat marocain et sa frontière "passoire", alors même que l'Union Européenne et l'agence Frontex financent chaque année à hauteurs de plusieurs milliards d'euros des pays tiers pour externaliser sa politique migratoire.
Avec l'augmenation du nombre de passages par la route dite de la Méditerranée occidentale entre le Maroc et l'Espagne (7004 entrées en 2015 contre 31 219 en 2022 selon les chiffres de Frontex), notamment en raison de l'acharnement raciste anti-migrants des régimes italiens et libyens, l'Union Européenne a fait du Maroc un allié stratégique dans le cadre de la Politique européenne de voisinage (PVE). La "sécurisation" de la Méditerranée, c'est-à-dire le faire d'en faire un rempart contre les migrations africaines vers l'Europe est au coeur même de la PVE, notamment via la Direction générale de la Justice et des affaires intérieures qui promeut avec les pays tiers voisins "une coopération rapprochée dans des domaines tels que la gestion des frontières, l'immigration, la lutte contre le terrorisme, le trafic d'êtres humains... » Cette coopération judiciaire et policière autour de l'immigration méditerranéenne s'est accentuée à partir de la présidence espagnole de l'UE en 2002 qui a été marqué par de nombreux accords bilatéraux signés avec le Maroc. Un des piliers de cette coopération a été cette transaction raciste qui consiste dans le fait que le Maroc agisse comme rempart de l'Union Européenne autour des enclaves de Ceuta et Melilla si l'Espagne accepte d'embaucher des travailleurs saisonniers marocains, notamment dans le secteur agricole. [2]
Si les images du franchissement massif de la frontière extérieure européenne a été massivement commenté, les 72 migrant-es (bilan provisoire) ayant perdu la vie lors du franchissement [3], elleux, ont été complètement laissé-ers de côté. Ces 72 mort-es, dont sont directement responsables les gouvernements de l'Union Européenne et l'agence Frontex, s'ajoutent aux (au moins) 3254 mort-es durant le franchissement de la Méditerranée sur la seule année 2025. Le récit du franchissement de frontière ne fonctionne que lorsqu'il rencontre celui de la supérmacie blanche qui défend son pré-carré de l'invasion qui causerait sa propre perte. Aux yeux de l'UE, des gouvernements européens, de Frontex, si la frontière cause autant de morts, c'est qu'elle remplit parfaitement sa fonction.
Le 30 juillet, soit la même nuit que l'épisode de Ceuta, au moins 6 personnes (dont des enfants) ont perdu la vie en tentant de traverser la manche, après avoir été violemment attaqué les flics français à coup de plus d'une trentaine de lacrymos et une longue nasse de 80 personnes [4]. Elles et eux, comme des centaines d'autres, sont mort-es dans le silence de la nuit, à cause des politiques sécuritaires et racistes européennes.
Pour prendre un peu de hauteur au dessus de la masse d'informations réactionnaires et fascisantes, on propose ici la lecture d'un court chapitre de l'excellent livre Frontières et domination. Migrations, capitalisme et nationalisme. de la militante et écrivaine canadienne Harsha Walia, publié en 2023. Dans ce bouquin, Harsha Walia essaie de désencastrer les questions migratoires des images médiatiques déshumanisante et des discours sur la prétendue "crise migratoire". Harsha Walia explique que cette "crise" n'est que la résultante des effets combinés de la colonisation, de la mondialisation capitaliste, de l'exploitation de travail de l'extractivisme et du changement climatique global. Elle retrace la manière dont la frontière a constitué un des fondements de la formation des Etats modernes, de la hiérachisation sociale, du contrôle de la main d'oeuvre et de la promotion de nationalismes réactionnaires voires fascisants.
On propose ici la lecture du quatrième chapire de l'ouvrage, qui détaille les différents régimes d'élaboration des frontières. Harsha Walia détaille ainsi quatre manières autour desquelles les frontières sont élaborées : l'exclusion (l'expulsion directe des migrant-es du fait de murs, de centre de détention et de déportation), la dispersion territoriale (c'est à dire la gestion de la frontière à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du pays, par tous les moyens de surveillance et les pratiques disciplinaires disponibles), l'inclusion-marchandisation (le fait de transformer les migrant-es/réfugié-es en travailleur-euses temporaires ou sans papier afin de limiter délibérément leur pouvoir de négociation) et enfin le contrôle du discours (la manipulation des expressions qui concerne la migration, à la fois dans le champ politique et médiatique). Le chapitre 4 intervient après que l'autrice est revenue sur l'histoire de la frontière aux Etats-Unis, sur les guerres intérieures et extérieures réalisées par l'impérialisme américain (qui ont elles-mêmes causées des mouvements de population) et sur les raisons de la migration quye sont la dépossession, la privation et le déplacement forcé à cause du régime capitaliste et des impérialismes. Harsha Walia termine le chapitre que nous présentons en détaillant les mécanismes impérialistes de l'externalisation des frontières. Elle raconte notamment comment la politique américaine du "Remain in Mexico" a mené au décès de plusieurs milliers de migrants centre-américains au Mexique depuis le début des années 2010, une situation qui n'est bien sûr pas sans rappeler la politique que l'Union Européenne mène bras dessus bras dessous avec la Lybie, la Turquie ou encore bien sûr le Maroc.
Harsha Walia est une militante et écrivaine bahreïnienne basée à Vancouver. Ayant fait des études de droit, elle défend depuis plus de vingt ans la justice migratoire, la solidarité avec les peuples autochtones et la libération du peuple palestinien. Elle a notamment cofondé le groupe de défense des droits des migrants No One Is Illegal, elle participe également au comité d'organisation de la Women's Memorial March qui a lieu chaque 14 février au Canada et aux Etats-Unis pour commémorer les filles et femmes autochtones assassinées ou disparues (Missing and Murdered Indigenous Women).
Il y avait un mur. Il ne semblait pas important. Il était formé de pierresnon taillées cimentées sans soin. Un adulte pouvait regarder par-dessus, et même un enfant pouvait l'escalader. Là où il croisait la route, il n'y avait pas de porte, il s'estompait en une simple figure géométrique, une ligne, une idée de frontière. Mais cette idée était réelle. Elle était importante. Durant sept générations il n'y avait rien eu de plus important au monde que ce mur. Ursula K. LE GUIN, Les dépossédés
Tôt un matin d'avril 2002, Bennett Patricio Jr. a été renversé et traîné sur plus de 30 mètres par une voiture de la U.S. Border Patrol en territoire Tohono O'odham. L'adolescent a eu les côtes brisées et le crâne fracassé. Le conseil législatif Tohono O'odham a qualifié sa mort de crime d'État et dénoncé sa mise en danger par des agents de la U.S. Border Patrol comme une violation de la souveraineté de la nation. L'achat Gadsden de 1853, par lequel les États-Unis ont acquis une partie du territoire mexicain, a tracé une frontière artificielle sur le territoire Tohono O'odham entre ce qui est aujourd'hui le sud de l'Arizona, aux États-Unis, et le nord du Sonora, au Mexique. Cent kilomètres de frontière séparent les deux pays en terre autochtone, si bien qu'une armée d'agents frontaliers patrouille régulièrement dans la réserve. Ils ont également passé à tabac, aspergé de gaz lacrymogène et abattu par balles des Tohono O'odham. Des drones vrombissent et des caméras de surveillance traquent les migrants. En 2013, près de 11 000 migrants ont été arrêtés en territoire Tohono O'odham [5]. D'autres sont morts dans le désert ; on retrouve en moyenne 70 cadavres sur la réserve chaque année [6]. La CBP a engagé la principale entreprise d'armement privée d'Israël, Elbit Systems, pour bâtir dix tours de surveillance, faisant des Tohono O'odham l'une des communautés les plus militarisées aux États-Unis [7].
Lorsque le président Donald Trump a annoncé la construction d'un mur frontalier en Arizona, le vice-président de la nation Tohono O'odham, Verlon Jose, a déclaré : « Il faudra d'abord me passer sur le corps [8]. » La lutte des Tohono O'odham contre le mur se situe à l'intersection des guerres indiennes et des politiques de sécurité aux frontières ; pour citer Ofelia Rivas, membre de la nation, « le mur va être dans ma cour arrière – le mur, et toutes les mesures politiques qui y sont associées [9] ». Un mur frontalier entraînerait des dommages écologiques irréversibles, perturberait les migrations animales, entraverait les pèlerinages des Tohono O'odham vers des sites sacrés, et séparerait des familles réparties de part et d'autre de la frontière. Le dynamitage pour la construction du mur sur le site de l'Organ Pipe Cactus National Monument, lieu de sépulture Tohono O'odham, a aussitôt été dénoncé comme une profanation par les dirigeants autochtones. Les Tohono O'odham ont répondu aux projets de Trump par une vidéo intitulée « Le mot “mur” n'existe pas en o'odham ».
Si imposants soient-ils, les murs ne sont pas infranchissables. Des gens les escaladent, les traversent et les contournent tous les jours. Et, bien que les murs constituent l'aspect le plus spectaculaire de la domination par les frontières, cette dernière a de multiples facettes. Ce chapitre décrit et examine quatre stratégies qui la constituent : l'exclusion, la dispersion territoriale, l'inclusion-marchandisation et le contrôle du discours. Ces stratégies de domination renforcent le racisme, une structure de pouvoir qui établit des différences et des hiérarchies raciales, et que Ruth Wilson Gilmore a décrite comme « la production et l'exploitation, extralégales ou cautionnées par l'État, de la prédisposition de groupes déterminés à une mort prématurée [10] ». En partant de Gilmore, Jasbir Puar avance que lepillage capitaliste et impérialiste provoque un état d'affaiblissement qui équivaut à une lente agonie. À rebours de la conception néolibérale du handicap comme un état exceptionnel ou symptomatique, cet affaiblissement résulte de la biopolitique quotidienne et raciste consistant à « travailler d'une main et lutter de l'autre [11] ». La gouvernance frontalière se situe à la jonction de cette logique productive et guerrière, de l'exclusion et de l'extraction, produisant des corps « considérés comme ouverts aux sévices » et à l'affaiblissement continu qui sert les visées de la domination raciale et de classe [12].
Pour survivre aux Terres frontalières
tu dois vivre sin fronteras
être une croisée de chemins.
Gloria ANZALDÚA, Borderlands/La Frontera : The New Mestiza
L'exclusion consiste à juguler et à expulser les migrants au moyen de murs, de centres de détention et de déportations. La gouvernance par l'exclusion permet de renforcer le contrôle du territoire, consolide l'identité nationaliste fondée sur la race, et criminalise les migrants et les réfugiés en les désignant comme des « indésirables » et des « intrus ». La détention et l'expulsion de masse, ainsi que les violentes rafles et descentes militarisées, visent à punir, à intimider et à dissuader. L'illégalité des migrants n'a pourtant rien d'une donnée objective ; les gens deviennent illégaux – sont déclarés illégaux – en vertu de restrictions imposées par les États, qui limitent le droit d'entrer ou de séjourner dans un pays donné. Partout dans le monde, il devient de plus en plus difficile d'obtenir un statut de résident permanent légal, du fait de l'instauration de visas d'entrée, des rejets de demandes d'asile, de la suppression du droit du sol, des obstacles au regroupement familial et de la déchéance de résidence en raison decontestables infractions criminelles ou relatives à la sécurité. Par conséquent, le nombre de personnes qui franchissent des frontières illégalement ne cesse d'augmenter. La loi crée l'illégalité, et le racisme la figure de l'immigrant illégal. En 2017, la majorité des étrangers ayant dépassé la durée de séjour autorisée ne venaient pas d'un pays d'Amérique latine – bien que les migrants et les réfugiés latinxs forment la vaste majorité des détenus –, mais du Canada, et ils étaient 92 000 [13]. Ensemble, les Canadiens et les Européens rassemblent près de la moitié des infractions pour des séjours indûment prolongés aux États-Unis, mais sont rarement placés en détention [14]. Race et illégalité sont des constructions indissociables et, comme le souligne Mary Romero, « des lois apparemment exemptes de tout caractère racial revêtent une dimension raciale dans le cadre des pratiques du maintien de l'ordre [15] ».
« Bâtissons un mur ! » s'est imposé comme cri de ralliement pour les gouvernements de droite des quatre coins du monde. Trump rêverait d'un mur frontalier entouré de douves grouillant d'alligators et surmonté d'une clôture électrique, de pointes acérées et de tireurs d'élite [16]. Financée à coups de milliards de dollars sur le budget militaire du Pentagone, la construction du mur de Trump devrait nécessiter quelque 300 000 litres d'eau par jour [17]. Son administration entend utiliser les migrants bloqués par le mur et arrêtés à la frontière comme cobayes dans le cadre d'un vaste programme de prélèvement d'ADN et de données biométriques destiné à enrichir les bases de données du FBI [18]. Des centristes comme Bill Clinton, Barack Obama et Joe Biden ont eux aussi fait preuve de « fermeté vis-à-vis de l'immigration » en sécurisant la frontière. Les appels à la construction de murs frontaliers ont une force d'attraction émotionnelle et politique importante, parce qu'ils font apparaître la nation comme « vulnérable et agressée, mais aussi juste et puissante [19] ». La frontière offre un éventail de figures discursives : le clandestin, le terroriste, le criminel, l'envahisseur, des caricatures pour lesquelles le mur représente un moyen de dissuasion des plus visibles et viscéraux. Les murs et le spectacle de leur construction, affirme Wendy Brown, « confèrent un caractère permanent et invincible auxmenaces auxquelles ils répondent [20] ». Les murs renforcent ainsi l'idée d'un État-nation homogène, insistant sur la différence et la séparation d'avec les personnes jugées indésirables. Depuis la chute du mur de Berlin, 70 murs ont été érigés sur notre planète désormais fortifiée et barbelée [21].
Cette fièvre sécuritaire a en outre transformé la frontière en un terrain d'essai dystopique, favorisant l'essor d'une industrie de la sécurité frontalière qui pèse 500 milliards de dollars [22], et qui œuvre à la construction d'un « mur virtuel » mobilisant technologies de surveillance électronique intrusives, prises de décision automatisées, analyse prédictive de données, logiciels de reconnaissance faciale et systèmes biométriques que des sangsues comme Amazon, Palantir, Elbit Systems et European Dynamics testent sur des migrants et des réfugiés. Ces compagnies sont bien placées pour devenir ce que Shoshana Zuboff appelle « les sources du surplus crucial du capitalisme de surveillance : les objets d'une opération, technologiquement avancée et de plus en plus inéluctable, d'extraction de matière première [23] ». Ces changements symboliques, numériques et physiques en matière de sécurité frontalière constituent « la conséquence la plus durable et profonde de la guerre mondiale au terrorisme » et comptent parmi les projets les plus coûteux entrepris par des États [24]. Les murs frontaliers, qui traversent et détruisent des habitats fragiles où des drones de surveillance traquent les humains, sont devenus des technologies clés de la gouvernance d'État. Tout État moderne, d'ailleurs, se doit d'avoir une frontière sécurisée.
En plus des murs, la détention et l'expulsion sont les formes les plus visibles et violentes de l'exclusion. Les expulsions, soit le fait pour des personnes d'être physiquement renvoyées d'un pays par les autorités, ont grimpé en flèche. En 2018, les États-Unis ont procédé à un nombre stupéfiant de 287 741 déportations – soit autant d'actes de violence [25]. Fait tout aussi incroyable, les détentions pour des infractions aux lois migratoires ont été multipliées par 20 au cours des quatre dernières décennies [26]. À l'heure actuelle, l'ICE retient en moyenne 52 500 personnes par jour dans plus de 200 centres de détention [27]. La séquestration et le confinement renforcent la criminalisation sur la base de la race et du genre. Chaque année, les États-Unis arrêtent un demi-million de migrants, en majorité latinxs et caribéens, parmi lesquels, selon César Cuauhtémoc García Hernández, figurent des personnes incarcérées par l'impitoyable ICE, le U.S. Marshals Service, le Bureau des prisons et d'autres agences du maintien de l'ordre [28].
L'incarcération des immigrants est une forme de violence fondée sur le genre établie et exercée par l'État. Le nombre de femmes honduriennes, salvadoriennes et guatémaltèques qui franchissent la frontière des États-Unis pour fuir la violence a presque triplé [29]. Ces survivantes cherchent la sécurité, mais subissent la violence de l'incarcération. L'isolement cellulaire, les difficultés d'accès à des soins de santé reproductive, les fouilles intégrales et la violence sexuelle sont monnaie courante. Entre 2012 et 2018, 1 148 plaintes pour violence sexuelle ont été déposées par des détenues contre l'ICE, parmi les 33 126 plaintes relatives à des abus enregistrées entre 2010 et 2016 [30]. Dans les centres de détention de migrants comme dans tous les milieux carcéraux en général, les femmes trans sont particulièrement sujettes à la violence et font état de harcèlement sexuel, de fouilles intégrales par des gardes de genre masculin, de privation d'accès à des soins médicaux et d'isolement cellulaire sous couvert de détention protégée. La détenue Nicoll Hernández-Polanco raconte que des gardes l'ont soumise à une fouille corporelle abusive : « Ils touchaient mes parties génitales et mes seins. Ils écartaient mes jambes et touchaient mes fesses avec un gant en latex. Le garde m'a tiré les cheveux, m'a poussée contre le mur et m'a dit de ne pas oublier que je me trouvais dans un centre de détention pour hommes [31]. » Les femmes trans sont régulièrement incarcérées dans des installations de détention réservées aux hommes et, en 2017, sont restées enfermées pendant des périodes deux fois plus longues que la durée moyenne de détention [32].
Parallèlement à l'augmentation du nombre de migrants emprisonnés, celui des établissements de détention privés a explosé. L'une des pratiques les plus scandaleuses des États capitalistes néolibéraux est la sous-traitance de l'incarcération à des sociétés privées. Aux États-Unis, 75 % despersonnes détenues pour des infractions liées à l'immigration sont incarcérées dans des installations gérées par des entreprises comme GEO Group et CoreCivic, tandis que 9,7 % des budgets fédéraux dédiés à l'application de la loi sur l'immigration financent le secteur privé [33]. G4S est l'une des plus importantes compagnies de sécurité dans le monde et l'un des premiers employeurs du secteur privé. Elle déploie ses tentacules en Australie, en Israël, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux États-Unis, où elle mène ses activités dans les prisons des quartiers défavorisés, les centres de détention d'immigrants, les établissements pénitentiaires pour mineurs et les camps de torture destinés aux prisonniers politiques. Les prisons privées se sont implantées à la faveur de contrats immunisés contre la récession, dans les années 1980. CoreCivic a inauguré la première prison privée aux États-Unis en 1984 et a dépensé 9,7 millions de dollars pour faire pression sur la Sous-commission de la Sécurité intérieure de la Commission des crédits de la Chambre des représentants afin de faire adopter des politiques favorisant la détention. Le lobbyisme a porté ses fruits : l'entreprise tire désormais un quart de ses bénéfices de contrats avec l'ICE et ses actions ont grimpé de 137 % après que l'administration Trump eut renforcé les capacités de détention [34]. Principaux bailleurs de fonds de la Commission des crédits de la Chambre des représentants, des entrepreneurs de la militarisation de la frontière comme Lockheed Martin, General Dynamics, Northrop Grumman, Raytheon et Boeing ont versé au total 27,6 millions de dollars à des membres de la Commission en douze ans [35]. Un juge a mêmeété condamné pour avoir reçu 2,8 millions de dollars en pots-de-vin de la part de centres de détention privés, en contrepartie de l'alourdissement des peines des enfants migrants [36]. C'est une manne aussi pour les organismes à but non lucratif. Southwest Key Programs se voit attribuer des contrats fédéraux d'une valeur de 995 millions de dollars pour gérer des installations de détention pour jeunes immigrants [37].
Bien que des entités privées tirent profit de la détention des immigrants et que leur travail de lobbyisme encourage l'incarcération, Jackie Wang rappelle que « l'exploitation économique ne suffit pas à expliquer le caractère racialisé de l'incarcération de masse [38] ». L'importance que lesprogressistes accordent à la privatisation dans leur opposition à la détention des immigrants masque le fait que, dans la plupart des pays, les centres de détention sont des institutions publiques structurées de façon à maintenir la violence de l'État. Le complexe carcéro-industriel sert avant tout à réguler le capitalisme racial et à enfermer ses populations excédentaires, perpétuant ainsi la violence à l'égard des communautés opprimées. En second lieu, il représente un marché en plein essor pour les grandes sociétés et les gouvernements et agences de l'État. Au total, des immigrants ont versé 204 millions de dollars à l'ICE pour leur mise en liberté sous caution, tandis que des milliers de municipalités élargissent leur assiette fiscale en imposant des amendes et des frais de justice à des résidents en majorité noirs [39].
L'opposition progressiste distingue en outre la détention civile de l'incarcération pour motifs criminels. Elle affirme que les migrants détenus ne sont pas des criminels, et que leur détention n'est justifiée par aucun crime préalable. De tels discours établissent une distinction entre les victimes innocentes et les personnes qui « méritent », semble-t-il, d'être enfermées. En dépit du mythe libéral de la présomption d'innocence, toutes les institutions carcérales ont pour logique fondamentale la présomption de culpabilité. Aux États-Unis et au Canada, un nombre disproportionné de prisonniers sont des personnes noires ou autochtones qui font les frais du profilage racial, doivent répondre de multiples accusations, sont gardées à vue sans caution, reçoivent des condamnations pour des infractions mineures (souvent liées à la drogue et à la pauvreté), écopent de peines minimales obligatoires et se font tabasser et violer en prison ou torturer en isolement cellulaire. Leurs vies après la prison sont également minées par l'exclusion, à cause notamment de la surveillance électronique et de la difficulté à trouver du travail, qui poussent à la récidive. Les prisons sont les « nouveaux pensionnats [40] » et les « “plantations” de notre époque [41] ». Les femmes autochtones ou noires sont parmi les populations dont le taux d'incarcération connaît la croissance la plus rapide. Aux États-Unis, le taux d'incarcération des femmes noires augmente deux fois plus vite que celui des femmes blanches [42]. Dans un ouvrage où elle expose en détail lacontinuité entre l'esclavage, les lois Jim Crow et l'incarcération de masse, trois systèmes de contrôle visant avant tout les Noirs, Michelle Alexander fait valoir que l'incarcération de masse « fonctionne plus comme un système de castes que comme un système de contrôle de la criminalité [43] ». Lisa Monchalin avance de même que l'incarcération des femmes autochtones au Canada ne constitue pas un simple problème de « surreprésentation », mais un élément fondamental de la gouvernance carcérale coloniale fondée sur le genre [44]. Le colonialisme de peuplement n'est pas seulement un « pipeline » menant aux prisons, mais un système carcéral en soi, structuré par la spoliation des terres, l'imposition de la Loi sur les Indiens – qui privait de leurs droits des dizaines de milliers de femmes autochtones et réglementait pour beaucoup d'autres leur statut d'Indienne et leur appartenance à une bande – et l'enlèvement des enfants autochtones à leur famille.
Dans les économies capitalistes raciales marquées par la dette etl'austérité, le renforcement de la gouvernance carcérale va de pair avec l'accaparement des richesses, la désindustrialisation, le démantèlement des services publics, la ségrégation entre les quartiers résidentiels protégés et les ghettos, ainsi que la production et la régulation simultanées du travail précaire et du chômage. La revendication d'innocence est une position politique limitée, dans la mesure où la criminalité est, comme l'illégalité, une construction politique. La criminalité est fabriquée d'après des définitions changeantes du crime, et régulée de manière à soutenir un régime de racisation et de protection de la propriété. Pour Ruth Wilson Gilmore, notre tâche politique ne consiste pas à défendre l'innocence, mais « à attaquer l'ensemble du système par lequel s'opère la criminalisation [45] ». Les abolitionnistes de la police et des prisons visent l'abrogation de la captivité carcérale et de la criminalisation dans tous les écosystèmes sociaux et les rapports avec l'État. L'abolition, explique Dylan Rodríguez, « est constituée d'une foule d'actes qui se recoupent de longue date, dispersés dans l'espace et le temps, qui révèlent l'envers du Nouveau Monde et de ses formes ultérieures – la police, la prison, le tribunal criminel, le centre de détention, la réserve, la plantation et la “frontière” [46] ». S'inspirant des luttes pour l'abolition de l'esclavagemenées par les Noirs, les appels à abolir le contrôle de l'immigration se substituent aux propositions assimilationnistes de réforme de l'immigration. Le mouvement organisé autour du DREAM Act, par exemple, valorisait les migrants « bons » et « méritants » dotés de diplômes universitaires, d'une expérience professionnelle et de casiers judiciaires vierges, ce qui en faisait une campagne politique axée sur l'appel à l'innocence. Par opposition à cette campagne, comme le soulignent les membres de l'organisation latinx Mijente, « #Not1More réclamait un moratoire sur les expulsions – une idée au cœur des appels à l'abolition de l'ICE. Une idée radicale – à l'époque – selon laquelle nul ne devrait être soumis aux sévices des contrôles de l'immigration [47] ».
