Comme le travail médical et humanitaire, l'action sociale est de plus en plus confrontée à l' urgence, alors même que l' essence de sa mission d'écoute ou de lien social demande du temps. L'urgence lui impose une réponse rapide face au mal-logement, à l'asile, aux VSS, aux problèmes de santé ou au chômage. Plutôt que de faire taire ces crises qui sont autant de signes de ses défaillances, l'Etat semble préférer les assumer et organiser leur prise en charge, en co-gestion avec le monde associatif. Que cache cette intervention humanitaire providentielle ? Il faut moins y voir une tentative de l'Etat de s'améliorer en continu que d'évacuer les problèmes sociaux structurels en les traitant comme des urgences. Avec l'urgentisation du social, l'Etat a trouvé une manière de relativiser ses failles ; il les noie dans le spectacle du traitement de leurs effets. L'urgence apparaît domestiquée, acceptable et organisée par une gouvernementalité humanitaire s'étendant de l'Etat à l'associatif et alliant délicatement compassion et rationalisation, aide et condition, intégration et exclusion.
NOYER LES CAUSES DANS LES SYMPTÔMES
Pour l'Etat (et celleux qui souhaitent l'améliorer), reconnaître des urgences comme le sans-abrisme, le chômage, l'accueil des exilé-es, les violences faites aux femmes ou aux personnes LGBT+ permet de déplacer l'attention des causes vers les symptômes de l'urgence. Plusieurs tactiques de décentrage et donc de déresponsabilisation sont alors à l'oeuvre :
1.SPECTACULARISER
La mise en spectacle de la violence et de la prise en charge des inégalités et des crises sociales occultent leurs origines que sont le travail, le capitalisme, l'Etat ou ses frontières. Elle permet de répondre à quelques situations - souvent médiatisées comme le plan Grand froid à Paris ou l'accueil massif de migrant-es ukrainien-nes - plutôt qu'à toutes. Lâcher du lest par-çi par-là, pour mieux régner sur la totalité. Conjointement, la mise en urgence d'un sujet laisse induire qu'il est possible de sortir de l'impuissance : de la crise peuvent émerger des victoires. Il ne s'agira jamais d'augmenter réellement nos libertés mais d'insertions professionnelles, de régularisations ou d'indemnisations. L'aide d'urgence permet de digérer les revendications sociales, de légitimer l'intervention institutionnelle et de perpétuer l'illusion de la prise en charge de nos besoins. Une stratégie reprise souvent inconsciemment par les cadres associatifs et autres gestionnaires de l'urgence pour éviter la délicate perspective de la transformation radicale de la société, peu propice aux dons, aux subventions ou aux votes.
2. INDIVIDUALISER
Le décor une fois posé, le décentrage de la cause vers le symptôme s'opère ensuite en ignorant les origines structurelles et les rapports de domination pour préférer individualiser et moraliser leur responsabilité. Du côté des pouvoirs publics, c'est par exemple la critique de travailleurs sociaux maltraitants plutôt que celle d'un travail qui rend violent ou encore, d'hommes errants menaçants plutôt que l'abolition des frontières qui précarisent. Du côté des associations, une exclusion de certains individus violents de leurs dispositifs d'aide, une moralisation de la question politique avec des bons et mauvais points militants ou une concentration de la critique sur des “grands méchants” (Bardella, Bolloré, etc.), bien plus fédératrice qu'une critique de la démocratie et de son travail, de la gauche, de ses centres de rétention administrative (créés par Mitterand) et de ses frontières.
3.TRANSFORMER EN DÉRIVE... OU NORMALISER
Puis quand un rapport systémique de domination n'est plus ignorable ou que la défense se complique, la stratégie du pouvoir peut être d'en reconnaître la dimension structurelle tout en la traitant comme crise et dérive, donc en l'évacuant aussitôt comme un “dysfonctionnement” corrigeable. La diversion vers les “dérives” s'accompagne de nouvelles explications, bien loin de leur radicalité première, et de mesures dont l'objectif n'est pas un changement de structure, mais d'un retour à la normalité. La pirouette fait céder du terrain mais seulement pour un temps. Ainsi, les causes de la misère des SDFs sont souvent naturalisées comme une fatalité (quand elles ne sont pas attribuées à ces mêmes individus), comme une externalité négative malheureuse d'un système capitaliste imparfait mais “le moins pire qu'on ait”, ce qui permet alors d'évincer toute critique du travail ou du capital qui pourtant les met à la rue. Plutôt que de viser la transformation de la société ou la sortie du capitalisme, on cherchera à réduire et à contenir les violences familiales, les cercles vicieux de l'alcoolisme ou les imperfections du marché du travail, en renversant ces symptômes comme des causes premières de nos urgences. Quand l'Etat parle de problèmes managériaux, de plans d'investissements à mener, de santé mentale ou de perte de sens à corriger, le monde associatif peut lui revendiquer un manque de moyens à combler (pour continuer de faire plus ou moins la même chose, toujours en moins pire) ou pointer du doigt un manquement au droit, ce même droit qui structure et légitime par ailleurs les dominations de l'Etat et de sa justice. L'associatif cherchera souvent plus à en corriger les “abus” qu'à dépasser leurs structures. On chantera “un toit c'est un droit” et conclurons nos manifestations après des mises-à-l'abri ou des régularisations, aussi temporaires que cycliques. Comme si les rafles de personnes exilées, leurs encampements et leurs refoulements aux frontières de l'Europe n'étaient que des dérives. On scandera “Vérité et justice”, comme si les meurtres policiers n'étaient que des bavures à faire reconnaître par la Justice, que le droit était du côté de l'émancipation, que deux siècles de démocratie capitaliste étaient réformables.
4.NOYER LE TOUT DANS LE TOUT
Enfin, le décentrement de la cause vers le symptôme s'achève en noyant l'urgence dans l'urgence, en la multipliant de telle façon qu'il n'y en ai plus vraiment, ou que l'on s'y habitue. Pour bien laver son linge, il suffit de le mélanger et de laisser tourner la machine. Gérer l'urgence c'est en faire non plus une temporalité extraordinaire, mais la modalité normalisée de l'action, sociale ou humanitaire. Saturer l'espace public de crises concurrentes aux effets spectaculaires, les multiplier et les traiter avec la même énergie jusqu'à ce que cette importance de tout ne veuille plus rien dire. Une urgence de tout qui s'auto-institue, s'autonomise et s'annule dans un même geste.
L'urgence sidère par la gravité et le spectaculaire de ses symptômes : des violences s'exercent, des campements sont érigés, des situations dégénèrent, des gens meurent. La dramatisation et le lexique guerrier soutiennent alors leur gravité, que ce soit pour affronter le coronavirus, le chômage ou le terrorisme ou en parlant de “crises migratoires”. A la “War on drugs” américaine, Darmanin renchérit par la “Bataille de Stalingrad“. L'information nous vient par l'image qui clive ou qui fédère, toujours autour d'affects et d'indignations universelles comme la souffrance ou les Droits de l'Homme, inlassablement récupérés par les pouvoirs en place qui se placent en pompiers de leur propre incendie. Sidérante, l'urgence émeut et indigne autant qu'elle paralyse et immobilise ; elle pousse soit à la tétanie, soit à l'action immédiate de palliation, à la panique, aux pulsions conservatrices et aux réflexes humanitaires, pour le moins pire plutôt que contre le tout.
Tout comme la surinformation désinforme, l'empilement des crises produit une concurrence des urgences qui empêche toute politisation globale des problèmes. Ce que l'on attendait hier de l'avenir et des grands projets révolutionnaires semble davantage exigé dans le présent, heureuse nouvelle s'il était moins un présent de la résignation, du moins pire et de la réforme qu'un présent de l'expérimentation de la liberté et de la révolte. Irrémédiablement, la réponse à tous ces problèmes est un Etat plus fort et plus progressiste, appelé de nos voeux à chaque élection. Ou de nouvelles personnes providentielles comme a pu l'être Emmanuel Grégoire et tant d'autres, auto-proclamé pourfendeur des violences faites aux enfants et du sans-abrisme. C'est lui qui, lorsque le sujet des SDF reviendra chaque hiver comme une urgence, déclenchera des “plans Grand Froid” alors qu'iels seront expulsé-es et mourront dans la rue le reste de l'année.
SAUVER POUR NE RIEN CHANGER
Cette temporalité cyclique de l'urgence sociale traduit une politique de la pitié qui se déclenche surtout à l'approche du pire, donc généralement de la mort. Pour faire objet d'indignation consensuelle dans l'opinion publique, la mortalité doit être spectaculaire et imminente : noyade en Méditerranée, enfants à Gaza, victimes du SIDA ou mort-es dans la rue. Contrairement aux rêves droitsdel'hommistes, l'urgence n'est jamais universelle, traitée de manière inconditionnelle. Elle dépend d'une reconnaissance politique, en réaction à une situation dramatique ou par anticipation de son aggravation potentielle. Toujours a postériori, par calcul du nombre de morts acceptables. Comme si la mort n'était inacceptable que dans certaines situations d'injustice, celles où les victimes ne méritaient vraiment pas leur situation. Comme si la mort constituait l'ultime et unique garde-fou moral capable de contraindre à l'intervention, la seule chose contre laquelle l'opinion publique peut encore s'indigner, à ceci près que toutes les morts ne semblent pas se valoir. En outre, ce n'est même plus tant le décès d'une personne sans-abri qui émeut en tant que telle mais l'espace que son événement occupe dans l'actualité, la politique se faisant plus que jamais celle de l'émotion.
À l'instrumentalisation de la compassion par les politiques publiques et caritatives qui invitent au secours plutôt qu'à la révolte s'ajoute un répertoire d'actions lié au sauvetage par l'intégration. La morale humanitaire semble indiquer de prendre soin des individus, sufisamment pour les sauver de la mort et maintenir leur capacité productive mais suffisamment peu afin d'éviter l'émergence d'autres possibles. Les mettre à l'abri aux quatres coins de la France dans des hébergements d'urgence éphémères pour les isoler et tuer leurs luttes. Atténuer la souffrance pour ne rien changer, parler d'exclusion pour ne pas parler d'inégalités, de racisme ou de pauvreté, parler d'inégalités, de racisme ou de pauvreté pour ne pas parler du capitalisme ou du travail. Individualiser les malheurs plutôt que les penser en termes de dominations, parler de traumas à soigner plutôt qu'interroger leurs origines, montrer de la compassion face aux souffrances plutôt que d'interroger la justice de l'Etat et des organisations qui s'y réfèrent. La lutte pour l'autonomie et la liberté s'effacent devant le langage humanitaire des pouvoirs publics.
Cette dépolitisation par l'urgence est entretenue en bout de chaîne par nos organisations militantes qui pour vivre ou se faire connaître jouent le jeu de la spécialisation des crises et des politiques publiques en investissant une “cause” comme l'enfance, les VSS ou le sans-abrisme. Etat, partis ou associations traitent chaque cause d'urgence au cas par cas, occultant leurs origines systémiques liées à l'organisation du travail, aux rapports de domination, à la captation des richesses ou l'organisation de la dépendance économique qui peuvent expliquer chacune de ces urgences. Puisqu'aller plus loin dans la critique signerait la fin de leurs financements, de leur légitimité voire de leur existence, les associations et organisations militantes se contentent généralement d'un plaidoyer de réforme et en appellent finalement toujours à un capitalisme plus inclusif plutôt qu'à son renversement. Automatic word wrap
La faim, le mal-logement et les différentes violences sociales sont pourtant les résultats du capitalisme. Ce qu'il y a derrière ces urgences, ce sont des écarts répétés et grandissants entre le revenu et le coût de la vie, du surendettement, des expulsions de plus en plus fréquentes et d'autres processus anti-sociaux et inégalitaires nourris par l'Etat, son monde économique, sa démocratie et ses organisations “gestionnaires malgré elles”.
NORMALISER L'URGENCE, LÉGITIMER L'INTERVENTION
En inscrivant les souffrances sociales comme dérives à soigner, l'Etat et les pouvoirs associatifs justifient ainsi mieux leur propre intervention. L'Etat efface non seulement sa responsabilité à la source mais s'auto-institue dans le même mouvement comme seul calmant légitime. En bon gestionnaire de sa propre crise, ses plans contre les VSS, ses aides sociales et autres fumisteries rejouées à chaque élection légitiment son existence ainsi que celle de ses différents acteurs de la gestion de l'urgence, qu'ils soient politiques, humanitaires, ingénieurs ou militaires. Normalisée, l'urgence est renversée et récupérée comme élément de pacification : il ne s'agit plus de lutter mais d'être solidaires, ensemble pour le moins pire.
C'est la nature même de l'Etat, qui quand il ne peut pas se trouver d'ennemis extérieurs pour fédérer autour de guerres, doit se tourner vers des ennemis intérieurs à expulser ou des urgences à pallier. La crise justifie la mise en place de moyens extraordinaires comme les camps, les statuts administratifs précaires, les centres de rétention ou de nouvelles formes de dépendance (plans de régularisation, aides sociales etc) qui sont autant d'outils de pacification sociale. Une intervention naturalisée, non questionnable et même souhaitée : il en va de la survie des gens !
Pendant l'état d'urgence sanitaire lié au Covid-19, la police a pu punir sans passer par un juge grâce à l'usage massif d'amendes forfaitaires, qui ont particulièrement été appliquées dans les quartiers pour les maintenir dociles. À Paris, des formations et des assermentations express ont été données aux services de sécurité des bailleurs sociaux (le Groupement parisien inter-bailleurs de surveillance) pour permettre aux gardiens de patrouiller dans les résidences HLM, dresser des procès-verbaux face aux “incivilités” et faire respecter les mesures de confinement. Les exceptions du droit d'un Etat d'urgence permanent. Dans le même mouvement, l'intervention associative prend tout son sens. Par la gestion des urgences, la question sociale cesse d'être pensée en termes de rapports de classe ou d'affinités révolutionnaires pour être fragmentée en bénévoles “soutiens”, salarié-es expert-es et “publics” bénéficiaires, selon le vocable symbole de cette asceptisation et victimisation des luttes. Là où émergeaient les idées d'entraide, de conflictualité ou d'autonomie populaire apparaissent subventions, expertise, prévention, accompagnement, évaluation et partenariats. Distribution alimentaire sans espace politique, atelier CV plutôt qu'organisation collective, participation symbolique des “premier-es concerné-es” ou communication humanitaire basée sur des témoignages plus que sur des ouvertures d'espaces autonomes…
On nous soutiendra que ces compromissions ou que l'aide à l'intégration (par le travail et les papiers) avant la révolution vient des “premier·es concerné·es”, alors que tout est fait dans la société et dans les organisations d'aide d'urgence pour que les plus précaires n'aient ni le temps ni l'espace de demander autre chose que l'aide humanitaire. Et que nous, “soutiens”, travaillions - potentiellement salaire à la clé - à réparer des symptômes qui donnent du sens à notre militance. C'est ainsi tout un système de représentation de nos besoins qui est validé sous couvert d'humanisme, occultant d'autres perspectives d'entraide, de questionnement, de collectivisation et d'autonomie. L'organisation de l'urgence agit ici comme extension de la démocratie représentative qui nous prive de nos moyens d'organisation et de subsistance. Ce sont nos cadres étatiques ou sociaux qui décrètent nos urgences et débloquent nos aides, ou nous-mêmes qui finissons par devenir nos propres cadres, que ce soit par quête de sens, par croyance de pouvoir faire mieux de l'intérieur ou par “nécessité”.
Ces renversements remplacent la défense conflictuelle de l'infinité de nos désirs par l'écoute, la médiation et la réparation de nos problèmes. Plutôt que de produire une critique de l'Etat, de nouvelles formes d'entraide ou de renoncement au travail, l'énergie militante est captée par le travail social, qui individualise et psychologise les problèmes. L'urgence substitue l'entraide qualitative par l'aide quantitative : les bon·nes gestionnaires évaluent, essayent de faire le plus avec le moins et rationnalisent les rapports sociaux dans ces espaces. Autrement dit : le conflit devient souffrance et la politique se dévoile pour ce qu'elle est : prise en charge. Il ne nous reste alors plus qu'à soigner les symptômes et à manifester quelques joyeux dimanches, pour dénoncer quelques dérives.
Adossée aux logiques de marchandisation à l'oeuvre dans le secteur associatif, l'urgence justifie la privatisation de la protection sociale : mutuelles et assurances privées pour les « inclu·es », associations caritatives pour les « exclu·es ». Cette confiscation de l'aide nous dépossède de notre responsabilité, l'aide est déléguée à des professionnel·les de l'urgence qui la cadrent et la régulent pendant que la solidarité devient un délit si l'on accueille des sans-papiers. C'est aussi l'urgence et ses aides qui justifient les interventions militaro-humanitaires à l'étranger, sous couvert de droit international, de neutralité ou du droit d'ingérence. L'expertise et l'aide d'urgence légitiment des “guerres justes” correctement menées ou des génocides encadrés par couloirs humanitaires. C'est l'urgence qui a justifié les plein pouvoirs accordés à Hugo Chavèz pour gérer les pluies et coulées de boue de 1999 et organiser la militarisation qui s'en est suivie. En France, c'est l'urgence terroriste de 2015 qui a pavé la voie des lois de surveillance et de répression policière ou des hausses de dépenses militaires. Le droit de l'état d'urgence et les dispositifs de surveillance anti-terroriste se sont depuis plus que jamais immiscés dans le droit des étrangers. A Mayotte comme en Guyane, l'état d'urgence a servi de prétexte pour intensifier les opérations de contrôle des frontières et de la régularité du séjour des individus. C'est aussi l'extension de l'Etat d'urgence anti-terroriste qui a permis de faciliter le démantèlement de la “jungle” de Calais, expulsée en trois jours début 2016. Avant de justifier l'expulsion, l'état d'urgence et la menace terroriste ont d'abord été utilisés pour sécuriser la frontière en érigeant une clôture de 4m de haut le long du port de Calais et différents dispositifs de clôtures, de vidéo-surveillance, de détection infrarouge et de lumières pour empêcher le passage par l'Eurotunnel. L'état d'urgence a ici servi à dissuader les tentatives de passage et s'est ensuite étendu à l'interdiction de différentes manifestations sous prétexte que les autorités ne disposaient pas des moyens nécessaires pour en assurer la sécurité. L'état d'urgence semble tendre vers sa permanence, il justifie l'exception au droit qui encadre sa gestion par ailleurs. Le droit n'a jamais limité l'Etat, il en est son langage le plus efficace. Dans le régime de l'urgence, le droit devient même performatif et se soumet au politique qui s'autonomise : quand Macron a annoncé le confinement et le pass sanitaire, la base légale était encore floue et le pays a immédiatement appliqué la mesure. La politique humanitaire prônera toujours l'exception comme méthode de gouvernement : le pouvoir agit au nom de l'urgence pour devancer le droit et préserver l'ordre existant.
L'URGENCE EST LÀ, LA CRITIQUE ATTENDRA
Noyer l'urgence dans l'urgence ne consiste pas seulement à multiplier les crises et à brouiller les causes dans le traitement de leurs symptômes, mais aussi à organiser un régime d'action et d'instantanéité dans lequel tout doit être traité immédiatement, contre le temps de la critique. Tout comme la satisfaction immédiate de nos désirs par la consommation nous empêche d'accéder à d'autres désirs, le régime de l'urgence devient une forme de gouvernance. Il impose un tempo qui légitime la confiscation du pouvoir ou le maintien d'espaces politiques descendants qui brident les velléités subversives et dé-radicalisent les discussions. Les pouvoirs publics comme le milieu associatif se montrent particulièrement créatifs en la matière.
Le spectacle de la crise et de l'urgence provoque en effet souvent soit sidération et immobilisme face aux crises, soit un besoin irrépressible de résolution immédiate de ces symptômes, que ce soit pour trouver du sens dans l'absurde ou pour que la violence ne reste pas aux portes de notre confort. Réorientée vers la réaction immédiate — pétitions, indignations, bénévolat par ci par là, campagnes rapides — l'énergie critique s'attaque aux effets visibles et spectaculaires — la crise écologique, sociale ou le fachisme — ainsi qu'au pouvoir en place ou à venir et ne s'étend rarement à une critique plus large des structures qui rendent possibles et permanentes ces dominations, comme le pouvoir en tant que tel ou les formes acceptables du capitalisme, qu'elles soient démocratiques ou humanitaires. Car ces structures nous font vivre et sont désirées par beaucoup, ou constituent des repères moraux et militants d'où peuvent partir des luttes et des espoirs. Car toute critique d'un au-delà de l'immédiat à gérer devient idéologique et indécente lorsque des vies sont en jeu (et que des salaires dépendent des dons et de la popularité de l'association). La critique associative ne concerne peu les conditions de production de l'urgence elle-même, ni les dispositifs qui la rendent permanente, ni l'organisation politique d'une attention saturée, fragmentée, où chaque problème est immédiatement remplacé par un autre.
Sans finalité autre que la suspension de l'urgence pour un temps, nos actions de manifestation, de maraudes ou d'hébergement d'urgence deviennent alors des fins en soi, des objets de luttes qui se suffisent à eux-mêmes et reviennent en boucle. La réalisation de nos missions d'urgence étant déjà si difficile au vu des conditions allouées par l'Etat - et acceptées par les associations qui en vivent - que l'essentiel de notre temps va au soulagement de la crise plutôt qu'à son dépassement. Il n'y a ni temps ni moyen pour la création d'espaces nouveaux d'auto-détermination. Les espaces de solidarité associative et les luttes sociales pourraient pourtant être intéressants au vu des situations politiques qu'ils génèrent, peut-être s'ils étaient davantage chargés d'autonomie et d'horizons inconnus plutôt que d'être pilotés par la classe d'encadrement associative. Fatalement, nos revendications sont souvent défensives et s'arrêtent à la défense des droits, à l'intégration par le travail ou aux demandes de prises en charge, à l'optimisation des symptômes donc. La gauche sous ses formes partisanes ou associatives s'est spécialisée dans l'intégration de la critique sociale et révolutionnaire pour la rendre “réaliste” et donc réformiste et inaudible. Un fatalisme justifié par un “pragmatisme” stratégique qui commanderait d'avancer victoire par victoire, quitte à tourner en rond pendant des décennies. Opposant des catégories d'individus entre elles, nourrissant le capital en main d'oeuvre et suppliant l'intervention de l'Etat, ces luttes pour défendre nos droits nous condamnent à la réforme et au statu quo, gagne-pain de la gauche et terreau de l'extrême-droite pourtant combattue, quand elles ne sont pas rattachées à des critiques et perspectives révolutionnaires de transformation totale de la société.
Dans le travail médical, la crise du Covid a par exemple montré que les débats de lutte se concentraient sur la gestion quotidienne (hôpitaux, restrictions, chiffres) tandis que les questions structurelles — sous-financement chronique des systèmes de santé, dépendance industrielle, choix politiques antérieurs — passaient au second plan ou devenaient inaudibles, car “moins urgentes”. Pire, elles étaient liées à des défaillances de l'Etat plutôt qu'à son existence en tant que telle.
Dans le travail social ou humanitaire, la lutte pour les droits suspend souvent la critique de l'organisation et donc de la représentation de nos besoins. L'heure n'est jamais au débat sur nos pratiques, ni à la “grandiloquente révolution pour bourgeois idéalistes”, mais à la résolution de l'urgent par l'action. Entendons par là distribution alimentaire, envois de CV, cours de français et autres prestations d'accès aux droits. Entendons par là les droits de bien s'intégrer à la nation, au travail, à la langue française et de rentrer dans le rang. Les acteurs de l'urgence ont naturalisé le turnover de leurs salariés comme une évidence en temps contraint. Ce turnover entrave toute critique interne, comme au Samu Social, connu pour désespérer et changer d'opérateurs téléphoniques du 115 tous les trois mois.
Si la dimension intrinsèquement présentéiste de l'urgence bride la critique, elle organise de la même manière le deuil de nos idéaux. Autant survalorisée qu'humanitarisée, l'action est vidée de tout horizon libertaire et autonomisant. Antidote à l'incertitude, l'action sociale ou humanitaire ressemble à une fuite en avant. Elle répond à nos crises de sens avec des petites victoires concrètes du quotidien et emporte nos idéaux radicaux et autonomes dans ses prises en charge, ses régularisations et ses sourires. Chez les caritatifs co-gestionnaires de l'urgence, il apparaît vite vain de s'attaquer à ces causes de la boucle de l'urgence, trop multiples, profondes, aux responsabilités diluées et trop politiques, clivantes et par la même occasion peu propices aux dons. Et puis, on ne dévore pas la main de l'Etat qui nous nourrit, sinon on ne pourrait plus opérer, et si on existe plus qui s'occupera de la misère ?
DÉPASSER LE GOUVERNEMENT HUMANITAIRE
Quand le gouvernement s'humanitarise, l'humanitaire se gouvernementalise dans un même geste. Les années 80 ont marqué le passage d'un pouvoir disciplinaire brutal à une gouvernementalité plus thérapeutique, compassionnelle, humanitaire. La création du Secrétariat à l'action humanitaire par Chirac marquera la fusion humanitaire et sécuritaire d'un ensemble d'institutions étatiques et associatives que Didier Fassin qualifie de “gouvernement humanitaire”. Plus que jamais, la solidarité s'est professionnalisée et les politiques sociales et humanitaires sont devenues des technologies de gouvernement adaptées au capitalisme néolibéral. Comme Chirac et son Samu Social, les gouvernements de droite comme de gauche investissent le social et l'humanitaire avec le monde associatif. Gestion des camps, assistance médico-sociale, maraudes, hébergements d'urgence, insertion professionnelle… Ce qui relève de l'aide d'urgence est intégré à une normalité compressée et rationalisée pour coller au tempo de la crise permanente. La souffrance sociale hier ignorée est désormais un objet majeur des politiques publiques qui cherchent à réduire la “fracture sociale” pour réintégrer certain·es “exclu·es” dans la société et son travail. Une manière de contenir la colère en s'attaquant aux symptômes de l'urgence sociale plutôt qu'à ses racines. La souffrance des exclu-es indésirables sera elle invisibilisée et empêchée de se transformer en luttes, par précarisation organisée, répression sur leurs lieux de survie, éclatement des communautés de lutte ou récupérations gauchistes et prises en charge de pacification. Le politique administre les affects, les traumatismes, les comportements ; il abandonne pour de bon la transformation des structures sociales et légitime sa violence par la protection des vulnérables.
Par l'aide sociale et d'urgence, il ne s'est jamais agi que de donner une contrepartie sociale aux grandes dynamiques néolibérales de privatisation du pays. Défendre l'inclusion sociale pour diviser bons et mauvais-es immigré-es. Combattre la résistance des citoyen-nes à la nation et au travail. Combattre l'exclusion sociale jusqu'à en faire une fin en soi, coquille vide dépouillée de toute autre velléité, sans remonter à sa source. En témoignera le Pacte parisien de lutte contre l'exclusion et sa Nuit de la Solidarité, outil de communication solidaire de la ville de Paris pour continuer par ailleurs sa politique de spéculation immobilière, d'expulsion et de traque des sans-papiers. Promettre des avantages (aides, régularisations) à certain-es pour casser les luttes. Faire plonger les associations dans le piège subventionné de la défense des acquis sociaux et de l'intégration par la langue ou le travail. Montrer patte blanche, digérer nos colères, agiter la peur de l'extrême-droite. Faire oublier la critique de la démocratie et continuer plus sereinement notre exploitation. L'urgence sociale est ainsi renversée comme délai supplémentaire que nos démocraties s'accordent pour oblitérer leurs failles fondamentales, nous occuper à traiter nos problèmes sociaux comme des dérives et repousser toujours plus nos révoltes. Par l'action et la victoire, l'aide d'urgence donne du sens à notre misère militante. Elle sépare nos luttes en causes spécialisées (climat, violences policières, inégalités, conflits internationaux), occulte ce qui les unit et nous pousse à formuler des revendications thématiques plutôt qu'à tout refuser.
Les associations humanitaires souvent en lutte contre les politiques de l'Etat tentent de tendre vers un au-delà du simple soulagement des urgences, en alliant pansement humanitaire nécessaire et plaidoyer structurel de long terme. Mais leur régime d'urgence, leur dépendance au financement et leurs horizons politiques étatistes bloquent leurs militant-es dans une charité désautonomisante et dans des rapports de luttes réformistes. Certain-es préfèreront le moins pire à l'idéal et en feront une religion nommée social-démocratie. D'autres sortiront la tête de l'urgence humanitaire et de la réforme. Iels continueront peut-être de panser des plaies mais passeront de l'aide à l'entraide et s'essayeront à la création d'espaces d'auto-détermination. Au-delà du symptôme et de l'humanitaire, iels chercheront plutôt à porter des coups matériels et discursifs à la racine, au capital, au travail, aux frontières, à la démocratie, aux prisons, aux solutions de l'Etat et à tout ce qui nous fait tourner en rond. Par le bas, de tous les côtés, sans représentation ni organisation qui définit nos urgences.
Wilden - TERRAIN VAGUE
Pour info, Autistici/Inventati héberge depuis 2001 des services en ligne non marchands : email, sites web, listes d'email, la plateforme Noblogs, et autres moyens de communication. L'organisation émerge de hackerspaces italiens, de médias autonomes et de mouvements sociaux.

Noblogs : "Connecting radical people. Non commercial, antifascist, antisexist, privacy-oriented blog platform"
Autistici/Inventati, un fournisseur associatif italien de services numériques, et soutien des luttes de gauche, vient d'être sanctionné par les États-Unis. L'hébergeur n'a enfreint aucune loi en Italie, mais s'est retrouvé dans le viseur de Trump.
Article d'Emma Bougerol publié le 3 septembre 2026
publié sur basta média.
L'hébergeur indépendant Autistici/Inventati, abrégé A/I, ne choisit pas ses « clients » pour leur portefeuille mais pour leurs idées. Depuis sa création en 2001, l'organisation a une politique stricte : elle n'aide que ceux qui se considèrent antifascistes, antiracistes, antisexistes et antimilitaristes. « Dans notre port, nous n'offrons notre protection qu'à ceux qui osent braver ces vents de haine qui, malheureusement, soufflent sur toute l'Europe », lit-on dans leur présentation. L'organisation propose à des groupes militants d'héberger boîtes mail, listes de diffusions, sites web et autres services de communication pour assurer leur confidentialité et ainsi les protéger.
A/I a également choisi de travailler avec des organisations outre-Atlantique. Le Salon du livre anarchiste de Seattle, par exemple, héberge son site grâce à l'organisation italienne. Le 26 août, l'organisation de l'événement publie sur son compte Bluesky un avertissement : bientôt, leur site pourrait être inaccessible.
Ce jour-là, l'administration du président Trump a décidé que ce petit hébergeur alternatif italien était désormais considéré comme une « organisation terroriste internationale » par les États-Unis. Le collectif A/I rapporte à Basta ! avoir appris la nouvelle par des articles dans les médias. Il ne s'y attendait pas : « On ne pensait pas être aussi importants. »
Dans le communiqué publié le même jour, le Département d'État reproche à l'hébergeur de fournir ses services à des groupes anarchistes, d'extrême gauche et antifa partout dans le monde, ainsi qu'à des organisations étrangères désignées comme terroristes par les États-Unis. « Il s'agit d'une décision de censure grave et inédite », a réagi La Quadrature du Net, une association française de défense des libertés numériques.
Dans le viseur de Trump
Le 22 septembre 2025, le président des États-Unis avait désigné la « mouvance antifa » comme organisation terroriste. Elle est vue, par le pouvoir trumpiste, comme un bloc homogène et organisé. Pam Bondi, alors procureur générale des États-Unis, promettait même en octobre 2025 de « détruire l'organisation entière du sommet à la base », citait le journal Le Monde.
En réalité, « les antifas sont très peu structurés, sans hiérarchie, statut ou organisation précise, écrivait le chercheur Mario Del Pero dans The Conversation en 2020, à propos du contexte états-unien. Le terme renvoie plus à une nébuleuse qu'à une association : un réseau souple de militants, partageant une philosophie générale, essayant parfois de coordonner leurs activités, mais opérant généralement de manière spontanée, réactive et à un niveau très local. »
Mais en juin dernier, les premières condamnations liant l'« idéologie antifa » et le terrorisme ont eu lieu au Texas : un procès pour des faits survenus lors d'une manifestation à l'extérieur d'un centre de détention pour immigrants, où une personne a tiré sur un policier (les circonstances sont débattues par les parties).
Une infrastructure peut désormais être qualifiée de « terroriste »
Au cours de l'audience, les procureurs ont soutenu que le groupe de personnes de tous âges, unies par des convictions politiques de gauche et progressistes, constituait une « cellule antifa du nord du Texas ». En plus de la personne condamnée à 100 ans de prison pour tentative de meurtre, d'autres militants d'extrême gauche ont écopé de lourdes peines basées sur des charges terroristes, notamment d'avoir « apporté un soutien matériel à des terroristes ».
C'est sur ce dernier point que l'administration Trump s'est basée pour qualifier l'organisation italienne de « terroriste ». Autrement dit, fournir des services numériques ou une aide quelconque à des personnes considérées comme « antifa » par Washington vaut d'être qualifié de terroriste à son tour. Résultat : Autistici/Inventati a été inscrite sur la liste de sanctions de l'OFAC, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers, qui gère et applique les sanctions économiques et commerciales décidées par les États-Unis. Les organisations, banques, fournisseurs et autres entreprises qui travaillaient avec A/I et qui sont basés aux États-Unis ont jusqu'au 25 septembre pour cesser tout lien avec l'association italienne.
« Les États-Unis ne visent pas une organisation opérationnelle, mais une infrastructure, analyse le chercheur Beniamino Irdi, interviewé par Decode 39. Il s'agit d'un élargissement du champ d'application des contre-mesures aux services techniques et aux infrastructures susceptibles d'être utilisés par des acteurs jugés dangereux. L'élément essentiel réside toutefois dans le principe qui est ainsi établi : l'infrastructure elle-même peut devenir l'objet d'une contre-mesure. »
« Ça pourrait arriver à n'importe lequel d'entre nous »
« Ça fait peur. C'est basé sur une décision d'un président qui se lève du mauvais pied, sans décision de justice. Il n'y a presque rien qui permette à une structure comme A/I de contester une décision comme celle-ci… À part peut-être aller au tribunal aux États-Unis », réagit, du côté français, Martin, membre du Collectif des hébergeurs alternatifs, transparents, ouverts, neutres et solidaires, ou Chatons. « C'est une décision administrative complètement arbitraire », s'inquiète-t-il.
Avant même le 25 septembre, les conséquences pour l'hébergeur indépendant et celles et ceux qui l'utilisent sont déjà nombreuses. Le site web de l'organisation, autistici.org, n'est plus accessible depuis le 28 août. Selon La Quadrature du Net, ce nom de domaine « a été suspendu par le Public Interest Registry (PIR), l'organisme américain qui gère les noms de domaines en .org. Cela empêche ainsi les utilisateur·ices d'accéder à leurs mails et aux services fournis par A/I. »
L'entreprise de paiements en ligne PayPal a bloqué leur compte. Leur banque italienne, Banca Etica, une banque coopérative, a déjà annoncé suspendre leur compte courant par peur de faire l'objet de « sanctions secondaires » et demande une réaction des institutions italiennes et européennes pour s'assurer de leur protection si elle venait à réactiver le compte.
