Par Jean-Marc Royer [1]
Aucune des sept précédentes expéditions militaires ordonnées par Poutine et débutées par la seconde guerre de Tchétchénie n'avait été officiellement déclarée et nommée comme telle. Or, dans une interview accordée au journaliste Pavel Zarubin le 5 juillet 2026, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a dit que la Russie était désormais entrée en guerre contre l'Ukraine « à cause du soutien des Occidentaux » [2]. Cette dénégation des faits [3] se transforme en une inversion accusatoire comme les soviétiques en ont acquis la maîtrise depuis très longtemps. Mais ce qu'il faut entendre par là, c'est que le Kremlin est en guerre contre ce qu'il appelle « l'Occident collectif ». Où l'on constate une fois encore que ce n'est pas nous qui décidons qui est notre ennemi, c'est lui qui nous désigne, comme le dirait Julien Freund. Et de fait, il nous désigne de manière de plus en plus fréquente, systémique et violente : cette guerre est en train de prendre un autre tour, aussi bien en Ukraine qu'en Europe.
Depuis cet été 2026, une très nette inflexion de l'agression russe vers une guerre totale vise délibérément, massivement et quotidiennement la population civile ukrainienne, en même temps qu'il se produit une indéniable extension des interventions de tous types sur le sol européen et son internationalisation croissante : entre trente et quarante mille Nord-Coréens s'entraînent sur le sol de la fédération russe quand autant travaillent dans ses usines de drones [4]. Sans parler des aides iraniennes et chinoises en tous genres.
Rassemblement en mémoire des disparus et prisonniers de guerre, Ukraine, août 2026.
Des têtes de missiles à l'uranium appauvri
Le 20 mai 2026, les services ukrainiens ont trouvé près du village de Kamka, à 50 km au nord-est de Tchernihiv, une tête de missile durcie à l'uranium appauvri en détectant des niveaux de radiation élevés [6] sur l'épave d'un missile R-60 lancé lors de l'attaque de cette région le 7 avril précédent. Par la suite, en juillet, au moins six autres cas similaires ont été documentés dans la même région [7]. Rappelons que cela fait suite à l'utilisation du phosphore blanc, de bombes thermobariques, d'obus à sous-munitions et de mines anti-personnelles, soit des armes interdites ou dont l'usage est réglementé par des traités et conventions internationales.
Le SBU a neutralisé l'ogive et l'a transportée vers un site de stockage de déchets radioactifs. Ukrinform, 23 juillet 2026 et Julie Bernichan, Le Parisien, 25 juillet 2026.
« Compte tenu de la toxicité et de la radioactivité de l'uranium appauvri, nous exhortons les citoyens à la plus grande prudence s'ils découvrent des fragments de drones, de missiles ou d'autres munitions ; ceux qui sont endommagés ou brûlés présentent un grand danger, car ils peuvent émettre des poussières radioactives dangereuses pour la santé et l'environnement. Si vous découvrez de tels objets, ne les approchez pas, ne les touchez pas et ne les déplacez pas. Il est nécessaire de se mettre à une distance de sécurité et de le signaler immédiatement en appelant les lignes d'assistance » [8].
Kiev bombardée, le 15 mai 2026.
Missiles et drones visent les civils et leurs infrastructures
Depuis le début de l'agression à grande échelle, les bombardements russes ont prioritairement visé les infrastructures civiles ou les immeubles d'habitation [9]. Plus de 3 000 services de santé ont été atteints, si bien « qu'avec le temps, ces impacts cumulés érodent la santé des populations, creusent les inégalités et compromettent les perspectives de récupération bien au-delà des zones de front » [10]. Plus de 4 400 établissements d'enseignement ont été touchés ou détruits, ce qui entraîne certaines municipalités à inventer des écoles en sous-sol de manière à ce que les enfants ne restent pas isolés à la maison [11]. À la fin du mois de juillet 2026, 545 sites culturels avaient été endommagés selon l'UNESCO [12] et près de 13 millions de livres ont été détruits depuis le début de l'été 2026 [13]. L'Ukraine a d'autre part répertorié 211 000 crimes de guerre en quatre ans [14]. Le système de transport a lui aussi été impacté : durant les huit premiers mois de 2026, au moins 1 500 attaques ont été perpétrées contre les chemins de fer ukrainiens et plus de 250 locomotives ont été détruites.
En avril 2026, il y avait eu une inflexion de la guerre globalement favorable aux Ukrainiens : les attaques de drones à longue portée touchaient les infrastructures militaires, pétro-gazières et économiques [15] ; les offensives russes sur le front étaient en grande partie défaites ; les Ukrainiens mettaient hors jeu plus de soldats que ce que Poutine était capable de mobiliser et ils regagnaient un peu de terrain ; les routes d'approvisionnement et les centres logistiques russes dans le Sud, étaient rendus quasi inopérants. Mais depuis le mois de juillet les bombardements russes avec des missiles balistiques et des drones à réaction, notamment sur la capitale, ont fait d'énormes dégâts matériels et humains [16]. Durant ce seul mois, 467 civils ont été tués et 4 600 blessés. Sauf à ce que l'hiver prochain soit bien plus clément que celui de l'an dernier, les mois qui viennent s'annoncent comme les plus difficiles depuis le 24 février 2022, le pays étant en manque d'intercepteurs ad hoc, de notoriété publique. À ce propos, il était étonnant de trouver nombre d'informations militaires sensibles en source ouverte à ce sujet, mais il semble que les autorités ukrainiennes en aient pris conscience ces dernières semaines.
La situation est critique à Kherson et Kyiv depuis le 27 août
Les forces russes ont attaqué la centrale de cogénération de Kherson. L'installation a subi de très graves dommages et le responsable militaire de l'oblast a exhorté les habitants à évacuer la ville. Selon lui, Kherson pourrait rester sans électricité ni chauffage pendant une période prolongée. Depuis le 1er juillet, les forces russes ont lancé plus de 1 700 drones d'attaque en utilisant plus fréquemment les engins à réaction et 170 bombes aériennes guidées ont été larguées sur les infrastructures critiques de l'oblast de Kherson, soit plus en deux mois que pendant toute la première moitié de 2026. En outre, le nombre d'attaques par de petits drones FPV (notamment utilisés dans les tristement célèbres « safaris humains ») est passé à 6 500 en une seule semaine [17].
Alors qu'auparavant les frappes massives et combinées se concentraient principalement durant la nuit et qu'elles étaient espacées de huit à dix jours, la capitale ukrainienne fait désormais face à un pilonnage 24 heures sur 24, depuis le 27 août 2026 [18]. Lors d'une semaine de cette campagne de bombardement continu, la ville a enregistré un record historique de 76 alertes, du jamais vu depuis les tous premiers jours de l'invasion en 2022. Les sirènes de la ville retentissaient en moyenne 10 fois par jour et jusqu'à 13 fois par période de 24 heures. Les habitants passaient régulièrement plus de 15 à 17 heures par jour confinés dans les abris ou le métro [19].
Le 4 septembre 2026, un drone russe a précisément frappé la fenêtre du bureau du chef du SBU (qui était absent) dans un immeuble du centre de Kiyv, ce qui est nouveau et suppose un « agent répéteur » à moins de 5 kilomètres de là.
Le pays fait face à des difficultés de tous ordres
Surtout lorsqu'elle a été longue et s'est accompagnée de violences meurtrières massives, la colonisation d'un pays laisse des traces pérennes dans tous les domaines, y compris politiques évidemment, longtemps après qu'elle a été officiellement abolie [20]. Mais, pour la deuxième fois en un an, des manifestations publiques ont eu lieu en Ukraine à l'été 2026, en réaction à une décision du gouvernement du 15 juillet. Et pour la deuxième fois, celui-ci a dû céder à la pression populaire quelques jours après ses débuts, en remplaçant le chef d'état-major Oleksandr Syrski – représentant de la vieille école militaire soviétique (encore un legs du colonialisme) – par Mykhaïlo Drapaty.
Il est utile de répéter à ce propos que, parmi les pays de l'ex-empire soviétique, c'est en Ukraine qu'il s'est produit le plus d'alternances gouvernementales et de révoltes populaires victorieuses depuis 1991. Par ailleurs, nous ne connaissons pas, dans l'histoire contemporaine, d'exemple comparable de manifestations d'opposition massives en temps de guerre, la population encourant à ce moment-là le risque d'être bombardée.
Également démis le 15 juillet, Mykhaïlo Fedorov, le jeune ministre de la Défense n'a pas été réintégré. Mais qui est-il ? Il est né en 1991, avait fondé en 2013, sa propre agence numérique spécialisée dans le marketing en ligne et la publicité ciblée sur les réseaux sociaux. En 2014, il s'est présenté sans succès aux élections législatives sous l'étiquette d'un parti libéral. Cinq ans plus tard, il dirigeait l'équipe numérique de la campagne présidentielle de Zelensky, puis est devenu ministre de la Transformation numérique. Il était donc dans le gouvernement depuis sept ans lorsqu'il a été remercié. Jusqu'au 17 août au soir, il était loisible de manifester pour la réintégration de Fedorov dans le gouvernement. Mais dans son allocution du mardi 18 août 2026, Fedorov a défendu l'idée – après Poutine et Trump – d'organiser des élections en temps de guerre [21], une grave erreur politique, suivie de plusieurs autres. À ce sujet, examinons un cas historique exemplaire en Europe.
32e jour de manifestation, Ukraine, août 2026.
Pendant dix ans, il n'y a eu aucune élection dans ce pays
On l'oublie trop souvent, notamment en France : le seul et unique pays européen qui a résisté en tant que nation et qui a gagné la guerre contre le nazisme, c'est le Royaume-Uni. Tous les autres, y compris ceux qui ont joué de leur neutralité (Suisse et Suède), ont collaboré avec le IIIe Reich à divers titres. Même une ancienne directrice de l'ENA avouait sincèrement l'avoir compris tardivement et de manière fortuite [22]. Il serait donc mal venu – et en aucune manière légitime, on le verra – de reprocher aux Britanniques de ne pas avoir tenu d'élections de 1935 à 1945. Précisons que la législature élue le 26 novembre 1935 aurait dû se terminer en novembre 1940, mais que l'entrée en guerre de septembre 1939 avait rendu l'organisation d'un scrutin national inopportune : des millions de citoyens étaient mobilisés dans les armées, dans l'économie de guerre ou déplacés par les bombardements. Les inscriptions sur les listes électorales, l'accès aux urnes de millions de personnes aurait été très difficile et risqué. De plus, la tenue de ces élections aurait nécessité une infrastructure logistique et administrative, du personnel formé et des lieux de vote qui devaient être sécurisés. On imagine quels efforts supplémentaires cela aurait demandé à la population qui subissait les terribles bombardements de la Luftwaffe [23]. Tout cela rendait impossible la garantie d'un vote démocratique, sûr et régulier.
