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Trump Brought Venezuelan Gold to the U.S., but Refiners Won't Touch It
In early March, as President Trump basked in the success of a military intervention in Venezuela, he joined Interior Secretary Doug Burgum in the West Wing for a private celebration. A businessman also attended, and brought along a pile of gold. The president looked approvingly at the 10 Venezuelan gold bars stacked in the Roosevelt Room, across from the Oval Office, White House officials recalled. Aides took photos and joked about keeping the gold. -
Prison aménageable et inéligibilité immédiate requises contre Rachida Dati
Lundi 28 septembre, le parquet a requis quatre ans de prison, dont deux ans ferme aménageables, contre Rachida Dati, soupçonnée de corruption et de trafic d’influence au Parlement européen de 2009 à 2013 pour le compte de Renault-Nissan. Les deux représentants du PNF ont fustigé «une trahison de la vertu et de l’exemplarité». -
Face à l’irresponsabilité d’Anthropic et d’OpenAI, Nvidia veut mettre les agents IA sous surveillance jusque dans les puces
Les agents IA ne posent pas seulement un problème de fiabilité de leurs réponses. À mesure qu’ils obtiennent des accès à des fichiers, des bases de données, des API ou des outils capables d’exécuter du code, une autre question devient centrale : que se passe-t-il lorsqu’un agent sort du cadre qui lui a été fixé ? Nvidia apporte une réponse très matérielle à ce problème avec sa nouvelle Open Agent Safety Platform, annoncée le 28 septembre. L’idée : ne plus demander à l’agent de respecter les règles, mais placer des contrôles en dehors de lui pour l’empêcher de les contourner.
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Pour la première fois de l’histoire, le RN obtient un groupe au Sénat
Grâce à ce nouveau groupe, le RN jouira de plus de temps de parole, de plus de moyens financiers, de bureaux au palais du Luxembourg ou encore de la possibilité de créer une commission d’enquête par an, un outil puissant.
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Montpellier : à la fac de science, une assemblée contre le partenariat avec Total et la différenciation des droits pour les étudiant-es étrangers-ères
Quelques dizaines de personnes participaient ce lundi 28 septembre à une assemblée sur le campus Triolet. Objectif : se mobiliser contre le partenariat passé entre l’université de Montpellier et Total, et dénoncer la suppression des APL et la hausse des frais d’inscription pour certain-es étudiant-es étranger-ères. Iels étaient quelques dizaines à se retrouver sur les pelouses du campus Triolet, ce lundi 28 septembre entre midi et deux. Le comité de mobilisation de l’université de Montpellier appelait étudiant-es, personnels et doctorant-es à une assemblée générale. Le rejet d’un partenariat de l’UM avec TotalEnergies Le 11 juin, l’Université de Montpellier officialisait une convention pédagogique avec TotalEnergies pour son Master Mention Énergie. Syndicats et élu-es dénoncent un accord éthiquement problématique, contre lequel le comité de mobilisation de l’UM entend bien mobiliser. Alors que le vote en conseil de faculté s’est conclu à égalité, avant que le président de séance use de sa voix prépondérante pour faire passer le texte. Le groupe pétrogazier interviendra notamment dans les enseignements via le dispositif « TotalEnergies Professeurs Associés » « Total a été condamné pour pratiques commerciales trompeuses sur la transition énergétique. […] Dans la convention passée avec l’UM on retrouve mot pour mot les expressions pour lesquelles l’entreprise a été condamnée », est intervenu un participant à l’assemblée. « La fac de science de Montpellier est réputée pour ses cours d’écologie, c’est dommage d’avoir ce partenariat avec une entreprise qui cherche à continuer à extraire du pétrole. Et c’est la porte ouverte a d’autres privatisations. » Les historien-nes des sciences ont documenté que TotalEnergies avait connaissance de l’impact climatique de ses activités dès les années 1970, tout en finançant la diffusion du doute scientifique. Dans un communiqué publié le 10 juin, le syndicat de combat universitaire de Montpellier (SCUM) évoquait une plainte déposée contre TotalEnergies pour des faits présumés de « complicité de crimes de guerre », « complicité de torture », « complicité de disparitions forcées » en lien avec des violences contre des civils dans des zones d’opération du groupe au Mozambique. La procédure est en cours, aucune condamnation n’a été prononcée sur ces chefs. L’assemblée générale a ensuite discuté de différents moyens de sensibiliser les étudiant-es du campus à ce sujet. Contacté par Le Poing juste après la signature de l’accord, le président de l’université Philippe Augé mettait en avant la nécessité d’insérer les étudiant-es dans le monde professionnel, y compris dans le secteur privé. Le doyen de la fac de sciences Jean-Michel Marin assurait lui que Total ne définirait pas les contenus des formations proposées.Partenariat de l’Université de Montpellier avec TotalEnergies : “une convention inquiétante”, selon les syndicats
Hausse des frais d’inscriptions Autre sujet de colère pour les participant-es à l’assemblée du jour : la fin des APL pour les étudiant-es étrangers-ères hors Union Européenne, appliquée depuis le 1er juillet, et la hausse des frais d’inscription des étudiant-es étrangers-ères. « Plus de 100 étudiant-es ne peuvent pas s’inscrire à la faculté des sciences car ils ne peuvent pas payer les frais d’inscription différenciés », a avancé un participant à l’AG. Le principe de droits différenciés existe depuis 2019, hérité du plan « Bienvenue en France », mais les universités en exonéraient massivement leurs étudiants : 90 % des 111 500 étudiants concernés l’ont été totalement ou partiellement en 2024-2025. C’est cette soupape que le gouvernement a fermée. Un décret du 19 mai 2026 plafonne les exonérations à partir de l’année universitaire 2026-2027. Selon les syndicats, 2 000 personnes seraient concernées à l’université Paul-Valéry, et 5 000 au total à l’Université de Montpellier. Prélude à une hausse des frais d’inscriptions pour toutes et tous ? Le 9 septembre, un rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur l’excellence universitaire proposait de porter les droits d’inscription à 900 euros en licence et 1 300 euros en master, et de mettre fin au droit d’accès automatique à l’université pour tous les bacheliers. « À l’UM les dossiers d’exonération de frais d’inscriptions pour les étrangers-ères peuvent être déposés jusqu’au 16 octobre », a rappelé un étudiant mobilisé. « N’hésitez pas à prévenir si vous en connaissez » Les étudiant-es comptent aussi se mobiliser la semaine prochaine pour faire pression sur une commission d’exonération qui devrait se tenir à Paul Valéry. Et le 10 octobre, de 16h à 23h, le Réseau Université Sans Frontières (RUSF) organise un concert de soutien aux étudiant-es étrangers-ères à la Tendresse, 80 impasse Flouch, à prix libre, pour financer la solidarité. Les APL, bientôt un souvenir ? Par ailleurs, une revue de dépenses de l’Inspection générale des finances et de l’Igas (inspection générale des affaires sociales), commandée par le gouvernement, propose d’intégrer les revenus des parents d’étudiant-es dans le calcul des APL. Les organisations étudiantes en tirent un ordre de grandeur : 200 000 étudiants perdraient toute allocation, 150 000 autres la verraient diminuer. La mesure n’est à ce stade ni votée ni annoncée, mais inquiète tout de même. Déjà depuis le 1er juillet 2026, les étudiant-es extra-communautaires non boursiers-ères n’ont plus droit aux aides au logement, soit une centaine de milliers de personnes. Une mobilisation sur ces mêmes sujets est aussi en cours à la fac de lettres Paul Valéry. Plus d’une centaine de personnes participaient le 15 septembre à une mobilisation sur le sujet devant la préfecture de l’Hérault. Autre front étudiant : ces dernières semaines, la contestation monte autour du CROUS de Boutonnet, entre hausse des loyers et pénurie de logements. Les comités de mobilisation et assemblées devraient se poursuivre sur la fac de science, avec des informations disponibles sur le compte Instagram « UM en lutte ». Des ponts vers d’autres mobilisations Les étudiant-es de la ville participeront à la mobilisation intersyndicale du 29 septembre, avec un départ de Paul Valéry à 13h30 pour rejoindre la manifestation à 14h à Albert 1er. Des liens avec d’autres mobilisations ont aussi été évoqués. Avec un rappel du week-end contre les Centre de Rétention Administrative (CRA) organisé les 3 et 4 octobre sur Montpellier, avec une manif le dimanche à 14h sur la Comédie. Ou encore de la mobilisation pour le climat, dont le premier acte s’est déroulé le 26 septembre, et qui organise une nouvelle assemblée générale le 13 octobre à 19h à La Carmagnole.« S’attaquer à eux, c’est s’attaquer à nous » : les étudiants montpelliérains dans la rue contre les frais d’inscription différenciés
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Google brade son Pixel 10 sur sa boutique maintenant que le Pixel 11 a pris le relais

[Deal du jour] Le Pixel 11 est en vente depuis le 20 août, et Google écoule les stocks de la génération précédente. Sur son store, le Pixel 10 passe à 579,20 € avec le code anniversaire de Google, valable jusqu'au 28 septembre.
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À Lyon, la Métropole de droite supprime le « RSA pour jeunes » des Écologistes
À Lyon, la nouvelle majorité de droite à la tête de la Métropole détricote méticuleusement les politiques sociales menées depuis 2020 par le précédent exécutif écologiste. Lors du conseil métropolitain du 28 septembre, la présidente Les Républicains Véronique Sarselli a acté la suppression du Revenu de solidarité jeunes (RSJ) dédié aux 18-25 ans précaires. Expérimenté depuis 2021, ce dispositif proposait un appui financier de 300 à 400 euros et un suivi personnalisé pour stabiliser et (…)
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Spécialiste de la gestion et du paiement des factures fournisseurs, LIBEO rejoint SHINE (CEGID)
SHINE acquiert LIBEO, spécialiste français de la gestion et du paiement des factures fournisseurs, pour un montant non communiqué. La fintech, qui annonce accompagner près de 3 000 PME et cabinets d’expertise comptable, rejoint le groupe CEGID avec l’ensemble de ses équipes. Rentable depuis 2025 selon ses déclarations, elle entend s’appuyer sur ce rapprochement pour …
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À peine sorti sur PS5, Marvel’s Wolverine se lance déjà sur PC mais le plus difficile reste à faire

Les progrès dans l'émulation PS5 sont fulgurants. Ce lundi 28 septembre, une démonstration montre Marvel's Wolverine, sorti le 15 septembre sur la console de Sony, se lancer déjà sur PC.
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«Les banques sont toutes détenues par des juifs»: Jordan Bardella face à ses écrits antisémites
«Mediapart» a mis la main sur des échanges de l’actuel président du RN, au début de sa carrière politique. On y découvre l’antisémitisme obsessionnel de celui qui rêve de devenir premier ministre. Sollicité, l’intéressé conteste ces informations et évoque des «faux grossiers». -
Sénatoriales 2026 : record de femmes, mais la parité reste hors d’atteinte
Avec 68 femmes parmi les 178 élu·es du 27 septembre, les femmes représentent 38,2 % de la moitié renouvelée. Alors qu'elles formaient 46,2 % des troupes de candidat·es. Le Parlement est encore loin de la parité.
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US, China agree to cut tariffs on $60B worth of products
The U.S. and Chinese governments unveiled $30 billion each worth of products subject to lower tariffs, after President Trump and Chinese President Xi Jinping met last week in Washington, D.C., according to the White House. Chinese products subject to lower tariffs under the new "30-by-30" framework include fireworks, kitchenware, flashlights, baseballs and softballs and fishhooks, as specified by a list of imports the White House released... -
Saint-Ouen-L’Aumône : la police commet une tentative d’homicide sur un lycéen
Alors que des milliers de lycéen·nes se mobilisent, le gouvernement déchaîne une fois de plus une violence débridée contre la jeunesse.
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Trump TV's intentional brainrot
Despite everything, I sometimes find it hard not to sympathize with Donald Trump. Like Trump, I also chose to make the site of a future climate catastrophe my permanent home. Like Trump, I live in a home more than a century old and spend each day disgusted with the handiwork of the previous inhabitants. Like Trump, I'm fighting a losing battle against decay... -
When Xi Plays His Trump Card
The extent to which Donald Trump is or will become a lame duck president is about to consume Washington. -
GRANEET lève 7 millions d’euros pour faire de la facture électronique le point d’entrée de l’ERP de chantier
Graneet annonce une levée de 7 millions d’euros pour accélérer son ERP destiné aux PME du bâtiment. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent être capables de recevoir des factures électroniques ; les PME devront, à leur tour, les émettre à partir de septembre 2027. La startup veut faire de cette contrainte réglementaire …
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Espagne : la compagnie ferroviaire Renfe piratée
La compagnie ferroviaire publique espagnole Renfe a confirmé, le 25 septembre 2026, avoir été victime d’un « incident de sécurité » ayant conduit à une fuite de données. Selon l’entreprise, les attaquants ont compromis les serveurs du gestionnaire d’infrastructures ferroviaires public Adif afin d’atteindre les SI de Renfe.
Les pirates n’auraient eu accès qu’à « des informations limitées sur les utilisateurs, principalement des noms et des adresses mail », lit-on dans le communiqué de la compagnie. « Aucun élément ne permet d’établir que des données bancaires ou financières, des informations relatives aux moyens de paiement, des documents d’identité ou d’autres informations particulièrement sensibles ont été consultées », a précisé la Renfe.
Selon les médias espagnols, les attaquants se seraient emparés de 500 Go de données. D’après une « source proche de l’enquête » citée par El Mundo, ils se seraient appuyés sur une IA générative pour compromettre les serveurs d’Adif. Le quotidien affirme qu’il s’agirait de la première « cyberattaque par IA » visant une entreprise publique espagnole.
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Judicial Notice (09.27.26): Slow On The Uptake?
The CNN bureau at 820 First Street N.E. in Washington, D.C. (photo by David Lat).This week’s Judicial Notice is sponsored by

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To my readers in the northeast, I hope that you and your families held up well during last weekend’s Nor’easter. It’s still raining in our neck of the woods in New Jersey, but it appears that the worst of the storm is behind us (knock on wood).
Zach and I missed most of it. Leaving our sons with their grandparents (a win-win-win situation), we headed out to Portland, Oregon—and enjoyed beautiful weather while attending a celebration and law clerk reunion in honor of Judge Diarmuid F. O’Scannlain’s 40th anniversary as a member of the U.S. Court of Appeals for the Ninth Circuit.
I had the pleasure and privilege of clerking for “DFO” in the 1999-2000 judicial year, and it was one of the very best experiences of both my professional and personal life. The reunion proceedings were off the record, so further affiant sayeth naught. But I would be remiss if I didn’t congratulate Judge O’Scannlain on four decades of judicial service—and thank him for his guidance, mentorship, and friendship over the years.
Every now and then in Judicial Notice, I provide some piece of practical advice. My latest tip relates to home maintenance, a topic about which Zach and I were blissfully ignorant when we moved from a Manhattan apartment to a suburban house in 2021. We didn’t know, for example, that you need to clean your dryer vents—until our dryer stopped working. And it could have been worse: clogged dryer vents can cause fires. So here’s my tip: clean your dryer vent (or hire someone to do it, which is what we did—a company called Duct Dudes). For more about how and why to clean your dryer vent, see Consumer Reports.
Now, on to the news. I apologize for publishing on Monday morning rather than the usual Sunday afternoon or evening, a result of attending the reunion and spending much of Sunday traveling home from Portland.
I’m also trying something different this week in terms of format. Because of the ridiculously packed news cycle, Judicial Notice has been running long as of late. So I’m breaking it up into this first installment, featuring the “winners” in each category—Lawyer of the Week, Judge of the Week, etc. I’ll follow it with what I’ll call “Judicial Notice Supp.” (an homage to the Federal Supplement aka F. Supp.), which will contain all the additional material that typically appears under each heading. I welcome your thoughts on which format you prefer, this new one or the traditional one.
(Confession: I’m also trying this out because I’m pressed for time, and I want to get at least some portion of Judicial Notice out before 9 a.m. on Monday….)
Lawyer of the Week: Sheri Mecklenburg.
Last fall, U.S. Attorney Andrew Boutros (N.D. Ill.) opened a criminal investigation that subsequently became known as the “Broadview Six” case. Boutros’s office indicted a half-dozen anti-ICE protesters, alleging that they conspired to forcibly impede an immigration agent while he was driving into the ICE facility in Broadview, a western suburb of Chicago. The case was immediately controversial because most of the defendants had ties to Democratic politics, which gave rise to accusations that the Trump administration was mounting a politically motivated prosecution.
The Broadview Six case spawned quite the saga, and many of you might be familiar with it based on coverage by others (such as Ken White and Josh Barro of Serious Trouble). I don’t have the space to retell the whole tale now; for a clear and concise primer, see this Tribune article (gift link). But as a certain federal judge recently wrote, “the SparkNotes is this”: The Broadview Six case imploded in spectacular fashion, all the charges were dismissed, Judge April Perry (N.D. Ill.) issued a bevy of benchslaps, and allegations of prosecutorial misconduct started flying. (This is, by the way, not the only case in which Judge Perry has had harsh words for Boutros and his office; I wrote about a different matter back in July.)
The case was initially handled by assistant U.S. attorney Sheri Mecklenburg, a veteran federal prosecutor with almost two decades of experience, who oversaw the first two (unsuccessful) attempts to get a grand jury to indict the Broadview Six. But in February 2026, she withdrew from the case, after leaving Chicago for a detail in Washington, D.C.
When the prosecution started going south in April and May, Boutros’s office laid much of the blame at Mecklenburg’s feet—even though she had left the case in February. This didn’t sit well with Mecklenburg, unsurprisingly—and last Thursday, she “retire[d] under protest” from the U.S. Attorney’s Office, issuing a scathing resignation letter explaining her departure. She also filed a motion for leave to intervene in sanctions proceedings initiated by lawyers for the Broadview Six, arguing that she’s entitled to defend herself against allegations of prosecutorial misconduct—especially if her former office isn’t willing to do so.
Here’s an excerpt from Mecklenburg’s missive to Boutros:
Since I was not present [at the May 21 hearing where you threw me under the bus], I was a convenient target to be scapegoated and publicly vilified. You recklessly agreed in court that I had committed misconduct without even asking for my account, fully reviewing the record or briefing the law.
That evening, you sent an office-wide email laying responsibility at my feet for a felony prosecution that you personally directed over my objection that the case was better suited to misdemeanor charges. You then publicly announced an investigation of my conduct spanning twenty years. These inexplicable actions severely damaged a reputation I worked hard to build over decades and have damaged my prospects for future employment and income.
For more on Mecklenburg’s messy departure, see the Tribune, The New York Times, and Above the Law—where columnist Liz Dye wrote that Mecklenburg’s “epic resignation letter” is “almost certainly a precursor to litigation against her former boss, U.S. Attorney Andrew Boutros.”
For critics of the Trump administration, the episode has an obvious irony: an aggressive prosecution of anti-ICE protesters has ended with the charges dismissed, the prosecutors under scrutiny, and the original lead prosecutor accusing the U.S. attorney of scapegoating her.
Judge of the Week: Judge Timothy Kelly.
On September 18, Donald Trump banned CNN, MS NOW, and Politico from the White House, attributing the banishment to “their constant ‘reporting’ FAKE NEWS!” The three outlets, represented by a Gibson Dunn & Crutcher team led by Theodore “Ted” Boutrous, quickly filed a lawsuit, claiming that Trump’s action violated the First and Fifth Amendments. From the complaint (citations omitted):
This ban could not be a more direct assault on the First Amendment nor a more blatant violation of our most fundamental constitutional principles. Presidents from the earliest days of the Republic have disagreed with and complained about the tenor and content of press coverage of their administrations. But as the Supreme Court has recognized, the First Amendment, including its guarantee of a free press, reflects “a profound national commitment to the principle that debate on public issues should be uninhibited, robust, and wide-open….”
[T]he Constitution protects the liberty and property interests that news organizations and White House reporters have in their press credentials and the access those credentials afford them to cover the White House for the benefit of the public. No official can deprive Plaintiffs of those interests on a whim—with no notice, no process, and no warning—as the President did here.
Cable News Network, Inc. v. Trump wound up before Judge Timothy J. Kelly (D.D.C.)—much to the chagrin of Trump. Taking to Truth Social, the president complained that the media organizations “have drawn a great Judge…. The Judge’s name is Tim Kelly, and he was, sadly, appointed by ‘TRUMP.’”
