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The Guardian view on selling off the World Cup: a red-card offence by Gianni Infantino | Editorial
Fifa’s president hopes to sell stakes in the planet’s most watched sporting event. In the wider interests of football, he must be resisted
Like a sporting Dr Pangloss, Fifa’s president, Gianni Infantino, would like to persuade football followers that they are living in the best of all possible worlds. Maddeningly for him, many disagree. On Monday, Mr Infantino published a 15-page Instagram rant in which he bemoaned the “hate and false rumours” in circulation during the recent men’s World Cup. White House interference over a crucial refereeing decision, prohibitive ticket prices, unnecessary but lucrative hydration breaks; it was all, as his best friend in politics, Donald Trump, would say, “fake news”.
But where the president of world football’s governing body sees haters, others see lovers of the game rightly concerned over where he is taking it. On Tuesday, Fifa confirmed that it hopes to sell stakes in the World Cup and other tournaments to private investors who may include Joshua Kushner, the brother of Mr Trump’s son-in-law Jared. The investors would buy into a new $20bn company, Fifa Forward Enterprise, which would sell all of Fifa’s commercial rights, including ticketing, and take charge of “operational delivery” of World Cups.
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Assemblée Générale Antifasciste de la Rentrée
2027 c'est l'année des élections présidentielles. Le Pen ou Bardella seront candidat.es : organisons-nous pour les empêcher de faire campagne.
Le 02 et 03 octobre prochain se tient le banquet du Canon Français à Chemillé-en-Anjou. Financé par le milliardaire d'extrême droite Pierre Edouard Stérin et fondé par des enfants de l'ancienne aristocratie, nous devons nous mobiliser pour que ces fêtes excluantes et racistes n'aient pas lieu.
le RED, groupuscule fasciste, nouveau visage de l'alvarium est toujours très actif à Angers. Il est important d'alerter sur leur présence et de faire en sorte qu'ils n'aient pas la place de propager leurs idées nauséabondes.
Si ces sujets te parlent, rendez-vous début septembre sur Angers. Le lieu et la date précise seront transmis la dernière semaine d'août. Cet article sera modifié à ce moment là. Sinon vous pourrez retrouver l'info quand elle sortira sur le instagram de @angers_luttes_infos ou facebook Angers Luttes Infos.
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France Travail déploie un outil de profilage algorithmique à des fins de contrôle
France Travail développe un algorithme de profilage des chômeur·euses à des fins de contrôle, comme le prouve un document que nous publions aujourd'hui en partenariat avec la cellule investigation de Radio France . Cet algorithme, encore en phase de test, manifeste la volonté de France Travail de massifier les contrôles via l'utilisation d'outils numériques. Nous appelons à la mobilisation contre cet algorithme illégal et à son abandon par la direction de France Travail.
Le 10 décembre dernier, un nouvel outil numérique était présenté au comité d'éthique IA de France Travail. Intitulé « Ciblage du Contrôle de la Recherche d'Emploi », son objectif est de « recourir à l'IA » afin d'« identifier les dossiers nécessitant un examen approfondi » et d'« alimenter automatiquement l'outil de contrôle de la recherche d'emploi ». Lors de sa présentation, cet outil était en phase active de test, étape préalable à un déploiement plus large.
En d'autres termes, l'ancien Pôle Emploi cherche à se doter d'un outil similaire à ceux que nous dénonçons à la CNAF ou à l'Assurance maladie , visant à automatiser la sélection des personnes devant faire l'objet d'un contrôle.
6 millions de personnes concernées
Cet algorithme vise à « prédire » quel·les chômeur·euses manqueraient à leurs obligations de recherche d'emploi. Concrètement, il repose sur la construction de profils « suspects/non suspects » fondée sur l'analyse de dizaines de milliers de contrôles passés1L'algorithme a été entraîné sur la base de 60 000 contrôles passés. Techniquement, il se base sur un arbre de décision , une technique de machine-learning dont les paramètres sont sélectionnés par itérations successives. Chaque personne inscrite est ensuite assignée à l'un de ces profils sur la base des données personnelles que détient France Travail. Celles et ceux classifié·es comme « suspect·es » sont placé·es sur une liste de personnes prioritaires à contrôler.
Si cet algorithme est aujourd'hui testé sur les profils de personnes en situation de rupture conventionnelle2À la date de publication du document, l'algorithme avait fait l'objet de deux campagnes de 7 000 tests environ chacune, portant sur les personnes ayant fait l'objet d'une rupture conventionnelle. France Travail souhaite « étendre l'utilisation du modèle à d'autres publics » afin d'« alimenter automatiquement l'outil de contrôle et transmettre chaque mois des listes de contrôle ciblés »3Ciblage du contrôle de la recherche d'emploi, document présenté en comité d'éthique IA du 10 décembre 2025, disponible ici . Le document précise que l'algorithme vise à alimenter les « listes de contrôles ciblées ». Ces contrôles représentent environ 40% de l'ensemble des contrôles, soit 500 000 contrôles en 2025, aux côtés des contrôles aléatoires ou des contrôles déclenchés sur « signalement ». En prenant en compte l'ensemble des personnes au RSA, dont l'inscription à France Travail est obligatoire depuis le 1er janvier 2026, ce sont plus de 6 millions de personnes qui pourraient se voir profiler chaque mois par l'algorithme4Inscrits à France Travail, premier semestre 2026, catégories A, B, C, D et E, France Travail, disponible ici .
À ce jour, nous disposons seulement de la liste des 26 variables utilisées par l'algorithme, mais nous ne connaissons pas les règles utilisées dans la construction des profils5La liste exhaustive des variables est disponible dans le document que nous publions. Nous ne sommes donc pas en mesure de déterminer, via des simulations, quelles populations sont les plus ciblées par cet outil. Nous avons fait une demande d'accès au code source de l'algorithme mais, eu égard à l'opacité qu'entretient France Travail vis-à-vis de ses outils numériques, il est peu probable qu'elle aboutisse.
Parmi les catégories de variables retenues, notons notamment celles relatives aux « activités déclarées », à la « visibilité du demandeur d'emploi » (par exemple si le CV est en ligne sur le site de France Travail), à la recherche d'un travail dans un « métier en tension », au « niveau de formation », à « l'ancienneté d'inscription », ou encore à « l'historique des manquements » (absence à un rendez-vous par exemple). On retrouve également la présence d'une activité non salariée, critère par ailleurs utilisé par la CNAF dans son dernier algorithme de scoring pour dégrader la note des personnes en emploi précaire.
Mais l'absence de transparence quant aux règles de classification de l'algorithme ne doit pas masquer l'essentiel. Comme le montrent les exemples de la CNAF et de la CNAM, ces algorithmes sont dangereux en eux-mêmes, car ils sont des outils particulièrement efficaces pour organiser, en toute impunité, la répression de populations entières, et en particulier des plus vulnérables.
Déresponsabilisation et répression sociale
En premier lieu car, comme nous l'avions documenté en détail dans le cas de la CNAF , l'introduction d'algorithmes dopés à l'IA ou au « machine learning » dépolitise la question du contrôle social et des violences associées. France Travail ne fait pas exception : le document présenté à son comité d'éthique avance, dans un paragraphe intitulé « Pourquoi recourir à l'IA ? », que cette dernière permettrait une « suppression des a priori » en proposant « des dossiers à contrôler sur la base de critères objectifs ».
Ce que l'on observe ici c'est la transformation d'un problème politique – le choix des critères de sélection des personnes à contrôler – en un problème purement technique. Cette dépolitisation s'accompagne d'une délégitimation de la critique des politiques de contrôle, puisque ces dernières sont désormais censées être « neutres » et « objectives ». Elle procède également d'une déresponsabilisation des dirigeant·es qui n'ont plus à assumer, en leur nom, les politiques qui conduisent au ciblage de certaines catégories de personnes.
Ajoutons enfin que le profilage algorithmique est utilisé pour invisibiliser le caractère discriminatoire des politiques de contrôle à travers l'individualisation du processus de sélection. Nul·le n'est contrôlé·e parce qu'il ou elle fait partie de telle ou telle population, mais parce que son « score » individuel s'est détérioré.
Opacité et maltraitance
À cela s'ajoute l'opacité qui entoure le code des algorithmes de profilage. En permettant aux responsables des institutions sociales de taire la réalité du tri social organisé, elle complique considérablement la mise en lumière de leurs dérives.
On rappellera ici que, dans le cas de la CNAF, le code source de l'algorithme n'a été obtenu qu'après une longue bataille juridique et médiatique, tandis que celui de l'Assurance maladie ne l'a été qu'à la faveur d'une erreur de caviardage par l'administration. Pendant des années, l'absence de publication des paramètres de ces algorithmes a permis à ces institutions d'organiser le sur-contrôle de certaines populations (femmes isolées, personnes au RSA, personnes en situations de handicap…) sans jamais avoir à rendre de comptes. Pire, les dirigeant·es de ces institutions ont profité de cette opacité pour aller jusqu'à se vanter du recours à des outils de « modernisation » à la « pointe de la technologie ».
Ce risque est particulièrement fort concernant France Travail. Car, loin de la communication de sa direction vantant un recours à une IA « éthique » et « transparente »6Voir notamment la « Charte de France Travail pour une éthique de ses usages de l'intelligence artificielle », disponible ici . Toutes nos demandes d'accès au code des IA utilisées par France Travail sont, à ce jour, restées lettres mortes. En violation flagrante de la loi, France Travail a notamment refusé de nous communiquer la moindre information sur des IA aussi sensibles que celles utilisées pour échanger par SMS afin de proposer des offres d'emplois à des usager·ères (MatchFt) ou celle que France Travail a généralisé auprès de ses conseillers afin de les aider dans leurs tâches quotidiennes (ChatFt)7Notons que nos demandes ne portaient pas que sur le code source de ces IA, mais aussi sur la documentation technique ou l'analyse d'impact de la protection des données. Pire, dans ces deux cas, l'institution n'a même pas pris la peine de motiver sa décision auprès de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) – l'institution chargée d'indiquer si ces refus sont légaux ou pas – lorsque nous l'avons saisie.
IA générative et massification des contrôles
Le développement de ce nouvel outil de profilage s'inscrit dans un contexte plus large de multiplication des outils numériques de contrôle au sein de France Travail. Rien que l'année dernière, nous alertions déjà sur le déploiement de « robots » visant à automatiser la décision de clore ou non un contrôle. Ces « robots » intervenaient lors du contrôle lui-même, alors que le nouvel algorithme intervient en amont, lors de la sélection des personnes à contrôler.
Ce qui se dessine, c'est la volonté d'automatiser l'ensemble de la chaîne de contrôle afin de répondre aux objectifs gouvernementaux de massification des contrôles, dont le nombre est passé de 200 000 en 2017 à 730 000 en 2025. En 2027, l'objectif fixé par le gouvernement est d'en réaliser 1,5 millions8Pour les chiffres de 2017, voir l'étude de Pôle Emploi « Le contrôle de la recherche d'emploi : l'impact sur le parcours des demandeurs d'emploi » disponible ici . Pour 2025, voir le document de présentation de l'algorithme. L'objectif de 1,5 millions a été annoncé par Gabriel Attal en 2024, voir cet article
Mais c'est du côté de l'IA générative que les risques les plus importants existent aujourd'hui. Alors que France Travail multiplie le développement d'IA (ChatfT, NeoFt, MatchFT…), on ne peut que s'attendre à ce qu'une IA générative soit déployée à des fins de contrôle. Connectée au dossier de la personne contrôlée, elle formulerait une « suggestion » quant à la décision à prendre par le ou la contrôleur·euse. Ce serait une étape décisive vers une automatisation totale du contrôle de la recherche d'emploi et la possibilité de massifier, à moindre coût, le contrôle et la surveillance des millions de personnes inscrites à France Travail.
Il est fondamental que France Travail change de politique. Celle qui se dessine, une automatisation toujours plus inhumaine du contrôle, doit être rejetée. Il est encore plus inquiétant de voir que les dirigeant·es de France Travail ne veulent pas voir la réalité sociale de leur politique de contrôle et préfèrent s'enfermer dans la douce mélodie du solutionnisme technologique. Alors pour nous aider à continuer la lutte, vous pouvez nous faire un don et retrouvez l'ensemble de nos publications sur l'utilisation par les organismes sociaux d'algorithmes à des fins de contrôle social sur notre page dédiée .
References[+] References
| ↑1 | L'algorithme a été entraîné sur la base de 60 000 contrôles passés. Techniquement, il se base sur un arbre de décision , une technique de machine-learning dont les paramètres sont sélectionnés par itérations successives.
| ↑2 | À la date de publication du document, l'algorithme avait fait l'objet de deux campagnes de 7 000 tests environ chacune, portant sur les personnes ayant fait l'objet d'une rupture conventionnelle.
| ↑3 | Ciblage du contrôle de la recherche d'emploi, document présenté en comité d'éthique IA du 10 décembre 2025, disponible ici . Le document précise que l'algorithme vise à alimenter les « listes de contrôles ciblées ». Ces contrôles représentent environ 40% de l'ensemble des contrôles, soit 500 000 contrôles en 2025, aux côtés des contrôles aléatoires ou des contrôles déclenchés sur « signalement ».
| ↑4 | Inscrits à France Travail, premier semestre 2026, catégories A, B, C, D et E, France Travail, disponible ici .
| ↑5 | La liste exhaustive des variables est disponible dans le document que nous publions.
| ↑6 | Voir notamment la « Charte de France Travail pour une éthique de ses usages de l'intelligence artificielle », disponible ici .
| ↑7 | Notons que nos demandes ne portaient pas que sur le code source de ces IA, mais aussi sur la documentation technique ou l'analyse d'impact de la protection des données.
| ↑8 | Pour les chiffres de 2017, voir l'étude de Pôle Emploi « Le contrôle de la recherche d'emploi : l'impact sur le parcours des demandeurs d'emploi » disponible ici . Pour 2025, voir le document de présentation de l'algorithme. L'objectif de 1,5 millions a été annoncé par Gabriel Attal en 2024, voir cet article . function footnote_expand_reference_container_27568_6()
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Trump administration formally bans gain-of-function research
The Trump administration announced Tuesday it has officially banned gain-of-function research, claiming it has the potential to threaten lives and undermine national security if not properly restricted and controlled. The State and Health and Human Services departments claim that although biomedical research has produced lifesaving vaccines and medical breakthroughs, it must never come at the expense of public safety or national security... -
This Week In The Big Picture
With fewer than 100 days left until Election Day, how are Democrats faring in their effort to retake the House and maybe even the Senate?
Whether it’s generic ballot polls or specific polls of some of the top tier House and Senate races, as November approaches we are getting a better sense of how the winds are blowing for Democrats this cycle.
In tomorrow’s piece, digs into the most-watched races, what the polls say about them, and how past blue waves such as 2006 and 2018 can give us clues to how November will go.
And in case you missed it, yesterday dug into the details of Donald Trump’s corrupt mail-in ballot executive order, now that he has appealed to the Supreme Court to reverse lower court decisions blocking it in most of the blue states. But as Jay noted, the damage and distrust Trump hopes to sow is already in motion no matter how SCOTUS rules.
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Trump Was Right. Six Months Post-Maduro, Venezuelan Recovery Defies Critics
When President Donald Trump ordered an early morning raid to arrest Venezuelan President Nicolás Maduro in January and brought him to the United States to face trial on narco-terrorism charges, the warnings came fast. House Armed Services Committee ranking Democratic member Adam Smith cautioned that United States military intervention always "ends badly," citing Iraq and Libya as examples. Representative Jim Himes, the ranking Democrat on the House Intelligence Committee, drew the parallel directly. "This is exactly the euphoria we felt in 2002 when our military took down the Taliban in Afghanistan," Himes said, "in 2003 when our military took out Saddam Hussein, and in 2011 when we helped remove Muammar Qaddafi from power in Libya."... -
Inside Bibi's pivotal White House meeting with Trump
Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu expressed skepticism during his meeting with President Trump about the chance of a deal with Iran and discussed increasing economic pressure on Iran "through kinetic and non-kinetic means," a senior Israeli official said in a briefing with reporters. Why it matters: Tuesday's meeting was the first between Netanyahu and Trump since the start of the war on Feb. 28. It came as Trump is still trying to reach a deal with Iran but also considering a return to major combat operations. Several hours after the sitdown, Iran launched a missile attack on an American base in Jordan for the first time since Trump paused U.S. strikes in Iran on Friday... -
Travail par forte chaleur : faire valoir nos droits, en gagner de nouveaux !
<https://solidaires49.org/local/cach...>
La France connaît son deuxième épisode de canicule alors que l'été vient tout juste de commencer. Plus de 3/4 des départements de métropole sont placés en vigilance rouge, avec des températures grimpant jusqu'à plus de 40°C. Le département du Maine-et-Loire bat de tristes records de température avec des pics à 44°C.
L'impréparation de la préfecture, des collectivités territoriales et du patronat est irresponsable alors que la multiplication et l'aggravation de ces épisodes sont annoncés depuis des décennies. Contrairement à ce que déclare le préfet de Maine-et-Loire, les habitant·es du département n'ont pas besoin d'un "papa" qui leur dise quoi faire, mais bel et bien de pouvoirs publics qui, pour une fois, protégeraient les travailleurs et les travailleuses, nos écosystèmes, et pas simplement les profits du patronat.
Lors de la canicule de mai, au moins un travailleur a trouvé la mort, un ouvrier de 19 ans dans la Drôme, qui travaillait sur un toit sans aucune mesure particulière prise par l'employeur, selon l'inspection du travail. Selon la préfecture, son décès est dû à une hyperthermie.
Face à cette mise en danger des salarié∙es, le syndicalisme constitue un contre-pouvoir.
L'État et les pouvoirs publics manquent à leurs devoirs, comme dans l'Éducation nationale où le rectorat de l'Académie de Nantes a failli à toutes ses obligations. Tout d'abord en négligeant d'évaluer les risques professionnels puis en refusant de recenser les personnes vulnérables comme il est censé le faire mais surtout en diffusant des injonctions contradictoires et en laissant la gestion de cet événement aux chef d'établissements ou aux mairies, entrainant des inégalités locales et une grande confusion, qui a mis en danger les personnels. Les remontées de terrains, par les registres Santé et Sécurité au Travail, les droits de retraits et les déclarations de danger grave et imminent, sont alarmantes. Pourtant les mesures à prendre pour la rénovation écologique du bâti scolaire, pour de meilleures conditions de travail lorsqu'il fait chaud, ou froid, et pour des économies d'énergie, sont connues. Nous les portons avec l'Alliance écologique et sociale, qui a publié un rapport en septembre dernier, : L'école bien dans ses murs : pour une rénovation écologique du bâti scolaire. Il en va de même pour l'hôpital public et les EHPAD, laissés à l'abandon et structurellement inadaptés à ces crises thermiques répétées depuis la canicule de 2003 qui avait fait plus de 15000 mort·es, dont en grande majorité des personnes âgées et vulnérables.
Pourtant de l'argent nous a été volé à nous les travailleurs et travailleuses soit-disant pour protéger les plus fragiles. Les dirigeant.e.s nous ont pris à chacun directement ou en proportion du temps de travail près de 11 heures.
Pourtant, rien n'a été fait en ce sens et aujourd'hui les pouvoirs publics en reste à une gestion au cas par cas, génératrice d'inégalités. Nous exigeons un cadrage national avec des critères objectifs pour décider du report des examens, de la fermeture des écoles et des établissements, une évaluation primaire des risques professionnels liés à la météo, des autorisations d'absence pour les personnels vulnérables qui auront été recensées et une reconnaissance en accident de service des lésions éventuelles liées à cet épisode caniculaire.
Au travail, le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 est insuffisant. Le gouvernement a refusé de fixer des températures maximales dans le code du travail, ou d'imposer que des températures maximales soient fixées par secteur d'activité, ou de permettre à l'inspection du travail d'arrêter l'activité dans les situations de danger. Dans l'immédiat, Solidaires exige également des arrêtés de suspension des travaux en extérieur de la part des préfectures, dans le bâtiment et les travaux publics mais aussi les autres secteurs concernés pendant toute la période de canicule rouge.