La disperstion territorialeLa dispersion territoriale s'effectue par l'internalisation et l'externalisation de la protection frontalière. Elle s'appuie sur la surveillance biométrique et des pratiques disciplinaires à l'intérieur du pays, ainsi que sur l'externalisation impériale au-delà de ses frontières. Autrement dit, la frontière est élastique, et cette ligne magique peut exister n'importe où dans l'État-nation. Ainsi, lorsque les personnes sans papiers franchissent la frontière, elles ne sortent pas pour autant du tunnel. Les frontières internes distinguent, au sein de l'État-nation, les citoyens des autres. Certains des États-providence les plus progressistes, comme le Canada et les pays scandinaves, sont aussi ceux qui restreignent le plus sévèrement l'accès des personnes sans papiers aux prestations sociales, aux soins de santé, à l'éducation, aux services de garde, voire à l'obtention d'un permis de conduire. Les infirmières, les enseignants et les travailleurs sociaux sont ainsi transformés en gardes frontaliers, et la reproduction des frontières s'impose dans leur quotidien.
L'internalisation de la protection frontalière prévoit en outre la collaboration entre différentes agences par la mise en commun de bases de données telles que l'initiative Secure Communities aux États-Unis, et la délégation de l'application des lois migratoires aux institutions locales de santé, d'éducation, de transport, d'emploi et de maintien de l'ordre. Bienque des municipalités se soient déclarées « villes sanctuaires », s'engageant à garantir à leurs résidents sans papiers un accès aux services publics et à limiter la coopération avec les agents de l'immigration, ce sont encore les interventions de police dans des quartiers assiégés qui mènent le plus à des expulsions. Kesi Foster écrit : « Même si les représentants locaux ne laissent pas l'ICE entrer dans nos écoles par la grande porte pour prendre nos enfants, des forces de police locales militarisées embarquent des jeunes de couleur, menottés, par la porte de derrière [48]. » Près de la moitié des expulsions des États-Unis s'inscrivent dans le Criminal Alien Program (Programme pour les criminels étrangers), visent des non-citoyens accusés d'infractions liées à l'immigration, à la drogue ou au Code de la route, et la majorité des arrestations d'immigrants mobilisent les établissements pénitentiaires et le système d'injustice criminelle [49]. Les fouilles arbitraires et les rafles sont donc des techniques indissociables de criminalisation des migrants pauvres noirs, autochtones, latinxs, musulmans, queers et trans. Par ailleurs, la juridiction de la CBP est étendue et ses agents peuvent notamment arrêter et fouiller en toute légalité des véhicules jusqu'à 160 kilomètres à l'intérieur des frontières – ce qui couvre une zone abritant près des deux tiers de la population du pays [50]. L'internalisation de la frontière instaure, par conséquent, un régime frontalier omniprésent fondé sur la surveillance raciste et un climat de peur permanent qui rend la vie insupportable aux sans-papiers afin de les pousser à s'expulser. La frontière est également externalisée et s'étend bien au-delà de sa juridiction territoriale, comme nous le verrons dans la dernière section de ce chapitre.
L'inclusion-marchandisationL'inclusion-marchandisation des migrants et des réfugiés consiste à en faire des travailleurs temporaires ou sans papiers au pouvoir de négociation délibérément réduit, afin de garantir l'accumulation du capital. La menace d'une expulsion, même si elle n'est pas mise à exécution – il n'est pas dans les intérêts de l'État et du capital d'expulser tout le monde –, permet une exploitation accrue de la main-d'œuvre. Aux États-Unis, 52 % des entreprises menacent de dénoncer leurs employés aux autorités migratoiresen cas de campagnes de syndicalisation [51]. En 2019, dans le Mississippi, l'une des plus importantes rafles de l'histoire récente des États-Unis a donné lieu à l'arrestation de 680 ouvriers des usines de transformation Peco et Koch. Propriété du milliardaire Joseph Grendys, Koch Foods était devenue un foyer de mobilisation des travailleurs latinxs après une campagne de syndicalisation organisée en 2005 et suivie d'un procès pour discrimination et harcèlement sexuel qui a duré sept ans. Les ouvriers ont obtenu un règlement de 3,75 millions de dollars, juste avant d'être raflés, étrangement, par l'ICE [52].
La descente à l'usine de Koch Foods n'est pas un épisode singulier de la répression d'État qui s'abat sur les travailleurs migrants. Elle rappelle notamment la déportation de Bisbee en Arizona, où, en 1917, 1 300 mineurs en grève affiliés aux IWW ont été expulsés par des miliciens mandatés, ou encore l'expulsion de Jesús Pallares, leader syndical de la Liga Obrera de Habla Española (Ligue ouvrière hispanophone), forte de 8 000 membres, en 1936. Si les travailleurs sont déclarés illégaux, il n'en va jamais de même pour la plus-value qu'ils produisent. La marchandisation et l'asservissement de la main-d'œuvre migrante s'appuient sur les deux premières stratégies de gouvernance frontalière, qui produisent l'exclusion et l'illégalité. Sujets expulsables, les migrants doivent, pour se prémunir d'un tel sort, demeurer des travailleurs dociles. Le capitalisme dépend donc de l'exclusion sociale et raciale engendrée par les frontières pour subordonner la main-d'œuvre, comme nous le verrons au chapitre 7.
Le contrôle du discoursLe contrôle du discours se donne à lire dans la manipulation des expressions « crise des réfugiés » et « crise des migrants ». On présente souvent les réfugiés comme des personnes persécutées en quête de sécurité, alors que les migrants sont désignés comme de « faux réfugiés » motivés par des raisons économiques et qui ne seraient donc pas dignes d'être protégés. On distingue de plus les migrants des immigrants, lesquels sont généralement perçus et choisis par l'État comme des acteurs économiques en pleine ascension sociale, tandis que les réfugiés demandeurs d'asile sont séparés des réfugiés relevant de la Convention des Nations Unies, qui sont « acceptés » ou « réinstallés » et se voient attribuer un statut légal par les Nations Unies ou un État. La distinction entre réfugiés et migrants, cependant, est floue, compte tenu surtout de leurs trajectoires illégales et clandestines et de leurs réseaux communs. Le terrorisme de l'extractivisme et la précarité de la guerre ne sont pas si faciles à démêler. Comme nous le rappelle Teju Cole, « le pistolet pointé sur votre tempe peut être l'extrême pauvreté, la lutte constante pour la survie ou une écrasante monotonie [53] ». Ou pour citer Suketu Mehta : « Que ce soit pour fuir ou pour atteindre quelque chose, vous êtes toujours en cavale [54]. » J'emploie « migrants et réfugiés » ensemble, non pas pour confondre les parcours de vie ou gommer les différences matérielles, mais afin de rejeter les dichotomies contraint/volontaire, digne/indigne, vrai/faux, et de représenter la migration irrégulière comme une force autonome qui défie et dépasse les caractérisations et les contrôles de l'État.
L'eurocentrisme et l'anticommunisme façonnent de manière décisive l'ordre juridique international et, partant, l'ordre discursif qui gouvernent les réfugiés et les migrants. La Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, selon laquelle un réfugié est une personne poussée à fuir par une « crainte justifiée de persécution du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques », a été élaborée par des États européens en réaction à l'holocauste perpétré par les nazis, alors même que ces États se dissociaient, ontologiquement, des personnes déplacées par leurs propres empires [55]. Aimé Césaire a condamné les Européens parce que, disait-il, « [le nazisme], on l'a supporté avant de le subir […] parce que, jusque-là, il ne s'était appliqué qu'à des peuples non européens [56] ». En outre, par un tour de passe-passe, la Convention codifie le droit des personnes persécutées de demander asile, mais n'exige pas des États signataires qu'ils le leur accordent effectivement. Tout au long des années 1950, les États-Unis ont donné la préférence à une catégorie idéologiquement acceptable de réfugiés désignés comme des « fugitifs » et qui, victimes de persécutions du fait de leur race, de leur religion ou de leurs opinions politiques, « ont fui l'Union des républiques socialistes soviétiques ou d'autres régions communistes, à domination communiste ou sous occupation communiste de l'Europe [57] ». L'OIM, l'une des plus importantes organisations intergouvernementales de la planète, est un autre pilier de la gestion de la migration. Lors de sa fondation en 1951, l'OIM a été appuyée par les États-Unis pour fournir des services et un soutien logistique visant à contenir la migration mondiale conformément aux objectifs de la guerre froide. Elle compte aujourd'hui parmi les principaux facilitateurs de l'« aide au retour volontaire » et, à ce titre, persuade des gens de s'expulser eux-mêmes [58]. Les institutions migratoires internationales gouvernant les migrants et les réfugiés ont ainsi créé une série de catégories juridiques distinctes et une hiérarchie des droits de façon à gérer, diviser et contrôler les personnes en mouvement.
Derrière les scènes d'horreur montrant les rafles et les centres de détention surpeuplés se cachent les dispositifs de pointe plus sophistiqués et dangereux, qui permettent l'externalisation des frontières : les interdictions, la détention extraterritoriale, les ententes sur les tiers pays sûrs et la sous- traitance des contrôles frontaliers à des pays tiers. L'externalisation des frontières, qui s'inscrit dans la stratégie de dispersion territoriale susmentionnée, rassemble toutes les technologies et mesures utilisées hors du territoire pour empêcher les migrants et les réfugiées de tomber sous la juridiction d'un État. En théorie, les États signataires de la Convention de 1951 sont tenus de traiter les demandes d'asile et de respecter le principe du non-refoulement. Cette obligation en vertu du droit international garantit qu'aucun État ne renvoie de force des réfugiés vers un pays où ils risquent d'être persécutés. Il existe néanmoins un consensus politique, surtout entre États occidentaux, selon lequel les migrants et les réfugiés devraient demeurer dans leurs pays d'origine ou, tout au plus, chercher asile dans les pays voisins. L'externalisation permet de gouverner par la prévention et la dissuasion, bien au-delà de la frontière elle-même, de sorte que « de façoncroissante, la définition de la frontière s'applique aux pratiques de gestion mises en œuvre “là où se trouve le migrant” plutôt qu'à la limite territoriale de l'État [59] ».
L'interdiction désigne le refoulement préventif par l'imposition de sanctions aux compagnies aériennes qui transportent des personnes voyageant sans visa, ou par l'envoi de patrouilles pour intercepter les bateaux des migrants et des réfugiés avant qu'ils n'atteignent les eaux territoriales. Depuis des décennies, des interdictions maritimes décrétées par des pays européens en Méditerranée et par l'Australie dans la région de l'Océanie, et récemment présentées par les gouvernements comme des « mesures de lutte contre la traite des êtres humains », justifient la saisie et la destruction d'embarcations de fortune. Les États-Unis disposent également d'un Programme d'interdiction des migrants, dont j'ai retracé la genèse dans le chapitre 2 et qui permet aux gardes-côtes d'arraisonner les bateaux en provenance des Caraïbes et de placer leurs occupants en détention à Guantánamo avant de les expulser. La garde côtière s'emploie ainsi à faire appliquer les lois migratoires en mer, sous prétexte que le fait d'« intercepter ces contrevenants dans les eaux signifie qu'ils peuvent être renvoyés en toute sécurité vers leur pays d'origine sans passer par les processus coûteux [qui auraient été] nécessaires s'ils étaient parvenus à entrer aux États- Unis [60] ». Au Canada, l'Agence des services frontaliers collabore avec des compagnies aériennes commerciales à l'étranger afin qu'elles appliquent des méthodes de surveillance. En 2018, un nombre record de 7 208 personnes, dont une majorité de Roumains, de Mexicains, d'Indiens, de Hongrois et d'Iraniens, ont été empêchées de monter à bord d'avions à destination du Canada pour cause de « documents inadéquats [61] ». Les premières mesures d'interdiction du Canada remontent à l'aube du XX siècle, quand les autorités interdisaient au personnel des chemins de fer de vendre de billets de train aux Noirs arrivant des États-Unis [62].
Les ententes sur les tiers pays sûrs sont des accords bilatéraux en vertu desquels les réfugiés doivent présenter leur demande d'asile dans le premier pays qu'ils atteignent, ce qui les empêche de demander l'asile ailleurs. En vigueur depuis 2004, l'entente entre les États-Unis et le Canada interdit à laplupart des réfugiés de demander l'asile à un point d'entrée officiel dans l'un des deux pays s'ils ont d'abord transité par l'autre. Étant donné que la majorité des réfugiés passent par les États-Unis pour se rendre au Canada et non l'inverse, l'entente s'est traduite par une réduction de 49 % du nombre de demandes d'asile aux postes frontaliers terrestres canadiens [63]. Après le décret anti-immigration de Trump, des milliers de réfugiés se sont présentés à la frontière canadienne. Nombre d'entre eux ont été encouragés par la campagne de communication du premier ministre Trudeau : « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi. La diversité fait notre force. #BienvenueAuCanada », a-t-il déclaré sur Twitter. En réalité, la plupart des 45 517 migrants et réfugiés centraméricains, africains et caribéens qui se trouvaient alors aux États-Unis tombaient sous le coup de l'entente sur les tiers pays sûrs et ont été forcés d'entreprendre de périlleux voyages [64]. Plusieurs ont perdu des membres à cause d'engelures après avoir marché des heures par des températures polaires. En 2017, Mavis Otuteye, une grand-mère ghanéenne de 57 ans, a été retrouvée morte d'hypothermie dans un fossé près de la frontière entre les États-Unis et le Canada. Durant la première année de la présidence de Trump, quelque 7 787 réfugiés haïtiens sont arrivés au Canada, où nombre d'entre eux ont été détenus dans des camps de l'armée installés à la frontière [65]. S'inspirant de l'entente sur les tiers pays sûrs avec le Canada, Trump a annoncé la signature d'une série d'accords avec le Mexique, le Guatemala, le Salvador et le Honduras, obligeant ces pays à accepter les demandes d'asile des réfugiés en transit. Il est désormais pratiquement impossible pour des réfugiés de fuir vers le nord et de demander l'asile aux États-Unis. Dans l'UE, le règlement de Dublin prévoit le renvoi des demandeurs d'asile vers un précédent pays d'arrivée, et un accord entre l'UE et la Turquie repose sur la présomption que la Turquie représente un tiers pays sûr. Ces ententes deviennent un mécanisme répandu de diplomatie migratoire qui permet d'empêcher les réfugiés de demander l'asile dans le pays de leur choix et de les renvoyer de force vers un pays de transit.
En outre, la sous-traitance du contrôle migratoire à des pays tiers revêt de plus en plus la forme d'une intervention impériale, révélant, au-delà du lien de cause à effet entre impérialisme et migration, comment l'externalisation du contrôle de la migration est elle-même devenue une méthode d'impérialisme contemporain. Le régime d'externalisation des frontières de l'UE existe depuis trente ans. Les pays d'Afrique, en particulier, sont contraints d'accepter la sous-traitance des frontières de l'UE, qui tend à devenir une condition à l'octroi d'aides. Présentée en détail au chapitre 6, l'externalisation des frontières de l'UE se fait par un système de contrôle perfectionné qui comprend la surveillance par drone de la Méditerranée, les patrouilles menées aux frontières de dizaines de pays non- membres par les missions d'assistance frontalière de l'UE et le déploiement de troupes européennes dans la région du Sahel.
Jamais en reste, la CBP a formé 15 000 agents frontaliers dans 100 pays [66]. Todd Miller note que « [si vous] fermez les yeux et pointez vers n'importe quelle masse terrestre sur une carte du monde, votre doigt indiquera sans doute un pays qui renforce d'une manière ou d'une autre ses frontières avec l'aide de Washington [67] ». En Afghanistan et en Irak, les forces spéciales et les unités tactiques de la U.S. Border Patrol collaborent étroitement avec l'armée américaine afin de prolonger les occupations impérialistes de ces deux pays [68]. En Amérique centrale, la U.S. Strategy for Engagement in Central America (Stratégie des États-Unis pour l'implication en Amérique centrale) a pour but d'accroître la sécurité aux frontières et d'empêcher la migration. Les États-Unis forment et financent également des agents de l'immigration au Salvador, au Guatemala, au Honduras et au Mexique par l'intermédiaire du Grupo Conjunto de Inteligencia Fronteriza (Groupe conjoint de renseignement frontalier) et échangent des renseignements au moyen de bases de données communes afin d'empêcher des membres de gangs présumés de demander l'asile. Les enlèvements de migrants – on en a dénombré près de 9 800 en six mois entre fin 2008 et début 2009 au Mexique –, dont les médias se font largement l'écho, ne sont pas des actes de violence commis au hasard par des membres du crime organisé, mais reflètent plutôt la réorganisation desrapports sociaux et de propriété dans un contexte où la guerre à la drogue seconjugue à celle contre les migrants [69]. Comme on l'a vu au chapitre 2, la guerre aux stupéfiants menée par les États-Unis favorise la spoliation néolibérale, fait régner l'austérité par le biais de la gouvernance carcérale et cautionne les opérations de terreur contre-insurrectionnelle des paramilitaires. Ces processus contraignent nombre de Mexicains à immigrer, justifiant en retour la sous-traitance de la protection de la frontière au Mexique, où les États-Unis assurent la formation de policiers et d'agents frontaliers. Le discours sur le narcotrafic permet en outre de contrôler la migration avec l'aide de l'armée et de paramilitaires qui séquestrent, rackettent, voire massacrent et font disparaître des migrants avec l'aval de l'État. Peu après la mise sur pied du Mexico-Guatemala- Belize Border Region Program par les États-Unis, le département de la Sécurité intérieure a déclaré : « La frontière entre le Guatemala et le Chiapas [au Mexique] constitue désormais notre frontière sud [70]. » Les États-Unis ont d'ailleurs déployé des garde-frontières et des enquêteurs au Guatemala afin d'y restreindre la migration. En réaction, 300 membres de l'Assemblée des peuples de Huehuetenango ont occupé en 2019 le point de contrôle de Mesilla, à la frontière Guatemala-Mexique, et mis en évidence les liens entre l'extractivisme, la dépossession des terres, la migration forcée et la militarisation de la frontière [71].
La stratégie américaine de sous-traitance impériale ressort particulièrement dans les récents Protocoles de protection des migrants adoptés par Trump, et mieux connus comme le programme « Remain in Mexico », en vertu desquels les migrants et les réfugiés, dont 16 000 enfants et mineurs, ont été forcés de rester au Mexique dans l'attente d'une audience aux États-Unis [72]. La première année d'entrée en vigueur de cette politique, plus de 59 000 personnes ont été renvoyées au Mexique pour attendre le traitement de leur demande d'asile, et seules 11 d'entre elles ont obtenu une réponse favorable [73]. En avril 2020, invoquant la pandémie de coronavirus, les autorités migratoires des États-Unis ont provisoirement suspendu toutes les audiences d'asile, à la suite de quoi des milliers de gens se sont retrouvés bloqués dans un camp bondé de la ville frontalière deMatamoros, sans eau courante ni électricité [74]. Avant ces protocoles, l'Initiative Mérida, un programme impliquant les États-Unis et le Mexique qui a coûté plusieurs milliards de dollars, avait pour axes principaux la lutte contre le narcotrafic et le renforcement du contrôle de l'immigration à la frontière sud du Mexique. Lancée par Bush fils et prolongée sous Obama, l'Initiative Mérida incluait la formation, le financement et l'équipement des agents de maintien de l'ordre mexicains par les États-Unis. De plus, le ministère des Communications et du Transport du Mexique redevenait propriétaire du chemin de fer « La Bestia » en 2016, entraînant une augmentation du nombre d'arrestations des migrants qui ont coutume d'emprunter cette ligne ferroviaire pour voyager à l'intérieur du Mexique.
La militarisation et la paramilitarisation du Mexique ont conduit à l'appréhension, dans le pays, de 520 000 migrants d'Amérique centrale, entre 2015 et 2018 [75]. Soixante-dix mille migrants ont en outre disparu entre 2006 et 2016 – ce que le Mesoamerican Migrant Movement (Mouvement méso-américain pour les migrants) a qualifié d'« holocauste de migrants » – et des milliers d'autres ont subi des viols et des agressions [76]. Huit migrantes d'Amérique centrale sur dix se sont déclarées victimes de chantage sexuel ou de viol [77]. L'escalade dans l'horreur s'est poursuivie en 2019 lors du déploiement de la Garde nationale du Mexique à la frontière afin d'honorer la promesse du gouvernement mexicain d'adopter « des mesures sans précédent » pour freiner la migration, après les menaces de sanctions douanières brandies par Trump. Du sud du Chiapas à la frontière avec les États-Unis, une batterie de points de contrôle attend désormais tous les voyageurs qui arrivent au Mexique. Le nombre de migrants centraméricains détenus au Mexique a doublé depuis l'introduction de ces mesures répressives [78]. Début 2020, les forces de police mexicaines ont bloqué et aspergé de gaz lacrymogène 4 000 migrants et réfugiés en majorité honduriens, puis détenu et expulsé plus de 1 800 d'entre eux [79]. La même année, en pleine pandémie de COVID-19, des centaines de détenus majoritairement honduriens et salvadoriens de cinq centres de détention du Mexique ont protesté contre leur détention prolongée dans des conditions de surpeuplement et d'insalubrité. Dans un accès de désespoir,des détenus du centre de détention de Tenosique ont mis le feu à l'établissement, causant la mort tragique d'Héctor Rolando Barrientos Dardón, un réfugié guatémaltèque [80].
La politique du « Remain in Mexico » touche aussi des migrants et des réfugiés africains, dont le nombre dans le pays a triplé depuis 2017 [81]. Après avoir voyagé des mois par-delà des océans, des fleuves, des jungles et des chaînes de montagnes dans une dizaine de pays et après avoir été contraints d'abandonner leurs amis décédés en cours de route, ils se retrouvent coincés au Chiapas parce que le Mexique refuse de leur délivrer les documents exigés pour entrer aux États-Unis. Les migrants et les réfugiés qui arrivaient au Mexique recevaient auparavant un avis stipulant qu'ils avaient vingt-et-un jours pour quitter le pays, durant lesquels ils se rendaient jusqu'à la frontière nord pour entrer aux États-Unis. À présent, les documents leur ordonnent de quitter le pays par la frontière sud et leur interdisent de voyager vers le nord. Plus de 3 000 personnes originaires d'Angola, du Burkina Faso, du Cameroun, de la République centrafricaine, de la République démocratique du Congo, d'Érythrée, d'Éthiopie, du Ghana, de Guinée, du Liberia, du Mali, de Mauritanie, de la République du Congo, du Sénégal, de la Sierra Leone et du Togo ont fondé à Tapachula une Assemblée des migrants africains. Dans un message au reste du monde, elles ont dénoncé leur situation : « Depuis que nous avons quitté nos pays, nos vies n'ont consisté qu'en une fuite permanente. Nous nous sentons désespérés, découragés, démoralisés, seuls et abandonnés [82]. » Leurs manifestations à l'automne 2019 pour revendiquer le droit fondamental à l'alimentation, à l'hygiène, au logement et à la mobilité ont été réprimées par des agents armés et la Garde nationale. À ce jour, ces personnes demeurent immobilisées au Mexique.
