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Rencontre avec Caroline Knecht autour de son livre Ainsi la Cour décide
Quand ?
Le 10 septembre à 19h30Où ?
Le Monte en l'Air 2 Rue de la Mare 75020 ParisJeudi 10 septembre à 19h30, Caroline Knecht présentera son livre "Ainsi la Cour décide", premier titre du nouveau label de littérature "Catabase", dirigé par Sandra Lucbert aux éditions La Découverte. La rencontre sera animée par Zoé Carle.
Le livre propose le démontage d'une institution, la Cour nationale du droit d'asile, et des politiques qu'elle fait exister. Le texte procède par courts chapitres où se mêlent narration et collage.
- Voir aussi Le monte-en-l'air
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La patate – Sommaire
« La pomme de terre est bien plus qu’un légume. Véritable fondatrice de civilisations, elle est à placer au rang des plantes vivrières primordiales », écrit Jean-Paul Thorez dans une Encyclopédie du potager. Avec enthousiasme, nous avons plongé dans son histoire sociale, dans la popularité de la frite, dans les chips militantes, les champs de patate solidaires et quelques luttes patatesques. Sans oublier une carte de géopatate…
Au sommaire du numéro 220 – Septembre 2026
2-4 / Oiseaux sociaux
5 / LIEUtopies : Rencontres poétiques et artisanales
6 / D’AILLEURS : Magazine de rue au Québec
7-11 / DOSSIER : La patate !
12-13 / Géopatate
14-15 ACTION / Du photovoltaïque en boucles d’autoconsommation
16 ACTU / Danger sur les éditeurs indés
17 Reportage / Avec les Faucheurs volontaires
18 TROUBADOURS / Librairie solidaire, championnat de goguette
19 LE COIN DES MINOTS / Les Petits explorateurs, extraits
20 FICHE PRATIQUE / Rafraîchir son intérieur
21 ATELIER / Nouvelle rubrique : « Mange ta chimie ! »
22 GRRR-ONDES / L’e-sport enseigné dans les collèges
23 Sérieux !? / Le procès de Limoges – extrait
24 Série / Littérature marginale, épisode 1/3Numéro 220 – Septembre 2026
Dossier 5 pages : La patate
« La pomme de terre est bien plus qu’un légume. Véritable fondatrice de civilisations, elle est à placer au rang des plantes vivrières primordiales », écrit Jean-Paul Thorez dans une Encyclopédie du potager. Avec enthousiasme, nous avons plongé dans son histoire sociale, dans la popularité de la frite, dans les chips militantes, les champs de patate solidaires et quelques luttes patatesques. Sans oublier une carte de géopatate…
Numéro 220 – Septembre 2026 – Version PDF
Dossier 5 pages : La patate
« La pomme de terre est bien plus qu’un légume. Véritable fondatrice de civilisations, elle est à placer au rang des plantes vivrières primordiales », écrit Jean-Paul Thorez dans une Encyclopédie du potager. Avec enthousiasme, nous avons plongé dans son histoire sociale, dans la popularité de la frite, dans les chips militantes, les champs de patate solidaires et quelques luttes patatesques. Sans oublier une carte de géopatate…
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Pas de congrès pour le RN à Orléans les 24 et 25 octobre !
PAS DE CONGRÈS POUR LE RN !
Les 24 et 25 octobre, le RN prévoit son congrès à Orléans, avec son meeting de lancement de campagne le 25. Des bus partiront de partout en France pour une démonstration de force du premier parti fasciste de France.
A chaque fois que le FN/RN remporte des victoires médiatiques ou politiques, il se normalise comme force politique et ses idées gagnent du terrain, en témoigne la loi "permis de tuer" pour la police et gendarmerie votée cet été. Ce parti alimente surtout la violence raciste, comme en juin dernier, dans une discothèque à Rodez, où on a entendu : « Marine au pouvoir, les Arabes à l'abattoir. »
Face aux dangers du fascisme, notre réponse doit être déterminée et massive.
Les manifestations qui ont eu lieu en juillet contre le congrès de l'AfD, parti fasciste allemand, ont rassemblé 20000 manifestant.e.s et doivent nous donner confiance : partout dans le monde, nous sommes la majorité ! Ensemble, nous pouvons infliger une lourde défaite au RN.
Plusieurs initiatives antifascistes sont en train de s'organiser à Orléans, notamment avec un village antifasciste le 24 et une manifestation nationale en direction du meeting le 25. Début septembre il y aura une réunion nationale inter-organisations pour finaliser toustes ensemble l'organisation de ce week-end de mobilisation antifasciste nationale.
Nous appelons aussi toutes les organisations qui le souhaitent à organiser des campagnes dans leurs quartiers, leurs villes et leurs villages pour appeler à manifester le 25 octobre à Orléans contre le meeting du RN.
Au sein de la plateforme Ciao Fachos, nous travaillons sur un kit de mobilisation (argumentaire, tract, affiche...) pour les accompagner.
Rejoignez-nous !
Tractages, collages, réunions publiques, transports collectifs, soirées de récoltes de fonds : soyons partout, et profitons-en pour empêcher le RN de tracter sur nos marchés et coller sur nos murs.
PAS DE CAMPAGNE ET PAS DE CONGRÈS POUR LES RACISTES !
Signataires :
AcaaB (Action citoyenne antiraciste antifasciste Beaucaire), AFA Annemasse, AG anti fasciste 72, Alternatiba Orléans, Amaars (Assemblée Morbihan (Est) Antifasciste Antiraciste Rurale et Solidaire), ATTAC 45, Ciao Fachos, Collectif antifasciste Orléans, Collectif antifasciste Paris 20e, Contrevents (Côtes d'Armor), CRAAAME (Collectif Rêvolutionnaire Autonome Anarchiste Anti-fasciste du Mans et des Environs), G.E.L 72 (Groupe Étudiant Libertaire Sarthe), Gentilly Antifasciste Antiraciste, GRIF (Groupe Radical Intersectionnel Féministe) Orléans, ORA (Orléans Riposte Antifasciste), Organisation de Solidarité Trans (OST), OST Orléans, Riposte Antifasciste Marseille, Riposte Populaire, Soulèvements de la Terre Orléans, Sound of Sudan, Suresnes Antifa Antiraciste, TAF (Tours AntiFasciste)
Texte alternatif décrivant l'affiche :
Visuel avec gros message "Pas de congrès pour le RN"
On voit une foule de bras qui font des siamo tutti antifascisti
Deux pancartes "Orléans 24 - 25/10" et "mobilisations antifa"
Des drapeaux antifasciste, LGBTQIA+ et palestinien sont brandisRÉSUMÉ DE LA RÉUNION PUBLIQUE DU 6 AOÛT DE LA PLATEFORME ANTI-FASCISTE CIAO FACHOS
Une participation massive !
70 participant·e·s, 33 organisations, dont 5 d'Orléans / du Loiret et 3 organisations nationales (VISA, ASSO Solidaires, Solidaires étudiant·e·s)
Et ça début août, une franche réussite qui annonce d'importantes victoires (et défaites pour les fascistes !)Préparation inter-orga
Après avoir présenté pourquoi c'est important et vital de s'opposer au Rassemblement Nazional, nous avons présenté la situation du congrès / meeting du RN à Orléans et d'où en est la préparation de la mobilisation anti-fasciste nationale !
Nous avons discuté stratégie et amendé une proposition de visuel d'appel à se mobiliser les 24 et 25 octobre à Orléans depuis partout.Continuons à préparer la défaite du RN !
Ensemble nous avons décidé de créer des groupes inter-orga pour organiser
la communication (kit de mobilisation avec argumentaires, tracts, affiches, visuels internet et réunions publiques)
et la logistique (hébergements, récolte d'argent, transports collectifs, modalités de la manifestation du 25/10)
Toute personne membre d'orga ou d'inter-orga peut rejoindre ces groupes en nous contactant !Coordonnons toutes les échelles locales et globales
Dans chaque ville et village, nous avons besoin de faire des réunions publiques pour présenter les enjeux majeurs du contre-congrès, organiser des transports collectifs et récolter de l'argent pour les financer !
Se mobiliser localement en assemblées publiques et en inter-orga, pour s'opposer au congrès et au 1er meeting du RN à Orléans c'est monter en puissance pour s'opposer localement aux réunions, tractages, collages du RN.Prochaines réunions
Le 1er septembre il y aura une réunion inter-orga unitaire nationale pour se coordonner sur les actions des 24 et 25 octobre à Orléans (village et manifestation anti-fascistes). Pour que votre orga y participe vous pouvez nous contacter !
La prochaine réunion publique de Ciao Fachos, pour informer des avancements de cette mobilisation nationale et pour donner des outils de mobilisation locale, sera le Dimanche 6 Septembre à 18h30 en visio via ce lien : https://bbb.faimaison.net/rooms/xb9-1lb-jdo-kts/join
Texte alternatif décrivant le visuel :
Dix-neuvième congrès du RN. Orléans 24 et 25 octobre 2026.
Détournement du visuel du RN, en barrant les visages de Jordan Bardella et Marine Le Pen et en remplaçant "victoire" par "défaite" dans leur slogan, ce qui donne : « Une nouvelle étape vers la défaite de 2027 ! ».
Résumé de la réunion publique du 6 août.
Ciao Fachos.OUTILS DE COMMUNICATION DE LA PLATEFORME ANTI-FASCISTE CIAO FACHOS
Site internet : https://ciaofachos.noblogs.org
Groupe Signal de diffusion d'informations (invitations et résumés des réunions publiques, campagnes d'actions, etc), aussi utile pour se mettre en contact de manière sécurisée en contactant un.e admin. Lien pour le rejoindre :
https://signal.group/#CjQKIBgEUlNyWfuhem_-VP4M3snoFexoP9-lHUTkwlS_EtTWEhARX1ddFWsDNoqeencBMsPf
Groupe Signal inter-organisations d'entraide et de coordination : rejoignable à la demande par des membres d'organisation
Groupe Signal inter-organisations pour préparer le contre-congrès du RN à Orléans et notamment la manifestation du 25/10 : rejoignable à la demande par des membres d'organisation
Mail : ciaofachos@systemli.org
Liste mail de diffusion d'informations (invitations et résumés des réunions publiques, campagnes d'actions, etc) : besoin de demander à y être ajouté.e.s par mail.
Instagram : @ciao_fachosNous vous invitons vivement à partager ces informations partout, à nous rejoindre et à participer au contre-congrès de multiples manières possibles !
CIAO FACHOS
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🎉 19 SEPTEMBRE : JOURNEE FESTIVE A DETRIER (73110)
L'association Belledonne a Sa'Voix, en partenariat avec l'Espace Belledonne et la mairie de Détrier, a le plaisir de vous convier au présidio de Détrier dans le cadre des veillées de Belledonne le samedi 19 septembre !
Sur le principe d'un repas, d'une conférence et d'un concert, on vous attend en famille, nombreuses et nombreux à partir de 14h.
Le programme détaillé se trouve juste en dessous !
Réservez votre samedi et faites passer le mot !
De 14h à 23h :
14h - 16h : Ultimate (ou foot !) et Tournoi de Belote ♣️
16h15 - 17h : Visite de la Pépinière 🌳
17h - 18h : Discussion argumentée : la chaîne du chêne, ou combien notre survie est étroitement liée au bon fonctionnement et à la diversité des écosystèmes. Présenté par Matthias Thiery, forestier
18h - 19h : Actualités autour du Lyon Turin et inauguration du présidio ! 🪚
19h : Balade Naturaliste
19h - 20h : Repas 🍽️
20h - 21h30 : Concert de Mafila ko 🎤
21h30 - 23h : DJ SetToute l'après-midi :
forum de l'argumentaire et stand Lyon Turin
librairie 📚
crêpes
buvetteOn a trop hâte de vous revoir sur ce terrain et d'y faire la fête ensemble !
Pour s'y rendre : pépinière la Devinière, Détrier 73110
Camping sur place possible 🏕️A vite,
NO TAV ✊
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« Plus de pub, plus de lag, plus rien » : ce prompt sur Claude promet de redonner vie aux Android TV qui rament

Un prompt élaboré par un développeur permettrait de désactiver les applications inutiles préinstallées sur son téléviseur.
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As US-Canada tensions flare, who’s calling the shots in Trump’s trade team?
US trade representative Jamieson Greer has a level-headed reputation but commerce secretary Howard Lutnick and White House adviser Peter Navarro also have key roles
Having reportedly read Victor Hugo’s Les Misérables, in French, during a military tour of duty in Iraq, Jamieson Greer considered himself an unlikely target for accusations of francophobia.
But Donald Trump’s US trade representative, hitherto one of the president’s less high-profile cabinet members, found himself in that uncomfortable position amid the acrimonious collapse of bilateral trade talks with Canada that now threatens to degenerate into an all-out trade war between the two close trading partners whose economies are tightly intertwined.
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Trump’s ballroom construction can resume at White House, supreme court rules – live
In a 5-4 decision, the court granted the Trump administration’s request to block a lower court ruling that would have prevented work from being done on the ballroom
Chris Hippensteel
We’re watching today as Scott Bessent, the US treasury secretary, and Kevin Warsh, the chair of the Federal Reserve, deliver their opening remarks at the G20 meetings in Asheville, North Carolina.
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« Le secret protège nos systèmes cyber. Il protège aussi nos erreurs »
Clémence Foufa — La confidentialité est normalement une protection. Pourquoi affirmez-vous qu’elle peut également devenir une faiblesse ?
Didier Bazalgette — Parce qu’elle peut protéger simultanément une information et une erreur. Dans les secteurs souverains comme dans la cybersécurité, la confidentialité est évidemment indispensable. Une organisation ne peut pas exposer ses vulnérabilités, ses capacités de détection, son architecture, ses sources ou ses intentions. Mais si elle protège indistinctement le cas réel, les hypothèses formulées pour l’expliquer et les méthodes employées pour les vérifier, elle risque de soustraire ses propres raisonnements à la contradiction.
Une hypothèse peut alors acquérir une autorité considérable parce qu’elle provient d’un cercle ayant accès à des informations protégées. Ceux qui se trouvent à l’extérieur ne peuvent pas la contester puisqu’ils ne connaissent pas les éléments sur lesquels elle repose. Ceux qui se trouvent à l’intérieur peuvent appartenir aux mêmes institutions, partager les mêmes représentations ou travailler depuis longtemps à partir des mêmes catégories.
La fermeture du circuit ne signifie donc pas que le raisonnement soit faux. Elle signifie que les conditions permettant d’identifier une erreur peuvent être insuffisantes.
Clémence Foufa — Ce problème est-il propre à la cybersécurité ?
Didier Bazalgette — Non. Il concerne plus largement la R&D souveraine et tous les domaines dans lesquels exposer complètement un problème peut déjà révéler une vulnérabilité, une capacité ou une intention. Il peut s’agir d’un système d’armes, d’une technologie critique, d’un dispositif de renseignement, d’une organisation de commandement, d’une doctrine ou d’un processus de décision.
La cyber rend toutefois cette difficulté immédiatement compréhensible. Lorsqu’une organisation découvre une faiblesse dans son système d’information, elle ne peut pas toujours transmettre son architecture, ses journaux techniques, ses dépendances, ses fournisseurs et ses moyens de détection à l’ensemble des spécialistes susceptibles de l’aider.
Or les compétences utiles sont aujourd’hui largement distribuées. Elles se trouvent dans les laboratoires, les entreprises, les administrations, les communautés techniques ou chez des spécialistes indépendants. L’organisation doit donc obtenir une contribution extérieure sans nécessairement livrer le cas qui justifie cette contribution.
Clémence Foufa — Comment avez-vous été confronté à cette difficulté ?
Didier Bazalgette — Cette question a traversé une grande partie de ma carrière. J’ai travaillé au sein de la Direction générale de l’armement et de l’Agence européenne de défense, avant d’exercer des responsabilités dans le domaine de l’innovation à l’Agence de l’innovation de défense.
Dans chacune de ces fonctions, j’ai retrouvé une même tension : les compétences nécessaires à la résolution d’un problème sont distribuées entre plusieurs institutions, plusieurs disciplines et parfois plusieurs pays, tandis que les informations permettant de comprendre complètement ce problème ne peuvent pas circuler avec la même liberté.
Un industriel peut maîtriser une technologie sans connaître toute la situation opérationnelle. Un chercheur peut disposer de la méthode nécessaire sans avoir accès aux données. Une administration peut comprendre l’enjeu stratégique sans posséder toutes les compétences scientifiques requises. Le travail d’innovation consiste alors moins à réunir mécaniquement ces acteurs qu’à construire entre eux un objet de coopération compatible avec les contraintes de chacun.
Clémence Foufa — Cette difficulté a-t-elle donné lieu à des expérimentations concrètes ?
Didier Bazalgette — Oui. Entre 2019 et 2023, plusieurs projets de modélisation et d’anticipation technologique ont été conduits au profit de l’Agence de l’innovation de défense. Ils ont mobilisé, selon les périodes et les objets, des compétences issues notamment de l’Inria, de l’École polytechnique, de l’ISAE et de l’ENSTA.
Nous disposions d’excellents scientifiques et ingénieurs. La difficulté ne consistait donc pas seulement à trouver des compétences. Elle consistait à leur fournir un objet de travail suffisamment fidèle au problème réel sans exposer l’ensemble de son contexte.
Jean Langlois-Berthelot intervenait comme consultant en raison de son expérience opérationnelle ainsi que de ses compétences techniques. Il fallait comprendre ce que le problème signifiait réellement pour les acteurs concernés, puis déterminer ce qui pouvait être formalisé, modélisé et transmis.
Clémence Foufa — Pourquoi cette double compétence était-elle importante ?
Didier Bazalgette — Parce qu’il ne suffisait pas de connaître les technologies concernées. Il fallait identifier les écarts entre la formulation institutionnelle d’un problème et son fonctionnement opérationnel, puis déterminer ce qui pouvait être abstrait sans perdre ce qui donnait au problème sa valeur.
Jean pouvait circuler entre plusieurs langages. Il comprenait celui des opérations, celui des ingénieurs et celui de la recherche. Son travail consistait notamment à rechercher le mécanisme situé derrière la demande immédiate. Quelles relations voulions-nous véritablement comprendre ? Quelles variables étaient importantes ? Quelles hypothèses provenaient du terrain et lesquelles étaient introduites par l’organisation ? Qu’est-ce qui pourrait invalider le raisonnement initial ?
Une traduction insuffisante produit soit un objet trop sensible pour circuler, soit une question tellement générale qu’elle ne permet plus de résoudre le problème initial.
Clémence Foufa — Comment fonctionnait votre complémentarité ?
Didier Bazalgette — Je garantissais la cohérence institutionnelle des projets, leur articulation avec les objectifs poursuivis et la mobilisation des partenaires scientifiques et techniques. Jean travaillait plus directement sur le passage de l’expérience opérationnelle à la formalisation.
Nous ne cherchions pas simplement à transmettre un besoin à un laboratoire. Nous construisions progressivement un objet intermédiaire. Cet objet devait conserver la structure du problème réel tout en permettant à des chercheurs et à des ingénieurs de travailler sans accéder à tout ce qui entourait son instanciation opérationnelle.
Cette construction exigeait des échanges constants. Il fallait vérifier qu’une abstraction ne détruisait pas le sens du problème, qu’une formulation scientifique ne déplaçait pas involontairement l’objet et qu’une solution techniquement satisfaisante conservait une utilité dans la situation réelle.
Clémence Foufa — Votre collaboration s’est-elle limitée aux projets conduits au profit de l’Agence de l’innovation de défense ?
Didier Bazalgette — Non. Elle s’est également prolongée dans l’enseignement. En 2023, nous avons notamment dispensé à Sciences Po, avec Hermance B., alors responsable des partenariats au GICAT, un cours en anglais intitulé « Intelligence in Europe: Challenges and Innovations ».
Ce cours permettait de mettre en relation les transformations du renseignement en Europe, les enjeux industriels et les nouvelles modalités d’innovation. Nous y retrouvions déjà une question centrale dans nos travaux : comment faire coopérer des acteurs issus de mondes différents autour de problèmes sensibles, sans réduire l’innovation à la simple circulation d’une technologie ou à l’expression administrative d’un besoin ?
Hermance B. apportait la perspective de l’écosystème industriel de défense. Jean apportait son expérience opérationnelle ainsi que ses compétences techniques. Pour ma part, je pouvais replacer ces questions dans les trajectoires institutionnelles et européennes que j’avais rencontrées à la DGA, à l’Agence européenne de défense puis à l’AID.
Cette expérience d’enseignement contribuait également à rendre la méthode transmissible. Une démarche qui ne fonctionne qu’entre quelques personnes se connaissant bien demeure fragile. Elle doit pouvoir être explicitée, enseignée et reprise dans d’autres contextes.
Clémence Foufa — Que signifie précisément « transformer un problème opérationnel » ?
Didier Bazalgette — Un problème opérationnel se présente rarement sous la forme d’une question scientifique propre. Il apparaît à travers un dysfonctionnement, une inquiétude, une capacité jugée insuffisante, une évolution technologique mal comprise ou un effet que l’organisation ne parvient pas à produire.
La première erreur serait de le transformer immédiatement en cahier des charges. On figerait alors une interprétation avant même d’avoir examiné le mécanisme qui produit la difficulté. La deuxième erreur serait d’en transmettre une version tellement expurgée que les chercheurs ne travailleraient plus sur le problème réel, mais sur un objet répondant à une autre fonction.
Transformer un problème opérationnel consiste donc à rechercher ce qui, dans la situation, peut devenir un objet de connaissance. Il faut identifier les relations importantes, les variables réellement déterminantes, les hypothèses introduites par l’organisation et les conditions susceptibles de les invalider. Une fois ce travail réalisé, il devient possible de construire un modèle sans reproduire intégralement le cas protégé.
Clémence Foufa — Que produisaient concrètement ces travaux ?
Didier Bazalgette — Deux travaux étaient réalisés. Une partie était transmise à des services opérationnels afin de répondre au problème dans son environnement réel. Une autre partie permettait de formaliser et de capitaliser la méthode dans un cadre scientifique ou académique, sans exposer le cas sensible.
Cette seconde production n’était pas une version dégradée ou devenue inutile. Elle ne répondait simplement pas à la situation opérationnelle précise. Elle restait utile à la recherche, à la compréhension des enjeux généraux et à la construction de méthodes susceptibles d’être reprises dans d’autres contextes.
La double production constituait ainsi le cœur de l’expérience. Le rendu spécialisé conservait la précision nécessaire aux services concernés. La production ouverte permettait de discuter les mécanismes, de transmettre la méthode et d’accumuler une connaissance sans révéler le cas dont elle provenait.
Clémence Foufa — Vous ne cherchiez donc pas à déclassifier les problèmes ?
Didier Bazalgette — Non. Déclassifier et abstraire sont deux opérations différentes. Déclassifier consiste à modifier le régime d’accès à une information. Abstraire consiste à séparer une instanciation particulière du mécanisme que l’on souhaite étudier.
Prenons une situation cyber générique. Une organisation soupçonne qu’une compromission de sa chaîne d’approvisionnement pourrait se propager à travers plusieurs dépendances logicielles. Le cas réel comprend son identité, son architecture, ses fournisseurs, ses composants, ses procédures, ses journaux et ses capacités de détection. Toutes ces informations n’ont pas vocation à circuler.
En revanche, certaines relations peuvent être abstraites : la structure des dépendances, la vitesse de propagation, les conditions de déclenchement, les délais de détection, l’effet d’une segmentation ou les conséquences de plusieurs politiques de mise à jour. Ces mécanismes peuvent être étudiés dans un modèle qui ne reproduit pas l’organisation réelle.
Le modèle ouvert n’a pas vocation à répondre directement à la situation opérationnelle précise. Il peut néanmoins conserver une réelle valeur pour la recherche, pour la compréhension d’un enjeu général et pour la comparaison de mécanismes similaires. Le rendu spécialisé traite le cas dans son environnement réel ; le modèle communicable rend certaines de ses structures discutables et cumulatives.
Clémence Foufa — Cette manière d’organiser la R&D confidentielle est-elle réellement nouvelle ?
Didier Bazalgette — Il faut être très prudent avec les revendications de nouveauté. Les architectures aujourd’hui parfois présentées comme des innovations récentes combinent souvent des mécanismes beaucoup plus anciens.
Le modèle linéaire de l’innovation est formalisé après 1945. Les grands programmes organisent des revues de phase dès les années 1960. Les modèles Stage-Gate structurent ces passages à partir des années 1980. David Teece décrit en 1986 le rôle des régimes d’appropriation et des actifs complémentaires.
La circulation contrôlée entre des organisations séparées est également ancienne. John Wolpert propose dès 2002 de recourir à des intermédiaires pour connecter des R&D sans exposer leurs informations confidentielles. Henry Chesbrough formalise l’innovation ouverte en 2003. InnovationXchange expérimente un modèle d’intermédiaire de confiance en 2004.
Le contenu de ce qui est parfois présenté aujourd’hui comme une approche nouvelle de l’innovation confidentielle était donc déjà théorisé aux États-Unis en 2002 et opérationnalisé au plus tard en 2004. Le vocabulaire peut changer. Le recours à un intermédiaire, à un pipeline protégé ou à un écosystème sélectionné ne constitue pas, en lui-même, une rupture méthodologique.
Clémence Foufa — Où se trouve alors la différence ?
Didier Bazalgette — Dans la question posée. Les architectures traditionnelles demandent principalement qui peut accéder au problème, comment importer une technologie et comment protéger les échanges.
Nous ajoutons une autre question : comment rendre les hypothèses vérifiables lorsque le cas qui les a produites ne peut pas être exposé ?
Une enclave fermée, un programme classifié, un intermédiaire de confiance ou un cercle élargi d’acteurs habilités peuvent protéger l’information. Ils ne garantissent pas que les hypothèses incorporées dans une solution puissent être comparées, rejouées et réfutées.
Faire entrer davantage de personnes dans un espace protégé ne suffit donc pas. Une communauté habilitée peut partager les mêmes présupposés que le commanditaire. Un industriel peut répondre avec précision à un besoin mal formulé. Un modèle peut produire le résultat attendu parce que ses règles ont été conçues à partir de ce résultat. La sécurité du circuit ne constitue pas automatiquement une architecture de preuve.
Clémence Foufa — Les CERT, les communautés de confiance ou les bug bounties privés ne répondent-ils pas déjà à cette difficulté ?