Consistent with Trump’s prediction, last Thursday Judge Kelly granted the plaintiffs’ motion for a temporary restraining order. More specifically, he directed the defendants to “immediately return, reinstate, and restore the White House ‘hard pass’ press credentials held by employees of CNN, MS NOW, and POLITICO that were revoked on or about September 18, 2026, until further Order of the Court or the expiration of this [TRO]” (currently scheduled for 14 days from issuance of the order, at which point Judge Kelly could issue a more long-term order or lift the TRO).
By Thursday afternoon, the banned outlets were allowed to return to covering the White House. But over the weekend, the Trump administration excluded CNN from the White House television pool, the rotating group of five networks that coordinate to provide TV coverage of Trump’s events—an issue not explicitly addressed in Judge Kelly’s order, but one I’m guessing CNN will raise with Judge Kelly very soon.
This high-profile litigation shone the spotlight on Judge Kelly, who was profiled by Mattathias Schwartz for The Times (gift link via Howard Bashman’s How Appealing). A graduate of Duke and Georgetown Law, Kelly practiced at Arnold & Porter, served as a federal prosecutor, and worked on Capitol Hill for Senator Chuck Grassley (R-Iowa).
Although Kelly was appointed to the bench in 2017 by Trump, he hasn’t hesitated to rule against the president, as noted by Schwartz. Most notably, back in 2018, Judge Kelly ordered the administration to restore the press credentials of Jim Acosta, who at the time was CNN’s chief White House correspondent.
Judge Kelly has also sided with the administration at various points over the years. In 2017, for example, he ruled that Mick Mulvaney, selected by Trump to serve as acting director of the Consumer Financial Protection Bureau, could remain in place. Then earlier this year, Judge Kelly reluctantly dismissed a January 6-related criminal case against four Proud Boys, in response to a Justice Department motion. But before doing so, he wrote that “no one should mistake the Court’s granting of the Government’s motion for its agreement” with the decision to dismiss. He also called the attack on the Capitol “a perilous event”—and questioned whether Trump’s take on January 6 was “based on fact or fiction.”
Job of the Week: an opportunity for a midlevel to senior labor and employment associate in Atlanta.
Lateral Link is partnering with an Am Law 100 firm seeking a fourth- to eighth-year associate to join its Chambers-ranked labor and employment group in Atlanta. This sophisticated practice combines employment litigation with counseling and transactional work, including restrictive covenant disputes, employment litigation, executive employment agreements and negotiations, and employment issues arising in corporate transactions. The ideal candidate will have a mix of L&E litigation, counseling, and transactional experience, excellent academic credentials, and experience at a leading law firm. The partners are also open to hiring employment litigators interested in expanding their practice, as the counseling and transactional aspects can be learned on the job. To be considered, please send your résumé and law school transcript to Marion Wilson at mwilson@laterallink.com.
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72 % des Suisses rejettent la proposition de davantage végétaliser l'alimentation
Les citoyens suisses ont massivement rejeté une proposition de virage alimentaire. Dimanche 27 septembre, ils étaient invités à s'exprimer sur une bataille de l'alimentation qui divise le pays, comme Reporterre l'expliquait fin août.
Lire la suite - En bref / Alimentation
Une « initiative populaire fédérale » — une proposition de modification de la Constitution issue d'une mobilisation citoyenne — entendait renforcer l'autonomie de la Suisse en faisant passer de 42 % à 70 % son taux d'auto-approvisionnement alimentaire.
Les (…) -
Pays de Galles : les SI d’une force de police compromis
La police de Dyfed-Powys, au Pays de Galles, a déclaré, le 25 septembre 2026, qu’une cyberattaque avait perturbé certains de ses systèmes non liés aux urgences et pourrait avoir compromis des données sur son personnel. Les forces de l’ordre ont détecté l’intrusion début septembre 2026 et n’ont trouvé aucune preuve qu’elle ait touché des informations concernant les usagers.
La police de Dyfed-Powys couvre le sud-ouest du Pays de Galles et compte plus de 2 000 agents et personnels civils. Tarian, l’unité régionale de lutte contre le crime organisé, enquête sur l’incident avec le soutien de spécialistes en cybersécurité. La police n’a pas précisé comment l’incident s’était produit ni quelles données du personnel pourraient être concernées. Aucun groupe cybercriminel n’a publiquement revendiqué ce piratage.
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Trump Orders The FCC To Punish A Reporter. Where Did All The ‘Ministry Of Truth’ Screamers Go?
Remember the Disinformation Governance Board? As we were quick to point out, this organization was named in the dumbest possible way by some incompetent people within the Biden administration, which only fed into the [ahem] disinformation around it. The program, a part of DHS, was an advisory group with no enforcement capabilities, and was tasked with coordinating standard best practices for government agencies to respond to and counter foreign disinformation campaigns. But it was launched with a blatantly over-the-top Orwellian name and with only vague details of its actual role, leaving the field open to everyone to speculate… or to pollute.
And speculate they did. Almost immediately the media was awash in people screaming about how Biden was creating a “Ministry of Truth” who would “police your speech.”
Fox News absolutely lost their minds, apparently mentioning the Board and its named director, Nina Jankowicz approximately 300 times in the course of just eight months. According to a (somewhat misguided and unsuccessful) lawsuit that Jankowicz later filed, Fox News became obsessed about claiming she was the new censorship czar of America:
The next day, on April 29, 2022, 11 different speakers referenced Jankowicz and the Board on 11 separate segments. Hannity repeated the falsehood that the Board was “in charge of policing disinformation,” and that Jankowicz is now “the person that polices our thoughts.” Fox News tweeted: “What you’re seeing is a full-scale attack on free speech in a country that has been free for nearly 250 years.”
On Fox & Friends, Carly Shimkus said Jankowicz is “lead[ing] a government board in charge of deciding what we can and cannot say.” On Outnumbered, Emily Compagno said Jankowicz is “now the official referee of disinformation” and also a “self-obsessed social media neophyte [who the country has now set as] as the champion, as the arbiter of truth.” Greg Gutfeld followed suit on Gutfeld!, warning that the Board “will likely target you,” and stating unequivocally that the goal of the Board is “to police your opinions, to hide their bad news or magically turn it into good news.”
This went on and on and on and on, despite all of it being nonsense. The board had no enforcement authority at all. It wasn’t about policing anything, let alone free speech or “truth.”
Even today you’ll hear MAGA folks claim that Biden had planned to launch a “Ministry of Truth” to try to censor Americans for their political wrong think.
Now contrast that with the coverage of Trump from a month ago openly telling his FCC to get more aggressive about policing speech. We mentioned it briefly, and there were a few news reports talking about how Donald Trump was demanding his FCC punish speech about his negative polls.
And then he demanded that the FCC punish news anchor Kristen Welker for the thoughtcrime of noting that in recent elections Trump had a bit of a “mixed record” on the success of his endorsements.
He literally says: “she will be reported to the FCC for rebuke or punishment.”
That was a month ago. What have you heard about Trump “Ministry of Truth” since? There’s obviously been coverage of his banning of some White House reporters, but the story of him literally demanding the FCC start punishing reporters for not reporting things the way Trump wants them to report was literally him demanding the FCC act as a Ministry of Truth, with Brendan Carr gleefully at the helm.
And, unlike Jankowicz, who went out of her way to explain that she wasn’t policing anyone’s speech, and who resigned within weeks after the death threats and harassment made the job untenable, Carr has embraced the role of actual speech cop. Hell, a year and a half ago when The Hollywood Reporter called out Carr’s role as Trump’s speech police attack dog, Carr responded with a screenshot of the caricature of him as an attack dog and tweeted “woof woof.”
And, of course, when questioned about Trump’s latest ridiculous speech police demands, Carr immediately promised to dutifully get his Ministry of Truth working on it.
In an appearance on “The Sunday Briefing” on Fox News, the Trump-appointed Carr was asked about the president’s threat against Welker. Carr responded by suggesting that broadcast news channels could face consequences if the agency interprets their reporting to not serve the public, citing “fake polls” designed to “suppress” voters as a potential risk.
“President Trump is over the target. We’re looking at a lot of actions,” Carr said, responding to host Peter Doocy. “There’s a lot of interest right now in fake polls that are out there. The FCC may put guidance out soon to remind broadcasters about their obligations with effect to not airing fake polls, particularly if they’re done to suppress people heading into the fall.”
And yet, that story lasted all of what, two days? Does anyone even remember that it happened?
It’s incredible the double standard at work. Biden launches something that is very far from being “the Ministry of Truth,” and the MAGA media machine spends the next eight months — and, really, the next four years — blasting out the fake news every damn day that Biden had hired someone to police everyone’s speech.
Four years later, Donald Trump publicly demands that the FCC — a supposedly independent agency that, unlike the DGB, actually does have enforcement powers, in theory limited by the First Amendment — punish a network anchor. And the guy running it hops right to it, promising to go after polls showing Trump’s popularity is in the dumps.
And the story disappears.
In 2022, we got nothing but hand-wringing from the loudest “but muh free speech” voices. Bari Weiss’s “The Free Press” had an article “All Hail America’s New Truth Czar!” about the controversy:
And Weiss herself went on Fox News (naturally) to mock it as the Ministry of Truth.
Now that the FCC is actually acting as the Ministry of Truth with Weiss running CBS News (complete with Brendan Carr’s designated “bias monitor” to police its speech)… I can find zero coverage from CBS News — a newsroom with vastly more resources than The Free Press — of Trump demanding that his FCC police the speech of one of CBS’s main competitors.
Gosh. I wonder why.
The Disinformation Governance Board (still a terrible name and roll out plan) had no enforcement power and no authority over American speech. It never actually launched and was completely abandoned within weeks. Yet it received 300 Fox News segments over the rest of 2022, and to this day people will insist that Biden launched a “Ministry of Truth” to police domestic speech.
Meanwhile, the FCC actually licenses broadcasters, and its chair just took orders directly from the president to “punish” reporters for truthful speech, and said he’s “looking at a lot of actions.”
That news cycle lasted about two days and is barely remembered.
Woof woof!
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Des Nord-Coréens piratent la plateforme crypto Bitget
Gracy Chen, PDG de la plateforme singapourienne de cryptomonnaies Bitget, a attribué, le 25 septembre 2026, à des groupes nord-coréens le vol de l’équivalent de 387 millions de dollars (340 millions d’euros), confirmé par l’entreprise la veille. Une « faille de sécurité » aurait permis aux pirates d’accéder au backend des services de gestion des portefeuilles de cryptomonnaies. En retraçant le parcours des fonds dérobés, des chercheurs indépendants ont relié le vol au groupe Lazarus, affilié à la Corée du Nord.
Dès la découverte de l’incident, Bitget a suspendu les retraits. L’entreprise collabore avec les sociétés de cybersécurité Mandiant et SlowMist pour rétablir ses services. « Nous avons alerté les autorités compétentes et coopérons pleinement avec elles à l’échelle mondiale », a déclaré Gracy Chen.
La PDG de Bitget a également précisé que l’entreprise disposait d’un fonds de protection des utilisateurs doté de plus de 464 millions de dollars (528 millions d’euros), qui servira à couvrir les pertes. Selon elle, plusieurs plateformes ont déjà bloqué une partie des avoirs associés aux portefeuilles des pirates. Bitget a par ailleurs mis en place un programme de primes de récupération : les plateformes recevront 5 % des fonds qu’elles auront volontairement gelés, puis 5 % supplémentaires s’ils sont récupérés.
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La réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls (Pyrénées-Orientales) vient…
La réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls (Pyrénées-Orientales) vient d’obtenir le feu vert des commissions locales pour pouvoir tripler de taille. Crée en 1974, elle a permis de multiplier par trois la densité de poissons dans son périmètre et aux alentours. Des mesures qui profitent autant à la biodiversité qu’au secteur de la petite pêche. Le ministère de la transition écologique devrait publier un décret pour acter l’extension début 2027.
Une partie de la réserve nationale de Cerbère-Banyuls. © Luc Viatour/Wikimedia -
Lundimatin (moins) ruiné
Chères lectrices, chers lecteurs,
Comme nous l'avions annoncé au début de l'été, nous sommes ruinés mais nous le sommes désormais moins grâce à vous. Nous avons néanmoins toujours et urgemment besoin de vous.Bien que notre campagne de soutien coure toujours (nous sommes loin d'être sortis de l'auberge), nous tenions à remercier chaudement toutes celles et tous ceux qui depuis le début de l'été nous ont aidé. C'est grâce à vous (et un peu à notre acharnement légendaire, il faut bien le dire) que nous avons pu tenir le cap et garder le pied sur l'accélérateur. Nous avons publié plus de 70 articles au fil de l'été, la rentrée est repartie sur les chapeaux de roues et deux nouveaux livres paraîtront cet automne. Nous sommes néanmoins toujours dans le rouge.
Si vous jugez que notre revue se doit de continuer et que vous en avez les moyens, n'hésitez pas à participer, soit par un don ponctuel, soit par un don mensuel via cette plateforme Helloasso.
Si vous passez par Paris le 16 octobre, nous préparons une fête en guise de remerciements.
lundimatin
PS : Merci à toutes celles et ceux qui ont commandé en masse nos livres directement sur le site.
PPS : Merci à toutes celles et ceux qui nous ont apporté leur aide non pécuniaire mais particulièrement précieuse. -
Grèves pour le droit au logement en Espagne : Maricarmen et la génération locataire (Italien)
Source : Jacobin Italia - Italie
Comment traduire vous-même cet article -
4 femmes précaires sur 10 ont une contraception dangereuse pour leur santé
Source : 60 millions de consommateurs -
La revanche du mal-aimé Gabriel Amard, élu premier sénateur insoumis du Rhône
Source : Rue89Lyon
Payant -
Dahmer, Menendez, Gein, et maintenant Borden : qui a droit à sa série Netflix ?
Source : Komune -
Réforme constitutionnelle en RD Congo : l'effet boomerang
Source : Afrique XXI - Afrique -
12 ans après les événements d'Ayotzinapa, 40 des 43 étudiants sont toujours portés disparus. Ils ont été enlevés vivants ! (Espagnol)
Source : Volcánicas - Colombie
Lire la traduction automatique en français -
L’UE compte désormais plus de 700 000 robots industriels en service, la France troisième en matière d’installations annuelles
712 000 : c’est le nombre de robots industriels en service dans les 27 États membres de l’UE en 2025, selon l’étude annuelle World Robotics de l’International Federation of Robotics (IFR) publiée ce 24 septembre. L’organisme, qui représente plus de 3000 acteurs du secteur basés dans 30 pays différents, définit comme robot industriel un “manipulateur multifonctionnel, reprogrammable et contrôlé automatiquement, sur trois axes ou plus, qui peut être fixé sur place ou sur une plateforme mobile pour des applications d’automatisation en milieu industriel”.
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Paul Martel en travaux
Après le franc succès rencontré par Taf dans les librairies et la quasi faillite de son éditeur, Paul Martel a décidé de révolutionner le métier d'écrivain en réinventant la production littéraire.
Plutôt que de se terrer à la Villa Médicis ou de s'empailler sur des salons de livre, l'écrivain-ouvrier Paul Martel se met à main-d'œuvre et part en tournée… chez vous.Dégât des eaux ou état des lieux ? Paul maçonne vos murs et refait vos peintures.
Un bel héritage mais une tapisserie moche ? Ça peut n'être qu'un mauvais souvenir.
Un crédit sur 30 ans mais une cuisine sans rangement ? N'optimisez pas que fiscalement.Si une infiltration vous pourrie la vie depuis trop longtemps.
Si vous venez d'acheter un studio en mauvais état pour vos enfants étudiants.
Si vous avez toujours voulu savoir combien il fallait d'anarchistes pour changer une ampoule.
Si vous souhaitez ne jamais apprendre à vous servir d'une décolleuse.
Si vous êtes allergiques au plâtre.
Si vous voulez devenir l'un des personnages de TAF 2, le retour du prolétariat perdu .Pour vos travaux en tous genre, contactez Paul Martel, l'ouvrier-écrivain :
Par mail : paul.martel@lundi.am
Sur Allovoisins
Sur SubstackAttention, les places pour la tournée 2026/2027 sont limitées : premiers devis, premiers servis.
Bientôt en rupture de stock, Taf, à la recherche du prolétariat perdu reste disponible dans toutes les bonnes librairies ainsi que sur notre site :.
En habits du dimanche, l'auteur présentera prochainement son livre :
Le 22 octobre à Saint-Étienne, à la librairie L'Une et l'Autre.
Le 28 octobre à Paris, à la librairie le Delta. -
Five arrested on 'terrorism' charges in UK near base used to strike Iran
Police in the United Kingdom have arrested five men near an airbase used by the United States to strike Iran on suspicion of explosive and "terrorism" offences. US President Donald Trump said on Sunday that the suspects were looking to do "big damage" and were under investigation by UK and US authorities. -
Foiled terror plot at bomber base signals wider threat to US military installations: expert
Five men arrested near a key U.S. bomber base in the U.K. on Sunday may have planned a "complex," coordinated attack with potentially far-reaching security implications for American military installations globally, a former U.S. intelligence official warned. As counterterrorism police investigated after officers detained the suspects near RAF Fairford in Gloucestershire, a former Pentagon official also said President Donald Trump would ultimately be the one to decide the consequences if indeed the "trail leads to Tehran." -
Pourquoi Anthropic s’engage à acheter pour 11,6 milliards de dollars de services cloud à Akamai sur sept ans
Anthropic vient de signer un contrat hors norme avec Akamai. Le spécialiste de l’infrastructure cloud annonce un engagement contractuel de 11,6 milliards de dollars sur sept ans avec le créateur de Claude. L’objectif : répondre à la croissance des besoins d’Anthropic en matière de calcul CPU, en s’appuyant sur l’infrastructure distribuée et les logiciels d’Akamai Cloud.
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Docaposte renforce son offre de cloud souverain avec l’hébergeur allemand Ionos, en parallèle de son engagement dans Numspot
Softeam, la filiale de conseil et de services numériques de Docaposte (filiale numérique de La Poste), vient d’annoncer la signature d’un partenariat avec l’hébergeur allemand Ionos pour proposer une nouvelle offre de « cloud hybride souverain ».
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As the US midterms approach, Trump’s boasts on the economy fall flat with voters
Trump’s tariffs and his war against Iran caused prices to rise, but the US president continues to claim it’s ‘the greatest economy in history’
Donald Trump has taken to repeating a familiar boast: “We have the greatest economy in history,” Trump said recently at a White House press gaggle. The boast comes even though inflation is higher and economic growth lower than when Joe Biden left office, even though gas prices have jumped about 50% since the war against Iran started, and even though 73% of Americans think the economy is in fair or poor shape (48% say it’s in poor shape). What’s more, the Federal Reserve is so worried about inflation that it just raised interest rates.
“It’s bluster, it’s gaslighting for him to say the economy is the greatest ever,” said Darrick Hamilton, chief economist for the AFL-CIO, the nation’s main union federation. “The economy is trending down by many measures. A lot of that has been caused by Trump’s unforced errors.”
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Trump and Hegseth want men to take risky testosterone boosters. It’s all based on shoddy science
Hoping to win back male voters, the Trump White House is pushing the regressive idea that one hormone could be a magic elixir of masculinity
Two years after Donald Trump decisively won the vote of the American man, polls say male voters are increasingly disillusioned with an administration that has waged wars and enriched itself.
Ahead of the midterms, Trump’s strategy seems to be to find a way to get that masculine animus back, so the male populace will vote not with their heads or their hearts, but with their hogs. At least, that’s one way of understanding why, this summer, Trump’s secretaries of health and defense announced plans that could increase levels of testosterone, or simply “T”, in the civilian and military population.
