COMMUNIQUÉ DE CADRE CAGOULE — 25/08
L'Europe veut présenter le Maroc comme un pays sûr. Un pays paisible. Un pays stable. Un pays vers lequel on pourrait renvoyer des personnes sans même leur demander pourquoi elles l'ont fui.
Mais à Ceuta, nous avons vu une autre réalité.
Depuis le 30 juillet, des milliers de Marocaines et de Marocains sont entrés à Ceuta. Pendant plus de vingt jours, nos frères et sœurs harragas ont affronté la faim, les chasses à l'homme, les coups, les humiliations ainsi que les violences physiques et psychologiques. De la part de la police, de la Guardia Civil, de l'armée, des fascistes de Ceuta et de l'État. Et malgré tout, les harragas ont résisté. Parce qu'ils savent mieux que quiconque ce qu'ils cherchent à fuir.
Le Maroc du football, de la télévision, de YouTube, de la publicité et du tourisme n'est pas le Maroc dans lequel vivent les Marocains. La réalité, c'est une fille de neuf ans qui traverse une frontière à la nage pour quitter le Maroc. La réalité, ce sont des mineurs qui quittent leur foyer et entrent dans la mer parce que l'avenir les terrifie. Des filles qui partent parce qu'elles ne sont pas en sécurité. Des mères qui traversent avec leurs enfants parce qu'elles craignent la faim et un avenir inconnu. Des jeunes femmes et des jeunes hommes qui grandissent dans un pays devenu une prison géante. Humiliation. Peur. Répression. Torture. Ignorance imposée.
Et l'Europe appelle cela : « SAFE ». La démocratie est-elle un droit pour tout le monde, ou seulement pour celles et ceux qui possèdent un passeport rouge ou une peau blanche ? Le colonialisme a-t-il pris fin ? Ou a-t-il simplement changé de visage ? L'Europe veut que la pauvreté, la faim et l'humiliation au Maroc paraissent naturelles. Comme si la pauvreté était tombée du ciel. Comme si la répression n'avait aucun auteur. Comme si des personnes avaient simplement décidé, un matin, de se jeter à la mer. L'Europe refuse de considérer la pauvreté dans son contexte politique. Parce que dès que la pauvreté devient politique, quelqu'un doit en répondre.
L'Union européenne ferme les yeux sur les crimes des dictatures africaines lorsque ses intérêts sont protégés. Dans le même temps, elle finance des frontières qui tuent, frappent, traquent et emprisonnent celles et ceux qui fuient : LA PAUVRETÉ. LA GUERRE. LE FASCISME. LA RÉPRESSION.
L'Europe protège les régimes que les personnes tentent de fuir, puis criminalise celles et ceux qui leur échappent. Au Maroc, le salaire minimum se situe autour de 3 000 dirhams. Tu travailles toute la journée. Le loyer engloutit la majeure partie de ton salaire. Pendant ce temps, des entreprises et des investissements européens profitent d'une main-d'œuvre bon marché et d'un système politique qui leur garantit un mot sacré : « STABILITÉ ».
La stabilité pour le capital. Le silence pour tous les autres. L'Union européenne ignore-t-elle réellement la situation sociale au Maroc ? Ignore-t-elle ce que les personnes gagnent, le prix des loyers et le coût de la survie ? Ses analystes sont-ils véritablement aussi incompétents ? Ou l'Europe sait-elle exactement ce qui se passe ? Peut-être que la dictature ne devient un problème que lorsqu'elle cesse de servir les intérêts européens.
Le colonialisme n'est pas seulement un drapeau planté sur une terre. Le colonialisme, c'est aussi : Qui décide de la valeur de ton travail. Qui profite de ta pauvreté. Qui arme les frontières qui te maintiennent enfermé. Qui décide des endroits où ton corps a le droit de se déplacer. Qui attend de toi que tu travailles pour presque rien et que tu meures en silence si tu refuses.
Les harragas ne sont pas une main-d'œuvre bon marché attendant d'être exploitée. Ce sont des travailleuses et des travailleurs libres. Ils revendiquent le droit de travailler dans la dignité. Le droit de vivre dans la dignité. Travailler douze heures par jour pour 300 euros par mois, pendant que 200 euros disparaissent dans le loyer, ce n'est pas la dignité. Il faut appeler cela par son nom : de l'esclavage économique.
À Ceuta, les harragas ne demandaient pas de nourriture. Leur slogan dans les rues était clair :
« ASILO, ASILO, NO COMIDA. »
L'ASILE. PAS LA NOURRITURE.
Parce que nous savons partager la nourriture. Nous venons d'Afrique. Même lorsque la vie est difficile, nous apprenons à partager entre nous le peu que nous possédons. Ils ne demandaient pas à l'Europe de les nourrir. Ils exigeaient que l'Europe cesse de leur refuser le droit d'exister ici. Ils fuient la pauvreté. Mais la pauvreté n'est pas une fatalité. La pauvreté devient un crime politique lorsqu'un État la produit, l'entretient, puis punit celles et ceux qui tentent de lui échapper.
Ils traversent pour fuir l'humiliation. Pour fuir la peur. Pour fuir l'esclavage. Ils ont traversé pour travailler. Pour vivre. Pour reprendre un avenir qui leur avait été refusé.
S'il existe un colonisateur, c'est l'État qui a tué Sankara et condamné El Khattabi à l'exil. S'il existe un criminel, c'est l'État qui a transformé le Maroc en prison géante et appris à ses enfants à le craindre. Le crime n'est pas de franchir une frontière. Le crime, c'est de construire un monde dans lequel un enfant doit traverser la mer pour pouvoir imaginer un avenir.
À Ceuta, les harragas n'ont pas demandé la pitié. Ils se sont organisés. Ils ont résisté. Ils ont occupé les rues. Et ils ont exigé trois choses : LIBERTÉ. DIGNITÉ. JUSTICE.
Ce ne sont pas des privilèges européens. CE SONT DES DROITS.