Militantisme et violence d'état à la frontière franco-britannique au mois de septembre 2026. Relai de la publication mensuelle du blog Passeuses d'hospitalités des exilé.e.s à Calais : Septembre 2026 à Calais
AU MOINS 8 MORT.ES EN SEPTEMBRE
Le 17/09/26, un homme a été retrouvé mort sur un campement de Loon-Plage dans des circonstances inconnues. Les secours ont mis plus d'une heure à venir.
Le 21/09/26, un homme qui survivait sur un campement du dunkerquois est décédé à l'hôpital de la diphtérie. Une campagne de vaccination et une trêve des expulsions est en négociation.
Le 23/09/26, un homme a été découvert mort sur la plage d'Hardelot lors d'une tentative de passage.
Le 24/09/26, un homme repéré inconscient sur la plage de Camiers suite à un naufrage n'a pas pu être réanimé.
Le 24/09/26, le corps d'un homme a été découvert sur la plage d'Hardelot par une promeneuse.
Le 28/09/26, deux femmes et un enfant de 10 ans sont décédé.es lors d'un naufrage au large de Sangatte.
Délais d'identification :
Le rassemblement du 31/08 devant le tribunal de Dunkerque dénonçant les délais d'identification des deux hommes décédés le 01/04 lors d'un naufrage à Gravelines a fait son effet. Trois jours après, la juge autorisait l'établissement des procès verbaux aux fins d'inhumer. Quelques articles de presse auront suffi à rendre les corps aux familles alors qu'elles luttaient quotidiennement pour avoir des réponses depuis cinq mois. L'enterrement de Nagmeldin et la crémation de Jasmeet ont eu lieu la semaine suivante.
FRONTEX EN MANCHE
Frontex a fait une annonce fracassante : A partir de septembre, deux navires espagnols de la Guardia civil (le Duque de Ahumada puis le Rio Segura) vont participer aux secours en Manche.
Puis ce seront des navires lithuaniens de novembre à janvier. Officiellement les navires Frontex en Manche ont pour but d'appuyer les opérations de sauvetage uniquement. Ils sont censés ne pas intercepter d'embarcations. Affaire à suivre.
Sur la côte, Frontex est partout : sur terre avec des véhicules flambants neufs qui arpentent les plages et les lieux de transit, dans les airs avec les avions qui tournent pendant des heures au dessus des plages et maintenant en mer avec leurs gros bateaux. Abolish frontex !
FAF INFOS
Le calaisis et le dunkerquois ont vu défiler des journalistes et blogueurs d'extrême droite quasi quotidiennement. Ils rentrent sur les lieux de vie avec des grosses caméras, se mettent à l'eau au moment des départs et sont en quête perpétuelle d'images sensationnelles.
Un groupe d'une dizaine d'hommes anglais en noir parfois masqués ou cagoulés se sont filmés en train de suivre, d'intimider, de courser et de harceler de questions et d'injonctions des candidat.es à l'exil. Des vidéos montrent à quel point ils sont vindicatifs.
Le 22/09, après avoir suivi deux small boat, Daniel Thomas (Danny Tommo) s'est filmé en live (devant plus de 100 000 personnes) en train de lacérer au couteau un bateau dans la Manche lors d'une opération de sauvetage. L'embarcation était remplie de gilets de sauvetage mais les demandeur.euses d'asile n'étaient plus à bord . Une belle opération de com ! Une enquête a été ouverte et Thomas a été arrêté le 23. La starlette anglaise du fascisme, interdit de territoire français, fait aussi des appels côté UK pour empêcher l'accostage des bateaux de sauvetage.
Le 24/09, l'association UTOPIA56 a été la cible d'un hacker qui pendant une conférence publique a fait défiler à l'écran des croix gammées, des scènes de violence et des propos racistes et sexistes.
TOUJOURS PLUS DE REPRESSION
L'enveloppe extensible des fonds Sandhurst a encore permis de grossir les effectifs policiers. La PAF a été rincée.
Le 01/09, 50 pafeux ont été affectés à une nouvelle unité dédiée à la lutte contre l' « immigration clandestine » à Loon-plage. Leur mission : occuper le littoral pour empêcher les départs et lutter contre les réseaux des méchants passeurs. Tout ce beau monde a été reçu en grande pompe par les préfets du nord et du Pas-de-Calais. 12 nouveaux agents sont arrivés au commissariat de Dunkerque.
Le même jour, 42 policiers sont venus gonfler les effectifs de la PAF de Coquelles : 30 pour la surveillance du littoral et 12 pour l'OLTIM (Office de Lutte contre le trafic illicite de migrants).
LES GARES
Chaque jour, la police est présente sur certaines lignes de bus et dans les gares de Dunkerque à Neufchâtel. Ils sont présents dans les trains et sur les quais pour vérifier les tickets au faciès (nouveau boulot de contrôleur ?) et empêchent des personnes de monter quand ils estiment qu'il y a déjà trop de migrant.es dans le train.
Le 04/09, une grosse opération policière a eu lieu simultanément à Dunkerque et à Calais avec une quinzaine de camions de CRS, des militaires, une brigade canine et la PAF toujours prête pour arrêter des personnes sans papier et les emmener à Coquelles.
L'association HRO a organisé quinze jours d'observations des pratiques policières sur la ligne de bus 423 qui va de Calais à Dunkerque. Les propos et actes racistes ne manquent pas !
A BAS LES CRA
Différentes soirées de soutien aux luttes anti-CRA en septembre à Calais et dans le Dunkerquois ont permis de dénoncer l'existence de ces prisons et les conditions indignes d'enfermement.
Grâce aux cabines téléphoniques des différentes zones, des prisonniers du CRA de Coquelles ont témoigné des traitements dégradants et racistes auxquels ils font face : 23.09.2026 : témoignages de prisonniers du CRA de Coquelles – Calais Migrant Solidarity
PROCES DU NAUFRAGE DU 24 NOVEMBRE 2021
Le 24/11/2021, 31 personnes sont mortes suite au pire naufrage qu'a connu la Manche. Le procès a commencé le 08/09 et a duré 3 semaines.
Les militaires du CROSS mis en examen pour « non assistance à personne en danger » seront jugés également mais malheureusement pas lors du même procès.
Bouchart, l'amère de Calais en a bien sûr profité pour pratiquer son sport favori : faire de la récupération politique [1]. Elle réclame le rétablissement du délit de séjour irrégulier (pour éviter de nouveaux drames bien sûr). La constitution de partie civile de la mairie de Calais a été rejetée.
JUSTICE POUR DJAMEL
Près de deux ans après le meurtre de Djamel Bendjaballah, la procureure de Dunkerque a enfin demandé à la juge d'instruction de mettre Jérome Décofour en examen pour meurtre aggravé à caractère raciste.
LA CHORALE SCANDALE
La chorale Scandale, autogérée, militante, queer et féministe a fait sa rentrée. Elle nous régale de ses chants engagés dans de nombreux événements.
Comment se protéger des agressions de la police et de la surveillance ? Connaître l'armement auquel on fait face. Connaître ses droits.
Version affiche pour coller sur les murs.
Comment se protéger des agressions de la police et de la surveillance ? Avoir de quoi préserver ses yeux, ses poumons, avec des masques de chantier et FFP2. Des parapluies ou des banderoles solides permettent de mettre en sécurité tout un cortège, c'est utile.
Penser à protéger son anonymat, car les caméras et les mouchards sont partout. Ne pas publier de vidéos d'actions avec des visages ou des vêtements identifiables. Essayez d'avoir un binôme en manif, un·e ami·e avec qui rester, pour ne pas se retrouver isolé·e et qui puisse prévenir vos proches si vous êtes arrêté·e. Filmez la police autant que vous pouvez.
Bien connaître les armes utilisées par les forces de l'ordre pour mieux s'en prémunir. Savoir reconnaître un LBD, les différents types de grenades, les différents corps de répression. Ne surtout pas ramasser une munition qu'on ne connaît pas et qui pourrait être explosive. La grenade GM2L, la plus dangereuse, projette une petite munition rouge vif : si vous la voyez, il faut absolument s'en éloigner, elle peut arracher une main comme à Lens ! Savoir qu'on peut éloigner des palets de lacrymogènes, mais avec des gants ou en donnant un coup de pied : c'est c'est très chaud.
En cas d'interpellation, connaître ses droits et la procédure pour ne pas se faire avoir et moins stresser. Ne rien déclarer, sauf son identité, car tout ce que vous direz sera utilisé contre vous ou d'autres camarades. Exiger un avocat – qui sera présent à l'audition –, il faut donc avoir quelques noms d'avocats en tête.
Demander aussi à voir un médecin, surtout si vous avez été violenté·e par la police. S'armer de patience, la garde à vue peut durer jusqu'à 48 heures sous certaines conditions, faites de l'exercice, respirez, dormez. La plupart du temps, c'est beaucoup moins long.
En cas de comparution directement après la garde à vue, refusez d'être jugé·e immédiatement, ce sont des audiences expéditives où les peines sont plus lourdes. Et surtout, préparez un dossier avec quelques papiers officiels attestant d'un domicile, d'un boulot, d'études, que des proches pourront donner à votre avocat. Ça évite parfois de passer par la case prison.
Une fois tout cela en tête, et malgré la tension du moment, n'intériorisez pas la répression. La première victoire de la police se joue dans les esprits : faire suffisamment peur pour empêcher d'agir et paralyser. Nous sommes très nombreuses et nombreux : si les initiatives se multiplient, que les actions sont solidaires, le pouvoir ne pourra pas réprimer tout le monde.
version A3 (affiche) :
Rassemblement le 16 octobre 2026 à Saint-Lô en commémoration des massacres commis par la police et l'État français le 17 octobre 1961 à l'encontre des manifestant.es contre un inique couvre-feu ne disant pas son nom pris à l'encontre des Algérien.nes et par extension contre tous les Parisien.nes du Magreb.
La réalité du 17 octobre 1961 est bien loin du bilan officiel d'alors, donnant trois morts et 64 blessés. Ce soir-là, quelque 30 000 « Français musulmans d'Algérie » affluent vers le cœur de Paris. Ils viennent des quartiers populaires de la capitale et des bidonvilles de banlieue pour protester contre un couvre-feu qui ne dit pas son nom, et soutenir les indépendantistes luttant dans leur pays, alors province française. Ils vont subir la répression la plus meurtrière en Europe de l'Ouest après la Seconde Guerre mondiale.
La police française aux ordres du préfet Papon et des ministres Frey et Debré, a tué des centaines d'algériennes et d'algériens qui manifestaient pacifiquement, et blessé des milliers d'autres, à Paris le 17 octobre 1961 contre le couvre-feu raciste qui leur avait été imposé par un décret du même Papon.
Ce jour-là, cinq mois avant les accords d'Évian, la fédération française du FLN algérien a organisé, une manifestation pacifique pour réclamer la levée de ce couvre-feu, l'indépendance et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Cette manifestation où se mêlaient femmes, hommes et enfants, fut très violemment réprimée par les forces de police de la préfecture de police de Paris. Aujourd'hui le bilan de ce massacre n'est plus contestable : des victimes de violences par milliers, des disparitions et des morts par centaines.
- Nous demandons à l'État Français de reconnaître clairement que ces faits constituent « un crime d'État ».
- Nous demandons cette reconnaissance pour que puisse enfin se construire une mémoire collective débarrassée des discriminations mémorielles et d'un passé colonial chargé de ses multiples inégalités.
- Nous demandons un accès libre aux archives, effectif pour toutes et tous, historiennes et historiens, citoyennes et citoyens, la possibilité pour les chercheuses et chercheurs de travailler.
- Nous demandons aussi la création de condition de transmission historique et mémorielle par la mise en œuvre d'un musée d'histoire du colonialisme.
- Enfin, dès lors que les élèves étudient le XXe siècle, nous demandons des programmes scolaires intégrant l'histoire coloniale et celle de ces événements à des fins de transmission vis-à-vis des plus jeunes.
A partir des critiques antérieures particulières sur les nanosciences et les nanotechnologies, des ébauches de la critique plus générale concernant la prétendue « intelligence artificielle »
Bonjour à toutes et à tous.
Je vous fais parvenir le texte que j'ai terminé de maquetter « IA du fantasme scientiste à la sinistre réalité ».
Pour l'essentiel, il est constitué de deux longues lettres qui datent d'il y a plus de vingt ans que je viens de préfacer. Il me semble nécessaire de les faire circuler de nouveau car, au-delà de la question particulière des nanosciences et des nanotechnologies, elles abordent la question plus générale et récurrente de la prétendue intelligence artificielle, avec les délires qui l'accompagnent, genre « Terminator », et les ravages bien réels qu'elle engendre, y compris dans les têtes, désormais dès les bancs de l'école. Ce que précise justement la nouvelle préface.
En espérant ainsi contribuer à la critique de l'informatisation accélérée du monde, bonne lecture.
André Dréan.
Par Jean-Marc Royer [1]
Aucune des sept précédentes expéditions militaires ordonnées par Poutine et débutées par la seconde guerre de Tchétchénie n'avait été officiellement déclarée et nommée comme telle. Or, dans une interview accordée au journaliste Pavel Zarubin le 5 juillet 2026, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a dit que la Russie était désormais entrée en guerre contre l'Ukraine « à cause du soutien des Occidentaux » [2]. Cette dénégation des faits [3] se transforme en une inversion accusatoire comme les soviétiques en ont acquis la maîtrise depuis très longtemps. Mais ce qu'il faut entendre par là, c'est que le Kremlin est en guerre contre ce qu'il appelle « l'Occident collectif ». Où l'on constate une fois encore que ce n'est pas nous qui décidons qui est notre ennemi, c'est lui qui nous désigne, comme le dirait Julien Freund. Et de fait, il nous désigne de manière de plus en plus fréquente, systémique et violente : cette guerre est en train de prendre un autre tour, aussi bien en Ukraine qu'en Europe.
Depuis cet été 2026, une très nette inflexion de l'agression russe vers une guerre totale vise délibérément, massivement et quotidiennement la population civile ukrainienne, en même temps qu'il se produit une indéniable extension des interventions de tous types sur le sol européen et son internationalisation croissante : entre trente et quarante mille Nord-Coréens s'entraînent sur le sol de la fédération russe quand autant travaillent dans ses usines de drones [4]. Sans parler des aides iraniennes et chinoises en tous genres.
Rassemblement en mémoire des disparus et prisonniers de guerre, Ukraine, août 2026.
Des têtes de missiles à l'uranium appauvri
Le 20 mai 2026, les services ukrainiens ont trouvé près du village de Kamka, à 50 km au nord-est de Tchernihiv, une tête de missile durcie à l'uranium appauvri en détectant des niveaux de radiation élevés [6] sur l'épave d'un missile R-60 lancé lors de l'attaque de cette région le 7 avril précédent. Par la suite, en juillet, au moins six autres cas similaires ont été documentés dans la même région [7]. Rappelons que cela fait suite à l'utilisation du phosphore blanc, de bombes thermobariques, d'obus à sous-munitions et de mines anti-personnelles, soit des armes interdites ou dont l'usage est réglementé par des traités et conventions internationales.
Le SBU a neutralisé l'ogive et l'a transportée vers un site de stockage de déchets radioactifs. Ukrinform, 23 juillet 2026 et Julie Bernichan, Le Parisien, 25 juillet 2026.
« Compte tenu de la toxicité et de la radioactivité de l'uranium appauvri, nous exhortons les citoyens à la plus grande prudence s'ils découvrent des fragments de drones, de missiles ou d'autres munitions ; ceux qui sont endommagés ou brûlés présentent un grand danger, car ils peuvent émettre des poussières radioactives dangereuses pour la santé et l'environnement. Si vous découvrez de tels objets, ne les approchez pas, ne les touchez pas et ne les déplacez pas. Il est nécessaire de se mettre à une distance de sécurité et de le signaler immédiatement en appelant les lignes d'assistance » [8].
Kiev bombardée, le 15 mai 2026.
Missiles et drones visent les civils et leurs infrastructures
Depuis le début de l'agression à grande échelle, les bombardements russes ont prioritairement visé les infrastructures civiles ou les immeubles d'habitation [9]. Plus de 3 000 services de santé ont été atteints, si bien « qu'avec le temps, ces impacts cumulés érodent la santé des populations, creusent les inégalités et compromettent les perspectives de récupération bien au-delà des zones de front » [10]. Plus de 4 400 établissements d'enseignement ont été touchés ou détruits, ce qui entraîne certaines municipalités à inventer des écoles en sous-sol de manière à ce que les enfants ne restent pas isolés à la maison [11]. À la fin du mois de juillet 2026, 545 sites culturels avaient été endommagés selon l'UNESCO [12] et près de 13 millions de livres ont été détruits depuis le début de l'été 2026 [13]. L'Ukraine a d'autre part répertorié 211 000 crimes de guerre en quatre ans [14]. Le système de transport a lui aussi été impacté : durant les huit premiers mois de 2026, au moins 1 500 attaques ont été perpétrées contre les chemins de fer ukrainiens et plus de 250 locomotives ont été détruites.
En avril 2026, il y avait eu une inflexion de la guerre globalement favorable aux Ukrainiens : les attaques de drones à longue portée touchaient les infrastructures militaires, pétro-gazières et économiques [15] ; les offensives russes sur le front étaient en grande partie défaites ; les Ukrainiens mettaient hors jeu plus de soldats que ce que Poutine était capable de mobiliser et ils regagnaient un peu de terrain ; les routes d'approvisionnement et les centres logistiques russes dans le Sud, étaient rendus quasi inopérants. Mais depuis le mois de juillet les bombardements russes avec des missiles balistiques et des drones à réaction, notamment sur la capitale, ont fait d'énormes dégâts matériels et humains [16]. Durant ce seul mois, 467 civils ont été tués et 4 600 blessés. Sauf à ce que l'hiver prochain soit bien plus clément que celui de l'an dernier, les mois qui viennent s'annoncent comme les plus difficiles depuis le 24 février 2022, le pays étant en manque d'intercepteurs ad hoc, de notoriété publique. À ce propos, il était étonnant de trouver nombre d'informations militaires sensibles en source ouverte à ce sujet, mais il semble que les autorités ukrainiennes en aient pris conscience ces dernières semaines.
La situation est critique à Kherson et Kyiv depuis le 27 août
Les forces russes ont attaqué la centrale de cogénération de Kherson. L'installation a subi de très graves dommages et le responsable militaire de l'oblast a exhorté les habitants à évacuer la ville. Selon lui, Kherson pourrait rester sans électricité ni chauffage pendant une période prolongée. Depuis le 1er juillet, les forces russes ont lancé plus de 1 700 drones d'attaque en utilisant plus fréquemment les engins à réaction et 170 bombes aériennes guidées ont été larguées sur les infrastructures critiques de l'oblast de Kherson, soit plus en deux mois que pendant toute la première moitié de 2026. En outre, le nombre d'attaques par de petits drones FPV (notamment utilisés dans les tristement célèbres « safaris humains ») est passé à 6 500 en une seule semaine [17].
Alors qu'auparavant les frappes massives et combinées se concentraient principalement durant la nuit et qu'elles étaient espacées de huit à dix jours, la capitale ukrainienne fait désormais face à un pilonnage 24 heures sur 24, depuis le 27 août 2026 [18]. Lors d'une semaine de cette campagne de bombardement continu, la ville a enregistré un record historique de 76 alertes, du jamais vu depuis les tous premiers jours de l'invasion en 2022. Les sirènes de la ville retentissaient en moyenne 10 fois par jour et jusqu'à 13 fois par période de 24 heures. Les habitants passaient régulièrement plus de 15 à 17 heures par jour confinés dans les abris ou le métro [19].
Le 4 septembre 2026, un drone russe a précisément frappé la fenêtre du bureau du chef du SBU (qui était absent) dans un immeuble du centre de Kiyv, ce qui est nouveau et suppose un « agent répéteur » à moins de 5 kilomètres de là.
Le pays fait face à des difficultés de tous ordres
Surtout lorsqu'elle a été longue et s'est accompagnée de violences meurtrières massives, la colonisation d'un pays laisse des traces pérennes dans tous les domaines, y compris politiques évidemment, longtemps après qu'elle a été officiellement abolie [20]. Mais, pour la deuxième fois en un an, des manifestations publiques ont eu lieu en Ukraine à l'été 2026, en réaction à une décision du gouvernement du 15 juillet. Et pour la deuxième fois, celui-ci a dû céder à la pression populaire quelques jours après ses débuts, en remplaçant le chef d'état-major Oleksandr Syrski – représentant de la vieille école militaire soviétique (encore un legs du colonialisme) – par Mykhaïlo Drapaty.
Il est utile de répéter à ce propos que, parmi les pays de l'ex-empire soviétique, c'est en Ukraine qu'il s'est produit le plus d'alternances gouvernementales et de révoltes populaires victorieuses depuis 1991. Par ailleurs, nous ne connaissons pas, dans l'histoire contemporaine, d'exemple comparable de manifestations d'opposition massives en temps de guerre, la population encourant à ce moment-là le risque d'être bombardée.
Également démis le 15 juillet, Mykhaïlo Fedorov, le jeune ministre de la Défense n'a pas été réintégré. Mais qui est-il ? Il est né en 1991, avait fondé en 2013, sa propre agence numérique spécialisée dans le marketing en ligne et la publicité ciblée sur les réseaux sociaux. En 2014, il s'est présenté sans succès aux élections législatives sous l'étiquette d'un parti libéral. Cinq ans plus tard, il dirigeait l'équipe numérique de la campagne présidentielle de Zelensky, puis est devenu ministre de la Transformation numérique. Il était donc dans le gouvernement depuis sept ans lorsqu'il a été remercié. Jusqu'au 17 août au soir, il était loisible de manifester pour la réintégration de Fedorov dans le gouvernement. Mais dans son allocution du mardi 18 août 2026, Fedorov a défendu l'idée – après Poutine et Trump – d'organiser des élections en temps de guerre [21], une grave erreur politique, suivie de plusieurs autres. À ce sujet, examinons un cas historique exemplaire en Europe.
32e jour de manifestation, Ukraine, août 2026.
Pendant dix ans, il n'y a eu aucune élection dans ce pays
On l'oublie trop souvent, notamment en France : le seul et unique pays européen qui a résisté en tant que nation et qui a gagné la guerre contre le nazisme, c'est le Royaume-Uni. Tous les autres, y compris ceux qui ont joué de leur neutralité (Suisse et Suède), ont collaboré avec le IIIe Reich à divers titres. Même une ancienne directrice de l'ENA avouait sincèrement l'avoir compris tardivement et de manière fortuite [22]. Il serait donc mal venu – et en aucune manière légitime, on le verra – de reprocher aux Britanniques de ne pas avoir tenu d'élections de 1935 à 1945. Précisons que la législature élue le 26 novembre 1935 aurait dû se terminer en novembre 1940, mais que l'entrée en guerre de septembre 1939 avait rendu l'organisation d'un scrutin national inopportune : des millions de citoyens étaient mobilisés dans les armées, dans l'économie de guerre ou déplacés par les bombardements. Les inscriptions sur les listes électorales, l'accès aux urnes de millions de personnes aurait été très difficile et risqué. De plus, la tenue de ces élections aurait nécessité une infrastructure logistique et administrative, du personnel formé et des lieux de vote qui devaient être sécurisés. On imagine quels efforts supplémentaires cela aurait demandé à la population qui subissait les terribles bombardements de la Luftwaffe [23]. Tout cela rendait impossible la garantie d'un vote démocratique, sûr et régulier.