Ces formes d'externalisation de la frontière, couplées à sa militarisation, ont permis aux États impériaux d'ériger non seulement des murs, mais de véritables forteresses qui s'étendent loin au-delà de la frontière. Par exemple, la Conférence des cinq nations, soit la collaboration entre l'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis en matière d'immigration et de sécurité frontalière, prévoit le partagede registres d'empreintes digitales, de données biométriques de réfugiés, ainsi que l'inquiétante alliance des services de renseignement de ces pays sous le nom de « Five Eyes ». En outre, il n'est pas fortuit que les forteresses externalisées soient souvent imposées à des pays tiers déjà soumis au joug de l'impérialisme. Qu'elle use de la manière douce par des accords d'aide ou qu'elle fasse directement des menaces de guerre commerciale, la diplomatie migratoire oblige des pays d'Afrique, d'Amérique latine, du Moyen-Orient et d'Océanie à prendre en charge des missions de contrôle migratoire qui cimentent les relations impériales et mondialisent la violence raciale de la détention. Les deux prochains chapitres retracent l'origine de ces systèmes d'externalisation et d'immobilisation dans le cadre de la fondation coloniale de l'Australie blanche et de son actuelle solution du Pacifique, puis de l'Europe forteresse, érigée spécialement pour repousser les Africains au moyen d'un réseau complexe de contrôles impériaux. À l'instar des liens étroits qui unissent la formation de la frontière des États- Unis et leur politique migratoire décrits dans les chapitres précédents, ces forteresses protégeant l'Australie et l'Europe ont pour piliers l'empire, le colonialisme de peuplement, la traite atlantique des esclaves et la servitude pour dettes. Comme l'affirme d'ailleurs Angela Davis, « le mouvement [pour les droits] des réfugiés est le mouvement pour les droits civiques de notre époque. [83] »
[1] Le film dépeint notamment la ville de Jérusalem comme la seule à avoir survécu à l'apocalypse zombieen raison de l'ingéniosité de l'armée israélienne et du Mossad, on y voit notamment un gigantesque mur qu'il est impossible de ne pas comparer avec celui, bien réel, qui sépare les territoires volés des territoires palestiniens. Sur le film et sur l'implication du ministère des affaires culturelles israélien dans le champ de la production cinématographique, une vidéo de la chaîne GDF sur Youtube : https://youtu.be/7rLgFYpakh8?si=G8c-vjua1brHd5eE
[2] Ce dernier paragraphe a notamment été bien aidé par ce mémoire de recherche publié sur la question en 2022 : La sous-traitance de la politique migratoire européenne au Maroc : reflet d'une incapacité des États membres à s'accorder sur une politique migratoire commune : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04600960v1/document
[3] Info trouvée dans Le Monde « Ceuta : au moins 72 personnes sont mortes en voulant rejoindre l'enclave espagnole, selon les autorités locales ; le Maroc fait état de 11 décès » : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/08/02/ceuta-au-moins-72-personnes-sont-mortes-en-voulant-rejoindre-l-enclave-espagnole_6737289_3212.html
[4] Le tout est rapporté par l'association Utopia 56 dans un communiqué de presse et sur leurs réseaux sociaux
[5] Tim McDonald, « The Man Who Would Be the First Climate Change Refugee », BBC News,
5 novembre 2015.
[6] Perla Trevizo, « Tribes Seek to Join Immigration Reform Debate », Arizona Daily Star, 14 juin
2013.
[7] Michael Dear, Why Walls Won't Work : Repairing the US-Mexico Divide, Oxford, Oxford University Press, 2013, p. 158.
[8] Will Parish, « The U.S. Border Patrol and an Israeli Military Contractor Are Putting a Native American Reservation Under “Persistent Surveillance” », The Intercept, 25 août 2019 ; Todd Miller, « How Border Patrol Occupied the Tohono O'odham Nation », In These Times, 12 juin 2019.
[9] « Tohono O'odham National Tribal Chairman Says Nation Won't Allow Border Wall to Be Built »,
ABC 15 Arizona, 15 novembre 2016.
[10] Ofelia Rivas citée dans Dianna M. Náñez, « A Border Tribe, and the Wall That Will Divide It »,
USA Today, 2021
[11] Ruth Wilson Gilmore, Golden Gulag : Prisons, Surplus, Crisis, and Opposition to Globalizing
California, Berkeley, University of California Press, coll. « American Croosroads », 2007, p. 247.
[12] Jasbir Puar, The Right to Maim : Debility, Capacity, Disability, Durham, Duke University Press,
coll. « ANIMA : Critical Race Studies Otherwise », 2017, p. 64.
[13] Ibid., p. 81.
[14] Alan Gomez, « Homeland Security : More Than 600,000 Foreigners Overstayed U.S. Visas in 2017 », USA Today, 7 août 2018.
[15] Entry/Exit Overstay Report : Fiscal Year 2015, Washington, U.S. Department of Homeland Security, 2016. Données calculées à partir de la colonne « Total des dépassements de séjour suspectés dans le pays » ; le total pour tous les pays est de 482 781 dépassements de séjour suspectés.
[16] Mary Romero, « Keeping Citizenship Rights White : Arizona's Racial Profiling Practices in
Immigration Law Enforcement », Law Journal for Social Justice, vol. 1, 2011, p. 97-113.
[17] Michael D. Shear et Julie Hirschfeld Davis, « Shoot Migrants' Legs, Build Alligator Moat :
Behind Trump's Ideas for Border », The New York Times, 1er octobre 2019.
[18] Ryan Devereaux, « Mining the Future : Climate Change, Migration, and Militarization in Arizona », The Intercept, 3 octobre 2019.
[19] Associated Press, « Trump Administration to Expand DNA Collection at Border and Give Data to FBI », The Guardian, 3 octobre 2019
[20] Wendy Brown, Murs. Les murs de séparation et le déclin de la souveraineté étatique, Paris, Les Prairies ordinaires, coll. « Penser/croiser », 2009, p. 186.
[21] Ibid., p. 139.
[22] Reece Jones, « Introduction », dans Reece Jones (dir.), Open Borders : In Defense of Free Movement, Athens, University of Georgia Press, coll. « Geographies of Justice and Social Transformation », 2019, p. 3.
[23] Todd Miller, Border Patrol Nation : Dispatches from the Front Lines of Homeland Security, San Francisco, City Lights, 2014, p. 42.
[24] Shoshana Zuboff, L'âge du capitalisme de surveillance. Le combat pour un avenir humain face aux nouvelles frontières du pouvoir, Paris, Zulma, 2020 [2018], p. 28.
[25] Reece Jones, Border Walls : Security and the War on Terror in the United States, India, and Israel, Londres, Zed Books, 2012, p. 2.
[26] Kate Smith, « Immigrant Deportation Filings Hit Record High in 2018, New Report Shows », CBS News, 8 novembre 2018.
[27] Emily Kassie, « Detained : How the US Built the World's Largest Immigrant Detention System », The Guardian, 24 septembre 2019.
[28] « Editorial : Don't Look Away from Concentration Camps at the Border », National Catholic Reporter, 19 juin 2019.
[29] César Cuauhtémoc Garcia Hernández, « Abolishing Immigration Prisons », Boston University Law Review, vol. 97, no 1, 2017, p. 245-300
[30] Chiara Cardoletti-Carroll, Alice Farmer, Leslie E. Vélez (dir.), Women on the Run : First-Hand Accounts of Refugees Fleeing El Salvador, Guatemala, Honduras, and Mexico, Genève, HCR, 2015.
[31] Alice Speri, « Detained, Then Violated », The Intercept, 11 avril 2018.
[32] Adam Frankel, « “Do You See How Much I'm Suffering Here ?” : Abuse against Transgender Women in US Immigration Detention », Human Rights Watch, 23 mars 2016.
[33] « The Precarious Position of Transgender Immigrants and Asylum Seekers », Human Rights
Campaign, 4 janvier 2019
[34] Livia Luan, « Profiting from Enforcement : The Role of Private Prisons in U.S. Immigration Detention », Migration Policy Institute, 2 mai 2018 ; John Washington, « The Amount of Money Being Made Ripping Migrant Families Apart Is Staggering », The Nation, 28 octobre 2019.
[35] Luan, « Profiting from Enforcement », loc. cit.
[36] Todd Miller, « More Than A Wall : Corporate Profiteering and the Militarization of US Borders », The Transnational Institute, 16 septembre 2019.
[37] Nancy MacLean, Democracy in Chains : The Deep History of The Radical Right's Stealth Plan for America, New York, Viking, 2017, p. 219
[38] Manny Fernandez et Katie Benner, « The Billion-Dollar Business of Operating Shelters for Migrant Children », The New York Times, 21 juin 2018.
[39] Jackie Wang, Capitalisme carcéral, Paris, Divergences, 2019 [2018], p. 254.
[40] Meagan Flynn, « ICE Is Holding $204 Million in Bond Money, and Some Immigrants Might
Never Get it Back », The Washington Post, 26 avril 2019 ; Michael W. Sances et Hye Young You, « Who Pays for Government ? Descriptive Representation and Exploitative Revenue Sources », The Journal of Politics, vol. 79, no 3, juillet 2017, p. 1090-1094.
[41] Pam Palmater citée dans Amanda Coletta, « Canada's Indigenous Population Is Overrepresented in Federal Prisons—and It's Only Getting Worse », The Washington Post, 1er juillet 2018. [NdT : Le terme « pensionnat » désigne ici des écoles religieuses créées en 1880 par le gouvernement du Canada fin d'assimiler les enfants autochtones à la société canadienne. Les pensionnats ont durablement perturbé et marqué les communautés autochtones. Le dernier a fermé ses portes en 1996.
[42] Rinaldo Walcott et Idil Abdillahi, BlackLife : Post-BLM and the Struggle for Freedom, Winnipeg, ARP Books, coll. « Semaphore », 2019, p. 44.
[43] « Incarceration of Women Is Growing Twice as Fast as that of Men », Equal Justice Initiative, 5 novembre 2018.
[44] Michelle Alexander, La couleur de la justice. Incarcération de masse et nouvelle ségrégation raciale aux États-Unis, Paris, Syllepse, coll. « Radical America », 2017 [2010], p. 25.
[45] Lisa Monchalin, The Colonial Problem : An Indigenous Perspective on Crime and Injustice in Canada, Toronto, University of Toronto Press, 2016.
[46] Ruth Wilson Gilmore, « Race, Capitalist Crisis, and Abolitionist Organizing : An Interview with
Ruth Wilson Gilmore », entrevue par Jenna Loyd dans Jenna M. Loyd, Matt Mitchelson et Andrew Burridge (dir.), Beyond Walls and Cages : Prisons, Borders, and Global Crisis, Athens, University of Georgia Press, coll. « Geographies of Justice and Social Transformation », 2012, p. 43.
[47] Dylan Rodríguez, « Abolition as Praxis of Human Being : A Foreword », Harvard Law Review, vol. 132, no 6, avril 2019, p. 1577.
[48] Tania Unzueta, « We Fell in Love in a Hopeless Place : A Grassroots History from #Not1More to Abolish ICE », Medium, 29 juin 2018.
[49] Kesi Foster, « There Are No Sanctuaries », Black Organizing Project, 16 décembre 2016.
[50] Tanya Maria Golash-Boza, Deported : Immigrant Policing, Disposable Labor, and Global Capitalism, New York, New York University Press, coll.« Latina/o Sociology », 2016, p. 177 et 185 ; Marybeth Onyeukwu, « Black Immigrants' Lives Matter : Disrupting the Dialogue on Immigrant Detention », Truthout, 22 juillet 2015.
[51] « The Constitution in the 100-Mile Border Zone », ACLU, s. d. [21 juin 2018]
[52] Joseph Nevins, « Policing Mobility : Maintaining Global Apartheid from South Africa to the
United States », dans Loyd, Mitchelson et Burridge (dir.), Beyond Walls and Cages, op. cit., p. 21.
[53] Zack Ford, « ICE Raids Followed a Massive Sexual Harassment Settlement at Mississippi Plants », Think Progress, 8 août 2019.
[54] Teju Cole, « Migrants Welcome », The New Inquiry, 7 septembre 2015.
[55] Suketu Mehta, « This Land Is Their Land », Foreign Policy, 12 septembre 2017.
[56] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme suivi de Discours sur la négritude, Paris, Présence africaine, 1955, p. 13.
[57] Conférence de plénipotentiaires des Nations Unies sur le statut des réfugiés et des apatrides, Acte final et Convention relative au statut des réfugiés, ONU, 1951, article 1, p. 14.
[58] Sarah Lazare, « How the Red Scare Shaped the Artificial Distinction Between Migrants and Refugees », In These Times, 5 février 2018.
[59] Fabian Georgi et Susanne Schatral, « Toward a Critical Theory of Migration Control : The Case of the International Organization for Migration », IMIS-Beiträge, no 40, mai 2012, p. 193-221.
[60] Maribel Casas-Cortes, Sebastian Cobarrubias et John Pickles, « “Good Neighbours Make Good Fences” : Seahorse Operations, Border Externalization and Extra-Territoriality », European Urban and Regional Studies, vol. 23, no 3, 2016, p. 231-251.
[61] « Enforcing Immigration Laws », site de la Garde côtière des États-Unis, s. d.
[62] Nicholas Keung, « Record Number of Canada-Bound Visitors Barred from Flights on Advice of Canada Border Agents », The Star, 17 juillet 2019.
[63] Vilna Bashi, « Globalized Anti-Blackness : Transnationalizing Western Immigration Law, Policy, and Practice », Ethnic and Racial Studies, vol. 27, no 4, juillet 2004, p. 584-606.
[64] « Rapport sur la première année de l'Accord sur les tiers pays sûrs : les portes se ferment pour les réfugiés », Conseil canadien pour les réfugiés, 2005.
[65] « Statistiques relatives aux personnes arrivées à la suite d'un passage irrégulier à la frontière », Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, 1er mars 2023.
[66] « Les faits, tout simplement : les demandeurs d'asile », Statistiques Canada, 17 mai 2019.
[67] Miller, Border Patrol Nation, op. cit., p. 199 ; Todd Miller, Empire of Borders : The Expansion of the US Border around the World, Londres / New York, Verso, 2019.
[68] Ibid., p. 6.
[69] Ibid., p. 4.
[70] Dawn Paley, Drug War Capitalism, Oakland, AK Press, 2014, p. 147.
[71] Adam Isacson, Maureen Meyer et Gabriela Morales, « Mexico's Other Border : Security,
Migration, and the Humanitarian Crisis at the Line with Central America », Washington Office on Latin America, juin 2014.
[72] NISGUA, « Guatemala Resists U.S. Border Imperialism », août 2019.
[73] Kristina Cooke, Mica Rosenberg et Reade Levinson, « U.S. Migrant Policy Sends Thousands of Children, including Babies, Back to Mexico », Reuters, 11 octobre 2019.
[74] Sandra Cuffe, « One Year into “Remain in Mexico”, the U.S. Is Enlisting Central America In Its Crackdown on Asylum », The Intercept, 29 janvier 2020 ; Gustavo Solis, « Remain in Mexico Has a 0.1 Percent Asylum Grant Rate », San Diego Union Tribune, 15 décembre 2019.
[75] Cat Cardenas, « Still Fearing Violence, Migrants Subject to Trump's Remain in Mexico Policy
Are Now Bracing for a Pandemic », Texas Monthly, 10 avril 2020.
[76] Clare Ribando Seelke, « Mexico : Evolution of the Mérida Initiative, 2007-2020 », Congressional
Research Service, 28 juin 2019.
[77] Deborah Bonello et Erin Siegal McIntyre, « Is Rape the Price to Pay for Migrant Women Chasing the American Dream ? », Splinter News, 10 septembre 2014.
[78] « Record Number of African Migrants Coming to Mexican Border », PBS News, 16 juin 2019 ;
Simone Schlindwein, « Halfway round the World by Plane : Africa's New Migration Route », Deutsche Welle, 2 août 2019.
[79] Kirk Semple et Brent McDonald, « Mexico Breaks Up a Migrant Caravan, Pleasing White House », The New York Times, 24 janvier 2020.
[80] Kirk Semple, « Overflowing Toilets, Bedbugs and High Heat : Inside Mexico's Migrant Detention Centers », The New York Times, 3 août 2019.
[81] « Record Number of African Migrants Coming to Mexican Border », PBS News, 16 juin 2019 ; Simone Schlindwein, « Halfway round the World by Plane : Africa's New Migration Route », Deutsche Welle, 2 août 2019.
[82] « African Migrants Assembly Created in Chiapas », El Enemigo Común, 2 septembre 2019.
[83] Angela Davis citée dans Lalitha Chelliah et Chris Peterson, « Angela Davis : “The Refugee
Movement Is the Civil Rights Movement of Our Time” », Green Left, 29 octobre 2016.
la bibli anticarcérale, c'est un prête-nom de publication qui sert à proposer des textes, des ressources et des archives des luttes anticarcérales et abolitionnistes pénales. Si jamais y'a quand même une boîte à lettres : labibliantik@riseup.net
Mise à jour de la dernière trouvaille (https://nantes.indymedia.org/posts/167658/les-autoradios-ont-des-oreilles/) : un fil qui n’a pas été suivi jusqu’au bout lors du premier démontage amenait à un boîtier aimanté fixé à une paroi entre l’arrière de l’autoradio et la boite à gants (il fallait démonter un autre cache en plastique). Il contenait une grosse batterie et une autre balise GPS (Taoglas, Quectel M66, Ublox MaxM10) avec carte SIM (voir photos). Vu la connectique et vu que le fil était branché au premier dispositif (voir photos), ce boîtier ne semble pas avoir été ajouté entre temps.

L'AG anti-militariste et anti-impérialiste qui se réunit les 3 et 23 de chaque mois au 17 rue Abbé Grégoire (Le lieu), à réalisé des affiches contre Thalès et Lynred.
Elle sont téléchargeables à ce lien : https://collectifsiag.noblogs.org/des-affiches-anti-imperialistes-a-coller-partout/
A afficher et coller partout !
La prochaine AG aura lieu le 3 septembre 2026 à 18h30 au Lieu et sera une AG bilan et perspectives. L'AG est ouverte à toustes et ne nécessite aucune connaissance ou compétences particulières
Guerre à Thalès ! Free Palestine !
L'assemblée anti-militariste et anti-impérialiste vous invite à participer au weekend Grenoble Capitale de la Guerre, le 14, 15 & 16 novembre 2026.
Plus d'informations sur le programme à venir !
Vous pouvez également participer à l'élaboration de ce weekend en venant aux AG tous les 3 et 23 de chaque mois au Lieu (17 rue abbé Grégoire, Grenoble).
Salutations anti-impérialistes !
Contexte de l'AG
Cela fait maintenant plus de 2 ans que la guerre génocidaire en Palestine et à Gaza se déroule sous nos yeux, après plus de 100 ans de violences coloniales. Ce génocide est alimenté par des technologies produites localement. STMicroelectronics (présente dans la région mais aussi dans l'État colonial israélien) exporte par exemple à l'entité sioniste des technologies de pointe, qui contribuent au développement militaire de son armée d'occupation.
Depuis des mois, des individu·e·s sont en lutte, ici et ailleurs, contre ces complicités de génocide. C'est dans ce contexte que nous appelons à une Assemblée générale ouverte pour amplifier la lutte contre l'armement et contre l'impérialisme.
Alors viens ! Que tu sois un·e individu·e ou que tu représentes une organisation, ce sera un endroit pour s'organiser et se coordonner. Ces AG ont lieu les 3 et 23 de chaque mois à 18h30 au Lieu (17, rue Abbé Grégoire 38000 Grenoble).
Des responsabilités locales, nationales et européennes écrasantes
La France est le deuxième pays exportant le plus d'armes au monde. Elle alimente directement les guerres en cours, et sa puissance militaire s'est elle-même développée sur une histoire coloniale faîte de massacres, de pillages et de dépossessions. C'est cette puissance militaire qui lui permet de maintenir sa domination coloniale et impérialiste aujourd'hui.
Le complexe militaro-industriel de la France alimente aussi les structures d'oppressions à d'autres niveaux. Et ce, en accaparant des terres agricoles dans toute la région pour construire des usines ultra-polluantes comme en fournissant du matériel de surveillance algorithmique ou des drones, utilisés pour les contrôles racistes dans nos quartiers, aux frontières, ou dans les territoires encore colonisés.
Alimentant les guerres à l'extérieur, l'Europe militarise de plus en plus ses frontières, causant ainsi la mort de milliers de personnes. Frontex, l'agence européenne de militarisation et surveillance des frontières, utilise des drones dont certains composants sont produits par Thalès, une entreprise présente a Moirans et Montbonnot.
Un continuum colonial qui s'étend jusqu'à l'intérieur des frontières nationales
À l'intérieur du territoire national, la répression s'accentue constamment. Elle vise principalement les quartiers populaires et les personnes issues de l'immigration post-coloniale. Ce racisme d'État s'exprime dans une islamophobie exacerbée qui a des conséquences dramatiques pour des millions de personnes. L'arsenal répressif de la police suit également ce mouvement, celle-ci s'équipant d'armes et de technologies de surveillance de plus en plus sophistiquées. Lynred (une entreprise située à Veurey Voroise) expose ainsi ses technologies au Milipol, le salon mondial de la répression intérieure des États.
Dans ses colonies, la France continue le pillage des minerais nécessaires à la fabrication des technologies de pointe et de l'armement. C'est par une répression sanguinaire que l'État français y maintient sa domination coloniale.
La recherche au service de la guerre
La militarisation passe aussi par les universités (dont l'UGA) et les écoles d'ingénieurs (dont Phelma - INP) qui adaptent leurs programmes pour les besoins de l'industrie militaire, formant ainsi les personnes nécessaires à la conception de ses drones et ses missiles. Grenoble est un des centres français majeurs de recherche et de production dans le domaine de l'armement. De nombreuses entreprises et start-ups conçoivent et produisent dans la métropole des pièces d'armes, composants électroniques, et autres solutions informatiques à destination de l'armée. Nombre d'entre elles fournissent directement l'entité sioniste : Caterpillar, HPE, IC'Alps, Microoled...etc.
Un bellicisme en marche
Le gouvernement actuel nous parle de se préparer à un conflit armé dont il est lui-même architecte. On nous demande d'être prêt·e·s à faire des sacrifices pour la nation, de s'unir sous un drapeau que nous n'avons pas choisi. Ce prétexte a bon dos pour étouffer la contestation sociale, au moment où les fascistes et réactionnaires de tout bord soutiennent cette escalade belliciste. Dans le même temps, nos luttes féministes sont récupérées au service d'un nationalisme blanc et instrumentalisées à des fins guerrières et coloniales. Cette instrumentalisation tente de camoufler que les guerres sont étroitement liées au racisme, au capitalisme et au patriarcat.
Concrètement, cette marche à la guerre se traduit par des mesures comme la réindustrialisation du territoire annoncée en mai 2025 (40 milliards d'euros d'investissements) ou le service militaire volontaire, qui remplace le SNU pour recruter dans l'armée dès le plus jeune âge, ciblant en particulier les plus précaires. Le budget militaire, quant à lui, a doublé depuis 2017 (de 32,7 milliards à 57,1 milliards d'euros). Tout cela a donc un coût énorme, financé par nos impôts, et participe de la casse sociale dont nous faisons actuellement les frais.
L'actualité mondiale est faite d'attaques
Partout les impérialismes font des ravages. Dernier exemple en date, les États-unis ont lancé une offensive militaire sur le Venezuela pour piller leurs ressources et assurer leur domination sur l'Amérique du sud. Et ce sont les mêmes États-Unis qui cherchent à instrumentaliser à leur avantage les révoltes en Iran, pour tenter d'instaurer un régime à leurs bottes dans cette région.
Agir !
Loin d'être impuissant·es, nous pouvons et devons nous opposer à l'impérialisme, qu'il soit états-unien, français, israélien, ou d'autre nature.
Alors voilà, l'idée de cette AG est de proposer à toute personne motivée et à toutes les organisations intéressées de venir se coordonner contre le militarisme et contre l'impérialisme, depuis Grenoble. Pas besoin d'être un expert du sujet ni d'avoir un bagage militant, tout est à construire ensemble !
تحيا فلسطين Tahya Filastin
Recrutement saison 2026-2027

Et si toi aussi tu rejoignais les Cannibal Marmots ?
🦫🛼Jouer
Cette rentrée on propose deux créneaux d'essai auxquels s'inscrire pour tester le roller derby (mais il faudra en choisir un seul) le vendredi 18 septembre à 21h ou le jeudi 24 septembre à 19h30. Pas besoin de savoir patiner, tous les niveaux sont les bienvenus !
Cet essai est gratuit et on peut te prêter des patins et des protections.
On précise que le jour de l'essai ne correspond pas forcément au créneau de l'entraînement à l'année (1x/semaine). Les places sont limitées, on met une jauge de 15 personnes par séances d'essai !
🦓🦩Arbitrer
En patins ou à pied, on est sûr-es que les rayures ou le noir t'iront très bien ! Notre crew d'arbitres La Harde sera ravi de t'accueillir et te former.
🦄🌟Bénévoler
Que ce soit sur les matchs que l'on organise localement ou bien en déplacement, on a toujours besoin de bénévoles pour que les événements puissent se tenir et pour encourager toutes les équipes !
Si ça te parle, clique sur ce lien pour avoir accès au formulaire de recrutement :
https://forms.gle/GZqJiNUotwTh8YgH9
Si vous avez des questions n'hésitez pas à nous contacter à : training.marmots@gmail.com
Pour en savoir plus sur nous, c'est par ICI
A tout vite on espère ! 😉
En 2026, le Resto Malap cuisine au Bar Radis (15 Rue Gustave Flaubert, Grenoble) les lundis soirs.
On vous y retrouve ce mois-ci le lundi 31 août !
Début de service à 19h, dernier service à 20h30.
La réservation n'est pas obligatoire mais elle est fortement conseillée (cela nous permet d'anticiper) !
Prix accessibles (entre 8 et 20 euros pour un repas).
Lien Hello Asso : https://www.helloasso.com/associations/resto-malap/evenements/reservation-bar-radis-31-aout
En cas de problème, vous pouvez nous contacter à ce numéro : 0749876554
Jeudi 2 juillet, le NPA et BDS sainté projettaient au Méliès le film « Guerre en Ukraine Les combattants anti-autoritaires ». Des copaines avaient vu le film, et on a décidé d'aller y apporter notre grain de sel.
