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Every post and feed across this instance

  • Millions of Medicaid recipients to face draconian requirements as of 1 January

    Trump’s reform law that seeks to make coverage harder to get, and to keep, includes working 80 hours a month

    It is a date keeping US healthcare providers up at night: 1 January 2027.

    As the midterm elections loom, everyone from hospital leaders and to patient advocates are focused on the New Year, when Republicans scheduled the most controversial elements of their healthcare reform law to go into effect.

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  • Attention à cette fausse vidéo qui affirme que 140 millions de dollars destinés à Volodymyr Zelensky ont été saisis en Ukraine

    Source :Compte Facebook, le 24 septembre 2026

    Etiqe :Faux

    Contenu :

    Le bureau anticorruption ukrainien aurait fait une trouvaille de taille : « 140 millions de dollars » saisis « lors d’une perquisition au domicile de l’ancien directeur des achats de défense de l’Ukraine », Arsen Zhumadilov, « le 23 septembre [2026] ». Ces fonds auraient été destinés à Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, à en croire les allégations qui circulent sur Facebook (ici) et Instagram (ici, ici et ici).

    Ces propos accompagnent une vidéo censée attester de la découverte. On peut y voir des liasses de billets de 100 dollars, entassées dans trois grands cartons de réfrigérateurs, et deux agents du NABU (НАБУ), le Bureau national anticorruption d’Ukraine. Sur les cartons, un papier collé adresse les colis au « Serviteur du peuple », autrement dit Volodymyr Zelensky, en référence à son rôle dans une série télévisée éponyme, diffusée avant qu’il ne se lance en politique au sein d’un parti portant également ce nom.

    Mais loin de fournir une preuve de la corruption du chef d’État, ces images seraient générées par intelligence artificielle, indique le NABU. Plusieurs médias de différents pays sont parvenus à la même conclusion, comme nos confrères de Lead Stories (international), dpa (Allemagne), Myth Detector (Estonie et Allemagne), Factcheck.bg (Bulgarie), VRT NWS (Belgique), Open (Italie), FakeNews.pl (Pologne) ou encore Detector Media (Ukraine).

    Une vidéo générée par IA d’après le bureau anticorruption

    « Il s’agit d’une vidéo truquée, générée par intelligence artificielle, a démenti le NABU dans un communiqué, le 25 septembre 2026. Ce type de contenu illustre clairement comment l’ennemi [la Russie, en guerre ouverte contre l’Ukraine depuis l’invasion à grande échelle du pays le 24 février 2022, ndlr] a de plus en plus recours à des outils d’IA de pointe pour mener une guerre de l’information. » Cette vidéo aurait été conçue pour « discréditer les organismes indépendants de lutte contre la corruption, d’éroder la confiance envers les institutions de l’État et de nuire à la réputation de l’Ukraine ».

    Le bureau anticorruption ukrainien rappelle également que les seules sources fiables le concernant sont ses canaux officiels. Sur son site internet, l’organisme ne mentionne aucune perquisition chez Arsen Zhumadilov ni une quelconque saisie de 140 millions de dollars.

    Le site d’un média copié pour diffuser la vidéo

    L’itinéraire de la vidéo laisse penser à une opération de manipulation typique des désinformations russes. Le clip a été publié sur un site répliquant celui du média The New Voice of Ukraine, lequel a dénoncé une falsification de son identité graphique. Dans ce faux article, publié le 23 septembre 2026, apparaissent la vidéo et le descriptif de la prétendue perquisition – qui aurait eu lieu à la même date.

    « The New Voice rejette catégoriquement les allégations contenues dans cet article et n’a participé ni à sa création ni à sa publication », a déclaré le média, le 25 septembre. « Après avoir été informée de l’existence de ce site web, notre rédaction a immédiatement contacté toutes les autorités compétentes et a ouvert une enquête interne sur cette affaire [et depuis publié un article de fact-checking sur la vidéo, ndlr]. Nous avons déjà découvert que cette histoire avait été diffusée par des organes de désinformation russes connus avant même le lancement de ce faux site web », a déclaré le chef d’édition du média, Romeo Kokriatski.

    Le nom de domaine du faux site web (nvukraine.com) a été enregistré deux jours avant la publication du faux article, le 21 septembre. Celui du média The New Voice of Ukraine étant english.nv.ua, pour la version anglophone, ou nv.ua, en ukrainien.

    Une énième campagne de désinformation russe

    Le Centre de communications stratégiques et de sécurité de l’information de l’Ukraine (SPRAVDI) a retracé les étapes de ce qu’il présente comme une campagne de désinformation, sur X et Telegram. La création du faux article aurait servi à « rendre crédible » la fausse vidéo, après son apparition en ligne (ici ou ici, par exemple). « En conséquence, cette histoire inventée concernant les “140 millions de dollars” a pris l’apparence d’une information qui aurait soi-disant trouvé son origine dans l’espace médiatique ukrainien », en conclut le SPRAVDI.

    La rumeur aurait ensuite été « amplifiée » via des canaux russes, puis « légitimée » par un partage de la vidéo sur X de Kirill Dmitriev, messager de Vladimir Poutine aux États-Unis et grand financier russe. Dans son post, ce dernier déclare : « Encore 140 millions de dollars volés aux contribuables occidentaux par les responsables ukrainiens des achats de matériel de défense. Pas étonnant qu’ils veuillent poursuivre la guerre tout en prétendant vouloir la paix. » Les médias russes s’en sont aussitôt fait l’écho (ici, ici, ici ou ici).

    Ce n’est pas la première fois que de fausses informations sont propagées à propos de découvertes compromettantes faites par le bureau anticorruption ukrainien. Les Surligneurs s’étaient par exemple intéressés, en 2025, à une fausse vidéo prétendant montrer quatre passeports différents appartenant à Volodymyr Zelensky, prétendument saisis lors d’une perquisition. Il n’en était rien.

     

    Auteurs :

    Autrice : Mathilde Lafargue, journaliste

    Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste

    Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

    Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste

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  • Tal Madesta : « Il y a une queerness fondamentale dans les judéités »

    Pourquoi ce choix d’analyser l’entremêlement des expériences juives, décoloniales et queers ?

    TAL MADESTA J’ai plongé dans ma judéité au moment où j’ai commencé ma transition de genre : ma judéité et ma transidentité ont été des lieux jumeaux d’insoumission. J’ai également été marqué par le fait que, parmi les Juif·ves les plus engagé·es pour la libération de la Palestine, beaucoup sont queers. J’ai donc voulu explorer les liens entre queerness, judéités et lutte contre les nationalismes coloniaux. C’est un sujet crucial dans le contexte du génocide à Gaza – et de la montée en force des fascismes partout dans le monde.

    Qu’avez-vous découvert en écrivant cet ouvrage ?

    TAL MADESTA Il y a une queerness fondamentale dans les judéités, une déviance ancienne aux normes de genre blanches. J’ai découvert plein de manières dont les communautés juives ont, au fil de leur histoire, accueilli les personnes trans. Ainsi, en 1896, à Izmir, dans l’actuelle Turquie, un rabbin ottoman a établi ce qu’il faut faire en cas de divorce entre un homme cis et un homme trans qui aurait transitionné après le mariage !

    L’État d’Israël, par la colonisation, le génocide et l’apartheid au nom des Juif·ves, a créé un rapport militarisé au genre, où queerphobie et colonialisme se répondent. Cette double police – des corps et des frontières – est un fait historique ancien. Dans Mauvaises Graines, je raconte l’histoire de Jacob Israël de Haan, poète et journaliste gay néerlandais installé en Palestine mandataire en 1919, qui documente le racisme anti-Arabes des premiers sionistes, et finit assassiné en 1924 par l’ancêtre de l’armée israélienne.

    « Je suis né juif et j’ai grandi trans »

    Tal Madesta

    Pourquoi le titre Mauvaises Graines ?

    TAL MADESTA Il renvoie à l’histoire des Juif·ves, souvent envisagé·es comme des herbes indésirables par les États dans lesquels elles et ils vivent. De la même manière, les queers sont des mauvaises graines qui troublent l’ordre sexuel et familial. Enfin, les mouvements décoloniaux sont fortement criminalisés parce qu’ils perturbent le pouvoir politique. Mais ces mauvaises graines résistent et portent en elles une puissance de transformation immense.

    Quel est le message principal porté par cet essai ?

    TAL MADESTA Je suis désespéré par l’instrumentalisation de l’antisémitisme et la manière dont elle impacte les personnes juives françaises. Ce matraquage constant,

    tout comme le soutien croissant de la diaspora à l’État israélien, nous isole et nous fait peu à peu oublier notre histoire. Par ce livre, j’aimerais montrer qu’une autre voie est possible, qui ne passerait pas par le nationalisme meurtrier, mais par la reconnexion à notre queerness juive qui n’a que faire des frontières et de l’assimilation à la blanchité.

  • Timothy Snyder says Trump is weak. Can Democrats take advantage? – Stateside with Kai and Carter

    As the midterms approach, Donald Trump is continuing to make strongman moves: banning reporters from the White House; trying to remake Washington DC’s architecture in his name; putting "Dear leader"-style videos on television. But historian Timothy Snyder tells Kai Wright that what this really is, is a sign of weakness. And even as the Democrats seemed poised to win the midterms, Snyder argues that the Democrats need to take bold, decisive action if they do win. They have to investigate cases of obvious personal corruption among the people surrounding Trump and try everything they can to get money out of politics. Snyder is the author of On Tyranny and one of the first scholars to warn that the Trump movement presented a threat that looked like fascism.

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  • Deezer prépare un bouton pour faire disparaître la musique générée par IA de vos recherches

    Deezer ajoutera d'ici la fin de l'année 2026 un bouton pour faire disparaître de la recherche les morceaux entièrement générés par IA. La plateforme dit recevoir près de 90 000 titres de ce type chaque jour.

  • Le drone de combat d’Airbus a volé en Europe, mais son « cerveau » souverain manquait à l’appel

    Airbus et l'Américain Kratos ont fait voler pour la première fois en Europe le U740 Valkyrie, un drone de combat que l'Allemagne pourrait utiliser dès 2029. Le système de mission européen censé le piloter n'était pas encore à bord.

  • Chauffage, transport : la baisse des émissions se poursuit, mais pas assez vite

    Les émissions de gaz à effet de serre devraient reculer de 2,8 % en France en 2026. Ce ralentissement est dû à l'effet dissuasif du prix élevé du gazole, a estimé le 13 octobre le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa). Cette réduction reste malgré tout insuffisante pour que la France tienne ses objectifs.
    La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a salué une baisse « encourageante », tout en reconnaissant qu'elle « ne suffit pas (…)

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  • Mobilisation lycéenne : une plainte pour agression sexuelle contre un policier

    Alors que la mobilisation lycéenne se poursuit dans plusieurs villes, les interventions policières sont de plus en plus contestées. Une plainte pour agression sexuelle visant un policier vient d’être déposée, et l’IGPN a ouvert une enquête.

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  • AI godfather Geoffrey Hinton: ‘We’re creating alien beings. I’m willing to be selfish and choose humans’

    The pioneering computer scientist on why Trump is using ‘superintelligence’ wrong, whether AI could wipe out humanity – and how our biggest challenge will be accepting we’re not the only intelligent beings

    Donald Trump is a “corrupt, senile felon” whose fixation on the term superintelligence proves he knows nothing about AI, said Geoffrey Hinton, “godfather” of the technology, in a wide-ranging interview where he doubled down on recent warnings that AI models pose an existential threat to humanity and scoffed at claims the industry could regulate itself.

    The pioneering computer scientist, whose work helped lay the foundations of modern AI, has since become one of the technology’s most vocal critics. His latest remarks come after a tumultuous month during which a growing list of senior AI scientists and researchers have joined Hinton in ringing the alarm about how the technology he helped create could ultimately escape human control, sparking an industry crisis, the hasty assembly of congressional meetings and a rare global consensus that something must be done.

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  • [St Nazaire] Rassemblement en soutien aux familles expulsées de logements et sans hébergement d’urgence

    MERCREDI 14 OCTOBRE 17H – MAIRIE DE SAINT-NAZAIRE – RASSEMBLEMENT EN SOUTIEN AUX FAMILLES EXPULSÉES DE LOGEMENTS ET SANS HÉBERGEMENT D’URGENCE

    Nous appelons toutes les personnes soutenant les familles laissées sans hébergement d’urgence à nous rejoindre devant la mairie de Saint-Nazaire ce mercredi à 17h.

    Les vacances scolaires commencent à la fin de la semaine et nous savons qu’il s’agit d’une période critique.

    Les solutions d’hébergement trouvées par les familles arrivent à épuisement et nous craignons que plusieurs d’entre elles se retrouvent à la rue au milieu des vacances.

    Nous nous rassemblons donc pour réaliser une photo sur les marches de la mairie sous le fronton où est marqué Liberté égalité fraternité.

    Nous souhaitons que vous soyez nombreux pour montrer qu’il y a du monde à Saint-Nazaire de solidaire et concerné par le sort de ces famillesIl s’agit de 17 familles auxquelles le 115 ne propose pas de mise à l’abri.

    Sur Saint-Nazaire, ce sont 25 adultes dont 2 femmes enceintes et 38 enfants dont 3 bébés de 9, 12 et 16 mois.

    Ce sont les élèves de 17 établissements scolaires sur Saint-Nazaire.

    Montrons qu’à Saint-Nazaire, la solidarité a encore un sens et demandons l’accès à l’hébergement d’urgence de ces familles.Un toit c’est un droit! Un toit c’est la loi !

  • Implants espions dans des Ledger : les détenteurs de cryptomonnaies doutent désormais de toute la chaîne de distribution

    Après la découverte d’implants espions dans des portefeuilles Ledger vendus par le revendeur CryptoBilis, les rumeurs se multiplient sur les réseaux sociaux. Ledger appelle à la prudence, mais peine à rassurer des clients qui démontent désormais leurs appareils.

  • «Il a plu de grosses paillettes, une pluie noire» : à Dunkerque, ces habitants s’inquiètent des rejets suspects de l’usine ArcelorMittal

    Cet été, plusieurs dysfonctionnements sur le site sidérurgique d’ArcelorMittal, à Dunkerque, ont causé des fumées noires et des panaches de poussière, dont les riverain·es de l’usine ont été victimes. © Arnaud Stoerkler/Vert

    «C’est une usine polluante qui intoxique la population. L’industriel affirme qu’il met des filtres, mais c’est faux. Et tout le monde ferme les yeux, parce que c’est de l’emploi.» Voilà le pitch des Enfants de plomb, une mini-série qui cartonne sur Netflix. L’histoire vraie d’une pédiatre qui a révélé, en Pologne, les effets délétères d’une fonderie sur la santé de ses riverain·es.

    Daniel*, un habitant de Grande-Synthe (Nord), y a reconnu son quotidien. À deux kilomètres de ses fenêtres s’étirent les cheminées d’ArcelorMittal Dunkerque, l’une des usines les plus polluantes de France, qui brûle du charbon pour produire de l’acier. Il observe les panaches de fumée, la survenue de cancers dans son entourage, et pense qu’un lien existe entre les deux. «Personne n’en parle, les élus sont silencieux», enrage-t-il. Et cet été, il a «failli déménager».

    Nuages de poussière oranges, fumées noires, confettis de carbone dans l’air… Des retombées «épouvantables» ont touché les résident·es proches du site sidérurgique et d’autres usines, entre avril et septembre. L’industriel a reconnu des «aléas techniques», promis une «meilleure communication» à l’avenir et «engagé des actions» pour améliorer son fonctionnement.

    Mais l’inquiétude a conduit à un événement rare dans le Dunkerquois : une critique de la pollution industrielle locale par un élu. «J’ai l’impression que nous sommes revenus trente ans en arrière», a fustigé Grégory Bartholoméus, maire socialiste de Fort-Mardyck, lors d’une réunion publique organisée le 16 septembre dans sa commune – la plus exposée.

    Trottoirs scintillants

    Déjà en 2018, la Voix du Nord se faisait l’écho de panaches anormaux durant l’été. En dehors de ces épisodes exacerbés, les rejets industriels restent un impensé sur le territoire. La communauté urbaine de Dunkerque (Cud) – qui n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations – tente d’attirer de nouvelles usines et incite sa population à embrasser les métiers du secteur, avec son plan «20 000 emplois».

    Les voix qui s’élèvent contre ces nuisances, dans la rue et sur les réseaux sociaux, sont souvent moquées par les défenseur·ses d’un poids lourd économique drainant 20 400 emplois en 2023, entre le port et une quinzaine de sites classés Seveso – afin de prévenir les accidents liés aux substances dangereuses.

    Les premières habitations de Fort-Mardyck, une commune associée de Dunkerque, se trouvent à moins de 200 mètres du site d’ArcelorMittal. © Arnaud Stoerkler/Vert

    «Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir la pollution», soutient pourtant Nicole Bertrand, 74 ans. Elle habite au pied des cheminées et a connu le secteur avant l’arrivée, en 1962, de l’usine sidérurgique. Chaque jour de l’année, les pelouses, voitures et façades des habitations de Fort-Mardyck, de Grande-Synthe ou de Saint-Pol-sur-Mer sont recouvertes d’une fine couche de poussière noire venue d’ArcelorMittal. Et les trottoirs scintillent parfois de paillettes, échappées des 12 millions de tonnes de matières traitées chaque année sur le site.

    «Lors d’une braderie au printemps, il a plu de grosses paillettes, une pluie noire», rit jaune une trentenaire de Fort-Mardyck, qui n’a pas voulu être citée. C’était le 2 mai dernier, et l’industriel ne connaît toujours pas l’origine exacte de ce «carbone pur [tombé] sous forme de graphite», confesse à Vert un porte-parole.

    «Personne ne fait ça»

    Arrivée de Calais il y a neuf ans, Élise (elle n’a pas donné son nom) a pris conscience du problème à force de «nettoyer la poussière noire» sur les jouets de ses filles, dans le jardin. Comme bien d’autres habitant·es, elle évoque «une voiture à laver tous les deux jours», «des appuis de fenêtre souillés» et l’impossibilité d’aérer sa maison sans voir «la poussière atterrir à l’intérieur».

    «La poussière, c’est tous les jours, partout. Il suffit de passer la main sur un rebord de fenêtre pour le vérifier», constate Jean, qui habite au pied des cheminées. © Arnaud Stoerkler/Vert

    Certain·es riverain·es ont retiré leur trampoline après avoir vu les chaussettes blanches de leurs enfants «devenir noires en quelques minutes». Celles et ceux qui ont conservé un salon de jardin retournent consciencieusement «les verres et les assiettes jusqu’au moment de servir», relate Jean*, installé à Fort-Mardyck depuis «cinq générations».

    «On a grandi comme ça, s’attriste Daniel, l’habitant de Grande-Synthe. Dans ma jeunesse, on mettait toujours un coup de wassingue [chiffon, en patois, NDLR] sur la table et le fil à linge, pour ne pas avoir un trait noir sur son t-shirt. Je me suis rendu compte plus tard qu’ailleurs, personne ne fait ça.»

    Forcément, le carnaval de Dunkerque illustre régulièrement avec panache cette existence noircie. Dominique Mouftier, un artiste de 65 ans né à deux pas d’ArcelorMittal, pousse la chansonnette : «La fumée de nos usines nous rend tous tuberculeux, on s’en fout on a bonne mine, on est des carnavaleux !»

    Dépassements de seuils

    Blague à part, Dominique Mouftier se dit entouré de «proches atteints par des cancers». Et Élise est «sous traitement pour des sinusites chroniques» depuis son arrivée dans le Dunkerquois. «Je m’inquiète pour mes filles. On manque d’informations sur cette pollution», regrette-t-elle.

    «Les particules visibles ne sont pas forcément les plus dangereuses, mais elles en charrient des plus petites qui ne sont pas toutes contrôlées», note Constance Valade, de l’association Respire. Une étude de Santé publique France parue en 2025 suggère un sur-risque d’asthme, de prématurité et de maladies respiratoires pour celles et ceux qui habitent à quatre kilomètres ou moins d’un site industriel. Le diagnostic territorial de santé de la communauté urbaine de Dunkerque, publié en 2023, montre aussi une surmortalité de 20 à 30% et une prévalence des cancers parmi ses habitant·es par rapport au niveau national. Sans pour autant les lier au risque industriel.