Plus généralement, toutes les limites à la liberté des médias, au débat politique, à la participation des citoyens, compromettent l'intégrité d'un scrutin. C'est pourquoi dans de nombreux pays, des cadres juridiques divers interdisent explicitement la tenue d'élections durant un état d'urgence d'origine naturelle (séismes, pandémies…) ou humaine (guerres et conflits de tous types). Ainsi, le Covid-19, a entraîné le report des élections dans plus de 80 pays.
Chaque jour des centaines de repas déshydratés partent pour le front. Cuisine internationale des volontaires, Ukraine, août 2026.
Les autres erreurs de Mykhaïlo Fedorov
Commençons par dire que nous lui faisons crédit de sa volonté de lutter contre la corruption par la passation de marchés réguliers et de sa volonté de réformer les contrats de service armé. C'est important. Mais d'une part, aucune initiative ou plan militaire ne devrait être mis en place par le ministère de la Défense indépendamment de l'état-major des armées (point 3 de son bilan) [24]. D'autre part, il est dangereux de répandre l'idée que la guerre serait essentiellement une question technique car elle est avant tout politique. Cela a toujours été et le restera, nous ne tarderons pas à le savoir. Par ailleurs, Fedorov a dit dans une interview à l'agence Reuters le 25 août que son pays pouvait perdre la guerre cet hiver. Quels que soient les arguments avancés, ces propos ne peuvent en aucun cas être tenus par quelqu'un qui a des responsabilités dans la défense de son pays. À l'évidence les problèmes sont nombreux mais mieux vaut œuvrer à les résoudre que d'en faire une dénonciation politicienne. Enfin, il a accepté un contrat avec le ministère de la Défense italien, c'est-à-dire avec un gouvernement d'extrême droite [25].
Partie Est du mur des victimes de la guerre russe, devant le monastère St Michel à Kiev.
Des pays de l'UE sont régulièrement survolés par des avions russes
Des avions russes effectuent des vols au-dessus de la mer Baltique ou du couloir terrestre de Suwałki [26] (c'est-à-dire qu'ils survolent l'espace aérien polonais ou lituanien) sans plan de vol, transpondeurs éteints et sans contact radio. Ces comportements déclenchent des missions d'interception d'urgence qui se comptent par centaines chaque année. Par exemple, pour la seule journée du 2 juin 2026, des Rafale français ont dû intercepter six chasseurs, bombardiers ou avions de reconnaissance russes qui s'approchaient de la zone balte [27]. Mais il n'existe pas de chiffre qui rende compte des survols de l'ensemble de l'espace aérien européen par des avions russes depuis le 24 février 2022. Il y en aurait eu au moins neuf en Finlande, cinq en Suède et des dizaines d'appareils russes espions IL-20 auraient été interceptés en Estonie. Mais une chose est certaine : même après plusieurs minutes de survol sans autorisation, aucun n'a été abattu alors qu'en 2015 la Turquie (membre de l'Otan) avait détruit un Sukhoï 24 qui avait survolé son territoire pendant 17 secondes, sans que cela prête à conséquence. Ainsi, depuis le début de cette guerre, l'armée russe teste les temps de réaction des pays occidentaux, enregistre les fréquences des radars et maintient une pression militaire et politique constante sur les populations visées. Elle ne manquera pas de main-d'œuvre pour cartographier tous les sites sensibles en UE : 170 000 Russes y résident de manière régulière, sans parler des agents d'occasion ou jetables et de groupes sympathisants qui s'empressent de l'aider.
Les missiles russes s'affranchissent des frontières européennes.
En Pologne, à plusieurs reprises [28], des missiles de croisière russes ont pénétré l'espace aérien polonais avant de s'y écraser ou de faire demi-tour, sagement suivis par les radars du pays.
L'Ukraine a plusieurs fois rapporté le survol de son territoire à revers par des missiles russes provenant de l'espace aérien roumain [29], notamment en février 2023, bien que Bucarest n'ait pas confirmé ces trajectoires, du moins jusqu'en 2026. A contrario, la Moldavie a constaté et dénoncé à plusieurs reprises le survol de missiles russes traversant son espace aérien lors de frappes contre les infrastructures ukrainiennes.
Selon les bases de données compilées par des centres de recherche et des analystes de défense, on recensait environ 4 à 6 survols de l'espace aérien européen par an entre 2022 et 2024. Une accélération très nette a été constatée par la suite, avec une multiplication des intrusions, recensées par dizaines depuis 2025 [30].
Il y a toujours plus de drones russes dans le ciel de l'UE
En 2025, la Roumanie a enregistré un grand nombre de survols et de chutes de drones russes qui attaquaient à revers les infrastructures des ports ukrainiens sur le Danube. En septembre 2025, des F-16 ont suivi un drone russe durant cinquante minutes au-dessus de l'espace aérien roumain, avant qu'il ne le laisse repartir vers sa cible ukrainienne. Le 29 mai 2026, un drone russe a touché un immeuble d'habitation, faisant plusieurs victimes [31]. L'armée de Poutine a ainsi utilisé à plusieurs reprises l'espace aérien roumain, biélorusse ou moldave pour bombarder l'Ukraine.
On se souvient que le 10 septembre 2025 en Pologne, des F-16 et des F-35 de l'OTAN ont été utilisés pour abattre quatre des vingt drones russes intrus, ce qui démontrait une fois encore que cette alliance est en retard d'une guerre [32], quoi qu'on en pense.
Entre le 16 septembre et le 16 octobre 2025, au moins 18 drones suspects ont été observés au Danemark, en Suède ou en Norvège. Ces drones ont été envoyés à partir de navires de la « flotte fantôme » russe dont la route erratique entre Allemagne, Danemark, Suède et Norvège, a fait l'actualité durant plusieurs jours en Europe [33].
Au cours de l'année 2025 en Allemagne, l'Office fédéral de police criminelle (BKA) a enregistré plus de 1 000 vols de drones suspects. Ces survols ont concerné des aéroports, des ports, des sites industriels et des installations militaires. En octobre 2025, des intrusions de drones ont notamment paralysé le trafic aérien à l'aéroport de Munich pendant plusieurs heures [34]. Le 13 septembre 2026, des documents internes du gouvernement allemand qui ont été rendus publics décrivaient l'ampleur réelle de la menace que représentent ces milliers de vols de drones et les failles de sécurité constatées à ces occasions [35].
Moscou a déployé au moins dix bases secrètes et permanentes de drones et 59 nouveaux rails de lancement à la frontière occidentale de la Russie. Une des bases dispose de suffisamment d'espace de stockage pour lancer plus de 1 000 drones simultanément [36]. Au total, jamais autant de drones n'ont pénétré le ciel européen qu'en cet été 2026.
Les attaques de drones se multiplient, notamment en Allemagne
Le 4 août 2026, une série d'incidents impliquant des drones chargés d'explosifs ont paralysé l'aéroport de Leipzig, le second pour le transport de fret en Allemagne [37]. Que s'y est-il exactement passé ? L'attaque était une opération prévue en deux temps, révélant une certaine sophistication technique. Un premier drone chargé d'explosif Semtex a été découvert au sol, tout près d'un avion-cargo Antonov qui revenait de France, chargé de matériel militaire. L'engin n'a pas explosé en raison d'un dysfonctionnement de son détonateur, puis un conducteur de bus a alerté les autorités. Peu après, un second drone a percuté en vol un avion-cargo de la compagnie DHL et bien qu'il fût en phase d'atterrissage, il a été dérouté vers Hanovre car l'aéroport nécessitait une fermeture d'urgence. Cette double attaque a bloqué l'un des hubs logistiques les plus importants d'Allemagne.
Pourquoi la découverte d'un troisième drone est-elle si alarmante ?
La découverte d'un troisième drone dix jours après la double attaque initiale a fait basculer l'enquête dans une nouvelle dimension. Retrouvé dans un champ en bordure de l'aéroport, cet engin portait des traces d'hexogène (aussi connu sous le nom de RDX), un explosif militaire extrêmement puissant, ce qui confirmait l'intention criminelle des opérateurs. Cette troisième machine, ainsi que d'autres composants comme une antenne fixée à un arbre et des pièces électroniques, dessinent les contours d'une opération de guerre planifiée plutôt que d'une simple provocation. Les enquêteurs pensent que les auteurs avaient prévu une action de grande envergure. Sans aucun doute, l'échec technique du premier drone a permis d'éviter un drame majeur qui aurait provoqué des victimes. Il a aussi permis de confirmer à moindres frais, et s'il en était besoin, une menace structurelle et pérenne depuis juillet 2024, laquelle s'est poursuivie par une série de 18 incidents de drones ayant perturbé le trafic de l'aéroport de Leipzig depuis janvier 2026. Question : à partir de quand et de combien de morts cessera-t-on de parler de « guerre hybride », de « zone grise » ou à présent de terrorisme d'État ?
Qui est suspecté d'être derrière ces attaques ?
Le premier suspect, Andrei K., de nationalité biélorusse et possédant aussi un passeport russe, serait entré dans l'espace Schengen muni d'un visa touristique italien délivré à Minsk. Le second, Oleg L. qui possède un passeport letton et un passeport russe, aurait agi comme logisticien et instructeur de l'attaque. Arrivé à la fin du mois de juillet en Allemagne, l'homme aurait loué une voiture pour se rendre dans la région de Leipzig avant de quitter le territoire le 2 août. L'ADN de cette personne correspond à celui qui a été retrouvé lors de l'attentat incendiaire manqué du 20 juillet 2024 au centre logistique de DHL [38], également situé sur l'aéroport de Leipzig.
Les soupçons se tournent donc vers les services russes. Un membre du renseignement états-unien a affirmé à ABC News que la conception du drone et les explosifs utilisés portaient la signature typique du GRU, la direction du renseignement militaire russe. L'analyse, menée conjointement avec les agences allemandes, laisse peu de place au doute.
Comment l'Allemagne réagit-elle face à cette menace ?
Cette affaire met en lumière la vulnérabilité des infrastructures critiques dans l'ensemble des pays européens face à de nouvelles formes d'agression armée. Les attaquants agissent désormais sans scrupules, acceptant de causer des dommages matériels graves et même des victimes. « La technologie employée et l'interaction des différents éléments doivent être qualifiées de professionnelles et révèlent un haut niveau d'expertise technique ainsi qu'un effort organisationnel substantiel », a déclaré le ministre allemand de l'Intérieur. Ce qu'il oublie surtout de préciser, comme de nombreux médias, c'est que l'approche des deux drones sur le tarmac de Leipzig n'avait pas été détectée.
En conséquence de la gravité de ces actes en série, l'Allemagne a fermé le consulat russe à Bonn et le centre culturel russe de Berlin le 18 septembre 2026 [39]. En outre, les pays occidentaux ont-ils pris des mesures de solidarité avec le pays attaqué ? Sans commentaire.
Merz scrute le ciel de Kiev durant les attaques de drones à réaction, début octobre 2026.
Sabotages, piratages et attaques visant des personnes physiques
Depuis mars 2024, des engins incendiaires [40] dissimulés dans des colis ont pris feu dans des centres de tri en Allemagne, en Pologne et sur le tarmac de DHL au Royaume-Uni, ce qui mettait en jeu la vie des personnels civils au sol ou en vol [41].
En 2025, trois incendies criminels ont visé les biens de l'ex-Premier ministre britannique Keir Starmer [42]. À ce propos, la police nationale ukrainienne a déclaré que dans un réseau russe qui avait planifié des actes de sabotage dans onze pays, dont le Royaume-Uni, un tiers des « agents jetables » recrutés sur Internet étaient préférentiellement choisis parmi les Ukrainiens en exil [43].
Les piratages répétés d'infrastructures critiques ont visé des systèmes informatiques gouvernementaux (voir le site Diploweb), des installations énergétiques (comme une centrale de chauffage publique en Suède [44]) et des réseaux de transport [45] européens. Le 15 novembre 2025, un engin explosif de qualité militaire avait été déclenché sur la ligne ferroviaire Varsovie-Lublin près du village de Mika et un deuxième acte de sabotage avait visé un train transportant 475 passagers qui a dû s'arrêter de toute urgence. « L'objectif était de provoquer une catastrophe ferroviaire par un acte de sabotage sans précédent », avait déclaré Donald Tusk aux députés [46]. On ne peut évidemment s'empêcher de penser au rail de 300 kg qui a été déposé sur la voie ferrée reliant les villes de Rouen et Caen le 11 septembre 2026. D'autant que quelques jours plus tard, mardi 15 septembre, les Pays-Bas ont fait face à 24 sabotages coordonnés de leur réseau ferroviaire, au point de rendre impossible la circulation des trains [47]. Huit jours plus tôt, en Allemagne, un engin avait explosé près de la gare centrale d'Augsbourg, faisant deux blessés [48].
En mer Baltique le 31 décembre 2025, les autorités finlandaises et estoniennes ont arraisonné le cargo Fitburg de la flotte fantôme commandé par le Russe Andrei Maksimenko pour avoir tenté d'endommager un câble de télécommunications sous-marin reliant Helsinki à l'Estonie. Les actes de sabotage perpétrés par les forces russes contre les câbles et pipelines sous-marins constituent une préoccupation croissante en mer Baltique et dans les régions arctiques [49].
Plusieurs incendies suspects ont visé ou détruit des infrastructures civiles et industrielles en Europe, notamment des entrepôts logistiques. En Italie, l'usine de munitions du groupe franco-allemand KNDS, située à Colleferro, à environ 40 km au sud-est de Rome, a subi un incendie suivi d'une puissante explosion qui a entièrement détruit le site, le 13 août 2026.
En Pologne le 31 août 2026, à 140 km au sud de Varsovie, un incendie a éclaté dans l'usine de drones WB, un groupe privé spécialisé dans les systèmes électroniques de défense. Le même jour un violent incendie a détruit un entrepôt de l'entreprise JFG Composites à Lublin. Environ soixante pompiers ont combattu les flammes pendant sept heures [50].
À Munich, devant le groupe technologique Rohde & Schwarz qui fabrique des équipements de sécurité et devant le fabricant de drones Helsing, plusieurs engins incendiaires ont été déclenchés dans la nuit du 2 au 3 septembre 2026 [51].
Un peu partout en Europe, les services de renseignement et de police signalent des achats de biens immobiliers à proximité d'installations militaires ou d'infrastructures sensibles. Au Danemark, le service de renseignement PET a averti que la Russie prépare des attentats contre l'industrie de défense du pays [52].
Manifestation à Kiev, juillet 2026
Les opérations de désinformation russe s'étendent et se perfectionnent
Ces campagnes connaissent une extension géographique et un perfectionnement technologique sans précédent. Elles dépassent de loin celles de l'Internet Research Agency qui était l'usine à trolls détenue par le défunt chef du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine. C'est un effort coordonné de propagande qui cherche à manipuler l'opinion publique et à orienter les votes lors d'élections majeures : on se souvient de l'opération de Cambridge Analytica qui a favorisé la première élection de Trump. En Roumanie, lors de la campagne présidentielle de 2024, le Kremlin avait orchestré sur les réseaux sociaux une opération de soutien au candidat d'extrême droite pro-russe Călin Georgescu, qui était alors arrivé en tête ; ces élections avaient ensuite été annulées par la Cour constitutionnelle du pays en raison de cette ingérence massive et avérée.
En 2026, ces opérations ne se limitent plus à la diffusion de fausses nouvelles, mais s'inscrivent dans une stratégie globale de « guerre cognitive » autrement connue sous le nom de « contrôle réflexif » : il ne s'agit plus de convaincre ou de légitimer la politique du Kremlin mais d'asphyxier l'espace informationnel, de saturer l'esprit critique et de proposer des arguments « contre » qui aient toutes les apparences de la véracité ou de l'expertise [53]. À noter : depuis le mois de mars 2026, plusieurs comptes Telegram, VK ou TikTok évoquent l'apparition d'une « République populaire de Narva » (ville russophone frontalière au nord-est de l'Estonie), à l'instar des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk qui avaient été créées de toutes pièces par Poutine dans l'est de l'Ukraine [54].
Selon les rapports du Service européen pour l'action extérieure, la France est devenue la deuxième cible mondiale de ces ingérences juste derrière l'Ukraine, d'une part afin de défaire définitivement ce qui reste de la Françafrique, et d'autre part en raison des probabilités de l'accès au pouvoir de l'extrême droite en 2027 dans ce pays. Les réseaux russes en viennent à pirater l'identité visuelle de médias occidentaux de référence ou de la presse régionale et y insèrent des articles réécrits par intelligence artificielle.
Assassinats ciblés et tentatives sur le territoire de l'UE
En Grande-Bretagne en mars 2018, en Allemagne en 2019 et 2024, en France en 2022 et 2025, en Espagne en 2024, les assassinats et les tentatives étaient venus rappeler que les us et coutumes du KGB avaient perduré au sein du FSB ou du GRU avec le soutien du Kremlin [55].
La tentative d'attentat à l'explosif déjouée en juin 2024 à Roissy aurait pu provoquer la mort de plusieurs dizaines de personnes si elle n'avait pas été neutralisée à temps. La même année, du temps de Biden, les États-Unis avaient aidé à déjouer un complot russe destiné à tuer le PDG de Rheinmetall, le plus grand groupe de défense allemand et fournisseur majeur de munitions à l'Ukraine. En mars 2026, le parquet allemand a annoncé l'arrestation de deux personnes, qualifiées d'agents « jetables », qui auraient espionné l'entrepreneur de la défense Stefan Thumann afin de préparer son meurtre. Dans un entretien, celui-ci explique qu'il est contraint de vivre sous protection policière permanente depuis que les autorités ont découvert un projet d'assassinat orchestré par les services russes, peu avant Noël 2025. Depuis, il habite dans des lieux tenus secrets, protégé par des gardes du corps, et n'a pas vu sa famille depuis des mois. Il a rédigé un testament et des directives anticipées en matière de soins de santé au cas où il serait empoisonné [56].
Cette guerre n'est pas un conflit territorial, mais bien une agression impériale qui met en jeu la vie et l'avenir de toute une population. Mais malheureusement, un des problèmes majeurs que celle-ci affronte au niveau international, c'est le double standard d'une opposition bien pensante ou tributaire des résidus staliniens : d'une part elle dénie aux Ukrainiens tous les droits qu'elle accorde, à juste titre, aux Gazaouis et d'autre part l'agression russe n'est pas nommée comme impériale alors qu'elle l'est pour Gaza. Et les gouvernements occidentaux ne font pas mieux : ils ont oublié tous leurs engagements à défendre la souveraineté ukrainienne depuis la signature du mémorandum de Budapest en décembre 1994 et ce n'est qu'au mois de mai 2026 qu'un tribunal spécial a enfin été créé par 36 pays pour juger le crime d'agression russe [57].
« L'Europe a donné à la Russie quatre années pour perfectionner ses méthodes de destruction aérienne qu'il est de plus en plus difficile d'arrêter. Les civils ukrainiens en paient le prix tandis que l'Europe s'inquiète de plus en plus d'une menace à laquelle elle a eu des années pour se préparer » [58].
Comment la notion de guerre hybride a-t-elle été introduite ?
La première utilisation publique du terme « guerre hybride » par le général James Mattis [59] date d'un forum des Marines en 2005, où il l'a présentée comme la fusion de différentes formes de guerre, notamment conventionnelle, irrégulière, terroriste et criminelle, mais en oubliant ses aspects prosélytes, immatériels. Certes, c'était il y a plus de deux décennies, mais les États-Unis ont toujours eu des difficultés à comprendre les véritables dimensions de la propagande soviétique puis russe, tout autant que ses fondements.
En 2014, l'annexion de la Crimée par la Russie et son intervention armée dans l'est de l'Ukraine furent généralement évoquées conjointement, comme s'il s'agissait d'un seul et même événement. L'utilisation du terme « guerre hybride » allait alors englober ces deux opérations de manière indistincte [60]. Et c'est lorsque l'OTAN s'est mise à utiliser cette notion pour décrire ces deux agressions de la Russie que les références à ce terme ont explosé [61]. Presque du jour au lendemain, il est devenu la manière de désigner les actions de la Russie en Ukraine et, peu à peu sa politique étrangère [62].
Mais l'utilisation du mot guerre de manière indifférenciée, par exemple dans « guerre de l'information », « cyberguerre » et « guerre hybride » contribue à rendre indéterminées les limites entre la guerre ouverte ou un conflit armé et les hostilités ou affrontements sans armes. Cela permet également de détourner le regard lorsqu'un véritable acte de guerre ou d'agression est commis [63]. En outre, la notion de « guerre hybride » vise soit toutes sortes d'activités hostiles, soit une politique globalement et délibérément contraire aux règles de la guerre ou aux normes du droit international. C'est aussi une locution rassurante qui euphémise la réalité, à savoir les sabotages, les incendies criminels, les meurtres ou tentatives de meurtres contre des personnes [64].
Résumons : du côté de l'agresseur, les frontières de la guerre sont sciemment brouillées de longue date, et du côté des Occidentaux, la notion de « guerre hybride » les brouille sémantiquement, permettant ainsi de surseoir à toute réponse appropriée, sans oublier que de surcroît tout acte d'agression peut alors être rapporté à une politique connue, habituelle sinon condamnable, de l'État russe. Ainsi, plutôt qu'un concept, le terme de « guerre hybride » est une étiquette utilisée afin d'éviter de réveiller les foules ou d'actualiser un débat.
La dynamique des actes d'une guerre non déclarée
Lorsqu'ils sont commis par des agents recrutés sur Internet, les « actes de guerre non déclarée » visent à générer la surprise, l'ambiguïté, la tromperie afin d'éviter l'attribution de l'action, de maximiser le déni de responsabilité et de permettre in fine l'inversion accusatoire. Aucun de ces éléments pris individuellement n'est nouveau, mais la combinaison et l'orchestration de différentes actions sur plusieurs plans et à plusieurs titres est censée rendre délicate toute réponse adéquate. Ces actes sont dirigés vers les vulnérabilités européennes [65] de l'ennemi et visent à complexifier la prise de décision, voire à la paralyser en la délégitimant.
Mais la nouveauté des moyens de la guerre ne détermine pas obligatoirement la nécessité de créer un nouveau concept. D'ailleurs, les concepts ne sont pas élaborés pour rendre compte d'une nouveauté ; ce sont des constructions théoriques grâce auxquelles nous donnons un sens à une réalité étendue et complexe, particulièrement lors d'un saut qualitatif ou d'une rupture fondamentale. S'agissant de nommer ce qui se passe sur le territoire européen, la notion de « guerre hybride » est une lapalissade car depuis qu'elles existent, les guerres ont toujours été hybrides, c'est-à-dire que de tout temps elles furent militaires, industrieuses, politiques, économiques, idéologiques, psychologiques et visaient parfois gouvernants et populations adverses. Ce n'est donc pas quelque chose de nouveau, ou pas encore : lorsque l'IA sera devenue déterminante, alors la nature de la guerre aura elle-même changé [66]. Alors, l'interdit du meurtre [67] ne sera plus levé de manière officielle et même rituelle par les responsables gouvernementaux d'un pays dans une déclaration de guerre signifiée à un autre pays, mais il sera tout simplement devenu obsolète sur les champs de bataille, puis ailleurs. En d'autres termes, lorsque les interdits tomberont de manière définitive et généralisée comme le souhaitent les libertariens étatsuniens, alors le devenir de l'humanité rejoindra celui qu'appellent de leurs vœux les évangéliques apocalyptiques autour de Trump [68] ou le patriarche Kirill proche de Poutine. À travers cette dénomination à la mode de « guerre hybride », ce sont tous les bouleversements en cours qui sont ainsi passés sous silence, ce qui dépolitise le débat.
« Nommer "hybrides" ces opérations édulcore, selon nous, à la fois leur ampleur géographique (échelle du continent), leurs effets (économiques et psychologiques) sur les infrastructures et les populations frappées et leur rôle dans la stratégique militaire russe » [69].