Le film projeté par le NPA et BDS, en plus de se dire « anti-autoritaire », explique que pour résister à l'attaque de l'Etat russe, il faudrait s'engager dans l'armée régulière ukrainienne, ce que font d'ailleurs des anarchistes, assumant par là de se battre aux côtés de néo-nazis. On a voulu apporter une critique antimilitariste.
En effet, on est plutôt du côté des déserteurices. La position que les anarchistes d'ukraine essaient d'imposer dans les cercles anarchistes nous débetectent, sans parler que toute critique est renvoyée à des positions pro-russes (campisme quand tu nous tiens).
Pendant que deux copaines tenaient une banderole « A bas toutes les armées et tous les Etats », d'autres copaines diffaient un texte d'anarchistes d'italie que tu peux trouver ici :
https://distrohaokah.noblogs.org/files/2024/02/Sabotons-la-guerre-.pdf
Avant qu'on déploie la banderole, le chef du NPA vient nous parler. On va pas s'étendre là-dessus, mais en gros tout en disant qu'il aimait pas Zelensky mais que face à l'Etat Russe fallait s'engager dans l'armée, pour finir par nous dire qu'on soutenait le projet de Grande Russie (ce qui pour un communiste est assez savoureux...)
Pas grand monde est venu à la projo, mais on a eu globalement de bonnes discussions, une personne a décidé de pas aller voir le film finalement.
Et aussi, ça nous a fait du bien de faire cette petite action qui a pas demandé grand chose, d'apporter une position anarchiste et anti-militariste face aux faux-critiques du militarisme.
Contre toutes les armées et tous les Etats, partout, tout le temps !
Solidarity.international / s.d.
Nous vous appelons à passer à l’action durant la Semaine de solidarité avec les prisonnier-es anarchistes!
Envoyez-nous vos événements et actions à tillallarefree@riseup.net.
Appel pour la Semaine International de Solidarité avec les Prisonnier.es anarchistes – Du 23 au 30 août 2026
Marius Mason, un anarchiste antispéciste et écologiste, écrivain, artiste et militant trans était en prison pour la plus longue peine à l’heure actuelle pour des actes de sabotage en défense de l’environnement. Après 17 ans d’enfermement, nous célébrons son transfert suite à sa sortie de prison et son transfert dans une maison de semi-liberté, le 14 mai dernier.
À l’intérieur de la prison, il n’a jamais abandonné, mais s’est dressé pour les autres comme pour lui, défendant les droits des prisonnier.es trans et résistant au système carcéral. Toutes ces années, nous avons appelé à lui écrire lors de la semaine internationale de solidarité avec les prisonnier.es anarchistes.
Maintenant, nous sommes heureux de le retirer de notre liste et de lutter ensemble depuis l’extérieur.
Malgré cela, de nombreux compas restent en prison et sur notre liste d’adresses, de nouvelles personnes sont même ajoutées. La solidarité est nécessaire pour lutter contre ce système répressif. La solidarité peut nous porter à travers les moments les plus sombres – une carte postale ou une lettre, un rassemblement devant une prison, une visite, peuvent signifier énormément et donner des forces. L’histoire d’un.e compa en prison partagée lors d’un événement, se multiplie avec les personnes présentes. C’est notre responsabilité de transmettre leurs idées et avec elles, les personnes elles-mêmes voyagent au-delà des murs des prisons. En n’oubliant pas les enfermé.es, la solidarité peut croître.
C’est pour ces raisons que chaque année nous appelons à une semaine de solidarité avec les prisonnier.es anarchistes.
Les temps sont de plus en plus durs, le fascisme s’élève, et les états, les fascistes et les conservateurs font de nous les cibles de leur violence – en tant que Queer, Antifas ou anarchistes.
Ils essayent de nous écraser comme le montre les condamnations dans l’affaire Prairieland, avec des condamnations allant jusqu’à 100 ans de prison. Ou la tentative de supprimer le mouvement anarchiste en Indonésie où, suite aux affrontements du premier mai, 10 anarchistes sont emprisonnées et risquent de lourdes condamnations.
Face à l’adversité, nous devons rester ensemble et agir en solidarité. Renforcer nos communautés et supporter les plus vulnérables. N’oublions pas les enfermé.es et luttons côte à côte. Ce ne sont pas seulement des prisonnier.eres, ce sont nos compas. Marius a montré en long et en large comment nous pouvons faire appel les uns aux autres pour mener un combat commun.
Rejoins la semaine internationale de solidarité avec les prisonnier.es anarchistes !
Organise des séances d’écritures de lettres, un événement de solidarité, une projection de film, une action directe, un rassemblement, accroche une banderole ou n’importe quelle autre idée qui te vient et envoie-nous des photos et un court résumé !
Anarchist Black Cross Belarus / dimanche 2 août 2026
L’ABC Bélarus a été refusée au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, en Suisse.
Voici comment vous pouvez nous soutenir.
Cette année, nous avons demandé de participer au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, avec une présentation sur la répression au Bélarus et notre table de presse. Nous avons été refusé.es « à cause du sujet de la guerre ». Comme nous n’avons reçu aucune autre justification du refus de notre demande, nous ne pouvons que supposer que cela est lié à notre position sur la guerre en Ukraine et à la participation d’anti-autoritaires à celle-ci.
Nous reconnaissons et comprenons le fait que les organisateur.trices du Salon du livre puissent avoir une position différente de la nôtre, mais nous trouvons cette décision décevante. Non seulement parce que nous la voyons comme un choix d’isolement plutôt que de dialogue. Plus important encore, cela interfère directement avec notre capacité à prendre soin des compas emprisonné.es au Bélarus.
À l’heure actuelle, il y a quinze personnes en prison que nous soutenons. La durée restante de leurs peines varie de plusieurs mois à plus de dix-huit ans.
Beaucoup de nos compas font face à des pressions et à du harcèlement de plus en plus forts, en prison, à cause de leurs liens avec le mouvement anarchiste. Ils/elles subissent régulièrement le confinement dans des cellules d’isolement, la pression psychologique, l’isolement social, le refus délibéré de soins médicaux et des prolongations de leurs peines, avec des raisons fallacieuses.
En plus du soutien à celles/ceux qui sont en prison, nous continuons à soutenir les compas qui ont été récemment libéré.es et déporté.es de force, sans possibilité de revenir. Ils/elles se retrouvent dans une situation où elles/ils doivent reconstruire leur vie à partir de zéro, tout en essayant de subvenir à leurs besoins de base, comme se nourrir et avoir un logement.
Pour le dire de manière directe, tout ce travail nécessite beaucoup d’argent.
Les événements en présentiel sont pour nous plus que des occasions de parler de l’anarchisme biélorusse et de rencontrer de nouveaux compas. Ils sont aussi un moyen de collecter des fonds pour les prisonnier.es – et un moyen très efficace.
Les salons du livre à l’international nous rapportent généralement environ 2 000 ou 3 000 euros chaque année, avec des dons et de ventes de notre distro. Au Bélarus, cette somme peut couvrir quinze visites d’avocats, ou sept colis avec de la nourriture, des vêtements et de médicaments pour un.e prisonnier.es, ou quelques mois de frais de subsistance pour un.e compa déporté.e.
Les dons mensuels que nous recevons s’élèvent à environ 400 ou 500 euros, ce qui ne permet pas de couvrir les besoins de tou.tes les compas que nous soutenons.
Tout cela pour dire que nous voulons transformer ce refus en un appel à la solidarité internationale, un appel adressé surtout aux compas de Suisse.
Voici comment vous pouvez nous soutenir :
– Faites des dons ici (chaque petit don nous aide) : https://abc-belarus.org/en/about-us/donate/
– faites des achats auprès de notre distro : https://www.sabotage.ninja/category/collectives/abc-belarus-collectives/
– partagez cet appel avec vos compas
– si vous allez au Salon du livre, appelez à soutenir l’ABC Bélarus et parlez de notre travail et des prisonnier.es dont nous nous occupons
– organisez un événement au bénéfice de l’ABC Bélarus
– si vous voyez un événement auquel nous devrions participer, faites-le nous savoir.
Ce n’est pas la première fois que l’ABC Bélarus est bannie de tels événements et nous croyons que cette tendance ne fera que s’accélérer. La possibilité que nous ne soyons plus en mesure de soutenir nos compas en prison nous inquiète beaucoup.
Cependant, nous ne sommes pas seulement une « caisse », qui évitera les sujets inconfortables, afin de garantir l’arrivée de fonds. Nous sommes un collectif politique et notre analyse de la façon dont les dictatures fonctionnent et se renforcent mutuellement fait partie de notre anarchisme tout autant que notre travail anticarcéral.
Par conséquent, nous continuerons à garder la guerre en Ukraine dans notre ordre du jour, plutôt que regarder ailleurs.
Chaque jour, dans notre lutte, nous voyons la solidarité internationale en action, même nos compas derrière les murs épais des prisons biélorusses peuvent le ressentir.
Cette solidarité nous donne un espoir révolutionnaire, l’espoir que, peu importe la force de l’État, de l’impérialisme et du patriarcat, nous l’emporterons.
Merci pour votre solidarité et pour cet espoir.
Anarchist Black Cross Bélarus
« CommemorAction » est un mot-valise qui associe les termes commémoration et action.
Il exprime à la fois notre engagement à garder la mémoire de celles et ceux qui sont morts ou ont disparu dans leur quête de liberté de circulation, ainsi que nos revendications pour la vérité, la justice et la responsabilité !
Les personnes réfugiées et migrantes sont contraintes de risquer leur vie en traversant la mer, le désert ou d'autres zones frontalières, parce qu'elles ne peuvent pas emprunter des routes sûres en raison de régimes de visas restrictifs. Dans ce contexte, des dizaines de milliers de personnes sont mortes et continuent de mourir aux frontières de l'Union européenne.
Des proches des victimes, des survivant·es et des personnes solidaires ont créé le réseau transnational CommemorAction en 2020. Des familles de victimes de violences policières et étatiques à caractère raciste ont également rejoint le réseau CommemorAction. Nous nous souvenons des personnes mortes et disparues, nous leur rendons hommage, et nous agissons et protestons contre les conditions et les politiques responsables de ces morts.
Dans cette brochure, nous retraçons quelques étapes de la construction de ce réseau transnational. Nous présentons plusieurs expériences issues des rencontres transnationales de CommemorAction organisées au cours des six dernières années. Nous rassemblons également plusieurs prises de parole et témoignages de proches ayant perdu des êtres chers et aujourd'hui engagé·es dans le réseau CommemorAction.
Nous espérons que ce recueil de textes et les nombreuses photographies permettront de donner un aperçu du processus CommemorAction et d'en offrir une première compréhension. Bien entendu, ce petit livret reste fragmentaire. Il ne prétend en aucun cas être exhaustif ; il ne constitue qu'un aperçu des multiples activités et efforts déployés pour rendre hommage aux personnes mortes et disparues et pour agir contre le régime migratoire meurtrier.
En solidarité avec toutes les personnes mortes ou disparues du fait des violences d'État le long des routes migratoires et dans nos quartiers !
Juillet 2026
La brochure est aussi disponible en anglais sur le site https://commemoraction.net/ accès direct
Un dispositif de surveillance a été trouvé le 22 juillet 2026 dans une voiture en transit entre le sud-est et l'Auvergne-Rhône-Alpes.
Le dispositif a été découvert lors d'un changement d'autoradio, après que ce dernier ait été retiré de son emplacement. Deux micros (gauche-droite) étaient visibles en premier, collés à la paroi du cash plastique sous l'autoradio. Ils étaient reliés a un boîtier (bricolé sur la base du modèle Innova RB800) avec carte SIM (Orange) et carte micro SD, une petite batterie (1200 mAh) et une balise GPS (Taoglas, modèle datant de 2013). Le tout était ponté sur l'alim de l'autoradio et collé avec de la pâte collante à la paroi sous l'auto-radio.
La musique a bien dû leur casser la tête !
infos trouvées ici : https://nantes.indymedia.org/posts/167658/les-autoradios-ont-des-oreilles/
A l'heure où les mouvements sociaux ont été écrasés par le capital, les roses et les rouges peuvent tranquillement rafler la mise de nos espoirs brisés. Oui, puisque nous avons perdu, la bourgeoisie avance : c'est comme ça que ça marche. Que cela nous pousse dans les bras des réformistes ou des léninistes, c'est une autre histoire qui devrait être interrogée . Mélenchon n'est pas notre ami, et les soi-disant révolutionnaires qui veulent diriger eux-mêmes le pays pour notre plus grand bien non plus.
« ... et dans la réforme les lier »
Les Insoumistari
I. the G.A.U.C.H.E.
Le premier point, ça devrait être acquis : on peut mettre un bulletin dans une urne pour défendre nos intérêts matériels sans se mettre à lécher les pieds d'un gars qui dit très clairement qu'il veut continuer le capitalisme. On peut aussi ne pas mettre ce bulletin, d'ailleurs. Posons une chose : l'extrême-droite n'est qu'une tête de l'hydre. Ce qui doit être combattu ce n'est pas elle en soi, mais toutes les formes du capital. Se battre corps et âme à gagner cinq ans pour qu'au final un gars continue de faire tenir les rouages qui mènent au fascisme n'a aucun putain de sens. Rappelons à cet égard que les mesures « de gauche » sont toujours des mesures qui servent les racines de ce système de merde que sont l'étatisme et le capitalisme. La sociale-démocratie ici, c'est toujours le fascisme quelque-part, tout simplement parce que le capitalisme et l'exploitation impliquent des éléments fascisants dans leur production et leur reproduction. Or les gouvernements de gauche ne tiennent pas magiquement sur des lois complètement différentes de ceux de droite.
Ces éléments réactionnaires sont contenus dans les programmes de gauche : sous le vernis des améliorations, ce qui est proposé est de maintenir et reproduire les fondements de la violence capitaliste. Taxer les gros capitalistes par exemple, beaucoup de gens trouvent ça super : ça veut juste dire que l'argent qu'ils gagnent en exploitant des travailleurs dans d'autres pays nous reviendra un peu plus à nous qu'à eux, que ça tombera un peu plus dans la poche de l'Etat et un peu moins dans celles du patronat. En gros, au lieu que les patrons bouffent eux-mêmes les produits du néo-colonialisme, c'est nous qui allons les bouffer un peu. Merci mais si c'est ça la grande différence de la gauche avec les autres, on va laisser...
Voici un post instagram qu'on traduit un peu comme on peut, qui développe ce point et qui parle de HITLER mesdames et messieurs on est comme ça, dans la nuance, allons-y tout de go : « Adolf Hitler était un social-démocrate. Le génocide et le racisme mis de côté, c'était toujours un petit politicien de merde. Les gens comme lui existent encore de nos jours. Kamala Harris, Tim Waltz, Gavin Newsome... ils partagent la philosophie économique d'Hitler. La seule différence est qu'ils ne sont pas ouvertement des suprémacistes blancs (c'est débattable). La social-démocratie c'est du capitalisme avec un visage humain, et donc pour pouvoir prodiguer un petit paradis à ta population aryenne tu dois ou bien être engagé dans un état de guerre constant (l'Allemagne d'Hitler) ou bien tu dois avoir le Tiers Monde qui construit toutes tes merdes pendant que tu restes avantageusement assis au sommet du monde à jouer aux innocents (l'Europe du Nord). En résumé : la social-démocratie a toujours besoin de l'impérialisme pour fonctionner ». [1]
Soyons clairs : c'est vrai. On réfute le terme « social-démocrate » pour parler de Hitler car pour nous ça renvoie précisément au courant réformiste du socialisme, mais on comprend l'idée et on est d'accord avec : tout ça c'est du capitalisme. Les versions plus ou moins fascisantes, plus ou moins sociales-libérales ou libérales-autoritaires, plus ou moins néo-réformistes du capital ne proposent pas de ruptures fondamentales les unes par rapport aux autres. Ce sont des modes de gestion, qui ont plus en commun qu'ils n'ont de différences.
La pensée de gauche n'est ainsi pas une négation de la pensée de droite, elle en est une variante. Elle est celle qui consiste à refouler de nos esprits les aspects intrinsèquement fascistes et impérialistes du capitalisme pour se faire croire que c'est une question de gouvernement, et qu'il existe des « bons gouvernements », pour peu que les gens votent bien. Le système, lui, n'est pas remis en question. En gros : « on voudrait que les symptômes du capitalisme disparaissent mais les causes ne nous gênent pas. » Et, fonctionnellement : « on veut les avantages que l'exploitation et les oppressions du capitalisme nous octroient, mais on ne veut pas voir les rouages, ni que ça se passe ici ».
II. La nature du fascisme
Il y a dans la vision même qu'on s'est forgée de l'extrême-droite, et dans la construction de la gauche comme son antithèse, quelque-chose d'absolument raciste et dégueulasse : Hitler – revenons à lui – est vu comme une anomalie dans la normalité paisible, une incarnation de l'horreur au-delà de tout... Alors que les pays qu'il a combattus étaient des empires coloniaux. Ainsi quand Césaire dit que le fascisme est un « choc en retour », un retour en Europe des logiques politiques que les bourgeoisies blanches appliquaient à l'extérieur, c'est vrai. La seule chose « inacceptable » qu'Hitler ait faite, c'est de porter la logique coloniale au sein de l'Europe même : les horreurs, elles, sont pour les bourgeoisies d'une banalité totale. Il suffit de se rappeler que le capitalisme s'est en partie construit sur l'enrichissement dû à la production de canne à sucre, donc précisément sur l'esclavage, et que les Etats-Unis ont fondé leur Etat sur un génocide, et sur l'esclavage aussi. Tous appliquent les mêmes logiques, car ce sont les logiques du capital.
Si les bourgeoisies allemande et italienne ont tenté aux alentours de 1930 d'envahir une partie de l'Europe, ça n'est donc pas par un machiavélisme supérieur de beaucoup à l'esprit noble et distingué de leurs homologues , mais justement parce que les autres forces européennes et américaines avaient déjà bouffé le « gâteau » et apporté la violence comme système partout où c'était possible. Il ne restait donc pas tant d'autre possibilité pour augmenter la captation de plus-value, point sans lequel une bourgeoisie s'écroule, que tenter l'annexion de pays déjà eux-mêmes coloniaux. En fait, ce qu'on appelle fascisme, et qu'on oppose à la « gauche », pourrait très bien correspondre à ça : quand l'horreur capitaliste arrive là où elle ne « devrait pas », c'est-à-dire sur nous. Tandis que le Front Populaire, qui a maintenu le colonialisme, peut être dit « antifasciste » car il a relégué la violence maximale, fondamentale au capital, un peu plus loin de la vue pour se contenter de la violence « acceptable » - déjà hardcore sa mère on est d'accord. Aucun pays, aucun gouvernement n'était pas atrocement criminel dans la deuxième guerre mondiale, il faut le comprendre, et l'analyse qui tente de faire de Hitler une exception, en opposant artificiellement extrême-droite et gauche – ou plus généralement extrême-droite et « république » - dans leurs fonctionnements profonds, cause énormément de dommages à l'analyse politique.
C'est un point fondamental. Les massacres et les génocides, les systèmes concentrationnaires, les logiques débordant l'exploitation salariale pour tendre vers des formes de servitude plus ou moins avancées voire extrêmes ne sont pas des exceptions ou des aberrations du capital. Au contraire, elles sont son indispensable corollaire, son pilier de fonctionnement, elles sont la logique fondamentale de l'accumulation de la plus-value sans laquelle il ne tient pas. La différence entre les différents types de régimes capitalistes – fascistes, droitisants, ou de gauche, même « radicale » - ne tient pas à autre chose qu'au niveau de visibilité assumé de ce fait, et à quel point la violence concerne aussi les travailleur.euse.s au sein du pays même.
III. Le mélenchonisme qui vient
Alors quand on nous parle de « l'extrême-droite aux portes du pouvoir », une extrême-droite face à laquelle il faudrait se mobiliser en votant « gauche radicale » comme on devait voter Macron ou Chirac auparavant, la seule chose qu'on comprend, c'est que le brouillage des pistes a gagné. Les différentes fractions du capital ont bien su utiliser la propagande pour créer un mythe des « bon bourgeois contre les mauvais », mythe qui les arrange tous. Une grosse partie de la militance tombe dedans, décidant que le réformisme de gauche est le bien pour lequel il faut lutter corps et âme, bec et ongles, tractage aux municipales et posts insta moralisateurs. La lutte des classes est morte, vive le front de gauche. Et tant pis pour la révolution : car en démocratie, tous les cinq ans, il faut se mobiliser pour éviter le pire (le pire étant différent selon les circonstances). Et entre temps le faire pour les législatives, et le faire pour les municipales, et le faire pour les européennes, etc... Il reste peu de temps et d'énergie pour autre chose, à la fin. Tant que ces échéances rythment notre vie, la récupération est constante, le surgissement de la révolte court-circuité sans arrêt.*
Il se joue parallèlement à cette captation de l'énergie dans les processus institutionnels une confusion bizarre entre ligne politique et conscience des oppressions. A écouter beaucoup de monde, on dirait que « être anti-oppressif » signifie texto « être sauce-dem », voire léninisant (car anti-impérialiste, etc). On a envie de dire que de ce point de vue le « wokisme » existe bel et bien, en tant que signe égal mis entre ces deux points, comme une obligation morale. Ainsi depuis que Mélenchon monte, on voit se multiplier les take type « les abstentionnistes / anarchistes qui allez pas voter Mélenchon, vous êtes pas les alliés que vous croyez ». On répond sans sourciller, depuis le courageux anonymat de cette brochure : « les sauces-dem qui faites passer votre ligne politique pour la réalité objective, vous êtes des sauces-dem avant d'être des alliés ou des concernés ». [2]Pouf, ça c'est envoyé, dans les dents.
Car pour adhérer autant à la gauche il faut croire sans questions ce qu'elle dit d'elle-même. On nous excusera de pas gober le truc. Plongeons nous dans le mandat Mélenchon deux secondes. Sous LFI, les CRA existeront toujours, et vous verrez bien comment ils traiteront les étrangers ou les militants contre les frontières. Sous Mélenchon, la police existera toujours, même si sûrement un peu plus bridée, or la police n'a qu'un seul rôle, et elle le tiendra. Sous Mélenchon, le travail existera toujours, or le travail EST l'institution de l'exploitation, indiscernable de ses composantes les plus fondamentales : exploitation racialisée et genrée... qui fondent le racisme et le sexisme systémiques. [3] D'une façon ou d'une autre, Mélenchon continuera de nourrir les racines mêmes de ce qui finit par s'incarner sous la forme de l'extrême-droite, tout simplement parce que le seul moyen de ne pas les nourrir est de démanteler le capitalisme [4], chose dont il n'a aucune envie et qui ne viendra pas de lui. Lui, au contraire, se propose magnanimement en continuateur.
Affirmer, comme la gauche le fait, qu'il pourrait exister un capitalisme moins suprémaciste, moins patriarcal, un capitalisme dont l'exploitation serait un juste régime salarial pour tout le monde est un mensonge absolu. Ce mensonge a une fonction : faire dériver les désirs d'émancipation dans des théories moins radicales, moins difficiles, moins absolument demandantes que la révolution. Il suffit de voter et de pousser tout le monde à le faire et hop ! ça sera bon. Ça permet à une partie de la militance de se sentir investie d'une mission d'éveil des consciences bien surplombante typique des socialos autoritaires. Et si c'est pas bon, tkt, dans cinq ans on repart. Nous, on pense que ça pue la merde. Qu'on a autre chose à foutre que de se mobiliser pour ça. Qu'on préfère pas faire semblant qu'on fait quelque-chose si ce quelque-chose c'est : servir les récupérateurs de nos colères et de nos espoirs, ces connards qui, en jouant la carotte entre les coups de bâton, participent à la paix sociale tout autant que la droite et l'extrême-droite. [5]
IV. Que faire ? (lol)
Donc rappelons quelques points qui nous paraissent très importants.
1. Les révolutionnaires ne sont pas responsables de l'arrivée de la droite au pouvoir, même quand ils ne votent pas.
2. La gauche n'est qu'une des formes du capital. Et c'est par une vision raciste/sexiste, car occultant les réalités impérialistes, suprémacistes, structurellement sexisantes du capital, que cette gauche parvient à se rendre acceptable voire « désirable ». Elle est à cet égard une saloperie sans nom, car elle distord la réalité du capital dans nos têtes, brouille la lutte des classes en la transformant en « lutte de la droite contre la gauche ».