    Lors d’une campagne de contrôle réalisée au printemps 2025, l’association Respire a relevé des seuils de pollution situés au-dessus des limites de l’OMS dans les fumées d’ArcelorMittal Dunkerque. © Association Respire

    Plusieurs enquêtes (Disclose, association Respire, France nature environnement) ont démontré que le site sidérurgique dunkerquois avait dépassé certains seuils réglementaires d’émissions polluantes, lui valant des amendes et un contrôle renforcé par la préfecture. Malgré ces alertes, l’actuel premier adjoint au maire de Dunkerque, le chercheur en toxicologie Yann Landkocz, jugeait en 2023 dans Libération que l’air de Dunkerque «n’est pas plus pollué qu’ailleurs».

    Reprendre la main

    «Il y a une omerta, un conflit d’intérêts entre le développement économique du territoire et la pollution de l’air», estiment Éric Lefebvre et Jean-Michel Vermeersch, membres de Santé Transparence. Cette association de quarante riverain·es souhaite créer un institut écocitoyen pour reprendre la main sur une réalité sanitaire qui leur échappe. Comme à Fos-sur-Mer, où se trouve aussi le géant de l’acier. Elle organise des réunions publiques depuis un an et vient de candidater à des projets d’études scientifiques pour s’entourer de chercheur·ses.

    Jean-Michel Vermeersch, membre de l’association Santé Transparence. © Arnaud Stoerkler/Vert

    Une manière de ne pas attendre la décarbonation du site sidérurgique, revue à la baisse mais toujours d’actualité, qui vise à réduire l’utilisation du charbon en 2030. Gaëtan Lecocq, responsable CGT dans l’usine, reste sceptique : «Le manque criant d’investissement explique en partie les panaches de cet été et interroge l’avenir», s’alarme-t-il. L’entreprise, elle, rappelle à Vert l’injection de «dizaines de millions d’euros chaque année dans ses installations».

    Gaëtan Lecocq, responsable de la CGT à ArcelorMittalDunkerque. © Arnaud Stoerkler/Vert

    Coincés entre grondements nocturnes, odeurs âcres et fumées chamarrées, deux habitant·es de Fort-Mardyck, récemment arrivé·es, ont peur de ce qu’elle et il «respirent» mais veulent croire à la décarbonation. Souhaitant rester anonyme, un ancien maire de la ville, croisé sous son porche noirci et «incité à se calmer» à une époque où il s’était ému de la pollution, se dit «résigné». Il a accueilli ses deux petites-filles cet été, dont les pieds ont viré au noir dans sa pelouse, «comme si elles avaient marché dans du charbon».

    *Leurs prénoms ont été modifiés pour préserver leur anonymat.

  • L’Atari 800XL de 1983 revient en précommande avec un vrai clavier mécanique et 25 jeux

    [Précommande] Annoncé le 8 octobre par Atari et Retro Games Ltd, THE 800XL, une recréation grandeur nature de l'ordinateur 8 bits de 1983, est déjà en précommande sur Amazon à 219,99 €, pour une sortie le 23 avril 2027.

  • Tradwifes : les influenceuses se rebellent timidement

    Découvrant, à leurs dépens, les risques du modèle conservateur de « femme traditionnelle », certaines influenceuses prennent leurs distances. Mais la tendance n’a pas dit son dernier mot, question de modèle économique...

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  • Des IA capables de se multiplier toutes seules sur des boîtiers TV ? Anthropic alerte sur ce risque

    Faire tourner une IA sur quinze boîtiers Android TV : c’est l’expérience menée par Anthropic, qui étudie comment des modèles pourraient se multiplier sur des objets connectés, sans data center. Un scénario dont plusieurs étapes restent à démontrer.

  • La Finlande stoppe deux data centers de Google pour avoir rasé 500 ha de forêt illégalement

    Malgré le passage en force de la multinationale, les projets ne sont pas annulés pour autant. Ils pourront reprendre une fois l’étude d’impact environnemental terminée.

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  • Mobilisation lycéenne, «acte 5»: suivez la journée en direct

    Une nouvelle journée de mobilisation a lieu, mardi 13 octobre, à l’appel de la coordination lycéenne, rejointe par les universités et les syndicats de l’éducation nationale. «Mediapart» suit la journée en direct, avec nos journalistes partout en France.
  • Printr - Météo, sudoku et autres petits mots sur des tickets de caisse

    Printr , c'est un petit projet que j'ai trouvé vraiment sympa et original qui permet de transformer une imprimante à tickets de caisse Epson TM-T88V en gadget utile pour toute la famille !!

    Vous la branchez sur un Raspberry Pi, et depuis votre smartphone, vous composez un ticket au design de votre choix grâce à une quarantaine de blocs (météo, agenda, sudoku, énigmes, horoscope, photos...) disponibles. Ensuite, vous lancez l'impression, et ça sort sur le rouleau. Ou alors vous pouvez faire ça à demande, par exemple à 7 h 30 tous les matins de la semaine si vous le planifiez comme ça.

    Le ticket du matin tel que le rend l'émulateur de la TM-T88V, de la météo jusqu'aux cases à cocher

    Le ticket du matin, par exemple, vous donne la date et le saint du jour, la météo de votre ville (via Open-Meteo), la phase de la lune, une citation et votre liste de choses à faire dans la journée avec des cases à cocher.

    Vous pouvez aussi y ajouter vos rendez-vous à partir d'un lien ICS (calendrier quoi), et même un bloc "poubelles" qui imprime "Ce soir, on sort le bac jaune" la veille du ramassage.

    C'est vraiment sympa non comme façon de se faire des petits pense bêtes.

    Et pour occuper les enfants (ou les grands au petit-déj), il y a également toute une série de jeux comme le sudoku, des mots mêlés en français, logimage, petit bac, calcul mental, mandala à colorier et 125 énigmes dont la réponse est imprimée à l'envers, histoire d'obliger à retourner le ticket pour la lire.

    Côté horoscope, c'est Claude Haiku qui s'y colle, avec quatre tons au choix : Sérieux, farfelu, vachard ou insultant. Et le dernier ne fait pas semblant visiblement. Ce bloc et le mot du jour sont d'ailleurs les deux seuls à appeler l'API d'Anthropic (donc c'est payant) et leur texte restera en cache pour la journée. Après, si ça vous saoule de payer l'API d'Anthropic, le bloc Barnum vous calculera un horoscope gratuitement, un peu moins fun et hors ligne.

    Tout ça se pilote depuis une appli web conçue pour le smartphone et chaque membre de votre famille peut avoir son compte et composer ses tickets avec un aperçu en direct, puis les enregistrer, les partager et les planifier à l'heure voulue.

    L'éditeur sur ordinateur, avec à droite l'aperçu du ticket et la réponse de l'énigme imprimée à l'envers

    Il y a aussi la possibilité de laisser un petit mot à distance sur l'imprimante de la maison, avec une photo prise avec le téléphone, un cœur dessiné, quelques mots...etc. Sympa quand on est loin de chez soi pour envoyer des petits mots d'amour à sa famille.

    De son côté, la liste de courses est partagée entre tout le monde et se vide toute seule une fois imprimée. Et sur iOS, l'app Raccourcis peut même envoyer vos Rappels au Pi pour qu'il les imprime. Par contre, pour envoyer un mot depuis l'extérieur de chez vous, il faudra que le téléphone puisse joindre le Pi, donc soit un VPN type Tailscale, soit l'appli ouverte sur Internet derrière un reverse proxy HTTPS.

    Maintenant, côté matériel, Printr, comme je vous le disais en début d'article, vise une seule imprimante bien précise, la TM-T88V, dont la largeur imprimable de 512 points est fixée en dur dans le code. Pour le reste, il vous faudra une machine Linux avec systemd, idéalement un Raspberry Pi sous Raspberry Pi OS Lite 64 bits, et l'imprimante en USB ou sur le réseau.

    Et il faudra ensuite compiler tout ça, puisque le script de déploiement compile le programme pour l'architecture précise de la machine avant de l'envoyer en SSH et d'installer le service :

    scripts/deploy.sh pi@printer.local
    

    Si vous voulez voir ce que ça donne avant d'aller acheter une TM-T88V avec vos petits sousous, le dépôt fournit aussi un émulateur pour l'imprimante à lancer via la commande scripts/demo.sh qui imprimera le ticket complet dedans et en sortira une image PNG.

    Merci à XNinety9 et bravo pour le boulot !!

  • Votre téléphone va sonner ce mardi même en silencieux : pas de panique, c’est un test FR-Alert

    Ce mardi 13 octobre 2026, la préfecture de Seine-et-Marne teste FR-Alert dans 56 communes entre 9 heures et 10 heures. Celle du Lot le fait entre 9 heures et midi, et son message peut aussi arriver sur des téléphones en Corrèze.

  • Montpellier : la police armée de fusils d’assaut face aux lycéens

    L’Observatoire des Libertés de Montpellier (OLM), présent sur les blocages des lycées Monnet et Mermoz le lundi 12 octobre, signale le port par les forces de l’ordre de fusils d’assaut et dénonce “L’absence de port systématique de RIO”

    Après avoir relevé l’usage de la police municipale de Montpellier dans les dispositifs de maintien de l’ordre lors des mobilisations lycéennes (voir notre enquête), l’Observatoire des Libertés de Montpellier (OLM) lance une nouvelle alerte : ce lundi 12 octobre, ses observateurs, présents aux abords des lycées Monnet et Mermoz, ont observé le port par des forces de l’ordre de fusils d’assaut. L’Observatoire “s’étonne de la présence de fusils d’assaut au abords des lycées et interroge la proportionnalité de l’armement déployé face aux lycen.nes”. Les observateurs dénoncent également “l’absence de port systématique de RIO” par les agents présents sur place.

    Le RIO, un numéro qu’on cherche encore

    Le RIO, pour “référentiel des identités et de l’organisation”, est un numéro à sept chiffres que policiers et gendarmes doivent porter de façon visible sur leur uniforme depuis le 1er janvier 2014. Le code de la sécurité intérieure (article R. 434-15) n’admet d’exception que pour certains services ou certaines missions particulières. Le maintien de l’ordre n’en fait pas partie, et le ministère affirme même avoir fait apposer le matricule à l’avant des gilets pour ces opérations. Sur le terrain, pourtant, le numéro manque souvent, disparaît sous un équipement ou reste illisible au-delà de deux mètres. Saisi par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et d’autres organisations, le Conseil d’État a enjoint au gouvernement, le 11 octobre 2023, de garantir un port “effectif et lisible” de ce matricule. Le 29 avril 2026, il a constaté que sa décision n’était toujours pas pleinement appliquée. Il a alors ordonné au ministre de l’Intérieur de mettre en œuvre “sans délai” les mesures annoncées, et de distribuer avant le 31 décembre 2026 de nouveaux équipements portant un numéro plus grand. Il a toutefois refusé d’assortir cette injonction d’une astreinte. L’enjeu dépasse la question du règlement intérieur : sans numéro, une personne qui s’estime victime de violences peut difficilement désigner l’agent mis en cause, que ce soit devant l’IGPN, le Défenseur des droits ou un juge.

    Des armes de guerre

    Le fusil d’assaut ne fait pas partie de l’arsenal du maintien de l’ordre. Le schéma national du maintien de l’ordre (SNMO), publié en 2020 puis réécrit en 2021 après une censure partielle du Conseil d’État, encadre l’usage des armes dites intermédiaires : lanceurs de balles de défense (LBD), grenades lacrymogènes ou de désencerclement, canons à eau. Leur emploi est soumis aux principes d’absolue nécessité et de proportionnalité. Les armes longues de type HK G36 sont arrivées dans plusieurs unités de police et de gendarmerie, notamment les BAC et les CRS, après les attentats de 2015. Elles devaient permettre aux premiers agents arrivés sur place de riposter à une attaque terroriste. Un fusil d’assaut ne sert ni à disperser un attroupement ni à repousser un groupe. Il tire des munitions de guerre, et son seul usage concevable relève de la légitime défense face à une menace armée.

    Plus de 6 500 interpellations en dix jours

    Le mouvement est parti de Saint-Denis fin septembre et s’est étendu à toute la France, puis aux universités. Les lycéens réclament des moyens : le remplacement des professeurs absents, la rénovation des bâtiments et des conditions d’étude décentes. Le gouvernement, lui, y a d’abord vu des “violences urbaines”. Matignon a désigné La France insoumise et l’ultragauche, tandis que le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, décrivait un mouvement “pris en otage par des groupuscules ultra-violents”.

    Selon le ministère de l’Intérieur, 6 547 personnes avaient été interpellées au 7 octobre. Dès le 2 octobre, Amnesty International évoquait des centaines de gardes à vue. Côté lycéens, le ministre de l’Éducation comptait 170 élèves blessés au 1er octobre. Le Syndicat des avocats de France en recensait 215 cinq jours plus tard. À Tours, un adolescent de 16 ans a été touché à l’œil : le procureur juge ses lésions compatibles avec un tir de LBD. À Saint-Ouen-l’Aumône, un garçon de 14 ans a été grièvement blessé au visage. À Lens, le 5 octobre, un lycéen de 15 ans a été grièvement blessé à la main. Une grenade assourdissante est “susceptible” d’être en cause, selon la direction générale de la police nationale, et l’IGPN doit établir les circonstances exactes. Le 1er octobre, Laurent Nuñez assurait que ses troupes intervenaient avec “beaucoup de proportionnalité”. Une semaine plus tard, le même ministre suspendait l’usage des grenades assourdissantes pour le mouvement lycéen, le temps de faire la lumière sur ce qui s’était passé à Lens. Dix-huit enquêtes ont été confiées à l’IGPN depuis le début de la mobilisation. Amnesty International dénonce des étranglements, des tirs tendus de grenades lacrymogènes et du gaz poivré utilisé à bout portant. L’ONG demande la suspension des tirs de LBD contre des manifestants en grande majorité mineurs. La LDH estime que la répression a franchi un “seuil critique” et annonce saisir le Défenseur des droits ainsi que les rapporteurs spéciaux de l’ONU.

    Dix-huit enquêtes sont donc ouvertes. Pour qu’elles aboutissent, il faudra encore pouvoir lire un numéro sur un gilet.

    L’article Montpellier : la police armée de fusils d’assaut face aux lycéens est apparu en premier sur Le Poing.

  • « Plus de code écrit à la main » : Epic Games mise sur l’IA pour développer son jeu de tir avec Disney

    Selon Bloomberg, Epic Games a repoussé le jeu de tir qu'il développe pour Disney, qui doit réunir des personnages de Marvel et de Star Wars. Pour accélérer le développement de ce projet, initialement prévu pour mars 2027, le studio mise désormais sur l’intelligence artificielle.

  • 38 000 adresses web utilisent déjà une extension de nom de domaine régionale en France

    Article réalisé en partenariat avec l'Afnic, qui a compilé les données de registre utilisées dans les graphiques. Ces chiffres sont publics : chaque registre les déclare à l'ICANN, qui les publie avec environ trois mois de décalage.

    Ce qu'il faut retenir :

    • Les quatre extensions régionales françaises (.paris, .bzh, .alsace et .corsica) réunissent plus de 38 000 noms de domaine.
    • Les extensions liées à une région ou à une langue ont toutes gagné des noms depuis leur première année complète. Celles des grandes villes ont démarré plus vite, puis ont légèrement reculé après leur pic de lancement.
    • Le .bzh et le .corsica ont plus que doublé depuis leur première année complète.
    • Google traite ces extensions comme n'importe quelle autre : leur intérêt se joue sur l'image et l'ancrage local.
    • Les extensions françaises sont gérées par des collectivités ou des associations, et opérées techniquement en France par l'Afnic.

    Une adresse web aux couleurs de sa région

    L'extension est la fin d'une adresse web, ce qui vient après le dernier point. Tout le monde connaît le .fr ou le .com. Depuis 2014, de nouvelles extensions portent le nom d'une ville ou d'une région : .paris, .bzh pour la Bretagne, .alsace, .corsica. À l'étranger, on trouve par exemple .berlin, .london, .nyc pour New York, .scot pour l'Écosse, .eus pour le Pays basque ou .wales pour le pays de Galles.

    Pour obtenir une adresse de ce type, on passe par un bureau d'enregistrement, c'est-à-dire le prestataire auprès duquel on achète son nom de domaine, comme pour un .fr. Le prix est un peu plus élevé : le registre du .alsace indique par exemple 30 à 40 euros HT par an.

    Chaque extension géographique a ses propres règles. Le .bzh est ouvert à toute personne ou organisation qui manifeste un attachement à la Bretagne, qu'il soit géographique (une adresse dans l'un des cinq départements bretons, Loire-Atlantique comprise) ou immatériel (un intérêt pour la Bretagne, sa culture ou sa langue). Aucun justificatif n'est demandé à l'achat, mais l'association qui gère l'extension effectue des contrôles a posteriori. Le .corsica est ouvert aux organisations et aux résidents corses, mais aussi à la diaspora et à toute personne qui a un lien culturel, familial ou identitaire avec l'île. Pour comparer ces adresses au .fr et au .com, vous pouvez lire notre guide pour choisir l'extension de votre nom de domaine.

    Les extensions régionales françaises en chiffres

    Le .paris a été ouvert au public le 2 décembre 2014, suivi deux jours plus tard par le .bzh. Le .alsace est arrivé en avril 2015 et le .corsica en janvier 2016. En juin 2026, elles comptaient ensemble 38 191 noms de domaine.

    Le .paris reste l'extension la plus utilisée, avec 19 376 noms. Elle a démarré très vite : 12 000 noms réservés dans les jours qui ont suivi son ouverture, dont près de 6 000 le premier jour. Ce lancement avait été préparé, avec une centaine d'ambassadeurs pionniers, une campagne d'affichage dans Paris et une phase de réservation prioritaire avant l'ouverture générale. Après avoir doucement décru à partir de 2019, comme les autres extensions de grande ville que nous avons étudiées, le .paris connaît un nouveau dynamisme de ses enregistrements depuis 2025 : il est passé de 18 800 noms fin 2025 à 19 376 en juin 2026.

    Le .bzh a suivi une autre trajectoire. Parti plus bas, il progresse chaque année depuis son ouverture, et il est passé de 5 661 noms fin 2015 à 14 018 en juin 2026. Pour les dix ans de l'extension, fin 2024, une collectivité bretonne sur cinq avait un site en .bzh, et deux sur cinq dans le Finistère. Quimper, Lorient, Saint-Brieuc, le Stade Brestois ou le Festival interceltique de Lorient ont adopté l'extension.

    Le .corsica a lui aussi plus que doublé, de 1 033 noms fin 2017 à 2 454 en juin 2026, avec une hausse chaque année. Le site officiel de la Collectivité de Corse est en .corsica (isula.corsica). Le .alsace est resté plus stable, entre 2 000 et 2 600 noms depuis 2016.

    Ces adresses servent d'abord les organisations. D'après les informations déclarées par les titulaires, 72 % des noms en .paris, .bzh, .alsace et .corsica appartiendraient, au 1er septembre 2026, à des entreprises, des associations ou des collectivités, et 28 % à des particuliers. La part des organisations irait de 71 % pour le .paris et le .bzh à 82 % pour le .alsace.

    Dix extensions de territoire comparées en Europe et à New York

    Pour comparer des extensions nées à des dates différentes, nous les avons alignées sur leur date d'ouverture : l'année 0 est celle du lancement, l'année 1 la première année complète, et ainsi de suite. Chaque graphique a sa propre échelle : on y lit la forme des courbes, et les volumes sont donnés dans le texte.

    Deux familles se dessinent. Les extensions de région ou de langue (.bzh, .eus, .scot, .wales, .alsace, .corsica) montent régulièrement ou se stabilisent. Celles des grandes villes (.paris, .berlin, .london, .nyc) atteignent vite un sommet, puis reculent lentement.

    Ces évolutions de volume ne constituent pas, à elles seules, une mesure de la réussite des extensions : chacune poursuit des objectifs propres, avec des publics, des conditions d'accès et des stratégies de développement différents.

    Les pics de certaines villes s'expliquent en partie par des promotions de lancement. En juin 2014, pour fêter ses 50 000 noms, le .berlin a lancé une semaine d'offres, et l'un des bureaux d'enregistrement a offert les noms pendant la première année. Ce bureau est passé de 7 800 à 78 500 noms en un mois. Un an plus tard, faute de renouvellement, il en a perdu près de 69 000. Le .london a connu un mouvement comparable en 2017 : une vague d'enregistrements concentrée chez un seul bureau d'enregistrement, qui ne les a pas renouvelés l'année suivante.