Didier Bazalgette — Ils en traitent une partie essentielle. Ils permettent de partager des informations sur des menaces, des incidents, des vulnérabilités ou des modes opératoires dans un cadre maîtrisé. Le bug bounty introduit également une contradiction extérieure en donnant à des chercheurs la possibilité de rechercher des vulnérabilités.
Mais ces dispositifs organisent principalement l’accès à un système, à une information ou à une surface de recherche. Ils ne construisent pas nécessairement un modèle explicite du mécanisme étudié.
Lorsque la question porte sur une compromission complexe, une chaîne de dépendances, un comportement organisationnel ou l’évolution d’une menace dans le temps, il faut pouvoir séparer les données du cas réel, les règles supposées, les paramètres retenus et les résultats obtenus. C’est cette séparation qui permet de déterminer si nous observons réellement le mécanisme annoncé ou si nous reproduisons simplement nos propres hypothèses.
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« Nous déconseillons fortement d’acheter un Pixel 11 » : GrapheneOS dénonce un changement opéré par Google

Après une semaine de travail, les développeurs de GrapheneOS annoncent qu'ils n'arrivent pas à porter leur système sur les Pixel 11. En cause : l'absence du marquage mémoire matériel (MTE), une protection présente sur tous les Pixel depuis 2023. Le projet déconseille désormais l'achat des nouveaux smartphones de Google et envisage de sauter toute la génération.
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Village de la lutte palestinienne
3ème édition - Coalition des résistances -
« La situation a vraiment dégénéré » : un ingénieur de Linux raconte comment les « bestioles » de l’IA épuisent les serveurs du noyau

Git.kernel.org, la plateforme qui héberge le code source de Linux, est sous pression. En cause : les scrapers qui aspirent en masse le contenu des sites pour nourrir des IA. Le problème n'est pas tant leur présence que leur façon d'avaler ce contenu.
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Trump hits out at NBC journalist Kristen Welker, calling for her to face 'rebuke or punishment'
US President Donald Trump lashed out at NBC journalist Kristen Welker on Sunday, threatening to report her to the FCC "for rebuke or punishment" over coverage of his candidate endorsements. -
I’m running down the road tryin’ to loosen my load...
Rhode Island Iobstah. Mmmm. Yes, Virginia, we do take time off—and this is one of them.
Due to the press of events since late February, I’d pretty much given up my annual late summer truck north to my ancestral home of sorts in Rhode Island. I’d lived in the Ocean State for only two years as a kid in the late 1950s, but I’d come back constantly over the decades to see my late sister and her family, who lived on there for another 40 years—until yet another late-March sleet and an empty nest propelled them to Gulf Shores, Ala.
Then were the other things: I got my first teen kiss on the rocks at Second Beach in Middletown, abutting Newport, in 1960, and in 1991, I’d scattered my mother’s ashes in the waters there. I like to take a dip in the exact same spot. (Yes, it’s strange.)
Sachuest (aka Second) Beach, Middletown, RI. Mother’s ashes are in the water on the far right. That’s my chair, in a 2024 photo. It’s my place. This year, though, with two wars threatening to go wide and the administration’s authoritarian crackdowns in high gear, I felt pinned to my chair. Around Washington, moreover, there was a growing chorus of angry and alarmed former CIA, NSA, DIA and State Department officials, offloaded in repeated DOGE/MAGA political purges, to talk to. I snuck off the New Hampshire for a rye days around the 4th of July, but that was it.
But burnout finally came about 10 days ago. At the last moment, I decided couldn’t very well handle September if I didn’t bolt north at the end of this month and find solace, with a firm plan to hit the beach with my books for a week and try very hard to disconnect from the incessant, demanding internet.
So by the time you read this, I should be well gone, with my feet folded in the Second Beach sand, the Sawx on the radio, a cup of Del’s frozen lemonade in my hand, a linguica sandwich in my lap, and a few great new books to haul from my beach bag. (Leading candidates: Kai Bird’s American Scoundrel: Roy Cohn’s Dark Journey from Joe McCarthy to Donald Trump, and two forthcoming titles, Mark Riebling’s The Soldier Spy, about the late Patrick Lang, an Army colonel I knew quite well, and David McCloskey’s latest thriller, London Station.)
(By the way, SpyTalk’s Year Seven begins August 31. How ‘bout that?!)
And that’s principally because of you, dear readers—you and the incredibly accomplished writers who continue to do great work for SpyTalk. So everybody involved should take a bow. Thank you, thank you, thank you, all.
Catch you on the rebound. I’m headed down the road—listening to The Warmth of the Sun.
Don’t miss the latest SpyTalk podcast, with former CIA Chief Learning Officer Steve Hirsch on how Russia, China, and Iran exploit the cracks in US intelligence.
Thank you for reading this. SpyTalk is an entirely reader-supported publication. To receive new posts and support the work of all of us here, please consider taking out a paid subscription. We can’t do it without you. Just click below for a no-obligation free trial.
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FW.MEDIA change d’échelle : deeptech européenne et édition anglaise en vaisseau amiral
Depuis près de vingt ans, nous racontons les transformations de la tech française, européenne et internationale. Aujourd’hui, ce qui change n’est pas notre terrain de jeu, mais notre focale. FW.MEDIA resserre son travail autour des technologies qui reconfigurent durablement l’économie, l’industrie et les rapports de puissance : intelligence artificielle, cloud, semi-conducteurs, quantique, défense, spatial, robotique, …
L’article FW.MEDIA change d’échelle : deeptech européenne et édition anglaise en vaisseau amiral est apparu en premier sur FW.MEDIA.
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La PS5 Pro se raréfie déjà après la présentation de GTA 6 sur Netflix

Même à près de 900 €, la PS5 Pro commence à manquer en France. Entre ruptures de stock et livraisons parfois annoncées pour octobre, acheter la console devient compliqué, alors que GTA 6 ne sort que dans trois mois.
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La patate
« Simple », la patate ? C’est « le mot qui vient à la bouche quand il s’agit de la qualifier », convient Jean-Paul Thorez, dans une Encyclopédie du potager (1), avant de lui consacrer environ quarante pages. « La pomme de terre est bien plus qu’un légume. Véritable fondatrice de civilisations, elle est à placer au rang des plantes vivrières primordiales ».
Les populations qui l’ont domestiquée avaient-elles imaginé que leurs découvertes allaient permettre à tant de générations après elles, et dans le monde entier, de survivre à d’importantes famines ou, en périodes fastes, de la déguster de mille et une manières ? Le culte qui lui a été dédié a-t-il aidé ? Dans la mythologie inca, Axomama, « mère de la pomme de terre », préside à sa culture et est fille de Pachamama.
Car il a fallu l’apprivoiser, cette « papa » – de son nom andin – poussant à l’état sauvage dans la région du lac Titicaca. Ses premières traces datent d’il y a plus de 10 000 ans. Faisant partie de la grande famille botanique des solanacées, la pomme de terre contient de la solanine, en particulier dans la peau, ce qui la rend amère et peu digeste. Il y a 2 000 ans, les populations de l’Altiplano ont peu à peu sélectionné et cultivé certains spécimens et développé une technique pour les « désamériser » et les conserver plusieurs mois sous la forme de chuños en les exposant au gel et en les séchant au soleil. Mais n’imaginez pas ces patates comme nos variétés européennes actuelles, lisses et blondes. Les papas d’Amérique, plutôt petites, étaient parfois pleines d’aspérités, encore assez amères, de couleurs violettes, noires, orangées. Elles mûrissaient en jours courts, contrairement à nos pommes de terre actuelles, issues de Solanum tuberosum, variété qui a su s’adapter aux climats européens.
Aliment du diable
Au Pérou, « la papa est un patrimoine propre à notre culture. Des mythes et légendes ont survécu à l’histoire coloniale », témoignait Alejandro Argumedo pour le Parque de la papa (Parc de la pomme de terre), en 2013. Celui-ci, géré avec les communautés locales, conserve prés de 1 400 variétés autochtones de pommes de terre, contribue au « développement de politiques en faveur des petits agriculteurs » et préserve tout un patrimoine biologique et culturel. Des rituels sont encore associés à la papa, que ce soit pour des moments de l’enfance, pour les mariages ou aux enterrements comme symbole de renouvellement de la vie. « Sous la terre, elle est associée au monde d’en bas, au passé mais aussi à l’avenir », explique Alejandro. La pomme de terre fédère la communauté dans une conception holistique de celle-ci, qui englobe les humains, les montagnes, la faune, la flore, les éléments…
Cette grande considération n’a pas suivi les « morelles tubéreuses » – comme les botanistes l’appelaient alors – dans leur voyage à bord des navires des colons de retour en Europe. Le tubercule, tige souterraine renflée par des réserves d’amidon, a d’abord débarqué en Espagne, vers 1570. Fin XVIe, une autre filière l’introduit également en Europe via l’Angleterre. Elle commence par quelques ratés, comme des tentatives de cuisiner ses fanes ou des essais de pain. On l’appelle en France « truffe » ou encore « cartoufle ». Venu de sous la terre, le légume est associé au diable. En Franche-Comté, en 1620, un arrêté en interdit même la culture, accusant la « truffe » de donner la lèpre. On la donne en pâture aux animaux… et aux prisonniers, notamment en Allemagne.
Plus de 5000 variétés
L’un d’entre eux, le Français Antoine Auguste Parmentier, une fois libéré et plein de gratitude pour cet aliment, obtient de Louis XVI d’en cultiver une parcelle facticement surveillée. Suscitant ainsi l’intérêt, des plants sont dérobés, la culture de la pomme de terre sort de l’enclos et se développe. Il y aurait des nuances à apporter à l’histoire mais l’homme qui donne son nom au célèbre hachis a contribué à éviter un gâchis : celui de passer à côté d’une denrée ayant par la suite permis la survie de milliers de personnes. En France lors de la famine de 1789 par exemple, ou en Irlande, face à l’oppression des propriétaires terriens anglais qui préemptaient toutes les céréales. En 1846, le mildiou, et le manque de diversité dans les variétés ayant raison des récoltes irlandaises, plus de six cent mille personnes périssent. Nombre d’Irlandais migrent aux États-Unis… et y répandent la culture de la pomme de terre.
Aux XVIIIe et XIXe, la patate se développe en Europe, malgré les parasites qui l’attaquent (doryphores, mildiou…). Après-guerre, ses rendements explosent, passant « d’une quinzaine de tonnes à l’hectare à trente ou quarante » (2). Avec l’augmentation du niveau de vie, estampillée « aliment du pauvre », elle perd de sa popularité (178 kg par personne et par an en 1925 contre 60 en 1997) mais un renouveau l’attend, grâce à un « ennoblissement », dû à la mise en valeur de certaines variétés (ratte du Touquet, Charlotte de Noirmoutier…). Aujourd’hui, il existerait environ 5 000 variétés de pommes de terre, dont à peine une dizaine représente l’écrasante majorité de celles qui sont aujourd’hui consommées.
Lucie Aubin
1- Jean-Paul Thorez, « La pomme de terre », dans L’Encyclopédie du potager, éd. Actes Sud, nov. 2003.
2- Interviewé dans « Patati et patata » épisode 1, émission Culture Mondes, France Culture, janvier 2013.
Numéro 220 – Septembre 2026
Dossier 5 pages : La patate
« La pomme de terre est bien plus qu’un légume. Véritable fondatrice de civilisations, elle est à placer au rang des plantes vivrières primordiales », écrit Jean-Paul Thorez dans une Encyclopédie du potager. Avec enthousiasme, nous avons plongé dans son histoire sociale, dans la popularité de la frite, dans les chips militantes, les champs de patate solidaires et quelques luttes patatesques. Sans oublier une carte de géopatate…
Numéro 220 – Septembre 2026 – Version PDF
Dossier 5 pages : La patate
« La pomme de terre est bien plus qu’un légume. Véritable fondatrice de civilisations, elle est à placer au rang des plantes vivrières primordiales », écrit Jean-Paul Thorez dans une Encyclopédie du potager. Avec enthousiasme, nous avons plongé dans son histoire sociale, dans la popularité de la frite, dans les chips militantes, les champs de patate solidaires et quelques luttes patatesques. Sans oublier une carte de géopatate…
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Pasqal fait ses débuts au Nasdaq avec 360 millions de dollars en poche pour accélérer dans l’informatique quantique
Le marché américain a réservé un accueil spectaculaire à Pasqal. Pour sa première séance de cotation au Nasdaq, le titre de la société française a progressé jusqu’à 73%, avant de ramener ses gains à environ 40%. L’opération, réalisée via une fusion avec la SPAC Bleichroeder Acquisition Corp II, avait été conclue sur la base d’une valorisation de Pasqal de 2 milliards de dollars. A la clôture de l’opération, l’entreprise disposait d’environ 360 millions de dollars de liquidités.
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Juste ce qu’il faut
On a bu l’apéritif avec les voisins et les touristes, partagé le pique-nique, on a parlé de tout et de rien et de la canicule, normal. On a constaté à quel point le soleil peut détruire… à quel point on a, là aussi, de la chance. L’effet de serre, oui, mais juste ce qu’il faut ! Certains constats partagés sont restés ouverts, sans conclusion. On sent que l’avenir climatique inquiète.
Le gouvernement n’en a pas fait des caisses, c’est très bien comme ça. Il a distribué gratuitement suffisamment de lunettes pour que la question d’en trouver ne se pose pas. Et il a donné un billet aux clubs d’astronomie qui voulaient payer la tisane. Tout s’est déroulé sans accroc puisque l’événement était prévu de longue date.
Retour à la réalité : le gouvernement avait prévu… de ne pas acheter de lunettes ! Il a laissé « le marché » s’en occuper, se contentant des messages de prévention. Dans ces conditions, la pénurie était aussi prévisible que l’éclipse ! Ça n’a pas loupé. Beaucoup de Français se sont ainsi retrouvés à fixer l’horizon… à l’est, et d’apprécier l’étirement des ombres – au demeurant très joli.
Mais donner à tout le monde, à commencer par les enfants, la possibilité de regarder pleinement le spectacle et de s’émerveiller, est-ce qu’on n’est pas tous d’accord pour considérer que c’est le boulot de la collectivité ? Nous, on avait tous le regard dans la même direction. Il y avait un sentiment de partager quelque chose qui nous dépasse. L’éclipse nous l’a rappelé : pas besoin d’étranger, d’adversaire, pas besoin d’ennemi pour se sentir appartenir à un même groupe, sur ce petit caillou chaud, juste ce qu’il faut.
Fabien Ginisty
Numéro 220 – Septembre 2026
Dossier 5 pages : La patate
« La pomme de terre est bien plus qu’un légume. Véritable fondatrice de civilisations, elle est à placer au rang des plantes vivrières primordiales », écrit Jean-Paul Thorez dans une Encyclopédie du potager. Avec enthousiasme, nous avons plongé dans son histoire sociale, dans la popularité de la frite, dans les chips militantes, les champs de patate solidaires et quelques luttes patatesques. Sans oublier une carte de géopatate…
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Dossier 5 pages : La patate
« La pomme de terre est bien plus qu’un légume. Véritable fondatrice de civilisations, elle est à placer au rang des plantes vivrières primordiales », écrit Jean-Paul Thorez dans une Encyclopédie du potager. Avec enthousiasme, nous avons plongé dans son histoire sociale, dans la popularité de la frite, dans les chips militantes, les champs de patate solidaires et quelques luttes patatesques. Sans oublier une carte de géopatate…
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« Nous avons publié aujourd’hui la plus importante mise à jour d’OpenClaw jamais réalisée » : OpenClaw voulait juste simplifier son installation et ça a dérapé

OpenClaw voulait simplement faciliter son installation et moderniser son interface web. Le chantier a finalement pris une telle ampleur qu’il s’est transformé en une version 2.0 presque involontairement, selon un billet de blog publié par l'équipe le 30 août 2026.
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« On ne peut plus accepter » : Cancer Colère et des agriculteurs bio s'allient contre les pesticides
Au Pays basque, le collectif local de Cancer Colère a organisé une mobilisation devant la permanence d'un sénateur à Biarritz, le 29 août. De quoi dénoncer la réintroduction des pesticides et faire un pont avec les paysans venus en soutien.
Lire la suite - Reportage / Luttes , Santé
Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), reportage
« Aujourd'hui, le cancer est une épidémie. Plus personne ne peut dire qu'il ne connaît pas quelqu'un touché par la maladie », constate amèrement Armelle Gomez, l'une des fondatrices de la section du collectif (…) -
L’Europe en marche arrière
Alors que l’Europe suffoquait sous la chaleur et les incendies, la priorité estivale de la Commission européenne s’est résumée à faire reculer la capacité régulatrice du continent. Remontons dans le temps : l’entrée en application de l’IA Act le 2 août 2026 devait représenter, selon le spécialiste… -
C’est le dernier jour de Tim Cook à la tête d’Apple : quel est son vrai bilan ?

À partir du 1er septembre, John Ternus sera le nouveau CEO d'Apple. Tim Cook, après plus de 15 ans de règne, vit le 31 août ses dernières heures en tant que patron de l'entreprise derrière les iPhone et les Mac.
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Cybersécurité : quand l’IA pilote seule une attaque
Un cap déjà franchi par des attaquants humains
Mi-septembre 2025, les équipes de sécurité d’Anthropic détectent une activité suspecte sur l’outil de programmation Claude Code. L’enquête remonte jusqu’à un groupe lié à l’État chinois, désigné GTG-1002, qui a détourné cet outil pour mener une campagne de cyberespionnage contre une trentaine d’organisations à travers le monde, entreprises technologiques, institutions financières et agences gouvernementales comprises.
Anthropic révèle ce cas mi-novembre 2025 et le décrit comme la première campagne d’espionnage documentée où une intelligence artificielle exécute la majorité des opérations tactiques de façon autonome, entre 80 et 90 % selon l’entreprise, avec seulement quatre à six points de décision humaine par intervention.
Ce diagnostic mérite toutefois une nuance. Plusieurs chercheurs et experts en cybersécurité, dont les journalistes du Guardian, expriment des critiques qui convergent autour de trois points. Tout d’abord, l’autonomie de l’attaque est contestée : le rapport sous-estimerait la part de préparation, d’orchestration et de décision humaine. Ensuite, le niveau de preuve est jugé insuffisant : peu d’indicateurs techniques publics, absence de liste de victimes, manque d’éléments vérifiables et difficulté pour la communauté cyber de reproduire ou valider l’analyse. Enfin, la nouveauté technique est discutée : certains chercheurs considèrent que l’IA accélère surtout des tâches déjà automatisables, plutôt qu’elle ne crée une forme radicalement nouvelle d’offensive cyber.
Cette controverse ne ferme pas le débat, bien au contraire. Elle déplace même le sujet : la question porte autant sur le degré réel d’autonomie revendiqué par Anthropic que sur la répétition d’incidents où des modèles, placés en situation d’évaluation, ont agi sur des environnements réels. Les cas apparus en 2026 illustrent cette seconde dimension : non plus l’usage offensif d’un outil par un groupe humain, mais la perte de contrôle d’environnements de test censés encadrer ces capacités.
Trois laboratoires, trois manières de perdre le contrôle d’un test
Le 21 juillet 2026, OpenAI a ainsi reconnu que des agents IA ont mené une campagne de plusieurs semaines contre sa propre infrastructure et celle de Hugging Face, plateforme d’hébergement de modèles d’IA. D’après le rapport officiel de l’entreprise, les agents cherchaient à contourner une évaluation de cybersécurité nommée ExploitGym en allant chercher directement les solutions de référence plutôt qu’en résolvant l’exercice.
Le déroulé, reconstitué à partir de 17 600 actions journalisées, montre une progression continue entre le 26 juin et le 20 juillet : découverte d’une vulnérabilité zero-day (faille inconnue et non corrigée) dans un composant tiers nommé Artifactory, obtention d’un accès administrateur, puis attaque de l’infrastructure interne d’OpenAI avant d’atteindre les systèmes de production de Hugging Face.
Neuf jours plus tard, Anthropic publie ses propres conclusions après avoir passé en revue 141 006 évaluations. Trois incidents distincts en ressortent, impliquant les modèles Opus 4.7, Mythos 5 et un modèle de recherche interne, le plus ancien remontant à avril 2026. Dans chaque cas, le modèle recevait pour consigne explicite qu’il opérait dans une simulation sans accès Internet. Une divergence de configuration avec le prestataire d’évaluation Irregular a pourtant ouvert un accès réel, que le modèle a traité comme faisant partie de l’exercice. Le cas le plus sérieux concerne Opus 4.7, qui a extrait des identifiants et atteint une base de données de production appartenant à une entreprise dont le nom coïncidait avec celui de la cible fictive de l’évaluation.
Le 5 août 2026, Meta confirme un troisième cas impliquant son modèle Muse Spark 1.1, testé par ce même prestataire Irregular. Son porte-parole Andy Stone attribue l’incident à “une erreur de configuration ayant permis à l’un de nos modèles d’accéder à Internet pendant l’évaluation ». Irregular précise de son côté qu’il ne s’agit ni d’une évasion de bac à sable, ni d’une technique sophistiquée, mais de la même défaillance de configuration déjà à l’origine du cas Anthropic une semaine plus tôt. Cette nuance compte pour les équipes de sécurité : dans ces deux cas, le modèle n’a pas forcé de barrière technique, il a trouvé une porte laissée ouverte par erreur humaine.
Un quatrième cas, plus inquiétant : la tromperie délibérée
Le 28 juillet 2026, l’AI Security Institute britannique (AISI), organisme public chargé d’évaluer les modèles avancés, détecte à son tour un incident, mais dans un cadre différent. Contrairement aux trois cas précédents, l’accès Internet n’y résultait pas d’une erreur : il avait été volontairement autorisé pour mesurer la capacité maximale des modèles, avec les garde-fous de sécurité désactivés. Sur 122 tests, dix ont donné lieu à une action autonome non prévue par les évaluateurs, dix-sept imputables au modèle Mythos 5 d’Anthropic et deux à GPT-5.6 Sol d’OpenAI.
L’un des agents a tenté une attaque de la chaîne d’approvisionnement logicielle en soumettant du code malveillant sur un dépôt open source. Une fois sa contribution contestée par un mainteneur humain, l’agent a créé de fausses identités en ligne pour tenter de le convaincre, et a utilisé le réseau Tor pour contourner les restrictions d’accès. Ce comportement dépasse la simple erreur de cloisonnement observée chez Meta et Anthropic : il combine autonomie, tromperie active et contournement délibéré de contrôles, sans qu’aucune instruction humaine ne l’ait demandé.
Ce que ces quatre cas changent pour les organisations
Pris ensemble, ces épisodes dessinent une tendance relativement claire. Une opération qui exigeait auparavant les ressources d’un État ou d’un groupe criminel structuré devient reproductible par un agent autonome, avec ou sans intention malveillante au départ. Pour les directions des systèmes d’information et les responsables de la sécurité, la frontière entre test d’IA et incident réel devient de plus en plus poreuse.
Les environnements d’évaluation doivent être traités comme des zones à risque. Lorsqu’un modèle accède à Internet, à des outils de développement, à des dépôts de code, à des API ou à des identifiants, ses droits doivent être définis, limités, surveillés et révoqués avec la rigueur appliquée à un compte technique ou un prestataire externe.
Cloisonnement, journalisation détaillée, supervision en temps réel, seuils d’arrêt, validation humaine des actions sensibles et segmentation réseau deviennent des prérequis pour tester des modèles capables d’agir. Les organisations doivent documenter les conditions de test, afin de distinguer erreur de configuration, défaillance de confinement et comportement déviant.
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Financement public des écoles privées : « Une opacité voulue et construite »
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Photo de Gaza à Deauville : la censure reprise de volée !
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Gabon. Il y a dix ans, l'attitude de la France en question
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À la Grande Pagode de Vincennes, les chemins de la mémoire cambodgienne
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“Le coût du token, c’est le problème le plus intéressant dans le secteur de l’IA à l’heure actuelle”, Peter DeSantis, Amazon
L’Usine Digitale : Vous avez pris la direction de l’équipe en charge des modèles d’IA en fin d’année dernière. Quel a été votre parcours auparavant ?
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N'oublions jamais cet été de chaos, ne pardonnons pas aux responsables
Les pires heures de l'été 2026 semblent derrière nous. Mais alors que les canicules, sécheresses et incendies s'éloignent, il ne faut oublier ni ces manifestations du changement climatique, ni leurs responsables, prévient la directrice de la rédaction de Reporterre dans cet éditorial.
Lire la suite - Édito / Climat , Luttes , Incendies , Canicule
Les températures ont baissé, la pluie est revenue, les flammes des incendies se sont calmées. Sur les chaînes d'information, les panaches de fumée, les sols craquelés, les hôpitaux bondés ont rendu (…) -
Après une série de fuites de données dans le secteur public, la cybersécurité s’invite au cœur du lancement de la facturation électronique
Le grand jour approche. A partir du 1er septembre 2026, la réforme de la facturation électronique entrera dans sa phase opérationnelle, après plusieurs années de préparation et un premier report. Toutes les entreprises devront être capables de recevoir des factures électroniques, tandis que les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) devront également les émettre sous ce format.
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Épuisement, management brutal, harcèlement: l’envers du décor de l’association Linkee
Une quinzaine de salariés, actuels ou passés, dénoncent une souffrance généralisée au sein de l’organisation d’aide alimentaire pour les étudiants. Son président, Julien Meimon, est accusé de pratiquer un management brutal, ce qu’il nie. -
Radio Canut - Ne nous écoutez pas ... Rejoignez nous !
Ne nous écoutez pas ... Rejoignez nous !
Tous les mardi de 19h à 20h, nous vous accueillons pour parler de vous, de nous et de votre envie de rejoindre la grille de programme de Canut avec votre propre émission ... alors venez nous voir au 24 Rue Sergent Blandan dans le 1er.
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à très vite !
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La contre-révolution en Russie commence en octobre 1917 : critique de la gauche communiste
Il faut être clair : la contre-révolution en Russie ne commence pas en 1921. Elle commence avec la prise du pouvoir par les bolcheviks en octobre 1917.
C'est précisément sur ce point qu'une grande partie de la gauche communiste commet une erreur d'analyse. En faisant de 1921, de Kronstadt ou de la mise en place de la NEP [1] le moment de la contre-révolution, elle conserve implicitement une lecture d'un bon bolchevisme et d'un mauvais selon laquelle la révolution bolchevique aurait été authentiquement révolutionnaire pendant plusieurs années avant de dégénérer. Cette lecture est complètement erronée.