Plus généralement, toutes les limites à la liberté des médias, au débat politique, à la participation des citoyens, compromettent l'intégrité d'un scrutin. C'est pourquoi dans de nombreux pays, des cadres juridiques divers interdisent explicitement la tenue d'élections durant un état d'urgence d'origine naturelle (séismes, pandémies…) ou humaine (guerres et conflits de tous types). Ainsi, le Covid-19, a entraîné le report des élections dans plus de 80 pays.
Chaque jour des centaines de repas déshydratés partent pour le front. Cuisine internationale des volontaires, Ukraine, août 2026.
Les autres erreurs de Mykhaïlo Fedorov
Commençons par dire que nous lui faisons crédit de sa volonté de lutter contre la corruption par la passation de marchés réguliers et de sa volonté de réformer les contrats de service armé. C'est important. Mais d'une part, aucune initiative ou plan militaire ne devrait être mis en place par le ministère de la Défense indépendamment de l'état-major des armées (point 3 de son bilan) [24]. D'autre part, il est dangereux de répandre l'idée que la guerre serait essentiellement une question technique car elle est avant tout politique. Cela a toujours été et le restera, nous ne tarderons pas à le savoir. Par ailleurs, Fedorov a dit dans une interview à l'agence Reuters le 25 août que son pays pouvait perdre la guerre cet hiver. Quels que soient les arguments avancés, ces propos ne peuvent en aucun cas être tenus par quelqu'un qui a des responsabilités dans la défense de son pays. À l'évidence les problèmes sont nombreux mais mieux vaut œuvrer à les résoudre que d'en faire une dénonciation politicienne. Enfin, il a accepté un contrat avec le ministère de la Défense italien, c'est-à-dire avec un gouvernement d'extrême droite [25].
Partie Est du mur des victimes de la guerre russe, devant le monastère St Michel à Kiev.
Des pays de l'UE sont régulièrement survolés par des avions russes
Des avions russes effectuent des vols au-dessus de la mer Baltique ou du couloir terrestre de Suwałki [26] (c'est-à-dire qu'ils survolent l'espace aérien polonais ou lituanien) sans plan de vol, transpondeurs éteints et sans contact radio. Ces comportements déclenchent des missions d'interception d'urgence qui se comptent par centaines chaque année. Par exemple, pour la seule journée du 2 juin 2026, des Rafale français ont dû intercepter six chasseurs, bombardiers ou avions de reconnaissance russes qui s'approchaient de la zone balte [27]. Mais il n'existe pas de chiffre qui rende compte des survols de l'ensemble de l'espace aérien européen par des avions russes depuis le 24 février 2022. Il y en aurait eu au moins neuf en Finlande, cinq en Suède et des dizaines d'appareils russes espions IL-20 auraient été interceptés en Estonie. Mais une chose est certaine : même après plusieurs minutes de survol sans autorisation, aucun n'a été abattu alors qu'en 2015 la Turquie (membre de l'Otan) avait détruit un Sukhoï 24 qui avait survolé son territoire pendant 17 secondes, sans que cela prête à conséquence. Ainsi, depuis le début de cette guerre, l'armée russe teste les temps de réaction des pays occidentaux, enregistre les fréquences des radars et maintient une pression militaire et politique constante sur les populations visées. Elle ne manquera pas de main-d'œuvre pour cartographier tous les sites sensibles en UE : 170 000 Russes y résident de manière régulière, sans parler des agents d'occasion ou jetables et de groupes sympathisants qui s'empressent de l'aider.
Les missiles russes s'affranchissent des frontières européennes.
En Pologne, à plusieurs reprises [28], des missiles de croisière russes ont pénétré l'espace aérien polonais avant de s'y écraser ou de faire demi-tour, sagement suivis par les radars du pays.
L'Ukraine a plusieurs fois rapporté le survol de son territoire à revers par des missiles russes provenant de l'espace aérien roumain [29], notamment en février 2023, bien que Bucarest n'ait pas confirmé ces trajectoires, du moins jusqu'en 2026. A contrario, la Moldavie a constaté et dénoncé à plusieurs reprises le survol de missiles russes traversant son espace aérien lors de frappes contre les infrastructures ukrainiennes.
Selon les bases de données compilées par des centres de recherche et des analystes de défense, on recensait environ 4 à 6 survols de l'espace aérien européen par an entre 2022 et 2024. Une accélération très nette a été constatée par la suite, avec une multiplication des intrusions, recensées par dizaines depuis 2025 [30].
Il y a toujours plus de drones russes dans le ciel de l'UE
En 2025, la Roumanie a enregistré un grand nombre de survols et de chutes de drones russes qui attaquaient à revers les infrastructures des ports ukrainiens sur le Danube. En septembre 2025, des F-16 ont suivi un drone russe durant cinquante minutes au-dessus de l'espace aérien roumain, avant qu'il ne le laisse repartir vers sa cible ukrainienne. Le 29 mai 2026, un drone russe a touché un immeuble d'habitation, faisant plusieurs victimes [31]. L'armée de Poutine a ainsi utilisé à plusieurs reprises l'espace aérien roumain, biélorusse ou moldave pour bombarder l'Ukraine.
On se souvient que le 10 septembre 2025 en Pologne, des F-16 et des F-35 de l'OTAN ont été utilisés pour abattre quatre des vingt drones russes intrus, ce qui démontrait une fois encore que cette alliance est en retard d'une guerre [32], quoi qu'on en pense.
Entre le 16 septembre et le 16 octobre 2025, au moins 18 drones suspects ont été observés au Danemark, en Suède ou en Norvège. Ces drones ont été envoyés à partir de navires de la « flotte fantôme » russe dont la route erratique entre Allemagne, Danemark, Suède et Norvège, a fait l'actualité durant plusieurs jours en Europe [33].
Au cours de l'année 2025 en Allemagne, l'Office fédéral de police criminelle (BKA) a enregistré plus de 1 000 vols de drones suspects. Ces survols ont concerné des aéroports, des ports, des sites industriels et des installations militaires. En octobre 2025, des intrusions de drones ont notamment paralysé le trafic aérien à l'aéroport de Munich pendant plusieurs heures [34]. Le 13 septembre 2026, des documents internes du gouvernement allemand qui ont été rendus publics décrivaient l'ampleur réelle de la menace que représentent ces milliers de vols de drones et les failles de sécurité constatées à ces occasions [35].
Moscou a déployé au moins dix bases secrètes et permanentes de drones et 59 nouveaux rails de lancement à la frontière occidentale de la Russie. Une des bases dispose de suffisamment d'espace de stockage pour lancer plus de 1 000 drones simultanément [36]. Au total, jamais autant de drones n'ont pénétré le ciel européen qu'en cet été 2026.
Les attaques de drones se multiplient, notamment en Allemagne
Le 4 août 2026, une série d'incidents impliquant des drones chargés d'explosifs ont paralysé l'aéroport de Leipzig, le second pour le transport de fret en Allemagne [37]. Que s'y est-il exactement passé ? L'attaque était une opération prévue en deux temps, révélant une certaine sophistication technique. Un premier drone chargé d'explosif Semtex a été découvert au sol, tout près d'un avion-cargo Antonov qui revenait de France, chargé de matériel militaire. L'engin n'a pas explosé en raison d'un dysfonctionnement de son détonateur, puis un conducteur de bus a alerté les autorités. Peu après, un second drone a percuté en vol un avion-cargo de la compagnie DHL et bien qu'il fût en phase d'atterrissage, il a été dérouté vers Hanovre car l'aéroport nécessitait une fermeture d'urgence. Cette double attaque a bloqué l'un des hubs logistiques les plus importants d'Allemagne.
Pourquoi la découverte d'un troisième drone est-elle si alarmante ?
La découverte d'un troisième drone dix jours après la double attaque initiale a fait basculer l'enquête dans une nouvelle dimension. Retrouvé dans un champ en bordure de l'aéroport, cet engin portait des traces d'hexogène (aussi connu sous le nom de RDX), un explosif militaire extrêmement puissant, ce qui confirmait l'intention criminelle des opérateurs. Cette troisième machine, ainsi que d'autres composants comme une antenne fixée à un arbre et des pièces électroniques, dessinent les contours d'une opération de guerre planifiée plutôt que d'une simple provocation. Les enquêteurs pensent que les auteurs avaient prévu une action de grande envergure. Sans aucun doute, l'échec technique du premier drone a permis d'éviter un drame majeur qui aurait provoqué des victimes. Il a aussi permis de confirmer à moindres frais, et s'il en était besoin, une menace structurelle et pérenne depuis juillet 2024, laquelle s'est poursuivie par une série de 18 incidents de drones ayant perturbé le trafic de l'aéroport de Leipzig depuis janvier 2026. Question : à partir de quand et de combien de morts cessera-t-on de parler de « guerre hybride », de « zone grise » ou à présent de terrorisme d'État ?
Qui est suspecté d'être derrière ces attaques ?
Le premier suspect, Andrei K., de nationalité biélorusse et possédant aussi un passeport russe, serait entré dans l'espace Schengen muni d'un visa touristique italien délivré à Minsk. Le second, Oleg L. qui possède un passeport letton et un passeport russe, aurait agi comme logisticien et instructeur de l'attaque. Arrivé à la fin du mois de juillet en Allemagne, l'homme aurait loué une voiture pour se rendre dans la région de Leipzig avant de quitter le territoire le 2 août. L'ADN de cette personne correspond à celui qui a été retrouvé lors de l'attentat incendiaire manqué du 20 juillet 2024 au centre logistique de DHL [38], également situé sur l'aéroport de Leipzig.
Les soupçons se tournent donc vers les services russes. Un membre du renseignement états-unien a affirmé à ABC News que la conception du drone et les explosifs utilisés portaient la signature typique du GRU, la direction du renseignement militaire russe. L'analyse, menée conjointement avec les agences allemandes, laisse peu de place au doute.