Et au-delà de ces mesures indispensables et urgentes d'adaptation et de protection, il est plus que temps de sortir de l'inaction climatique, en associant les travailleurs et les travailleuses à la reconversion écologique de l'appareil productif et à la sortie des énergies fossiles sans leur faire payer la facture.
Solidaires publie une fiche "Outils" pour armer les salarié∙es du privé et les agent·es de la fonction publique et leurs représentant·es, “Il fait trop chaud au boulot, on fait quoi ?”.
https://solidaires.org/connaitre-se... <https://solidaires49.org/local/cach...>
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Les États-Unis interdisent les robots humanoïdes chinois, au nom de la sécurité nationale

La FCC a ajouté les robots humanoïdes et les onduleurs électriques fabriqués à l'étranger à sa liste noire des équipements jugés dangereux pour la sécurité nationale américaine. Une décision qui vise sans le dire la Chine, leader mondial de la robotique avancée.
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Claude casse un algo post-quantique en 60 heures
Anthropic, le concurrent direct d'OpenAI sur les modèles d'IA, a publié hier un billet de recherche qui a fait pas mal de bruit : son modèle Claude Mythos Preview a trouvé en 60 heures une faiblesse dans HAWK, un schéma de signature post-quantique que deux ans de relecture humaine n'avaient pas repérée.
La cryptographie post-quantique, ce sont ces nouveaux algorithmes conçus pour résister aux futurs ordinateurs quantiques, qui pourraient un jour casser une partie du chiffrement actuel. Le NIST, l'organisme américain qui normalise ces standards, organise depuis des années un concours public, et HAWK y concourt au troisième tour pour les signatures numériques, ce mécanisme qui prouve qu'un message vient bien de vous.
Sauf que voilà, ce que l'IA a réellement cassé, c'est HAWK-256, un paramètre de défi mis à disposition des chercheurs pour être attaqué, pas les versions HAWK-512 et HAWK-1024 pensées pour un usage réel. L'attaque fait passer le coût d'une récupération de clé de 2 puissance 64 à 2 puissance 38 opérations, de quoi diviser par deux la taille de clé effective sur un schéma qui n'est déployé nulle part.
Deuxième résultat mis en avant : une attaque 200 à 800 fois plus rapide que la meilleure méthode connue contre AES-128 réduit à 7 tours. AES, c'est le chiffrement le plus utilisé au monde, celui qui protège votre navigateur, vos sauvegardes ou votre disque dur.
Un tour, c'est une passe de brouillage des données, et AES-128 en enchaîne dix. Les cryptographes attaquent depuis toujours des versions volontairement raccourcies pour jauger la marge de sécurité du vrai chiffre, du coup 7 tours, c'est un exercice académique, rien de plus.
Même sur cette version affaiblie, l'attaque suppose de faire chiffrer environ 2 puissance 105 messages choisis par l'attaquant, une quantité de données que personne ne réunira jamais. Anthropic l'écrit noir sur blanc : aucun système en production n'est touché.
Le sujet est ailleurs. La technique contre AES, que le modèle a baptisée le pont de Möbius, est sortie de trois jours de travail quasi autonome pour environ 100 000 dollars de calcul, avant plusieurs centaines d'heures de vérification par des chercheurs humains, seuls capables de confirmer que l'attaque tient debout.
Anthropic a d'ailleurs prévenu les auteurs de HAWK dès juin et coordonné sa publication avec le NIST. Chez Keyfactor, une société spécialisée dans la gestion du chiffrement, on y voit la preuve que le processus d'évaluation fait son travail : mieux vaut découvrir ces faiblesses maintenant qu'une fois le standard déployé partout.
Une IA qui trouve toute seule des failles dans du chiffrement, c'est franchement impressionnant. Les titres qui enterrent déjà le chiffrement mondial, beaucoup moins.
Source : Anthropic
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04-05/09 : Forum antifasciste
Le Groupe Antifasciste Mâcon et Environs organise les 4 et 5 septembre 2026 un forum antifasciste riche en rencontres et concerts. Pour notre part, nous y seront présent·es pour présenter Fachorama et les activités de la Horde, et pour tenir une table d'infos. Retrouvez tout le programme ci-dessous !
- Initiatives
vendredi 4 septembre
18hoo : rencontre/discussion avec le collectif la Horde Présentation du jeu Fachorama et de l'action militante du collectif. à la Comédie Noire, 26 place de la Comédie (…) -
Incendies et lutte des classes
Deux classes sociales et un brasier qui les sépare. Des cendres pour les uns, les villas avec piscines intactes pour les autres.
L’article Incendies et lutte des classes est apparu en premier sur Contre Attaque.
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Ce que les manifestations des « cafards » en Inde révèlent sur l'autoritarisme numérique | Sahasranshu Dash
la police de Delhi a déployé autour du site de protestation une infrastructure de surveillance dont la sophistication aurait semblé exceptionnelle il y a encore une décennie. Tours de surveillance, reconnaissance faciale assistée par l'IA, caméras à 360 degrés, caméras-piétons, unités mobiles et même lunettes intelligentes Meta ont créé un environnement dans lequel presque chaque déplacement des manifestants pouvait être enregistré, analysé et archivé. Après les affrontements, la police a indiqué que ces images seraient recoupées avec des bases de données criminelles afin d'identifier les personnes soupçonnées d'y avoir participé. Source: Le Devoir -
LFI en campagne : les beaux yeux bleus blancs rouges de Mélenchon
Le lancement de campagne de LFI fait beaucoup de bruit. Hâtifs et plein d'ambitions, les mélenchonnistes font des promesses à tout va pour agglomérer toutes les forces de gauche autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Mais certaines de ces promesses ne manquent pas de nous étonner au plus haut point. Surtout de la part d'une formation politique verticale, centraliste et dont le noyau vient d'une gauche jacobine et républicaniste qui n'a jamais montré de sympathie envers la diversité culturelle des territoires de l'État français…
Ce texte n'a pas vocation à tirer sur l'ambulance.
LFI est certainement la force politique française la moins problématique à bien des égards, qui a su tenir la ligne de l'humanisme contre les vents et marées nauséeuses des réactionnaires et des sociaux-traîtres sur le racisme comme sur la Palestine. Sa machine de guerre électorale et la galaxie de relais médiatiques a réussi le tour de force non seulement de résister mais aussi de contre-attaquer sur le plan de la bataille culturelle, dans un contexte d'ultra-concentration des médias et de tournant autoritaire de l'état français.
Une fois ce constat posé, nous ne pouvons qu'afficher nos réticences et notre scepticisme face aux belles promesses et à la Mélenchon-mania. Parce que révolutionnaires, nous ne pouvons que nous agacer face au moralisme des Insoumis qui érigent un vote à la présidentielle comme l'Alpha et l'Oméga de la lutte politique. Parce que Breton·ne·s, nous nous pouvons que hausser des sourcils face à la conversion subite de Mélenchon, l'éternel jacobin qui assène la République à tout va, à des positions anticolonialistes et décentralisatrices.
Dispac'h est un collectif, qui n'a pas vocation à indiquer pour qui voter – et encore moins à une élection présidentielle française. Au-delà de notre constat initial, notre appréciation de la FI nourrit des débats jusqu'au sein de notre collectif. Mais nous partageons tous·tes des doutes sur la sincérité pré-électorale de la FI, et notre rôle est d'exposer ces doutes en faisant valoir un point de vue révolutionnaire breton. Ce texte est dont le premier d'une série de sujets sur nos désaccords théoriques avec la France Insoumise.
Quelques rappels : Mélenchon, pas franchement décolonial... Et la FI non plus
Le passif est ancien. On se souvient toujours amèrement d'un Mélenchon qui qualifiait publiquement la pratique du breton par immersion de « pratique sectaire » en 2001 et en 2008, reprenant les éléments de langage de Françoise Morvan, qui assimile la totalité de notre mouvement culturel à la collaboration. Opposé à l'application de la Charte Européenne des Langues Minoritaires, il votait contre la résolution en faveur des langues menacées portée par l'Alliance Libre Européenne en 2013 au Parlement Européen.
On nous dira qu'il a changé, « le Vieux », que ces positions datent du Front de Gauche. La FI n'a pourtant pas brillé par la rupture sur ce sujet. En 2021, le groupe a voté contre la Loi Molac sur l'enseignement des langues minoritaires, tandis que la plupart des candidats Insoumis aux législatives s'est abstenu de répondre aux engagements proposés par le Collectif Pour Que Vivent Nos langues en en 2022. En 2024, le programme du NFP concédait de « Favoriser l'enseignement des langues régionales »… « en outre-mer », ce dont nous ne pouvons que nous réjouir pour les populations concernées mais qui n'est pas pour nous rassurer quant à la vision homogénéisante de la diversité culturelle sous l'Etat français.
Outre ces positions culturelles, la FI est très réticente à toute forme d'autonomie.Le programme de l'Union Populaire de 2022 ne fait mention des « territoires d'outre-mer » que comme des zones où la France n'est pas assez présente par ses services publics, et ne questionne en aucun cas la légitimité de cette présence. Si la FI a radicalement changé de position sur l'autonomie de la Corse, nous nous questionnons sur ces revirements qui interviennent lors des années électorales ; d'autant plus que les positions récentes de la gauche à l'Assemblée sur le statut de l'Alsace vont toujours largement à l'encontre de sa reconnaissance et de son autonomisation.
Idem sur la promesse d'un nouveau référendum d'indépendance pour la Kanaky annoncée comme conditionné… à une consultation préalable de l'ensemble des citoyen·nes francais·es.
Sur le plan international, nous avons salué – et saluons toujours – la boussole morale de la FI concernant l'engagement pour la survie du peuple palestinien. Mais l'anticolonialisme et l'anti-impérialisme de la FI nous laisse sceptique sur d'autres régions du globe, nous reviendrons sur ce sujet dans un prochain texte.
Du jacobinisme au municipalisme, en passant par le biorégionalisme...
Cela dit, la FI est habituée à des revirements : son tournant soudainement municipaliste lors de la dernière campagne n'a pas manqué de faire hausser des sourcils. Venant d'un mouvement extrêmement vertical où ni la question de la démocratie interne ni la question des spécificités locales n'ont été véritablement traitées, l'affichage d'un « municipalisme » a de quoi faire sourire. L'utilisation du terme n'est pas neutre, surtout venant de militant·e·s de gauche qui ne sont pas sans ignorer l'apport d'un certain Murray Boochkin, théoricien socialiste libertaire faisant de l'échelon municipal le levier de la révolution par l'organisation de communes décentralisées.
On est loin du modèle républicain français dans lequel s'inscrit LFI. Nous ne pouvons qu'espérer le meilleur des équipes municipales qui ont réussies à s'imposer avec le soutien du parti, qui ne disposait alors que de très peu de cadres municipaux, mais nous sommes sceptiques sur la volonté réelle de renforcer le pouvoir de l'échelon communal.
Le lancement de la campagne - présidentielle, cette fois-ci - a donné lieu à une nouvelle mue inattendue.Dans son meeting du 7 juin dernier à Saint-Denis, Mélenchon appelle cette fois à « redécouper les régions selon les bassins versants » – une proposition qui en a surpris plus d'un. Cette théorie n'est pas totalement nouvelle, puisqu'elle tire sa source (sans mauvais jeu de mot) du biorégionalisme, en chechant à ériger l'eau en commmun fondamental autour duquel repenser la gouvernance.
C'est évidemment une très bonne idée ; le problème n'est pas de la mettre en avant mais de la rajouter dans un sac à très bonnes idées sans cohérence, parfois contradictoires et dont les promoteurs ne sont pas franchement les plus crédibles sur ces sujets.
Une telle proposition révèle d'ailleurs une incompréhension fondamentale du sujet.Le biorégionalisme ne se décrète pas, il se construit, de même que la démocratie locale et la gouvernance partagée. Plusieurs cartes ont circulées depuis, à commencer par celle du découpage des Agences de l'Eau, fondant notre territoire dans un ignoble ensemble Bretagne-Loire qui réussit le tour de force de réunir Ouessant et Saint-Etienne dans le même échelon « local ». Mélenchon s'est rattrapé en dessinant des contours un peu mieux travaillés d'une nouvelle cartographie, sur laquelle nous reviendrons dans un texte ultérieur.
Mais quelle Nouvelle France ?
Le concept de Nouvelle France fait des émules, nous reviendrons plus tard sur un débat que d'autres ont déjà entamé. Nous reconnaissons le mérite d'un concept forgé et efficacement diffusé pour combattre une vision racialiste et réactionnaire de la population française. Mais nous reconnaissons-nous dedans ? En tant que Breton·nes, pas vraiment, c'est peu de le dire.
Qu'est ce que cette France (Insoumise) a de nouveau ?
Que nous promet ce concept forgé par une direction centraliste depuis le coeur de l'état français ? Un état moins raciste, moins obsédé par des paniques morales distillées par les néofascistes en tout genre, certes. Un état qui combat plus activement les discriminations plutôt que de les perpétuer est évidemment plus souhaitable que la dérive actuelle, ou promise par le reste de l'offre politique française.
Mais être Nouveau·elle Français·e au lieu de Français tout court ne nous est d'aucun réconfort. Le mieux est l'ennemi du bien : nous n'attendrons pas davantage d'un pouvoir insoumis qu'un autre sur la question de la réunification, de la démocratie locale, de l'autonomie ou de nos droits culturels.
Car que ce soit le municipalisme, l'autonomie, le biorégionalisme ou l'indépendance, cela ne s'obtient pas en votant une fois tous les cinq ans pour envoyer un chef d'état français plus complaisant à Paris, ni même tous les ans en participant au cadre électoral français ; cela se construit localement, par la lutte et l'engagement de terrain, près de la rivière que l'on traverse tous les matins et dans la commune où on rentre tous les soirs.
Dispac'h, le 21 juillet 2026 -
Quelques nouvelles brochures sur les indics / flics infiltré.es
Analyses | répression judiciaire , répression policièreArticle publié initialement sur bureburebure.info. Des traductions en français de brochures du No Trace Project ont été faites récemment
Suite à la découverte d'un indic en septembre 2025 ayant agi principalement en milieu francophone, quelques réflexions/discussions ont eu lieu. Par exemple, les conférences ronde "Contr'Indic'Action" en mars 2025 à Bure et à Paris où étaient invitées des personnes d'Angleterre et d'Allemagne. Dans l'idée de continuer de diffuser des infos/méthodes/retours d'expériences, 2 (...) -
(Mise-à-jour n°2) Italie : à propos des raids du 16 juin contre des anarchistes
Le mardi 16 juin, à Rome et dans d'autres villes, de nouvelles descentes de police ont frappé le mouvement anarchiste. [A partir de textes publiés par La Vampa, il Rovescio, Radio Onda d'Urto, La Nemesi]
EN TEMPS DE GUERRE
Le mardi 16 juin, à Rome et dans d'autres villes, de nouvelles descentes de police ont frappé le mouvement anarchiste, avec sept mandats d'arrêt contre autant de camarades, 5 détentions préventives en prison et 2 assignations à résidence avec bracelets électroniques, des perquisitions dans toute l'Italie (dont La Vampa à Naples), et l'expulsion du centre social Bencivenga Occupato à Rome. L'accusation principale est la désormais classique « association à des fins terroristes » (270-bis). De plus, deux camarades ont été arrêté-es pour le nouveau crime de « terrorisme par les mots » pour possession de quelques brochures trouvées lors des perquisitions.
Bien que les informations divulguées par les médias soient plus rares et incomplètes que d'habitude, il est clair que l'enquête se tourne autour d'un certain nombre d'acte de sabotage des lignes ferroviaires, en particulier celui mené le 14 février dernier sur la ligne Rome-Florence, contre les Jeux olympiques de Guerre de Cortina 2026.
Si la mystification et la diffamation des anarchistes par les médias ne sont certainement pas nouvelles, nous ne pouvons nous empêcher de nous attarder sur le niveau atteint cette fois par la propagande du régime (en particulier l'ineffable TG1), qui paraît particulièrement grotesque : « ils se sont rencontrés dans une ferme comme la Mafia », « ils ont planifié la stratégie de tension », « ils avaient l'intention de commettre des actes de violence ». « terrorisme anarchiste »… S'il est utile de rappeler à ces gens que pour les anarchistes, la Mafia est autant un ennemi qu'une autorité, et que dans ce pays la « stratégie de la tension » a été mise en œuvre par l'État, il n'est pas difficile d'identifier une intention très précise derrière ces paroles obsédantes : celle qui a conduit, en 2015, à transformer la Direction nationale anti-mafia (ADN) en Direction nationale anti-mafia et anti-terrorisme (DNAA). Avec pour conséquence, la monstruosité absolue s'applique désormais aux anarchistes, avec les traitements associés, réservés jusqu'alors aux mafieux réels ou présumés (et de plus encore infligés depuis des décennies aux communistes révolutionnaires). Avec la circonstance aggravante, pour les révolutionnaires, de ne pas pratiquer la violence pour des raisons de profit ou de pouvoir, mais comme une sorte de fin en soi, pour le goût pur de la destruction ou pour on ne sait quelle pulsion de mort obscure. Comme si les chemins de fer à grande vitesse ne faisaient pas partie des Plans de mobilité militaire mis en place par l'Union européenne (avec l'aide, en Italie, de Leonardo S.p.A., qui a signé en 2024 un accord ad hoc avec RFI, le réseau ferroviaire italien) pour préparer une guerre directe avec la Russie. Comme si des milliers de personnes n'avaient pas résisté aux Jeux olympiques d'hiver pour des raisons très claires : la présence militaire (pour l'occasion sans uniforme) de l'équipe israélienne, l'escorte des gangs meurtriers de l'ICE, la dévastation de l'environnement alpin au nom de l'habituel « grand événement »… C'est comme si ces raisons n'avaient pas été avancées, avec une prose sans équivoque, dans le communiqué de presse suivant le sabotage. Quant à l'accusation habituelle de « terrorisme », nous pensons que Gaza a suffisamment clarifié la question – et qu'il ne peut plus y avoir de doute sur qui propage la terreur.
En temps de guerre, disait un vieux poète, la première victime est la vérité.
Alors que Alfredo Cospito reste en régime carcéral de 41 bis comme une sorte de bouc émissaire pour les « défauts » de tout le mouvement anarchiste, l'État va jusqu'à criminaliser l'intention même d'agir pour le sauver de la torture. Alors que nous devons encore reprendre notre souffle après la mort de Sara et Sandro, l'État essaie de s'en servir contre nous.
Nous ne savons pas si les personnes arrêtées et recherchées ont commis les actes dont elles sont accusées. Nous ne pouvons répéter ce que nous avons écrit que tant de fois dans des cas similaires : s'ils sont « innocents », ils ont toute notre solidarité, s'ils sont « coupables », ils en ont encore plus.
Solidarité avec Nico, Bibi, Micol, Arnau, Stefano, Giulia, Luna, Pietro, Tony, à tous les suspects et à ceux fouillés.
Alfredo hors du 41 bis !
Sara et Sandro dans nos cœurs.
Des anarchistes de Trente et Rovereto
Face à toutes ces omissions et égarement médiatiques, nous rapportons ci-dessous le communiqué de presse revendiquant la responsabilité du sabotage de la ligne à grande vitesse Rome-Florence du 14 février dernier :
Feu aux Jeux Olympiques ! Aujourd'hui, nous ne voyageons pas !
Dans la nuit du 13 février, à divers points et jonctions ferroviaires, nous avons incendié et endommagé les câbles le long des voies, provoquant l'obstruction de plusieurs lignes à grande vitesse.
Ces actions sont notre contribution à l'accueil chaleureux et aux meilleurs vœux de cette édition des Jeux olympiques d'hiver.Nous avons participé à d'immenses blocus de routes et de ports pendant les mois de mobilisation pour la Palestine, envahi des stations et attaqué la police quand c'était possible. Mais aujourd'hui, nous avons choisi d'agir protégés par la lumière de la lune, dans un petit groupe rassemblé par l'affinité et le désir d'être cohérents avec les slogans scandés ces derniers mois : bloquons tout ! Parce que nous pensons qu'en plus de participer aux grandes mobilisations et aux conflits qu'elles peuvent générer, il est nécessaire de diffuser une action autonome, afin de ne pas les laisser être désamorcées, récupérées et dirigées par les professionnels de la politique « militante ».