3. Ce point n'exclut ni le fait que les fractions dominantes de la bourgeoisie ne veulent pas de Mélenchon à la tête de l'Etat, ni qu'un mandat sous son gouvernement serait moins violent qu'un mandat sous n'importe quel autre parti présidentiable. Pour autant, il faut bien comprendre ce que veut dire ce troc : un peu moins de violence localisée et spécifique contre le maintien et la continuation de la violence partout ailleurs, dans l'écrasante majorité des sphères de la société. Le maintien et la continuation de la violence comme modèle d'organisation de la société. Et la paix sociale voire le soutien des militants à un mandat qui sert l'exploitation et son fonctionnement patriarcal-racial-écocide. Ce n'est pas notre programme.
4. Être révolutionnaire ne consiste pas à faire le plus confortable : en l'occurrence, se rallier derrière le premier parti sauce-dem venu, même si sans révolution en vue d'ici là évidemment qu'on espère que ce sera plus lui que les autres connards encore pire. On a peur comme tout le monde, et bien sûr qu'on veut le moins de violence possible, et bien sur que si c'en est d'autres le niveau de violence sera un voire plusieurs crans au-dessus. Et bien sur que ça retombera sur les personnes oppressées, puisque le capital fonctionne comme ça. On n'est pas dans le déni, et la situation nous plait pas.
Mais c'est juste pas la question. Si la situation en est là c'est pas à cause des abstentionnistes mais des défaites dans les luttes concrètes, défaites que l'électoralisme alimente en nous mobilisant sur les enjeux des bourges. Et défaites qui seront tout autant provoquées par une police de gauche qu'elles le sont par la police actuelle. On est pas là pour dire « Mélenchon c'est plus gentil que Retailleau alors vote Mélenchon », on est là pour tendre vers la conflictualité avec ceux qui permettent à ce système de se perpétuer.
Si une propagande est à faire, c'est donc aussi bien pour démonter le discours de la droite et de l'extrême-droite que pour montrer en quoi Mélenchon fait partie du système capitaliste bien plus qu'il ne le combat, et en quoi le capitalisme est fondamentalement une horreur sans nom, sous toutes ses formes, de droite comme de gauche. Seul ce type de discours peut nourrir les buts que l'on poursuit, à savoir donner de la force à tout ce qui peut aller vers le renversement de ce putain de système de merde pour mettre en place le communisme/l'anarchisme. Dans cette optique, passer son temps à soutenir Méluche/ à ne taper que sur l'extrême-droite nous parait complètement contre-productif. En fait, donner notre temps et notre énergie à investir les échéances électorales, autrement que pour en montrer ou en attaquer la nature bourgeoise, nous semble être une putain d'aberration. On est pas la gauche, on veut pas l'être, on la vomit. Même si ça n'empêche pas qu'en attendant, en effet, nos défaites nous poussent à espérer plutôt lui qu'un autre.
5. Enfin, quand on dit tout ça sur « lui plutôt qu'un autre » et etc, on veut quand même poser qu'on le dit en négatif, par rapport au programme des autres : oui, si c'est lui, ça n'est pas Le Pen, Philippe ou Retailleau. Mais le concernant lui, on n ‘a pas beaucoup d'attentes. Une partie de la sphère militante semble avoir fait de lui son nouveau Jésus en partant du principe qu'il fera tout ce qu'il a promis. On veut rappeler que c'est un politicien qui veut avant tout être élu. Pour le reste, ce qu'il voudra réellement faire, ce qu'il pourra réellement faire, c'est une autre histoire, mais rappelez-vous bien que Mitterrand aussi s'est présenté plusieurs fois avant d'être élu et ça l'a pas rendu plus radical dans les actes. De même, le Front Populaire en 36 a aussi été élu sur le sujet de « la menace fasciste » et les seules avancées réelles qu'il a mises en place sont celles que le prolétariat a contraint le patronat à accepter ; autrement, c'était un parti sauce-dem basique qui comptait pas faire grand-chose. Et qui a, comme tout bon parti de « gauche radicale » qui se respecte, détricoté tout ce qu'il pouvait de droits de notre camp durant le reste de son mandat. Il nous parait évident que Mélenchon élu, après quelques-mesures démago, va beaucoup, beaucoup, décevoir. Je veux dire, incarner et récupérer nos espoirs face à la montée de l'horreur du capital, c'est littéralement son boulot. Ça nous paraitrait vraiment bien si les voix militantes autour de cette campagne proposaient autre chose que la collusion basique avec la bourgeoisie.
Conclusion
Comme dans tous les moments d'élection, nos voix vont être plus inaudibles que d'habitude. C'est dans la révolte et les mouvements sociaux que nos aspirations existent et trouvent de l'écho : le terrain de l'Etat et des institutions est celui de la social-démocratie, depuis sa forme la plus légère et réformiste – Mélenchon – jusqu'au bout du spectre rouge qui tâche – léninistes, « radicaux », stals... Ils vont s'époumoner, ce moment est pour eux, mais au moins qu'on ne les laisse pas imposer leur vision autoritaire et la faire passer pour révolutionnaire là où on pourra l'empêcher [6]
D'une façon ou d'une autre, une fois Mélenchon élu, c'est contre lui et sa police, et contre une partie des « militants » transformée en supplétifs informels – gauchistes syndicalistes et léninistes – , qu'on devra sortir dans la rue pour se battre. Non, la révolution ne sera pas plus avancée ni plus facile sous Mélenchon. De même qu'elle n'était pas plus « objectivement avancée » à l'époque de l'URSS ou du Front Populaire : ces gens-là ne sont tout simplement pas nos alliés. Si l'avancée de l'extrême-droite n'est pas une bonne nouvelle, le renouveau de la gauche et de « l'espoir » mystificateur qu'elle incarne ne le sont pas, et ne le seront jamais non plus.
A4
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livret
[1] Le compte c'est commissar_howitzer après on fait pas la pub, c'est pas vraiment un anti-autoritaire
[2] Oui c'est un peu un équivalent de « prout prout c'est celui qui dit qu'y est ». Mais des fois c'est un bon argument.
[3] C'est pourquoi la gauche réformiste passe son temps à mettre le sexisme et le racisme du côté de la conscience, de l'éducation, de l'individu : ça permet d'effacer la réalité des oppressions, qui sont des composantes de l'exploitation, et qui ne peuvent qu'être reproduites si ces composantes ne sont pas démantelées.
[4] A la fois en tant que structure, et en tant que rapport social
[5] Et la paix sociale, on est d'accord, c'est la guerre sociale en train d'être perdue
[6] Et ce, même s'ils utilisent pour ça tous les arguments les plus fallacieux – comme faire de leur ligne la seule envisageable si on « prend en compte le réel » ou mettre un signe égal entre « anti-autoritaire » et « privilégié ».

Communiqué du collectif Peaux Noires, Ligne Rouge, sur le jugement rendu dans l’affaire Crépol, qui franchit un cap alarmant vers l’ethno-nationalisme d’État.
Le 20 juillet 2026, les juges d’instruction chargés de l’affaire de Crépol ont requalifié les mises en examen des quatorze personnes poursuivies pour la mort de Thomas Perotto (tué le 19 novembre 2023 à Crépol (Drôme), après avoir été frappé à l’arme blanche), en retenant contre elles une circonstance aggravante de racisme visant, selon les termes mêmes du dossier, « la race blanche et la nation française ». Que de tels mots soient aujourd’hui inscrits noir sur blanc par une institution judiciaire de la République, à la demande de parties civiles parmi lesquelles l’AGRIF, officine identitaire d’extrême droite catholique, n’est pas un détail de procédure. Il s’agit ici d’un basculement de l’institution judiciaire. Disons-le sans détour : Thomas Perotto avait seize ans, et la mort de cet adolescent est une tragédie. C’est précisément parce que ce deuil-là est réel que nous refusons qu’il devienne l’arme idéologique qu’en fait, méthodiquement, depuis novembre 2023, toute l’extrême droite française, jusqu’à armer les ratonnades et les expéditions punitives menées, dans les semaines qui ont suivi le drame, au nom de la « race blanche ».
Car le « racisme anti-blanc » n’existe pas. La négrophobie et l’islamophobie sont structurelles parce qu’elles organisent concrètement, chaque jour, la relégation, la surveillance et la mise à mort de nos vies. Il n’existe, en face, aucun système qui organise l’infériorisation des Blancs en tant que Blancs. Retourner ce concept contre les racisé.e.s n’est qu’obtenir la négation pure et simple de ce combat, et offrir à l’extrême droite ainsi qu’à l’ensemble du bloc réactionnaire de la bourgeoisie une nouvelle tribune pour intensifier son offensive idéologique raciste.
Cette vérité éclate dès qu’on observe le deux poids deux mesures de l’appareil judiciaire et politique. En février 2026, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence pour Quentin Deranque, militant d’extrême droite néonazi. Neuf mois plus tôt, la même Conférence des présidents avait d’abord refusé le moindre hommage à Aboubakar Cissé, jeune musulman assassiné de dizaines de coups de couteau. Voilà, à nu, la hiérarchie des morts que dresse l’État. Le même mépris gouverne les qualifications pénales : Mahamadou Cissé, abattu par un voisin, s’est vu offrir un « crime par exaspération » avant que son meurtrier ne soit remis en liberté, soutenu par une cagnotte d’extrême droite ; pour Aboubakar Cissé, le parquet s’est empressé d’écarter la qualification terroriste et de psychologiser le geste, « envie obsessionnelle de tuer » ; à Saverne, un homme qui tira sur une famille maghrébine aux cris de « sales bougnoules » et » je vote RN » vit les faits ramenés à de simples « violences aggravées » ; à Brest, le 5 juillet, une femme musulmane voilée touchée par un tir dans un parc, devant son enfant, vit l’enquête pour tentative d’homicide ramenée à de simples « violences volontaires », au terme de près de deux semaines de silence médiatique national, la presse locale ne parlant que d’« une femme », pas un mot de son voile. Quand la victime est noire ou musulmane : lenteur, minimisation, psychologisation. Quand il s’agit de la » race blanche » : la machine trouve ses mots en quelques jours. Il n’y a là aucun hasard. Les institutions pénales appliquent la définition du racisme telle que l’État français la conçoit, et leur principale, si ce n’est leur seule, raison d’être est d’entériner et de protéger l’ordre capitaliste et le suprémacisme blanc qui lui est consubstantiel. En consacrant juridiquement la » race blanche » et la » nation française » comme catégories à défendre la justice accorde une légitimité intellectuelle et offre une victoire politique à tous les groupuscules identitaires. Elle franchit un pas décisif vers l’ethno-nationalisme d’État.
Nous refusons ce deux poids deux mesures. Nous refusons que la vie des Noir.es, des musulman-es et des racisé.es soit reléguée au rang de fait divers pendant que l’on érige la « race blanche en catégorie protégée du droit. Nous refusons que l’appareil judiciaire, arme d t de race, prétende plus longtemps arbitrer avec neutralité les rapports de domination qu’il est fait pour reproduire.
Peaux Noires Ligne Rouge dénonce cette requalification comme un précédent d’une gravité inouïe et un blanchiment de l’idéologie identitaire par l’État. Nous n’avons rien à quémander à cette justice. Notre tâche est ailleurs : reconstruire, contre le racisme qui la divise, l’unité de notre classe.
Organisons-nous, préparons la riposte. Tout le pouvoir au peuple ! « Le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri » – Karl Marx
https://rebellyon.info/Atteinte-a-la-race-blanche-a-Crepol-l-40083
Traduction de la revendication du sabotage de l’oléoduc transalpin en mars. l’original : https://ilrovescio.info/2026/06/16/una-proposta-di-guerra/
Ce texte a été traduit pour être lu et débattu. Nous n’en partageons pas tous les aspects. Sa forme est étrange oudérangeante par moment, mais nous le trouvons stimulant, percutant, et les thèmes qu’il aborde, trop nombreux pourêtre énumérés, ont de quoi nourrir quelques discussions.Publié en Italie en juin 2026, il se compose de trois parties. La première constitue la revendication du sabotage demars 2026 contre l’Oléoduc Transalpin dans la région du Friouli-Venezia-Giulia, attaque qui a mis à l’arrêt plusieursraffineries dans plusieurs pays. Elle en détaille les motivations, et les réactions. La seconde est une réflexion critiquesur les pratiques en cours aujourd’hui, et en particulier dans le mouvement de soutien au peuple palestinien, assortied’une proposition. La troisième est une analyse des évolutions du pourvoir, et les perspectives stratégiques qui endécoulent. Ce texte en annonce, en outre, un deuxième à venir.Comme pour toute traduction, le contexte compte : publiées dans le mouvement italien, ces paroles s’inscrivent dansla continuité d’une tradition où se conjuguent l’analyse des rapports sociaux avec celle des infrastructurestechnologiques, et les réflexions sur les modes d’organisation offensive. Mais dans ce contexte fortement marqué parla répression, elles s’inscrivent aussi en rupture avec des pratiques qui ne permettent pas de s’en prémunir, et quimaintiennent l’action dans le champ du symbolique. Si elles peuvent aussi résonner ailleurs, ces paroles doivent êtreprises pour ce qu’elles sont : un communiqué, pris dans la situation italienne, et dont la forme joue probablement àcompliquer une éventuelle identification. Nous avons pris soin d’en faire une traduction à la lettre.
► SAMEDI 8 AOÛT 💥
▸ 16h : Atelier masques Mapache (Chili 🌶️)
▸ 17h : Tournoi foot ⚽️
▸ Dake - live painting 🎨
▸ Sky Sound Dub .........................chill
▸ Cabaret jonglerie - Mito
▸ 21h → ANTIFANFARE...................... chauffe chauffe ! 🔥
▸ 22h30 → Rap Sam Panda 🎤 (Soudan)
▸ 00h → The LITTLE DOGS 🇨🇱🤘 (chili) rock ska déjanté
▸ 01h → TROPICALES DJIPSIES - Didi ▸ 03h → DJ Octo & Shark VS Koon.+ Ping-pong DJ
⏰ ON FERME À 5H (et on remet ça dimanche !).
► DIMANCHE 9 AOÛT
Piscine 🏊 & foot
▸ 18h : Baque de Chuva (brésil) percussions brésiliennes 🥁
▸ 19h30 : Ama Keme Kemo (Cumbia)
▸ 21h : Thaissinha DJ set ! 🎧
🍽️ ON MANGE QUOI ?
Samedi : Plat éthiopien par Samira & Ziyad.
Dimanche : PIZZAS à gogo 🍕 !
📍 Zonneklopper – Chaussée de Neerstalle 172, 1190 BXL
🎟️ Entrée 5€
Zkaroussel.art
#ZKaroussel #FestivalParticipatif #Bruxelles #Zonneklopper #ArtEtFête
Un magnat du pétrole, un éco-technophile et un cachalot sont dans un bar. Ils se sont mis à boire et, inévitablement, à se la raconter. Le pétrolier regarde le cachalot et déclare que sans les combustibles fossiles, les 75 espèces de baleines auraient été chassées pour leur huile jusqu'à l'extinction.
« Mon industrie et sa technologie ont sauvé ton gros cul. »
L'éco-technophile s'est alors incrusté dans la discussion. Selon lui, sauver les baleines était un jeu d'enfant.
« Vous, les pétroliers, vous avez peut-être sauvé quelques baleines, mais les technologies bas carbone vont sauver cette foutue planète – y compris les pétroliers. »
À ce moment, le cachalot pose son whisky pour exprimer son indignation.
« Bande d'idiots. Le pétrole a accéléré le massacre des baleines, et les technologies vertes ne vont probablement pas sauver la planète. Vous deux, bande de crétins, ne connaissez rien à l'énergie ni à ses conséquences imprévues. »
C'est là une parabole moderne sur l'énergie.
Les gens pensent généralement que lorsque les marchés sont à court d'une ressource ou, dans le cas des baleines, lorsque les marchés exterminent plusieurs espèces, la civilisation trouvera une nouvelle ressource qui remplacera l'ancienne. De la même manière, les énergies renouvelables sont censées mettre à la retraite les combustibles fossiles, n'est-ce pas ? Mais l'histoire du massacre des baleines raconte une histoire beaucoup plus complexe et nuancée. Le sociologue américain Richard York détaille cette histoire dans un intrigant essai de 2017 intitulé Why Petroleum Did Not Save the Whales.
Naturellement, les magnats du pétrole aiment à penser que le boom pétrolier de 1859 en Pennsylvanie, qui déversa du kérosène sur le marché nord-américain, aurait produit un ralentissement de la demande d'huile de baleine utilisée à l'époque pour l'éclairage.
Mais comme le documente York dans son essai, les preuves historiques montrent que la plupart des massacres de baleines ont eu lieu au XXe siècle et en grande partie après la Seconde Guerre mondiale, grâce aux combustibles fossiles et à d'autres innovations. Le pétrole a simplement permis de tuer plus de baleines, plus efficacement que jamais auparavant.
Cette histoire de conséquences imprévues hante déjà les sources d'énergie renouvelables, ajoute York. York a vérifié les faits, et ces derniers indiquent clairement que les économies de marché n'utilisent pas le solaire, l'éolien ou la géothermie pour remplacer le pétrole, le gaz ou le charbon, mais pour augmenter la consommation globale d'énergie. De plus, le pétrolier et l'éco-technophile partagent la même ignorance flagrante : ils croient tous les deux que la technologie sauvera la situation et feront progresser le monde vers un avenir meilleur.
Malheureusement, cette hypothèse ne vaut pas mieux que les promesses de production venant du fabricant d'automobiles Tesla : le monde de l'énergie est un système technique complexe qui n'évolue pas de manière linéaire, et ce pour une raison simple tenant à la nature même de la technologie, explique York. La technologie, qu'elle soit fossile ou verte, augmente le nombre de produits et services qui utilisent de l'énergie, ce qui finit par créer une plus grande demande. York résume habilement la question : « Les technologies sont généralement déployées pour augmenter les profits, et non pour conserver les ressources », écrit-il. « Les producteurs travaillent à créer des marchés et à accroître la consommation de leurs produits afin de favoriser l'accumulation de richesse. » Cela explique non seulement pourquoi le pétrole n'a pas sauvé les baleines, mais aussi pourquoi les économies réalisées grâce à l'efficacité énergétique ne se traduisent généralement pas par une réduction de la consommation d'énergie. Les consommateurs et les producteurs se contentent de dépenser les économies réalisées pour trouver d'autres moyens de consommer plus d'énergie.
Mais revenons à l'histoire des baleines.
Comme toute baleine franche pourrait vous le dire, les Américains ont maîtrisé l'art de massacrer les géants au XVIIIe siècle. Après avoir épuisé les baleines franches, les tueurs de Nantucket se sont tournés vers les cachalots, leur huile étant meilleure que la graisse de bétail pour les bougies ; elle les rendait aussi plus brillantes. Les cachalots constituaient également une proie facile à attraper : ils étaient timides et aimaient s'étendre à la surface de l'eau.
En 1833, les Américains dominaient la chasse à la baleine. L'industrie américaine à elle seule employait 70 000 hommes et quelque 1 200 navires. Elle rapportait également de gros profits aux Quakers pacifistes qui dominaient l'industrie. (A l'époque, d'autres communautés religieuses « éthiques » évitaient le coton fabriqué par les esclaves et les lampes à huile parce qu'elles brûlaient de la graisse de baleine).
Dans sa magnifique histoire des baleines intitulée Leviathan, Philip Hoare note que « le baleinier était une sorte de pirate-mineur – un excavateur de pétrole océanique alimentant la fournaise de la Révolution industrielle autant que n'importe quel homme extrayant le charbon de la terre. » L'huile de baleine lubrifiait les machines industrielles et illuminait les maisons. Les scientifiques estiment aujourd'hui que 300 000 cachalots ont été tués dans le monde avec une technologie rudimentaire : « par des équipages de voiliers qui utilisaient de petites embarcations pour les poursuivre, les harponner, les épuiser et les transpercer » entre 1712 et 1899. Mais les combustibles fossiles ont fait croître ces chiffres. Au XXe siècle, le massacre s'est accéléré pour atteindre près de trois millions d'animaux.
La chasse à la baleine industrielle moderne est apparue dans les années 1860, lorsque l'industrie baleinière américaine de faible technicité entrait en crise. La Guerre Civile avait réquisitionné la plupart des navires baleiniers américains pour des objectifs militaires, alors les Norvégiens ont comblé le vide. La technologie standard des voiliers, des barques à rame et des harpons à main avait permis de pêcher les populations de baleines franches et de cachalots dans l'Atlantique et le Pacifique. Les prix de l'huile de baleine ont également chuté lorsque le kérosène commençait à inonder le marché de l'éclairage domestique. Le magazine Vanity Fair a même mis en valeur la popularité du kérosène dans un dessin animé montrant un groupe de cachalots célébrant un « Grand Bal donné par les baleines en l'honneur de la découverte des puits de pétrole en Pennsylvanie. » L'une des baleines portait une banderole avec le message « Nous ne pleurons plus à cause de notre graisse. » (jeu de mots entre « whale » et « wail » difficile à traduire : « We wail no more for our blubber »). Mais la célébration était en avance de plus d'un siècle.
Bientôt, des navires propulsés au charbon – et plus tard au diesel – ouvriront de nouvelles zones de chasse à la baleine en permettant à l'industrie de poursuivre les baleines bleues et les rorquals communs, des espèces qui se déplacent plus rapidement et comptent parmi les plus grands mammifères sur Terre. Un harpon explosif mis au point par un chasseur de phoques norvégien, Svend Foyn, a également facilité la tâche pour tuer les baleines les plus rapides.
Les navires-usines, qui pouvaient transformer les baleines en mer, ont également facilité la folie meurtrière. Comme l'a raconté un observateur en 1938, un seul navire-usine moderne pouvait prendre plus de baleines en une saison « que la flotte baleinière américaine de 1846 » qui comptait plus de 700 voiliers. Le sociologue York écrit : « Le navire-usine et sa flotte ne pourraient pas exister sans les combustibles fossiles qui alimentaient toute l'opération. Ils ont permis le stockage de longue durée des produits de la baleine en faisant fonctionner des congélateurs (pour la viande) et en traitant l'huile de baleine pour qu'elle ne devienne pas rance. »
Au fur et à mesure que le massacre s'accentuait, les baleiniers ont diversifié leurs produits et créé de nouvelles demandes. L'os de baleine, le plastique de l'époque, permettait de fabriquer des corsets et des arceaux pour l'industrie de la mode tandis que les militaires découvraient une nouvelle innovation : la fabrication de nitroglycérine. De leur côté, les chercheurs canadiens pensaient que la viande de baleine pourrait se vendre aussi bien que le bœuf.
Les frères Lever possédaient même leur propre entreprise de chasse à la baleine pour faciliter leur approvisionnement en graisse de baleine pour fabriquer du savon. Puis le processus d'hydrogénation a permis de transformer l'huile de baleine en margarine. Ce fut un best-seller pendant des années, jusqu'à ce que le beurre prenne sa place.
Dans les années 1930, la très active industrie baleinière a sponsorisé ses propres – et non officiels – « Jeux Olympiques de la Baleine ». Les jeux opposaient tous les pays baleiniers qui se battaient pour « attraper le plus de baleines possible avant qu'elles ne soient prises par les baleiniers d'un autre pays. » Dans ces années-là, l'huile de baleine constituait une part si importante de l'approvisionnement alimentaire du Royaume-Uni qu'entre 1932 et 1936, « elle représentait 37 % de la teneur en margarine, 21 % du composé de saindoux et 13 % de la teneur en savon…. En 1938, le gouvernement britannique a classé l'huile de baleine, avec la viande et le sucre, parmi les produits essentiels à la dite défense nationale. »
Après la Seconde Guerre mondiale, le prix de l'huile de baleine a de nouveau augmenté en raison de la pénurie générale d'huiles alimentaires. En conséquence, un groupe de pays, dont les États-Unis, l'Argentine, l'Australie, l'URSS, le Danemark, la Suède, l'Italie et même l'Autriche, pays sans littoral, ont annoncé leur intention de tuer davantage de baleines au nom du progrès de l'humanité. Les statistiques sur la chasse aux baleines donnent à réfléchir. Les scientifiques calculent maintenant que les navires de chasse industriels ont tué près de 2,9 millions de baleines au XXe siècle, « ce qui en fait (au moins en termes de biomasse pure) peut-être la plus grande chasse de l'histoire de l'humanité. »
L'efficacité du massacre dépasse l'entendement : « Entre 1900 et le milieu de l'année 1962, les méthodes industrielles ont tué autant de cachalots qu'au cours des XVIIIe et XIXe siècles réunis. De manière incroyable, cet exploit a ensuite été répété entre 1962 et 1972. » Les Soviétiques ont tué la plupart des baleines à bosse autour de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie dans les années 1960, non pas parce qu'ils avaient besoin de viande ou d'huile de baleine, mais parce qu'ils avaient des plans économiques quinquennaux à réaliser et la technologie pour y parvenir. Ils ont donc tué, comme l'a documenté plus tard un scientifique, « sans aucune autre raison que le fait de dire qu'ils les avaient tués. »
Alors que l'abattage industriel diminuait la taille et le nombre des baleines, la Commission baleinière internationale a essayé de gérer le carnage, mais avec comme souci principal de perpétuer la technologie de l'industrie. Il est révélateur que la commission n'ait pas approuvé de moratoire sur la chasse à la baleine avant 1985.