Dans ce que nous préférons appeler la « guerre armée tous azimuts », les forces régulières ou irrégulières, les services secrets, tous les groupes armés ou non, les mercenaires, les proxys et les agents jetables [70] sont intégrés opérationnellement, stratégiquement et tactiquement dans une politique globale qui vise à promouvoir les ambitions d'un État. La force est déployée sur tous les champs d'activités humaines définis comme des champs de batailles géographiques, historiques, économiques, psychologiques et politiques, sans égard pour les droits humains, ceux des peuples, ni les conventions, traités ou normes internationales, considérées comme dépassées, voire nulles et non avenues.
Les ponts de Kiev actuellement visés par Poutine.
Une idéologie certes hétéroclite, mais indéniablement impériale
L'idéologie portée par la nostalgie des empires russe et soviétique est le premier véhicule des guerres de Poutine, en réaction à la chute de l'URSS qu'il n'arrête pas de nommer depuis 2005 comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle ». Les descendants des dizaines de millions de morts de « la guerre de trente ans » ou des camps d'extermination nazis apprécieront. Disons-le une fois de plus, l'URSS est morte d'une sorte de septicémie généralisée : corruption morale, économique et politique, pillage des ressources et criminalisation des pouvoirs à tous les niveaux, etc.
Cinquième empire [71] selon l'écrivain ultra-nationaliste Alexandre Prokhanov [72] ou État-civilisation héritier de Byzance, de l'Église orthodoxe, de la spiritualité russe, de l'eurasisme et du soviétisme ? Depuis le début du XXIe siècle et la création du club Valdaï, plusieurs courants ont été agrégés par le pouvoir afin de construire une idéologie syncrétique qui vise à glorifier un État fort, fabriquer une nation irrédentiste, héroïser un peuple mythique (la grande guerre patriotique) et désigner un ennemi irrévocable (l'hydre occidentale). C'est surtout une idéologie qui essaie de raccommoder entre eux des morceaux d'histoire disparates. Autant dire que tout était à reconstruire de ce point de vue, étant donné les désastres accumulés durant le XXe siècle. Dans ces conditions, le pouvoir ne peut pas se permettre de perdre la guerre en cours, il y va de la survie du régime. C'est aussi une des raisons fondamentales qui permet de comprendre pourquoi Poutine y a engagé l'ensemble des institutions de son pays, son économie, ses industries, ses services de force, son système éducatif et universitaire, sa politique intérieure et étrangère. En outre, tout chef mafieux sait que s'il est mis en échec, alors ses jours sont comptés, comme il l'a d'ailleurs récemment dit [73].
Le Kremlin conduit donc résolument cette guerre dans l'espace aérien et numérique, dans les sphères psychique et cognitive, sur mer et au fond des abysses, sur terre et dans l'intimité des corps. Une guerre totale. Comme on peut le constater sur le front ukrainien depuis des années, ce que la Russie ne peut conquérir, elle le détruit méthodiquement et même plus, elle détruit tout, de manière systématique, pour avancer selon l'immuable tradition soviétique : la vie de ses propres soldats ne lui importe en aucune manière, pas plus que la vie tout court.
Prylouky, région de Tchernihiv, 9 morts le 7 octobre 2026.
En Europe, les épreuves du feu ne seront pas uniquement sur le front
Les situations exceptionnelles révèlent les caractères des uns et les limites des êtres. Or, nous vivons une période hors du commun à plusieurs titres.
La reconfiguration des rapports de pouvoir entre grandes puissances, tous les conflits armés en cours, l'agression impériale qui se déroule sur le sol européen depuis le 24 février 2022 et met en œuvre des forces destructrices bien plus grandes que partout ailleurs, la montée des extrême droites au niveau international, la zombification des foules par les réseaux dits sociaux dessinent un paysage autrement préoccupant que celui des années 1933 [74] et suivantes. Prenons pour exemple un seul des caractères reconnus du nazisme, à savoir la destruction des organisations ouvrières. Le néo-libéralisme a fait mieux, en quelque sorte : dans les années 1970, il a totalement bouleversé les rapports de force entre capital et travail en « externalisant » les classes ouvrières géographiquement, économiquement, socialement, en les « effaçant » de l'univers mental des Occidentaux et par contrecoup, de leur théorie politique. S'ajoutant à ce que nous avons déjà nommé « les trois ruptures de mémoire depuis 1945 », la dépolitisation est à son comble, ce qui engendre des discours généraux et abstraits sur la guerre et la paix que les trolls de Poutine se font un plaisir de répandre sur Internet. Le point commun de tous ces discours, c'est qu'ils « oublient » le peuple ukrainien et passent par pertes et profits ses centaines de milliers de victimes. Ce qui, de tous les points de vue est inadmissible.
Mais qu'il s'agisse de l'un ou l'autre des quatre phénomènes évoqués plus haut, la doxa journalistique consiste à nous répéter que mieux vaut ne pas en parler pour éviter de faire peur au bon peuple ou de faire de la publicité aux populistes. Malheureusement, les autruches aussi sont menacées d'extinction. En outre, quel que soit le sujet abordé, indéniablement, on peut parfois sentir flotter dans l'air une atmosphère éditoriale qui vise à nous préparer à une mutation détestable de régime politique [75] en 2027.
Mais est-ce une mutation radicale ? Plutôt un retour des années sombres dont la réalité fut refoulée durant des décennies par l'historiographie française, le temps des deux dernières guerres coloniales et même onze ans au-delà [76]. Et pour rappel, que disait Pétain en mai 1940 ? « Qu'il faut cesser le combat pour épargner des vies humaines supplémentaires et éviter une destruction totale du pays ». Or, il est très étonnant de constater que c'est exactement ce que disent et répètent Trump et certains autres Occidentaux à l'adresse des Ukrainiens. Les arguments se ressemblent mais les traitrises se sont payées très cher. En l'occurrence par des dizaines de millions de victimes supplémentaires.
Ici même, certaines prises de parole ou éditoriaux visent à l'abandon du peuple ukrainien [77] qui, loin de nous préserver des dangers de guerre, les rapprochent. Quelles que soient les raisons avancées – la plus populiste étant celle qui consiste à dire que cela nous coûte cher en pouvoir d'achat [78] – il est nécessaire de rappeler qu'il eût été sûrement plus « économe » (y compris pour l'avenir des populations du monde entier) de déployer quelques milliers de soldats à la frontière de l'Ukraine en 2021 afin de dissuader Poutine d'envahir un pays souverain [79]. D'autant qu'à cette époque l'armée russe n'était que l'ombre d'elle-même. Que ne l'ont-ils pas écrit et dit sur tous les tons à l'époque ?
D'un autre côté, ce n'est pas mieux, on en est resté à la guerre froide qui avait l'avantage de partager le monde en deux univers – celui du bien et celui du mal – et aux travestissements des horreurs staliniennes. Le goulag et l'Holodomor qui firent des millions de morts puis l'étroite collaboration entre l'URSS et le IIIe Reich de 1939 à 1941, ont été dissimulés ou présentés comme de malheureuses nécessités historiques sur la route du socialisme ou de la Victoire, tandis qu'ils voudraient à présent nous faire croire à un réarmement impérial de l'Allemagne dirigé contre l'Europe et même contre la France, alors qu'elle est de loin la première contributrice de l'aide aux Ukrainiens. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle est fielleusement ciblée. De plus, les progrès de l'AfD (activement soutenue par Moscou et par l'administration de Trump) aidant, nous ne sommes pas loin ici de la dénonciation des boches comme de vrais nazis, ce qui ravit le Kremlin.
Si vous voulez éviter la guerre, la chose est simple : « Soumettez-vous. » Cette petite musique s'entend derrière les appels à la « désescalade » [80].
Le front des Ukrainiens, celui des Russes et les Occidentaux
Sur le front, les Russes perdent quotidiennement environ un millier de soldats et n'avancent plus. En Ukraine, la vie devient de plus en plus difficile et dangereuse pour les civils, notamment dans les grandes villes. Quant aux habitants de la fédération de Russie, ils découvrent jour après jour à quel point leur vie était devenue dépendante d'Internet depuis que Poutine a bloqué Facebook et Instagram, Signal, restreint partiellement Telegram et WhatsApp, puis Snapchat et Facetime [81], alors qu'en février 2026 WhatsApp a été complètement bloqué. Les coupures de réseau et les problèmes de carburant automobile font monter la grogne dans certaines populations de la fédération et même chez les blogueurs militaires, sans que cela puisse déboucher sur une quelconque protestation massive et organisée : le FSB est partout et la conscience politique nulle part, étant donné son éradication systémique depuis un siècle.
Sur le terrain diplomatique, la visite inopinée à Moscou du directeur de la CIA – sans que nous ayons eu connaissance de son contenu –a effectivement frappé les esprits en Occident, car elle n'est pas sans rappeler celle qui précéda l'invasion du 24 février 2022. Mais d'après leurs déclarations espacées de quelques heures à la mi-septembre, il semble qu'au moins cinq responsables politiques occidentaux en sachent un peu plus. Toujours est-il que le 18 septembre en France – outre le premier ministre, les chefs de partis et candidats à la présidence – les principaux responsables de l'armée, du renseignement civil et militaire et de l'énergie [82] étaient convoqués dans le bunker de l'Élysée pour une réunion qui a duré trois heures. De même, pour faire face aux menaces et tentatives de sabotage de la Russie, le gouvernement britannique a annoncé, le 25 septembre, la tenue de réunions de sécurité à huis clos auxquelles des représentants des secteurs de la défense et des infrastructures nationales critiques seront invités ; il conseille également aux habitants de se préparer aux situations d'urgence par le biais d'un site officiel (https://prepare.campaign.gov.uk/). La Lituanie met au point un plan d'évacuation de sa population vers la Pologne ; celle-ci a formellement intégré la région frontalière du nord-est comme corridor de transit logistique et d'accueil pour les populations baltes [83]. L'Allemagne prépare des hôpitaux en cas de conflit armé [84]. Le Conseil fédéral suisse a adopté une nouvelle stratégie de sécurité le 18 septembre 2026. No comment.
Fin septembre 2026
Détournement d'une image du bombardement de la raffinerie de Moscou le 18 juin 2026.
Annexe 1
La force immense d'une idéologie millénariste
Ce qui nous apparaît comme la part délirante d'une idéologie impériale, c'est précisément ce qui fait sa force, ce qui peut non seulement hystériser des foules immenses mais entraîner le monde entier dans la guerre. Hitler, son premier cercle et les nazis s'enflammaient eux-mêmes à l'idée de conquérir un « espace vital » non pas pour eux-mêmes, mais afin de « préserver in fine la pureté de la race aryenne pour le bien de l'humanité tout entière ». Où l'on constate que la recherche de la pureté au centre du réformisme protestant [85] contribuait de facto à sanctifier la « refondation d'une race supérieure » supposément élue, non par Dieu mais par le biais de recherches linguistiques, anthropologiques et archéologiques, appelées à y concourir de manière tout à fait profane et moderne par l'appareil d'État nazi [86]. Ainsi, le caractère fortement cohérent de l'idéologie nazie qui s'apparentait à la force d'un mythe fondateur, s'est également appuyé sur le darwinisme social et l'eugénisme, lequel portait en Allemagne le nom « d'hygiène raciale » [87]. L'universalisme aussi y était convoqué, mais au pas de l'oie, évidemment.
À l'époque, les chancelleries occidentales avaient « le tact » de ravaler ce discours à des « buts de guerre », mais l'évasive neutralité de cette formule masquait un ambitieux dessein impérial qu'elles auraient eu bien du mal à critiquer au fond, représentant elles-mêmes des empires. Le nazisme était donc beaucoup plus qu'une idéologie – une ontologie – et très loin d'être la transcription d'une parole mentalement dérangée comme on a longtemps voulu nous le faire croire. Ou alors il faudrait la rapprocher d'une invocation chamanique des temps modernes. Car le discours nazi avait sa rationalité : pour autre preuve, l'engagement de la grande majorité des scientifiques aux côtés du NSDAP [88]. Mais c'est sa part mythique/délirante qui fut capable de bouleverser le monde car elle était en prise sur notre quête d'un au-delà du Réel et du quotidien, sur notre besoin de rêve ou d'absolu comme les poètes l'avaient déjà compris, bien longtemps avant les psychanalystes.
Annexe 2
Une élaboration déficiente, des ruptures de mémoire paralysantes [89]
Depuis des décennies, un abîme d'incompréhension politique perdure. Nous en donnons une illustration possible par les deux thèses suivantes et qui ont trait à l'histoire des États-unis. C'est certes un sujet connexe à notre propos, mais elles le rejoignent par le biais de la théorie politique, car c'est bien là que réside le problème. Les lignes ci-dessous ne sont donc qu'un aperçu simplifié, concis et frappant, un résumé des arguments déjà documentés et développés dans des ouvrages ou textes précédents [90] :
I - Bien que le peuple juif en ait payé le prix fort, l'essence du nazisme n'a toujours pas été comprise et ce n'est pas l'antisémitisme. Avec les « expériences médicales » d'Eugen Fischer [91] sur les Héréros et les Namas de Namibie en 1904 et grâce à l'eugénisme étatsunien (porté par l'American Eugenics Society ou l'Eugenics Record Office, ERO), puis soutenu par les présidents Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson et financé par les grandes fondations Carnegie ou Rockefeller, le nazisme prend sa source trente ans avant son accession au pouvoir et deux décennies avant la publication de Mein Kampf. Outre le fait qu'il fut son correspondant à cette époque, le directeur de l'ERO, Charles Davenport œuvra de manière décisive afin que Fisher réintègre la communauté scientifique internationale après 1918. Celui-ci acquit ensuite une grande reconnaissance sous le République de Weimar en prenant la direction du prestigieux institut Kaiser-Wilhelm d'anthropologie, d'hérédité humaine et d'eugénisme à Berlin en 1927.
II – Les États-Unis sont un jeune pays dont l'histoire est émaillée de trois crimes contre l'humanité : l'esclavage des Africains, l'éradication des Amérindiens et les bombardements nucléaires [92]. En outre, le nazisme aurait-il existé ou connu un tel essor sans le soutien, l'appui, le patronage ou l'assistance de ce pays aux différents niveaux suivants : idéologique (eugénisme, racisme, ségrégation [93]), culturelle (avec Hollywood [94]), financier (plans Dawes et Young de 1924 et 1929), bancaire (Hjalmar Schacht [95] et la famille Warburg), industriel (Ford, General Motors, Dupont, ITT, IBM), technologique (transfert de brevets), économique (répartition des marchés mondiaux entre IG Farben et la Standard Oil), juridique (exemplarité étatsunienne décisive pour élaborer les lois de Nuremberg [96]) ? Certainement pas. Nous ne développerons pas ici les conséquences de tous ordres de ces deux thèses, mais il est possible d'apercevoir certains de leurs aspects décisifs s'il s'agit de comprendre la marche actuelle du monde.
Annexe 3
La préparation de la guerre mondiale en six ans et en onze dates
Annexe 4
Ces deux dernières annexes ont pour objet de montrer comment, dans certains milieux, se perpétue au fil des ans la dépolitisation des foules et se prépare l'arrivée au pouvoir de ceux qui plaident pour l'abandon du peuple ukrainien aux bombes russes.
Janvier 2022 : « Vladimir Poutine n'envahira pas l'Ukraine »
Couramment invité de certains plateaux, Renaud Girard est présenté comme un géopolitologue confirmé. S'agissant de l'agression russe en Ukraine, rappelons ce qu'il écrivit le 18 janvier 2022 à ce sujet dans Le Figaro : « Contrairement aux craintes publiquement exprimées par le gouvernement ukrainien au mois de décembre 2021, puis reprises par les autorités américaines, Vladimir Poutine n'a aucunement l'intention d'envahir l'Ukraine [97]. […] Poutine – tel l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing – a toujours vu l'Ukraine comme une simple marche de la Russie, une sorte d'entité périphérique […] ne pouvant pas aspirer à d'autre destin que celui d'État-tampon, protecteur du territoire de la Sainte Russie. Ce territoire a, il est vrai, subi, depuis l'époque moderne, quatre invasions venues de l'Ouest (les Polonais, les Suédois, les Français, les Allemands). Mais le fait que la Russie ne daigne pas parler d'égal à égal à l'Ukraine ne signifie pas que Poutine ait envie de l'envahir prochainement. Car il sait qu'il n'y a pas intérêt. […] Poutine n'a aucunement l'intention de se coltiner une guérilla en pleine Europe. Par ailleurs, la seule chose qui ait jamais intéressé Poutine dans l'Ukraine, il l'a déjà prise. C'est la Crimée avec son port de Sébastopol qui, depuis Catherine II, abrite la flotte russe de la mer Noire. […] Pour montrer qu'il est sérieux dans ce qu'il dit, Poutine a ordonné que l'armée russe procède à des manœuvres de 100 000 hommes, non loin de la frontière ukrainienne. Cependant, les photos satellitaires n'indiquent aucune préparation logistique d'invasion ».
On appréciera les arguments avancés dans cette grande fresque inspirée et la désignation de l'Ouest comme envahisseur exclusif de l'Ukraine à l'époque moderne (oubliant l'annexion de Catherine II entre 1764 et 1775 et celle de l'URSS en 1921) et le silence sur l'Holodomor stalinien de 1933 (quatre millions de morts en quelques mois). Mais est-ce que Renaud Girard se serait bonifié quelques années après, dans le même journal ?
Annexe 5
Août 2026 : « Les Ukrainiens ne reprendront jamais Marioupol »
Le titre du nouvel article de Renaud Girard dans Le Figaro en date du 25 août 2026, ressemble à ce que l'on a déjà entendu de nombreuses fois dans la bouche de Biden et de bien d'autres : « En Europe, sommes-nous en train de marcher vers la troisième guerre mondiale comme des somnambules ? ». Un discours abstrait sur la guerre et la paix (Staline avait fait mieux en fondant « le mouvement de la paix » en 1948) qui est introduit par la phrase suivante : « Alors que l'est du continent est confronté à une dangereuse montée aux extrêmes depuis quatre ans et demi, avec la guerre en Ukraine, nous devons nous poser la même question qu'en 1914 ». Cette « montée aux extrêmes » met, comme de coutume chez ces commentateurs proches du Kremlin, agresseur et agressé sur le même plan et elle utilise habilement 1914 comme appel à tous les pacifismes d'avant-hier et de demain, qu'ils soient sincères ou de pure opportunité [98]. Lorsque Girard écrit ensuite que « les Russes ne défileront jamais à Kiev » et que « les Ukrainiens ne reprendront jamais Marioupol », cela revient également à placer sur le même plan une agression militaire russe et le droit, pour l'Ukraine, de recouvrer l'intégrité de son territoire. Cet usage pervers qui consiste à tirer un trait d'égalité entre fauteurs et victimes, outre qu'il brouille le jugement de tous les points de vue, vise à ce que chacun puisse facilement s'en défausser.
En visant plus loin dans son article « le nouveau Premier ministre britannique [qui] a choisi l'Ukraine pour son premier voyage officiel à l'étranger », Girard manifeste une fois de plus les difficultés ataviques de certains à se remémorer et à admettre que les Britanniques – au contraire des Français qui ont collaboré à divers niveaux [99] – ont une culture de la résistance acquise sous les bombes nazies. D'ailleurs, c'est le terme de Blitz qui leur revient naturellement à la mémoire pour décrire ce que Kyiv subit en ce moment, comme leurs villes l'avaient subi de septembre 1940 à mai 1941, soit pendant 246 jours de bombardements qui ont entraîné la mort de 42 000 civils et plus de 100 000 blessés.
Plus loin, il est totalement faux d'écrire que les « puissances européennes considèrent comme contraire à leurs intérêts une victoire de la Russie », car leurs intérêts et leurs investissements dans ce pays étaient depuis longtemps bien établis et demeurent considérablement plus importants qu'en Ukraine [100] en particulier dans le nucléaire, épargné par les sanctions [101].
Ensuite Renaud Girard ravale le droit international à une leçon de morale comme le font tous les dictateurs actuels, ce qui contribue à le discréditer définitivement. Ainsi, il ne rappelle jamais que les Russes se sont engagés à respecter la souveraineté de l'Ukraine dans une dizaine de documents officiels qu'ils ont signés, ce qui en dit long sur leur conception du droit, des négociations et des accords, une conception stalinienne que le Kremlin entretient.
Girard s'arroge in fine la bonne conscience de plaider en faveur de la vie des soldats qui, selon lui, serait épargnée si l'on voulait bien renoncer au « fantasme de voir Poutine jugé », ce qui reprend l'argumentaire quotidien des messages trumpistes [102]. Il oublie de dire que ce serait pour crime d'agression comme l'ont demandé 36 pays et pour crimes de guerre, comme le TPI l'a stipulé dans son mandat d'arrêt international du 17 mars 2023.
[1] Ce carnet de guerre est tout particulièrement dédié aux journalistes du Telegraph Ukraine The Latest, qui sans relâche depuis mars 2022, documentent avec le plus d'honnêteté, de précision et de sérieux la guerre d'agression de Poutine en Europe. Merci une fois de plus à Bernard F. pour sa relecture attentive.
[2] Rappelons que ni les Occidentaux et encore moins les russes n'ont respecté leurs engagements écrits quant à la souveraineté de l'Ukraine.
[3] Certains reprennent l'affirmation que l'Ukraine reçoit une aide massive des Occidentaux. Elle est malheureusement fausse, aussi bien financièrement que militairement car ceux-ci ne lui ont fourni des armes qu'à contrecœur, avec un retard considérable, en quantités limitées et en imposant de nombreuses restrictions quant à leur utilisation. Et depuis que Trump est au pouvoir, aucune aide de quelque nature (y compris humanitaire ou médicale) n'a été prodiguée à l'Ukraine. Pour le vérifier, nous conseillons urgemment d'aller constater ce qu'il en est au quotidien, en se rendant à Kyiv.
[4] Sans parler des 120 missiles balistiques que Kim Jong-Un a déjà fournis à Guerassimov après lui avoir livré plus de 5 millions d'obus en 2024. Darya Nazarova, Jihye Shin, « Zelensky accuse Moscou d'avoir utilisé des missiles nord-coréens lors de frappes meurtrières », La Presse et AFP, 11 aout 2026. Quentin Sommerville, « Pourquoi une nouvelle vague de soldats nord-coréens pourrait combattre dans la guerre menée par la Russie en Ukraine », BBC, 14 septembre 2026. Vital Ligan, « Guerre en Ukraine : ils perçoivent environ 6 500 euros par an… Entrés en Russie avec des visas étudiants, 25 000 citoyens nord-coréens travaillent dans des usines de drones russes », L'Indépendant, 17 septembre 2026.
[5] Le concept de « guerre totale » a été précisé par Sven Lindqvist dans ses ouvrages Exterminez toutes ces brutes !, Le Serpent à plumes, 1999 et Maintenant tu es mort. Le siècle des bombes, Le Serpent à plumes, 2002.
[6] Le niveau de rayonnement gamma de 12 μSv/h enregistré est environ 40 à 80 fois supérieur à la norme sanitaire et représente un danger direct pour la santé humaine en cas d'exposition ou d'inhalation de poussières. Stanilav Pohorilov, Ukrainska Pravda, 20 mai 2026. « Le SBU affirme avoir identifié de nouveaux cas d'utilisation de munitions contenant de l'uranium appauvri par la Russie », Ukrinform, 23 juillet 2026.
[7] Loïs Dzouz, « Guerre en Ukraine : Ces armes peuvent libérer des poussières radioactives extrêmement dangereuses... La Russie arme des ogives de missile avec de l'uranium appauvri », L'Indépendant, 20 mai 2026. Site quotidien The Telegraph, 25 mai 2026 : 3'30'' minute. https://www.youtube.com/watch?v=rbZDqzdlv8Q, [consulté le 8 septembre 2026].