Le pouvoir, c'est se préparer à la guerre et nous, anarchistes, révolutionnaires, individus conscients, aimerions faire de même. L'infrastructure ferroviaire est un nœud principal dans la mobilité des forces et du matériel de guerre, et l'accord entre RFI et Leonardo, visant à mettre en œuvre la logistique militaire dans la péninsule, en est l'exemple le plus clair. Attaquer RFI est donc un acte concret d'anti-militarisme et un geste de solidarité avec tous ceux qui subissent aujourd'hui les atrocités de la guerre et du colonialisme.
Les Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina ne font pas exception : des rivières d'argent qui alimentent une spéculation foncière prête à armer des rivières de béton pour construire des installations jetables et changer l'« usage » social de quartiers populaires. Une grande partie derrière l'image brillante et prestigieuse du grand événement sportif se cache des hectares de forêts de mélèzes rasées pour faire place à des pistes de ski et des montagnes irréversiblement défigurées par les remontées mécaniques.
Cette action exprime également notre colère face à la présence lors des Jeux d'agents de l'ICE, les escouades anti-immigrés désormais tristement célèbres pour les meurtres, les rafles, les abus et la violence perpétrés contre des indésirables et des opposants internes aux États-Unis, ce qui nous rappelle que chaque police et groupe fasciste est là pour être utilisé contre sa propre population lorsque la « raison d'État » l'exige.
Il ne faut que quelques ingrédients pour agir contre le monde de l'exploitation, de l'oppression et de la dévastation : un peu d'étude, de précaution et de détermination à parts égales, quelques complices, quelques litres de carburant… Et tout est possible ! Bonne chance !
Solidarité avec les prisonniers anarchistes à travers le monde Solidarité avec Juan, Stecco, Anna, Alfredo, Tonio, Ghespe, Dayvid avec les camarades réprimés dans l'opération Ipogeo, avec les prisonniers palestinien.
Vive l'anarchie !
Voici les adresses connues des camarades en détention. Ces adresses sont provisoires et pourraient changer dans les prochains jours :Nico Aurigemma
Arnau Vallet Casadevall
Stefano Marri
Andrea Toniolo
Regina Coeli, via della Lungara 29, 00165, RomaMicol Marino
C.C. Rebibbia femminile, via Bartolo Longo, 92 00156 RomaFrancesco Benedetti
C.C.Lorusso e Cotugno, via Maria Adelaide Aglietta 35, 10151, TorinoPietro Rosetti
C.C.di Forlì, via della Rocca 4, 47121, ForlìMISE A JOUR LE 10 juillet 2026 :
depuis ilrovescio.info"Nous sommes ravis d'apprendre que Micol, Nico, Bibi, Arnau, Stefano, Luna et Giulia, les camarades arrêtés en vertu de l'article 270 bis lors du raid anti-anarchiste du 16 juin, ont été libérés par la Cour de révision, qui a jugé incohérentes les charges de complot en vue de commettre un crime anarchiste.
Nous attendons des nouvelles de Toni et Pietro, dont la situation est différente : ils n'ont pas fait l'objet de mesures conservatoires, mais ont été arrêtés pour « terrorisme d'expression » (article 270 paragraphe 3) suite à la saisie de tracts lors d'une perquisition à leur domicile.
En attendant, réjouissons-nous du retour de nos sept camarades dans la rue !
Plus d'informations à venir."
Adresses en détention les plus récentes :
(Tony) Andrea Toniolo
C.C. di Rossano – Contrada Ciminata Greco 1
87067 – Rossano (CS)Pietro Rosetti
C.C di Terni – Strada delle Campore 32
05100 – Terni (TR)MISE A JOUR le 30 juillet 2026 :
depuislanemesi.noblogs.orgLa Cour de révision confirme la mesure conservatoire en prison pour Pietro
La Cour de révision, appelée le 23 juillet à se prononcer sur la mesure de détention, a confirmé les mesures conservatoires en prison pour Pietro, arrêté dans le cadre de l'opération anti-anarchiste du 16 juin.
Nous n'avons pas de mots.
Alors que toutes les autres personnes arrêtées ont déjà été libérées de prison par la Cour de révision de Rome, la Cour de Bologne (compétente pour le territoire) a décidé de poursuivre l'incarcération de notre camarade !
On se souvient que Pietro avait été arrêté pour "terrorisme de la parole" (article 270 troisième alinéa), un délit introduit par l'avant-dernier décret de sécurité, pour quelques tracts saisis lors de la perquisition.
Toni, détenu pour la même raison, avait déjà été libéré de prison ces derniers jours par la Cour de Rome. Pietro, cependant, reste toujours enfermé dans la prison de Terni, dans l'unité de haute surveillance.
À ce stade, les avocats feront appel devant la Cour suprême et, entre-temps, lorsqu'ils auront les raisons de la disposition, ils évalueront une demande adressée au juge d'instruction pour modifier la mesure. Mais nous devons continuer à lui exprimer notre proximité et notre solidarité dès maintenant !
Écrivons-lui et gardons l'œil ouvert pour les prochaines mobilisations.Pietro Rosetti
C.C. Terni
Strada delle Campore 32
05100 Terni -
28 juillet 1974 : Gilbert Besnard est assassiné à la prison de La Talaudière
Depuis le début des années 70, les prisonnier.e.s ne cessent de dénoncer les conditions de détention, réclament la liberté d'information, les parloirs sans séparation, l'abandon du costume pénal et des quartiers de haute sécurité. Ce mouvement revendicatif, qui a recours aux grèves de la faim, aux refus de travail et à l'occupation des toits, se poursuit en 1973 et atteint son paroxysme en juillet et août 1974. C'est dans ce contexte que le 28 juillet, une révolte éclate à la MA de La Talaudière. Gilbert Besnard, prisonnier de 22 ans, est abattu par un maton.
« Un assassinat légalisé »
Article du journal du CAP de mars 1975
Qu'est-ce que le Cap (Comité d'action des prisonniers) ?
Créé par d'anciens détenus, dont Serge Livrozet, Claude Vaudez, Michel Boraley, le C.A.P (Comité d'Action des Prisonniers), est une association lancée fin novembre 1972 qui publie un journal mensuel avec textes d'analyse, informations sur les prisons et lettres de prisonniers. Il y aura 67 numéros jusqu'en 1980.
Parmi les collectifs et associations qui se sont mobilisés autour de la lutte anti-carcérale, se trouve le G.I.P (groupe d'information sur les prisons) créé le 8 février 1971, pour porter à l'extérieur des prisons la parole des détenus et faire connaître la réalité carcérale, par exemple en publiant les cahiers de revendication des prisons lors des révoltes de 1971-1972, à Toul, Loos-les-Lille, Fresnes, Nancy, Melun...
La suite de cet article à lire ici.
Article du journal Le Monde du 30 juillet 1974
SAINT-ÉTIENNE : une information judiciaire est ouverte après la mort d'un détenu tué par un gardien
JEAN-MARC THÉOLLEYRE.
Saint-Étienne. - Le tumulte déclenché le dimanche 28 juillet à la maison d'arrêt de La Talaudière, près de Saint-Étienne, qui devait être marqué par le décès d'un détenu mortellement blessé par balle par un surveillant, peut être considéré comme s'inscrivant dans le mouvement général qui agite depuis plus d'une semaine l'ensemble des prisons françaises.
Mais il a aussi ses raisons spécifiques, s'agissant d'un établissement où depuis plusieurs mois déjà se sont succédé des incidents divers. Car pour être une maison d'arrêt « moderne », ouverte le 11 octobre1968, en remplacement de l'ancienne prison de Saint-Étienne vieille de plus d'un siècle, celle de La Talaudière, avec ses cent trente-neuf détenus, dont quatre-vingt-dix-neuf en détention provisoire,reste à l'image de tout un système contre lequel ses pensionnaires s'étaient déjà révoltés.
Aussi, la direction de l'établissement comme son personnel s'attendaient à de nouveaux troubles dans le contexte actuel.Ceux-ci eurent pour origine ou pour prétexte,le 28 juillet, le refus opposé initialement par un groupe de prisonniers en promenade de réintégrer leur cellule.Il était alors 15 h. 15. Cet incident paraissait réglé une demi-heure plus tard, après d'assez longues palabres avec le personnel, mais, de ce fait, on avait dû retarder l'heure de la séance dominicale de cinéma qu'attendaient une quarantaine d'autres prisonniers.Ces derniers, sans doute en raison d'un climat qu'ils ne pouvaient pas ignorer, se mirent à leur tour en révolte. Plus nombreux que leurs gardiens, qui n'étaient qu'une quinzaine et auxquels ils s'affrontèrent,ils parvinrent à s'emparer d'un trousseau de clés, ce qui leur permit d'ouvrir plusieurs cellules et d'en appeler les occupants à la rescousse.
Si, parmi ceux-ci, tous n'acceptèrent pas de se joindre à l'agitation, les rebelles
n'en furent pas moins renforcés en nombre et se retrouvèrent pour continuer leur action. Devant la tournure prise par l'événement, le directeur, qui avait fait appel aussitôt à la police et à la 50e compagnie républicaine de sécurité (C.R.S.), décida de faire retirer son personnel du quartier de la détention. Mais entre ce moment et celui où les forces de l'ordre purent intervenir, les prisonniers en révolte furent maîtres des lieux. C'est ainsi qu'ils purent non seulement gagner les toits mais aussi mettre le feu à la partie supérieure du bâtiment, notamment dans une salle de conférences.
C'est dans le même temps que d'autres surveillants qui, normalement, n'étaient pas en service, furent appelés à se rendre à la prison, mais sans pénétrer dans le quartier de la détention. C'est ainsi que l'un d'entre eux, M. Verniot, qui était armé
d'une carabine 22 long rifle - arme réglementaire pour les membres du personnel de l'administration pénitentiaire, chargés de surveiller les abords extérieurs d'une prison - aperçut un des détenus qui avait réussi à atteindre un mirador. Y eut-il sommations ? On l'affirme. En tout cas, M. Verniot devait tirer et atteindre d'une balle au côté gauche ce détenu, M. Gilbert Besnard, âgé de vingt-deux ans, qui devait succomber pendant son transfert à l'hôpital.
M. Besnard cherchait-il à s'évader à l'occasion du tumulte propice ? Déjà
plusieurs fois condamné pour vol, il se trouvait actuellement en détention provisoire à la maison d'arrêt de La Talaudière,
sous l'inculpation de meurtre, pour avoir tué le protecteur d'une prostituée. En 1970, il avait tenté, pour sa part, de s'évader du palais de justice de Saint-Étienne, où il avait été amené pour les besoins de l'instruction d'une affaire précédente dans laquelle il était impliqué.
Quoi qu'il en soit, ce décès, qui devait faire dire au directeur de la prison, M. Villard, que « les surveillants, à force d'être sur les nerfs, finissent par en arriver à des choses qui n'auraient jamais eu lieu en période normale », fut assez vite connu des prisonniers. Si bien que, vers 20 heures, l'agitation initiale qui avait été maîtrisée sans trop de heurts par les C.R.S., reprenait, certains détenus criant alors depuis leurs cellules : « On a tué un gosse. Qui ne leur avait rien fait ».
Vers 22 heures, le calme, comme on dit, était revenu, mais ici ou ailleurs, pour combien de temps ? Le parquet de Saint-Étienne a ordonné l'ouverture d'une information pour recherche des causes de la mort de M. Gilbert Besnard.Le contexte : l'été 1974, le "mai 68 des prisonnier.e.s"
Les mutineries de 1974 sont la conséquence des changements amorcés en 1968, quand l'écart était devenu considérable entre l'évolution de la société française vers plus de liberté et le maintien dans les prisons d'un régime quasiment immobile depuis les années 1920, exception faite, mais dans un tout petit nombre d'établissements, des progrès irrésistibles accomplis par la réforme Amor.
L'administration pénitentiaire a été confrontée au cours de la période 1958-1965 à des problèmes de détention politique (incarcération de militants indépendantistes algériens) qui l'avaient amenée à perdre de vue l'évolution des détenus de droit commun. On compte 5 à 6 000 détenus « politiques » entre 1959 et 1962, qui vont être rejoints ou à qui vont succéder 1 700 membres de l'OAS. Un contexte peu propice à la mise en place de réformes nouvelles, alors que le nouveau Code de procédure pénale de 1958 tarde à être appliqué.
Au début des années 1960, la prison est réduite à sa fonction de « gardiennage ». Ce qui n'empêche pas, c'est tout le contraire, le foisonnement de théories et discours visant à améliorer, sinon à supprimer la (fort triste il est vrai) réalité de la prison.Car derrière les murs tout semble figé. Des murs qui se multiplient. Entre 1962 et 1973, onze établissements pénitentiaires sont construits, parmi lesquels Fleury-Mérogis, considérée comme la plus grande prison d'Europe, qui accueille 4 000 détenus à partir de justement 1968.
Tout au long de l'année 1971, les prisons sont sur le devant de l'actualité. L'année débute par une grève de la faim (une de plus) de quelques dizaines de maoïstes (organisation dissoute par le Gouvernement) qui luttent pour bénéficier d'un régime de détention politique. Lors d'une conférence de presse tenue en soutien des grévistes de la faim, le 8 février 1971, Michel Foucault, Jean-Marie Domenach et Pierre Vidal-Naquet annoncent la création du GIP, le groupe d'intervention sur les prisons. Réunissant des intellectuels, des médecins, des éducateurs de prisons, des détenus et des membres de leurs familles, le GIP se propose de réaliser des questionnaires et de publier des brochures. Pour les militants d'extrême gauche, les prisons sont devenues un nouvel espace de lutte contre le pouvoir.
Parallèlement à cette agitation, plusieurs drames émeuvent l'opinion et attirent l'attention sur l'univers carcéral, telles les prises d'otages et les mutineries. L'automne 1971 voit l'apparition de mouvements collectifs spectaculaires dans plusieurs prisons. Les revendications sont principalement matérielles. La discipline archaïque des détentions est partout remise en cause.
L'agitation de l'année 1971 a conduit René Pleven, garde des Sceaux de Georges Pompidou, à reprendre le cours des réformes suspendues durant les années soixante. En août 1971, la lecture des journaux et l'écoute de la radio dans les détentions sont autorisées, marquant le premier pas d'une ouverture de l'univers carcéral sur l'extérieur. Par ailleurs, une commission présidée par l'avocat général Robert Schmelck avait suggéré des pistes pour adapter l'exécution des peines « aux données du monde moderne ». Les séjours au « mitard » ne peuvent plus excéder 45 jours, les punitions collectives sont prohibées, tout comme les privations de visite ou de correspondance. L'obligation de silence, peu respectée, est abolie.
En novembre 1972, des détenus et d'anciens détenus fondent le comité d'action des prisonniers (CAP), qui ne cesse de dénoncer les conditions de détention, réclame la liberté d'information, les parloirs sans séparation, l'abandon du costume pénal et des quartiers de haute sécurité. Ce mouvement revendicatif, qui a recours aux grèves de la faim, aux refus de travail et à l'occupation des toits, se poursuit en 1973 et atteint son paroxysme en juillet et août 1974. Les prisonniers qui avaient espéré des libérations nombreuses à l'occasion du premier 14 juillet du président de la République fraîchement élu Valéry Giscard d'Estaing, sont déçus.
La mutinerie du 25 juillet
La maison centrale de Loos est alors une « prison-école » qui accueille de jeunes condamnés de moins de 30 ans. Elle est sous tension depuis le dimanche 21 juillet. Les détenus veulent « faire comme les autres ». À 14 heures, le jeudi 25 juillet, soixante détenus refusent de réintégrer leur cellule. Ils se répandent dans l'établissement car ils ont subtilisé des clés à des surveillants, sans cependant les retenir en otages. Ils ouvrent les portes des cellules à leurs camarades puis incendient la salle de cinéma, le cabinet médical et la lingerie. Une quinzaine d'entre eux gagnent le toit qu'ils saccagent, ce qui attise encore les brasiers notamment dans les différents ateliers (forge, mécanique automobile, électricité, cartonnages, etc.). Cette mutinerie se déclenche donc de façon impromptue sans qu'il y ait eu une quelconque négociation avec les autorités tant de manière préventive qu'au moment des événements.
Dès leur arrivée, la centaine de sapeurs-pompiers essuient des jets de projectiles et ne peut attaquer l'incendie qu'à partir de la cour d'honneur de l'établissement, protégée par de hautes grilles. À 16 heures, plus de quatre-vingts CRS donnent l'assaut, précédés d'un déluge de gaz lacrymogènes. Bilan : cinq agents de la force publique blessés, trois du côté des détenus. Un quart d'heure plus tard, les toits sont vidés de leurs occupants. à 16 h 30 les mutins décident de se rendre, laissant la place aux pompiers.
L'appel est fait parmi les 400 détenus de l'établissement massés dans une cour de promenade. Les 285 plus dangereux sont regroupés sur le terrain de sport. La plupart d'entre eux sont encore armés de gourdins de fortune. Une centaine de fantassins du 43e régiment d'infanterie de Lille dressent des tentes, distribuent avec difficulté des rations aux mutins et installent des groupes électrogènes qui alimentent de puissants projecteurs. Une nuit à la belle étoile se prépare, avec les relèves qui s'enchaînent pour les policiers et les gendarmes. La tension est toujours palpable.Le lendemain vendredi 26 juillet, à 16 h 15, 250 policiers donnent un nouvel assaut à 85 mutins qui s'étaient barricadés. Ils sont rapidement maîtrisés et évacués un à un. À 18 h 20, les quatre autocars du service national des transferts de Fresnes transportent quelque 120 détenus sur la maison d'arrêt d'Évreux dont les 80 occupants avaient été déplacés sur la maison d'arrêt de Rouen.
Le samedi est calme pour les 170 détenus restant qui sont abrités dans l'aile ouest de l'établissement, partie qui a le moins souffert. Les dégâts sont très importants : l'estimation s'élève à plus de dix millions de francs. L'ensemble de la toiture a été détruite et les incendies ont dévasté la quasi-totalité de l'établissement. Seul le pavillon d'amélioration, où les détenus sont affectés avant leur libération, a été épargné car ses locataires n'ont pas participé à l'émeute. D'ailleurs, une vingtaine d'entre eux a été libérée de façon anticipée.
Un malaise persistant
Le vendredi 26 juillet vers 21 heures, par solidarité, une partie des 700 détenus de la maison d'arrêt font du tapage et enflamment des couvertures et des draps qu'ils passent à travers les barreaux. La réaction de l'administration ne se fait pas attendre : à 22 heures, les foyers d'incendie sont éteints par les pompiers encore postés sur le domaine pénitentiaire alors que les meneurs des troubles sont placés à l'isolement. Six détenus qui avaient été transférés sur la maison centrale le matin même sont réintégrés dans la soirée à la maison d'arrêt, ce qui démontre que le calme n'est pas encore revenu à la maison centrale.
Le malaise de la population pénale est le révélateur d'un malaise plus global qui concerne l'ensemble de l'institution pénitentiaire. Il se manifeste le 30 juillet par un communiqué des personnels, suivi dès le lendemain, par un mouvement de grève de 48 heures. Ce mouvement n'est pas anodin puisqu'il touche le fonctionnement de l'établissement : toutes les entrées et les sorties sont empêchées, les parloirs sont suspendus, ce qui ne manque pas d'accroître la tension. Seuls les avocats et les huissiers sont autorisés à pénétrer dans l'enceinte. L'audience de la 6e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Lille du 2 août 1974 ne peut avoir lieu car les prévenus placés en détention à Loos qui devaient être jugés n'ont pu être extraits. Les revendications concernent essentiellement le manque de personnels. Sur les trois derniers mois, ceux-ci n'ont pu bénéficier que de repos hebdomadaires alors même que les heures supplémentaires ne sont pas payées. Il est également souhaité une revalorisation salariale. Enfin, au-delà de ces revendications « catégorielles », les agents demandent aussi des conditions de détention plus humaines et une véritable politique de réinsertion. Le travail reprend progressivement à compter du 3 août.