    Ces épisodes rappellent qu'un nom réservé sans projet derrière finit souvent par être abandonné. Une étude du CENTR, l'association des registres européens, l'a mesuré sur les extensions nationales : 90 % des noms qui portent un vrai site sont renouvelés, contre 70 % de ceux qui n'affichent aucun contenu (CENTR, 2024). Les extensions de territoire s'en sortent bien sur ce point. L'Afnic mesure que les extensions géographiques gardent en moyenne 74 % de leurs noms d'une année sur l'autre, contre 39 % pour les nouvelles extensions génériques (étude Afnic sur le marché des noms de domaine dans le monde en 2024).

    Le .cat, l'extension catalane qui a inspiré le .bzh

    Le .cat, dédié à la langue et à la culture catalanes, a ouvert en avril 2006, huit ans avant les autres. Le .bzh s'en est d'ailleurs inspiré dès sa candidature. Son parcours donne une idée de ce qui peut se passer sur le long terme.

    Le .cat a grandi pendant dix ans, jusqu'à 111 621 noms fin 2016. Depuis, il s'est toujours maintenu au-dessus de 108 000 noms, sans jamais connaître de chute brutale, et il en compte 118 275 en juin 2026. Il semble avoir trouvé sa place auprès de la communauté catalane.

    Pourquoi certaines extensions progressent plus vite

    Nous n'avons trouvé aucune étude qui compare les extensions de ville à celles de région ou de langue. Ce qui suit relève donc de l'observation, sur dix extensions.

    La langue semble jouer un rôle important. Le .eus et le .bzh, les deux croissances les plus régulières, sont liés à une langue autant qu'à un territoire. Selon son registre, 74 % des sites en .eus ont du contenu en basque, contre 20 % de l'ensemble des sites du Pays basque. Choisir une de ces extensions revient à afficher une appartenance, ce qui donne une raison durable de la garder.

    Les acteurs locaux comptent aussi. Quand une collectivité, un club de sport ou un festival connu adopte l'extension, il la rend visible pour tous les autres. En Bretagne, des villes, des entreprises, des clubs et des associations l'utilisent au quotidien.

    Les registres développent aussi des services pour accompagner les usages de leur extension. Celui du .eus propose par exemple une messagerie gratuite en basque et un programme d'aide à la numérisation des commerces de proximité, ce qui donne à l'extension une utilité concrète.

    Pour les grandes villes, l'appartenance est peut-être plus diffuse. Une ville attire beaucoup d'entreprises au moment du lancement, mais l'attachement à une ville se transmet sans doute moins facilement qu'une langue ou une culture régionale. Ces extensions restent pour autant parmi les plus importantes : le .nyc compte plus de 60 000 noms et le .paris plus de 19 000.

    L'animation de la communauté dans la durée pourrait aussi jouer un rôle. Au-delà du lancement, valoriser les titulaires et les accompagner entretient l'envie de choisir l'extension, puis de la conserver. Le nouveau site bienvenue.paris va dans ce sens, avec des témoignages d'entrepreneurs, des guides pratiques et une newsletter. Selon l'Afnic, le .paris est d'ailleurs reparti à la hausse depuis plusieurs mois.

    Un enjeu de souveraineté numérique

    Chaque extension est gérée par un registre, qui fixe les règles d'attribution et perçoit une partie du prix de chaque nom vendu.

    Les quatre extensions françaises sont gérées par des acteurs publics ou associatifs. Le .paris appartient à la Ville de Paris, le .corsica à la Collectivité de Corse et le .alsace à la Région Grand Est, qui l'a obtenu en 2014. Le .bzh est porté par l'association www.bzh, à but non lucratif, qui s'est fixé pour objectif de réinvestir ses bénéfices dans les usages numériques en Bretagne. L'Afnic, l'association qui gère le .fr, en est l'opérateur technique : elle assure chaque jour leur fonctionnement, leur stabilité et leur sécurité.

    Leurs règles sont donc décidées localement, par des acteurs qui rendent des comptes aux habitants ou à leurs adhérents, et la part du prix qui revient au registre reste en France, au service d'une collectivité ou d'une association.

    Le .com fonctionne autrement. Son registre, Verisign, est une entreprise privée américaine cotée en Bourse : les recettes de chaque nom vendu reviennent à ses actionnaires. Le .com relève ainsi d'un enjeu capitalistique, les extensions françaises d'un enjeu de souveraineté. Pour une entreprise française, choisir une extension régionale revient à confier son adresse sur internet à des organisations françaises plutôt qu'à une société étrangère.

    Une extension régionale aide-t-elle le référencement ?

    Beaucoup se demandent si un .paris aide à remonter sur Google pour des recherches parisiennes. Google a répondu dès 2015 : « Même si elles semblent propres à une région, nous les traiterons comme des gTLD », c'est-à-dire comme des extensions génériques, au même titre que le .com (Google Search Central, juillet 2015). Sa documentation actuelle suit la même règle : seules les extensions nationales comme le .fr sont associées à un pays. Nous l'avions d'ailleurs relayé à l'époque.

    Une extension régionale n'est donc pas un levier de classement en soi. Elle peut en revanche devenir un atout indirect. Dans une page de résultats, une adresse en .bzh ou en .paris signale tout de suite un acteur local, ce qui peut inciter les internautes de la région à cliquer davantage sur ce résultat. Un site clairement ancré dans son territoire obtient aussi plus facilement des liens de la presse, des collectivités et des associations locales. Pour le reste, votre référencement local dépendra de votre contenu, de votre fiche d'établissement Google et de vos liens, comme avec n'importe quelle autre adresse.

    Leur intérêt tient à ce que voit la personne qui lit l'adresse. Une adresse en .bzh ou en .corsica dit immédiatement d'où vient l'entreprise. Elle se retient facilement, et un nom court a beaucoup plus de chances d'y être disponible que dans une extension où des millions de noms sont déjà pris.

    Qui a intérêt à choisir une extension régionale ?

    Une extension de territoire a tout son sens si vous êtes dans l'une de ces situations :

    1. Votre activité est ancrée localement. Un artisan, un commerce, un restaurant ou un cabinet qui travaille avec une clientèle de proximité affiche son origine dès l'adresse.
    2. Votre identité régionale fait partie de votre marque. Un producteur, une marque de vêtements ou une brasserie qui revendique son territoire le prolonge sur le web.
    3. Vous lancez un projet local. Un festival, un club, une association ou une campagne municipale trouve plus facilement un nom court et parlant.
    4. Vous êtes une collectivité. Une commune ou une intercommunalité montre son attachement au territoire et donne l'exemple aux acteurs locaux.

    Les bonnes pratiques pour se lancer

    1. Vérifiez les conditions d'accès. Chaque extension a ses règles, publiées sur le site de son registre (par exemple pik.bzh pour le .bzh ou puntu.corsica pour le .corsica).
    2. Gardez votre .fr ou votre .com. Conserver l'ancienne adresse évite qu'un tiers la récupère et permet de rediriger vers la nouvelle.
    3. Traitez un changement d'adresse comme une migration. Si votre site existe déjà, redirigez chaque page vers son équivalent (redirections 301), utilisez l'outil de changement d'adresse de la Search Console, mettez à jour vos liens et votre fiche Google, puis surveillez votre trafic pendant les semaines suivantes. Sur un nouveau projet, la question ne se pose pas.
    4. Donnez vie à l'adresse. Un nom réservé sans site finit souvent par être abandonné, comme le montrent les courbes plus haut. Un site actif, même simple, justifie la dépense année après année.

    Quinze extensions géographiques demandées à l'ICANN

    L'ICANN, l'organisme qui coordonne les extensions d'internet, a ouvert en 2026 un nouvel appel à candidatures, le premier depuis 2012. Le 7 octobre 2026, elle a publié la liste des 1 615 candidatures reçues (ICANN, 7 octobre 2026). Quinze se déclarent géographiques. On y trouve des villes et des régions européennes, comme le .roma, le .vienna, le .budapest, le .bremen, le .salzburg ou le .campania pour la région italienne de Campanie, ainsi que le .québec, avec son accent, demandé par le registre du .quebec.

    Aucune ne porte le nom d'une ville ou d'une région française. La liste n'est pas encore définitive : les candidats peuvent modifier l'extension demandée jusqu'au 21 octobre, et l'ICANN publiera la liste arrêtée le 17 novembre 2026.

    L’article "38 000 adresses web utilisent déjà une extension de nom de domaine régionale en France" a été publié sur le site Abondance.

  • Appel de Gilets Jaunes d'île-de-France

    Quand ?
    Le 17 octobre de 14h à 23h

    Où ?
    Place de la République Paris 75011 Paris

    FIN DU MONDE, FIN DU MOIS = MEME COMBAT

    Nous, Gilets Jaunes d'Ile de France, appelons à rejoindre la lutte de la jeunesse le 17 octobre 2026.
    La commune, mai 68, les Gilets Jaunes : la lutte des jeunes s'inscrit dans la continuité de ces combats révolutionnaires.

    RDV le samedi 17 octobre 2026 à 14h place de la République à Paris : faisons-en un Rond-Point : "Place du Rond-Point de la république".

    Venez participer à l'agora / AG.

  • Moov’with Manutan Group : quatre start-ups B2B à impact retenues pour accélérer leur passage à l’échelle

    Après avoir réuni 79 candidatures pour sa sixième édition, le programme Moov’with Manutan Group a retenu quatre jeunes entreprises positionnées sur des enjeux très concrets de transformation des organisations : pilotage des prix, digitalisation des artisans, confort des espaces de travail et nouvelles formes d’éclairage urbain. Mené avec le Moovjee, le dispositif du Manutan Group …

    L’article Moov’with Manutan Group : quatre start-ups B2B à impact retenues pour accélérer leur passage à l’échelle est apparu en premier sur FRENCHWEB.FR : innovation, tech, network.

  • [Nantes] 17 octobre : Jaunes et jeunes, nos luttes se rencontrent !

    Le 17 octobre, faisons converger nos mobilisations, nos revendications et nos solidarités.

    Gilets jaunes, Gen Z, Indigné·es, paysan·nes, pompier·es, ouvrier·es, profs, soignant·es, défenseur·euses du climat, habitant·es des quartiers, retraité·es : le samedi 17 octobre, partout, nos luttes s’organisent, nos revendications s’expriment et nos solidarités se construisent.

    On en a marre !

    Marre de payer le plein, les courses et le loyer toujours plus chers, pendant que Total Energies empoche 11 milliards de dollars en six mois. Marre d’entendre qu’il n’y a plus d’argent, dans le deuxième pays du monde pour les dividendes. Marre d’une démocratie où l’on vote tous les cinq ans et où, le reste du temps, il faudrait la fermer.

    Depuis l’élection de Macron, le gazole a augmenté de 86 % et le SMIC de seulement 26 %. Le budget 2027, présenté le 1er octobre, gèle les allocations, les APL et les salaires des agents publics, et prend 5,5 milliards aux retraité·es. Pour les superprofits du pétrole : pas un centime.

    En 2018, on a mis le gilet jaune, on a tenu les ronds-points, et ils ont reculé. Huit ans plus tard, on le remet et de nouveaux Gilets jaunes nous rejoignent.

    Cette fois, l’appel est parti d’un TikTok. La génération qui avait dix ans en 2018 a grandi avec les images des ronds-points. Le 21 septembre, les lycéen·nes de Créteil ont bloqué leur lycée. Deux semaines plus tard, tout le pays suivait, jusqu’aux facs. Le 6 octobre, nous étions 450 000 dans la rue. Classes à 35, profs absents, Parcoursup, APL rabotées, chômage : beaucoup n’ont pas encore le droit de vote, alors la rue, on la prend.

    La réponse du gouvernement : les LBD, les gaz lacrymogènes, les grenades, les matraques et les gardes à vue. Plus de 6 000 interpellations, surtout des mineur·es. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu un œil. À Lens, un garçon de 15 ans a perdu une main. Les gilets jaunes connaissent bien ces armes de guerre et ont subi de nombreuses mutilations. Toucher aux enfants, c’est nous toucher tous·tes.

    Du Népal au Pérou, de Madagascar au Maroc, la Gen Z se soulève sous le drapeau pirate de One Piece. Ici aussi, on a compris que le monde qu’on nous laisse brûle et coûte trop cher. Le 17 octobre, les ancien·nes des ronds-points et les lycéen·nes des blocus, les daron·nes, et la génération TikTok : on se retrouve.

    Et avec nous, toutes les colères

    Paysan·nes, vous nous nourrissez et vous ne touchez que 8 % de ce que nous dépensons pour manger. Gazole, engrais, Mercosur, pesticides : tout vous étrangle. En 2024, vos tracteurs ont fait céder le gouvernement en deux semaines.

    Pompier·es, cet été la France a brûlé et vous avez tenu, à bout de forces. Votre grève court jusqu’au 20 octobre, et le gouvernement ne bouge pas.

    Ouvrier·es, salarié·es, raffineur·euses de Total Energies si mal payé·es qu’iels touchent la prime d’activité, pêcheur·euses qui bloquent les dépôts, routier·es qui montent sur Paris : la colère déborde. Aux syndicats : déposez les préavis.

    Profs, soignant·es, postier·es, agent·es des services publics, écoles sans remplaçant·es, urgences fermées la nuit, bureaux de poste qui ferment : les services publics s’éloignent de nous.

    Marcheur·euses pour le climat, fin du monde, fin du mois : mêmes responsables, même combat. Les géants du pétrole gagnent sur nos pleins et sur la planète. Le capitalisme pille et exploite le vivant sous toutes ses formes, il est indispensable de lutter ensemble pour défendre les vivants humains et non humains, de la prédation des multinationales et des gouvernements qui les servent. Le 26 septembre, nous étions 131 000 dans plus de 260 marches partout en France.

    Quartiers populaires, vous avez connu les LBD et les humiliations bien avant les gilets jaunes.

    Le 17 octobre 1961, à Paris, la police de Papon massacrait des Algérien·nes qui manifestaient pacifiquement. Soixante-cinq ans après, le racisme sert toujours à diviser celleux qui ont les mêmes fins de mois.

    Retraité·es, personnes handicapées, chômeur·euses, précaires, allocations gelées, pensions rabotées, années de coupes dans l’assurance chômage. Le 17 octobre est aussi la journée mondiale du refus de la misère.

    Toutes ces colères ont les mêmes responsables. Le 17 octobre, venons tous·tes ensemble : organisons-nous et manifestons !

    Le 17 octobre, on fait comment ?

    Les modes d’action seront multiples.

    Dans toutes les grandes villes, nous marcherons autrement, lycéen·nes, étudiant·es, parents, syndicats, gilets jaunes, dans des cortèges communs et déclarés. Face aux violences policières, notre meilleure protection, c’est d’être ensemble et d’être nombreuses et nombreux. Soyons des millions.

    Faisons autrement.

    La mobilisation prendra aussi d’autres formes : sur les ronds-points, devant les stations-service, les dépôts pétroliers et les raffineries, organisons des actions, de la désobéissance civile, des piquets de grève ou de musique, des barrages filtrants, des assemblées… Soyons partout !

    Viens avec ta famille, tes potes, ta classe. Mets ton gilet. Filme, poste, partage, raconte.

    Gilets jaunes et Gen Z, paysan·nes, pompier·es, ouvrier·es, profs, soignant·es, défenseur·euses du climat, habitant·es des quartiers, retraité·es : tous ensemble, tout ensemble !

    Le peuple uni ne sera jamais vaincu !

  • L’exposition aux pesticides est associée au risque de tentative de suicide chez les agriculteurs

    « Ces résultats ne minimisent en aucun cas les effets du mal-être agricole, mais contribuent à montrer le caractère multifactoriel des tentatives de suicide. »

    Cet article L’exposition aux pesticides est associée au risque de tentative de suicide chez les agriculteurs est apparu en premier sur La Relève et La Peste.

  • MacSpace - Nettoyez ce qui se cache dans les données système de votre Mac

    Si vous avez jeté un œil au stockage de votre Mac sous macOS 27 récemment, vous avez forcément croisé ce gros bloc "Données système" que Réglages Système ne vous explique jamais vraiment en détail.

    Mais c'était sans compter sur MacSpace , une appli libre qui s'attaque justement à ce truc-là, et qui s'occupe également au passage des modèles d'Apple Intelligence histoire de gagner un peu de place.

    En réalité, "Données système" n'est pas un dossier mais tout le bordel et l'espace dont macOS a besoin. Mais quand on creuse un peu, on peut découvrir grâce à MacSpace à quoi tout ceci correspond dans le détail.

    Données système ventilé par catégorie, avec l'historique des versions marqué Irréversible

    Le bouton "Libérer" supprimera alors ce qui ne craint pas. Je pense aux caches des applications fermées, les rapports de diagnostic et de plantage datés de plus de 7 jours, et les ressources système inutilisées. De son côté, l'historique des versions de vos documents a son propre bouton, marqué "Irréversible" puisque les anciennes versions partent pour de bon. En effet, n'espérez pas retrouver ce que vous avez supprimé avec MacSpace dans la corbeille.

    Notez bien que pour ces ressources système, comme pour les fichiers marqués purgeables et les modèles d'IA, ce n'est pas MacSpace qui s'occupe de la suppression. L'app confie ce travail à CacheDelete, l'outil de purge que macOS lance lui-même quand le disque est presque plein, sans toutefois indiquer quels fichiers il emporte. Mais bon, vous ne prendrez pas grand risque puisque ces fichiers se téléchargeront ou se créeront à nouveau s'ils redeviennent nécessaires, et MacSpace ne touchera bien sûr jamais à vos documents, à Photos, à Mail ni à Messages.

    Le module "Autres fichiers système" retirera aussi du Mac les copies locales de vos fichiers OneDrive ou iCloud Drive, qui resteront dans le cloud et reviendront dès que vous les ouvrirez.

    Et puis il y a Apple Intelligence dont je vous parlais il y a quelques jours avec l'outil RemoveMacAI , qui supprime les modèles restés sur le disque et bloque leur retour avec un profil renvoyant leurs téléchargements vers un port local fermé. Hé bien MacSpace passe par une autre porte puisqu'il règle Siri sur une langue différente de celle du Mac, ce qui suffit à macOS pour décider qu'Apple Intelligence n'est pas dispo. MacSpace peut alors purger les modèles, qui peuvent peser 12 Go si pas plus.

    Attention quand même, ça veut dire que Siri ne vous parlera plus dans la langue de votre Mac. Et avec la synchronisation iCloud de Siri activée, ce changement de langue débarquera aussi sur votre iPhone et votre iPad. MacSpace vous prévient bien sûr et vous montre comment couper cette synchro. Pour revenir en arrière, il suffit après de rebasculer l'interrupteur pour retrouver votre langue et votre voix Siri d'origine (macOS pourra alors retélécharger les modèles).

    Le dernier module, Debloat, aligne 14 switchs pour couper la télémétrie, les publicités personnalisées, Siri AI ou l'indexation de vos données par Apple Intelligence, dont 6 via un profil de configuration à approuver une fois. Et comme macOS rallume certains réglages tout seul (l'identifiant publicitaire revient à peu près chaque jour, d'après le développeur), MacSpace vérifie toutes les 15 minutes tant qu'il tourne et coupe à nouveau ce que macOS a rallumé, hors règles du profil.

    Les switchs de Debloat et le bouton "Tout activer"

    Pour réussir à faire tout ça, MacSpace installe un daemon système qui n'exécute que des opérations inscrites dans son code et n'accepte que des clients signés par la même équipe. L'app n'a aucune télémétrie, et ne se sert du réseau que pour ses mises à jour.

    Côté config, il vous faut évidemment un Mac Apple Silicon sous macOS 27. C'est gratos, sous licence MIT, dispo en français, et ça s'installe soit en DMG, soit via Homebrew comme ceci :

    brew install --cask 1architect/macspace/macspace
    

    Dernier détail, il n'y a pas de désinstalleur donc avant de virer l'app, appuyez sur "Tout activer" dans Debloat et rallumez Apple Intelligence si vous l'aviez coupé, sinon les réglages modifiés resteront en place.