[8] SBU : https://unn.ua/en/news/elevated-radiation-levels-detected-on-russian-drone-debris-striking-elements-made-of-depleted-uranium-identified-sbu [consulté le 10 septembre 2026].
[9] Human Rights Watch : https://www.hrw.org/fr/world-report/2025/country-chapters/ukraine [site consulté le 26 août 2026].
[10] Voir les sites de l'ONU https://news.un.org/fr/story/2026/05/1158806 ou de Médecins du Monde https://www.medecinsdumonde.org/actualite/resolution-2286-10ans/ [consultés le 26 août 2026].
[11] Reportages de France 24 les 13 mars et 23 sept. 2026 https://www.youtube.com/watch?v=s-Xu7rqqass et https://www.youtube.com/watch?v=s-Xu7rqqass [consultés le 28 août 2026].
[12] Monuments historiques et artistiques, musées, bibliothèques, sites religieux, archéologiques et archives. UNESCO https://www.unesco.org/fr/ukraine-war/damaged-cultural-sites [consulté le 26 août 2026].
[13] Pierre Alonso, Le Temps, 18 août 2026.
[14] Rémy Ourdan, Le Monde, 24 février 2026.
[15] Outre le fait qu'elles sont liées aux intérêts du premier cercle de Poutine, les entreprises Wildberries et Ozon ont une place importante dans le commerce en ligne et le système bancaire russe. Des centaines de milliers de personnes sont ainsi en train de prendre conscience que leur pays est en guerre depuis plus de quatre ans et demi.
[16] Depuis la fin du mois de mars 2026 le nombre de bombardements par missiles était en constante augmentation. Il a été de 61 en avril, 107 en mai, 134 en juin, 198 en juillet 2026. La nuit du 11 août, ce sont des missiles nord-coréens qui ont atteint la ville de Zaporijia dans le sud du pays.
[17] Ukrainska Pravda, 27 août 2026, https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/08/27/8050645/ [consulté le 5 septembre 2026].
[18] Voir ces deux chaînes YouTube connues : https://www.youtube.com/watch?v=oD4KpmF_TJw et https://www.youtube.com/watch?v=uJqZsYBDqow [consultées le 10 septembre 2026].
[19] AFP, 8 septembre 2026.
[20] Comme dans les anciennes colonies françaises, la corruption y est pérenne. Voir à ce sujet le carnet de guerre #24 intitulé « Résister aux appels à une étrange défaite », paragraphe « Le colonialisme russe est encore effectif », points 4 et 5.
[21] Texte intégral publié et commenté par Le Grand Continent le 19 août 2026. https://legrandcontinent.eu/fr/2026/08/19/dans-un-appel-aux-ukrainiens-fedorov-defie-zelensky-texte-integral/ [consulté le 17 août 2026].
[22] C'est dire que les générations actuelles ne peuvent en avoir conscience, ce qui est un exemple supplémentaire de ce que nous avons rappelé les trois ruptures de mémoire depuis 1945.
[23] En Grande-Bretagne, un gouvernement d'union avait été mis en place durant la guerre, ce qui n'a pas empêché le Parti travailliste britannique de remporter largement les élections de juillet 1945 et de mettre en œuvre un programme social de grande ampleur, lui aussi unique en Europe.
[24] « Mykhailo Fedorov met en lumière 22 réalisations clés du ministère de la Défense ukrainien durant son mandat », ministère de la Défense, 16 juillet 2026, https://mod.gov.ua/en/news/mykhailo-fedorov-highlights-22-key-achievements-of-the-ministry-of-defence-of-ukraine-during-his-tenure [consulté le 17 septembre 2026]. Une fois de plus, il est pour le moins étonnant de voir porter sur la place publique des éléments importants de la défense.
[25] Stefania De Michele & Serge Duchêne, « Mykhaïlo Fedorov devient conseiller du ministère italien de la Défense », Euro News, 28 août 2026.
[26] On appelle « couloir de Suwałki » la portion terrestre polono-lituanienne de 85 kilomètres située entre la Russie et l'exclave de Kaliningrad.
[27] Valentin Ledroit, « Une nouvelle incursion d'avions russes plonge la baltique en état d'alerte », Toute l'Europe, 22 sept. 2025. Maxime Poul, « Des Rafale français effectuent un décollage d'urgence pour intercepter six avions russes dans le cadre d'une mission de l'Otan », Le Parisien, 6 juin 2026.
[28] Notamment en décembre 2022 et 2023, en mars 2024 et fin juillet 2026. En avril 2023, les débris d'un missile de croisière dual KH 55 (8 mètes, 2 tonnes) avaient été retrouvés dans une forêt à 220 km au Nord-ouest de Varsovie. Voir à ce sujet l'article de Stéphan Sicard dans L'Indépendant, 10 mai 2023. Par ailleurs, Laurent Lagneau a signalé : « un aérostat russe a survolé le territoire polonais pendant cinq heures ; Varsovie minimise l'incident », Zone militaire, 21 juin 2024.
[29] « Ukraine : Kiev affirme que deux missiles russes ont survolé la Roumanie », LCI, 10 février 2023. https://www.youtube.com/watch?v=KHcmghP7ezw [consulté le 11 septembre 2026]. Jusqu'en 2026, Bucarest n'a pas confirmé ces trajectoires afin d'éviter l'accroissement des tensions avec Moscou.
[30] Frederic Lemieux, « La Russie a testé l'espace aérien de l'OTAN à 18 reprises rien qu'en 2025, une augmentation de 200 % qui signale un changement dangereux », The Conversation, 19 février 2026.
[31] Xavier Tytelman, correspondant de guerre, « Un drone russe touche la Roumanie : escalade, provocation ou erreur ? », 29 mai 2026, https://www.youtube.com/watch?v=autvyTgIpkI [consulté le 7 septembre 2026].
[32] Voir à ce sujet les manœuvres de l'Otan de 2025 durant lesquelles un groupe de dronistes ukrainiens invité met hors de combat tout un régiment.
[33] « L'enquête vidéo de CNN sur les survols suspects de drones en Europe », Courrier international, 17 octobre 2025.
[34] Nina Werkhäuser, Carole Assignon, « L'Allemagne reste vulnérable face aux attaques hybrides », DW, 13 août 2026.
[35] Des vols de drones ont même eu lieu pendant la visite de Zelensky dans la capitale allemande. Jules Nieweler, Tobias Renard, « Des failles de sécurité ont été révélées lors de la visite de Zelensky », Bild, 13 septembre 2026 et podcast de The Telegraph du 14 septembre 2026, https://www.youtube.com/watch?v=V06k2tDcBBM [consulté le 15 septembre 2026].
[36] Richard Holmes, « La Russie construit des bases secrètes de drones à portée de frappe de l'OTAN », The Telegraph, 16 août 2026. « La Russie construit des rampes de lancement de drones à portée des pays de l'OTAN », Le Grand continent, 18 août 2026.
[37] Voir la série d'articles d'Anthony Faiola et Catherine Belton parus dans le Washington post, à partir du 26 août 2026.
[38] Un colis piégé contenant un engin incendiaire d'origine russe avait pris feu au sol. La destruction en plein vol de l'avion-cargo de DHL n'avait alors été évitée que grâce au retard accidentel du vol. Plusieurs suspects sont jugés à Vilnius depuis le printemps 2026. Ils sont soupçonnés d'avoir expédié des colis piégés à travers l'Europe via des services de fret. Selon les autorités lituaniennes, les cibles visées étaient l'Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni. Eurojust, l'agence judiciaire de l'UE basée à La Haye, estime également que le GRU, le service de renseignement militaire russe, en est à l'origine.
[39] Voir à ce propos les articles du Monde, du Times, de Sud-Ouest, de La Presse, des Échos, du Washington Post, le 1er septembre 2026.
[40] « Les attaques de sabotage russes ont connu une forte augmentation en Europe en 2024 », The Economist, 22 juillet 2025.
[41] Jessica Rawnsley, « La Russie serait à l'origine des incendies de colis au Royaume-Uni et en Europe, selon les enquêteurs », BBC, 6 mars 2026.
[42] Voir l'excellente investigation de Daniel De Simone, Tom Beal et Olga Malchevska, « La Russie était derrière les incendies criminels visant le Premier ministre, révèle la BBC », BBC, 15 juin 2026 ; il y est également proposé une initiation à « Secure drop ».
[43] Shaun Walker, « 'These people are disposable : how Russia is using online recruits for a campaign of sabotage in Europe », The Guardian, 4 mai 2025.
[44] Johannes Enli Kalleberg et NTB, « Une centrale de chauffage suédoise a été la cible d'une cyber-attaque pro-russe », 15 avril 2026.
[45] Emma Burrows, « Les services de sécurité lettons affirment que deux personnes ont incendié un train et du matériel ferroviaire pour le compte de la Russie », Associated Press, 12 mars 2026.
[46] Filip Meyer, « Guerre hybride : sabotage sans précédent sur les rails polonais, la Russie soupçonnée », Les Echos, 17 novembre 2025. Adam Easton et Jaroslav Lukiv, BBC, 18 novembre 2025. https://www.bbc.com/news/articles/c4gknv8nxlzo [consulté le 9 Septembre 2026].
[47] À certains endroits, des tubes d'acier étaient attachés aux rails. Sandra Buisson, « Rouen-Caen : le mystère du rail de 300 kg » Le Point, 18 septembre 2026.
[48] Felix Kirberg, « Une explosion près d'une gare allemande fait deux blessés », DPA via AP, 2 septembre 2026.
[49] Sarah Macfarlane et Gram Slattery, « Les alliés de l'OTAN déjouent une tentative russe de sabotage de câbles sous-marins », Reuters, 10 septembre 2026.
[50] Rédaction de la RTBF et Belga, rédaction de TF1 Info et AFP, 31 août 2026.
[51] Une femme de 28 ans et un homme de 38 ans, de nationalité bulgare, ont été arrêtés. Patrick Drews, « Attaque contre une usine d'armement à Munich : deux suspects ont été arrêtés », Euronews, 3 septembre 2026.
[52] « Le renseignement alerte sur des préparatifs de sabotages russes », La Presse et AFP, 3 septembre 2026.
[53] « Xénia Fedorova, ou comment la propagande russe retourne notre esprit critique contre nous-mêmes », The Conversation, 15 septembre 2026. « Le groupe russe derrière les campagnes de désinformation en France cible désormais les Démocrates, avant les Midterms aux États-Unis », Le Parisien avec AFP, 15 septembre 2026.
[54] Lucas Aubin, « La République populaire de Narva : l'Estonie dans le viseur de la Russie ? », IRIS, 18 mars 2026.
[55] Pour ceux qui ont été rendus publics, il s'agit des assassinats ou tentatives ayant visé les époux Skripal, Zelimkhan Khangoshvili et Armin Papperger, Vladimir Ossetchkine et Maxim Kouzminov. Mais ces pratiques évoluent : l'engagement d'agents jetables sur Internet fait florès.
[56] Donaustahl, sa société, fournit des drones de combat à l'Ukraine. Voir Milena Wälde et Paul Ronzheimer, « L'Allemagne et la Russie sont en guerre, déclare un haut responsable de la défense », Politico, 1er septembre 2026.
[57] C'est-à-dire tous les pays européens sauf l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Hongrie, le Kosovo, la Macédoine du Nord, Malte, la Serbie et la Slovaquie. S'y ajoutent l'Australie et le Costa-Rica.
[58] Benjamin Murdoch, Euromaidan Press, 20 septembre 2026
[59] Frank Hoffman, « Conflict in the 21st Century : The Rise of Hybrid Wars », The Potomac Institute for Policy Studies, 2007, https://www.potomacinstitute.org/images/stories/publications/potomac_hybridwar_0108.pdf. [consulté le 13 septembre 2026]. Service de recherche du Congrès, « Activités de guerre hybride menées par la Russie en Europe : réflexions à l'intention du congrès », 11 août 2026, p. 1. NL Times, « Les services de renseignement néerlandais mettent en garde contre l'escalade des attaques hybrides russes », 19 février 2026
[60] Le fait que la Crimée ait été annexée quasiment sans opposition, tandis que le Donbass était en proie à une guerre violente, fut passé par pertes et profits.
[61] L'Alliance atlantique coopérait avec la Russie par le biais du conseil permanent OTAN-Russie depuis 2002 et son dernier concept stratégique datait de 2010, considérant que « la menace d'une attaque conventionnelle contre le territoire de l'OTAN était très faible ». L'annexion de la Crimée par la Russie a brutalement interrompu cette coopération.
[62] Une politique étrangère souvent critiquée du point de vue de la morale religieuse étatsunienne, ce dont les Soviétiques n'avaient cure, pas plus que Poutine.
[63] Par extension, cette dénomination de guerre hybride – très à la mode – peut également permettre de s'affranchir de ses responsabilités notamment lorsqu'un crime de génocide est en train d'être commis par la déportation de dizaines de milliers d'enfants alors que l'on est signataire d'une convention internationale qui oblige les États à intervenir.
[64] Lire à ce propos le tableau des opérations hybrides russes en Europe de Diploweb : https://www.diploweb.com/IMG/pdf/2026-05-gloaguen-tableau-operations-hybrides-russes-en-europe-diploweb.pdf [consulté le 20 septembre 2026].
[65] La Russie a exploité la puissance et l'ampleur des réseaux sociaux (au moins depuis 2016 lors des élections aux États-unis), permettant ainsi une diffusion beaucoup plus rapide des campagnes de désinformation.
[66] À ce sujet, il faut absolument avoir écouté ce que dit Robert Brovdi, le responsable ukrainien de la guerre des drones sur la chaîne The Telegraph : https://t.me/war_monitor/46415 [consulté le 29 septembre 2026].
[67] Les interdits du meurtre et de l'inceste sont fondateurs de notre humanité. En cas de transgression générale, ce serait non pas un « retour » à la « barbarie » mais une version inédite de celle-ci, à la manière de la puissance développée au XXIe siècle. Autrement, dit, les libertariens (« il est interdit d'interdire »), les évangéliques apocalyptiques, ceux que l'on nomme les barons de la Big-Tech et de l'IA, les transhumanistes, les mafiosos à la tête de dictatures impérialistes sont autant d'agents possiblement concourants vers une extinction de la vie sur terre.
[68] Voir « Qui sont les évangéliques autour de Trump ? Une autre histoire des États-Unis », Histoire et théorie critique #3, Autre Futur et Lundi matin, mai 2026.
[69] Cyril Gloaguen, « Les opérations hybrides russes en Europe : un léger parfum de guerre ? », Diploweb, 22 mai 2026.
[70] « Les sommes versées sont souvent modestes : quelques centaines d'euros pour des tags à Paris en juin 2024, 400 euros pour chacune des trois personnes impliquées dans l'affaire des cercueils déposés devant la Tour Eiffel, mais 4000 à 6000 euros pour des incendies d'entreprises en Angleterre et en Pologne. Le jeune Ukrainien chargé d'incendier un magasin Ikea à Vilnius, en novembre 2025, se serait vu, lui, promettre 10.000 euros et une voiture. Un paiement en crypto-monnaie est aussi parfois mentionné », ibidem.
[71] Après la Rus' de Kyiv, la Russie moscovite, l'empire des tsars et celui de l'URSS.
[72] Il a créé le club d'Izborsk en 2012. Voir Juliette Faure dans l'émission Questions du soir « Quels idéologues influencent Poutine ? », France Culture, 22 septembre 2026.
[73] Côme Galet, « Vladimir Poutine aurait peur de finir pendu », Le Matin, 2 septembre 2026.
[74] On trouvera en fin de texte une annexe intitulée « La préparation de la guerre mondiale en six ans et en onze dates ».
[75] Voir les annexes 4 et 5 à ce sujet.[[Voir les annexes 4 et 5 à ce sujet.
[76] Jusqu'en 1973, date de parution du livre de Robert Paxton, La France de Vichy. 1940-1944, Seuil. Au total, presque trente années que certains ont continué de travestir en les prétendant « glorieuses ».
[77] Voir les annexes concernant les articles de Renaud Girard parus dans Le Figaro.
[78] D'un côté LFI propose d'annuler ou de geler une portion spécifique de la dette publique française, soit environ 18 % de son total (635 milliards d'euros). De l'autre, elle s'oppose à la saisie des avoirs de la Russie gelés en Europe en arguant que cette mesure viole le droit international et la protection de la propriété privée. Pierre Maurer, « À rebours des écologistes et des socialistes, LFI s'oppose à la saisie des avoirs russes », Le Parisien, 24 mars 2025.
[79] Seuls les Britanniques Rory Stewart ancien ministre et Tobias Elwood député, ont demandé à plusieurs reprises à Boris Johnson de déployer quelques milliers de soldats afin de signifier à Vladimir Poutine qu'une offensive se heurterait directement aux forces occidentales. Sky News, 17 février 2022.
[80] Jean-Sylvestre Mongrenier, art. cité.
[81] Respectivement en mars 2022, août 2024, août 2025 et décembre 2025. The Guardian, 4 décembre 2025. Reuters, 14 août 2025. The Guardian, 12 février 2026. Euronews, 18 février 2026.
[82] Les services présents étaient : la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure), la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure), la DRM (Direction du renseignement militaire), le SGDSN (Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale), la DGEC (Direction générale de l'Énergie et du Climat) pour ce que l'on en sait.
[83] Brendan Cole, « La Lituanie dévoile les détails d'un nouveau plan d'évacuation en cas de menace militaire », News Week, 19 septembre 2026. « La Lituanie met en place des itinéraires d'évacuation via la Pologne en cas d'urgence », Business AM, 20 septembre 2026.
[84] Victor Jack, Laura Kayali, Sonja Rijnen, « Les dirigeants européens préparent le public à une "menace accrue" de Poutine », Politico, 18 sept. 2026.
[85] Pour le protestant, il s'agit de retrouver la pureté de la parole de Dieu par l'accès intime aux évangiles débarrassés des ajouts du catholicisme, de renouer avec la pureté du salut que seul Dieu peut attribuer à ses élus, hors tout achat ou mérite désigné par l'Église et de mettre en pratique quotidienne un ascétisme éthique de vie dans le monde, comme le soulignait Max Weber. Voir également André Pichot, La Société pure. De Darwin à Hitler, Flammarion, 2000.
[86] Voir à ce sujet les œuvres des archéologues et essayistes Laurent Olivier et Jean-Paul Demoule.
[87] Voir à ce sujet l'annexe de l'ouvrage Le monde comme projet Manhattan. Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant, Le Passager Clandestin, 2017, intitulée « De l'eugénisme au nazisme (1868-1939) ».
[88] 85 à 90% des archéologues, entre 50 et 65% des médecins, des biologistes, des chimistes la quasi-totalité des anthropologues étaient adhérents du NSDAP ou des SS. Voir à ce sujet les publications ou les émissions de Laurent Olivier, conservateur général du patrimoine, sur France Culture.
[89] Voir à ce propos les Carnets de guerre précédents dont le 24e, intitulé « Résister aux appels à une étrange défaite », Autre Futur et Lundi matin.
[90] Pour les lectrices ou lecteurs curieux nous recommandons le livre de l'entomologiste étatsunien Vernon Myman Lyman Kellogg, Headquarters nights ; a record of conversations and experiences at the headquarters of the German army in France and Belgium , The Atlantic Monthly Press, 1917, dont nous avions traduit quelques passages in La science Creuset de l'inhumanité, L'Harmattan, 2012.
[91] Par ailleurs futur professeur de Mengele et ami indéfectible de Heidegger jusqu'à sa mort.
[92] Voir à ce sujet Le monde comme projet Manhattan. Du nucléaire à la guerre généralisée au vivant, Le Passager Clandestin, 2017.
[93] Stefan Kuhl, The Nazi Connection : Eugenics, American Racism, and German National Socialism, Oxford Press University, 2002.
[94] Ben Urwand, Collaboration. Le pacte entre Hollywood et Hitler, Bayard, 2014.
[95] Antony C. Sutton, Wall Street et l'ascension d'Hitler : découvrez comment l'élite de Wall Street a financé les nazis, Culture et racines, 2021. Frédéric Clavert, Hjalmar Schacht, financier et diplomate (1930-1950), Peter Lang, 2009.
[96] James Q. Whitman, Le modèle américain d'Hitler : comment les lois raciales américaines inspirèrent les nazis, Armand Colin, 2018. Nous avions eu la chance d'en entendre la première présentation en France par son auteur, dans le sous-sol de la librairie Compagnie.
[97] Il fut concurrencé par Jean-Luc Mélenchon qui déclara le 21 février 2022 :» Mais la Russie de son côté ne fera pas non plus la guerre pour l'Ukraine. Elle attendra qu'elle tombe comme un fruit mur, le moment venu. […] L'annexion de l'Ukraine dans l'OTAN ne tardera plus ». https://melenchon.fr/2022/02/21/communique-de-jean-luc-melenchon-sur-la-situation-en-ukraine/ [consulté le 25 septembre 2026].
[98] Sans parler du fait qu'il réduit plus loin 1914-1918 à « une guerre civile européenne » ou son déclenchement à « un mini-problème ethnique à Sarajevo », cela revient purement et simplement à en nier la cause fondamentale, à savoir une lutte entre impérialismes de l'époque pour réagencer leurs rapports de force et leurs sphères d'influence.
[99] Simone de Beauvoir tient une émission sur Radio Vichy du 17 janvier 1944 au 10 avril 1944. Elle a accepté ce poste par l'intermédiaire de René Delange, patron du journal Comœdia, connu comme l'un des plus grands succès de la politique culturelle d'Otto Abetz en France occupée.
[100] De tous les points de vue : aménagement et exploitation de champs pétroliers et gaziers, vente de technologies militaires avancées, marché de cent-quarante millions d'habitants, etc. En outre, les Occidentaux ont versé l'équivalent de deux années de budget militaire à la Russie depuis le 24 février et ils ont acheté 6 milliards d'euros de GNL au Kremlin dans la première moitié de 2026 (la Belgique se signale en continuant de lui acheter la totalité de son GNL et en s'opposant toujours à la saisie de ses avoirs).
[101] En France, les importations d'uranium enrichi russe sont passées de 92 millions d'euros en 2021 à 396 millions d'euros en 2023. Rosatom a multiplié par deux ses bénéfices depuis 2022. Voir Carnet de guerre #15, « CEA, EDF, Orano, Engie, Framatome, Alstom et Rosatom vont en bateau », Autre Futur et Lundi matin, mars 2024. C'est aussi une manière de pérenniser un lien de dépendance avec des pays comme la France et aussi l'Ukraine. Voir à ce propos Vivien Pieper, Laura Schmitt et Johannes Bünger, « Nucléaire : le piège de Poutine », ARTE, 2024.
[102] À savoir l'espoir d'un « deal gagnant », c'est-à-dire d'un enrichissement réciproque des deux mafias au pouvoir, sans parler des kompromats que détient le FSB. Ce service en aura fait une grande provision lors du mariage du fils de Trump fin mai 2026 puisque c'est le millionnaire russe Umar Kremlev qui a loué et réservé les chambres des invités.
Les lycéen.nes mobilisé.es de plus belle ce mardi 6 octobre. Retour sur la journée au lycée Littré à Avranches.
A Avranches au lycée Emile Littré, environ 150 lycéen.nes et une partie de l'équipe enseignante étaient mobilisé.es devant le portail.
Le lycée n'était pas fermé et les élèves pouvaient assister au cours en présentiel.