Une journée « portes ouvertes » à la maison centrale est organisée le 5 août sur une idée du député maire de Lomme, président de la communauté urbaine de Lille, Arthur Notebart, en réaction à la mutinerie. Cette idée fut approuvée en haut lieu puisque le ministre de l'intérieur Michel Poniatowski, selon son porte-parole, avait demandé au préfet du Nord d'ouvrir la maison centrale au public, « afin que celui-ci [le public] se rende compte des dégâts commis par les prisonniers ».
À l'occasion de la mutinerie, un magistrat devait être sanctionné. Le substitut Menez, chargé de l'exécution des peines, s'était rendu sur les lieux avec l'intention d'entamer le dialogue avec les détenus afin de les calmer. Il avait déjà réalisé ce genre d'action en 1973 et en avait été félicité. Le magistrat est témoin d'une scène de violence au cours de laquelle un CRS aurait matraqué gratuitement un détenu puis projeté ce dernier dans l'escalier. Le substitut demande alors au commissaire Andréis, présent sur les lieux, d'éviter toute violence inutile. Mais le commissaire considère que le magistrat entrave le bon déroulement du rétablissement de l'ordre : il lui aurait demandé de le laisser faire son travail et de quitter les lieux en le molestant vigoureusement. Le procureur général près la cour d'appel de Douai prend alors la décision d'interdire provisoirement au substitut Menez de fréquenter les juridictions de sa compétence.
L'heure de la réforme
Pour apaiser les tensions, le président de la république visite les prisons de Lyon le 10 août 1974 : il accorde une poignée de main à un détenu et déclare que « la prison doit être la privation de liberté et rien d'autre ». L'heure semble donc à la réforme et à l'humanisation des détentions. Est créé un secrétariat d'état à la condition pénitentiaire, confié au docteur Hélène Dorlhac. À partir de septembre 1974, la mise en œuvre des orientations prises par le gouvernement s'effectue sous la houlette du nouveau directeur de l'administration pénitentiaire nommé le 6 septembre, Jacques Mégret. Ce conseiller d'état sait allier libéralisme et compréhension intelligente de la situation.
C'est au garde des Sceaux Jean Lecanuet qu'il va revenir de mettre en œuvre « la réforme pénitentiaire de 1975 », qui crée à côté des maisons centrales où la discipline reste sévère, des centres de détention où sont accueillis les détenus qui présentent les meilleurs gages de réinsertion. Cette réforme consiste dans une succession de textes législatifs et réglementaires édictés entre l'été 1974 et l'été 1975 (voir sur criminocorpus le décret du 23 mai 1975). Elle s'articule autour de 3 axes :- amélioration et libéralisation des conditions de détention ;
- assouplissement des mesures d'aménagement d'exécution de la peine ;
- redéfinition des établissements pour peine en 3 catégories (centres de détention à régime libéral, maisons centrales conservant le régime antérieur, quartiers ou établissements de sécurité renforcée). Les établissements à régime progressif sont normalisés.La réforme procède également à un nouvel alignement de la protection sociale des détenus et de leur famille sur le droit commun. D'une façon générale, il s'agit de limiter les effets stigmatisants et désocialisants de l'incarcération, en particulier sur le marché du travail et dans la sphère familiale.
De même, la condition des personnels est revue par des aménagements successifs, jusqu'à la publication de nouveaux statuts en 1977. L'innovation la plus marquante est l'ouverture au recrutement extérieur du concours pour l'accès au grade de sous-directeur. Pour le reste, il s'agit davantage d'une harmonisation des règles de fonctionnement et d'un alignement des déroulements de carrière sur la fonction publique de statut commun. Parallèlement, la durée de la formation initiale des personnels de surveillance est allongée tandis qu'un dispositif de recrutement offensif - dans un contexte de crise économique - accroît le nombre des candidats aux concours.
Mais, dès 1975, une campagne de presse s'engage contre l'un des effets les plus voyants de la réforme : les permissions de sortie que les juges de l'application des peines accorderaient trop généreusement. Le ministre de l'intérieur met publiquement en cause la clémence des juges et dénonce les « prisons quatre étoiles ». Les dirigeants de l'administration pénitentiaire se trouvent sous le coup de deux critiques : pour certains, leur attitude est jugée trop libérale, pour d'autres trop sévère du fait de l'existence de quartiers de sécurité renforcée (dits QHS).Au discours libéral du début du septennat de Valéry Giscard d'Estaing succède progressivement un discours gouvernemental d'ordre public. La politique pénale se raidit alors à nouveau. Jean Lecanuet, qui a donné son nom à une réforme visant à améliorer les conditions de détention, les régimes de visite et la rémunération des détenus, est pourtant, paradoxalement, l'initiateur dans le même temps d'une politique sécuritaire qui vient compléter la classification des détenus établie en 1967 : le régime progressif est abandonné au profit d'un reclassement des détenus dans différentes prisons suivant leur capacité à se réinsérer et leur dangerosité.
Article publié sur criminocorpus.org -
Communiqué de la CNT-SO sur les Bourses du Travail
Carcassonne a fait la une, et pour cause : le maire Rassemblement national Christophe Barthès a mis fin, le 30 avril, à la mise à disposition des locaux de la Bourse du travail à la CGT, la CFDT, Solidaires et la FSU, au motif que ces organisations auraient « profité trop longtemps des largesses des contribuables » — la vérité étant qu’elles avaient eu le tort de manifester contre son élection. Un commissaire de justice est venu constater l’occupation des lieux le 1er juin, et le maire en est réduit, en plein conseil municipal, à asperger d’eau les syndicalistes venus protester.
Mais il serait faux — et politiquement désarmant— de n’y voir que l’irruption de l’extrême droite dans un paysage jusque-là paisible. L’offensive contre les Bourses du travail a commencé au début des années 2000, et elle a d’abord été conduite par des municipalités de droite ordinaire, parfois de gauche : instauration de loyers et de conventions d’occupation payantes là où la gratuité était la règle depuis un siècle, relogement des unions locales dans des « maisons des syndicats » excentrées et fonctionnelles, revente ou reconversion commerciale des bâtiments historiques. [lire la suite]
cnt_so_com_bourses_travail_juillet2026Télécharger -
Qui veut la peau de l’inspection du travail ? Signez la tribune unitaire !
La CNT-SO s’associe à cette tribune unitaire initiée par l’intersyndicale du ministère du travail, en soutien à Pierre et Benoît, deux inspecteurs du Travail, victimes de répression anti-syndicale; et pour des moyens, des effectifs, un véritable plan d’urgence à la hauteur des besoins de ce service public essentiel qu’est l’inspection du travail.
La CNT-SO s'associe à la tribune intersyndicale unitaire en défense de l'Indpection du Travail
— CNT-Solidarité Ouvrière (@cnt-so.bsky.social) 2026-07-24T07:02:16.157Z
blogs.mediapart.fr/les-invite-e…Signez et faites signer la tribune de soutien à Pierre et Benoit !
Depuis de nombreuses années, les services de l’inspection du travail sont mis sous tension. Un rapport récent du cabinet indépendant APTEIS a dressé un tableau alarmant des services du ministère du Travail et de l’Emploi, en particulier ceux de l’inspection du travail.
Depuis 2017, 20 % des postes d’inspection du travail ont été supprimés et les effectifs des fonctions d’appui ont été réduits drastiquement. À ce jour, il reste moins de 1 800 agent·es de contrôle pour 21 millions de salarié·es. La mise sous pression managériale a été privilégiée au détriment de l’appui aux fonctions de contrôle : en lien avec des plans de communication sans moyens augmentés, les ministres du Travail successifs fixent des objectifs chiffrés, le plus souvent sans rapport avec les besoins du terrain et les demandes d’intervention des travailleur·euses ou de leurs représentant·es.
Le rapport fait également état d’une intensification et d’une complexification généralisées du travail, qui ont pour conséquence une explosion des risques psychosociaux.
Dans le même temps, la réforme « OTE » de 2021 (Organisation territoriale de l’État) a renforcé le pouvoir des préfets, plaçant l’ensemble de la hiérarchie locale de l’inspection du travail (DDEETS et DREETS) sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, dont dépend désormais l’ensemble des moyens de fonctionnement de l’inspection du travail. Cette situation de tutelle préfectorale rend de plus en plus illusoire la garantie d’indépendance des services de l’inspection du travail exigée par la Convention n° 81 de l’OIT ratifiée par la France.
Dans ce contexte, ce qui s’est joué autour de la défense du 1er mai, seul jour « super férié » (c’est-à-dire férié et chômé) est édifiant. Malgré les attaques dont il a fait l’objet, les règles particulières protégeant le 1er mai n’avaient pas changé. Le gouvernement a pourtant fortement suggéré aux agent·es de contrôle d’anticiper une hypothétique évolution réglementaire, fait tout à fait inédit.
Plus grave encore en termes de respect de l’État de droit et du principe de séparation des pouvoirs, le même gouvernement, par la voix du Premier ministre, a invité les représentants patronaux des boulangeries et des fleuristes à déroger à la loi existante, leur assurant une tolérance des services de contrôle. Dans certains départements, comme en Isère, des directions zélées sont allées jusqu’à tenter d’empêcher les inspecteurs et inspectrices du travail de mener à bien des contrôles.
Le Premier ministre s’est même autorisé à appeler un boulanger ayant fait l’objet d’un contrôle pour l’assurer qu’aucune amende ne serait prononcée. La délinquance patronale a donc été encouragée puis légitimée, le tout en décrédibilisant l’action de l’inspection du travail.
Dans ce même département, deux inspecteurs du travail ont été convoqués le 4 mai 2026 par la police pour des faits supposés de « harcèlement moral », convocation faisant suite à un signalement ancien de leur direction et une plainte de leur supérieure hiérarchique, dans un contexte d’intense dégradation des conditions de travail qu’ils ont maintes fois dénoncée en tant que représentants syndicaux des agent·es.
Il s’agissait donc clairement d’une procédure-bâillon et de représailles. Le procureur de la République de Grenoble ne s’y est pas trompé et a très rapidement classé sans suite cette plainte de la hiérarchie. Pourtant, manifestement déterminé à mettre au pas l’inspection du travail, le ministère du Travail a immédiatement engagé des poursuites disciplinaires contre les deux inspecteurs, à qui il est reproché de s’exprimer afin d’obtenir des conditions de travail dignes au ministère du Travail, ou de refuser de participer à des contrôles concernant la lutte contre le narcotrafic.
Ces inspecteurs dénoncent l’impossibilité de mener à bien leur mission essentielle : la protection des travailleur·euses. C’est bien cela qu’on veut leur faire payer avec ces procédures-bâillons.
Nous ne nous y trompons pas : depuis la loi Travail de 2016 et les ordonnances Macron en 2017, qui avaient déjà entaillé très sérieusement la représentation du personnel dans les entreprises et rouvert la boîte de Pandore des possibilités de dérogations à la loi, le sabotage des droits des travailleur·euses continue. En s’attaquant à ses représentants syndicaux, le ministère du Travail veut mettre au pas l’inspection du travail, une des dernières digues de protection des droits des travailleur·euses.
Alors que la hausse inquiétante des accidents mortels du travail (plus de deux travailleurs décèdent au travail chaque jour) devrait obliger le gouvernement à engager une réelle politique de prévention des risques pour la santé au travail (notamment par un renforcement des effectifs de contrôle), et rétablir une réglementation plus protectrice et préventive (rétablissement des CHSCT en particulier), il ne trouve rien de plus urgent que de s’acharner sur deux agents de l’inspection, dans l’objectif clair d’envoyer un message de mise au pas à tous les agent·es de ce corps de contrôle.
Nous demandons que cesse le harcèlement judiciaire et disciplinaire à l’encontre de Pierre et Benoît, à commencer par l’abandon des procédures disciplinaires engagées. La réponse aux revendications et aux luttes des agent·es de l’inspection du travail ne peut en aucun cas être la répression syndicale. Nous demandons des moyens, des effectifs, un véritable plan d’urgence à la hauteur des besoins de ce service public essentiel qu’est l’inspection du travail.
Premièr·es signataires :
Sophie BINET, secrétaire générale de la CGT
Caroline CHEVÉ, secrétaire générale de la FSU
Julie FERRUA et Murielle GUILBERT, co-déléguées générales de l’Union syndicale Solidaires
Julien HUARD, secrétaire confédéral de la CNT-SO
Nathalie SALA, secrétaire confédérale de la CNT
Stéphane MAUGENDRE, président du Syndicat des avocats de France
Manon LEFEBVRE, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature
Nathalie TEHIO, présidente de la Ligue des Droits Humains
Youlie YAMAMOTO, porte-parole d’Attac France
Benoît HAMON, président d’ESS FRANCE
Virginie DUPEYROUX, porte-parole de Ban Asbestos France
Caroline MORIO, Marion SEFIDARI et Lauriane THEULLIER, co-présidentes de l’AVFT
Marie PLA, porte-parole du collectif Nos services publics
Manon AUBRY, députée européenne LFI et présidente du groupe de La Gauche (GUE/NGL) au Parlement européen
Mathilde PANOT, députée du Val-de-Marne et présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale
Boris VALLAUD, député des Landes et président du groupe socialistes et apparentés à l’Assemblée nationale
Cyrielle CHATELAIN, députée de l’Isère et présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale
Stéphane PEU, député de Seine-Saint-Denis et président du groupe parlementaire Gauche Démocrate et Républicaine à l’Assemblée nationale
Guillaume GONTARD, sénateur de l’Isère et président du groupe Écologiste – Solidarités et Territoires au Sénat
Nathalie ARTHAUD, porte-parole de Lutte ouvrière
Olivier BESANCENOT, Christine POUPIN et Philippe POUTOU, porte-paroles du NPA-A
Gaël QUIRANTE, porte-parole du NPA-R
Anasse KAZIB, porte-parole de Révolution permanente
Gérard FILOCHE, ancien inspecteur du travail et secrétaire national de L’Après
Anthony SMITH, député européen LFI et inspecteur du travail
Danièle LINHART, sociologue
Annie THEBAUD-MONY, sociologue du travail et de la santé, présidente de l’association Henri Pézerat
Thomas COUTROT, économiste, chercheur associé à l’Ires
Emmanuel DOCKES, professeur en droit du travail, Université Lyon 2
Pierre-Emmanuel BARRE, humoriste
Bruno GACCIO, auteur
Guillaume MEURICE, humoristeNadège ABOMANGOLI, députée LFI de Seine-Saint-Denis
Sylvie AEBISCHER, co-secrétaire générale UFSE CGT
Sarah-Loëlia AKNIN, secrétaire nationale de SUD TAS
Jean-Christophe ANGAUT, philosophe, École normale supérieure de Lyon
Christine ARRIGHI, députée Les Écologistes de Haute-Garonne
Caroline AUDRIC, secrétaire de l’Union Locale du Grand Grenoble
Clémentine AUTAIN, députée L’Après de Seine-Saint-Denis
Léa BALAGE EL MARIKY, députée Les Écologistes de Paris
Marie BARDIAUX-VAÏENTE, autrice et historienne
Sébastien BARLES, coordinateur des Verts Populaires
Louis-Marie BARNIER, sociologue du travail
Stéphane BAROZ, co-secrétaire du syndicat Solidarité cordiste SYSOCO
Lisa BELLUCO, députée Les Écologistes de la Vienne
Anaïs BELOUASSA CHERIFI, députée LFI du Rhône
Guy BENARROCHE, sénateur Les Écologistes des Bouches-du-Rhône
François BENOIT-MARQUIÉ, coordinateur des Verts Populaires
Nicolas BENOIT, secrétaire de l’UD CGT de l’Isère
Guillaume BERGER, secrétaire fédéral CNT-PTT
Alain BIHR, professeur honoraire de sociologie, Université de Franche-Comté
Caroline BLANCHOT, Secrétaire générale de l’Ugict-CGT
Nicolas BONNET, député Les Écologistes du Puy-de-Dôme
Arnaud BONNET, député Les Écologistes de Seine-et-Marne
Laurent BOSAL, secrétaire fédéral de la CNT-TEFP
Pierre-Yves CADALEN, député LFI du Finistère
Damien CARÊME, député européen LFI
Cédric CAUBERT, secrétaire de l’UD CGT de Haute-Garonne
Béranger CERNON, député LFI de l’Essonne
Leïla CHAIBI, députée européenne LFI
Linda CHEKALIL, secrétaire générale, Pour UL CGT Gennevilliers /villeneuve la garenne
Antoine CHUZEVILLE, co-secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ)
Lucie CLAMENS, secrétaire générale UL CGT de Gennevilliers /Villeneuve la Garenne
Cécile CLAMME, secrétaire générale CGT Travail Emploi Formation professionnelle
François CLERC, ex-responsable confédéral CGT sur les discriminations
Hadrien CLOUET, député LFI de Haute-Garonne
Sergio CORONADO, coordinateur des Verts Populaires
Manuel COULLET, secrétaire départemental SUD SDIS 38 et Secrétaire national SUD SDIS
Hugo DAILLAN, coordinateur des Verts Populaires
Hendrik DAVI, député L’Après des Bouches-du-Rhône
Daniel DEHENNIN, secrétaire CNT Culture Education Santé Sociale 21
Christophe DELECOURT, co-secrétaire général UFSE CGT
Michael DUC, secrétaire SUD Commerce et Service Rhône Alpes Auvergne
Cédric DURAND, économiste
Patrick FARBIAZ, coordinateur des verts populaires
Éric FASSIN, sociologue, Université Paris 8
Olivier FAURE, député PS de Seine-et-Marne
Laurent FEISTHAUER, secrétaire général de l’UD CGT du Bas Rhin
Mathilde FELD, députée LFI de la Gironde
Emmanuel FERNANDES, député LFI du Bas-Rhin
Jacques FERNIQUE, sénateur Les Écologistes du Bas-Rhin
Claire FLECHER, maîtresse de conférences en sociologie à l’Institut d’Etudes du travail de Lyon (IETL), Université Lyon 2
Emma FOURREAU, députée européenne LFI
Perceval GAILLARD, député LFI-Rézistan’s Égalité 974 de La Réunion
Jean-Jacques GANDINI, avocat honoraire, ancien président national du Syndicat des Avocats de France
Margot GARAY, CNT Stics 38 (industrie, commerce et service)
Marie-Charlotte GARIN, députée Les Écologistes du Rhône
Fabien GAY, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis et Directeur de l’Humanité
Philippe GILLIG, maître de conférences HDR en économie, Université de Strasbourg
Jérémie GIONO, secrétaire départemental du PCF de l’Isère
Damien GIRARD, député Les Écologistes du Morbihan
Jérôme GLEIZES, coordinateur des Verts Populaires
Angélique GROSMAIRE, secrétaire générale de la Fédération SUD PTT
Steevy GUSTAVE, député Les Écologistes de l’Essonne
Hélène HERNANDEZ, émission Femmes libres sur Radio libertaire
Catherine HERVIEU, députée Les Écologistes de la Côte-d’Or
Ken IWASAKI GARCIA, coordinateur des Verts Populaires
Nicolas JOUNIN, sociologue, Université Paris 8
Lucie JUBERT-TOMASSO, maîtresse de conférences en droit privé, Université de Rennes
Salah KELTOUMI, CGT Stellantis Mulhouse
Andy KERBAT, député LFI de Loire-Atlantique
Aurore KESSAÏ, membre du Conseil syndical ASSO-Solidaires
Maxime KIEFFER, syndicat CGT des Cheminots de Strasbourg
Annie LAHMER, conseillère régionale Les Écologistes d’Île-de-France
Maxime LAISNEY, député LFI de Seine-et-Marne
Fleur LARONZE, maîtresse de conférences HDR en droit social, Université de Strasbourg
Agathe LE BERDER, secrétaire générale adjointe de l’Ugict-CGT
Aurélien LE COQ, député LFI du Nord
Arnaud LE GALL, député LFI du Val-d’Oise
Kevin LE TÉTOUR et Coline WIATROWSKI, co-secrétaires fédéraux SUD éducation
Élise LEBOUCHER, députée LFI de la Sarthe
Claire LEJEUNE, députée LFI de l’Essonne
Christian MAHIEUX, co-secrétaire de l’Union nationale interprofessionnelle des retraité.es Solidaires
Anne MARCHAND, sociologue santé au travail du GISCOP93
Elisa MARTIN, députée LFI de l’Isère
Xavier MATHIEU, comédien et ex porte-parole de la CGT continentale
Philippe MEIRIEU, professeur honoraire en Sciences de l’éducation, Université Lyon 2
Akli MELLOULI, sénateur Les Écologistes du Val-de-Marne
Jean-Pierre MERCIER, SUD Stellantis Poissy
Marina MESURE, députée européenne LFI
Émile MEUNIER, coordinateur des Verts Populaires
Julia MIGNACCA, coordonnatrice des Verts Populaires
Grégory MIOLINA, co-président de l’association des Cordistes en colères solidaires
Bénédicte MONVILLE, coordonnatrice des Verts Populaires
Sandrine NOSBÉ, députée LFI de l’Isère
Isabelle PETERS, adjointe à la maire de Grenoble
Sébastien PEYTAVIE, député Génération·s de la Dordogne
Roland PFEFFERKORN, professeur émérite de sociologie
René PILATO, député LFI de la Charente
Éric PIOLLE, ancien maire de Grenoble
Marie POCHON, députée Les Écologistes de la Drôme
Raymonde PONCET-MONGE, sénatrice Les Écologistes du Rhône
Thomas PORTES, député LFI de Seine-Saint-Denis
Sandra REGOL, députée Les Écologistes du Bas-Rhin
Sandrine ROUSSEAU, députée Les Écologistes de Paris
Fabien ROUSSEL, maire de Saint-Armand-les-Eaux
Laurence RUFFIN, maire de Grenoble
Aurélien SAINTOUL, député LFI des Hauts-de-Seine
Daniel SALMON, sénateur Les Écologistes d’Ille-et-Vilaine
Eva SAS, députée Les Écologistes de Paris
Jérôme SCHMITT, porte-parole de la fédération SUD Energie
Sabrina SEBAIHI, députée Les Écologistes des Hauts-de-Seine
Delphine SERRA, co-secrétaire de l’Union syndicale Solidaires 38
Ariel SEVILLA, maître de conférence en sociologie, Université Reims Champagne Ardennes
Danielle SIMONNET, députée L’Après de Paris
Clémence SOUCHET, psychologue du travail et des organisations.