Comment l'Allemagne réagit-elle face à cette menace ?
Cette affaire met en lumière la vulnérabilité des infrastructures critiques dans l'ensemble des pays européens face à de nouvelles formes d'agression armée. Les attaquants agissent désormais sans scrupules, acceptant de causer des dommages matériels graves et même des victimes. « La technologie employée et l'interaction des différents éléments doivent être qualifiées de professionnelles et révèlent un haut niveau d'expertise technique ainsi qu'un effort organisationnel substantiel », a déclaré le ministre allemand de l'Intérieur. Ce qu'il oublie surtout de préciser, comme de nombreux médias, c'est que l'approche des deux drones sur le tarmac de Leipzig n'avait pas été détectée.
En conséquence de la gravité de ces actes en série, l'Allemagne a fermé le consulat russe à Bonn et le centre culturel russe de Berlin le 18 septembre 2026 [39]. En outre, les pays occidentaux ont-ils pris des mesures de solidarité avec le pays attaqué ? Sans commentaire.
Merz scrute le ciel de Kiev durant les attaques de drones à réaction, début octobre 2026.
Sabotages, piratages et attaques visant des personnes physiques
Depuis mars 2024, des engins incendiaires [40] dissimulés dans des colis ont pris feu dans des centres de tri en Allemagne, en Pologne et sur le tarmac de DHL au Royaume-Uni, ce qui mettait en jeu la vie des personnels civils au sol ou en vol [41].
En 2025, trois incendies criminels ont visé les biens de l'ex-Premier ministre britannique Keir Starmer [42]. À ce propos, la police nationale ukrainienne a déclaré que dans un réseau russe qui avait planifié des actes de sabotage dans onze pays, dont le Royaume-Uni, un tiers des « agents jetables » recrutés sur Internet étaient préférentiellement choisis parmi les Ukrainiens en exil [43].
Les piratages répétés d'infrastructures critiques ont visé des systèmes informatiques gouvernementaux (voir le site Diploweb), des installations énergétiques (comme une centrale de chauffage publique en Suède [44]) et des réseaux de transport [45] européens. Le 15 novembre 2025, un engin explosif de qualité militaire avait été déclenché sur la ligne ferroviaire Varsovie-Lublin près du village de Mika et un deuxième acte de sabotage avait visé un train transportant 475 passagers qui a dû s'arrêter de toute urgence. « L'objectif était de provoquer une catastrophe ferroviaire par un acte de sabotage sans précédent », avait déclaré Donald Tusk aux députés [46]. On ne peut évidemment s'empêcher de penser au rail de 300 kg qui a été déposé sur la voie ferrée reliant les villes de Rouen et Caen le 11 septembre 2026. D'autant que quelques jours plus tard, mardi 15 septembre, les Pays-Bas ont fait face à 24 sabotages coordonnés de leur réseau ferroviaire, au point de rendre impossible la circulation des trains [47]. Huit jours plus tôt, en Allemagne, un engin avait explosé près de la gare centrale d'Augsbourg, faisant deux blessés [48].
En mer Baltique le 31 décembre 2025, les autorités finlandaises et estoniennes ont arraisonné le cargo Fitburg de la flotte fantôme commandé par le Russe Andrei Maksimenko pour avoir tenté d'endommager un câble de télécommunications sous-marin reliant Helsinki à l'Estonie. Les actes de sabotage perpétrés par les forces russes contre les câbles et pipelines sous-marins constituent une préoccupation croissante en mer Baltique et dans les régions arctiques [49].
Plusieurs incendies suspects ont visé ou détruit des infrastructures civiles et industrielles en Europe, notamment des entrepôts logistiques. En Italie, l'usine de munitions du groupe franco-allemand KNDS, située à Colleferro, à environ 40 km au sud-est de Rome, a subi un incendie suivi d'une puissante explosion qui a entièrement détruit le site, le 13 août 2026.
En Pologne le 31 août 2026, à 140 km au sud de Varsovie, un incendie a éclaté dans l'usine de drones WB, un groupe privé spécialisé dans les systèmes électroniques de défense. Le même jour un violent incendie a détruit un entrepôt de l'entreprise JFG Composites à Lublin. Environ soixante pompiers ont combattu les flammes pendant sept heures [50].
À Munich, devant le groupe technologique Rohde & Schwarz qui fabrique des équipements de sécurité et devant le fabricant de drones Helsing, plusieurs engins incendiaires ont été déclenchés dans la nuit du 2 au 3 septembre 2026 [51].
Un peu partout en Europe, les services de renseignement et de police signalent des achats de biens immobiliers à proximité d'installations militaires ou d'infrastructures sensibles. Au Danemark, le service de renseignement PET a averti que la Russie prépare des attentats contre l'industrie de défense du pays [52].
Manifestation à Kiev, juillet 2026
Les opérations de désinformation russe s'étendent et se perfectionnent
Ces campagnes connaissent une extension géographique et un perfectionnement technologique sans précédent. Elles dépassent de loin celles de l'Internet Research Agency qui était l'usine à trolls détenue par le défunt chef du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine. C'est un effort coordonné de propagande qui cherche à manipuler l'opinion publique et à orienter les votes lors d'élections majeures : on se souvient de l'opération de Cambridge Analytica qui a favorisé la première élection de Trump. En Roumanie, lors de la campagne présidentielle de 2024, le Kremlin avait orchestré sur les réseaux sociaux une opération de soutien au candidat d'extrême droite pro-russe Călin Georgescu, qui était alors arrivé en tête ; ces élections avaient ensuite été annulées par la Cour constitutionnelle du pays en raison de cette ingérence massive et avérée.
En 2026, ces opérations ne se limitent plus à la diffusion de fausses nouvelles, mais s'inscrivent dans une stratégie globale de « guerre cognitive » autrement connue sous le nom de « contrôle réflexif » : il ne s'agit plus de convaincre ou de légitimer la politique du Kremlin mais d'asphyxier l'espace informationnel, de saturer l'esprit critique et de proposer des arguments « contre » qui aient toutes les apparences de la véracité ou de l'expertise [53]. À noter : depuis le mois de mars 2026, plusieurs comptes Telegram, VK ou TikTok évoquent l'apparition d'une « République populaire de Narva » (ville russophone frontalière au nord-est de l'Estonie), à l'instar des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk qui avaient été créées de toutes pièces par Poutine dans l'est de l'Ukraine [54].
Selon les rapports du Service européen pour l'action extérieure, la France est devenue la deuxième cible mondiale de ces ingérences juste derrière l'Ukraine, d'une part afin de défaire définitivement ce qui reste de la Françafrique, et d'autre part en raison des probabilités de l'accès au pouvoir de l'extrême droite en 2027 dans ce pays. Les réseaux russes en viennent à pirater l'identité visuelle de médias occidentaux de référence ou de la presse régionale et y insèrent des articles réécrits par intelligence artificielle.
Assassinats ciblés et tentatives sur le territoire de l'UE
En Grande-Bretagne en mars 2018, en Allemagne en 2019 et 2024, en France en 2022 et 2025, en Espagne en 2024, les assassinats et les tentatives étaient venus rappeler que les us et coutumes du KGB avaient perduré au sein du FSB ou du GRU avec le soutien du Kremlin [55].
La tentative d'attentat à l'explosif déjouée en juin 2024 à Roissy aurait pu provoquer la mort de plusieurs dizaines de personnes si elle n'avait pas été neutralisée à temps. La même année, du temps de Biden, les États-Unis avaient aidé à déjouer un complot russe destiné à tuer le PDG de Rheinmetall, le plus grand groupe de défense allemand et fournisseur majeur de munitions à l'Ukraine. En mars 2026, le parquet allemand a annoncé l'arrestation de deux personnes, qualifiées d'agents « jetables », qui auraient espionné l'entrepreneur de la défense Stefan Thumann afin de préparer son meurtre. Dans un entretien, celui-ci explique qu'il est contraint de vivre sous protection policière permanente depuis que les autorités ont découvert un projet d'assassinat orchestré par les services russes, peu avant Noël 2025. Depuis, il habite dans des lieux tenus secrets, protégé par des gardes du corps, et n'a pas vu sa famille depuis des mois. Il a rédigé un testament et des directives anticipées en matière de soins de santé au cas où il serait empoisonné [56].
Cette guerre n'est pas un conflit territorial, mais bien une agression impériale qui met en jeu la vie et l'avenir de toute une population. Mais malheureusement, un des problèmes majeurs que celle-ci affronte au niveau international, c'est le double standard d'une opposition bien pensante ou tributaire des résidus staliniens : d'une part elle dénie aux Ukrainiens tous les droits qu'elle accorde, à juste titre, aux Gazaouis et d'autre part l'agression russe n'est pas nommée comme impériale alors qu'elle l'est pour Gaza. Et les gouvernements occidentaux ne font pas mieux : ils ont oublié tous leurs engagements à défendre la souveraineté ukrainienne depuis la signature du mémorandum de Budapest en décembre 1994 et ce n'est qu'au mois de mai 2026 qu'un tribunal spécial a enfin été créé par 36 pays pour juger le crime d'agression russe [57].
« L'Europe a donné à la Russie quatre années pour perfectionner ses méthodes de destruction aérienne qu'il est de plus en plus difficile d'arrêter. Les civils ukrainiens en paient le prix tandis que l'Europe s'inquiète de plus en plus d'une menace à laquelle elle a eu des années pour se préparer » [58].
Comment la notion de guerre hybride a-t-elle été introduite ?
La première utilisation publique du terme « guerre hybride » par le général James Mattis [59] date d'un forum des Marines en 2005, où il l'a présentée comme la fusion de différentes formes de guerre, notamment conventionnelle, irrégulière, terroriste et criminelle, mais en oubliant ses aspects prosélytes, immatériels. Certes, c'était il y a plus de deux décennies, mais les États-Unis ont toujours eu des difficultés à comprendre les véritables dimensions de la propagande soviétique puis russe, tout autant que ses fondements.
En 2014, l'annexion de la Crimée par la Russie et son intervention armée dans l'est de l'Ukraine furent généralement évoquées conjointement, comme s'il s'agissait d'un seul et même événement. L'utilisation du terme « guerre hybride » allait alors englober ces deux opérations de manière indistincte [60]. Et c'est lorsque l'OTAN s'est mise à utiliser cette notion pour décrire ces deux agressions de la Russie que les références à ce terme ont explosé [61]. Presque du jour au lendemain, il est devenu la manière de désigner les actions de la Russie en Ukraine et, peu à peu sa politique étrangère [62].