    Source : MacSpace sur GitHub

  • CARBONFARM lève 7 millions d’euros pour rendre la réduction du méthane des rizières mesurable et finançable

    La société française annonce une série A de 7 millions d’euros pour développer ses programmes de décarbonation du riz. Son approche associe suivi satellitaire, modélisation des émissions et financement climatique, avec un enjeu : déployer des pratiques économes en eau auprès de petites exploitations, tout en produisant des résultats vérifiables. CarbonFarm : chiffres clés 7 …

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  • [Nantes] AG étudiante – Ne serrons pas les dents, serrons nous les coudes !

    Pour discuter, créer du lien et organiser la suite de la mobilisation, rejoignons-nous en Assemblée Générale étudiante mercredi 14 octobre devant le pôle étudiant.

  • Violences sexistes et sexuelles : que contient la copie qui partira au Sénat ?

    Source : Projet Arcadie

    Relancé après l'affaire Lyhanna, ce texte de loi comporte 69 articles. Il prévoit notamment la création de juridictions spécialisées dans les violences sexuelles et intrafamiliales, et pour mieux protéger les victimes, les enquêteurs ne pourraient plus les interroger sur leurs antécédents sexuels, détaille Projet Arcadie.

    « Ni son comportement sexuel passé ou sa consommation de substance de nature à altérer son discernement ne pourront constituer une preuve d'un consentement quelconque. »

    Les confrontations avec les suspects seraient également limitées, ce qui serait un soulagement pour le victimes. Le texte prévoit un renforcement des sanctions pour certains crimes, notamment l'inceste, les viols en série et les mariages forcés, ainsi que des mesures contre les contenus pornographiques générés par intelligence artificielle et diffusés sans consentement. Autre volet majeur : des entretiens individuels avec les élèves, de la maternelle au lycée, afin de repérer d'éventuelles violences et de les orienter vers les dispositifs adaptés.

  • Violences sexistes et sexuelles : que contient la copie qui partira au Sénat ?

    Source : Projet Arcadie
  • Vidéo-tract révolté

    Voici un tract animé contre le capitalisme et la répression, réalisé en dessins par l'artiste nantais Korsé.

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  • Cinéastes de notre temps

    C'est visible partout, la jeunesse a pris la rue et la parole. Une nouvelle génération rejoint celle de 2016 dans la détestation de la police et sur les chemins de la révolte. L'époque est toujours aux acharnés. Pour ce premier épisode de Cinéastes de notre temps nous passerons l'Époque de Matthieu Bareyre (2019) dans une version un peu différente de ce qui a été diffusé au cinéma et en festival. Bref, le vrai « director's cut » comme on dit.

    Il est parfois difficile d'extraire ce qui mérite d'être vu parmi les milliers de productions cinématographiques dont nous sommes abreuvés. Les films sont jetables comme n'importe quelles autres marchandises. Le cinéma peut être une place forte contre le spectacle seulement si nous sommes en mesure de défendre une culture critique.

    « Je voudrais que Cinéastes de notre temps soit une émission de laboratoire pour la création d'un nouveau langage ... Pour moi, cette émission poursuit un ensemble de réflexions sur le matériau filmique et sur la manière dont le sens peut ou non s'en emparer ».
    (André S. Labarthe. Cinéma 69, 140, novembre 1969.)

    Régulièrement, nous proposerons sur lundimatin des films gratuits et en streaming pendant une semaine, accompagnés d'un entretien avec leurs cinéastes.

    « L'idée était de mettre un réalisateur face à un autre réalisateur, qu'il soit mort ou vivant – même si on s'est vite aperçus que la rencontre avec les vivants présentait un plus vif intérêt. » (Entretiens avec André S. Labarthe,Thierry Lounas, Capricci 2011)

    Notre époque est riche en soulèvements, en bouleversements, en évènements. Elle se caractérise par la mise en images et en sons, en cinéma, de ceux-ci. Nous irons à la rencontre des cinéastes qui ont été fidèles à un événement et qui ont fait du cinéma un lieu de son expression. Nous chercherons des films qui vont vers la rencontre et le dehors. Un cinéma dans lequel la vie se multiplie et qui invente de nouveaux désirs.

    A rebours de la tyrannie de l'actualité et de la publicité, mais aussi contre toute nostalgie, nous essayerons de proposer ici une sélection de films « actuels » qui font l'épreuve du temps. C'est à dire que par leur puissance visionnaire, nous parions qu'ils ne s'useront pas.

    Episode 1 : L'Époque de Matthieu Bareyre (2019)

    Entre l'après-Charlie de 2015, Nuit debout en 2016 jusqu'aux élections présidentielles de 2017, des jeunes de tout horizons prennent la parole au hasard des rencontres nocturnes dans Paris. Sous-titre : « regarde ta jeunesse dans les yeux ». Un film en hommage à « ceux qui ne dorment pas : leurs rêves, leurs cauchemars, l'ivresse, la douceur, l'ennui, les larmes, la teuf, le taf, les terrasses, les vitrines, les pavés, les parents, le désir, l'avenir, l'amnésie. » L'époque c'est une génération qui se raconte à travers des visages en gros plans, autant de pairs d'yeux, à travers une multitude de mondes hétérogènes et communicants réunis par le film dans leur confrontation commune avec le monde tel qu'il est. L'époque c'est une communauté temporelle, un cocktail Molotov de sensibilités connectés ensemble par la parole, l'intelligence collective et le montage.

    A venir lundi prochain :

    Épisode 2 : Boum Boum, Laurie Lassalle, 2022. (En streaming).
    Entretien croisé - Matthieu Bareyre & Laurie Lassalle

    @Marion Siéfert

    Pour toutes propositions, écrire à dimanchepm@riseup.net

  • Les figures des Gilets Jaunes appellent à rejoindre le 17 octobre

    8 ans après le soulèvement des Gilets jaunes, le pays est en ébullition et 4 figures emblématiques de cet épisode héroïque sortent du silence

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  • Projection du film ‘Maximum Tolerated Dose'

    Quand ?
    Le 29 octobre à 19h

    Où ?
    Le Baranoux 78 Rue Compans 75019 Paris

    Rendez-vous le jeudi 29 octobre pour une projection du film "Maximum Tolerated Dose".

    Présentation du film (1h30, anglais sous-titré français) :

    Maximum Tolerated Dose traite de l'expérimentation animale en retraçant la vie et le parcours d'humains et de non-humains qui en ont fait l'expérience directe.
    Le film donne la parole à ceux qui ont tourné le dos à ces pratiques après y avoir participé, à ceux qui libèrent les animaux, à ceux qui en prennent soin dans leur foyer ou en sanctuaires.

    Comment en arrive-t-on à participer à ce système et même à le justifier ? Comment le quitter une fois qu'on s'y est engagé ? Quelles réparations possibles pour ses victimes, quelle autre vie peut-on leur offrir une fois sorties des laboratoires ?

    Le film contient des passages qui peuvent êtres difficiles - pas d'image gore à proprement parler, mais des descriptions et des images d'animaux en souffrance physique et psychologique.

    Suite à la projection, nous échangerons sur le sujet.

    L'entrée est à prix libre (gratuité comprise) et sans inscription.
    Sur place il y aura aussi un infokiosque et un bar 100% vegan

    Quand ?
    Le jeudi 29 octobre à 19h.

    Où ?
    Au Baranoux, 78, rue Compans, Paris 19ème.
    Dans la grande salle au fond.

    Accessibilité ?
    Il y a une porte d'entrée avec un rebord, qu'il faut enlever pour passer avec un fauteuil donc tu peux nous écrire pour la retirer quand tu arrives si besoin.
    La projection aura lieu dans la grande salle à l'intérieur, accessible aux personnes à mobilité réduite. Les toilettes ne sont pas aux normes PMR.

    graphisme par @teppichhai39

  • Goossips SEO : Migration de domaine

    Goossip #1

    Combien de temps prend une migration de domaine ?

    En début d'année, un internaute a changé le nom et le domaine de son site web. Après avoir configuré les redirections et la fonction « Changement d'adresse » (Change of Address) dans la Google Search Console (GSC), le trafic avait rapidement récupéré autour d'avril.

    Quatre mois plus tard (fin juillet), Google a brusquement réindexé l'ancien domaine, tandis que plus de 5 000 pages du nouveau domaine sont passées au statut « Explorée, actuellement non indexée » et que le nouveau domaine a perdu presque tout son trafic direct. Les internautes trouvent les contenus sur Google via l'ancien domaine, puis sont redirigés vers le nouveau, mais absolument rien de ce qui a été publié en 2026 sous le nouveau domaine n'est indexé.

    Dans la discussion, John Mueller rappelle que, de manière générale, certains processus de migration et de traitement par Google peuvent prendre un temps particulièrement long. Il souligne un point important découvert et ajusté dans la documentation officielle de Google : pour qu'une migration de domaine se déroule et se finalise correctement via l'outil « Changement d'adresse » de la Search Console, il est nécessaire de bien configurer la procédure pour les deux variantes (avec www et sans www).

    Source : Reddit

    Taux de fiabilité : On est d'accord !

    On sait qu’une migration peut prendre un certain temps. Récemment, Gary Illyes a dévoilé que le processus pouvait prendre jusqu’à plus d’un an, même s’il faut compter de 1 à 3 mois en général. Sauf si un problème technique vient rallonger le délai !

    L’article "Goossips SEO : Migration de domaine" a été publié sur le site Abondance.

  • HYLIGHT lève 13 millions d’euros pour faire du dirigeable un outil de maintenance industrielle

    Après ses premières missions pour de grands gestionnaires de réseaux, HyLight veut augmenter sa capacité d’inspection en Europe. La startup annonce 13 millions d’euros pour industrialiser sa flotte de dirigeables autonomes et renforcer l’analyse des données collectées. Son prochain cap sera de rendre ce service reproductible, avec quinze appareils opérés simultanément en 2027. HyLight : …

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  • Implants Essure, un long silence empoisonné, l’enquête en bref

    Nos journalistes Juliette Cabaço Roger et Faustine Sternberg ont enquêté pendant un an sur la gestion sanitaire des implants contraceptifs Essure. Leur travail, récompensé par la Maison des lanceurs d'alerte, interroge le système de contrôle des dispositifs médicaux et les liens entre certains professionnels de santé et les fabricants.

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  • Frappée par les houthistes, l’Arabie saoudite en quête d’alliés introuvables

    L’aéroport de la capitale saoudienne a été bombardé à plusieurs reprises ces derniers jours par des missiles tirés depuis le Yémen. La guerre entre le royaume et les houthistes a franchi un nouveau cran, qui menace l’ensemble de la région.
  • Du backlash écologique au backlash IA

    À quand une psychanalyse des nouveaux contes de fées ? Le vent serait-il en train de tourner ? Entre les Docteur Frankenstein de l'IA qui prennent peur de leur créature et les manifestations contre l'implantation de data centers un peu partout aux USA, mais aussi maintenant en France, l' 'IA mania', qui avait débuté comme un cyber-conte de fées, commence à virer au cauchemar.

    Les fournaises estivales devenues habituelles (« il ne fait que 30°C… ça va ») entretiennent des torpeurs mentales qui convergent opportunément avec un aveuglement salutaire pour la santé mentale, sacrée cause nationale. Peut-on être assez inconscient pour se féliciter de la douce moiteur de cet été indien sans en voir ni les causes, ni les conséquences à bien trop court terme ? Comme l'a montré une anthropologue, Elise Boutié, à propos des méga-feux en Californie, les victimes de la catastrophe elles-mêmes (du moins les survivants, car il y a eu des morts) restent souvent dans le déni quant à l'origine climatique de ces incendies et les attribuent au simple hasard [1], un peu comme Emmanuel Macron avec son « Qui aurait pu prédire... ? » en 2022. C'est sans doute la même chose avec l'IA. "Qu'est-ce qui réveille ?" se demandait Lacan. Il semble en tout cas facile de continuer à ignorer le vase communicant entre la courbe des investissements dans l'IA et celle des investissements dans la transition écologique, désormais nettement inférieurs [2]. On s'alarme du niveau d'endettement, mais quid de ses causes ? Une transition chasse l'autre : il n'y aura pas assez pour le numérique et pour l'environnement. Et il pourrait ne pas y avoir assez pour aucun des deux. Oui, mais : aux USA, 75 projets de data centers ont été annulés rien qu'au premier trimestre, sous la pression des citoyens de toute sorte [3]. Républicains comme démocrates, rednecks ou cols blancs se révoltent contre ces gigantesques aspirateurs à eau et à énergie.

    Et en France ? On part de loin : le problème, médiatiquement et politiquement construit, ce sont, semble-t-il, les éoliennes, approuvées sur le principe et en théorie, mais en fait très mal tolérées quand elles s'implantent dans le champ d'à côté. L'IA et le numérique, au contraire, c'est virtuel : comme disent les élèves, « mais comment ça peut émettre du CO2, un téléphone ? Où est le pot d'échappement ? » Si l'on ajoute la fable de la prétendue neutralité du nucléaire sur le plan environnemental, et de son coût prétendument faible, le piège se referme. Et pourtant un rapport récent à la Commission Européenne montre que non seulement le coût de l'énergie produite par les nouveaux EPR sera plus de 3,5 fois supérieur à celui des renouvelables, mais aussi que ces EPR2 bénéficient d'aides à l'investissement inédites (et de conditions particulièrement arrangeantes et coûteuses pour le budget de l'État) [4]. A l'heure où l'EPR de Flamanville est à nouveau à l'arrêt, à peine un an après sa mise en service complète, il y a de quoi faire réfléchir au prix de l'électricité.

    La France cherche à "rester dans la course" : "attirer les investisseurs", c'est-à-dire d'abord les data centers ("Choose France"), cela veut dire offrir aux GAFAM sur un plateau nos ressources en eau, notre électricité pas (trop) chère, en échange de... hum. Pas de transferts technologiques en tout cas. Quant à Mistral, il semble avoir renoncé à la compétition sur les LLM pour faire du business autrement, en contrats avec les Américains (... et avec Total). "Mistral AI veut être présent", dixit, "sur toute la chaîne de valeur, des data centers aux applications chez les entreprises, pour contrer la domination américaine" : c'est justement le contraire qui est en train de se passer. Et la France, sous l'influence de ses start-ups (théoriquement) souveraines a longuement renâclé avant de finir par signer un texte présenté à l'ONU pour renforcer les mesures de sécurité sur l'IA, sans engagement clair cependant.

    Faisons confiance à la communication de la "marque France" : les éléments de langage nous livrent le bon message, mais sous forme inversée. Encore du Lacan !

    La suspension de l'incrédulité

    Le décalage entre les discours toujours lénifiants des medias mainstream, qui continuent à distiller des éléments de langage semi-publicitaires, et le réel (épuisement des ressources, émissions gigantesques de CO2, siphonnage d'emplois, voire autonomisation inquiétante des machines, inversement proportionnelle à la dépendance des humains à leur égard, etc) ressemble de plus en plus au déni chez les patients borderline.
    Les experts de plateaux télé n'en démordent pas : la bonne pratique, c'est de "ne surtout pas diaboliser" cet "outil", neutre comme tous les outils : comme les armes, les mines antipersonnel, les pesticides, etc. Un usage "raisonné" et "'éthique", c'est comme la guerre chirurgicale ? Ou l'"agriculture raisonnée" ? Ce discours de sous-préfet en quête de modernité fait, ou plutôt faisait l'unanimité, il y a peu.
    En attendant, "pour les métiers les plus exposés à l'IA générative, le nombre de nouvelles offres publiées sur le site de France Travail (...) a chuté de plus de 50 % relativement aux métiers peu exposés" [5].

    La contestation opérerait désormais à trois niveaux : dénonciation, y compris par certains concepteurs de l'IA eux-mêmes, des dangers qu'elle fait planer sur les emplois et l'organisation du travail, voire de la société dans son ensemble ; collusion entre pouvoirs publics et entreprises de la tech (dont Palantir est l'emblème), voire transfert de souveraineté au profit du « techno-pouvoir » ; enfin luttes locales, et assez souvent victorieuses,contre l'implantation de data centers. « La seule chose qui croît plus vite que ce secteur de l'IA, c'est peut-être le sentiment négatif des Américains à son égard. », selon le Wall Street Journal [6].

    A cela il faut ajouter les prophéties alarmistes des « doomers », ces experts de l'IA qui, au vu des comportements transgressifs de certains « agents » IA, devenus capables d'initiative et même de hacking de certains sites, pourraient rapidement développer des compétences dangereuses [7]. Certes, ces propos ont été relayés par la presse pendant quelques semaines. Mais il est frappant de constater qu'ils ont la plupart du temps été commentés de façon distante, sinon sceptique, en insistant sur l'intérêt qui pourrait motiver les dirigeants de certains GAFAM, comme Dario Amodei mais aussi Sam Altman, à accréditer cette hypothèse. S'agit-il réellement d'une hypothèse ? C'est ce que semblent insinuer nombre de medias, alors que les 40 chercheurs mandatés par l'Assemblée générale des Nations-Unies sont unanimes à tirer la sonnette d'alarme, reprenant des conclusions déjà développées notamment dans la revue Science ou la revue Nature [8]. Don't look up ? Comme dans cette fameuse fiction censée montrer notre déni collectif, il est peut-être trop difficile pour nos appareils psychiques de digérer une information d'une telle gravité. Impensable, n'est-il pas plus sécurisant de ranger tout cela dans la rubrique « hum… on verra plus tard », ou bien dans la rubrique « c'est une série Netflix » ? Il est possible que la météorite percute la terre : jusqu'ici tout va bien. On reste dans le pacte fictionnel, le public des medias accueille ces informations comme un récit post-apocalyptique de plus.

    Mais comment expliquer le clivage entre le discours médiatique dominant et le rejet croissant, bien réel, de ces technologies, même par des Etats-Uniens dont 71 % jugeraient le rythme de développement de l'IA trop rapide, toutes appartenances politiques confondues, et 40 % déclareraient vouloir l'interdire [9] ? Chiffre littéralement incroyable : car dans le même temps, les publireportages en continu en faveur du progrès technologique battent leur plein. Est-ce le même phénomène qui fait que les medias français continuent à présenter l'opinion comme hostile aux éoliennes alors que 70 % de la population s'y dit favorable ?

    A moins que le clivage ne passe aussi par notre propre cerveau : nous qui vilipendons l'intelligence artificielle d'une main tout en l'utilisant de l'autre.

    Pénélope et le détricotage

    C'est notamment le cas dans l'Education. Il existe un cadre d'usage de l'IA à l'école, restrictif, mais pas trop. Il est surtout question d'appel à l'éthique, à l'usage raisonné. Pourtant, pas de semaine ne se passe, depuis trois ans, sans que les enseignants ne reçoivent des sollicitations diverses, émanant de diverses sources, publiques ou privées, pour acclimater ces technologies à marches forcées. Non peut-être sans une petite arrière-pensée pour les petites ou grandes économies que l'on pourrait faire à moyen terme sur les budgets en laissant les élèves se débrouiller avec leur Ordilib, comme au moment du confinement ?

    Depuis peu, une nouvelle loi vise à interdire les téléphones au lycée : mais dès sa promulgation, l'accent a été mis sur la difficulté d'application, faute de moyens de surveillance,ou même ses dangers, l'interdiction risquant de mettre les élèves littéralement « à la rue », réduits à consulter sur la voie publique au risque d'un accident... pointant les failles ou l'absurdité du dispositif avant même que la règle ait eu la moindre chance d'être seulement essayée. S'agit-il réellement d'interdire ou de faire mine d'interdire ? Est-ce une proclamation vertueuse ou un réel objectif ? On se souviendra que, concernant l'interdiction du téléphone au collège, en vigueur depuis longtemps (2018), une des (éphémères) Ministres, Nicole Belloubet, avait cru bon d'initier un second dispositif (en 2024), après des années de tergiversation, pour interdire « vraiment » le téléphone [10]. L'emboîtement réglementaire finit par ressembler à une mise en abyme : il faut une loi pour appliquer la loi, faut-il parler de l'effet Vache Qui Rit ? Ou d'un paradoxe vertigineux ? Pour l'IA en tout cas, le grand écart est abyssal, et laisse béer un gouffre entre les principes et les actes.
    C'est bien cette contradiction qui semble devenue quasi systémique : comme pour les lois environnementales du reste, dont il est devenu patent que c'est un « détricotage » qui s'opère, contrairement aux objectifs affichés. En fait, il faudrait plutôt parler d'un « syndrome de Pénélope », qui détricote la nuit ce qu'elle fait semblant de tisser le jour.