Ersilia SOUDAIS, députée LFI de Seine-et-Marne
Anne STAMBACH-TERRENOIR, députée LFI de Haute-Garonne
Sophie TAILLÉ-POLIAN, députée Génération·s du Val-de-Marne
Boris TAVERNIER, député Les Écologistes du Rhône
Tiphaine TRIJOULET, co-porte-parole du syndicat Solidaires Jeunesse et Sports
Julien TROCCAZ, secrétaire fédéral SUD Rail
Aurélie TROUVÉ, députée LFI de Seine-Saint-Denis
Bastien VASSEUR, secrétaire national SUD Chimie
Arnaud VOSSIER, secrétaire de Sud PTT Isère-Savoie
Omar YAQOOB, maire LFI de Creil -
En finir avec l'humour oppressif
L'humour est omniprésent, et pourtant, les conséquences de ce qu'il transporte avec lui sont souvent invisibilisés.
Et oui, on dit des trucs « juste pour rire », il faut « pas prendre au sérieux » ce qui est dit, et puis si on rigole pas c'est « qu'on est pas drôle ». Alors, c'est difficile de combattre les méfaits de l'humour quand ses effets paraissent difficiles à rendre visible.
Naviguer dans le brouillard de l'humour n'est pas un voyage facile.
On ne va pas tout explorer ici, l'idée est de partager des questionnements et des bouts de réflexions, mais pas de proposer une approche globale, systémique et exhaustive de la place de l'humour dans notre société.
Cette brochure nait de l'envie de constituer un support accessible qui propose des réflexions, des questionnements et des partages d'expérience par rapport à l'humour pour raconter en quoi l'humour est politique.
Elle tente d'expliciter certains lien entre l'humour et les oppressions systémiques et les rapports de pouvoir. Puis elle propose quelques pistes pour éviter de véhiculer de l'humour oppressif, pour savoir comment réagir et comment alimenter d'autres types d'humours.
Version à lire avec la mise en page dans ce pdf :
En finir avec l'humour oppressif - version page par page 48 pages à lire sur écran.
Introduction
Aahh, l'humour ! Vaste sujet !
Il y a pleins de choses chouettes que permet l'humour : décompresser, créer de la complicité, tisser du lien social, créer des références communes, dédramatiser une situation, etc.
Rire un bon coup, ça peut provoquer un genre d'euphorie ultra libérateur, et partager un fou rire avec des gens ça peut être vraiment incroyable !
Mais bon, ça permet aussi des trucs moins chouettes : véhiculer des idées violentes et discriminantes, exclure quelqu'un, se moquer, renforcer des stéréotypes, engendrer des biais de pouvoir, etc.
L'humour est omniprésent, et pourtant, les conséquences de ce qu'il transporte avec lui sont souvent invisibilisés.
Et oui, on dit des trucs « juste pour rire », il faut « pas prendre au sérieux » ce qui est dit, et puis si on rigole pas c'est « qu'on est pas drôle ». Alors, c'est difficile de combattre les méfaits de l'humour quand ses effets paraissent difficiles à rendre visible.
Naviguer dans le brouillard de l'humour n'est pas un voyage facile.
On ne va pas tout explorer ici, l'idée est de partager des questionnements et des bouts de réflexions, mais pas de proposer une approche globale, systémique et exhaustive de la place de l'humour dans notre société.
Cette brochure a surtout pour intention de proposer un support de réflexions et de discussions pour regarder l'humour par un prisme politique et par une approche ayant pour point d'entrée les oppressions systémiques.
Sommaire
Introduction……………………………………………………………………………………..P2
Mais qui est la voix off de cette brochure ?…………………………………………….P6
Contexte d'écriture de cette brochure…………………………..……………………..P10
En quoi l'humour est politique ? …………………………………………………..…….P12
Quels liens entre oppressions systémiques et humour ?……………….………….P16
Différents types d'humour…………..…………………………………………..………..P23
Auto-check avant de faire preuve d'humour…………………………….……...…...P27
Comment réagir à de l'humour oppressif/blessant ?……………….……………….P29
A propos de légèreté et d'insouciance………………………………………………....P36
A propos de culpabilité, de honte et de responsabiltiés…………………….….….P40
Apprendre à se connaître pour incarner des formes d'humour appropriés...…P41
Et l'autodérision dans tout ça ? ………………………………………...…………..…...P43
Le risque de l'anti-norme oppressive………………………………………….….……..P44
Vers des nouveaux imaginaires de l'humour ?………………………….…………....P45
Quelques questionnements en vrac……………………………………...……………..P46
Remerciements…………………………………………….…………………...…………….P47Mais qui est la voix-off de cette brochure ?
Moi, c'est Asa !
Je trouve ça toujours difficile de savoir comment se présenter : à la fois, je trouve ça important de contextualiser et de situer son propos, et en même temps, j'ai en tête qu'on fait toujours une sélection de ce qu'on souhaite raconter ou ne pas raconter donc c'est pas toujours évident de trouver la juste quantité d'informations à donner et la manière de le faire. Je vais citer quelques éléments me concernant et que je trouve utile pour comprendre d'où je parle dans cette brochure, mais évidemment c'est une présentation incomplète et biaisée.
Je suis une personne racisée (asio-descendante) vivant en France métropolitaine, sociabilisée femme (je m'identifie non-binaire) plutôt jeune (née dans les années 2000) et passionnée d'un milliard de sujets. J'ai fait un transfuge de classe : raconté de manière caricaturale, je suis passée d'une famille immigrée plutôt précaire à des milieux intellectuels plutôt bourgeois via des études dans le supérieur plutôt élitistes que j'ai faites.
Maintenant, je traîne dans des tas de milieux différents : des milieux anarcho-queer, des cercles sociaux se revendiquant de faire du soin politique, des espaces d'extrême gauche où ça parle désobéissance civile et ZAD, des milieux écolos cherchant à faire évoluer l'enseignement supérieur et les entreprises, des sphères institutionnelles ancrés dans le système dominant, etc. Je fréquente parfois des espaces marginalisés, avec des gens ne faisaient pas partie des normes dominantes, tout comme je peux parfois travailler dans des espaces de pouvoir très institutionnels.
En termes de contrastes, j'ai à la fois passé des repas venant de récup dans des poubelles de supermarché avec des potes précaires, tout comme j'ai aussi participé à des buffets indécents coûtant des milliers d'euros avec des personnalités « connues ».
Vivre tout un tas de choses dans des milieux très différent me questionne, notamment sur la place que l'humour peut avoir en fonction de différents espaces sociaux et ma manière de vivre les questionnements qui m'animent avec tout mon coeur c'est d'en parler avec des gens, d'animer des ateliers à ces sujets, et d'écrire.
Pleins d'éléments m'ont amené à écrire cette brochure :
- Kiffer la formalisation, et creuser des sujets en profondeur
Quand un sujet attire mon attention, j'ai envie de le décortiquer, de voir le monde par ce prisme, et chercher à comprendre comment les autres le vivent.
Concernant l'humour, je pense que je me suis beaucoup interrogé sur mon rapport à l'humour, ce qui me faisait rire ou pas, ce qui me mettait à l'aise ou pas, ce que j'incarne avec mon humour et puis plus globalement, les liens entre humour et rapports de pouvoir. J'aime beaucoup mettre en mots et en forme mes réflexions (souvent, surtout issues de discussions avec des ami·es), pour qu'on puisse échanger sur ces bases, débattre dessus et l'idée de centraliser des années de réflexions et de discussions dans un doc me plait bien !
- Vivre des oppressions systémiques et des injustices au quotidien
Depuis mon enfance, je me prends des « blagues » racistes. Des « ching chong » au lycée avec des camarades reproduisant à merveilles une caricature de yeux bridés, des questions pouvant s'apparenter à du racisme et autres joyeusetés de vécus d'exclusions et de moquerie du fait de mon appartenance éthnique.
Ça, c'est la phase visible de l'ice-berg du « parfois l'humour c'est tout pourri ». Il me paraît évident que ces situations sont des vrais sujets, mais j'aimerai bien ne pas me limiter à ces blagues, mais aller creuser aussi les trucs moins évidents et davantage questionnants. Chercher en quoi l'humour, peut implicitement devenir un outil de pouvoir. Des situations où je questionne ma légitimité à ressentir du malaise. Des situations où il n'y a pas vraiment de coupable ni de victime, mais qu'il se joue quand même des trucs pas anodins.
Mon sentiment d'insécurité par défaut dans les groupes a toujours été là, mais je mets les mots dessus depuis très récemment. Depuis que j'y associe des lunettes des oppressions systémiques, je comprends mieux certains mécanismes rapports de pouvoir implicites qui me font ressentir dans mon corps un sentiment de « je ne suis pas à ma place ici / je ne suis pas en sécurité auprès de ces personnes ». J'ai le souhait que des personnes puissent trouver du réconfort, de la légitimation et des outils à la lecture de cette brochure.
Je pense que l'humour me touche. Déjà parce que j'ai pas vraiment gagné au jeu de la roue des privilèges (même si j'ai de nombreux privilèges et avantages dans la société) et que je pense que ça contribue à ce que je sois sujette à beaucoup d'humour oppressif. Mais aussi parce que je suis très sensible à toute dynamique de groupe pouvant être excluante, dogmatique, oppressante et que l'humour peut être un formidable instrument pour ça.
- Désirer contribuer à changer nos mondes
L'humour a beaucoup de place dans ma vie que je le veuille ou non. Ça me va pas de juste subir sa présence pesante sans rien y faire alors même si l'humour restera toujours un truc plus grand que moi, je me suis dit que sans avoir l'ambition de changer LE monde, je pouvais au moins tenter de changer les petits mondes qui m'entourent.
Je crois que par l'humour, on peut déconstruire et reconstruire beaucoup de choses. Je pense que questionner la place de l'humour dans nos relations et collectifs, et trouver d'autres voies pour rire ensemble, ça contribue à incarner des cultures du soin.
- Contribuer à diffuser des cultures de soin
Le soin, c'est ma boussole de vie. Tout ce qui fait sens pour moi rentre dans cette boussole. Dans ma vie relationnelle, pro, perso et militante, j'essaie de trouver comment diffuser des cultures de soin. Cette brochure s'inscrit dans cette volonté.
Pourquoi il y a des champignons dans toute la brochure ?
Parce qu'il y a des champignons délicieux, et d'autres toxiques.
Et parfois, c'est dificile de les différencier entre eux. : c'est un peu comme l'humour !
Et aussi parce que j'avais envie d'aérer cette brochûre donc je cherchais à dessiner des personnages mais je suis pas super compétent·e pour dessiner des êtres humains alors les champignons c'était plus facile pour moi.
Pour les dessins, je me suis beaucoup inspirée de champignons sur Pinterest, la plupart des designs de champignons ne viennent pas de moi même si je les ai adapté à ma façon.

Contexte d'écriture de cette brochure
Avant la naissance de cette brochure, il s'est passé pleins de choses !
Tous pleins d'ateliers...
J'ai eu la chance de vivre dans un lieu de vie collectif avec beaucoup de passage– on y était parfois une trentaine d'habitant·es - dans lequel on avait l'habitude de s'animer des ateliers entre nous. Ça pouvait être une mini conf, un atelier tricot, une danse collective. N'importe qui pouvait proposer un truc, et ça attirait forcément quelques âmes curieuses et intéressées. Dans ce cadre là, j'ai conçu et animé pour la première fois un cercle de discussion sur l'humour oppressif. On a beaucoup, beaucoup parlé. Tard le soir, jusqu'à s'endormir dans nos canapés tout moelleux. C'est là qu'est né plusieurs éléments de cette brochure, grâce à ces moments collectifs où je me sentais à la fois entourée, et hyper stimulée.
...Et un début de formalisation !
Ensuite, avec mon binôme associatif de l'époque, on a voulu animer un autre atelier à ce sujet, mais en créant des supports qui centraliserait des questionnements et réflexions. Il a donc crée 4 affiches qui nous ont servi pour un atelier organisé dans une asso de notre école. Ces affiches, on les a ensuite pas mal diffusé par ci par là quand on rencontrait des gens qui voulaient creuser ce sujet mais qui savaient pas trop par où commencer.
J'ai continué à animer des ateliers à ce sujet, sur base de ces affiches mais je ne me retrouvais plus dans certains propos de ces affiches, et plus le temps passait, plus j'avais envie de rajouter des réflexions, compléter tout ça de récits. Et j'ai trouvé que le format brochure était plus propice pour ça.
Voilà une version un peu plus complète et riche que les affiches qu'on avait formalisé avec Momo.
Et ainsi, naissa cette brochure !
Je vois cette brochure comme un condensé de réflexions et questionnements à un instant T. Je serai peut-être plus trop d'accord avec des réflexions que j'ai écrite, il y a sans doute des angles morts dans ce que je propose, mais c'est pas grave ! C'est fait pour être un outil de dialogue, de discussion, pas une proposition de vérité absolue. Je vous laisse donc avec ça en tête. Cette brochure n'a pas l'intention d'être consensuelle, et a plutôt vocation à rendre visible des trucs, pour nourrir des débats et réflexions : à vous de prendre ce qui vous parle ou pas !
Cette brochure est écrite à la première personne du singulier, car c'est moi qui l'écrit et que je ne souhaite n'engager que moi dans les propos que je tiens, mais il est le fruit de réflexions et questionnements collectifs issus de discussions avec des potes ou des participant·es à des ateliers.
En quoi l'humour est politique ?
Je m'aventurerai pas à proposer une définition de ce que c'est la politique, mais j'aimerai malgré tout commencer cette brochure par affirmer que je pense que notre rapport à l'humour est politique, et doit être davantage politisé. Une manière d'expliquer pourquoi l'humour est politique, c'est de visibiliser que l'humour est un acte social et que quand une personne se sent victime d'humour oppressif, c'est pas juste une histoire de liens interpersonnels, mais il s'y joue des enjeux plus systémique. Quand j'exprime que l'humour est politique, c'est pour visibiliser que l'humour s'inscrit toujours dans un contexte socio-politique donné, et qu'il peut créer ou renforcer des dynamiques de pouvoir qui sont loins d'être neutres ou sans conséquences.
Dans cette partie, je vais partager des réflexions et croyances que j'ai sur l'humour. Elles n'ont pas de valeurs sociologiques ou scientifiques particulières.
Si vous souhaitez vous renseigner sur ces sujets avec une approche davantage documentée, sourcée et avec des expérimentations sociales, vous pouvez lire la thèse de Léo Facca « Est-ce vraiment “ juste une blague ” ? Effet du groupe ciblé, des préjugés et de l'adhésion aux stéréotypes sur la perception de l'humour de dénigrement : une approche expérimentale. » ou vous renseigner sur les études de psychologie sociale de Monica Romero-Sànchez.
Perso, je me suis pas beaucoup plongé dans ces références là parce que j'avais pas l'envie et la motivation de faire un travail de recherche solide, alors je propose juste des bouts de réflexions sur pourquoi je pense que l'humour est politique :
- L'humour véhicule souvent des valeurs et stéréotypes
Je sais pas s'il serait possible ou souhaitable de quantifier un pourcentage de blagues qui reposent sur des préjugés discriminants, mais j'ai le sentiment que l'humour véhicule principalement des stéréotypes visant des individus et groupes sociaux particuliers : les femmes, les personnes racisées, les personnes en situation de handicap, les personnes queer, etc.
Par l'humour, on peut donc véhiculer beaucoup de stéréotypes : les femmes sont nulles et dangereuses au volant, les arabes sont des voleurs, les personnes en situation de handicap sont bêtes, etc.
Les blagues sexuelles me paraissent se baser souvent sur un imaginaire d'hyper-sexualisation, d'objectification des femmes et minorités de genre, de personnes racisées ou sur une désexualisation de personnes âgées et/ou en situation de handicap. La plupart du temps, les blagues liées à la race reposent davantage sur l'imitation d'accent, des préjugés racistes ou des stéréotypes de classes sociales que sur les désastres du colonialisme.
Il y a donc des tendances globales concernant ce sur quoi porte l'humour. Et le fait qu'on se moque majoritairement de certains groupes sociaux, c'est pas anodin. Ça dit quelque chose sur notre manière de faire société. Et ça vient renforcer des valeurs.
- L'humour diffuse, légitime, banalise et rend acceptables socialement des valeurs et stéréotypes
L'humour contribue à la tolérance de la discrimination. Sous l'apparence de légèreté et par prétexte de « on dit ça juste pour rigoler, ça va ! », l'humour permet de banaliser et rendre acceptables socialement certaines valeurs et stéréotypes. S'il ne paraitrait pas très acceptable socialement d'énoncer sérieusement que les femmes blondes sont plus bêtes que les autres, rire autour d'une blague sur les blondes peut paraître beaucoup plus innoffensif.
On appelle « humour de dénigrement » une forme d'humour qui favorise les préjugés et la discrimination.1
- L'humour est un outil de cohésion sociale
L'humour est un super outil pour identifier des individus qui nous ressemblent, avec qui on peut s'entendre et connecter. Rire avec quelqu'un, ça peut déjà être un signe de compatibilité. Ainsi, l'humour permet d'être un facteur de rapprochement, et conditionne ce qui permet ou pas de faire groupe. Il permet de consolider des normes sociales, en participant à créer des cadres collectifs et peut participer à certaines formes de sentiment d'appartenance.
Par exemple, les blagues sur la prétendue stupidité des Belges permet de créer de la cohésion sociale pour les Français.es qui se rapprochent en se moquant d'un autre groupe social.
- L'humour est vecteur de biais de pouvoir
Dans des dynamiques de groupe, il y a toujours des rapports de pouvoir. Un rapport de pouvoir, c'est pas forcément très visible au premier regard. C'est pas forcément une humiliation bruyante et flagrante. Ça peut être discret, insidieux, mais pas moins violent ou blessant. C'est pour ça que pour moi c'est très important de mettre le doigt et les mots sur comment l'humour peut être vecteur de pouvoir.
Quand j'observe un groupe, j'aime porter mon attention sur qui parle, qui ne parle pas, qui est écouté, qui ne l'est pas. Comment les identités sociales (genre, classes, races, religion, capital culturel, académique, économique) entrent en jeu dans les interactions.