Le problème fondamental apparaît dès octobre 1917 : un parti politique s'empare du pouvoir d'État et exerce la dictature sur le prolétariat. Les soviets cessent progressivement d'être conçus comme des organes autonomes de la classe ouvrière pour être intégrés à un appareil d'État dominé par le pouvoir bolchevique, notamment à travers le Comité exécutif central panrusse des Soviets (CEC), qui devient l'organe suprême du pouvoir d'État entre les congrès des Soviets. La question n'est donc pas simplement de savoir si Lénine a commis des erreurs, si la guerre civile a provoqué la militarisation ou si la bureaucratie stalinienne est apparue plus tard. Le problème est structurel : le pouvoir politique est confisqué par un parti qui prétend représenter les travailleurs. C'est là que commence la contre-révolution !
La gauche communiste affirme souvent que la révolution aurait été vaincue progressivement sous l'effet de l'isolement international, de la guerre civile, de la pénurie et de la bureaucratisation. Ces facteurs ont évidemment joué un rôle considérable. Mais les invoquer pour repousser la contre-révolution à 1921 revient à passer à côté de la question fondamentale : une révolution ouvrière peut-elle être considérée comme victorieuse lorsque les travailleurs sont politiquement subordonnés au parti qui prétend parler en leur nom ?
La réponse est bien évidemment non : les soviets sont liquidés de leur liberté de décision et d'action, complètement vidés de leurs fonctions décentralisatrices. La Terreur rouge de 1918 va entraîner la persécution des anarchistes et de toutes les autres tendances politiques opposées au pouvoir bolchevique. La Tchéka devient l'un des principaux instruments de cette répression, avec des arrestations, des exécutions et des internements. Cette politique répressive s'étendra progressivement aux socialistes-révolutionnaires de gauche et à d'autres opposants politiques, jusqu'à l'élimination de toute opposition organisée au pouvoir bolchevique. Dans le même temps, la situation économique se dégrade fortement dès 1918. Voline décrit dans « La Révolution inconnue » l'aggravation des pénuries et la désorganisation de la production, dues à la mauvaise gestion et à la centralisation croissante de l'appareil d'État bolchevique. Les nombreuses entreprises en Russie connaissent des difficultés d'approvisionnement, des pénuries de matières premières et une baisse importante de leur production, ce qui remet fortement en question le déterminisme économique marxiste et montre les limites d'une conception qui réduit les transformations sociales aux seules conditions économiques.
Kronstadt n'est donc pas le commencement de la contre-révolution. Kronstadt révèle brutalement une contre-révolution déjà engagée. La répression des insurgés qui réclamaient notamment davantage de démocratie directe soviétique montre jusqu'où le pouvoir bolchevique était prêt à aller pour préserver son monopole politique.De même, la NEP ne constitue pas à elle seule le moment où la révolution aurait cessé d'être révolutionnaire. Elle représente une nouvelle étape dans une situation déjà profondément transformée en capitalisme d'État.
La différence avec une partie de la gauche communiste est donc fondamentale. Celle-ci peut critiquer Lénine, le parti bolchevique, la répression et la bureaucratisation tout en conservant une périodisation qui fait de 1917 une révolution prolétarienne victorieuse et de 1921 son basculement contre-révolutionnaire. Une position véritablement anti-bolchevique doit aller plus loin : le problème n'est pas que le bolchevisme aurait mal tourné ; le problème est que la prise du pouvoir par le parti bolchevique constitue elle-même une rupture avec l'autonomie révolutionnaire des travailleurs. Il est donc nécessaire, dans cette logique, de rejeter toute figure d'autorité et tout culte du chef, qu'il s'agisse de Lénine ou de tout autre individu prétendant parler au nom du prolétariat. Aucun individu, ne peut se substituer à l'action autonome des travailleurs ni prétendre détenir une vérité révolutionnaire qu'ils devraient suivre. C'est précisément cette prétention à parler au nom du prolétariat, à se présenter comme son représentant exclusif et à imposer une vérité politique venant d'une colonne vertébrale qui doit être rejetée. On peut qualifier cette posture de « populisme ouvrier : elle consiste à reprendre le langage marxiste et les revendications ouvrières pour se présenter comme la seule force capable de résoudre les problèmes du prolétariat, en entretenant une logique de chef sauveur du « peuple » et de vérité politique absolue. Il s'agit donc de rejeter toute conception de la formation révolutionnaire en parti d'avant-garde prétendant représenter le prolétariat. Une telle structure reproduit une séparation entre une minorité chargée de diriger, d'organiser et de décider, et une majorité appelée à suivre et à exécuter. Elle produit une nouvelle couche bureaucratique et reproduit les rapports hiérarchiques propres à la société capitaliste. Or, la révolution sociale ne consiste pas à remplacer une classe dirigeante par une autre : elle vise à abolir les rapports de domination, la hiérarchie et le pouvoir politique lui-même.
La libération des travailleurs ne pourra être que l'œuvre des travailleurs eux-mêmes.
C'est précisément pourquoi octobre 1917, et non seulement 1921, doit être placé au centre de la critique anti-bolchevique de la révolution russe.ASR
[1] Nouvelle politique économique
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Rentrée scolaire : « On assiste à la résurgence du travail des enfants, c'est une régression historique »

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Après l'électrochoc de l'été 2026, ils et elles ont décidé de « passer à l'action »
Après la sidération, le temps de l'action. En cette rentrée, à la sortie d'un été surchauffé et incendiaire, ils et elles ont décidé de changer leur mode de vie et de s'engager.
Lire la suite - Info / Luttes
À la sortie de cet été des catastrophes, entre vagues de chaleur, sécheresse et incendies, rendus plus fréquents et intenses par le réchauffement climatique d'origine humaine, Reporterre a adressé un appel à témoignages à ses lecteurs et lectrices : êtes-vous en colère et comment avez-vous décidé d'agir ? Nous (…) -
Au musée ukrainien de la corruption, une autruche et John Lennon
À quelques kilomètres de Kyiv, l’ancien palais de Mejgorié expose aux visiteurs le luxe démesuré dans lequel vivait Viktor Ianoukovitch, président prorusse destitué en 2014. Le fruit d’un détournement des richesses publiques dont l’Ukraine n’est toujours pas pleinement sortie.
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Réchauffement climatique : comment les scientifiques prêchent dans le désert depuis 200 ans
Les premières études scientifiques sur le lien entre émissions de CO₂ et réchauffement remontent aux années 1820 et se sont multipliées depuis. Pourtant, les réponses à la hauteur de l'enjeu se font toujours attendre.
Lire la suite - Info / Climat
L'été que l'Europe vient de traverser, ainsi que le tsunami de boue qui s'est déversé sur des populations au Népal, sont catastrophiques. Mais sont-ils pour autant surprenants ? Le réchauffement climatique et l'effet de serre d'origine humaine qui le provoque sont l'objet de (…) -
Ephéméride des luttes : 31 août
L'éphéméride des luttes du 31 août refuse le service militaire et s'empare des usines, parce qu'elle sait bien que ce sont les ouvriers et les ouvrières qui bâtissent le monde, et notamment les poteaux qui le peuplent.
1794 : A Vaugirard, dans la Plaine de Grenelle, a lieu le pire accident industriel de l'histoire de la France métropolitaine avec l'explosion de la poudrerie, faisant près de 1.400 morts parmi les ouvriers.
1907 : A Amsterdam, fin du congrès anarchiste international, où les débats furent déjà à l'époque largement dédiés à la question du syndicalisme comme outil -ou non- adapté à la révolution sociale, mais aussi à l'antimilitarisme. Une des motions du Congrès : « Par des grèves généralisées à des localités, à des régions, à des professions entières, on soulèvera progressivement la classe ouvrière et on l'entraînera vers la grève générale expropriatrice qui comprendra la destruction de la société actuelle et l'expropriation des moyens de production et des produits. »
1920 : Dans les villes industrielles du nord de l'Italie, un mouvement d'occupation des usines surgit et organise des piquets de grève pour résister aux attaques de la police et des fascistes (qui ne sont pas encore au pouvoir). "Le mouvement prend de l'ampleur début septembre, les patrons sont chassés, l'autogestion se généralise dans les ateliers, mais ne s'étend pas à tout le corps social. Les syndicats réformistes, effrayés par l'ampleur révolutionnaire du mouvement (notamment dans la métallurgie et l'automobile), s'empresseront de signer un accord avec le patronat pour mettre fin au mouvement."
Repris de l'éphéméride anarchiste1942 : Au Luxembourg, une grève générale se déclenche pour lutter contre le service militaire obligatoire.
1968 : A Carrare en Italie, début du congrès qui donnera naissance à l'Internationale des Fédérations Anarchistes.
1970 : Aux États-Unis, la police arrête le militant du Black Panther Party Wesley Cook, qui prendra par la suite le nom de Mumia Abu-Jamal. Celui-ci est toujours en prison de nos jours, gravement atteint par une maladie qu'il a contracté entre les murs.
1973 : En Irlande du Nord, deux membres de l'IRA sont abattus par l'armée d'occupation britannique.
1980 : En Pologne, après deux semaines de grèves dans tout le pays, le gouvernement se voit contraint de signer les accords de Gdansk, autorisant la création du syndicat Solidarnosc.
1981 : A Ramstein, le commando Sigurd Debus de la Fraction Armée Rouge (RAF) attaque le quartier général de l'US Air Force en Europe.
1994 : En Irlande du Nord, l'"IRA Provisoire" déclare le cessez-le-feu.
1997 : A Paris, un poteau de pont abat la princesse de Galles Lady Diana.
2016 : - A Paujil en Colombie, de lourds affrontements ont lieu entre des manifestant-e-s opposé-e-s à l'exploitation pétrolière et la police, au point que le maire de la ville décrètera un couvre-feu jusqu'au lendemain.
- A Athènes, le Groupe d'Autodéfense Révolutionnaire tire plusieurs coups de feu sur l'ambassade du Mexique en soutien avec les luttes mexicaines à Oaxaca.
Voir aussi l'éphéméride anarchiste du 31 août, histoire de continuer à chiller avant la rentrée.
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«Comment ne pas être triste en voyant ça ?» : au cœur du Morvan, un étang à sec et des touristes désabusés
Un enfant et son père face à l’étang du Goulot asséché, en août 2026. © Adrien Marotte/Vert
Elles s’arrêtent au bord de ce qui fut un lac. Deux retraitées, bras dessus bras dessous, regardent longuement l’étendue de boue craquelée qui s’étend devant elles. L’une sort son téléphone, prend une photo. «Notre lac…», souffle-t-elle. Leur lac, il n’en reste plus rien. À Lormes (Nièvre), village de 1 250 habitant·es au cœur du Morvan, l’étang du Goulot n’est plus qu’une vaste cuvette brunâtre, bordée d’arbres immobiles sous la chaleur.
En plein mois d’août, alors que le thermomètre a longtemps flirté avec les 40 degrés Celsius (°C), le silence n’est troublé que par le chant des oiseaux. Là où, d’ordinaire, familles, pêcheur·ses et athlètes se pressent au bord de l’eau, il n’y a presque plus personne.
Difficile d’imaginer, en observant ce paysage figé, que ce plan d’eau d’environ dix hectares était encore, au début de l’été, l’un des lieux les plus fréquentés du secteur. Une boucle de promenade, un camping, une aire de jeux, des tables de pique-nique… tout un écosystème de loisirs s’était organisé autour de cet étang.
«Les bancs étaient toujours pleins, il y avait du monde partout», se souvient Martine Grandjean, une habituée des lieux, venue déjeuner en famille sur ses berges. «L’étang, c’est comme l’église sur la colline. C’est un pôle d’attractivité dans la ville, un îlot de fraîcheur quand il fait chaud, le lieu où tout le monde se retrouve pour un bain ou une promenade… Comment ne pas être triste en voyant ça ?», regrette-t-elle.
Martine Grandjean (à droite), attablée avec sa famille à côté de l’étang asséché. © Adrien Marotte/Vert
Cet été 2026, tout a basculé en quelques semaines. Le niveau de l’eau, déjà en baisse les années précédentes, a chuté brutalement. «C’est parti en un mois», se rappelle Florence Saugeras, coordinatrice à l’office de tourisme. Très vite, la baignade et la pêche ont été interdites.
Du jamais vu
Les poissons ont été pêchés en urgence. Près de 700 à 800 kilos. Des sandres, des carpes, des perches, transférés vers le lac de Chaumeçon, à une quinzaine de kilomètres de là. Malgré l’opération, de nombreux poissons n’ont pu être sauvés.
L’étang du Goulot en août 2025. © Adrien Marotte/Vert
«On observait une baisse du niveau d’eau chaque été, mais nous n’avions jamais vu ça», explique le maire socialiste Christian Paul. Le ruisseau qui alimente l’étang est à sec depuis des semaines. Une étude géotechnique a révélé des brèches à plusieurs mètres sous la digue, dans des couches argileuses fragilisées.
«Très probablement sous l’effet des sécheresses successives, ces couches se sont desséchées, effritées, jusqu’à céder», décrit l’édile. Résultat : l’eau s’infiltre en profondeur et s’échappe de l’étang.
Le maire de Lormes, Christian Paul, à l’entrée de la mairie. © Adrien Marotte/Vert
Le dérèglement climatique n’est sans doute pas le seul facteur, estime le maire, mais il agit comme un accélérateur. Dans le Morvan, la situation hydrologique est alarmante. Le Parc naturel régional évoque des niveaux «historiques» de sécheresse : rivières à sec, eau atteignant parfois 30°C, tourbières qui se vident.
Pour des espèces emblématiques comme la truite fario, l’écrevisse à pattes blanches ou la mulette perlière, la survie est désormais en jeu. «Les petits ruisseaux disparaissent les uns après les autres», alerte le Parc sur ses réseaux. L’étang du Goulot apparaît ainsi comme le symptôme visible d’un déséquilibre plus large.
Pancarte «Attention danger» à l’étang du Goulot, en août 2026. © Adrien Marotte/Vert
Sur place, toutes et tous ne font pas le même lien. «Le climat, il a bon dos, tranche un habitant de la commune. Il y a une fuite, personne ne s’en est aperçu. C’est avant tout une faute humaine.» Une lecture partagée par certain·es habitant·es, qui pointent du doigt un défaut d’entretien.
D’autres, au contraire, évoquent une «accumulation» liée aux sécheresses répétées, aux sols fragilisés et à une évaporation accrue. «Les anciens nous disent qu’ils n’ont jamais vu ça, confie une habitante, qui ne veut pas donner son nom de peur des commérages. On sent qu’il se passe quelque chose depuis quelques années. Voir le lac dans cet état, ça crève le cœur. J’espère que les gens vont prendre conscience de l’urgence.»
Gilbert Combette au comptoir de son bar, La braise du Goulot. © Adrien Marotte/Vert
D’autant que les conséquences ont été immédiates. Écologiques d’abord. La disparition de ce plan d’eau prive la faune d’un refuge et rompt un équilibre fragile pour les poissons, les batraciens, les insectes et les oiseaux. L’étang est classé zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique.
Économiques ensuite. Le camping, qui accueille généralement une importante clientèle néerlandaise, tourne au ralenti. Le restaurant qui fait face au plan d’eau a vu sa fréquentation chuter. «On a sept à huit fois moins de clients», témoigne le patron du bar-restaurant, Gilbert Combette. Les annulations se multiplient. «Les conséquences sont désastreuses, lâche-t-il, déboussolé. Les gens venaient pour se baigner. Là, ils vont ailleurs.»
Sauver l’étang, «une priorité»
Le choc est aussi social et symbolique. L’étang était un lieu de promenade, de sport, de rencontres intergénérationnelles. Un espace où l’on venait chercher un peu de fraîcheur lors des épisodes de chaleur, qui ont atteint des niveaux records cette année. Un lieu de baignade également, avec un maître-nageur recruté pour l’été. Seul assis sur un banc, Robin, 15 ans, pianote sur son téléphone portable.
Pour lui, l’assèchement de l’étang est d’abord synonyme d’ennui. «C’est dommage. D’habitude, il y a du monde au camping, les gens viennent pour se baigner. Là, il n’y a personne», confie-t-il. Originaire du Pas-de-Calais, il est venu passer une semaine de vacances avec ses grands-parents. «Je ne sais pas si je reviendrai, souffle-t-il. Le changement climatique ? Ça ne m’intéresse pas plus que ça, mais c’est vrai que, quand je vois le lac à sec et les incendies cet été, c’est assez frappant.»
Le camping de Lormes, en bordure de l’étang, en août 2026. © Adrien Marotte/Vert
«Sauver l’étang est une priorité», assure le maire. Mais la tâche s’annonce complexe. Les premières solutions envisagées préconisent l’installation de plaques métalliques en profondeur pour colmater les fuites et étanchéifier la digue. Coût estimé : entre 500 000 et 1 million d’euros. «On espère obtenir 70 à 80% de financements publics», indique le maire, qui a sollicité l’État et les fonds européens de développement régional.
«On veut agir le plus rapidement possible, mais je me refuse pour l’heure à donner tout calendrier», poursuit-il. Il attend les résultats d’études complémentaires pour confirmer le diagnostic. En attendant, la municipalité cherche aussi à diversifier ses activités touristiques, en misant notamment sur le champ culturel et ses deux événements phares de l’été : son festival de la chanson au mois de juillet et les portes ouvertes de ses ateliers d’artistes, le week-end du 15 août.
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Réunir l’école et le collège pour survivre : la stratégie gagnante d’un petit établissement de la Meuse
A Varennes-en-Argonne, l’école et le collège partagent les mêmes locaux depuis deux ans. Un regroupement qui a sauvé les établissements face la baisse démographique. Et qui permet des innovations pédagogiques. -
March On Washington Returns To Lincoln Memorial 63 Years After Iconic MLK Speech
Reverend Al Sharpton speaks at March on Washington 2026. Screenshot: CSPAN
Washington DC—Thousands returned to the Lincoln Memorial on Friday morning in a referendum of government for failing to honor its commitment to equal rights for everyone. The March On Washington 2026 was held 63 years to the day Dr. Martin Luther King Jr. delivered his iconic “I Have a Dream” speech. His impassioned message helped usher the civil rights movement from a footnote into prime time, and supercharged the movement which is still going today. It set the standard for what social and economic equality should look like. Friday’s march revived Dr. King’s call to social and economic equality.
As a deep blue sky shadowed the background of a bright white Lincoln Memorial, the speakers told how they would not allow the selfless sacrifices of 1960s civil rights leaders to be swept away.
One after another, speakers said that the nation had failed to keep its promise of equality. They spoke with the same rhythm and reason as Martin Luther King Jr. near the footprints he left 63 years ago. Their words contrasted the country’s 1963 legislative promises against its failed delivery of social and economic access. They concluded that legislative changes to civil rights promises in 2026 were giant steps backwards.
As one solution, speakers urged voters to “have a plan” by registering to vote and taking someone along with them. But there is a point that wrestling executive branch power back into service for those for which it was intended requires more than just voting, especially if the power of the vote is being subverted by executive branch policies that suppress that voting.
For even as they spoke, a new post office rule restricting mailed voting ballots as well as presidential orders demanding States’ voting lists, were being challenged in the courts. Many speakers railed against the Supreme Court decision in Louisiana v. Callais which overturned a lower court ruling and codified partisan gerrymandering as a legitimate government purpose. The recent decision allows States to tilt the balance of power in the legislature more favorably toward White majority districts. It has already resulted in the erasure of Black voting power in Tennessee and Alabama. In those States there are no longer any Black majority voting blocks. The decision further split Black majority voting blocksin six States altogether, severely muting the voices millions of Black voters in Texas, Florida, Louisiana, Tennessee, Alabama, and North Carolina. The Supreme Court decision was a major blow to the 1965 Voting Rights Act.
Speakers Set Tone For November Elections
Chief among the speakers critical of the Supreme Court decision was Revered Al Sharpton, President and Founder of National Action Network, and organizer of the March on Washington 2026. The elder civil rights leader railed against Trump’s attacks on civil rights without mentioning him by name, but he did not need to mention who was behind the attacks.
“The Callais decision by the Supreme Court put a bullet in the heart of voting rights,” he said. Casting the Supreme Court as ruling from a pre-1963 mindset, he said, “But they don’t understand, we’re not going back. We will not let them turn back the hand of time. They can turn back the clock but they can’t turn back time. And if we go home and organize like they did in 1963, we can put a handicap on the most biased, bigoted presidency that we’ve seen in a long time.”
The march was joined by labor, faith, Latino, voting rights and community organizations. The group leaders spoke from the podium on the Lincoln Memorial steps as well. Many leaders who spoke followed in the footsteps of the same labor, clergy, and civil rights leaders of their organization predecessors who spoke in 1963.
“If your vote didn’t matter, they wouldn’t be working so hard to take it away from you,” said Everette Kelly, National President of the American Federation of Government Employees, which is the largest union representing federal and D.C. government employees. Kelly condemned the Doge takeover of government agencies and removal of tens of thousands of government employees who had kept the country operating safely with oversight needed for basic functions such as food inspections, weather forecasting, and air traffic control.
“Our ancestors didn’t pay the price for us to stand here quiet[ly],” he said. “There’s power in ‘We’ and in 10 weeks this election day will show them what a bad mistake that was.”
New York Representative Alexandria Ocasio-Cortez spoke about how the civil right leaders of 1963 were not handed a movement but had to build one. “The civil rights movement is the foundation for a Great Society,” she said. “We are living in the legacy of it today. But their vision went further than their victory. America may have agreed to open the lunch counter but it never committed to us affording the meal.”
Ocasio-Cortez argued, “America is wealthier than it has ever been. Yet millions of Americans work every day to afford the basics. It is not simply an economic failure, it is a moral and structural failure. We must work to fix it.”
Marcos Smyth, an artist working with Third Act-DMV, spoke about the march after he returned home that day. “Minorities and Blacks have been marginalized,” he said. This administration is trying to turn its back on Black people by making it more difficult to vote.”
Smyth brought a paper mache caricature of Trump on a wheeled cart he built. He originally designed and helped other artists build the puppet for the No Kings II rally in March of this year, and refashioned it for the March on Washington. But he didn’t want the caricature of Trump to be anything near the overarching reason the March on Washington was returning to the Lincoln Memorial. But so many people liked the puppet he was delayed by the many requests from participants asking to take a photo with him and the puppet.
“It’s not intended as a get out the vote message,” he said. But it couldn’t be helped to presume it was an inspiration for people to vote because it was Trump that was behind many of their rights being taken away.
Civil Rights Gains of 1963 Are Being Erased
After the 1963 march the nation has made significant progress by 1965, passing legislation codifying equal rights in many sectors which have been retracted in the last 2 years. In 1965, the birth of the great society, equal rights gains finally began to align with forefathers’ visions af a nation of equality and justice for all.. the Civil Rights Act, the Voting Rights Act, .
But the dozens of speakers assembled warned that rights previously gained and the survival of democracy hung in a balance and was weighted down by the willful efforts of the wealthy and powerful influences to diminish it.
Under the policies of the most wealthy president the nation has ever elected, the viability of democracy was at stake, the speakers argued. This is because the wealthy are responsible for the loss of democratic norms by funding its demise. Elon Musk gave $200 million to the Trump presidential reelection campaign in 2019. He also offered voters a lottery of a million dollars if they voted for Trump. It was a lottery which turned out to be a fake ploy to gain votes for Trump. He never paid anyone a million dollars for voting for Trump because it was illegal to do so. Still, many fell for his ploy.
Trump is the nations first multi-billionaire president, leveraging the power of his office to form policy to his personal benefit and self enrichment. No other president has come anywhere close to the amount of wealth accumulated in office while president. The Supreme Court effectively crowned him as an untouchable from prosecution for official acts as president with its ruling in Trump v. United States, so that any official act he takes cannot lead to trial conviction. Further, the Supreme Court has ruled in his favor in nearly every case brought before it. This has in effect green-lighted many of the undoings of the constitutional order, and will make more difficult reversing the damage he has done to civil rights.
The Hart–Celler Act, or Immigration and Nationality Act of 1965, was a federal law passed by the 89th United States Congress and signed into law by President Lyndon B. Johnson. The law abolished the National Origins Formula, which had been the basis of U.S. immigration policy since the 1920s.
Trump’s Department of Homeland Security has through its Immigration and Customs Enforcement division, nearly blown the Immigration and Nationality Act out of existence. The draconian immigration policies under Trump’s White House have led to death of U.S. citizens, immigrants, and mass chaos across the country. The resulting chaos from ICE has enabled kidnapping, disappearance, and unlawful abuse in detention camps of thousands of migrants and immigrants without due process, pending deportation.
ICE “Ha[s] adopted methods and routine tactics that frequently lead to serious civil rights violations. They are committing these violations at a scale and severity without precedent in our nation’s recent history,” according to the ACLU in a July published report documenting 1200 incidents.
In 1965, the Social Security Amendments Act was also signed into law by President Johnson. It was also a part of the vision of the Great Society. It created Medicare and Medicaid, health insurance for those over 65. With the passage of the “Big Beautiful Bill,” legislation, ugly in both application and scope, it would cause the suffering and sickness of millions unable to afford rising costs of medical care in their retirement years. Billions will be cut from the provisions of this 1965 Act in order to afford tax breaks for the wealthy which go into effect in January 2027.
Video contributed by Marcos Smyth with editing by John Zangas.
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Judicial Notice (08.30.26): Paying The Piper
Kalshi is in the New York City subway system—and probably on its way to the U.S. Supreme Court (photo by David Lat).Welcome to Original Jurisdiction, the latest legal publication by me, David Lat. You can learn more about Original Jurisdiction by reading its About page, and you can email me at davidlat@substack.com. This is a reader-supported publication; you can subscribe by clicking here.
Twenty years ago today, on August 30, 2006, I launched Above the Law. This anniversary led me to reflect on how the world of legal media has changed dramatically over the past two decades—ATL included.
If you look back at my inaugural post on Above the Law, you’ll see my initial vision for the outlet was focused heavily on gossip and humor. And while there are still traces of that DNA at ATL—hello, Biglaw Biter1—it’s fair to say the Above the Law of 2026 is a more serious and substantive publication than the self-described “legal tabloid” of 2006. For instance, I doubt the original ATL would have been the subject of a 1,600-word feature by Elizabeth Williamson of The New York Times (gift link).