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ArseneLupin - Le JEV Like d'Ibou qui décide au lieu de bavarder
Jev, je ne l'ai jamais utilisé mais Kev, en revanche, je l'ai branché dans mon outil de sélection de sujets de veille pour qu'il me dise notamment si un sujet correspond à ce qui me plaît ou pas. C'est en cours de test, donc je ne vais pas vous livrer de conclusion hâtive sur si ça fonctionne bien ou pas, mais si je vous en parle, c'est parce que Sylvain Peyronnet, le papa du moteur de recherche français Ibou , publie à son tour 3 modèles de la même famille, baptisés ArseneLupin, conçu également pour faire du décisionnel
Pour ceux qui ne suivent pas l'actualité IA, le nouveau truc à la mode en ce moment, c'est Jev, un modèle maison de TypeSafe qui est le premier de ce qu'ils appellent les modèles System One. Au lieu de générer du texte qu'il faut ensuite parser, ce reçoit un état (un texte, un ticket, un objet JSON) et des questions typées : oui ou non (
noul), un choix parmi plusieurs options (choice) ou une note sur une échelle (score). Et il renvoie pour chacun de ces choix, des probabilités que votre code peut ensuite exploiter directement pour trier, faire du routage ou prendre des décisions. Par exemple, avec ça, on peut faire de la qualification de tickets de bug ou de l'anti-spam, ce genre de choses.Alors forcément, suite à ça, des clones ouverts ont débarqué. Le premier que j'ai découvert, c'est Kev , de Jared Palmer, qui s'appuie sur Qwen3.5 et Qwen3.8, soit 0,8 à 27 milliards de paramètres, et laya qui part d'un encodeur ModernBERT-large pour 421 millions de paramètres au total.
Perso, avec Kev dans mon outil de veille, Pour le moment, j'ai un peu de mal à voir si c'est mieux qu'une décision prise par un Qwen 3.6 classique qui génère une réponse textuelle mais Kev a été entraîné sur des textes de 384 tokens au max, et les articles qui tombent dans ma veille dépassent largement ce gabarit...
ArseneLupin, c'est donc la version d'Ibou, annoncée par Sylvain la semaine dernière. Sa v1.1 repose donc sur Qwen3.5-4B, la mini sur Qwen3.5-0.8B et ArseneLupinstral sur Ministral 8B. Les poids sont sous licence Apache 2.0 et le code pour s'en servir et l'intégrer est fourni, mais pas le code d'entraînement ni les données.
C'est encore jeune, donc il n'y a pas eu de benchmark indépendant, mais Ibou en a fait et voici ce qu'ils obtiennent avec une classification d'intentions de recherche en dix catégories. Avec la 1.1, ils obtiennent 50,7 % de bonnes réponses, contre 39,7 % pour la mini et 43,9 % pour Jev 1.13.
Bref, ce sont leurs mesures, mais si elles sont justes, ça veut dire qu'Arsène Lupin est plus efficace que Jev.
Installer ArseneLupin v1.1
Alors pour ce tuto, j'ai pris la v1.1 qui est la plus "balèze".
À la fin de cette section, vous aurez donc un serveur local qui crache du JSON accessible sur le port 8000. Il vous faut Python 3.11 ou une version plus récente et une 10aine de Go libre puisque le modèle complet pèse 9,3 Go en bfloat16.
J'exclus au téléchargement le dossier
gguf, qui contient la version 8 bits de 4,5 Go destinée à llama.cpp. Pour démarrer, il faut donc créer un environnement virtuel, puis récupèrer le modèle, et installe le code de service avec la version de transformers qui va bien, c'est à dire la 5.17.0 :python3 -m venv lupin && source lupin/bin/activate pip install -U huggingface_hub hf download IBOU-SEARCH/ArseneLupin-v1.1 --local-dir arsenelupin-v1.1 --exclude "gguf/*" cd arsenelupin-v1.1 pip install ./code "transformers==5.17.0"Par défaut, le fichier
serve.yamlenvoie le modèle sur une carte NVIDIA (cuda:0). Sur un Mac, il faudra donc le basculer sur le GPU d'Apple (mps), et sur une machine sans GPU, ce seracpu. Je pense que je ne vous apprends rien, vous avez l'habitude,Ensuite, on lance le serveur. Notez juste que sous Linux, le
seds'écrit sans les deux apostrophes après le-i. :sed -i '' 's/cuda:0/mps/' serve.yaml python -m arsenelupin serve --config serve.yaml --calibration calibration/default.json --port 8000
Le serveur ArseneLupin v1.1 à l'écoute sur le port 8000, poids chargés
Au bout de quelques secondes, le serveur écoutera sur
127.0.0.1:8000. Quant à la version GGUF, vous pouvez, si vous voulez, le faire tourner dans un llama.cpp ou équivalent à condition d'en avoir un assez récent qui connait l'archi de Qwen3.5.Poser vos premières questions
Pour tester, je me suis inspiré de mon outil de veille. On donne au modèle le titre et le résumé d'un sujet et on lui demande si ça parle d'un outil qu'on peut installer, dans quelle rubrique il faut le ranger et à quel point ça pourrait intéresser des gens comme vous, c'est à dire des lecteurs technophiles / bidouilleurs.
Placez donc ça dans un fichier nommé
veille.json, dans le dossier du modèle :{ "state": { "titre": "ArseneLupin, trois modèles de décision publiés par Ibou", "resume": "Le moteur de recherche français Ibou publie sur Hugging Face trois modèles qui répondent par oui ou non, par un choix ou par une note, avec des probabilités. Les poids sont sous licence Apache 2.0 et le code de service est fourni." }, "questions": { "installable": {"type": "noul", "instructions": "Le texte présente-t-il un outil que le lecteur peut installer lui-même ?"}, "rubrique": {"type": "choice", "instructions": "Dans quelle rubrique ranger ce sujet ?", "criteria": {"ia": "Intelligence artificielle et modèles de langage", "dev": "Outils pour développeurs et infrastructure", "securite": "Sécurité informatique, failles et vie privée", "materiel": "Matériel, gadgets et bricolage électronique"}}, "interet": {"type": "score", "instructions": "Ce sujet intéressera-t-il un lecteur technophile qui aime tester des outils ?", "criteria": ["Pas du tout", "Un peu", "Beaucoup"]} } }Puis dans un second terminal ouvert dans le même dossier, tapez la ligne de commande curl suivante pour lancer l'évaluation avec ArseneLupin.
curl -s http://127.0.0.1:8000/v1/systemone -H 'Content-Type: application/json' -d @veille.json | python3 -m json.tool
La réponse à la requête de veille : "ia" à 0,72, un oui/non hésitant à 0,53 et un score de 1,47
Comme vous pouvez le voir, pas une ligne de texte généré, chaque question revient avec ses probabilités. On voit donc que la rubrique "ia" l'emporte à 0,72, loin devant "dev" à 0,19, et le niveau "Beaucoup" ressort à 0,59 pour l'intérêt, ce qui donne un score moyen de 1,47 sur une échelle qui va de 0 à 2. Par contre, pour savoir si c'est un outil installable, le modèle hésite quand même un peu avec un timide 0,53 de probabilité pour le oui.
Il renvoie quand même une indication qui est plutôt importante à savoir là décision :
"decision": true, car aucun seuil n'est appliqué côté serveur (c'est ce que dit le"decision_status": "unthresholded"). C'est donc à votre code de décider qu'en dessous de 0,7, par exemple, la décision revient à un humain plutôt que de partir dans la base de données automatiquement. Sur mon Mac Studio M4 Max, la requête a pris entre 2,4 et 2,8 secondes pour ces huit options.J'ai fait un 2ème essai avec un commentaire de spam bien grossier : "Super article !!! Pour gagner 500 € par jour depuis chez vous, cliquez vite sur mon profil, places limitées." La v1.1 le classe en spam à 0,86 et lui colle un ton positif à 0,78, ce qui est vrai au premier degré. Et la version mini du modèle répond deux fois plus vite, en 0,8 seconde, mais descend à 0,76 sur le spam et hésite sur le ton... À voir donc si ça suffit pour vous d'utiliser le modèle mini ou pas, selon vos besoins.
Comment ArseneLupin prend ses décisions
Le code livré avec le modèle se lit facilement et la mécanique est plutôt simple à capter. En fait chaque option devient une question oui/non posée au Qwen affiné, du genre "ce candidat décrit-il la bonne réponse ?".
Ainsi, 4 catégories pour classer un contenu se résume en 4 questions sur le même texte accompagnée d'une petite tête de lecture (2 561 paramètres sur la v1.1) qui transforme le dernier état caché du modèle en score. Un softmax répartit ensuite ces scores en probabilités, et la
confidencen'est rien d'autre que la plus forte d'entre elles...Pour que ça reste rapide malgré toutes ces passes, le serveur lit une seule fois le texte commun aux options, puis calcule toutes les options simultanément.
En fait avec ArseneLupin, on reproduit le principe de Jev mais avec un LLM ouvert (Qwen) en ne lui faisant produire qu'un seul token, limité aux choix proposés. Ce qu'apporte Ibou, c'est donc un modèle LLM ultra affiné (Autant qu'un bon Saint Nectaire) pour ce type d'exercice de prise de décision.
Reste ensuite la confiance à accorder à ces probabilités. Dans le dossier calibration, vous verrez des températures ajustées selon les trois workflows d'exemple fournis par Ibou, et il y a également, dans le fichier default.json, une calibration par défaut. C'est celle-là qu'on a utilisée dans notre exemple, mais vous pouvez aussi régler vous-même votre propre température ajustée selon vos usages.
Maintenant, avant de lui confier quoi que ce soit, posez-vous un peu et donnez-lui une cinquantaine d'exemples que vous avez déjà classés à la main. Comme ça, vous pourrez comparer ArsèneLupin et le LLM que vous utilisez d'habitude pour savoir qui est le plus fiable. N'hésitez pas à y mettre aussi des textes plus ou moins longs parce que le serveur accepte jusqu'à 32 768 tokens par option. Ça tombe bien parce que ça me gênait un peu dans mon intégration avec Kev sur mon outil de veille. Donc je pense que je vais rapidement basculer sur ArsèneLupin pour ma veille en remplacement de Kev.
Et si vous venez de Jev, attention, la requête a la même forme mais pas la réponse !! Pour une question oui/non, Jev renvoie un champ
noullà où ArseneLupin renvoie unp_yes, et pour une note, ArseneLupin range ses probabilités dans une liste quand Jev utilise un dictionnaire.Cela veut dire qu'un client écrit pour l'API de TypeSafe ne lira pas du tout le résultat de ArseneLupin tel quel, donc prévoyez une petite couche de conversion avant de mettre les deux en concurrence sur vos data.
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Un automobiliste renverse quatre personnes à la marche climat de Clermont-Ferrand
Quatre personnes participant à une marche pour le climat, dont une femme de 80 ans, ont été blessées samedi matin, aux alentours de 11 heures, renversées par un automobiliste à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Le conducteur a été placé en garde à vue pour « violence avec arme » et son test aux stupéfiants s'est avéré positif.
Lire la suite - En bref / Luttes
« Il s'agit d'un homme âgé de 37 ans, manifestement impatient face au ralentissement de la circulation, qui a voulu forcer le passage malgré la présence de très (…) -
«Nous faisons grève pour la population»: les pompiers mobilisés pour arracher plus de moyens
Après un été dévastateur, révélateur du manque criant de moyens, le projet de loi présenté par le gouvernement aux pompiers professionnels le 8 septembre n’a fait qu’attiser leur colère. En grève depuis trois semaines, ils ont installé un campement au Champ-de-Mars dimanche 27 septembre, prologue de deux journées de manifestation. -
Le 29 septembre, coup d’envoi d’une rentrée sociale inflammable
Les trois pans de la fonction publique sont appelés à la grève et à la mobilisation mardi 29 septembre, veille de la présentation, en conseil des ministres, d’un budget qui gèle pour la troisième année de suite le point d’indice des fonctionnaires. Une première journée, qui, en cas de succès, pourrait en entraîner d’autres. -
Iran says it ‘has no plans to negotiate with US’ despite Trump claims – US politics live
Trump told Axios he expected talks to resume a day after he rejected Iran’s proposal to reopen the strait of Hormuz within seven days
While the lawmakers in the US House have already left Washington to get a head start on midterm campaigning, the Senate is hoping to wrap up its legislative agenda this week. Today, we can expect a vote at 5.30pm ET on the Protect College Sports act, which attempts to provide greater protections for university athletes in the US.
The bill includes provisions for players to earn compensation from their name, image and likeness – known as NIL payments, and allow them to transfer schools (and teams) without being penalized or forced to sit out for a defined period of time. If the legislation clears the Senate it will still need to head back to the lower chamber before it can head to Donald Trump’s desk for his signature.
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À ce prix sur Amazon, l’iPhone 17 Pro est le pire ennemi de l’iPhone 18 Pro

[Deal du jour] L'iPhone 18 Pro est sorti avec un prix d'entrée en hausse, et son prédécesseur en profite. Sur Amazon, l'iPhone 17 Pro tombe à 1 189 € au lieu de 1 329 €.
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« La Guyane a besoin de respirer »
La Guyane a besoin de respirer, pas seulement avec de l'oxygène, comme voudraient le lui imposer ceux-là qui ne la considèrent qu'en tant que « poumon de la Terre », à savoir un bien « commun », qui serait par conséquent le Leur, le nouvel Eldorado, dernier joyau qui manque à la couronne d'Espagne, après avoir tout dévasté.
Et, « Respirer », c'est seulement pouvoir tracer sa propre voie.« Réveiller les Esprits de la Terre »
1. Les baguettes du candidat Macron distribuées aux Amérindiens sur le Haut Maroni, en 2017, rappellent que depuis cinq siècles la Conquête n'en finit pas, et toujours avec les mêmes ficelles, le même mépris.
2. J'ai découvert cette anecdote « croustillante », et bien d'autres, dans « Réveiller les esprits de la Terre », [1] de l'anthropologue Barbara Glowczewski, un ouvrage consacré aux résistances Autochtones (mais pas que) à travers le monde.
Le fil directeur du livre n'est pas forcément ce qui m'a le plus retenu, car c'est ma nature que de m'intéresser davantage aux détails, comme par exemple ce passage magnifique, vertigineux, où dans un groupe aborigène, le corps des individus se retrouve « sans visage », c'est de la grande poésie.
J'ai trouvé aussi très à propos la répartie d'un Tahitien qui se disait plus préoccupé par la survenue du prochain cyclone que par le « réchauffement climatique », présenté par un militant écologiste comme la « mère des batailles » : ceci illustre tout le fossé entre nos priorités et des enjeux plus planétaires qui tendent à les phagocyter.
A cet égard, bien qu'également écologiste de formation et opposée à un extractivisme débridé, je nourris la plus grande méfiance à l'endroit des militants écologistes [2] qui voudraient, dans la grande tradition de domination de l'Occident, nous imposer leur « agenda ».
Or, face au rouleau compresseur de l'Etat français, et dans la plus grande indifférence, nous sommes déjà dans l'œil du cyclone sur un plan social, politique et identitaire. Et le volet environnemental, n'est pas le premier, mais le dernier étage de la fusée, comme en témoigne si nettement la situation de la Kanaky.
Le procès des Créoles
3. En ce qui concerne la Guyane, le projet de loi sur la poursuite de l'exploration pétrolière ravive chez les défenseurs de la Nature les clichés concernant les Créoles :
- destructeurs de la Nature
- assistés
- nourris par les réfugiés Hmongs : sans mentionner que le grenier de la Guyane, la Malmanoury, a été vidé de sa population Créole et Saramaka, sans compensation, afin d'y installer la base spatiale européenne ;
- entretenus par les travailleurs immigrés : qui font le job en Guyane comme partout ailleurs ;
- discriminant les Marrons et Amérindiens ;
- ou encore peu partageurs avec les nouveaux migrants des subsides de la Mère patrie , cette dernière étant, elle, parée des atours d'une protectrice des « Autochtones » , comme a pu l'être effectivement l'Angleterre face au racisme redoutable de ses colons. De là à amalgamer les Créoles guyanais et les féroces colons anglais … il n'y a qu'un pas.
Ces stéréotypes que l'on retrouve sur des « posts » Facebook, peuvent aussi être alimentés par des travaux scientifiques, allant jusqu'à la thèse universitaire pour théoriser la discrimination des Marrons et Amérindiens par les Créoles. Mais comme disait Monchoachi, à propos de l'écriture : n'est-ce pas le rôle de la science que de « faire proliférer les mensonges » ?
Dans ce contexte, il me semble fondamental de dissiper un malentendu tenace en ce qui concerne les liens entre les créoles et les autres composantes de la société guyanaise.
En 1986, si je me souviens…
4. En 1986, si je me souviens, projetant de faire un troisième cycle de botanique tropicale, j'étais rentrée en Guyane pour un séjour d'une semaine dans la forêt primaire en compagnie de chercheurs du laboratoire de Francis Hallé. Mais, dès le premier jour, quand ils ont commencé leur litanie sur les Créoles maltraitant la Nature et les Amérindiens, j'ai quitté à pied le campement qui se trouvait à 20 km de la nationale : je préférais encore avoir affaire aux jaguars plutôt qu' à la férocité de l'Homme blanc qui se masque derrière son « humanisme », jamais désintéressé. Et, leur pseudo « recherche » n'est jamais rien d'autre que de la prospection, y compris quand elle touche à l'humain.
5. D'une façon générale, les représentations sont mises en mouvement par deux leviers : la volonté du sujet qui les élabore et l'utilité qui les réclame et les justifie. Quelle volonté meut cette représentation de Créoles guyanais oppresseurs des Amérindiens et destructeurs de la Nature ? Et, en vue de quoi faire ou de quoi justifier ?
Les « bons sauvages » et les autres…
6. C'est que dans l'imaginaire colonial, il y aurait une hiérarchie entre les Vaincus, les « bons sauvages » (Amérindiens et Marrons) et les Créoles qui ne le seraient pas suffisamment. Et parmi les « bons sauvages » certains auraient plus de droits à réparation que d'autres, non pas en raison de la gravité des traumatismes subis (déportation, esclavage…), mais par leur caractère « Autochtone », ce qui discrimine les Marrons (mais pas que) : un brin trop foncés pour avoir une « âme », eût -on dit cinq siècles plus tôt ?
A cet égard, j'ai lu dans le livre de Barbara Glowczewski un fait glaçant : comment des Amérindiens en Amérique du Nord avaient refusé de partager les réparations destinées aux Autochtones avec d'autres Amérindiens, mais Noirs, l'équivalent des Blacks Caribs, qu'ils avaient adoptés et à qui ils avaient transmis sans réserve toute leur culture depuis plusieurs générations…
7. En Guyane, le concept d' « Autochtone » a permis de conforter une résistance des Amérindiens à l'international, d'assouvir un besoin légitime de reconnaissance, mais a pu aussi, malgré les dénégations, renforcer un ressentiment à l'égard des Créoles guyanais qui est d'autant plus vendeur en France qu'il permet d' exonérer cette puissance coloniale de la situation d'indigence de ce territoire à l'origine d'une maltraitance institutionnelle que subissent de plein fouet les Amérindiens, mais pas que.
Tutelle créole, Solidarités locales & Etat défaillant
8. Ainsi, l'Etat français, en 1969, en supprimant le territoire de l'ININI a confié la gestion de ce vaste territoire (90% de la Guyane) aux bons soins (ou « mauvais » soins) du Conseil général. Aujourd'hui, le taux de la taxe foncière du conseil général de Guyane bat tous les records alors qu'en Guyane paradoxalement les revenus sont deux fois plus faibles qu'en France : il s'agit là d'une bombe à retardement, prête à exploser à n'importe quel moment. De la même manière, en 1970, 25% de l'octroi de mer des communes guyanaises avait été réquisitionné par l'Etat pour le reverser au conseil général. Ce n'est qu'après la révolte de 2017, que l'Etat a compensé, sans rétroactivité, les pertes de ressources des communes.
C'est que l'Etat Français considère que les « retards » des uns peut être comblé par la « richesse » des autres, à l'échelle de la colonie, ou des colonies, ce qui explique aujourd'hui que, face aux enjeux de la Guyane et de Mayotte (auxquels s'ajoutent dorénavant ceux de la Nouvelle Calédonie), les Antilles soient littéralement sacrifiées par cette politique coloniale, supposée un crime contre l'humanité. Mais il s'agit là d'un détail de l'histoire, qui n'intéresse personne. [3]
S'agissant de la Guyane, il y a eu de fait une tutelle administrative exercée par les Créoles sur tout le territoire, et aussi une solidarité locale envers les territoires plus fragiles pour se substituer à un Etat défaillant, mais l'accent n'est mis que sur les dérives des Créoles, réelles ou supposées : Chyen maré sé pou lapidé.
Et ce qui est reproché aux Créoles, bien souvent ces derniers le reprochent à leurs propres élus (« Diviser pour mieux régner ! ») qui sont les bouc-émissaires de l'échec de la départementalisation, en Guyane comme ailleurs dans les autres « DOM ».