Mais le collectif A/I n'attend pas grand-chose de l'Italie, gouvernée par l'extrême droite de Giorgia Meloni. Ses membres constatent un climat national en leur défaveur. « On est effarés, confie de son côté Martin. Ça pourrait arriver à n'importe lequel d'entre nous. » La logique adoptée par l'administration américaine de qualifier de « terroriste » une organisation sur la seule base de la fourniture de services à des groupes considérés arbitrairement comme terroristes par les États-Unis peut toucher tout le monde. La décision, complète la Quadrature du Net, « constitue un précédent dangereux pour tous les collectifs et personnes qui construisent chaque jour des communications respectueuses de la vie privée et s'affranchissent des États et du Web centralisé ».
Martin explique aussi que le problème est bien plus profond. « Cela fait longtemps que nous avons des discussions dans le monde du libre sur le pouvoir que les États-Unis ont sur Internet et la manière dont ils gèrent leurs opposants, souligne le membre du collectif Chatons. Le fait que les États-Unis, en appuyant sur un bouton, peuvent désactiver une structure qui pourtant respecte les lois dans son pays, c'est inquiétant. »
Sur simple décision unilatérale, le pays de Donald Trump pourrait décider d'un « kill switch », c'est-à-dire de couper l'accès d'un ou plusieurs pays à ses services en ligne. « Ce blocage démontre la dépendance technologique et politique vis-à-vis des États-Unis », pointe aussi la Quadrature du Net.
« Créez un, dix, cent collectifs qui mènent un travail similaire au nôtre »
« Si le technofascisme se renforce aux États-Unis, le pays peut couper des accès à des pans complets de l'économie », craint Martin. Même si le terme de « souveraineté numérique » revient souvent dans les discours politiques ces dernières années, en France comme au niveau européen, l'Europe reste largement dépendante des technologies étasuniennes. « La Russie ou la Chine ont des réseaux internet qui peuvent fonctionner presque totalement en autonomie, indépendants des États-Unis, qui peuvent réagir en cas de gros coup dur… Côté européen, on ne peut pas du tout faire ça », complète Martin.
Concernant le cas d'Autistici/Inventati, le temps se réduit avant l'application stricte des sanctions américaines. Dans une lettre ouverte, les soutiens de l'organisation – des bibliothèques, syndicats, hébergeurs et associations de défense des libertés individuelles – appellent à la révocation ou à la révision de la décision de sanction, à ne pas faire de l'anonymat ou de la confidentialité des échanges en ligne une preuve d'intention terroriste, ou encore à une réponse publique des institutions. Le but de la décision de Trump « c'est l'isolation, écrivent-ils. Notre réponse est une solidarité indépendante, informée et disciplinée. »
Le collectif A/I est reconnaissant envers les nombreux témoignages de solidarité et les propositions d'aide venus du monde entier, « y compris de la France », précise-t-il. Pour les aider, il faut garder un œil sur le site miroir de celui qui a été supprimé, inventati.org, ainsi que sur leur blog. « Nous travaillons actuellement sur différentes propositions qui seront rendues publiques et diffusées, disent ses membres. Ceux qui souhaitent nous aider n'ont donc qu'à rester à l'écoute. » Face à son avenir incertain, Autistici/Inventati a un dernier message à adresser, formulé comme un souhait pour le futur : « Créez un, dix, cent collectifs qui mènent un travail similaire au nôtre. »
LIENS
L'article de Nantes indymédia
le blog d'Autisctici, Cavallette pour suivre leurs actualités
La lettre de soutien de la Quadrature du net
Aujourd’hui, plus que jamais, on a besoin de joie, d’espoir, de se rencontrer, de créer des liens, d’adelphité, d’espoir, de partage, de joie.
Parce que nous sommes plus nombreuseux que ce qu’en disent les médias de Bolloré et autres ultrariches, qui à l’aide de sondage nous font croire que la victoire de l’extrême droite est déjà pliée.
Ses mêmes médias tentent aussi de discréditer les mouvements antifascistes. Ils racontent que nous sommes les méchant.e.s, vont jusqu’à dire/insinuer que nous sommes les nouveaux nazis mais l’antifascisme c’est tout l’inverse, peut importe le collectif, les groupes, les gens et la forme de lutte.
A Saint-Nazaire, ville profondément ouvrière, nous savons que le fascisme est 1 fléau et nous, les antifas luttons contre toute forme d’autoritarisme, de discrimination, d’oppression, militons pour + de justice, d’équité, pour 1 monde meilleur. On se rassemble pour vivre en paix les un.e.s avec les autres peut importe les croyances, la culture, les orientations.
Alors soyons nombreuseux pour 1 moment convivial autogéré (si vous avez envie d’animer 1 atelier, 1 cercle de parole, 1 jeu, faire du jonglage, … ça serait hyper bienvenu, n’hésitez pas à nous contacter pour organiser ça en amont)
Les antifa sont les allié.e.s des pauvres, de l’antiracisme, du féminisme, des personnes en situation de handicap, des LGBTQIAP+, des pays colonisés, des personnes opprimées et discriminées dans le monde.
Nous vous demandrons pendant ce pique nique de porter attention à vos privilèges et ne pas avoir de comportements ni de propos discriminants, oppressifs, irrespectueux, … Le droit à l’erreur existe, on peut tou.te.s faire des erreurs mais il est impératif d’écouter si quelqu’un.e nous pointe des propos ou comportements inappropriés, de prendre du recul, de se remettre en question puis de prendre ses responsabilités, reconnaître ses erreurs et voir avec la personne, le groupe, comment réparer. Nous serons tou.te.s responsable du cadre. Nous privilégions l’inclusivité
Assemblée anarchiste le vendredi 11 septembre de 19h30 à 21h30
On propose cette assemblée car on ressent un manque d’espaces d’organisation et de rencontre anarchiste à Nantes.
On sait qu’on est pas mal d’anarchistes à se croiser dans différentes luttes mais on trouverait ça chouette d’avoir un moment dédié pour se retrouver de temps en temps. On se dit que ca pourrait servir autant d’espace d’organisations concrètes que de lieu de discussions où c’est possible parfois de parler de fond sans échéances, urgence, ni objectifs (orga dans un collectif, une AG, etc…). Peut être aussi que ça pourrait permettre d’être dans de la création de nouveaux trucs plutôt que toujours dans la réaction.
On est plusieurs à avoir cette envie et à en avoir parlé ensemble donc on a fait en sorte de lancer un truc avec ce premier rdv mais on a pas envie de garder cette place là si y’a des prochaines fois; l’idée ce serait que ça s’autogère sans chef•fes et qu’on voit ensemble ce qu’on a envie de faire de ces assemblées.
Du coup si ça vous parle, ça peut être chouette de réflechir à quels sujets vous voulez amener, et à la forme que vous voudriez donner à cet espace.
On aimerait que ce soit ouvert à toutes les personnes à qui ça donne envie de venir et que ça puisse permettre de sortir un peu de nos entre-soi habituels. Ca serait chouette que ce soit justement un endroit où l’on puisse venir trouver de l’énergie, des gens avec qui faire des actions, se former ou encore explorer des nouvelles idées…
On se retrouve là-bas vendredi!
Accès: B17 c’est au 17 rue Paul Bellamy à Nantes, au fond à gauche de la 2ème cour, au dessus du garage auto. L’accès se fait par un sol pavé irrégulier et il y a ensuite un escalier pour accéder au lieu qui est au 1er étage.
En mars 2022, des militants d'extrême droite armés, déjà condamnés, proches de policiers et liés au RN assassinaient une star du rugby.
L’article Exécution de Federico Aramburú par des néo-nazis il y a 4 ans : le procès s’ouvre demain est apparu en premier sur Contre Attaque.
Nous invitons toutes les organisations à signer la lettre en anglais de Sabot Media.
Vous pouvez également faire apparaitre le nom de votre organisation sur cette version française en signant ici.
Le 26 août 2026, les États-Unis ont désigné le collectif numérique italien Autistici/Inventati comme « Specially Designated Global Terrorist » (Terroristes internationaux) et l'ont ajouté à la liste d'organisations placées sous sanctions états-uniennes appelée « Specially Designated Nationals list », sous l'ordre exécutif 13224. Les organisations états-uniennes en lien avec Autistici/Inventati (banques, fournisseurs…) bénéficient d'une autorisation temporaire de mener à bien les transactions déjà engagées avec A/I avant cette classification. Cette autorisation prend fin le 25 septembre 2026 à 00h01 à l'heure de Washington. Après cette date limite, les relations devront être suspendues, sous peine de sanctions.
Autistici/Inventati héberge depuis 2001 des services en ligne non marchands : email, sites web, listes d'email, la plateforme Noblogs, et autres moyens de communication. L'organisation émerge de hackerspaces italiens, de médias autonomes et de mouvements sociaux. Son infrastructure est construite en réponse à la censure, à la surveillance furtive et aux saisies de serveurs. Elle minimise les données personnelles, utilise des systèmes distribués et traite la confidentialité comme un bien commun nécessaire à la participation politique plutôt que comme un produit.
L'annonce publique des États-Unis pointe des organisations qui sont censées avoir utilisé l'infrastructure d'A/I. Elle ne montre pas qu'A/I a planifié les actions citées, choisi des cibles, dirigé ses utilisateurs et utilisatrices ou créé le contenu hébergé. Cette annonce soulève une question qui va bien plus loin que la question du collectif A/I : est-ce que le fait de maintenir une infrastructure dédiée à des communications confidentielles de mouvements défavorisés, peut lui-même être traité comme du terrorisme ?
Cette théorie met en danger les hébergeurs indépendants, les services de communication chiffrés, les librairies radicales, les archives des mouvements sociaux, les éditeurs et les petits projets bénévoles, partout dans le monde. Elle encourage les banques, les registraires de noms de domaine, les entreprises d'hébergement à couper tout accord immédiatement, et à poser les questions juridiques ensuite. Elle transforme la minimisation de la collecte des données en quelque chose de suspect, la confidentialité en dissimulation, et l'infrastructure en culpabilité par association.
Les grandes plateformes numériques commerciales sont habituellement distinguées du discours et du comportement de leurs utilisateurs et utilisatrices par un principe de responsabilité limitée, en tant qu'intermédiaires. Ces protections ne sont pas absolues et ne permettent pas de déroger à la loi sur les sanctions. C'est précisément pour cela que cette annonce est si lourde de conséquences : le pouvoir de sanction de l'exécutif états-unien peut imposer une isolation économique sans qu'un tribunal ait jugé si un hébergeur est légalement responsable du contenu tiers.
Autistici/Inventati n'est pas neutre politiquement, tout comme les bibliothèques, syndicats, hébergeurs et associations de défense des libertés individuelles qui pourraient signer cette lettre. Mais l'affinité politique est distincte d'un contrôle opérationnel. Fournir un compte d'email, une plateforme de publication ou un serveur n'est pas la même chose que de planifier tout ce qu'un utilisateur ou une utilisatrice pourrait ensuite faire ou dire.
La révocation immédiate de cette classification, ou son réexamen rapide et transparent, accompagné de la publication de la base factuelle et légale sur laquelle s'appuie cette décision. Cette transparence doit être suffisante pour une analyse et une contestation publiques.
Une distinction claire entre la fourniture d'infrastructure de communication et la direction des agissements de ses utilisateurs et utilisatrices.
La confidentialité, le chiffrement, le pseudonymat et le refus de conserver des données identifiantes ne doivent pas être traités comme des preuves d'activité ou d'intention terroriste.
Une protection pour l'investigation, la recherche, l'archivage et le plaidoyer indépendants.
Les journalistes, les bibliothèques, les chercheurs et chercheuses et les archivistes communautaires devraient être en capacité de documenter cette affaire sans être traités comme des parties intégrantes de l'entité désignée.
La résistance à la sur-conformité des institutions.
Les banques, les registraires, les hébergeurs, les fournisseurs de certifications et les entreprises des NTIC devraient rendre publiques les restrictions auxquelles elles sont soumises, notifier leurs contraintes légales chaque fois que c'est permis, et éviter de détruire de l'information ou des relations au-delà de ce que la loi requiert réellement.
Une réponse publique de la part des institutions qui défendent les libertés numériques, la liberté d'expression et les libertés individuelles.
Garder le silence, ce serait permettre la création d'un précédent sur le ciblage des infrastructures autonomes.
Nous n'attendons pas de chaque signataire qu'il ou elle cautionne toute publication ou position politique d'A/I, ou de ses utilisateurs et utilisatrices. Nous attendons des signataires qu'ils et elles défendent une distinction structurelle : l'infrastructure de communication n'est pas la même chose que les discours ou agissements qui transitent à travers elle.
Le but de la classification économique, c'est l'isolation. Notre réponse est une solidarité indépendante, informée et disciplinée. Nous voulons préserver les archives publiques, analyser les allégations du gouvernement états-unien, résister à la sur-conformité et défendre la capacité des mouvements à communiquer sans se soumettre à la surveillance des entreprises ou des États.
Autre article qui donne d'autres informations :
Ce 26 août 2026, l'administration des États-Unis d'Amérique a désigné comme terroriste l'association en charge des serveurs informatiques Autistici/Inventati (A/I). Derrière ce nom, ce sont 25 ans de mémoire et d'outils des luttes sociales, d'autogestion numérique qui se voient attaquées.
A/I, c'est un peu le Riseup italien. Iels hébergent des milliers de boite mails, listes mails ainsi que tous les sites en .noblogs.org. Des milliers de comptes, services et sites webs militants se voient donc censurés ou menacés. Cette décision, dont les premières conséquences commencent à apparaître, sera pleinement effective le 25 septembre 2026. D'ici-là, la communauté hacker internationale appelle à une large mobilisation de solidarité antifasciste pour la défense de nos infrastructures et pour l'autonomie de nos réseaux numériques alternatifs.
Paranoia, la première machine de ce qui deviendra plus tard A/I, est née à Milan (Italie) en 2001, dans un contexte foisonnant de luttes sociales et d'expérimentations technologiques populaires entremêlées. Cette initiative antifasciste, anticapitaliste et antimilitariste, reposant sur des logiciels libres et maniant la cryptographie comme technique d'autodéfense numérique, s'est poursuivie par l'installation de toute une infrastructure visant à garantir le pseudonymat et la libre circulation des informations, de la connaissance et de la culture.
Là où les prestataires de services en ligne commerciaux utilisent l'argent comme barrière d'entrée, A/I fait partie de ces collectifs qui conditionnent l'utilisation de leurs services à un critère d'affinité politique. Sous cette condition, la liberté d'expression permise au travers de cette infrastructure n'a cependant jamais garanti de responsabilité collective à l'égard de toutes les publications ou communications qui y circulent. Et pourtant, l'administration états-unienne justifie aujourd'hui la censure de l'intégralité des services d'A/I dans un excès de zèle fasciste qu'on lui connaît particulièrement de nos jours.
Depuis 2001 et jusqu'à la catastrophe que représente cette dernière actualité, l'histoire d'A/I est émaillée de plusieurs événements parfois rocambolesques, mettant en lumière toute l'ironie et l'absurdité des institutions politiques et du capitalisme de surveillance. Lors de l'affaire Trenitalia, A/I avait créé un site web satirique pour dénoncer le transport d'équipements militaires pour l'invasion états-unienne de l'Irak en 2003. En 2005, une enquête contre une cellule italienne de l'Anarchist Black Cross, dont les emails étaient hébergés par A/I, a révélé l'installation clandestine d'un dispositif de surveillance du serveur.
À la suite de cette affaire, le collectif a initié un chantier titanesque de mesures anti-répression de l'infrastructure, le plan R*. Un plan qui permit en 2007 aux serveurs de résister aux tentatives de censure d'un jeu-vidéo dénonçant la pédocriminalité au sein de l'Église catholique. Puis en 2010, c'est face à la police norvégienne, en complicité avec une cour de Justice italienne, que le plan R* s'est montré efficace pour permettre la survie de l'infrastructure grâce à plusieurs relais à travers le monde.
Toutes ces attaques et perquisitions ayant exposé des milliers de boîtes mail, A/I a toujours insisté sur la nécessité d'une prudence à l'égard de sa propre confidentialité. Aucune infrastructure numérique ne sera jamais indemne de vulnérabilité, à l'instar des humains eux-mêmes. Pourtant, on peut retenir que la participation du collectif aux luttes sociales a notamment permis au mouvement Indymedia de naître, à partir des mobilisations contre le G8 de Gênes. Elle a également permis à d'innombrables mailing-lists d'émerger et à des dizaines d'ateliers et discussions à travers le monde de diffuser les savoir-faires d'autodéfense numérique et les expériences du collectif à d'autres communautés en lutte.
De fait, A/I fait aujourd'hui partie des collectifs de référence dans les communautés hacker anti-autoritaires et internationalistes, tant pour tout son historique et l'exigence technique acquise que pour son approche anti-élitiste qui permet à toustes d'utiliser ses services et d'apprendre à les répliquer ailleurs. Il est donc urgent de se mobiliser, avant le 25 septembre, en défense d'A/I, de plusieurs manières, dans la mesure de vos capacités :
Par ailleurs, dans un contexte de répression débridée, à coups d'accusation de terrorisme, à l'encontre d'un nombre toujours croissant de collectifs anti-autoritaires, l'attaque contre Autistici/Inventati est une alerte pour toutes les initiatives d'infrastructures alternatives sur internet. Elle démontre l'extension des leviers utilisés par l'administration pour censurer des services (en l'occurence via l'organisme chargé des noms de domaine en ".org").
Au-delà d'A/I, cette invitation à la solidarité est donc aussi un gros coup de pied au cul pour défendre notre liberté d'expression et l'intégrité de notre vie privée ainsi que l'autonomie nos moyens d'organisation en ligne. Il est urgent de réfléchir collectivement à la dépendance aux États-Unis de nos propres moyens de communication et des plateformes de publication de nos luttes ; et de renforcer leur indépendance autant que possible en documentant le travail effectué et en faisant circuler ces recherches. Ne croyons pas que ces questions sont simplement l'affaire d'expert·es. Apprenons de l'histoire des luttes et de ses leçons. La lutte continue et c'est l'affaire de toustes !
Pour en savoir plus sur l'histoire de A/I et l'attaque actuelle des États-Unis : un article qui reprends toute l'histoire plus en profondeur.
Le domaine autictici.org n'est plus accessible, mais vous pouvez accéder à leur site par inventati.org (et notamment lire (anglais) leur campagne, leur communiqué de presse et trouver les autres articles de solidarités qu'iels ont référencés)
Le blog de A/I ou iels publieront peut être de nouveaux articles.
Quand ?
Le 7 septembre de 19h à 20h
Où ?
Hôtel de ville 5 Rue de Lobau, 75004, Paris, France
L'action "Zéro bébé à la rue" continue tous les premiers lundis du mois.
Nous serons lundi 7 septembre devant l'hôtel de ville de Paris au niveau du 31, rue de Rivoli entre 19h et 20h pour notre rassemblement mensuel,
– Pour dire NON à l'inacceptable.
– Pour dire notre indignation devant la suppression de 1 200 nuitées hôtelières qui accentuent les remises à la rue.
– Pour dire notre indignation devant les derniers chiffres du baromètre « enfants à la rue de l'UNICEF et fédération des acteurs de la solidarité", du 18 août 2026 : 2355 enfants dont 514 de moins de 3 ans dorment à la rue, chiffre sous évalués car ils ne parlent que de ceux qui ont appelé le 115.
– Pour dire notre attente au maire de Paris qui a promis zéro enfant à la rue cet hiver.
Pole de santé des Envierges
RESF Titon Souzy Pilatre
Quand ?
Le 24 septembre à 19h
Où ?
Le Baranoux 78 Rue Compans 75019 Paris
Rendez-vous le jeudi 24 septembre pour un arpentage du livre "L'Ecoféminisme en défense des animaux", recueil de textes de différentes autrices coordonné par Myriam Bahaffou et Tristan Lefort-Martine.
C'est quoi, un arpentage ?
Un arpentage est une méthode de lecture collective d'un livre, issue de l'éducation populaire. Lors d'un temps déterminé, plusieurs personnes se partagent un document écrit et chacun.e en lit individuellement une courte partie. Ensuite, il y a un temps de restitution collectif et de discussion ou chacun.e partage aux autres le contenu de sa lecture.
Présentation du livre
Ce recueil met enfin à la disposition du lectorat francophone un choix de textes qui explorent les liens entre féminisme et antispécisme. Les premiers sont l'oeuvre des Feminists for Animal Rights (Carol J. Adams, Marti Kheel, Greta Gaard et Josephine Donovan) qui, conjuguant activisme de terrain et analyse théorique, ont construit dans les années 1980 et 1990 une position écoféministe végane, critique des biais masculinistes des théories de la libération animale et de l'écologie. Dans une seconde partie, des féministes antispécistes contemporaines (Mirha-Soleil Ross, pattrice jones, Sunaura Taylor, Syl et Aph Ko) reviennent sur cet héritage en le complexifiant par leurs réflexions sur le travail du sexe, la transidentité, les violences sexuelles, le handicap ou la race.
L'entrée est à prix libre (gratuité comprise) et sans inscription.
Sur place il y aura aussi un infokiosque et un bar 100% vegan
Quand ?
Le jeudi 24 septembre à 19 heures.
Où ?
Au Baranoux
78, rue Compans
Paris 19e.
Dans la grande salle au fond.
Accessibilité ?
Il y a une porte d'entrée avec un rebord, qu'il faut enlever pour passer avec un fauteuil donc tu peux nous écrire pour la retirer quand tu arrives si besoin.
L'arpentage aura lieu dans la grande salle à l'intérieur, accessible aux personnes à mobilité réduite.
Les toilettes ne sont pas aux normes PMR.
graphisme par @teppichhai39
La scène reste encore aujourd'hui mythique, et elle a enterré la carrière de l'imposteur Bernard-Henri Lévy. Nous sommes en 1985, lors d'une émission en Belgique : le jeune philosophe impérialiste à la chemise ouverte était en pleine ascension, bénéficiant d'une médiatisation indécente pour étaler ses platitudes. Il reçoit soudain une tarte à la crème en pleine face, en direct. L'auteur de l'attentat pâtissier se nomme Noël Godin, dit Georges le Gloupier.
En réponse à cette farce, BHL, le visage couvert de crème, sort complètement de son personnage d'intellectuel raisonnable. Et pendant que l'entarteur est maintenu au sol par des agents de sécurité, il crie, le visage plein de haine : « Lève-toi vite, ou je t'écrase la gueule à coups de talon ! » Pierre Desproges dira de cette scène qu'elle illustre « la vraie nature des cuistres ». Renaud en fera une chanson. Noël Godin qualifiera sa victime de « tête à tarte par excellence ». À travers cette scène, tout le monde a pu voir la lâcheté et la mégalomanie d'un personnage malfaisant qui se prend trop au sérieux.
Noël Godin, celui qui maîtrisait l'art de ridiculiser les puissants, vient de s'éteindre le 23 août 2026, après 80 ans de franche rigolade. Né à Liège, il est le fondateur d'un mouvement novateur et drôle : celui des anarcho-pâtissiers. Son slogan ? « Entartons les pompeux cornichons ». Son principe ? Détruire l'ego des personnalités arrogantes, réactionnaires, riches, de manière non-violente mais directe. De ridiculiser les hommes de pouvoir, les intouchables, avec des tartes. De cibler à coup de crème les dominants en répandant une « anarchie joyeuse » à même de sortir de l'impuissance. Un jet de chantilly venait briser la solennité et l'image de toute-puissance.
Noël Godin était passionné de cinéma, il empruntait à l'univers du cartoon, des sketchs, aux situationnistes et à l'activisme libertaire. Il commence son parcours dès 1968 sur les bancs de l'université, en déversant un pot de colle sur un enseignant connu pour ses idées réactionnaires. Il élabore ensuite, pendant près de 40 années, des plans millimétrés pour entarter des célébrités comme Nicolas Sarkozy, Patrick Bruel, Patrick Poivre d'Arvor, Jean-Luc Godard, des prêtres… Et devient la hantise des célébrités médiatiques et politiques.
Parmi ses gros coups : l'entartage en 1998 de Bill Gates, empereur de l'informatique à l'époque. Un employé de Microsoft l'informe que le patron de la multinationale arrive en Belgique, et lui confie son emploi du temps. Le Gloupier monte une équipe pour être sûr de ne pas le rater. Au moment prévu, trois personnes lancent chacune une tarte à la crème au visage du patron, qui court dans un bâtiment. Mais à l'intérieur, un quatrième anarcho-patisssier lui expédie une dernière tarte. La bande crie : « Entartons, entartons le polluant pognon ».
Autre réussite, l'entartage multiple de Nicolas Sarkozy en 1997. Un complice est envoyé pour demander un autographe à l'homme politique, qui rêve déjà d'être président, et lui administre une tarte au visage. Craignant d'être photographié couvert de crème, Sarkozy court vers un ascenseur, mais un entarteur l'attend à chaque étage ! Le politicien est escorté vers les toilettes par ses gardes du corps, et pense enfin pouvoir se sortir de ce traquenard. Sauf qu'une vingtaine de pâtissiers l'attendent à la sortie, et le couvrent à nouveau de chantilly. Sarkozy se nettoie une nouvelle fois, mais reçoit une dernière tarte en pleine tête pour conclure cette belle série.
Et BHL ? Godin ne comptait pas en rester là, et devient la cible principale. Le philosophe sera entarté pas moins de 10 fois par le Gloupier et ses équipes, sur plusieurs décennies. Le 10e attentat a lieu à Namur le 30 mai 2015. Une vingtaine de personnes lui envoient des tartes dans une église, malgré la présence de gardes du corps. BHL supplie, à bout de nerfs : « Non, y en a marre ! » Noël Godin dédie cette action au dessinateur satirique Siné, figure historique de Hara Kiri et Charlie Hebdo, qui avait été viré de l'hebdomadaire pour son soutien à la Palestine, et accusé d'antisémitisme. Une tarte atteint aussi le rappeur Doc Gynéco en direct à la télé, alors qu'il avait annoncé soutenir la candidature de Sarkozy.
Noël Godin écrit aussi beaucoup. Il contribue au journal Siné Hebdo, créé par son ami, où il rédige une chronique intitulée « L'Entarteur littéraire ». Avant cela, il publiait dans un magazine de cinéma belge, appelé « Les Amis du film », et piégeait ses chefs avec de fausses nouvelles, des critiques de faux films et de fausses interviews. Au fil de ses aventures, il fait aussi paraître plusieurs ouvrages, notamment « Crème et châtiment ».
Intarissable, il joue aussi dans 27 films, fréquente la bande de Groland, devient une véritable célébrité en France comme en Belgique, se déplace partout où ses camarades l'invitent. Il invente une langue et des expressions fleuries, faites de « flibusterie pâtissière », de « gloupinades » et de « youpitamment », c'est-à-dire : « de façon joyeuse ».
Noël Godin est passé à Nantes en 1996, invité par une bande d'anarchistes. Avec une soixantaine de complices, il organise un entartage géant de prêtres dans la cathédrale Saint-Pierre en pleine messe. Il inspirera plus tard d'autres jeunes nantais qui, dans les années 2010, entarteront le ministre Claude Allègre, puis enfarineront François de Rugy.
La dernière victime connue du Gloupier est le patron de la compagnie d'aviation Ryan Air, en 2023. Il envoie deux tarte dans le visage du PDG Michael O'Leary avant une conférence à la Commission Européenne, à Bruxelles. L'internationale pâtissière proclame : « Tant que vous nous inonderez avec du CO2, nous vous inonderons de crème fouettée ». L'entarteur avait atteint l'âge vénérable de 77 ans, mais il était toujours en pleine forme.
Noël Godin qui part, c'est aussi un peu d'une époque qui disparaît : sarcastique, légère comme la crème fouettée, et pleine de possibilités. Car il faut bien dire qu'il est devenu beaucoup plus difficile et risqué d'approcher une personnalité de pouvoir. À présent, les dominants ne se déplacent plus sans des escadrons de vigiles et de policiers, les caméras de surveillance sont omniprésentes, les portiques et autres sas de sécurité sont partout… Et quand une tarte parvient à atteindre un illustre visage, les gardes à vue, plaintes et procès sont systématiques, alors qu'elles étaient rares il y a quelques décennies.
Même le discours à changé : ce que les médias trouvaient amusant jadis est qualifié d'horrible violence. Plus les forts nous écrasent, plus ils dramatisent les rares offenses qui les visent. Rien ne doit abîmer l'apparence de puissance, et même la crème chantilly est criminalisée.
Le Gloupier n'est plus, mais l'anarcho-pâtisserie doit continuer à vivre.
Publié précédemment :
https://contre-attaque.net/2026/08/25/mort-de-noel-godin-hommage-anarcho-patissier/
Voir aussi :
Raffarin entarté à Lyon
Des parcelles de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes sont ciblées par l'État pour servir de «compensation écologique» pour construire le CRA
L’article Racisme d’État et greenwashing : le grand n’importe quoi de la préfecture nantaise est apparu en premier sur Contre Attaque.
Quand ?
Le 18 septembre à 19h30
Où ?
Le Monte en l'Air 2 Rue de la Mare 75020 Paris
Selim Derkaoui sera l'invité de la librairie Le Monte-en-l'air (2, rue de la Mare, 75020 Paris) le vendredi 18 septembre à 19h30 à l'occasion de la sortie de son nouvel ouvrage « L'arabe du samedi soir » aux éditions du Seuil. La rencontre sera animée par DJ Missy Ness.
Présentation de l'ouvrage par la maison d'édition :
J'aurais frappé un policier, mais je ne m'en souviens pas. Ce dont je me souviens, ce sont la tentative avortée pour entrer en boîte de nuit, les litres d'alcool ingurgités, et cet after jusqu'au petit matin. Quelques heures plus tard, je me réveille en cellule. Que s'est-il passé ce soir-là ?
Entre le récit intime et l'essai, Selim Derkaoui enquête sur ce qu'il nomme les nuits populaires : aux clubs et free parties, à l'alcool et aux drogues, répondent les contrôles au faciès, les difficiles retours de soirées, les boulots précaires et les corps qui encaissent. De la Normandie aux fêtes parisiennes, l'auteur remonte avec humour le fil de ses virées nocturnes. Il cherche à comprendre comment le capitalisme nous pousse à faire de nos weekends des exutoires - quitte à nous mettre en danger et à rappeler brutalement à l'ordre les minorités politiques. Malgré tout, le samedi soir reste un rituel de survie, de résistance et de dignité ; une véritable conquête sociale arrachée aux dominants.
Selim Derkaoui est journaliste. Il est l'auteur de « La guerre des mots » (2020, avec Nicolas Framont) et de « Rendre les coups » (2023), aux éditions Le Passager clandestin, ainsi que de « Laisse pas traîner ton fils » (2025), paru chez Les Liens qui libèrent.
Dj Missy Ness est une Dj qui raconte l'histoire d'un monde dans sa complexité géopolitique. Elle mélange la crème des courants alternatifs qui illuminent les nuits folles d'Istanbul, de Ramallah, de Beyrouth, de Londres, de Barbès ou de Tunis. Dub, Grime, Hip Hop, Trap, Electro ou rythmes traditionnels nourrissent ses mixs urbains. Pendant plusieurs années, à travers le projet indépendant In Transit, elle a valorisé les scènes musicales émergentes des pays arabes et du Sud Global en organisant des séries de concerts qui rendent hommage à la diversité esthétique et à la migration.
Quand ?
Le 16 septembre de 20h à 21h30
Où ?
Le Bar commun 135, rue des Poissonniers 75018 Paris
Le comité Attac Paris-Nord-Ouest vous propose ce débat autour du droit du travail.
Pendant deux quinquennats, le logiciel néolibéral a tourné à plein et a fait des dégâts sur un de ses épouvantails favoris : le droit du travail.
Dès 2017, les ordonnances Macron ont constitué la régression des droits des travailleurs et travailleuses la plus importante depuis la 2e guerre mondiale.
Ensemble nous nous poserons les questions suivantes :
– Quelles évolutions du droit du travail sous l'ère Macron ?
– Quels impacts sur les acteurs du droit du travail (inspection du travail, organisations syndicales, conseils de prud'hommes...) ?
– Évolution des conditions de travail : de quoi parle t'on ?
Intervenant · es :
– Diane ADAM, Ergonome - Union Locale CGT du 18ème arrondissement
– Pascal QUERU, Expert CSE
– Jean DUFFOUR, Avocat spécialiste en droit du travail
– Virgile GARSMEUR, Inspecteur du travail, CGT TEFP
Rencontre avec Bérangère Fromont le 9 septembre à 19h30 au bar le TDTF (43 rue Cavendish, Paris 19e)
À l'occasion de la sortie de son livre « République » paru aux éditions Chose Commune, rencontre et discussion avec la photographe Bérangère Fromont pour parler de son travail photographique.
Bérangère Fromont questionne depuis une quinzaine d'années la notion de résistance. Résistances individuelles ou collectives, luttes politiques, quêtes de visibilité, mais aussi action de résister, comme force de vie. Elle mène une exploration artistique des façons d'habiter le monde en dehors des systèmes et des modes de représentation dominants : habiter poétiquement, éthiquement et politiquement le monde relève pour elle d'une nécessité intime.
Le 9 septembre à 19h30 au bar le TDTF
43 rue Cavendish, 75019 Paris - Métro Laumière
chapitre II : Marx et la Commune de Paris
Nous reproduisons ici en brochures les différents chapitres du livre « le socialisme sauvage », de Charles Reeve. Il retrace l'histoire de diverses luttes depuis la Révolution Française, via un axe anarchiste, communiste antiautoritaire, ultragauchiste, autonome, etc..
Son but est de relire l'histoire révolutionnaire non depuis l'angle traditionnel et confus de « la révolution contre les bourgeois/les aristocrates » - qui fait comme si la révolution était un bloc - mais depuis un axe fondamental souvent oublié : celui des divers courants libertaires contre les tendances autoritaires du socialisme.
On regrettera certains défauts importants, qu'il est bon d'avoir en tête en parcourant le bouquin. Notamment le fait que les luttes abordées sont très majoritairement des luttes blanches. Ou que l'angle pris fait souvent la part belle aux figures et organisations militantes officielles - là où il serait intéressant de se concentrer un peu plus sur l'action et l'organisation directes du prolétariat.
Ces points étant dits, ce livre apporte de nombreuses informations historiques importantes, souvent effacées de l'histoire des luttes. Il permet ainsi, de façon méthodique et détaillée, de remettre plusieurs points sur les i concernant la question de l'autoritarisme. C'est une chose qui nous semble plus qu'utile à l'heure où la sociale-démocratie reprend du galon, sous ses divers avatars réformistes et léninistes, menaçant de récupérer les luttes à venir.
Bonne lecture !