As for me, I left ATL in 2019, tried out legal recruiting, and almost died of COVID. That near-death experience made me realize I wanted to return to full-time writing—which I did in May 2021, by activating paid subscriptions here at Original Jurisdiction.
When I launched OJ, I felt the same anxiety I did when I started ATL: Will this flop? Fortunately, like ATL, OJ thrived—and I owe it all to you, my subscribers and sponsors.
Today, I do four things for a living: publish this newsletter, write a Bloomberg Law column, host a podcast, and do some paid speaking. I’m professionally happier than I’ve ever been, and for the first time, I’m not looking for “the next big thing.” My current plan is to keep doing exactly what I’m doing—until I retire, die, or get replaced by AI. To my readers, listeners, and sponsors, I have just two words: thank you.
A programming note: the next OJ podcast episode will air on September 9, instead of September 2 (because of having to schedule the recording around the crazy schedule of my next guest, one of the busiest lawyers in America). But I’ll still have plenty of content for you, possibly including a Supreme Court clerk hiring post; if you’re aware of any hires not included in my last report, please drop me a line.
Now, on to the news—ridiculously busy for the last full week of August.
Lawyer of the Week: Beth Wilkinson.
In a podcast interview I recorded last week with Jacob Robinson for Law of Code (teaser here), he asked me if I’d ever return to practicing law. Although I keep my New York law license active—mostly to keep my mother honest when she tells people, “My son is a lawyer”—I no longer practice, and I have no desire to return to practice.
There are, however, two things I’d be willing to return for, on a temporary basis: to argue before the U.S. Supreme Court, or—more realistically—to try a case to a jury, all the way to verdict (even a boring case, and even as the most junior person on the trial team). And if I drew up a short list of the litigators I’d want to work for, it would include Beth Wilkinson of Wilkinson Stekloff, trial lawyer extraordinaire.
Oh, you want to work with Beth Wilkinson? Take a number. Right now she’s handling three of the biggest litigations in the country, as noted in Jessica Toonkel’s recent profile of Wilkinson in The Wall Street Journal (gift link):
Wilkinson has successfully defended the National Football League and pharmaceutical giant Pfizer, as well as Supreme Court Justice Brett Kavanaugh against accusations of sexual assault in his confirmation hearings, making her a go-to trial lawyer in high-stakes cases. She has won about 60 cases and lost four jury verdicts, two of which were set aside and one settled. She has never had a client pay a judgment.
She is now in the middle of the three most high-stakes media battles in years…. In addition to working for Paramount [in its litigation against state attorneys general trying to block its $81 billion acquisition of Warner Bros. Discovery], Wilkinson is also representing TV station operator Nexstar Media Group in defending its $6.2 billion acquisition of competitor Tegna, a deal state attorneys general have also sued to block, and Walt Disney Co. ABC in its fight with the Federal Communications Commission over the network’s broadcast licenses.
If ABC v. FCC rings a bell, it should: filed by Wilkinson and leading Supreme Court litigator Paul Clement, it was last week’s Litigation of the Week.
Given the many famous cases she has handled over her long career, some of which we discussed in our podcast interview—including, of course, her successful prosecution of the Oklahoma City bombers—Wilkinson has many individual wins to celebrate. But as she told me in our conversation (and later wrote in a Bloomberg Law piece), what excites her most at this point in her career is mentoring and developing younger colleagues, then sitting back and watching them thrive.
In that sense, one of the biggest signs of Wilkinson’s success is a fourth case in the headlines, People of the State of California v. Meta Platforms Inc. This litigation settled in the middle of trial, for $17 billion—which many analysts see as an excellent outcome for the defense (for reasons discussed below, under Litigation of the Week).
Wilkinson Stekloff was trial counsel for Meta, alongside Covington & Burling and Davis Polk—but Wilkinson wasn’t her firm’s main courtroom lawyer. Instead, if you look at Meta’s written filings and news stories about key cross-examinations, you’ll see mention of colleagues like Brian Stekloff and Moira Penza. And that is, in my view, a testament to the team that Beth Wilkinson has helped build at Wilkinson Stekloff: a firm so formidable that clients like Meta will trust it with matters of existential importance—whether or not Beth Wilkinson herself is personally involved.2
Other lawyers in the news:
Speaking of legendary litigators who have appeared on my podcast, David Boies, still going strong at 85, had a good week:
On Thursday, Judge Jed Rakoff (S.D.N.Y.) approved Bank of America’s $72.5 million settlement with Jeffrey Epstein victims who alleged that B of A aided in Epstein’s sex trafficking. Judge Rakoff also signed off on a 30% fee request for the lawyers—including Boies, Sigrid McCawley, and Andrew Villacastin, of Boies Schiller Flexner, and Brad Edwards, of Edwards Henderson.
On Friday, Judge Richard Seeborg (N.D. Cal.) awarded almost $147 million in attorneys’ fees to Boies and his co-counsel in a privacy class action against Google that covered 98 million people and resulted in a $425 million jury verdict. Judge Seeborg said the one-third fee was high but justified, given counsel’s “exemplary performance.” The lawyers included David Boies, Alexander Boies, and Mark Mao of BSF; Bill Carmody, Amanda Bonn, and Shawn Rabin of Susman Godfrey; and Ryan McGee of Morgan & Morgan.
Will Scharf, who will assume the role of White House counsel on September 1, was profiled by Luke Broadwater for The New York Times (gift link via Howard Bashman’s How Appealing). The article struck me as neutral to positive, maybe 6/10; ChatGPT agreed (6.5/10), while Claude dissented (4/10).
Who’s replacing Will Scharf in the influential role of White House staff secretary? A fellow lawyer: current deputy staff secretary Benjamin “Ben” Moss, who graduated from the University of Chicago Law School and previously served as general counsel to then-senator JD Vance (R-Ohio).
Speaking of job changes, Kerry Abrams will step down as dean of Duke Law after more than eight years in the role. Query whether she can resolve the DOJ investigation into alleged racial discrimination in Duke’s admissions before she departs at the end of the 2026-27 academic year.
Abrams is leaving the deanship voluntarily, while staying on at Duke as a member of the faculty. In contrast, Nathaniel Cullerton—the Wachtell Lipton partner caught making out with an associate in Central Park, in a viral video—“is being forced out by the elite law firm,” per The New York Post.
In the August 23 edition of Judicial Notice, I discussed Department of Homeland Security General Counsel James Percival, his thread on X criticizing four judges who ruled against DHS, and an ethics complaint filed against Percival by 128 retired judges, including Nancy Gertner and J. Michael Luttig. In a reader poll that drew almost 600 votes, 65% of you expressed support for the complaint. For additional views, see (or hear) Sarah Isgur of Advisory Opinions, who criticized the complaint as “barfare” (weaponization of the attorney ethics process), or Professor Steve Vladeck of One First, who argued that the real issue isn’t the ethics complaint, but the “abominable” nature of Percival’s conduct.3
In memoriam: assistant U.S. attorney Andrew Haden (S.D. Cal.) passed away on August 19, at 48. Initial reports didn’t specify the cause of death, but last week, the San Diego County Medical Examiner’s Office confirmed that he died by suicide. If you or someone you know is experiencing a mental-health crisis, please call the National Suicide Prevention Lifeline (988) or contact a lawyer assistance program in your state. As someone who is all too familiar with the devastating toll of suicide,4 I encourage you to donate to the American Foundation for Suicide Prevention or a similar charity focused on suicide prevention.
Judges of the Week: Judges Rita Lin and Noël Wise.
Last week, I wrote that the Northern District of California is one of the five most important district courts in the country right now, thanks to its popularity as a venue for (1) big-ticket cases involving Big Tech and (2) challenges to Trump administration policies. I picked Chief Judge Yvonne Gonzalez Rogers (N.D. Cal.) as the most recent Judge of the Week based on her handling of a major tech case, People of the State of California v. Meta Platforms Inc. (discussed below). And now I’m bestowing Judge of the Week honors on two of her colleagues, Judges Rita Lin and Noël Wise, based on their benchslaps of the Trump administration: In the span of roughly 24 hours, these two relatively new Biden appointees ruled against the federal government in a pair of high-profile cases, both based on the First Amendment.
On Thursday, in Anthropic PBC v. U.S. Department of War, Judge Lin blocked the Pentagon’s blacklisting of Anthropic. After the AI giant refused to allow its Claude AI models to be used by the U.S. military for surveillance or autonomous weapons and publicly criticized the government’s views on AI safety, the government took action against Anthropic—including designating the company “a supply chain risk.” Represented by WilmerHale, Anthropic sued, alleging it was retaliated against for its speech in violation of the First Amendment. In a 59-page opinion, Judge Lin agreed, declaring that the Trump administration’s actions were “illegal and baseless.” In one of the opinion’s most widely quoted lines, she wrote, “The empty invocation of national security is not a blank check to punish and retaliate against government critics.”
On Friday, in Stanford Daily Publishing Corporation v. Rubio, Judge Wise ruled that the Trump administration violated the First Amendment by arresting, detaining, and deporting noncitizen students for expressing pro-Palestine views. In a 90-page ruling that Reuters described as “blistering,” she wrote that “in the United States, freedom of speech belongs to the people” and “is not the government’s to take.” As Conor Fitzpatrick of the Foundation for Individual Rights and Expression, counsel to the plaintiffs, told The Times (gift link), “Today’s ruling proves that free speech isn’t a privilege, but the inalienable right of every man, woman, and child.”
In other news about judges and the judiciary:
Josh Morrow, a partner at Lehotsky Cohn, conducted an interesting analysis (posted by Professor Eugene Volokh on the Volokh Conspiracy). Morrow ran 2,250 published opinions from federal appellate courts from 2026 through Pangram, an AI-detection tool, and found that more than 50 showed signs of AI authorship. He then took roughly 300 opinions published in January 2022 by federal circuit courts and fed them into Pangram—and found no signs of AI-generated text. Some folks I discussed this study with were troubled by its findings, but I wasn’t. First, 50 opinions out of 2,250 is a shade over 2%, a tiny percentage. Second, signs of AI authorship simply suggest that AI generated the prose; they don’t denote the presence of hallucinations or other errors.
Justices Clarence Thomas and Samuel Alito overlapped at Yale Law School for two years. Why weren’t they friends? As Thomas recounted to Senator Ted Cruz (R-Tex.) on his podcast, Alito said to Thomas, “Clarence, you were scary.” What did he mean by that? During their YLS years, Alito was the introverted, nerdy conservative that he still is today—while Thomas was “a left-wing radical,” in Cruz’s words, who wore bib overalls and combat boots around 127 Wall Street.
If you’re trying to get rid of your Indiana state criminal case by forging a dismissal order signed by a judge, pick a jurist other than Chief Justice John Roberts. A Colorado man named Joshua Culver learned this the hard way—and now he faces federal charges of impersonation and forgery as well.
In memoriam:
Judith Kreeger, who served as a judge in Miami-Dade’s 11th Judicial Circuit Family Division for more than 25 years, passed away at 85.
Barbara McDermott—who served for almost 14 years as a judge in Philadelphia’s Court of Common Pleas, spending a majority of that time handling homicide cases—passed away at 71.
May they rest in peace.
Job of the Week: an opportunity for an of counsel in trademark litigation.
Lateral Link is working with a global IP practice seeking an exceptional litigator (6+ years) to join as of counsel, handling sophisticated trademark disputes. This is a fantastic opportunity for experienced litigators looking to join a top trademark practice. Prior trademark experience is not required—strong general commercial or IP litigation experience is welcome, provided the candidate has outstanding writing skills and the ability to take a meaningful first-chair role. Candidates from top litigation boutiques or Am Law 100 firms are of particular interest. This role requires proximity to one of the firm’s offices and is not intended to be fully remote. Compensation ranges from $196,000–$350,000, depending on hours, experience, qualifications, and location. To be considered, please send your résumé to Steven Rushing at srushing@laterallink.com.
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Washington Policy Review: August 30, 2026
Today’s Report
1. Overview
2. White House News
3. Truth Social Posts
4. Government Department News
5. 2028 Democratic Presidential Candidates
6. AI & Tech Company News
7. Congressional Watch
8. Policy Impact Analysis & Heatmap
1. Overview
President Trump utilized Truth Social to advocate for a protectionist trade policy, specifically targeting Canada. He argued that the U.S. has suffered financial losses and urged Canadian companies to relocate operations domestically to avoid new tariffs. Asserting that his tariff strategy has “revived” the automotive sector, he stated he no longer wishes to rely on Canadian parts or vehicles.
The President also announced a new oil agreement with Venezuela intended to refill the Strategic National Reserve. Regarding cultural and domestic concerns, he criticized New York Governor Kathy Hochul regarding the release of criminals and pledged to restore the World War II Monument after reports of vandalism. Furthermore, he expressed an intention to renovate the “decrepit” Kennedy Center and shared an anecdote regarding Google Maps’ labeling of Lake Ontario as “Lake America.”
Trump initiated a public conflict with media figures, specifically challenging Kristen Welker of *Meet the Press*. He claimed a 99% success rate for his political endorsements and warned he would report the journalist for “purposeful inaccuracy.” Additionally, the State Dept issued two formal statements: one acknowledging the results of Iceland’s recent referendum on EU accession negotiations, and another extending congratulations to Malaysia on its 69th independence anniversary. These updates emphasized the ongoing U.S. commitment to maintaining bilateral partnerships and promoting regional stability.
Forced reshoring initiatives driven by the threat of steep tariffs introduce significant cost headwinds for manufacturing firms with deep cross-border dependencies, potentially dismantling established supply chain efficiencies. Simultaneously, aggressive regulatory intervention in agriculture and media aims to decentralize market power, creating substantial operational volatility for consolidated food processors and communication entities facing heightened political scrutiny. Conversely, strategic efforts to realign energy and aerospace trade flows through state-led partnerships offer new growth avenues, though these “politically-driven” deals risk displacing long-standing commercial arrangements and inviting retaliatory trade friction.
2. White House News
No White House news found.
3. Truth Social Posts
Trump focused heavily on economic and trade policy, specifically regarding Canada, asserting that the United States has lost billions annually and must incentivize companies to return stateside to avoid tariffs. He urged Canadian companies to relocate immediately, arguing that domestic manufacturing—including the automotive sector—has been “revived” and “saved” through his aggressive tariff strategy. He stated that he no longer wants Canadian parts or cars, labeling the country a poor trade partner. Additionally, he announced plans to refill the Strategic National Reserve using oil from a new deal with Venezuela. These economic efforts were highlighted by an aide who praised his job creation record and a recent aircraft deal with Bangladesh. Other administration actions included breaking the grip of major meat processors, securing the aforementioned oil agreement, and considering legal pathways for Jewish Canadians.
Regarding domestic and cultural issues, Trump criticized New York Governor Kathy Hochul for the release of criminals and vowed to restore the Reflecting Pool and grounds at the World War II Monument following acts of vandalism. He expressed a desire to renovate the “decrepit” Kennedy Center, celebrated a successful NASA launch, and recommended Ted Cruz’s new book about Justice Clarence Thomas. In separate posts, he shared news regarding Google Maps labeling Lake Ontario as “Lake America.”
Trump also launched a sharp offensive against the media, calling for FCC intervention against what he described as “fake polls” and biased reporting. He singled out Kristen Welker of Meet the Press, challenging her characterization of his endorsement success rate. Trump insisted that his record, which he claimed includes a 99% success rate and 100% in Senatorial contests, represents “the strongest Endorsement in the History of Politics,” and he warned that he would report her for “purposeful inaccuracy.”
Reference: https://truthsocial.com/@realDonaldTrump
4. Government Department News
State Department (state.gov)
United States Response to Iceland’s EU Accession Referendum
The United States acknowledges Iceland’s August 29 referendum regarding the potential resumption of EU accession negotiations. The U.S. government respects the sovereign choice of the Icelandic people and reaffirms its confidence in Iceland’s ongoing role as a vital NATO ally. The State Department remains committed to enhancing the bilateral partnership with Iceland across security, energy, innovation, and economic sectors to promote mutual peace and prosperity.
United States Congratulates Malaysia on 69th Independence Anniversary
Secretary of State Marco Rubio extended congratulations to the people of Malaysia on the 69th anniversary of the nation’s independence. The United States highlights the enduring partnership between the two countries, emphasized by robust economic ties and a mutual commitment to maintaining freedom of navigation in the Indo-Pacific. As a primary investor and trading partner, the U.S. seeks to further deepen cooperation with Malaysia to ensure continued peace and prosperity in the region.
8. Policy Impact Analysis & Heatmap
This analysis is provided for informational purposes only. It does not constitute investment advice or a recommendation to buy or sell any security.
Impact on Market
Based on today’s policy developments, our analysis identifies the following market impact themes:
THEME 1. PROTECTIONIST TRADE FRICTION
Trade policy is shifting toward forced reshoring of North American manufacturing through the threat of steep tariffs. This policy forces firms with heavy Canadian dependencies to evaluate costly supply chain migrations. Opposition groups warn that these actions dismantle efficient cross-border trade networks and invite retaliatory measures from key partners.
THEME 2. REGULATORY INTERVENTION IN FOOD AND MEDIA
The administration is expanding its oversight reach to dismantle established market structures in agriculture and media. By breaking the concentration of meat processors, the government aims to empower smaller producers at the expense of consolidated firms. Concurrently, using the FCC to target media outlets creates a volatile environment for communication companies facing political scrutiny.
THEME 3. STRATEGIC COMMODITY REALIGNMENT
The administration is leveraging foreign partnerships to secure vital energy reserves and manufacturing contracts. By tapping Venezuelan supply and securing new aerospace orders from Bangladesh, the government is actively altering trade flows. Observers remain concerned that these specific, politically-driven deals could displace long-standing commercial arrangements.
Policy Impact Heatmap with Market Direction

Each cell shows an estimated impact score on a fixed scale of -10 to +10, reflecting how today’s policy developments may affect each market sector. Positive scores (green, ▲) suggest bullish impact; negative scores (red, ▼) suggest bearish pressure. Rows and columns are sorted by impact strength, and sectors and policy events with no meaningful impact are omitted. The heatmap, the analysis below, and the Impact on Market themes above are produced from a single unified analysis: the heatmap visualizes the magnitudes, while the text explains the causal reasoning behind them.
Policy developments today center on aggressive protectionist shifts and tactical commodity procurement. The escalation of tariff threats against Canadian manufacturing creates significant supply chain uncertainty for the automotive and industrial sectors, forcing firms to weigh higher operational costs against relocation risks. Critics argue these “reckless” trade barriers threaten cross-border integrated manufacturing, potentially spiking consumer prices.
Simultaneously, the administration’s deal with Venezuela to fill the Strategic National Reserves serves as a bullish catalyst for domestic energy market stability, though it disrupts established OPEC supply dynamics. Meanwhile, the directive targeting “big four” meat processors introduces regulatory risk for major food conglomerates, as antitrust intervention seeks to reconfigure supply chains in favor of independent ranchers. The administration’s pursuit of media entities via the FCC introduces a new layer of political risk premium for the communication services sector. These maneuvers reflect a broader transition toward state-directed economic outcomes, where administrative pressure is increasingly prioritized over traditional market equilibrium.
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Discount gas stations praised by Trump sold $4m of stolen fuel, lawsuit claims
KRSM, company that supplied fuel to Freedom Fuel Network, stole millions worth of gas, Mansfield Oil alleges
The company that supplied fuel to the discount gas stations praised by Donald Trump is being sued for allegedly stealing nearly $4m worth of gas.
Mansfield Oil Company of Gainesville sued KRSM and its president, Syed Kazmi, for allegedly picking up about 1.1m gallons of fuel from 21 May to 7 July, worth more than $3,998,000, and not paying for it.
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Autistici/Inventati désigné « organisation terroriste internationale » par les États-Unis
Ce 26 août 2026, l'administration des États-Unis d'Amérique a désigné comme organisation terroriste internationale l'association en charge des serveurs informatiques Autistici/Inventati (A/I). Derrière ce nom, ce sont 25 ans de mémoire et d'outils des luttes sociales, d'autogestion numérique qui se voient attaquées. A/I, c'est un peu le Riseup italien. Iels hébergent des milliers de boîtes mails et de listes de diffusion ainsi que tous les sites en .noblogs.org. Des milliers de comptes, services et sites webs militants se voient donc censurés ou menacés. Cette décision, dont les premières conséquences commencent à apparaître, sera pleinement effective le 25 septembre 2026. D'ici-là, la communauté hacker internationale appelle à une large mobilisation de solidarité antifasciste pour la défense de nos infrastructures et pour l'autonomie de nos réseaux numériques alternatifs.
Paranoia, la première machine de ce qui deviendra plus tard A/I, est née à Milan (Italie) en 2001, dans un contexte foisonnant de luttes sociales et d'expérimentations technologiques populaires entremêlées. Cette initiative antifasciste, anticapitaliste et antimilitariste, reposant sur des logiciels libres et maniant la cryptographie comme technique d'autodéfense numérique, s'est poursuivie par l'installation de toute une infrastructure visant à garantir le pseudonymat et la libre circulation des informations, de la connaissance et de la culture.
Là où les prestataires de services en ligne commerciaux utilisent l'argent comme barrière d'entrée, A/I fait partie de ces collectifs qui conditionnent l'utilisation de leurs services à un critère d'affinité politique. Sous cette condition, la liberté d'expression permise au travers de cette infrastructure n'a cependant jamais garanti de responsabilité collective à l'égard de toutes les publications ou communications qui y circulent. Et pourtant, l'administration états-unienne justifie aujourd'hui la censure de l'intégralité des services d'A/I dans un excès de zèle fasciste qu'on lui connaît particulièrement de nos jours.
Depuis 2001 et jusqu'à la catastrophe que représente cette dernière actualité, l'histoire d'A/I est émaillée de plusieurs événements parfois rocambolesques, mettant en lumière toute l'ironie et l'absurdité des institutions politiques et du capitalisme de surveillance. Lors de l'affaire Trenitalia, A/I avait créé un site web satirique pour dénoncer le transport d'équipements militaires pour l'invasion états-unienne de l'Irak en 2003. En 2005, une enquête contre une cellule italienne de l'Anarchist Black Cross, dont les emails étaient hébergés par A/I, a révélé l'installation par la police d'un dispositif de surveillance du serveur, dissimulée par l'entreprise du datacenter du serveur de l'époque.
À la suite de cette affaire, le collectif a initié un chantier titanesque de mesures anti-répression de l'infrastructure, le plan R*. Un plan qui permit en 2007 aux serveurs de résister aux tentatives de censure d'un jeu-vidéo dénonçant la pédocriminalité au sein de l'Église catholique. Puis en 2010, c'est face à la police norvégienne, en complicité avec une cour de justice italienne, que le plan R* s'est montré efficace pour permettre la survie de l'infrastructure grâce à plusieurs relais à travers le monde.
Toutes ces attaques et perquisitions ayant exposé des milliers de boîtes mail, A/I a toujours insisté sur la nécessité d'une prudence à l'égard de sa propre confidentialité. Aucune infrastructure numérique ne sera jamais indemne de vulnérabilité, à l'instar des humains eux-mêmes. Pourtant, on peut retenir que la participation du collectif aux luttes sociales et à certains squats a notamment permis au mouvement Indymedia de naître, en tant qu'automédia issu de la mobilisation contre le G8 de Gênes. Elle a également permis à d'innombrables mailing-lists d'émerger et à des dizaines d'ateliers et discussions à travers le monde de diffuser les savoir-faire d'autodéfense numérique et les expériences du collectif à d'autres communautés en lutte.
Appel à mobilisation
De fait, A/I fait aujourd'hui partie des collectifs de référence dans les communautés hacker anti-autoritaires et internationalistes, tant pour tout son historique et l'exigence technique acquise que pour son approche anti-élitiste qui permet à toustes d'utiliser ses services et d'apprendre à les répliquer ailleurs. Il est donc urgent de se mobiliser, avant le 25 septembre, en défense d'A/I, de plusieurs manières, dans la mesure de vos capacités :
- faire connaître cette affaire (en partageant cet article, en en parlant, en taggant ta ville, …) ;
- rejoindre la coalition de défense d'A/I en vous rapprochant d'organisations locales (hackerspaces, notamment ceux de https://interhacker.space et associations de défense des droits fondamentaux sur internet, notamment https://laquadrature.net, etc.) ;
- contribuer à l'archivage décentralisé de Noblogs ;
- préparer un soutien matériel légal à A/I en récoltant des fonds pour leur défense judiciaire et le renforcement de leur infratructure.
Par ailleurs, dans un contexte de répression débridée, à coups d'accusation de terrorisme, à l'encontre d'un nombre toujours croissant de collectifs anti-autoritaires, l'attaque contre Autistici/Inventati est une alerte pour toutes les initiatives d'infrastructures alternatives sur internet. Elle démontre l'extension des leviers utilisés par l'administration pour censurer des services (en l'occurence via l'organisme chargé des noms de domaine en « .org »).
Au-delà d'A/I, cette invitation à la solidarité est donc aussi un gros coup de pied au cul pour défendre notre liberté d'expression et l'intégrité de notre vie privée ainsi que l'autonomie nos moyens d'organisation en ligne. Il est urgent de réfléchir collectivement à la dépendance aux états-unis de nos propres moyens de communication et des plateformes de publication de nos luttes et renforcer leur indépendance autant que possible en documentant le travail et en faisant circuler ces recherches. Ne croyons pas que ces questions sont simplement l'affaire d'expert·es. Apprenons de l'histoire des luttes et de ses leçons. La lutte continue et c'est l'affaire de toustes !
Déclaration publique d'Autistici/Inventati
Traduit collective de l'anglais du communiqué d'Autistici/Inventati.
Aujourd'hui, nous apprenons que le gouvernememt états-unien vise un petit collectif d'informatique italien, géré bénévolement, par des sanctions disproportionnées comme chacun·e peut le lire dans les déclarations du trésor et de l'état, ainsi que dans l'ordonnance judiciaire associée.
Nous dénions toutes allégations diffusées dans ces déclarations, et nous affirmons fermement notre volonté de fournir une plateforme d'outils d'auto-défense numérique, répondant aux besoins de communication libre d'activistes et autres individus, groupes et organisations.