L'avènement d'Amérindiens ou de Marrons, aux plus hautes fonctions électives, ne changera strictement rien à leur sort, dans la mesure où les collectivités locales n'ont pas de pouvoir réel et encore moins les moyens de mettre en place une politique solidaire à la hauteur des enjeux de ce vaste territoire. (Le premier vice-président de la CTG est un Amérindien, il a assumé l'intérim de la présidence pendant plus d'un an, cela n'a aucun impact sur la politique « Autochtone » et la gestion des terres qui appartiennent à 90% à l'Etat).
2017, la Guyane entière : NOU BON Ké SA !
9. Les créoles guyanais n'ont donc pas comme les féroces colons anglais le pouvoir de « discriminer » les Autochtones, en tout cas, il ne sont pas à l'origine de leur « discrimination ». Les plus grands acquis obtenus par les Amérindiens proviennent de la révolte de 2017 : 400 000 hectares de terres (contre 250 000 hectares pour les collectivités locales). Cette révolte était fascinante car contrairement aux Martiniquais, les Créoles guyanais ont cette capacité à se fédérer et à tenir compte de toutes les composantes de la société guyanaise, même s'il existe des frictions avec Haïtiens, Brésiliens ou Surinamiens, résultant de chocs migratoires brutaux et massifs (l'équivalent de +20 millions de migrants en France en deux décennies !). Et les « Métropolitains » ne sont pas en reste puisque durant la décennie charnière de 80 à 90, la France fut la principale pourvoyeuse de migrants. Mais eux ils seraient transparents (comme la TVA vis-à-vis de l'Octroi de mer). Et, en plus de nous coloniser, ils viennent nous culpabiliser en nous rendant responsables de la maltraitance des Amérindiens et de la Nature.
10. La maltraitance que les Créoles aussi subissent avec la colonisation et l'assimilation, serait, elle, transparente, d'aucune importance, à peine un fait divers : il ne faut pas « pleurer le ventre plein », ni « cracher dans la soupe », c'est ce que me retorquait une fois un préfet de Guyane. Si ce n'étaient les soulèvements spectaculaires à intervalles réguliers du peuple guyanais, pour dénoncer une maltraitance budgétaire (NOU BON Ké SA !) et tenter de respirer derrière le masque de l'Etat Providence, l'on serait porté à le croire.
Férocité des institutions et choc des cultures ravageurs pour les Autochtones
11. D'une façon générale, l'on cherche à expliquer toutes les contradictions des Autochtones y compris vis à vis des activités extractives, en montrant que, dans certains pays, les compensations versées par les sociétés minières peuvent être perçues comme un rempart contre la déchéance qui leur est réservée une fois qu'ils sont intégrés/désintégrés dans la société moderne où ils se positionnent au plus bas niveau de l'échelle sociale, tout comme les Amérindiens en Guyane, bien plus que les Marrons d'ores et déjà les maîtres de l'Ouest guyanais.
12. En réalité, il y a deux défis distincts, celui de préserver des modes de vie traditionnels et celui de l'insertion dans le mode de vie moderne, deux objectifs qui se détruisent l'un l'autre s'il n'y a pas de la part de l'Etat central une politique publique bienveillante et éclairée pour parvenir au compromis le moins ravageur possible. Aujourd'hui, les Amérindiens sont clairement laissés pour compte, en particulier la jeunesse qui trouve une échappatoire dans le suicide. Une jeunesse non pas livrée à la cupidité des familles d'accueil « créoles », mais à la férocité de l'école républicaine obligatoire qui les place en situation d'échec (à l'école et dans leur propre culture), ce contre quoi mettait en garde Hurault dès les années 60 , et à celle de la réponse administrative mise en place par la CTG en l'état de ses finances pour assurer leur hébergement sur le littoral.
13. La fascination pour la baguette sur le Haut Maroni ( exploitée par le candidat Macron en 2017) où la culture, est basée sur le manioc, en dit long sur le rapport des forces en présence dans ce choc des cultures. L'esprit du Blanc se retrouve ici dans la baguette, une baguette magique à laquelle on ne peut résister, à l'égal de la bouteille de CocaCola qui ouvre sur un autre monde, obèse, qui s'oppose à la belle pauvreté, au dépouillement de cette culture ancestrale. Le Blanc n'a plus besoin ni du canon, ni du fusil, comme l'évoquait Rimbaud à son époque, ni même de l'Eglise, même si cette dernière, avec la montée en puissance des Evangélistes est plus que jamais en première ligne pour accomplir sa Mission.
Les Guyanais et leurs rêves écartelés
14. Pour ma part, bien qu'étant aux trois quarts martiniquaise (je le précise car il est parfois reproché aux Créoles guyanais leur lignage « illégitime »), je me revendique entièrement de la Guyane, « un lieu qui m'habite » [4]. Et, j'ai une profonde admiration pour toutes les composantes de mon peuple, qui est unique par sa diversité mouvante et qui a montré à la terre entière comment un peuple uni, sans arme, peut défier la plus retorse et entêtée des puissances coloniales, arc-boutée sur ses seuls intérêts au mépris de l'épanouissement des peuples colonisés.
Je respecte aussi les rêves des Guyanais, ceux des Amérindiens qui veulent maintenir leur mode de vie traditionnel et aussi ceux à l'opposé des élus créoles (plus que les populations elles-mêmes) qui rêvent d'une Guyane prospère par l'exploitation de ses ressources naturelles pour conjurer une malédiction et maltraitance depuis l'époque coloniale.
15. Qu'importe que la Guyane « française » ne récolte que des miettes (et des dégâts) des prospections et activités extractivistes car l'Etat français ne lâche jamais rien à l'image de l'activité spatiale exonérée d'octroi de mer (ce qui prive les communes guyanaises de 100 millions d'euros par an) ou du sous-sol des terres rétrocédées aux Amérindiens qui demeure sa propriété. Nous sommes déjà dans l'œil du cyclone, condamnés à être réduits en pâtée (définition de l'assimilation), c'est donc une manière de pran douvan avan douvan pran'w, une sorte de suicide collectif, où bien-sûr les Amérindiens seraient aux premières loges.
Face à un mépris systémique
16. Or, actuellement le créole guyanais n'est pas responsable de l'empoisonnement des fleuves, c'est une affaire entre les garimpeiros brésiliens, les gendarmes français qui regardent ailleurs et la Banque de France qui rafle la mise [5]. (L'orpaillage illégal produit 12 Tonnes d'or contre les 2 tonnes officiels).
Pourquoi alors, il y a quelques semaines, ce « soulèvement » médiatique, non pas contre les crimes (et complicités) actuels déjà considérables, mais contre des « menaces » provenant de parlementaires guyanais favorables à l'exploration pétrolière ?
Une fois de plus la France s'octroie à moindre frais (sans compensation pour les Guyanais) le beau rôle de protectrice de la Nature et des Autochtones. Du moins, tant que son train de vie énergétivore pourra se reposer sur les pillages et destructions de la Nature opérées par ses multinationales « hors les murs », y compris dans les autres Guyanes.
Les ressources « françaises » seront, elles, « préservées »/ « réservées » jusqu'à ce que des « intérêts supérieurs » sifflent la fin de partie, la fin de la récréation « verte ». Ainsi le budget militaire de la France a été multiplié par deux ces dernières années sans faire de vagues : « La patrie est en danger ». Mais le projecteur braqué sur l'interdiction de l'exploration de pétrole en Guyane, avec les « Autochtones » comme alibis plutôt que comme véritables sujets de préoccupation, permet de remonter le moral des troupes (et des électeurs) : « la lutte contre le réchauffement climatique est la mère des batailles pour préserver les générations futures ».
Les générations actuelles en « outremer », (c'est-à-dire les indigènes au sens large), peuvent, elles, attendre ou disparaître, emmurées dans le plus grand silence, à savoir le mépris de la « Nation » tout entière. Pour ceux qui tentent de fissurer ce mur, cette mobilisation générale en France au motif de la Nature guyanaise, a pu paraître indécente, presqu'une provocation. D'où, pour ma part, l'abandon d'un costume vert-ueux, et non moins confortable ou conformiste, pour carrément aller, n'en déplaise à nos « sachants », explorer l' « axe du Mal » : peut-être y a-t-il une « vérité » à puiser de ce côté, an chimen, une alternative à notre funeste destin ?
17. En Guyane « française », pour conjurer la malédiction de l'or noir, il ne suffit donc pas, comme il se fait lâchement, de tirer sur l'ambulance (créole) mais il faut s'attaquer à la racine du mal qui est cette misère sociale et morale que la France nous offre comme horizon.
18. Une partie du peuple Kanak bien que soucieuse de ses coutumes et des Esprits de la Terre, compte, à tort ou à raison, sur ses ressources naturelles pour rendre soutenable une indépendance. Les élus guyanais, galvanisés de surcroit par le boom économique du Guyana, ont cette croyance, pourquoi briser cet élan, le seul qu'ils entrevoient pour s'affranchir du joug de la France ou desserrer son étau (étau présenté dans un post Facebook comme une sorte de « pain béni » que les Créoles ne souhaitent pas partager avec les nouveaux migrants).
Mourir pour survivre ?
19. Face aux violences d'Etat auxquelles nous sommes exposés, il faut de la radicalité, et ne pas avoir peur de mourir si l'on veut survivre, en créole, cela reviendrait à dire « Pèd pou pèd » ou alors « Boulé an kay pou an rat », le rat serait le colonialisme français. Tout cela est du domaine du rêve, et pour cela j'ai fini par comprendre que l'on ne pourra jamais changer le point de vue des indépendantistes et autonomistes guyanais sur l'exploitation des ressources naturelles, que je ne partage pas. Mais, l'histoire n'est écrite par les hommes qu'après coup, et on verra bien sur quoi pourrait déboucher cette mèche que viennent d'allumer les élus guyanais : Sa ou pa sav gran passé-w'…
Pour rappel, 2017, était partie d'une révolte supposée « xénophobe » car contre l'insécurité liée à l'immigration avec des manifestations devant les consulats du Surinam ou du Brésil, et cela a débouché sur une des plus belles pages de la résistance écrite ces dernières années.
Je dois aussi avouer qu'à contrecourant de la volonté inébranlable des élus guyanais (et de l'histoire) j'étais opposée à la construction d'une route pourfendant la forêt primaire, pour relier la Guyane au Brésil. Aujourd'hui cette route permet un véritable ancrage de la Guyane en Amérique du Sud, pour ne plus être seulement qu'une île ultrapériphérique de l'Europe.
La Guyane a besoin de respirer, pas seulement avec de l'oxygène, comme voudraient le lui imposer ceux-là qui ne la considèrent qu'en tant que « poumon de la Terre », à savoir un bien « commun », qui serait par conséquent le Leur, le nouvel Eldorado, dernier joyau qui manque à la couronne d'Espagne, après avoir tout dévasté.
Et, « Respirer », c'est seulement pouvoir tracer sa propre voie.
20. En tout état de cause, le curseur en Guyane ne se situe pas dans la confrontation de deux visions du monde, celle des Créoles et celle des Amérindiens : il se situe au niveau de politiques publiques féroces qui n' épargnent ni les uns ni les autres.
Déplacer le curseur n'est pas anodin : c'est 1) se libérer à bon compte du costume de l'Homme blanc « raciste et destructeur de la Nature » et 2) soutenir l'entreprise coloniale au motif que l' « élève aurait surpassé le maître ».
« Glissements de terrains »
21. En 2010, j'avais de ma propre initiative effectué une étude sur la mise en œuvre du Rsa en Pays indien, en me basant sur des travaux d'ethnologues tels que les époux Grenand, Pierre Clastres, Jean Hurault ou Marshall Sahlins. Je suis donc particulièrement préoccupée par la sauvegarde du mode de vie des Amérindiens de Guyane que les Japonais pourraient qualifier de « Trésor vivant ». Mais cette préoccupation ne saurait être déconnectée, comme il se fait, d'autres enjeux qui concernent toutes les composantes de la société guyanaise, face au mépris d'un colonialisme attardé, par nature indifférent au sort des « indigènes » au contraire considérés comme une menace [6] qu'il convient d'écarter comme aux premiers temps de la Conquête : l'arme budgétaire a remplacé le canon et les épidémies pour faire place nette, l'installation massive de colons fera le reste. Telles sont les priorités de la « Nation » s'agissant des peuples de ses possessions « Outre-mer » (bientôt « Outre-tombe » [7] ?). Mais il s'agit là d'un détail de l'histoire, et justement, je ne m'intéresse qu'aux détails.
Notre priorité n'est pas « la Terre », mais de vivre et nous épanouir en tant que Peuples sur nos terres.
Et, Panga ! à tout moment notre sens démesuré de la fête (qui n'a d'égale que notre désespérance sociale) peut se transformer en colère :
*** « Il faut se hâter/ L'histoire va fermer »Noir est pour mon peuple
Jaune est pour le soleil
Rouge est pour l'ocre qui colore ma peau et danse dans mes poumons.
Ou peut-être que rouge est pour notre passion,
Et jaune pour la joie dans nos chansons,
et noir la sombre tempête qui se prépare,
Injustice, prends garde, nous voilà ».Babala, lyan binmal
Walgar, lyan jalnga
Babala, ma midjan gnan
Walgar, ma wanden.Colours of my people, Nidala Barker [8]
Mireille JEAN-GILLES, Vauclin, 27 septembre 2026
[1] La lecture de ce livre a été captivante, d'emblée j'ai trouvé des résonnances avec mon propre travail sur les dits « Outremers », telle l'idée de « Glissement de terrains » (« Sentir sa terre s'ouvrir sous ses pieds comme un tombeau »), ou l'importance d'un engagement sur le plan comparatif. « Réveiller les Esprits de la Terre » a fourni une source d'informations indispensable pour alimenter la présente note. A travers les différents textes, l'on mesure aussi tout l'apport de Barbara Glowczewski à diverses disciplines scientifiques (anthropologie, philosophie ou psychanalyse) et aux luttes actuelles (en Australie, ou dans l' « Empire »), ainsi que l'héritage transmis à ses filles aborigènes par leur père : elles apparaissent comme des êtres lunaires mais avec les pieds bien sur terre, l'équation impossible. Ensuite, l' on peut reconstituer le puzzle de sa vie, depuis ses grands parents, elle est donc pleinement légitime pour parler de la souffrance de l'Autre.
[2] Malgré la capacité de résistance des mouvements écologistes.
[3] La Martinique, par exemple, semble peu préoccupée par le désengagement budgétaire massif de l'Etat à partir de 2018 (- 700 M€/an !) qui conduit à la dévitalisation de l'île, favorise la colonisation de peuplement et la montée en puissance du Narcotrafic (+400 millions d'euros/an injectés dans l'économie locale selon Le Monde).
L'île, en pleine pénurie de fonds publics, est tout entière requise par le procès de sa principale recette fiscale, à savoir l'Octroi de mer. S'agit-il comme en 2024, de créer un cordon sanitaire autour de l'Etat, en orientant la colère du peuple vers une taxe locale, c'est-à-dire contre lui-même ? Sera-ce le prochain Bwa-Bwa du carnaval 2027, le mets à sacrifier pour éviter que l'île elle-même, une véritable poudrière sociale, ne s'embrase ?
Or, contrairement aux déclarations officielles alarmistes, Bruxelles n'envisage nullement la suppression de l'Octroi de mer en 2030 car ce n'est pas de sa compétence. Seuls les différentiels de taux pour favoriser la production locale seront évalués à cette date et très probablement prorogés puisque la Commission européenne est elle-même à l'origine de cette exonération, accordée aussi aux Canaries.
A qui profite cette agitation dans une confusion qui semble entretenue ? C'est que l'Octroi de mer attise les convoitises : Bercy qui a lancé la charge dès le CIOM 2023 pour « récupérer ses billes » (l'octroi de mer n'est en réalité qu'une quotepart de la TVA nationale déléguée à la gestion locale) et surtout les importateurs qui, avec une TVA qui leur serait remboursée (qu'elle soit nationale ou locale), pourraient augmenter leurs marges de 1.6 Milliards d'euros (380 M€ en Martinique) sans qu'ils ne soient tenu d'abaisser leurs prix en conséquence.
En cas de choc fiscal, généré par cette réforme d'ampleur (comme en Nouvelle Calédonie plongée dans une instabilité fiscale, budgétaire et politique depuis 2018 à cause de l'instauration d'une TVA locale), les premiers à en assumer le coût seront le consommateur final (flambée des prix) et les collectivités (effondrement des recettes).
Enfin, le silence le plus complet entoure la TVA nationale, absente en Guyane et à Mayotte, qui pèse plus que l'Octroi de mer sur le consommateur final, plonge les Antilles dans une impasse financière structurelle en bridant le potentiel de l'Octroi de mer, taxe de manière illégale l'Octroi de mer et quitte le territoire pour alimenter les caisses de Bercy.
[4] “a place that lives in me, and that I unfurl, like a nomad his tent, in each place where I live” ? Mireille Jean-Gilles https://www.twolinespress.com/shop/books/calico-series/elektrik
[5] Une assertion que la Banque de France n'a jamais démentie (Cf. « Réveiller les Esprits de la Terre »).
[6] Pour rappel la lettre du 19 juillet 1972 de Pierre Mesmer, alors premier ministre adressé au secrétaire d'Etat aux DOM-TOM, afin de garantir la présence française par delà les Océans : « La présence française en Calédonie ne peut être menacée, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste des populations autochtones ….La revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. Il va de soi qu'on n'obtiendra aucun effet démographique à long terme sans immigration systématique de femmes et d'enfants … ».
[7] Expression puisée dans les films d' Arlette Pacquitte et de Gilles Elie -dit- Cosaque
[8] Il s'agit d'un clip australien , les mots sont ici traduits de l'anglais avec la fin en djugun, la langue du père de la chanteuse née à Broome (Australie occidentale). https://www.youtube.com/watch?v=_XNYnwnL_f8
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Antispécisme et lutte des classes
Antispécisme
et lutte des classesEt si l'antispécisme c'était plus qu'un régime alimentaire, pas seulement une position morale, autre chose qu'une empathie de principe envers la souffrance ? Et si c'était une critique radicale de l'organisation sociale qu'on subit au quotidien ? Et si être antispé c'était, aussi, envisager des actions directes qui s'attaquent aux structures et aux institutions économiques, sans lien évident avec l'élevage et l'abattage d'animaux non-humain.es ? Qu'on se le dise, le véganisme capitaliste, lifestyle hipster et urbain, s'accorde aux chemises à fleurs et aux bars à jus gentrificateurs. Il rate l'essentiel : le capitalisme est aujourd'hui le moteur principal de la domination spéciste. Mobiliser ses outils pour faire cesser la domination exercée sur les animaux-non humain.es constitue une impasse. Si le capitalisme veut nous faire agir en consommateurice ou en entrepreneurice pour transformer la société, ce qui compte pour nous, c'est prendre la question sur le plan collectif et politique.
L'antispécisme, pour nous, c'est une manière de considérer les animaux non-humain.es comme ayant leur subjectivité propre et des intérêts à elleux. Ces intérêts sont parfois contradictoires avec les nôtres et nous devons composer avec en fonction des espaces qu'on partage et des manières de vivre qu'on y déploie. Pour nous, iels ne sont pas à notre dispostion, nous voulons penser politiquement nos relations avec elleux pour mettre en place une cohabitation débarrassée des rapports de dominations produits par le système spéciste. L'antispécisme va avec l'anarchie, qui, pour nous, ne s'arrête pas à l'humanité.
Le spécisme, pour nous, c'est le système de domination humain qui prend pour critère de discrimination l'espèce. L'appartenance d'un être à une autre espèce que l'espèce humaine justifie alors une domination, l'exercice d'un droit de vie et de mort sur les groupes dominés, une appropriation de leurs corps, de leurs durées de vie, de leurs destinées. Certain.es antispécistes proposent alors un autre critère de discrimination, la sentience* . Nous, on préfère penser qu'il n'y a pas de nécessité à hiérarchiser d'une autre manière le vivant, et que c'est plus intéressant de sortir de cette démarche anthropocentrique*. Sans pour autant se servir de la sentience comme un critère de discrimination du vivant, on pense qu'on peut la conserver pour comprendre la spécificité et la manière de vivre de chaque groupe non-humain, avec qui nous cohabitons, et avec qui nous avons donc des liens politiques. On en parlera plus précisément dans une prochaine brochure, si on se motive !