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1er chapitre :
Nous reproduisons ici en brochures les différents chapitres du livre « le socialisme sauvage », de Charles Reeve. Il retrace l'histoire de diverses luttes, majoritairement européennes, depuis la Révolution Française (…)
La Coordination 75 des Sans-Papiers, l'Intercollectif des Sans-Papiers d'Île-de-France et la Salle Saint-Bruno proposent une semaine de programmation autour des luttes des sans-papiers à l'occasion des 30 ans de l'occupation de l'église Saint-Bernard
Affiche
Depuis le mouvement des Sans-Papiers de 1996, marqué par l'occupation de l'église Saint-Bernard, le mouvement des sans-papiers s'est structuré au sein de collectifs et de coordinations (de collectifs). Leurs revendications : la régularisation de tous les sans-papiers, la liberté de circulation et d'installation.
30 ans après Saint-Bernard, la lutte des sans-papiers continue d'être terriblement d'actualité et a besoin d'être rappelée : votée en 2024, la loi Darmanin restreint encore les conditions du séjour des étrangers. En 2025, une circulaire de Bruno Retailleau viens la compléter : elle rend extrêmement difficile les régularisations, dont le nombre chute, et elle enferme les sans-papiers dans la précarité et l'illégalité. En 2026, c'est au niveau européen que la loi se durçit avec le Pacte Asile et Immigration et le Règlement retour.
Programme :
Salle Saint-Bruno, 9 rue Saint Bruno, 75018 Paris
Entrée libre pour tous les événements de la semaine
Journées de discussion contre les QLCO (quartier de lutte contre la criminalité organisée).
Les 16 et 17 octobre 2026, le collectif anticarcéral de L'Envolée invite à un week-end de discussions contre les QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée) : de nouveaux quartiers de haute sécurité qui durcissent encore l'appareil répressif.
L'Envolée et ses invité.es– ancien·nes prisonnier·es, proches, militant·es associatif·ves, avocats... – proposent de faire entendre la voix sans cesse réduite au silence des prisonnier·es, pour comprendre ensemble de quoi la prétendue « guerre au narcotrafic » est vraiment le nom, et pour imaginer ensemble les moyens de lutter contre les QLCO.
Torture de l'isolement poussée à l'extrême, déshumanisation des prisonniers et des proches, surveillants cagoulés en permanence : tel est le quotidien dans ces quartiers ouvertement destinés à faire souffrir le plus possible.
Dès leur ouverture, prisonniers et proches ont cherché à faire entendre par tous les moyens qu'un cap avait été franchi en termes de torture carcérale. Malgré la rigueur du dispositif, les prisonniers se sont organisés collectivement (communiqués, blocages, grèves de la faim, recours juridiques).
En fait, c'est le sort de tous les prisonnier·es qui dépend de ces bagarres contre les QLCO, car les pratiques mortifères de ces quartiers sont déjà en train de contaminer toutes les autres prisons.
Tandis que dehors on parle de fascisation, les prisonniers des QLCO et leurs proches vivent déjà le fascisme.
Se battre à leurs côtés, c'est lutter contre le glissement de toute la société.
Journées de discussion contre les QLCO
à la Parole Errante, 9 rue François Debergue, Montreuil. Métro 9 Croix de Chavaux
Vendredi 16 octobre 2026 - 19h
Samedi 20 octobre 2026 - dès 13h
Expos, tables d'infos, des collectifs invités, espace enfants et bar le samedi
À Buffalo, dans l'État de New York, le 6 septembre 1901, Leon Czolgosz tire deux coups de pistolet sur le président des États-Unis, William McKinley, alors qu'il visitait l'exposition Pan-américaine au Temple of Music à Buffalo. Le 14 septembre 1901, le président meurt de ses blessures. Théodore Roosevelt, qui prend sa succession à la présidence, fait voter le 3 mars 1903, l'Anarchist Exclusion Act, interdisant l'immigration des anarchistes et facilitant leur expulsion du sol étasunien.
Leon Czolgosz naît le 5 mai 1873 à Alpena, dans le Michigan, au sein d'une famille d'émigrants polonais. Il est l'un des huit enfants de la famille américano-polonaise de Paul Czolgosz et de Mary Nowak. À l'âge de dix-sept ans, il trouve un emploi à la Cleveland Rolling Mill Company, mais après le krach économique de 1893, l'usine ferme ses portes. Quand elle ré-ouvre, l'entreprise cherche à réduire les salaires, en réaction de quoi les ouvriers se mettent en grève. Mais rapidement Léon et ses frères sont au chômage. Face à la tourmente économique et sociale autour de lui, Czolgosz ne trouve que peu de réconfort dans l'Église catholique, et recherche rapidement des personnes partageant ses préoccupations concernant l'injustice sociale. Il rejoint plusieurs clubs socialistes d'ouvriers modérés avant de s'intéresser à l'anarchisme. Il commence à lire des publications anarchistes et à assister à des meetings. Il est alors fortement influencé par l'attentat de Gaetano Bresci et essaie de rentrer en contact avec les éditeurs de « Free Society » à Chicago, mais sans succès.
Le 31 août 1901, Czolgosz se rend à Buffalo, dans l'état de New York, où doit se dérouler une grande exposition panaméricaine. Il loue une chambre à l'hôtel Nowak's, au 1078 Broadway. Le 6 septembre, Czolgosz se rend au Temple of Music de l'exposition muni d'un revolver "Safety Automatic" de calibre 32, qu'il avait acheté quatre jours plus tôt. Il fait patiemment la queue pour rencontrer le président William McKinley qui prend un bain de foule. À 16 h 07, Czolgosz atteint le devant de la file. McKinley lui tend la main, et Czolgosz tire deux fois à bout portant sur le président. La première balle ricoche sur un bouton de manteau et se loge dans la veste de McKinley, l'autre blesse gravement le président à l'estomac. Des visiteurs arrêtent immédiatement Czolgosz, alors que McKinley s'effondre en arrière. La police a du mal à garder la foule à l'écart de Czolgosz qui tente de le lyncher.
Leon Czolgosz, arrêté, déclare être un "anarchiste individuel", lié à aucune organisation. Il reconnaît aussi avoir assisté aux meeting d'Emma Goldman mais que d'aucune façon elle ne l'a influencé dans la réalisation de son acte. Sa déclaration aura comme conséquence de placer Emma Goldman sur la liste des personnes les plus surveillées aux États-Unis. Mais ces déclarations restent encore aujourd'hui soumises à débat au sein des milieux anarchistes étasuniens. À l'époque aucune organisatione ou groupe anarchiste ne connaît, ni ne reconnaît Leon Czolgosz comme anarchiste, et ces déclarations ont étés faites dans les bureaux opaques d'une police ouvertement anti-anarchiste. Mais qu'il ait été anarchiste ou pas ne change ni son acte, ni sa portée, ni ses conséquences sur les anarchistes étasuniens. Une chose est sure, Leon Czolgosz s'intéressait à l'anarchisme, il a été influencé par des anarchistes et a clairement assassiné le président William McKinley pour venger les « gens biens, des bonnes personnes qui travaillent », et s'il fut anarchiste, il n'a laissé aucune trace historique évidente pour que nous l'affirmions.
Le 14 septembre, le président McKinley décédera des suites d'une infection.
Après la mort de McKinley, le président Théodore Roosevelt, nouvellement entré en fonction, déclare : « Par rapport à la suppression de l'anarchie, toute autre question sombre dans l'insignifiance ». Le 16 septembre, un grand jury inculpe Czolgosz de meurtre au premier degré. Tout au long de son incarcération, Czolgosz parle librement avec ses gardes, mais refuse toute interaction avec Robert C. Titus et Loran L. Lewis, éminents magistrats devenus avocats et chargés de le défendre, ainsi qu'avec l'expert psychiatre chargé de vérifier sa santé mentale. Il se sait condamné et revendique son crime en plaidant coupable. Les avocats en charge de sa défense plaident, contre sa volonté, la folie et la non-culpabilté lors du procès.
La suite de cette histoire à lire sur le site de rebellyon.info.
La prison est-elle vraiment la réponse ?
Et si on imaginait autre chose ?
📅 Du 17 au 27 septembre 2026 📍 Avignon
Le collectif Crève la Taule 84 propose une série de rencontres, discussions et événements pour questionner la prison, ses effets et la société qui la produit.
Que vous soyez proches de personnes incarcérées, déjà engagé·es sur ces questions, ou simplement curieux·ses d'en savoir plus, venez découvrir d'autres façons de penser la justice, les violences, la punition et le vivre-ensemble.
Parce que derrière les murs, il y a des vies, des familles et des questions qui nous concernent toutes et tous.
Dans le Vaucluse, Crève la taule 84 lutte contre la prison et contre la société qui l'engendre.
Né il y a plus de vingt ans lors de la construction de la prison du Pontet, le collectif s'est remobilisé face au projet d'une nouvelle prison à Entraigues-sur-la-Sorgue.
Il soutient les proches de prisonnier·es, notamment à travers l'émission V'la la Gamelle sur Radio Aïoli, et organise des temps de réflexion sur l'abolition des prisons.
En France, la population détenue a augmenté de 139 % depuis 1980, atteignant 86 100 personnes en janvier 2026.
Surpopulation, insalubrité, violences, maladies et suicides marquent le quotidien carcéral.
Malgré les condamnations répétées de la France par la justice européenne, l'État continue de construire des prisons et de durcir sa politique pénale.
La prison punit, désocialise, détruit des liens et frappe en priorité les personnes les plus précaires et marginalisées.
Loin de réduire les violences, l'enfermement peut les aggraver et favoriser la récidive.
Alors pourquoi continuons-nous à croire qu'il nous protège ?
Parce que l'insécurité est devenue un outil politique : on désigne des menaces, on construit des ennemis et on présente la punition comme une évidence.
On transforme ainsi des problèmes sociaux en responsabilités individuelles.
Crève la taule 84 refuse cette logique. Nous ne voulons pas répondre à la haine par la cage, la matraque et l'humiliation, mais par la solidarité, l'organisation et les idées.
Nous sommes abolitionnistes parce que nous refusons la domination et la violence institutionnelle.
L'abolition n'est pas un rêve : c'est la nécessité d'imaginer et de construire d'autres façons de prévenir les violences, de réparer les torts et de vivre ensemble.
La prison est inutile et néfaste.
L'insécurité imaginaire.
La révolution possible.
L'abolition nécessaire.
crevelataule84@riseup.net
Oyez oyez, vous pouvez dès à présent réserver votre soirée du vendredi 25 septembre pour une soirée punk à l'île égalité (4, rue de l'Égalité, vers la station de métro Cusset) ! Les festivités commenceront à 20h et l'entrée est bien évidemment à prix libre (0€ compris). Au programme les groupes Penser Saboter, Gagner de l'Argent et NLSQPS.
Le 13 juin 1995, Jacques Chirac annonce que la France va conduire huit nouveaux essais nucléaires en Polynésie française, qui seront finalement au nombre de six sur l'atoll de Moruroa, à 1 200 km au Sud-Est de Tahiti. Un tir pour certifier la tête nucléaire TN 75 qui équipe les missiles M-45, et cinq pour la mise au point du programme Simulation. Ce programme d'expériences en laboratoire a besoin de ces tests grandeur nature pour créer des supercalculateurs capables de les remplacer. Une continuité bien dégueulasse entre nucléaire, colonialisme, science, et domination numérique.
Les opposant·e·s polynésien·ne·s ne tardent pas à lancer une mobilisation qui aura une répercussion à l'international, en France, au Japon, en Australie, etc. Dès le 29 juin, entre 10 000 et 15 000 des 220 000 habitant·e·s bloquent les routes avec des barricades au lieu d'aller travailler. 200 flics anti-émeutes de Nouvelle-Calédonie sont dépêchés pour la plus grande mobilisation qu'ait connue Tahiti jusque-là (à titre de comparaison, ça équivaudrait en proportions à 400 000 personnes pour Paris et la banlieue proche aujourd'hui, ou 3,8 millions à l'échelle de l'hexagone).
Parmi les figures publiques on peut citer Oscar Temaru, qui incarne les revendications indépendantistes, et Hiro Tefaarere avec la centrale syndicale A ti'a i mua. Au passage on notera que le premier administre Faaa, petite ville de la banlieue de Papeete, et que le second, avant d'être dirigeant syndical était inspecteur des renseignements généraux. Des politiciens somme toute assez classiques !
Le vendredi 1er septembre les blocages de route reprennent suite à l'arrestation de Temaru. Le 2 septembre, des milliers de personnes arrivent sur Papeete, après 5 jours de marche en deux groupes sur les côtes Est et Ouest, se logeant et se nourrissant chaque nuit dans un village, après des discours et des réunions dans des églises ou des forums. Le leader indépendantiste est relâché sous la pression et la menace de fermer les routes de la ville.
C'est la crainte et la colère des réelles répercussions sanitaires et écologiques du nucléaire qui sont exprimées, ainsi que le rejet de la France, de sa politique coloniale, ses nuisances industrielles et de leurs répercussions sociales, liées au chômage élevé chez les jeunes et aux antagonismes de classes. « Journalistes français, couic ! » s'entend-on dire, par exemple, au passage d'un barrage.
Le premier essai a donc lieu mardi 5 septembre à 11:30 dans un climat déjà très tendu. À minuit, 200 travailleur·eus·e·s sur le site de Moruroa se mettent en grève, et un appel à la grève générale est lancé.
Le lendemain matin, rendez-vous est donné à l'aéroport, « seul lien avec l'extérieur » répètent les médias. On comprendra « seul lieu garantissant des invasions de touristes et une économie florissante ». Mais le rideau de fleurs qui cache les fractures sociales ne tient plus ce mercredi 6 septembre 1995. Le portail de la zone Nord est poussé hors de ses rails, avant qu'un grillage ne soit forcé et le tarmac occupé.
Ça part en mode sit-in, mais rapidement des opposant·e·s commencent à s'attaquer à des installations comme les lampes de balisages. Des pierres sont jetées sur un avion AOM (Air Outre-Mer) rempli de voyageur·euse·s, en partie, dit-on, en raison d'une rumeur qui dit que Gaston Flosse, président du gouvernement polynésien et député RPR de son état, est à bord. Ce qui s'avérera inexacte, mais peu importe, les coups pleuvent allègrement sur la carlingue et sur les flics, le décollage est annulé.
Un unique coup bien senti et…
… KO !
Puis c'est au tour de l'aérogare d'être pris d'assaut, avec notamment un engin de chantier utilisé pour des belles dégradations. Le feu est mis à la zone d'embarquement, les locaux de la police de l'air et des frontières, les snacks et restaurants, les boutiques de colliers et de coquillages.
Une fois servis, plus de duty-free
Les affrontements se poursuivent jusque sur le parking où chaque voiture est transformée en torche. On dit que certain·e·s se chargeaient d'empiler des monticules de pierres pendant que d'autres les lançaient, que l'entraide existait aussi bien pour se nettoyer les yeux des gaz lacrymogènes que pour le lancer de Molotov. Les trois escadrons de gendarmes mobiles n'arrivent pas à défendre l'aéroport international qui, rappelons-le quand même, est aussi une infrastructure stratégique. 30 ans auparavant, il avait été agrandi, au même titre que le port de Papeete, pour les besoins de la construction du Centre d'Expérimentation du Pacifique (CEP) sur Moruroa. C'est-à-dire pour les besoins nucléaires de l'État et de son armée, pour qu'ils puissent faire joujou avec des plus gros bateaux et des plus gros navions, et des plus grosses bombes. L'aéroport est joyeusement détruit mais la journée n'est pas terminée et l'émeute s'étend à la ville à la tombée de la nuit. Des flics aux responsables syndicaux, des pompiers aux propriétaires de magasins (principalement des français et des chinois), l'autorité se trouve momentanément dépassée par la situation. Il y aurait eu 200 émeutier·ère·s répandu·e·s dans l'Ouest chic de la ville, s'attaquant à des boutiques de parfum et des centres touristiques ; et auraient même été tenté·e·s par l'Assemblée territoriale et le domicile du Haut-Commissaire français.
« On s'est mariés il y a 2 jours, on vient d'arriver mais on va annuler c'est trop stressant. »
Chambre d'hôtel idéale pour une lune de miel, avec vue imprenable sur le centre ville embrasé
Les commerces sont allégrement pillés, brûlés ou les deux
Le jeudi 7 septembre, le centre ville de Papeete est retourné. Les forces de l'ordre manquaient, tout le monde en convient. Des légionnaires du 5e régiment étranger de Moruroa sont envoyés sur place rejoindre les quelques dizaines de policiers. Oscar Temaru ouvre sa bouche la première fois en 12 heures pour – oh, quelle surprise – appeler au calme. Le samedi matin, plusieurs milliers de personnes se rassemblent pour protester contre les violences. Il y a celles et ceux qui déplorent la destruction de l'image d'une Polynésie accueillante qui irradie l'imaginaire occidental, et il y a celles et ceux qui n'en ont visiblement pas grand-chose à foutre, puisque les affrontements entre les manifestant·e·s et les forces de l'ordre continuent pendant deux jours. Le samedi après-midi, des représentant syndicaux sont arrêtés, dont Hiro Tefaarere, qui est révoqué de la police nationale.
Au lendemain des émeutes, donc, en plein centre-ville, une vingtaine de pilleurs fouillent dans les débris brûles et détrempés d'une grande parfumerie de luxe. Ils remplissent leurs sacs au vu et au su de tout le monde. Les forces de l'ordre interviennent de temps à autre, mais à peine s'éloignent-elles que pilleurs et pilleuses reviennent, fiers de leurs trouvailles respectives. « Tout ce qu'il y avait de mieux est parti », explique une Tahitienne, les bras chargés de bouteilles de parfum.
Pendant ce temps, à l'aéroport de Faaa, une centaine de manifestant·e·s continuent de harceler les forces de l'ordre. Seul le parking, couvert de carcasses de voitures calcinées, sépare les manifestant·e·s des gendarmes. « Ils sont très mobiles et puis ils agissent surtout en petits groupes, un ou deux, avec des cailloux. En plus ils sont très forts ce qui fait qu'ils arrivent à projeter les cailloux très très loin. » déclare le capitaine Tavel, commandant de gendarmerie des Îles du Vent.
Lendemain des émeutes, reportage de l'Établissement Cinématographique et Photographique des Armées
À Papeete, des dizaines de vitrines ont été brisées et près de 20 magasins et bâtiments détruits. Le bilan des heurts, parfois très violents, avec les gendarmes mobiles dans l'aéroport et ses environs s'élevait mercredi soir à 20 blessés, dont 3 graves et 12 hospitalisés. Un manifestant a eu la main arrachée par une grenade. L'aéroport a été fermé pour une durée indéterminée et la police urbaine de Papeete a procédé à une trentaine d'interpellations. Le jeudi soir on comptait 33 gardes à vue.
Le deuxième essai a lieu le 1er octobre, suivi par des manifestations à Papeete, Tokyo et Paris. Le dernier – et 210e – est conduit sur l'atoll de Fangataufa, au Sud de Moruroa, le 27 janvier 1996.
« Nous disposons maintenant de tous les éléments pour relever le grand défi technologique de la simulation. Nous nous en donnerons les moyens. Je sais pouvoir compter sur le dynamisme et la compétence de nos ingénieurs et techniciens pour y parvenir. » déclare Chirac le 23 février 1996.
Notre ami Viatcheslav Azarov, historien ukrainien basé à Odessa, militant anarchiste, spécialiste de Makhno et de la période révolutionnaire (1917-1921) en Ukraine[1], lance un appel aux anarchistes en France et au delà pour protester contre la nouvelle tentative de l'Etat Ukrainien de rapatrier les cendres du fameux révolutionnaire anarchiste d'Ukraine.
Une précédente tentative avait échouée en 2019 [2]. L'enjeu pour l'Etat Ukrainien est de l'inclure de force dans le Panthéon national, de façon à ce qu'il rééquilibre un peu la balance dans la construction du Roman National Ukrainien qui pour le moment compte surtout le pogromiste Petlioura [3] et le collaborateur des nazis Bandera.
« C'est avec une certaine méfiance que j'ai pris connaissance d'une information concernant une réunion à la Présidence de la République, réunissant les dirigeants de la Rada (Parlement) et de l'Institut de la Mémoire nationale, au cours de laquelle a été relancée l'initiative visant à créer en Ukraine un Panthéon des personnalités ukrainiennes éminentes.
Une précédente tentative avait échouée en 2019 [2]. L'enjeu pour l'Etat Ukrainien est de l'inclure de force dans le Panthéon national, de façon à ce qu'il rééquilibre un peu la balance dans la construction du Roman National Ukrainien qui pour le moment compte surtout le pogromiste Petlioura [3] et le collaborateur des nazis Bandera.
Jusqu'à présent, le nom de Nestor Makhno figurait régulièrement sur la liste proposée des combattants pour l'indépendance du XXe siècle, et depuis l'époque de Iouchtchenko (président de l'Ukraine du 23 janvier 2005 au 25 février 2010), nous nous sommes constamment opposés à sa réinhumation. Nous nous y sommes opposés principalement parce que cette initiative était portée par des ennemis impitoyables des idées de Makhno, du modèle de société ukrainienne que le mouvement social portant son nom avait construit et que l'armée makhnoviste avait défendu. Malheureusement, depuis lors, notre pays s'est encore davantage enfoncé dans la voie antisociale et l'extrémisme de droite, et ramener ici la dépouille de cet anarchiste ukrainien de renommée mondiale reviendrait à permettre à ses ennemis de se servir de son nom pour dissimuler leurs exactions contre le peuple travailleur qu'il défendait.
J'espère que les anarchistes français, avec le soutien du mouvement anarchiste mondial, ne laisseront pas un tel sacrilège se produire. Repose en paix en terre étrangère, cher Batko [« petit père »], jusqu'à ce que la dictature oblige les Ukrainiens ordinaires à revenir à tes idées ! »[4]
Les amis de Nestor Makhno (https://makhnohome.wordpress.com), l'initiative « Olga Taratuta » de solidarité avec les déserteurs refractaires et réfugiés russes, ukrainiens et belaruss ainsi que la section en France de l'Association Internationale des Travailleurs (CNT-AIT, https://cnt-ait.info) vous invitent à se retrouver sur la sépulture de Makhno au père lachaise (entrée « Gambetta », métro Gambetta, colombarium, case 6685) le SAMEDI 25 JUILLET 2026, à partir de 14h30
A l'occasion du 92ème anniversaire de la disparition de Makhno.
Nous nous rendrons ensuite sur la sépulture de son compagnon de lutte et d'insurrection Voline (colombarium, case 4084) puis au Mur des fédérés et aux monuments des combattants espagnols de la Liberté, pour nous souvenir de la Révolution sociale initiée en Espagne il y a 90 ans, le 19 juillet 1936, Révolution qui doit tant aux insurgés Ukrainiens et à Makhno (cf. les racines ukrainiennes de la Révolution espagnole https://cnt-ait.info/2022/07/10/racines-ukrainiennes-espagne-1936)
Paix aux chaumières, guerres aux palais !
P.S. :
[1] Nestor MAKHNO (1889 – 1934) était un révolutionnaire anarchiste actif en Ukraine, à l'époque de l'empire russe et du tsar puis après la Révolution de 1917.
Makhno a mené l'armée d'insurrection d'Ukraine. Le mouvement Makhnoviste a été une manifestation de la révolution russe de 1917. De juillet 1918 jusqu'en août 1921, il s'est agi d'un mouvement politique, social, armé, anarchiste ; les paysannes et paysans, les ouvriers et ouvrière ont mené la lutte de classe contre toutes les oppressions, celles des bolcheviks et celles des Blancs – les forces contre-révolutionnaires, mais aussi contre les nationalistes ukrainiens.
Après la défaite du mouvement Makhnoviste en 1921, Makhno s'est enfuit en exil en Europe (Roumanie, Pologne, Allemagne, et finalement France). En 1925, il vivait et travaillait à Paris, où il est resté politiquement actif dans la mouvance anarchiste jusqu'à la fin. Il est mort en 1934, et ses cendres ont été placées dans une urne au cimetière du Père Lachaise. 500 personnes de plusieurs nationalités ont assisté à ses funérailles.
Makhno avait raconté l'histoire du groupe anarchiste de Hulyai Pole, sa ville natale et « capitale » de son éphémère « Fédération du Travail Anti-autoritaire » (https://makhno.home.blog/2025/09/23/1919-voline), ainsi que les événements historiques dans l'Ukraine révolutionnaire dont il fut un acteur de premier plan :
« Notre commune agraire avait été dans le même temps le centre vital économique et agricole de notre système social. Les sociétés n'étaient pas basées sur un égoïsme individuel, mais sur des principes communs, et une solidarité locale et régionale. Dans le même temps, alors que chaque membre de la communauté était solidaires de son prochain, chaque communauté était fédérée aux autres…. Nos communautés étaient un mélange d'agriculture et d'industrie, et même certaines d'entre elles étaient seulement industrielles. Tout le monde combattait et travaillait. Les assemblées populaires prenaient des décisions. Pour mener la guérilla, c'était le comité de guerre, composé par des délégations de chaque détachement de la guérilla qui prenait des décisions. Pour résumer, tout le monde agissait dans un travail collectif, pour éviter la naissance d'une classe dirigeante qui aurait monopolisé le pouvoir. »
Le nom de Makhno est pour toujours associé à la Révolution dans le sud-est de l'Ukraine.
[2] Cf l'appel que nous avions lancé en 2019 contre le projet de rapatriment des cendres de Makhno par le Pouvoir Ukrainien :
Le retour du Fantôme de Makhno … https://makhno.home.blog/2026/07/23/retour-makhno/
[3] cf. l'article : 25 Mai 1926 : Samuel Shalom Schwartzbard, le vengeur anarchiste antiraciste, assassine à Paris le nationaliste ukrainien antisémite Symon Petlioura https://makhno.home.blog/2026/05/25/schwartzbard)
[4] Viatcheslav Azarov , 28 mars 2026 [Traduction OCL : https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4737]
Publié précédemment :
https://demainlegrandsoir.org/spip.php?page=article&id_article=3696
Appel à actions contre l'industrie minière
Nous écrivons cet appel à une période où la civilisation industrielle révèle l'importance de ses fondations : les sous-sols.
Armée par la science et la technologie, la méga-machine extractive repousse les frontières cognitives et territoriales. Tout est désormais transformé en matières premières. De la France à la Chine, des États-Unis à la Russie, d'Imerys à Rio Tinto en passant par BHP Biliton ou Anglo American, états et entreprises passent le monde au peigne fin, brossant jusqu'aux fonds marins et l'Antarctique, à la recherche de minerais aux noms insolites (lithium, cobalt, tungstène, beryllium, etc). Des milliardaires, comme Elon Musk pour le plus connu, investissent dans l'aérospatial afin de prospecter des gisements cosmiques. Ici-bas, sur Terre, la démesure du pillage capitaliste et patriarcal approfondit ses ravages. Les mines entraînent guerres , vols, viols, maladies, pollutions et travail de forçat dans les espaces colonisés comme au Congo, en Indonésie ou en Amérique du Sud. À cet impérialisme s'ajoute l'exploitation intra-muros, alors que la vieille Europe recommence à accueillir la voracité minière à bras ouverts. Que ce soit à Jadar en Serbie ou au Portugal avec le site de Covas do Barosso, en passant par le très médiatisé projet Emili au cœur de la France métropolitaine, et… l'Ukraine, les mêmes logiques de sacrifice des territoires et des populations sont à l'œuvre. Ces dernières continuant de subir la dépossession, la répression et la mise au silence. Les pouvoirs d'états à travers l'USGS, le BRGM et autres centres de recherche et les financeurs (Union Européenne, BPI, actionnaires comme Glencore) provoquent ainsi de nouvelles guerres, de nouvelles dévastations, afin de siphonner les matières fossiles et minérales des sous-sols.
La mondialisation de l'extractivisme est en cours mais ses horreurs ne se font pas sans opposition. Des luttes acharnées se mènent en Laponie, au Canada, en Kanaky, au Sahara, en France, en Grèce, en Allemagne, pour conserver l'eau, la terre. Pour survivre. Des projets sont contestés, retardés, certains sont abandonnés. Face à l'ampleur de la dévastation, n'oublions pas notre force collective.
Nous croyons ce système faillible, que sa subversion est possible.
Nous voulons le saper à sa base. Grâce à l'imagination, l'inspiration, l'audace !
Partout où ce message circulera, que ces deux mois (Février-Mars 2027) soient semés d'actions autonomes et diverses contre les entreprises minières et ceux qui collaborent avec elles.
Bien appliquées, de petites forces peuvent devenir de grandes menaces.
D'après les données recueillies suite à la découverte d'infiltrations policières au sein d'organisations politiques de gauche en Espagne entre 2022 et 2024.
« J'avais entendu dire que lorsque des armées de fourmis étaient en mouvement, si elles arrivaient à une rivière qu'elles devaient traverser, les fourmis de tête se jetaient à l'eau, s'empilant les unes sur les autres en se noyant, offrant leurs propres corps comme pont à celles qui suivaient. »
— Kobayashi Takiji, Une fourmilière à soi et autres nouvelles prolétariennes
Ce manuel a été rédigé par des militant·es ayant subi de près des infiltrations policières, découvertes entre 2022 et 2024. Il s'adresse à toustes les militant·es, d'hier, d'aujourd'hui et de demain, ainsi qu'à toutes les organisations et tous les groupes soucieux de la sécurité de leurs espaces.
Les objectifs que nous nous sommes fixés lors de la rédaction de ce document étaient les suivants :
Avant de rédiger ce manuel, nous avons examiné toutes les options et nous avions quelques doutes. Devions-nous rendre publiques les informations dont nous disposons et celles que nous avons obtenues dans chacune des affaires que nous avons mises au jour et publiées ? Et si cela compromettait les enquêtes en cours ? Et si la police modifiait ses méthodes d'infiltration à l'avenir ?
Nous avons pesé le pour et le contre de la publication d'un tel document et nous avons également consulté et évalué l'expérience du Royaume-Uni à cet égard. Nos conclusions sont les suivantes :
D'une part, nous avons constaté que les tactiques d'infiltration policière sont extrêmement similaires au Royaume-Uni et en Espagne, et ce depuis des décennies. Autrement dit, l'État dispose d'une formule qui fonctionne (ce que les faits démontrent) et, par conséquent, la modifier reviendrait à abandonner cette formule efficace et à risquer d'en essayer une autre sans aucune garantie de succès.
D'autre part, existe-t-il aujourd'hui un canal interne, accessible et suffisamment sécurisé, commun à toustes les militant·es, pour que ces informations ne parviennent pas à la police, y compris aux éventuel·les infiltré·es parmi les militant·es ? Malheureusement, la réponse à cette question est clairement non.
Un autre inconvénient potentiel de la publication de ce document serait de compromettre les enquêtes en cours sur d'éventuel·les infiltré·es. Il est vrai que cela pourrait arriver et que ces personnes pourraient fuir en apprenant qu'elles font l'objet d'une enquête, ou du moins en réalisant que certaines de leurs tactiques ont été exposées publiquement. Si elles fuient, c'est un·e flic infiltré·e de moins dans nos organisations. Si elles restent, nous avons de bonnes chances de les appréhender. Quoi qu'il en soit, nous mettons en balance, d'une part, le risque d'influencer une ou plusieurs enquêtes, et d'autre part, le fait que toustes les militant·es puissent repérer un·e infiltré·e potentiel·le. À notre avis, nous privilégions clairement la seconde option.
Par ailleurs, une autre raison qui nous a convaincus de publier ce manuel est l'expérience britannique et les échanges que nous avons eus avec elleux à ce sujet. Lorsque nous leur avons demandé s'iels avaient tenu de telles discussions internes, iels nous ont confirmé en avoir eu, mais ont néanmoins décidé de publier un manuel similaire. Nous souhaitions également savoir si, après sa publication et avec le recul de quelques années, le bilan était positif. La réponse fut un oui retentissant. Grâce à leurs publications, il a été possible de découvrir de nombreux·ses autres infiltré·es au sein d'organisations ayant eu accès à ce document, sans aucun contact avec elleux. N'oublions pas que si ce document nous était parvenu il y a des années, les dégâts et la durée des infiltrations au sein de l'État espagnol auraient sans doute été bien moindres.
Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi un collectif ou un groupe de personnes ne souhaite pas révéler publiquement la présence d'un·e flic infiltré·e en son sein (honte, orgueil, refus d'admettre une « faiblesse », manque de moyens pour gérer la situation, etc.) En réalité, aussi compréhensible que cela puisse paraître, cette dissimulation ne fait qu'accroître l'insécurité de nos groupes et de nos milieux, et nous prive d'informations précieuses sur ces affaires. Ces informations nous permettraient de continuer à identifier des schémas et de découvrir d'autres cas, et ainsi d'acquérir de nouveaux outils.
Suite à la révélation de plusieurs cas d'infiltration de policier·es nationaux dans des mouvements sociaux et politiques (logement, antiracisme, antifascisme, etc.), les militant·es et les organisations se posent de nombreuses questions : comment ont-iels été découvert·es ? Existe-t-il une méthode ou une formule pour les identifier ? Comment mener une enquête ? Comment savoir si une personne de notre entourage ou active au sein de notre organisation est un·e flic infiltré·e ?
Nous allons tenter de répondre à toutes ces questions en nous appuyant sur notre expérience.
Bien que nous en reparlerons plus tard, il est malheureusement toujours difficile de confirmer des soupçons : il n'existe pas de base de données publique recensant les policier·es infiltré·es, et la recherche de preuves est un long processus d'enquête, même en présence de nombreux éléments à charge.
Les enquêtes fructueuses sur les infiltré·es débutent généralement par des soupçons sur un·e infiltré·e de la part de personnes qui lui sont proches et qui finissent par constituer un groupe d'enquête. Au Royaume-Uni, par exemple, la première étape a consisté pour le groupe à partager et à discuter de ses inquiétudes en interne. Leurs conclusions montrent qu'au fil des années, iels ont observé de bonnes et de mauvaises pratiques en la matière, mais l'important est que ce soit le groupe interne qui contrôle le processus, puisqu'il commence et se termine en son sein.
La plupart des affaires sont déclenchées par des soupçons émanant de notre entourage. Nous pouvons et devons agir. Nous avons les moyens et la capacité d'enquêter sur ces soupçons en toute autonomie, en leur apportant le contexte politique approprié et en suivant toujours des intérêts militants uniquement. Nous savons que les infiltré·es non démasqué·es rejoignent d'autres collectifs et assemblées. Par conséquent, il est de notre responsabilité politique d'enquêter, de révéler la vérité et d'agir en cas de soupçons.
Avoir des soupçons ne suffit pas, car ils ne justifient jamais la propagation de rumeurs. Si les soupçons sont fondés, il incombe au groupe qui enquête de fournir des preuves solides à l'appui de ses affirmations. Nous devons éviter de porter des accusations infondées sans avoir mené une enquête approfondie. Ce comportement, sans les vérifications nécessaires, peut mener à la destruction de groupes et causer des dommages politiques et personnels irréparables.
Ce manuel fournit des informations, des schémas récurrents, des lignes directrices et des recommandations sur les problèmes que vous êtes susceptibles de rencontrer lors du lancement d'une enquête, ainsi que sur les mesures de sécurité à prendre pour prévenir les infiltrations. Une grande partie du texte est consacrée aux expériences de cas récents en Espagne et aux bonnes pratiques développées au cours de la dernière décennie au Royaume-Uni.