Des syndicats étaient là et ont apportés du soutient matériel et logistique (prêt de salle, enceinte) :
FSU, CGT, Solidaires, FO, Confédération Paysanne et la Ligue des droits de l'homme
Les lycéen.nes présent.es relataient leur détermination à ne pas lâcher et à continuer de manifester, en soutient aux conditions déplorables de certains établissements, pour le manque de professeurs, contre la surcharge des classes et contre la plateforme parcoursup.
Ils et elles soulignaient aussi les emplois du temps surchargés avec des journées colossales, et qui parfois ne laisse pas le temps de la pause midi. Une critique aussi sur le manque de transport pour se rendre en classe.
BERK :
Le député Bertrand Sorre ( berk ) est venu échanger avec les lycéen.nes.
5 gendarmes ( berk ) étaient également présents.
Parmi les étudiant.es, on pouvait noter une grande fracture avec les mouvements dit « violents » des dernières semaines : allusion aux poubelles enflammées, à la rébellion physique, aux « casseurs ». Il y avait une peur à y être assimilé et donc un discours majoritaire qui condamnait toutes ces formes d'action.
Les violences physiques et psychiques engendrées par la répression sont intenses et sont bien sûr traumatisantes.
FOCUS National
Partout en France les jeunes se mobilisent. La répression fait peur et la police à de plus en plus de droit, son impunité ne fait que grandir. Les arrestations sont massives, du jamais vu, plus de 5000 en deux semaines. Les comparutions immédiates s'enchaînent et du sursis tombe, pour jet de bouteille d'eau sur la police, ou rassemblement masqué. Toujours rien à attendre de cette justice.
La police tue, ne l'oublions pas ! Dans cette mobilisation elle mutile les jeunes, les gaz et tente de les dompter.
Il y a une fédération lycéen.es des quartiers qui se montent, qui a pour but de représenter les jeunes des quartiers populaire exclusivement, car ils sont marginalisés. En effet la violence et la différence de traitement plus violentes ne sont plus à démontrer dans les quartiers populaires.
La répression nous soude et peut aussi nous rendre plus fort.e.
Contactez les legal team, les défenses collectives ou les réseaux d'entraide, pour ne pas restez seul en garde a vue ou face a la police et a la justice.
Cette mobilisation est d'une force sans commune mesure, elle rayonne partout en France. Continuons d'y participer et de la soutenir. Continuons, et retrouvons nous aussi le 17 octobre, appel des gilets jaunes.
On l'espère, d'autres mobilisations a venir !
Réunion d'organisation du lieu de lutte autogéré la Grange de Montabot, le dimanche 25 octobre 2026, 10h-16h. Repas partagé le midi.
Après le chantier qui va se dérouler les 15 et 16 octobre à la Grange de Montabot, voici aussi le temps de nous retrouver pour voir comment nous organiser à la Grange, comment accueillir les différentes initiatives, etc.
À une période où la Grange de Montabot n'est pas en capacité à porter de moments forts dans la lutte, il s'agit aussi de voir comment nous pouvons nous organiser pour contribuer aux mouvements vivaces qui nous entourent, à commencer par celui initié dès la rentrée par les lycéens et lycéennes.
Pour venir à la Grange de Montabot, voici le plan :
La Grange de Montabot, la Bossardière ou 2, la Bessardière à Montabot (50),
* route Percy-Montabot :
À gauche sur la route Percy-Montabot
1 km après le gros pylône ou,
* en venant de Tessy :
2e à droite après le bourg de Montabot
Montabot (50) se situe à 9 km de l'A84
Rendez-vous vendredi 23 octobre à 20h, au Geyser – 11 grande rue.
En ce mois d'Halloween, venez découvrir ou redécouvrir "It follows" de David Robert Mitchell !
Une "histoire d'entité terrifiante, qui poursuit inlassablement ses futures victimes et se cache dans le tissu de la réalité".
Ce film saura faire plaisir aux amateurs de film d'horreur, mais pas que !
Et comme d'habitude, la projection sera suivie d'un moment de convivialité autour de grignotages vegan, boissons et musique.
N'hésitez pas à ramener vos meilleurs gâteaux et cookies d'Halloween – en plus c'est l'anniversaire du ciné-club, deux ans déjà !!
Venez nombreux·ses <33
11 Grand Rue, au fond de la cour. Les toilettes ne sont pas accessibles aux PMR (3e étage sans ascenseur).
Quand ?
Le 11 octobre de 16h à 23h
Où ?
La Kunda (entrée Lagaisse) 46, rue Jules Lagaisse, 94400, Vitry-sur-Seine
3e événement pour un internet autonome et militant à la Kunda, Vitry sur Seine
– 16h : formation technique au numérique
– 17h30 : discussions
1) S'organiser pour mettre en place des services
2) Identifier nos besoins
– 19h : cantine
– 20h : projection/discussion
– 23h : fin de l'événement
Infokiosque et sérigraphie tout le long
N'hésitez pas à venir si le sujet vous intéresse, que vous soyez venu-e ou non aux évènements précédents. N'hésitez pas non plus à venir avec vos propositions !
Retrouvons-nous à la Kunda
46, Jules Lagaisse
94400 Vitry-sur-Seine
le dimanche 11 octobre à partir de 16h
Deuxième semaine, qu'est-ce qui se passe ? Les flics tapent de partout. Et ça court de partout. Les enfants donnent des belles leçons aux adultes, de courage et de révolte.
Lundi 5 octobre ça continue malgré la violence de la réponse étatique et les stratégies de division... Les blocages se mettent en place malgré les fermetures annoncées des lycées et la mise en place des cours en présentiel (tout pour que les enfants restent sages à la maison, seuls devant leur écran, comme les aiment l'État et le capitalisme). Et les cours en visio sont perturbés avec classe :)
Certains profs refusent aussi de jouer le jeu. (vont-ils lutter aussi contre les conseils de discipline qui s'abattent contre leurs élèves ?!)
Et la date de manif c'est demain. Mardi 6 octobre. Gros rendez-vous annoncé par les syndicats, et discuté tout au long du week-end, et qu'attendent tout ceux qui ont loupé jeudi et vendredi dans la rue. Bref tout le monde attend, et boomla manif a duré longtemps, joyeuse et déterminéé et inarrêtable. (voir un récit de la journée en bas de la page)
La réponse de l'État reste la même : les CRS, la CSI et la Brigade AntiCriminalité. On compte 3 arrestations à Réformés, puis 3-4autres plus tard. Et on ne peut compter le nombre de gens gazés, intoxiqués, frappés, insulté, bousculés par la police.
On a vu les CRS utiliser leurs lanceurs PennArms 40 mm, des lanceurs multi-coups (18 palets en 6coups à 100m de distance) produits par l'entreprise américaine Combined Systems.
CRS et penn arm
Quant on parle d'interpellations, d'arrestations, de gav : ça veut souvent dire que des gens se sont fait attraper violemment par des flics, frappés, menotté, insulté. Que ces personnes vont être conduites vers le commissariat pour 24 ou 48h, sous la pression. Dans la malnutrition, le mauvais sommeil et la pression psychologique. Lisez nos textes et brochures pour mieux se préparer à cette épreuve, et n'oubliez pas que le droit au silence est un refuge :)
Les flics accusent les manifestant.e.s de tout un tas de délits : participation à un attroupement, outrage, dissimulation du visage, violence sur flic, résistance avec violence à son arrestation, etc.
Selon les personnes et les dossiers, les procureurs décident de relâcher sans suite ou de convoquer plus tard.
Les personnes majeurs peuvent aussi être présenté dès la fin de la garde à vue devant des juges, en « comparution immédiate ». Mais il est possible pour la personne de refuser cette procédure dès le début de l'audience. Ce que nous conseillons de faire, la date sera repoussé de quelques semaines, ce qui nous laisse du temps pour préparer la défense et au mieux démonter les mensonges des flics :)
en GAV c'est un nom d'avocat.e qu'il te faut. Le numero de la LT c'est pour plus tard, ou pour les proches.
On parle des manifs mais les blocages continuent le matin. Et les flics continuent de venir en force.
C'est dans beaucoup de lycées : st-exupery, marie curie, st joseph, marseilleveyre, florida, don bosco, le chatelier, thiers, jean perrin, montgrand, etc.
Et chaque jour des manif lycéennes ont lieu l'après midi.
La nouvelle date de manif syndicale est annoncée le jeudi.
Jeudi 8 octobre ça marche ça crie de Réformés à la Pref, porte d'aix, joliette, réformés, parc longchamp, jusqu'à boulevard de plombières. Education physique et sportive ! Les drones policiers essaient de suivre la foule inarrêtable, et guider les flics à bout de souffle.
utilisation de drone contre les manifestant.e.s, place du tribunal
La fac se soulève aussi : le campus st Charles bloqué, occupé puis expulsé par les flics. Campus Schuman à Aix bloqué. Mais ça reste difficile de s'organiser dans les locaux universitaires, les chefs/patrons d'université appellent les flics et ils entrent à l'intérieur des bâtiments !
RDV à la Plaine dimanche pour une collecte de matos masque ffp2, serum phy, maalox, etc.
Et on rappelle les initiatives de soutien psy face à la violence policière : Spaam 8750
et la nouvelle équipe de psy pro « psychoteam13 »
Merci à l'équipe de cuisinier.e.s qui vendredi a préparé de la soupe pour les lieux de blocage.
SVP pour le soutien juridique des personnes interpellés faites un don sur notre cagnotte !!! merci
***
Récit du mardi 6 octobre 2026 à Marseille : « Mardi tôt le matin. On est beaucoup à naviguer dans la ville pour chercher les lycées bloqués mais la grande majorité sont fermés. Alala les proviseurs les recteurs tout ce monde là a bien peur et se retranche derrière la fermeture administrative des lycées. Pas grave en vrai, il semble pas que ça empêche les lycéens de se retrouver, d'échanger sur les téls et les réseaux et de se retrouver en manif ensuite.
À voir qu'est-ce qu'on fait de ces fermetures administratives à plus long terme, comment s'adapter par rapport à ça.
Réformés 10h. Plus tôt une équipe de camarades s'est activée pour poser quelques tables vers le kiosque, avec des boissons chaudes et un p'tit déj. Et puis sur une table, des conseils en manif, une fiche sur le matériel de protection, des tracts anti-répression et d'auto-défense contre la police... ça ramène du monde, on discute de ce qu'il y a sur les tracts, ça échange des infos sur les blocages des derniers jours. Les lycéen·nes ont vu déjà bien tourner les conseils d'auto-défense face à la police sur les réseaux sociaux !
On est un peu surpris de voir finalement pas si grand-monde aux réformés, on marche aisément sur la place bon, on se dit que ça arriver après.
10h30/11h, réformés toujours, les gens.tes arrivent en masse. Ça commence à ressembler à une grosse grosse manif, en mode des dizaines de milliers de personnes et tout. Y'a de la joie dans l'air, on se retrouve entre copaines et camarades, y'a des têtes qu'on avait pas vu depuis un p'tit moment. Vers 11h un truc comme ça, la CGT installe son cortège avec son cordon ridicule à ne pas franchir blabla ça serait la sécurité des manifestants. Au même moment, plusieurs cortèges de lycéen·nes arrivent en masse sur le haut de la canebière et prennent la tête de la manif, ce qui fera quelques tensions avec la CGT mais au bout de 2 minutes les syndicalistes voient bien que leur cordon sert à rien donc ils laissent tomber. La Gen Z qui renvoie Jean jaurès et son encadrement des manifestations (instauré pour impressionner la bourgeoisie) aux oubliettes de l'histoire des luttes, ça fait plaisir.
Le cortège s'élance progressivement, y'a énormément de monde, ça descend la canebière. La CGT avec son camion change le parcours à la dernière minute (parce qu'ils se sont faits déborder ils veulent reprendre la main ??). On remonte vers la porte d'Aix, gros slogans, surtout méga énergie de fou, les lycéen·nes chauffent toute la manif y'a vraiment une belle énergie.
On arrive Porte d'Aix. Y'a tellement de monde c'est une dinguerie, pendant plus de 45 minutes les gens continuent d'arriver sur la place. C'est la fin de la manif officielle avec la CGT qui fait son blabla sur le camion. Oh les syndicats là annoncez des dates de mobilisation qui sont pas dans un mois au lieu de raconter votre blabla habituel !! En tout cas sur le moment y'a plein de monde qui préfère regarder les battle d'aura sur la place que de les écoutez parler !
Heureusement, des lycéen·nes arrivent à monter sur le camion et à parler dans le mégaphone. Ça lance l'appel à continuer la manif en direction de la préfecture (sans dire explicitement que c'est une manif sauvage hihi) !! Et paf 10 minutes après, une masse immense de personnes s'engouffrent rue d'Aix vers Belsunce et la préfecture. C'est immense, y'a trop de monde, on est plusieurs à se dire qu'on n'a rarement vu une manif comme ça à marseille. Ça prend des airs de 30 000/40 000 personnes à vue de nez.
On arrive devant la préf, ça s'échauffe un peu dans les esprits, ça se rapproche des keufs, puis ça repart. Y'a beaucoup de monde, des lycéen·es et d'autres, beaucoup de personnes en noir, puis ça prend Lieutaud, Castellane, on s'arrête un p'tit moment sur la place sans trop savoir quoi faire. Puis une banderole lycéenne se replace en tête de manif et lance l'appel à poursuivre ! Let's go du coup ! Rue de rome, lieutaud encore puis cours Julien (là ça lance des appels à bloquer la gare), puis la plaine où y'a pas mal de personnes qui vont rester sur la place alors que y'a un appel au mégaphone à descendre sur réformés.
Aux réformés, y toujours beaucoup beaucoup de monde, les flics sont pas loin. Ça s'active un peu, ça s'équipe ça se masque. Des feux de poubelles et les flics lancent les premières lacrymos. C'est le début du zbeul et visiblement y'a beaucoup de monde équipé qui a envie de continuer. Après les lacrymos des flics, 3 cortèges se forment, un sur le cours longchamp, l'autre sur libération et l'autre au niveau de rue Thiers/rue Barbaroux. Malheureusement 3 arrestations ont lieu à ce moment-là, au niveau du cours joseph thierry.
C'est parti pour 2 heures de zbeul dans la ville avec des p'tits feux, des poubelles des barrières des tuyaux, tout ce qu'on trouve sous la main quoi (et faut dire que la ville de marseille avec tous ses travaux dans tous les coins nous régale dans ces moments-là). Les bacqueux se montrent et foutent la press mais bon après que leurs collègues aient gazés ils se retouvent bloqués dans les petites rues de longchamp.
Les cortèges deviennent plus petits, ça donne des infos à voix haute à partir des boucles signal, on essaie de se rejoindre.
Ça continue un long moment comme ça, une belle déter qui passera par Sébastopol et la rue Monte Cristo avant de revenir aux réformés et que les flics ne gazent une autre fois.
Ça remontera ensuite à la plaine, puis un beau p'tit cortège descendra tout chave pour bloquer Sakakini pendant 30 minutes, beau jeu, on a encore de l'énergie alors qu'il est 16h et qu'on a marché de fou aujourd'hui mais on est heureux d'être là !!
On se quitte en fin d'aprem, ça se donne rendez-vous sur des blocages de lycée, on se tiendra au jus le soir pour le prochain matin et surtout on se dit qu'on est heureux de ce qu'il se passe et d'être là, c'est fou c'est fou !!
Hâte de la suite et force aux lycéen·nes !!! »
Les organisations du local le Chat Noir font leur Rentrée Libertaire du 16 au 25 octobre.
Venez le lundi 19 octobre à 18h à la soirée du Chahut pour regarder le film "L'histoire des Gilets Jaunes par nous".
Projection : L'histoire des Gilets Jaunes par nous par le Collectif L'Histoire des Gilets Jaunes Par Nous – 2025 - 1h41
18h : Ouverture du bar avec grignotage et boissons
19h30 : Début du film
Un vrai film d'action sur l'année 2018/2019. "L'Histoire des Gilets Jaunes Par Nous" est une anthologie qui suit jour par jour l'insurrection des GJ. Un film réalisé grâce à des images partagées sur internet et une voix off qui défend un mouvement qui ne cesse de se dépasser.
La projection sera suivi d'une discussion avec des camarades gilets jaunes.
Au Chat Noir
270 avenue de Muret,
31300 Toulouse.
Créatrices et créateurs de jeux vidéo organisent une game jam en ligne, ouverte à toutes et tous.
- Initiatives / Initiative culturelleDepuis des années, des organisations se mobilisent ensemble pour tenir un front antifasciste à Grenoble. Aujourd'hui, elle vous invitent à un grand weekend unitaire, pensé pour fédérer nos forces, renforcer nos liens, et nourrir les débats stratégiques de notre camp.
Le 17 octobre, c'est l'anniversaire d'un traumatisme. Celui du massacre de centaines d'algériens par la police parisienne, alors qu'ils étaient en lutte contre le colonialisme français. Mutiler, tuer, enfermer : le contrôle (…)
Rendez-vous dimanche 11 octobre à 14h place des Fêtes en musique, avec un goûter familial à l'arrivée à l'UL CGT.
- Initiatives / Manifs et rassemblements
Dans cette émission il est question de dépendance aux drogues et aux robots.
Comment on continue de voir nos ami-es quand cela suppose aussi de se retrouver face aux drogues que l'on ne veut plus voir ?
Face au gouffre existentiel, les nouveaux robots dopés à l'intelligence artificielle peuvent-ils être des thérapeutes ?
Quelles nouvelles dépendances sont induites par l'utilisation de l'automation dans des champs toujours plus grand de nos vies ?
Ce sont quelques-unes des nombreuses questions que l'on s'est posé pour construire cette émission. Elle s'écoute par exemple ici ou sur toutes les plateformes de podcast
Les dépendances artificielles Une émission de mayday
Si le lecteur ne fonctionne pas vous pouvez retrouver l'émission ici
Mayday c'est mercredis à 18h sur radio canut et aussi en rediffusion sur la Clé des ondes (Bordeaux), Radio Dragon (Mens), Radio Zinzine (Limans), radio Cause Commune (Paris et Ile de France), radio Méga (Valence), radio Larzac (causses et au delà), radio Grenouille (Marseille), JetFM (Nantes). Toutes nos émissions se réécoutent aussi ici ou sur les trucs de podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/98875/mayday
L'intersyndicale de Côte d'or appelle à une nouvelle journée de grève et de manifestation mardi prochain.
Dans un communiqué, l'intersyndicale (CGT educ'action, FO, SUD, FSU, CFDT et UNSA) revient sur les évènements du 8 octobre devant Carnot, avant d'appeler massivement à rejoindre le mouvement le mardi 13 octobre.
Dans les blocages, les lycéen·nes apprécient que les syndicats soient là et jouent leur rôle pour les protéger de la répression disproportionnée qu'ils subissent depuis 10 jours. L'AG de plus de 200 personnes a permis aux lycéen·nes d'exprimer leurs revendications principales : plus de moyens, de postes (profs, infirmières, psys, assistants sociaux, AED, AESH, etc) ; allégement des effectifs ; adaptation des infrastructures au réchauffement ; EdT moins chargés ; moins de pression et d'inégalités dans Parcoursup.
Ce matin 8 octobre, les organisations syndicales devant le lycée Carnot cherchaient à apaiser les tensions ; mais malgré une situation encore calme, tout le monde sans distinction a été gazé et dispersé pendant l'intervention des pompiers. Le gazage a fermé la seule voie d'évacuation, provoquant un fort mouvement de panique, des blessures et de nombreux malaises. Pendant ce temps, une voiture de la BAC a fait mine de foncer sur les manifestant·es qui fuyaient.
Partout ailleurs, ce 8 Octobre, on comptait de nombreux blocages : Castel, Hippolyte Fontaine, Montchapet, de Gaulle, Eiffel… la motivation des lycéen·nes ne faiblit pas !Les revendications des lycéen·nes rejoignent les nôtres ! Elles rejoignent même, plus largement, toutes les revendications qui exigent qu'on en finisse avec les budgets d'austérité. Encore 54 milliards de moins dans le budget Lecornu ! Le ministre Geffray se vante d'avoir un budget en hausse de 1,2 milliards ; pourtant en valeur réelle hors pensions et corrigé de l'inflation, il baisse de 200 millions.
Les lycéen·nes nous montrent la voie par leur détermination et la reconduction de leur mouvement.
Leur mobilisation fait peur au gouvernement, et elle peut l'obliger à reculer. C'est maintenant, sans attendre, qu'il faut les rejoindre. L'intersyndicale appelle à une nouvelle grève à partir du 13 Octobre.
AG à la Bourse du travail à 10h (pour favoriser le soutien aux blocages des lycées avant l'AG).
Rassemblement au Rectorat à 14h (compte-rendu de l'audience avec la rectrice le 6 octobre)
Puis départ en manifestation du Rectorat à la place Wilson.
Au printemps dernier, on s'était lancé dans un double documentaire sonore sur le mouvement contre le CPE puis sur celui contre la Loi Travail. Deux mouvements majeurs pour les lycéen·nes et les étudiant·es de leur époque, à dix ans d'écart. Notre plan secret, c'était de faire une émission sur le grand mouvement social de la jeunesse de 2026. C'était écrit, le mouvement devait arriver, rien ne pouvait nous échapper : c'est la prophétie Minuit Décousu.
Cette semaine, on a donc tendu notre micro au collectif autonome lycéen Rafal, pour nous parler de la stratégie du mouvement, de la répression à l'intérieur et à l'extérieur des lycées, dont le but est de marquer les chairs, les esprits et les dossiers scolaires. On a aussi interrogé des lycéen·nes qui organisaient leur premier blocage, sur les effets que ça a sur leur politisation et sur la construction d'une AG inter-lycéenne qui permet de reprendre du pouvoir quand on est délaissé de tous les espaces politiques qui nous concernent. En filigrane à travers l'émission, les lycéen·nes se positionnent contre l'adultisme et la fiction de manipulation du mouvement, et affirment leur volonté de construction d'un autre monde.
https://audioblog.arteradio.com/embed/283505
Photographie : blocage devant le lycée Récamier à Lyon par @effugax
Minuit Décousu, c'est un fanzine radiophonique nocturne sur Radio Canut (Lyon et alentours), Radio Vassivière (Limousin) et Cause Commune (Paris/IDF). Semaine après semaine pendant une heure, on en découd avec la nuit et on tire les fils de sons, de textes, d'archives et de voix qui s'entremêlent.
Geste magnifique des supporters lensois en soutien au mouvement de révolte de la jeunesse.
L’article Les tribunes ont la parole est apparu en premier sur Contre Attaque.
Une nouvelle manifestation de la jeunesse a rassemblé plus de 10.000 personnes à Nantes ce jeudi 8 octobre.
L’article Jeudi 8 octobre à Nantes : mobilisation massive et résistance collective face aux provocations policières est apparu en premier sur Contre Attaque.
Quand ?
Le 14 octobre à 19h
Où ?
Espace Robespierre 2 Rue Robespierre, 94200, Ivry-sur-Seine, France
Pour cette troisième rencontre de la Semaine décoloniale d'Ivry, professionnelles, spécialistes du monde de la médecine, militantes et actrices de terrain notamment à Ivry échangeront sur le thème : "Inégalités, discriminations, colonialité, quels impacts sur la santé ?"
Annonce jointe !
Retrouvez le programme complet et l'annonce de chacune des rencontres :
– sur Instagram
– sur Facebook
Pour soutenir notre Semaine, indépendante et auto-financée, payer les frais de transport des intervenants, les impressions, l'organisation des rencontres...
A bientôt !
L'Intercollectif ivryen organisateur de la Semaine décoloniale d'Ivry - ivrydecolonial@gmail.com
Quand ?
Du 12 octobre à 19h au 18 octobre à 21h
Où ?