    Chez les enseignants, le grand écart est manifeste : en trois ans, les salles des profs sont passées d'un refus poli (« l'IA, non merci ») à un usage assumé. Si la plupart des profs continuent à vilipender les élèves utilisateurs d'IA, eux-mêmes l'expérimentent beaucoup plus souvent, soit sur un mode soft d'« assistant de direction », soit d'une manière plus intensive, comme « incubateur de conception » [11].

    Les élèves, eux, présentent le même genre de syndrome : ils sont beaucoup plus nombreux qu'on ne pense à critiquer l'IA et à être conscients de ses dangers, mais cela ne les empêche pas de s'en servir au quotidien, sans aucune mauvaise conscience [12]. Mais désormais, il semblerait qu'on assiste à des stratégies plus retorses. La ruse pour les élèves les plus madrés exposés à la compétition consisterait à pousser les autres à utiliser l'IA... pour éviter qu'ils ne progressent (témoignage d'élèves d'un grand lycée parisien [13]).

    Est-ce le signe que nous allons enfin, collectivement, sortir du clivage et entrer en résistance ? Cela supposerait de lutter contre soi-même, comme le baron de Münchhausen qui doit se sortir lui-même de l'eau. Ou l'autruche qui doit apprendre à manoeuvrer son long cou pour regarder autre chose que le sable, et cesser de se croire à la plage. Sous la plage de l'IA, les pavés ?

    La Mafia numérique et le ballon d'essai

    Même le monde littéraire semble se réveiller, en découvrant que le petit génie de la rentrée littéraire avait peut-être signé un pacte avec le génie de la lampe... artificielle ? Mais, une fois n'est pas coutume, la polémique sur les « éléments de langage » n'étant peut-être elle-même qu'un élément de langage. Voire un élément de plan marketing : selon le fameux principe du « ballon d'essai », bien connu de tous les communicants, une première annonce qui provoque un scandale permet, en creux et à bas bruit, de déblayer le terrain et de préparer les esprits ; au deuxième essai, beaucoup moins de gens se disent scandalisés, et au troisième on est déjà bien avancés sur le chemin de l'acculturation. Depuis trois ans d'innombrables essayistes, musiciens, penseurs, créateurs ont déjà assumé et médiatisé une utilisation plus ou moins poussée de l'IA dans leur travail, avec des réactions diverses. Qu'en sera-t-il dans un an ou deux, quand d'autres Thélyson Orélien auront publié des livres avec 30, 60 ou 80 % d'IA, et que de plus en plus de lecteurs ne les trouveront pas si mauvais ? Comme les auditeurs de la musique au kilomètre sur Deezer (plus de la moitié des nouveaux uploads sont déjà générés par l'IA). Le rédacteur en chef du Monde, face au scandale Orélien, déclare vaillamment : « Il n'y a qu'une solution. En attendant un véritable gendarme de l'IA, européen ou mondial, sans doute faut-il l'accepter (l'IA) » [14], mais bien d'autres disent qu'ils n'ont juste pas envie d'écrire des livres avec ChatGPT, ni d'en lire. Certes, la solution « unique », sur le mode « There is no alternative », a été majoritaire jusqu'ici : principe de modération, plutôt que de précaution ? Peur de passer pour un réactionnaire, un Amish, ou un has been ? Ou peut-être effet du matraquage tellement insistant des marchands de soupe artificielle. Pourquoi est-il si difficile de refuser simplement d'utiliser l'IA, ou de dire non ? Parler d'usage « limité » ou « éthique » semble mesuré et humaniste : mais s'agit-il réellement de cela, lorsque l'outil et son "affordance" a précisément pour but affiché de servir à un usage non pas partiel mais "large" et "général" (LLM, IAg) et, par ailleurs, de se substituer à l'intelligence de l'utilisateur, voire de le pousser à la fraude (à la fin de la réponse de ChatGPT : "veux-tu que je t'aide à mettre en forme ces éléments", etc.) ? Pas sûr cependant que le techno-centrisme des ravis de la crèche numérique et de l'inaction écologique continue à l'emporter très longtemps, face à la radicalité qui monte. Ni que la légende urbaine de la neutralité technologique tienne encore. Lorsque Evgeny Morozov, habituellement plus acéré, propose, dans un article effarant du Monde Diplomatique d'août 2026 [15], de socialiser l'IA pour la mettre au service du peuple (puisque Marx pensait que les machines n'étaient ni de gauche ni de droite), il n'a qu'un exemple concret, pour l'instant, à l'appui de sa thèse, celui d'un automobiliste qui a réussi, grâce à ChatGPT, à faire sauter une contravention. C'est un début, mais l'utopie sonne un peu comme si on projetait de récupérer tout l'argent de la Mafia pour le distribuer aux pauvres. En attendant la collectivisation des IA et leur conversion aux valeurs de la démocratie sociale, il serait peut-être plus avisé de se tenir à distance.

    Julien Cueille

    [1] Recherche menée par Elise Boutié sur la ville de Paradise, dans un article de 2022 « Crise climatique, crise politique – Quand l'incendie le plus meurtrier de l'histoire des États-Unis affecte la perception de la forêt », Journal des Anthropologues. https://sms.hypotheses.org/38711

    [2] L'OCDE estime que l'IA aurait capté en 2025 61 % de la valeur totale des investissements mondiaux en capital-risque.

    [3] Pierre Rimbert, « Tout le monde déteste l'IA », Le Monde Diplomatique, juillet 2026, https://www.monde-diplomatique.fr/2026/07/RIMBERT/69683.

    [4] Antoine de Ravignan, « EPR2 : aides publiques monstres et concurrence déloyale », Alternatives Economiques, juillet-août 2026.

    [5] https://www.lemonde.fr/vie-au-travail/article/2026/09/22/ia-et-emploi-la-nouvelle-etude-qui-legitime-de-s-inquieter_6779793_6768900.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

    [6] Pierre Rimbert, art.cit.

    [7] https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/09/09/les-gens-qui-construisent-l-ia-croient-qu-elle-pourrait-tous-nous-tuer-d-ici-a-la-fin-de-la-decennie-le-chercheur-jacob-coxon-qui-a-travaille-pour-anthropic-et-openai-quitte-l-industrie_6768853_3234.html

    [8] https://amphisciences.ouest-france.fr/2026/07/nous-ne-pouvons-plus-dire-que-nous-ne-savions-pas-lonu-alerte-sur-les-risques-de-lia/

    [9] Selon un sondage TheEconomist/YouGov de mai 2026 : https://www.economist.com/leaders/2026/06/25/the-ai-backlash-is-only-getting-started

    [10] https://www.franceinfo.fr/societe/education/interdiction-du-telephone-portable-au-college-cinq-questions-sur-l-experimentation-lancee-a-partir-de-septembre_6749695.html

    [11] https://blogs.mediapart.fr/julien-cueille/blog/150626/quand-l-ia-corrige-l-ia-un-bac-de-philo-tres-augmente

    [12] Ibid.

    [13] Pauline Quillon, « l'IA et les jeunes : les liaisons dangereuses », Famille Chrétienne, 2497, novembre 2025.

    [14] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/25/le-cas-thelyson-orelien-accuse-d-ecrire-avec-l-ia-estun-seisme-pour-le-monde-litteraire-qui-campe-sur-l-image-de-l-ecrivain-solitaire_6781936_3232.html

    [15] https://www.monde-diplomatique.fr/2026/08/MOROZOV/69807

  • « Les lycéens nous ont réveillés » : à Saint-Denis, des profs occupent leur lycée

    À Saint-Denis, la colère des lycéens a réveillé celle de leurs professeurs. Lundi 12 octobre, une dizaine d'enseignants et de surveillants du lycée Paul Éluard ont décidé d'occuper leur établissement. Une initiative pour dénoncer le manque de moyens, les violences policières et soutenir leurs élèves mobilisés.

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  • Éden, Éden, Éden

    qui me frappe, de quelle autorité ?
    je n'en éprouve aucune colère,
    seuls mes os réclament justice
    je suis ainsi fait que ce n'est jamais « moi » qui suis insulté, battu, repoussé
    mais, dans ma personne,
    quelque chose du dessus,
    une réalité organique, solidaire
    ou une solidarité historique,
    voire métaphysique

  • Les absents ont toujours tort | Tom Bry-Chevalier

    Pourquoi le validisme demeure-t-il un angle mort si persistant des mouvements d'émancipation ? À partir d'une expérience militante et de l'histoire oubliée des « handicapés méchants », ce texte explore plusieurs hypothèses : l'inaccessibilité matérielle des espaces de lutte, l'hétérogénéité du handicap, le poids du modèle médical et de la charité, mais aussi un imaginaire politique de l'autonomie, du travail et du corps valide qui traverse encore la gauche. Source: Oblique
  • L'État veut faire payer les lycéens qui « cassent »... mais pas les entreprises qui polluent

    En réponse au mouvement de protestation lycéen qui appelle à une nouvelle mobilisation mardi 13 octobre, l'exécutif a dégainé le principe du casseur-payeur, alors qu'il peine à appliquer celui du pollueur-payeur.
    Estimant qu'il « faut apprendre très tôt qu'on est responsable de ses actes », à l'instar de Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, le gouvernement souhaite faire payer les lycéens qui auraient commis des dégradations. Pour réclamer des professeurs et du matériel, les lycéens (…)

    Lire la suite - Info / Libertés , Politique , Pollutions
  • Fin des bureaux de poste : « Ils invoquent la diagonale du vide, mais ce sont eux qui vident nos villages »

    Alors que 441 bureaux de poste pourraient fermer ou être transformés d'ici 2027, des habitants dénoncent la fin des services publics de proximité et une forme de mépris des territoires ruraux. « Ils invoquent la “diagonale du vide”, mais ce sont eux qui vident nos villages. »
    Alligny-en-Morvan (Nièvre), reportage
    « Si on n'a plus de bureau de poste, on va mourir ! » s'insurge Anne-Marie derrière la caisse de son épicerie. Dans cette commune du Morvan de près de 600 habitants, beaucoup (…)

    Lire la suite - Reportage / Social
  • « L'alternative à la voiture, ce n'est pas l'électrique, c'est de changer de système »

    L'adoption massive de voitures électriques ne permettrait pas d'adapter nos mobilités aux limites planétaires, alerte un collectif de chercheurs dans le livre « Déviation ». Il est urgent, selon eux, d'organiser un ralentissement général de nos vies.
    Et si nous souffrions collectivement d'un excès de vitesse ? Soixante chercheurs du monde entier, spécialistes des transports, signent un ouvrage collectif en forme de cri d'alarme. « Une rupture radicale » est nécessaire, selon eux, dans (…)

    Lire la suite - Entretien / Transports
  • Mardi 13 octobre : acte V du soulèvement de la jeunesse

    Le mouvement impose son rythme, et cette journée est décisive pour faire monter la pression jusqu'au 17 octobre.

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  • Mouvement lycéen: «Ce n’est que le début de cette révolution de la Gen Z»

    Elwan Benoît et Soumaya Sarré sont devenus des visages de la mobilisation lycéenne. Dans un entretien à «Mediapart», il et elle expliquent la résilience de ce mouvement malgré un traitement médiatique à charge et une répression policière brutale. Et fixent un cap pour le 17 octobre.
  • «Il y a eu un avant et un après-JO»: à Marseille, la consommation de crack flambe

    Les acteurs marseillais de la réduction des risques alertent sur la problématique du crack, dont la consommation est en nette augmentation en centre-ville depuis deux ans. Parmi les explications du phénomène, beaucoup pointent le déplacement de personnes précaires depuis Paris, lors des Jeux olympiques 2024.
  • La France Insoumise, le fascisme et la révolution [3/3]

    Troisième volet de l'enquête théorico-pratique de Lucas Amilcar qui tente de restituer et resituer l'hypothèse révolutionnaire dans la configuration militante actuelle [1], à savoir la menace de l'accession au pouvoir de l'extrême droite et une adhésion diffuse et plus ou moins critique à l'idée que son rival social-démocrate, la France Insoumise, repousse ce péril et permette une plus grande marge de manœuvre pour les années à venir. Après s'être interrogé sur l'état du mouvement révolutionnaire en France (Volet 1), avoir constaté une crise de la pensée subversive et le retour de l'une gauche autoritaire (volet 2), l'auteur propose d'esquisser différentes stratégies selon les configurations politiques à venir.

    « De la défaite surgissent des itinéraires »
    Carmen Castillo

    La croisée des chemins

    Nous l'avons décrit dans les deux précédents volets, les différents soulèvements de la dernière décennie -portés par des idées telles que l'anarchisme, l'autonomie, l'horizontalisme, les féminismes, le mouvement queer, l'insurectionalisme- ont eu pour point commun d'avoir été poussés par une grande dose d'idéalisme. Mais l'idéalisme, contrairement à ce que les militants « chevronnés » tentent souvent de faire croire, n'est pas toujours une chose mauvaise. Toute politique révolutionnaire doit en être dotée d'une grande dose.

    Cet idéalisme de début de siècle, au cœur d'une époque politique moribonde et sans perspectives, a été extrêmement porteur. Il a permi de démolir de nombreuses digues que les idéologies et formes fossiles du XXe siècle avaient construites pour empêcher tout écart de leurs girons. Il a permis à la politique de reprendre contact avec la vie et d'expérimenter, d'inventer de nouvelles formes inspirantes pour des millions de personnes.

    Mais rattrapé par les contradictions et la perte de vitesse de nos mouvements, un grand nombre d'entre nous - cette génération politique issues des soulèvements des années 2010 - a été amenée depuis quelques années à repenser ce que nous avions vécu et d'en tirer des constats pour orienter la suite de notre action. [2] Mais à partir de ces bilans, déjà différentes voies sont proposées par les uns et les autres :

    La première (voir volets 1 et 2) est celle de l'obstination autour d'une partie des idées libertaires (horizontalisme dogmatique, absence d'organisation non-affinitaire, défense de l'idée de l'archipel comme horizon politique, etc.). Elle a conduit à cette « crise libertaire » que nous avons déjà évoqué ; une sorte de repli sur soi et d'enfermement sous la forme d'un milieu se préoccupant parfois plus de son « lifestyle » [3] radical que de l'impact de ses paroles et actes sur le réel. L'absence de pensée et de propositions stratégiques condamne souvent cette tendance à la faiblesse et à une certaine aigreur qui se traduit par une critique (voir un sabotage) constant des tentatives organisées et stratégiques qualifiés de façon simpliste comme forcément « autoritaire » [4].

    La seconde approche, (voir volets 1 et 2), a profité au contraire du moment de déroute et de repli de ces dernières années marqué par la recomposition et parfois la confusion, pour mener un assaut contre l'esprit des mouvements du début de siècle. Découlant parfois d'une expérience personnelle décevante, voire traumatisante, ce sentiment a été alimenté par des groupes et intellectuels (qui eux sont généralement passés à côté des révoltes récentes) issus depuis longtemps des différentes tendances de la gauche autoritaire (certains trotskistes, décoloniaux ou anti-impérialiste ou alors carrément staliniens et maoïstes). La spécificité de ces derniers est qu'ils fondent leur pratique sur une théorie autoritaire de la révolution (et l'assume en général, à savoir : éduquer les masses, imposer une direction par le « parti » ou l'organisation sur le mouvement et prendre le pouvoir central par les armes ou les élections). [5]

    Le risque de cette posture, qui se présente comme le remède à l'immaturité des mouvements défaits, est alors de se retrouver à contre-courant du mouvement réel jusqu'à jouer contre lui [6]. Une erreur qui selon nous, sans le voir ni le vouloir, pourrait parfois mener certains à flirter avec les idées réactionnaires ou conservatrices et à participer, depuis la gauche, aux différentes expressions de la contre-révolution en cours [7].

    La troisième et dernière approche, que nous défendons, part d'un point de vue opposé aux deux précédentes, et leur condescendance partagée pour le mouvement réel car il ne serait pas suffisamment proche de ce que l'un ou l'autre incarne. Au contraire, nous défendons que c'est depuis ce mouvement réel qui s'est déployé sous une multitude de formes pendant les derniers soulèvements qu'il nous faut repartir. De nos défaites et de nos succès. Sans rien renier, mais en admettant nos erreurs afin de chercher les moyens de les dépasser.

    Comment faire passer les soulèvements, révoltes et expérimentations politiques des vingt dernières années d'une forme éphémère ou fragmentaire à un véritable mouvement révolutionnaire commun et conscient de lui-même ? Comment trouver des formes d'organisations à même de démultiplier la puissance du mouvement réel et le faire exister sur la durée plutôt que de le limiter ou l'absorber ? Quelles stratégies et quels moyens sont nécessaires pour donner une cohésion à cette force naissante ?

    Cette approche, est sans aucun doute la plus difficile, la plus inconfortable car elle ne s'appuie sur aucune théorie toute faite, organisation ou sauveur suprême. Prendre l'une des autres voies est compréhensible, d'une certaine façon. Car tant que la nôtre sera incapable de formuler un projet révolutionnaire (soit une articulation entre théorie et pratique [8]) clair et partageable, elle ne sera empruntée que par quelques croyants, c'est-à-dire les partisans les plus convaincus de notre capacité à faire mieux.

    Ce moment est donc décisif à sa manière. Car l'histoire nous rappelle que la route de la révolution peut se séparer en plusieurs voies [9]. Et si chacune contient son lot d'obstacles, celles qui paraissent les plus courtes, amènent souvent à des impasses et parfois dans des précipices. Pour passer aux étapes suivantes, il convient donc d'être attentif. De continuer à avancer, certes, mais en étant pleinement conscient de où nous allons et par quel chemin.

    Si dans la continuité des textes précédents, nous allons concentrer nos réflexions sur la situation en France depuis laquelle nous opérons, il nous faut préciser d'emblée que nous en sommes arrivés à ces conclusions, non pas en se centrant sur celles-ci, mais au contraire à l'aide d'un grand détour par des expériences révolutionnaires du grand monde. Ce détour nous a permis, non seulement de réunir des enseignements issus d'autres révolutions mais aussi de mieux comprendre ce que nous vivions ici.

    Multiplier les références ne sert pas à collectionner du savoir internationaliste pour ne rien en faire. Il permet tout d'abord de comprendre que nous ne sommes pas seuls dans nos tâtonnements, ensuite de mettre en lumière des dynamiques communes à l'échelle mondiale et enfin d'affiner nos stratégies ici en apprenant de ce qui se passe ailleurs.

    Une part de miracle est toujours nécessaire pour réussir une révolution. Néanmoins connaître le plus grand nombre de combinaisons possibles (de la part de nos ennemis comme du mouvement réel) nous permet, non pas de les calquer, mais de réagir plus rapidement quand nous rencontrons les différentes situations types d'un moment révolutionnaire.

    Pour tenter de contribuer, à notre échelle, à cet effort d'élucidation, je vais tout d'abord réfléchir à partir de la conjecture la plus proche, à savoir l'élection à venir et le rôle des révolutionnaires [10] dans celle-ci ; puis essayer d'identifier ce qu'il reste des mouvements des dernières années en France et de réfléchir aux formes qui pourraient nous aider à augmenter leurs puissances.

    I. Les révolutionnaires et les élections présidentielles

    La différence fondamentale qui oppose les réformistes et les révolutionnaires est de savoir où se situe le cœur de la transformation : dans la conquête du pouvoir institutionnel par la voie électorale ou dans la construction d'un mouvement autonome capable de déclencher une crise politique par la voie insurrectionnelle à même de renverser le régime et/ou le système en place. Bien des distinctions intéressantes ont été proposées par le passé pour casser la binarité entre révolution et réforme [11] mais il nous semble qu'elles ont parfois eu pour effet d'orienter les énergies [12] vers les stratégies institutionnelles ou les forces électorales plutôt que de penser sincèrement les articulations les plus à même de nous approcher d'une rupture. Nous constatons aussi qu'il arrive que des stratégies a priori opposées puissent bien s'articuler, nous entendons pour l'heure peu de propositions explicitant les contextes et conditions dans lesquels elles peuvent voir le jour.