Actuellement, spécisme et capitalisme fonctionnent ensemble et se renforcent. Le spécisme permet au capitalisme d'exploiter les corps des animaux non-humain.es, tandis que le capitalisme, pour le profit, pousse toujours plus loin cette exploitation et les rapports spécistes objectivants qui vont avec. En plus de ça, il s'approprie une partie du discours végane, comme il s'appropprie n'importe quel marché en proposant des alternatives qui ne menacent pas l'ordre spéciste. Par exemple, les promesses « cruelty free »* de certains produits ne font que déplacer le problème : en plus de faire comme si l'enjeu c'était seulement les conditions de vie des animaux non-humain.es avant la mort et pas aussi la mort en soi (produite industriellement), il invisibilise la cruauté exercée à l'encontre des travailleureuses humain.es : un capitalisme sans cruauté, sans exploitation, c'est impossible.
Marx c'est le premier qui a théorisé la lutte des classes. Il part d'un constat : l'organisation capitaliste de l'économie divise la société en classes, dont les intérêts sont contraires, et donc en conflit : la classe prolétaire, qui n'a pour elle que sa force de travail (parce qu'expropriée et dépossédée par le pouvoir capitaliste), et la classe bourgeoise, qui détient les moyens de production (machines, usines, capitaux économiques…) et qui peut donc exploiter la force de travail des prolétaires. Alors que l'intérêt des prolétaires est de se libérer de la domination matérielle des bourgeois, l'intérêt des bourgeois est de faire du profit (et donc de maintenir l'aliénation des prolétaires par le travail), et de conserver leurs capitaux (en empêchant donc les prolétaires d'y avoir accès).
Les bourgeois sont donc la minorité dominante de la société capitaliste, les possédants. Ils possèdent non seulement les capitaux économiques (c'est eux qui ont le plus d'argent, et de biens matériels), mais sont également dominants culturellement. Ce sont eux, en tant que modèle social, (car en haut de l'échelle) qui disent ce qui est beau ou pas, ce qui est de bon goût ou pas, ce qui est prestigieux ou pas, ce qui est moral ou pas, etc. Leurs pratiques culturelles et sociales ne sont pas meilleures en soi, simplement, ils ont les moyens de les imposer comme telles, de tracer les lignes des distinctions morales, esthétiques et culturelles de la société qu'ils régissent. Dans l'autre sens c'est pareil, tout un tas de pratiques culturelles sont dévalorisées parce que ce sont celles de groupes dominés (comme le rap qui s'est longtemps fait taxer de sous-culture, avant d'être largement récupéré par des classes dominantes, et à partir de là c'est devenu ok socialement d'écouter du rap – quel rap, c'est une autre question…). La hiérarchisation des pratiques culturelles d'une société se fait donc suivant son organisation économique et politique. Par la culture, plus que des pratiques ou des goûts, ce sont des groupes sociaux qui sont valorisés ou dévalorisés. On va le voir, dans le cas des luttes véganes et antispécistes, cette question de distinction culturelle est très importante. Après, faut aussi avoir en tête que Marx c'est un vieux bonhomme, il a genre 250 ans, et entre temps quelques trucs ont changé. Durant la deuxième moitié du XXème siècle, la délocalisation de l'industrie (dans des pays plus “rentables” parce que les gens y sont plus exploités) et l'expansion du secteur des services (genre les taffs qui produisent des services plus que des biens matériels, allant des assurances aux coupes de cheveux en passant par les cours de pole dance ou la livraison) ont profondément transformé le travail, et donc l'organisation de la société telle que la décrivait Marx. Après, si la situation historique a effectivement changé, le bagage théorique de Marx est toujours pertinent pour appréhender comment le système productif détermine l'organisation de la société en classes. Y'a toujours une classe dominante bien identifiable, bien consciente d'elle-même (les patrons des grandes entreprises, les politiciens…) et bien organisée, de l'autre côté c'est devenu moins évident à cause de l'évolution du travail, et parce que c'est allé avec toute une propagande idéologique qui a malheureusement fait ses preuves, basée sur l'individualisme et le mérite : c'est le néolibéralisme, tu galères mais t'inquiète, si tu taffes deux fois plus que les autres, t'auras peut-être la chance d'être le seul de tes potes en galère à accèder à une position sociale et économique confortable. Cimer.
Dans cette articulation spécisme/capitalisme, des travailleureuses humain.es sont particulièrement impacté.es. C'est le cas par exemple dans les abattoirs où le rythme et l'organisation du travail amènent des conséquences psychologiques et physiques désastreuses, notamment parce que l'objet du travail vit bel et bien, se défend, etc. C'est parce que spécisme et capitalisme ne fonctionnent que trop bien ensemble qu'il nous semble nécessaire de mener de front les luttes anticapitalistes et les luttes antispécistes. C'est en tout cas ce que ce texte essayera de proposer. Bonne lecture !
Cette brochure a été écrite à partir d'une rencontre sur le même thème, qui a réuni autour de 80 personnes (selon les organisateurices), dans un squat d'organisation politique en Île-de-France. Les différentes parties de la brochure correspondent aux différents groupes de discussions qu'on a constitués sur le moment, en fonction des thèmes qui nous semblaient intéressants. On a ensuite développé les réflexions au sein de notre groupe, en les mettant en lien etc, mais la matière de base est donc largement collective !
• L'utilisation de l'expression « animaux non-humain.es » plutôt que celle d'”animaux » permet de rappeler qu'il n'y a pas d'un côté les humain.es et de l'autre les animaux. En écrivant comme ça, on veut prendre nos distances avec la distinction binaire entre nature et culture : les humain.es sont une formes de vie parmi les autres, les isoler du reste permet surtout de justifier leur domination. On en reparle plus tard dans la brochure !
• Dans cette brochure, on utilise l'écriture inclusive (y compris pour parler des animaux non-humain.es), parce que pour nous le neutre c'est l'écriture inclusive, pas le masculin.
• Le groupe qui a écrit la brochure est pour la plus grande partie de ses membres privilégié du point de vue de la classesociale (petite bourgeoisie/classe moyenne, parfois avec un capital culturel important). Quasiment tous les membres du groupe ont fait, ou font, des études supérieures finies ou non. Certain.es d'entre nous bossent, mais personne n'est travailleureuses d'abattoirs.
Véganisme bourgeois, individualisme et capitalisme
On considère qu'il y a trois modes de consommation qui veulent se passer de produits issus de l'exploitation animale : le végétarisme*, le vegétalisme* et le véganisme*. C'est souvent à partir de ces différentes pratiques que l'antispécisme est compris et discuté. Lorsque ces formes de consommation individuelle visent la pureté à tout prix, elles perdent leur potentiel politique et se retrouvent destinées à la bourgeoisie, s'intégrant très bien au système capitaliste. Comment distinguer, dans ces modes de consommation, l'intérêt qui est porté aux animaux non-humain.es (et dont l'impact n'est cependant pas suffisant) et les effets de ces pratiques au sein des rapports de classe ?
Les pratiques alimentaires sont un outil de distinction de classe entre riches et pauvres. Le discours capitaliste présente le véganisme comme la manière principale d'agir dans les intérêts des animaux. En plus, il crée un rapport bourgeois au véganisme : il fait croire que, par définition, le véganisme, comme d'autres rapports bourgeois à la bouffe, prend du temps, est cher, et que c'est un régime à choisir avant tout parce qu'il est bénéfique pour la planète, pour la santé, « nature ». L'industrie alimentaire ne fait que chercher de nouveaux marchés, et les produits véganes en sont un. Même s'ils sont produits industriellement, les pubs les présentent comme raffinés, légers, diététiques, et ils sont destinés à un public ciblé, plus riche, afin de s'aménager de confortables marges. A l'inverse, les industries de la viande et du lait fonctionnent pour produire en masse de la nourriture à bas prix, destinée à un public plus populaire. De plus, ce marketing invisibilise l'existence de nombreuses autres cultures culinaires véganes et non-occidentales.
En vrai, ce sont seulement certains produits transformés véganes – commercialisés dans le but d'être achetés par des bourgeois.es – qui coûtent cher : steaks végétaux de magasins bios, fromages de noix de cajou… On peut tout à fait se passer de ces produits et manger végane pas cher, en ne prenant pas plus de temps à cuisiner : par exemple, un kilo de lentilles, plein de protéines, coûte bien moins cher qu'un kilo de viande. De manière générale, les céréales (pâtes, riz, avoine…), les légumineuses (haricots, lentilles, pois chiches…) et, en moindre mesure, les légumes, coûtent moins cher que les produits carnés et les produits laitiers, et sont les 3 éléments de base d'une alimentation végane sans carence.
Si ce véganisme bourgeois coûte cher, c'est parce qu'il est majoritairement porté par des bourgeois.es, et que les entreprises le destinent à une consommation bourgeoise.
Malgré tout ça, et même si la cuisine végétalienne ne prend pas forcément plus de temps qu'une cuisine carnée, c'est vrai aussi que changer ses habitudes alimentaires, découvrir de nouvelles recettes et de nouvelles façons d'associer les aliments pour équilibrer ses repas requiert du temps, devant lequel nous ne sommes pas toustes égaux.les.
Dans le cadre capitaliste, le véganisme est donc bien souvent un outil de domination de classe, une manière pour certain.es bourgeois.es de se distinguer des prolétaires pour mettre en avant une sorte de pureté individuelle, une performance éthique personnelle valorisée socialement au sein de leur classe. Le véganisme devient alors un discours culpabilisateur, parce qu'il utilise les arguments antispécistes à des fins de domination de classe : la viande c'est sale, c'est un truc de beauf qui a du cholestérol, c'est pas éthique. Les bourgeois.es reprennent des arguments qui sont parfois entendables (nous aussi on est contre le fait d'élever, d'enfermer et de tuer des animaux non-humain.es bien sûr), mais qui deviennent l'outil d'une morale bourgeoise. En plus de devenir une arme de mépris, le slogan « go vegan » (« deviens végane ») ne prend pas non plus en compte les relations aux animaux non-humain.es, et n'entreprend pas d'actions de transformation du système de domination spéciste : il dépolitise le rapport humain aux animaux non-humain.es.
Ces distinctions s'ancrent aussi dans l'espace. On peut presque parler de ségrégation géographique dans l'accès à la bouffe végane : dans certaines zones des États-Unis, la viande est plus accessible et moins chère que les légumes. De la même manière, dans les déserts alimentaires, il est quasiment impossible de trouver des fruits et des légumes frais. À l'inverse, les concept store véganes et hipsters participent activement à l'embourgeoisement des quartiers dans lesquels ils s'implantent, comme à Paris par exemple (dans des arrondissements comme le 17ème, le 10ème ou le 11ème). L'esthétique et la population de ces lieux peuvent vite provoquer un sentiment de malaise, l'impression de ne pas être à sa place : en plus de la barrière des prix, cela crée une barrière symbolique à la consommation végane. Ces pratiques bourgeoises s'inscrivent dans la lignée d'autres pratiques lifestyle comme le zéro déchet*, le raw veganism*, l'alimentation bio… Difficile d'être vraiment attentif.ves aux relations avec les animaux non-humain.es quand on se contente d'adopter ces pratiques dans un monde capitaliste. Au contraire, d'autres manières de faire qui ont des finalités proches, comme manger des légumes récupérés, s'alimenter avec de la bouffe récupérée dans les poubelles ou volée*, sont marginalisées. Les premières sont portées par des personnes qui sont, par rapport à la norme bourgeoise, valorisées socialement, et les secondes sont rejetées car elles s'inscrivent dans une volonté de se soustraire au capitalisme.
L'antispécisme, comme de nombreuses autres luttes, est donc récupéré par le capitalisme. Le washing* en est un exemple : il consiste à donner une meilleure image aux entreprises, dans le seul but d'augmenter leurs profits, en prônant un soutien de façade à diverses luttes. Des marques s'affichent par exemple sensibles à la cause animale, comme on le voit dans une publicité de la chaine de supermarchés Iceland. La vidéo décrit de façon touchante le vécu d'un orang-outang victime de la déforestation liée à la production d'huile de palme. C'est surtout une manière de promouvoir la décision de la chaîne d'arrêter d'utiliser de l'huile de palme dans les produits de sa marque. Elle continue pourtant de vendre dans ses magasins des produits d'autres marques en contenant. Ce phénomène est bien connu des militant.es antiracistes, féministes, LGBTQI+, dont l'engagement se trouve régulièrement récupéré par des marques comme Nike, Apple ou Coca Cola. Cependant, tout comme on ne va pas se dire antiféministe pour la simple raison que Nike récupère les discours féministes, il serait trop facile de discréditer les discours antispécistes du fait que les industries agroalimentaires en font un marché.
C'est pourtant ce que certain.es font : prendre comme prétexte la complicité entre un certain véganisme et le capitalisme pour disqualifier tout l'antispécisme. Jocelyne Porcher, dans son livre Cause animale, cause du capital, réalise une prouesse d'hypocrisie en associant l'entièreté du mouvement au projet de viande cellulaire porté par quelques entreprises capitalistes. Obsédé.es par la question de la viande cellulaire, une poignée d'essayistes répètent régulièrement, dans Le Figaro ou à la télévision, que l'antispécisme est l'idiot utile du capitalisme. On ne connaissait pourtant pas leur engagement contre le capitalisme, et on peine d'ailleurs à trouver celui en faveur des relations avec les animaux non-humain.es. Iels sont plutôt investi.es dans la défense de l'élevage (souvent paysan), et dans la possibilité de continuer à manger leurs corps.
De notre côté, on pense qu'il faut refuser au maximum les alliances avec le capitalisme, aussi opportunes puissent-elles paraître. On pourrait en effet considérer que toute avancée en matière de bien-être animal qui serait portée par le capitalisme (normes d'élevages, d'abattage, popularisation de substituts végétaux ou de viande cellulaire) serait bonne à prendre. Mais il ne faut jamais oublier que ces avancées se font souvent en s'appuyant sur d'autres formes de domination, tant économiques que symboliques : exploitation des travailleur.euses, industrialisation accentuée de la production alimentaire, invisibilisation des conditions de cette production, mépris des plus pauvres qui continuent de s'alimenter en viande. Il nous paraît inconcevable d'encourager l'adaptation du capitalisme à la critique antispéciste qui lui est faite. Cette adaptation s'appuiera toujours sur les rapports de domination constitutifs du capitalisme. Permettre la résilience du capitalisme, c'est toujours empêcher toute portée révolutionnaire de l'antispécisme, et le réduire à sa dimension de consommation et de distinction.
Dans une société où l'antispécisme est souvent considéré comme un ensemble de pratiques personnelles liées au véganisme, nous proposons de nous intéresser aux fondements matériels de la domination spéciste dans le capitalisme. C'est depuis cette perspective qu'on pourra défaire la vision bourgeoise du véganisme et considérer l'antispécisme comme une lutte à part entière, dont les enjeux sont intimement liés aux autres logiques de domination.

Le travail animal
Pourquoi nous attardons-nous sur la question du travail des animaux non-humain.es ? Parce qu'on pense qu'une analyse de la logique du travail* peut faire apparaitre plus clairement les interactions entre spécisme et capitalisme. Le travail n'est pas une catégorie neutre, il contraint les modes de vie animaux pour que ceux-ci correspondent aux intérêts capitalistes. Il parait donc difficile d'appréhender une libération animale sans s'attaquer à la question du travail, et des formes spécifiques qu'il prend s'il concerne des humain.es ou des animaux non-humain.es.
Bien qu'invisibilisées, les situations de travail des animaux non-humain.es sont assez généralisées et plus diverses qu'on pourrait le croire : chiens de sécurité, police montée, animaux reproducteurs, traction animale, animaux de zoos, etc. Mais au-delà de cette diversité, l'entièreté de ces travaux ont un point commun : l'instrumentalisation des animaux non-humain.es par les humain.es, à des fins économiques. C'est ce que l'on peut appeler la mise au travail : la mobilisation des animaux non-humain.es dans une logique qui consiste à tirer profit du monde vivant pour créer de la valeur*. Cette mise au travail est double : d'une part, l'exploitation de la force de travail des animaux non-humain.es – par la traction animale, la balade en chameaux, le travail de gardiennnage – ; d'autre part, l'appropriation des corps – par leur achat, leur « production », leur vente, mais aussi par des pratiques comme l'insémination artificielle et la reproduction forcée.
La particularité du travail des animaux non-humain.es est qu'il est invisibilisé et gratuit, contrairement au travail salarié humain. Pour le comprendre, il est intéressant de faire le parallèle avec le travail domestique féminin, lui aussi considéré comme une évidence naturelle et donc non-rémunéré ; il serait alors dans la nature des animaux non-humain.es, comme des femmes, d'être assigné.es à certaines tâches, sans contrepartie ni reconnaissance.
Des corps vivants d'animaux non-humain.es sont ainsi enfermés par la machinerie capitaliste de mise au travail, appropriés et exploités gratuitement. Nos relations aux animaux non-humain.es sont donc aliénées* par le capitalisme, et cette aliénation nous empêche d'envisager des relations où chaque espèce est libre d'être au monde selon sa spécificité.
Alors, comment remettre au centre la question de nos relations aux animaux non-humain.es de façon à ce que leurs vies ne soient pas entièrement déterminées par la quête de profit ? Dans le cadre économique actuel, les éleveureuses qui « retournent à la terre » de façon à en prendre soin et qui élèvent des troupeaux en essayant d'intégrer des questions de bien-être animal, maintiennent en fin de compte les animaux non-humain.es dans une position de subordination face au capitalisme. Dans ce cadre, les éleveureuses n'ont pas une grande marge de manoeuvre : en effet, cette relation a principalement pour objet la vente des corps animaux pour leur chair. Toute tentative d'améliorer le bien-être des animaux non-humain.es n'est alors qu'un aménagement de la relation spéciste, où les intérêts fondamentaux des animaux non-humain.es sont niés. Le destin des animaux non-humain.es reste déterminé par des logiques productivistes, ce qui rend impossible la liberté des êtres et des rapports entre animaux humain.es et non-humain.es, comme on le voit chez certain.es éleveureuses de vaches en plein air qui déterminent d'office la date de mise à mort de ce qu'iels considèrent comme leurs vaches.
On retrouve ici des logiques similaires à celles qu'on peut voir dans le travail strictement humain : le patronat agit comme s'il avait à coeur de collaborer avec les travailleureuses, en leur promettant des améliorations de conditions de travail. Évidemment, c'est important, parce que cela comporte une amélioration concrète de la vie des personnes exploitées. Mais en fin de compte, améliorer les conditions de travail, c'est ne pas remettre en cause le fondement même du travail, de l'exploitation, de l'appropriation. De la même manière, l'aménagement des cages et la liberté du pâturage est largement insuffisante : il faut voir dans quelle mesure on peut transformer les relations entre humain.es et non-humain.es, pour que les animaux non-humain.es, aujourd'hui mis.es au travail, puissent réellement faire communauté politique avec nous.
Dès lors, la question qui se pose à nous est la suivante : comment envisager des relations aux animaux non-humain.es en-dehors des systèmes d'exploitation et d'appropriation capitalistes, pour appréhender une cohabitation qui prenne pleinement en compte les différentes manières d'exister d'une multitude d'espèces différentes ? Il nous apparaît nécessaire, tout d'abord, de sortir de la surdomestication, situation où l'espèce humaine a enlevé toute possibilité d'autonomie aux animaux non-humain.es : iels y perdent leurs aptitudes à se défendre, à trouver de la nourriture, à se reproduire… Ca veut pas dire qu'on veut pas nouer de relations de protection ou de care interespèces, mais qu'amené à un certain stade de dépendance ça devient de l'aliénation. Par exemple, suite à des siècles de surdomestication dans l'optique de faciliter le contrôle humain sur les brebis, ces dernières sont rendues aujourd'hui, pour la plupart, incapables de fuir le loup. Pourtant, leurs ancêtres les mouflons n'avaient aucunement besoin de chiens ou de bergers pour se protéger des prédateurs. Chez certaines vaches des problèmes physiques amènent à ce qu'elles ne puissent plus qu'accoucher par césarienne, les veaux étant bien trop gros pour sortir par voies naturelles.