Les leçons à en tirer sur l'énergie sont nombreuses. L'industrie de la baleine nous dit par exemple que les économies humaines ne réagissent pas avec empressement – ni avec raison – à l'épuisement d'une marchandise. La découverte et l'exploitation du pétrole auraient pu empêcher le massacre de près de trois millions de baleines au XXe siècle, mais ce ne fut pas le cas. Ce n'est pas parce qu'il existe un substitut – le kérosène pour l'huile de baleine ou les énergies renouvelables pour certains combustibles fossiles – que le marché les utilisera à des fins de conservation.
La perspective d'une régulation de la chasse à la baleine a également incité les chasseurs à capturer le plus grand nombre de baleines possible avant l'entrée en vigueur de la réglementation. Les économistes appellent désormais cette réponse perverse à l'épuisement des ressources le « paradoxe vert ». L'économiste allemand Hans-Werner Sinn affirme par exemple que la société joue le même jeu avec les combustibles fossiles. Il craint que « les politiques visant à réduire la demande future de combustibles fossiles ne se retournent contre les propriétaires de ressources en les incitant à avancer leurs plans d'extraction, accélérant ainsi le réchauffement climatique ». En fait, la plupart des pays exportateurs de pétrole veulent construire plus d'oléoducs et exporter plus de combustibles lourds en carbone le plus rapidement possible.
La parabole de la baleine comporte également d'autres vérités importantes, selon York.
Les solutions technologiques ont leurs limites et on ne peut pas compter sur elles pour résoudre de graves problèmes environnementaux. Le pétrole aurait pu fournir tous les substituts nécessaires pour mettre fin à l'industrie baleinière, mais au lieu de cela, les combustibles fossiles ont dynamisé le massacre. Le pétrole et les autres nouvelles technologies mettent en évidence « l'imprévisibilité fondamentale des systèmes complexes », écrit York. Les innovations technologiques ne rendent pas obsolètes les ressources ou ne mènent pas à leur conservation, mais augmentent la production « afin d'augmenter les profits ».
L'histoire montre également que les tentatives de gestion de la chasse à la baleine au XXe siècle sont devenues un débat interminable sur l'état des stocks jusqu'à ce qu'il n'y ait pratiquement plus de baleines. Un débat similaire a lieu aujourd'hui avec le changement climatique et l'épuisement des ressources pétrolières bon marché. Malgré des conditions climatiques plus extrêmes et des situations d'urgence coûteuses, les dirigeants mondiaux continuent de débattre. Pendant ce temps, l'industrie continue d'exploiter ce qui est aujourd'hui le pétrole le plus cher et le plus difficile à extraire au monde, qu'il soit extrait d'un bassin au Texas ou des profondeurs de l'océan.
Peut-être que le dernier mot devrait revenir à York : « Largement répandu, l'espoir de voir les nouvelles technologies aider les sociétés à surmonter les problèmes environnementaux revient à faire l'hypothèse suivante encore couramment acceptée : les technologies auraient principalement les conséquences voulues par ceux qui les développent et/ou les déploient. » Les baleines, quant à elles, savent que ce n'est pas le cas, parce que la technologie a des conséquences imprévues.
Un certain Andrew
Texte originellement publié dans la revue Takakia, rugissements contre la société techno-industrielle
# 1 (hiver 2023-2024
Texte paru dans le numéro 1885 du magazine mensuel de la Fédération Anarchiste (FA) « Le Monde Libertaire » sur les attaques médiatiques contre le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) orchestrées notamment par Marianne, Valeurs Actuelles, Franc-Tireur, Charlie Hebdo et les médias du groupe Bolloré.
Le 11 avril 2026 s'est tenu à la Maison de la Chimie dans le 7e arrondissement de Paris le colloque de « l'institut Iliade pour la longue mémoire européenne ». Les « libertés », présentées comme le thème central du colloque, ont donc servi ce jour-là à réunir des figures de l'extrême-droite comme Laurent Obertone, créateur du vrai-faux magazine satirique La Furia et Alice Cordier, cheffe du collectif Némésis. Le 70e anniversaire de l'association du Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) sert aussi de carburant aux paniques morales habituelles des médias du groupe Bolloré comme CNews ou le Journal Du Dimanche (JDD).
« Liberté », « Europe », « Destin » ou encore « Civilisation » : autant de termes mobilisés par l'institut « Iliade pour la longue mémoire européenne » le 11 avril 2026 à la Maison de la Chimie dans le 7e arrondissement de Paris. À deux pas de l'Assemblée Nationale, cette association héritière de la Nouvelle Droite (ND) et du Groupement de Recherche et d'Études pour la Civilisation Européenne (GRECE) a donc réuni à l'occasion de son 13e « colloque » annuel toute une panoplie de figures d'extrême-droite comme Laurent Obertone, créateur avec Marsault et Papacito du pseudo-magazine La Furia et Alice Cordier du collectif Némésis. Le plus ancien de tous ces « activistes » présent dans les mouvements nationalistes depuis la fin des années 60, Jean-Yves Le Gallou, était évidemment de la partie. Sa fondation Polémia qu'il a créée en 2002 organise aussi des événements presque annuellement comme le « Forum de la Dissidence » ou les « Bobards d'Or » dont l'édition 2026 a été retransmise en direct par le « média » Frontières qui avait pour l'occasion envoyé l'une de ses têtes d'affiche, Louise Morice.
La Manif Pour Tous (LMPT), qui s'est illustrée en 2012 et 2013 par sa lutte contre l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, a entraîné dans son sillage la formation de nombreuses organisations. Parmi elles, on peut citer « Les Antigones », collectif identitaire que l'on peut considérer comme les ancêtres de Némésis. « Les Antigones » a ainsi été fondé par des militantes issues d'une scission de l'organisation royaliste « l'Action Française » et du club de scoutisme de la ND baptisé « Europe Jeunesse ». LMPT semble dans ce cadre avoir permis aux Antigones d'amorcer une dynamique que l'on peut retrouver à la fois dans Némésis et à la fois dans l'environnement de la ND comme l'institut Iliade.
Par exemple, la présidente des Antigones Anne Trewby est interviewée le 19 février 2024 sur le site d'extrême-droite Breizh-Info par Audrey d'Aguanno, participante à l'édition 2023 du colloque de l'institut Iliade. Anne Trewby affirme ainsi que « le patriarcat n'existe pas » et que l'unité du corps national doit être « fondée sur la cellule de base qu'est la famille (et donc le couple) » [1]. En 2023, LMPT change de nom et s'appelle désormais le Syndicat de la Famille (SF).
Sa présidente depuis 2013 s'appelle pour sa part Ludovine Dutheil de la Rochère et vient de la Fondation Jérôme Lejeune, opposée depuis sa création en 1995 à l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Le 9 mars 2026, elle déclare dans un article du Journal Du Dimanche (JDD), propriété du groupe Bolloré que le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) qui fête en 2026 son 70e anniversaire ignore les femmes qui veulent s'occuper de leurs enfants.
Le groupe Bolloré joue évidemment un rôle majeur dans le développement de ce type d'idées. On peut citer à titre d'exemple le passage non annoncé du film « Unplanned » sur son ancienne chaîne C8 juste avant de cesser définitivement d'émettre le 28 février 2025. Ce film, déjà diffusé en 2021 par la même chaîne, dénonce ouvertement l'avortement et est arrivé sur le marché français de la vidéo à la demande du fait de la société SAJE Distribution. Cette entreprise a de son côté été fondée en 2012 grâce au soutien de la Communauté de l'Emmanuel dans le sillage de LMPT. Elle distribue aussi le film « Vaincre ou mourir » produit en 2023 par Studiocanal, propriété du groupe Bolloré et de « Puy du Fou Films », le tout en partenariat avec le « Fonds du Bien Commun » du milliardaire Pierre-Édouard Stérin [2].
En matière de lutte contre l'IVG, Stérin aide par exemple l'association Familya que le MFPF de Meurthe-et-Moselle dénonce du fait de la proximité de son fondateur avec l'association « Alliance VITA » fondée en 1993 par Christine Boutin [3]. Le MFPF est d'ailleurs souvent la cible de campagnes médiatiques venant notamment des hebdomadaires Marianne, Franc-Tireur, Valeurs Actuelles (VA) et Charlie Hebdo. Le 25 septembre 2018, l'antenne des Bouches-du-Rhône du MFPF est ainsi accusée par Hadrien Mathoux sur le site de Marianne de se rapprocher « des valeurs de l'intégrisme musulman ».
La collaboration avec l'association Lallab est également critiquée conduisant par conséquent la « secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations » de l'époque Marlène Schiappa à menacer le MFPF de lui couper les subventions que l'État lui octroie [4]. Ce secrétariat d'État devenu depuis ministère est occupé aujourd'hui par Aurore Bergé, qui s'occupe surtout actuellement de mettre en œuvre des « mesures » suite au discours d'Emmanuel Macron sur le « réarmement démographique » prononcé le 16 janvier 2024.
Elle semble cependant écartée du « plan de lutte contre l'infertilité » lancé le 5 février 2026 à grands renforts de communication sur internet par la « ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées » [5]. Le 22 août 2022, Marianne s'attaque de nouveau au MFPF par la voie de Marguerite Stern et Dora Moutot qui dénoncent dans une tribune « l'idéologie transactiviste » qui le paralyserait [6]. L'historienne Marie-Jo Bonnet y voit quant à elle l'avènement d'une « idéologie transhumaniste » et un « détournement de la puissance maternelle » dans un entretien accordée au quotidien Le Figaro le 24 janvier 2023 [7].
Ces « polémiques » pour le moins bruyantes surviennent dans un contexte de transformation du paysage médiatique avec à la clé un renforcement du pouvoir des milliardaires sur de nombreux titres de presse. Marianne représente à ce titre un excellent exemple du fait de sa reprise en avril 2018 par Daniel Křetínský, directeur de la société tchèque EPH produisant de l'électricité à base de gaz et de charbon. Křetínský nomme en septembre de la même année Natacha Polony à la tête de la rédaction de son nouvel hebdomadaire, en redressement judiciaire depuis 2016 et donc en quête de « débats » stériles et racoleurs.
Le même phénomène s'observe à VA sous la férule d'Yves de Kerdrel puis de Geoffroy Lejeune, actuel directeur de la rédaction du JDD. Se basant en effet sur une « étude » réalisée par Kantar TNS MB (à l'époque TNS Sofres), il lance une formule qui le mènera à une condamnation pour diffamation après avoir publié un dossier intitulé « Roms, l'overdose ». Lejeune mène à son tour VA à une condamnation devenue définitive le 16 janvier 2024 du fait du rejet du pourvoi en cassation intenté par l'hebdomadaire. Il avait pour le coup diffusé une bande dessinée représentant la députée de La France Insoumise (LFI) Danièle Obono en esclave, ce qui avait généré une condamnation confirmée en appel pour « injure publique à raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion » [8].
Marianne, Franc-Tireur ou encore la chaîne de télévision T18 : autant de médias dirigés par Křetínský dont la « colonne » idéologique s'articule autour du tapageur mouvement appelé Printemps Républicain (PR). Les intervenant·e·s issu·e·s de ce groupe comme Raphaël Enthoven, Caroline Fourest, Rachel Khan, Amine El Khatmi, Abnousse Shalmani ou Richard Malka défilent ainsi aussi bien dans les médias de Křetínský que dans ceux de Bolloré, du groupe Bouygues ou même de l'audiovisuel public.
L'une des conséquences concrètes des attaques contre le MFPF réside surtout dans la baisse des subventions publiques qui lui sont versées. L'exemple le plus frappant à ce sujet se situe dans la région Pays de la Loire où sa présidente Christelle Morançais a décidé en novembre 2024 de supprimer intégralement les financements jusqu'ici alloués au MFPF [9]. Morançais soutient en même temps via un partenariat officiel à Nantes et Angers les « Nuits du Bien Commun » lancées en 2017 par Stérin [10]. Elle a également lancé en 2025 une « plate-forme d'orientation » pour les lycéen·ne·s de la région en collaboration avec le média Le Crayon dont Stérin a rejoint le capital en 2023 [11]. Le département du Loiret a lui retiré 10 % de sa subvention au MFPF en 2025 et 2026 [12]. La préfecture d'Orléans a pourtant versé en 2025 24000 euros à Familya pour son installation dans la ville [13].
Tout cela ne semble nullement déranger le PR davantage occupé à s'enfoncer dans une croisade acerbe contre le « wokisme » et « l'islamo-gauchisme [14]. La volonté affiché de son mentor Křetínský de constituer un nouveau monopole devrait pourtant le faire réagir. Křetínský dirige en effet le groupe Editis qui comprend 55 maisons d'édition et cherche depuis janvier 2026 à prendre le contrôle total de la Fnac qui décerne pas moins de 12 prix littéraires. Stérin de son côté a acquis VA en décembre 2025 et investissait déjà avant dans le mensuel L'Incorrect, dans le média en ligne Cerfia [15] et dans la station Radio Courtoisie selon un article publié le 31 mars 2026 sur le site Médiapart. Cette omniprésence de milliardaires dans le capital des médias s'imbrique ici avec les attaques contre le MFPF menées conjointement par Bolloré, Stérin et Křetínský. Les baisses de subventions publiques viennent enfin compléter ce tableau visant à faire reculer les droits sexuels et reproductifs ainsi que ceux des femmes et des minorités de genre.
L'équipe de l'émission « Médias et antifascisme » présente tous les deuxièmes vendredis du mois à 11h30 sur Radio Libertaire
[1] « « Le patriarcat n'existe pas ». Anne Trewby revient sur la construction d'un mythe [Interview] », Breizh-Info, 19 février 2024 : https://www.breizh-info.com/2024/02/19/229391/le-patriarcat-nexiste-pas-anne-trewby-revient-sur-la-construction-dun-mythe-interview/.
[2] « Avant-première de « Vaincre ou Mourir » », 10 janvier 2023 : https://fondsdubiencommun.com/evenements/avant-premiere-de-vaincre-ou-mourir/.
[3] « [Nancy] Communiqué du Planning Familial 54 sur l'association Familya » : https://manif-est.info/Nancy-Communique-du-Planning-Familial-54-sur-l-association-Familya-3788.html.
[4] « Laïcité au Planning familial : Marlène Schiappa demande des explications », Hadrien Mathoux, Marianne, 3 octobre 2019 : https://www.marianne.net/politique/laicite-au-planning-familial-marlene-schiappa-demande-des-explications.
[5] « Lancement de la première réunion du comité de pilotage du plan fertilité et des travaux ministériels sur la santé périnatale et maternelle », 5 février 2026 : https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/lancement-de-la-premiere-reunion-du-comite-de-pilotage-du-plan-fertilite-et-des.
[6] « Mme Élisabeth Borne, féministes, nous nous inquiétons de ce que devient le Planning familial », Marguerite Stern et Dora Moutot, Marianne, 22 août 2022 : https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/mme-elisabeth-borne-feministes-nous-nous-inquietons-de-ce-que-devient-le-planning-familial.
[7] « Affiche du Planning familial : « C'est la victoire totale du genre masculin » », Le Figaro, 24 janvier 2023 : https://video.lefigaro.fr/figaro/medias/affiche-du-planning-familial-cest-la-victoire-totale-du-genre-masculin-20220823.
[8] « Arrêt de la Cour de cassation », Chambre criminelle, 16 janvier 2024 : https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000048990882.
[9] « Suppression des subventions du Conseil Régional en Pays de la Loire », communiqué de presse du 25 novembre 2024 du Planning Familial : https://www.planning-familial.org/fr/le-planning-familial-de-maine-et-loire-49/le-planning-familial/suppression-des-subventions-du.
[10] « Entre la Nuit du bien commun, Pierre-Édouard Stérin et l'extrême droite, des liens multiples et inextricables », Clément Le Foll et Olivier Petitjean, Observatoire des multinationales, 12 février 2026 : https://multinationales.org/fr/enquetes/extreme-tech/entre-la-nuit-du-bien-commun-pierre-edouard-sterin-et-l-extreme-droite-des.
[11] « Bad buzz, clashs et invités d'extrême droite : Le Crayon, les Cyril Hanouna du web ? », Jérémie Rochas, Street Press, 9 décembre 2025 : https://www.streetpress.com/1765195804-bad-buzz-clashs-invites-extreme-droite-crayon-cyril-hanouna-web/.
[12] « Le Planning familial du Loiret tire (de nouveau) la sonnette d'alarme sur une baisse de ses financements », Ici Radio, 9 mars 2026 : https://www.ici.fr/centre-val-de-loire/loiret-45/le-planning-familial-du-loiret-tire-de-nouveau-la-sonnette-d-alarme-sur-une-baisse-de-ses-financements-1035041.
[13] « À Orléans, la maison Familya dans le collimateur du collectif féministe 45 et de la CGT », Ici Radio, https://www.ici.fr/centre-val-de-loire/loiret-45/orleans/a-orleans-la-maison-familya-dans-le-collimateur-du-collectif-feministe-45-et-de-la-cgt-9372213.
[14] « Le Printemps républicain et ses alliés, ceux qui ont fait le lit de l'extrême droite », Hugo Boursier et Pierre Jequier-Zalc, Politis, 11 septembre 2024 : https://www.politis.fr/articles/2024/09/le-printemps-republicain-et-ses-allies-ceux-qui-ont-fait-le-lit-de-lextreme-droite/.
[15] « Périclès, Smartbox, ingénierie financière, nouveaux investissements... Les secrets de l'empire Stérin », Olivier Blamangin et Olivier Petitjean, Observatoire des multinationales, 5 février 2026 : https://multinationales.org/fr/enquetes/extreme-tech/sterin-pericles-smartbox-organigramme.
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Il y a les belles plages de sable fin que les continentaux prennent tous les étés et la pauvreté qui ronge jusqu'au granit des sommets. Il y a la vie pastorale mythifiée et les touristes venus trouver l'authenticité. Il y a les luttes politiques nationalistes et les moyens utilisés pour arriver à les mener. Il y a des statues-menhir vieilles de 4000 ans et de jeunes archéologues qui cherchent à mieux les comprendre. Il y a la paillote chez Francis, la réserve de Scandola, des histoires d'attentats et de mafia. Il y a comme toujours des documentaires, des textes et d'autres suprises, c'est donc Mayday chez les Corses et ça s'écoute par exemple ici
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Texte paru dans le numéro 1878 du magazine mensuel de la Fédération Anarchiste (FA) « Le Monde Libertaire » sur le 120e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État.
Le 120e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État nous permet de revenir sur une histoire jalonnée d'exceptions. Nous l'avons évoqué notamment avec l'historien Sadek Sellam que nous avons invité plusieurs fois durant notre émission « Médias et antifascisme » présente tous les deuxièmes vendredis du mois sur Radio Libertaire à 11h30. L'application à géométrie variable de la laïcité française nous montre ainsi que le culte musulman en Algérie et aux colonies fit l'objet d'un dirigisme troublant de la part de l'État.
L'émission « Médias et antifascisme » que nous animons sur Radio Libertaire tous les deuxièmes vendredis du mois à 11h30 depuis le 11 octobre 2024 s'est penché plusieurs fois sur des sujets liés à la laïcité. Avec l'historien Sadek Sellam, nous nous sommes employés à analyser les applications bancales de la loi du 9 décembre 1905 jusqu'à nos jours. Nous avons ainsi évoqué à partir du 14 mars 2025 la gestion en France du culte musulman notamment à travers le cas de la grande mosquée de Paris.
Cette institution inaugurée en 1926 met ainsi en valeur une gestion coloniale et dirigiste d'un culte considérée à la fois comme exotique et dangereux. La mosquée a en effet été inaugurée presque trois ans après la création par le conseil municipal de Paris d'une « section d'affaires indigènes nord-africaines ». Le maréchal Hubert Lyautey à cette époque « résident général de la République au Maroc » avait ainsi été consulté pour un projet d'institut musulman imaginé initialement par le professeur Paul Bourdarie.
Ce dernier enseignait au collège libre des sciences sociales, dirigeait la revue « Indigène » et voulait mettre « en contact les jeunes éléments les plus cultivés de l'islam avec la fleur de la science et de la société française ». Si la mosquée a pu voir le jour, le projet d'institut fut allègrement saboté par Lyautey qui craignait sa possible influence sur les « jeunes musulmans » [1]. L'État versa tout de même à cet institut purement fictif des subventions jusqu'en décembre 1980. Une « commission nationale des français musulmans » présidée par le secrétaire d'État aux rapatriés Jacques Dominati venait en effet de montrer le non-fonctionnement de cet institut.
Un autre exemple du non-respect de la laïcité par le gouvernement fut la nomination de Hamza Boubakeur au poste de recteur de la mosquée de Paris le 18 mai 1957. Ce dernier était hostile à l'indépendance de l'Algérie et faisait selon le chef du gouvernement Guy Mollet mieux l'affaire qu'Ahmed Benghabrit.
Celui-ci avait succédé à son oncle Kaddour qui dirigeait la mosquée depuis sa création. Il fut ainsi « limogé » pour avoir refusé de coopérer avec le commissariat de police du cinquième arrondissement de Paris où se situe la mosquée. Son refus de lutter contre le Front de Libération Nationale (FLN) algérien et sa dénonciation de la torture poussa Mollet à nommer à sa place un homme aux ambitions politiques bien trempées.
Boubakeur cherchait en effet à partir de 1960 à devenir le président d'une République saharienne qui aurait été issue de la séparation du Sahara du reste de l'Algérie. Ce plan de participation soutenu par le premier ministre français Michel Debré tomba finalement à l'eau. La nomination de Boubakeur à la tête de la mosquée de Paris fut elle condamnée en 1963 par le tribunal administratif de Paris. Cela n'empêcha pas Boubakeur de rester à son poste jusqu'en 1982 avant que l'Algérie ne prenne le relais de la France dans le versement de subventions à la mosquée de Paris [2].
La laïcité inexistante en Algérie et en Afrique Occidentale Française
L'article 43 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État stipule que « des règlements d'administration publique détermineront les conditions dans lesquelles la présente loi sera applicable à l'Algérie et aux colonies ». L'article 11 alinéa 6 du décret du 27 septembre 1907 déterminant les conditions d'application en Algérie de la loi de 1905 affirme de son côté que le gouverneur général peut accorder des indemnités de fonction aux ministres qui exercent le culte public. Cette disposition censée ne durer que dix ans fut en fait prolongée jusqu'à l'indépendance de l'Algérie en 1962 [3].
Cette nouvelle entorse à la laïcité sur le territoire de la République portait un nom : celui d'instrumentalisation. En effet, le maintien d'un « clergé musulman » en Algérie française avait vocation à faire admettre à ses habitant-e-s le projet de « califat occidental » de Lyautey. Ce projet avait en fait pour but de « nommer » calife le sultan du Maroc nouvellement conquis par la France. Ayant mené la conquête du Maroc, Lyautey voulait ainsi que le sultan avec qui il avait signé le traité de protectorat en 1912 devienne « calife » des « possessions musulmanes » de la France [4]. Pour cela, le gouvernement comptait sur l'action d'une confrérie présente en Algérie afin de convaincre un maximum de ses adeptes de se ranger derrière le sultan du Maroc [5].
Un autre exemple de remise en cause de la laïcité par l'État fut la rédaction d'un rapport sur l'Afrique Occidentale Française (AOF) par l'historien Charles-André Julien dont nous avons parlé dans notre émission du 14 mars 2025. Sadek Sellam nous indique à ce sujet que ce dernier était alors à la tête du Haut Comité Méditerranéen et de l'Afrique du Nord. Charles-André Julien appelait ainsi dans l'un de ses rapports à soutenir les confréries maraboutiques au détriment des embryons d'élites francophones plus laïcisées [6].
L'historien Jean-Louis Triaud nous explique pour sa part que « l'administration coloniale ne fut jamais neutre à l'égard de l'islam » en Afrique de l'ouest. Il rappelle en outre que la loi de séparation des Églises et de l'État « ne se préoccupait ni de colonies ni d'islam » [7]. Concernant Charles-André Julien, nous avons abordé le 14 mars 2025 sa tribune dans le journal Le Monde du 15 février 1961. En réponse au livre de l'écrivain Michel Habart intitulé « Histoire d'un parjure », Julien publie un texte dénonçant « une caricature de l'histoire ». Il remet ainsi en cause les nombreux massacres de tribus orchestrés dès les débuts de la conquête française que Michel Habart n'hésite d'ailleurs pas à qualifier de génocides. Sa vision de la laïcité et celle de l'histoire de la conquête paraissent donc ici pour le moins étriquée.