    Une chose est sûre, il nous paraît difficile d'appeler à une réorientation des énergies révolutionnaires de ce pays vers une force électoraliste telle que la France Insoumise sans une réflexion stratégique évaluant les gains et les risques d'un tel choix. Et sans un débat de fond sur les véritables possibilités d'aboutir à un changement réel des conditions d'existence par la voie réformiste et électorale (plutôt que par la révolution donc).

    De la Nupes à Mélenchon 2027

    L'élection présidentielle en France est toujours un moment particulier pour les révolutionnaires. Faute de pouvoir influer réellement dans un moment qui, par définition, n'est pas leur terrain de prédilection, les élections sont souvent le moment de laisser le tour aux réformistes.

    Le problème de la séquence politique que nous connaissons est que nous avons laissé la place aux jeux institutionnels depuis presque trois ans et les élections législatives de 2024. Il faut croire que la « grenade » dégoupillée par Macron en annonçant la dissolution de l'assemblée, a eu encore plus d'effet sur les révolutionnaires que sur la classe politique.

    Pourtant, la crise de gouvernement, puis celle du régime qui a suivi, aurait pu être une période propice à l'attisement des tensions, avec l'ouverture d'une éventuelle crise de nature révolutionnaire en ligne de mire. Plus facile à dire qu'à faire, car en réalité, l'absence de cohésion et de stratégie, voire d'espaces pour en discuter a laissé beaucoup d'entre nous les bras ballants. Permettant, dans cette période, un retour en grâce d'un PS qu'on pensait avoir enterré. Mais surtout à la France insoumise de prendre le leadership non seulement de la gauche institutionnelle mais aussi extra-parlementaire.

    Cette situation est problématique sous plusieurs aspects : perte d'autonomie qui se manifeste dans l'absence de cadres organisationnels ou de stratégies propres ; et surtout manque de préparation aux prochaines occasions comme le soulèvement de la jeunesse que nous vivons à l'heure où nous écrivons ces lignes. Cette situation aurait sûrement pu être évitée ou contrebalancée en essayant de développer une alternative à cette voie purement institutionnelle. Mais maintenant il est trop tard, il faut prendre acte et réfléchir à notre marge de manœuvre dans une telle situation.

    Il reste à présent six mois avant une élection présidentielle, sous plusieurs aspects inédite. Inédite car suivant un mouvement déjà d'ampleur. Inédite surtout car il existe une réelle possibilité pour La France insoumise d'arriver au second tour et d'y retrouver le Front national, réalisant ainsi la prophétie de Mélenchon qui disait dès 2012 : « à la fin, ce sera eux et nous ». Contrairement aux dires des médias et des sondages, si une telle situation arrive, l'issue est totalement incertaine dans un scénario qui ne s'est encore jamais produit en France.

    Si une partie d'entre nous (même parfois ceux qui iront voter Mélenchon ce jour-là) refuse de travailler activement à la victoire électorale de LFI, la majorité de la gauche extra-parlementaire clame par tous les moyens possibles que Mélenchon et la LFI sont la réponse tant attendue à nos impasses et que la rupture est proche. Jetant l'opprobre à tous les sceptiques, accusés (on connaît la chanson) de faire le jeu du RN. Mais alors qu'en penser ?

    Comment s'orienter en révolutionnaires en saison électorale ?

    Commençons par clarifier : contrairement à ce qui a été pensé parfois à la lecture du deuxième volet, nous ne considérons pas LFI comme une organisation de la gauche autoritaire. LFI n'est pas une organisation révolutionnaire d'avant-garde cherchant à prendre la direction d'un soulèvement de masse pour y imposer, par la force s'il le faut, la bonne ligne. C'est une organisation de gauche réformiste qui se radicalise mais opérant quasi exclusivement dans le cadre institutionnel. Certes c'est une organisation fortement structurée autour d'un leadership personnel. Cette forme a ses forces et ses fragilités, mais c'est avant tout son problème, pas le nôtre. La question qui nous occupe est de savoir si elle est à même de défendre les intérêts d'un mouvement qui la dépasse plutôt que les siens une fois arrivée au pouvoir ?

    De plus, il faut comprendre ce ralliement massif de nombreux insurgés — parfois les mêmes qui étaient farouchement anti-élections par le passé — au projet de La France insoumise plutôt que de le mépriser depuis une position dogmatique ou de distinction. Le ralliement de nombreux révolutionnaires et d'une partie des classes populaires au projet insoumis découle de quatre points importants, et commentés au fil de ces textes :

    • La peur grandissante de l'extrême droite et de l'arrivée du fascisme
    • Le désir de voir les mouvements aboutir à des victoires politiques et donc la crainte (et la fatigue) de ne pas y arriver sans appuis institutionnels
    • La radicalisation du projet insoumis, ressemblant de plus en plus à une vraie politique de gauche
    • L'absence de projet révolutionnaire lisible et crédible alternatif

    Dans un tel contexte, je ne pense pas qu'il soit pertinent de nous opposer, d'agir contre, ou d'appeler au boycott ou à l'abstention de ces élections.

    Premièrement car si nous restons sceptiques sur les capacités — ou les possibilités — de La France insoumise à mener la politique et le programme qu'elle défend, nous pensons néanmoins qu'une son accession au pouvoir pourrait desserrer la pression sur toute une partie du mouvement révolutionnaire en construction (moins de répression, amélioration des certaines conditions de vie, plus d'accès à certaines ressources, etc.) et nous offrir des occasions de nous renforcer. En somme, nous aurions un gouvernement au pouvoir qui serait a priori bien plus clément que le Front National avec les militants, les migrants et les quartiers populaires.

    Ensuite car l'espoir suscité par La France insoumise est aussi un facteur de politisation d'une partie de la société. Donc si nous arrivions à construire nos propres stratégies et avoir les moyens de les déployer, une victoire comme une défaite de LFI pourrait amener une partie de ses nouveaux militants et sympathisants vers une ligne révolutionnaire.

    Plutôt que de déployer une énergie oppositionnelle peu constructive et entrer en conflit avec certains alliés ou camarades potentiels, il nous revient de trouver les gestes permettant de tirer bénéfice de la situation et notamment de la radicalisation d'une partie de la gauche réformiste voire de certains secteurs de la société.

    Pour autant, je pense qu'il ne faut pas non plus nous rallier à LFI. Et qu'il est important d'appeler à la prudence ceux et celles qui, tête baissée ou non, foncent dans le projet insoumis et son soutien, y compris « critique ». Tout d'abord car il faut rappeler que si LFI s'est radicalisée ces dernières années c'est aussi pour faire le plein de voix les plus proches pour le premier tour, elle risque bien de se modérer au deuxième tour comme font de nombreux candidats à ce stade afin de rallier les plus mous.

    Ce qui nous ramène à une triste vérité que personne ne niera : LFI reste avant tout une machine électorale. Son travail territorial est presque uniquement orienté vers les échéances électorales et la conquête du pouvoir institutionnel. Cela lui a permis de construire une force politique réelle, de populariser un discours plus radical et de former de nombreux cadres et militants. Mais cela ne suffit pas à construire matériellement un mouvement capable d'apporter autre chose que des votes.

    Un mouvement révolutionnaire doit subsister par lui-même sans devoir attendre la transformation de l'intérieur du système politique qu'il combat. C'est l'avantage d'une politique autonome : la somme de lieux, des coopératives, des organisations locales, des espaces d'entraide, des bases syndicales, des collectifs féministes, écologistes ou anti-racistes qui construisent des outils d'organisation et de subsistance pour permettre la transformation des conditions de vie, sans devoir toujours passer par l'Assemblée nationale. Certes, les changements ne sont pas encore pour des millions de personnes mais au moins ils sont immédiats [13].

    De plus, nous sommes obligés de rappeler la faible probabilité de voir le programme de LFI être mené au bout car il faudrait que cette dernière surmonte un certain nombre d'obstacles. Déjà gagner l'élection présidentielle ; puis démontrer une volonté sincère et déterminée de mener à bien son programme et notamment les aspects les plus radicaux ; et ce, malgré les pressions et l'opposition de la bourgeoisie nationale et internationale. Enfin, l'espoir que ce programme soit applicable, même en partie, dans la configuration capitaliste technofasciste actuelle tout simplement. Plus que jamais, le changement depuis l'intérieur du système, en se conformant aux règles du jeu, semble illusoire.

    Disons-le, croire que le programme de Mélenchon va se réaliser dans la France et le système d'aujourd'hui est une sorte de « pragmatisme utopique » comme l'écrivait un camarade. On nous rétorquera, à juste titre sûrement, qu'en tant que révolutionnaires nous aussi nos rêves sont un petit peu fous. Cependant, la réalisation des nôtres ne commence pas par « la prise de pouvoir d'Etat par les urnes » car ils ne misent pas tout sur celui-ci.

    Entendons-nous, ça ne sert à rien de spéculer pour savoir laquelle des voies est la plus réaliste ou praticable. Toutes sont encombrées et chacun choisira le chemin en fonction de ses désirs, ambitions, croyances et capacités. Les opportunistes, ou ceux qui manquent d'une stratégie propre, opteront pour les « deux en même temps » ou passeront d'une à l'autre sans réelle orientation de fond. Les autres, savent bien que prendre sérieusement l'une des voies est le travail d'une vie.

    Si LFI avait la capacité de consacrer plus de temps à construire des ancrages locaux forts entre les élections, elle pourrait parvenir à davantage d'effets après et hors ses victoires électorales. Or, tous les groupes locaux que nous connaissons sont catégoriques ; sauf en cas de sortie de route des consignes données par les cadres de LFI, tout leur temps doit être consacré à préparer l'élection suivante, avec toujours la présidentielle en ligne de mire.

    Le plus étonnant dans ce ralliement massif par la gauche extra-parlementaire est que souvent il se fait sans trop de conditions. Le risque pour le mouvement réel et ses partisans, c'est d'être absorbés et instrumentalisés par un parti institutionnel qui construit sur leur travail de terrain. De plus, l'adhésion peu critique à la stratégie de LFI ne sert même pas les intérêts du mouvement insoumis. Comme ce dernier l'a lui-même affirmé, en cas de confrontation avec le capital et ses institutions, elle aura besoin d'un mouvement populaire puissant et inventif. Ce mouvement, ce n'est pas en déployant la majorité de notre énergie dans la préparation des élections que nous allons le construire.

    Ainsi, le risque majeur et habituel avec la gauche, c'est que le ralliement massif des différents protagonistes des luttes et des révoltes des dernières années aux processus institutionnels aboutissent à la désactivation et la neutralisation de la radicalité de la rue. Et in fine, des conditions de vie, un quotidien, qui ne changent pas réellement, une nouvelle désillusion et le découragement qui s'ensuit. C'est ce que nous avons vu en Espagne, en Grèce ou au Chili par exemple ces dix dernières années. [14]

    LFI comme la majorité des organisations, récupère, recycle et absorbe nos idées (communalisme, écologie radicale, antiracisme politique, etc.) et puis neutralise une partie de leur puissance en les orientant vers les élections. C'est une spécialité-maison d'une partie de la gauche dont nous devons continuellement nous méfier : faire mourir les mouvements après les avoir fait grossir, en définitive pour renforcer ou faire grossir leur organisation.

    Les enseignements de l'expérience chilienne : le MIR et le président Allende

    Le cas de l'Unidad Popular (UP), cette large coalition socialiste ayant porté Allende au pouvoir en 1970 est souvent cité en comparaison à LFI et sa stratégie. Pour nous, c'est surtout l'expérience de la relation entre Allende et l'organisation révolutionnaire Movimentio de Izquiera revolucionaria (MIR) qui comporte plusieurs enseignements.

    Le MIR, fondé en 1965, considérait que la transformation socialiste ne pouvait se passer d'une rupture révolutionnaire. Il n'appela pas à l'élection d'Allende qui, au contraire, défendait la « voie chilienne au socialisme », soit un changement dans le cadre démocratique et institutionnel. Mais il n'appela pas non plus au boycott des élections [15]. A la place, les révolutionnaires cherchèrent surtout à remettre en question la « naïveté » de la stratégie réformiste de l'UP et à se préparer aux conséquences de celle-ci.

    D'une part en poussant à la radicalisation du processus post-électoral - par le bas - profitant de l'élection pour intensifier son travail politique et l'extension de ce qu'il nommait « pouvoir populaire » [16]. D'autre part en se préparant à l'éventualité d'un coup d'État fasciste à travers l'entraînement militaire de ses militant.es, le contre-espionnage, en tissant des liens avec l'international, etc.

    Après la victoire d'Allende, le lien entre les deux ne se fit pas cordialement mais par le rapport de force. Cela n'empêcha pas le MIR de garder des espaces de discussion ouverts avec l'UP et de collaborer occasionnellement. Et s'il décida bien de faire une trêve dans ses actions de propagande armée, celui-ci imposa une pression constante sur l'UP par l'action : interventions dans les usines, occupations de terres, construction de quartiers autoorganisés, ainsi que par ses discours appelant à la confrontation avec la bourgeoisie. On est loin de l'attitude flatteuse d'une bonne partie des ex-révolutionnaires envers LFI que nous voyons aujourd'hui.

    Il faut dire que le MIR ne cherchait pas à se faire une place au sein de l'UP pour en briguer une ou deux places de députés. Ils pensaient sincèrement, et à raison, étant donné la suite, que le socialisme ne pouvait arriver sans une confrontation armée et violente avec la classe économique. Et que si les socialistes ne prenaient pas l'initiative, la bourgeoisie le ferait si ses intérêts étaient trop sérieusement menacés. Pour cette raison, il pressa l'UP, aux côtés de nombreuses autres forces révolutionnaires, de profiter de sa position pour « armer les pouvoirs populaires ».

    A l'inverse, l'UP voyait d'un œil inquiet le risque de débordement de cette floraison de pouvoirs populaires que le processus de 70-73 avait vu naître (cordones industriales, commandos communales, occupations de terres mapuche et paysannes dans le sud et de terrains vagues dans les villes, etc.). Comme bien d'autres militants de la gauche réformiste ou autoritaire avant et après eux, ils eurent peur de se faire dépasser par le pouvoir du peuple et tentèrent de l'endiguer pour garder le contrôle plutôt que d'aider à son déploiement.

    Lorsque le coup d'État de Pinochet, avec l'aide la CIA, arriva en 1973, le MIR, au côté de militants d'autres tendances, entra immédiatement en résistance en utilisant les réseaux construits au préalable. Allende, qui n'avait toujours armé personne (malgré un premier coup d'État raté quelques mois avant) fit le choix du suicide plutôt que d'envoyer des consignes de contre-offensive. Le reste du mouvement révolutionnaire chilien ayant confié une bonne partie de sa force et de se son autonomie entre les mains du président, fut incapable d'avoir une réponse collective et tous se firent écraser les uns après les autres malgré un niveau d'organisation et de conscience rarement égalé [17].


    Construire notre propre force

    L'histoire de la « révolution démocratique » au Chili nous rappelle le risque que contient le fait de remettre les clefs de sa force et de son autonomie à un parti institutionnel [18] aussi bien intentionné soit-il.

    Cela nous rappelle aussi que pour être en mesure de « discuter », de mettre la pression sur les réformistes puis de s'opposer à la bourgeoisie dans les moments fatidiques, il nous faut construire une force d'appel et de mobilisation puissante et commune (au moins occasionnellement). Afin de faire des pouvoirs populaires en germe des interlocuteurs crédibles et solides et non pas des figurants se faisant absorber les uns après les autres par n'importe quelle force mieux organisée. C'est ce que sont parvenus à faire, par exemple, les comités de résistance au Soudan en se constituant en coordination à même de s'opposer aux récupérations de la gauche institutionnelle. Et surtout de proposer leur propre stratégie et vision concernant les suites de la révolution. C'est aussi ce que tenta, sans succès, l'assemblée des assemblées pendant les Gilets jaunes.

    En somme, ces exemples nous montrent la nécessité de construire une force révolutionnaire qui sera capable de discuter avec LFI si cela s'avérait nécessaire, mais aussi de s'y opposer. L'objectif, est bien que le mouvement réel se constitue en force autonome et par le rapport de force oblige LFI à se mettre au service du mouvement et non l'inverse. C'est à nous-même de construire cette force.

    Pour résumer, nous pouvons dire que le rôle des révolutionnaires dans une période comme celle-ci est, certes, de regarder de près les élections car quelques surprises pourraient s'y jouer, mais de ne pas y consacrer toute leur énergie : ni en s'opposant, ni en militant pour la victoire de LFI. Si LFI fait bien son travail, alors essayons de bien faire le nôtre.

    Quel que soit le résultat - si Mélenchon est élu et ne respecte pas ses promesses ; si Mélenchon respecte ses promesses et qu'il est confronté à l'opposition des institutions internationales ; si Le Pen est élu ; si un candidat de l'establishment est à nouveau élu — ce ne sera pas la « guérilla discursive » à l'Assemblée nationale qui pèsera dans la situation. Ce sera le rapport de force entre d'un côté la rue, les révolutionnaires, le mouvement réel qui s'insurge et de l'autre, la classe politique, la bourgeoisie et leurs chiens de garde (les médias et la police).

    Dans tous les cas, ceux et celles qui pourront faire la différence, c'est nous.

    Nous, qui lutterons contre les fascistes dans la rue. Nous, qui défilerons devant les bureaux de patrons pour leur faire comprendre qu'augmenter les salaires est un « moindre mal » pour eux. Nous qui tiendrons les cantines et les champs pour alimenter l'auto-organisation en cas de pénurie ou de manque. Nous qui sommes les seuls à pouvoir rendre possible une véritable « rupture » profonde et non pas un changement cosmétique négocié au sein de la classe politique afin de préserver l'État et la bourgeoisie.

    II. L'état des forces

    « Avec les bons yeux qui regardent aux bons endroits au bon moment, vous pouvez peut-être voir l'ombre sinistre de l'avenir éclatée par des éclairs de lumière d'un autre monde. »

    Phil A. Neel - Théorie du Parti [19]

    L'immense réussite de la première Internationale ne fut pas tant d'organiser des grèves immenses, de réussir des révolutions de masse ni même de lever des millions de francs pour soutenir telle ou telle lutte. Non, la force de l'Internationale fut l'exploit de donner au mouvement réel les moyens de se voir comme appartenant à un mouvement commun en pleine expansion.

    Grâce à la liaison entre noyaux de partisans, la stimulation de débats transnationaux sur la révolution, la construction d'une entraide matérielle entre ouvriers et syndicats, le soutien aux grèves et aux luttes et enfin la construction d'une menace (surestimée et fantasmée) ciblée par la presse, l'AIT a permis de faire sortir de son état de masse informe, fragmentée et surtout en concurrence, ce que l'on appellera ensuite « le mouvement ouvrier ».

    C'est-à-dire, non pas un parti central et son avant-garde éclairée, mais plutôt une multitude d'entités, d'organisations, de luttes, d'autonomies ouvrières, de partisans appartenant à un même combat pour le socialisme (et ses différentes déclinaisons : communisme, anarchisme, mutualisme, etc.). Voilà l'immense réalisation de l'Internationale. Et son point d'honneur fut que ce mouvement survécu totalement à sa disparition, la faisant entrer dans le panthéon des quelques organisations véritablement révolutionnaires de l'histoire.

    Cette réussite, dans une époque, qui par certains aspects, ressemble à la nôtre [20], doit nous guider. Ne pas chercher tant à « conscientiser les masses » ou « diriger la révolte » mais avant tout, à lui permettre de se voir elle-même, de prendre conscience de sa force et de son nombre, d'aider à tisser ses parties séparées contre la mise en concurrence de ses intérêts.

    Peut-être alors, la tâche prioritaire qui nous incombe commence ici ; à se regarder un peu plus attentivement que ce que l'on a fait ces derniers temps, afin de voir ce qu'a réellement donné l'accumulation des mouvements de la dernière décennie.


    Se décentrer pour se voir

    De retour après avoir passé quelque temps loin des espaces militants français et après voyage destiné à rencontrer lieux et groupes locaux aux quatre coins de la France, j'avais été très surpris de découvrir le contraste entre le nombre assez considérable de ces derniers et le niveau de pessimisme et de manque de perspective qui y régnait. Partout, on se sentait écrasé par l'état du monde et ses guerres, ou bien par la crise climatique et la montée du fascisme. Ces menaces, mises en vis-à-vis avec le manque de perspectives révolutionnaires et d'issues politiques de nos mouvements, poussaient au ralliement à LFI. Ce sentiment, que je ne partageais pas vraiment, me fit conclure à la nécessité de se décentrer.