Nous ne reculerons pas, nous continuerons à faire ce que nous faisons depuis toutes ces années, et nous ferons tout notre possible pour contrer les fausses accusations d'une administration politiquement désepérée, avec pour seul but de détourner l'attention publique et médiatique loin de leurs propre violence et bellicisme…
L'antifascisme et l'anticapitalisme ne sont pas du terrorisme. Manifester n'est pas du terrorisme. Et chacun·e a le droit de se faire entendre et de lutter pour l'humanité.
Collectif Autistici/Inventati – rendre les savoirs communs sans rechercher le pouvoir.
Restons humain.
Un serveur nommé Paranoia : défendons Autistici/Inventati avant le 25 septembre
Traduction collective de l'anglais de l'article "The server called Paranoia : Defend Autistici/Inventati Before September 25", publié le 27 août 2026 sur sabot media. Il est écrit avec une perspective états-unienne, donc la partie sur « ce qu'on peut faire » n'est pas forcément pertinente d'un point de vue européen, ce qui explique les différences entre les propositions présentées dans le résumé ci-dessus (écrites depuis le contexte français) et celles ci-dessous.
Au cours des 25 dernières années, Autistici/Inventati, un collectif de hackeur·euses italien a mis sur pied des infrastructures de communication conçues pour survivre à la censure, à la surveillance et aux descentes de police. Le 26 août, les États-Unis ont désigné ce collectif comme une organisation terroriste. Les mesures d'embargo économique prendront leur pleine mesure le 25 septembre 2026.
Ça aurait du être une nuit sombre et orageuse dans un hacklab italien.
Mais la scène se déroule un beau dimanche ensoleillé.
Le 3 mars 2001, une dizaine de personnes se retrouve au hacklab LOA à Milan autour d'un ordinateur assemblé avec des bouts de machines sorties du rebut. Peu avant, une banque leur a vendu un vieux serveur pour la somme symbolique de 15.000 lires, soit à peu près 8 euros. Iels l'ont amélioré avec des composants de récup', dont un disque dur extrait de l'ordi du salon d'une personne. Personne n'a de plan formel. Les logiciels sont choisis l'un après l'autre. Toutes les décisions sont discutées jusqu'à ce que tout le monde soit d'accord. Intentionnellement, la personne avec le moins d'expérience technique est mise derrière le clavier. Le processus prend bien plus de temps que necessaire parce que l'efficacité n'est pas le seul objectif. Tout le monde doit comprendre ce qu'iels sont en train de construire. Ce jour là, l'un·e des participant·e s'en souvient, iels déclarent : « A/I existe désormais. »
Iels baptisent la machine Paranoia. Le mois suivant elle est en ligne et supporte deux noms de domaines et deux histoires entremelées : Autistici.org et Inventati.org. Vingt-cinq ans plus tard, le 26 août 2026, les États-Unis désignent Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist) et l'inscrit sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Bloquées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list).
La distance entre ces deux événements (d'une machine recyclée dans un hacklab à Milan, à la machinerie de l'état techno-sécuritaire états-unien), c'est l'histoire d'un collectif qui ne démord pas, depuis un quart de siècle, d'une proposition dangereuse : on devrait pouvoir communiquer sans d'abord devoir se livrer à de grandes entreprises ou à des gouvernements.
Le 25 septembre, le délai accordé aux institutions pour couper leurs relations avec A/I prendra fin. Les banques, les entreprises de la tech, les hébergeurs et autres institutions sont sommées de couper tous liens qui resteraient après cette date. A/I a construit son infrastructure pour survivre à la disparition de serveurs. Les États-Unis tentent maintenant de rendre le collectif économiquement et technologiquement infréquentable. Mais découvrons ensemble ce qu'est A/I, son histoire, et ce que cette nouvelle attaque pourrait signifier pour les collectifs techniques autonomes et le milieu militant radical en général.
Avant A/I : La contre-culture internet italienne
Autistici/Inventati n'est pas sorti du néant. Ses racines plongent dans plus d'une décennie d'organisation de l'autonomie italienne, de radios pirates, de « bulletin-board systems » [NDLT : premières agoras numériques du jeune internet], de centres sociaux autogérés dans des squats, de mouvements anti-capitalistes et d'expérimentations autour des ordinateurs comme outils politiques. Au cours des années 1990, des réseaux comme le European Counter Network et Isole nella Rete ont fourni un espace en ligne pour les mouvements sociaux alors même qu'internet était peu connu du grand public. Les hackmeetings italiens réunissaient développeur·euses, activistes, artistes, et autres curieux·euses de technologie dans des espaces autogérés.
Dans les centres sociaux apparurent des Hacklabs, où les gens pouvaient apprendre Linux, monter des réseaux et aborder les connaissances techniques comme quelque chose à partager plutôt qu'à vendre. Les futur·es membres de A/I venaient de plusieurs endroits de ce monde. À Milan, les personnes affiliées au LOA Hacklab utilisèrent le nom Autistici pour décrire leur intense fascination pour la technologie et leur désir de mettre en lumière la politique cachée en son sein. À Florence, le projet Inventati était plus orienté vers la communication, la publication, et l'organisation du mouvement social. Ses projets comprenaient Stampa Clandestina, un journal conçu pour être imprimé et collé directement sur les murs de la ville, et Spia la Spia, une tentative de cartographier les caméras de surveillance dans l'espace public.
Des personnes de Bologne et d'ailleurs étaient aussi impliquées. Beaucoup participèrent au développement d'Indymedia Italy, mouture locale d'un réseau mondial de publication libre sur internet qui permettait aux manifestant·e·s de rapporter les évènements sans attendre que les journalistes professionnel·le·s les médiatisent. Les différents groupes partageaient le même problème : le mouvement nécessitait un nombre croissant de sites web, de listes mail et de mails privés, mais les infrastructures indépendantes demeuraient rares. Le European Counter Network portait plus que sa part du fardeau. Les fournisseurs commerciaux offraient de plus grandes capacités mais contre un prix élevé, une dépendance structurelle, de la surveillance et un pouvoir de censure. En novembre 2000, Inventati envoya aux hackers milanais un mail chiffré leur proposant une rencontre. Le message fût traité comme dans un film d'espionnage : clés PGP, signes de reconnaissances savament arrangés, un endroit et une heure secrète. Puis les florentins arrivèrent dans une bagnole rouillée légendaire appelée le General Lee, klaxonnant devant le squat pendant que la police surveillait le bâtiment avec stupéfaction.
Le point historique qui fait consensus dans cette histoire est que tout ce petit monde alla ensuite manger dans une pizzeria appelée La Balena. Après le dîner, les florentins dévoilèrent leur plan séditieux : monter un autre serveur autonome. L'intention n'était pas de remplacer l'infrastructure du mouvement avec un nouveau fournisseur de service central. L'intention était de multiplier l'infrastructure. Si un millier de serveurs autonomes voyait le jour, une simple perquisition ne suffirait pas à couper les communications de toutes les communautés en lutte. Ensemble, iels devinrent Autistici/Inventati, plus courrament abrégé A/I. L'association des collectifs prit légalement le nom d'Investici, mais A/I ne devint jamais pour autant une organisation ordinaire : elle n'avait pas de coordinateur·ice, pas de dirigeant·e officiel·le, pas de porte-parole permanent·e. Les décisions étaient prises en cherchant des consensus plutôt que par votes. Personne n'était payé. Ses ressources venaient de dons, d'évènements de soutien et du travail des gens qui la maintenait. Le double-nom était un choix. Tel Janus, A/I était une créature à deux visages : l'une technique, l'autre communicante ; l'une tournée vers la machine, l'autre vers le mouvement qui en avait besoin.
Le serveur qui ferma la porte en laissant les clés à l'intérieur
La naissance n'a pas été uniquement glorieuse. Le second jour de l'existence de Paranoia, une personne entra une commande de pare-feu inversée, ordonnant par accident à la machine de bloquer toutes les connections qui ne proviendraient pas d'elle-même.
Le serveur ne pouvait donc plus communiquer qu'avec lui-même.
Le collectif a trouvé ça si représentatif de son image qu'il fut décidé d'imprimer l'erreur sur des T-shirts. Ce mélange de rigeur technique et de refus de se prendre au sérieux devint une caractéristique d'A/I. Les serveurs suivants furent nommés, entre autres : Tchernobyl, Rancune, Révolte, Désobéissance et Cavale (Chernobyl, Astio, Rivolta, Contumacia et Latitanza). Derrière les blagues, c'est une position politique qui se développait. La communication devrait être gratuite et accessible. La connaissance grandit en étant partagée. Un logiciel n'est pas neutre simplement parce qu'il existe dans un monde supposé virtuel. Les systèmes grâce auxquels on parle déterminent qui peut parler, qui peut écouter, qui détient les échanges et qui peut être réduit au silence. A/I a commencé à fournir des sites webs, des emails privés et des listes mails, des newsletter et des tchats. Ses services se sont progressivement étendus avec Noblogs, des outils de partage de fichiers, de visio-conférence, de streaming, de proxy mail anonymes et d'autres outils de communication encore. Le tout sans publicité ou exploitation de données à des fins commerciales.
Le manifeste du collectif décrit le projet en des termes explicitement politiques. A/I est anti-fasciste, anti-capitaliste et anti-militariste. Le collectif promeut le logiciel libre, le chiffrement des données personnelles, le pseudonymat et la libre circulation de la connaissance et de la culture. Il réserve les ressources limitées de ses volontaires aux personnes et projets globalement compatibles avec ses principes, plutôt qu'à des entreprises, partis politiques, religions établies ou institutions qui ont déjà les moyens de se faire entendre. A/I n'a jamais été un hébergeur commercial politiquement neutre. Fournir de l'insfrastructure ne signifie pas être l'auteur·ice de tout ce qui passe par cette infrastructure. « Affinité politique » ne signifie pas « contrôle opérationnel ». Offrir à quelqu'un·e une adresse email ne signifie pas écrire tous les emails qui sont envoyés ensuite. Ces distinctions, et leur confusion, jouent un rôle central dans l'attaque que subit maintenant A/I.
Gênes : baptême du feu pour l'infrastructure
À peine quelques mois après la mise en ligne de Paranoia, le G8 s'est réuni à Gênes. Plusieurs participant·es d'A/I étaient aussi impliqué·es dans Indymedia Italy. Iels ont participé à la création du Media Center du mouvement [NDLT : un squat qui rassemblait des journalistes indépendant·es, ainsi que d'autres voix alternatives du mouvement], en tirant des câbles, en configurant des serveurs, en installant des ordinateurs pour permettre aux manifestant·es de rapporter ce qu'il se passait dans la ville. Ce qui a suivi est devenu historique : protestations massives, assassinat par la police de Carlo Giuliani, violences policières indiscriminées dans les rues, tortures et violences sexuelles dans la caserne de Bolzaneto, descente de police nocturne dans l'école Diaz. Les discours officiels entraient en concurrence avec les photos, enregistrements et témoignages de première main transmis via une infrastructure indépendante. Gênes est ainsi l'une des premières manifestations majeures à être documentée sous tous les angles par ses participant·es plutôt qu'exclusivement par les médias institutionnels.
Pour A/I, ce fût aussi ce que le collectif nommera plus tard une « communion traumatique ». Ses membres y fîrent face à la même violence ensemble, tout en maintenant les systèmes aux travers desquels les preuves de cette violence pouvaient se diffuser. Après Gênes, A/I n'était plus une simple expérimentation technique, curieuse et rigolote. C'était devenu une infrastructure de confiance pour le mouvement. La demande crût rapidement. En 2003, A/I hébergeait plus de 2 000 utilisateur·ices, 205 sites web et 269 listes de discussion. Héberger ces services gratuitement devenait insoutenable, des hébergeurs commerciaux auraient facturé des milliers d'euros par an pour de tels services. Le collectif apporta une réponse avec les KAOS Tours : des tournées combinant collectes de fonds, fêtes, discussions publiques et ateliers pratiques. Les membres d'A/I apprenaient aux gens comment monter des serveurs, chiffrer leurs communications, monter et diffuser des vidéos, créer des archives numériques et streamer de la radio.
Les tournées levèrent des fonds, mais leur but principal était l'éducation politique. Le collectif ne voulait pas devenir un groupe d'expert·es invisibles pratiquant de la magie pour des utilisateur·ices passif·ves. Il souhaitait que la communauté comprenne la machinerie dont elle dépendait de plus en plus. Chaque attaque ultérieure envers A/I provoquerait une variation de cette réponse : découvrir ce qui s'était passé, réparer les dégâts, partager la leçon, construire quelque chose de plus difficile à détruire.
Quand Trenitalia découvre l'effet Streisand
La première confrontation judiciaire majeure a eu lieu en 2004. Un collectif de designers nommé Zenmai créa un site web parodiant celui de l'entreprise ferrovière italienne Trenitalia. Iels copièrent l'apparence du site web de l'entreprise tout en dénonçant son implication dans le transport de chars d'assauts et d'autres équipements militaires pour l'invasion de l'Irak. Trenitalia demanda devant la justice la suppression de la page, le versement de dommages et intérêts ainsi que la publication d'excuses dans deux journaux majeurs pour un coût estimé à environ 20 000 €. Le tribunal ordonna dans un premier temps à A/I de suspendre le site parodique. Internet répondit en reproduisant le site tout autour de la toile.
Trenitalia demanda alors qu'A/I retire également les liens vers les sites miroirs (impliquant l'absurde possibilité que des moteurs de recherche puissent être poursuivis à leur tour pour avoir référencé ces mêmes liens). A/I fit appel. Le 14 septembre 2004, le tribunal statua que le site web était protégé par le droit à la satire et au débat public pour des faits d'intérêt général. La page fût alors republiée et Trenitalia fût condamnée à rembourser A/I de ses frais de justice… une victoire extraordinaire pour un collectif de bénévoles ! Mais tandis qu'A/I se battait au grand jour devant le juge contre la censure, une opération plus pernicieuse se trâmait dans l'ombre, sans qu'iels ne le sâchent.
La répression d'Aruba
Le serveur d'A/I était, à cette époque, hébergé dans un centre de données de l'entreprise Aruba à Arezzo [NDLT : ville Italienne à l'est de la Toscane]. Le 15 juin 2004, la police italienne débarqua chez Aruba, mandatée par un procureur de Bologne. Les techniciens de l'entreprise éteignèrent la machine d'A/I et laissèrent la police en copier les disques durs. Les enquêteurs saisirent ainsi les certificats de chiffrement et installèrent des équipements pour intercepter le trafic. A/I fût faussement informé que la coupure du service était due à un problème électrique. Le collectif ne découvrit la vérité que près d'un an plus tard, par accident.
En mai 2005, A/I fut sommé de fermer la boîte mail utilisée par l'Anarchist Black Cross italienne Crocenera Anarchica [NDLT : organisation anti-carcérale de soutien aux prisonnier·es politiques], dans le cadre d'une enquête tentaculaire impliquant des accusations de complot et de subversion anarchiste. A/I s'est conformé à l'ordonnance du tribunal et a demandé les documents liés à ce dossier. Ces documents contenaient des messages que les enquêteurs n'auraient pas dû être en capacité d'avoir. L'explication était cachée dans une note de bas de page : la police était allé chez Aruba l'année précédente et avait obtenu un accès au serveur de A/I. Une affaire qui prétendait ne concerner qu'une simple boîte mail avait potentiellement compromis des miliers de comptes et des dizaines de milliers d'utilisateur·ice·s de listes mails. Parmi les personnes touchées : des avocats et des experts techniques travaillant pour le Genoa Legal Forum [NDLT : la legal team de Gênes suite aux manifs anti-G8]. La police a donc pu avoir accès à des communications confidentielles de défense à propos des poursuites découlant des agissements de la police lors du G8. Cette violation a révélé une vérité brutale. A/I peut faire tourner son propre serveur, le configurer avec attention et refuser de stocker des logs identifiants, mais la machine physique reste dans le bâtiment de quelqu'un d'autre. Un fournisseur commercial peut donner accès au contenu du serveur aux autorités et dissimuler ce qui s'est passé.
A/I a retiré la machine de chez Aruba, l'a nettoyée et a restoré les services essentiels. Des questions parlementaires furent posées en Italie et au niveau Européen. Le collectif à voyagé dans tout le pays et à travers l'Europe pour expliquer la faille. Mais surtout, il a reconstruit le réseau.
Le plan R* : la répression devient architecture
Le résultat a été le plan R*, lancé en octobre 2005 : un réseau de « communication résistante ». Plutôt que de concentrer les services d'A/I sur une seule machine, le collectif a distribué les données chiffrées et les fonctionalités entre des serveurs situés dans plusieurs pays. Les machines consultées par le public deviennent remplaçables. Les services peuvent être déménagés quand du matériel est saisi ou quand un hébergeur devient hostile. La perte d'un nœud ne peut plus exposer ou réduire au silence l'intégralité de la communauté. R* signifie réplication, redondance, résistance et autres mots commençant par R. Son architecture a été conçue non seulement pour survivre à des pannes mécaniques, mais aussi pour tenir bon face à des attaques politiques. A/I n'a pas prétendu qu'iels pouvaient garantir une sécurité parfaite. Au contraire, iels ont sans cesse rappelé aux utilisateur·ices de ne jamais accorder une confiance aveugle à un hébergeur, y compris A/I. Iels ont réduit les logs et les informations identifiantes au strict minimum, car une information qui n'existe pas ne peut être saisie. Iels ont encouragé les utilisateur·ice·s à chiffrer leurs communications parce que même l'architecture serveur la plus solide ne peut compenser les pratiques individuelles à risque.
Le collectif à transformé une opération de surveillance secrète en leçon d'infrastructure. La répression est devenue architecture.
Le Vatican, un jeu vidéo satirique, et la Norvège
La pression n'est pas retombée. En 2007, un homme politique italien demande la censure de Operation : Pedopriest, un jeu satirique dénonçant les efforts faits par l'église catholique pour enterrer les cas d'abus sexuels commis par le clergé. Lea créateur·ice du jeu le retire temporairement pour épargner l'hébergeur. A/I en héberge alors une copie. Suite à une plainte déposée par une organisation de protection des enfants non-identifiée, un fournisseur d'accès états-unien déconnecte l'intégralité du serveur de Noblogs. Après consultation des avocats, le fournisseur d'accès conclut finalement que la satire était légale et restaure l'accès au serveur. Le plan R* a permis que le contenu contesté reste accessible ailleurs et a évité une censure plus large. À ce moment-là, A/I est devenu un refuge important hors des réseaux sociaux commerciaux, alors en pleine émergence. Noblogs permettait à chacun·e de publier de manière indépendante, sans publicité, exploitation de données ou nécessité de lier le contenu à une identité légale.
Ses utilisateur·ices incluaient des organisations du mouvement, des auteur·ices individuel·les, des dissident·es, des artistes et des travailleur·euses d'ONGs opérant dans des environnements dangereux. En 2008, A/I a reçu le prix de « Privacy Hero » du Progetto Winston Smith italien pour avoir créé des infrastructures de communication libres résistantes à la censure malgré de faibles ressources, des attaques techniques et des poursuites judiciaires à répétition. Puis, le 6 novembre 2010, la police norvégienne a copié les disques durs d'un serveur d'A/I à la demande de l'Italie. L'enquête faisait suite à des menaces et tags antifascistes ciblant les membres de l'organisation néofasciste CasaPound. Les autorités cherchaient des informations à propos d'une boîte mail. A/I avait déjà expliqué qu'iels n'avaient ni l'identité des utilisateur·ices ni des journaux d'activité, mais les enquêteurs voulaient apparament vérifier si c'était vraiment le cas.
Des miliers de comptes ont été copiés au passage.
Le plan R* permis de restaurer les services ailleurs en environ deux heures. En moins de vingt-quatre heures, le réseau opérait de nouveau normalement. Les disques saisis étaient chiffrés et n'ont fourni aucune information utile. L'opération est devenue un scandale en Norvège. Des avocats, journalistes et associations de défense des droits numériques ont demandé la raison pour laquelle la police norvégienne avait copié les communications privées de milliers de personnes en réponse à une demande étrangère insuffisamment justifiée. L'enquête italienne a fini par être abondonnée. Là où une autre organisation aurait pu interpréter les perquisitions à répétition comme une preuve que son projet était impossible, A/I les a interprétées comme une preuve que leur projet était nécessaire. Son histoire est documentée dans le livre du collectif, +KAOS : Ten Years of Hacking and Media Activism.
26 août 2026
La nouvelle attaque est d'un autre ordre. Le 26 août 2026, le département d'État des États-Unis [NDLT : l'équivalent états-unien du ministère des affaires étrangères] a désigné Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist). Au même moment, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor (Office of Foreign Assets Control) a placé A/I sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Refusées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list) sous l'ordre exécutif 13224. Ce n'est pas simplement une condamnation du gouvernement. Cela active l'un des systèmes d'exclusion économique les plus puissants au monde. Les États-Unis affirment que A/I fournit des architectures numériques spécialisées, des communications chiffrées et de l'hébergement pour des groupes antifascistes et autres mouvements radicaux, incluant des organisations déjà désignées comme terroriste par les États-Unis.
La déclaration publique du Trésor états-unien se concentre sur les services que A/I fournit : hébergement de sites à l'étranger, mail chiffrés, tchat, visio-conférence et l'infrastructure technique soutenant Noblogs. Cette déclaration décrit notamment la ligne politique antifasciste et anti-militariste de A/I, leur pratique de sélectionner spécifiquement des projets compatibles avec leur ligne politique et la mise à disposition d'infrastructure utilisée par le PKK [NDLT : Parti des travailleurs du Kurdistan]. Le Trésor états-unien considère l'hébergement de cette infrastructure comme un soutien matériel ou technologique au terrorisme. Le dossier du département d'État va encore plus loin, décrivant les attaques, les communiqués et publications qu'ils affirment être passés par les infrastructures de A/I. Leurs exemples incluent des revendications de sabotage de lignes de chemin de fer et de pipelines en Europe, d'attaques sur des infrastructures énergétiques, l'hébergement du groupe antifasciste Rose City Antifa, la lutte contre le projet de centre d'entraînement de la police à Atlanta, du groupe militant Jan's Revenge et des publications contenant des déclarations attribuées à des organisations armées. Les déclarations publiques du gouvernement ne montrent pas que A/I a planifié ces actions, sélectionné des cibles, transféré des armes, dirigé les groupes cités ou rédigé les contenus hébergés sur ses systèmes. Ils ne précisent pas à quel moment A/I a eu connaissance d'un acte particulier ni si iels en avaient eu connaissance avant que ça ne se produise.
Au contraire, cette désignation défend une idée plus large et plus lourde de conséquences : construire des infrastructures de communications pour des mouvements radicaux peut être considéré en soi comme du terrorisme.
Cette théorie met à bas la distinction entre un fournisseur de services et un·e utilisateur·ice ; entre affinité politique et contrôle opérationnel ; entre protection de la vie privée et dissimulation d'un crime ; entre maintien d'une plateforme de publication de contenu et rédaction de tout ce qui est publié dessus. A/I n'a jamais prétendu être politiquement neutre. Iels ont construit cette infrastructure précisément parce que les mouvements radicaux avaient besoin d'un endroit où parler, publier et s'organiser au-delà des entreprises et du contrôle de l'État. Les États-Unis utilisent maintenant cette intention comme preuve contre elleux.
Suite : le 25 septembre
Puisque A/I est désormais considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, tous ses actifs détenus au États-Unis (possédés directement, ou contrôlés par un tiers) doivent être bloqués et déclarés à l'OFAC [NDLT : Office of Foreign Assets Control, un organisme chargé de faire appliquer les sanctions financières]. Sauf dérogation, les citoyen·ne·s et institutions états-unien·ne·s ont interdiction de fournir ou recevoir des fonds, biens ou services impliquant A/I. Ces restrictions s'appliquent aussi aux transactions qui passent par les État-Unis, même si les parties prenantes n'y résident pas. L'OFAC a accordé une dérogation temporaire qui autorise les transactions ordinaires nécessaires à la fermeture des relations existantes avec A/I, jusqu'au 25 septembre 2026, à 12h01. Les paiements dus au collectif ne peuvent pas lui être versés ; ils doivent être placés sur des comptes gelés. Après cette date butoir, une nouvelle autorisation sera nécessaire pour toute transaction. Le 25 septembre est donc la date à partir de laquelle les entreprises et individus résidant aux États-Unis sont supposés couper tout lien avec A/I.
Les conséquence pourraient être la perte :
- de comptes bancaires et moyens de paiement,
- d'accès aux dons et levées de fonds liées aux États-Unis,
- d'hébergement de serveurs, infrastructures de cloud et services de transit réseau,
- de noms de domaines et services associés,
- de comptes de certificats, de sécurité et d'envoi d'e-mails
- de services logiciels et de communication,
- de liens avec des fournisseurs non-états-uniens craignant des sanctions secondaires,
- d'accès aux services de A/I pour les personnes résidant aux États-Unis.
Les entités extérieures aux États-Unis n'ont pas à appliquer automatiquement les censures imposées par la loi états-unienne. Cependant, l'OFAC a menacé les institutions financières étrangères de sanctions secondaires si elles facilitent des transactions significatives pour le compte d'une entité désignée comme terroriste. Cette menace pourrait être aussi destructrice qu'une réquisition légale. Il est peu probable qu'une banque, un registrar [NDLT : une entité qui gère des noms de domaines] ou un hébergeur européen connaisse précisément les obligations qui lui sont imposées par la loi états-unienne. Ses juristes seront probablement enclins à considérer que maintenir des relations commerciales avec un petit collectif anarchiste italien n'en vaut pas la chandelle. Les institutions font fréquemment du zèle. Les fournisseurs pourraient fermer des comptes et révoquer des accès, quand bien même la loi ne les y oblige pas. Des organisations pourraient retirer des liens vers A/I, éviter de contacter ou interrompre des échanges avec A/I simplement parce que le nom du collectif apparaît sur une liste d'organisations terroristes.
C'est ainsi que les sanctions états-uniennes acquièrent une puissance mondiale : pas simplement par voie légale, mais aussi par une peur institutionelle.