Cela peut paraître un point étrange à soulever, mais se demander où et quand les soupçons ont commencé est un bon point de départ. On ne soupçonne pas quelqu'un·e sans raison, mais plutôt parce qu'il y a des raisons à ce malaise, un sentiment que quelque chose cloche.
En tant que militant·es, nous ne développons pas seulement des compétences théoriques et politiques, nous développons aussi notre intuition des personnes qui nous entourent. La plupart des soupçons naissent ainsi : peut-être un style vestimentaire qui détonne ou paraît forcé, l'impression que les convictions politiques d'une personne sont moins fortes qu'attendu, un manque de passion qui ne correspond pas aux actes, ou tout simplement le sentiment qu'il s'agit d'une personne étrange qui ne s'intègre pas vraiment. N'oublions pas que les mouvements de protestation attirent toutes sortes de personnalités et que les préoccupations à ce niveau ne suffiront jamais, et seront très probablement mal fondées. Mais il est utile d'identifier le moment où les préoccupations ont commencé.
Une autre forme de suspicion naît de l'analyse rétrospective de dossiers judiciaires, une fois qu'ils ont été examinés. Autrement dit, on peut se rendre compte, des mois ou des années plus tard, qu'un·e (ancien·ne) collègue correspond trop bien au profil, même s'il s'agissait d'un·e militant·e engagé·e ayant mené de nombreuses actions, y compris certaines illégales, et que, lorsqu'iel était votre collègue, vous auriez juré qu'iel n'était pas un·e infiltré·e.
Nous ajoutons une circonstance également très fréquente dans les affaires survenues en Espagne et au Royaume-Uni : le départ soudain, inattendu et inexplicable du/de la camarade (qui se révélera plus tard être un·e infiltré·e) de l'organisation, généralement sous prétexte de graves problèmes familiaux (maladie d'un proche) ou professionnels (changement d'emploi, mutation, etc.)
Quels que soient vos soupçons, ils constituent un point de départ valable. Mais il faut garder à l'esprit qu'il ne s'agit que d'un point de départ. Et comme nous l'avons répété et le répéterons tout au long de ce document, la coïncidence de plusieurs des schémas que nous décrivons ne prouve rien, et nombre d'entre eux sont très courants dans nos milieux. N'oublions pas que toutes leurs actions sont conçues pour se fondre dans la réalité et ne pas éveiller les soupçons ; ce sont donc des situations tout à fait normales.
L'important est de savoir comment agir une fois que vous avez des soupçons.
Si des doutes surgissent quant au comportement ou au passé d'une personne, cela ne signifie pas qu'elle est infiltrée. De nombreuses raisons légitimes peuvent expliquer qu'une personne dissimule son passé, agisse de manière imprévisible et/ou disparaisse subitement. Il est essentiel d'aborder la procédure avec un esprit ouvert et d'être prêt·e à ce que la réalité nous contredise.
Il est toujours préférable de disculper quelqu'un·e plutôt que de confirmer ses pires craintes. Abordez l'enquête en partant du principe qu'il vaut mieux obtenir un résultat positif et, par conséquent, vous tromper, plutôt que de présumer d'emblée le pire.
Commencer une enquête avec la ferme conviction qu'une personne est un infiltré, alors qu'en réalité elle ne l'est pas, vous conduira à tenter l'impossible : prouver quelque chose de faux, avec la dangereuse conséquence de détruire sa réputation. Parfois, il n'y a juste pas de preuves.
Le monde de l'infiltration policière est intrinsèquement secret, et tout est mis en œuvre pour qu'il le reste. Il n'existe pas de solution miracle. Les découvertes récentes d'infiltré·es dans la police sont l'exception, non la règle. Plusieurs d'entre elleux ont été découvert·es par hasard, grâce à des soupçons de leur entourage, des erreurs du système et des lacunes dans leurs récits. Au Royaume-Uni, pendant des décennies, malgré des années d'enquêtes, aucune preuve tangible ni réponse claire n'ont été trouvées.
Notre expérience montre que les soupçons exprimés indépendamment par plusieurs personnes sont ceux qui méritent d'être pris en compte. C'est grâce à ces soupçons collectifs que nous pouvons former un groupe affinitaire pour mener l'enquête. Cette approche permet également d'éviter les situations où une seule personne parvient à convaincre les autres que de légers soupçons constituent une preuve irréfutable.
Au sein des groupes, un système de contrôle et d'équilibre s'établit généralement : une action ou une situation qui paraît suspecte à une personne peut trouver une explication naturelle lorsqu'une personne mieux informée sur la personne ou la situation l'explique.
Lorsqu'un groupe entame une enquête, il est important d'établir des directives dès le départ : à qui le groupe peut-il s'adresser à ce sujet ? Comment garantir la confidentialité et la discrétion ? Que fera-t-on si les soupçons sont confirmés ou infirmés ?
Enquêter sur la vie d'une personne que l'on considérait comme un·e camarade militant·e ou un·e ami·e n'est jamais facile. C'est pourquoi il peut être utile d'intégrer au processus une personne de confiance, sans lien avec la personne soupçonnée, capable de guider le reste du groupe. Cette personne peut avoir différents rôles : veiller au bon déroulement du processus, aider une personne à gérer ses émotions en assumant une part de responsabilité, ou même contribuer à la clôture de l'enquête si elle n'aboutit pas.
Il est tout aussi important de remettre en question les hypothèses et d'examiner les preuves de manière critique, par exemple en aidant le groupe à éviter de surestimer le nombre de preuves disponibles et à se prémunir contre les conclusions hâtives.
Bien qu'il soit possible de mener ce processus individuellement, les personnes ayant mené des recherches seules ont constaté qu'elles auraient préféré être entourées d'un groupe.
Malheureusement, le burn-out est fréquent dans ces situations. On en parle rarement, et on le traite encore moins correctement.
Cet épuisement est souvent associé à un sentiment de perte de contrôle, voire à une certaine obsession. Cela entraîne une perte de recul et une tendance à percevoir des menaces partout. La paranoïa est une manifestation courante qui peut mener à une véritable chasse aux sorcières contre quiconque aurait tenu des propos déplacés ou agi différemment.
Il existe une frontière ténue entre agir par instinct et réagir à la paranoïa. C'est une autre raison pour laquelle une démarche de groupe est généralement préférable : elle permet de reconnaître et de prendre en charge les symptômes du burn-out.
C'est un petit pas, mais il ne faut pas le sous-estimer. Prendre le temps de noter les raisons de vos soupçons permet de mieux cerner et de clarifier ce qui vous inquiète. Cela aide également à cerner le fond de vos craintes et à les partager avec le groupe. Échangez vos connaissances et comparez vos points de vue.
Notez tout ce que vous savez sur la personne, notamment ce qui a initialement éveillé vos soupçons. L'objectif est d'avoir une vision aussi large que possible et d'y voir plus clair.
La section suivante s'appuie sur des techniques utilisées depuis des années par la police. L'analyse des infiltré·es découvert·es nous a permis d'élaborer ce document et de reconstituer une grande partie des schémas utilisés. L'étude de leurs méthodes a permis de synthétiser 17 questions fondamentales et d'autres données que nous exploitons.
Bien que ces questions et données puissent être utiles dans divers contextes, les réponses sont basées sur le mode opératoire de l'État espagnol dans des affaires mises au jour entre 2022 et 2024, ainsi que dans plusieurs affaires similaires au Royaume-Uni.
Vous pouvez appliquer ces questions et données à la personne que vous soupçonnez, ou les utiliser comme point de départ. Si un pourcentage élevé de ces questions s'applique à la personne, il est probable que les soupçons soient fondés, mais il est nécessaire d'approfondir l'enquête pour les confirmer.
Au fur et à mesure de l'enquête, organisez clairement les informations (par exemple, par thème). Établissez des chronologies, des cartes, des listes de contacts, d'événements et de lieux où la personne aurait pu se trouver. Repérez les lacunes dans la chronologie des événements et dressez une liste des personne susceptibles de la compléter. Il est essentiel de savoir précisément ce qu'on a et ce qui reste à explorer, surtout si vous travaillez en groupe.
Prenez le temps nécessaire pour recueillir et documenter les témoignages et identifier les personnes concernées. N'oubliez pas que certaines personnes ou certains groupes ne souhaitent pas que leur nom soit divulgué publiquement ni être associés à une infiltration, mais leurs informations sur les affaires peuvent être importantes et on doit essayer de les intégrer à l'enquête. Évaluez également la crédibilité des sources : certaines personnes peuvent avoir des ressentiments ou des préjugés qui influencent leurs souvenirs.
Surtout, conservez vos documents en lieu sûr ! Imaginez les conséquences désastreuses si l'on découvrait que la personne faisant l'objet de l'enquête n'était pas infiltrée, ou si ces informations parvenaient à la police et compromettaient l'enquête.
Cette étape doit être rigoureuse : il faut examiner chaque aspect du récit de la personne, rechercher les indices et les incohérences. L'objectif est d'établir si l'identité qu'elle a présentée est réelle ou s'il s'agit, au contraire, d'un·e infiltré·e utilisant une fausse identité.
Il est très utile de consulter les profils d'infiltré·es déjà publiés afin d'avoir une idée des détails à rechercher. Mais n'oubliez pas que chaque cas est différent et que certains aspects sont plus importants que d'autres.
Il convient également de vérifier l'étendue de son existence en dehors du groupe auquel elle appartient, ainsi que la véracité de son parcours personnel et professionnel, etc. Vous pouvez tenter de confirmer son existence en retraçant son passé : a-t-elle réellement étudié dans les établissements mentionnés, travaillé aux endroits indiqués, etc.
La date de naissance est toujours une information importante, et dans nos cas, la fausse date coïncide généralement avec la vraie. Il faut également prendre en compte les récits de leur enfance, de leur famille, de leur travail, etc. Il n'est pas rare que les infiltré·es utilisent des détails de leur vie « réelle » pour crédibiliser leur histoire, même si la valeur de ces détails est relative. Dans certains cas, ces bribes d'information se sont révélées décisives, tandis que dans d'autres, elles se sont avérées peu utiles. Il est très difficile de prédire ce qui sera important et ce qui ne le sera pas ; il est donc préférable de tout noter.
Il s'agit généralement d'un long processus d'élimination des possibilités. Il s'agit de déterminer si une personne est un « fantôme », quelqu'un·e qui semble exister, mais qui disparaît lorsqu'on tente d'enquêter sur son passé.
Lorsque vous estimez que vos soupçons nécessitent une confirmation, vous devrez probablement parler à d'autres personnes qui connaissaient la personne suspectée. Cette étape requiert beaucoup de tact : les personnes que vous contactez doivent être au courant des accords du groupe et comprendre la délicatesse de la situation.
Sachez que les personnes que vous contactez peuvent se mettre en colère, être sous le choc ou nier catégoriquement. Préparez-vous bien afin d'éviter que vos soupçons ne soient rejetés et que la réaction ne devienne incontrôlable, et aussi pour éviter que de simples soupçons n'entraînent la divulgation de preuves sans enquête approfondie.
Assurez-vous que les nouvelles personnes disposent de l'espace et du soutien nécessaires pour assimiler la nouvelle. À cette étape, vous devez clairement indiquer que l'enquête, pour le moment, n'en est qu'à ses débuts et qu'aucune conclusion n'a encore été tirée. Vous devez également insister sur les accords de confidentialité.
Il faut faire preuve de beaucoup de tact pour expliquer que l'on soupçonne quelqu'un·e qui pourrait être un·e ami·e proche, ou être en relation, avec les personnes que l'on contacte pour obtenir plus d'informations. Chaque personne réagit différemment et on ne peut pas toujours prévoir comment la situation évoluera. Mais ce qui devrait nous distinguer de la police et de l'État, c'est le soin envers nos camarades, même en cas de divergences politiques. Il est important, à ce stade, de préparer le soutien dont vous et les autres pourriez avoir besoin.
Exprimez les besoins individuels au sein de votre groupe et tenez-vous mutuellement informé·es des actions de chacun·e.
Anticipez comment chacun·e va s'impliquer. Certain·es voudront participer à tous les aspects de l'enquête, d'autres craindront peut-être que l'enquête ne soit qu'un « problème isolé » qui relègue au second plan leurs autres activités politiques, et seront donc juste intéressé·es par les décisions prises. Par ailleurs, il convient d'être attentif·ve à certains points, comme l'équilibre entre des besoins divergents (par exemple, le respect de la vie privée et le désir d'agir) et le risque de burn-out.
Il est peu probable que les recherches aboutissent à des résultats définitifs. La certitude absolue concernant les policier·es infiltré·es n'a été atteinte que lorsque leur véritable identité a été découverte. Dans certains cas, cette découverte a été rendue possible par la négligence et les erreurs de l'agent·e infiltré·e concerné·e, comme dans le cas de Dani, qui a remis une clé USB à un·e autre militant·e en pensant avoir effacé les informations qu'elle contenait. Iels ont ainsi pu récupérer des photos de lui en uniforme à l'école de police d'Ávila, des photos avec ses collègues, etc. Dans d'autres cas, la capacité du groupe à exploiter toutes les pistes et à mener des investigations approfondies a permis de révéler leur identité.
Vous trouverez ci-dessous la liste des résultats possibles des enquêtes.
Dans le meilleur des cas, nous pourrons dissiper les soupçons pesant sur la personne concernée. Toutefois, il ne suffit pas d'arriver à cette conclusion et de considérer l'affaire comme close. Nous devrons communiquer nos conclusions à toutes les personnes avec lesquelles la question a été abordée. Nous insistons sur le fait que nous ne pouvons pas nuire à la réputation d'une personne par des insinuations ou en laissant perdurer des rumeurs. Il faudra également décider s'il convient ou non d'informer la personne faisant l'objet de l'enquête.
Pour certaines, cela impliquera un degré de transparence qu'il faudra évaluer, tandis que d'autres pourraient très mal le prendre. D'autres groupes ont tout simplement décidé de ne pas mentionner l'enquête, ce qui risque d'alimenter la polémique.
Selon l'ampleur des soupçons au sein des gens, la question pourrait ressurgir.
N'oubliez pas que si les éléments recueillis tombent entre de mauvaises mains, ces informations pourraient être utilisées contre la personne faisant l'objet de l'enquête. Par conséquent, si les soupçons s'avèrent infondés, détruisez les informations recueillies.
Le monde de l'infiltration policière, des informateurices, des mouchard·es et des espions privés est opaque par nature. Il est géré par des structures étatiques dotées de professionnels et de mécanismes qui mettent tout en œuvre pour dissimuler les activités et créer des couvertures. Nombre d'entre nous peuvent avoir des raisons légitimes de ne pas toujours être totalement transparent·es sur leur passé ou leur histoire personnelle. Si l'on ajoute à cela le fait que nos mouvements politiques ont de plus en plus intériorisé une culture de la sécurité et du respect de la vie privée d'autrui, nous nous trouvons dans une situation où il est assez difficile de reconnaître un·e flic infiltré·e.
Si vous soupçonnez une personne qui est ou a été membre de vos assemblées ou collectifs, vous devez être conscient·es qu'il y a de fortes chances que vous ne sachiez jamais si ces soupçons sont ou étaient infondés.
Il est possible que vous vous concentriez sur la mauvaise piste : le problème vient peut-être d'une autre personne du groupe (qui répand peut-être des rumeurs pour brouiller les pistes), ou bien les membres du groupe sont négligent·es en matière de sécurité, ou encore le groupe est soumis à une surveillance technologique. Dans tous ces cas, il est peut-être préférable de mettre de côté les soupçons pour le moment. Vous pouvez aborder le problème sous d'autres angles : examinez les activités de votre collectif ou assemblée et les risques liés à ces activités, ou encore si les fuites vous empêchent de poursuivre votre action politique selon les méthodes choisies.
Nous vous suggérons, pour gérer au mieux cette situation, d'être attentif·ves aux besoins de sécurité et de prendre toutes les précautions possibles à cet égard. Engagez un débat ouvert et honnête sur les menaces potentielles qui pèsent sur votre projet politique et sur les mesures à prendre pour les contrer.
Dans bien des situations, vous ne serez jamais sûr·es à 100 % qu'une personne soit infiltrée. Vous vous retrouvez alors face à la difficile décision de savoir quoi faire ensuite. Par exemple, dans le cadre de l'enquête publique sur les opérations d'infiltration policière au Royaume-Uni, l'Undercover Research Group et d'autres groupes ont rendu publiques des informations sur des infiltré·es. Malgré l'absence de preuves définitives, iels estimaient disposer d'indices suffisants pour confirmer leur implication. Dans ces cas précis, leurs légers doutes les ont conduits à limiter les informations publiées : iels ont décidé de ne pas diffuser de photos ni de noms complets.
En Espagne, des cas similaires existent, mais il a été décidé pour l'instant de ne pas les publier tant que des preuves définitives ne seront pas disponibles. On pourrait citer l'exemple de Marian, exclue de l'association « Mères Contre la Répression » en 2021, mais dont la véritable identité n'a pu être établie avec certitude qu'en 2024.
Si vous avez trouvé des preuves irréfutables, ou des preuves circonstancielles si importantes qu'elles ne peuvent être ignorées, vous devrez réfléchir attentivement aux prochaines étapes. Il est presque toujours judicieux de rendre l'affaire publique, car la plupart des infiltré·es sont actif·ves, ou pourraient l'être à nouveau, dans davantage de territoires et de mouvements qu'on ne le pense. Ces groupes peuvent également être affectés et doivent être informés de l'affaire.
Rendre l'information publique exige de la délicatesse. Voici quelques étapes à suivre :
De manière générale, la discrétion est de mise. Dans ce genre de situation, il existe non seulement un risque de propagation de la paranoïa, mais aussi le risque que la personne concernée découvre les soupçons qui pèsent sur elle. Si cela se produit, elle effacera probablement ses traces et disparaîtra avant que vous puissiez la confronter.
La plupart des neuf cas présentés ici ont été découverts alors que l'infiltration touchait à sa fin. Ces dernier·es ne résidaient plus dans les villes infiltrées, mais laissaient toujours la porte ouverte à un retour, maintenant un contact virtuel par messages et appels.
N'oubliez pas que toute enquête, quel qu'en soit le résultat, peut fragiliser les liens de confiance au sein du groupe. En particulier après une révélation publique, cela peut poser problème si certains membres se sentent exclu·es du processus et sont en colère de ne pas avoir eu leur mot à dire dans les décisions.
Une fois l'enquête terminée (et, rappelons-le, une certitude absolue n'est pas toujours possible), votre groupe devra peut-être déployer des efforts considérables pour rétablir la confiance entre ses membres.
Un·e infiltré·e nouvellement découvert·e peut causer un préjudice personnel important lors de sa fuite. L'impact d'une telle découverte peut diviser les groupes si nous ne disposons pas des preuves nécessaires pour justifier l'enquête. En l'absence de preuves complètes, l'infiltré·e pourrait également tenter de retourner le mouvement, d'autres personnes ou organisations contre le groupe enquêteur, ou encore profiter de sa fuite pour semer la discorde et provoquer des conflits internes.
Enquêter sur un·e infiltré·e et le démasquer a un impact émotionnel profond. L'État, par exemple, apporte un soutien psychologique aux flics infiltré·es, et nous devons être conscient·es de ce qu'une enquête peut impliquer.
Vous devez veiller, à toutes les étapes du processus, à prendre en compte les besoins émotionnels des personnes affectées, ainsi que ceux du groupe enquêteur, même si, dans notre cas, nous étions les mêmes personnes.
Lorsqu'on enquête sur des infiltré·es, la confiance en soi et en l'image que l'on renvoie est souvent l'une des premières choses à disparaître. L'impact personnel d'une enquête est souvent sous-estimé.
En nous unissant, nous pouvons créer des espaces de rencontre et de soutien mutuel, en partageant nos expériences et nos idées politiques. C'est l'une de nos plus grandes forces. Il est important de savoir que chacun·e réagit différemment. Les réactions dépendent de la situation de chacun·e au moment des faits et de sa relation avec l'infiltré·e.
Les personnes très proches de l'infiltré·e ont souvent du mal à accepter la tromperie et peuvent mettre du temps à comprendre ce qui s'est passé. Pendant l'enquête, il est important d'en tenir compte et de présenter les informations et les preuves en personne pour aider les personnes concernées à assimiler la nouvelle.
Ne prenez pas de décisions précipitées : les personnes doivent sentir que leurs besoins sont pris en compte et doivent donc avoir la possibilité de les exprimer.
Essayez de mettre de côté les vieilles querelles personnelles et politiques qui pourraient nuire à l'objectivité de l'enquête.
Chacun·e gère la situation au mieux, et nous pensons qu'il est important de respecter les souhaits et les préférences de chacun·e. Certain·es préféreront ne rien savoir, d'autres auront peut-être déjà trop de soucis ou de problèmes dans leur vie pour s'occuper de cette question. Une fois l'enquête terminée et les résultats présentés au collectif ou à l'assemblée, un malaise pourrait apparaître chez celleux qui n'ont pas été invité·es à y participer. Si la situation n'est pas gérée avec tact, elle peut devenir délicate.
Le fait de soupçonner que l'on partage des espaces, des rassemblements, des collectifs et/ou sa vie avec un·e flic infiltré·e peut engendrer des peurs et de la paranoïa. Parmi les symptômes courants, on peut citer le fait de voir des espions à chaque coin de rue ou le fait de pointer du doigt toute personne ayant eu un comportement légèrement suspect. Il est important de rester vigilant·e. De nombreux facteurs peuvent nous influencer, mais il est crucial de ne pas se laisser emporter par ses peurs et de s'efforcer de mener une enquête sérieuse. La paranoïa est contre-productive et ne fait que perturber le processus.
Si nous partageons des espaces et des collectifs avec des personnes méfiantes, voire paranoïaques, il est essentiel qu'elles se sentent écoutées et comprises. Demandez-leur délicatement ce qu'elles pensent ou craignent ; écoutez-les sincèrement mais avec prudence ; abordez tout désaccord avec respect et soyez ouvert·es à l'idée qu'il peut s'agir non pas de paranoïa, mais de préoccupations sérieuses.
La paranoïa peut aussi se dissimuler sous le masque de la « sensibilité à la sécurité ». La sécurité vise à réduire les risques à un niveau acceptable pour pouvoir poursuivre nos activités. La paranoïa survient lorsque la situation nous échappe et nous paralyse, alimentée par la peur généralisée d'un État et de forces de police apparemment invincibles.
Les questions que nous proposons contribuent à atténuer cette paranoïa grâce à une recherche concrète et un accompagnement personnalisé. S'interroger sur nos connaissances, nos craintes et se concentrer sur des données réelles permet généralement de démasquer les infiltré·es grâce à des informations objectives, sans pour autant se laisser guider par nos peurs. Il s'agit de minimiser les risques afin de poursuivre notre activité politique.
L'enjeu est d'analyser la nature de votre collectif ou assemblée, son degré d'ouverture ou de fermeture souhaité, ses objectifs et, sur la base de cette analyse, d'établir des protocoles de sécurité adaptés, dans lesquels chacun·e se sente à l'aise.
Paradoxalement, une enquête bien menée peut être source d'inspiration et de force, même si la découverte d'un·e infiltré·e est, tout au moins, désagréable. Le contenu de ce manuel est issu de plusieurs enquêtes de ce type et de leurs participant·es. Dans certains cas, les groupes en sont ressortis plus forts, bien que le chemin parcouru, et encore en cours, soit souvent semé d'embûches.
En rédigeant ce document, notre intention n'est pas d'encourager la paranoïa, mais de la réduire. Les accusations sont souvent fondées sur des rumeurs et des spéculations qui ne font que servir nos ennemis. Nous avons cherché à proposer des outils et des techniques qui vous permettront de mener des enquêtes approfondies afin de mettre fin aux rumeurs et aux mauvaises pratiques, et de vous renforcer par la même occasion.
Malgré toute la violence avec laquelle la police et l'État attaquent la classe ouvrière organisée, et les profonds dommages que cela cause, nous ne sommes pas anéanti·es. Céder au fatalisme et croire à notre impuissance leur donne le pouvoir de gagner. Il reste encore beaucoup à faire, de nombreux horizons à conquérir et de nombreux combats à mener.
Les tactiques évolueront, s'adapteront à la réalité du terrain au fur et à mesure que nous trouverons des solutions, mais l'essentiel réside dans ce qui nous a motivé à nous engager dans la lutte politique et dans les objectifs d'émancipation que nous poursuivons.
Nous savons désormais que le recours à des infiltré·es a eu des effets secondaires inattendus, comme le dépôt de plaintes ou une aide indirecte à certaines actions. Nous avons connaissance de cas où la présence d'un·e flic infiltré·e a permis de protéger des militant·es, car l'agent·e ne pouvait agir sur la base de certaines informations par crainte d'être découvert·e ou parce qu'iel était ellui-même poursuivi en justice sous sa fausse identité de militant·e.
Enfin, une question qui nous est souvent posée est la suivante : comment attirer de nouvelles personnes dans nos organisations ? Comment concilier ouverture et sécurité ? Comme nous l'avons déjà dit, il n'y a pas de réponse unique. Chaque collectif a ses propres besoins et priorités. L'important est de créer, dès le départ, une culture qui réponde aux ambitions de l'organisation et qui s'y tienne. N'ayez pas peur de poser des questions, mais soyez honnêtes quant à vos motivations. Si vous estimez avoir besoin d'un niveau de sécurité ou de confidentialité plus élevé, identifiez les menaces spécifiques auxquelles vous êtes confronté·es et élaborez un plan pour les contrer afin de minimiser les risques. La sécurité absolue n'existe pas, mais il est toujours possible de trouver des solutions.
L'État peut investir massivement pour tenter de nous arrêter, mais des milliers d'actions ont été menées, de nombreuses organisations prennent des précautions et fonctionnent avec succès, ce qui prouve clairement que nous pouvons les déjouer si nous prenons la situation au sérieux.
Avant de commencer cette section, nous tenons à souligner l'importance cruciale de lire tous les articles de presse relatifs aux affaires mises au jour. Nous avons pu en découvrir plusieurs précisément après avoir lu les premiers articles, en repérant des points communs et en constatant que nombre d'entre eux correspondaient aux personnes suspectées. Afin de centraliser ces informations, nous avons répertorié les liens qui vous mènent directement aux articles (en espagnol et en catalan).
Généralement, les infiltré·es ont peu de souvenirs. Iels ont souvent une « histoire » : leur lieu d'origine et les raisons de leur départ. Les détails sont généralement rares, et il y a très peu de points communs entre leur monde d'avant et leur monde militant. Il est rare de croiser des ami·es ou de voir des photos de leur « vie d'avant », même s'iels en parlent ou si le suspect dit qu'iel va les revoir. Ces identités étant créées spécifiquement pour ces infiltrations, iels n'ont pas de passé et nous n'en trouverons aucune trace dans les archives ni sur Internet (à l'exception de ce qu'ils ont pu faire dans le cadre de l'infiltration en cours, comme des inscriptions à des compétitions sportives ou à l'université).
Dans la grande majorité des cas sur lesquels ce texte est basé, la ville d'origine de l'infiltré·e n'était pas la même que celle qu'iel a infiltrée. Nous supposons que c'était pour éviter qu'iels soient reconnus ou que leur passé soit plus facilement vérifié (Sergio était de Santiago et a infiltré Madrid, Dani était de Majorque et a fait de même à Barcelone, María était également de Majorque et a infiltré Gérone, etc.) Le cas de Marian serait l'exception, car elle était originaire d'Aranjuez et y menait sa double vie, réelle et fictive.
Iels justifient généralement leur déménagement dans une autre ville par des raisons professionnelles ou d'études (ce qui est courant, la grande majorité des gens le font pour cette raison).
Attention : Dans le cas de Gérone, il a été confirmé que María a présenté des membres de sa famille et des ami·es (qui n'étaient pas des agents de l'État) aux activistes dans les zones qu'elle infiltrait. Nous supposons que cela a été fait sous prétexte de renforcer son récit et ainsi d'instaurer une plus grande confiance dans le milieu où elle opérait. Qui soupçonnerait un·e ami·e/activiste/partenaire si l'on connaît sa mère et ses amis ? C'est pourquoi il est important de se souvenir des coordonnées de ces personnes, adresses, etc., pour les besoins de l'enquête.
Dans la plupart des cas, les infiltré·es ont très peu à dire sur la politique du mouvement qu'iels infiltrent. Bien qu'iels manifestent un intérêt pour les autres, leur contribution est minime et iels évitent généralement ces débats ou s'en distancient. En revanche, ce sont des « militant·es modèles » quant à leur implication dans la logistique, la gestion des finances, la participation aux assemblées, aux actions, etc.
Lorsqu'iels manifestent un intérêt, celui-ci reste superficiel, voire relève d'une écoute active visant à apprendre, et les ouvrages et documents de référence qu'iels possèdent sont des ouvrages de vulgarisation classiques, peu approfondis.
Attention : Ce constat peut s'appliquer à de nombreuses personnes au sein du mouvement en général, mais dans certains milieux, cette superficialité est frappante.
Certaines personnes infiltrées n'évoquent jamais leur famille, tandis que d'autres le font fréquemment. Cependant, les occasions de les rencontrer ne se présentent jamais ; il y a toujours des excuses. Les infiltré·es peuvent montrer des photos et d'autres documents indiquant l'existence de prétendus membres de leur famille, et affirmer entretenir des relations étroites avec elle.
D'autres inventent des histoires de relations abusives (et s'en servent pour gagner votre confiance), mais tiennent des propos incohérents sur la façon dont iels vont les rencontrer. Parfois, des crises familiales, comme la maladie grave d'un parent, servent de prétexte à de longues absences.
Comme nous l'avons mentionné à plusieurs reprises dans ce manuel, il existe des schémas communs, mais aussi des exceptions. Dans ce cas précis, l'agente infiltrée à Gérone a présenté sa véritable famille et ses ami·es à son partenaire ; elle a même donné le vrai nom et la profession de son ami·e et de sa mère, et l'a emmené à la maison où elle vivait réellement avec sa mère. Mais leur rencontre ne s'est pas limitée à une seule occasion : la mère de la flic infiltrée a joué un rôle actif tout au long de l'opération, par téléphone et appels vidéo quotidiens.
De plus, même sans contact avec leur environnement habituel, certaines références familiales évoquées lors de l'infiltration pourraient correspondre à des situations réelles. Par exemple, Sergio a mentionné avoir un frère aîné pompier à Santiago, ce qui était exact.
Il semble que de nombreuses personnes infiltrées occupent des « emplois » qui les contraignent à s'absenter pendant de longues périodes, jusqu'à plusieurs semaines d'affilée (généralement en été). Ces absences, professionnelles ou personnelles, leur permettent de gagner de l'argent (par exemple, Sergio, lorsqu'il se rendait en Galice pour voir sa famille, prétendait à son retour que sa grand-mère lui avait donné 500 euros, ce qui lui permettait de justifier une période de chômage ; María, quant à elle, s'absentait souvent l'été en prétextant travailler intensivement dans un club nautique à Majorque pour subvenir à ses besoins).
Un thème récurrent était le caractère peu accueillant, voire inhabité, de leurs domiciles, malgré quelques exceptions. Certains objets étaient disposés de manière orchestrée, comme pour symboliser un engagement de « militant politique ». L'absence de toute « touche personnelle » et de biens matériels était également flagrante. L'exemple de Carlos est éloquent : sa maison était quasiment dépourvue de décoration, donnant l'impression d'être inhabitée, et l'eau du robinet était brunâtre. De même, celui de María, qui a vécu trois ans dans un appartement touristique sans changer une seule photo, un appartement transformé en location classique en raison de la baisse du tourisme liée à la COVID-19.
Les maisons qu'iels habitent, ou qu'iels prétendent habiter, bénéficient toujours d'un facteur « chanceux » pour y accéder : c'est l'appartement « de leur oncle », « d'une amie de leur mère », « leur patron leur loue un appartement à un prix modique », etc.
Il arrive cependant que l'infiltré·e ne se rende jamais dans l'appartement où iel est censé vivre, ni ne le montre à personne.
Si vous connaissez l'adresse exacte, c'est une piste intéressante à explorer, en commençant par obtenir le titre de propriété.
Nous faisons référence au premier contact ou à la première expérience évoquée par l'infiltré·e lorsqu'iel rejoint le collectif politique. Dans la plupart des cas, iel a participé à des activités dans des espaces ouverts à contenu politique limité : banques alimentaires, salles de sport associatives, clubs de lecture féministes… Cela constitue une forme de « preuve » lorsqu'il s'agit de s'engager dans un espace plus politisé. Cela inspire généralement plus confiance que de dire qu'on n'a jamais rien fréquenté. Il est essentiel de préciser le moment et le lieu exacts de cette première expérience.
On dit souvent des infiltré·es qu'iels ont des compétences de conduite supérieures à la moyenne, ce qui n'est pas surprenant compte tenu des exigences pour devenir agent·e de police.
Remarque : Cette question est particulièrement pertinente dans le contexte britannique, où les infiltré·es étaient des agent·es ayant une longue expérience au sein des forces de police, où ces compétences de conduite sont acquises. Dans notre contexte actuel, les infiltré·es ont un profil différent (agent·es récemment diplômé·es) et, par conséquent, iels peuvent ne pas posséder ces compétences, même si, sous leur véritable identité, iels sont au moins titulaires d'un permis de conduire, car c'est une condition requise pour l'examen national de police. Sergio, par exemple, possédait tous les permis de conduire, ce qui lui a permis d'effectuer de nombreuses tâches logistiques nécessitant la conduite de camions ou de fourgonnettes.
Le charme, la convivialité et la bienveillance des infiltré·es sont souvent soulignés. Iels sont perçu·es comme prêt·es à tout pour aider. Très conciliant·es, iels fuient toute controverse (la leur ou celle d'autrui).
La plupart sont très empathiques et abordables, et font preuve d'une grande audace pour comprendre et gérer les émotions, les conflits et les crises personnelles de leur entourage. Iels proposent généralement une écoute attentive et un soutien émotionnel, toujours avec discrétion, sans jamais empiéter sur la vie privée d'autrui.
Cela ne signifie pas pour autant qu'iels ne peuvent pas, dans certaines situations conflictuelles, adopter d'autres stratégies, conformément aux recommandations de leurs supérieurs.
Iels sont souvent disposé·es à aider financièrement les autres, par exemple en ne demandant pas d'argent pour l'essence ou en offrant des tournées de nourriture et de boissons. Parfois, iels prétendent que leurs dépenses sont déjà prises en charge d'une manière ou d'une autre, par exemple par leur travail.
Iels ne sont pas forcément ostentatoires ; iels peuvent même se plaindre de leur situation financière ou sembler devoir faire attention à leurs dépenses pour ne pas se faire remarquer, mais iels semblent toujours avoir accès à l'argent.
Il est fréquent qu'après leur intégration à un groupe, les individus « ciblent » des personnes clés et se lient étroitement à elles, tant sur le plan personnel que par leur militantisme. De ce fait, iels sont souvent perçus de l'extérieur comme le bras droit de X, ce qui s'avère utile, outre le fait de se rapprocher de leur objectif d'obtention d'informations, pour apaiser d'éventuels soupçons ou pour gagner en crédibilité au sein de l'organisation.
