La canicule, c'est comme les violences policières : on a dépassé les maximales, mais cette année sera plus douce que les prochaines. L'Assemblée nationale a adopté en première lecture, le 7 juillet dernier, une loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions, l'extrême droite en rêvait. Un « permis de tuer » en somme, comme le dénonce une pétition signée par 730 000 personnes. Et avec laquelle le gouvernement se torche allègrement – rappelons que la France, plusieurs fois condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme, est multirécidiviste.
Le pays crame de tous les côtés, mais l'urgence, c'est brosser la volaille dans le sens des plumes. Et rassurer le bourgeois, le profil type des victimes de violences policières étant un jeune homme non blanc issu des quartiers populaires. Ci-après, une liste non exhaustive des tués par les forces de l'ordre lors de contrôles. Amine Bentounsi (2012) : le policier est condamné à 5 ans de prison avec sursis, sans interdiction d'exercer son métier de policier ; il est depuis devenu délégué syndical. Babacar Gueye (2015) : non-lieu en faveur du policier, la légitime défense étant retenue par le tribunal. Amadou Koumé (2015) : les trois policiers sont condamnés à quinze mois de prison avec sursis pour « faute ». Adama Traoré (2016) : non-lieu, l'avocat de la famille a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme. Liu Shaoyao (2017) : non-lieu. Olivio Gomes (2020) : le policier a été condamné à dix ans de prison, puis libéré au bout de deux mois dans l'attente de l'appel prévu en novembre 2026. Souheil El Khalfaoui (2021) : le policier bénéficie du statut de témoin assisté. Alhoussein Camara (2023) : le policier a été mis en examen pour homicide volontaire. Nahel Merzouk (2023) : le chef d'inculpation du policier n'est toujours pas fixé. À cette liste, il faudrait ajouter les morts survenus lors d'opérations de « maintien de l'ordre ».
Officieusement, la présomption de légitime défense existe déjà, nous direz-vous. Maintenant, c'est carré. Cette loi parachève la militarisation de l'ordre public. En 2014, lorsque le maire d'extrême droite de Béziers offre des Beretta 9 mm à sa police municipale, c'est un tollé. Aujourd'hui, les rares mairies qui refusent d'armer leurs agents sont montrées du doigt. En 2017, le gouvernement socialiste autorise les flics à faire usage de leur arme en cas de « refus d'obtempérer ». Résultat : le nombre de morts a été multiplié par cinq. Au siècle dernier, le profil des victimes de la police était plutôt rouge et noir. Aujourd'hui, l'État extrade : le militant antifa Gino Abazaj est en passe d'être livré à l'Allemagne. Botter les fesses des néonazis, ça serait pas légitime. Préparez vos plus beaux pavés pour le 20 septembre, à défaut de LBD.