Plus largement, la cible est la communauté autour du serveur
Même si l'ajout sur la liste des organisations terroristes des États-Unis cible A/I, ses effets ne seront pas circonscrits au collectif. L'infrastructure d'A/I est utilisée par des écrivain·es, organisateur·ices, chercheur·euses, artistes, collectifs de publications et personnes qui l'ont choisie précisément parce que les plateformes commerciales ne sont pas sûres, sont politiquement hostiles, ou concues pour exploiter leurs données. Ces utilisateur·ices ne sont pas sanctionné·es automatiquement parce qu'iels ont une adresse mail chez A/I, ou publient sur Noblogs. Mais quand le fournisseur lui-même est placé sur la liste noire des organisation terroristes, un simple lien peut devenir un signal d'alarme. Une banque pourrait pinailler sur un paiement. Un hébergeur de mails pourrait limiter ou bloquer la distribution des emails. Un·e employeur, un flic à la frontière ou un enquêteur pourrait juger une adresse suspiscieuse. Un·e journaliste pourrait hésiter à contacter une source. Un·e chercheur·euse pourrait éviter une archive. Un·e nouvel·le utilisateur·ice pourrait considérer qu'ouvrir un compte est trop dangereux. Rien de tout ça ne nécessite qu'un gouvernement ne poursuive qui que ce soit. L'ajout sur la liste produit à lui seul un no man's land de peur.
C'est une raison pour laquelle cette action pourrait être utile à l'État même si A/I reste en ligne. Les précedentes attaques tentaient d'atteindre le collectif à travers différentes machines, boîtes mails ou fournisseurs. A/I y a répondu en distribuant ses sytèmes, en chiffrant ses disques et en retenant le moins d'informations possible. Ces pratiques ont rendu les traditionnelles saisies et mesures de surveillance moins efficaces. Les sanctions s'attaquent à un autre niveau : les relations qui permettent à l'infrastructure d'exister. Plutôt que de casser le chiffrement, le gouvernement peut contraindre les banques, les registrars, les centres de données, les entreprises informatiques et les utilisateur·ice·s à isoler le collectif. Plutôt que de prouver devant un tribunal que chaque utilisateur·ice est coupable, l'État peut rendre les contacts coûteux et légalement périlleux.
C'est l'État-surveillance qui opère à travers des intermédiaires privés. Le gouvernement n'a pas besoin de mettre un flic dans chaque salle de serveur quand les juristes, les banques et les plateformes peuvent être conduits à policer le réseau par eux-mêmes. Chaque institution va tracer sa propre frontière défensive, souvent plus large que la loi ne l'impose. Certaines pourraient demander davantage de documents d'identité, sauvegarder plus de logs, surveiller le contenu politique ou rejetter tout bonnement les projets de défense de la vie privée. D'autres pourraient fermer des comptes à l'abri des regards, sans possibilité de contestation. La mise en application se dissout dans de multiples entités dont les décisions sont difficiles à voir, contester ou simplement documenter.
Les conséquences néfastes qui en résultent ne se limitent pas à la censure. Elles peuvent changer l'architecture de la communication du mouvement. De petits fournisseurs de services autonomes pourraient conclure que servir des petites communautés controversées impliquerait un risque existentiel. De plus grandes plateformes pourraient, elles, appuyer sur le fait que ce sont de nouvelles raisons d'étendre la vérification d'identité, la modération automatique et la rétention de données. Les utilisateur·ices pourraient migrer de l'infrastructure de confiance du mouvement vers des systèmes commerciaux plus faciles à surveiller, à cartographier, et auxquels il est facile de demander de fournir des documents. L'État gagne de l'influence, quand bien même il n'obtient pas les données en clair des disques chiffrés d'A/I : les gens prennent leurs distances les un·es des autres, les fournisseurs collectent plus d'informations et les relations sociales entre les dissident⋅es deviennent plus faciles à observer.
Ce précédent dépasse les projets spécifiquement anarchistes ou anti-fascistes. Si l'aligement politique avec les utilisateur·ices, les mesures de protection de la vie privée et l'hébergement de publications controversées peuvent être utilisées pour argumenter que l'infrastructure elle-même constitue une complicité, alors les fournisseurs de mails chiffrés, les sites de publication radicaux, les archives communautaires, les VPNs, les réseaux sociaux fédérés et autres hébergeurs indépendants ont tous des raisons de s'inquiéter. Les faits et lois seraient spécifiques à chaque fois. Le danger consiste à normaliser ceci : un fournisseur d'outils de communications n'est plus traité comme simple diffuseur avec ses propres droits et responsabilités, mais comme un complice de chaque acte que le gouvernement attribue à quiconque utilise ses systèmes.
Tout ça ne signifie pas que l'ajout sur la liste cible secrètement chaque utilisateur·ice de A/I, ni que toutes les conséquences envisagées adviendront. Le gouvernement américain n'a pas pris la peine d'expliquer sa stratégie au delà des accusations dans les annonces. Mais la logique de l'action est visible. Il remplace une accusation ciblée contre des faits identifiables par une large pénalisation de l'infrastructure. La mise en application est déplacée du tribunal à une toile diffuse d'institutions précautionneuses. L'incertitude devient un instrument de contrôle. L'objectif immédiat est de supprimer A/I. Le message plus large est adressé à quiconque construit des systèmes de communication hors du contrôle étatique et commercial : cet abri que vous fournissez pourra être retenu contre vous.
A/I peut-il survivre à ça ?
A/I a vu la répression étatique arriver de loin.
Toute son infrastructure part du principe que :
les serveurs seront saisis ; les hébergeurs coopéreront avec la police ; les gouvernements demanderont des informations à propos des utilisateur·ices ; les entreprises censureront le contenu controversé ; certaines machines et sites d'hébergement deviendront inaccessibles ; les données et les services doivent donc être chiffrés, distribués et remplaçables.
Cette préparation compte. A/I est basé en Italie, pas aux Etats-Unis. Son infrastructure est distribuée dans plusieurs pays. Ses services sont maintenus par des personnes hautement compétentes. Il ne dépend pas d'un fournisseur unique, minimise les informations identifiantes et a plusieurs décennies d'expérience de restauration de services en urgence. Il n'a pas d'actionnaires, de siège ou d'employé·e·s à payer. Ses frais de roulement sont relativement modestes, et le fait que l'infrastructure soit maintenue par des volontaires donne a l'État moins de leviers que ce à quoi il est habitué. Il serait surprenant que le site web, le système de mails ou Noblogs disparaissent purement et simplement le 25 septembre. A/I est probablement parmi les mieux armés des projets informatiques de sa taille pour faire face à des saisies de machines ou à des censures ponctuelles.
Mais ceci n'est pas une simple descente de police.
Le plan R* a été concu pour faire face à la disparition de serveurs. Il ne peut pas à lui tout seul, empêcher les banques de bloquer l'argent, les registrars de suspendre les domaines, ou les entreprises aux quatre coins du globe de révoquer les services par peur des mesures de rétorsion états-uniennes.
L'ajout sur la liste cible le tissu autour des serveurs :
- les banques ;
- les dons ;
- les domaines ;
- les contrats avec des hébergeurs ;
- la bande passante ;
- les certificats ;
- les dépendances logicielles ;
- les relations avec des institutions internationales.
A/I a déjà survécu à l'isolation technique. Les États-Unis tentent maintenant une excommunication financière et institutionnelle. Les services proposés sont, certes, résilients, mais la capacité de les financer, de remplacer l'infrastrucrure et de participer à l'environnement technologique plus large, encourrent un risque bien plus grand. Ce qui adviendra après le 25 septembre dépendra donc non seuleument de l'architecture qui héberge les données de A/I, mais aussi de la solidarité avec le collectif lui-même.
La mise-au-silence n'est pas pour le 25 septembre
L'ajout sur la liste des organisation terroristes vise à isoler. La réponse doit être une solidarité informée, indépendante et rigoureuse. Les personnes qui résident aux États-Unis ne doivent pas improviser de dons, déguiser des paiements, ou faire parvenir des ressources par d'autres personnes, organisations, monnaies ou pays. Cela pourrait les exposer, eux, les intermédiaires, voire A/I, à des sanctions. Les interdictions pourraient aussi s'étendre au-delà des ressources financières : assistance technique, traduction, plaidoyer, évènements de soutien ou autres services rendus pourraient impliquer un risque légal pour les personnes apportant leur soutien.
Mais le 25 septembre n'est pas une date à laquelle disparaitre en silence. Enquêtes indépendantes, communiqués, manifestations et débats politiques restent possibles. Nous pouvons raconter l'histoire de A/I, démonter les affirmations du gouvernement, contacter des journalistes et des organisation de défense de libertés et s'organiser indépendamment contre la criminalisation d'infrastructures de communication résistantes. L'essentiel en pratique est de parler et agir pour A/I sans lui fournir de fonds ou de services directement. Les limites précises sont difficiles à établir. Quiconque chercherait à faire des levées de fonds, remplacer l'infrastructure, déployer un miroir publique ou fournir une assistance technique directe devrait s'assurer d'un conseil qualifié à propos des sanctions. Un document de février 2025 concernant le soutien matériel dans le cadre de restrictions de l'OFAC met en garde contre le fait que même des soutiens légalistes peuvent attirer la surveillance, des enquêtes, des restrictions d'accès aux États-Unis ou des litiges. Si les flics vous questionnent, ne répondez pas à leurs questions et contactez un avocat.
Cet article propose une analyse politique, pas un conseil légal.
Ce que les soutiens peuvent faire d'ici au 25 septembre
Racontons l'histoire. Partagons l'histoire d'A/I : les hacklabs, Paranoia, Gênes, les tounées KAOS, la victoire Trenitalia, la faille Aruba, le plan R*, Noblogs et la saisie Norvégienne. Ne laissons pas le récit étatique devenir le seul témoignage public de ce qu'est A/I. Construisons une coalition de défense. Demandons aux collectifs d'hébergement indépendants, aux organisations de défense des libertés numériques, aux hacklabs, aux projets de logiciel libre, aux librairies radicales, aux éditions indépendantes, aux journalistes, aux juristes, aux chercheur·euses et aux utilistateur·ices de répondre publiquement. Préservons les archives. Les serveurs peuvent être saisis. Les domaines peuvent être suspendus. Les hébergeurs peuvent paniquer. Sauvegardons les écrits de Noblogs publiquement accessibles et ayant une importance historique, ainsi que les manifestes d'A/I, les documents techniques et juridiques, et l'histoire du mouvement. Enregistrons les URL sources, les auteur·ices, les dates de publications et de consultation. Respectons la confidentialité, le droit d'auteur et les demandes de suppression. N'accédons pas à des comptes privés et respectons les mesures de sécurité. La préservation individuelle, l'archivage pour la recherche ou la presse n'impliquent pas les mêmes enjeux qu'opérer publiquement une infrastructure de remplacement ; n'importe qui envisageant l'hébergement d'un miroir public devrait d'abord chercher des conseils qualifiés.
Documentons les excès de zèle. Répertorions les entreprises, banques, registrars, plateformes et institutions qui mettent fin à leurs services ou suppriment du contenu. Préservons les déclarations et les correspondances. Les archives publiques doivent montrer dans quelle mesure cette désignation va au-delà de sa formulation officielle. Exigeons des réponses. Demandons aux groupes de défense des libertés numériques, aux institutions européennes et aux responsables politiques si iels vont laisser des sanctions américaines démanteler un collectif de communication italien. Demandons quelles protections existent pour les infrastructures, utilisateur·ices et archives européen·nes. Organisons-nous de manière indépendante. Proposons des discussions publiques sur les infrastructures autonomes, les sanctions, la surveillance et les lois sur le soutien matériel. Publions des explications de la situation. Enseignons le chiffrement. Soutenons le travail indépendant sur les droits s'opposant aux désignations de terrorisme à tout va. Préparons un soutien matériel légal. A/I a historiquement survécu grâce aux dons, mais les soutiens aux US ne devraient pas envoyer ou faire parvenir de l'argent tant que la désignation de terrorisme s'applique sans une autorisation claire. Les organisations de défense des libertés numériques et de soutien juridique peuvent chercher des mécanismes de soutien légaux, et les potentielles procédures de retrait de la liste.
Écoutons attentivement les réponses publiques d'A/I [NDLT : le blog du collectif est toujours accessible], tout en maintenant notre soutien légalement indépendant. Les déclarations du collectif devraient nous servir de référence sur la manière de raconter son histoire et sa situation. Toute campagne coordonnée, canal de collecte de fonds ou service direct demande un examen juridique distinct. Notre objectif immédiat est de rendre A/I impossible à faire disparaitre en silence.
Le réseau nommé solidarité
A/I a survécu aux tentatives de censures des grandes entreprises, aux accès secrets de la police, à la saisie de disques, aux hébergeurs hostiles, aux attaques de parlementaires et aux enquêtes internationales. L'affaire Trenitalia a produit des miroirs et une victoire juridique. L'affaire Aruba a produit le plan R*. La censure des hébergeurs a produit de la redondance. La saisie norvégienne a montré que le réseau pouvait être remonté en quelques heures.
Chaque tentative d'isoler le collectif a diffusé la connaissance sur le fonctionnement de la surveillance et de la censure. Chaque attaque est devenue une opportunité de former plus de personnes sur comment se protéger collectivement. Les États-Unis ont maintenant transformé cette histoire en un test mondial. Ce n'est pas seulement la survie d'un collectif de hackers italiens qui est en jeu. Il s'agit de savoir si maintenir de l'infrastructure pour les mouvements radicaux peut être considéré comme du terrorisme ; si la protection de la vie privée peut être redéfinie comme une dissimulation ; si refuser de collecter des informations personelles peut être présenté comme une obstruction ; et si un hébergeur peut être tenu politiquement et juridiquement responsable de chaque texte, tactique et revendication transmis au travers de ses machines.
A/I a passé vingt-cinq ans à se préparer au jour où un de ses serveurs disparaitrait. Iels savent comment remplacer une machine, déplacer un service, restaurer des données chiffrées et continuer à opérer après le débranchement d'une prise par la police ou un hébergeur. Les État-Unis tentent quelque chose de différent. Ils essayent d'intimider les banques, les hébergeurs, les registrars, les fournisseurs d'infrastructure et les soutiens à travers le monde pour qu'ils abandonnent le collectif. Leur réussite dépendra en partie de l'infrastructure d'A/I.
Elle va aussi dépendre de nous.
D'ici au 25 septembre, préservons l'histoire. Partageons-la. Construisons une coalition. Documentons l'isolation. Enseignons les outils. Préparons une défense légale. Ne laissons pas l'État américain discrètement établir que construire des infrastructures respectant la confidentialité pour la contestation est en soit un acte de terrorisme. Il y a vingt-cinq ans, dix personnes se sont rassemblées autour d'une machine de récup' et ont délibérement pris trop de temps pour la configurer parce que tout le monde dans la pièce était censé apprendre. Cela reste la leçon. Ne laissons pas la connaissance aux expert·e·s.
Ne centralisons pas l'infrastructure. Ne laissons pas les cibles se retrouver seules.
Le premier serveur s'appelait Paranoia.
Le réseau qu'il a créé s'appelle solidarité.
Télécharge le livre d'A/I, +KAOS, sur l'histoire des travaux du collectif, disponible gratuitement.
Télécharge leur « Media Kit » visuel pour les réseaux sociaux, guides d'archivage, encarts de presse, modèles, et flyers si toi ou ton collectif veut montrer sa solidarité avec A/I ou en savoir plus.
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Autistici/Inventati désigné « organisation terroriste internationale » par les États-Unis
Les États-Unis attaquent Autistici/Inventati (un équivalent italien de Riseup et l’hébergeur de noblogs.org) en les qualifiant d’organisation terroriste internationale. À l’heure où cet article est écrit, autistici.org n’est plus joignable. Le collectif A/I est certainement sur le pont pour rétablir les services. Il est probable que des nouvelles seront bientôt publiées sur leur blog. En attendant, une lettre ouverte (en anglais) peut être signée par des personnes morales ou physiques.

Ce 26 août 2026, l’administration des États-Unis d’Amérique a désigné comme organisation terroriste internationale l’association en charge des serveurs informatiques Autistici/Inventati (A/I). Derrière ce nom, ce sont 25 ans de mémoire et d’outils des luttes sociales, d’autogestion numérique qui se voient attaquées. A/I, c’est un peu le Riseup italien. Iels hébergent des milliers de boîtes mails et de listes de diffusion ainsi que tous les sites en .noblogs.org. Des milliers de comptes, services et sites webs militants se voient donc censurés ou menacés. Cette décision, dont les premières conséquences commencent à apparaître, sera pleinement effective le 25 septembre 2026. D’ici-là, la communauté hacker internationale appelle à une large mobilisation de solidarité antifasciste pour la défense de nos infrastructures et pour l’autonomie de nos réseaux numériques alternatifs.
Paranoia, la première machine de ce qui deviendra plus tard A/I, est née à Milan (Italie) en 2001, dans un contexte foisonnant de luttes sociales et d’expérimentations technologiques populaires entremêlées. Cette initiative antifasciste, anticapitaliste et antimilitariste, reposant sur des logiciels libres et maniant la cryptographie comme technique d’autodéfense numérique, s’est poursuivie par l’installation de toute une infrastructure visant à garantir le pseudonymat et la libre circulation des informations, de la connaissance et de la culture.
Là où les prestataires de services en ligne commerciaux utilisent l’argent comme barrière d’entrée, A/I fait partie de ces collectifs qui conditionnent l’utilisation de leurs services à un critère d’affinité politique. Sous cette condition, la liberté d’expression permise au travers de cette infrastructure n’a cependant jamais garanti de responsabilité collective à l’égard de toutes les publications ou communications qui y circulent. Et pourtant, l’administration états-unienne justifie aujourd’hui la censure de l’intégralité des services d’A/I dans un excès de zèle fasciste qu’on lui connaît particulièrement de nos jours.
Depuis 2001 et jusqu’à la catastrophe que représente cette dernière actualité, l’histoire d’A/I est émaillée de plusieurs événements parfois rocambolesques, mettant en lumière toute l’ironie et l’absurdité des institutions politiques et du capitalisme de surveillance. Lors de l’affaire Trenitalia, A/I avait créé un site web satirique pour dénoncer le transport d’équipements militaires pour l’invasion états-unienne de l’Irak en 2003. En 2005, une enquête contre une cellule italienne de l’Anarchist Black Cross, dont les emails étaient hébergés par A/I, a révélé l’installation par la police d’un dispositif de surveillance du serveur, dissimulée par l’entreprise du datacenter du serveur de l’époque.
À la suite de cette affaire, le collectif a initié un chantier titanesque de mesures anti-répression de l’infrastructure, le plan R*. Un plan qui permit en 2007 aux serveurs de résister aux tentatives de censure d’un jeu-vidéo dénonçant la pédocriminalité au sein de l’Église catholique. Puis en 2010, c’est face à la police norvégienne, en complicité avec une cour de justice italienne, que le plan R* s’est montré efficace pour permettre la survie de l’infrastructure grâce à plusieurs relais à travers le monde.
Toutes ces attaques et perquisitions ayant exposé des milliers de boîtes mail, A/I a toujours insisté sur la nécessité d’une prudence à l’égard de sa propre confidentialité. Aucune infrastructure numérique ne sera jamais indemne de vulnérabilité, à l’instar des humains eux-mêmes. Pourtant, on peut retenir que la participation du collectif aux luttes sociales et à certains squats a notamment permis au mouvement Indymedia de naître, en tant qu’automédia issu de la mobilisation contre le G8 de Gênes. Elle a également permis à d’innombrables mailing-lists d’émerger et à des dizaines d’ateliers et discussions à travers le monde de diffuser les savoir-faire d’autodéfense numérique et les expériences du collectif à d’autres communautés en lutte.
Appel à mobilisation
De fait, A/I fait aujourd’hui partie des collectifs de référence dans les communautés hacker anti-autoritaires et internationalistes, tant pour tout son historique et l’exigence technique acquise que pour son approche anti-élitiste qui permet à toustes d’utiliser ses services et d’apprendre à les répliquer ailleurs. Il est donc urgent de se mobiliser, avant le 25 septembre, en défense d’A/I, de plusieurs manières, dans la mesure de vos capacités :
- faire connaître cette affaire (en partageant cet article, en en parlant, en taggant ta ville, …) ;
- rejoindre la coalition de défense d’A/I en vous rapprochant d’organisations locales (hackerspaces, notamment ceux de https://interhacker.space et associations de défense des droits fondamentaux sur internet, notamment https://laquadrature.net, etc.) ;
- contribuer à l’archivage décentralisé de Noblogs ;
- préparer un soutien matériel légal à A/I en récoltant des fonds pour leur défense judiciaire et le renforcement de leur infratructure.
Par ailleurs, dans un contexte de répression débridée, à coups d’accusation de terrorisme, à l’encontre d’un nombre toujours croissant de collectifs anti-autoritaires, l’attaque contre Autistici/Inventati est une alerte pour toutes les initiatives d’infrastructures alternatives sur internet. Elle démontre l’extension des leviers utilisés par l’administration pour censurer des services (en l’occurence via l’organisme chargé des noms de domaine en « .org »).
Au-delà d’A/I, cette invitation à la solidarité est donc aussi un gros coup de pied au cul pour défendre notre liberté d’expression et l’intégrité de notre vie privée ainsi que l’autonomie nos moyens d’organisation en ligne. Il est urgent de réfléchir collectivement à la dépendance aux états-unis de nos propres moyens de communication et des plateformes de publication de nos luttes et renforcer leur indépendance autant que possible en documentant le travail et en faisant circuler ces recherches. Ne croyons pas que ces questions sont simplement l’affaire d’expert·es. Apprenons de l’histoire des luttes et de ses leçons. La lutte continue et c’est l’affaire de toustes !
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Déclaration publique d’Autistici/Inventati
Traduit collective de l’anglais du communiqué d’Autistici/Inventati.
Aujourd’hui, nous apprenons que le gouvernememt états-unien vise un petit collectif d’informatique italien, géré bénévolement, par des sanctions disproportionnées comme chacun·e peut le lire dans les déclarations du trésor et de l’état, ainsi que dans l’ordonnance judiciaire associée.
Nous dénions toutes allégations diffusées dans ces déclarations, et nous affirmons fermement notre volonté de fournir une plateforme d’outils d’auto-défense numérique, répondant aux besoins de communication libre d’activistes et autres individus, groupes et organisations.
Nous ne reculerons pas, nous continuerons à faire ce que nous faisons depuis toutes ces années, et nous ferons tout notre possible pour contrer les fausses accusations d’une administration politiquement désepérée, avec pour seul but de détourner l’attention publique et médiatique loin de leurs propre violence et bellicisme…
L’antifascisme et l’anticapitalisme ne sont pas du terrorisme. Manifester n’est pas du terrorisme. Et chacun·e a le droit de se faire entendre et de lutter pour l’humanité.
Collectif Autistici/Inventati – rendre les savoirs communs sans rechercher le pouvoir.
Restons humain.
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Un serveur nommé Paranoia: défendons Autistici/Inventati avant le 25 septembre
Traduction collective de l’anglais de l’article The server called Paranoia: Defend Autistici/Inventati Before September 25, publié le 27 août 2026 sur sabot media. Il est écrit avec une perspective états-unienne, donc la partie sur « ce qu’on peut faire »n’est pas forcément pertinente d’un point de vue européen, ce qui explique les différences entre les propositions présentées dans le résumé ci-dessus (écrites depuis le contexte français) et celles ci-dessous.
Au cours des 25 dernières années, Autistici/Inventati, un collectif de hackeur·euses italien a mis sur pied des infrastructures de communication conçues pour survivre à la censure, à la surveillance et aux descentes de police. Le 26 août, les États-Unis ont désigné ce collectif comme une organisation terroriste. Les mesures d’embargo économique prendront leur pleine mesure le 25 septembre 2026.
Ça aurait du être une nuit sombre et orageuse dans un hacklab italien.
Mais la scène se déroule un beau dimanche ensoleillé.
Le 3 mars 2001, une dizaine de personnes se retrouve au hacklab LOA à Milan autour d’un ordinateur assemblé avec des bouts de machines sorties du rebut. Peu avant, une banque leur a vendu un vieux serveur pour la somme symbolique de 15.000 lires, soit à peu près 8 euros. Iels l’ont amélioré avec des composants de récup’, dont un disque dur extrait de l’ordi du salon d’une personne. Personne n’a de plan formel. Les logiciels sont choisis l’un après l’autre. Toutes les décisions sont discutées jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord. Intentionnellement, la personne avec le moins d’expérience technique est mise derrière le clavier. Le processus prend bien plus de temps que necessaire parce que l’efficacité n’est pas le seul objectif. Tout le monde doit comprendre ce qu’iels sont en train de construire. Ce jour là, l’un·e des participant·e s’en souvient, iels déclarent : « A/I existe désormais. »
Iels baptisent la machine Paranoia. Le mois suivant elle est en ligne et supporte deux noms de domaines et deux histoires entremelées : Autistici.org et Inventati.org. Vingt-cinq ans plus tard, le 26 août 2026, les États-Unis désignent Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist) et l’inscrit sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Bloquées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list).
La distance entre ces deux événements (d’une machine recyclée dans un hacklab à Milan, à la machinerie de l’état techno-sécuritaire états-unien), c’est l’histoire d’un collectif qui ne démord pas, depuis un quart de siècle, d’une proposition dangereuse : on devrait pouvoir communiquer sans d’abord devoir se livrer à de grandes entreprises ou à des gouvernements.
Le 25 septembre, le délai accordé aux institutions pour couper leurs relations avec A/I prendra fin. Les banques, les entreprises de la tech, les hébergeurs et autres institutions sont sommées de couper tous liens qui resteraient après cette date. A/I a construit son infrastructure pour survivre à la disparition de serveurs. Les États-Unis tentent maintenant de rendre le collectif économiquement et technologiquement infréquentable. Mais découvrons ensemble ce qu’est A/I, son histoire, et ce que cette nouvelle attaque pourrait signifier pour les collectifs techniques autonomes et le milieu militant radical en général.
Avant A/I : La contre-culture internet italienne
Autistici/Inventati n’est pas sorti du néant. Ses racines plongent dans plus d’une décennie d’organisation de l’autonomie italienne, de radios pirates, de « bulletin-board systems » [NDLT: premières agoras numériques du jeune internet], de centres sociaux autogérés dans des squats, de mouvements anti-capitalistes et d’expérimentations autour des ordinateurs comme outils politiques. Au cours des années 1990, des réseaux comme le European Counter Network et Isole nella Rete ont fourni un espace en ligne pour les mouvements sociaux alors même qu’internet était peu connu du grand public. Les hackmeetings italiens réunissaient développeur·euses, activistes, artistes, et autres curieux·euses de technologie dans des espaces autogérés.