    Géographiquement d'abord. Et ainsi voir que le monde continue à se soulever. Le flot d'insurrections (Serbie, Madagascar, Maroc, Albanie, etc.) et même de révolutions partiellement victorieuses (Népal, Bangladesh, Madagascar, etc.) ne s'est pas tari et se retrouve menée par une nouvelle génération qui entend bien connaître elle aussi l'expérience des soulèvements. Cela devrait nous donner de la force et nous encourager à participer au début de la révolte actuelle corps et âme et à préparer les prochaines à venir.

    Un décentrement géographique, qui paradoxalement aidait aussi à prendre conscience de notre situation : des moyens que nous avons, des possibilités politiques en termes de liberté d'action, de moyens matériels nous permettant de nous organiser, d'une surveillance pas encore toute-puissante et enfin de la vivacité des luttes et de la récurrence des mouvements de masses.

    Mais, décentrement temporel aussi : on le sait, les autonomes et une partie des révolutionnaires rodés aux insurrections n'aiment pas les moments d'accalmie en France. Le moment du mouvement social, ou de révolte signifie souvent excitation, enthousiasme, intensité où l'on pense que tout est possible (jusqu'à la révolution). Les temps qui s'intercalent entre deux moments de ce type sont souvent des moments plus laborieux, moins gratifiants, synonymes facilement d'isolement ou de sentiment de faiblesse, de perte de sens provoquant généralement son lot de retrait, de dépression, et de résignation. Quand l'agitation manque, cela laisse un sentiment de vide ou de défaite que beaucoup ont du mal à traverser.

    Dans un tel moment : une partie de ceux et celles qui s'étaient soulevés, confie, tout simplement leur force à des partis politiques qui semblent plus à même de donner des « débouchés politiques » à leur colère [21]. Et l'autre partie, par réflexes activistes et gauchistes [22], passent d'une action, d'une cause ou d'une campagne à une autre. À la recherche, non pas forcément d'un effet réel, mais de l'intensité pour continuer à donner un sens à sa vie par la lutte [23].

    Pourtant, les moments d'accalmie ne sont pas forcément négatifs pour un mouvement révolutionnaire en germe. Car ce sont aussi des occasions pour retrouver son souffle et donc du calme, du recul, du temps. Des occasions pour penser, faire le bilan, apprendre de tout ça, imaginer et construire la suite.

    Pour cela, il nous faut accepter qu'aucun moment insurrectionnel ne peut amener à lui seul la révolution profonde [24]. Et même s'il faut « toujours être préparé à une bonne surprise » comme le dit un camarade, les moments d'intensité ne durent pas éternellement et le retour au calme suit toujours, d'une manière ou d'une autre.

    La construction et la croissance d'un mouvement révolutionnaire est un processus lent et laborieux qui connaît ses périodes de flux et de reflux. « Habramarea » disent les féministes en Uruguay. Il y aura des marées. Garder cela à l'esprit ces dernières années, plutôt que de cultiver l'esprit défaitiste aurait permid plusieurs d'entre nous d'un peu mieux se préparer [25] à l'inévitable retour du mouvement réel auquel nous assistons actuellement.

    Un des premiers défis pour se constituer effectivement comme mouvement révolutionnaire est d'être capable de se maintenir dans le temps, même avec un rythme réduit, entre les phases d'intensités qu'elles soient des « victoires » [26] ou des « défaites ». Pour construire et solidifier en continu. Et ce quel que soit le niveau de la mer.


    Ce que nous avons bâti

    Mais alors où en sommes-nous ? Car si nous avons connu des défaites sur le plan institutionnel (dont il ne faut pas minimiser les conséquences sur les plans matériels et moral) nous ne pouvons pas réduire notre bilan à ce constat. Car l'augmentation de la puissance d'un mouvement révolutionnaire est une question de forces matérielles, de lucidité stratégique, et de solidité organisationnelle [27].

    Si l'on se met d'accord sur ce point, les critiques sévères faites régulièrement au « mouvement autonome » ces dernières années (y compris en interne) contiennent leur part de vérité bien sûr, mais ratent aussi souvent le tableau complet. Pour que cela ne soit pas notre cas, commençons donc par jeter un regard d'ensemble et proposons une estimation de ce qui a été construit pendant cette période et ce qu'il en reste :

    - Des lieux : on peut estimer à presque 500 lieux amis en milieux ruraux et urbains : centres sociaux autogérés, squats politiques ou d'habitations, lieux culturels, maisons du peuple et de lutte, ateliers partagés, fermes et communes rurales, coopératives, écolieux radicaux, ZAD et lieux issus de luttes territoriales, habitats collectifs militants, librairies, et tiers-lieux radicalisés.

    - Des capacités alimentaires : plusieurs centaines de cantines collectives, solidaires, autogérées, des réseaux de ravitaillement des luttes, des collectifs de récup alimentaires, des marchés rouges (gratuits) et plus d'une centaine de fermes collectives.

    — Des moyens financiers inédits : fonds de dotation, caisses de soutien, mutuelles autonomes, soutien de fondations radicales.
    — Une centaine de médias, journaux, radios et pages sur les réseaux sociaux dont les principaux sont des médias aux larges audiences qui totalisent ensemble des millions de vues chaque mois.
    — Des centaines de collectifs et organisations de luttes locales, de soin, d'éducation populaire, d'entraide.
    — Des moyens anti-répression, des avocats, des legal teams, des réseaux de soutien aux familles.
    — Une dizaine de maisons d'éditions indépendantes imprimant des dizaines de milliers de livres cumulés chaque année.
    — Des réseaux ou maisons d'accueil et d'entraide aux exilés, des bateaux de sauvetages en mer, des associations de soutiens administratifs et matériels.
    — Des capacités organisationnelles et de mobilisation de plus en plus impressionnantes, comme la capacité de lever une flotte entière pour se rendre à Gaza en quelques mois, des mobilisations à l'échelle de la planète pour construire une entraide effective, des mobilisations autonomes de masse pour soutenir des luttes locales, l'organisation de festivals ou rencontres rassemblant des milliers de personnes.
    — Des réseaux et des organisations issus des causes écologistes, internationalistes, antifascistes, antiracistes et autonomes de plus en plus structurés et expérimentés avec des connexions transnationales puissantes et de plus en plus nombreuses. Mais aussi une culture commune de l'organisation collective permettant de très rapidement aboutir à des larges coordinations.

    Combien de personnes composent ces différents espaces à l'échelle du territoire ? Il est ici beaucoup plus difficile de proposer un chiffre en dehors des moments de soulèvement. Quelques dizaines de milliers de personnes qui s'organisent régulièrement. Quelques centaines de milliers à participer ponctuellement à ce type d'espace. Et combien de sympathisants Quelques millions, espérons-le.

    Cette liste donne une photographie du type d'outils, de capacités et de ressources que nous avons aujourd'hui en France. Bien sûr, ces nombreux acquis sont continuellement menacés, attaqués et fragilisés par les pouvoirs en place et les embrouilles internes. Néanmoins, pour toute personne qui a connu cette évolution, il est difficile de dire que nous sommes à l'heure actuelle moins équipés qu'il y a dix ans par exemple.

    Bien sûr, une liste ne permet pas de saisir toute la complexité que cet écosystème représente. Cet espace n'est pas cohérent, il existe de nombreux désaccords ou divergences de stratégies et de tactiques et une grande difficulté à se coordonner autour d'une ligne politique claire.

    De plus, il faut bien rappeler que toutes ces forces quand elles ne cherchent pas à contribuer à quelque chose qui les dépasse, à participer activement à un mouvement révolutionnaire transversal, risquent d'être cantonnées a de l'alternativisme ou de l'activisme. La construction des pouvoirs populaires, au contraire, implique une dimension offensive, ainsi qu'une volonté de déploiement.

    Alors oui, ce n'est pas encore assez, ce sont des outils et pratiques qui ne sont pas encore suffisamment répandus au sein de certains fragments de la population, ils ne sont peut-être pas suffisamment liés entre eux et surtout, il ne se pensent pas encore comme tels et ne partagent pas nécessairement une lecture commune de la situation. Mais malgré tout, combinés à tous ces moments de révoltes ou de mouvements de masses qui se succèdent dans le pays depuis plus de 10 ans, on a du mal à se dire autre chose que « voilà une bonne base pour construire un mouvement révolutionnaire. »

    « La tâche de notre génération n'est pas encore achevée »

    En plus de tous ces aspects, il existe quelque chose d'autre qu'on ne peut ni voir ni toucher mais qui est tout aussi crucial. Il existe des centaines de milliers de personnes (des millions à l'échelle du monde) qui ont vécu un soulèvement. Celles-ci ont gardé une flamme et surtout ils ont appris des choses. Appris la vie collective, des techniques de rue, des moyens de cuisiner pour 1000 personnes, les difficultés de s'organiser, de tenir des barricades, comment se protéger numériquement, de prendre soin des blessés, etc. Des gens aussi, qui ont gardé des solidarités, des amitiés, des amours.

    L'histoire est faite de soulèvements qui se répètent des années, parfois des décennies plus tard avec un niveau d'intelligence populaire décuplé. Du fait des partisans qui ont appris, se sont mieux préparés et ont réussi à trouver les bons gestes et formes pour y intervenir et dépasser leurs propres limites ou celles de leurs aînés. Mais les expériences ne sont pas automatiquement cumulatives. Quand les révoltes reviennent, il est aussi possible qu'elles conduisent presque exactement aux mêmes erreurs (et en commettent de nouvelles) sans même savoir qu'elles ont été commises par d'autres dix ans plus tôt.

    C'est bien là que nous devons intervenir et que le rôle de la génération politique des années 2010 est crucial. « La tâche de notre génération n'est pas encore achevée » disait un camarade à raison. Pour participer aux prochains soulèvements et y injecter son expérience mais aussi transmettre pour la suite. Le défi pour nous est de ne pas prétendre que nous avons réponse à tout, ou être cynique bien évidemment. Construire des cadres et des approches permettant de se nourrir mutuellement entre générations politiques - voilà un de nos nombreux chantiers.

    Mais pour cela, encore faut-il savoir que garder de tout ça ? Comment chercher des pistes de dépassement aux impasses et obstacles rencontrés ?

    Suite aux deux précédents volets, il m'a souvent été demandé si je pensais ou souhaitais un retour du mouvement autonome tel qu'il avait existé entre 2015 et 2020 ? La réponse est non. Le mouvement autonome tel que nous l'avons connu a fait son heure. Il a été « destitué » comme dirait un camarade, car une bonne partie de ses pratiques de prédilection (manifestations sauvages, occupation, groupes affinitaires, pratique de l'émeute, etc.) se sont répandues au sein des soulèvements du monde entier. Et le désir de rupture est devenu de l'ordre du sens commun. Et s'il a contribué à sa manière au retour du mouvement révolutionnaire, il a accompli sa tâche pourrait-on dire.

    Néanmoins, plus qu'un mouvement que l'on voudrait ressusciter, il convient de retenir ce qui fait la force de l'idée d'autonomie : le développement d'un combat passe nécessairement par l'autonomie de ses combattant.es et la concordance autant que possible entre théorie et pratique. C'est comme ça historiquement que le mouvement ouvrier s'est constitué, en développement, ce que l'on nommait alors « l'autonomie de classe » ; soit en créant ses propres institutions révolutionnaires (mutuelle, syndicats, internationale, parti, bourses du travail etc.) à même de répondre aux besoins de la vie et de la lutte en dépendant le moins possible de ses adversaires ou rivaux et ainsi renforcer sa force et sa cohésion interne.

    Pour pouvoir exister, le mouvement révolutionnaire doit se doter des moyens de son autonomie matérielle comme politique : espaces d'élaboration, de décisions et de discussions tactiques, ses propres capacités de mobilisation, ses propres relais, des ressources de production et de reproduction de sa force, son propre agenda et enfin et surtout : la construction, sur le temps long, d'une stratégie et d'un projet révolutionnaire.


    Les formes de notre force

    Mais alors comment donner corps aux idées et aux forces fragmentées afin qu'elles deviennent un véritable mouvement révolutionnaire ?

    Aux quatre coins de la planète, les réflexions autour de la question organisationnelle se sont amplifiées à partir des expériences passées et actuelles. Des tentatives pertinentes sont en cours pour tenter de dépasser certaines limites. Croisant nouvelles formes d'organisations, capacité de mobilisation de masse ou depuis celles-ci, efficacité, construction de stratégie hors des mouvements d'intensités : l'autonomie organisée fut l'une d'entre elles pour le début du siècle (appelisme et ses suites), les Soulèvement de la terre ou la Coordinadora 8M au Chili sont d'autres exemples à regarder de près, tout comme les social centers movement au Kenya, Les Peuples Veulent ou les nouveaux réseaux apoistes à l'échelle transnationale.

    Pour ne pas rejouer certains débats du XXe siècle, disons d'emblée qu'il n'existe pas LA bonne forme organisationnelle. Nous sommes à peu près convaincus qu'il faudrait au contraire trouver des assemblages qui correspondent aux nombreuses caractéristiques de chaque situation que nous rencontrons. Avec toujours comme fin visée, non pas le renforcement de l'organisation mais le renforcement du mouvement.

    Et pour faire exister un début de mouvement révolutionnaire en France nous devons chercher des architectures qui nous permettent de lutter contre la fragmentation et la dispersion. Il nous manque tout d'abord des espaces de discussion, d'élaboration de stratégies et d'articulations. Sans pour autant trancher définitivement entre eux, il nous semble que trois chemins s'offrent à nous actuellement pour envisager l'étape suivante :

    La première serait de réunir un certain nombre de partisans issus des luttes des dix dernières années avec une expériences de l'organisations collective afin de tenter de construire un socle théorique et stratégique (en quelques points par exemple) à même de servir de base à une organisation révolutionnaire commune rassemblant plusieurs combats pour le moment trop indépendants les uns des autres. Les choix et types d'interventions seraient alors élaborés à partir des objectifs qu'elles se donnent et devrait surement aller vers des formes relativement centralisées. En somme, une forme mise à jour du parti.

    La seconde option, plus souple idéologiquement et structurellement pourrait ressembler à un réseau ou une plateforme à même de fédérer et coordonner les différentes expériences, collectifs, individus issus des luttes récentes. Elle mènerait sûrement à plus de décentralisation et une autonomie forte des différentes composantes.

    Si des expériences de ce type ont déjà été menées ces deux dernier decennies (et avec un certain succès) au sein d'espace circonscrits (coordination de lieux autonomes ; coordination féministe ; assemblée des quartiers, Soulèvements de la Terre pour les luttes écologiques, etc.), une étape supplémentaire (et difficile) serait premièrement d'assembler des entités de différentes luttes au sein d'un même espace pour construire une base transversale. Et deuxièmement de le faire, non pas à partir d'un cadre idéologique prédéfini (troskysme ou anarchisme) mais depuis une base politique commune construite à partir de différentes traditions de ses composantes et ouverte à la nouveauté de notre époque.

    La dernière option (qui n'est pas exclusive) et qui nous semble être surement la plus adaptée au moment politique dans lequel nous nous trouvons correspond à une forme hybride et originale : le camp révolutionnaire. Le nom et la théorisation de cet espace nous vient du Québec :

    « Il nous faut des espaces pour construire des plans [...] Le camp révolutionnaire représente pour nous le lieu non seulement d'un partage d'idées, mais de la prise de parti active pour la révolution. Il doit servir d'espace de discussion, d'élaboration stratégique et d'organisation entre différents groupes. [...] L'intérêt d'un espace tel que le camp est d'abord de remédier au caractère diffus et isolé des forces révolutionnaires. Dans une situation donnée, la coordination au sein du camp nous amène à penser des interventions plus puissantes, autant sur le plan tactique qu'au niveau du discours. Éviter de multiplier les appels et la confusion. Si nécessaire, penser les désaccords sur des bases politiques et stratégiques, et non pas sur des malentendus ou des embrouilles interpersonnelles. Hors mouvement, alors que les forces tendent à se replier sur elles-mêmes, le camp établit un espace où l'échange permet de tenir dans le temps. [..]

    Les décisions qui y sont prises reposent sur la possibilité d'accords et d'initiatives transversales aux forces qui le composent [...] Bien que le camp ne nécessite pas que tous ceux qui y appartiennent aient les mêmes priorités, il présuppose néanmoins un critère et une orientation de base, qui sont de poser et de faire exister la question de la révolution.[..] Pour les forces qui appartiennent au camp, l'activité politique doit s'inscrire dans une stratégie qui peut s'expliciter [...] La révolution implique un bouleversement de l'ordre établi et des manières de vivre par les foules insurgées. Participeront au camp révolutionnaire tous ceux et celles qui œuvrent d'arrache-pied à l'avènement de ce bouleversement et décident de s'organiser sur cette base. » [28]

    Si de nombreuses modalités restent à discuter (rythmes, critères d'appartenance, formes des discussions, etc.) nous pensons qu'un espace révolutionnaire de ce type serait à même de poser un jalon à notre portée et en même temps répondre à un manque cruel. L'originalité de cette proposition est qu'elle ne prévoit pas de faire entrer tout le monde au sein d'un même parti ni de redoubler les tentatives de coordination déjà là sous la forme d'un réseau. Mais plutôt, dans un premier temps, de faire se rencontrer (plus ou moins régulièrement) des « noyaux révolutionnaires » au sein d'un espace commun afin de :

    1 : Expliciter les stratégies et les désaccords

    2 : Y penser des occasions d'articulations, d'interventions ou d'élaboration de plans communs augmentant nos capacités de construction de rapport de force (y compris avec des forces de gauche)

    3 : Contribuer à renforcer une culture commune notamment de la discussion stratégique, mais aussi du conflit politique explicité

    Quelle que soit l'option que nous choisissons entre celles-ci ou d'autres que nous n'avons pas présenté, l'importance d'un organe de liaison contribuant à faire exister et se penser le mouvement révolutionnaire devient urgent.

    Car ni l'intellectuel des médias sans force réelle, ni le syndicat de masse qui n'a d'autre objectif que d'emporter des victoires immédiates et partielles, ni le groupe affinitaire qui améliore son quotidien sans rencontrer l'autre, n'ont les moyens de peser dans les situations que nous rencontrons.

    Le contexte actuel de déshérence des révolutionnaires organisés, donne une place centrale à toute une ribambelle d'influenceurs, intellectuels ou encore de plateformes en ligne se fantasmant comme de nouvelles avant-gardes [29].

    Aussi important puisse être le combat culturel et pour les idées, le centre de gravité d'une politique révolutionnaire ne peut être la production de discours. Cela reste avant tout la construction d'une force réelle dont les trois piliers sont : capacités organisationnelles, force matérielle et moyens d'interventions. Et si l'élaboration théorique et stratégique et sa diffusion est bien entendu indispensable pour nourrir et accompagner cette force réelle en construction, quand c'est le discours qui guide le mouvement et non pas l'inverse alors c'est le signe d'une période politique moribonde favorable aux charlatans.

    III. Soulèvements de la jeunesse

    Nous l'avons répété à plusieurs reprises, depuis une dizaine d'années, les révoltes de plus ou moins grande ampleur se succèdent en France. Quartiers populaires, agriculteurs, Gilets jaunes, Kanaky et maintenant la jeunesse.

    Avec l'absence de réponses des gouvernements successifs, tout continue de s'aggraver, économiquement, politiquement : la colère s'intensifie et la possibilité de nouvelles explosions est toujours plus grande. Cette situation fait certainement de la France (aux côtés des États-Unis) un des pays les plus volcanique d'Occident. En révolutionnaire il faut donc, s'éloigner du défaitisme fataliste ou du pragmatisme utopique et redevenir un minimum réaliste :

    1 : les insurrections reviennent toujours et de plus en plus souvent.

    2 : Si on ne s'y prépare pas sérieusement, elles risquent de se transformer encore en occasions ratées et à se succéder les unes après les autres, sans réellement ébranler le régime.