L'humour permet un bon prisme d'analyse : Qui fait une blague ? Qui rigole ? Qui ne rigole pas ? Sur quoi portent les blagues ? Quelqu'un qui fait une blague et fait rire les autres attire l'attention, et potentiellement, volontairement ou pas, dicte les normes d'un groupe.
L'humour est souvent valorisé socialement, et les personnes qui détiennent des formes d'humour qui seraient valorisé dans un cercle social peuvent attirer l'attention, paraître intelligent, avoir de la répartie et ça peut donc leur conférer des formes d'auras, de charisme et de pouvoir.
Par exemple : J'ai parfois tendance à « clasher » des ami·es avec ma répartie. Ça fait rire, c'est valorisant pour moi, mais c'est parfois très blessant selon ce que je véhicule, ma relation avec la personne cible de la blague, le contexte social et le vécu de la personne cible. C'est une forme de rapport de pouvoir que d'avoir de la rhétorique, de penser rapidement, d'avoir de la répartie, et ça peut sembler banal mais ça peut être vraiment humiliant, excluant et violent de se faire moquer par des blagues.
Quels liens entre oppressions systémiques et humour ?
Parler des oppressions systémiques, c'est vertigineux. Avoir une porte d'entrée, ça permet d'avoir une prise. Il y a des tonnes de manière de définir une oppression systémique, voici ce que je propose :
Une oppression systémique est le résultat et la composante d'un système qui, pour un critère donné, va engendrer de façon globale des discriminations sur un groupe social dit dominé / opressé / discriminé, et réciproquement conférer des privilèges à un groupe social dit dominant / oppresseur / privilégié.
Les oppressions systémiques sont omniprésentes. Dans notre manière d'organiser notre société, dans nos politiques, nos lois, nos institutions mais aussi dans notre manière de penser, de relationner et de s'organiser.
Elles s'ancrent dans des rapports de pouvoir, se traduisent par des préjugés/stéréotypes et s'incarnent par des postures/comportements oppressifs.
A propos d'intersectionnalité : pour une approche décloisonnée et systémique des oppressions systémiques
Présenté sous forme de tableau, les oppressions systémiques et leur système d'oppressions peuvent sembler très cloisonnées. Dans la réalité, toutes les oppressions forment des liens complexes en synergie.
L'intersectionnalité désigne un concept permettant de penser les identités sociales non pas de façon séparée ou cumulée, mais en synergie pour en identifier leur spécificités.
Historiquement, ce concept émerge et est popularisé par Kimberlé Crenshaw (militante, avocate, professeur) qui lie la race et le genre pour mettre en lumière que les expériences vécues par une personne noire, et par une femme, ne peuvent pas être comprises et analysées comme deux données séparées ou indépendantes2.
Dans les grandes lignes, une identité sociale liée à une oppression + une identité sociale liée à une autre oppression n'est pas égale à = 2X d'oppressions
Mais plutôt, une identité sociale liée à une oppression + une identité sociale liée à une autre oppression = un cocktail singulier et complexe d'oppressions, non cumulables, mais en synergie
Pourquoi parler d'intersectionnalité ?
Pour ne pas reduire l'identité d'une personne à un privilèges ou un non-privilège. Chaque personne a son histoire unique, et il me paraît important de prendre en compte de manière nuancée et complexe ça. (= ne pas reduire une personne racisée à une pauvre victime du système raciste, ne pas réduire un mec blanc à un méchant oppresseur)
Préjugés, discrimination, et oppressions : quelles différences ?
Inspiré du comic : https://everydayfeminism.com/2017/01/trouble-explaining-oppression/
Un préjugé est un biais internalisé :
• "Les relations homosexuelles sont anormales et déviantes"
• "Les personnes grosses sont moches"
• "Les musulman·nes ont plus de chance d'être des terroristes"
Une discrimination est la concrétisation d'un préjugé :
• Refuser la location d'un appartement à un couple d'homosexuel
• Se trouver moche car gros·se
• Suspecter davantage les musulman·es de comportements dangereux
Les oppressions sont les poids et forces systémiques de ces préjugés et discrminations sur les personnes concernées
• Des lois qui ne protègent pas les discriminations basés sur l'orientation romantico-sexuelles
• Des magazines promouvant une culture de la beauté normée
• Des politiques publiques excluantes des musulman·nes
Pour lutter contre tous ces systèmes d'oppressions injustes, il faut agir sur tous les maillons de la chaîne !
A propos de privilèges et de non-privilèges
Chaque individu a un lot de privilèges et de non-privilèges.
Le privilège social, ça désigne une notion en sciences sociales, qui offre des avantages sociaux/degrés de prestiges/rangs dans la société en fonction de son appartenances ethniques, de classes sociales, d'âges, de sexe, d'identité de genre, d'orientation sexuelle et relationnelles, de religion, etc.
Les systèmes de privilèges et non-privilèges impliquent par exemple :
• Un partage non-équitable de la charge mentale. La charge mentale est le poids psychologique que fait peser (plus particulièrement sur des personnes particulièrement discriminées) la gestion des tâches domestiques et éducatives, engendrant une fatigue physique, et surtout, psychique. Cette préoccupation constante de la logistique du foyer, même dans les moments où elles ne sont pas dans l'exécution de ces tâches est aussi pesante. Cette notion peut être applicable à d'autres domaines que la gestion du foyer.
• Des différences dans le sentiment de sécurité par défaut dans les espaces publics, les relations, les collectifs, etc.
• Une exclusion invisibilisée de certains groupes sociaux dans certains espaces.
• Un rapport à la légitimité différent.
• Un accès aux richesses et au confort non-équitable.
• Etc etc etc.
Avoir des privilèges, c'est pas seulement avoir plus de chances d'avoir sa paie augmentée lorsque l'on est un homme cis blanc. C'est aussi :
• Avoir le privilège de l'inscouciance et de ne pas se soucier de certaines charges mentales et émotionnelles.
◦ Ex : une dynamique typique dans un couple hétéro est la femme portant la charge mentale des tâches ménagères, la charge contraceptive et la charge émotionnelle du couple tandis que l'homme ne comprend même pas en quoi consiste tout ça.
• Ne pas se rendre compte des oppressions que vivent les autres, et avoir tendance à ne pas les croire, les légitimer. Et/ou chercher à se justifier de ses bonnes intentions sans mettre le focus sur le récit de la personne concernée.
◦ Ex : Je constate que la plupart du temps, quand je raconte un vécu de situation raciste que j'ai vécu, la·es personne·s blanche·s devant moi sont souvent choqué·es et arrivent à peine à me croire et vont parfois avoir tendance à remettre en question mon récit ou le minimiser.
Avoir des non-privilèges, c'est par exemple :
• Devoir se sur-adapter en permanence pour se faire accepter socialement, et donc performer, compenser, se contorsionner pour correspondre à un fonctionnement normé.
◦ Ex : c'est le cas pour des personnes ayant des handicaps invisibles. (#validisme #psychophobie)
• Se justifier en permanence de ne pas être capable de faire quelque chose et être soupçonné de flemme car "si on veut, on peut" #capacitisme #validisme #psychophobie
• Ne pas se sentir légitime de prendre la parole.
• Ne pas se sentir appartenir à un groupe social.
◦ Ex : être la seule personne racisée dans un groupe de blanch·es peut entraver le sentiment d'appartenance et la légitimité à trouver sa place
• Subir de la négligence en ayant moins de chances que ses besoins soient remplis par la société, des collectifs, des relations, etc.
Apprendre à se situer au niveau de ses privilèges et non-privilèges, et agir en conséquences
Savoir se situer, ça s'apprend, ça prend du temps, et ça se fait au fur et à mesure de discussions, d'expériences de vie, de conflits, de partages de récits, etc.
Un outil pouvant être utile pour apprendre à se situer est celui du CRIAW ICREF3.
Ici, cet outil d'éducation populaire en lien avec des enjeux d'intersectionnalité permet d'illustrer :
• Par le cercle intérieur : les circonstances particulières de chaque personne, associé à des “rangs” dans la société
• Par le deuxième cercle : Des aspects identitaires (correspondant à des privilèges et non-privilèges)
• Par le troisième cercle : Différentes formes de discriminations et systèmes oppressifs
• Par le cercle extérieur : Des structure et forces plus larges renforçant les systèmes oppressifs
Proposition d'exercice : Vous pouvez prendre une feuille et écrire les aspects identitaires qui vous concerne du deuxième cercle et tenter d'identifier si vous êtes plutôt privilégié·e ou pas sur chaque aspect. Les réponses ne seront pas forcément binaires car certains aspects pourront être à la fois des privilèges et des oppressions pour vous. L'idée n'est pas d'atteindre une réalité objective parfaite de vos privilèges et oppressions via cet exercice, mais plutôt de se mettre dans une posture de questionnement vis-à-vis de ses identités sociales.
Chaque personne ayant son lot de privilèges et de non-privilèges. Il peut paraitre important d'apprendre à se situer soi-même, pour pouvoir agir en conséquences.
Pour guider tes questionnements par rapport à ces enjeux, tu peux te demander :
• Quels sont mes privilèges ? Quels sont mes non-privilèges ?
• Comment je me sens par rapport à ça ?
• Qu'est-ce qui m'interroge à ce sujet ?
• Quelle place ont les oppressions systémiques dans mes relations ? Dans mes collectifs ? Dans mon quotidien ? Dans ma vie professionnelle ?
• Est-ce que c'est un sujet dont je parle avec mes proches ? Si oui, comment ?
• Est-ce que je suis satisfait·e de mon rapport à mes privilèges et les oppressions que je vis ? Et si non, qu'est-ce que j'aimerai être différent ?
Pourquoi on parle d'oppressions systémiques ?
Parce que l'humour s'inscrit dans des enjeux en lien avec les oppressions systémiques ! Il peut faire partie de discriminations paraissant inoffensives, anodines et mineurs. Mais en réalité, c'est un instrument puissant, contenant un potentiel de violence fort et permettant de légitimer d'autres formes de violences.
La pyramide des niveaux de discriminations illustre différents types de discriminations, allant de ce qui paraît le moins violent au plus violent. L'humour se situerait dans un niveau de discrimination plutôt « faible »
La pyramide des niveaux de discriminations
Toutes ces oppressions systémiques, systèmes d'opppressions et notion de privilèges s'incarnent concrètement sous la forme de discrimination de plusieurs types :
Des oppressions, il y en a de tous types. Toutes n'ont pas les mêmes effets, ou les mêmes répercussions. Dans cette brochure, je souhaite militer pour que ce qui est considéré comme violent et oppressif ne soit pas limité à de la violence physique et facilement visible. Je souhaite considérer et lutter contre toute forme de discriminations, d'oppressions, et de rapport de pouvoir, aussi "petites" et invisibilisées puissent-elles paraitre.
Pourquoi les "petites" oppressions invisibilisées sont importantes ?
Déjà, parce qu'elles ne sont pas si petites que ça ! Elles sont très impactantes du fait de leur caractère répété et omniprésent, et influence comment une personne se perçoit, est perçue, peut se sentir, etc. De plus, elles constituent la base de la pyramide des discriminations et permet et renforce des discriminations plus graves.
L'humour contribue à la tolérance de la discrimination sous l'apparence de légèreté et par prétexte de « on dit ça juste pour rigoler, ça va ! »
Dans un monde où il n'est pas acceptable de faire des blagues sexistes, alors, peut-être que le monde le serait moins ?
De plus, il y a parfois une plus grande capacité d'action sur des discriminations "petites" du fait de leur caractère récurrent et aussi du fait qu'il peut parfois être moins risqué de reprendre quelqu'un sur une blague qu'il a faite et questionner les valeurs qu'il a véhiculé (parfois inconsciemment et involontairement) que d'agir sur des menaces de vie directes.
L'humour, ce n'est donc pas que des petites blagues, c'est plus que ça. Ça a des impacts et des conséquences fortes et agir dessus est une manière de lutter contre les oppressions systémiques et les rapports de pouvoir.
Différents types d'humour
Est-ce que tous les humours se valent ?
Je pense que tous les humours ne se valent pas. Il ne s'y joue pas les mêmes dynamiques de pouvoir selon l'humour qui est véhiculé. Par exemple, je considère qu'un groupe de mec qui se moquent d'une meuf avec des remarques sexistes, c'est pas les mêmes enjeux que des personnes racisées qui se moquent des racistes. Ou encore, je considère qu'une punchline tourné avec un ton humoristique pour protéger une personne qui se fait discriminée, c'est pas à mettre sur la même échelle que quelqu'un qui dit une punchline pour se moquer d'une forme de handicap.
Proposition de catégories de l'humour
Pour conceptualiser ça, avec mon binôme associatif de l'époque des affiches, on a fait une proposition de catégorisation de l'humour.
Il y a différentes d'humour parmi tout ça : le comique de situation, le comique de répétition, l'absurde, les plaisanteries, l'ironie, les jeux de mots, le comique de geste, les caricatures, l'autodérisiton, l'humour noir, le sarcasme, la parodie/satire, le burlesque, le grotesque, etc.
Quelques exemples pour s'y retrouver
- L'humour ciblant des groupes sociaux
Ce qu'on désigne comme étant de l'humour oppressif, c'est de l'humour qui participe à perpétuer des oppressions systémiques.
Exemples :
• Dire une blague qui se repose sur un biais sexiste : J'ai une fois animé une formation où lorsque j'ai demandé aux participant.es s'iels avaient de quoi noter, un homme cis a répondu « Oui, on a des femmes dans le groupe ! »
• Renforcer des stéréotypes raciaux par des blagues-devinettes : « Pourquoi les chiens aboient beaucoup en Chine ? Parce qu'ils ne sont pas assez cuits »
• Véhiculer l'idée que les personnes trisomiques sont bêtes en disant « T'as pas compris ça ? T'es trisomique ou quoi ? »
Et bon, il pourrait y avoir tout une section « humour internet et memes » sur ce que ce type d'humour peut véhiculer. Ici un exemple illustrant sous la forme d'un raisonnement « scientifique » pourquoi les femmes sont des problèmes.
Les dynamiques en œuvre peuvent être nombreuses : renforcement de stéréotypes existants, déshumanisation, action d'exclusion, moqueries, etc.
En stand-up, on parle parfois de « punching down », c'est-à-dire, faire de l'humour en ciblant des personnes discriminées et qui reproduit donc des dominations, des oppressions et des humilitations systémiques.
Ce qu'on appelle humour subversif, c'est un humour qui renverse l'ordre social dominant.
Exemple :
• L'humour misandre (qui fait de l'humour sur les mecs cis). « Que donne un mec cis à Emmaüs ? Son avis ! »
• Tourner en ridicule le journalisme sensationnelle de droite (Gorafi)
• Tourner en ridicule l'impunité de certaines sphères de pouvoir (Malheurs actuels)
• Jouer sur un attendu « raciste » pour prendre par surprise et interroger ce présupposé « Comment appelle-t-on un noir qui conduit un avion ? – Un pilote ! »
En stand-up, on parle parfois de « punching up », c'est-à-dire, faire de l'humour en ciblant des personnes dominantes et qui crée donc des potentiels de subversion et d'émancipation.
- L'humour ciblant un individu
L'humour blessant, c'est de l'humour qui n'est pas en lien avec des oppressions systémiques, mais qui peut blesser une personne.
Exemple : Quelqu'un trébuche en rentrant dans une classe, quelqu'un le·a filme et puis fait tourner la vidéo en se moquant de la personne.
L'humour soutenant survient dans l'intention d'aider quelqu'un qui se fait discriminé.
Exemple : Un mec se moque d'une femme qui a fait la cuisine, et quelqu'un en fait une blague « drôle de façon de dire merci »
Avantages et limites de ces catégories :
Ce que j'apprécie dans le fait de catégoriser l'humour, c'est que ça permet de mettre en lumière qu'il ne se joue pas les mêmes dynamiques de pouvoir dans tout type d'humour. Tous les humours ne sont pas équivalents et ne véhiculent pas les mêmes idées. L'idée n'est pas de dire que l'humour subversif est forcément mieux que l'humour oppressif, mais plutôt qu'il ne se joue pas les mêmes choses quand on se moque de femmes asiatiques que quand on se moque du président des Etats-Unis.
Evidemment, ces catégories, comme toute tentative de formalisation sont imparfaites. Il y a des formes d'humour difficile à catégoriser, et l'intention n'est pas de réussir à mettre toute forme d'humour dans des petites cases, mais plutôt de mieux identifier ce qui peut se jouer dans une forme d'humour. C'est donc à voir comme un outil : ce n'est pas objectif, ce n'est pas parfait, ça a des limites, mais c'est parfois utile.
Faut-il cultiver de l'humour subversif alors que ça peut aussi être violent ?
J'adore l'humour subversif, mais c'est très personnel. J'ai beaucoup débattu à ce sujet et je sais que des personnes que je connais ne sont pas d'accord avec le fait de cultiver quelconque humour pouvant être dénigrant. Cette idée qu'il ne faut cultiver ni l'un, ni l'autre, est en lien avec l'idée que dans tous les cas, il y a de la violence qui est véhiculé et que ça entretient un cycle de la violence qui peut finir par être néfaste pour tout le monde. Si j'adore l'humour subversif, et que je le trouve émancipateur et réparateur, j'aime nuancer ce propos en mettant une vigilance sur la violence qui peut être véhiculée.
Bref, est-ce qu'il faut faire de l'humour subversif ? Perso j'adore ça, mais c'est fortement débattable !
Et puis qui décide de ce qui est subversif ou oppressif ? La frontière est floue et subjective. Peut-on tout justifier derrière le drapeau de la subversivité ? Pas sûre.
Pour autant, je considère ne pas me battre à armes égales avec mes « ennemis », et donc ridiculiser le pouvoir, je pense que c'est une arme qui me parle.
Est-ce que la fin justifie les moyens ?
Dans le fond, ça pose la question de : est-ce que la fin justifie les moyens ? Si la fin est louable (= ici, créer une société plus écologiste, juste et inclusive) est-ce que ça justifie d'avoir recours à des moyens violents (= ici, continuer à alimenter des dynamiques de moqueries, d'exclusion). C'est hyper complexe comme sujet, et j'oscille beaucoup entre plusieurs postures, en fonction des enjeux et des sujets. J'ai pas trop de réponses à ça, mais je trouve que c'est chouette de se poser la question et de si l'on souhaite avoir recours à l'humour, et pourquoi.
Dans tous les cas, il me paraît important de s'interroger sur pourquoi on rigole, et quels peuvent être les risques et effets de ce qu'on véhicule. Et justement ! D'où la proposition de l'outil qui suit :
Auto-check avant de faire preuve d'humour
Comment savoir si ma blague est oppressive ? Comment je peux changer mon rapport à l'humour ?
Hélas, je n'ai pas de solutions miracles sous la main. Je ne pense pas que le monde doit binariser un rapport catégorique à l'humour. Il n'y pas de tampons « humour oppressif / humour non-oppressif ». Je pense que toute situation est complexe, nuancée, et qu'on ne peut jamais s'assurer de la non-offensivité de ce qu'on dit. Par contre, on peut se questionner en amont pour limiter le risque de blesser. Voici une proposition de questionnements à se poser. C'est pas exhaustif et c'est pas parfait.
• Quelles sont mes intentions en faisant une blague (mettre à l'aise, créer de la complicité, rabaisser, me moquer, dédramatiser ?)
• Est-ce que je ris DE la/les personnes concerné·es par la blague ou AVEC ?
• Est-ce que les personnes présentes me connaissent assez bien pour comprendre mon intention ?
• Est-ce que ma blague peut être discriminante ou blessante directement ou indirectement ?
• Est-ce que ma blague véhicule de la violence ?
• Est-ce que ma blague peut causer des triggers ?
• Est-elle risquée du fait qu'elle touche à une caractéristique de groupes sociaux discriminés ?
• Est-ce que le contexte de ma blague est le bon ?
• Est-ce que le niveau d'interprétation de ma blague est claire ?
• Suis-je prêt·e à recevoir des retours négatifs sur des propos que j'ai émis ?
• Suis-je capable de répondre constructivement en me remettant en question ?