Au cours de nos investigations, nous avons relevé plusieurs particularités qui méritent d'être prises en compte :
Il arrive que dans le cadre d'affaires judiciaires, les poursuites contre des personnes infiltrées soient inexplicablement abandonnées. Dans le cas de Sergio, nous savons que cela s'est produit à au moins deux reprises, et une autre fois dans celui de Carlos. Trois plaintes que nous n'avons jamais reçues et pour lesquelles, curieusement, nous n'avons pas accès au document justifiant la clôture de l'affaire. Il se peut aussi que la police se soit notablement désintéressée d'une organisation pendant la période où l'infiltré·e en faisait partie, ou que des personnes n'aient pas été arrêtées alors qu'il semblait évident qu'elles auraient dû l'être. Nous savons maintenant que les responsables de l'infiltration ont parfois fermé les yeux sur des actions illégales et se sont distanciés de ces actions afin d'éviter d'avoir à procéder à des arrestations.
Attention : L'inverse est également possible.
Cette question pourrait faire l'objet d'une section à part entière, car la « stratégie de sortie » ou « l'exfiltration » est un aspect essentiel de l'opération pour celleux qui enquêtent sur une possible infiltration policière. Dans tous les cas connus, les infiltré·es ont exercé leurs fonctions pendant plusieurs années (certain·es sont resté·es moins longtemps car iels ont été identifié·es, comme Mavi, et d'autres plus longtemps, comme Sergio, qui est resté 7 ans, ou Marian, jusqu'à l'âge de 35 ans), puis iels sont parti·es relativement brusquement (iels trouvent un emploi, un proche tombe gravement malade, etc.)
Il est révélateur de constater la récurrence de deux stratégies, parfois combinées :
Et surtout, iels disparaissent complètement de leur vie militante. Quant à leur vie sociale, iels conservent un contact isolé, presque toujours en ligne. Par exemple, Carlos et Sergio ont continué à utiliser le numéro de téléphone de leur fausse identité, même plusieurs mois, voire deux ans, après leur « déconnexion ». María, en revanche, a maintenu un contact en ligne plus intense. Nous comprenons qu'il s'agit de conserver un lien avec les milieux infiltrés, au cas où iels auraient besoin d'y retourner.
Dans cette section, deux points essentiels méritent une attention particulière :
Un autre schéma récurrent que nous avons observé est que les infiltré·es créent des profils sur des réseaux sociaux peu de temps avant de commencer leur infiltration. Lors d'une enquête sur une personne suspectée, l'analyse de ses réseaux sociaux est cruciale. Outre la date de création des comptes, il est important d'examiner le nombre d'abonné·es et d'ami·es, car il est rare qu'une personne n'ait que des contacts récents et aucun ami·e de son passé (ce qui rejoint la notion d'absence d'attaches évoquée dans la question 1). On peut même observer sur Instagram le nombre de fois où la personne a changé de nom d'utilisateurice.
Bien entendu, et comme pour tout schéma récurrent, une personne non infiltrée peut avoir de très bonnes raisons de ne pas avoir de réseaux sociaux jusqu'à présent et d'en avoir créé de nouveaux, ou d'avoir rompu avec son passé et de ne plus entretenir de relations avec ses ancien·nes ami·es… Il s'agit néanmoins d'un élément à prendre en compte.
En général, les infiltré·es sont très réticent·es à apparaître sur des photos, seul·es ou en groupe. Iels sont également très réticent·es à partager des photos d'elleux-mêmes, de leur famille, de leurs ami·es, de leur passé… Iels invoquent toujours des situations compliquées ou problématiques comme justification.
Dans plusieurs cas (Sergio, María…), il a été prouvé que les infiltré·es se sont procuré de nombreuses photos de militant·es sous prétexte de « faire des blagues », de « créer des mèmes » ou d'immortaliser des rencontres et des moments de détente dans un contexte de confiance maximale. Soyez vigilant·es.
Il a également été prouvé que les infiltré·es partagent des photos entre elleux pour se couvrir et s'entraider. Par exemple, les cas d'Ignacio José et de Dani. Tous deux étaient des infiltrés à Barcelone et appartenaient à la même promotion, avec María et Ramón. Eh bien, la police a planifié les deux premières histoires concernant leurs fausses identités de telle sorte qu'ils étaient frères (l'un était Daniel Hernández Pons et l'autre Marc Hernández Pons) afin que si l'un d'eux était suspecté, il puisse donner l'autre comme référence.
Un autre aspect très intéressant et pertinent concerne les numéros de téléphone utilisés par les infiltré·es. Nous avons confirmé que les infiltré·es d'une même promotion utilisaient des numéros obtenus grâce à des cartes prépayées et que ces numéros étaient très proches. Par exemple, María, Dani, Ignacio José et Ramón, de la même promotion, avaient des numéros commençant par 631. Lucía et Carlos, également de la même promotion, avaient respectivement les numéros 604209458 et 604209448. Le numéro de Sergio était le 654 et celui de María le 650.
Ces informations pourraient s'avérer utiles dans le cadre de toute enquête que vous pourriez mener.
Toutes ces données peuvent servir de point de départ à une enquête. Par exemple, si vous connaissez la date précise à laquelle iels ont commencé leur infiltration, et sachant qu'iels utilisent presque toujours le même nom sous leurs deux identités, un premier tri peut être effectué auprès du BOE correspondant et toutes les personnes portant ce nom peuvent être sélectionnées. Nombre d'entre elles peuvent être écartées grâce à l'examen de leurs réseaux sociaux.
Ou encore, si vous connaissez la date de naissance de la personne suspecte et que vous avez une personne de confiance ayant accès aux données nécessaires, vous pouvez vérifier individuellement si la date concorde. Si vous connaissez l'adresse précise où la personne sous enquête est censée résider, en obtenant le titre de propriété ou en trouvant les coordonnées du propriétaire, vous pouvez exploiter cette piste pour confronter les versions. Ou encore, si la personne affirme travailler dans un lieu précis, vous pouvez vérifier aussi discrètement que possible si c'est bien le cas.
Sur Youtube et sur Internet, on trouve des vidéos et des photos de policier·es prêtant serment comme fonctionnaires de police, ainsi que des images de leurs débuts de formation dans différentes villes. Bien que ces dernières années, les promotions aient été massives (2 000 à 3 000 personnes), cela peut permettre de les identifier et les localiser, comme ça a été le cas pour Sergio. Celleux qui utilisent les réseaux sociaux sous leur véritable identité s'en servent comme si iels étaient intouchables. Dans le cas de Carlos, l'un des éléments qui a permis de faire avancer l'enquête a été de retrouver son compte Instagram, car il suivait le profil de la mairie de son village.
En bref, de nombreuses pistes sont à explorer si l'on dispose d'un minimum d'informations sur la fausse identité de l'infiltré·e. Il est utile de recueillir ces informations, par exemple, avant qu'iel rejoigne un groupe. Notre rôle n'est pas d'être détectives privés, mais toute information (nom, prénom, numéro de téléphone, lieu d'études, lieu de travail, antécédents militants, lieu d'origine, réseaux sociaux, adresse, etc.) recueillie pendant cette période peut faciliter une enquête ultérieure. Il convient de rappeler que rencontrer de nouvelles personnes a d'abord pour but de sociabiliser et non pas (ou pas uniquement) un but sécuritaire.
Comme indiqué dans nos réflexions finales sur notre processus de recherche, la sécurité à 100 % n'existe pas et chaque organisation a ses propres besoins et priorités en la matière, en fonction de son mode de fonctionnement, de ses objectifs, etc. Ces suggestions ne visent pas à encourager la paranoïa ni à imposer leur application à toustes. Chaque organisation doit procéder à sa propre évaluation. Nos recommandations, basées sur notre expérience, sont les suivantes :
Les affaires révélées jusqu'à présent nous permettent de dissiper des idées reçues et des limites concernant les agissements des policier·es infiltré·es.
Nous savons que beaucoup d'entre nous pensaient, ou pensent encore, que les flics infiltré·es sont soumis·es à un code de déontologie, qu'il y a des choses qu'iels ne se permettent pas de faire. Nous listons quelques-unes de ces choses afin de mieux comprendre jusqu'où iels peuvent aller et de ne pas écarter d'emblée toute enquête.
Certain·es pensaient, ou pensent encore, que les flics infiltré·es ne font jamais les choses suivantes :
Nous savons que toutes ces choses ont été faites par des flics infiltré·es, et nous ignorons certainement beaucoup d'autres exemples.
Si vous rencontrez une personne dont le récit correspond à certains de ces critères, cela ne signifie pas nécessairement que vous avez affaire à un·e infiltré·e. Cela signifie simplement que vos soupçons justifient une enquête plus approfondie. Comme nous l'avons déjà indiqué, ce manuel est un guide, un point de départ, et non une méthode infaillible pour prouver une infiltration.
Bien que nous ayons identifié des schémas communs dans les cas espagnols et britanniques, il est possible que d'autres cas restent à prouver. L'objectif est de mettre à jour ce manuel régulièrement, au fur et à mesure que de nouveaux cas apparaissent. C'est pourquoi il est important de conserver toutes les informations et données relatives à chaque cas, car elles peuvent contribuer à reconstituer le puzzle de l'infiltration policière.
Historiquement, les infiltrations policières ont été considérées comme un sujet tabou, pour diverses raisons (honte, « faiblesse », incapacité à gérer la situation, etc.) De ce fait, aucune expérience en la matière n'a été correctement transmise et il n'a pas été possible de développer des outils et des mécanismes permettant de gérer efficacement les soupçons, voire de prévenir les infiltrations. C'est pourquoi nous insistons une fois de plus sur l'importance de rendre les cas publics, de recueillir des informations, de créer des outils et de partager les enseignements tirés.
Bien entendu, nous déconseillons fortement de propager des rumeurs fondées uniquement sur des soupçons et recommandons qu'elles fassent l'objet d'une enquête sérieuse dès que possible. Les rumeurs non confirmées sont très dommageables et peuvent détruire les organisations de l'intérieur, qu'il y ait ou non infiltration réelle.
Il est important de se rappeler que, malgré des points communs dans le mode opératoire des infiltré·es, il existe également de nombreuses différences, selon les objectifs qui leur sont assignés, le type de groupe ou d'environnement qu'iels infiltrent… Iels peuvent même commencer par suivre certains schémas, puis les modifier au fur et à mesure de l'infiltration. N'oublions pas qu'iels bénéficient du soutien d'une équipe entière et que pratiquement tout ce qu'un·e infiltré·e fait ou ne fait pas est calculé et ne relève pas d'une initiative individuelle.
Nous constatons également qu'il existe de nombreuses raisons valables pour lesquelles des personnes peuvent correspondre aux mêmes catégories sans être des infiltré·es ; notre cadre d'analyse n'est pas infaillible. Par exemple, il peut y avoir de bonnes raisons pour qu'une personne n'ait aucun contact avec sa famille, ou pour qu'elle disparaisse pendant un certain temps. Le burn-out est également une raison fréquente de retrait chez les militant·es.
De plus, les opérations d'infiltration ne sont pas toutes identiques ; il y a toujours des variations. Chaque cas est unique et l'infiltré·e s'adapte aux consignes de son équipe en fonction des circonstances et du moment précis de l'infiltration.
Un autre problème important auquel nous avons malheureusement dû faire face dans certains cas est le manque de collaboration de certain·es militant·es qui ont rencontré l'infiltré·e. Cette obstruction à l'enquête était due à de mauvaises relations ou à des querelles passées (ou même présentes). Il faut faire preuve d'une grande clairvoyance et d'une grande maturité politique pour savoir quand et où il convient de mettre de côté ces attitudes. Chaque détail, aussi infime soit-il, peut contribuer à confirmer ou à infirmer un soupçon.
Le fait qu'une personne ne corresponde pas au profil type ne signifie pas qu'il faille écarter tout soupçon. Enfin, nous souhaitons souligner un point important. Bien que l'intention puisse être louable, nous pensons qu'utiliser le caractère « pacifique/inoffensif » des organisations infiltrées par la police comme argument pour dénoncer l'infiltration policière ne fait qu'étouffer tout potentiel révolutionnaire et constitue une erreur stratégique qui peut s'avérer coûteuse à long terme.
Il est clair que ces organisations et mouvements sociaux ne représentent pas un danger immédiat pour l'État lorsqu'ils se livrent « seulement » à la désobéissance civile et à ce qui est considéré comme des « crimes » contre la légalité bourgeoise (opposition aux expulsions, autodéfense antifasciste, grèves…) Mais il y a une différence entre la situation actuelle des organisations et des mouvements sociaux (en termes de contexte, de capacité organisationnelle, de rapport de forces, etc.) et leur évolution future, selon les aspirations et les perspectives que nous souhaitons atteindre. Par conséquent, fonder notre défense discursive sur ce caractère « pacifique » ou « inoffensif » revient à nous condamner à l'impuissance et à limiter notre lutte. Nous sommes convaincu·es qu'il existe de nombreux arguments pour confronter dialectiquement ces pratiques tout en évitant ces erreurs.
Il en va de même lorsqu'on utilise la « légalité » ou l'« illégalité » des méthodes d'infiltration comme argument central. Si elles sont illégales, on changera la loi demain pour les légaliser. L'idée est de présumer que l'État ne connaît aucune limite dans sa lutte contre la classe ouvrière organisée.
Cela ne signifie pas pour autant que nous ne puissions pas, à certains moments et dans le cadre de stratégies spécifiques, exploiter leur illégalité pour ouvrir certains fronts, comme par exemple les poursuites engagées contre des infiltré·es à Barcelone, Gérone et Valence, ou la plainte pour menaces déposée contre l'un·e des infiltré·es à Madrid.
Nous, les rédacteurices de ce manuel, espérons que, en tant que militant·es, vous trouverez ce document utile. Nous y avons partagé nos enseignements et notre expérience tirés de toutes les infiltrations policières que nous avons subies, afin que vous puissiez aborder la situation avec un avantage certain par rapport à celui dont nous disposions à l'époque, qui était quasiment inexistant. Bien que nous ayons fait tout notre possible pour vous guider, nous mettons à votre disposition un moyen de contact pour que vous puissiez nous faire part de vos questions, suggestions et enseignements, qui nous permettront d'enrichir encore davantage ce manuel.
manualinfiltrados@gmail.com
Deuxiéme extrait du livre : "Le socialisme sauvage : essai sur l'auto-organisation et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours"
à l'heure où la sociale-démocratie reprend du galon, sous ses divers avatars réformistes et léninistes, menaçant de récupérer les luttes à venir
Nous reproduisons ici en brochures les différents chapitres du livre « le socialisme sauvage », de Charles Reeve. Il retrace l'histoire de diverses luttes depuis la Révolution Française, via un axe anarchiste, communiste antiautoritaire, ultragauchiste, autonome, etc..
Son but est de relire l'histoire révolutionnaire non depuis l'angle traditionnel et confus de « la révolution contre les bourgeois/les aristocrates » - qui fait comme si la révolution était un bloc - mais depuis un axe fondamental souvent oublié : celui des divers courants libertaires contre les tendances autoritaires du socialisme.
On regrettera certains défauts importants, qu'il est bon d'avoir en tête en parcourant le bouquin. Notamment le fait que les luttes abordées sont très majoritairement des luttes blanches. Ou que l'angle pris fait souvent la part belle aux figures et organisations militantes officielles - là où il serait intéressant de se concentrer un peu plus sur l'action et l'organisation directes du prolétariat.
Ces points étant dits, ce livre apporte de nombreuses informations historiques importantes, souvent effacées de l'histoire des luttes. Il permet ainsi, de façon méthodique et détaillée, de remettre plusieurs points sur les i concernant la question de l'autoritarisme. C'est une chose qui nous semble plus qu'utile à l'heure où la sociale-démocratie reprend du galon, sous ses divers avatars réformistes et léninistes, menaçant de récupérer les luttes à venir.
Bonne lecture !
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De la nécessité de comprendre le monde dans une perspective internationaliste, de s'organiser et d'agir en conséquence
Le monde tel que nous le connaissons est en train de s'effondrer. Chaque jour, nous voyons le visage de Trump à l'écran et cela nous dégoûte. Malgré cela, sa présence s'impose, et nous devons relier ces visages des élites dirigeantes à la modernité capitaliste et au capital transnational. Car le constat que le système capitaliste mondial est en crise structurelle profonde n'appartient plus seulement aux analyses de l'école anticapitaliste et socialiste. Même les principaux représentants et acteurs du système capitaliste reconnaissent désormais que nous ne sommes pas simplement confrontés à un ralentissement économique cyclique, mais à une crise multiple qui englobe les dimensions écologique, économique, sociale et géopolitique. Diverses terminologies et cadres analytiques sont utilisés pour définir l'« interrègne » hégémonique mondial – ou phase de transition mondiale. Le marxiste italien Antonio Gramsci a décrit l'interrègne comme une phase où « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître », et où s'accumulent crises, incertitudes et « une grande variété de symptômes morbides ».1
« Si nous ne sommes pas assis à table, c'est que nous sommes au menu. »
Les dernières discussions au « Club des riches », le Forum économique mondial de Davos en janvier 2026, ont une fois de plus mis en évidence la manière dont les élites au pouvoir analysent la situation mondiale actuelle. Il convient ici de noter en particulier le discours2 du Premier ministre canadien Mark Carney, qui a déclaré que nous ne sommes pas dans une phase de transition, mais en pleine rupture. L'ancien ordre mondial ne reviendra pas, a-t-il déclaré, et la nostalgie n'est donc pas une stratégie. Le Premier ministre canadien a averti que les grandes puissances avaient commencé à utiliser l'intégration économique comme une arme, s'appuyant sur « les droits de douane comme levier, les infrastructures financières comme moyen de coercition et les chaînes d'approvisionnement comme vulnérabilités ». Il a ensuite averti que les puissances moyennes devaient unir leurs forces pour éviter d'être écrasées entre les grandes puissances que sont les États-Unis et la Chine. Car si elles ne sont pas à la table des négociations, elles finiront au menu. Il a souligné que le Canada avait bénéficié de l'ancien « ordre international fondé sur des règles », y compris « l'hégémonie américaine », qui avait « contribué à la fourniture de biens publics : des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, une sécurité collective et un soutien aux cadres de résolution de conflits ». Cependant, il a déclaré que cet ordre mondial n'existait plus. Il préconise plutôt de l'appeler par son nom : « un système d'intensification de la rivalité entre les grandes puissances, dans lequel les plus forts poursuivent leurs intérêts en utilisant l'intégration économique comme un outil de coercition ».
De la « fin de l'histoire » au « déclin politique »
Cette analyse systémique de la situation actuelle ne se limite pas aux politiciens ; même les pionniers idéologiques du néolibéralisme sont contraints de réfléchir à leurs propres théories sur la victoire ultime du capitalisme. On peut citer l'exemple du penseur Francis Fukuyama, connu pour avoir proclamé sa théorie de la « fin de l'histoire ». C'est en 1992, suite à l'effondrement de l'Union soviétique, qu'il a déclaré que l'évolution idéologique de l'humanité avait atteint son point final, que le socialisme en tant que système social avait échoué et que l'ordre néolibéral était donc le stade final et le plus élevé du développement humain. Au-delà de cela, affirmait-il, il ne pouvait y avoir d'autre modèle politique, social ou économique. À l'époque, l'effondrement du socialisme réel était interprété non pas comme l'expression de défauts internes, mais comme la victoire définitive du capitalisme. La thèse de la « fin de l'histoire » fonctionnait alors comme un manifeste de la modernité capitaliste, proclamant la défaite de l'idée socialiste et déclarant que la démocratie libérale était la destination finale. Mais le temps juge l'histoire sans pitié. La confiance arrogante des forces de la modernité capitaliste de l'époque a désormais cédé la place à une profonde inquiétude, et même Fukuyama, figure de proue de la pensée néolibérale, a remplacé cette thèse par le concept de « déclin politique ». Un examen plus approfondi du parcours intellectuel de Fukuyama et de son évolution de pensée, passant de l'optimisme de la « fin de l'histoire » aux avertissements sur la « décadence politique », peut également être compris comme un résumé des réflexions internes du système de la modernité capitaliste. Dans son ouvrage de 2014, Political Order and Political Decay, il montre comment le système qu'il idéalisait autrefois a été rongé de l'intérieur. Nous ne sommes plus confrontés à un modèle victorieux de modernité capitaliste, mais à une structure qui s'est effondrée sous son propre poids, est devenue lourde et a perdu à la fois son orientation et son esprit.
Selon Fukuyama, la croyance en l'immuabilité du modèle hégémonique américain a atteint son apogée entre 1989 et 2008, le bref « âge d'or ». Cependant, cette image glorieuse a subi sa première fissure majeure avec la crise financière mondiale de 2008. Fukuyama diagnostique ici divers symptômes, mais voit la véritable maladie dans la désintégration des institutions politiques nationales américaines et du tissu social. Fukuyama emprunte le terme de « déclin politique » à son professeur Samuel Huntington. Selon Huntington, les systèmes sont voués à l'échec s'ils ne peuvent s'adapter aux exigences des nouveaux groupes sociaux. Fukuyama applique cette théorie aux États-Unis modernes : les institutions sont initialement créées pour résoudre un problème spécifique, mais avec le temps, elles s'enracinent tellement qu'elles ne peuvent plus s'adapter à l'évolution des conditions environnementales. Les institutions cessent de protéger le bien public et se mettent à défendre les intérêts de leurs propres élites et de petits groupes. Les élites puissantes détournent les ressources de l'État au profit de leurs propres cercles ; le népotisme supplante la performance. L'État, autrefois moteur de la prospérité, est désormais devenu un instrument au service d'intérêts personnels. Fukuyama soutient que le système américain est passé d'une « démocratie » à une « vétocratie ». Ce terme signifie que les réformes nécessaires ne peuvent être mises en œuvre car de nombreux acteurs au sein du système disposent d'un droit de veto. Les freins et contrepoids intégrés au système, qui étaient auparavant un moyen d'améliorer le fonctionnement du gouvernement, sont désormais un moyen de le paralyser. Derrière cette concentration du pouvoir dans un cercle aussi restreint se cache un phénomène sociologique et économique fondamental : la monopolisation rapide du capital. Dans une situation où plus de la moitié de la population mondiale a un revenu inférieur à celui de douze personnes, une telle concentration verticale du pouvoir économique conduit inévitablement à une concentration du pouvoir politique entre les mains d'une seule personne. Cependant, Fukuyama ne considère pas cela comme un effondrement, mais parle d'une « perturbation de l'ordre ». La solution qu'il propose consiste à renforcer la bureaucratie exécutive, à réduire la dépendance excessive du pouvoir judiciaire et à mettre en œuvre des réformes politiques radicales pour briser la « vétocratie ». En tant que libéral, Fukuyama estime que la cause réelle du déclin politique aux États-Unis ne réside pas dans le système capitaliste concurrentiel, mais plutôt dans le dysfonctionnement des institutions politiques. L'approche de Fukuyama repose donc sur la conviction que le libéralisme peut être réparé ou réformé de l'intérieur. Selon Fukuyama, les excès pathologiques du capitalisme pourraient être maîtrisés si les institutions fonctionnaient correctement. Ce n'est pas le système lui-même qui est parasitaire et problématique, mais plutôt les institutions qui sont tout simplement dépassées.
Outre le déclin politique des États-Unis décrit par Fukuyama, l'affaire Epstein ajoute également la composante de l'érosion morale. L'affaire Epstein n'est pas seulement l'une des affaires criminelles les plus sombres de l'histoire moderne, mais aussi une radiographie de la dépravation systémique, morale et intellectuelle de cet « ordre » international américain. Elle représente une contribution à l'histoire sociale du capitalisme et du patriarcat en déclin. Les scandales qui ont été révélés ne montrent pas seulement les actions de quelques individus pervers, mais plutôt comment la politique, le monde universitaire, la finance et l'industrie culturelle ont créé une « caste d'intouchables » patriarcale.
Les États-Unis, « empire du chaos »
Le mouvement de libération kurde considère également que le capitalisme se trouve actuellement dans une phase de crise systémique et structurelle. Il qualifie même la modernité capitaliste de « régime de crise » dans le sens où aucune solution ne peut être attendue du système lui-même, seulement une forme de gestion de crise. En conséquence, les dépressions et les crises sont devenues un état permanent. Les périodes « normales », en revanche, sont l'exception, ou – autrement dit –, la crise est devenue la norme. Le mouvement de libération kurde décrit les guerres et les conflits qui se jouent, à l'ère du capitalisme mondialisé, à différents niveaux entre États-nations comme la troisième guerre mondiale. Il s'agit d'une lutte de pouvoir intra-capitaliste permanente visant à restructurer le système mondial. Les acteurs de cette guerre mondiale tentent d'affaiblir les forces concurrentes et de renforcer leur propre position. Il n'y a pas de lignes de front claires ni d'objectif de victoire militaire rapide. Il s'agit plutôt d'une guerre permanente dans laquelle les contradictions et les conflits se jouent dans le cadre d'alliances changeantes. Aujourd'hui, le capitalisme mondial mène une lutte longue mais continue pour établir de nouvelles constellations politiques et de nouveaux modèles d'ordre conformes à ses propres exigences systémiques. Les luttes, les tensions et les conflits que nous observons dans le monde entier font partie intégrante de cette troisième guerre mondiale. Pour la comprendre, il faut saisir ses racines profondes dans la structure du capitalisme mondial. Cette guerre est également indissociable de la crise de ce système. Le capitalisme mondial traverse une crise multidimensionnelle : le fossé croissant entre riches et pauvres, la destruction écologique, la persistance du patriarcat, les mouvements migratoires, l'armement et la normalisation de la guerre sont autant d'expressions de ce profond bouleversement systémique.
Selon le penseur kurde pionnier Abdullah Öcalan, le système capitaliste, dirigé par les États-Unis, tente de préserver son pouvoir par le biais d'un « empire du chaos »3 : « L'empire du chaos, que l'on pourrait aussi, dans un certain sens, appeler la Troisième Guerre mondiale, n'est pas géré uniquement par des méthodes militaires et politiques, mais de manière plus intense et décisive par les multinationales et les médias. Les multinationales économiques et médiatiques n'hésitent pas à affamer physiquement et mentalement les sociétés afin de les manipuler et de les utiliser à leur guise. Elles espèrent qu'en utilisant leur supériorité scientifique et technologique, elles pourront sauver le système capitaliste du chaos et sortir de la crise renforcé ou, si cela n'est pas possible, au moins minimiser les dégâts autant que possible, en procédant à des restructurations si nécessaire. Dans ce chaos, les méthodes et moyens traditionnels ne sont plus adaptés pour gérer, protéger et maintenir le système avec de simples changements mineurs. Il serait donc plus réaliste d'évaluer les nouvelles approches et mises en œuvre tactiques et stratégiques des États-Unis à la lumière du processus de chaos. »4 Dans ce contexte, nous pouvons observer une nouvelle offensive mondiale du système sous l'administration Trump, qui s'exprime sous diverses formes tant dans la politique intérieure que dans la politique étrangère.
Offensive mondiale de la modernité capitaliste : nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis
Cet empire du chaos mène une guerre contre sa propre population sur le front intérieur et prépare le terrain pour une guerre civile aux États-Unis. L'un des points centraux ici est la terreur semée par l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) à Minneapolis. Cette agence opère en dehors de la loi et forme une force paramilitaire directement subordonnée à l'administration Trump. Avec son recours excessif à la violence, l'ICE peut actuellement être décrite comme les « chemises noires5 des États-Unis ». Dans ce contexte, la question de l'immigration n'est pas le véritable problème pour le gouvernement. Le grand projet qui se cache derrière est le fascisme, dont l'objectif est de détruire la classe ouvrière du pays tant sur le plan économique qu'organisationnel. Dans le même temps, cependant, nous assistons à une résistance généralisée à Minneapolis, qui a atteint son apogée le 23 janvier 2026 avec la première grève générale à grande échelle aux États-Unis depuis près de 80 ans, menée contre les raids de l'ICE et pour les droits des travailleurs.
Nous devons évaluer les nouvelles stratégies et tactiques des États-Unis en tant que puissance hégémonique mondiale en considérant les particularités de ce processus chaotique. Même si la stratégie de Trump suit une logique qui ne peut être déduite de documents de position clairement formulés, mais qui peut plutôt être comprise en observant ses actions imprévisibles en apparence, un examen de la stratégie de sécurité nationale (NSS) des États-Unis publiée en décembre 2025 révèle d'importantes priorités stratégiques et tactiques. Deux aspects sont significatifs dans ce contexte. Premièrement, ce qui est particulièrement nouveau dans la stratégie de sécurité nationale, c'est que, dans le contexte de la lutte pour le pouvoir avec la Chine, l'Amérique latine (dans le jargon américain : l'hémisphère occidental) prend une importance considérable. Non seulement la Russie est présente dans cette région, mais la Chine en particulier est devenue le premier partenaire commercial de la région (à l'exception du Mexique) et, dans le même temps, un investisseur important dans les infrastructures critiques, comme les ports ou encore les réseaux 5G. Selon les États-Unis, cela doit changer. « Nous voulons que les autres pays nous considèrent comme leur partenaire de choix », déclare la NSS, ajoutant que les États-Unis « utiliseront divers moyens » pour « leur rendre plus difficile la coopération avec d'autres ». Deuxièmement, ce plan, appelé « doctrine Donroe » en référence à l'ancienne doctrine Monroe, vise principalement les réserves de matières premières de l'Amérique du Sud, telles que le pétrole du Venezuela et les réserves de lithium de l'Argentine, de la Bolivie et du Chili. Le document stratégique fait référence à plusieurs reprises aux « chaînes d'approvisionnement critiques » : « Le renforcement des chaînes d'approvisionnement critiques dans cet hémisphère réduira les dépendances et augmentera la résilience économique des États-Unis. »6 Cependant, il fait également explicitement référence à l'expansion de la présence militaire en Amérique latine et dans les Caraïbes et à l'intensification de la coopération militaire et en matière d'armement avec les pays de la région – « qu'il s'agisse de la vente d'armes, du partage de renseignements ou de manœuvres conjointes ».
Tout a commencé par l'agression impérialiste contre le Venezuela en janvier de cette année, lorsque, sur ordre de Trump, les troupes US-américaines ont envahi le Venezuela le 3 janvier, tuant des citoyens vénézuéliens et cubains et arrêtant le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse. La doctrine Trump a transformé l'Amérique latine en une sphère d'influence ouverte en actualisant efficacement la doctrine Monroe. La récente intervention militaire au Venezuela s'inscrit dans la continuité logique de cette ligne et doit être comprise comme une tentative impérialiste de rétablir une hiérarchie. En bref, l'intervention au Venezuela n'est pas un incident isolé, mais peut plutôt être considérée comme l'une des étapes de la mise en œuvre de la nouvelle stratégie US-américaine. Cette intervention constituait une atteinte directe à la souveraineté nationale du Venezuela, par laquelle les États-Unis ont violé la Charte des Nations unies et, par conséquent, le droit international. D'ailleurs, Trump a déclaré ouvertement au New York Times qu'il n'avait pas besoin du droit international. Dans le même temps, Trump remodèle le paysage international à son avantage et remet en question les idées fondatrices de l'ONU en concluant un nouveau « pacte de paix » avec les États fidèles aux États-Unis et en créant un « conseil de paix » à Davos.
Géoéconomie et impérialisme
Afin de comprendre les stratégies de « l'empire du chaos » dans la phase actuelle, il semble judicieux de les examiner à travers les concepts de géoéconomie et d'impérialisme. Ces dernières années, la géoéconomie a été l'un des termes les plus fréquemment utilisés pour expliquer la dynamique actuelle du capitalisme mondial. Le commerce, les investissements, la technologie et les flux financiers sont désormais moins déterminés par les signaux du marché que par les priorités géopolitiques. Bien que ce système ne soit pas nouveau, ces instruments sont désormais utilisés ouvertement et systématiquement dans le cadre de stratégies de réorganisation impériale. La géoéconomie est l'utilisation systématique d'instruments économiques et militaires à des fins géopolitiques et stratégiques. Les droits de douane, les sanctions, les restrictions technologiques, le contrôle des flux financiers et la restructuration des chaînes d'approvisionnement constituent les instruments de base de cette boîte à outils. Il est important de noter que ces interventions ne servent pas à « corriger les défaillances du marché », comme le prétendent souvent les approches conventionnelles, mais plutôt à réorganiser l'équilibre international des pouvoirs. La géoéconomie n'est donc pas une décision politique technique, mais un projet politique, visant à assurer une domination de classe. Le terme a été défini pour la première fois dans les années 1990 par le stratège militaire américain Edward Luttwak comme suit : « Ce néologisme décrit le mieux […] le lien entre la logique du conflit et les méthodes du commerce ou, comme l'aurait écrit Carl von Clausewitz, la logique de la guerre dans la grammaire du commerce. »7 Dans ce contexte, il n'est pas possible de séparer la géoéconomie du débat sur l'impérialisme. Ainsi, il est trompeur d'assimiler l'impérialisme uniquement à l'appropriation de terres ou à l'expansion militaire directe. Au sens de Lénine, l'impérialisme se définit par la concentration et la centralisation du capital, la suprématie du capital financier, la primauté des exportations de capitaux sur les exportations de marchandises et la division hiérarchique de l'économie mondiale entre les grandes puissances. Dans ce contexte, l'essence de l'impérialisme réside dans la refonte et la reproduction de la hiérarchie mondiale à un niveau où la logique du capital et la logique nationale s'entremêlent.
Pour en revenir aux récentes discussions du Forum économique mondial de Davos, le rapport sur les risques mondiaux en 20268 qui y a été présenté résume l'évolution de la perception des risques dans le monde au cours des deux dernières années du point de vue des élites dirigeantes. Un tableau du rapport montre que les conflits géoéconomiques ont gagné huit places dans le raking des plus grandes menaces, représentant le risque qui connaît la croissance la plus rapide. Cela montre que dans la phase d'interrègne hégémonique mondial, qui résulte du déclin relatif de l'hégémonie américaine, la lutte pour réorganiser la hiérarchie mondiale se situe désormais ouvertement au centre de l'économie et de la politique mondiales. Cela rejoint les discours tenus notamment par le Premier ministre canadien.
L'essor de la géoéconomie et son inclusion dans l'ordre du jour principal à Davos sont l'un des signes les plus évidents que l'impérialisme opère aujourd'hui à travers les chaînes de valeur mondiales, les régimes technologiques et les sanctions financières. À cet égard, le cœur du problème n'a pas changé. Il s'agit toujours de savoir qui détermine la hiérarchie mondiale et dans quelles conditions. Dans ce contexte, la stratégie des États-Unis est cruciale. Les États-Unis, qui connaissent un déclin relatif en termes de production et de capacité industrielle, conservent néanmoins dans une large mesure leur supériorité financière et militaire. Cette asymétrie incite les États-Unis à redéfinir la hiérarchie mondiale existante face à la montée en puissance toujours plus rapide de la Chine. La redéfinition géoéconomique de la hiérarchie internationale est l'expression conceptuelle de cette stratégie. La doctrine Trump est la manifestation politique la plus claire de cette orientation. Les guerres commerciales, les droits de douane, les restrictions technologiques et les interventions dans les chaînes d'approvisionnement sont utilisés comme une réponse impériale au déclin relatif des États-Unis. En fin de compte, la géoéconomie n'est pas un terme économique technique, mais le nom donné à la forme actuelle que prend l'impérialisme dans un contexte de crise. Le tableau des risques discuté à Davos reflète les efforts des États-Unis pour établir une nouvelle hiérarchie mondiale. Par conséquent, le débat sur la géoéconomie est inévitablement un débat sur l'impérialisme au XXIe siècle.