Mais l'utilisation du mot guerre de manière indifférenciée, par exemple dans « guerre de l'information », « cyberguerre » et « guerre hybride » contribue à rendre indéterminées les limites entre la guerre ouverte ou un conflit armé et les hostilités ou affrontements sans armes. Cela permet également de détourner le regard lorsqu'un véritable acte de guerre ou d'agression est commis [63]. En outre, la notion de « guerre hybride » vise soit toutes sortes d'activités hostiles, soit une politique globalement et délibérément contraire aux règles de la guerre ou aux normes du droit international. C'est aussi une locution rassurante qui euphémise la réalité, à savoir les sabotages, les incendies criminels, les meurtres ou tentatives de meurtres contre des personnes [64].
Résumons : du côté de l'agresseur, les frontières de la guerre sont sciemment brouillées de longue date, et du côté des Occidentaux, la notion de « guerre hybride » les brouille sémantiquement, permettant ainsi de surseoir à toute réponse appropriée, sans oublier que de surcroît tout acte d'agression peut alors être rapporté à une politique connue, habituelle sinon condamnable, de l'État russe. Ainsi, plutôt qu'un concept, le terme de « guerre hybride » est une étiquette utilisée afin d'éviter de réveiller les foules ou d'actualiser un débat.
La dynamique des actes d'une guerre non déclarée
Lorsqu'ils sont commis par des agents recrutés sur Internet, les « actes de guerre non déclarée » visent à générer la surprise, l'ambiguïté, la tromperie afin d'éviter l'attribution de l'action, de maximiser le déni de responsabilité et de permettre in fine l'inversion accusatoire. Aucun de ces éléments pris individuellement n'est nouveau, mais la combinaison et l'orchestration de différentes actions sur plusieurs plans et à plusieurs titres est censée rendre délicate toute réponse adéquate. Ces actes sont dirigés vers les vulnérabilités européennes [65] de l'ennemi et visent à complexifier la prise de décision, voire à la paralyser en la délégitimant.
Mais la nouveauté des moyens de la guerre ne détermine pas obligatoirement la nécessité de créer un nouveau concept. D'ailleurs, les concepts ne sont pas élaborés pour rendre compte d'une nouveauté ; ce sont des constructions théoriques grâce auxquelles nous donnons un sens à une réalité étendue et complexe, particulièrement lors d'un saut qualitatif ou d'une rupture fondamentale. S'agissant de nommer ce qui se passe sur le territoire européen, la notion de « guerre hybride » est une lapalissade car depuis qu'elles existent, les guerres ont toujours été hybrides, c'est-à-dire que de tout temps elles furent militaires, industrieuses, politiques, économiques, idéologiques, psychologiques et visaient parfois gouvernants et populations adverses. Ce n'est donc pas quelque chose de nouveau, ou pas encore : lorsque l'IA sera devenue déterminante, alors la nature de la guerre aura elle-même changé [66]. Alors, l'interdit du meurtre [67] ne sera plus levé de manière officielle et même rituelle par les responsables gouvernementaux d'un pays dans une déclaration de guerre signifiée à un autre pays, mais il sera tout simplement devenu obsolète sur les champs de bataille, puis ailleurs. En d'autres termes, lorsque les interdits tomberont de manière définitive et généralisée comme le souhaitent les libertariens étatsuniens, alors le devenir de l'humanité rejoindra celui qu'appellent de leurs vœux les évangéliques apocalyptiques autour de Trump [68] ou le patriarche Kirill proche de Poutine. À travers cette dénomination à la mode de « guerre hybride », ce sont tous les bouleversements en cours qui sont ainsi passés sous silence, ce qui dépolitise le débat.
« Nommer "hybrides" ces opérations édulcore, selon nous, à la fois leur ampleur géographique (échelle du continent), leurs effets (économiques et psychologiques) sur les infrastructures et les populations frappées et leur rôle dans la stratégique militaire russe » [69].
Dans ce que nous préférons appeler la « guerre armée tous azimuts », les forces régulières ou irrégulières, les services secrets, tous les groupes armés ou non, les mercenaires, les proxys et les agents jetables [70] sont intégrés opérationnellement, stratégiquement et tactiquement dans une politique globale qui vise à promouvoir les ambitions d'un État. La force est déployée sur tous les champs d'activités humaines définis comme des champs de batailles géographiques, historiques, économiques, psychologiques et politiques, sans égard pour les droits humains, ceux des peuples, ni les conventions, traités ou normes internationales, considérées comme dépassées, voire nulles et non avenues.
Les ponts de Kiev actuellement visés par Poutine.
Une idéologie certes hétéroclite, mais indéniablement impériale
L'idéologie portée par la nostalgie des empires russe et soviétique est le premier véhicule des guerres de Poutine, en réaction à la chute de l'URSS qu'il n'arrête pas de nommer depuis 2005 comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle ». Les descendants des dizaines de millions de morts de « la guerre de trente ans » ou des camps d'extermination nazis apprécieront. Disons-le une fois de plus, l'URSS est morte d'une sorte de septicémie généralisée : corruption morale, économique et politique, pillage des ressources et criminalisation des pouvoirs à tous les niveaux, etc.
Cinquième empire [71] selon l'écrivain ultra-nationaliste Alexandre Prokhanov [72] ou État-civilisation héritier de Byzance, de l'Église orthodoxe, de la spiritualité russe, de l'eurasisme et du soviétisme ? Depuis le début du XXIe siècle et la création du club Valdaï, plusieurs courants ont été agrégés par le pouvoir afin de construire une idéologie syncrétique qui vise à glorifier un État fort, fabriquer une nation irrédentiste, héroïser un peuple mythique (la grande guerre patriotique) et désigner un ennemi irrévocable (l'hydre occidentale). C'est surtout une idéologie qui essaie de raccommoder entre eux des morceaux d'histoire disparates. Autant dire que tout était à reconstruire de ce point de vue, étant donné les désastres accumulés durant le XXe siècle. Dans ces conditions, le pouvoir ne peut pas se permettre de perdre la guerre en cours, il y va de la survie du régime. C'est aussi une des raisons fondamentales qui permet de comprendre pourquoi Poutine y a engagé l'ensemble des institutions de son pays, son économie, ses industries, ses services de force, son système éducatif et universitaire, sa politique intérieure et étrangère. En outre, tout chef mafieux sait que s'il est mis en échec, alors ses jours sont comptés, comme il l'a d'ailleurs récemment dit [73].
Le Kremlin conduit donc résolument cette guerre dans l'espace aérien et numérique, dans les sphères psychique et cognitive, sur mer et au fond des abysses, sur terre et dans l'intimité des corps. Une guerre totale. Comme on peut le constater sur le front ukrainien depuis des années, ce que la Russie ne peut conquérir, elle le détruit méthodiquement et même plus, elle détruit tout, de manière systématique, pour avancer selon l'immuable tradition soviétique : la vie de ses propres soldats ne lui importe en aucune manière, pas plus que la vie tout court.
Prylouky, région de Tchernihiv, 9 morts le 7 octobre 2026.
En Europe, les épreuves du feu ne seront pas uniquement sur le front
Les situations exceptionnelles révèlent les caractères des uns et les limites des êtres. Or, nous vivons une période hors du commun à plusieurs titres.
La reconfiguration des rapports de pouvoir entre grandes puissances, tous les conflits armés en cours, l'agression impériale qui se déroule sur le sol européen depuis le 24 février 2022 et met en œuvre des forces destructrices bien plus grandes que partout ailleurs, la montée des extrême droites au niveau international, la zombification des foules par les réseaux dits sociaux dessinent un paysage autrement préoccupant que celui des années 1933 [74] et suivantes. Prenons pour exemple un seul des caractères reconnus du nazisme, à savoir la destruction des organisations ouvrières. Le néo-libéralisme a fait mieux, en quelque sorte : dans les années 1970, il a totalement bouleversé les rapports de force entre capital et travail en « externalisant » les classes ouvrières géographiquement, économiquement, socialement, en les « effaçant » de l'univers mental des Occidentaux et par contrecoup, de leur théorie politique. S'ajoutant à ce que nous avons déjà nommé « les trois ruptures de mémoire depuis 1945 », la dépolitisation est à son comble, ce qui engendre des discours généraux et abstraits sur la guerre et la paix que les trolls de Poutine se font un plaisir de répandre sur Internet. Le point commun de tous ces discours, c'est qu'ils « oublient » le peuple ukrainien et passent par pertes et profits ses centaines de milliers de victimes. Ce qui, de tous les points de vue est inadmissible.
Mais qu'il s'agisse de l'un ou l'autre des quatre phénomènes évoqués plus haut, la doxa journalistique consiste à nous répéter que mieux vaut ne pas en parler pour éviter de faire peur au bon peuple ou de faire de la publicité aux populistes. Malheureusement, les autruches aussi sont menacées d'extinction. En outre, quel que soit le sujet abordé, indéniablement, on peut parfois sentir flotter dans l'air une atmosphère éditoriale qui vise à nous préparer à une mutation détestable de régime politique [75] en 2027.
Mais est-ce une mutation radicale ? Plutôt un retour des années sombres dont la réalité fut refoulée durant des décennies par l'historiographie française, le temps des deux dernières guerres coloniales et même onze ans au-delà [76]. Et pour rappel, que disait Pétain en mai 1940 ? « Qu'il faut cesser le combat pour épargner des vies humaines supplémentaires et éviter une destruction totale du pays ». Or, il est très étonnant de constater que c'est exactement ce que disent et répètent Trump et certains autres Occidentaux à l'adresse des Ukrainiens. Les arguments se ressemblent mais les traitrises se sont payées très cher. En l'occurrence par des dizaines de millions de victimes supplémentaires.