Avoir discuté de la relation aux animaux non-humain.es comme celle d'une relation de travail nous permet de déjouer l'idée selon laquelle éleveureuses et animaux non-humain.es sont lié.es par un contrat domestique. Le contrat domestique est l'idée qu'il existe une relation mutuellement bénéfique entre éleveureuses et animaux non-humain.es, et qu'en échange de soins, les animaux non-humain.es donnent leur vie aux éleveureuses. Cette naturalisation et idéalisation de l'élevage ne s'intéresse pas aux rapports de pouvoir qui existent dans les relations entre humain.es et animaux non-humain.es. Au contraire, l'idée de contrat domestique naturalise l'ordre établi et tente de le justifier. Invoquer l'idée de contrat domestique, c'est nier que les animaux non-humain.es servent en premier lieu les intérêts économiques des éleveureuses (dont nous avons dit qu'iels étaient elleux-mêmes contraint.es par la logique de la valeur), et qu'au sein de cette logique les animaux non-humain.es occupent une place de propriété, c'est à dire qu'iels sont soumis, dans le droit, au régime des biens et donc à l'arbitraire de leur possesseur.euses.

C'est plus facile à dire qu'à faire mais il nous parait essentiel que, dans un monde post-capitaliste, les relations avec les animaux non-humain.es ne soient pas façonnées par le travail de celleux-ci : il n'y aurait alors pas de production de valeur, ni d'exploitation, ou d'approriation. C'est sous le prisme de la liberté et de l'autonomie que nous voulons considérer les relations aux animaux non-humain.es hors du capitalisme. Dans cette perspective, la question du travail des humain.es est également importante et particulièrement celleux qui travaillent dans ce qu'on appelle, dans cette brochure, les métiers du spécisme.
Les travailleureuses du spécisme
Quels sont les métiers du spécisme ? Par métiers du spécisme nous entendons tous les métiers qui comprennent un rapport de domination humain.es/non-humain.es ayant pour but de servir des intérêts humains. Élevage, abattage, boucherie/restauration, transformation agro-alimentaire, pêche, zoo/cirque… Dans cette partie, on se concentrera principalement sur les métiers impliqués dans l'élevage et l'abattage des animaux non-humain.es que l'on appelle de « rente » : ovins, bovins, poulets, cochons. On mange leurs corps, leur lait, leurs oeufs. S'intéresser aux autres métiers impliquant un rapport de domination spéciste mériterait sans doute une attention particulière, et on y reviendra probablement dans d'autres textes !
Le travail en abattoir
De quoi parle-t-on lorsqu'on évoque les conditions de travail de celleux qui produisent la viande que nous consommons ? Nous nous appuyons ici sur le cas des ouvrier.es des abattoirs, décrit dans Steak Machine, enquête menée par un journaliste ayant travaillé dans un abattoir industriel en Bretagne. Nous pensons qu'il est important de comprendre les conditions dans lesquelles est produite la viande, pas seulement du point de vue des horreurs qui sont perpétrées dans les abattoirs envers les animaux non humain.es, mais aussi parce que les travailleureuses d'abattoirs subissent une forme particulièrement hardcore de travail capitaliste, ce qui rend d'autant plus nécessaire le fait d'intégrer une perspective anticapitaliste à la lutte antispéciste.
L'abattoir est une institution peu connue de notre société, alors qu'elle est l'une des premières à avoir expérimenté la production à la chaîne, et qu'elle a inspiré Henry Ford pour sa production d'automobiles au début du XXe siècle. Connaître le travail dans un abattoir, c'est pouvoir lier le destin de milliards d'animaux non humain.es, mais aussi de millions de travailleureuses, avec le fonctionnement général du capitalisme industriel. Le rapport Stivade, qui s'intéresse aux conditions de travail et à la santé des travailleureuses dans l'industrie de la viande, est sans appel. 89% des hommes et 92% des femmes travaillant dans les abattoirs souffrent de Trouble Musculo-squelettiques (TMS) : douleurs aux articulations, tendinites, canal carpien… L'exposition à l'humidité et à la saleté provoquent également des épisodes récurrents de toux et vomissements. D'une manière générale, la cadence extrêmement élevée est la cause d'une importante déterioration de la santé des travailleureuses : mal de dos, taux de cancer élevé, consommation importante de drogue et d'alcool pour pouvoir mieux supporter cette violence. L'un d'entre elleux souligne dans Steak Machine que « le chronomètre est omnipotent ». Le management par la pression et la compétition entre les travailleureuses engendre un stress important et rend les emplois très précaires. L'organisation tayloriste (c'est-à-dire à la chaine et chronométré) et néolibérale du travail est donc, dans le cas des abattoirs, particulièrement aboutie, particulièrement destructrice. Beaucoup soulignent que la majeure partie de l'activité n'est pas montrable, et que toustes les ouvrier.es ne sont pas capables de travailler à la tuerie. Dans l'abattoir sur lequel enquête l'auteur de Steak Machine par exemple, la tuerie est cachée par des cloisons, ce qui correspond à la dynamique générale d'invisibilisation de la violence des abattoirs : progressivement écartée des centre-villes et enfermée dans des hangars au cours des 19e et 20e siècle, la mise à mort des animaux non-humain.es est ainsi de plus en plus occultée. La violence du travail en abattoir est le résultat d'une contradiction fondamentale entre deux choses. D'un côté, la volonté d'humaniser (rendre moins brutale) la mise à mort des animaux non humain.es, allant avec le mythe de l'épanouissement au travail et, de l'autre, le maintien d'une violence spéciste bien réelle affinée par des mécanismes techniques censés mettre à distance les animaux non-humain.es des travailleureuses, ces dernier.es étant exploité.es pour le profit d'une industrie qui se cache de plus en plus, et se défend contre celleux qui veulent dénoncer sa réalité. En gros, si l'évolution technique du travail d'abattage a rendu ce dernier moins engageant physiquement, plus net et moderne (aussi moralement), elle a surtout permis d'accentuer les cadences en rendant le travail des ouvrier.es toujours plus automatique, répétitif et dont le rythme est difficile à suivre.
Le travail dépossède de la question du spécisme
La question de la condamnation morale du travail spéciste est un premier problème dans la réflexion antispéciste. Au vu de la violence produite, toute personne acceptant d'y contribuer devrait-iel être condamné.e, seulement sur la considération que personne ne devrait contribuer au meurtre ou à l'exploitation de n'importe quel animal non-humain.e ? Nous pensons que cette façon de considérer la violence spéciste masque les mécanismes de la division du travail au sein du capitalisme. Le cas des ouvrier.es des abattoirs, ou de l'élevage, est celui qui nous intéresse ici, car souvent, la domination spéciste qui engage ces travailleureuses ne peut être une question morale, elle est une question de survie. Ainsi, le travail oblige parfois à exploiter d'autres animaux, humain.es ou non-humain.es, parce qu'il rend dépendant de la manière capitaliste d'assurer la subsistance : la domination.
Pour les travailleureuses de l'élevage et de l'abattage industriel, accepter des idées spécistes et les défendre permet de mettre en place des mécanismes de survie psychologique et physique. Mettre à distance la sensibilité et la souffrance des animaux non humain.es, oublier la violence qu'on fait subir à d'autres êtres vivants, considérer l'animal non humain.e comme un ennemi qui refuse de se soumettre : voici un ensemble de stratégies qui permettent de supporter un travail répétitif et difficile. Autant de voiles ou d'oeillères que les travailleureuses utilisent dans les élevages et abattoirs industriels pour rendre ce travail plus ou moins supportable. D'autre part, les employé.es d'abattoirs sont souvent pointé.es du doigt pour ne tenir que très peu compte du « bien-être animal », malgré le fait que le travail d'abattage soit régi par un ensemble de normes qui sont censées en tenir compte. Pour autant, une partie des gestes qui permettent de gagner du temps et de respecter les cadences sont contradictoires avec les exigences apparentes de respect du bien-être animal : il est rarement possible de se permettre de vérifier qu'un étourdissement a réussi, ou qu'un geste est effectué selon les normes. En un sens, le travail industriel transforme les normes de respect du bien-être animal en contrôle sur les travailleureuses, en accentuant le poids du chronomètre.
De plus, ce rapport au travail entraîne une professionnalisation des rapports aux animaux non-humain.es, ce qui dépossède activement la population de la manière dont celleux-ci sont traité.es, et peut donc empêcher la réflexion de chacun.e sur le sort de ces animaux non-humain.es. On entend par exemple souvent que la sensibilité à la souffrance animale serait un fait urbain, détaché des réalités concrètes de la vie et du travail en milieu rural. Selon nous, le rapport humain.e/non-humain.e est politique et ne concerne pas que les professionnel.les du secteur, la professionnalisation devenant un argument d'autorité lors des discussions sur la question. Cette dépossession est plutôt le fait des groupes de pression, syndicats d'éleveureuses et de patrons d'abattoirs, que des travailleureuses elleux-mêmes. Étant donné ce que produit psychologiquement et physiquement ce croisement infernal entre traitement spéciste des animaux non-humain.es et logique de rentabilité, les travailleureuses sont à notre sens des allié.es potentiel.les avec qui s'organiser pour lutter contre les industries spécistes.
Le capitalisme et le spécisme comme ennemis
Nous pensons que c'est la place que les personnes occupent dans le rapport de production qui importe. Par exemple, la différence est immense entre un patron d'une multinationale et un.e ouvrier.e d'abattoir. Selon cette idée, il faudrait dépasser la seule condamnation morale concernant le spécisme, et plutôt penser la dépossession face au capitalisme. Le.a travailleureuse, en s'intégrant à la production, n'a pas de pouvoir sur l'organisation de la production, mais se contente de louer sa force de travail au service du profit. La responsabilité morale de telle ou telle activité de production ne concerne pas de la même façon toutes les parties prenantes, mais pèse sur celleux qui ont le pouvoir d'influencer les conditions de la production : les capitalistes. La responsabilité vis-à-vis du spécisme est tout à fait différente quand il y a un intérêt à le reproduire pour garder ses privilèges (économiques, marchands…). Ces personnes, ou grandes entreprises, ne sont pas disposées à faire changer la production puisque ce n'est pas dans leurs intérêts. Ces intérêts sont d'ailleurs collectifs, et n'autorisent aucun changement éthique de la part d'un.e capitaliste isolé.e : il est dans l'intérêt de classe de celleux qui exploitent de réduire les coûts du travail (les salaires, la protection sociale) et d'augmenter les profits. Dans le jeu de la concurrence, le changement ne peut provenir que par une opportunité marchande. Sortir du spécisme avec l'aide des capitalistes se fera donc toujours par la possibilité d'engranger un profit plus grand sur le travail d'humain.es : voulons-nous sacrifier une lutte pour une autre ?
Nous pouvons en déduire que, quand on parle des métiers du spécisme, il y a bien deux rapports de domination distincts, qui sont relativement autonomes l'un par rapport à l'autre. Dans un travail spéciste se lient la domination spéciste (travailleureuses humain.es ayant accepté la légitimité de la domination humaine sur les animaux non-humain.es), et la domination capitaliste des rapports de classe (à quel point le travail est subi, imposé par une organisation sociale qui pose le travail – y compris injuste ou inutile – comme condition nécessaire à une vie décente). La lutte contre seulement l'une ou l'autre de ces dominations n'est pas suffisante pour nous. On ne peut pas non plus souhaiter un élevage libéré des rendements, mais qui continuerait d'exploiter et de vendre des corps d'animaux non-humain.es sous prétexte d'un prétendu « contrat domestique » que l'éleveureuse aurait signé avec “ses bêtes”. On sortirait des logiques capitalistes, mais pas du tout des logiques spécistes. La lutte contre chacun de ces systèmes de domination séparément est insuffisante pour nous, et il nous semble nécessaire de les lier. En effet, nous ne voulons pas accepter l'exploitation des animaux non-humain.es, même éloignée du capitalisme, parce que que nous n'avons pas besoin de ça pour notre alimentation et nos pratiques (déplacements, plaisir, agriculture). S'il est si difficile pour de nombreuses personnes de se détacher de l'exploitation des animaux non-humain.es, ce n'est pas uniquement parce que ces personnes sont fondamentalement spécistes. C'est plutôt que dans le monde capitaliste, nous dépendons du travail, et que celui-ci est intimement lié à l'exploitation des animaux non-humain.es.
Face à un tel constat, que faire pour allier antispécisme et anticapitalisme ? De nombreux groupes antispécistes se sont introduits dans les abattoirs pour documenter les conditions dans lesquelles vivent et meurent les animaux non-humain.es. Bien que ces actions aient été très utiles pour sensibiliser aux enjeux de traitement des animaux non-humain.es, elles rencontrent les limites posées par le capitalisme : ni les “prises de conscience” et les “alertes à l'opinion”, ni même les injonctions à consommer mieux ou à formuler des demandes aux entreprises, ne semblent pouvoir changer les rapports matériels à l'origine de l'exploitation. Nous pensons que l'une des questions à poser serait plutôt celle-ci : comment créer des alliances et des structures capables de mettre matériellement à mal l'industrie spéciste ? De nombreuses idées et perspectives sont encore à créer. Des grèves pourraient être menées avec les travailleureuses, dont l'horizon serait la fin de l'exploitation, pendant lesquelles on pourrait envisager d'autres pratiques de subsistance et d'autres relations aux animaux non-humain.es. Les humain.es et les animaux-non humain.es seraient ainsi libéré.es de l'aliénation propre au travail capitaliste.
Lutter contre le spécisme, c'est donc lutter contre le capitalisme, car c'est remettre en cause le système de pensée à l'origine de la valeur des choses et des êtres. C'est par exemple considérer une vache non plus selon sa capacité à produire une quantité donnée de lait (ça, c'est une valeur extérieure à la vache), mais selon son existence en tant que telle, pour elle-même, suivant ses propres réalités et sa propre subjectivité. La considérer hors de logiques marchandes, c'est déjà remettre en cause fondamentalement les logiques capitalistes qui déterminent le regard spéciste que l'on porte sur les animaux non-humain.es.
Lier luttes antispécistes et lutte des classes : une pratique émancipatrice
Comment faire, donc, pour que la question végane ne soit pas qu'une question de bourgeois.es, réappropriée par le capitalisme d'un côté – à travers l'industrie végane –, et par ses consommateurices de l'autre, pour servir une disctinction sociale entre celleux qui sont pur.es et celleux qui ne le sont pas ? En d'autres termes, comment faire des luttes antispécistes un espace qui articule une diversité de vécus de classe et de rapports au monde, plus ou moins marqués par des privilèges économiques et sociaux ?
L'antispécisme est un espace de lutte peu mixte du point de vue de la classe sociale, les personnes qui s'y engagent proviennent – de nos expériences et connaissances – majoritairement de milieux privilégiés favorisant le fait de libérer du temps pour réfléchir, s'informer et lutter en faveur de la libération animale. Posé comme ça, ce constat pourrait amener à penser deux choses : que les humain.es n'ont globalement pas d'intérêt matériel à lutter contre le spécisme ; et qu'en conséquence, seul.es celleux qui ont le temps de lutter – comme par altruisme – pour d'autres qu'elleux-mêmes, peuvent le faire.
Malgré l'état de fait actuel concernant la composition du milieu militant antispéciste, est-ce que des groupes humains n'auraient pas en fait intérêt à lutter contre le spécisme ?
Pour nous, y'a une sorte de premier mouvement à commencer, interne à l'antispécisme, qui consisterait à caractériser l'antispécisme suivant un positionnement politique intersectionnel défait de l'empreinte bourgeoise qui le suit trop souvent. Il ne s'agit pas que de défendre les animaux parce que c'est bien (moralement bien, selon une morale bourgeoise), encore moins de blâmer la consommation de viande parce que c'est mal ; il s'agit plutôt de défaire un système de domination basé sur ce qu'on appelle l'espèce, touchant premièrement les animaux non-humain.es mais s'étendant aussi à des groupes humains.
L'humanisme, une matrice commune des dominations :* la création de l'« humanité » en opposition à l'« animalité »,* et l'animalisation des classes populaires
Même si ça nous paraît difficile de trouver une cause unique aux systèmes d'oppression qui structurent la société dans laquelle on vit (ici, on parle de la société française actuelle, en tant que société occidentale du XXIe siècle), l'idéologie humaniste, qui a vu le jour aux environs du XVIe siècle en Europe, paraît être un moment de la modernité qui a légitimé et permis beaucoup des systèmes de domination tels qu'on les connaît aujourd'hui. Définir l'humanité en opposition à l'animalité, et ce depuis une position de domination (blanche, cis, hétéro, masculine, valide etc), c'est en fait mettre au point un critère à partir duquel juger celleux des vivant.es qui font partie de la catégorie des humain.es, et celleux qui, d'une certaine manière, ne le méritent pas. C'est mettre au point une définition exclusive de l'humanité, qui du coup exclut une partie considérable des vivant.es : selon les différents moments de l'histoire, les femmes, les personnes non-blanches, les personnes non-cisgenres ou non-hétéros, les personnes non-valides, les prolétaires… La preuve, on a toustes en tête des insultes racistes, sexistes, homophobes, validistes, classistes etc, qui renvoient les personnes appartenant à des catégories dominées de genre, de classe, de race etc, à l'animalité.
En fait, on dirait qu'avec l'humanisme, l'animalité est devenue une sorte de repoussoir, la catégorie du vivant à laquelle il ne faut surtout pas appartenir. Avec l'animalité, un critère de hiérarchisation et donc de discrimination entre les personnes humaines est mis au point. Mais du même coup, les animaux non-humain.es sont elleux aussi animalisé.es. En parlant d'animalité, on renvoie les animaux non-humain.es à une catégorie essentialisante*, qui ne prend pas en compte leurs individualités, alors qu'iels sont pourtant des sujets qui ont des intérêts propres, des personnalités différentes, des rapports aux mondes qui varient beaucoup selon le milieu où iels vivent, etc. En effet, il n'y a pas une animalité, mais une immense diversité de vivant.es.
Ce mécanisme spéciste qui consiste à classifier et hiérarchiser le vivant se retrouve dans beaucoup des mécanismes de domination bourgeoise sur les classes prolétaires. « Naturaliser » l'ordre social, c'est-à-dire présenter, depuis une position bourgeoise, la domination bourgeoise sur le prolétariat comme une chose naturelle et donc inchangeable, c'est quelque chose que les classes dominantes (pour l'histoire française, la noblesse puis la bourgeoisie) ont toujours fait. C'est à partir de cette idée de naturalité de l'ordre social que les ouvrier.es ont souvent été comparé.es à des « bêtes » qui ne répondent qu'à leurs pulsions « naturelles » (c'est-à-dire « animales »), qui boivent trop, qui sont violentes et qui ne peuvent pas maîtriser cette violence, qui ne sont qu'une force physique de travail, interchangeable. On retrouve encore dans les discours capitalistes actuels, souvent sous d'autres formes, cette assimiliation des classes prolétaires à une animalité fantasmée. Ce discours justifie encore maintenant des mécanismes de contrôle social, à cause d'une supposée violence naturellement propre aux classes populaires, ce qui permet par exemple de délégitimer les mouvements sociaux, et toute leur expression de révolte.
L'enjeu de penser l'antispécisme à partir de la lutte de classe, et vice-versa, est donc double : il ne s'agit pas seulement de sortir d'une forme d'animalisation des classes populaires, qui légitime un ordre social bourgeois dominant, mais il s'agit aussi de remettre en question le concept même d'animalité, pour considérer les animaux non-humain.es comme des sujets politiques ayant leur propre subjectivité, et leurs propres intérêts à exister hors de systèmes de domination dont iels subissent directement les conséquences. Il y a donc un intérêt matériel à la fois pour les humain.es et pour les animaux non-humain.es à lutter contre le spécisme : de ce point de vue, l'antispécisme peut et doit être une lutte émanipatrice pour toustes.
Mettre en intersection les divers antispécismes :*une pratique transclasse
Quand on parle du désir politique de mener une lutte qui soit à la fois antispéciste et anti-capitaliste, on ne parle donc pas de réformer ses modes individuels de consommation. Lutter pour l'antispécisme, c'est pas seulement manger du tofu : le véganisme est seulement l'une des nombreuses conséquences pratiques d'un engagement politique plus général, l'antispécisme. Même si le véganisme est une pratique individuelle qui peut avoir du sens, c'est surtout collectivement qu'elle peut prendre un sens politique : appliquée à un espace donné, par exemple au cours de cantines non-marchandes dans des espaces militants ou non (en prenant en compte le fait que la bouffe, c'est culturel, et que passer par là pour lutter a donc un sens politique), ou à l'occasion de piquets de grève ou de manifestations, elle peut devenir un outil efficace de mise en pratique de l'antispécisme, une manière concrète de faire rentrer cette lutte en intersection avec des mouvements plus spécifiquement liés à la lutte des classes.