IMEC et Pax Silica
Dans ce contexte, les développements en Palestine, au Rojava (Kurdistan), au Venezuela, au Groenland et dans d'autres endroits, qui à première vue semblent confrontés à des problèmes différents, sont également liés entre eux. Ce n'est qu'en expliquant ces liens qu'il sera possible de rassembler ces luttes et ces questions dans l'agenda d'une internationale anticapitaliste. Le capitalisme transnational, sous toutes ses formes, est en train de devenir l'acteur politique mondial central dans cette troisième guerre mondiale. Une caractéristique centrale de l'ère financière est l'imbrication croissante de l'économie et de la politique à l'échelle mondiale. Les décisions politiques et économiques locales et nationales sont de plus en plus contrôlées par des forces super-monopolistiques mondiales. Cela s'accompagne de processus prédateurs et extractivistes sur plusieurs fronts : la terre, l'énergie et les minéraux.
Deux initiatives menées principalement par les États-Unis pour minimiser l'influence de la Chine dans la concurrence mondiale sont particulièrement remarquables dans ce contexte. Tout d'abord, le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) annoncé lors du sommet du G20 les 9 et 10 septembre 2023 dans la capitale indienne New Delhi. Les chefs d'État et de gouvernement des États-Unis, de l'Inde, de l'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l'Italie, de l'Allemagne, de la France et de l'UE en tant que confédération d'États ont annoncé la création de ce corridor. L'objectif est de relier l'Eurasie orientale et occidentale, c'est-à-dire l'Inde et l'Europe, via le Moyen-Orient sous la forme d'un nouveau réseau de transport, de pipelines, d'électricité et de câbles de données. Cette décision géostratégique est l'un des facteurs à l'origine de l'escalade des conflits observée au Moyen-Orient depuis l'automne 2023. Elle constitue une réponse à l'initiative chinoise « Belt and Road Initiative » (BRI, également connue sous le nom de « Nouvelle route de la soie »), lancée en 2013 et qui vise à englober 150 pays le long de cinq corridors terrestres et d'un corridor maritime.
Du point de vue du concept de géoéconomie décrit ci-dessus, le projet IMEC n'est pas seulement un projet économique. Il est lié à la mise en place d'une nouvelle architecture de sécurité régionale au Moyen-Orient, dans laquelle Israël joue le rôle de centre hégémonique. Cela permettra de faire avancer la transformation de la région conformément au nouvel ordre mondial, de contrôler les réserves et les nouvelles routes énergétiques, d'assurer la libre circulation des capitaux et de limiter la marge de manœuvre de la Russie et de la Chine. Les « accords d'Abraham » jouent également un rôle central dans la mise en œuvre de l'IMEC. Ceux-ci ont été signés à Washington le 15 septembre 2020 par les représentants d'Israël, des Émirats arabes unis (EAU) et de Bahreïn. Dans ce cadre, les deux États arabes ont accepté de reconnaître Israël et d'établir des relations diplomatiques. L'objectif stratégique est ici de soumettre les États arabes à l'hégémonie israélienne dans la région et d'ouvrir la voie à l'IMEC. Le fait qu'aucun moyen d'action, pas même un génocide, ne sera exclu pour atteindre cet objectif et « ouvrir la voie » est clairement démontré par le génocide perpétré à Gaza par l'armée d'occupation israélienne, qui dure depuis le 7 octobre 2023. Les puissances impliquées dans l'IMEC insistent de toutes leurs forces sur la mise en œuvre de ce projet.
La deuxième initiative est le projet Pax Silica, qui ne peut être compris sans référence au projet IMEC et qui exprime clairement le lien entre le militarisme et l'industrie technologique. Pax Silica est une alliance stratégique lancée en décembre 2025 par le département d'État US-américain afin de sécuriser les chaînes d'approvisionnement en matière d'IA, de semi-conducteurs et de minéraux critiques. Ce projet représente une alliance multinationale des États-Unis contre la Chine dans le domaine de l'IA et vise à sécuriser à la fois la chaîne de valeur de l'économie de l'IA et le leadership technologique des États-Unis et de leurs alliés. Il vise à réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine, à remédier au manque d'accès aux minéraux critiques et à former des coalitions de pays partenaires (Australie, Israël, Japon, Singapour et Corée du Sud) pour l'avenir technologique. Cette course à l'intelligence artificielle est également une extension et une intensification de la rivalité entre les États-Unis et la Chine. Il ne s'agit pas seulement d'une compétition pour la technologie elle-même, qui a de nombreuses implications dangereuses dans le domaine de l'armée, la police et la main-d'œuvre, mais aussi d'une compétition pour les matières premières, l'énergie, les routes commerciales et les nouvelles relations économiques avec les pays afin de se procurer ces matières premières. En d'autres termes, la course à l'intelligence artificielle est également une course à la création et au renouvellement d'alliances économiques internationales. Pax Silica cherche également à s'étendre au Moyen-Orient. Comme pour l'IMEC, Israël est un membre fondateur ou central de cette alliance. Il s'agit d'une initiative stratégique visant à consolider la coopération technologique entre les États-Unis et Israël dans le secteur de l'IA et à préparer le Moyen-Orient aux visées des grandes entreprises technologiques et énergétiques. Israël, en tant que puissance hégémonique régionale, incarne cette stratégie capitaliste et Pax Silica dans la région. Pax Silica est une tentative de présenter le génocide comme un projet d'investissement. Gaza doit être transformée en un lieu d'investissement et faire partie de ce projet.
La bataille des idées
Des projets tels que ceux-ci mettent en évidence les liens entre les pratiques génocidaires, impérialistes et extractivistes et les menaces qui pèsent sur la Palestine, le Rojava, le Groenland et diverses régions d'Amérique latine. Les attaques contre le Rojava, qui ont commencé au début du mois de janvier de cette année dans le but de détruire le modèle d'autonomie démocratique, s'inscrivaient également dans un plan international. Il s'agissait d'une stratégie visant à unifier l'État-nation syrien, à liquider toutes les dynamiques de résistance et à les forcer à s'intégrer au régime, pour finalement persuader la Syrie de rejoindre les accords d'Abraham. Le Rojava incarne le contraire des projets hégémoniques de la modernité capitaliste décrits ci-dessus et représente une véritable alternative au système autoritaire et capitaliste. L'idée derrière le modèle social du Rojava n'est pas seulement de combattre les « symptômes de la maladie », mais de s'attaquer aux causes systémiques.
Dans cette phase de dissolution de la modernité capitaliste et de crise structurelle, il existe une possibilité à la fois d'offensives et de développements démocratiques, mais aussi de développements totalitaires-fascistes. Nous nous trouvons dans une période historique où tant les élites dirigeantes que les sociétés remettent profondément en question l'ordre mondial existant, et c'est du degré d'organisation des forces démocratiques et des méthodes, formes d'action et modèles d'organisation sociale appropriés que dépendra la capacité à exploiter le potentiel d'un réveil démocratique. En cette période de chaos, les mouvements démocratiques et égalitaires peuvent, à petits pas efficaces, construire en peu de temps quelque chose qui déterminera l'avenir à long terme. La révolution au Rojava en est un exemple concret et, avec son paradigme de modernité démocratique et de socialisme démocratique, elle ouvre de nouvelles perspectives pour les luttes sociales et le développement d'un ordre social plus juste. Dans ce processus de réorganisation mondiale, il est particulièrement crucial de disposer de concepts idéologiques et politiques convaincants et de solutions viables afin d'avoir une chance réelle d'exercer une influence dans ce chaos.
Pour comprendre à quel point l'empire du chaos craint ces idées, ces discussions et ces pratiques sur les alternatives au système capitaliste existant et tente de les étouffer dans l'œuf, il suffit de regarder les derniers mois.
Malgré le slogan de « la fin de l'histoire et des idéologies », la puissance hégémonique de la modernité capitaliste, les États-Unis, a jugé nécessaire de proclamer la « Semaine de l'anticommunisme »9 l'année dernière, près de 180 ans après la publication du Manifeste communiste de Karl Marx et Friedrich Engels au début de 1848 et plus de 35 ans après l'effondrement de l'Union soviétique et du socialisme réel. Le 7 novembre 2025, jour anniversaire de la révolution socialiste de 1917 en Russie, la Maison Blanche a publié une déclaration proclamant la semaine du 2 au 8 novembre « Semaine de l'anticommunisme ». Le document présente le socialisme comme une menace pour « la foi, la liberté et la prospérité » et met en garde contre les « nouvelles voix » qui répètent prétendument « les vieux mensonges ». Ce faisant, il déclare une fois de plus la guerre à l'idée du socialisme, qu'il avait lui-même déclarée morte. Derrière toute l'assurance du système se cache la peur évidente de la classe et caste dirigeantes face à l'opposition croissante au capitalisme et à l'idée du socialisme, qui insuffle une pensée libre et révolutionnaire dans les sociétés. Le contexte politique immédiat de la déclaration de la Maison Blanche est l'élection municipale à New York, au cours de laquelle plus d'un million de personnes ont voté pour Zohran Mamdani, un « socialiste démocratique » autoproclamé. La « semaine de l'anticommunisme » a été antidatée pour inclure le jour des élections, le 4 novembre, et met sévèrement en garde contre ceux qui « se camouflent derrière les termes de « justice sociale » et de « socialisme démocratique ». Cette hystérie découle du fait que l'opposition au capitalisme se développe rapidement à l'échelle internationale et s'exprime sous diverses formes : les manifestations de masse « No Kings » du 18 octobre, le rejet massif à l'échelle mondiale du génocide israélien à Gaza et les manifestations de la « génération Z » en Afrique et en Asie. Les sondages montrent que 67 % des jeunes aux États-Unis, le centre absolu de la modernité capitaliste, ont une attitude positive ou neutre à l'égard du socialisme, tandis que seulement 40 % sont favorables au capitalisme.
Nous assistons donc également à une attaque idéologique contre les idées qui représentent des alternatives possibles à la modernité capitaliste, en particulier l'idée du socialisme démocratique. Les menaces et les sanctions actuelles contre Cuba doivent également être comprises dans ce contexte. Le président étatsunien Trump a ouvertement déclaré son objectif de renverser le gouvernement socialiste de La Havane. L'attaque impérialiste contre le Venezuela peut également être considérée comme un coup porté à l'un des derniers bastions du socialisme réel sur le continent. Le message adressé à l'hémisphère est clair : tout projet politique qui remet en cause la politique étrangère américaine, même si ce n'est que de manière rhétorique, sera confronté à une pression directe et systématiquement déstabilisé. Tous les projets progressistes qui s'opposent à l'impérialisme américain sont déclarés comme des cibles. Dans ce contexte, le classement de le mouvement Antifa aux États-Unis, ainsi que de groupes de gauche en Allemagne, en Italie et en Grèce, comme « organisations terroristes »10 peut être cité comme un autre exemple de la tentative du gouvernement US-américain d'interdire les idées de gauche. Les attaques de Trump contre le mouvement Antifa visent à diffamer tout ce qui se trouve à sa gauche en le qualifiant de terroriste et, surtout, à diffamer le vaste mouvement antiraciste qui s'est formé à l'échelle nationale après le meurtre de George Floyd par la police il y a quelques années, en le qualifiant de destructeur, violent et chaotique.
Les élites au pouvoir ont ouvertement déclaré que nous étions en pleine bataille idéologique à la suite de la vague mondiale de solidarité avec la Palestine. Lorsque les manifestations pro-palestiniennes se sont étendues aux universités US-américaines et ont conduit à des occupations, les étudiants et les enseignants protestataires exigeant que les universités retirent inves leurs tissements des entreprises étatsuniennes impliquées dans le génocide, cela a constitué une menace directe pour les intérêts du capital transnational et de leur classe. C'est un groupe de multimillionnaires et de milliardaires qui a donné instruction au maire de New York, Eric Adams, d'envoyer la police prendre d'assaut l'université Columbia et d'autres campus de la ville. Le PDG de Palantir, Alex Karp, a clairement indiqué l'importance des enjeux, du point de vue de ces classes capitalistes transnationales, dans les manifestations. Palantir, une entreprise de haute technologie d'une valeur d'un milliard de dollars basée dans la Silicon Valley, a signé un accord avec le ministère israélien de la Défense au début de l'année 2024 afin de fournir aux forces armées israéliennes l'intelligence artificielle et d'autres technologies numériques qui ont été utilisées dans le génocide à Gaza. « Les manifestations sur les campus ne sont pas une question secondaire. Elles sont la question principale », a déclaré Karp. « Si nous perdons la bataille intellectuelle, nous ne pourrons plus jamais lever une armée en Occident. »11
Le socialisme démocratique du XXIe siècle
Trump a clairement indiqué où se trouve le principal ennemi des dirigeants en déclarant que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) devait être considéré comme plus dangereux que l'État islamique (EI)12 . Ici aussi, le PKK représente un mouvement socialiste qui, contrairement au discours de la « fin de l'histoire » dans les années 1990 et au fait que beaucoup se sont détournés du socialisme à cette époque, a déclaré : « Insister sur le socialisme, c'est insister sur l'humanité ». La lutte du mouvement de libération et sa vision d'un Moyen-Orient démocratique et confédéral remettent directement en cause le programme de la modernité capitaliste et sont donc définis par Trump comme une menace. C'est la raison sous-jacente de l'agression contre la révolution du Rojava en particulier et le mouvement de libération du Kurdistan en général.
Dans cette bataille idéologique actuelle, le leader intellectuel kurde Abdullah Öcalan critique également la répétition dogmatique des théories du XIXe ou du début du XXe siècle et l'adhésion rigide à des formules qui ne sont plus pertinentes dans le contexte des conditions sociales actuelles. Il souligne donc la nécessité de reconstruire le socialisme dans un sens philosophique, idéologique et organisationnel et prône un socialisme démocratique du XXIe siècle en résistance à la modernité capitaliste : « L'histoire du socialisme réel au XXe siècle montre que son échec était également fondé sur une incompréhension de cette dialectique : le socialisme centré sur l'État, qui voulait prendre le contrôle de l'État, a finalement été absorbé par celui-ci. Le droit des peuples à l'autodétermination a été réduit à l'État-nation, ce qui constitue un retour en arrière dans la logique de la politique bourgeoise. Le concept d' ‘État-nation prolétarien' ne faisait que reproduire la pensée centrée sur l'État. C'est pourquoi je dis : le socialisme de l'État-nation mène à la défaite, tandis que le socialisme de la société démocratique mène à la victoire. Aujourd'hui, le moment est venu d'avancer vers l'émancipation démocratique sur la base du socialisme de la société démocratique. »13
Alors que le monde tel que nous le connaissons s'effondre, il est crucial que les forces antisystémiques et démocratiques comprennent le monde d'une manière internationaliste, s'organisent en conséquence et agissent en conséquence. Dans un premier temps, cela signifie se détacher des récits qui font passer nos expériences pour uniques et créer davantage de cadres dans lesquels les similitudes et les liens sont mis en évidence. Comme nous l'avons vu, la troisième guerre mondiale s'intensifie chaque jour sous différentes formes dans de nouveaux endroits. Parfois, la diplomatie s'intensifie, parfois la violence ; l'agenda continuera d'être façonné par de multiples crises. Les priorités sur les différents scènes de la crise changeront, mais la guerre dans son ensemble sera menée sur de nombreux fronts. En revanche, les troubles qui secouent depuis 2010 un grand nombre de pays sur différents continents montrent que les peuples, les travailleurs, les jeunes et les femmes s'unissent autour de revendications communes. Tous ces développements rendent nécessaire un mouvement internationaliste organisé et créent en même temps une base concrète pour son émergence.
Ce texte a été rédigé avant la récente attaque d'Israël et des États-Unis contre l'Iran.
1 Antonio Gramsci, Selections from the Prison Notebooks, édité et traduit par Quintin Hoare & Geoffrey Nowell Smith, Londres : Lawrence & Wishart, 1971, p. 276.
3 Öcalan, Abdullah. Au-delà de l'État, du pouvoir et de la violence, pp. 207-208.
4 Ebd.
5 Les chemises noires (en italien : camicie nere) étaient le nom initialement officieux, puis officiel, donné aux membres des milices paramilitaires fascistes italiennes.
6 https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf
7 De la géopolitique à la géoéconomie : logique du conflit, grammaire du commerce, Edward N. Luttwak, Journal : The National Interest
8 https://reports.weforum.org/docs/WEF_Global_Risks_Report_2026.pdf
9 https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/11/anti-communism-week-2025/
10 https://www.tagesschau.de/ausland/amerika/usa-trump-ost-antifa-terror-100.html
11 https://www.youtube.com/watch?v=E1schQrqJFU
12 https://www.zeit.de/politik/ausland/2019-10/us-praesident-donald-trump-pkk-terrormiliz
13 https://english.anf-news.{{com/features/-82521}
publication originale :
Lecture Bataille idéologique – Résistance internationaliste contre l'empire du chaos
COMMUNIQUÉ DE CADRE CAGOULE — 25/08
L'Europe veut présenter le Maroc comme un pays sûr. Un pays paisible. Un pays stable. Un pays vers lequel on pourrait renvoyer des personnes sans même leur demander pourquoi elles l'ont fui.
Mais à Ceuta, nous avons vu une autre réalité.
Depuis le 30 juillet, des milliers de Marocaines et de Marocains sont entrés à Ceuta. Pendant plus de vingt jours, nos frères et sœurs harragas ont affronté la faim, les chasses à l'homme, les coups, les humiliations ainsi que les violences physiques et psychologiques. De la part de la police, de la Guardia Civil, de l'armée, des fascistes de Ceuta et de l'État. Et malgré tout, les harragas ont résisté. Parce qu'ils savent mieux que quiconque ce qu'ils cherchent à fuir.
Le Maroc du football, de la télévision, de YouTube, de la publicité et du tourisme n'est pas le Maroc dans lequel vivent les Marocains. La réalité, c'est une fille de neuf ans qui traverse une frontière à la nage pour quitter le Maroc. La réalité, ce sont des mineurs qui quittent leur foyer et entrent dans la mer parce que l'avenir les terrifie. Des filles qui partent parce qu'elles ne sont pas en sécurité. Des mères qui traversent avec leurs enfants parce qu'elles craignent la faim et un avenir inconnu. Des jeunes femmes et des jeunes hommes qui grandissent dans un pays devenu une prison géante. Humiliation. Peur. Répression. Torture. Ignorance imposée.
Et l'Europe appelle cela : « SAFE ». La démocratie est-elle un droit pour tout le monde, ou seulement pour celles et ceux qui possèdent un passeport rouge ou une peau blanche ? Le colonialisme a-t-il pris fin ? Ou a-t-il simplement changé de visage ? L'Europe veut que la pauvreté, la faim et l'humiliation au Maroc paraissent naturelles. Comme si la pauvreté était tombée du ciel. Comme si la répression n'avait aucun auteur. Comme si des personnes avaient simplement décidé, un matin, de se jeter à la mer. L'Europe refuse de considérer la pauvreté dans son contexte politique. Parce que dès que la pauvreté devient politique, quelqu'un doit en répondre.
L'Union européenne ferme les yeux sur les crimes des dictatures africaines lorsque ses intérêts sont protégés. Dans le même temps, elle finance des frontières qui tuent, frappent, traquent et emprisonnent celles et ceux qui fuient : LA PAUVRETÉ. LA GUERRE. LE FASCISME. LA RÉPRESSION.
L'Europe protège les régimes que les personnes tentent de fuir, puis criminalise celles et ceux qui leur échappent. Au Maroc, le salaire minimum se situe autour de 3 000 dirhams. Tu travailles toute la journée. Le loyer engloutit la majeure partie de ton salaire. Pendant ce temps, des entreprises et des investissements européens profitent d'une main-d'œuvre bon marché et d'un système politique qui leur garantit un mot sacré : « STABILITÉ ».
La stabilité pour le capital. Le silence pour tous les autres. L'Union européenne ignore-t-elle réellement la situation sociale au Maroc ? Ignore-t-elle ce que les personnes gagnent, le prix des loyers et le coût de la survie ? Ses analystes sont-ils véritablement aussi incompétents ? Ou l'Europe sait-elle exactement ce qui se passe ? Peut-être que la dictature ne devient un problème que lorsqu'elle cesse de servir les intérêts européens.
Le colonialisme n'est pas seulement un drapeau planté sur une terre. Le colonialisme, c'est aussi : Qui décide de la valeur de ton travail. Qui profite de ta pauvreté. Qui arme les frontières qui te maintiennent enfermé. Qui décide des endroits où ton corps a le droit de se déplacer. Qui attend de toi que tu travailles pour presque rien et que tu meures en silence si tu refuses.
Les harragas ne sont pas une main-d'œuvre bon marché attendant d'être exploitée. Ce sont des travailleuses et des travailleurs libres. Ils revendiquent le droit de travailler dans la dignité. Le droit de vivre dans la dignité. Travailler douze heures par jour pour 300 euros par mois, pendant que 200 euros disparaissent dans le loyer, ce n'est pas la dignité. Il faut appeler cela par son nom : de l'esclavage économique.
À Ceuta, les harragas ne demandaient pas de nourriture. Leur slogan dans les rues était clair :
« ASILO, ASILO, NO COMIDA. »
L'ASILE. PAS LA NOURRITURE.
Parce que nous savons partager la nourriture. Nous venons d'Afrique. Même lorsque la vie est difficile, nous apprenons à partager entre nous le peu que nous possédons. Ils ne demandaient pas à l'Europe de les nourrir. Ils exigeaient que l'Europe cesse de leur refuser le droit d'exister ici. Ils fuient la pauvreté. Mais la pauvreté n'est pas une fatalité. La pauvreté devient un crime politique lorsqu'un État la produit, l'entretient, puis punit celles et ceux qui tentent de lui échapper.
Ils traversent pour fuir l'humiliation. Pour fuir la peur. Pour fuir l'esclavage. Ils ont traversé pour travailler. Pour vivre. Pour reprendre un avenir qui leur avait été refusé.
S'il existe un colonisateur, c'est l'État qui a tué Sankara et condamné El Khattabi à l'exil. S'il existe un criminel, c'est l'État qui a transformé le Maroc en prison géante et appris à ses enfants à le craindre. Le crime n'est pas de franchir une frontière. Le crime, c'est de construire un monde dans lequel un enfant doit traverser la mer pour pouvoir imaginer un avenir.
À Ceuta, les harragas n'ont pas demandé la pitié. Ils se sont organisés. Ils ont résisté. Ils ont occupé les rues. Et ils ont exigé trois choses : LIBERTÉ. DIGNITÉ. JUSTICE.
Ce ne sont pas des privilèges européens. CE SONT DES DROITS.
Texte d'appel à un contre-congrès massif et déter à Orléans (village et manifestation anti-fascistes) et à des réunions publiques partout pour des transports collectifs vers Orléans.
Et résumé de la dernière réunion publique de la plateforme anti-fasciste Ciao Fachos.
PAS DE CONGRÈS POUR LE RN !
Les 24 et 25 octobre, le RN prévoit son congrès à Orléans, avec son meeting de lancement de campagne le 25. Des bus partiront de partout en France pour une démonstration de force du premier parti fasciste de France.
A chaque fois que le FN/RN remporte des victoires médiatiques ou politiques, il se normalise comme force politique et ses idées gagnent du terrain, en témoigne la loi "permis de tuer" pour la police et gendarmerie votée cet été. Ce parti alimente surtout la violence raciste, comme en juin dernier, dans une discothèque à Rodez, où on a entendu : « Marine au pouvoir, les Arabes à l'abattoir. »
Face aux dangers du fascisme, notre réponse doit être déterminée et massive.
Les manifestations qui ont eu lieu en juillet contre le congrès de l'AfD, parti fasciste allemand, ont rassemblé 20000 manifestant.e.s et doivent nous donner confiance : partout dans le monde, nous sommes la majorité ! Ensemble, nous pouvons infliger une lourde défaite au RN.
Plusieurs initiatives antifascistes sont en train de s'organiser à Orléans, notamment avec un village antifasciste le 24 et une manifestation nationale en direction du meeting le 25. Début septembre il y aura une réunion nationale inter-organisations pour finaliser toustes ensemble l'organisation de ce week-end de mobilisation antifasciste nationale.
Nous appelons aussi toutes les organisations qui le souhaitent à organiser des campagnes dans leurs quartiers, leurs villes et leurs villages pour appeler à manifester le 25 octobre à Orléans contre le meeting du RN.
Au sein de la plateforme Ciao Fachos, nous travaillons sur un kit de mobilisation (argumentaire, tract, affiche...) pour les accompagner.
Rejoignez-nous !
Tractages, collages, réunions publiques, transports collectifs, soirées de récoltes de fonds : soyons partout, et profitons-en pour empêcher le RN de tracter sur nos marchés et coller sur nos murs.
PAS DE CAMPAGNE ET PAS DE CONGRÈS POUR LES RACISTES !
Signataires :
AcaaB (Action citoyenne antiraciste antifasciste Beaucaire), AFA Annemasse, AG anti fasciste 72, Alternatiba Orléans, Amaars (Assemblée Morbihan (Est) Antifasciste Antiraciste Rurale et Solidaire), ATTAC 45, Ciao Fachos, Collectif antifasciste Orléans, Collectif antifasciste Paris 20e, Contrevents (Côtes d'Armor), CRAAAME (Collectif Rêvolutionnaire Autonome Anarchiste Anti-fasciste du Mans et des Environs), G.E.L 72 (Groupe Étudiant Libertaire Sarthe), Gentilly Antifasciste Antiraciste, GRIF (Groupe Radical Intersectionnel Féministe) Orléans, ORA (Orléans Riposte Antifasciste), Organisation de Solidarité Trans (OST), OST Orléans, Riposte Antifasciste Marseille, Riposte Populaire, Soulèvements de la Terre Orléans, Sound of Sudan, Suresnes Antifa Antiraciste, TAF (Tours AntiFasciste)
Texte alternatif décrivant l'affiche :
Visuel avec gros message "Pas de congrès pour le RN"
On voit une foule de bras qui font des siamo tutti antifascisti
Deux pancartes "Orléans 24 - 25/10" et "mobilisations antifa"
Des drapeaux antifasciste, LGBTQIA+ et palestinien sont brandis
RÉSUMÉ DE LA RÉUNION PUBLIQUE DU 6 AOÛT DE LA PLATEFORME ANTI-FASCISTE CIAO FACHOS
Une participation massive !
70 participant·e·s, 33 organisations, dont 5 d'Orléans / du Loiret et 3 organisations nationales (VISA, ASSO Solidaires, Solidaires étudiant·e·s)
Et ça début août, une franche réussite qui annonce d'importantes victoires (et défaites pour les fascistes !)
Préparation inter-orga
Après avoir présenté pourquoi c'est important et vital de s'opposer au Rassemblement Nazional, nous avons présenté la situation du congrès / meeting du RN à Orléans et d'où en est la préparation de la mobilisation anti-fasciste nationale !
Nous avons discuté stratégie et amendé une proposition de visuel d'appel à se mobiliser les 24 et 25 octobre à Orléans depuis partout.
Continuons à préparer la défaite du RN !
Ensemble nous avons décidé de créer des groupes inter-orga pour organiser
Coordonnons toutes les échelles locales et globales
Dans chaque ville et village, nous avons besoin de faire des réunions publiques pour présenter les enjeux majeurs du contre-congrès, organiser des transports collectifs et récolter de l'argent pour les financer !
Se mobiliser localement en assemblées publiques et en inter-orga, pour s'opposer au congrès et au 1er meeting du RN à Orléans c'est monter en puissance pour s'opposer localement aux réunions, tractages, collages du RN.
Prochaines réunions
Le 1er septembre il y aura une réunion inter-orga unitaire nationale pour se coordonner sur les actions des 24 et 25 octobre à Orléans (village et manifestation anti-fascistes). Pour que votre orga y participe vous pouvez nous contacter !
La prochaine réunion publique de Ciao Fachos, pour informer des avancements de cette mobilisation nationale et pour donner des outils de mobilisation locale, sera le Dimanche 6 Septembre à 18h30 en visio via ce lien : https://bbb.faimaison.net/rooms/xb9-1lb-jdo-kts/join
Texte alternatif décrivant le visuel :
Dix-neuvième congrès du RN. Orléans 24 et 25 octobre 2026.
Détournement du visuel du RN, en barrant les visages de Jordan Bardella et Marine Le Pen et en remplaçant "victoire" par "défaite" dans leur slogan, ce qui donne : « Une nouvelle étape vers la défaite de 2027 ! ».
Résumé de la réunion publique du 6 août.
Ciao Fachos.
OUTILS DE COMMUNICATION DE LA PLATEFORME ANTI-FASCISTE CIAO FACHOS
Nous vous invitons vivement à partager ces informations partout, à nous rejoindre et à participer au contre-congrès de multiples manières possibles !
CIAO FACHOS
Depuis 25 ans, « Autistici/Inventati » héberge une série de services numériques, tels que des boîtes mail non commerciales (@autistici.org, @inventati.org), des listes de diffusion utilisées par des collectifs, des associations et des centres sociaux, ainsi que des blogs d'information ou de communication gérés par des milliers d'entités (noblogs). Le mercredi 26 août 2026, nous avons appris que le gouvernement des États-Unis avait décidé d'inscrire ce petit collectif de bénévoles et de militants numériques italiens sur la liste des organisations terroristes mondiales passibles de sanctions.
Voici le communiqué du collectif Autistici/Inventati : https://cavallette.noblogs.org/2026/08/10076
DÉCLARATION DU COLLECTIF A/I SUR LES SANCTIONS IMPOSÉES PAR LE GOUVERNEMENT AMÉRICAIN À SON ÉGARD
Nous avons appris aujourd'hui que le gouvernement des États-Unis a décidé d'inscrire un petit collectif de bénévoles et de militants numériques italiens sur la liste des organisations terroristes mondiales passibles de sanctions, comme on peut le lire dans les déclarations du Département du Trésor, dans celles du Département d'État et dans le décret exécutif correspondant.
Nous rejetons catégoriquement toutes les accusations formulées dans ces déclarations et, dans le même temps, nous réaffirmons avec force notre engagement à fournir une plateforme d'outils d'autodéfense numérique afin de permettre aux militant·e·s, aux particuliers, aux groupes et aux associations de communiquer librement.
Nous ne nous arrêterons pas et continuerons à faire ce que nous avons toujours fait, en nous opposant par tous les moyens aux fausses accusations montées de toutes pièces par une administration politiquement désespérée dont le seul but est de détourner l'attention des gens et des médias de sa propre violence et de son désir de guerre.
L'antifascisme et l'anticapitalisme ne sont pas du terrorisme. Manifester n'est pas du terrorisme. Et tout le monde a le droit de prendre la parole et de lutter pour l'humanité tout entière.
Collettivo Autistici / Inventati — “Socializzare saperi senza fondare poteri”
Stay human
Communiqué de Free All Antifas - Italie : https://freeallantifas.noblogs.org/attacco-al-collettivo-autistici-inventati/
ATTAQUE CONTRE LE COLLECTIF « AUTISTICI/INVENTATI »
Le 26 août, le gouvernement des États-Unis a inscrit « Autistici/Inventati » sur la liste des « Specially Designated Global Terrorists », en application du décret présidentiel n° 13224, le désignant comme une organisation terroriste mondiale.
Une décision qui s'inscrit dans la continuité de la politique de l'administration Trump, qui avait déjà désigné Antifa comme organisation terroriste en 2025. L'invention de cette prétendue organisation est un stratagème visant à créer un ennemi intérieur, afin de délégitimer la dissidence et de criminaliser l'antifascisme.
Dans ce contexte, A/I est également visé, en tant que nœud technologique utilisé par les réseaux antifascistes, qui offre des outils d'autodéfense numérique et de libre communication. Outre A/I, Palestine Action et Masar Badil ont également été visés.
Il ne s'agit pas d'un épisode isolé. Du procès de Budapest aux poursuites contre les antifascistes, en passant par les recours au mandat d'arrêt européen et la fermeture de certains comptes bancaires de la caisse de solidarité Rote Hilfe, nous observons différents dispositifs qui produisent le même effet : délégitimer l'antifascisme et criminaliser la dissidence.
Le fil rouge qui les relie est la tentative d'isoler celles et ceux qui luttent, de s'attaquer aux outils d'organisation et de briser les liens de solidarité.
C'est pourquoi le soutien et la défense d'Autistici/Inventati nous concernent toutes et tous. Défendre les espaces autonomes de communication et de dissidence, c'est défendre la possibilité de construire la solidarité.
Free All Antifas - Italie
MISES À JOUR ET INSTRUCTIONS POUR ACCÉDER À LA BOÎTE MAIL
Hier soir, on a commencé à constater certaines conséquences de cette inscription, car une partie des services ne répondent plus : par exemple, en tapant www.autistici.org, le site semble inaccessible. Le blog du collectif sur https://cavallette.noblogs.org/ est mis à jour avec les communiqués officiels, tandis que sur Mastodon, cavallette (@cavallette@mastodon.bida.im) – Mastodon Bida.im a publié les instructions pour continuer à accéder à la boîte mail (uniquement pour consulter les messages archivés, pour l'instant, et non pour recevoir ou envoyer de nouveaux e-mails). Nous vous les reproduisons ci-dessous :
1. Si vous disposez d'une adresse e-mail @autistici.org, nous transférons actuellement votre boîte mail vers un nouveau domaine (des mises à jour suivront). En attendant, vous ne pourrez ni envoyer ni recevoir de nouveaux e-mails, mais vous pourrez tout de même accéder à votre compte. Une fois connecté, vous y trouverez l'intégralité de vos e-mails archivés.
2. Pour les adresses sur d'autres domaines :
– Utilisez la messagerie web : rendez-vous sur notre page d'accueil à l'adresse https://www.inventati.org, cliquez sur « Connexion » en haut à gauche et saisissez votre nom d'utilisateur et votre mot de passe.
– Pour les clients de messagerie, modifiez l'adresse du serveur : de mail.autistici.org à mail.inventati.org (courrier entrant) / de smtp.autistici.org à smtp.inventati.org (courrier sortant).
Discussion sur les espace de sociabilité pd
Salut, les pedales
Vous êtes invité au goûter pd
Mais qu'est-ce que sait le goûter pd ?
Un moment de sociabilité entre pedale où on voudrait parler de ce qui nous traverse nous en tant que pd (nos rapport a la sexualité, aux genre a la drogue aux autres pedale …)
A terme on aimerait bien que se soit un moment récurant pour se retrouver, se rencontrer et peut être même faire autre chose que parler ( projection dessin jeux lecture …)
Discussion sur les espace pd
Pour cette première édition on s'est dit d'avoir une discussion sur les espace de sociabilité pd (asso,bar soirée). De se qu'on aime ou pas dedans, de se qu'il crée de cool mais aussi nul,De si on a envie d'y être ou pas, De notre rapport a comment on se sent dedans …
Mais c'est quoi un pd ?