Ici même, certaines prises de parole ou éditoriaux visent à l'abandon du peuple ukrainien [77] qui, loin de nous préserver des dangers de guerre, les rapprochent. Quelles que soient les raisons avancées – la plus populiste étant celle qui consiste à dire que cela nous coûte cher en pouvoir d'achat [78] – il est nécessaire de rappeler qu'il eût été sûrement plus « économe » (y compris pour l'avenir des populations du monde entier) de déployer quelques milliers de soldats à la frontière de l'Ukraine en 2021 afin de dissuader Poutine d'envahir un pays souverain [79]. D'autant qu'à cette époque l'armée russe n'était que l'ombre d'elle-même. Que ne l'ont-ils pas écrit et dit sur tous les tons à l'époque ?
D'un autre côté, ce n'est pas mieux, on en est resté à la guerre froide qui avait l'avantage de partager le monde en deux univers – celui du bien et celui du mal – et aux travestissements des horreurs staliniennes. Le goulag et l'Holodomor qui firent des millions de morts puis l'étroite collaboration entre l'URSS et le IIIe Reich de 1939 à 1941, ont été dissimulés ou présentés comme de malheureuses nécessités historiques sur la route du socialisme ou de la Victoire, tandis qu'ils voudraient à présent nous faire croire à un réarmement impérial de l'Allemagne dirigé contre l'Europe et même contre la France, alors qu'elle est de loin la première contributrice de l'aide aux Ukrainiens. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle est fielleusement ciblée. De plus, les progrès de l'AfD (activement soutenue par Moscou et par l'administration de Trump) aidant, nous ne sommes pas loin ici de la dénonciation des boches comme de vrais nazis, ce qui ravit le Kremlin.
Si vous voulez éviter la guerre, la chose est simple : « Soumettez-vous. » Cette petite musique s'entend derrière les appels à la « désescalade » [80].
Le front des Ukrainiens, celui des Russes et les Occidentaux
Sur le front, les Russes perdent quotidiennement environ un millier de soldats et n'avancent plus. En Ukraine, la vie devient de plus en plus difficile et dangereuse pour les civils, notamment dans les grandes villes. Quant aux habitants de la fédération de Russie, ils découvrent jour après jour à quel point leur vie était devenue dépendante d'Internet depuis que Poutine a bloqué Facebook et Instagram, Signal, restreint partiellement Telegram et WhatsApp, puis Snapchat et Facetime [81], alors qu'en février 2026 WhatsApp a été complètement bloqué. Les coupures de réseau et les problèmes de carburant automobile font monter la grogne dans certaines populations de la fédération et même chez les blogueurs militaires, sans que cela puisse déboucher sur une quelconque protestation massive et organisée : le FSB est partout et la conscience politique nulle part, étant donné son éradication systémique depuis un siècle.
Sur le terrain diplomatique, la visite inopinée à Moscou du directeur de la CIA – sans que nous ayons eu connaissance de son contenu –a effectivement frappé les esprits en Occident, car elle n'est pas sans rappeler celle qui précéda l'invasion du 24 février 2022. Mais d'après leurs déclarations espacées de quelques heures à la mi-septembre, il semble qu'au moins cinq responsables politiques occidentaux en sachent un peu plus. Toujours est-il que le 18 septembre en France – outre le premier ministre, les chefs de partis et candidats à la présidence – les principaux responsables de l'armée, du renseignement civil et militaire et de l'énergie [82] étaient convoqués dans le bunker de l'Élysée pour une réunion qui a duré trois heures. De même, pour faire face aux menaces et tentatives de sabotage de la Russie, le gouvernement britannique a annoncé, le 25 septembre, la tenue de réunions de sécurité à huis clos auxquelles des représentants des secteurs de la défense et des infrastructures nationales critiques seront invités ; il conseille également aux habitants de se préparer aux situations d'urgence par le biais d'un site officiel (https://prepare.campaign.gov.uk/). La Lituanie met au point un plan d'évacuation de sa population vers la Pologne ; celle-ci a formellement intégré la région frontalière du nord-est comme corridor de transit logistique et d'accueil pour les populations baltes [83]. L'Allemagne prépare des hôpitaux en cas de conflit armé [84]. Le Conseil fédéral suisse a adopté une nouvelle stratégie de sécurité le 18 septembre 2026. No comment.
Fin septembre 2026
Détournement d'une image du bombardement de la raffinerie de Moscou le 18 juin 2026.
Annexe 1
La force immense d'une idéologie millénariste
Ce qui nous apparaît comme la part délirante d'une idéologie impériale, c'est précisément ce qui fait sa force, ce qui peut non seulement hystériser des foules immenses mais entraîner le monde entier dans la guerre. Hitler, son premier cercle et les nazis s'enflammaient eux-mêmes à l'idée de conquérir un « espace vital » non pas pour eux-mêmes, mais afin de « préserver in fine la pureté de la race aryenne pour le bien de l'humanité tout entière ». Où l'on constate que la recherche de la pureté au centre du réformisme protestant [85] contribuait de facto à sanctifier la « refondation d'une race supérieure » supposément élue, non par Dieu mais par le biais de recherches linguistiques, anthropologiques et archéologiques, appelées à y concourir de manière tout à fait profane et moderne par l'appareil d'État nazi [86]. Ainsi, le caractère fortement cohérent de l'idéologie nazie qui s'apparentait à la force d'un mythe fondateur, s'est également appuyé sur le darwinisme social et l'eugénisme, lequel portait en Allemagne le nom « d'hygiène raciale » [87]. L'universalisme aussi y était convoqué, mais au pas de l'oie, évidemment.
À l'époque, les chancelleries occidentales avaient « le tact » de ravaler ce discours à des « buts de guerre », mais l'évasive neutralité de cette formule masquait un ambitieux dessein impérial qu'elles auraient eu bien du mal à critiquer au fond, représentant elles-mêmes des empires. Le nazisme était donc beaucoup plus qu'une idéologie – une ontologie – et très loin d'être la transcription d'une parole mentalement dérangée comme on a longtemps voulu nous le faire croire. Ou alors il faudrait la rapprocher d'une invocation chamanique des temps modernes. Car le discours nazi avait sa rationalité : pour autre preuve, l'engagement de la grande majorité des scientifiques aux côtés du NSDAP [88]. Mais c'est sa part mythique/délirante qui fut capable de bouleverser le monde car elle était en prise sur notre quête d'un au-delà du Réel et du quotidien, sur notre besoin de rêve ou d'absolu comme les poètes l'avaient déjà compris, bien longtemps avant les psychanalystes.
Annexe 2
Une élaboration déficiente, des ruptures de mémoire paralysantes [89]
Depuis des décennies, un abîme d'incompréhension politique perdure. Nous en donnons une illustration possible par les deux thèses suivantes et qui ont trait à l'histoire des États-unis. C'est certes un sujet connexe à notre propos, mais elles le rejoignent par le biais de la théorie politique, car c'est bien là que réside le problème. Les lignes ci-dessous ne sont donc qu'un aperçu simplifié, concis et frappant, un résumé des arguments déjà documentés et développés dans des ouvrages ou textes précédents [90] :
I - Bien que le peuple juif en ait payé le prix fort, l'essence du nazisme n'a toujours pas été comprise et ce n'est pas l'antisémitisme. Avec les « expériences médicales » d'Eugen Fischer [91] sur les Héréros et les Namas de Namibie en 1904 et grâce à l'eugénisme étatsunien (porté par l'American Eugenics Society ou l'Eugenics Record Office, ERO), puis soutenu par les présidents Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson et financé par les grandes fondations Carnegie ou Rockefeller, le nazisme prend sa source trente ans avant son accession au pouvoir et deux décennies avant la publication de Mein Kampf. Outre le fait qu'il fut son correspondant à cette époque, le directeur de l'ERO, Charles Davenport œuvra de manière décisive afin que Fisher réintègre la communauté scientifique internationale après 1918. Celui-ci acquit ensuite une grande reconnaissance sous le République de Weimar en prenant la direction du prestigieux institut Kaiser-Wilhelm d'anthropologie, d'hérédité humaine et d'eugénisme à Berlin en 1927.
II – Les États-Unis sont un jeune pays dont l'histoire est émaillée de trois crimes contre l'humanité : l'esclavage des Africains, l'éradication des Amérindiens et les bombardements nucléaires [92]. En outre, le nazisme aurait-il existé ou connu un tel essor sans le soutien, l'appui, le patronage ou l'assistance de ce pays aux différents niveaux suivants : idéologique (eugénisme, racisme, ségrégation [93]), culturelle (avec Hollywood [94]), financier (plans Dawes et Young de 1924 et 1929), bancaire (Hjalmar Schacht [95] et la famille Warburg), industriel (Ford, General Motors, Dupont, ITT, IBM), technologique (transfert de brevets), économique (répartition des marchés mondiaux entre IG Farben et la Standard Oil), juridique (exemplarité étatsunienne décisive pour élaborer les lois de Nuremberg [96]) ? Certainement pas. Nous ne développerons pas ici les conséquences de tous ordres de ces deux thèses, mais il est possible d'apercevoir certains de leurs aspects décisifs s'il s'agit de comprendre la marche actuelle du monde.
Annexe 3
La préparation de la guerre mondiale en six ans et en onze dates
Annexe 4
Ces deux dernières annexes ont pour objet de montrer comment, dans certains milieux, se perpétue au fil des ans la dépolitisation des foules et se prépare l'arrivée au pouvoir de ceux qui plaident pour l'abandon du peuple ukrainien aux bombes russes.
Janvier 2022 : « Vladimir Poutine n'envahira pas l'Ukraine »
Couramment invité de certains plateaux, Renaud Girard est présenté comme un géopolitologue confirmé. S'agissant de l'agression russe en Ukraine, rappelons ce qu'il écrivit le 18 janvier 2022 à ce sujet dans Le Figaro : « Contrairement aux craintes publiquement exprimées par le gouvernement ukrainien au mois de décembre 2021, puis reprises par les autorités américaines, Vladimir Poutine n'a aucunement l'intention d'envahir l'Ukraine [97]. […] Poutine – tel l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing – a toujours vu l'Ukraine comme une simple marche de la Russie, une sorte d'entité périphérique […] ne pouvant pas aspirer à d'autre destin que celui d'État-tampon, protecteur du territoire de la Sainte Russie. Ce territoire a, il est vrai, subi, depuis l'époque moderne, quatre invasions venues de l'Ouest (les Polonais, les Suédois, les Français, les Allemands). Mais le fait que la Russie ne daigne pas parler d'égal à égal à l'Ukraine ne signifie pas que Poutine ait envie de l'envahir prochainement. Car il sait qu'il n'y a pas intérêt. […] Poutine n'a aucunement l'intention de se coltiner une guérilla en pleine Europe. Par ailleurs, la seule chose qui ait jamais intéressé Poutine dans l'Ukraine, il l'a déjà prise. C'est la Crimée avec son port de Sébastopol qui, depuis Catherine II, abrite la flotte russe de la mer Noire. […] Pour montrer qu'il est sérieux dans ce qu'il dit, Poutine a ordonné que l'armée russe procède à des manœuvres de 100 000 hommes, non loin de la frontière ukrainienne. Cependant, les photos satellitaires n'indiquent aucune préparation logistique d'invasion ».