• Suis-je ouvert·e et capable de ne pas minimiser/délégitimer les ressentis exprimés ?
Il peut aussi y avoir des questionnements plus introspectifs : qu'est-ce que mon rapport à l'humour dit de moi ? D'où vient mon rapport à l'humour ? Est-ce que j'aime l'humour que je véhicule ou est-ce que j'aimerai le changer ? Si oui, quelles sont mes pistes de changement ?
Par exemple : j'ai beaucoup fait de l'humour en mode « clasher une personne », parfois de manière humiliante, parce que je voulais paraître intelligente et avoir de la répartie. Je trouvais ça valorisant qu'on rigole à mes blagues, et qu'on puisse être impressionné par la rapidité de mes idées. Mais je me suis rendue compte que je trouvais ça naze de faire ça alors j'essaie d'arrêter (même si je fais parfois de l'humour blessant et je le regrette).
Se poser les questions, ça peut être très long, et c'est un travail introspectif en soit. S'il ne me semble pas possible de se poser toutes ces questions en amont de chacune de ses blagues, je me dis que ça peut être un bon guide d'introspection pour y réflechir et que pour faire un autocheck rapide avant de faire une blague, il y a la possibilité de se concentrer sur les risques de cette blague : est-ce qu'il y a des risques à véhiculer ce que je vais dire ? Pourquoi ce serait risqué (du fait des personnes présentes, du fait de la nature de la blague) ? Est-ce que les intentions de ma blague sont claires pour les personnes présentes ?
Moyen mnémotechnique :
Si vous avez vu la série animée Avatar, le dernier maître de l'air, vous connaissez sûrement Iroh, l'un des personnages réputés comme étant plein de sagesse dans la série. Un moyen pour se souvenir des questionnements, c'est de penser aux :
– Intentions
– Risques
– Ouverture
– de son Humour
(IROH !)Comment réagir à de l'humour oppressif/blessant ?
Au début des ateliers que j'anime, j'aime beaucoup commencer les temps par demander aux participant·es quelles sont leurs intentions et attentes dans l'atelier. La plupart du temps, ce qui revient surtout c'est : comment « bien » réagir face à des situations d'humour oppressives ?
Il n'y a pas de bonnes réponses ou de modes d'emplois. Chaque situation est singulière et porte un contexte particulier. Du coup, je vais surtout évoquer des postures, des manières de réagir, et les commenter.
Comprendre les dynamiques collectives existantes
Déjà, il y a toujours des dynamiques collectives et des rapports de pouvoir existants en jeu. C'est impossible de tout déceller, et de réussir à tout percevoir finement avec lucidité en tout temps, mais quelques questionnements peuvent aider à observer la situation.
• Quelles sont les relations entre les personnes présentes ?
◦ Est-ce que les personnes ont une bonne relation ?
◦ Est-ce qu'il y a de l'espace pour communiquer entre ces personnes ?
◦ Est-ce qu'il y a des biais de pouvoir entre les personnse ?
▪ Ex : une participante racontait pendant un atelier ne pas réussir à réagir à des blagues homophobes car la personne qui les racontait était son patron.
• Est-ce que la personne/les personnes concernées par la blague sont présentes ?
• Quels sont les risques d'intervenir pendant ou après une blague ?
Il peut donc être important et utile de comprendre le contexte social, et les rapports de pouvoir existant avant de savoir comment réagir.
Je pense que prendre en compte la temporalité dans les réactions est également important. Je distingue donc les réactions ayant lieu au moment de la situation, ou après.
Choisir la temporalité de sa réaction
- Réagir au moment de la situation
Il y a différentes manières de réagir sur le moment :
• « Contre-attaquer » directement par l'humour : punchliner, ridiculiser, confronter, etc.
• Politiser la situation : ramener du sérieux et des enjeux, faire redescendre le rire pour adresser les problématiques. Expliquer en quoi l'humour est politique, et peut être violent. Expliquer les valeurs véhiculées par la blague qui vient d'être faite.
• Questionner la personne qui a fait la blague : Pourquoi tu te moques ? Est-ce que ta moquerie sous-entends des croyances que tu as ? Pourquoi tu dis ça ? Qu'est-ce que tu sous-entends ? Tu peux répéter ?
• Parler de ses ressentis : exprimer son malaise, sa colère, sa tristesse en réaction à la blague
• Etc, etc, ect.
Perso, je pense pas qu'il y ait de manière parfaite de réagir, car ça dépend trop du contexte, mais je peux identifier quelques avantages et inconvénients de réagir sur le moment.
Avantages de réagir sur le moment :
• Réagir sur le moment permet de ne pas « laisser passer » la blague, et de signifier que ce n'est pas accepté et toléré de faire ce genre de blague.
• Ça peut permettre d'être dans une posture d'allié·e en réagissant et d'être en soutient direct à une personne ou des personnes qui pourraient se sentir mal à l'aise et/ou concernée(s) par la blague.
• Ça permet de ne pas être complice du moment.
Inconvénients de réagir sur le moment :
• Réagir sur le moment peut créer du conflit et faire « dégénerer » une situation. Il y a moins de temps et de recul pour pouvoir réflechir à comment l'on souhaite réagir.
• Ça peut être humiliant et stigmatisant pour la personne ayant fait la blague de réagir à une blague sur le moment devant d'autres personnes.
• Le risque social est plus fort et imprévisible lorsque c'est sur le moment dans un moment social plutôt qu'après en interperso ou en plus petit comité.
• S'il y a une ou des personnes concernées et que vous n'êtes pas personnellement la cible de la blague, réagir sur le moment peut parfois amener à ne pas avoir une réaction mal adaptée pour la ou les personne(s) concernée(s) vu qu'il est souvent difficile de les consulter sur le moment et de s'adapter à leurs besoins.
- Réagir après le moment de la blague
Il y a différentes manières de réagir après une blague
• Cela peut dépendre de qui on va voir après la blague :
◦ La personne qui a fait la blague
◦ Des personnes éventuellement concernées et/ou mal à l'aise
◦ Des témoins
◦ Etc.
• Ça peut dépendre de vos intentions
◦ Exprimer son désaccord/son malaise à quelqu'un
◦ Faire de la pédagogie
◦ Exprimer son soutient
◦ Etre dans l'accueil d'éventuelles demandes que l'on pourrait vous faire
• Ça peut dépendre de la manière dont vous intervenez
◦ Plutôt sur un ton sérieux, politisant et intellectuel
◦ Plutôt sur un registre émotionnel
◦ Plutôt en « confrontation » avec la personne qui a fait la blague, ou plutôt en étant dans une recherche de coopération
• Bref, les manières de réagir après une blague sont diverses et dépendent de beaucoup de chose !
Avantages de réagir après :
• Réagir après permet d'avoir plus de temps pour réflechir à ses postures et sa manière de réagir.
• Ça peut permettre un terreau plus fertile pour des discussions longues et constructive du fait du côté interperso ou petit comité qui peut davantage créer un cadre intimiste et propice à la confidence contrairement à une réaction à chaud pendant un moment social.
• Une discussion après le moment peut aussi réduire un potentiel risque de situation confrontante non désirée ou une condamnation rapide de la personne qui vient de faire une blague.
Inconvénients de réagir après :
• Il y a des contextes où il n'est pas possible de réagir après, par exemple après de l'humour oppressif émis par quelqu'un dans la rue.
• Ça peut être difficile de trouver le bon moment, et peut-être que la personne éméttrice ne voudra pas en parler.
• Il faut un minimum de confiance et de coopération réciproque pour que ça puisse être constructif. Un format de débrief ne parle pas à tout le monde. Par exemple débriefer d'une situation avec mon papa et lui proposer un temps de communication en interperso, ça ne fonctionne pas du tout. Il faut trouver ses stratégies. Souvent, je profite de trajets en voiture avec lui en trouvant une façon légère de revenir sur les choses mais je ne le présente pas comme un débrief. Et souvent, la manière qu'on a de débriefer est pour moi frustante et insatisfaisante.
Quelques questionnements pour guider sa manière de réagir :
Il n'y a donc pas de manière parfaite ou miraculeuse de savoir comment réagir. Ça vient en fonction du contexte, des dynamiques de groupe, de votre relation avec les personnes présentes, des enjeux, des risques, de vos ressentis, etc etc ect !
Je ne souhaite pas proposer un guide pour apprendre comment réagir, mais surtout proposer des manières de réflechir à ça. C'est pour ça que je souhaite proposer quelques questionnements qui peuvent guider sa manière de réagir :
• Quel est le contexte dans lequel est fait la blague ?
• Quelles sont les relations entre les personnes présentes ?
• Qu'est-ce qui est véhiculé à travers cet humour ?
• Est-ce que c'est risqué pour moi/pour d'autres, d'intervenir ?
• Est-ce que je souhaite réagir sur le moment, ou plutôt plus tard ?
• Comment est-ce que je souhaite réagir ? Quelle posture j'aimerai adopter ?
• Quelles sont mes intentions en réagissant ?
Se poser ces questions, c'est très long, et il n'est évidemment pas forcément possible de se poser toutes ces questions pendant un instant humoristique car ce sont des moments qui vont très vite et où il faut avoir parfois le sens du timing pour intervenir au « bon » moment. Mais ce sont des guides à avoir en tête, pour s'entraîner, et pour se questionner collectivement.
Quelques points qu'il me semblent intéressants d'avoir en tête lorsque l'on souhaite réagir à une blague qui ne nous va pas :
- Le consentement et le cadre de la discussion
En allant voir des personnes ciblées, il me semble important de veiller au consentement des personnes concernées et de ne pas imposer une aide non-sollicitée au risque de leur retirer du pouvoir d'agir. Le mieux selon moi est de s'adapter à leurs besoins et leurs demandes, et de voir si vous êtes en capacité d'y répondre. Si quelqu'un s'est senti mal suite à une blague et que vous voulez lui proposer un espace de débrief, vous pouvez lui proposer plusieurs types d'écoutes : de la reformulation de ce qu'iel dit pour s'assurer qu'iel se sente compris·e, de l'empathie pour entrer en résonnance émotionnelle avec son vécu, de la suggestion ou des conseils sur quoi faire si c'est ce qui est demandé, etc.
Proposer un débrief avec la personne émettrice de la blague peut aussi demander un certain cadre. Tout dépend de votre relation avec cette personne, et de votre manière de réagir. Mais il me semble important de penser aux bonnes conditions pour que ça se passe et à veiller à la forme de son retour.
Par exemple, vous pouvez commencer par lui demander ce qu'elle a pensé de sa blague. Ça peut être intéressant pour ne pas l'enfoncer si elle est déjà en train de se remettre en question. Perso, je trouve ça toujours intéressant de savoir comment l'autre personne a vécu la situation et ça me paraît plus constructif pour adapter sa réaction après.
- Quelques outils pour prendre soin de sa communication
Les outils de communication émotionnelle peuvent être aidant pour vivre ce type de situations si ce sont des approches qui vous parlent. Ce ne sont pas des solutions miracles, et ça a évidemment des limites et des défauts, mais personnellement ça m'aide de pouvoir me servir d'outils.
Parmi les outils qui me parlent, il y a :
• La Communication Non Violente (ou CNV)4
◦ Mais il me semble important de l'incarner dans une approche située et politisée. La CNV, malgré son nom, peut véhiculer de la violence parce que ses outils peuvent permettre à quelqu'un d'avoir l'ascendant intellectuel sur quelqu'un en ayant du vocabulaire, une rhétorique et une manière de tourner les choses qui est incontestable. Selon moi, la CNV ça peut être très aidant, mais ça peut aussi incarner des formes de classisme, d'élitisme et d'intellectualisme dont il faut faire attention car ils peuvent être, même avec de très bonnes intentions, des instruments de manipulation.
◦ Pour creuser ce sujet, des podcasts de Méta de Choc étudient les avantages et les dérives de la CNV5
• Les jeux de cartes qui parlent de besoins et d'émotions pour gagner en vocabulaire, en finesse et en précision pour parler de ses émotions ou de celles des autres.
◦ Il y a par exemple les jeux de cartes de Apprentis Giraffes6 ou encore ceux de Comitys7
• Il y a des facilitations graphiques/des affiches de Fertîles sur les enjeux de feedbacks (faire des retours), de Communication Non Violentes, ou encore d'intentions, disponibles sur leur site qui peuvent être outillantes.
Bref, il existe de nombreuses ressources pour prendre soin de sa manière de communiquer ! Il en existe bien sûr bien d'autres, mais là ce n'est qu'une courte sélection.
- Se préparer à être déçu·e et/ou frustré·e
Même si vous faites de votre mieux, et que vous y mettez tout votre coeur, vos bonnes intentions, le soin dans votre communication et le soin à l'autre : il se peut que vous soyez frustré·e, agacé·e, déçu·e, en colère de la réaction de l'autre personne.
Un truc qui m'aide d'avoir en tête dans ces cas là, c'est de me dire que du changement, ça prend du temps. Je pense pas qu'il faille nécessairement attendre des personnes qui ont des comportements blessants de changer. Mais j'ai la croyance dans le potentiel et la capacité de changements des gens. Et je pense que si ça arrive, c'est rarement miraculeux et instantané. Ça demande plusieurs essais, du temps, de la remise en question, des changements d'environnement parfois. Bref, votre réaction, votre intervention n'aura peut-être pas l'air très utile sur le moment. Mais je pense que ce type de réaction et d'intervention, aussi minimes puissent-elles paraître, elles sont super utiles, nécessaires et précieuses.
Elle plantent des graines. Qui peut-être ne vont pas pousser car le terreau n'est pas bon, parce qu'il n'y a pas assez d'eau, parce que ce n'était pas le bon moment pour les planter.
Bref, il se peut que rien n'en pousse. Mais si ça fait pousser quelque chose, alors il faut du temps, et d'autres ingrédients pour que ça puisse être fertile et constructif. Ça n'invalide évidemment pas les éventuels sentiments de frustration, de colère, de déception, mais je trouve que ça donne au moins du sens et de l'encouragement à réagir.
Si vous ressentez de la déception, de la frustration, de la colère, c'est légitime. Ça ne veut pas pour autant dire que votre intervention était inutile et ne vas pas faire réflechir l'autre personne.
A propos de légèreté et d'insouciance
Questionner son rapport à l'humour, ça peut faire peur
« Mais c'est beaucoup de travail de penser à tout ça ! Et puis c'est beaucoup de charge mentale ! »
« Et mes envies de légèreté et d'insouciance, alors ? »
Quand je suis visibilis·é comme portant des enjeux d'humour oppressifs dans des collectifs, j'ai parfois l'impression d'être pointé du doigt comme une voleuse de fun et de bonheur.
Ça m'est déjà arrivé de sentir un genre de retenu gêné de quelqu'un quand j'étais là en mode « Bon, ya Asa, il faut pas que je fasse une blague oppressive ! »
Dans ces moments là, je me dis « ça y est, je suis devenue la police de l'humour ».
Quand je soulève une situation qui me paraît problématique et qu'on me répond un besoin de légèreté, je ressens un mélange d'émotions : de la compréhension, de l'empathie, et souvent, de l'agacement et de la colère.
Derrière ces peurs exprimées, il y a notamment la crainte qu'à force d'être dans une posture où « on fait attention à tout ce qu'on dit », on créé une atmosphère de « politiquement correcte » qui n'est pas incarnée et qui fait qu'on n'arrive plus à être sincère de rien.
Je comprends la crainte que l'hyper-vigilance sur ce genre de sujet amène à effacer de l'authenticité. Je comprends aussi le besoin de légèreté et d'insouciance. Les anti-normes, ça peut être opppressif, et c'est dangereux aussi. L'idée n'est pas de contrôler tout comportement et de fusiller quelqu'un dès lors qu'iel a dit une blague qui génère du malaise.
Mais je pense que l'idée, ce n'est pas non plus d'avoir du fun et de l'insouciance en véhiculant de la violence et en faisant souffrir des personnes.
En tout cas, ce n'est pas de ce fun dont je veux, et je sais qu'on peut cultiver d'autres types de fun.
Est-ce que insouciance = privilèges ?
Mon agacement vient de ma croyance que pouvoir ressentir de l'insouciance, la plupart du temps, c'est vachement un privilège. Je vais pas développer très longtemps sur les liens que je perçois entre inscouciance et privilège, mais ça sera peut-être l'objet d'une autre brochure.
Si j'essaie de citer quelques dynamiques que je vois, je me dis que par exemple, les dynamiques genrées peuvent amener à faire reposer davantage de charges mentales sur les personnes sexisées, et qu'ainsi les mecs cis peuvent jouir d'un privilège d'insouciance de ne pas avoir à porter de manière équitable : la charge des tâches méganères, la charge émotionnelle de la relation, la charge contraceptive, etc. Je participais récemment à un cercle de parole sur l'avortement, et beaucoup de prises de paroles ont souligné le manque de soutient de mecs d'avortements dont ils étaient concernés. Je me suis dit « encore une fois, leur inscouciance est un privilège ». Car certaines personnes n'ont pas le choix de lutter, de se poser des questions, de remettre en question des normes dominantes.
Parfois, rigoler pour créer de la complicité, ça se fait au détriment de personnes ou de groupes sociaux, et je pense que c'est important d'être conscient·e de ces conséquences.
Un parallèle avec le véganisme
Je fais le parallèle avec le véganisme. Changer son mode d'alimentation, ça peut paraitre méga prise de tête, et prendre beaucoup d'énergie de faire attention à ce qu'on consomme. C'est une réalité, c'est vrai et légitime. Pour autant, choisir de détourner le regard sur les conséquences écologiques, sociales, éthiques de l'exploitation animale par besoin de légèreté, je trouve ça questionnant.
Je pense que même si c'est vraiment coûteux en terme d'énergie et de temps de reconfigurer notre rapport à l'alimentation, il y a des facteurs facilitants qui font que ça peut devenir peu coûteux.
Parmi ces facteurs, je pense que la force de l'habitude fait que ça peut être difficile au début d'initier un changement, mais qu'une fois qu'il est enclenché ça peut être plus facile. Ou encore, un facteur facilitant, c'est à quel point c'est porté collectivement. Manger végan dans un groupe où tout le monde mange végan, c'est beaucoup plus facile qu'être la végane au milieux de viandard·es.
Et on abandonne pas de bien manger en mangeant des plats vegans : on peut énormément se régaler de plats délicieux, mais faut apprendre à faire différemment avant !
On revient à notre point de départ : l'humour !
Je considère que pour des enjeux comme l'humour, c'est des dynamiques similaires qui se jouent.
Ça peut être super coûteux, et fatiguant de se remettre en question dessus, mais si c'est porté collectivement c'est bien plus soutenant, et puis progressivement, on peut apprendre à continuer à rigoler énormément, mais différemment.
Et clairement, moi je me sens mieux, plus aligné·e et beaucoup plus léger·ère depuis que dans mes cercles sociaux, on travaille sur ça. Ça me permet de rire en me sentant sincèrement alignée avec ce qui est véhiculé et de découvrir d'autres formes d'humour.
Et en fait, je trouve ça hyper émancipateur de cultiver un genre de “bonheur responsable” qui tente de nuir au moins possible et de reproduire le moins de violence possible.
Pour moi, c'est pas un abandon de légèreté et de rire. Et je trouve ça hyper enthousiasmant !
Mais j'entends que ça demande du temps, de l'énergie, de la remise en question, et tout le monde n'a pas cet espace mental, cette disponibilité, ou les cercles sociaux pour.
Chacun·e va à son rythme. Ça fait pas de vous une mauvaise personne si vous n'avez pas (ou pas encore) de place dans votre vie pour travailler dessus à la hauteur de ce que vous aimeriez incarner.
Les envies de légèreté sont légitimes. Et je pense que particulièrement dans certains collectifs militants où le poids des enjeux qu'on essaie de porter est lourd, il y a besoin de souffler et de s'oxygéner avec de la légèreté pour ne pas se noyer. Mais je pense vraiment qu'en re-inventant nos imaginaires sur l'humour, on peut cultiver du politique qui nous est thérapeutique. Les luttes culturelles, elles se font aussi là où se niche l'humour.