Bonne question Dylan, un pd c'est une personne qui se reconnaît plus ou moin dans des expériences de vie pd (donc si tu demande est-ce que je suis pd, moi je pense que tu l'es un peu …)
Rapport à la conss
on voudrait essayer de pas insisté a la conso drogue et de pas basé notre sociabilité la dessus mais aussi on veut pas être stigmatisant et donc à chacune de faire comme il veut/peut
Voilà tu peut ramener des boissons et des truck a grignoter (vegan)
On se donne rdv aux parc du 26 centenaire a côté du lac assécher
Dimanche 27 septembre a 15h
La prison est-elle vraiment la réponse ?
Et si on imaginait autre chose ?
📅 Du 17 au 27 septembre 2026
📍 Avignon
Le collectif Crève la Taule 84 propose une série de rencontres, discussions et événements pour questionner la prison, ses effets et la société qui la produit.
Que vous soyez proches de personnes incarcérées, déjà engagé·es sur ces questions, ou simplement curieux·ses d'en savoir plus, venez découvrir d'autres façons de penser la justice, les violences, la punition et le vivre-ensemble.
Parce que derrière les murs, il y a des vies, des familles et des questions qui nous concernent toutes et tous.
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Dans le Vaucluse, Crève la taule 84 lutte contre la prison et contre la société qui l'engendre. Né il y a plus de vingt ans lors de la construction de la prison du Pontet, le collectif s'est remobilisé face au projet d'une nouvelle prison à Entraigues-sur-la-Sorgue.
Il soutient les proches de prisonnier·es, notamment à travers l'émission V'la la Gamelle sur Radio Aïoli, et organise des temps de réflexion sur l'abolition des prisons.
En France, la population détenue a augmenté de 139 % depuis 1980, atteignant 86 100 personnes en janvier 2026.
Surpopulation, insalubrité, violences, maladies et suicides marquent le quotidien carcéral.
Malgré les condamnations répétées de la France par la justice européenne, l'État continue de construire des prisons et de durcir sa politique pénale.
La prison punit, désocialise, détruit des liens et frappe en priorité les personnes les plus précaires et marginalisées.
Loin de réduire les violences, l'enfermement peut les aggraver et favoriser la récidive.
Alors pourquoi continuons-nous à croire qu'il nous protège ?
Parce que l'insécurité est devenue un outil politique : on désigne des menaces, on construit des ennemis et on présente la punition comme une évidence.
On transforme ainsi des problèmes sociaux en responsabilités individuelles.
Crève la taule 84 refuse cette logique. Nous ne voulons pas répondre à la haine par la cage, la matraque et l'humiliation, mais par la solidarité, l'organisation et les idées.
Nous sommes abolitionnistes parce que nous refusons la domination et la violence institutionnelle. L'abolition n'est pas un rêve : c'est la nécessité d'imaginer et de construire d'autres façons de prévenir les violences, de réparer les torts et de vivre ensemble.
La prison est inutile et néfaste.
L'insécurité imaginaire.
La révolution possible.
L'abolition nécessaire.
crevelataule84@riseup.net
Le gouvernement allemand fait face à un mouvement antimilitariste de plus en plus puissant, qui multiplie les actions.
L’article Antimilitarisme en Allemagne : actions de blocage d’un centre de recrutement de l’armée à Cologne et d’un site d’armement à Bonn est apparu en premier sur Contre Attaque.
«C’est la grandeur du service public que d’être pluraliste», je veux «des gens qui ne pensent pas la même chose» ose Sybile Veil, qui a purgé France Inter
L’article Insolite : elle a viré Guillaume Meurice mais défend le «pluralisme» pour recruter un militant d’extrême droite est apparu en premier sur Contre Attaque.
Nous vous proposons une mise-en-causeries de nos échos.
Bienvenue à tout le monde !
Proposition : Ramenez un objet dont vous pouvez vous séparer qui symbolise vos relations au Genre (ou plusieurs si vous le souhaitez)
De la part d'Expansive : Cette proposition semble floue et c'est assumé, on vous invite donc à aller découvrir, vous serez surement surpris.es ! La causerie se définiera en fonction des volontés des participantEs.
Si tu as envie de paillettes et d'émulsion collective autour du Drag mais que tu ne sais pas trop par où commencer, rejoins-nous du 25 au 27 septembre à Fougères pour un Stage d'initiation au DRAG. Un stage en auto-gestion et à prix libre.
Salut à toustes !
Notre joyeuse équipe de Drag Queers à le plaisir de vous inviter à notre ✨ Stage d'initiation au DRAG ✨ qui se déroulera du 25 au 27 septembre à Fougères !
C'est un stage en auto-gestion à prix libre, aucune obligation de participer à toutes les activités et il y aura aussi des événements ouverts à toustes (participantEs ou non) comme la Boom Queer 🪩 le vendredi 25 septembre à 20h ! On espère vous y voir nombreuxSES pour s'enjailler ensemble !
On est trop hypéEs et on espère que toi aussi ! N'hésite pas à nous contacter pour toute question à badamlums@proton.me ou sur insta à @smoothie.fugero.
Informations pratiques :
Tous les évènements seront à prix libre, si tu penses donner prévois des espèces :)
Les fonds récoltés serviront à rémunérer ausi justement que possible les artistes, financer les repas, le matériel, et le lieu.
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Programme :
VENDREDI
19-20h : Accueil convivial, dispatch hébergements
20h : BOOM QUEER (en mixité)
SAMEDI
14h : Théorie et pratique : se créer un personnage Drag (animé par @moon.e_mr.nobody et @smoothie.fugero)
20h : Soirée ciné-pizza-pyjama
DIMANCHE
14h : Atelier "Choisir et préparer une performance Drag" (animé par @smoothie.fugero)
18h : Restitution public choisi (famille, proches) : AUCUNE OBLIGATION DE PARTICIPER
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Lieu accessible PMR
Dans le cadre d'une semaine d'action pour Gino et tous.tes les antifascistes ciblé.es par la répression, rassemblement le 6 septembre au Vieux-Port à 18h. Des camarades du comité Budapest, du Secours Rouge Toulouse et de SAVE interviendront.}} Ateliers de soutien prévus sur place.
Le 19/08 la cour d'appel de Paris a émis un avis favorable à l'extradition vers l'Allemagne de notre camarade Gino. Comme de nombreux.ses antifascistes à travers toute l'Europe, il est pourchassé par la Hongrie, accusé d'avoir participé à une action contre la manifestation néo-nazie du Jour de l'Honneur à Budapest en février 2023.
Alors que la France avait refusé de le livrer à la Hongrie d'Orban, c'est l'Allemagne qui réclame à son tour une extradition. La même Allemagne qui a illégalement déporté Maja, retenu.e à Budapest depuis 2 ans dans des conditions indignes. En Allemagne, Gino encourt jusqu'à 10 ans de prison mais surtout de connaitre le même sort que Maja...
L'Affaire de Budapest est un procès politique dans un contexte où les organisations antifascistes sont considérées comme terroristes en Hongrie ou comme criminelles en Allemagne. La justice française, avec cette décision, joue pleinement leur jeu. Derrière Gino, Zaid, Maja et tous les autres, c'est l'antifascisme tout entier qui est attaqué. Nous devons être à la hauteur.
Nous avons peu de temps. Gino a fait appel devant la Cour de cassation. Jusqu'à ce jugement, saisissons chaque opportunité de faire vivre le soutien. Montrons que derrière nos camarades il y a un mouvement. Un mouvement large, un mouvement fort, un mouvement organisé et surtout un mouvement qui ne se laissera pas intimider.
La répression est la meilleure arme des états bourgeois et des régimes fascistes. Ils veulent nous isoler, nous diviser. Tirons notre force de leurs attaques : mobilisons nous, organisons nous.
Dans le cadre d'une semaine d'action pour Gino et tous.tes les antifascistes ciblé.es par la répression, rassemblons-nous dimanche à 18h au Vieux Port. Des camarades du comité Budapest, du Secours Rouge Toulouse et de SAVE interviendront. Ateliers de soutien prévus sur place.
FREE GINO, FREE THEM ALL !
Signataires : Comité antifasciste du 4eme, Antifa Social Club Marseille, Assemblea per il 25 aprile, Riposte Antifasciste, Afroqueer RevolutionR, UPM, Tsedek !, Stop Aux Violences d'Etat, Comité Free El Mahdi Lyoubi, Collectif Al Manba, Marseille Antifas 1er, VISA 13, Comité antifasciste du 3e, LDH Section Marseille, Collectif Rebel 13, Réseau antifasciste Var, UCL Marseille
C’est la rentrée pour l’assemblée générale antifasciste de rennes !
Nous nous retrouvons le 8 septembre a 18h Bâtiment L de la fac de Rennes 2 !
Au programme de cette AG:
-Différents événements des fafs ou autres réactionnaires sont prévus dans les semaines et mois à venir. Pensons et construisons la riposte !
– Gino, militant antifasciste, est menacé d’extradition vers l’Allemagne où il serait remis aux autorités Hongroise pour avoir empêcher le défilé de néonazis à Budapest.
Dans la continuité de la journée de soutien aux antifascistes lyonnais.es, il nous faut réfléchir a comment apporter notre soutien a Gino et a tous les camarades enfermé.es-reprimé.es.
Ce sera aussi le moment de parler plus largement de la question carcérale.
-Une séquence politique particulièrement importante s’ouvre devant nous a travers ces élections présidentielles, il est impératif d’essayer collectivement de penser ce moment, comment nous pouvons y intervenir et quels discours souhaitons nous y diffuser.
-L’AG antifasciste a ouvert un cycle de réflexion sur les enjeux féministes ces derniers mois, ce sera l’occasion d’en faire un retour et de pensez la suite.
-Enfin, comme toujours, si des gens souhaitent apporter à l’ordre du jour un sujet en particulier différent de ceux évoqués ci-dessus, c’est possible !
Nous vous attendons nombreuses et nombreux.
On expérimente pendant les rencontres radiorageuses donc le flux n’est pas en continu, si tu n’entends rien quand tu passes, n’hésite pas à repasser plus tard ;) !
Parce qu’on bidouille à heures approximatives et on sera là de sûr pour la nuit de la radio le 6 septembre à partir de 16h jusqu’à pas dheure ! en experimentation pendant les rencontres à l’antenne 3-7 septembre 2026 ou bien dans ton player préféré, visitez : https://tribidou.radioasso.net
PAS DE CONGRÈS POUR LE RN !
Les 24 et 25 octobre, le RN prévoit son congrès à Orléans, avec son meeting de lancement de campagne le 25. Des bus partiront de partout en France pour une démonstration de force du premier parti fasciste de France.
A chaque fois que le FN/RN remporte des victoires médiatiques ou politiques, il se normalise comme force politique et ses idées gagnent du terrain, en témoigne la loi "permis de tuer" pour la police et gendarmerie votée cet été. Ce parti alimente surtout la violence raciste, comme en juin dernier, dans une discothèque à Rodez, où on a entendu : « Marine au pouvoir, les Arabes à l'abattoir. »
Face aux dangers du fascisme, notre réponse doit être déterminée et massive.
Les manifestations qui ont eu lieu en juillet contre le congrès de l'AfD, parti fasciste allemand, ont rassemblé 20000 manifestant.e.s et doivent nous donner confiance : partout dans le monde, nous sommes la majorité ! Ensemble, nous pouvons infliger une lourde défaite au RN.
Plusieurs initiatives antifascistes sont en train de s'organiser à Orléans, notamment avec un village antifasciste le 24 et une manifestation nationale en direction du meeting le 25. Début septembre il y aura une réunion nationale inter-organisations pour finaliser toustes ensemble l'organisation de ce week-end de mobilisation antifasciste nationale.
Nous appelons aussi toutes les organisations qui le souhaitent à organiser des campagnes dans leurs quartiers, leurs villes et leurs villages pour appeler à manifester le 25 octobre à Orléans contre le meeting du RN.
Au sein de la plateforme Ciao Fachos, nous travaillons sur un kit de mobilisation (argumentaire, tract, affiche...) pour les accompagner.
Rejoignez-nous !
Tractages, collages, réunions publiques, transports collectifs, soirées de récoltes de fonds : soyons partout, et profitons-en pour empêcher le RN de tracter sur nos marchés et coller sur nos murs.
PAS DE CAMPAGNE ET PAS DE CONGRÈS POUR LES RACISTES !
Signataires :
AcaaB (Action citoyenne antiraciste antifasciste Beaucaire), AFA Annemasse, AG anti fasciste 72, Alternatiba Orléans, Amaars (Assemblée Morbihan (Est) Antifasciste Antiraciste Rurale et Solidaire), ATTAC 45, Ciao Fachos, Collectif antifasciste Orléans, Collectif antifasciste Paris 20e, Contrevents (Côtes d'Armor), CRAAAME (Collectif Rêvolutionnaire Autonome Anarchiste Anti-fasciste du Mans et des Environs), G.E.L 72 (Groupe Étudiant Libertaire Sarthe), Gentilly Antifasciste Antiraciste, GRIF (Groupe Radical Intersectionnel Féministe) Orléans, ORA (Orléans Riposte Antifasciste), Organisation de Solidarité Trans (OST), OST Orléans, Riposte Antifasciste Marseille, Riposte Populaire, Soulèvements de la Terre Orléans, Sound of Sudan, Suresnes Antifa Antiraciste, TAF (Tours AntiFasciste)
Texte alternatif décrivant l'affiche :
Visuel avec gros message « Pas de congrès pour le RN »
On voit une foule de bras qui font des siamo tutti antifascisti
Deux pancartes « Orléans 24 - 25/10 » et « mobilisations antifa »
Des drapeaux antifasciste, LGBTQIA+ et palestinien sont brandis
RÉSUMÉ DE LA RÉUNION PUBLIQUE DU 6 AOÛT DE LA PLATEFORME ANTI-FASCISTE CIAO FACHOS
Une participation massive !
70 participant·e·s, 33 organisations, dont 5 d'Orléans / du Loiret et 3 organisations nationales (VISA, ASSO Solidaires, Solidaires étudiant·e·s)
Et ça début août, une franche réussite qui annonce d'importantes victoires (et défaites pour les fascistes !)
Préparation inter-orga
Après avoir présenté pourquoi c'est important et vital de s'opposer au Rassemblement Nazional, nous avons présenté la situation du congrès / meeting du RN à Orléans et d'où en est la préparation de la mobilisation anti-fasciste nationale !
Nous avons discuté stratégie et amendé une proposition de visuel d'appel à se mobiliser les 24 et 25 octobre à Orléans depuis partout.
Continuons à préparer la défaite du RN !
Ensemble nous avons décidé de créer des groupes inter-orga pour organiser
la communication (kit de mobilisation avec argumentaires, tracts, affiches, visuels internet et réunions publiques)
et la logistique (hébergements, récolte d'argent, transports collectifs, modalités de la manifestation du 25/10)
Toute personne membre d'orga ou d'inter-orga peut rejoindre ces groupes en nous contactant !
Coordonnons toutes les échelles locales et globales
Dans chaque ville et village, nous avons besoin de faire des réunions publiques pour présenter les enjeux majeurs du contre-congrès, organiser des transports collectifs et récolter de l'argent pour les financer !
Se mobiliser localement en assemblées publiques et en inter-orga, pour s'opposer au congrès et au 1er meeting du RN à Orléans c'est monter en puissance pour s'opposer localement aux réunions, tractages, collages du RN.
Prochaines réunions
Le 1er septembre il y aura une réunion inter-orga unitaire nationale pour se coordonner sur les actions des 24 et 25 octobre à Orléans (village et manifestation anti-fascistes). Pour que votre orga y participe vous pouvez nous contacter !
La prochaine réunion publique de Ciao Fachos, pour informer des avancements de cette mobilisation nationale et pour donner des outils de mobilisation locale, sera le Dimanche 6 Septembre à 18h30 en visio via ce lien : https://bbb.faimaison.net/rooms/xb9-1lb-jdo-kts/join
Texte alternatif décrivant le visuel :
Dix-neuvième congrès du RN. Orléans 24 et 25 octobre 2026.
Détournement du visuel du RN, en barrant les visages de Jordan Bardella et Marine Le Pen et en remplaçant "victoire" par "défaite" dans leur slogan, ce qui donne : « Une nouvelle étape vers la défaite de 2027 ! ».
Résumé de la réunion publique du 6 août.
Ciao Fachos.
OUTILS DE COMMUNICATION DE LA PLATEFORME ANTI-FASCISTE CIAO FACHOS
Site internet : https://ciaofachos.noblogs.org
Groupe Signal de diffusion d'informations (invitations et résumés des réunions publiques, campagnes d'actions, etc), aussi utile pour se mettre en contact de manière sécurisée en contactant un.e admin. Lien pour le rejoindre :
https://signal.group/#CjQKIBgEUlNyWfuhem_-VP4M3snoFexoP9-lHUTkwlS_EtTWEhARX1ddFWsDNoqeencBMsPf
Groupe Signal inter-organisations d'entraide et de coordination : rejoignable à la demande par des membres d'organisation
Groupe Signal inter-organisations pour préparer le contre-congrès du RN à Orléans et notamment la manifestation du 25/10 : rejoignable à la demande par des membres d'organisation
Mail : ciaofachos@systemli.org
Liste mail de diffusion d'informations (invitations et résumés des réunions publiques, campagnes d'actions, etc) : besoin de demander à y être ajouté.e.s par mail.
Instagram : @ciao_fachos
Nous vous invitons vivement à partager ces informations partout, à nous rejoindre et à participer au contre-congrès de multiples manières possibles !
CIAO FACHOS
Salut,
Ce texte, c'est un coup de gueule, a moitié né du déséspoir, et a une autre moitié d'un profond besoin d'une bascule, radicale, brutale et... violente.
Gino va très certainement être extradé en Allemagne. Et de là-bas, probablement ensuite en Hongrie. Et il lui arrivera des trucs... pas cool. Qu'est-ce que les dangereux mouvements d'extrème-gauche de cette région du monde font pour l'en empêcher ? Des rassemblements et des banderoles. Pas forcément que ça, mais on est sur cet ordre là, principalement. Qui ici pense que cela suffira ? Comme pour Maja. Comme pour toustes les autres. Fût une époque... on l'aurait libéré. Par une évasion de prison ou par une attaque de son convoi.
De partout dans ce pays de merde, des squats sont sur le point d'être expulsés, remettant des dizaines voir des centaines de personnes à la rue, dans la misère, la chaleur, ou suivant la saison, dans le froid. La rue tue qu'on dit. Oui. La rue tue. Et on est toujours incapables d'empêcher cela. Incapables de défendre les squats. Pourtant, on a été capables de les défendre par le passé. De les faire reculer, de les faire partir. D'être suffisamment menaçant·es pour qu'ils ne viennent même pas nous en sortir. Ou à défaut, de les accueillir avec des... dispositifs, qui ne les laisseraient pas ressortir indemnes.
Récemment un patron d'entreprise à foncé en camion sur des grévistes, et il est ressorti du poste de police quelques heures plus tard, fanfaronnant. Il n'y a pas si longtemps, on était tout à fait capables de leur faire peur aux patrons. On était capables de les exproprier. De leur faire accepter toutes nos demandes. On était même capables de les rendre hors d'état de nuire définitivement. N'est-ce pas monsieur le PDG de Renault ?
Pendant qu'ils nous exploitent, nous humilient, nous brisent, nous empoisonnent, et nous tuent... Pendant ce temps-là, la peste brune se fait toujours plus pressante et visible. Eux, ils sont prêts pour la guerre civile. Nous pour l'instant, on est juste prêt·es à aller à l'abattoir faire nos 3x8, et ce jusqu'à ce que ça soit notre tour.
Si c'est pas votre meilleur rêve d'avenir, va falloir, au moins, commencer à y réflechir.
Comme le travail médical et humanitaire, l'action sociale est de plus en plus confrontée à l' urgence, alors même que l' essence de sa mission d'écoute ou de lien social demande du temps. L'urgence lui impose une réponse rapide face au mal-logement, à l'asile, aux VSS, aux problèmes de santé ou au chômage. Plutôt que de faire taire ces crises qui sont autant de signes de ses défaillances, l'Etat semble préférer les assumer et organiser leur prise en charge, en co-gestion avec le monde associatif. Que cache cette intervention humanitaire providentielle ? Il faut moins y voir une tentative de l'Etat de s'améliorer en continu que d'évacuer les problèmes sociaux structurels en les traitant comme des urgences. Avec l'urgentisation du social, l'Etat a trouvé une manière de relativiser ses failles ; il les noie dans le spectacle du traitement de leurs effets. L'urgence apparaît domestiquée, acceptable et organisée par une gouvernementalité humanitaire s'étendant de l'Etat à l'associatif et alliant délicatement compassion et rationalisation, aide et condition, intégration et exclusion.
NOYER LES CAUSES DANS LES SYMPTÔMES
Pour l'Etat (et celleux qui souhaitent l'améliorer), reconnaître des urgences comme le sans-abrisme, le chômage, l'accueil des exilé-es, les violences faites aux femmes ou aux personnes LGBT+ permet de déplacer l'attention des causes vers les symptômes de l'urgence. Plusieurs tactiques de décentrage et donc de déresponsabilisation sont alors à l'oeuvre :
1.SPECTACULARISER
La mise en spectacle de la violence et de la prise en charge des inégalités et des crises sociales occultent leurs origines que sont le travail, le capitalisme, l'Etat ou ses frontières. Elle permet de répondre à quelques situations - souvent médiatisées comme le plan Grand froid à Paris ou l'accueil massif de migrant-es ukrainien-nes - plutôt qu'à toutes. Lâcher du lest par-çi par-là, pour mieux régner sur la totalité. Conjointement, la mise en urgence d'un sujet laisse induire qu'il est possible de sortir de l'impuissance : de la crise peuvent émerger des victoires. Il ne s'agira jamais d'augmenter réellement nos libertés mais d'insertions professionnelles, de régularisations ou d'indemnisations. L'aide d'urgence permet de digérer les revendications sociales, de légitimer l'intervention institutionnelle et de perpétuer l'illusion de la prise en charge de nos besoins. Une stratégie reprise souvent inconsciemment par les cadres associatifs et autres gestionnaires de l'urgence pour éviter la délicate perspective de la transformation radicale de la société, peu propice aux dons, aux subventions ou aux votes.
2. INDIVIDUALISER
Le décor une fois posé, le décentrage de la cause vers le symptôme s'opère ensuite en ignorant les origines structurelles et les rapports de domination pour préférer individualiser et moraliser leur responsabilité. Du côté des pouvoirs publics, c'est par exemple la critique de travailleurs sociaux maltraitants plutôt que celle d'un travail qui rend violent ou encore, d'hommes errants menaçants plutôt que l'abolition des frontières qui précarisent. Du côté des associations, une exclusion de certains individus violents de leurs dispositifs d'aide, une moralisation de la question politique avec des bons et mauvais points militants ou une concentration de la critique sur des “grands méchants” (Bardella, Bolloré, etc.), bien plus fédératrice qu'une critique de la démocratie et de son travail, de la gauche, de ses centres de rétention administrative (créés par Mitterand) et de ses frontières.
3.TRANSFORMER EN DÉRIVE... OU NORMALISER
Puis quand un rapport systémique de domination n'est plus ignorable ou que la défense se complique, la stratégie du pouvoir peut être d'en reconnaître la dimension structurelle tout en la traitant comme crise et dérive, donc en l'évacuant aussitôt comme un “dysfonctionnement” corrigeable. La diversion vers les “dérives” s'accompagne de nouvelles explications, bien loin de leur radicalité première, et de mesures dont l'objectif n'est pas un changement de structure, mais d'un retour à la normalité. La pirouette fait céder du terrain mais seulement pour un temps. Ainsi, les causes de la misère des SDFs sont souvent naturalisées comme une fatalité (quand elles ne sont pas attribuées à ces mêmes individus), comme une externalité négative malheureuse d'un système capitaliste imparfait mais “le moins pire qu'on ait”, ce qui permet alors d'évincer toute critique du travail ou du capital qui pourtant les met à la rue. Plutôt que de viser la transformation de la société ou la sortie du capitalisme, on cherchera à réduire et à contenir les violences familiales, les cercles vicieux de l'alcoolisme ou les imperfections du marché du travail, en renversant ces symptômes comme des causes premières de nos urgences. Quand l'Etat parle de problèmes managériaux, de plans d'investissements à mener, de santé mentale ou de perte de sens à corriger, le monde associatif peut lui revendiquer un manque de moyens à combler (pour continuer de faire plus ou moins la même chose, toujours en moins pire) ou pointer du doigt un manquement au droit, ce même droit qui structure et légitime par ailleurs les dominations de l'Etat et de sa justice. L'associatif cherchera souvent plus à en corriger les “abus” qu'à dépasser leurs structures. On chantera “un toit c'est un droit” et conclurons nos manifestations après des mises-à-l'abri ou des régularisations, aussi temporaires que cycliques. Comme si les rafles de personnes exilées, leurs encampements et leurs refoulements aux frontières de l'Europe n'étaient que des dérives. On scandera “Vérité et justice”, comme si les meurtres policiers n'étaient que des bavures à faire reconnaître par la Justice, que le droit était du côté de l'émancipation, que deux siècles de démocratie capitaliste étaient réformables.
4.NOYER LE TOUT DANS LE TOUT
Enfin, le décentrement de la cause vers le symptôme s'achève en noyant l'urgence dans l'urgence, en la multipliant de telle façon qu'il n'y en ai plus vraiment, ou que l'on s'y habitue. Pour bien laver son linge, il suffit de le mélanger et de laisser tourner la machine. Gérer l'urgence c'est en faire non plus une temporalité extraordinaire, mais la modalité normalisée de l'action, sociale ou humanitaire. Saturer l'espace public de crises concurrentes aux effets spectaculaires, les multiplier et les traiter avec la même énergie jusqu'à ce que cette importance de tout ne veuille plus rien dire. Une urgence de tout qui s'auto-institue, s'autonomise et s'annule dans un même geste.
L'urgence sidère par la gravité et le spectaculaire de ses symptômes : des violences s'exercent, des campements sont érigés, des situations dégénèrent, des gens meurent. La dramatisation et le lexique guerrier soutiennent alors leur gravité, que ce soit pour affronter le coronavirus, le chômage ou le terrorisme ou en parlant de “crises migratoires”. A la “War on drugs” américaine, Darmanin renchérit par la “Bataille de Stalingrad“. L'information nous vient par l'image qui clive ou qui fédère, toujours autour d'affects et d'indignations universelles comme la souffrance ou les Droits de l'Homme, inlassablement récupérés par les pouvoirs en place qui se placent en pompiers de leur propre incendie. Sidérante, l'urgence émeut et indigne autant qu'elle paralyse et immobilise ; elle pousse soit à la tétanie, soit à l'action immédiate de palliation, à la panique, aux pulsions conservatrices et aux réflexes humanitaires, pour le moins pire plutôt que contre le tout.
Tout comme la surinformation désinforme, l'empilement des crises produit une concurrence des urgences qui empêche toute politisation globale des problèmes. Ce que l'on attendait hier de l'avenir et des grands projets révolutionnaires semble davantage exigé dans le présent, heureuse nouvelle s'il était moins un présent de la résignation, du moins pire et de la réforme qu'un présent de l'expérimentation de la liberté et de la révolte. Irrémédiablement, la réponse à tous ces problèmes est un Etat plus fort et plus progressiste, appelé de nos voeux à chaque élection. Ou de nouvelles personnes providentielles comme a pu l'être Emmanuel Grégoire et tant d'autres, auto-proclamé pourfendeur des violences faites aux enfants et du sans-abrisme. C'est lui qui, lorsque le sujet des SDF reviendra chaque hiver comme une urgence, déclenchera des “plans Grand Froid” alors qu'iels seront expulsé-es et mourront dans la rue le reste de l'année.
SAUVER POUR NE RIEN CHANGER
Cette temporalité cyclique de l'urgence sociale traduit une politique de la pitié qui se déclenche surtout à l'approche du pire, donc généralement de la mort. Pour faire objet d'indignation consensuelle dans l'opinion publique, la mortalité doit être spectaculaire et imminente : noyade en Méditerranée, enfants à Gaza, victimes du SIDA ou mort-es dans la rue. Contrairement aux rêves droitsdel'hommistes, l'urgence n'est jamais universelle, traitée de manière inconditionnelle. Elle dépend d'une reconnaissance politique, en réaction à une situation dramatique ou par anticipation de son aggravation potentielle. Toujours a postériori, par calcul du nombre de morts acceptables. Comme si la mort n'était inacceptable que dans certaines situations d'injustice, celles où les victimes ne méritaient vraiment pas leur situation. Comme si la mort constituait l'ultime et unique garde-fou moral capable de contraindre à l'intervention, la seule chose contre laquelle l'opinion publique peut encore s'indigner, à ceci près que toutes les morts ne semblent pas se valoir. En outre, ce n'est même plus tant le décès d'une personne sans-abri qui émeut en tant que telle mais l'espace que son événement occupe dans l'actualité, la politique se faisant plus que jamais celle de l'émotion.
À l'instrumentalisation de la compassion par les politiques publiques et caritatives qui invitent au secours plutôt qu'à la révolte s'ajoute un répertoire d'actions lié au sauvetage par l'intégration. La morale humanitaire semble indiquer de prendre soin des individus, sufisamment pour les sauver de la mort et maintenir leur capacité productive mais suffisamment peu afin d'éviter l'émergence d'autres possibles. Les mettre à l'abri aux quatres coins de la France dans des hébergements d'urgence éphémères pour les isoler et tuer leurs luttes. Atténuer la souffrance pour ne rien changer, parler d'exclusion pour ne pas parler d'inégalités, de racisme ou de pauvreté, parler d'inégalités, de racisme ou de pauvreté pour ne pas parler du capitalisme ou du travail. Individualiser les malheurs plutôt que les penser en termes de dominations, parler de traumas à soigner plutôt qu'interroger leurs origines, montrer de la compassion face aux souffrances plutôt que d'interroger la justice de l'Etat et des organisations qui s'y réfèrent. La lutte pour l'autonomie et la liberté s'effacent devant le langage humanitaire des pouvoirs publics.
Cette dépolitisation par l'urgence est entretenue en bout de chaîne par nos organisations militantes qui pour vivre ou se faire connaître jouent le jeu de la spécialisation des crises et des politiques publiques en investissant une “cause” comme l'enfance, les VSS ou le sans-abrisme. Etat, partis ou associations traitent chaque cause d'urgence au cas par cas, occultant leurs origines systémiques liées à l'organisation du travail, aux rapports de domination, à la captation des richesses ou l'organisation de la dépendance économique qui peuvent expliquer chacune de ces urgences. Puisqu'aller plus loin dans la critique signerait la fin de leurs financements, de leur légitimité voire de leur existence, les associations et organisations militantes se contentent généralement d'un plaidoyer de réforme et en appellent finalement toujours à un capitalisme plus inclusif plutôt qu'à son renversement. Automatic word wrap
La faim, le mal-logement et les différentes violences sociales sont pourtant les résultats du capitalisme. Ce qu'il y a derrière ces urgences, ce sont des écarts répétés et grandissants entre le revenu et le coût de la vie, du surendettement, des expulsions de plus en plus fréquentes et d'autres processus anti-sociaux et inégalitaires nourris par l'Etat, son monde économique, sa démocratie et ses organisations “gestionnaires malgré elles”.
NORMALISER L'URGENCE, LÉGITIMER L'INTERVENTION
En inscrivant les souffrances sociales comme dérives à soigner, l'Etat et les pouvoirs associatifs justifient ainsi mieux leur propre intervention. L'Etat efface non seulement sa responsabilité à la source mais s'auto-institue dans le même mouvement comme seul calmant légitime. En bon gestionnaire de sa propre crise, ses plans contre les VSS, ses aides sociales et autres fumisteries rejouées à chaque élection légitiment son existence ainsi que celle de ses différents acteurs de la gestion de l'urgence, qu'ils soient politiques, humanitaires, ingénieurs ou militaires. Normalisée, l'urgence est renversée et récupérée comme élément de pacification : il ne s'agit plus de lutter mais d'être solidaires, ensemble pour le moins pire.
C'est la nature même de l'Etat, qui quand il ne peut pas se trouver d'ennemis extérieurs pour fédérer autour de guerres, doit se tourner vers des ennemis intérieurs à expulser ou des urgences à pallier. La crise justifie la mise en place de moyens extraordinaires comme les camps, les statuts administratifs précaires, les centres de rétention ou de nouvelles formes de dépendance (plans de régularisation, aides sociales etc) qui sont autant d'outils de pacification sociale. Une intervention naturalisée, non questionnable et même souhaitée : il en va de la survie des gens !
Pendant l'état d'urgence sanitaire lié au Covid-19, la police a pu punir sans passer par un juge grâce à l'usage massif d'amendes forfaitaires, qui ont particulièrement été appliquées dans les quartiers pour les maintenir dociles. À Paris, des formations et des assermentations express ont été données aux services de sécurité des bailleurs sociaux (le Groupement parisien inter-bailleurs de surveillance) pour permettre aux gardiens de patrouiller dans les résidences HLM, dresser des procès-verbaux face aux “incivilités” et faire respecter les mesures de confinement. Les exceptions du droit d'un Etat d'urgence permanent. Dans le même mouvement, l'intervention associative prend tout son sens. Par la gestion des urgences, la question sociale cesse d'être pensée en termes de rapports de classe ou d'affinités révolutionnaires pour être fragmentée en bénévoles “soutiens”, salarié-es expert-es et “publics” bénéficiaires, selon le vocable symbole de cette asceptisation et victimisation des luttes. Là où émergeaient les idées d'entraide, de conflictualité ou d'autonomie populaire apparaissent subventions, expertise, prévention, accompagnement, évaluation et partenariats. Distribution alimentaire sans espace politique, atelier CV plutôt qu'organisation collective, participation symbolique des “premier-es concerné-es” ou communication humanitaire basée sur des témoignages plus que sur des ouvertures d'espaces autonomes…
On nous soutiendra que ces compromissions ou que l'aide à l'intégration (par le travail et les papiers) avant la révolution vient des “premier·es concerné·es”, alors que tout est fait dans la société et dans les organisations d'aide d'urgence pour que les plus précaires n'aient ni le temps ni l'espace de demander autre chose que l'aide humanitaire. Et que nous, “soutiens”, travaillions - potentiellement salaire à la clé - à réparer des symptômes qui donnent du sens à notre militance. C'est ainsi tout un système de représentation de nos besoins qui est validé sous couvert d'humanisme, occultant d'autres perspectives d'entraide, de questionnement, de collectivisation et d'autonomie. L'organisation de l'urgence agit ici comme extension de la démocratie représentative qui nous prive de nos moyens d'organisation et de subsistance. Ce sont nos cadres étatiques ou sociaux qui décrètent nos urgences et débloquent nos aides, ou nous-mêmes qui finissons par devenir nos propres cadres, que ce soit par quête de sens, par croyance de pouvoir faire mieux de l'intérieur ou par “nécessité”.