On appréciera les arguments avancés dans cette grande fresque inspirée et la désignation de l'Ouest comme envahisseur exclusif de l'Ukraine à l'époque moderne (oubliant l'annexion de Catherine II entre 1764 et 1775 et celle de l'URSS en 1921) et le silence sur l'Holodomor stalinien de 1933 (quatre millions de morts en quelques mois). Mais est-ce que Renaud Girard se serait bonifié quelques années après, dans le même journal ?
Annexe 5
Août 2026 : « Les Ukrainiens ne reprendront jamais Marioupol »
Le titre du nouvel article de Renaud Girard dans Le Figaro en date du 25 août 2026, ressemble à ce que l'on a déjà entendu de nombreuses fois dans la bouche de Biden et de bien d'autres : « En Europe, sommes-nous en train de marcher vers la troisième guerre mondiale comme des somnambules ? ». Un discours abstrait sur la guerre et la paix (Staline avait fait mieux en fondant « le mouvement de la paix » en 1948) qui est introduit par la phrase suivante : « Alors que l'est du continent est confronté à une dangereuse montée aux extrêmes depuis quatre ans et demi, avec la guerre en Ukraine, nous devons nous poser la même question qu'en 1914 ». Cette « montée aux extrêmes » met, comme de coutume chez ces commentateurs proches du Kremlin, agresseur et agressé sur le même plan et elle utilise habilement 1914 comme appel à tous les pacifismes d'avant-hier et de demain, qu'ils soient sincères ou de pure opportunité [98]. Lorsque Girard écrit ensuite que « les Russes ne défileront jamais à Kiev » et que « les Ukrainiens ne reprendront jamais Marioupol », cela revient également à placer sur le même plan une agression militaire russe et le droit, pour l'Ukraine, de recouvrer l'intégrité de son territoire. Cet usage pervers qui consiste à tirer un trait d'égalité entre fauteurs et victimes, outre qu'il brouille le jugement de tous les points de vue, vise à ce que chacun puisse facilement s'en défausser.
En visant plus loin dans son article « le nouveau Premier ministre britannique [qui] a choisi l'Ukraine pour son premier voyage officiel à l'étranger », Girard manifeste une fois de plus les difficultés ataviques de certains à se remémorer et à admettre que les Britanniques – au contraire des Français qui ont collaboré à divers niveaux [99] – ont une culture de la résistance acquise sous les bombes nazies. D'ailleurs, c'est le terme de Blitz qui leur revient naturellement à la mémoire pour décrire ce que Kyiv subit en ce moment, comme leurs villes l'avaient subi de septembre 1940 à mai 1941, soit pendant 246 jours de bombardements qui ont entraîné la mort de 42 000 civils et plus de 100 000 blessés.
Plus loin, il est totalement faux d'écrire que les « puissances européennes considèrent comme contraire à leurs intérêts une victoire de la Russie », car leurs intérêts et leurs investissements dans ce pays étaient depuis longtemps bien établis et demeurent considérablement plus importants qu'en Ukraine [100] en particulier dans le nucléaire, épargné par les sanctions [101].
Ensuite Renaud Girard ravale le droit international à une leçon de morale comme le font tous les dictateurs actuels, ce qui contribue à le discréditer définitivement. Ainsi, il ne rappelle jamais que les Russes se sont engagés à respecter la souveraineté de l'Ukraine dans une dizaine de documents officiels qu'ils ont signés, ce qui en dit long sur leur conception du droit, des négociations et des accords, une conception stalinienne que le Kremlin entretient.
Girard s'arroge in fine la bonne conscience de plaider en faveur de la vie des soldats qui, selon lui, serait épargnée si l'on voulait bien renoncer au « fantasme de voir Poutine jugé », ce qui reprend l'argumentaire quotidien des messages trumpistes [102]. Il oublie de dire que ce serait pour crime d'agression comme l'ont demandé 36 pays et pour crimes de guerre, comme le TPI l'a stipulé dans son mandat d'arrêt international du 17 mars 2023.
[1] Ce carnet de guerre est tout particulièrement dédié aux journalistes du Telegraph Ukraine The Latest, qui sans relâche depuis mars 2022, documentent avec le plus d'honnêteté, de précision et de sérieux la guerre d'agression de Poutine en Europe. Merci une fois de plus à Bernard F. pour sa relecture attentive.
[2] Rappelons que ni les Occidentaux et encore moins les russes n'ont respecté leurs engagements écrits quant à la souveraineté de l'Ukraine.
[3] Certains reprennent l'affirmation que l'Ukraine reçoit une aide massive des Occidentaux. Elle est malheureusement fausse, aussi bien financièrement que militairement car ceux-ci ne lui ont fourni des armes qu'à contrecœur, avec un retard considérable, en quantités limitées et en imposant de nombreuses restrictions quant à leur utilisation. Et depuis que Trump est au pouvoir, aucune aide de quelque nature (y compris humanitaire ou médicale) n'a été prodiguée à l'Ukraine. Pour le vérifier, nous conseillons urgemment d'aller constater ce qu'il en est au quotidien, en se rendant à Kyiv.
[4] Sans parler des 120 missiles balistiques que Kim Jong-Un a déjà fournis à Guerassimov après lui avoir livré plus de 5 millions d'obus en 2024. Darya Nazarova, Jihye Shin, « Zelensky accuse Moscou d'avoir utilisé des missiles nord-coréens lors de frappes meurtrières », La Presse et AFP, 11 aout 2026. Quentin Sommerville, « Pourquoi une nouvelle vague de soldats nord-coréens pourrait combattre dans la guerre menée par la Russie en Ukraine », BBC, 14 septembre 2026. Vital Ligan, « Guerre en Ukraine : ils perçoivent environ 6 500 euros par an… Entrés en Russie avec des visas étudiants, 25 000 citoyens nord-coréens travaillent dans des usines de drones russes », L'Indépendant, 17 septembre 2026.
[5] Le concept de « guerre totale » a été précisé par Sven Lindqvist dans ses ouvrages Exterminez toutes ces brutes !, Le Serpent à plumes, 1999 et Maintenant tu es mort. Le siècle des bombes, Le Serpent à plumes, 2002.
[6] Le niveau de rayonnement gamma de 12 μSv/h enregistré est environ 40 à 80 fois supérieur à la norme sanitaire et représente un danger direct pour la santé humaine en cas d'exposition ou d'inhalation de poussières. Stanilav Pohorilov, Ukrainska Pravda, 20 mai 2026. « Le SBU affirme avoir identifié de nouveaux cas d'utilisation de munitions contenant de l'uranium appauvri par la Russie », Ukrinform, 23 juillet 2026.
[7] Loïs Dzouz, « Guerre en Ukraine : Ces armes peuvent libérer des poussières radioactives extrêmement dangereuses... La Russie arme des ogives de missile avec de l'uranium appauvri », L'Indépendant, 20 mai 2026. Site quotidien The Telegraph, 25 mai 2026 : 3'30'' minute. https://www.youtube.com/watch?v=rbZDqzdlv8Q, [consulté le 8 septembre 2026].
[8] SBU : https://unn.ua/en/news/elevated-radiation-levels-detected-on-russian-drone-debris-striking-elements-made-of-depleted-uranium-identified-sbu [consulté le 10 septembre 2026].
[9] Human Rights Watch : https://www.hrw.org/fr/world-report/2025/country-chapters/ukraine [site consulté le 26 août 2026].
[10] Voir les sites de l'ONU https://news.un.org/fr/story/2026/05/1158806 ou de Médecins du Monde https://www.medecinsdumonde.org/actualite/resolution-2286-10ans/ [consultés le 26 août 2026].
[11] Reportages de France 24 les 13 mars et 23 sept. 2026 https://www.youtube.com/watch?v=s-Xu7rqqass et https://www.youtube.com/watch?v=s-Xu7rqqass [consultés le 28 août 2026].
[12] Monuments historiques et artistiques, musées, bibliothèques, sites religieux, archéologiques et archives. UNESCO https://www.unesco.org/fr/ukraine-war/damaged-cultural-sites [consulté le 26 août 2026].
[13] Pierre Alonso, Le Temps, 18 août 2026.
[14] Rémy Ourdan, Le Monde, 24 février 2026.
[15] Outre le fait qu'elles sont liées aux intérêts du premier cercle de Poutine, les entreprises Wildberries et Ozon ont une place importante dans le commerce en ligne et le système bancaire russe. Des centaines de milliers de personnes sont ainsi en train de prendre conscience que leur pays est en guerre depuis plus de quatre ans et demi.
[16] Depuis la fin du mois de mars 2026 le nombre de bombardements par missiles était en constante augmentation. Il a été de 61 en avril, 107 en mai, 134 en juin, 198 en juillet 2026. La nuit du 11 août, ce sont des missiles nord-coréens qui ont atteint la ville de Zaporijia dans le sud du pays.
[17] Ukrainska Pravda, 27 août 2026, https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/08/27/8050645/ [consulté le 5 septembre 2026].
[18] Voir ces deux chaînes YouTube connues : https://www.youtube.com/watch?v=oD4KpmF_TJw et https://www.youtube.com/watch?v=uJqZsYBDqow [consultées le 10 septembre 2026].
[19] AFP, 8 septembre 2026.
[20] Comme dans les anciennes colonies françaises, la corruption y est pérenne. Voir à ce sujet le carnet de guerre #24 intitulé « Résister aux appels à une étrange défaite », paragraphe « Le colonialisme russe est encore effectif », points 4 et 5.
[21] Texte intégral publié et commenté par Le Grand Continent le 19 août 2026. https://legrandcontinent.eu/fr/2026/08/19/dans-un-appel-aux-ukrainiens-fedorov-defie-zelensky-texte-integral/ [consulté le 17 août 2026].