Le 120e anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l'État doit donc nous permettre de connaître précisément l'histoire de la laïcité sur le territoire de la République française. En 1905, ce territoire était composé en très large majeure partie de colonies. La vraie-fausse application de la laïcité dans ces pays nous montre que ce concept s'arrête là où les intérêts coloniaux français débutaient. Concernant ces intérêts, nous n'avons malheureusement pas fini d'en constater les dégâts. Nous n'avons pas non plus fini de constater les blocages, censures et refus obstinés d'analyser l'Histoire comme celle de la conquête de l'Algérie.
Notre émission du 14 mars 2025 intervenait en effet juste après l'éviction du journaliste de la station de radio RTL Jean-Michel Aphatie coupable aux yeux de sa direction d'avoir comparé certains massacres commis par la France en Algérie à celui commis par les allemands à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944. Notre émission avait aussi lieu trois jours après l'annonce par France Télévisions de la déprogrammation du film « Algérie, sections armes spéciales » sur l'utilisation d'armes chimiques par la France durant la guerre d'Algérie. La laïcité doit donc selon nous être analysée à l'aune de son absence ou de son dévoiement en Algérie, en Afrique de l'ouest et dans bien d'autres contrées de l'empire colonial français.
L'équipe de l'émission « Médias et antifascisme » sur Radio Libertaire
[1] « La mosquée de Paris : du projet à sa réalisation », La politique musulmane de la France au XXe siècle, Pascal Le Pautremat, éditions Maisonneuve & Larose (2003), page 338.
[2] « Les pouvoirs spéciaux et l'islam en France », La France et ses musulmans. Un siècle de politique musulmane (1895-2005), Sadek Sellam, éditions Fayard (2006).
[3] « La construction de la dérogation : entre impératif républicain et réalité coloniale », La séparation des Églises et de l'État à l'épreuve de la situation coloniale. Les usages de la dérogation dans l'administration du culte musulman en Algérie (1905-1959), Raberh Achi, Politix : revue des sciences sociales du politique, numéro 66, deuxième trimestre 2004, page 87.
[4] « Quand la France rêvait d'un calife pour son empire musulman », Jalila Sbaï, 8 septembre 2016, Orient XXI.
[5] « Le projet de califat occidental de Lyautey », La France et ses musulmans. Un siècle de politique musulmane (1895-2005), ouvrage cité plus haut.
[6] "Mémoires, « vérités » médiatiques et vérité historique", Sadek Sellam, 17 avril 2025, article publié sur le site musulmansenfrance.fr.
[7] « Une laïcité coloniale. L'administration française et l'islam en Afrique de l'ouest (1860-1960) », Politique, religion et laïcité, ouvrage collectif sous la direction de Christine Peyrard, éditions des Presses Universitaires de Provence, 2009.
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Un dispositif de surveillance a été trouvé le 22 juillet 2026 dans une voiture en transit entre le sud-est et l'Auvergne-Rhône-Alpes.
Le dispositif a été découvert lors d'un changement d'autoradio, après que ce dernier ait été retiré de son emplacement. Deux micros (gauche-droite) étaient visibles en premier, collés à la paroi du cash plastique sous l'autoradio. Ils étaient reliés a un boîtier (bricolé sur la base du modèle Innova RB800) avec carte SIM (Orange) et carte micro SD, une petite batterie (1200 mAh) et une balise GPS (Taoglas, modèle datant de 2013). Le tout était ponté sur l'alim de l'autoradio et collé avec de la pâte collante à la paroi sous l'auto-radio.
La musique a bien dû leur casser la tête !
PS : article lu par ici, https://nantes.indymedia.org/posts/167658/les-autoradios-ont-des-oreilles/.
Dans son discours de victoire, Abelardo de la Espriella a commis un lapsus en présentant son vice-président Juan Manuel Restrepo : il l'a qualifié de « nouveau président » de la Colombie, de manière d'ailleurs tant naturelle qu'il ne s'en est pas rendu compte lui-même. Lors d'autres interventions, de la Espriella a qualifié son vice-président de véritable moteur de la campagne ; et lors du second tour, il a limité ses apparitions publiques, laissant Restrepo prendre la parole dans une grande partie des interviews. Parallèlement, la campagne s'est attachée à discréditer la candidate d'Iván Cepeda à la vice-présidence, Aida Quilcué, en mobilisant une série de préjugés racistes à l'encontre des peuples autochtones. À partir d'une analyse des candidats à la vice-présidence d'Abelardo de la Espriella et d'Iván Cepeda, cet article présente les différentes conceptions de gouvernement, de la politique et du pouvoir qui se sont affrontées au cours de la dernière campagne électorale en Colombie, et permet d'entrevoir les implications de la victoire de de la Espriella ainsi que les points forts de l'opposition de gauche.
Le vice-président d'Abelardo de la Espriella, José Manuel Restrepo, est titulaire d'un doctorat ; il a été ministre des Finances et recteur d'université, et s'est présenté comme le cerveau du nouveau président colombien. Pendant la campagne électorale, Cepeda a présenté comme colistière Aida Quilcué, dirigeante autochtone du peuple Nasa et sénatrice de la République. Au cours de la campagne électorale, la droite a insisté pour qu'un débat ait lieu entre les deux candidats, estimant que la comparaison parlait d'elle-même. Elle avait raison, mais pas dans le sens où elle l'espérait. La comparaison parle effectivement d'elle-même, et ce qu'elle révèle, c'est que la droite continue de confondre les diplômes avec l'intelligence, et l'intelligence avec le pouvoir. Dans ce scénario, il suffit d'asseoir l'économiste face à une femme autochtone ne possédant pas les mêmes diplômes officiels pour que la simple comparaison des parcours certifiés fasse pencher la balance. Ils se trompent sur le fond. Et nous allons développer cet argument en utilisant les mêmes formes académiques qui les intéressent tant.
Ce qui est présenté comme un contraste de compétences est, en réalité, un stratagème de délégitimation. Premièrement, cela relève d'un sophisme d'autorité en supposant que le doctorat, le poste ou la fonction de recteur garantissent une supériorité politique. Deuxièmement, cela relève du « crédentialisme », réduisant la valeur du savoir à ce qu'une institution certifie. Troisièmement, on se trouve face à un sophisme de composition épistémologique, car l'argument considère que la maîtrise des connaissances économiques ou de l'administration publique équivaut à la compréhension de l'ensemble de la vie sociale, territoriale, historique et écologique. Et derrière tout cela se cache un biais plus profond, à savoir la vieille conviction selon laquelle l'intelligence n'appartient qu'à quelques-uns et que les autres doivent se contenter d'obéir ; c'est là que réside le véritable problème : il s'agit de deux conceptions opposées de l'intelligence et du pouvoir.
En 1995, avec la publication de La mésentente, le philosophe Jacques Rancière soutenait que la démocratie n'est pas le gouvernement naturel des plus compétents, mais l'interruption d'un ordre qu'il appelle la police, celui qui détermine d'avance qui compte et qui ne compte pas, qui peut parler et qui doit se taire. La technocratie est la forme la plus commode de cette logique policière, car elle présuppose et surveille les lieux légitimes de la parole, de l'expertise et de la décision, et s'interroge sur les titres comme si elle s'interrogeait sur le droit même d'exister politiquement. Mais la démocratie commence précisément lorsque cette répartition devient contestable.
Aida Quilcué a bouleversé cette répartition en proposant de construire une Colombie où la sagesse des peuples et des communautés participe activement à l'orientation des décisions collectives ; où le développement se mesure à l'aune de la dignité de la vie et non pas uniquement à celle des indicateurs économiques ; où la terre, la culture, l'éducation et la santé constituent les piliers de la justice sociale ; et où le dialogue et la diversité remplacent définitivement l'exclusion et la violence.
En ce sens, Quilcué ne s'est pas présenté à la campagne électorale comme une individualité isolée cherchant à l'emporter sur une autre dans un duel de CV. Elle s'est présentée comme la synthèse d'une intelligence collective composée de communautés, de mémoires, de territoires, de luttes, de langues, de formes d'organisation et de défense de la vie. L'anthropologue Pierre Clastres explique que dans de nombreuses sociétés amérindiennes, le pouvoir ne se concentre pas entre les mains d'un chef souverain, mais circule comme une forme de médiation au sein du collectif. Cette intuition aide à comprendre ce que représentait Quilcué : plutôt qu'une personne isolée face à un expert de la droite, elle était l'expression collective d'une forme d'autorité enracinée dans les relations, les consensus, les expériences partagées et les responsabilités communes.
C'est pourquoi il est plus plausible de dire qu'Aida avait bel et bien le pays en tête, car son intelligence, avant d'être celle d'un génie individuel, s'inscrit dans un cerveau social. C'est là la différence décisive. Le technocrate continue de penser que l'intelligence naît chez l'individu d'exception ; Aida incarne l'idée que l'intelligence se produit au sein d'une multitude, qu'elle se répartit et s'élargit collectivement.
Le problème n'est donc pas politique, mais ontologique. La technocratie reste ancrée dans une conception archaïque du sujet. L'individu expert, porteur d'une raison qui s'applique ensuite à la société comme si celle-ci était une matière inerte. Cette figure semble moderne et cosmopolite, mais elle est en réalité profondément obsolète et provinciale [1]. Elle conserve une hiérarchie archaïque entre ceux qui savent et ceux qui obéissent ; entre ceux qui conçoivent le monde et ceux qui se contentent de l'habiter ; entre ceux qui administrent et ceux qui sont administrés.
Aida Quilcué incarne une autre ontologie politique, celle du monde commun issu d'intelligences multiples. Elle remplace l'idée d'une somme d'individus isolés par une composition de savoirs hétérogènes qui opèrent à différentes échelles et à partir de traditions diverses. Cette différence entraîne des conséquences directes quant à la question la plus urgente à laquelle la Colombie est confrontée, à savoir comment construire un capitalisme véritablement productif dans un pays aux géographies, aux cultures et aux économies radicalement diverses.
Restrepo a une réponse à cette question. Dans ses interviews, il parlait d'intelligence artificielle, de centres de données, de blockchain, de relier le pays aux flux de l'économie numérique mondiale. Cette réponse n'est pas fausse, mais elle est profondément insuffisante. Le philosophe Yuk Hui a démontré que croire en une technologie universelle, neutre et exportable d'un contexte à un autre est en soi une forme de provincialisme colonial. Il n'existe pas une seule technologie – mais des technologies –, au pluriel, indissociables des cosmologies, des territoires et des modes de vie qui les produisent et les soutiennent. Ce que Hui appelle la « technodiversité » [2] n'est ni de la nostalgie ni une idéalisation du retard. C'est une exigence pratique : un pays qui se veut productif doit articuler des formes technologiques à différentes échelles, depuis l'innovation numérique de pointe jusqu'aux savoirs techniques accumulés au fil des siècles dans les communautés rurales, autochtones et populaires. Réduire cette tâche complexe à la mise en place d'infrastructures numériques revient à confondre une pièce du puzzle avec le puzzle tout entier, et à proposer à une grande nation une solution conçue pour une petite province de la pensée.
Il ne s'agit pas d'une abstraction. Par exemple, il y a deux millénaires, dans les plaines alluviales du Sinú et du San Jorge (au nord de la Colombie), le peuple amérindien Zenú a construit un réseau de canaux et de digues destiné à canaliser, à distribuer et ainsi à cohabiter avec l'eau de manière à ce qu'elle parvienne à tous les membres de la communauté. Il s'agissait d'une technologie hydraulique capable de transformer les crues en fertilité et de soutenir la vie pendant des siècles. Aujourd'hui, alors que les digues modernes cèdent et que La Mojana, une région située au nord de la Colombie, s'enfonce à nouveau, l'un des plus importants projets d'adaptation au changement climatique de l'État, financé par le Fonds vert pour le climat, a dû se tourner vers ce savoir zenú. Seulement, pour le reconnaître, la technocratie doit d'abord le traduire dans son propre langage et le rebaptiser « adaptation fondée sur les écosystèmes ». Ce savoir était déjà là ; la science de pointe, lorsqu'elle est intelligente, parvient à le reconnaître sans difficulté, mais, sous l'emprise d'intérêts individuels, elle y parvient à peine.
Au cours des premiers mois de 2026, un front froid arctique — provoqué par un vortex polaire qui s'était déplacé depuis l'Amérique du Nord jusqu'aux Caraïbes — a saturé le haut bassin du fleuve Sinú, provoquant de graves inondations à La Mojana. Ces inondations ont fait plus de 150 000 sinistrés et 14 morts. Les enquêtes ont révélé que la responsabilité de ces conséquences incombait en grande partie à la construction et à l'administration de la centrale hydroélectrique d'Urrá. Durant les années 1990, le peuple autochtone Embera Katío s'était fermement opposé à la construction du barrage, mettant en garde contre les effets négatifs de ce projet sur son peuple et sur la région. Kimy Pernia Dominicó, qui avait mené la lutte contre le projet, a été victime d'enlèvement puis assassiné. Récemment, l'ancienne ministre de l'environnement, Irene Vélez, a affirmé que les inondations n'étaient pas uniquement dues aux changements météorologiques, mais qu'elles étaient en grande partie imputables à la gestion de la centrale hydroélectrique et au plan d'aménagement du territoire qui ne tenait pas compte de l'eau. Selon Vélez, la centrale hydroélectrique a été construite en contradiction avec la logique riveraine, asséchant les champs pour favoriser l'économie d'élevage de la région.
Vandana Shiva a évoqué cette erreur à l'aide d'une métaphore très claire. Les monocultures ne se contentent pas de détruire la biodiversité, elles engendrent également des monocultures de l'esprit. La « monotechnologie » du nouveau vice-président Restrepo fonctionne exactement de cette manière. Elle propose une seule grammaire pour envisager l'avenir du pays, celle d'une économie réduite à la technique, celle des indicateurs, des modèles et des courbes de rendement, et traite tout ce qui se situe en dehors de cette grammaire comme un retard à surmonter ou comme un folklore pouvant être toléré en marge. Le résultat n'est pas la modernité, c'est l'appauvrissement du monde. Et la Colombie, qui aspire à devenir une nation souveraine, ne peut se permettre cette pauvreté.
En ce sens, José Manuel Restrepo est un provincial. Non pas parce qu'il ignore le monde, mais parce qu'il croit que le monde entier peut être compris à partir d'une seule grammaire. Sa province n'est pas géographique, mais épistémologique et mentale. Il habite une petite région de la pensée et la confond avec la totalité du réel. Il parle au nom de la complexité, mais réduit cette complexité à des indicateurs, des courbes, des bilans, des projections et des modèles. Tout ce qui n'entre pas dans ce cadre apparaît comme un retard, un romantisme, un sentimentalisme ou de l'ignorance.
Aida – en tant que représentante d'une intelligence collective – peut évoluer entre différents mondes sans les réduire à un seul. Elle peut dialoguer avec l'économie sans se soumettre à celle-ci. Elle peut dialoguer avec la technique sans devoir pour autant attribuer à la technique une souveraineté absolue. Elle peut penser non seulement le pays, mais aussi la planète, car elle part d'une expérience politique qui ne sépare pas les humains des non-humains, la productivité de la vie, les infrastructures du territoire, le développement de la continuité du bien commun. Telle est sa véritable dimension cosmopolitique. Non pas celle de l'expert mondialisé qui répète les mêmes formules dans n'importe quelle capitale, mais celle de quelqu'un qui sait qu'un pays qui se considère comme démocratique ne peut se maintenir que grâce à une planification capable d'articuler de multiples rationalités sans rejeter d'emblée la valeur de l'une d'entre elles.
Cette différence se manifeste à nouveau dans le type de conservatisme que chacun incarne. Celui du technocrate Restrepo est obsolète, prisonnier de catégories qui ne répondent pas aux défis du monde actuel ; il préserve une conception étroite de la nation, traite les citoyens comme une population à gérer et non comme des acteurs de la décision, et finit souvent par justifier des politiques qui sacrifient les droits, une vieillesse digne, la souveraineté et la nature au nom de l'efficacité. Quel genre de conservatisme est-ce donc qui considère les retraités comme une main-d'œuvre « exploitable » gaspillée, ou la terre comme une réserve exploitable par la fracturation hydraulique et à la disposition de puissances étrangères ? Plutôt que de préserver la patrie, il préserve la logique coloniale consistant à administrer le pays comme un butin, comme des protectorats et des provinces subordonnées.
Aida Quilcué, en revanche, incarne un conservatisme d'un autre ordre. Elle défend la vie, la pluralité, les biens communs, la dignité des personnes âgées, la souveraineté des peuples et l'équilibre des territoires. Elle ne préserve pas le retard ; elle préserve au contraire ce qui permet d'envisager un avenir.
Cela entraîne des conséquences politiques concrètes. Un gouvernement technocratique gère une nation comme s'il s'agissait d'une entreprise ; l'ontologie sur laquelle il s'appuie consiste à réduire le monde à un stock de marchandises et à un espace d'affaires. Il optimise les variables, supprime ce qui, selon lui, n'est pas rentable, finance ou retire son financement en fonction d'indicateurs abstraits et, ce faisant, privilégie l'existence d'une minorité. Un gouvernement qui s'appuie sur l'intelligence collective pose une autre question : comment construire un pays d'abondance où toutes les formes de savoir et de vie trouvent leur place ? La première approche génère efficacité et richesse pour certains. La seconde recherche activement la dignité et la prospérité pour tous.
Le débat ne porte plus sur l'opposition entre technique et ignorance, ni entre modernité et tradition. Il s'agit désormais d'une confrontation entre deux visions de l'avenir. L'une continue de croire que l'intelligence se concentre au sommet, puis se répand sous forme de directives imposées à la société. L'autre comprend que l'avenir ne peut se construire qu'en reconnaissant la nature distribuée de l'intelligence, le rôle essentiel que joue en son sein l'écoute attentive et la force transformatrice qui émerge lorsque l'on favorise la pluralité des points de vue. Pourquoi les Colombiens ont-ils accepté que le dilemme consiste à juger si Quilcué avait réussi ou non l'examen du technocrate, plutôt que de se demander quelles propositions représentaient véritablement un progrès social ?
Il y a deux mille ans, sur ces mêmes terres qui, il y a quelques mois, étaient inondées à La Mojana, un village a compris qu'on ne vainc pas l'eau, mais qu'il faut l'accompagner. Cette intelligence collective, qui répartit au lieu de concentrer, qui guide au lieu de contenir, est toujours présente. Il ne nous reste plus qu'à oser gouverner avec elle.
Santiago Arcila & Juan Cortés
[1] Au sens péjoratif : qui est excessivement attaché à la mentalité ou aux coutumes de sa province ; simple, rustre, borné, provincial.
[2] Yuk Hui, Fragmenter l'avenir (Caja Negra, 2020) : la « technodiversité » signifie qu'il n'existe pas de technique universelle, mais de multiples « cosmo-techniques » liées à chaque cosmologie.
Aujourd'hui 8 août, la journée de l'éphéméride des luttes est rythmée au son des explosions, de poudre et de rage. Et c'est l'insurrection à Marseille, aussi, sachez-le. Souvenez-vous du camarade Gaston.
1870 : A Marseille, face à la situation désastreuse du pays, un mouvement insurrectionnel, avec à sa tête le radical Gaston Crémieux, tente en vain de proclamer la République et d'instaurer une Commune révolutionnaire. Mais le mouvement est rapidement maté et Crémieux est arrêté le lendemain et déféré devant un conseil de guerre. Il faudra attendre le 23 mars 1871 pour qu'une véritable Commune révolutionaire soit effective.
1879 : Naissance d'Emiliano Zapata, révolutionnaire mexicain.
1897 : Assassinat par l'anarchiste Michele Angiolillo du président du Conseil espagnol Antonio Cánovas del Castillo pour venger les condamnés du procès de Montjuïc du 4 mai.
1924 : A Montevideo en Uruguay, parution du premier numéro du journal anarchiste "Ahora" ('Maintenant').
1927 : A Montevideo, une bombe de forte puissance explose dans le dépôt principal de la West Oil India Company, dans le cadre de la campagne de soutien aux anarchistes Italiens Sacco et Vanzetti, qui risquent la condamnation à mort aux Etats-Unis.
1963 : Au Royaume-Uni, une bande de quinze braqueurs attaque le train Londres-Glasgow et parvient à s'enfuir avec 2,6 millions de livres sterling en billets.
1969 : - En Italie, des bombes de faible puissance explosent dans huit trains différents. C'est le début de la stratégie de la tension orchestrée par les groupes néofascistes et les services secrets.
1974 : Démission du président des Etats-Unis Richard Nixon suite au scandale du Watergate.
1977 : - A Montpellier, le groupe 'Les rescapés de Malville' attaque les locaux d'EDF à l'explosif : « Tandis que les centrales nucléaires déversent quotidiennement leur poison mortel, à Malville le capital n'a pas hésité à recourir à l'assassinat et à l'emprisonnement pour désamorcer un mouvement de refus qui échappe de plus en plus au contrôle des partis. […] Si nous avons plastiqué EDF au moment où les syndicats s'élèvent contre les dégradations commises contre ce 'service public', c'est que pour nous EDF est le support idéologique et technique de l'État dans l'implantation des centrales nucléaires. Liberté pour tous les prisonniers ».
Reproduit dans La Canaille à Golfech, mutines séditions, Paris, 2013, p.128-129.
1981 : En Irlande du Nord, mort d'un neuvième gréviste de la faim de l'IRA, Thomas McElwee, après 62 jours. C'est aussi le dixième anniversaire des mesures d'internement total, ce qui provoque des émeutes dans plusieurs zones républicaines du pays. Trois personnes meurent au cours de ces affrontements.
1983 : A Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, attaque contre l'entreprise Culetto qui perdra 25 camions, des bulldozers, des pelles mécaniques, une centrale mobile à béton et un hangar de 1200m², ainsi que contre la centrale à béton de Spie batignolles juste un peu plus loin. Le Mouvement AntiNucléaire (MAN) revendique les sabotages et offrira une interview au journal clandestin 'Toulouse la Canaille' pour expliquer un peu le pourquoi du comment.
1985 : A Francfort, attaque de la guérilla ouest-européenne contre une base américaine de l'US Air Force. Revendiquée par le commando 'George Jackson' d'un groupe mixte d'Action Directe et de la Fraction Armée Rouge. Deux soldats sont tués et plus d'un million de marks de dégâts sont commis.
1994 : A Crossgar en Irlande du Nord, l'IRA abat un officier des troupes royales irlandaises.
1998 : En Angleterre, le Front de Libération Animale (ALF) libère 10% des visons en captivité das le pays, c'est-à-dire 6000.
1999 : En Irlande du Nord, la Irish National Liberation Army (INLA) annonce le cessez-le-feu. C'est l'une des premières tendances de l'IRA à abandonner les armes.
Voir aussi l'éphéméride anarchiste du 8 août, riche de biographies.
Longtemps tenu pour un vestige archaïque que la science devait dissiper, le magnétisme suscite aujourd'hui une curiosité renouvelée. Et si, face à l'inflammation généralisée du monde moderne, on avait besoin de coupeurs de feu ? Dans Le Retour du monde magique1, la sociologue Fanny Charrasse explore cette pratique de soin moins anachronique qu'elle n'y paraît.
C'est quoi le magnétisme ?
« En tant que sociologue, j'ai choisi de retenir la définition qu'en donnent ceux qui le pratiquent. Pour eux, il s'agit d'un soin énergétique : un art de soigner par l'énergie, une entité invisible dont les magnétiseurs disent ressentir la présence, mais qu'ils décrivent souvent comme subtile, évanescente. Il existe différents styles de magnétisme. Presque tous les magnétiseurs commencent par “couper” le feu, c'est-à-dire soulager les brûlures. Puis ils élargissent progressivement leur champ d'intervention : zona, psoriasis, eczéma, verrues... La démarche est souvent expérimentale : lorsqu'un patient demande si le magnétisme peut arranger son problème, la réponse est d'essayer. Enfin, certains magnétiseurs proposent d'intervenir sur des douleurs articulaires, chroniques, parfois même sur des formes de dépression. »
À vous lire, on a le sentiment que les magnétiseurs de ville sont plus souvent sollicités pour des troubles liés à la santé mentale, tandis qu'en milieu rural, ils semblent surtout intervenir sur des douleurs physiques.
« La différence entre ville et campagne ne tient pas tant à la nature du magnétisme pratiqué qu'à la place qu'il occupe dans le parcours de soin. Dans les territoires ruraux marqués par la désertification médicale, le magnétiseur est souvent plus disponible. Les demandes qui lui sont adressées sont donc très diverses : douleurs articulaires, musculaires, brûlures, problèmes de peau, fatigue, etc. Tout ou presque peut être amené en consultation. À Paris, en revanche, les magnétiseurs sont souvent sollicités lorsque la médecine conventionnelle n'a pas apporté de réponse satisfaisante, ou bien en complément d'un parcours médical déjà engagé. »
Un motif revient dans tous les récits que vous confient les magnétiseurs : ce que vous nommez « l'expérience énigmatique ». De quoi s'agit-il ?