Espace Robespierre 2 Rue Robespierre, 94200, Ivry-sur-Seine, France
Pour la 6e année, la Semaine décoloniale d'Ivry, revient, du 12 au 18 octobre prochains !️
L'Intercollectif organisateur de la Semaine propose de nouveau une série de rencontres antiracistes, anti-colonialistes et anti-impérialistes.
Indépendante et entièrement auto-financée, l'équipe organisatrice en appelle, comme les années précédentes, à la solidarité de toutes et tous.
Merci pour votre participation, dans l'attente de vous rencontre à Ivry.
A très bientôt !
— L'intercollectif ivryen, organisateur de la Semaine décoloniale, ivrydecolonial@gmail.com
C'est toute une génération qui se lève, des banlieues aux quartiers chics. L'État est en train de se mettre à dos l'intégralité de la jeunesse.
L’article Grandes écoles, universités catholiques, bastions conservateurs et écoles d’ingés ont rejoint le mouvement est apparu en premier sur Contre Attaque.
Présentation du séminaire et discussion autour de l'extrême droite en Lorraine, avec le programme de la saison 2026/2027
- Initiatives / Nancy, Rencontres et débats
Ça commence par une soirée, un évènement politique, une
rencontre quelconque. Je raconte ma vie :
« Je suis militant anticarcéral, ça veut dire qu'on lutte pour l'abolition des flics, de l'institution judiciaire, et de la taule. Et qu"on cherche à développer des alternatives dans des approches communautaires, qui sont transformatrices et non punitives. »
Ca ne manque jamais. Il, elle, iel, va me répondre, droit dans
les yeux :
« Ah, et qu'est-ce qu'on fait pour les pédophiles ? »
Il va ensuite falloir argumenter sans imploser ou exploser.
Je suis fatigué de cette hypocrisie. Le but de ce texte est de le
refiler à toutes les personnes qui seraient intéressées
d'entendre mon avis sur la pédophilie et l'inceste en tant que
militant.anticarcéral qui a vécu des violences sexuelles dans
l'enfance. Pour que je n'ai plus jamais à le faire au moment où
on me l'impose.
Je ne suis expert en rien, ni chercheur, ni historien, ni anthropologue, encore moins sur ces sujets en particulier. Mon but n'est pas d'informer en recopiant des statistiques, mais de politiser les questions de pédophilie et d'inceste (mais vous pouvez trouver toutes ces informations dans les sources à la fin).
En raison des conséquences traumatiques des violences sexuelles, la lecture de ce texte peut potentiellement déclencher tout un tas de symptomes du désagréable au franchement grave, voire provoquer des décompensation psys.
Ne le lisez que si vous sentez que c'est le bons moments et assurez vous d'avoir des ressources pour vous aider autours de vous.
Plusse ces ressources sont variées et de qualité
(ami.es ; soignant.es qui font leur taf ; aide
matérielle si besoin ; lieux et activités dans lesquels
vous pouvez vous réfugier ; travailler à avoir une
vie qui a du sens ; blablabla) plusse c'est le mieux.
Si vous êtes largué.es mais que vous voulez lire
quand même, y'a aussi des ressources écrites et en ligne à la fin.
Je me demande souvent si c'est une interrogation sincère. J'ai
longtemps interprété cette phrase, venant d'inconnu.es,
comme au choix : un coup de baton narquois dans les côtes ;
de la simple maltraitance ; du je-m'en-foutisme absolu ; de la
naïveté totale ; de la provocation.
Une chose est sûre, ça ne relève jamais de l'inquiètude réelle.
Ce n'est pas une question qui appelle à la recherche de
solution. Et surtout, ça n'a aucune trace d'empathie. Ni pour
les enfants qui subissent ces violences. Ni pour les adultes que
nous sommes devenus.
Il y aurait une personne sur dix qui aurait subi des violences
sexuelles avant sa majorité.
Si on prend en compte la variété de ces agressions, par
exemple : conversations explicites, faire voir des contenus
pornographiques, blagues ou remarques sexualisantes,
exhibitionnisme/voyeurisme, attouchements, viols...
Si on prend en compte la varité des mécanismes qui les
entourent : silenciation, manipulation, chantage, abus de
pouvoir, contrainte, inversion des responsabilités, insultes,
coups...
Si on prend en compte la variété des lieux dans lesquelles
elles sont susceptibles de se produire : famille, école, clubs
sportifs et autres, lieux de culte, couple, dans la rue ou
n'importe où...
Si on prend en compte tout ça, on peut se dire qu'on a
probablement soi-même subi des violences de cet ordre, ou
alors nos potes, ou alors des gens qu'on croise, avec qui on
travaille. Plein. Tout un tas de gens.
Peut-être qu'on a même été témoins. Plusieurs fois. Peut-être qu'on ne s'en est pas rendu.e compte. Peut-être qu'on a rien dit. Ou alors qu'on a dit et que...
... ce que j'essaye d'expliquer, c'est qu'en me posant la
question "Ah, et qu'est-ce qu'on fait des pédophiles ?", alors que je viens de me présenter comme militant anticarcéral, on ne se pose pas la question de savoir si je m'en suis coltiné. Des
pédophiles. Alors que la probabilité que ce soit le cas est
élevée. Il est sous entendu que mon engagement politique est
idéaliste. Qu'il ne prendrait pas en compte le plus grave. Il me
semble même parfois qu'on teste ma moralité : dans les cas
les plus graves, est-ce que je serai prêt à défendre des
monstres ?
Demander "Ah, mais qu'est-ce qu'on fait des pédophiles ?" est
toujours une manière de se laver les mains. De faire comme si
le problème se situait ailleurs. Chez les autres. De se faire
valoir en montrant qu'on trouve ça horrible. Qu'il y a des
monstres. Et qu'on en est pas, nous.
C'est une déresponsabilisation individuelle et collective bien
pratique.
C'est nier le poids des structures patriarcales, de la
domination des adultes sur les enfants. C'est nier la culture du
viol et de l'inceste.
Evacuons les définitions juridiques. Je ne vais pas donner de
définition de la pédophilie, ni de l'inceste. Mais on peut se
poser quelques questions pour en cerner les contours, et
tenter des pistes de reflexion :
Est-ce que la pédophilie est une "orientation sexuelle", "un crime", une "déviance" ?
C'est provocateur mais pas anodin. L'idée de l'orientation
sexuelle a été portée dans les années 70, y compris à gauche.
Elle crée un parallélisme avec l'homosexualité en naturalisant
l'orientation sexuelle. On naitrait pédé. On naitrait hétéro. On
naitrait pédophile. Ces discours ont été dévastateurs dans la
banalisation des violences sexuelles diffusées partout, dans
tous types de média. Cette période a nourri un imaginaire
d'enfants consentants, et de désirs pédophiles naturels, innés
et souhaitables.
En créant un parallélisme entre orientation homosexuelle et
orientation pédophile, le baton pour se faire battre est tendu
aux réactionnaires qui pourront facilement stigmatiser les
pratiques homosexuelles. Si il existe des orientations
sexuelles, alors l'homosexualité et la pédophilie sont des
déviances au même titre, et les deux doivent être combattues
et éradiquées.
Le concept d'orientation sexuelle a été complètement absorbé
par les cultures LGBT+, au détriment d'une lecture politique
de ces questions. C'est un abandon des luttes révolutionnaires
pour se ranger du côté de l'acceptabilité, du patriarcat, de la
famille traditionelle, de l'essentialisation des sexualités.
On pourrait se dire que depuis, les choses ont changé. Il est
vrai que l'inceste et la pédophilie ne sont plus défendables de
la même manière. Ces actes ont été "re-diabolisés", ou du
moins on aimerait le penser. Pourtant, l'hypothèse de
l'orientation sexuelle pédophile n'a pas disparue, elle est
même courante. Le truc, c'est qu'elle a plusieurs noms. Elle
peut prendre la forme de l'hypothèse biomédicale (la
pédophilie est une maladie, qu'on a de naissance ou qu'on
attrappe, et il faut la soigner avec des médicaments ou de la
thérapie). Elle peut aussi prendre la forme de la criminalité ou
de la moralité (la pédophilie est un crime, une faute
personnelle, et la personne doit en payer le prix par de la
prison et des amendes, ce qui lui fera comprendre que ce
qu'elle a fait est très mal).
Renvoyer à la déviance, à la folie, est quelque chose
d'intéressant à analyser. La pédophilie dans l'ensemble de ses
mécanismes produit de la folie. Etre agressé sexuellement par
un adulte (qu'on nous présente toujours comme soit "de
confiance" soit comme "un inconnu à qui il ne faut pas
parler") à des conséquences importantes sur la psyché des
enfants...
et des adultes qu'iels vont devenir.
Ces conséquences vont souvent
amener ces personnes à être
psychiatrisées et médicalisées au cours
de leur vie, parfois
sans que cette cause ne soit évoquée. Ni même consciente. Si
les pédophiles existent, et que leur cas relève de la déviance,
de la maladie ou de la psychiatrie, on les met donc dans le
même sac pathologique que les victimes et les anciennes
victimes, dans un effet miroir étrange.
L'angle de la criminalité et de la moralité peut être lu avec la
même grille d'analyse que n'importe quelle thématique
anticarcérale. En cas de violences sexuelles, pédophiles ou
non, ce n'est pas la victime qui va être pris en compte en
premier lieu dans ses besoin. Le premier réflexe n'est pas de
lui venir en aide, ni même de la mettre en sécurité. Ce qui se
passe réellement, c'est que la dénonciation est difficile, la
version de la victime sera mise en doute tantis qu'on
s'empressera de recueillir la version de l'agresseur, les proches
prennent partie et s'entre-déchirent, la sanction (si elle existe)
n'est satisfaisante pour personne. Et les violences ont toutes
les chances de se reproduire, puisqu'elles n'ont pas été
éradiquées à leur source. La responsabilité des proches ne
sera pas mise en jeu, ni celle de la structure familiale (ou
scolaire, ou religieuse, ou...).
Le traitement pénal de la
pédophilie est une fumisterie.
(ce qui ne veut pas dire que vous ne devez pas porter plainte)
(si c'est ce que vous souhaitez)
Comment penser les choses autrement ? On peut par exemple
faire le choix de plutôt considérer l'hétérosexualité comme
une structure sociale et un rapport de pouvoir patriarcal, en y
associant d'autres concepts (celui de "père de famille", celui
de famille nucléaire, celui de couple, celui d'autorité parentale,
celui d'exploitation du travail domestique/sexuel/reproductif/
émotionnel, celui de viol conjugal...).
De ce point de vue là, un couple homosexuel peut tout à fait
reproduire des mécanismes issus des structures de
l'hétérosexualité. Ca permet de mieux comprendre le cadre
qui rend possible la pédophilie, en la recentrant sur son
incarnation réelle : l'inceste, comme manifestation des rapport
de domination au sein de la famille.
Est-ce qu'avoir des pensées intrusives, des rêves, des cauchemars, des flashback voir des fantasmes mettant en scène des actes sexuels impliquant des enfants relève de la pédophilie ?
C'est encore très provocateur. Et c'est fait exprès. Dans la continuité d'un mythe de la pédophilie, il est assez confortable de penser qu'il y aurait des Pédophiles, des personnes qui fantasmeraient sur des enfants (tandis que le reste du monde disposerait d'un espace mental totalement sain).
Dans la même logique, les personnes qui vivent ces experiences (pensées intrusives, rêves, flashback...) ne pourront que se sentir extrement coupables de ne pas être en capacité de les repousser. Elles en sont en quelque sortes rendues responsables. Pourtant, on ne contrôle pas ses pensées : tout au plus peut-on avoir un recul critique dessus.
Effectivement, la plupart des personnes qui ont vécu des agressions sexuelles enfant vont connaitre ce genre de choses. C'est déjà épuisant en soi. Ce qu'il l'est encore plus, c'est de croire que cela signifie qu'on a la pédophilie en soi, et que ces manifestations prédisent que l'on pourrait passer à l'acte.
La peur panique à l'idée
de se retrouver en
présence d'enfant, ou
pire, en responsabilité
vis à vis d'elleux, de
crainte d'être un danger
pour elleux, est un
phénomène récurrent
chez les anciennes
victimes.
Attention quand même : dans les procès, les
matraitances y compris sexuelles, sont souvent
invoquées par la défense des personnes
accusées. Le but est de dédouaner la personne
de la responsabilité de ses actes. En tant que
féministe, il m'est impossible de ne pas croire
quelqu'un.e qui affirme avoir subit des
agressions sexuelles, quand bien même iel en
aurait ellui-même produit. Mais la théorie du
cycle de la violence ne sert ici qu'à masquer le
choix que chacun.e doit faire à un moment
donné :
Soit on valide les rapports de domination. On accepte de
s'en servir au détriment des autres. On incorpore
l'idéologie dominante et on participe à la répendre.
Soit on s'oppose à ces rapports de domination. On refuse
d'en tirer profit. On décide de les identifier et de les
nommer, on réfléchit à d'autres modes de relations.
Soit on fait le choix d'agresser des enfants, soit on
ne le fait pas.
Une fois que c'est clair pour tout le monde, on peut
commencer à s'interroger sur la culture de l'inceste que
nous partageons toustes.
Est-ce que vous aimez des chansons qui valorisent
l'inceste ? Gainsbourg ? Où plutôt, ses chansons vous ont
écoeuré. ? Vous avez essayez d'en parler ? Qu'est-ce
qu'on vous a répondu ?
Combien de livre et de films, parmi les plus reconnus, les
plus cités, parlent de relation de pouvoir érotisés entre
des hommes et des filles plus jeunes/plus fragiles/plus
soumises ? Connaissez-vous des couples où la différence
d'âge, de ressources, de position sociale, est importante ?
Comment sont-elles perçue par votre entourage ? Qui
s'interroge ? Qui s'en fout ?
Si vous consommez du porno, vous avez déjà constaté
l'omniprésence de contenu,s à connotation incestueuse
ou pédophile (il n'est pas nécessaire que des enfants
soient réellement présents, mais la pédophilie et l'inceste
peuvent être suggérées par la jeunesse des actrices, par
l'épilation intégrale, par les expressions et les attitudes,
par le titre des vidéos, par le style de dessin dans le cas
des hentai...) ? Ou mettant en scène de la violence, de la
contrainte, de l'objectification ? Est-ce que vous évitez ces
contenus, ou est-ce qu'ils vous attirent ?
Avez vous déjà subi, été témoin, ou formulé vous même
des remarques sexualisantes à des enfants ou des
adolescent.es ? A quel âge c'est arrivé ? Est-ce que ces
remarques ont été remises en question, critiquées ?
Quelles ont été leur impact sur vous, sur les personnes qui
en étaient la cible ?
La majorité sexuelle avant la majorité civile ça vous
interroge ?
Est-ce que vous croyez que les enfants doivent obéir à leur
parents ? Aux adultes ? Pourquoi ?
Quels sont les droits qu'on accorde aux parents, et aux
adultes en général, vis-à-vis du corps des enfants ? Est-ce
que les chirurgies de réassignation sexuelle sur les enfants
intersexes vous paraissent légitimes ? Comment réagissez-
vous quand vous voyez ou soupçonnez des maltraitances
envers un enfant ? Est-ce que vous en parlez ? Quelles
sont les réactions ?
Ca vous parait normal qu'à chaque polémique
islamophobe sur le voile, le burkini ou l'abaya, des
hommes s'impliquent autant dans leur obsession de
déshabiller des femmes et des gamines ?
La liste des ces questions n'est pas du tout exhaustive. Elle
n'a pas pour objectif le relativisme ("au fond, on est toustes un peupédophiles"), ni la minimisation des agressions. J'essaye juste de montrer que, qu'on ait vécu soi-même des violences sexuelles pendant l'enfance, ou non, nous sommes toustes à minima témoins de manifestations de la culture de l'inceste. Nous sommes également toustes susceptibles d'y participer, alors même que nous n'avons agressé personne.
C'est quoi, à la fin, cette histoire de tabou ?
Tabou est le mot qui est associé presque
automatiquement à l'inceste. L'anthropologie
traditionnelle place l'interdit de l'inceste comme passage
de l'humain à l'état de culture. L'économie des relations
sexuelles tournée vers l'extérieur du groupe est censée
représenter l'échange primaire des ressources et la
possibilité de faire société.
Il existe pourtant un vaste champs critique et féministe de
l'anthropologie qui conteste cette théorie depuis sa
formulation, mais il a été effacé et oublié. Cette
anthropologie critique nous apprend que le tabou n'est
pas la pratique de l'inceste (puisqu'elle est universelle,
omniprésente), mais le fait d'en parler.
Cette approche est cependant plus complexe, car en
parler, tout le monde le fait. Que ce soit sur le mode de la
romantisation ou de la monstruosité, l'inceste est sans
cesse présent dans tous les médias, tous les discours. De
très nombreuses personnes ont dit l'inceste qu'elles
avaient subi, que des proches ont subi (il y a une liste dans
les sources).
Les enfants parlent, d'une manière ou d'une autre. Les
signes de traumatismes sexuels sont détectables la
plupart du temps.
Le problème est plutôt de savoir qui est là pour écouter.
Nous évoluons dans des structures sociales ou certaines
personnes seront davantages entendues que d'autres. On
privilégie le point de vue des hommes par rapport à celui
des femmes. Des blanc.hes par rapport à celui des
racisé.es. Des riches par rapport à celui des pauvres. Des
adultes par rapport à celui des enfants.
Admettons maintenant que les enfants parlent, et que
quelqu'un.e écoute. Reste encore à les croire. La parole
des enfants est sans doute celle dont on doute le plus. Il y
a méfiance et inversion concernant la parole des enfants,
lesquels sont perçus comme menteurs, trompeurs ou
trompés, manipulateurs ou manipulés.
Devenir adulte ne garanti pas de sortir des processus de
silenciation. La silenciation ne peut être comprise que si
on admet que les violences sexuelles sur les enfants
puissent exister de manière "pure", sans autres violences,
sans autres dysfonctionnement dans la relation.
Le silence sera réactualisé à chaque fois que les
mécanismes de l'inceste seront réactualisé.
La silenciation opère dans la complaisance de la société,
dans son déni. Mais aussi dans les réponses punitives et
carcérales, car la crainte de briser le groupe social impliqué et de porter préjudice à l'agresseur est central
dans le silence des victimes. C'est rendu possible par la
priorité qui est donnée à la protection de l'institution
(famille, collectif, entreprise, école, église...).
Chaque fois qu'une parole sur l'inceste se libère et que la
réaction en face est une explosion de colère, de dégoût,
les sentiments de la personne qui témoignent sont
balayés par ceux de la personne qui reçoit, et la renvoient
au silence.
L'inceste est-il une affaire de famille ?
Les expert.es médiatiques (souvent des
hommes) qui vont être invités à
expliquer ce qu'est l'inceste passent en
en général beaucoup de temps sur les liens de parentés et
le cadre légal des unions dans différentes cultures. Il y a
une sorte de confusion entre inceste et consanguinité, si
l'on peut dire. Ainsi, il y aurait inceste en fonction de la
proximité relative entre deux personnes dans l'arbre
généalogique.
Pourtant, l'inceste n'est "une affaire de famille" que dans
la mesure où la famille nucléaire est une unité centrale
dans nos sociétés.
Une famille est un huis-clos, circonscrit à un lieu (le
logement), dans lequel les enfants ont une place
subordonnée, puisque légalement, si le père n'a plus
aujourd'hui le droit de vie ou de mort sur sa femme et ses
enfants, il n'en reste pas moins détenteurs de l'autorité
parentale qui ouvre tout un tas de droits sur les autres
membres de la famille. Cette domination potentielle des
parents sur leur enfants est également symbolique
(l'imaginaire des droits des parents sur leurs enfants
dépasse le simple cadre légal).
La famille est considérée comme lieu d'amour et de
protection par défaut. On ne s'imagine jamais qu'elle
puisse ne pas aimer, ou aimer mal. Alors que c'est là où se
produisent la majorité des violences. Ces violences ne se
comprennent que dans l'articulation entre le pouvoir de
domination des un.es sur les autres au sein de la
hiérarchie familiale / sociale, et les rapports d'amour et de
dépendance essentiels aux enfants pour leur construction.
Vu comme ça, on peut se dire que n'importe quelle relation à connotation érotique, amoureuse ou sexuelle entre un.e enfant et une personne que l'enfant va considérer comme un.e mentor, un.e parent.e, une référent.e, un.e prof... à une dimension incestueuse.
C'est le sens qu'on des témoignages comme celui d'Adele
Haenel lorsqu'elle parle des viols imposés par le
réalisateur Christophe Ruggia alors qu'elle avait 13 ans :
ce n'était pas son père, ce n'était pas une membre de sa
famille. Mais elle l'admirait, et il avait, de fait, du pouvoir
et une influence sur elle par son seul statut social.
L'inceste est impossible à comprendre si on ne prend pas
en compte la dimension d'amour, de reconnaissance,
d'admiration, de loyauté, de dépendance, de confiance,
de la part de la victime envers son agresseur.
L'inceste est impossible à comprendre si l'on est pas
capable de voir que la plupart des groupes sociaux
auxquels nous appartenont ont une structure
hiérarchique et patriarcale qui autorise les un.es à
exploiter les autres.
Cette lecture peut aussi s'appliquer a des violences
sexuelles qui n'impliquent pas directement d'enfant. Si on
considère l'inceste comme une rapport de domination
sexuel patriarcal, la place à laquelle la personne violentée
est réduite (souvent femmes ou minorités de genre,
handicapés, racisé.es...), même lorsqu'elle est adulte, est
celle d'un enfant. D'un.e mineure, sur laquelle on peut
s'arroger des droits. Les mécanismes et cadres qui
permettent ces violences sont semblables.
Les enfants peuvent-ils être pédophiles ?
Celle là est particulièrement douloureuse. Et
probablement inaudible pour certain.es. Pourtant,
beaucoup de violences sexuelles ont lieu entre enfants, et
sont imposées par un.e ainé.e sur le plus jeune. Ce fait
n'est pas révélateur de la perversité de l'ainé.e, mais des
dysfonctionnement de son environnement. L'abus de
pouvoir sexuel envers d'autres enfants plus jeunes relève
de la reproduction des rapports hiérarchique érotisés
produits par des adultes référents dans l'entourage.
L'ainé.e n'a pas forcément besoin d'avoir été victime
d'inceste. Simplement d'en avoir été témoin, ou d'avoir
intégré que, ici, les un.es ont le droit d'utiliser les autres, y
compris de cette manière là. Ce n'est donc que le
révélateur d'un fonctionnement latent au sein de la
famille (au sens large).
Par exemple, il peut s'agir d'un fonctionnement où les plus
grands parlent de sexualité devant les plus jeunes comme
si iels parlaient à des pairs (les ainé.es vont regarder des
contenus pornographiques en présence des plus jeunes).
Il peut aussi s'agir d'un environnement où l'intimité de
chacun.e n'est pas respectée ; où imposer sa nudité est
naturel, ou entrer dans la chambre ou dans la salle de bain
lorsque les autres y sont est rendu acceptable.
L'impensé des agressions entre enfants repose sur les
préjugés que nous avons sur les elleux :
– Iels seraient par nature innocents, ce qui nous empêche
de les penser comme victimes autant que comme
agresseurs (dans les deux cas, parler de ce sujet est jugé
comme pervers, et enfants victimes comme agresseurs
seront aussi considérés avant tout comme pervers)
– Iels seraient irrationnels, incapable de savoir ce qui est
bon pour elleux, et n'auraient pas les capacités pour
porter leurs propres intérêts politiques.
– Iels sont considérés, de manière contradictoire, à la fois
comme des sauvages à civiliser, à la fois comme des êtres
inaptes à la violence.