[22] C'est dire que les générations actuelles ne peuvent en avoir conscience, ce qui est un exemple supplémentaire de ce que nous avons rappelé les trois ruptures de mémoire depuis 1945.
[23] En Grande-Bretagne, un gouvernement d'union avait été mis en place durant la guerre, ce qui n'a pas empêché le Parti travailliste britannique de remporter largement les élections de juillet 1945 et de mettre en œuvre un programme social de grande ampleur, lui aussi unique en Europe.
[24] « Mykhailo Fedorov met en lumière 22 réalisations clés du ministère de la Défense ukrainien durant son mandat », ministère de la Défense, 16 juillet 2026, https://mod.gov.ua/en/news/mykhailo-fedorov-highlights-22-key-achievements-of-the-ministry-of-defence-of-ukraine-during-his-tenure [consulté le 17 septembre 2026]. Une fois de plus, il est pour le moins étonnant de voir porter sur la place publique des éléments importants de la défense.
[25] Stefania De Michele & Serge Duchêne, « Mykhaïlo Fedorov devient conseiller du ministère italien de la Défense », Euro News, 28 août 2026.
[26] On appelle « couloir de Suwałki » la portion terrestre polono-lituanienne de 85 kilomètres située entre la Russie et l'exclave de Kaliningrad.
[27] Valentin Ledroit, « Une nouvelle incursion d'avions russes plonge la baltique en état d'alerte », Toute l'Europe, 22 sept. 2025. Maxime Poul, « Des Rafale français effectuent un décollage d'urgence pour intercepter six avions russes dans le cadre d'une mission de l'Otan », Le Parisien, 6 juin 2026.
[28] Notamment en décembre 2022 et 2023, en mars 2024 et fin juillet 2026. En avril 2023, les débris d'un missile de croisière dual KH 55 (8 mètes, 2 tonnes) avaient été retrouvés dans une forêt à 220 km au Nord-ouest de Varsovie. Voir à ce sujet l'article de Stéphan Sicard dans L'Indépendant, 10 mai 2023. Par ailleurs, Laurent Lagneau a signalé : « un aérostat russe a survolé le territoire polonais pendant cinq heures ; Varsovie minimise l'incident », Zone militaire, 21 juin 2024.
[29] « Ukraine : Kiev affirme que deux missiles russes ont survolé la Roumanie », LCI, 10 février 2023. https://www.youtube.com/watch?v=KHcmghP7ezw [consulté le 11 septembre 2026]. Jusqu'en 2026, Bucarest n'a pas confirmé ces trajectoires afin d'éviter l'accroissement des tensions avec Moscou.
[30] Frederic Lemieux, « La Russie a testé l'espace aérien de l'OTAN à 18 reprises rien qu'en 2025, une augmentation de 200 % qui signale un changement dangereux », The Conversation, 19 février 2026.
[31] Xavier Tytelman, correspondant de guerre, « Un drone russe touche la Roumanie : escalade, provocation ou erreur ? », 29 mai 2026, https://www.youtube.com/watch?v=autvyTgIpkI [consulté le 7 septembre 2026].
[32] Voir à ce sujet les manœuvres de l'Otan de 2025 durant lesquelles un groupe de dronistes ukrainiens invité met hors de combat tout un régiment.
[33] « L'enquête vidéo de CNN sur les survols suspects de drones en Europe », Courrier international, 17 octobre 2025.
[34] Nina Werkhäuser, Carole Assignon, « L'Allemagne reste vulnérable face aux attaques hybrides », DW, 13 août 2026.
[35] Des vols de drones ont même eu lieu pendant la visite de Zelensky dans la capitale allemande. Jules Nieweler, Tobias Renard, « Des failles de sécurité ont été révélées lors de la visite de Zelensky », Bild, 13 septembre 2026 et podcast de The Telegraph du 14 septembre 2026, https://www.youtube.com/watch?v=V06k2tDcBBM [consulté le 15 septembre 2026].
[36] Richard Holmes, « La Russie construit des bases secrètes de drones à portée de frappe de l'OTAN », The Telegraph, 16 août 2026. « La Russie construit des rampes de lancement de drones à portée des pays de l'OTAN », Le Grand continent, 18 août 2026.
[37] Voir la série d'articles d'Anthony Faiola et Catherine Belton parus dans le Washington post, à partir du 26 août 2026.
[38] Un colis piégé contenant un engin incendiaire d'origine russe avait pris feu au sol. La destruction en plein vol de l'avion-cargo de DHL n'avait alors été évitée que grâce au retard accidentel du vol. Plusieurs suspects sont jugés à Vilnius depuis le printemps 2026. Ils sont soupçonnés d'avoir expédié des colis piégés à travers l'Europe via des services de fret. Selon les autorités lituaniennes, les cibles visées étaient l'Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni. Eurojust, l'agence judiciaire de l'UE basée à La Haye, estime également que le GRU, le service de renseignement militaire russe, en est à l'origine.
[39] Voir à ce propos les articles du Monde, du Times, de Sud-Ouest, de La Presse, des Échos, du Washington Post, le 1er septembre 2026.
[40] « Les attaques de sabotage russes ont connu une forte augmentation en Europe en 2024 », The Economist, 22 juillet 2025.
[41] Jessica Rawnsley, « La Russie serait à l'origine des incendies de colis au Royaume-Uni et en Europe, selon les enquêteurs », BBC, 6 mars 2026.
[42] Voir l'excellente investigation de Daniel De Simone, Tom Beal et Olga Malchevska, « La Russie était derrière les incendies criminels visant le Premier ministre, révèle la BBC », BBC, 15 juin 2026 ; il y est également proposé une initiation à « Secure drop ».
[43] Shaun Walker, « 'These people are disposable : how Russia is using online recruits for a campaign of sabotage in Europe », The Guardian, 4 mai 2025.
[44] Johannes Enli Kalleberg et NTB, « Une centrale de chauffage suédoise a été la cible d'une cyber-attaque pro-russe », 15 avril 2026.
[45] Emma Burrows, « Les services de sécurité lettons affirment que deux personnes ont incendié un train et du matériel ferroviaire pour le compte de la Russie », Associated Press, 12 mars 2026.
[46] Filip Meyer, « Guerre hybride : sabotage sans précédent sur les rails polonais, la Russie soupçonnée », Les Echos, 17 novembre 2025. Adam Easton et Jaroslav Lukiv, BBC, 18 novembre 2025. https://www.bbc.com/news/articles/c4gknv8nxlzo [consulté le 9 Septembre 2026].
[47] À certains endroits, des tubes d'acier étaient attachés aux rails. Sandra Buisson, « Rouen-Caen : le mystère du rail de 300 kg » Le Point, 18 septembre 2026.
[48] Felix Kirberg, « Une explosion près d'une gare allemande fait deux blessés », DPA via AP, 2 septembre 2026.
[49] Sarah Macfarlane et Gram Slattery, « Les alliés de l'OTAN déjouent une tentative russe de sabotage de câbles sous-marins », Reuters, 10 septembre 2026.
[50] Rédaction de la RTBF et Belga, rédaction de TF1 Info et AFP, 31 août 2026.
[51] Une femme de 28 ans et un homme de 38 ans, de nationalité bulgare, ont été arrêtés. Patrick Drews, « Attaque contre une usine d'armement à Munich : deux suspects ont été arrêtés », Euronews, 3 septembre 2026.
[52] « Le renseignement alerte sur des préparatifs de sabotages russes », La Presse et AFP, 3 septembre 2026.
[53] « Xénia Fedorova, ou comment la propagande russe retourne notre esprit critique contre nous-mêmes », The Conversation, 15 septembre 2026. « Le groupe russe derrière les campagnes de désinformation en France cible désormais les Démocrates, avant les Midterms aux États-Unis », Le Parisien avec AFP, 15 septembre 2026.
[54] Lucas Aubin, « La République populaire de Narva : l'Estonie dans le viseur de la Russie ? », IRIS, 18 mars 2026.
[55] Pour ceux qui ont été rendus publics, il s'agit des assassinats ou tentatives ayant visé les époux Skripal, Zelimkhan Khangoshvili et Armin Papperger, Vladimir Ossetchkine et Maxim Kouzminov. Mais ces pratiques évoluent : l'engagement d'agents jetables sur Internet fait florès.
[56] Donaustahl, sa société, fournit des drones de combat à l'Ukraine. Voir Milena Wälde et Paul Ronzheimer, « L'Allemagne et la Russie sont en guerre, déclare un haut responsable de la défense », Politico, 1er septembre 2026.
[57] C'est-à-dire tous les pays européens sauf l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Hongrie, le Kosovo, la Macédoine du Nord, Malte, la Serbie et la Slovaquie. S'y ajoutent l'Australie et le Costa-Rica.
[58] Benjamin Murdoch, Euromaidan Press, 20 septembre 2026
[59] Frank Hoffman, « Conflict in the 21st Century : The Rise of Hybrid Wars », The Potomac Institute for Policy Studies, 2007, https://www.potomacinstitute.org/images/stories/publications/potomac_hybridwar_0108.pdf. [consulté le 13 septembre 2026]. Service de recherche du Congrès, « Activités de guerre hybride menées par la Russie en Europe : réflexions à l'intention du congrès », 11 août 2026, p. 1. NL Times, « Les services de renseignement néerlandais mettent en garde contre l'escalade des attaques hybrides russes », 19 février 2026
[60] Le fait que la Crimée ait été annexée quasiment sans opposition, tandis que le Donbass était en proie à une guerre violente, fut passé par pertes et profits.
[61] L'Alliance atlantique coopérait avec la Russie par le biais du conseil permanent OTAN-Russie depuis 2002 et son dernier concept stratégique datait de 2010, considérant que « la menace d'une attaque conventionnelle contre le territoire de l'OTAN était très faible ». L'annexion de la Crimée par la Russie a brutalement interrompu cette coopération.
[62] Une politique étrangère souvent critiquée du point de vue de la morale religieuse étatsunienne, ce dont les Soviétiques n'avaient cure, pas plus que Poutine.
[63] Par extension, cette dénomination de guerre hybride – très à la mode – peut également permettre de s'affranchir de ses responsabilités notamment lorsqu'un crime de génocide est en train d'être commis par la déportation de dizaines de milliers d'enfants alors que l'on est signataire d'une convention internationale qui oblige les États à intervenir.