« Je peux citer l'exemple de cette inspectrice qualité qui, après avoir vécu un événement traumatique, raconte avoir vu apparaître des “ êtres tout lumineux”. Sa première réaction a été de penser qu'elle était folle. Cet événement est devenu fondateur dans sa trajectoire de magnétiseuse. Car la question qu'il soulève est vertigineuse : ces “êtres lumineux” existent-ils “vraiment”, c'est-à-dire indépendamment d'elle ? Ou bien s'agit-il d'une simple hallucination ?
« Les magnétiseurs que j'ai croisés posent une question naturaliste »
C'est précisément pour cela que je parle d'“expérience énigmatique” : elle met à l'épreuve la conception de la réalité propre à notre socialisation occidentale. La question de cette femme montre à quel point nous avons tendance à opposer deux régimes d'explication : soit quelque chose existe objectivement, dans le monde, soit il ne s'agit que d'un phénomène intérieur, psychique. »
Vous mobilisez Philippe Descola et son concept de « naturalisme ». En quoi cette notion vous aide-t-elle à comprendre la manière dont le magnétisme est socialement perçu ?
« Au cours de son enquête auprès des Achuar d'Amazonie, Descola observe que ceux-ci attribuent aux animaux une capacité de penser semblable aux humains. À partir de là, il définit l'animisme : une manière de composer le monde dans laquelle les non-humains ont une âme semblable à celle des humains, mais s'en distinguent par leurs corps “de plumes, de poils, d'écailles ou d'écorce”. Il remarque alors qu'en Occident, le rapport entre humains et non-humains se construit à l'inverse. On considère que l'on partage avec les animaux une même biologie : c'est pour cette raison qu'on fait des tests en laboratoire sur des souris, par exemple. Mais on estime qu'on se distingue des animaux par notre réflexivité, notre conscience. Descola nomme cela le “naturalisme”.
Lorsque les magnétiseurs que j'ai croisés se demandent si les esprits, ou les “êtres tout lumineux” existent vraiment, ou si c'est le fruit de leur imagination, ils posent une question naturaliste. Ils cherchent à savoir si ces êtres existent “dans la nature”, comme existent les corps humains ou animaux. S'ils n'existent pas de cette manière, alors ils sont renvoyés du côté de la folie ou de la croyance. En gros, soit les esprits existent objectivement, indépendamment de l'individu qui les perçoit ; soit ils ne sont que le produit d'une subjectivité, d'un trouble psychique ou d'une appartenance culturelle. »
Descola semble faire du naturalisme une caractéristique de la modernité. Est-ce votre cas ?
« Dire que les modernes sont les naturalistes, c'est risquer de renvoyer le magnétisme du côté de la tradition, comme s'il appartenait au passé. Or, nous sommes tous contemporains ! À ce titre, un magnétiseur est tout aussi moderne qu'un médecin, qui est lui-même tout aussi moderne qu'un chaman. Tous habitent le même temps historique.
On peut toutefois parler de “conflit de modernité”. Le sociologue Ulrich Beck évoque une “modernité simple”, qui correspond à la modernité industrielle : celle du progrès technique, de l'expansion capitaliste et de la confiance dans la science. Et de “modernité réflexive”, qui apparaît lorsque les sociétés modernes commencent à interroger leurs contradictions : les dégâts écologiques, les impasses du productivisme ou les limites de la médecine. Il s'agit d'un conflit entre ces deux mouvements de la modernité. L'intégration de pratiques dites “ancestrales” dans le système de soin n'est donc pas un retour en arrière, elle s'inscrit, au contraire, dans la poursuite du processus de modernisation. Le magnétisme peut être compris comme une pratique de la modernité réflexive : non pas comme une survivance archaïque, mais comme une manière d'interroger les excès de l'industrialisation et les effets iatrogènes de certaines pratiques médicales. »
Cela dit, pour que le magnétisme soit accepté dans la modernité, vous expliquez qu'il a d'abord dû se débarrasser de ses aspects magico-traditionnels…
« Pour comprendre la trajectoire du magnétisme, il faut revenir sur son histoire. C'est le médecin et philosophe viennois Franz Anton Mesmer qui importe la pratique en France à la fin du XVIIIe siècle. Très vite, le magnétisme suscite l'engouement, notamment dans les milieux aristocratiques. Louis XVI décide donc de réunir deux commissions chargées d'évaluer son efficacité. Leur verdict : le magnétisme ne serait que “chimère et imagination”, alors même que certains commissaires admettent en avoir éprouvé les effets.
À l'époque, la médecine est en train de définir son territoire légitime d'intervention. Or, en affirmant que les effets du magnétisme relèvent de l'imagination, elle ne dit pas simplement que cette pratique est inefficace. Elle dit aussi, implicitement, que les pouvoirs potentiellement thérapeutiques de l'imagination ne l'intéressent pas.
À partir de là, le magnétisme va être réprimé. Et avec la création de l'Ordre des médecins sous le régime de Vichy, les sanctions sont de plus en plus lourdes. Cette répression pousse les magnétiseurs à se professionnaliser. En 1951, ceux-ci créent une association pour échapper aux poursuites qu'ils jugent injustes. Ils consultent des avocats, qui leur expliquent que le risque est double. D'abord, s'ils prétendent se substituer aux médecins ou promettre la guérison, ils s'exposent à des poursuites pour exercice illégal de la médecine. Ensuite, si leur pratique paraît trop magique – s'ils convoquent des forces surnaturelles, par exemple –, ils risquent d'être violemment disqualifiés.
Le magnétisme tend alors à se “scientifiser”, au sens où il se débarrasse peu à peu de ses éléments les plus ésotériques. Les membres de l'association apprennent alors à présenter leur activité comme une pratique complémentaire, encadrée, qui ne prétend pas remplacer la médecine. »
Un geste très naturaliste finalement ?
« Tout à fait. Avant de mener mon enquête sur le magnétisme, j'ai travaillé sur le chamanisme de la côte nord-péruvienne. Au Pérou, les chamanes ont été poursuivis parce qu'ils détenaient des objets préhispaniques : là où ils voyaient des supports pour leurs rituels, l'État voyait des pièces destinées aux musées. Mais pour se faire accepter, ils n'ont pas cherché de validation scientifique : ils ont plutôt milité pour une reconnaissance comme patrimoine culturel de la nation. Les magnétiseurs français, eux, n'ont jamais mobilisé ce registre patrimonial, alors même qu'ils auraient pu revendiquer des racines anciennes. C'est très européen, et même très français : pour qu'une pratique gagne ses lettres de noblesse, il faut qu'elle montre patte blanche devant la science. Sinon elle s'expose à l'accusation de superstition. »
Propos recueillis par Gaëlle Desnos1 La Découverte, 2023.
En 2014, Abigaël Lordon décide d'arpenter seule le GR2013, un sentier de 365 kilomètres serpentant autour de Marseille, entre nature et zones industrielles. De ce périple de trois semaines à deux pas de chez elle, elle tire un carnet de voyage graphique et poétique qui retrace son éveil féministe.
« Pour faire vibrer un élan, un peu sur un coup de tête. » Abigaël Lordon, 28 ans, décide de se lancer dans une aventure près de chez elle : le GR2013 qui a été inauguré un an plus tôt, à l'occasion de Marseille capitale européenne de la culture. Un chemin en forme de huit de 365 kilomètres qui traverse zones périurbaines, complexes industriels et massifs sauvages, de la Sainte-Victoire à l'étang de Berre. L'autrice prépare cette marche de proximité, rassurée de pouvoir facilement rentrer chez elle si quelque chose se passe mal. Un chemin qui se transforme en éveil féministe et dont Abigaël Lordon tire un joli carnet de voyage graphique Marcher vers soi (Wildproject, 2026).
La marcheuse (re)trace son périple de trois semaines en texte et en image. Armée de son sac à dos de 13 kilos, elle alterne bivouacs, campings et haltes chez l'habitant. Jour après jour, elle se heurte à la sublime et fascinante réalité de la randonnée : la splendeur des paysages, la solitude, mais aussi les conversations entendues aux terrasses et l'omniprésence des stigmates industriels. À chaque page, ses croquis de couleurs vives illustrent le texte, couchant sur le papier visages et paysages.
Plus que la nature, ce sont ses rencontres humaines qui l'amènent à penser politiquement son genre. Partie « en tant qu'être humain », elle se voit « constamment ramenée à [son] corps féminin ». Dès la première nuit, en bivouac, Abigaël décrit la peur qui la saisit. Pas celle de l'ours. Mais celle de l'homme. L'agresseur. « Je suis seule dans la montagne avec ma chatte et mon couteau, écrit-elle. Je n'ose pas bouger d'un millimètre. » Si rien ne lui arrive ce soir-là, elle se trouve confrontée à diverses reprises au sexisme ordinaire et interroge le conditionnement social qui pèse sur les femmes. À plusieurs reprises, on lui demande : « Mais vous n'avez pas peur toute seule ? » Jamais, les passants soucieux ne questionnent l'origine du problème, à savoir le putain de patriarcaca qui nous empoisonne et nous empêche.
Malgré ces contraintes, cela n'empêche pas Abigaël Lordon de déployer une belle plume poétique. L'observation des paysages fait écho à son corps, territoire intime. Face à l'usine de Gardanne, l'autrice décrit des « terrains vagues remplis de métaux lourds, un peu comme du sang coagulé gigantesque ». Sans nommer le capitalisme, c'est pourtant les stigmates du système d'exploitation du vivant que la dessinatrice observe. La pollution industrielle s'entremêle ainsi à la cartographie de ses propres prises de conscience. La marche devient un outil de réappropriation de soi : « La qualité du sol, ses zébrures et sa mollesse forment de nouveaux paysages à explorer dans mon âme. » Cette aventure, à quelques pas de chez elle, lui offre un nouveau pouvoir : la confiance en elle « puisée dans la puissance de la montagne ». Un carnet lumineux au goût de liberté qui donne envie d'enfiler ses chaussures de marche.
Thelma Susbielle
On aurait pu tenter le coup. Faire les innocent·es. Glisser ce journal dans ta boîte aux lettres et siffloter très fort en regardant ailleurs. Quoi ? Une semaine de retard ? Nous ?
Et puis bon. On s'est finalement dit que si tu t'en rendais compte, tu nous en voudrais d'avoir voulu filouter avec toi. Alors, on préfère jouer franc jeu : le bouclage de ce double numéro d'été ne s'est pas exactement déroulé comme prévu. Entre les températures qui montent, les cerveaux cqfdiens rôtis ou partis en transhumance estivale – voire honteusement débauchés par d'autres médias en mal de plumes talentueuses pour remplir leurs pages d'été – et ce traître de mois de juin qui a filé à la vitesse grand V, impossible de finir le journal à temps. À une semaine du D-Day, il a bien fallu se résigner et chouiner auprès de la Sainte Trinité imprimeur-distributeur-diffuseur pour avoir du rab. Et tu sais ce qu'ils nous ont répondu ? « Mais il n'y a aucun de souci ! Il vous faudrait combien de jours en plus ? » Décontenancé·es par tant de mansuétude, on n'a même pas osé gratter plus d'une semaine ! Mais en vérité, on pensait aussi à toi, lectrice, lecteur : il fallait bien que tu aies ton journal pour encaisser d'être privé de vacances ou avant ton grand départ pour la Creuse, la Corse ou Tahiti !
D'ailleurs, toi. Oui, toi, qui pars à Tahiti. Ne te cache pas derrière ton paréo ! On t'a vu avec tes gros sous et ton amour immodéré pour la presse libre. La subvention de notre bon samaritain, la Fondation Un monde par tous, tarde à arriver. En attendant, les factures s'empilent, les retards de salaires prennent racine et notre banquier commence à développer une petite crispation de la paupière gauche. Alors avant de partir, il y a moyen que tu nous envoies un peu de flouze ?
Luno intervient bénévolement en prison. Il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages, du point de vue de celui qui y passe mais n'y dort pas. Ce mois-ci, une chronique rallongée pour tenter de répondre à cette brûlante question : puisque la prison ne sert à rien, à quoi sert-elle réellement ?
« Ah bonjour ! Ça fait longtemps que vous êtes dehors ?
– Euh, depuis ce matin. J'veux dire, j'ai pas dormi à la rue quoi...
Mince, j'étais sûr qu'il m'avait reconnu. D'habitude je n'interpelle pas les anciens détenus par crainte de raviver des souvenirs merdiques mais là, c'est lui qui a lancé le premier « bonjour ». « Pardon, on s'est rencontrés à la maison d'arrêt, vous...
– Ah oui, l'atelier dessin ! Vous allez bien ?
– Oui et vous ? Je me disais bien que je ne vous voyais plus. Vous êtes sorti quand ?
– En mars, je crois... Mais j'y retourne bientôt. Ils m'ont remis sept mois au bout de quinze jours dehors ! Maintenant j'attends qu'ils viennent me chercher vu qu'on m'a pas donné de date.
En maison d'arrêt, les détenus restent en moyenne quatre mois. Certains sont transférés après condamnation vers un nouvel établissement, d'autres – la plupart – sortent, avec ou sans aménagement. Avec ce turnover, je tombe régulièrement sur d'anciens taulards dans les rues des petites villes de ma région. Lui, c'est M. Lefler*, je l'ai connu l'hiver dernier, il purgeait une peine courte et semblait habitué des lieux. Un mec très doux, visiblement apprécié des autres détenus, parfois l'air un peu hagard.
Comment peut-on considérer avec autant de nonchalance l'échec total de la tâche à laquelle on dévoue 40 heures par semaine ?
Depuis quelques semaines, je l'aperçois souvent, éclusant des canettes de bière forte sur les bancs du quartier. Il attend qu'on vienne le réincarcérer, cette fois pour outrage et violences sur agents « en état d'ivresse manifeste ».
Mirage de droiteLes prisons où je circule sont pleines de gens comme M. Lefler, à propos desquels la matonnerie déclare goguenarde : « Il connaît la maison mieux que nous ! » ; voire même : « On l'a vu grandir, lui ! » La première fois qu'une officière m'a balancé un truc comme ça, j'étais scié. Comment pouvait-on considérer avec autant de nonchalance l'échec total de la tâche à laquelle on dévoue 40 heures par semaine ? Jusque-là j'étais naïvement persuadé que les gens qui fabriquaient la taule se devaient de croire à son utilité. En réalité, ils et elles sont aux premières loges et n'ignorent donc rien du désastre ; désœuvrement, violence, désocialisation, trauma psychologique et réinsertion fantoche. La taule est un mirage : il faut la regarder de très loin pour s'imaginer qu'elle sert à quelque chose.
D'ailleurs, à quoi est-elle supposée servir ? Comme le système pénal dans son ensemble, la prison a pour objectif de protéger la société en dissuadant la commission d'actes illégaux, en les réprimant lorsqu'ils surviennent, en neutralisant leurs auteurs et en les « réformant » afin qu'ils ne représentent bientôt plus de danger ni pour eux ni pour les autres. Ils pourront alors être réintégrés. Mais dans son dernier livre, la chercheuse et militante abolitionniste Gwenola Ricordeau1 estime que l'institution ne remplit correctement qu'une seule de ces quatre « prétentions » : celle qui consiste à reléguer temporairement les personnes hors de l'espace public. La persistance du crime et de la récidive témoignerait pour sa part de la faillite du modèle carcéral.
De fait, il n'existe aucune donnée scientifique permettant de lier incarcération et baisse de la criminalité – si c'était le cas, les États-Unis où plus de deux millions de personnes sont emprisonnées seraient depuis belle lurette le pays le plus pacifique au monde ! Quant au taux de récidive, en France, il est de près de 63 % sur cinq ans. En gros, deux prisonniers sur trois sont – comme M. Lefler – susceptibles de revenir derrière les barreaux suite à leur libération. Pour y faire quoi ? Principalement rien, tant l'ennui est au cœur de l'expérience de la détention.
Les politiques publiques semblent prises dans un cercle vicieux, une forme d'addiction irrationnelle à la punition
Selon les régimes pénitentiaires, on s'ennuie seul·e ou dans la compagnie forcée d'un·e ou plusieurs co-détenu·es, mais on s'ennuie toujours profondément. On s'ennuie devant la télé, en fumant du shit, en faisant des tractions, en lavant le sol de la taule contre des miettes de salaire. On s'ennuie ferme du vendredi après-midi au lundi matin ou pendant les « vacances », lorsque les activités sont encore plus réduites que d'ordinaire. Dans son premier bouquin, le militant lié au groupe Action directe Jean-Marc Rouillan, appelait ça être « dissout dans l'acide du temps »2. Et cet ennui sidéral, dans des conditions de violences et de privation incompatibles avec la moindre exigence de dignité humaine, rejoué quotidiennement pendant des mois ou des années, devrait permettre aux personnes de réfléchir au sens de leurs actes et de se réhabiliter ? Mieux, cela devrait rétribuer quelque chose aux victimes ?
Crime de masseUne fois établie qu'elle nuit aux détenus mais aussi à leurs proches et à l'ensemble de la société, Gwenola Ricordeau estime que « la prison est un crime de masse commis en bande organisée ». Et de s'interroger : « Si elle ne sert pas à rien, à qui ou à quoi sert-elle ? » Et pourquoi se perpétue-t-elle ? Car de fait, les politiques publiques semblent prises dans un cercle vicieux, une forme d'addiction irrationnelle à la punition où le constat d'inefficacité du système carcéral n'empêche aucunement les magistrats d'enfermer de plus en plus, et les gouvernements successifs de réclamer sans discontinuer de nouvelles places de prison.
C'est qu'il existe des bénéficiaires directs de la prison. Juges, procureurs, greffiers, matons, personnels du ministère de la Justice ou professionnels du secteur de l'insertion ; ce sont tous ceux qui, à un niveau individuel, vivent de la répression et de l'enfermement. Leurs « profits » sont toutefois dérisoires à côté de ceux des grands groupes du BTP comme Bouygues ou Eiffage, qui conçoivent et bâtissent les taules, et des multinationales, comme Gepsa ou Sodexo, qui en assurent la « gestion déléguée » en prenant en charge la maintenance, le nettoyage, la restauration, la blanchisserie mais aussi la formation ou le travail pénitentiaire.
En tant qu'institution du système capitaliste, la prison contribue activement à maintenir son ordre social
Plus de la moitié des détenus sont aujourd'hui « gérés », en France, par une boîte privée dont l'objectif assumé est de rendre ce marché public rentable afin de dégager des bénéfices et de verser des dividendes aux actionnaires.
La suite est plus politique encore. En tant qu'institution du système capitaliste, la prison contribue activement à maintenir son ordre social. Gamin, sur la route des retours de week-end, j'avais une peur bleue lorsque nous longions de nuit la vieille prison du centre-ville : ses hauts murs noircis, ses fenêtres à barreaux auxquelles pendaient serviettes et sacs poubelle... Rien ne m'effrayait autant que d'apercevoir parfois l'un de ces proscrits derrière le point rouge d'une cigarette. Ce lieu incarnait pour moi la matérialisation même du mal sur la Terre et venait se confondre avec le purgatoire que détaillait la dame du catéchisme le mercredi matin. Ceux qui s'y trouvaient ne pouvaient que mériter leur sort.
Cette terreur enfantine, associée au mythe qui prétend que « ça peut arriver à tout le monde », illustre bien le rôle dissuasif de la prison. En réalité, la population criminalisée est clairement définie : ce sont en grande majorité des hommes jeunes, pauvres, peu éduqués et souvent non blancs.
La taule est un mirage : il faut la regarder de très loin pour s'imaginer qu'elle sert à quelque chose
En ceci, la prison est l'une des clés de voûte d'un système raciste et classiste qui cherche à contenir et discipliner les éléments les plus menaçants des classes populaires. C'est ce que rappelle le philosophe Geoffroy de Lagasnerie en réactualisant les thèses de Michel Foucault : « La stratégie du pouvoir pour les contrôler, c'est de les étiqueter comme délinquants et de les faire rentrer et sortir et rentrer et sortir dans un appareil police-prison qui permet de les assigner à une position sociale et donc de maîtriser leur puissance de subversion. »3 Et de conclure que le système pénal a donc moins des « fonctions criminelles » que « des fonctions sociales » et que non seulement il se fiche bien de lutter contre la récidive mais qu'il s'échine à la produire.
Luno1 . Tant qu'il y aura des prisons, Le Passager clandestin, 2026.
2 . Je hais les matins, Agone, 2001.
3 . Voir l'entretien avec Denis Robert sur le média en ligne Blast, 2025.
La chorale des Deter-chantent recrute pour sa rentrée 2026-2027 à l'Arche de Noé (Lyon 7) !
Nous sommes une chorale féministe inclusive et autogérée, en mixité choisie MINT : Meufs, personnes Intersexes, Non-binaires (sans mec cis).
Nous nous retrouvons tous les mercredis soirs (19h30 - 21h30) pour chanter, échanger, faire entendre nos voix autour de luttes sociales et environnementales, en prenant de la place ensemble dans l'espace public pour défendre plus d'égalité et de solidarité.
Nous sommes déjà une trentaine, et nous allons ouvrir une dizaine de places pour des inscriptions de nouvelleaux. Pour plus d'équité, nous avons décidé d'organiser un tirage au sort.
→ Si vous êtes intéressé.e.s, merci de nous adresser un mail à deter-chantent@proton.me avec comme objet « Inscription rentrée + votre nom » d'ici le 2 septembre max (avec prénom, nom, adresse mail, et toute autre info que vous jugerez utile) pour que nous puissions bien le traiter, vous envoyer un accusé de réception et vous intégrer au tirage au sort qui aura lieu début septembre.
→ Si vous avez des questions avant de faire cette démarche, nous ferons notre possible pour vous répondre avant la date limite des inscriptions.
→ Et si vous voulez nous rencontrer d'ici là, nous organisons avec d'autres chorales féministes des répétitions ouvertes en mixité choisie femmes + personnes LGBTQIA+, au local de la Comète [https://lacomete.hotglue.me/] à Valmy, les mercredis 22 juillet, 5 et 19 août de 19h à 21h.
Les Deter
Exposition sur Les 90 ans de la Révolution espagnole
Pour ceux et celles qui ne peuvent venir au Cras, quelques images et documents sur l'exposition : https://cras31.info/IMG/pdf/cras_expo_sur_les_90ans_revo_espagnole_2026.pdf
Dessins et Arts Graphiques, dessinatrices et dessinateurs
AOUT 2026 - Permanences :l'expo est visible les mardi et jeudi de 15h à 19h ou sur rendez-vous. Le centre d'archives est ouvert pendant l'été.
Le 19 juillet 1936 marque la contre-offensive ouvrière dans toutes les grandes villes d'Espagne, suite au soulèvement militaire fasciste du 18 juillet. La CNT (Confédération nationale du travail), alors première force syndicale avec plus d'un million d'adhérent-e-s avait permis la victoire du Frente Popular en ne faisant pas campagne en faveur de l'abstention, pour permettre la libération des 30 000 détenus libertaires (emprisonnés suite aux diverses révoltes dont celle des Asturies en 1934). Le 21 juillet est créé le Comité Central des Milices à l'initiative de la CNT, regroupant l'ensemble des organisations ouvrières révolutionnaires et républicaines. Le communisme libertaire est prononcé dans de nombreuses communes et cantons où déjà nombre de terres, d'usines et de services publics sont collectivisés. La CENU (Nouvelle École Unifiée de Catalogne) est créée.
Le Cras propose, à partir de différents supports (affiches, dessins, presse, clichés typographiques…), une exposition de Dessins et Arts Graphiques de différents artistes qui ont œuvré de 1936 à 1939 pour la révolution en Espagne, puis en exil, particulièrement en France et à Toulouse, à partir de 1939.
« L'explosion d'affiches de juillet 1936 à Barcelone », comme l'appelle le dessinateur Carles Fontserè, est un phénomène occulté pendant les 40 années de franquisme. Il est pourtant présent sur tout le territoire. Chaque organisation a alors ses propres dessinateurs et dessinatrice et l'on estime à plus de 3 000, le nombre d'affiches réalisées pendant les trois années de guerre.
On trouve aussi des illustrations et des photomontages pour des revues, la presse, des carnets de dessins et des cartes postales. On dénombre une dizaine de syndicats et regroupements de dessinatrices et dessinateurs. Le Syndicat des Dessinateurs Professionnels à lui seul compte jusqu'à1800 membres.
« L'affiche est un cri collé au mur », Un grito pegado en la pared (Manuel Monleon)
📍 Lieu : Au CRAS - 39, rue Gamelin, 31100 Toulouse
🚇 Métro Fontaine-Lestang | Tram Déodat de Séverac
Tél : 09 51 43 19 08
mail : cras.toulouse@yahoo.com
site internet : https://cras31.info/