Ça nous paraît important à la fois de ne pas se limiter à une pratique individuelle de l'antispécisme, de l'ordre de la consommation, mais aussi de ne pas tomber dans une démarche seulement intellectuelle ou théorique qui relève d'une manière parmi d'autres, souvent située du point de vue de la classe sociale, de se rapporter aux animaux non-humain.es. Pour nous, c'est important de faire de l'antispécisme une pratique transclasse, qui prend en compte plein de manières différentes de repenser, en pratique, le rapport des humain.es aux animaux non-humain.es et au vivant. Par exemple, les personnes qui prennent soin et hébergent ou juste cohabitent sans chercher à exterminer celleux qu'on appelle les « nuisibles » ; les personnes végétarien.nes par compassion, qui n'ont pas forcément de projet politique explicite, qui ne se disent pas forcément antispécistes, ne viennent pas forcément de classes sociales ayant accès à beaucoup de temps ou de capital culturel, éléments qui aident pourtant considérablement à penser le rapport des humain.es aux animaux non-humain.es, tout en s'assumant comme antispéciste.

Repenser et pratiquer l'antispécisme à partir de cette prise en compte des antispécismes qui ne se disent pas politiques et qui sont donc par là-même, dans une dynamique classiste, souvent invisibilisés, c'est aussi éviter une division classiste des tâches dans l'antispécisme : pendant que certain.es, ayant accès à un certain capital culturel et militant, repensent en théorie le rapport humain aux animaux non-humain.es, d'autres, qui ont moins accès à ce capital culturel et militant, prennent soin des animaux non-humain.es et mettent en pratique une cohabitation avec elleux, qui sort matériellement des logiques classiques de domination spéciste.
Par ailleurs, on est conscient.es que lutter pour l'antispécisme n'est pas toujours une position politiquement évidente : on se retrouve forcément, en tant qu'humain.es, à porter la voix de dominé.es sans être directement concerné.es. Mais stratégiquement, pour abolir le spécisme, les animaux ont besoin d'une lutte humaine qui vient accompagner leur résistance quotidienne réelle aux violences du système spéciste (résistance physique de tous les instants, à la mise à mort en abattoirs par exemple, cris, se laisser mourir, etc).
C'est à l'antispécisme de se rapprocher d'autres luttes de libération et de survie humaines directes, parce que c'est une lutte qui nécessite souvent plus de ressources que d'autres : lutter pour des intérêts qui ne sont pas directement les nôtres, ça nécessite d'avoir à disposition le temps et l'espace mental nécessaires – même si on a vu qu'il y a aussi un intêret humain essentiel à attaquer le système spéciste, parce qu'il fait partie d'une matrice de domination commune, dont les effets sont directs sur les humain.es, et notamment sur les rapports de classe entre elleux.
Un antispécisme intersectionnel : les intérêts communs de la lutte des classes et de la lutte pour la libération animale
Parce que le spécisme se fait le relais de systèmes d'oppressions entre humain.es, et parce qu'il trouve ses fondements dans des dynamiques de domination également à l'origine d'autres oppressions comme le patriarcat, le racisme et le capitalisme, péter sa base contribuerait donc à péter la base d'autres systèmes de domination.
Pour nous, il n'y a pas de lutte « magique », supérieure aux autres, plus importante, qui aille de soi plus qu'une autre. Chaque mécanisme de domination est lié à d'autres mécanismes de domination (ici, le spécisme est seulement un des nombreux effets de la hiérarchisation du vivant, et de l'idée d'« humanité ». Imaginons une société anarchiste idéale, sans classes sociales : ce n'est pas pour autant que le spécisme disparaîtrait « magiquement » – de la même manière, et on l'a déjà dit, une société antispéciste et capitaliste ne nous semble en aucun cas souhaitable).
On pense que les humain.es et les animaux non-humain.es ont un réel intérêt, matériel et politique, à la mise en intersection de plusieurs luttes – ici la lutte antispéciste et anticapitaliste –, c'est-à-dire à attaquer de tous les côtés les mécanismes de domination qui pourrissent notre quotidien, dans une perspective politique résolument intersectionnelle, anarchiste et émancipatrice !
Conclusion : Abattons les abattoirs, catapultons le capitalisme !

Glossaire
• Aliénées : nous utilisons ce mot dans un sens marxiste. En ce sens, cette expression désigne le processus par lequel un individu, un sujet ou une relation est soumise à des logiques qui ne servent pas ses intérêts propres, voir qui les desservent fondamentalement.
• Anarchisme : pour nous, l'anarchisme, c'est à la fois un objectif politique et une manière de lutter pour tendre vers cet objectif. Ca comprend le fait de défaire les systèmes de domination qui organisent la société, pour que chacun.e et chaque groupe aient prise sur sa vie. C'est la volonté de ne pas avoir à subir un ordre qui s'impose à nous de l'extérieur et d'en haut pour déterminer la forme de nos existences, les rôles que nous devons tenir, les places que nous devons avoir. C'est pouvoir décider de comment on réalise notre bouffe, nos maisons, nos relations et organisations sociales et politiques, ou d'autres trucs. Ca s'inscrit contre tout un ensemble d'institutions et de rapports qui actuellement déterminent nos vies par la domination : l'Etat, le capitalisme, le patriacat, le racisme… On pourrait développer vite fait chacun d'eux, mais ça pourrait être que superficiel et on préfère prendre le temps, brochure par brochure ! Celle-ci explique bien, on espère, notre rapport au capitalisme.
• Anthropocentrisme : système ou attitude qui place l'humain.e au dessus du vivant et qui rapporte tout à l'humain.e. En l'occurrence, utiliser la sentience c'est souvent anthropocentrique parce que ça ramène à un critère partagé par les humain.es, et donc digne de considération.
• Classification des êtres : idée qui vient de la scala naturae, qui veut dire en latin : échelle de la nature. Cette idée vient de l'Antiquité grecque (du philosophe grec Aristote par exemple, qui a inspiré beaucoup de philosophes humanistes), et elle a été beaucoup reprise au moment où l'humanisme s'est formé en tant qu'idéologie, à la Renaissance, c'est-à-dire aux environs du XVIe siècle et au XVIIe siècle. Cette manière de hiérarchiser le vivant est occidentale, elle est élaborée depuis une position dominante blanche, masculine, cis, européenne.
• Cruelty free : label qui veut dire en angantispécisme-et-luttes-des-classes-vfinale-brochure antispécisme-et-luttes-des-classes-vfinale-pageparpagelais “sans cruauté”, c'est évidemment du troll puisque ça renvoi uniquement à des pratiques de consommation.
• Essentialisme : idée qui affirme que les choses/les êtres ont une essence (une sorte de nature profonde, inchangeable) : ça permet de justifier, et de naturaliser l'ordre des choses.
• Freeganisme : pratique qui consiste à s'alimenter uniquement à base de produits qui ne sont pas achetés (récupérés, parfois volés pour certain.es)
• Intersectionnel : une perspective intersectionnelle, c'est prendre en compte le fait que les systèmes de domination se croisent et se combinent. Ca veut pas dire qu'ils s'additionnent, mais plutôt que des conditions sociales spécifiques émergent de l'intersection entre différents schémas de domination. Une femme cis pauvre ne subira pas le même sexisme qu'une femme trans ou qu'une femmes cis riche, ni le même classisme qu'un homme. Chacun.e d'entre nous est un point d'intersection où se mêlent différents rapports de force présents dans la société : notre condition sociale est le résultat de ce mélange. De là, on peut pas penser certaines facettes sociales d'une personne sans voir les autres, car toutes s'influencent.
L'intersectionnalité, dans l'idée où on veut pas favoriser une domination en luttant contre une autre, ça veut aussi dire penser ensemble les différentes luttes comme on pense ensemble les différentes dominatons. Typiquement, si le fait de promouvoir une alimentation végane absolut exclue plein de personnes parce qu'elles sont occupées à lutter contre des oppressions vécues au quotidien, ça nous intéresse pas.
• Raw veganism : littéralement “véganisme cru” : régime qui consiste à manger seulement des aliments véganes, crus et non-transformés. Concept souvent associé à une pratique de consommation bourgeoise. Ce régime est promu pour des raisons de santé, ou spirituelles.
• Sentience : pour un être vivant, capacité à ressentir les émotions, la douleur, le bien-être, etc, à percevoir de façon subjective son environnement et ses expériences de vie, et donc à poursuivre le bien-être.
• Travail : quand on dit “travail”, on ne parle pas du simple fait de faire un effort en vu de produire quelque chose. On parle de la logique, propre au capitalisme, qui conduit à ce que des activités permettent de générer du profit. Du coup, ce n'est pas que du salariat. C'est pour cela que l'on peut parler de travail gratuit féminin ou de travail animal, au même titre que le travail salarié : il s'agit de toutes les activités que l'on force à entrer dans une logique de profit, et qui du coup, ne sont pas directement lié à la subsistance. Aujourd'hui, le travail est (presque) l'unique forme possible de subsistance, puisque l'on a été dépossédé de tout accès autonome aux ressources et aux moyens de production. Du coup, dire que le travail est “historiquement spécifique”, c'est dire que ça n'a pas toujours été comme ça. Les humains n'ont pas toujours travaillé, les animaux non-humain.es non plus, c'est dans le régime capitaliste qu'iels sont de force mis-es au travail.
• Valeur : la valeur, c'est ni l'argent, ni le profit, c'est plutôt la poursuite d'une certaine logique qui gouverne les activités humaines, qui fait qu'elles sont ce qu'elles sont. En gros, la valeur c'est ce que poursuit le capitalisme. C'est celle qui, pour être générée, a besoin d'un travail toujours plus rentable, sinon celui-ci n'est plus viable. Cette logique, c'est celle qui vise à transformer de l'argent en plus d'argent, et ce, en passant par la marchandise (le fait de vendre). Du coup, c'est une sorte de fiction, parce qu'elle a pas d'existence empirique et/ou sensible. Pourtant, cette fiction dicte la façon dont toutes les activités se poursuivent. Le travail et l'argent permettent de tenir cette fiction, parce qu'ils ont le pouvoir de rendre abstrait ce qui est concret. Prenons un exemple : une chaise prend 3 heures à être produite, donc dans le capitalisme, on va attribuer la “valeur” de la chaise en tant qu'elle a pris 3 heures, et pas en tant que chaise. C'est pour ça qu'on parle d'abstraction. Dans le capitalisme, on s'en fout que la chaise serve à s'assoir, on s'intéresse d'abord au temps mesuré du travail et à l'argent généré. C'est donc pas l'usage de la chaise et son utilité qui priment dans la logique de la valeur, c'est qu'on puisse transformer la chaise en unités mesurables et échangeables dans le but de faire du profit.
• Végétarisme : régime végétarien : revient à ne pas manger de viande, poisson ou fruits de mer. En gros, pas de corps animaux.
• Végétalisme : régime végétalien : revient à ne manger aucun aliment d'origine animale. C'est-à-dire pas de fromage, miel, oeufs…
• Véganisme : il s'agit d'un mode de vie qui rassemble le fait de tenir un régime végétalien et de ne pas porter ni utiliser de produits issus de l'exploitation animale (genre pas de veste en cuir ou de rouge à lèvres avec de la graisse de baleine).
• Washing : littéralement “lavage”, “blanchissement” en français. C'est une manière de blanchir symboliquement une entreprise ou une marque, améliorer son image, en affichant des “convictions” ou un “engagement” pour une cause consensuelle. On parle de greenwashing quand des entreprises communiquent sur leur supposé engagement pour la planète, de pink washing quand elles s'affichent comme LGBTQI+ friendly, etc.
• Zéro déchet / zero waste lifestyle : mode de vie zéro déchet, qui vise à limiter son utilisation individuelle de plastique à usage unique, et de déchets en général. Ce style de vie veut se détacher du système consumériste, dans la mesure où celui-ci est à l'origine de scandales environnementaux (plastique dans les mers, micro-plastiques, incinération des déchets). Mais cette logique de consommation entre largement dans des logiques capitalistes et individualistes, qui dépolitisent entièrement la question : il porte un discours culpabilisateur, et il est inaccessible aux pauvres.
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Le théâtre total des opérations : la guerre et ses scénarios
La semaine dernière, Patrick Condé s'étonnait de l'existence de Fury room où les CSP+ peuvent venir se divertir et se défouler en cassant des objetshttps://lundi.am/Tout-casser-pour-destresser]. Cette semaine, il a découvert qu'en Suède, l'armée s'entraînait à inhumer « grandeur nature » 5% de sa population. Nouvel exercice de stupéfaction.
Au risque de passer pour le plus lunaire des naïfs, mon étonnement s'est porté cette semaine sur un article paru dans Le Monde du 1er septembre 2026, intitulé « La Suède, dans la crainte d'une guerre, planifie les funérailles d'une partie de sa population » (toutes les citations qui suivent sont extraites de cet article). Le titre d'emblée ouvre une perspective jusqu'alors inimaginable, mais l'imagination est désormais débordée par une pluralité de rationalités qui la transcende à chaque instant articulant planification et scénario dont l'objet serait la mort de masse durant LA guerre à venir. J'avais déjà observé la prise méthodique du scénario sur des planifications orchestrées par la DATAR – Délégation interministérielle à l'Aménagement du Territoire et à l'Attractivité Régionale, concernant des « Images de la France en 2040 », ou encore « Territoires 2040 ». Étude de 2012 réunissant d'éminents experts (parmi lesquels par exemple feu Bruno Latour), elle était consacrée aux prévisions chiffrées et cadastrées (de nouvelles représentations de la géographie économique de la France en relief) destinées à nous informer, anticiper et prédire l'évolution géo-socio-systémique de notre société située dans le monde d'aujourd'hui et de demain, essentiellement polarisée autour des Villes-Monde qui la dynamisent en priorité, ce sur une période d'un demi-siècle projeté devant nous.
C'est bien d'un scénario-projection qu'il s'agit dans les villes de Suède censées se préparer, bien plus anticiper, prévoir et résoudre à l'avance en vue d'une hécatombe de masse survenant lors de la prochaine guerre en Europe, que l'on prévoit plutôt à brève échéance. L'article de la journaliste dépêchée sur place mentionne clairement la menace, qui ne surprendra personne : « Dans un pays qui n'a pas connu la guerre depuis plus de deux cents ans, l'exercice a de quoi surprendre. Mais depuis l'invasion de la Crimée par la Russie en 2014, puis le déclenchement de la guerre en Ukraine huit ans plus tard, la Suède est sur le qui-vive. A la fin de la guerre froide, le royaume avait renoncé à son modèle de ‘défense totale', combinant la préparation militaire et l'engagement de la société civile. Sa reconstruction est devenue une priorité ». Et d'emblée l'enjeu est décrit au plus vif (si l'on peut dire) du sujet : « Dans le cadre de la reconstruction de la défense du royaume scandinave, l'armée et de nombreuses organisations civiles se préparent, à travers des entraînements grandeur nature, à prendre en charge les corps de 5 % des habitants du pays », c'est-à-dire 500 000 personnes, estimation large précise-t-on, en espérant moins.
L'opération fut organisée « début mai à Väddö, au nord de Stockholm, dans le cadre de l'entraînement national ‘Aurora 26 ‘, qui a mobilisé 18 000 militaires de 13 nations ». Qu'est-ce que « Aurora » ? Rien à voir avec l'attaque de cyberespionnage chinois de 2009- 2010, du même nom. C'est une initiative riposte, initiée en 2023, répondant à un scénario fictif d'attaque de l'Europe par la Russie sur le territoire de la Suède, rassemblant cette année-là 26000 soldats en provenance de 14 pays répartis sur tout le territoire et 700 marines américains. Le scénario fut alors décrit ainsi : « La Suède vient de subir une première salve d'attaques. Des opérations de sabotage ont été menées contre son réseau électrique et ses télécommunications. Une campagne de déstabilisation est en cours. Malgré un ordre de mobilisation partielle diffusé à la radio lundi 24 avril, les combats sont en train de s'intensifier dans le sud du pays. Le royaume scandinave a donc demandé des renforts à ses alliés. Les Américains ont envoyé un bataillon de 700 marines. Les Finlandais vont bientôt débarquer dans l'ouest du pays, tandis que la France a dépêché sa frégate Normandie dans le port de Göteborg ». Moins d'un an plus tard, en mars 2024, la Suède devenait le 32e pays membre de l'OTAN.
Que vaut pour ce petit pays de Suède de près de 11 millions d'habitants le privilège d'être désormais membre de l'OTAN ? Eh bien d'abord le renouvellement annuel de cet exercice « Aurora », conçu cette année, en plus des exercices proprement militaires, comme un enterrement de première classe de 5% de sa population militaire et civile. Les autorités n'y sont pas allées par quatre chemins. Voici ce que rapporte l'article du Monde : « Les 500 sacs mortuaires bordeaux ont été transportés par convoi militaire depuis les bords de la mer Baltique, chacun lesté de poids et dégageant une odeur de cadavre… l'exercice se devait d'être aussi réaliste que possible. À la tête d'une centaine d'employés de l'Église luthérienne évangélique, réquisitionnés pour l'occasion, le prêtre Lars Viper assure : "C'était digne et très émouvant" ». Non, ce n'est pas un canular, ni un article divertissant comme chaque été la presse mainstream nous en gave, pour passer le temps à la plage à 40° à l'ombre du parasol, cela eut vraiment lieu ainsi en début mai de cette année.
Le réalisme en question devait donc aller jusqu'à faire dégager de chacun des 500 sacs mortuaires lestés de poids une odeur de cadavre. Bien au-delà de l'ingénierie technique de l'opération, il importait donc de conditionner les esprits pour les faire surmonter les affres de la mort transbahutée en masse, il fallait littéralement que ça pue la mort, cela dans un pays dont la journaliste précise « qu'il n'a pas connu la guerre depuis plus de 200 ans ». En effet, il était grand temps de le ramener au principe de réalité. Quel courage donc pour le pasteur officiant, d'exercer une simulation de son métier dans une puanteur d'enfer : « Les sacs mortuaires ont ensuite été mis en terre, côte à côte, dans des tranchées creusées à cet effet. Un prêtre s'est alors avancé, s'arrêtant devant chaque poteau de bois marquant l'emplacement des corps, et il a prononcé ces mots : "Tu es tombé au combat pour la Suède. Ton devoir est accompli et reconnu. Ton inhumation est une solution de secours et provisoire. Repose-toi et attends ici" ». Ça tout de même, ni un polytechnicien ni un énarque ne l'auraient inventé, demander à un mort probablement tout déchiqueté par un ogive ou un drone de patienter en attendant meilleure sépulture. Ces suédois ont le sens de la répartie face à la catastrophe. Ci-dessous la photo qui accompagne l'article :
Un prêtre prononce quelques mots devant la fosse commune où des sacs mortuaires factices sont alignés lors de l'exercice militaire « Aurora 26 » à Väddö (Suède), le 7 mai 2026. MAGNUS ARONSON/IKON
Ce prêtre était-il un Gilet Jaune ? Lafarce, dans son énormité, fait-elle rire jaune la Raison d'État ? Nous ne le saurons jamais. Raison d'État qui pousse sa rationalité biopolitique jusqu'au moindre détail : « Sur chaque housse censée contenir le corps d'un soldat tué au combat, une petite plaque au bout d'une chaîne indiquait l'identité du défunt. Dans de grandes tentes blanches, les employés de l'Eglise ont consigné les noms dans des registres. Puis, ils ont contacté l'Agence des impôts, chargée de la gestion de l'état civil pour les Suédois. Il a aussi fallu informer les ambassades des pays alliés dont les soldats faisaient partie des victimes, ainsi que le Comité international de la Croix-Rouge à Genève pour les combattants ennemis ». Ou comment, au travers des funérailles de chacune des victimes identifiées, la bureaucratie en temps de paix fantasme celle en temps de guerre, pour finalement les confondre, on est tout de même saisi d'un frisson.