[64] Lire à ce propos le tableau des opérations hybrides russes en Europe de Diploweb : https://www.diploweb.com/IMG/pdf/2026-05-gloaguen-tableau-operations-hybrides-russes-en-europe-diploweb.pdf [consulté le 20 septembre 2026].
[65] La Russie a exploité la puissance et l'ampleur des réseaux sociaux (au moins depuis 2016 lors des élections aux États-unis), permettant ainsi une diffusion beaucoup plus rapide des campagnes de désinformation.
[66] À ce sujet, il faut absolument avoir écouté ce que dit Robert Brovdi, le responsable ukrainien de la guerre des drones sur la chaîne The Telegraph : https://t.me/war_monitor/46415 [consulté le 29 septembre 2026].
[67] Les interdits du meurtre et de l'inceste sont fondateurs de notre humanité. En cas de transgression générale, ce serait non pas un « retour » à la « barbarie » mais une version inédite de celle-ci, à la manière de la puissance développée au XXIe siècle. Autrement, dit, les libertariens (« il est interdit d'interdire »), les évangéliques apocalyptiques, ceux que l'on nomme les barons de la Big-Tech et de l'IA, les transhumanistes, les mafiosos à la tête de dictatures impérialistes sont autant d'agents possiblement concourants vers une extinction de la vie sur terre.
[68] Voir « Qui sont les évangéliques autour de Trump ? Une autre histoire des États-Unis », Histoire et théorie critique #3, Autre Futur et Lundi matin, mai 2026.
[69] Cyril Gloaguen, « Les opérations hybrides russes en Europe : un léger parfum de guerre ? », Diploweb, 22 mai 2026.
[70] « Les sommes versées sont souvent modestes : quelques centaines d'euros pour des tags à Paris en juin 2024, 400 euros pour chacune des trois personnes impliquées dans l'affaire des cercueils déposés devant la Tour Eiffel, mais 4000 à 6000 euros pour des incendies d'entreprises en Angleterre et en Pologne. Le jeune Ukrainien chargé d'incendier un magasin Ikea à Vilnius, en novembre 2025, se serait vu, lui, promettre 10.000 euros et une voiture. Un paiement en crypto-monnaie est aussi parfois mentionné », ibidem.
[71] Après la Rus' de Kyiv, la Russie moscovite, l'empire des tsars et celui de l'URSS.
[72] Il a créé le club d'Izborsk en 2012. Voir Juliette Faure dans l'émission Questions du soir « Quels idéologues influencent Poutine ? », France Culture, 22 septembre 2026.
[73] Côme Galet, « Vladimir Poutine aurait peur de finir pendu », Le Matin, 2 septembre 2026.
[74] On trouvera en fin de texte une annexe intitulée « La préparation de la guerre mondiale en six ans et en onze dates ».
[75] Voir les annexes 4 et 5 à ce sujet.[[Voir les annexes 4 et 5 à ce sujet.
[76] Jusqu'en 1973, date de parution du livre de Robert Paxton, La France de Vichy. 1940-1944, Seuil. Au total, presque trente années que certains ont continué de travestir en les prétendant « glorieuses ».
[77] Voir les annexes concernant les articles de Renaud Girard parus dans Le Figaro.
[78] D'un côté LFI propose d'annuler ou de geler une portion spécifique de la dette publique française, soit environ 18 % de son total (635 milliards d'euros). De l'autre, elle s'oppose à la saisie des avoirs de la Russie gelés en Europe en arguant que cette mesure viole le droit international et la protection de la propriété privée. Pierre Maurer, « À rebours des écologistes et des socialistes, LFI s'oppose à la saisie des avoirs russes », Le Parisien, 24 mars 2025.
[79] Seuls les Britanniques Rory Stewart ancien ministre et Tobias Elwood député, ont demandé à plusieurs reprises à Boris Johnson de déployer quelques milliers de soldats afin de signifier à Vladimir Poutine qu'une offensive se heurterait directement aux forces occidentales. Sky News, 17 février 2022.
[80] Jean-Sylvestre Mongrenier, art. cité.
[81] Respectivement en mars 2022, août 2024, août 2025 et décembre 2025. The Guardian, 4 décembre 2025. Reuters, 14 août 2025. The Guardian, 12 février 2026. Euronews, 18 février 2026.
[82] Les services présents étaient : la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure), la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure), la DRM (Direction du renseignement militaire), le SGDSN (Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale), la DGEC (Direction générale de l'Énergie et du Climat) pour ce que l'on en sait.
[83] Brendan Cole, « La Lituanie dévoile les détails d'un nouveau plan d'évacuation en cas de menace militaire », News Week, 19 septembre 2026. « La Lituanie met en place des itinéraires d'évacuation via la Pologne en cas d'urgence », Business AM, 20 septembre 2026.
[84] Victor Jack, Laura Kayali, Sonja Rijnen, « Les dirigeants européens préparent le public à une "menace accrue" de Poutine », Politico, 18 sept. 2026.
[85] Pour le protestant, il s'agit de retrouver la pureté de la parole de Dieu par l'accès intime aux évangiles débarrassés des ajouts du catholicisme, de renouer avec la pureté du salut que seul Dieu peut attribuer à ses élus, hors tout achat ou mérite désigné par l'Église et de mettre en pratique quotidienne un ascétisme éthique de vie dans le monde, comme le soulignait Max Weber. Voir également André Pichot, La Société pure. De Darwin à Hitler, Flammarion, 2000.
[86] Voir à ce sujet les œuvres des archéologues et essayistes Laurent Olivier et Jean-Paul Demoule.
[87] Voir à ce sujet l'annexe de l'ouvrage Le monde comme projet Manhattan. Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant, Le Passager Clandestin, 2017, intitulée « De l'eugénisme au nazisme (1868-1939) ».
[88] 85 à 90% des archéologues, entre 50 et 65% des médecins, des biologistes, des chimistes la quasi-totalité des anthropologues étaient adhérents du NSDAP ou des SS. Voir à ce sujet les publications ou les émissions de Laurent Olivier, conservateur général du patrimoine, sur France Culture.
[89] Voir à ce propos les Carnets de guerre précédents dont le 24e, intitulé « Résister aux appels à une étrange défaite », Autre Futur et Lundi matin.
[90] Pour les lectrices ou lecteurs curieux nous recommandons le livre de l'entomologiste étatsunien Vernon Myman Lyman Kellogg, Headquarters nights ; a record of conversations and experiences at the headquarters of the German army in France and Belgium , The Atlantic Monthly Press, 1917, dont nous avions traduit quelques passages in La science Creuset de l'inhumanité, L'Harmattan, 2012.
[91] Par ailleurs futur professeur de Mengele et ami indéfectible de Heidegger jusqu'à sa mort.
[92] Voir à ce sujet Le monde comme projet Manhattan. Du nucléaire à la guerre généralisée au vivant, Le Passager Clandestin, 2017.
[93] Stefan Kuhl, The Nazi Connection : Eugenics, American Racism, and German National Socialism, Oxford Press University, 2002.
[94] Ben Urwand, Collaboration. Le pacte entre Hollywood et Hitler, Bayard, 2014.
[95] Antony C. Sutton, Wall Street et l'ascension d'Hitler : découvrez comment l'élite de Wall Street a financé les nazis, Culture et racines, 2021. Frédéric Clavert, Hjalmar Schacht, financier et diplomate (1930-1950), Peter Lang, 2009.
[96] James Q. Whitman, Le modèle américain d'Hitler : comment les lois raciales américaines inspirèrent les nazis, Armand Colin, 2018. Nous avions eu la chance d'en entendre la première présentation en France par son auteur, dans le sous-sol de la librairie Compagnie.
[97] Il fut concurrencé par Jean-Luc Mélenchon qui déclara le 21 février 2022 :» Mais la Russie de son côté ne fera pas non plus la guerre pour l'Ukraine. Elle attendra qu'elle tombe comme un fruit mur, le moment venu. […] L'annexion de l'Ukraine dans l'OTAN ne tardera plus ». https://melenchon.fr/2022/02/21/communique-de-jean-luc-melenchon-sur-la-situation-en-ukraine/ [consulté le 25 septembre 2026].
[98] Sans parler du fait qu'il réduit plus loin 1914-1918 à « une guerre civile européenne » ou son déclenchement à « un mini-problème ethnique à Sarajevo », cela revient purement et simplement à en nier la cause fondamentale, à savoir une lutte entre impérialismes de l'époque pour réagencer leurs rapports de force et leurs sphères d'influence.
[99] Simone de Beauvoir tient une émission sur Radio Vichy du 17 janvier 1944 au 10 avril 1944. Elle a accepté ce poste par l'intermédiaire de René Delange, patron du journal Comœdia, connu comme l'un des plus grands succès de la politique culturelle d'Otto Abetz en France occupée.
[100] De tous les points de vue : aménagement et exploitation de champs pétroliers et gaziers, vente de technologies militaires avancées, marché de cent-quarante millions d'habitants, etc. En outre, les Occidentaux ont versé l'équivalent de deux années de budget militaire à la Russie depuis le 24 février et ils ont acheté 6 milliards d'euros de GNL au Kremlin dans la première moitié de 2026 (la Belgique se signale en continuant de lui acheter la totalité de son GNL et en s'opposant toujours à la saisie de ses avoirs).
[101] En France, les importations d'uranium enrichi russe sont passées de 92 millions d'euros en 2021 à 396 millions d'euros en 2023. Rosatom a multiplié par deux ses bénéfices depuis 2022. Voir Carnet de guerre #15, « CEA, EDF, Orano, Engie, Framatome, Alstom et Rosatom vont en bateau », Autre Futur et Lundi matin, mars 2024. C'est aussi une manière de pérenniser un lien de dépendance avec des pays comme la France et aussi l'Ukraine. Voir à ce propos Vivien Pieper, Laura Schmitt et Johannes Bünger, « Nucléaire : le piège de Poutine », ARTE, 2024.
[102] À savoir l'espoir d'un « deal gagnant », c'est-à-dire d'un enrichissement réciproque des deux mafias au pouvoir, sans parler des kompromats que détient le FSB. Ce service en aura fait une grande provision lors du mariage du fils de Trump fin mai 2026 puisque c'est le millionnaire russe Umar Kremlev qui a loué et réservé les chambres des invités.