    Nous l'écrivons depuis quelque temps, il paraissait de plus en plus évident qu'une révolte majeure de la jeunesse était en train d'incuber. Le reste du monde connaissait depuis quelques années les soulèvements de la Gen Z même en France : révolte de la jeunesse de banlieue pour Nahel, fêtes et affrontements lors des victoires en ligue des champions de PSG et les dernières fêtes de la musique. Dans chacun de ces cas, nous avons pu voir une jeunesse des périphéries, majoritairement racisé.e, de plus en plus encline à pénétrer les centres des grandes villes pour y affirmer en acte sa dignité, sa joie et sa colère.

    L'appel du 10 septembre 2025 à tout bloquer avait aussi constitué un signal intéressant, notamment par la présence importante de jeunes dans les cortèges et par l'apparition de formes de manifestations spontanées pratiquement uniquement composées de lycéen.nes et étudiant.es. Pour une partie d'entre eux, il s'agissait des premières expériences concrètes de manifestations sauvages, de confrontations avec l'ordre établi et surtout, de la découverte de la force collective que peut produire une mobilisation. Le problème n'était donc pas tant l'absence de colère et d'énergie mais plutôt l'incapacité (logique) de prolonger le mouvement au-delà de ce jour, empêchant à toute cette génération de connaître son premier mouvement (partie remise).

    À l'heure où nous terminons ce texte, il n'est plus question d'anticipation mais de l'actualité la plus chaude et depuis une semaine, plusieurs centaines de lycées et dizaines d'universités du pays sont bloqués. Le 17 octobre en ligne de mire. Nous assistons à ce qui ressemble de plus en plus à un soulèvement beau et drôle à la fois, lancé depuis la périphérie des grandes villes, de la jeunesse déterminée. Sans surprise et beaucoup moins amusant, celui-ci est attaqué de façon brutale et inhumaine par l'État et sa police. 5000 arrestations en dix jours, des lycéen.nes éborgné.es, mutilé.es et un racisme totalement décomplexé qui continue de prouver que dans ce pays les enfants non-blancs ne sont pas vraiment des enfants.

    Mettant bien en lumière deux mouvements contradictoires qui se développent simultanément et qui entrent de plus en plus directement en collision préparant une situation explosive. Des regards attentifs ont vu ces dernières années que nous n'assistions pas simplement à la montée du suprémacisme blanc et d'une extrême droite de plus en plus décomplexée. Mais aussi que de l'autre côté, les populations visées par ces discours semblaient de moins en moins disposées à accepter l'invisibilisation et la place subalterne qui leur était assignée. Occupant de plus en plus fréquemment les centres-villes lors des révoltes [30] comme des fêtes populaires, prenant la parole, investissant les espaces culturels et politiques et accédant progressivement à des positions institutionnelles affirmant et assumant de plus en plus le fait d'être des « français » comme les autres (les drapeaux français et les marseillaises entonnées devant les lycées du 93 en sont sûrement les meilleurs exemples). Une prise de puissance, de confiance et de dignité de plus en plus menaçante pour l'ordre social à la française.

    C'est aussi cette transformation que LFI avait cherché à traduire culturellement à travers le récit de la « nouvelle France ». Et surtout électoralement avec de plus en plus de candidats et d'élus dans ses rangs issus des quartiers populaires ou de l'immigration. S'il y a des motifs de s'en réjouir car cela participe à la prise du centre par les marges, il faut aussi se rappeler des récupérations de gauche du vote et des militants des quartiers populaires (essentiellement par le biais de la marche des beurs, de SOS racisme et du PS).

    Reste alors la question centrale, pour ceux qui pensent que défendre de simples changements de gouvernement ou de réformes ne permet pas à terme de s'attaquer aux racines de la structure raciste et coloniale de ce pays, quelles perspectives et conséquences donner à cette recomposition politique et culturelle depuis un point de vue révolutionnaire ?

    La révolte en cours est un élément de réponse éloquent. Dans un moment comme celui-ci, le rôle de notre génération politique et de tous ceux et celles qui ont participé aux précédents soulèvements est important. Afin de proposer une voie entre d'une part un mouvement social classique, souvent capté et endigué par les forces syndicales et politiques (LFI a déjà commencé à produire dix mesures sensées résumer le mouvement) ; et d'autre part le caractère éphémère de quelques belles journées de révolte.

    Il me semble alors que nous ne pouvons pas nous limiter à « soutenir » le mouvement, encore moins à participer au mouvement social que nous promettent les syndicats. Et qu'enfin il nous faut autre chose que ce que propose la tradition autonome, soit la tentative de déborder le cadrage de ces derniers.

    Notre tâche alors est peut-être de trouver le moyen d'étendre la révolte à d'autres espaces, secteurs et générations (nos quartiers et villages, nos lieux de travails, etc.) tenter d'ouvrir d'autres brèches afin de desserrer la pression qui pèse sur la jeunesse. Et de plus, s'appuyer sur tout ce que nous avons construit et appris, proposer des outils mais aussi des formes d'auto-organisation, des techniques d'offensivité et des horizons qui dépassent la réforme de l'enseignement national. Comme l'abolition de la police ou la chute du régime tout simplement. C'est-à-dire, contribuer à défendre des perspectives qui ne se limitent pas à la signature de quelques accords à Matignon qui seront suivis par la demande du retour au calme en attendant l'hypothétique élection de Mélenchon.


    La révolution qui vient

    « Un de ces moments aveuglants où la perspective de la justice apparaît pendant une seconde fugace. [Depuis] nous ne pouvons défaire la lumière que nous avons vue. En conséquence, cette défaite est en soi un réveil. »

    Phil A. Neel – Théorie du parti

    Le vendredi 30 novembre 2018, je suis revenu en catastrophe à la capitale après avoir passé presque trois semaines à tenir puis sillonner différents ronds-points non loin de Valence, de Marseille, de Vendée, dans le Limousin. Après avoir vu des dizaines de blocages, des milliers de Gilets jaunes aux fenêtres des maisons, des immeubles, des voitures ; des dizaines de radars défoncés, des péages ouverts, etc. J'ai compris l'ampleur de la colère, de l'intelligence populaire, des contradictions, de la puissance et du désir révolutionnaire en circulation et j'allais être changé à vie.

    Revenant à Paris où le calme ambiant, hors des samedis de manifestations, était vraiment déroutant, j'y retrouvais un groupe élargi de camarades avec qui j'étais plus ou moins habitué à m'organiser. Ce soir-là, ils étaient en train de débattre de s'il fallait ou non participer au soulèvement. Perdant légèrement mon calme et m'appuyant sur ce que j'avais vu et entendu depuis trois semaines, je disais seulement : « demain, il va y avoir une insurrection. » Si une partie de mon groupe de l'époque partageait ce constat, une autre partie me renvoyait à mon enthousiasme, à mon manque de lucidité à ma foi.

    Le lendemain nous étions le 1er décembre 2018 et une insurrection populaire avait lieu au cœur de Paris et aux quatre coins de la France. Les beaux quartiers de Paris à Bordeaux étaient ravagés, l'hélicoptère de Macron était prêt à décoller voyant les foules se rapprocher de l'Elysée.

    La bourgeoisie fuyait Paris de « peur à un moment d'avoir leurs têtes sur des piques. » [31] ; des dirigeants d'entreprise suppliaient le président du MEDEF « de tout lâcher parce que sinon… » ; et certaines élites confessaient : « La peur. Pas celle de perdre un scrutin [...] Plutôt celle de l'insurrection, de la révolte, de la destitution. »

    Le directeur de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, eut ces mots pour résumer ce 1er décembre 2018 : « Pour la première fois de ma vie, j'ai compris que la République, les institutions [...] pouvaient tomber du jour au lendemain. ».

    Nous avons eu le temps pendant des années de penser et repenser ce moment avec de nombreux camarades et au sein de bien des groupes. Notre constat est souvent commun : une occasion historique s'est offerte à nous. Et nous avons raté le coche.

    Si, ce jour-là, notre petit groupe, retrouvant d'autres camarades sur le chemin, fut capable de mener un cortège composite -prolétaires blancs et non-blancs venus de toute la France, jeunes de quartiers populaires, militants autonomes, gauchistes parisiens - de milliers de personnes d'avancer vers certains lieux symboliques de la capitale et mettre en déroute chaque voiture de police rencontrée sur notre chemin, nous n'avions en soi aucun plan et nous l'avons payé.

    S'il est impossible de dire ce qu'aurait pu ouvrir un geste plus fort de notre part telle qu'une occupation d'un lieu de pouvoir, une assemblée nationale en flamme ou bien un périphérique bloqué en des dizaines de points, nous pouvons nous accorder que si les 7000 black blocs du 14 juin 2016 (pic de la loi travail) ou les milliers de grévistes les plus déterminés de certains mouvements par exemple, s'étaient joints, organisés et préparés au soulèvement, nous aurions eu d'autres résultats.

    Ce moment ne doit pas seulement parler à nos cœurs et à nos tripes mais aussi à notre tête. Il ne doit pas rester un moment de nostalgie, mais nous rappeler que l'inattendu peut toujours se produire. Et que si nous nous disons révolutionnaires, alors il faut croire que la révolution peut venir. Vraiment. Mais que pour cela il faut aussi la pousser un petit peu. C'est-à-dire avoir construit des plans qui préparent ce type de moments mais adaptables face au bouleversement que provoquent ces mouvements. Pour, la prochaine fois, ne pas rater l'occasion quand elle se présente.

    Nous avons connu en cinq ans quatre révoltes contre l'État français. Trois mouvements de masse. Allumé par la jeunesse des marges, un nouveau est peut-être en train de s'ajouter au moment où nous écrivons ces lignes.

    La plupart des segments de la société sont bouillants et enragés. Jamais le mot révolution n'a été autant en circulation. La bourgeoisie est divisée entre une tendance libérale qui veut maintenir le statu quo et une autre réactionnaire qui veut se protéger derrière le fascisme. Aucune victoire électorale de l'extrême droite comme de la gauche ne pourra réellement éteindre le feu qui couve. Les contradictions du capitalisme, du patriarcat et du racisme sont trop profondes.

    La France vit donc peut être un contexte pré-révolutionnaire. Nous savons que cette affirmation peut faire sourire, pourtant nous nous rappelons que quand certains écrivaient « l'insurrection qui vient » cela faisait aussi sourire. Pourtant elles sont venues, dans le monde entier comme en France.

    L'histoire est faite de secousses insurrectionnelles qui connaissent 1, 2, 3 répliques (parfois sur 100 ans !) avant d'aboutir, quelques fois, à un changement profond, à cette rupture par insistance. Peu importe si les répliques arrivent le 17 octobre, dans 5 ou 20 ans, nous devrons répondre présent. Et cette fois-ci l'objectif ne doit pas être juste de brûler le Fouquets.

    Mais la chute du régime. Et l'ouverture de tous les possibles.

    Un grand merci, une nouvelle fois à R. pour ses conseils, son exigence et son intelligence. Sans elle cette série de texte n'aurait tout simplement pas vu le jour aussi car beaucoup d'idées qui y sont développées ont été co-construites. Merci à L. pour son aide et son soutien et enfin à ma maman. Je remercie enfin les lecteur.rices des derniers volets dont les mots, les commentaires exigeants et les encouragements m'ont aidé dans l'écriture.

    à tous et toutes, rendez vous samedi 17 octobre prochain (au plus tard).

    Lucas Amilcar
    lucas_amilcar at riseup.net

    [1] NDLR : Fort heureusement, les configurations militantes ne coïncident pas toujours, voir jamais, avec le mouvement réel.

    [2] Arya Meroni, C'est la loose finale, les textes de Phil A. Neel, les nombreuses publications du média Illwill, le manifeste des Peuples Veulent « révolutions de notre temps » etc.

    [3] On se contente d'aller aux mêmes fêtes, mêmes bars, avec les mêmes cercles d'amis, le même style vestimentaire, même avis environ sur tout mais finalement de moins en moins subversif du fait de sa faible participation à l'activité révolutionnaire et son manque de rencontre avec d'autres fragments du peuple.

    [4] Ou à qualifier tout ce qui ressemble à de l'autonomie organisé de « appeliste »

    [5] C'est donc ici l'inverse des tendances libertaires, qui considèrent qu'une recherche révolutionnaire consiste à construire par le bas des pouvoirs populaires, seuls légitimes à guider le mouvement révolutionnaire. C'est un rapport différent a ce que signifie « autoritaire » qui se dessine entre nous et les défenseurs de la 1re voie mentionnée plus haut. Nous pensons qu'il est important de différencier une vision qui s'appuient sur les théories révolutionnaires et les dynamiques micro-politiques inhérentes à tout espace organisationnel.

    En effet, au sein du camp libertaire, comme cela est toujours arrivé au cours de l'histoire, des formes verticales et de leadership existent. Cela dit, il est aussi évident que des nombreux rapports de pouvoir préexistant dans la société existent dans nos groupes. La différence entre la 2ere et la 3e voie se situe dans la recherche de limitation des effets négatifs et coercitifs de ces rapports de pouvoir dans nos espaces politiques sans pour autant renier la stratégie. . Et ensuite dans la théorie de la révolution (citée plus haut) que nous tentons d'appliquer.

    [6] C'est par exemple le mépris d'une grande partie de la gauche marxiste pour les révoltes de la dernière décennies car pas assez anticapitalistes ou anti-imperialistes »

    [7] Citons par exemple Bruxelles panthère ou Ramon Grosfoguel qui signent la même tribune « décolonial » que les pires militants d'extrêmedroite.(https://www.counterpunch.org/2026/04/10/six-non-negotiable-terms-from-international-scholars-and-former-officials-from-30-countries-to-end-the-u-s-war-on-iran-amid-trumps-threat-of-war-crimes/) Ou encore Houria Bouteldja qui participe à un sommet « décolonial » sous l'égide de Esra Erdoğan Albayrak fille du président Erdogan et belle-sœur d'un des plus magnat de l'armement turc Selçuk Bayraktar.

    [8] C'est une des raisons qui expliquent le ralliement large au projet kurde qui est un des rares mouvements actuellement à formuler explicitement un projet, une stratégie et qui de plus possède des moyens de les matérialiser.

    {}

    [9] Quels que soient les choix que nous faisons aujourd'hui, ils peuvent avoir un impact durable sur les orientations, les tendances et les suites du mouvement révolutionnaire de demain. Un peu comme nous héritons, parfois sans le savoir, de débats qui ont eu lieu il y a 150 ans au cœur de la première internationale ou alors au congrès d'Amiens, sur les suites à donner au mouvement révolutionnaire.

    [10] Avançons un peu sur la définition que nous avons proposé dans la premier texte : nous appelons révolutionnaires, ceux qui posent la question de la révolution et surtout en ont fait une priorité de vie, en pensée comme en acte que cela soit pendant et/ou hors du moment de soulèvement. Avec le coût sur le plan matériel, affectif, relationnel, vital parfois, que cela comporte. Et avec le gain, notamment sur le plan existentiel, que cela nous offre.

    [11] Rosa Luxembourg, Erik Olin Wright, le mouvement féministe argentin par le biais notamment de Veronica Gago, les propositions des mouvements abolitionniste qui font la différence entre une réforme positive et négative. L'une affaiblit le pouvoir de l'État et l'autre le renforçant : lire par exemple Brique par brique, mur par mur de Shaïn Morisse.

    [12] La question de l'énergie et du temps est centrale dans la construction d'une stratégie. Il est tout simplement difficile de mener de front différentes approches en même temps : du travail local en même temps que des élections nationales ou encore la bataille médiatique en même temps que l'organisation sociale. Même dans le champ électoral une organisation telle que LFI a longtemps négligé les élections municipales pour prioriser d'autres échelles plus adéquates avec ses moyens.

    [13] Par ailleurs, ils peuvent aider à préparer les changements institutionnels. Le cas de l'avortement en Argentine est parlant. Même quand la loi est passée, dans des dizaines d'hôpitaux les médecins refusaient tout simplement de les réaliser. C'est dans les espaces où les collectifs féministes étaient forts ou des médecins alliés étaient présents. Ou encore dans les espaces illégaux qui continuaient à exister après la légalisation.

    [14] Par le biais de Podeamos, Syriza ou Frente Amplio.

    [15] Dans certains cas, ils firent tout de même comprendre qu'en cas de vote, le choix le plus propice aux intérêts des travailleurs était « Allende ».

    [16] Pour le MIR le pouvoir populaire désignait la construction, à partir des travailleurs et des secteurs populaires, d'organes de pouvoir autonomes et alternatifs à l'État bourgeois destinés à permettre aux travailleurs et au peuple de devenir les acteurs directs de la transformation révolutionnaire de la société.

    [17] Voir le film La bataille du Chili du regretté Patrizio Guzman décédé le mois dernier.

    [18] Le plus ironique est qu'une lecture encore présente au Chili aujourd'hui revient à remettre une partie de la responsabilité sur les révolutionnaires, jugés trop turbulents et accusés d'avoir « poussé les bourgeois et l'armée à intervenir ». On voit déjà poindre ce genre de réflexions avec les appels au calme et à la modération de certaines branches de la gauche radicale aujourd'hui même avant l'élection. Même s'ils nous disent que le temps de la pression viendra nous savons qu'il ne manquera pas d'oppositions et d'attaques contre LFI de la part de la classe médiatique et politique en cas d'élection. La logique sera donc de se taire et de faire bloc, quelle que soit la politique menée. Jusqu'à quand va-t-il falloir se taire, on ne le sait pas vraiment.

    [19] https://lundi.am/Theorie-du-parti

    [20] Elle émerge dans le sillage des défaites du printemps des peuples, série de révolution aboutissant à des retours autoritaires à peu près partout ; émergence de nombreuses luttes éparses mais peinant à s'organiser et obtenir des victoires.

    [21] On l'a vue en Grèce, en Espagne, au Chili ou ces virages électoralistes arrivent à chaque fois après presque une décennie de lutte intense dans chacun des cas.

    [22] Ce que j'entends par réflexe gauchiste est le fait d'agir ou de penser, non pas selon l'addition de notre expérience et des contextes, en fonction de la situation mais à travers un script déjà écrit par les milieu politiques et ses idéologies prêts à l'emploi. C'est, en gros, agir et penser par automatismes tirés des habitudes de la gauche.

    [23] Ce que l'on comprend très bien mais que l'on pense peut-être orienté vers plus d'effet.

    [24] Plutôt que débattre si tel ou tel moment est une révolution, nous préférons nous questionner sur le type de révolutions que nous voulons. A savoir une révolution profonde : c'est à dire, non pas uniquement un changement qui s'attaque à la façade ou aux têtes, mais une transformation qui sectionne les racines même du régime et du système en place afin de les remplacer par d'autres bases, égalitaires. Cette révolution ne peut aboutir qu'au moment de la rencontre entre la révolution comme processus et la révolution comme événement, soulèvement et chute du régime.

    [25] Si nous ne développerons pas ici en détail la question de ce que signifie pour nous « se préparer » on peut basiquement au moins lister quelques éléments : tisser des liens entre différentes communautés de lutte pour faciliter les rencontres et la conspiration nécessaire pendant le soulèvement, avoir des plans sur la façon d'intervenir dans les moments de soulèvements en fonction de leur intensité, construire des capacités matérielles et des forces d'appel. Se préparer à être « bouleversé par le moment » plutôt que de juste jouer sa partition comme d'habitude. Et enfin avoir les moyens de protéger le pouvoir populaire au moment où la foule de récupérateur tentera de récupérer le mouvement dans la période de baisse d'intensité.

    [26] Prenons l'exemple chilien où l'obtention d'une constituante était perçu comme une « victoire » par le plus grand nombre. Une des raisons de sa défaite aura été l'incapacité du mouvement à se maintenir dans le moment constituant pour des raisons compréhensibles étant donné le Covid notamment.

    [27] On pense notamment à plusieurs victoires locales obtenues par les Soulèvements de la Terre ou d'autres.

    [28] Texte complet : https://www.infolibertaire.net/vers-une-politique-de-la-destitution-noyau-et-camp-revolutionnaire/

    [29] Voir les réflexion de Gramci à ce sujet dans le volet 2.

    [30] Rappelons que Nahel avait aussi marqué un changement avec 2005, ou les insurgés ont beaucoup plus osé aller dans les centres-villes là ou 2005 les émeutes s'étaient concentrées dans les quartiers.

    [31] Les 'gilets jaunes' en chiffres et citations, publiée dans le numéro 168.

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