Ces renversements remplacent la défense conflictuelle de l'infinité de nos désirs par l'écoute, la médiation et la réparation de nos problèmes. Plutôt que de produire une critique de l'Etat, de nouvelles formes d'entraide ou de renoncement au travail, l'énergie militante est captée par le travail social, qui individualise et psychologise les problèmes. L'urgence substitue l'entraide qualitative par l'aide quantitative : les bon·nes gestionnaires évaluent, essayent de faire le plus avec le moins et rationnalisent les rapports sociaux dans ces espaces. Autrement dit : le conflit devient souffrance et la politique se dévoile pour ce qu'elle est : prise en charge. Il ne nous reste alors plus qu'à soigner les symptômes et à manifester quelques joyeux dimanches, pour dénoncer quelques dérives.
Adossée aux logiques de marchandisation à l'oeuvre dans le secteur associatif, l'urgence justifie la privatisation de la protection sociale : mutuelles et assurances privées pour les « inclu·es », associations caritatives pour les « exclu·es ». Cette confiscation de l'aide nous dépossède de notre responsabilité, l'aide est déléguée à des professionnel·les de l'urgence qui la cadrent et la régulent pendant que la solidarité devient un délit si l'on accueille des sans-papiers. C'est aussi l'urgence et ses aides qui justifient les interventions militaro-humanitaires à l'étranger, sous couvert de droit international, de neutralité ou du droit d'ingérence. L'expertise et l'aide d'urgence légitiment des “guerres justes” correctement menées ou des génocides encadrés par couloirs humanitaires. C'est l'urgence qui a justifié les plein pouvoirs accordés à Hugo Chavèz pour gérer les pluies et coulées de boue de 1999 et organiser la militarisation qui s'en est suivie. En France, c'est l'urgence terroriste de 2015 qui a pavé la voie des lois de surveillance et de répression policière ou des hausses de dépenses militaires. Le droit de l'état d'urgence et les dispositifs de surveillance anti-terroriste se sont depuis plus que jamais immiscés dans le droit des étrangers. A Mayotte comme en Guyane, l'état d'urgence a servi de prétexte pour intensifier les opérations de contrôle des frontières et de la régularité du séjour des individus. C'est aussi l'extension de l'Etat d'urgence anti-terroriste qui a permis de faciliter le démantèlement de la “jungle” de Calais, expulsée en trois jours début 2016. Avant de justifier l'expulsion, l'état d'urgence et la menace terroriste ont d'abord été utilisés pour sécuriser la frontière en érigeant une clôture de 4m de haut le long du port de Calais et différents dispositifs de clôtures, de vidéo-surveillance, de détection infrarouge et de lumières pour empêcher le passage par l'Eurotunnel. L'état d'urgence a ici servi à dissuader les tentatives de passage et s'est ensuite étendu à l'interdiction de différentes manifestations sous prétexte que les autorités ne disposaient pas des moyens nécessaires pour en assurer la sécurité. L'état d'urgence semble tendre vers sa permanence, il justifie l'exception au droit qui encadre sa gestion par ailleurs. Le droit n'a jamais limité l'Etat, il en est son langage le plus efficace. Dans le régime de l'urgence, le droit devient même performatif et se soumet au politique qui s'autonomise : quand Macron a annoncé le confinement et le pass sanitaire, la base légale était encore floue et le pays a immédiatement appliqué la mesure. La politique humanitaire prônera toujours l'exception comme méthode de gouvernement : le pouvoir agit au nom de l'urgence pour devancer le droit et préserver l'ordre existant.
L'URGENCE EST LÀ, LA CRITIQUE ATTENDRA
Noyer l'urgence dans l'urgence ne consiste pas seulement à multiplier les crises et à brouiller les causes dans le traitement de leurs symptômes, mais aussi à organiser un régime d'action et d'instantanéité dans lequel tout doit être traité immédiatement, contre le temps de la critique. Tout comme la satisfaction immédiate de nos désirs par la consommation nous empêche d'accéder à d'autres désirs, le régime de l'urgence devient une forme de gouvernance. Il impose un tempo qui légitime la confiscation du pouvoir ou le maintien d'espaces politiques descendants qui brident les velléités subversives et dé-radicalisent les discussions. Les pouvoirs publics comme le milieu associatif se montrent particulièrement créatifs en la matière.
Le spectacle de la crise et de l'urgence provoque en effet souvent soit sidération et immobilisme face aux crises, soit un besoin irrépressible de résolution immédiate de ces symptômes, que ce soit pour trouver du sens dans l'absurde ou pour que la violence ne reste pas aux portes de notre confort. Réorientée vers la réaction immédiate — pétitions, indignations, bénévolat par ci par là, campagnes rapides — l'énergie critique s'attaque aux effets visibles et spectaculaires — la crise écologique, sociale ou le fachisme — ainsi qu'au pouvoir en place ou à venir et ne s'étend rarement à une critique plus large des structures qui rendent possibles et permanentes ces dominations, comme le pouvoir en tant que tel ou les formes acceptables du capitalisme, qu'elles soient démocratiques ou humanitaires. Car ces structures nous font vivre et sont désirées par beaucoup, ou constituent des repères moraux et militants d'où peuvent partir des luttes et des espoirs. Car toute critique d'un au-delà de l'immédiat à gérer devient idéologique et indécente lorsque des vies sont en jeu (et que des salaires dépendent des dons et de la popularité de l'association). La critique associative ne concerne peu les conditions de production de l'urgence elle-même, ni les dispositifs qui la rendent permanente, ni l'organisation politique d'une attention saturée, fragmentée, où chaque problème est immédiatement remplacé par un autre.
Sans finalité autre que la suspension de l'urgence pour un temps, nos actions de manifestation, de maraudes ou d'hébergement d'urgence deviennent alors des fins en soi, des objets de luttes qui se suffisent à eux-mêmes et reviennent en boucle. La réalisation de nos missions d'urgence étant déjà si difficile au vu des conditions allouées par l'Etat - et acceptées par les associations qui en vivent - que l'essentiel de notre temps va au soulagement de la crise plutôt qu'à son dépassement. Il n'y a ni temps ni moyen pour la création d'espaces nouveaux d'auto-détermination. Les espaces de solidarité associative et les luttes sociales pourraient pourtant être intéressants au vu des situations politiques qu'ils génèrent, peut-être s'ils étaient davantage chargés d'autonomie et d'horizons inconnus plutôt que d'être pilotés par la classe d'encadrement associative. Fatalement, nos revendications sont souvent défensives et s'arrêtent à la défense des droits, à l'intégration par le travail ou aux demandes de prises en charge, à l'optimisation des symptômes donc. La gauche sous ses formes partisanes ou associatives s'est spécialisée dans l'intégration de la critique sociale et révolutionnaire pour la rendre “réaliste” et donc réformiste et inaudible. Un fatalisme justifié par un “pragmatisme” stratégique qui commanderait d'avancer victoire par victoire, quitte à tourner en rond pendant des décennies. Opposant des catégories d'individus entre elles, nourrissant le capital en main d'oeuvre et suppliant l'intervention de l'Etat, ces luttes pour défendre nos droits nous condamnent à la réforme et au statu quo, gagne-pain de la gauche et terreau de l'extrême-droite pourtant combattue, quand elles ne sont pas rattachées à des critiques et perspectives révolutionnaires de transformation totale de la société.
Dans le travail médical, la crise du Covid a par exemple montré que les débats de lutte se concentraient sur la gestion quotidienne (hôpitaux, restrictions, chiffres) tandis que les questions structurelles — sous-financement chronique des systèmes de santé, dépendance industrielle, choix politiques antérieurs — passaient au second plan ou devenaient inaudibles, car “moins urgentes”. Pire, elles étaient liées à des défaillances de l'Etat plutôt qu'à son existence en tant que telle.
Dans le travail social ou humanitaire, la lutte pour les droits suspend souvent la critique de l'organisation et donc de la représentation de nos besoins. L'heure n'est jamais au débat sur nos pratiques, ni à la “grandiloquente révolution pour bourgeois idéalistes”, mais à la résolution de l'urgent par l'action. Entendons par là distribution alimentaire, envois de CV, cours de français et autres prestations d'accès aux droits. Entendons par là les droits de bien s'intégrer à la nation, au travail, à la langue française et de rentrer dans le rang. Les acteurs de l'urgence ont naturalisé le turnover de leurs salariés comme une évidence en temps contraint. Ce turnover entrave toute critique interne, comme au Samu Social, connu pour désespérer et changer d'opérateurs téléphoniques du 115 tous les trois mois.
Si la dimension intrinsèquement présentéiste de l'urgence bride la critique, elle organise de la même manière le deuil de nos idéaux. Autant survalorisée qu'humanitarisée, l'action est vidée de tout horizon libertaire et autonomisant. Antidote à l'incertitude, l'action sociale ou humanitaire ressemble à une fuite en avant. Elle répond à nos crises de sens avec des petites victoires concrètes du quotidien et emporte nos idéaux radicaux et autonomes dans ses prises en charge, ses régularisations et ses sourires. Chez les caritatifs co-gestionnaires de l'urgence, il apparaît vite vain de s'attaquer à ces causes de la boucle de l'urgence, trop multiples, profondes, aux responsabilités diluées et trop politiques, clivantes et par la même occasion peu propices aux dons. Et puis, on ne dévore pas la main de l'Etat qui nous nourrit, sinon on ne pourrait plus opérer, et si on existe plus qui s'occupera de la misère ?
DÉPASSER LE GOUVERNEMENT HUMANITAIRE
Quand le gouvernement s'humanitarise, l'humanitaire se gouvernementalise dans un même geste. Les années 80 ont marqué le passage d'un pouvoir disciplinaire brutal à une gouvernementalité plus thérapeutique, compassionnelle, humanitaire. La création du Secrétariat à l'action humanitaire par Chirac marquera la fusion humanitaire et sécuritaire d'un ensemble d'institutions étatiques et associatives que Didier Fassin qualifie de “gouvernement humanitaire”. Plus que jamais, la solidarité s'est professionnalisée et les politiques sociales et humanitaires sont devenues des technologies de gouvernement adaptées au capitalisme néolibéral. Comme Chirac et son Samu Social, les gouvernements de droite comme de gauche investissent le social et l'humanitaire avec le monde associatif. Gestion des camps, assistance médico-sociale, maraudes, hébergements d'urgence, insertion professionnelle… Ce qui relève de l'aide d'urgence est intégré à une normalité compressée et rationalisée pour coller au tempo de la crise permanente. La souffrance sociale hier ignorée est désormais un objet majeur des politiques publiques qui cherchent à réduire la “fracture sociale” pour réintégrer certain·es “exclu·es” dans la société et son travail. Une manière de contenir la colère en s'attaquant aux symptômes de l'urgence sociale plutôt qu'à ses racines. La souffrance des exclu-es indésirables sera elle invisibilisée et empêchée de se transformer en luttes, par précarisation organisée, répression sur leurs lieux de survie, éclatement des communautés de lutte ou récupérations gauchistes et prises en charge de pacification. Le politique administre les affects, les traumatismes, les comportements ; il abandonne pour de bon la transformation des structures sociales et légitime sa violence par la protection des vulnérables.
Par l'aide sociale et d'urgence, il ne s'est jamais agi que de donner une contrepartie sociale aux grandes dynamiques néolibérales de privatisation du pays. Défendre l'inclusion sociale pour diviser bons et mauvais-es immigré-es. Combattre la résistance des citoyen-nes à la nation et au travail. Combattre l'exclusion sociale jusqu'à en faire une fin en soi, coquille vide dépouillée de toute autre velléité, sans remonter à sa source. En témoignera le Pacte parisien de lutte contre l'exclusion et sa Nuit de la Solidarité, outil de communication solidaire de la ville de Paris pour continuer par ailleurs sa politique de spéculation immobilière, d'expulsion et de traque des sans-papiers. Promettre des avantages (aides, régularisations) à certain-es pour casser les luttes. Faire plonger les associations dans le piège subventionné de la défense des acquis sociaux et de l'intégration par la langue ou le travail. Montrer patte blanche, digérer nos colères, agiter la peur de l'extrême-droite. Faire oublier la critique de la démocratie et continuer plus sereinement notre exploitation. L'urgence sociale est ainsi renversée comme délai supplémentaire que nos démocraties s'accordent pour oblitérer leurs failles fondamentales, nous occuper à traiter nos problèmes sociaux comme des dérives et repousser toujours plus nos révoltes. Par l'action et la victoire, l'aide d'urgence donne du sens à notre misère militante. Elle sépare nos luttes en causes spécialisées (climat, violences policières, inégalités, conflits internationaux), occulte ce qui les unit et nous pousse à formuler des revendications thématiques plutôt qu'à tout refuser.
Les associations humanitaires souvent en lutte contre les politiques de l'Etat tentent de tendre vers un au-delà du simple soulagement des urgences, en alliant pansement humanitaire nécessaire et plaidoyer structurel de long terme. Mais leur régime d'urgence, leur dépendance au financement et leurs horizons politiques étatistes bloquent leurs militant-es dans une charité désautonomisante et dans des rapports de luttes réformistes. Certain-es préfèreront le moins pire à l'idéal et en feront une religion nommée social-démocratie. D'autres sortiront la tête de l'urgence humanitaire et de la réforme. Iels continueront peut-être de panser des plaies mais passeront de l'aide à l'entraide et s'essayeront à la création d'espaces d'auto-détermination. Au-delà du symptôme et de l'humanitaire, iels chercheront plutôt à porter des coups matériels et discursifs à la racine, au capital, au travail, aux frontières, à la démocratie, aux prisons, aux solutions de l'Etat et à tout ce qui nous fait tourner en rond. Par le bas, de tous les côtés, sans représentation ni organisation qui définit nos urgences.
Wilden - TERRAIN VAGUE
L'internationale fasciste avance à nouveau à visage découvert, elle n'a même plus besoin d’apparaître comme «respectable» ou «dédiabolisée».
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À partir de cette année, on peut considérer que la saison des canicules dure 5 mois, de mai à septembre.
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En février dernier, le mouvement antifasciste subissait une campagne de criminalisation sans précédent après une bagarre perdue par un groupe néo-nazi à Lyon. À l’époque, nous étions bien peu nombreux à rappeler que cette ville est […]
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Le groupe local de Paris de l'UCL vous invite à la projection du film Agent Orange, une bombe à retardement.
Le groupe local Paris Nord Est de l'Union Communiste Libertaire vous invite à une projection-débat autour du film Agent Orange, une bombe à retardement, de Thuy Tien Ho et Laurent Lindebrings.
En quittant le Vietnam en 1975, l'armée américaine a laissé un poison invisible : la dioxine. Cette arme chimique puissante, plus connue sous le nom d'Agent Orange, produite par la multinationale Monsanto, a pris possession de la terre, des eaux, de la végétation. En s'infiltrant dans les sols, les rivières, elle touche la chaine alimentaire. Des millions de Vietnamiens sont victimes de la dioxine, atteints de malformations et de cancers. 40 ans après les derniers épandages, la dioxine continue ses ravages. C'est cette utilisation massive de produit toxique qui a conduit à théoriser la notion d'écocide.
Alors qu'une manifestation se prépare le 3 octobre pour protester contre les pesticides, cette projection et la discussion qui suivra seront l'occasion de se rappeler de l'utilisation des pesticides comme arme de guerre, de soulever l'importance de lutter contre le colonialisme chimique et pour une écologie anti-impérialiste.
Rendez-vous à le Jeudi 17 Septembre à 19h30 à l'EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12e ; projection à 20h00 suivie d'une discussion.
🔥 A vos agendas ! C'est la rentrée : AG TS IDF 08/09 🔥
Chèr.e.s camarades, collègues et étudiant.e.s,
Étudiant-es, travailleurs et travailleuses du social et médico-social de toute l'Île-de-France, syndicats, collectifs, retrouvons-nous en assemblée générale pour préparer la rentrée qui s'annonce déjà mouvementée !
La grève reconductible des salarié-es du Samu social de Paris, liée à l'occupation du parvis par plus de 400 personnes à la rue, a marqué l'été. Cette lutte a été l'occasion de regrouper beaucoup de collègues et même des étudiant-es du secteur, conscient-es que la lutte est nécessaire face à la violence des attaques des décideurs : directions, préfecture, mairie.
Car leurs revendications sont les nôtres, partout. Elles font écho à la lutte à l'œuvre Croix Saint Simon qui se battent contre la liquidation judiciaire des structures de la fondation, à la grève des collègues de l'ASE contre les réorganisations, à celle des collègues de France Travail pour leurs salaires et contre le contrôle renforcé des chômeurs, etc.
Elles font écho à tout ce qui est dénoncé partout, dans les établissements, les associations, les écoles en travail social, etc.
Unissons-nous pour un rapport de force à la hauteur, localement comme nationalement !
Soyons nombreux-ses en Assemblée Générale du Travail Social le 8 septembre à Paris pour :
➡️ Tract d'appel à télécharger, ici en PDF, pour diffusion : https://www.swisstransfer.com/dl/01a06892-86cb-7205-9bd1-55eca417d04d
⤵️ Et pour partager le tract d'invitation sur nos réseaux sociaux :
Insta : https://www.instagram.com/p/DcywEjdDdOc/?igsi=MXFpZHR2NzB3cmljZw==
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✊️ Soyons nombreux-ses en cette rentrée !
Merci de diffuser largement ce message et cet appel !
La Com Mob du TS IDF
Le RN lance sa campagne électorale par une proposition d'un racisme décomplexé : interdire le voile dans l'espace public.
L’article Interdiction du voile : médias et classe politique se demandent si c’est «applicable» au lieu de dénoncer le racisme est apparu en premier sur Contre Attaque.
Le 30 juillet dernier, 60 000 à 80 000 personnes sont afflué à Ceuta depuis le Maroc, provoquant la terreur des fachos. Dans le dossier du mois, CQFD explore la migration et le durcissement des frontières aux portes de l'Europe. Si les migrants continuent d'être instrumentalisés politiquement, deux réactions s'opposent : la violence de l'extrême droite ou la solidarité. CQFD s'intéresse aussi à la précarité et la répression politique qui poussent la jeunesse marocaine à l'exil, ainsi qu'au déclin de la libre circulation au sein de l'espace Schengen, où les contrôles aux frontières sont devenus la norme.
Hors dossier, CQFD vous emmène découper de la rime au Demi Festival à Sète ainsi qu'en Argentine où la mobilisation a permis d'empêcher l'ouverture des terres rurales aux capitaux étrangers.
Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...
En couverture : « Ceuta : la frontière des cynismes » par Mona Lobert
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– Ceuta : une riposte populaire antiraciste - Des abris en feu et des silhouettes tentant de fuir paniquées : à Ceuta, des « manifestant·es » anti-migrant·es ont incendié des campements de fortune le 27 août dernier. Cette agression rappelle l'instrumentalisation de la frontière opérée par l'extrême droite quelques semaines plus tôt à laquelle des habitant·es ont riposté.
– Petite enclave, grandes manœuvres - À Ceuta, l'espoir de milliers de Marocains s'est fracassé contre la frontière européenne. Mais les images de leur détresse, elles, ont trouvé preneurs : dans les discours de l'extrême droite, mais aussi dans les rapports de force entre États. Car aux frontières d'une Europe devenue forteresse, les mouvements migratoires sont aussi une arme diplomatique.
– Au Maroc, allez directement en prison sans passer par la case départ - Derrière la vitrine du Royaume avec ses infrastructures flambant neuves et ces événements sportifs internationaux, la majorité de la population vit dans la précarité. Malgré le soulèvement sans précédent de la « Gen Z », la main de fer du Makhzen se resserre, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, pour anéantir toute forme de critique.
– Mais où est passé Schengen ? - Trente-six ans après la promesse d'une Europe sans frontières, les contrôles intérieurs se sont durablement réinstallés. Au nom de la sécurité, puis de la lutte contre l'immigration, l'exception est devenue la règle.
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– Aujourd'hui, la maison n'a pas brûlé - Fin juillet, la France crame. En Gironde, mais aussi dans le Var. Le 21 juillet un feu se déclare près du petit village de Cotignac. Des centaines d'habitants sont évacués en urgence. Dont un couple de nonagénaires prit dans les flammes, sous les yeux d'un petit-fils inquiet.
– Croix de guerre idéologique - Du sommet de l'Aneto à ceux des Alpes, les croix chrétiennes sont devenues les étendards d'une lutte où l'extrême droite instrumentalise religion, patrimoine et identité nationale. Face à cette offensive symbolique, la présence de ces marqueurs religieux est de plus en plus contestée dans des espaces qui devraient rester communs et naturels.
– Flèche, le concierge saboteur des temps modernes - Avec sa BD Flèche, l'auteur jurassien Simon Beuret donne vie à une fable attachante et drôle qui raconte l'histoire d'un concierge excentrique autant adepte de la bricole et de la récup', que du sabotage des projets immobiliers menaçant la friche où il vit.
– « En cuisine, on souffre en silence de nos addictions » - Depuis mars 2026, Radio Galère diffuse tous les deuxième et quatrième lundis du mois Brigade Pirate, une nouvelle émission sur les réalités des métiers de la restauration. Une immersion riche en témoignages et anecdotes, entre amour de la cuisine et violences au travail.
– « Y'a pas de faux MC ici ! » - Début août, au Théâtre de la Mer à Sète, se tenait la dixième édition du Demi Festival, le rendez-vous des passionné·es de hip-hop en France. Un événement où le rap continue d'incarner une musique de résistance, à l'heure de l'IA et des menaces fascistes...
– En Argentine, la terre n'est pas à vendre - Cet été, en Argentine, la terre a cristallisé la colère populaire contre l'affreux Javier Milei. Face à la mobilisation, le pouvoir a dû reculer sur l'ouverture des terres rurales aux capitaux étrangers.
– Et au milieu coule la rivière - Organisé chaque été dans la vallée de la Roya, le festival les Passeur·ses d'Humanité veut faire passerelle entre les communautés. Six ans après la tempête Alex, qui avait soulevé un puissant élan de solidarité, la vallée reste un territoire de luttes : pour l'eau, le rail, l'accueil des personnes migrantes.
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– Lu dans... | Israël surveille secrètement ses professeurs. - Le média +972 révèle comment le ministère de l'Éducation israélien a mis sous surveillance plusieurs professeurs pour avoir critiqué l'État hébreu. Parmi eux, beaucoup sont arabes. Extraits.
– La Sellette | « Ils se croient tout permis ! » - En comparution immédiate, on traite à la chaîne la petite délinquance urbaine, on entend souvent les mots « vol » et « stupéfiants », on ne parle pas toujours français et on finit la plupart du temps en prison. Une justice expéditive dont cette chronique livre un instantané.
– Vous avez eu chaud ? - Luno intervient bénévolement en prison. Il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Ce mois-ci, plongée dans la fournaise.
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– Démoraliser l'armée - « Réfractaires : contre le service militaire, contre la guerre » donne la parole à ceux qui ont refusé de marcher au pas. Un podcast salutaire à l'heure où les vieux clairons recommencent à sonner – et avec, en prime, un casting d'enfer.
– Être ou ne pas être social-traître - Un monde envoûté par le technofascisme où les pouvoirs économique, politique et médiatique s'entrecroisent dans un jeu de billard où tous les coups sont au moins à deux ou trois bandes ? Nous ne sommes pas dans la réalité, mais dans le dernier jeu vidéo du studio estonien ZA/UM qui, en dépit de son rachat controversé, n'a pas perdu sa pertinence.
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- L'édito – Bleu blanc rouge sang
– Ça brûle ! – Une belle petite niche
– L'animal du mois – Le baliste, ou « poisson mordeur »
– Abonnement - (par ici)
À Ceuta, l'espoir de milliers de Marocains s'est fracassé contre la frontière européenne. Mais les images de leur détresse, elles, ont trouvé preneurs : dans les discours de l'extrême droite, mais aussi dans les rapports de force entre États. Car aux frontières d'une Europe devenue forteresse, les mouvements migratoires sont aussi une arme diplomatique.
Cet été, l'extrême droite internationale a appris à placer un nouveau point sur la carte du monde : Ceuta. Ce confetti d'Espagne, accroché à la côte nord du Maroc, s'est brusquement trouvé sous le feu des projecteurs le 30 juillet dernier, lorsque des dizaines de milliers de personnes, pour la plupart marocaines, ont tenté de contourner la digue frontalière à la nage. En quelques heures à peine, des images d'hommes, de femmes et d'enfants épuisés par la traversée ont été découpées, recadrées et enrôlées dans un récit d'« invasion migratoire ». L'Espagne de Sánchez est désignée coupable par les têtes réactionnaires d'Occident. Au Bundestag, l'AfD exige de savoir si les choix en matière de politique migratoire de Madrid n'ont pas créé « des incitations supplémentaires », tandis que Giorgia Meloni menace d'une « suspension de l'espace Schengen avec l'Espagne ». De l'autre côté de l'Atlantique, le Département d'État de la Maison-Blanche parle même d'« efforts délibérés du gouvernement espagnol visant à faciliter l'immigration clandestine massive vers l'Europe ».
« Difficile de croire que, dans un pays où la surveillance et le contrôle sont constants, un tel exode ait pu se préparer dans le dos du régime »
La manipulation est grossière, mais elle interroge. Que cherche à produire ce récit ? Et comment un mouvement migratoire d'une telle ampleur a-t-il pu se passer au nez et à la barbe du régime marocain ? Selon la chercheuse María López, spécialiste en droits humains, la réponse tient en un cocktail explosif « d'inégalités structurelles, de tensions diplomatiques, de dépendance de l'Europe à l'égard du Maroc, de capacités d'accueil limitées et de polarisation politique ».
Intox sur intoxDans une vidéo diffusée sur TikTok, un journaliste de CBS annonce à un jeune Marocain que la police va le renvoyer. Particulièrement insistante, la caméra reste braquée sur son visage, complètement abasourdi. En arabe, en anglais, en espagnol, il tente de répondre quelque chose. Partout dans les médias, les reportages de ce type se sont multipliés. Même sidération, même désarroi, même désillusion dans le regard de ceux qui viennent de faire la traversée. Sur la carte, l'Espagne continentale n'est qu'à une quinzaine de kilomètres de haute mer de Ceuta. Juridiquement, l'enclave est rattachée à l'Union européenne. Mais le raccourci s'arrête là : bien que relevant de l'espace Schengen, la ville est soumise à un régime dérogatoire qui en fait une frontière extérieure [Voir page 7]. En moins de 24 heures, le piège s'est refermé sur les dizaines de milliers de personnes qui venaient de passer et la quasi-totalité a été renvoyée. Devant la caméra du journaliste de CBS, le jeune interviewé ne comprend pas : sur Facebook et Instagram, il a vu passer des publications affirmant que l'Espagne accueillait tout le monde.
En réalité, cette rumeur est venue se greffer à deux faits réels, mais déformés. Le 8 juillet, le Tribunal suprême espagnol a jugé que le « refoulement à chaud », permettant de repousser immédiatement vers le Maroc toute personne surprise en train de franchir irrégulièrement la frontière, ne s'appliquait pas aux routes maritimes. Pas question pour autant de laisser qui que ce soit s'installer : les migrants interceptés en mer restent soumis à une procédure ordinaire de renvoi. Dans le même temps, l'Espagne achève une vaste campagne de régularisation visant des travailleurs sans papiers déjà installés dans le pays. Sur les réseaux sociaux, les deux informations se sont télescopées, et toutes les subtilités du système migratoire espagnol ont sauté.
Le 2 août, Rabat tient son explication.
« Le Maroc sait que Ceuta est une arme diplomatique et qu'il peut décider ou non d'assouplir le contrôle à cette frontière »
Après trois longs jours de silence embarrassé, le ministère de l'Intérieur pointe des « interprétations erronées de données juridiques et administratives » et la « diffusion de fausses informations ». Une version que María López, chercheuse en droits humains, accueille avec scepticisme : « Difficile de croire que, dans un pays où la surveillance et le contrôle sont constants [Voir page 5, ndlr] , un tel exode ait pu se préparer dans le dos du régime. » Le doute est d'autant plus tenace qu'il existe des précédents. En 2021, environ 8 000 Marocains avaient rejoint Ceuta en moins de 48 heures. En 2024, un mouvement comparable avait au contraire été rapidement repéré sur les réseaux sociaux, puis contenu par les autorités marocaines.
Problème à trois corps« Le Maroc sait que Ceuta est une arme diplomatique et qu'il peut décider ou non d'assouplir le contrôle à cette frontière », souligne la chercheuse en relations internationales Khadija Mohsen-Finan. Un levier d'autant plus efficace à l'heure où l'Europe fait de la migration une véritable obsession. Or, un dossier pique particulièrement la sensibilité de Rabat : l'Algérie, sa grande rivale, et derrière elle, l'épineuse question du Sahara occidental. Le Maroc en revendique la souveraineté ; Alger soutient le camp indépendantiste.
En 2021, la frontière de Ceuta avait cédé en pleine crise diplomatique après que l'Espagne a accueilli Brahim Ghali, chef du Front Polisario1. Cinq ans plus tard, le décor a changé, mais les rivalités restent intactes : après une ère glaciaire entre Madrid et Alger, provoquée par la reconnaissance espagnole de la marocanité du Sahara occidental, Pedro Sánchez entreprend de renouer avec l'Algérie. Le 20 juillet dernier, il s'y rend en visite officielle et annonce une réunion bilatérale à l'automne. Surtout, Madrid prononce les mots qui comptent : l'Algérie redevient un « partenaire stratégique » et une « nation amie ». Puis, la commission de la Justice du Congrès des députés approuve une proposition de loi facilitant l'accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Un texte encore soumis au vote du Parlement, mais politiquement lourd de sens dans un dossier que le Maroc considère comme hautement stratégique.
Ennemie de Washington, honnie par Israël, l'Espagne de Sánchez est la cible favorite des droites internationales
« Il faut comprendre que tout le monde se tient : Madrid est le premier partenaire économique de Rabat ; Rabat tient la clé de la frontière à Ceuta ; Alger fournit une partie des hydrocarbures espagnols. Pendant ce temps, Maroc et Algérie sont à couteaux tirés sur le Sahara occidental – un immense territoire au sous-sol convoité, bordé d'eaux très poissonneuses. Chacun dépend de l'autre et dispose de moyens de pression », résume Khadija Mohsen-Finan.
Madrid dans le viseurMais les événements de Ceuta ne sont pas seulement l'expression de vieilles rivalités au Maghreb. Autour de Rabat, un autre front s'est révélé. À la Maison-Blanche, la porte-parole Anna Kelly, impute les événements aux « politiques mondialistes » du gouvernement espagnol, tandis que sur son compte X, l'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, reproche à l'Espagne de « donner des leçons » à Israël, alors qu'elle maintient des « enclaves coloniales en Afrique ».
« Rabat, Washington et Tel-Aviv sont des alliés historiques, rappelle María López. Mais les relations se sont récemment resserrées. » En 2020, les États-Unis sont le premier pays à reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental – geste que le Maroc honore avec zèle en baptisant « Donald J. Trump Highway » l'autoroute qui file jusqu'à Dakhla, en territoires sahraouis occupés. Avec Israël, les relations se normalisent au moment des accords d'Abraham, signés la même année. Et en 2026, l'axe se consolide encore : le 19 janvier, Mohammed VI devient le premier chef d'État arabe et africain à annoncer son ralliement au « Conseil de la paix » voulu par Donald Trump pour Gaza.
« À Ceuta, l'intérêt d'Israël et des États-Unis dépasse la question migratoire : il s'agit surtout de profiter de l'occasion pour fragiliser le gouvernement espagnol, qui s'est frontalement opposé à la guerre à Gaza et en Iran », estime María López. D'autant que la géographie ajoute une couche stratégique : l'enclave garde le passage de Gibraltar, porte occidentale de la Méditerranée. À l'heure où les routes maritimes sont bousculées par les tensions, les grands détroits redeviennent des pièces maîtresses. Un récent rapport du Congrès américain laisse d'ailleurs entendre que le soutien à Rabat pourrait, à terme, dépasser la seule question du Sahara occidental. Ceuta y est décrite comme un territoire « administré par l'Espagne », formule loin d'être anodine tant elle rejoint la lecture marocaine, qui en revendique la souveraineté depuis 1956. Ennemie de Washington, honnie par Israël, l'Espagne de Sánchez est la cible favorite des droites internationales. Et Ceuta, le fusible pour la faire péter.
Gaëlle Desnos1 . Mouvement politique armé qui revendique l'indépendance du Sahara Occidental.
La canicule, c'est comme les violences policières : on a dépassé les maximales, mais cette année sera plus douce que les prochaines. L'Assemblée nationale a adopté en première lecture, le 7 juillet dernier, une loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions, l'extrême droite en rêvait. Un « permis de tuer » en somme, comme le dénonce une pétition signée par 730 000 personnes. Et avec laquelle le gouvernement se torche allègrement – rappelons que la France, plusieurs fois condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme, est multirécidiviste.
Le pays crame de tous les côtés, mais l'urgence, c'est brosser la volaille dans le sens des plumes. Et rassurer le bourgeois, le profil type des victimes de violences policières étant un jeune homme non blanc issu des quartiers populaires. Ci-après, une liste non exhaustive des tués par les forces de l'ordre lors de contrôles. Amine Bentounsi (2012) : le policier est condamné à 5 ans de prison avec sursis, sans interdiction d'exercer son métier de policier ; il est depuis devenu délégué syndical. Babacar Gueye (2015) : non-lieu en faveur du policier, la légitime défense étant retenue par le tribunal. Amadou Koumé (2015) : les trois policiers sont condamnés à quinze mois de prison avec sursis pour « faute ». Adama Traoré (2016) : non-lieu, l'avocat de la famille a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme. Liu Shaoyao (2017) : non-lieu. Olivio Gomes (2020) : le policier a été condamné à dix ans de prison, puis libéré au bout de deux mois dans l'attente de l'appel prévu en novembre 2026. Souheil El Khalfaoui (2021) : le policier bénéficie du statut de témoin assisté. Alhoussein Camara (2023) : le policier a été mis en examen pour homicide volontaire. Nahel Merzouk (2023) : le chef d'inculpation du policier n'est toujours pas fixé. À cette liste, il faudrait ajouter les morts survenus lors d'opérations de « maintien de l'ordre ».
Officieusement, la présomption de légitime défense existe déjà, nous direz-vous. Maintenant, c'est carré. Cette loi parachève la militarisation de l'ordre public. En 2014, lorsque le maire d'extrême droite de Béziers offre des Beretta 9 mm à sa police municipale, c'est un tollé. Aujourd'hui, les rares mairies qui refusent d'armer leurs agents sont montrées du doigt. En 2017, le gouvernement socialiste autorise les flics à faire usage de leur arme en cas de « refus d'obtempérer ». Résultat : le nombre de morts a été multiplié par cinq. Au siècle dernier, le profil des victimes de la police était plutôt rouge et noir. Aujourd'hui, l'État extrade : le militant antifa Gino Abazaj est en passe d'être livré à l'Allemagne. Botter les fesses des néonazis, ça serait pas légitime. Préparez vos plus beaux pavés pour le 20 septembre, à défaut de LBD.