Les cadavres étant ensuite tous destinés à la crémation, le problème s'est ainsi posé pour les officiants suédois : « Pour le reste de la population, "il est aussi important de savoir que les morts seront traités avec dignité", complète Anki Bondesson (responsable des enterrements auprès de l'Église ). En Suède, les 56 crématoriums du pays sont mobilisés. Actuellement, 86 % des Suédois optent pour la crémation. Un taux très élevé, en comparaison de la France, où il est de 46 %. Si la guerre éclate et les victimes se multiplient, la situation pourrait très vite devenir compliquée, note Dennis Jansson, le patron de la Fédération suédoise des cimetières et des crématoriums, même s'il précise que dans certaines situations, les corps ne pourront pas être incinérés : "Si des crimes de guerre sont soupçonnés, par exemple, et qu'une enquête doit être réalisée" ». Une bureaucratisation de la crémation qui ne peut en aucun cas se comparer à celle des camps nazis. Elle n'en fait pas moins froid dans le dos car elle banalise à sa manière la possibilité d'un épouvantable massacre, inévitable, subi, que sa gestion optimale s'illusionne à maîtriser, alors que dans les guerres actuelles, les morts sont justement le déchet le plus « intraitable » qui soit. Eh oui, en cas de crimes de guerre « par exemple »…
L'exercice qui s'est déroulé début mai serait l'illustration d'une volonté de renforcer le moral des soldats : « Ancien volontaire dans la garde civile, le prêtre Lars Viper évoque lui aussi l'Ukraine : "Si l'on veut renforcer le moral des soldats, il faut leur donner des garanties. Leur dire que s'ils sont blessés ou qu'ils sont tués au combat, on s'occupera d'eux. C'est ainsi que l'on construit une défense solide". La Russie est un contre-exemple : "Les soldats ne disposent pas d'uniformes convenables. Ils ne reçoivent pas une formation correcte et l'armée ne prend pas soin de façon adéquate des blessés et des victimes, ce qui a un effet très démoralisant" ». Voilà la vraie comparaison, imparable dans son fondement : l'ennemi, la Russie, traite ses soldats comme des chiens, ce qui se trouve de fait avéré à travers de nombreux témoignages (depuis au moins la guerre en Afghanistan et l'épisode des cercueils de zinc). Mourir dignement donc, surtout pas non plus comme à Gaza, déchiqueté, éventré, abandonné enfoui en train de pourrir sous les décombres en attendant que ceux-ci soient déblayés. « Repose-toi et attends ici », voilà la dignité garantie au défunt, civil ou militaire. Il me semble que les gazaouis ont d'autres prières pour s'adresser y compris aux morts en attente d'être découverts et ensevelis. La seule ressemblance : les sacs, qui pallient l'absence de cercueils en nombre, même chez nos braves suédois qui pourtant prévoient tout avec tant de minutie. Un sac pour un mort, n'est-ce pas déjà ce qui ajoute à la désolation de l'irréparable ?
« Repose-toi et attends ici ». L'article nous dit encore que c'est l'Église luthérienne évangélique (séparée de l'État seulement depuis 2000) qui reste responsable de la gestion des cimetières, et que dans ce cadre, les paroisses ont été informées qu'elles devaient disposer de terrains pour y inhumer jusqu'à 5 % de la population du pays. Possible en campagne, mais en ville difficile de trouver la surface. Ainsi la Fédération suédoise des cimetières et des crématoriums a-t-elle organisé plusieurs séminaires sur le thème de « La crémation en temps de crise et de guerre ». « Elle a aussi mené un exercice dans un crématorium à Norrköping. Objectif : voir comment il est possible de continuer à incinérer des corps en cas de coupure d'électricité. Là encore, l'Ukraine est une référence : "On sait que l'électricité peut être coupée pendant six à huit heures, avant de revenir et de disparaître de nouveau". Le test, qui s'est bien passé, a aussi permis de démontrer que les chambres froides pouvaient garder une température correcte pendant quarante-huit heures, "à condition de ne pas les ouvrir plus que nécessaires". » Autrement dit, les proches des victimes sont invités à ne pas trop s'attarder lors de leur ultime visite de recueillement auprès du mort, car il ne s'agirait pas que le jus vienne à manquer, laissant revenir odeur et putréfaction.
Et pour finir : « À l'Agence de la défense civile, Jan-Olof Olsson reconnaît que beaucoup de questions restent en suspens : "Les cimetières, par exemple, investissent dans des machines électriques, ce qui pourrait poser problème à terme. On peut évidemment creuser les tombes à la pelle. Mais faut-il encore en avoir suffisamment" ». Eh oui, la guerre revenue, revenus également dans la besace du Malin l'huile de coude, la pelle et le geste ancestral du fossoyeur. Fragile modernisme.
Nous voilà bien partis. La scénarisation de la vie et donc de la mort passe ici, en live, non plus par le cinéma grand champion du scénario préventif ou prophétique (voir la série américaine « The Lone Gunmen » qui avait fictionné le détournement d'un avion de ligne sur le World Trade Center), mais par le théâtre. On joue, en temps quasi réel les funérailles et l'enregistrement bureaucratique des défunts (bien sûr le comble de la fiction puisque ce temps du chaos est justement imprévisible et déjouera très probablement tous les scénarios imaginables). On joue avec des gestes et des mots, acteurs à part entière de la fiction. La mise en scène est sans doute sommaire mais se veut efficace, on ne sait pas si les acteurs actrices furent bon.ne.s, mais ce qui est sûr, c'est que la régie avait tout prévu. Les entraînements à la guerre ont donc désormais leur pendant civil, le terrain des opérations est global et total, que nous ne connaissons ici déjà que sous la forme de faux attentats à la bombe dans les grands magasins ou les gares des grandes villes, occasion de gérer policièrement-militairement les populations comme du bétail cobaye prédestiné à mourir un jour pour de vrai dans de telles situations. Mais tout a pris une tournure plus vaste, plus délirante, plus à la mesure de l'irréalité produite par l'archi-réalisme des scénarios qui double le réel du revers d'un veston tranquillement épouvantable. On se pose une question à l'issue de ce récit : comment ont réagi les habitants de Väddö, la ville proche de Stockholm où ce théâtre aux armées eut lieu ?
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Dans la foulée de cet article, un second, étonnamment paru dans Le Monde le même jour – 1er septembre 2026 et signé de la même autrice, titrait : « La Suède, ce « paradis » pour les ultrariches devenu un enjeu du débat politique ». Il s'ouvre ainsi : « Dans le royaume scandinave considéré comme un des plus égalitaires du monde, le nombre de milliardaires ne cesse d'augmenter, tandis que la pauvreté progresse. Avant les élections du 13 septembre, la taxation des plus fortunés s'est imposée comme thème de campagne ». On y apprend que 3428 milliardaires résident dans le pays, dont 53 français. Tandis que la gauche veut taxer les milliardaires, le parti libéral veut doubler le nombre de ceux-ci d'ici à 2036 : « "Aujourd'hui, les 46 personnes les plus fortunées possèdent plus que 8 millions de Suédois (dans un pays de 10 millions d'habitants)" », résume la responsable d'Oxfam ». De classiques jeux de fiscalité, sur fond de crise économique et financière durant les années 90, expliquent en partie la dérégulation qui favorisa les ultra-riches avec une baisse drastique de l'ISF tandis que les impôts des plus modestes ne suivaient pas la même tendance, etc.
Ici, l'étonnement fait place à une constatation d'abord : la menace d'une guerre d'envergure menée notamment sur le territoire de la Suède ne dissuade pas les milliardaires de s'y installer, même pas peur ! Une question ensuite en suspens : y a-t-il entre l'archi-réalisme préventif d'un simulacre d'hécatombe lors d'une guerre qu'on annonce chaque jour toute proche et la présence en nombre de ces ultra-riches une corrélation idéologique, voire théologico-politique : les ultra-riches se sont-ils convertis au protestantisme, s'ils n'étaient pas déjà protestants ? Financent-ils en mécènes ce vaste théâtre des opérations ? Un protestantisme de guerre à l'image des chrétiens évangélistes américains ? Ou bien quitteront-ils le navire comme des rats, le jour où ça commencerait à se gâter (de fait, les courageux évangélistes d'Amérique ne subissent pas chez eux la guerre à laquelle ils poussent au-dehors) ? À suivre.
Patrick Condé
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Paperasse - Des skills IA pour votre compta et vos impôts
J'adore la France, mais même si la vie y est difficile. Pourquoi ? Simplement à cause de l'administratif et de la paperasse. En tant que phobique administratif, c'est vraiment ce qui me fait regarder de près l'expatriation, loool.
Tenir la compta d'une petite société, remplir sa déclaration d'impôts, estimer les frais de notaire d'un appart... Bref, la fucking paperasse a de quoi déclencher de sévère crises de phobie administrative chez tout le monde. Alors pour nous aider, mon nouveau héro du jour, Romain Simon, a créé " Paperasse ", des skills pour agents IA que Claude Code, Codex, Cursor ou Mistral Vibe peuvent consulter pour endosser le rôle d'expert-comptable, de contrôleur fiscal, de commissaire aux comptes, de fiscaliste, de notaire ou encore de syndic de copro.
Son dépôt contient également des scripts vérifiés pour tout ce qui est calculs importants. En effet, ce sont des choses qu'on ne veut surtout pas confier à un LLM. Je pense au calcul de l'impôt sur les sociétés, aux amortissements, à la TVA, ou encore sortir un fichier des écritures comptables, un bilan ou une facture. Le projet Paperasse contient aussi des connecteurs pour vos transactions Qonto et vos paiements Stripe.
Voilà, donc si, comme moi, vous êtes en détresse émotionnelle dès que vous recevez un courrier de l'administration française, je vous invite à installer ce projet en donnant tout simplement ce prompt à votre agent IA préféré :
Installe tous les skills du repo github https://github.com/romainsimon/paperasse Lance ensuite le setup pour la gestion de toute ma paperasseL'agent clonera alors le dépôt et lancera un setup qui vous demandera le nom de votre société, votre régime de TVA et vos comptes bancaires. Pour mes tests, j'ai donc inventé une SASU, Brioche & Octets, avec un relevé bancaire de huit lignes bidon, et j'ai lancé Claude Code dessus avec le skill comptable, dans un environnement vierge.
En 6 minutes, il a immobilisé l'ordinateur portable au lieu de le passer en charge, traité l'abonnement logiciel facturé depuis l'Irlande en deux scénarios faute de facture pour trancher, et rangé le retrait au distributeur en compte d'attente, en rappelant qu'un compte courant débiteur est interdit au président d'une SASU.
Côté factures, le script de validation a refusé ma première tentative, à laquelle il manquait le SIREN du client et le numéro de TVA intracommunautaire de ma boîte. Une fois corrigée, le générateur m'a sorti un PDF qui embarque son fichier XML Factur-X.
La facture de ma fausse SASU, une fois le SIREN du client et mon numéro de TVA ajoutés
L'agent fiscaliste, quant à lui, ce sera plus à même de vous aider si vous êtes un particulier. Je lui ai soumis un couple pacsé imaginaire avec un enfant, 65 000 € de salaires et 2 000 € de dividendes, en lui demandant si l'option pour le barème battait le PFU. Il a lancé son script Python sur les deux cas et conclu que oui, de 124 €, parce qu'avec un taux marginal de 11 %, l'abattement de 40 % et la CSG déductible font descendre l'impôt sur ces dividendes sous les 12,8 % du PFU. J'ai refait le calcul à la main, ça tombe juste.
Le fiscaliste compare PFU et option barème pour un couple pacsé imaginaire
Par contre, tout ça repose sur des barèmes qu'il faut tenir à jour, et c'est là que ça coince. En effet, ces mises à jour reposent sur les issues acceptées ou non sur le projet GitHub. Par exemple, y'en a une qui est ouverte depuis fin août qui montre que le skill "notaire" calcule encore les émoluments de vente avec le tarif de 2016 alors que ça a changé depuis le 1er janvier 2021, et malheureusement, que les évaluations automatiques du projet valident ces calculs faux. Le correctif a bien été proposé, comme d'autres mais aucun n'a été fusionnée depuis le 11 juillet.
Donc voilà, c'est un super projet, mais il faudrait encore que ça suive un petit peu derrière donc utilisez-le mais en prenant soin de bien vérifier quand même les montants / tarifs / règles sont à jour.
Reste maintenant la question de vos données... En effet, vos PDF et tout ce qui concerne vos données vont partir chez le service IA que vous utilisez. Donc ça, il faut en avoir conscience même si je sais que derrière, en général, les comptables mettent tout sur des drives mal sécurisés, et que prochainement la facturation électronique va faire leaker ça dans tous les sens.
Mais bon, quoi qu'il en soit, tout ceci ne remplacera jamais un expert-comptable, donc voilà, amusez-vous, testez-le, dégrossissez vos questions avec ça, faites des simulations...etc mais ne lui faites pas 100 % confiance.
Source : GitHub
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« On a séché nos larmes et on est allés tracter » : la mobilisation contre l'A412 dans l'urgence face aux destructions
Près d'un mois après le début des travaux de l'A412, et alors que le déboisement du tracé avance à toute vitesse, les militants veulent croire à une autre issue et se battent pour mobiliser.
Lire la suite - Reportage / Luttes
Fessy (Haute-Savoie), reportage
Il est encore tôt, le 25 septembre, l'herbe est humide de rosée et la brume se lève à peine. Derrière le village qui se réveille, le bruit des machines du chantier de l'A412, cette autoroute payante de 16,5 kilomètres qui doit relier Thonon-les-Bains à Machilly, en (…) -
Mais quelqu'un va-t-il enfin le dire ?
À contre-pied du serment de ne jamais utiliser l'IA publié cette semaine, Pablo Durán replace la polémique autour de C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien dans une histoire plus large de la littérature, c'est-à-dire l'histoire de sa maîtrise par la culture bourgeoise.
Le recours aux drogues, au hasard, à l'automatisme, au montage, au cut-up, à la divination, à la transe, à l'enregistrement pur et simple de ce qui arrive, au dérèglement des sens, à la manie, à l'ascèse, à l'isolement monacal, à l'écoute des rêves, à la répétition obsessionnelle des mêmes gestes et des mêmes horaires, bref, à tout ce que la vie propose et offre pour conjurer l'angoisse d'une phrase qui avance sur la page sans que l'on soit certain d'en être l'auteur ni où elle nous mènera, et peut-être même avec le désir secret qu'elle nous échappe et que l'imprévu surgisse, et avec lui la beauté, ne peut être tu qu'à la faveur d'une censure dont tous les écrivains semblent devenus complices. Pourquoi ce silence, pourquoi cette trahison de tous les livres lus et aimés ?
Les techniques d'écriture ont fait leur entrée dans la poésie et la littérature modernes en remettant en cause les notions d'intériorité, d'intentionnalité et de maîtrise au sein d'une culture bourgeoise valorisant un savoir-faire ne s'autorisant aucun risque vécu, contrairement aux poètes et aux artistes du passé qu'elle célébrait. Un poète se vit en effet comme tel avant même qu'une société quelconque le désigne ou le reconnaisse dans ce vocable. Un auteur de roman de même : il n'a besoin d'aucune caution sociale pour s'autoriser à écrire comme il l'entend, simplement à briser en lui-même la loi qui l'assigne à obéir. C'est pourquoi quelqu'un qui écrit fait toujours l'épreuve de son propre destin dans l'écriture elle-même, et plus encore dans le fait de voir ce qu'il écrit publié, jeté au milieu des signes comme une bouteille à la mer. J'aimerais ainsi que l'on explique sans détour pour quel motif les agents d'IA ne sauraient être ajoutés à la liste des techniques d'écriture par les poètes et les écrivains : cela ne devrait-il pas relever de leur choix propre et exclusif, radicalement individuel ?
Une fois de plus, ce sont donc ceux qui n'écrivent pas qui devraient en décider, montant de toute pièce le tribunal de ce qu'il est légitime de vivre et de faire lorsque l'on « prétend » écrire, cette prétention se devant absolument d'être sanctionnée par une autorité — et de préférence la leur. Celle des assis, celle des profiteurs, celle des donneurs de leçons, celle des défenseurs de la culture outragée, en un mot, celle du public dans ce qu'il a de plus vulgairement bourgeois depuis que la bourgeoisie impose les conséquences de ses choix à l'humanité. Celui-là même qui ne s'est jamais remis des livres écrits et publiés par les poètes et les écrivains depuis Novalis ou Baudelaire : moralement insanes, idéologiquement coupables, culturellement destructeurs (et j'en passe). Cette petite musique accompagne les débats contemporains depuis au moins une trentaine d'années, autant dire, au train où va le temps, depuis la préhistoire (en tous les cas celle de l'IA). Il suffit de restituer la perspective dans laquelle elle se mire elle-même avec la satisfaction des vainqueurs pour en attester : celle, par exemple, de Jean Clair affirmant après les attentats du 11 septembre 2001 que l' « idéologie surréaliste » en était la grande responsable dans un texte publié par Le Monde, et auquel, déjà, peu avaient su répondre. C'est-à-dire que tous ces gens se font une idée de l'écriture et de sa légitimité (remplacez le mot écriture par un autre désignant toute activité créatrice autonome) selon un cahier des charges très précis établissant les valeurs auxquelles elle doit répondre. « C'est de l'art/ce n'est pas de l'art », ou encore « c'est de la littérature/ce n'est pas de la littérature », etc. se présentant comme la sanction ultime et valorisante assurant la reconnaissance à la fois de l'objet et de son auteur. Nous en sommes donc revenu à cet endroit-là de la réalité sociale dans son ensemble, à rebours de tous les gestes et de toutes les consciences alertes des deux derniers siècles formés au sein d'une hostilité qui, c'est vrai, n'apparaît plus jamais dans les livres une fois leur reconnaissance admise. On y consacrerait trop de temps.
Où sont nos valeureux universitaires progressistes pour rappeler ce que je trace ici à grand trait et prendre la défense dans son ensemble de la modernité, et donc du ou des accusés ? C'est-à-dire de l'individu libre de choisir comment il s'exprime pour révéler la part de nuit qui l'obsède ? Au lieu de cela, de petits débats remplis de précautions oratoires sur la gravité d'un recours à l'IA pour produire, le soupçon de rancune sociale qu'il faudrait lire dans sa dénonciation, la distinction oiseuse entre le contenu et le contenant, sinon la revendication pour toutes et tous de pouvoir accéder à la reconnaissance… qui ne remettent jamais en question le système même qui autorise les distinctions, les louanges, et la répartition symbolique de la propriété (la leur aussi bien). On attendrait des plus autorisés qu'ils rappellent de façon concernée que le secret révélé par l'écriture (et l'écriture, c'est toujours quelqu'un qui écrit) concerne la distribution sociale elle-même.
Quel est l'enjeu derrière la défense d'une « pureté » de la production littéraire, qui ne relèverait que de l'effort d'une tête et de la transparence d'un stylo ou d'un clavier (à peine des objets techniques) pour concevoir « une œuvre de l'esprit », autorisée à répondre à celles qui lui précède selon une logique propre à l'humanisme ? Quel est-il sinon la réfutation de toutes les expériences et de tous les positionnements qui ont contesté les notions d'intériorité et d'identité pour mettre en lumière la matière même du langage, d'un langage en nous-même, et les liens singuliers de chacun avec celui-ci ? Y aurait-il donc quelque chose de dangereux, d'extraordinairement dangereux, dans ces expériences pour l'ordre social ? Ce n'est donc pas la qualité elle-même du résultat qui pose problème à nos défenseurs d'une pseudo-culture classique dont ils seraient les gardiens devant la sauvagerie de la nuit qu'ils produisent, puisque ce monde leur appartient : c'est la distribution symbolique de la propriété elle-même, et la plus-value métaphysique qu'elle produit.
Que le langage soit désormais la propriété de l'économie à travers tous les modèles conversationnels, et tous les agents d'IA, s'accorde entièrement à ce récit d'élection. Il ne faut pas s'y méprendre : un monde malade de l'identité ne sait produire que des leurres. Il se trouve que les notions d'entendement, d'intelligence du monde et des phénomènes, remisées par les Salons et les Prix littéraires au profit du respect hypocrite de valeurs morales, s'engouffrèrent dans les lettres et dans les arts avec toute la vigueur dont les histoires témoignent. Chaque fois de façon singulière, chaque fois en dehors des dogmes, y compris progressistes : au-delà de tous les dogmes. Le mythe de la « responsabilité de l'artiste » et celui d'une création « purement humaine » ne servent ainsi qu'à étouffer le feu dont chaque individu brûle.
Pablo Durán, chef de fabrication dans un groupe d'édition.