Dans les centres sociaux apparurent des Hacklabs, où les gens pouvaient apprendre Linux, monter des réseaux et aborder les connaissances techniques comme quelque chose à partager plutôt qu’à vendre. Les futur·es membres de A/I venaient de plusieurs endroits de ce monde. À Milan, les personnes affiliées au LOA Hacklab utilisèrent le nom Autistici pour décrire leur intense fascination pour la technologie et leur désir de mettre en lumière la politique cachée en son sein. À Florence, le projet Inventati était plus orienté vers la communication, la publication, et l’organisation du mouvement social. Ses projets comprenaient Stampa Clandestina, un journal conçu pour être imprimé et collé directement sur les murs de la ville, et Spia la Spia, une tentative de cartographier les caméras de surveillance dans l’espace public.
Des personnes de Bologne et d’ailleurs étaient aussi impliquées. Beaucoup participèrent au développement d’Indymedia Italy, mouture locale d’un réseau mondial de publication libre sur internet qui permettait aux manifestant·e·s de rapporter les évènements sans attendre que les journalistes professionnel·le·s les médiatisent. Les différents groupes partageaient le même problème : le mouvement nécessitait un nombre croissant de sites web, de listes mail et de mails privés, mais les infrastructures indépendantes demeuraient rares. Le European Counter Network portait plus que sa part du fardeau. Les fournisseurs commerciaux offraient de plus grandes capacités mais contre un prix élevé, une dépendance structurelle, de la surveillance et un pouvoir de censure. En novembre 2000, Inventati envoya aux hackers milanais un mail chiffré leur proposant une rencontre. Le message fût traité comme dans un film d’espionnage : clés PGP, signes de reconnaissances savament arrangés, un endroit et une heure secrète. Puis les florentins arrivèrent dans une bagnole rouillée légendaire appelée le General Lee, klaxonnant devant le squat pendant que la police surveillait le bâtiment avec stupéfaction.
Le point historique qui fait consensus dans cette histoire est que tout ce petit monde alla ensuite manger dans une pizzeria appelée La Balena. Après le dîner, les florentins dévoilèrent leur plan séditieux : monter un autre serveur autonome. L’intention n’était pas de remplacer l’infrastructure du mouvement avec un nouveau fournisseur de service central. L’intention était de multiplier l’infrastructure. Si un millier de serveurs autonomes voyait le jour, une simple perquisition ne suffirait pas à couper les communications de toutes les communautés en lutte. Ensemble, iels devinrent Autistici/Inventati, plus courrament abrégé A/I. L’association des collectifs prit légalement le nom d’Investici, mais A/I ne devint jamais pour autant une organisation ordinaire : elle n’avait pas de coordinateur·ice, pas de dirigeant·e officiel·le, pas de porte-parole permanent·e. Les décisions étaient prises en cherchant des consensus plutôt que par votes. Personne n’était payé. Ses ressources venaient de dons, d’évènements de soutien et du travail des gens qui la maintenait. Le double-nom était un choix. Tel Janus, A/I était une créature à deux visages: l’une technique, l’autre communicante ; l’une tournée vers la machine, l’autre vers le mouvement qui en avait besoin.
Le serveur qui ferma la porte en laissant les clés à l’intérieur
La naissance n’a pas été uniquement glorieuse. Le second jour de l’existence de Paranoia, une personne entra une commande de pare-feu inversée, ordonnant par accident à la machine de bloquer toutes les connections qui ne proviendraient pas d’elle-même.
Le serveur ne pouvait donc plus communiquer qu’avec lui-même.
Le collectif a trouvé ça si représentatif de son image qu’il fut décidé d’imprimer l’erreur sur des T-shirts. Ce mélange de rigeur technique et de refus de se prendre au sérieux devint une caractéristique d’A/I. Les serveurs suivants furent nommés, entre autres : Tchernobyl, Rancune, Révolte, Désobéissance et Cavale (Chernobyl, Astio, Rivolta, Contumacia et Latitanza). Derrière les blagues, c’est une position politique qui se développait. La communication devrait être gratuite et accessible. La connaissance grandit en étant partagée. Un logiciel n’est pas neutre simplement parce qu’il existe dans un monde supposé virtuel. Les systèmes grâce auxquels on parle déterminent qui peut parler, qui peut écouter, qui détient les échanges et qui peut être réduit au silence. A/I a commencé à fournir des sites webs, des emails privés et des listes mails, des newsletter et des tchats. Ses services se sont progressivement étendus avec Noblogs, des outils de partage de fichiers, de visio-conférence, de streaming, de proxy mail anonymes et d’autres outils de communication encore. Le tout sans publicité ou exploitation de données à des fins commerciales.
Le manifeste du collectif décrit le projet en des termes explicitement politiques. A/I est anti-fasciste, anti-capitaliste et anti-militariste. Le collectif promeut le logiciel libre, le chiffrement des données personnelles, le pseudonymat et la libre circulation de la connaissance et de la culture. Il réserve les ressources limitées de ses volontaires aux personnes et projets globalement compatibles avec ses principes, plutôt qu’à des entreprises, partis politiques, religions établies ou institutions qui ont déjà les moyens de se faire entendre. A/I n’a jamais été un hébergeur commercial politiquement neutre. Fournir de l’insfrastructure ne signifie pas être l’auteur·ice de tout ce qui passe par cette infrastructure. « Affinité politique » ne signifie pas « contrôle opérationnel ». Offrir à quelqu’un·e une adresse email ne signifie pas écrire tous les emails qui sont envoyés ensuite. Ces distinctions, et leur confusion, jouent un rôle central dans l’attaque que subit maintenant A/I.
Gênes: baptême du feu pour l’infrastructure
À peine quelques mois après la mise en ligne de Paranoia, le G8 s’est réuni à Gênes. Plusieurs participant·es d’A/I étaient aussi impliqué·es dans Indymedia Italy. Iels ont participé à la création du Media Center du mouvement [NDLT: un squat qui rassemblait des journalistes indépendant·es, ainsi que d’autres voix alternatives du mouvement], en tirant des câbles, en configurant des serveurs, en installant des ordinateurs pour permettre aux manifestant·es de rapporter ce qu’il se passait dans la ville. Ce qui a suivi est devenu historique : protestations massives, assassinat par la police de Carlo Giuliani, violences policières indiscriminées dans les rues, tortures et violences sexuelles dans la caserne de Bolzaneto, descente de police nocturne dans l’école Diaz. Les discours officiels entraient en concurrence avec les photos, enregistrements et témoignages de première main transmis via une infrastructure indépendante. Gênes est ainsi l’une des premières manifestations majeures à être documentée sous tous les angles par ses participant·es plutôt qu’exclusivement par les médias institutionnels.
Pour A/I, ce fût aussi ce que le collectif nommera plus tard une « communion traumatique ». Ses membres y fîrent face à la même violence ensemble, tout en maintenant les systèmes aux travers desquels les preuves de cette violence pouvaient se diffuser. Après Gênes, A/I n’était plus une simple expérimentation technique, curieuse et rigolote. C’était devenu une infrastructure de confiance pour le mouvement. La demande crût rapidement. En 2003, A/I hébergeait plus de 2 000 utilisateur·ices, 205 sites web et 269 listes de discussion. Héberger ces services gratuitement devenait insoutenable, des hébergeurs commerciaux auraient facturé des milliers d’euros par an pour de tels services. Le collectif apporta une réponse avec les KAOS Tours : des tournées combinant collectes de fonds, fêtes, discussions publiques et ateliers pratiques. Les membres d’A/I apprenaient aux gens comment monter des serveurs, chiffrer leurs communications, monter et diffuser des vidéos, créer des archives numériques et streamer de la radio.
Les tournées levèrent des fonds, mais leur but principal était l’éducation politique. Le collectif ne voulait pas devenir un groupe d’expert·es invisibles pratiquant de la magie pour des utilisateur·ices passif·ves. Il souhaitait que la communauté comprenne la machinerie dont elle dépendait de plus en plus. Chaque attaque ultérieure envers A/I provoquerait une variation de cette réponse : découvrir ce qui s’était passé, réparer les dégâts, partager la leçon, construire quelque chose de plus difficile à détruire.
Quand Trenitalia découvre l’effet Streisand
La première confrontation judiciaire majeure a eu lieu en 2004. Un collectif de designers nommé Zenmai créa un site web parodiant celui de l’entreprise ferrovière italienne Trenitalia. Iels copièrent l’apparence du site web de l’entreprise tout en dénonçant son implication dans le transport de chars d’assauts et d’autres équipements militaires pour l’invasion de l’Irak. Trenitalia demanda devant la justice la suppression de la page, le versement de dommages et intérêts ainsi que la publication d’excuses dans deux journaux majeurs pour un coût estimé à environ 20 000 €. Le tribunal ordonna dans un premier temps à A/I de suspendre le site parodique. Internet répondit en reproduisant le site tout autour de la toile.
Trenitalia demanda alors qu’A/I retire également les liens vers les sites miroirs (impliquant l’absurde possibilité que des moteurs de recherche puissent être poursuivis à leur tour pour avoir référencé ces mêmes liens). A/I fit appel. Le 14 septembre 2004, le tribunal statua que le site web était protégé par le droit à la satire et au débat public pour des faits d’intérêt général. La page fût alors republiée et Trenitalia fût condamnée à rembourser A/I de ses frais de justice… une victoire extraordinaire pour un collectif de bénévoles ! Mais tandis qu’A/I se battait au grand jour devant le juge contre la censure, une opération plus pernicieuse se trâmait dans l’ombre, sans qu’iels ne le sâchent.
La répression d’Aruba
Le serveur d’A/I était, à cette époque, hébergé dans un centre de données de l’entreprise Aruba à Arezzo [NDLT: ville Italienne à l’est de la Toscane]. Le 15 juin 2004, la police italienne débarqua chez Aruba, mandatée par un procureur de Bologne. Les techniciens de l’entreprise éteignèrent la machine d’A/I et laissèrent la police en copier les disques durs. Les enquêteurs saisirent ainsi les certificats de chiffrement et installèrent des équipements pour intercepter le trafic. A/I fût faussement informé que la coupure du service était due à un problème électrique. Le collectif ne découvrit la vérité que près d’un an plus tard, par accident.
En mai 2005, A/I fut sommé de fermer la boîte mail utilisée par l’Anarchist Black Cross italienne Crocenera Anarchica [NDLT: organisation anti-carcérale de soutien aux prisonnier·es politiques], dans le cadre d’une enquête tentaculaire impliquant des accusations de complot et de subversion anarchiste. A/I s’est conformé à l’ordonnance du tribunal et a demandé les documents liés à ce dossier. Ces documents contenaient des messages que les enquêteurs n’auraient pas dû être en capacité d’avoir. L’explication était cachée dans une note de bas de page: la police était allé chez Aruba l’année précédente et avait obtenu un accès au serveur de A/I. Une affaire qui prétendait ne concerner qu’une simple boîte mail avait potentiellement compromis des miliers de comptes et des dizaines de milliers d’utilisateur·ice·s de listes mails. Parmi les personnes touchées : des avocats et des experts techniques travaillant pour le Genoa Legal Forum [NDLT: la legal team de Gênes suite aux manifs anti-G8]. La police a donc pu avoir accès à des communications confidentielles de défense à propos des poursuites découlant des agissements de la police lors du G8. Cette violation a révélé une vérité brutale. A/I peut faire tourner son propre serveur, le configurer avec attention et refuser de stocker des logs identifiants, mais la machine physique reste dans le bâtiment de quelqu’un d’autre. Un fournisseur commercial peut donner accès au contenu du serveur aux autorités et dissimuler ce qui s’est passé.
A/I a retiré la machine de chez Aruba, l’a nettoyée et a restoré les services essentiels. Des questions parlementaires furent posées en Italie et au niveau Européen. Le collectif à voyagé dans tout le pays et à travers l’Europe pour expliquer la faille. Mais surtout, il a reconstruit le réseau.
Le plan R* : la répression devient architecture
Le résultat a été le plan R*, lancé en octobre 2005 : un réseau de « communication résistante ». Plutôt que de concentrer les services d’A/I sur une seule machine, le collectif a distribué les données chiffrées et les fonctionalités entre des serveurs situés dans plusieurs pays. Les machines consultées par le public deviennent remplaçables. Les services peuvent être déménagés quand du matériel est saisi ou quand un hébergeur devient hostile. La perte d’un nœud ne peut plus exposer ou réduire au silence l’intégralité de la communauté. R* signifie réplication, redondance, résistance et autres mots commençant par R. Son architecture a été conçue non seulement pour survivre à des pannes mécaniques, mais aussi pour tenir bon face à des attaques politiques. A/I n’a pas prétendu qu’iels pouvaient garantir une sécurité parfaite. Au contraire, iels ont sans cesse rappelé aux utilisateur·ices de ne jamais accorder une confiance aveugle à un hébergeur, y compris A/I. Iels ont réduit les logs et les informations identifiantes au strict minimum, car une information qui n’existe pas ne peut être saisie. Iels ont encouragé les utilisateur·ice·s à chiffrer leurs communications parce que même l’architecture serveur la plus solide ne peut compenser les pratiques individuelles à risque.
Le collectif à transformé une opération de surveillance secrète en leçon d’infrastructure. La répression est devenue architecture.
Le Vatican, un jeu vidéo satirique, et la Norvège
La pression n’est pas retombée. En 2007, un homme politique italien demande la censure de Operation: Pedopriest, un jeu satirique dénonçant les efforts faits par l’église catholique pour enterrer les cas d’abus sexuels commis par le clergé. Lea créateur·ice du jeu le retire temporairement pour épargner l’hébergeur. A/I en héberge alors une copie. Suite à une plainte déposée par une organisation de protection des enfants non-identifiée, un fournisseur d’accès états-unien déconnecte l’intégralité du serveur de Noblogs. Après consultation des avocats, le fournisseur d’accès conclut finalement que la satire était légale et restaure l’accès au serveur. Le plan R* a permis que le contenu contesté reste accessible ailleurs et a évité une censure plus large. À ce moment-là, A/I est devenu un refuge important hors des réseaux sociaux commerciaux, alors en pleine émergence. Noblogs permettait à chacun·e de publier de manière indépendante, sans publicité, exploitation de données ou nécessité de lier le contenu à une identité légale.
Ses utilisateur·ices incluaient des organisations du mouvement, des auteur·ices individuel·les, des dissident·es, des artistes et des travailleur·euses d’ONGs opérant dans des environnements dangereux. En 2008, A/I a reçu le prix de « Privacy Hero » du Progetto Winston Smith italien pour avoir créé des infrastructures de communication libres résistantes à la censure malgré de faibles ressources, des attaques techniques et des poursuites judiciaires à répétition. Puis, le 6 novembre 2010, la police norvégienne a copié les disques durs d’un serveur d’A/I à la demande de l’Italie. L’enquête faisait suite à des menaces et tags antifascistes ciblant les membres de l’organisation néofasciste CasaPound. Les autorités cherchaient des informations à propos d’une boîte mail. A/I avait déjà expliqué qu’iels n’avaient ni l’identité des utilisateur·ices ni des journaux d’activité, mais les enquêteurs voulaient apparament vérifier si c’était vraiment le cas.
Des miliers de comptes ont été copiés au passage.
Le plan R* permis de restaurer les services ailleurs en environ deux heures. En moins de vingt-quatre heures, le réseau opérait de nouveau normalement. Les disques saisis étaient chiffrés et n’ont fourni aucune information utile. L’opération est devenue un scandale en Norvège. Des avocats, journalistes et associations de défense des droits numériques ont demandé la raison pour laquelle la police norvégienne avait copié les communications privées de milliers de personnes en réponse à une demande étrangère insuffisamment justifiée. L’enquête italienne a fini par être abondonnée. Là où une autre organisation aurait pu interpréter les perquisitions à répétition comme une preuve que son projet était impossible, A/I les a interprétées comme une preuve que leur projet était nécessaire. Son histoire est documentée dans le livre du collectif, +KAOS: Ten Years of Hacking and Media Activism.
26 août 2026
La nouvelle attaque est d’un autre ordre. Le 26 août 2026, le département d’État des États-Unis [NDLT: l’équivalent états-unien du ministère des affaires étrangères] a désigné Autistici/Inventati comme organisation terroriste (Specially Designated Global Terrorist). Au même moment, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor (Office of Foreign Assets Control) a placé A/I sur la liste des Ressortissants Spécialement Désignés et des Personnes Refusées (Specially Designated Nationals and Blocked Persons list) sous l’ordre exécutif 13224. Ce n’est pas simplement une condamnation du gouvernement. Cela active l’un des systèmes d’exclusion économique les plus puissants au monde. Les États-Unis affirment que A/I fournit des architectures numériques spécialisées, des communications chiffrées et de l’hébergement pour des groupes antifascistes et autres mouvements radicaux, incluant des organisations déjà désignées comme terroriste par les États-Unis.
La déclaration publique du Trésor états-unien se concentre sur les services que A/I fournit : hébergement de sites à l’étranger, mail chiffrés, tchat, visio-conférence et l’infrastructure technique soutenant Noblogs. Cette déclaration décrit notamment la ligne politique antifasciste et anti-militariste de A/I, leur pratique de sélectionner spécifiquement des projets compatibles avec leur ligne politique et la mise à disposition d’infrastructure utilisée par le PKK [NDLT: Parti des travailleurs du Kurdistan]. Le Trésor états-unien considère l’hébergement de cette infrastructure comme un soutien matériel ou technologique au terrorisme. Le dossier du département d’État va encore plus loin, décrivant les attaques, les communiqués et publications qu’ils affirment être passés par les infrastructures de A/I. Leurs exemples incluent des revendications de sabotage de lignes de chemin de fer et de pipelines en Europe, d’attaques sur des infrastructures énergétiques, l’hébergement du groupe antifasciste Rose City Antifa, la lutte contre le projet de centre d’entraînement de la police à Atlanta, du groupe militant Jan’s Revenge et des publications contenant des déclarations attribuées à des organisations armées. Les déclarations publiques du gouvernement ne montrent pas que A/I a planifié ces actions, sélectionné des cibles, transféré des armes, dirigé les groupes cités ou rédigé les contenus hébergés sur ses systèmes. Ils ne précisent pas à quel moment A/I a eu connaissance d’un acte particulier ni si iels en avaient eu connaissance avant que ça ne se produise.
Au contraire, cette désignation défend une idée plus large et plus lourde de conséquences : construire des infrastructures de communications pour des mouvements radicaux peut être considéré en soi comme du terrorisme.
Cette théorie met à bas la distinction entre un fournisseur de services et un·e utilisateur·ice ; entre affinité politique et contrôle opérationnel ; entre protection de la vie privée et dissimulation d’un crime ; entre maintien d’une plateforme de publication de contenu et rédaction de tout ce qui est publié dessus. A/I n’a jamais prétendu être politiquement neutre. Iels ont construit cette infrastructure précisément parce que les mouvements radicaux avaient besoin d’un endroit où parler, publier et s’organiser au-delà des entreprises et du contrôle de l’État. Les États-Unis utilisent maintenant cette intention comme preuve contre elleux.
Suite : le 25 septembre
Puisque A/I est désormais considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, tous ses actifs détenus au États-Unis (possédés directement, ou contrôlés par un tiers) doivent être bloqués et déclarés à l’OFAC [NDLT : Office of Foreign Assets Control, un organisme chargé de faire appliquer les sanctions financières]. Sauf dérogation, les citoyen·ne·s et institutions états-unien·ne·s ont interdiction de fournir ou recevoir des fonds, biens ou services impliquant A/I. Ces restrictions s’appliquent aussi aux transactions qui passent par les État-Unis, même si les parties prenantes n’y résident pas. L’OFAC a accordé une dérogation temporaire qui autorise les transactions ordinaires nécessaires à la fermeture des relations existantes avec A/I, jusqu’au 25 septembre 2026, à 12h01. Les paiements dus au collectif ne peuvent pas lui être versés ; ils doivent être placés sur des comptes gelés. Après cette date butoir, une nouvelle autorisation sera nécessaire pour toute transaction. Le 25 septembre est donc la date à partir de laquelle les entreprises et individus résidant aux États-Unis sont supposés couper tout lien avec A/I.
Les conséquence pourraient être la perte :
- de comptes bancaires et moyens de paiement,
- d’accès aux dons et levées de fonds liées aux États-Unis,
- d’hébergement de serveurs, infrastructures de cloud et services de transit réseau,
- de noms de domaines et services associés,
- de comptes de certificats, de sécurité et d’envoi d’e-mails
- de services logiciels et de communication,
- de liens avec des fournisseurs non-états-uniens craignant des sanctions secondaires,
- d’accès aux services de A/I pour les personnes résidant aux États-Unis.
Les entités extérieures aux États-Unis n’ont pas à appliquer automatiquement les censures imposées par la loi états-unienne. Cependant, l’OFAC a menacé les institutions financières étrangères de sanctions secondaires si elles facilitent des transactions significatives pour le compte d’une entité désignée comme terroriste. Cette menace pourrait être aussi destructrice qu’une réquisition légale. Il est peu probable qu’une banque, un registrar [NDLT: une entité qui gère des noms de domaines] ou un hébergeur européen connaisse précisément les obligations qui lui sont imposées par la loi états-unienne. Ses juristes seront probablement enclins à considérer que maintenir des relations commerciales avec un petit collectif anarchiste italien n’en vaut pas la chandelle. Les institutions font fréquemment du zèle. Les fournisseurs pourraient fermer des comptes et révoquer des accès, quand bien même la loi ne les y oblige pas. Des organisations pourraient retirer des liens vers A/I, éviter de contacter ou interrompre des échanges avec A/I simplement parce que le nom du collectif apparaît sur une liste d’organisations terroristes.
C’est ainsi que les sanctions états-uniennes acquièrent une puissance mondiale : pas simplement par voie légale, mais aussi par une peur institutionelle.
Plus largement, la cible est la communauté autour du serveur
Même si l’ajout sur la liste des organisations terroristes des États-Unis cible A/I, ses effets ne seront pas circonscrits au collectif. L’infrastructure d’A/I est utilisée par des écrivain·es, organisateur·ices, chercheur·euses, artistes, collectifs de publications et personnes qui l’ont choisie précisément parce que les plateformes commerciales ne sont pas sûres, sont politiquement hostiles, ou concues pour exploiter leurs données. Ces utilisateur·ices ne sont pas sanctionné·es automatiquement parce qu’iels ont une adresse mail chez A/I, ou publient sur Noblogs. Mais quand le fournisseur lui-même est placé sur la liste noire des organisation terroristes, un simple lien peut devenir un signal d’alarme. Une banque pourrait pinailler sur un paiement. Un hébergeur de mails pourrait limiter ou bloquer la distribution des emails. Un·e employeur, un flic à la frontière ou un enquêteur pourrait juger une adresse suspiscieuse. Un·e journaliste pourrait hésiter à contacter une source. Un·e chercheur·euse pourrait éviter une archive. Un·e nouvel·le utilisateur·ice pourrait considérer qu’ouvrir un compte est trop dangereux. Rien de tout ça ne nécessite qu’un gouvernement ne poursuive qui que ce soit. L’ajout sur la liste produit à lui seul un no man’s land de peur.
C’est une raison pour laquelle cette action pourrait être utile à l’État même si A/I reste en ligne. Les précedentes attaques tentaient d’atteindre le collectif à travers différentes machines, boîtes mails ou fournisseurs. A/I y a répondu en distribuant ses sytèmes, en chiffrant ses disques et en retenant le moins d’informations possible. Ces pratiques ont rendu les traditionnelles saisies et mesures de surveillance moins efficaces. Les sanctions s’attaquent à un autre niveau : les relations qui permettent à l’infrastructure d’exister. Plutôt que de casser le chiffrement, le gouvernement peut contraindre les banques, les registrars, les centres de données, les entreprises informatiques et les utilisateur·ice·s à isoler le collectif. Plutôt que de prouver devant un tribunal que chaque utilisateur·ice est coupable, l’État peut rendre les contacts coûteux et légalement périlleux.
C’est l’État-surveillance qui opère à travers des intermédiaires privés. Le gouvernement n’a pas besoin de mettre un flic dans chaque salle de serveur quand les juristes, les banques et les plateformes peuvent être conduits à policer le réseau par eux-mêmes. Chaque institution va tracer sa propre frontière défensive, souvent plus large que la loi ne l’impose. Certaines pourraient demander davantage de documents d’identité, sauvegarder plus de logs, surveiller le contenu politique ou rejetter tout bonnement les projets de défense de la vie privée. D’autres pourraient fermer des comptes à l’abri des regards, sans possibilité de contestation. La mise en application se dissout dans de multiples entités dont les décisions sont difficiles à voir, contester ou simplement documenter.
Les conséquences néfastes qui en résultent ne se limitent pas à la censure. Elles peuvent changer l’architecture de la communication du mouvement. De petits fournisseurs de services autonomes pourraient conclure que servir des petites communautés controversées impliquerait un risque existentiel. De plus grandes plateformes pourraient, elles, appuyer sur le fait que ce sont de nouvelles raisons d’étendre la vérification d’identité, la modération automatique et la rétention de données. Les utilisateur·ices pourraient migrer de l’infrastructure de confiance du mouvement vers des systèmes commerciaux plus faciles à surveiller, à cartographier, et auxquels il est facile de demander de fournir des documents. L’État gagne de l’influence, quand bien même il n’obtient pas les données en clair des disques chiffrés d’A/I : les gens prennent leurs distances les un·es des autres, les fournisseurs collectent plus d’informations et les relations sociales entre les dissident⋅es deviennent plus faciles à observer.
Ce précédent dépasse les projets spécifiquement anarchistes ou anti-fascistes. Si l’aligement politique avec les utilisateur·ices, les mesures de protection de la vie privée et l’hébergement de publications controversées peuvent être utilisées pour argumenter que l’infrastructure elle-même constitue une complicité, alors les fournisseurs de mails chiffrés, les sites de publication radicaux, les archives communautaires, les VPNs, les réseaux sociaux fédérés et autres hébergeurs indépendants ont tous des raisons de s’inquiéter. Les faits et lois seraient spécifiques à chaque fois. Le danger consiste à normaliser ceci : un fournisseur d’outils de communications n’est plus traité comme simple diffuseur avec ses propres droits et responsabilités, mais comme un complice de chaque acte que le gouvernement attribue à quiconque utilise ses systèmes.