Il est dangereux de faire des agressions produites pas des
enfants sur d'autres enfant un angle mort des réflexions
sur l'inceste, en particulier parce que lorsqu'un enfant
agresse, il est probable qu'iel soit lui même en danger.
Toucher, c'est moins pire que violer ?
Cette partie est sans doute la plus insupportable à écrire.
Elle sera donc la plus courte possible. Plusieurs féministes
ont théorisé la manière dont la hiérarchisation légale des
atteintes sexuelle est patriarcale et centrée sur la
personne qui produit l'agression (et non sur celle qui la
reçoit).
Dans cette hiérarchisation, proposer ou insinuer est moins
grave que faire. Se faire toucher est moins grave que de
toucher. Les attouchements sont moins grave que les
viols. La fellation est moins grave que la pénétration
vaginale, elle même moins grave que la sodomie, etc.
Bien sûr, je ne cherche pas à dire que certains actes (ainsi
que leur répétition, et les autres violences physiques ou
psychologiques associées) n'ont pas des conséquences
plus graves que d'autres sur les personnes qui les
subissent. Statistiquement. Mais une personne qui a vécu
l'inceste se demandera toujours si tout ça était
suffisament que ça mérite qu'on en parle. Alors que ça
mérité toujours qu'on en parle.
On ne se demande donc pas ce qui est réellement
important du point de vue d'un enfant agressé
sexuellement. Je ne suis pas dans la tête d'un.e autre,
donc je ne peux que dire ce qui était important pour moi :
Ne pas me sentir en sécurité dans ma maison. Etre mis en
position de responsabilité des actes et des émotions des
adultes autour de moi. Ne pas faire confiance aux adultes
autour de moi en cas de problème. Ne pas être cru quand
j'ai tenté de parler de violences dans la famille, et à
l'école, ou de la part de médecins. Avoir été entretenu
dans l'idée que j'étais "mature", "en avance pour mon
âge". Avoir constaté l'incapacité des adultes autour de moi
à s'occuper de mes besoins élémentaires. Avoir constaté
leur incapacité à me protéger. La négligence.
L'acte en lui-même a eu finalement assez peu d'importance. Ce n'était pas sa gravité légale ou morale qui a determiné les conséquences que ça a eu sur moi. Par contre, ça a determiné mon incapacité à l'identifier comme agression sexuelle et inceste.
Tout ça pour dire que la pédophilie n'existe pas. Si elle
existe, c'est à la marge. L'inceste lui, est bien réel. Réduire
la question de l'inceste à une question de monstres ne
permet pas du tout de sortir de la culture de l'inceste, et
encore moins de protéger les enfants. Se demander "ce
qu'on fait des pédophiles" revient comme d'habitude à se
concentrer sur l'acte et l'agresseur, pas sur les besoins des
victimes et sur les conditions qui ont rendu ça possible.
La banalisation et la dramatisation
Ecarter un violeur d'enfant d'une famille ne réglera pas le
problème de l'inceste dans cette famille. Et encore moins
le problème de l'inceste dans sa globalité.
Il y aurait milles choses supplémentaires à dire sur le sujet.
De quoi parler pendant des heures, des jours. De quoi
écrire des milliers et des milliers de page. Mais ce texte
n'ira pas beaucoup plus loin que ça.
Un dernier mort sur la banalisation et la dramatisation.
L'inceste est banalisé, car il est autour de nous et
personne ne le voit. L'inceste est dramatisé, car on fait
semblant de ne pas le voir, et quand on est contraint de le
voir, les réactions sont d'une telle intensité qu'elles
feraient taire n'importe qui. L'inceste est banalisé, car on
fait semblant de ne pas le voir, et quand on est contraint
de le voir, les réaction peuvent (aussi) être le déni ou
l'indifférence. Ce qui ferait taire n'importe qui. L'inceste
est dramatisé, car on s'empresse d'en faire la
caractéristique des monstres, des personnes qui seraient
différentes de nous, qu'on devrait donc soigner de gré ou
de force, isoler ou abattre. L'inceste et banalisé, car les
dominants pensent avoir des droits, avant d'avoir des
responsabilités, envers celleux qu'ils dominent.
L'inceste
est dramatisé, car dès qu'on parle d'enfants, l'émotion
prend toute la place, l'analyse politique s'efface.
Pour remettre l'inceste à sa place, on a besoin d'en faire
une analyse politique. Admettre que le drame est banal.
Ne plus accepter cette banalité. La solution est sans doute
quelque part de ce côté là : nous avons une responsabilité
collective à
1) ne plus fermer les yeux sur l'inceste, sur son étendu, sur
sa gravité
2) détruire les rapports de domination et les lieux où ils
s'incarnent. Détruire le système famille et le patriarcat.
Opposer une autre culture à la culture de l'inceste.
Merci d'avoir lu.
LIVRES (essais)
LIVRES (témoignages et fictions)
Vidéos et audios (témoignages, conférences, podcasts)
Sites, associations et collectifs
SUR RENNES
Il y a 90 ans, Bertolt Brecht fuyait l'Allemagne nazie. Lors de son exil, l'auteur de théâtre ne cesse d'écrire sur le rôle des écrivains face aux systèmes réactionnaires. Dans Écrire contre le fascisme, Irène Bonnaud réunit des fragments de textes (poèmes, essais, discours…) dont le sujet principal est la lutte contre le fascisme et le capitalisme.
Bien que presque centenaires, les mots de Bertolt Brecht résonnent aujourd'hui avec une triste justesse. Né en 1898 en Allemagne, cet artiste a dédié sa vie à transformer le théâtre en outil de réflexion politique. Banni par les nazis qui brûlent ses livres en place publique le 10 mai 1933, l'écrivain passe quinze ans en exil et continue de se battre contre le fascisme, le capitalisme et la guerre. Si le public retient surtout ses pièces, il est aussi l'auteur de nombreux poèmes, nouvelles et essais théoriques.
Écrire contre le fascisme (Divergences, 2026), un recueil de textes rédigés par Brecht entre 1933 et 1939, traduits et préfacés par Irène Bonnaud, éclaire la responsabilité des écrivains. Pour le dramaturge, avant même de combattre le fascisme, il faut s'attaquer au capitalisme et à l'ordre bourgeois, seuls systèmes capables de l'engendrer. Marqué par la Première Guerre mondiale, il dénonce un conflit conçu comme une entreprise économique où les pauvres servent de chair à canon.
Alors, face au fascisme, que doit-on écrire ? Et surtout, comment ? Celui qui n'a jamais eu de diplôme universitaire s'interroge sur la langue tandis que les nazis réinventent la vérité à travers leurs discours. « Brecht inspecte les mots avec une méfiance renouvelée », écrit Irène Bonnaud. Sa méthode est radicalement critique : « Supprimer toute formulation suspecte, ou, a minima, désinfecter les mots avant usage, une sorte d'asepsie nécessaire pour éviter de contaminer l'antifascisme avec les mots du fascisme. »
Face à la volonté de réduire le peuple à une masse homogène et indifférenciée, l'écrivain doit au contraire diviser, d'après Brecht. « L'étonnement déclenche une activité critique, qui est la condition de l'art et d'une politique émancipatrice », indique la chercheuse. Plutôt que l'empathie passive et l'identification, le metteur en scène privilégie la distanciation. En brisant l'illusion théâtrale, il invite le spectateur à analyser activement ce qu'il voit dans une attitude résolument critique. Extraits.
Thelma SusbielleDans de nombreux paysArchive – date incertaine« Dans de nombreux pays (leur nombre s'accroît), on ne peut plus mener les affaires du capitalisme sans brutalité. Quelques-uns croient encore que ça va aller ; mais jetant un œil sur leur compte en banque, ils se persuaderont tôt ou tard du contraire. Ce n'est qu'une question de temps.
Un appel contre le fascisme ne peut être sincère ni honnête si on n'y mentionne pas les rapports sociaux qui l'engendrent comme par nécessité naturelle. Qui ne veut pas abandonner la propriété privée des moyens de production ne se débarrassera pas du fascisme ; au contraire, il en aura besoin. Bien sûr, je sais que des formulations comme propriété privée des moyens de production sont laides, peu romantiques, nullement poétiques. Mais personne ne songe à employer ces mots à cause de leur beauté. Ils sont simplement utiles, c'est-à-dire : dire ce qu'ils disent est utile. Et s'il faut choisir entre user de mots laids, secs, doctrinaires, parler de choses aussi basses que gagner sa vie, manger à sa faim, ou laisser vaincre le fascisme, on devrait se décider pour ces mots. »
Enterrement du fouteur de merde dans un cercueil de zinc1Poème – 1933Ici, dans ce zinc Est couché un homme mort Ou ses jambes et sa tête Ou moins encore Ou rien du tout, vu que c'était Un fouteur de merde. Il a été repéré comme coupable. Enterrez-le. Mieux vaut Que sa femme l'accompagne seule à la fosse. Qui l'accompagne Sera repéré aussi. Ça là dans le zinc Vous a poussé à toutes sortes de choses À vouloir manger à votre faim Habiter au sec Faire bouffer les gosses Insister pour être payé Et à la solidarité avec tous Vos semblables et À penser. ça là dans le zinc a dit Que la production avait besoin d'être organisée autrement Et que vous, les millions qui travaillez, Deviez reprendre la direction. Pour vous, rien n'ira mieux avant. Et vu que ça là dans le zinc a dit ça Il a fini dans le zinc et il faut l'enterrer Comme un fouteur de merde qui vous a tourné la tête Et celui d'entre vous qui parlera de manger à sa faim Et d'habiter au sec Et celui qui insistera pour être payé Et faire bouffer ses gosses Celui qui pensera et se déclarera solidaire De tous les opprimés Celui-là À partir de maintenant et à jamais Doit finir dans le zinc comme lui Le fouteur de merde qu'on va enterrer.
Les écrivains doivent écrire la véritéTexte publié dans un numéro du quotidien Pariser Tageblatt – décembre 1934« Pour nous autres qui écrivons, il est important de savoir à qui nous disons la vérité et qui nous la dit. La grande vérité de notre temps [...] est que notre continent s'enfonce dans la barbarie parce qu'on veut maintenir tel qu'ils sont les rapports de propriété des moyens de production. Il est difficile d'écrire cette vérité, difficile de la reconnaître, difficile de faire en sorte qu'on puisse en faire quelque chose. À quoi sert d'écrire quelque chose dont il ressort que l'état dans lequel nous sombrons est barbare (ce qui est vrai), s'il n'est pas clairement dit pourquoi nous en sommes arrivés là ? Il nous faut dire qu'on torture parce que les rapports de propriété doivent demeurer. [...] En outre, il nous faut dire cela à ceux qui souffrent le plus de ces rapports de propriété, qui ont donc le plus grand intérêt à leur transformation : aux ouvriers et à ceux que nous pouvons convaincre de se faire leurs alliés, parce qu'eux-mêmes ne possèdent pas de moyens de production au sens strict, même s'ils touchent une part des profits. Quand on demande à l'écrivain d'écrire la vérité, on lui demande beaucoup. »
Notes sur Courage d'Heinrich Mann Article jamais publié, écrit pour la revue Das Wort – mars 1939« Le fascisme n'est pas un épisode, il est la dernière phase. Il n'est pas le quatrième acte du grand spectacle Ascension et règne de la bourgeoisie, mais le cinquième. Et le spectacle n'aura pas de happy end. C'est justement la dépravation, la monstruosité et l'incompétence du régime qui empêchent beaucoup d'entre nous de reconnaître le malheur dans toute son étendue, de comprendre sa signification profonde. La prise de pouvoir est survenue comme quelque chose de tout à fait soudain, comme un choc, quelque chose qu'on ne pouvait pas prévoir. Étrangement, nous ne soumettons pas à la critique notre incapacité à prévoir, mais conférons à ce terrible événement quelque chose, pour ainsi dire, d'anhistorique, d'extérieur, d'étranger à l'évolution organique, quelque chose de momentané, comme s'il n'appartenait pas à la ligne normale des événements, nous représentant une ligne qui contiendrait une discontinuité plus ou moins imprévisible et qui pourrait ensuite reprendre son cours normal. On dénie aux fascistes leur caractère bourgeois [...]. En argumentant ainsi, on ne voit pas qu'il s'agit d'une bourgeoisie dépravée, devenue monstrueuse, incapable de remplir son rôle en tant que classe, et on ne comprend rien. [...] En réalité, ce qu'on a sous les yeux, c'est le passage d'une oppression et d'une exploitation non sanglante à une oppression et à une exploitation sanglante. La somme des années de vie arrachée en temps normal au peuple, piétiné, écrasé, pressuré est plus grande que la somme des années de vie qui lui est retirée à présent, et même plus grande que celle qui pourra lui être arrachée dans les guerres qui viendront. […]
Ainsi, comme le capitalisme a besoin de crises cycliques de surproduction dont il ne peut se débarrasser d'autre manière [...] qu'en détruisant cette surproduction, il a aussi besoin de ses guerres : c'est un ordre économique qui ne fonctionne qu'avec des crises et des guerres. On peut dire que le capitalisme n'est vraiment devenu insupportable que dans sa dernière phase, sa phase fasciste, mais il est devenu fasciste en tant que capitalisme. [...]
Ce que nous avons dans le mode de production bourgeois, c'est un mode de production sanglant et guerrier, aussi sanglant et guerrier qu'il doit (et peut) être pour que les forces productives puissent continuer à voguer sous le fouet du profit. »
1 . Les militants de gauche torturés et tués par les nazis étaient rendus à leur famille dans des cercueils de zinc hermétiquement fermés.
Quand la colère descend dans la rue, la justice accélère. Déjà redoutable en temps normal (surtout pour les plus précaires), la comparution immédiate devient alors l'instrument d'une justice politique et répressive.
Depuis cinq ans, La Sellette1 observe la justice rendue dans les audiences de comparutions immédiates (CI), une procédure brutale dans laquelle les prévenu·es passent directement du commissariat au palais de justice, et finissent le plus souvent en prison. Habituellement, leur profil est déterminant : le parquet – c'est-à-dire les services du procureur de la République – décide d'envoyer en CI les personnes qui ont un casier judiciaire, ou qui n'ont pas de travail, pas de foyer, ou pas de titre de séjour.
La comparution immédiate est l'un des moyens utilisés par le gouvernement pour réprimer les mouvements sociaux
En l'absence de ces « garanties de représentation », la justice estime que celles-ci risqueraient de disparaître dans la nature si elles étaient convoquées plusieurs mois plus tard.
Outre cet usage habituel, la CI est aussi l'un des moyens utilisés par le gouvernement pour réprimer les mouvements sociaux. Soulèvement dans les quartiers populaires en 2005 après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, luttes contre le Contrat première embauche (CPE) en 2006 ou la loi Travail en 2016, mouvement d'occupation des places Nuit debout la même année, Gilets jaunes en 2018 et 2019, autant de moments où le ministre de la Justice a fait passer à tous les parquets – ses subordonnés hiérarchiques – des instructions par voie de circulaires, leur demandant de privilégier la CI aux procédures ordinaires. Plus récemment l'année 2023 a connu deux mouvements qui ont été l'occasion d'un recours massif à la CI.
Au nom de la libertéLe 16 mars 2023, après deux mois d'importantes mobilisations et en l'absence de majorité au Parlement, le gouvernement recourt à l'article 49.3 de la Constitution pour passer en force sa réforme des retraites. Face aux manifestations de colère que cette décision suscite, le ministre de la Justice adresse deux jours plus tard une dépêche à ses procureur·es, les appelant à recourir à la CI pour « les faits les plus graves, en particulier les violences commises à l'encontre des élus ou des membres des forces de l'ordre ». Ces consignes sont cependant rarement évoquées en audience par les parquets, qui préfèrent se peindre en défenseurs des libertés constitutionnelles plutôt qu'en simples exécutants des volontés ministérielles.
Samir D. est jugé pour avoir jeté des projectiles sur les forces de l'ordre et avoir résisté pendant son interpellation. Face à une salle remplie de militant·es venu·es soutenir le prévenu, la procureure se lève et commence très fort : « Il faut protéger les forces de l'ordre, seules garantes de la liberté constitutionnelle de manifester ! » Prise dans son élan, elle va jusqu'à affirmer que « les forces de l'ordre sont là pour assurer la sécurité des manifestants ». La moitié de la salle éclate de rire2. Si les procureur·es se défendent habituellement d'instrumentaliser la justice au profit du gouvernement, certain·es utilisent explicitement la procédure de CI pour envoyer un message à tous·tes les manifestant·es.
Juges comme procureur·es reprochent volontiers aux prévenu·es l'ensemble des dégâts commis pendant les manifestations
Jonathan T. est jugé pour avoir jeté des cailloux en direction des policiers à la fin de la manifestation contre la réforme des retraites qui s'est déroulée deux jours plus tôt. Au début de ses réquisitions, la procureure tient à expliquer pourquoi le parquet a envoyé en CI un prévenu sans casier judiciaire, qui a reconnu les faits, pour des violences qui n'ont pas occasionné d'incapacité totale de travail : « Il ne faut pas oublier que les faits se déroulent dans un contexte de graves troubles à l'ordre public qui provoquent des dégâts importants, que nous allons devoir toutes et tous payer. Il y a des personnes qui ne sont là que pour saccager, elles s'en prennent aux habitants de la ville qui ne peuvent plus sortir de chez eux parce qu'ils ont peur. Alors oui, le parquet fait passer cette affaire en comparution immédiate ! Le passage dans cette procédure et la peine ont vocation à être exemplaires. »
Les juges, contrairement aux procureur·es, ne sont pas soumis·es hiérarchiquement au ministre de la Justice. Cette indépendance n'est toutefois pas toujours perceptible en audience. Juges comme procureur·es reprochent volontiers aux prévenu·es l'ensemble des dégâts commis pendant les manifestations.
Enzo, à peine 18 ans, comparaît pour avoir tenté de mettre le feu à une poubelle pendant une manifestation. Avant de résumer l'affaire, la présidente a une remarque : « Nous sommes là pour juger les faits qui se sont déroulés pendant la manifestation, pas pour juger les opinions politiques. Il ne s'agit pas de sanctionner le droit constitutionnel de manifester et la liberté d'expression. Ce n'est pas le tribunal de la pensée. » Elle cite le procès-verbal de contexte fourni par la police. Celui-ci donne, selon elle, les informations objectives sur la manifestation : « Les policiers ont noté très précisément l'heure où la manifestation commence à dégénérer : 16 heures 01. C'est là qu'il y a eu des dégradations filmées que les citoyens ont pu regarder depuis leur télévision. Les manifestants qui ne veulent pas cautionner ce qui se passe après se dispersent. Les premières interpellations ont eu lieu à 17 heures 30. Ce qui veut dire que les policiers ont laissé aux gens une heure et demie pour s'en aller tranquillement. » La présidente évoque longuement et avec émotion le saccage d'un abribus – que pourtant le prévenu n'est pas accusé d'avoir cassé : « Le citoyen qui n'a pas envie de prendre son véhicule ou même celui qui n'a pas les moyens d'avoir un véhicule ne peut plus prendre les transports ! La personne qui veut juste se mettre à l'abri du mauvais temps ne peut plus le faire. »
Les manifestant·es toulousain·es contre la réforme des retraites ont été pour la plupart condamné·es à des peines avec sursis ou du travail d'intérêt général, souvent accompagnées d'interdictions de manifester et de dommages et intérêts à payer aux policiers. C'est une réponse judiciaire lourde, inscrite au casier judiciaire, et qui fait suite à une arrestation parfois brutale, une ou deux nuits au commissariat, voire de la détention provisoire. De quoi dissuader de continuer à participer au mouvement social, comme on l'entend dans la déclaration finale de l'un des prévenu·es : « Je suis vraiment désolé, vous ne me reverrez jamais dans cette situation. Je ne manifesterai plus jamais. »
Pas des vrai·es manifestant·EsLes peines avec sursis et les alternatives à la détention auxquelles ont été condamné·es les manifestant·es contre la réforme des retraites tranchent toutefois avec le traitement subi par les prévenu·es arrêté·es pendant les soulèvements qui ont suivi la mort de Nahel Merzouk, 17 ans, tué par la police le 27 juin 2023 au cours d'un contrôle routier. Trois jours plus tard, Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, diffuse une circulaire aux services du parquet leur demandant de privilégier le recours à la CI et d'ouvrir quand c'est possible de nouvelles salles d'audience pour pouvoir juger les personnes arrêtées.
Le message est passé. À Grenoble, par exemple, deux audiences de CI sont ouvertes le dimanche 2 juillet pour juger une trentaine de personnes jusqu'après minuit. Devant l'Assemblée nationale, Dupond-Moretti loue l'obéissance des procureur·es : « Je dois dire que l'encre de la circulaire était à peine sèche que déjà les procureurs la mettaient en œuvre. » Les juges aussi ont suivi. Et il tient à les féliciter : « De la même façon, je veux rendre hommage aux magistrats du siège et aux greffiers qui pendant des heures et des heures ont répondu à ces exactions insupportables. Naturellement, la justice a été au rendez-vous de la fermeté que j'appelais de mes vœux. » De fait, le 5 juillet, le ministère de la Justice annonce avoir incarcéré 448 personnes sur les 585 passées en CI.
La plupart des personnes jugées après la mort de Nahel Merzouk ont un casier vierge, des « garanties de représentations » et comparaissent souvent pour des jets de projectiles en direction des forces de l'ordre.
Il ne viendrait pas à l'esprit des magistrat·es de trouver une dimension politique aux manifestations de ces jeunes racisé·es issu·es des quartiers populaires
Leur « profil judiciaire » n'est donc pas si éloigné de celui des manifestant·es contre la réforme des retraites. Mais la distance sociale qui les sépare des gens de justice est bien plus grande. Par ailleurs, là où les magistrat·es reconnaissent au moins aux personnes luttant contre une réforme le mérite de participer à un vrai mouvement social – quoique d'une mauvaise manière –, il ne leur viendrait pas à l'esprit de trouver une dimension politique aux manifestations de ces jeunes racisé·es issu·es des quartiers populaires. La comparution immédiate redevient alors ce qu'elle est par essence : une machine à emprisonner.
La Sellette1 . à travers des chroniques d'audiences à retrouver sur leur blog lasellette.org et aussi chaque mois dans CQFD
2 . Les extraits sont tous issus de chroniques d'audiences qui se sont tenues à la chambre des comparutions immédiates de Toulouse en mars 2023.
Si le mois de septembre refuse toujours obstinément de ressembler à un début d'automne – avec des températures qui donnent davantage envie de boire un pastis à l'ombre que de sortir les pull-overs de Noël –, CQFD a bel et bien fait sa rentrée. Pour tout vous dire, le pavillon du Chien rouge, qui prend toujours un peu l'eau, a dû voguer avec un équipage très réduit cet été. Les dernier·es survivant·es des précédentes tempêtes ont vu leurs semblables être happé·es par un phénomène météorologique épouvantable, bien connu sous le nom de France travail : gigantesque dépression administrative poussant les individus vers le salariat, le grand Capital ou la caisse de l'épicerie paysanne du coin (courage Orianne). Mais alors qu'on croyait chavirer pour de bon, le Chien rouge a aboyé dans cette chronique et sur le monde numérique à la recherche de nouveaux copains et nouvelles copines de galère. Et quelle ne fut pas notre surprise d'entendre toquer à la porte de la rédac à plusieurs reprises ! Samy, Angèle, Pierre-Marie, Clément ou encore Orion ont répondu présent·es pour prendre leur quart. Vous tombez à pic moussaillon·nes ! Ces nouveaux bras ne sont pas de trop ! Souquez les artimuses maintenant ! Car le courant qui veut nous emmener à droite ne s'épuise jamais. Quant à vous, chers lecteurs, lectrices, rassurez-vous : le pavillon du Chien rouge n'a pas dit son dernier « ouaf ». Et sans vouloir faire dans le teasing, restez branché·es : ça arrive fort les frères (et les sœurs) !