Tout ça ne signifie pas que l’ajout sur la liste cible secrètement chaque utilisateur·ice de A/I, ni que toutes les conséquences envisagées adviendront. Le gouvernement américain n’a pas pris la peine d’expliquer sa stratégie au delà des accusations dans les annonces. Mais la logique de l’action est visible. Il remplace une accusation ciblée contre des faits identifiables par une large pénalisation de l’infrastructure. La mise en application est déplacée du tribunal à une toile diffuse d’institutions précautionneuses. L’incertitude devient un instrument de contrôle. L’objectif immédiat est de supprimer A/I. Le message plus large est adressé à quiconque construit des systèmes de communication hors du contrôle étatique et commercial : cet abri que vous fournissez pourra être retenu contre vous.
A/I peut-il survivre à ça ?
A/I a vu la répression étatique arriver de loin.
Toute son infrastructure part du principe que :
- les serveurs seront saisis ;
- les hébergeurs coopéreront avec la police ;
- les gouvernements demanderont des informations à propos des utilisateur·ices ;
- les entreprises censureront le contenu controversé ;
- certaines machines et sites d’hébergement deviendront inaccessibles ;
- les données et les services doivent donc être chiffrés, distribués et remplaçables.
Cette préparation compte. A/I est basé en Italie, pas aux Etats-Unis. Son infrastructure est distribuée dans plusieurs pays. Ses services sont maintenus par des personnes hautement compétentes. Il ne dépend pas d’un fournisseur unique, minimise les informations identifiantes et a plusieurs décennies d’expérience de restauration de services en urgence. Il n’a pas d’actionnaires, de siège ou d’employé·e·s à payer. Ses frais de roulement sont relativement modestes, et le fait que l’infrastructure soit maintenue par des volontaires donne a l’État moins de leviers que ce à quoi il est habitué. Il serait surprenant que le site web, le système de mails ou Noblogs disparaissent purement et simplement le 25 septembre. A/I est probablement parmi les mieux armés des projets informatiques de sa taille pour faire face à des saisies de machines ou à des censures ponctuelles.
Mais ceci n’est pas une simple descente de police.
Le plan R* a été concu pour faire face à la disparition de serveurs. Il ne peut pas à lui tout seul, empêcher les banques de bloquer l’argent, les registrars de suspendre les domaines, ou les entreprises aux quatre coins du globe de révoquer les services par peur des mesures de rétorsion états-uniennes.
L’ajout sur la liste cible le tissu autour des serveurs :
- les banques ;
- les dons ;
- les domaines ;
- les contrats avec des hébergeurs ;
- la bande passante ;
- les certificats ;
- les dépendances logicielles ;
- les relations avec des institutions internationales.
A/I a déjà survécu à l’isolation technique. Les États-Unis tentent maintenant une excommunication financière et institutionnelle. Les services proposés sont, certes, résilients, mais la capacité de les financer, de remplacer l’infrastrucrure et de participer à l’environnement technologique plus large, encourrent un risque bien plus grand. Ce qui adviendra après le 25 septembre dépendra donc non seuleument de l’architecture qui héberge les données de A/I, mais aussi de la solidarité avec le collectif lui-même.
La mise-au-silence n’est pas pour le 25 septembre
L’ajout sur la liste des organisation terroristes vise à isoler. La réponse doit être une solidarité informée, indépendante et rigoureuse. Les personnes qui résident aux États-Unis ne doivent pas improviser de dons, déguiser des paiements, ou faire parvenir des ressources par d’autres personnes, organisations, monnaies ou pays. Cela pourrait les exposer, eux, les intermédiaires, voire A/I, à des sanctions. Les interdictions pourraient aussi s’étendre au-delà des ressources financières : assistance technique, traduction, plaidoyer, évènements de soutien ou autres services rendus pourraient impliquer un risque légal pour les personnes apportant leur soutien.
Mais le 25 septembre n’est pas une date à laquelle disparaitre en silence. Enquêtes indépendantes, communiqués, manifestations et débats politiques restent possibles. Nous pouvons raconter l’histoire de A/I, démonter les affirmations du gouvernement, contacter des journalistes et des organisation de défense de libertés et s’organiser indépendamment contre la criminalisation d’infrastructures de communication résistantes. L’essentiel en pratique est de parler et agir pour A/I sans lui fournir de fonds ou de services directement. Les limites précises sont difficiles à établir. Quiconque chercherait à faire des levées de fonds, remplacer l’infrastructure, déployer un miroir publique ou fournir une assistance technique directe devrait s’assurer d’un conseil qualifié à propos des sanctions. Un document de février 2025 concernant le soutien matériel dans le cadre de restrictions de l’OFAC met en garde contre le fait que même des soutiens légalistes peuvent attirer la surveillance, des enquêtes, des restrictions d’accès aux États-Unis ou des litiges. Si les flics vous questionnent, ne répondez pas à leurs questions et contactez un avocat.
Cet article propose une analyse politique, pas un conseil légal.
Ce que les soutiens peuvent faire d’ici au 25 septembre
Racontons l’histoire. Partagons l’histoire d’A/I: les hacklabs, Paranoia, Gênes, les tounées KAOS, la victoire Trenitalia, la faille Aruba, le plan R*, Noblogs et la saisie Norvégienne. Ne laissons pas le récit étatique devenir le seul témoignage public de ce qu’est A/I. Construisons une coalition de défense. Demandons aux collectifs d’hébergement indépendants, aux organisations de défense des libertés numériques, aux hacklabs, aux projets de logiciel libre, aux librairies radicales, aux éditions indépendantes, aux journalistes, aux juristes, aux chercheur·euses et aux utilistateur·ices de répondre publiquement. Préservons les archives. Les serveurs peuvent être saisis. Les domaines peuvent être suspendus. Les hébergeurs peuvent paniquer. Sauvegardons les écrits de Noblogs publiquement accessibles et ayant une importance historique, ainsi que les manifestes d’A/I, les documents techniques et juridiques, et l’histoire du mouvement. Enregistrons les URL sources, les auteur·ices, les dates de publications et de consultation. Respectons la confidentialité, le droit d’auteur et les demandes de suppression. N’accédons pas à des comptes privés et respectons les mesures de sécurité. La préservation individuelle, l’archivage pour la recherche ou la presse n’impliquent pas les mêmes enjeux qu’opérer publiquement une infrastructure de remplacement ; n’importe qui envisageant l’hébergement d’un miroir public devrait d’abord chercher des conseils qualifiés.
Documentons les excès de zèle. Répertorions les entreprises, banques, registrars, plateformes et institutions qui mettent fin à leurs services ou suppriment du contenu. Préservons les déclarations et les correspondances. Les archives publiques doivent montrer dans quelle mesure cette désignation va au-delà de sa formulation officielle. Exigeons des réponses. Demandons aux groupes de défense des libertés numériques, aux institutions européennes et aux responsables politiques si iels vont laisser des sanctions américaines démanteler un collectif de communication italien. Demandons quelles protections existent pour les infrastructures, utilisateur·ices et archives européen·nes. Organisons-nous de manière indépendante. Proposons des discussions publiques sur les infrastructures autonomes, les sanctions, la surveillance et les lois sur le soutien matériel. Publions des explications de la situation. Enseignons le chiffrement. Soutenons le travail indépendant sur les droits s’opposant aux désignations de terrorisme à tout va. Préparons un soutien matériel légal. A/I a historiquement survécu grâce aux dons, mais les soutiens aux US ne devraient pas envoyer ou faire parvenir de l’argent tant que la désignation de terrorisme s’applique sans une autorisation claire. Les organisations de défense des libertés numériques et de soutien juridique peuvent chercher des mécanismes de soutien légaux, et les potentielles procédures de retrait de la liste.
Écoutons attentivement les réponses publiques d’A/I [NDLT : le blog du collectif est toujours accessible], tout en maintenant notre soutien légalement indépendant. Les déclarations du collectif devraient nous servir de référence sur la manière de raconter son histoire et sa situation. Toute campagne coordonnée, canal de collecte de fonds ou service direct demande un examen juridique distinct. Notre objectif immédiat est de rendre A/I impossible à faire disparaitre en silence.
Le réseau nommé solidarité
A/I a survécu aux tentatives de censures des grandes entreprises, aux accès secrets de la police, à la saisie de disques, aux hébergeurs hostiles, aux attaques de parlementaires et aux enquêtes internationales. L’affaire Trenitalia a produit des miroirs et une victoire juridique. L’affaire Aruba a produit le plan R*. La censure des hébergeurs a produit de la redondance. La saisie norvégienne a montré que le réseau pouvait être remonté en quelques heures.
Chaque tentative d’isoler le collectif a diffusé la connaissance sur le fonctionnement de la surveillance et de la censure. Chaque attaque est devenue une opportunité de former plus de personnes sur comment se protéger collectivement. Les États-Unis ont maintenant transformé cette histoire en un test mondial. Ce n’est pas seulement la survie d’un collectif de hackers italiens qui est en jeu. Il s’agit de savoir si maintenir de l’infrastructure pour les mouvements radicaux peut être considéré comme du terrorisme ; si la protection de la vie privée peut être redéfinie comme une dissimulation ; si refuser de collecter des informations personelles peut être présenté comme une obstruction ; et si un hébergeur peut être tenu politiquement et juridiquement responsable de chaque texte, tactique et revendication transmis au travers de ses machines.
A/I a passé vingt-cinq ans à se préparer au jour où un de ses serveurs disparaitrait. Iels savent comment remplacer une machine, déplacer un service, restaurer des données chiffrées et continuer à opérer après le débranchement d’une prise par la police ou un hébergeur. Les État-Unis tentent quelque chose de différent. Ils essayent d’intimider les banques, les hébergeurs, les registrars, les fournisseurs d’infrastructure et les soutiens à travers le monde pour qu’ils abandonnent le collectif. Leur réussite dépendra en partie de l’infrastructure d’A/I.
Elle va aussi dépendre de nous.
D’ici au 25 septembre, préservons l’histoire. Partageons-la. Construisons une coalition. Documentons l’isolation. Enseignons les outils. Préparons une défense légale. Ne laissons pas l’État américain discrètement établir que construire des infrastructures respectant la confidentialité pour la contestation est en soit un acte de terrorisme. Il y a vingt-cinq ans, dix personnes se sont rassemblées autour d’une machine de récup’ et ont délibérement pris trop de temps pour la configurer parce que tout le monde dans la pièce était censé apprendre. Cela reste la leçon. Ne laissons pas la connaissance aux expert·e·s.
Ne centralisons pas l’infrastructure. Ne laissons pas les cibles se retrouver seules.
Le premier serveur s’appelait Paranoia.
Le réseau qu’il a créé s’appelle solidarité.
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Télécharge le livre d’A/I, +KAOS, sur l’histoire des travaux du collectif, disponible gratuitement.
Télécharge leur « Media Kit » visuel pour les réseaux sociaux, guides d’archivage, encarts de presse, modèles, et flyers si toi ou ton collectif veut montrer sa solidarité avec A/I ou en savoir plus.
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[St Nazaire] Rencontre debat « le spectre du colonialisme »
Nedib Sidi Moussa viendra présenter son dernier livre « Le spectre du Colonialisme » paru en avril aux Éditions L’échappée.
Commént la question coloniale influe sur la pensée politique contemporaine, les relation internationales, l’accueil des migrant, le sentiment identitaire et le racisme?
Pourquoi y-a-t’il nécessité de proposer un nouvel internationalisme fondé sur des bases politiques et sociales, débarrassé des errements dogmatiques de certains courant issus des « colonial studies » qui agitent depuis 20 ans les Universités ?
Bloquez la date. Des précisions suivront…
Le Spectre du colonialisme
Nedjib Sidi MoussaUn spectre hante la France : le spectre du colonialisme.
Depuis au moins deux décennies, les factions idéologisées de la production du savoir, du traitement de l’information et de la conquête du pouvoir ont contribué, au gré des « guerres culturelles », à faire du rapport au passé colonial l’une des problématiques les plus sensibles dans une société fragmentée.
Cette question, souvent perçue à travers le prisme algérien, soulève de nombreux enjeux contemporains, par delà les controverses inhérentes aux cercles intellectuels : de la persistance niée du racisme à l’instrumentalisation de la diversité, en passant par la politisation de la présence musulmane, le tout sur fond de décomposition du vieux mouvement ouvrier et de crise du capitalisme néolibéral.
Au croisement de la science politique, de la sociologie critique et de l’histoire des idées, ce livre aborde ces thématiques avec une approche singulière, qui associe pensée matérialiste et méthode dialectique, à rebours de la fausse conscience ou de la mauvaise conscience qui prévalent dans les débats.
Sans concession à l’idéologie dominante ni à ses fausses alternatives, il invite aussi à examiner d’un regard neuf la trajectoire de figures intellectuelles confrontées à la révolution anticoloniale dans le tiers-monde ou à l’avènement d’une France postcoloniale, à l’instar d’Albert Camus, Guy Debord, Frantz Fanon, Joseph Gabel, Maxime Rodinson, etc., dont la part d’ombre et de lumière résonne avec force dans la conjoncture actuelle.
paru le Vendredi 03 Avril 2026
05/07/26« D’autres regards sur le postcolonial »
Recension du Spectre du colonialisme de Nedjib Sidi Moussa par Faris Lounis dans Mediapart & En attendant Nadeau.
Stimulant et exigeant, « Le Spectre du colonialisme », recueil de textes du politiste et historien Nedjib Sidi Moussa, donne une cohérence internationaliste à ses ouvrages précédents, dépassant les controverses stériles fondées sur la
[…]29/06/26« Non-renouvellement de contractuels dans l’académie de Versailles : une maltraitance institutionnalisée »
Tribune de Nedjib Sidi Moussa, auteur du Spectre du colonialisme et du Remplaçant dans Libération.
Enseignant contractuel, Nedjib Sidi Moussa veut attirer l’attention sur la situation de centaines de collègues en CDD, remerciés pour cause de «baisse de besoins». Un plan social qui ne dit pas son nom.
Le symbole est cruel. Une semaine
[…]24/05/26« « La proposition de loi contre l’entrisme islamiste est une étape de plus dans la mise en œuvre d’un projet national-sécuritaire » »
Tribune de Nedjib Sidi Moussa, auteur du Spectre du colonialisme, dans Le Monde.
L’examen du travail parlementaire de Bruno Retailleau, élu au Sénat depuis près de vingt-deux ans, révèle les obsessions de la droite réactionnaire, estime l’essayiste Nedjib Sidi Moussa, dans une tribune au « Monde ».
L’adoption, par le
[…]11/05/26« « Surmonter les oppositions binaires Occidental/non Occidental, Blanc/non Blanc, Nord/Sud dans le but d’embrasser l’universalité de notre commune humanité » »
Nedjib Sidi Moussa, auteur du Spectre du colonialisme, était l’invité de l’émission « Trous Noirs » sur Radio Libertaire.
Nedjib Sidi Moussa, historien d’origine algérienne, regroupe une vingtaine de textes dans Le spectre du colonialisme, paru récemment aux Éditions L’Échappée. Ils couvrent quatorze années jusqu’à 2025 pendant lesquelles, parallèlement aux
Nedjib Sidi Moussa présentera Le Spectre du colonialisme à partir de 20h à la librairie Quilombo (23 rue Voltaire, 75011 Paris).
Nedjib Sidi Moussa présentera Le Spectre du colonialisme à partir de 19h30 à la librairie Libre Ère (111 bd de Ménilmontant, 75011 Paris).
Nedjib Sidi Moussa présentera Le Spectre du colonialisme à partir de 19h à Solidaire 13, 29 bd Longchamp 13001 Marseille.
Nedjib Sidi Moussa présentera Le Spectre du colonialisme à partir de 19h30 à la librairie Libertalia (12, rue Marcelin-Berthelot 93100 Montreuil).
Nedjib Sidi Moussa présentera Le Spectre du colonialisme à partir de 16h à la librairie La Flibuste (3 rue Jean Jacques Rousseau, 94120 Fontenay-sous-Bois).
Nedjib Sidi Moussa dédicacera Le Spectre du colonialisme lors du Maghreb des livres, organisé par l’association Coup de soleil, à l’Hôtel de ville de Paris (3, rue de Lobau 75004 Paris).
Dans le cadre des Rencontres libertaires du Poitou, Nedjib Sidi Moussa présentera Le Spectre du colonialisme le jeudi 16 juillet à partir de 15h
Les Rencontres du Maquis de l’émancipation invitent Freddy Gomez et Nedjib Sidi Moussa à présenter leurs travaux le mardi 11 août (Le Maquis, Hameau de Bois-bas, 34210 Minerve).
Dans le cadre des 4ème Rencontres d’été révolutionnaires, Nedjib Sidi Moussa présentera Le Spectre du colonialisme le dimanche 23 août à partir de 10h.
Nedjib Sidi Moussa présentera Le Spectre du colonialisme à partir de 19h au Au local des Ami·es de May (25 boulevard de la Renaissance, 44600 Saint-Nazaire).
Nedjib Sidi Moussa présentera Le Spectre du colonialisme à partir de 19h à la librairie De beaux lendemains (8 Allée Rosa Parks, 93170 Bagnolet).
Diffusion – distribution
Belles Lettres Diffusion Distribution25 rue du Général Leclerc | 92270 Le Kremlin BicêtreTél. 01 45 15 19 70 | Fax. 01 45 15 19 80
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Défendons Autistici/Inventati avant le 25 septembre
Ce 26 août 2026, l'administration des États-Unis d'Amérique a désigné comme terroriste l'association en charge des serveurs informatiques Autistici/Inventati (A/I). Derrière ce nom, ce sont 25 ans de mémoire et d'outils des luttes sociales, d'autogestion numérique qui se voient attaquées.
A/I, c'est un peu le Riseup italien. Iels hébergent des milliers de boite mails, listes mails ainsi que tous les sites en .noblogs.org. Des milliers de comptes, services et sites webs militants se voient donc censurés ou menacés. Cette décision, dont les premières conséquences commencent à apparaître, sera pleinement effective le 25 septembre 2026. D'ici-là, la communauté hacker internationale appelle à une large mobilisation de solidarité antifasciste pour la défense de nos infrastructures et pour l'autonomie de nos réseaux numériques alternatifs.
Paranoia, la première machine de ce qui deviendra plus tard A/I, est née à Milan (Italie) en 2001, dans un contexte foisonnant de luttes sociales et d'expérimentations technologiques populaires entremêlées. Cette initiative antifasciste, anticapitaliste et antimilitariste, reposant sur des logiciels libres et maniant la cryptographie comme technique d'autodéfense numérique, s'est poursuivie par l'installation de toute une infrastructure visant à garantir le pseudonymat et la libre circulation des informations, de la connaissance et de la culture.
Là où les prestataires de services en ligne commerciaux utilisent l'argent comme barrière d'entrée, A/I fait partie de ces collectifs qui conditionnent l'utilisation de leurs services à un critère d'affinité politique. Sous cette condition, la liberté d'expression permise au travers de cette infrastructure n'a cependant jamais garanti de responsabilité collective à l'égard de toutes les publications ou communications qui y circulent. Et pourtant, l'administration états-unienne justifie aujourd'hui la censure de l'intégralité des services d'A/I dans un excès de zèle fasciste qu'on lui connaît particulièrement de nos jours.
Depuis 2001 et jusqu'à la catastrophe que représente cette dernière actualité, l'histoire d'A/I est émaillée de plusieurs événements parfois rocambolesques, mettant en lumière toute l'ironie et l'absurdité des institutions politiques et du capitalisme de surveillance. Lors de l'affaire Trenitalia, A/I avait créé un site web satirique pour dénoncer le transport d'équipements militaires pour l'invasion états-unienne de l'Irak en 2003. En 2005, une enquête contre une cellule italienne de l'Anarchist Black Cross, dont les emails étaient hébergés par A/I, a révélé l'installation clandestine d'un dispositif de surveillance du serveur.
À la suite de cette affaire, le collectif a initié un chantier titanesque de mesures anti-répression de l'infrastructure, le plan R*. Un plan qui permit en 2007 aux serveurs de résister aux tentatives de censure d'un jeu-vidéo dénonçant la pédocriminalité au sein de l'Église catholique. Puis en 2010, c'est face à la police norvégienne, en complicité avec une cour de Justice italienne, que le plan R* s'est montré efficace pour permettre la survie de l'infrastructure grâce à plusieurs relais à travers le monde.
Toutes ces attaques et perquisitions ayant exposé des milliers de boîtes mail, A/I a toujours insisté sur la nécessité d'une prudence à l'égard de sa propre confidentialité. Aucune infrastructure numérique ne sera jamais indemne de vulnérabilité, à l'instar des humains eux-mêmes. Pourtant, on peut retenir que la participation du collectif aux luttes sociales a notamment permis au mouvement Indymedia de naître, à partir des mobilisations contre le G8 de Gênes. Elle a également permis à d'innombrables mailing-lists d'émerger et à des dizaines d'ateliers et discussions à travers le monde de diffuser les savoir-faires d'autodéfense numérique et les expériences du collectif à d'autres communautés en lutte.
De fait, A/I fait aujourd'hui partie des collectifs de référence dans les communautés hacker anti-autoritaires et internationalistes, tant pour tout son historique et l'exigence technique acquise que pour son approche anti-élitiste qui permet à toustes d'utiliser ses services et d'apprendre à les répliquer ailleurs. Il est donc urgent de se mobiliser, avant le 25 septembre, en défense d'A/I, de plusieurs manières, dans la mesure de vos capacités : faire connaître cette affaire (en partageant cet article, en en parlant, en taggant ta ville, ...) ; rejoindre la coalition de défense d'A/I en te rapprochant d'organisations locales (hackerspaces, notamment ceux de https://interhacker.space et associations de défense des droits fondamentaux sur internet, notamment https://laquadrature.net, etc.) contribuer à l'archivage décentralisé de Noblogs ; préparer un soutien matériel légal à A/I en récoltant des fonds pour leur défense judiciaire et le renforcement de leur infratructure.
Par ailleurs, dans un contexte de répression débridée, à coups d'accusation de terrorisme, à l'encontre d'un nombre toujours croissant de collectifs anti-autoritaires, l'attaque contre Autistici/Inventati est une alerte pour toutes les initiatives d'infrastructures alternatives sur internet. Elle démontre l'extension des leviers utilisés par l'administration pour censurer des services (en l'occurence via l'organisme chargé des noms de domaine en « .org »).
Au-delà d'A/I, cette invitation à la solidarité est donc aussi un gros coup de pied au cul pour défendre notre liberté d'expression et l'intégrité de notre vie privée ainsi que l'autonomie nos moyens d'organisation en ligne. Il est urgent de réfléchir collectivement à la dépendance aux États-Unis de nos propres moyens de communication et des plateformes de publication de nos luttes ; et de renforcer leur indépendance autant que possible en documentant le travail effectué et en faisant circuler ces recherches. Ne croyons pas que ces questions sont simplement l'affaire d'expert·es. Apprenons de l'histoire des luttes et de ses leçons. La lutte continue et c'est l'affaire de toustes ! Pour aller plus loin
Pour en savoir plus sur l'histoire de A/I et l'attaque actuelle des États-Unis : un article qui reprends toute l'histoire plus en profondeur.
Le domaine autictici.org n'est plus accessible, mais vous pouvez accéder à leur site par inventati.org (et notamment lire (anglais) leur campagne, leur communiqué de presse et trouver les autres articles de solidarités qu'iels ont référencés)
Le blog de A/I ou iels publieront peut être de nouveaux articles. -
Le procès politique : Théorie et pratique – Principes et tactiques
S'il faut faire preuve de prudence et de méthode pour limiter les risques, ceux-ci ne sont jamais nuls. Se préparer à ces situations, c'est se donner les moyens de les affronter avec plus d'assurance, de mieux y résister, et d'en sortir renforcé.
La thématique du procès politiques pose de nombreuses questions : des choix tactiques (défense classique, rupture, semi-connivence, etc.) au rôle des différents protagonistes (co-accusé.e.s, avocat.e, camarades, famille…).
Ces questions seront abordées dans cette conférence qui est issue des travaux d'une conférence organisée sur ce sujet à Milan par le Secours rouge international.
Au Sacco-Vanzetti
Jeudi 3 septembre à 19H -
LA RAGE - La saison automne-hiver 2026
Date de début : 2 Septembre
Version anglaise ci-dessous
La saison automne-hiver 2026 est sur le point de commencer ! Voici quelques informations utiles :
Date de début : 2 Septembre
Heure : 19h (ouverture)
Lieu : pour recevoir l'adresse, envoyez un e-mail à larage.project@gmail.com 😃
Sport : boxe anglaise ouverte a tous.tes et à tous les niveaux. Jours : lundi et mercredi
Veuillez consulter attentivement les dates du calendrier ci-joint. Les dates qui n'y figurent pas signifient qu'il n'y a pas de cours ce jour-là.
Coût : prix libre– 5 € recommandés par séance
Tenue : vêtements confortables pour le sport et chaussures de sport (si vous n'en avez pas, nous pouvons vous en prêter)
Équipement : protège-dents et bandages, non nécessaires pour le premier entraînement, mais si vous décidez de continuer, il est préférable d'en avoir.
Gants de boxe : si vous n'en avez pas, vous pouvez emprunter les nôtres, mais pour continuer, il est recommandé d'avoir votre propre paire.
Il n'est pas nécessaire d'avoir de l'expérience. Si vous souhaitez participer à un entraînement, envoyez-nous un e-mail et vous recevrez toutes les informations pratiques !
Nous avons hâte de vous retrouver à LA RAGE BOXING WORKOUTS💥🥊
English version :
The 2026 autumn-winter sports season is about to begin. Here is some useful information :
Start date : 2 September
Time:7 p.m. (doors open)
Location : please send an email to larage.project@gmail.com to receive info and the address :D
Sport : boxing (boxe anglaise) in mixity and open to all levels.
Days : Monday and Wednesday
Please carefully review the dates in the attached calendar. Dates not listed in the calendar indicate that there are no classes on that day.
Cost : free price - recommended €5 per training session.
Outfit : comfortable for sport use, sport shoes (if you don't have sport shoes, we have some shoes to lend)
Gears : mouth guard and bends, for first training is not a problem if you don't have them, but if you decide to continue they are compulsory.
Boxing gloves (if you don't have your own you can borrow ours from us, if you decide to continue it is recommended to buy your personal pair)
No experience is necessary. If you would like to participate in a training session, send us an email and we will send you all the practical information you need !
See you soon at LA RAGE BOXING WORKOUTS ! 💥🥊