On en profite pour remercier tous·tes celles et ceux qui nous ont fait des dons défiscalisés sur donorbox.org. Vé, notre vigie vigilante, a rarement été si peu alarmiste face à la situation financière du journal. Mais chaque euro compte, et ce n'est pas une raison pour cesser de nous soutenir. Faites acte de piraterie : défendez la presse libre et continuez de nous couvrir d'or !
Le film Glaciers d'Arctique, état des lieux montre un monde polaire qui fond à vue d'œil. Le diagnostic est connu, l'angoisse bien installée. Mais pour les quelques dizaines de têtes blanches venues en débattre par une chaude soirée d'été lyonnaise, changer la donne se résume encore à faire un effort de pédagogie. Plongée dans une écologie très informée, mais politiquement désarmée.
Histoire de sortir des 32 degrés de mon appartement, je me suis rendu au cinéma indépendant art et essai et climatisation de mon quartier, à Lyon, pour assister à la projection d'un film documentaire intitulé Glaciers d'Arctique, état des lieux, en présence du réal, Pierre Dugowson, et du spéléo-glaciologue Léo Decaux. Les planètes semblaient donc alignées pour savourer une soirée entre solides camarades écoterroristes ; quelle ne fut pas ma déception.
Le film, pourtant, recèle bien des qualités. Il s'articule principalement autour de la célèbre glaciologue Heïdi Sevestre qui présente son travail au Svalbard, petit archipel septentrional norvégien qui se réchauffe sept fois plus vite que le reste du globe. Les plans sont longs et permettent une impeccable immersion dans cet extraordinaire environnement. La parole est offerte aux universitaires installés sur place, dont le constat est unanime : chaque année déjoue leurs projections les plus inquiétantes. Quelques instants saisissants clôturent en beauté le film : un plan fixe sur la banquise qui donne à entendre son souffle, un indescriptible craquement sourd. On y découvre des militants contre l'exploitation minière en eaux profondes qui constitue une pratique extractiviste dévastatrice de grande échelle. On sympathise avec les pingos, genre de petits volcans qui s'affaissent par le milieu et laissent s'échapper une eau couleur rouille. On nous rappelle que la fonte du permafrost va libérer des virus qui se sont endurcis sans lumière ni oxygène, ainsi qu'une quantité astronomique (équivalente aux émissions annuelles de l'Union européenne) de gaz à effet de serre que les gros bourgeois du capitalisme d'hier ont émis et qui ont été enfermés dans ce sol gelé. Heïdi Sevestre, entre deux visites du glacier Longyearbyen, exprime sa crainte face à l'explosion techno-solutionniste hallucinatoire qui fait florès aujourd'hui dans les grands groupes industriels.
La critique de la géo-ingénierie par la glaciologue est claire, mais on aurait pu souhaiter qu'elle soit un peu plus offensive politiquement
Une mauvaise idée, ce gigantesque rideau polaire sous-marin imaginé pour bloquer les méchants courants chauds qui attaquent les glaciers ? Pas top, ces pompes alimentées au pétrole qui arrosent le glacier afin de l'épaissir ? La critique de la géo-ingénierie par la glaciologue est claire, mais on aurait pu souhaiter qu'elle soit un peu plus offensive politiquement. Le techno-solutionnisme n'est-il pas simplement l'un des prétextes pour continuer le business as usual et légitimer, au nom de la prétendue transition énergétique, une nouvelle étape dans la ruée extractiviste qui nous précipite dans le chaos ?
Les bons élèvesLa déception survient surtout lors de l'échange avec la salle. Ce qui frappe est l'unanimité autour de certains topoï dépolitisants. Le capitalisme est sans cesse naturalisé, et ce sont les affects qui sont pointés du doigt : les « décideurs » seraient mal informés, alors organisons une projection à l'Assemblée ! Les « gens » ne sont pas « au courant », alors parlons-en ! Cette vision individualisante rend le dépassement du capitalisme impossible, comme si les sociétés humaines ne s'étaient organisées de tout temps qu'avec ce mode de production. Lorsque le mot est enfin lâché – dernière intervention ! – il est entendu comme un synonyme de cupidité. Mais enfin, si même des profs blancs retraités qui se déplacent pour voir des films documentaires écolos un soir de semaine ne voient pas de lutte des classes et d'exploitation dans « la société », ne serait-ce pas le signe de quelque chose ?
La bourse ou la vie ?Ma hot take, la voici : la classe moyenne blanche éduquée de gauche croit que « les choses » changeront lorsque « les gens » seront informés des conséquences de leur « mode de vie ». Eux, informés, ils le sont. Ainsi, en dépolitisant la relation qu'entretiennent productions scientifiques et diffusion auprès du grand public par le biais des industries culturelles, ils aboutissent à une aporie teintée de mépris de classe et d'autosatisfaction. Ils restent aveugles à l'évidence : il n'existe pas de solution au désastre écologique à l'intérieur du capitalisme puisque l'accumulation du capital consiste nécessairement en la destruction des conditions d'habitabilité de la planète dans l'intérêt de la bourgeoisie industrielle extractiviste.
J'aurais pu deviner l'odeur de la soirée plus tôt. En effet, avant le film étaient diffusés trois courts spots à l'initiative d'une organisation lyonnaise nommée Odysseus 3.1, dont le but est de sensibiliser aux enjeux écologiques, mais dans une ambiance team building. L'un d'eux mettait en scène une équipe souriante, dynamique et motivée sur fond de musique épique et d'inscription de phrases comme : « Tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin ! » On les voit s'échiner à sortir les « vélo'v » (vélos mis en libre service par la métropole de Lyon) jetés dans le Rhône par d'impolis concitoyens. N'est-on pas en droit de se demander si la priorité est de porter un discours – certes nécessaire mais totalement insuffisant – sur l'incivilité des autres, quand l'entreprise qui commercialise ces vélos n'est autre que JCDecaux, leader mondial de la communication extérieure, c'est-à-dire du mobilier urbain publicitaire ? Mieux vaut sortir les vélos de l'eau ou brûler les panneaux de pub à LED ?
Samuel TudehÉmission de l’Envolée du vendredi 2 octobre 2026.
Source : Le Média
Format : vidéo
Source : Common Dreams - États-Unis
Lire la traduction automatique en français
Source : Les Jours
PayantQuand ?
Le 15 octobre à 20h
Où ?
Centre Protestant 36 rue Jean Longuet, 92290, Châtenay-Malabry, France
Qui aurait cru qu'une petite commune française deviendrait la championne des villes en transition ? C'est le sujet du film de Marie-Monique Robin, salué par Rob Hopkins, fondateur du mouvement des villes en transition. Il raconte comment Ungersheim (2 200 habitants) a lancé « 21 actions pour le siècle » : autonomie alimentaire, énergies renouvelables, monnaie locale... Un hommage à des élus visionnaires.
La projection sera suivie d'un débat.
La suite de ce film (10 ans après, « De la résistance à la résilience », sortie en 2026 et de la même cinéaste) fera l'objet d'une séance CinémaTec le 10 décembre. Ces deux films projetés volontairement à 2 mois d'intervalle se concluront par un débat en présence de la réalisatrice.
Marie-Monique Robin : Journaliste d'investigation, réalisatrice et écrivaine. Elle est reconnue pour ses documentaires et enquêtes sur des sujets comme les dérives des multinationales (notamment Monsanto), les menaces sur la biodiversité, les pandémies et les alternatives écologiques. Elle a reçu plusieurs distinctions, dont le prix Albert-Londres en 1995 et le prix norvégien Rachel Carson en 2009.
TEC (Transition écologique Châtenay-Malabry) est une association de châtenaisiens d'horizons divers désireux d'agir ensemble pour favoriser et accompagner localement la transition écologique de manière non partisane.
Entrée gratuite, participation libre
Quand ?
Le 13 octobre à 19h
Où ?
Espace Robespierre 2 Rue Robespierre, 94200, Ivry-sur-Seine, France
Pour cette deuxième rencontre de la 6e Semaine décoloniale d'Ivry, projection exceptionnelle et inédite du film "Jénine dans le viseur", en présence du réalisateur Ehab GHAFRI, suivie d'un débat avec Salah HAMOURI, avocat et membre d'Urgence Palestine.
RDV à 19h le 13 octobre, à l'espace Robespierre, en face du métro Mairie d'Ivry.
Annonce jointe !
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Pour soutenir notre Semaine, indépendance et auto-financée, payer les frais de transport des intervenants, les impressions, l'organisation des rencontres...
A bientôt !
L'Intercollectif ivryen organisateur de la Semaine décoloniale d'Ivry - ivrydecolonial@gmail.com
Quand ?
Le 16 octobre à 19h
Où ?
Espace Robespierre 2 Rue Robespierre, 94200, Ivry-sur-Seine, France
Cette soirée d'échanges, à la veille de la commémoration du 17 octobre 1961, réunit des acteurs de premier plan ayant oeuvré, à toutes les échelles, pour la reconnaissance de ce massacre d'État. Ensemble, nous reviendrons sur le sens et les objectifs de cette commémoration, 65 ans après.
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Le 18 octobre à 15h
Où ?
Espace Robespierre 2 Rue Robespierre, 94200, Ivry-sur-Seine, France
Avec l'avocat, militant et auteur Rafik Chekrat, nous échangerons sur "La Palestine en procès", titre de son livre à paraître le 16 octobre.
Ventes et dédicaces par l'auteur.
Rencontre suivie, à 18h, d'un repas partagé !
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Le 12 octobre à 19h
Où ?
Espace Robespierre 2 Rue Robespierre, 94200, Ivry-sur-Seine, France
Pour cette première rencontre de la Semaine décoloniale d'Ivry, les intervenants et l'équipe proposent de discuter des effets de l'impérialisme et de la montée de l'extrême droite dans divers pays du continent dit "américain", et de faire le point sur les résistants populaires, leurs luttes actuelles et à venir.
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À Montpellier, des étudiants occupent leur campus depuis le 6 octobre pour réclamer notamment l'abrogation du partenariat noué avec TotalEnergies dans le cadre d'un master. Ils refusent que la multinationale « vienne faire sa propagande à l'université ».
Montpellier (Hérault), reportage
Barrages filtrants, lits de camp, barricades… À la faculté de sciences de Montpellier, la mobilisation lycéenne a permis d'amplifier une colère sourde qui couvait depuis plusieurs mois déjà. En cause (…)
Quand ?
Le 15 octobre de 19h à 20h30
Où ?
Librairie Utopia 1 rue Frédéric Sauton 75005 Paris
Le jeudi 15 octobre à 19h nous sommes heureux d'accueillir Fabienne Delfour et Laurence Paoli pour une rencontre au coeur de l'océan.
Fabienne Delfour est enseignante à l'école vétérinaire de Toulouse et étudie depuis trente ans la vie des cétacés, tant en captivité que dans leur milieu naturel. Elle nous présentera son livre « La sensibilité du cachalot » sorti en avril dernier.
Laurence Paoli a créé le premier service de communication spécialisé dans la conservation de la biodiversité animale au sein du Muséum national d'Histoire naturelle. Elle nous parlera de son livre « Le chant perdu des baleines » sorti en octobre 2025.
Cette rencontre aura lieu à la librairie, au 1, rue Fréderic Sauton, Paris 5e
Métro Maubert-Mutualité et Saint Michel, RER B et C station Saint-Michel-Notre Dame
Quand ?
Le 11 octobre à 13h
Où ?
Place Victor Hugo Place Victor Hugo 75116 Paris
Rassemblement contre le Salon de l'Alyah (recrutement pour colonies illégales en Cisjordanie)
Place Victor Hugo à Paris
13h le dimanche 11 octobre
Organisé par le collectif Agir pour la Palestine
Quand ?
Le 10 octobre de 14h à 19h30
Où ?
Place Jussieu Place Jussieu 75005 Paris
Samedi 10 OCTOBRE PLACE JUSSIEU départ 15h
Manifestation des Gilets Jaunes
Paris 5e. Métro : 7, 10 Jussieu.
Des prises de parole auront lieu à partir de 14h15.
Revendications :
– Mise en place d'un audit des finances publiques et d'un Grenelle de la fiscalité.
– Réécrire une constitution qui défende réellement les citoyens avec le Référendum d'Initiation Citoyenne (RIC), pour plus de démocratie directe.
– Augmenter les salaires et retraites en tenant compte de l'érosion monétaire.
– Mise en place d'un référendum sur la sortie de l'UE.
– Contre la hausse généralisée des prix.
Parcours :
Place Jussieu - rue Linné - rue Lacépède - place de la Contrescarpe - rue Mouffetard - place Georges Moustaki - rue Censier - rue Monge - rue Cardinal Lemoine - rue des Fossés Saint Bernard - quai de la Tournelle - pont de la Tournelle - quai de Béthune - rue Poulletier - rue Saint Louis en l'Île - rue Jean du Bellay - pont Louis Philippe - quai de l'Hôtel de Ville - arrivée place de l'Hôtel de Ville.
Collectifs :
Unité Gilets Jaunes.
Association Yellowsphere.
Déclarants :
Olivier G. Martine D. Jack L.
Unité Gilets Jaunes est un collectif apartisan
Quand ?
Le 29 octobre de 19h à 20h30
Où ?
Librairie Utopia 1 rue Frédéric Sauton 75005 Paris
A l'occasion de la sortie de la BD « Pause croissance : A la recherche du bonheur intérieur brut », nous recevons Sophie Bourlet le jeudi 29 octobre à 19h.
A la croisée du récit satirique et du traité d'économie, Sophie Bourlet et Nicola Gobbi signent une BD aussi savant qu'hilarante. Accompagnés par la sociologue Dominique Méda et l'économiste Timothée Parrique, ils explorent les utopies et alternatives concrètes.
Sophie Bourlet est autrice et journaliste indépendante diplômée en économie, elle travaille notamment sur les questions d'inégalités et d'environnement pour différents médias, dont RFI, Mediapart et Alternatives Économiques.
Un journaliste percuté par une moto de police le 2 octobre, trois autres frappés ou bousculés le 6 octobre. Tous couvraient le mouvement lycéen à Montpellier, carte de presse en poche. Dans plusieurs cas, les policiers mis en cause ne portaient pas de matricule visible, alors que la loi les y oblige
Vendredi 2 octobre, lycéens et étudiants de Paul-Valéry se rassemblent devant le lycée Clemenceau. La veille, la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, avait fait fermer plusieurs établissements après des blocages et des départs de feu. Toute la matinée, manifestants et policiers se font face : des jeunes vêtus de noir tirent au mortier et lancent des projectiles, la police répond au gaz lacrymogène.
Valentin Levetti, journaliste reporter d’images pour stup.media, est sur place depuis 7 heures. Il porte un brassard et un casque marqués « presse », et un sac floqué de la même mention. Vers 12h20, rue Balard, il filme l’interpellation d’un adolescent de 15 ans. Selon le récit publié par son média et la plainte qu’il a déposée, un policier à moto en civil, au guidon d’une BMW blanche, place d’abord sa machine dans l’axe de la caméra. Il lance « toi, tu dégages », selon le journaliste et un témoin direct. Comme Valentin Levetti continue de filmer, le motard, jusque-là à l’arrêt, démarre dans sa direction, le percute au tibia droit, puis recule et reprend sa place. Le journaliste s’effondre quelques mètres plus loin. La scène a été filmée par un témoin.
Violences policières à #Montpellier : le journaliste Valentin Levetti, fondateur de @StupMedia était en train de couvrir le mouvement lycéen quand une moto de police lui a percuté la jambe. Il portait un brassard presse et était identifiable. Les policiers, eux, ne l’étaient pas https://t.co/Ns0J034cyJ
— Le Poing – Montpellier (@lepoinginfo) October 2, 2026
Le motard ne porte ni brassard ni RIO. Un foulard et une visière sombre masquent entièrement son visage. Selon stup.media, les policiers présents refusent de communiquer son matricule et le laissent repartir. Un fonctionnaire se présentant comme le chef de service assure que « le collègue [est] identifié ». Le Poing, qui a publié un article le jour même, relevait déjà que les policiers présents n’étaient pas identifiables.
Il porte pourtant un signe distinctif, mais pas celui qu’exige le règlement. Sur son casque, visible sur les images, figurent la tête de mort blanche du Punisher et ce qui semble être une croix pattée. Le Canard enchaîné du 7 octobre y voit, pour la première, un personnage Marvel « récupéré par l’extrême droite et les suprémacistes », et pour la seconde, un symbole templier « fort prisé des cathos intégristes ».Ces deux symboles sont répertoriés par Indextrême, un projet qui observe, répertorie et fait connaître les symboles graphiques utilisés et détournés par l’extrême droite en France. La plateforme a été créée en septembre 2022 par le designer Geoffrey Dorne et le journaliste Ricardo Parreira, lui-même pris à partie le 6 octobre (voir plus bas).
Les pompiers font un premier constat et invitent le journaliste à consulter. Le jour même, deux médecins constatent un hématome et des dermabrasions et lui prescrivent un arrêt de travail. Le 6 octobre, un troisième relève des lésions compatibles avec une entorse bénigne du genou droit.
Le soir du 2 octobre, la préfecture répond à l’Ofalp, saisi par le Club de la presse Occitanie. Sa réponse, relayée ensuite par Le Canard enchaîné, tient en trois affirmations. Le journaliste « n’a pas respecté la sommation » des policiers. « Tous les policiers engagés sur le terrain sont porteurs d’un numéro RIO ». Et les pompiers « n’ont relevé aucune blessure ». Trois affirmations, trois problèmes. L’auteur de ces lignes se trouvait juste à côté de Valentin Levetti et n’a entendu aucune sommation ; selon stup.media, aucune n’est audible sur les vidéos. Le motard ne portait pas de RIO. Et trois médecins ont constaté des lésions.
Le 8 octobre, Valentin Levetti a porté plainte contre X auprès du procureur de la République de Montpellier pour violences volontaires aggravées. La plainte retient deux circonstances aggravantes : les violences auraient été commises par une personne dépositaire de l’autorité publique, et avec une arme, la moto étant considérée comme arme par destination. Son avocat, Me Gauer, demande la réquisition des images de vidéoprotection de la Ville, de la TAM et d’un commerce de la rue, ainsi que des caméras-piétons des policiers présents. La plaque de la moto, lisible sur les images, figure dans la plainte. Le même jour, l’avocat a écrit à la préfète pour lui demander si elle maintenait sa version et quelles suites disciplinaires avaient été données. Le Club de la presse Occitanie, le Spiil (yndicat de la presse indépendante d’information en ligne) et le SNJ-CGT ont apporté leur soutien au journaliste. Le SNJ-CGT envisage de se constituer partie civile.
Quatre jours plus tard, la manifestation lycéenne du mardi 6 octobre se termine par des affrontements dans le centre-ville. Trois journalistes disent avoir été pris pour cible par des policiers. L’Ofalp a été saisi.
À 16h10, place de la Comédie, Aury Bouzar, journaliste reporter d’images indépendant, se trouve avec d’autres journalistes et photographes « entre deux colonnes de policiers », à un endroit où, dit-il, ils sont «tous très identifiables ». Lors d’une charge, il se déplace pour filmer. Deux CRS se replient devant lui. « M’apercevant du coin de l’œil, l’un d’eux me met volontairement un gros coup de bouclier », raconte-t-il. Le choc fait voler son téléphone, pourtant solidement fixé à son trépied. L’appareil fonctionne encore, mais l’écran se détache et deux des trois objectifs sont hors service. « Il m’est impossible de retourner travailler sans aller le faire réparer, et étant indépendant, je n’ai aucune rédaction qui couvre ces frais. »
À 16h30, sur la même place, Samuel Clauzier, journaliste indépendant, filme un policier. Celui-ci, selon lui, « porte volontairement un coup de matraque » sur son téléphone, alors qu’il est identifié comme journaliste. Ce n’est pas une première pour lui : le 10 septembre, premier jour de la grève nationale à Montpellier, un policier l’avait saisi au cou et avait détruit sa caméra, selon la coalition européenne Media Freedom Rapid Response (MFRR).
Montpellier, 6 octobre. À 17h50, après une charge rue de la Loge, plusieurs CRS sont filmés de face : leurs RIO (numéros d’identification individuels) sont absents ou partiellement masqués. Même constat à plusieurs reprises. Thread sur les RIO et leur fonction
— Samuel Clauzier (@Masleuu) October 7, 2026https://t.co/gjOGcKyjd0
Un peu plus tard, rue de la Loge, une unité de CRS se replie près de la préfecture. Ricardo Parreira, journaliste pour Reflets Info, remarque que plusieurs agents portent des patchs « drapeau français » non réglementaires et s’approche pour voir s’ils en arborent d’autres. Des observateurs de l’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM) lui signalent que les CRS ne portent pas de RIO. Il se retourne pour vérifier. Quelques secondes plus tard, selon son récit, un CRS lui donne un coup de coude dans l’arcade. Il le repousse. D’autres agents s’approchent : l’un lui assène un coup de matraque, un autre le pousse. « Je suis journaliste, pourquoi il me donne un coup ? », crie-t-il à plusieurs reprises. Le chef d’unité intervient pour calmer ses hommes et lui demande d’avancer.
À 17h47, toujours rue de la Loge, Samuel Clauzier ressent pendant une charge un coup dans le dos qui le fait chuter. Sa caméra enregistre la chute, pas l’origine du choc. « À ce moment-là, seuls des policiers se trouvent immédiatement derrière moi », affirme-t-il. Une vidéo tournée par un confrère montre plusieurs CRS l’aider à se relever et lui demander s’il va bien. Il leur dit qu’un de leurs collègues l’a poussé. Trois minutes plus tard, il retrouve l’unité et demande les RIO. Sur ses images, certains CRS filmés de face n’en portent aucun dans la zone visible, d’autres l’ont partiellement masqué. Même constat plus tôt dans la journée, à 13h45 devant la gare Saint-Roch, bien avant les affrontements : sur plusieurs agents filmés de face, aucun RIO entièrement lisible.
Le port du RIO est pourtant obligatoire depuis le 1er janvier 2014, en application de l’article R. 434-15 du code de la sécurité intérieure. Le problème est connu. En octobre 2023, saisi notamment par la Ligue des droits de l’homme, le Conseil d’État avait constaté que cette obligation était insuffisamment respectée. Le 29 avril dernier, il est revenu à la charge : il a enjoint au ministre de l’Intérieur d’appliquer sans délai les mesures annoncées et de distribuer, avant le 31 décembre 2026, de nouveaux équipements portant un numéro plus grand et plus lisible. Il reste un peu moins de trois mois. À Montpellier, certains agents semblent avoir déjà opté pour la version la plus discrète.
Précisons une chose : la carte de presse n’a rien d’un gilet pare-coups. Le journalisme est une profession non réglementée, et la carte n’est pas une condition pour l’exercer. Être journaliste ne donne surtout pas davantage le droit de ne pas être frappé que n’importe quel manifestant, passant ou lycéen. Filmer la police est d’ailleurs un droit pour tout le monde : en 2021, le Conseil constitutionnel a censuré l’article de la loi « sécurité globale » qui prétendait restreindre la diffusion d’images de policiers. Les journalistes cités ici ne sont qu’une petite partie des blessés du mouvement. Au 2 octobre, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, comptait 160 élèves et 65 membres du personnel blessés. L’IGPN, la police des polices, a été saisie à plusieurs reprises.
Contactée, la préfecture de l’Hérault n’a pas donné suite à nos sollicitations.
L’article Mouvement lycéen à Montpellier : quand la police s’en prend aux journalistes est apparu en premier sur Le Poing.