A propos de culpabilité, de honte et de responsabilités
De l'importance d'écouter et d'observer ses émotions
Je pense qu'il est important de se responsabiliser sur ces enjeux. Car nos mots ont des conséquences, et être aveugle à ça c'est dangereux. Pour autant, je ne vous souhaite pas de vous morfondre dans de la culpabilité et la honte. Je pense que c'est des émotions « signaux d'alerte » qu'il est intéressant d'écouter., mais qu'il n'est pas toujours constructif de cultiver.
L'idée c'est pas juste de dire « je me sens coupable, je devrai pas, j'efface ce ressenti » . Mais plutôt de se dire « oh, j'ai fait une blague qui a l'air d'avoir blessé et je me sens coupable. C'est surement qu'il y a une raison, qu'est-ce que je peux faire avec ça ? »
Pour moi, c'est intéressant de s'appuyer de ses émotions pour se mettre en mouvement mais pas pour s'enfermer dedans et se flageller. Parce que se noyer dans la honte, c'est pas forcément un mouvement vers l'extérieur. En tout cas, moi quand j'ai honte, j'ai plutôt tendance à vouloir me cacher dans ma couette et faire disparaître mon existence sociale. Et ça m'invite pas forcément à me responsabiliser.
Se morfondre dans la honte, ça paraît pas super constructif. Mais je peux choisir d'en faire quelque chose : d'aller en parler, de m'excuser, de voir si je peux réparer.
L'idée, ça peut être de transformer sa culpabilité en responsabilité : comment je peux prendre mes responsabilités ? Comment je peux prendre soin de la situation ? Comment je peux faire différemment à l'avenir ? Qu'est-ce que j'apprends de cette situation ?
Ça me paraît être des pensées et des questionnements plus constructifs que « je suis une merde / je suis un violent oppresseur »
Apprendre à se décentrer
Je trouve aussi que le risque d'être bloqué·e dans sa honte, c'est plutôt être auto-centré·e.
« J'ai honte. Je suis une mauvaise personne. Je regrette. Moi moi moi. »
Je pense qu'il peut être bénéfique d'apprendre à se décentrer pour accueillir les autres ressentis, assumer ce qu'on a fait, et avancer dessus sans se condamner.
Pour moi, apprendre à se décentrer, c'est accepter de plonger dans le coeur de l'autre. C'est faire preuve d'empathie et d'écoute. C'est risquer de se perdre, l'espace d'un moment, dans les émotions de l'autre, en s'oubliant un peu soi. Ça ne veut pas dire que je vous invite à dévouer toute votre existence pour autrui, à dépasser vos limites et vous oublier complètement. Je vois plutôt ça comme une posture à vêtir quand estimé nécessaire. Un peu comme un costume qu'on pourrait enfiler et enlever avec flexibilité et sensibilité.
Apprendre à se connaître pour incarner des formes d'humour appropriés
Apprendre à s'apprivoiser avant de se blesser
Je pense qu'une des conditions pour cultiver d'autres formes d'humour avec des gens, c'est d'apprendre à les connaître. Comprendre leurs limites, ce qui les fait rire ou pas, ce qui les mets mal à l'aise ou pas, ce sur quoi iels sont particulièrement sensibles et fragiles. Et adapter son humour en fonction de ça.
Comprendre le terrain de jeu dans lequel on s'inscrit
Typiquement, je me permets de faire certaines blagues auprès d'ami·es parce que je connais leurs réactions, j'anticipe que c'est okay pour elles·eux de recevoir certains propos, mais je me permettrait peut-être pas de faire ces blagues avec des personnes que je connais pas ou peu car ça serait risqué et trop imprévisible.
Par exemple : J'ai deux amies avec qui on fait beaucoup de blagues sur le polyamour. Ça nous fait beaucoup rire, parce qu'on est nous-même concernées, qu'on se connaît bien sur ce qui nous fragilise ou pas, et qu'on a suffisamment conscience de nos intentions quand on fait une blague. Pourtant, je ferai pas des blagues à ce sujet avec n'importe qui, parce que je pourrai renforcer des insécurités et ça pourrait être source de quiproquo sur ce que je pense dans le fond.
Bien souvent, je pense que ça ne vaut pas la peine de risquer des blessures ou de l'exclusion pour une blague. Il me semble plus précautionneux d'apprendre à s'apprivoiser un peu avant.
Faire des calins, ça serait similaire à faire des blagues ?
En fait, toutes ces réflexions par rapport à l'humour, et le besoin de se connaître, ça me fait penser aux calîns et à la tendresse physique en général.
Il me paraît important de s'assurer du consentement de la personne avec qui j'ai envie de partager de la tendresse physique, même pour une main sur l'épaule ou un petit calin. Et pour que ça soit un bon moment pour tout le monde, on peut chercher à comprendre la signification du toucher, les limites et l'historique de l'autre personne par rapport aux contacts physiques. Me jeter dans les bras de quelqu'un remplie de mon enthousiasme avec pour justification mon désir de complicité et de légèreté, en risquant de blesser ou trigger l'autre personne, ça me paraît pas super. C'est pas hyper précautionneux de se mettre à toucher quelqu'un, comme ça, sans en avoir discuté au moins un peu avant.
Je me dis qu'on pourrait aussi peut-être adopter une posture de précautions par défaut avec l'humour et donc ne pas se lancer dans de l'humour hyper risqué dès les premières interactions mais s'y aventurer un peu plus si l'on apprend à se connaître.
Et l'autodérision dans tout ça ?
Okay, il faut apprendre à mieux connaître des gens pour anticiper comment ça va être reçu, mais alors, qu'en est-il quand on fait des blagues sur nous-mêmes ?
Bon, c'est un sujet compliqué, qui mériterait une brochure à part entière. Je vais juste balancer quelques bouts de réflexions en vrac :
Les potentiels d'émancipation et de réappropriation
Je pense que l'autodérision détient un potentiel d'émancipation et de réappropriation super chouette.
Perso, j'aime montrer une forme de lucidité sur certains de mes défauts, et ça me fait ressentir une forme de pouvoir d'agir et de ré-appropriation.
Ou encore quand un de mes cousins se moque de certains clichés asiatiques, je ressens qu'il y a une forme de ré-appropriation de son récit et donc une forme d'empowerment (ou empuissancement) qui est différente que quand c'est une personne blanche qui véhicule des stéréotypes asiatiques. Pouvoir rigoler de ce pour quoi on est moqué, je pense que c'est un potentiel de pouvoir d'agir et de subversion super fort et précieux.
L'autodérision et ses dérives
Mais, via de l'autodérision, on peut aussi véhiculer des valeurs violentes, quand bien même elles nous concernent. Et ça, ça peut être blessant, et continuer à véhiculer des idées qui sont oppressives. Etre concerné·e par une oppression ne nous rend pas immunisé·e à ne pas continuer à l'alimenter.
Peut-être que ce n'est pas les mêmes enjeux quand mon cousin asiatique fait des blagues sur les stéréotypes asiatiques que si c'était une personne blanche, mais pour autant il continue quand même de les faire exister, de leur donner de la visibilité et de l'importance. Donc c'est questionnant.
Aussi, l'autodérision ne doit pas devenir une caution : « oui, je fais des blagues racistes mais mon pote noir en fait aussi ». Ce n'est pas pareil quand une personne concernée fait une blague sur une caractéristique qui la concerne ou quand ce n'est pas quelqu'un de concerné. Entendre de l'autodérision n'est donc pas un prétexte à véhiculer de l'humour oppressif.
Les enjeux de l'autodérision sont donc complexes : l'autodérision peut permettre de la ré-appropriation via un gain de pouvoir d'agir, mais elle peut aussi être néfaste.
Et vous, qu'est-ce que vous pensez de l'autodérision ? Est-ce que vous en faites ? Pourquoi ? Comment ça vous fait sentir de faire de l'autodérision
Le risque de l'anti-norme oppressive : De l'importance de cultiver les nuances et le droit à l'erreur
Tous ces enjeux au sujet de l'humour peuvent amener de nombreux questionnements. La peur de mal faire, de blesser, de véhiculer des oppressions maladroitement sans s'en rendre compte, la pression de ne pas savoir comment réagir, etc.
C'est exigeant et pesant.
Je pense que s'il est important d'incarner des formes d'exigences, de chercher à désapprendre certains mécanismes, certaines valeurs dominantes et d'apprendre à apprendre d'autres postures et humour alternatif. Et je pense aussi qu'il est important d'être induglent·es envers soi-même. Il faut trouver le subtil équilibre entre l'exigence et l'indulgence, la déresponsabilisation et la suresponsabilisation, et ce n'est pas toujours évident.
On a toutes et tous grandi et évolué dans une société violente, oppressive, qui crée, renforce et véhicule des valeurs que l'on n'a pas forcément choisi et dont il est difficile de se défaire. Je pense qu'on a toutes et tous une responsabilité là-dedans, mais cette responsabilité est périmétrée et notre pouvoir d'agir à des limites : il y a bien sûr des formes de conditionnements sociaux et politiques qui nous ont colonisé nos manières de penser et il est difficile de s'en défaire.
Je pense que les anti-normes peuvent créer des nouvelles normes, et ça peut aussi être oppressif. Je ne prône pas que l'on crée, en réaction à des fonctionnements de société pas terribles, d'autres fonctionnements de société pas terribles qui consisteraient à shamer (faire sentir quelqu'un honteux·se), à condamner hâtivement ou encore à punir dès lors que quelqu'un dit quelque chose de « travers ».
Je pense qu'on a besoin d'apprendre à vivre et traverser des conflits, de manière saine, constructive, courageuse, imparfaite et pleine de contradictions. Je pense qu'il est important de faire attention à ce qu'on dit, mais aussi d'apprendre à s'excuser sincèrement, à se responsabiliser sans non plus plonger dans de la culpabilité destructrice ou de la honte dévalorisatrice, et à communiquer, débriefer, apprendre ensemble.
J'espère donc que ma brochure va plutôt avoir tendance à cultiver les nuances, les besoins de contextes, d'ajustements, l'importance du soin dans la communication, le droit à l'erreur, et ne vas pas servir de support moralisateur, dogmatique et oppressif. Evidemment, une fois publiée, je ne serai pas entièrement responsable des usages de cette brochure, mais je me permets d'exprimer ces souhaits et mes craintes de dérives.
Vers des nouveaux imaginaires de l'humour ?
Pour finir la brochure avec un peu de rêve et de positif, je vous amène à vous demander : quels seraient les nouveaux imaginaires de l'humour qui vous font envie ? Quels types d'humour vous aimeriez ne plus voir exister ? Quels humours aimeriez-vous cultiver ?
Comme exprimé précedemment, dans la plupart de mes cercles sociaux, on fait attention à ne pas véhiculer certains propos, ou certaines valeurs qui ne nous parlent pas. Pourtant, on n'arrête pas de rire pour autant ! On devient de plus en plus créatif·ves pour trouver des jeux de mots, faire de l'humour de situation, inventer des quiproqos inoffensifs qui font rire, avoir recours à de l'humour de référence non excluant, et je trouve ça tellement émancipateur et créatif !
Je suis sûre qu'il y a pleins de belles choses à imaginer, qui ne demandent qu'à être inventées et cultivées. Et je pense qu'ils existent sûrement déjà dans votre vie. Vous avez sûrement déjà rigolé sur de l'humour qui n'était ni oppressif ni blessant.
Petite histoire que je trouve rigolote :
Avec des potes militants, on organisait un week-end où il fallait que l'on garde nos identités civiles secrètes pour des enjeux de sécurité. On devait se retrouver dans un lieu en pleine campagne, qu'il était difficile de trouver et on s'était dit, comme phrase de code, que pour chercher le lieu, on ne demanderait pas « le lieu secret pour la réunion secrète » mais plutôt « l'anniversaire de David ».
Il y avait eu l'idée de mettre un panneau « Anniversaire de David » sur la maison qui nous accueillait mais ça a été oublié. Cette histoire nous faisait rire, et pendant tout notre week-end, on faisait référence à cet anniversaire fictif, vie des blagues de référence (à se demander où est David, à proposer de mettre des bougies sur une tartiflette pour fêter l'anniversaire de David, etc.). Je trouve ça à la fois drôle, inoffensif, et pas excluant puisque toutes les personnes présentes avaient la référence de cette blague et que ça ne véhiculait pas d'humour oppressif. Je sais pas si ça ferait rire tout le monde, mais nous en tout cas ça nous a bien amusé !
Je raconte cette histoire pour donner un exemple d'humour de référence, qui peut être répétitif et créer une forme de culture commune qui est vraiment drôle, complice et qui favorise le sentiment d'appartenance sans pour autant être oppressive ou blessante.
Quelques questionnements en vrac
Bon, il y a pleins de questionnements pas explorés ici. Je sais pas trop quoi en faire, et je me suis pas lancé dans l'écriture de cette brochure dans l'ambition d'écrire un bouquin de 100 pages. Je vous balance donc des questionnements en vrac ! Sentez-vous libre de vous en servir comme des grilles de questionnements pour introspecter, ou encore pour lancer des sujets à table et faire discuter vos proches ! Voici les questionnements en vrac :
Mais en fait, pourquoi on rigole ?
• Qu'est-ce qui fait qu'un propos peut être drôle ? De quoi rions-nous ? Pourquoi ?
• Quelles fonctions remplit l'humour pour un individu ou pour un groupe ?
• Que penser des imitations d'accents ? Pourquoi ça fait rigoler ? Qu'est-ce que ça véhicule ?
Comment analyser des dynamiques de groupes ?
• Qui rit de qui ?
• Quels sont les groupes sociaux souvent moqués ? Peu moqués ? Pourquoi ?
• Qu'est-ce qu'une blague ciblée peut dire du rang social qu'a le public cible dans la société ?
• Quelles sont les différences entre un humour blessant pour un individu, un humour oppressif envers un groupe social diminé et un humour subversif envers un groupe social dominant ?
• De quoi dépend le caractère oppressif/subversif d'une blague ?
Comment questionner le risque d'une blague ?
• Quels peuvent être les différents niveaux d'interprétation d'une même blague ? De quoi dépend ces différents niveaux d'interprétation ?
A propos d'intentions :
• Il y a t-il toujours un fond de vérité dans toute blague ?
• Faire une blague ou rire à une blague signifie-t-il qu'on est en accord avec ce qui est véhiculé dans la blague ?
A propos de nouveaux imaginaires :
• Comment cultiver d'autres manières de rire ?
Remerciements
Un grand merci à toutes les personnes ayant participé par des petites ou grandes touches à cette brochure !
J'ai écrit cette brochure principalement seule mais c'est une œuvre méga collective à laquelle beaucoup de personnes ont participé en me partageant leurs réflexions, leurs questionnements, leurs retours d'expérience ou tout simplement en m'encourageant très fort.
Merci à Momo, qui m'a aidé à cultiver mon goût à formaliser des réflexions et me sentir légitime de les partager et qui a beaucoup contribué aux premières affiches sur l'humour oppressive qu'on a fait.
Merci à mes proches pour leur soutient enthousiaste, tendre et curieux : Lilou, Ju, Bertille, Pomme, Domi, Baptiste, Léo, Lair, Alex, et tout pleins d'autres !
Pour les idées de concepts et les conseils de brochure : merci à Adri et Paillette !
Et merci aux différents collectifs qui m'ont ouvert des espaces pour que je puisse parler de ces sujets !
Voir en ligne : Asa - @petite_hortensiaCrée par Asa (rédaction & illustrations)
V1 (Mai 2026) – CC BY SA
Contacts
Mon site : https://linksta.cc/@petite_hortensia
Pour me contacter : asa.sivilay@posteo.com
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Grande marche pour dire non au permis de tuer
Quand ?
Le 20 septembre de 13h à 21hOù ?
À venir (À venir), 75, ParisAPPEL UNITAIRE : NON AU PERMIS DE TUER !
SAVE, avec le Comité Justice pour Adama, uni aux familles de victimes de violences et de crimes policiers, syndicats de la justice, associations de défense des droits humains et organisations syndicales, appelle à une grande marche nationale unitaire le 20 septembre 2026 contre la loi instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre.
Derrière son jargon juridique, cette loi n'est rien d'autre qu'un permis de tuer en toute impunité.
Elle légitime une violence qui cible d'abord des vies considérées comme sacrifiables.
Mais une loi qui autorise la police à tirer sans rendre de comptes ne s'arrête jamais à sa première cible. Aujourd'hui les quartiers populaires, demain les manifestant-es, les grévistes et toutes celles et ceux qui défendent leurs droits et leurs libertés.
Tant que son parcours législatif n'est pas achevé, nous pouvons encore l'arrêter. Le 20 septembre, partout en France, unissons-nous et faisons de cette journée une mobilisation massive.
C'est maintenant qu'il faut agir.
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Lieu : Paris, plus de précisions à venir
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Industrie de l'enfermement et des expulsions
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On pose avant la pause
coucou,
avant notre pause estivale et pour finir notre saison radiophonique, on a amené des bouts de créations sonores et autres sons que nous découvrons ensemble sur le plateau…
on vous invite à déambuler avec nous entre ces propositions et temporalités différentes autour de thématiques telle que où et comment randonner, la canicule et+, des mots fléchés ou encore une surprise pour déranger… 🙂
Hollyweird aja monet /the color of rain (2026)le tout entrecoupé de musiques bien sur :
aja monet – hollyweird
grâce et volupté vanvan – passer l'orage
queen omega – thunder storm
ppj – tem carnaval
L'illustration est tirée de la bd « le petit monde de liz – surprise ! » de liz climo
bonne écoute…, les ondes ventilées et fraîches au possible sur vous !
à la saison prochaine – on se retrouve à l'automne
Voir en ligne : le lien pour télécharger l'émission (clic droit sur enregistrer sous) -
Biodiversité vs Climat ? Rencontre croisée avec Frédéric Gruet et Tatiana Giraud
Quand ?
Le 8 septembre à 19h30Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisFrédéric Gruet est co-auteur de "Et si ce n'était pas le climat ? : La biodiversité, le combat pour changer le monde", publié chez Edisens en 2025.
Tatiana Giraud est co-autrice de "La biodiversité en infographies. L'urgence du vivant : Comprendre pour agir", publié chez Tana éditions en 2026.
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Ici commence la Terre. Rencontre avec Jadd Hilal
Quand ?
Le 9 septembre à 19hOù ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisJadd Hilal est écrivain. Son premier roman "Des ailes au loin" a remporté de nombreux prix. "Ici commence la terre" est son quatrième roman aux éditions Elyzad. Rencontre et discussion.
En 1948, Aïda et sa famille sont contraints de quitter leur village de Palestine. Commence l'exil : le camp de Baalbek, puis Beyrouth.
Comment recréer les liens perdus quand son mari s'éloigne ? Quand le quartier lui demeure étranger ? Quand la solitude est telle que ses enfants se voient obligés de s'occuper d'elle, au prix de leurs libertés ?
Puis vient la guerre civile au Liban, la peur, la faim et la violence s'installent. À chaque nouveau massacre de Palestiniens, Aïda se replie davantage dans son appartement. La famille se brise : les enfants s'exilent pour fuir la guerre, et pour lui échapper.
Aïda rejoindra sa fille à Paris. En racontant la Palestine à son petit-fils Adib, elle se surprend à transmettre autre chose que la douleur. Elle ne transmet plus l'exil, mais une terre.
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L'éternel retour de l'hystérie. Rencontre avec Julia Legrand
Quand ?
Le 11 septembre à 19hOù ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisJulia Legrand est sociologue. "L'éternel retour de l'hystérie" est son nouvel ouvrage publié aux éditions Amsterdam.
Retraçant la genèse de cette catégorie et l'histoire de sa consolidation, elle montre comment le développement de son usage comme injure sexiste dans le sens commun a abouti dans les années 1970 à sa suppression des classifications officielles, sans pour autant conduire à son abandon. En effet, les troubles borderline et histrioniques lui ont simplement été substitués, si bien qu'en pratique, l'étiquette demeure utilisée pour désigner une forme de « folie douce » et disqualifier la parole des femmes - quand bien même elle ne leur serait désormais plus accolée de manière exclusive.
Analysant ce que cette continuité révèle de l'état de la psychanalyse et de la psychiatrie, l'autrice interroge en outre la réappropriation de la figure de l'hystérique par les mouvements féministes, d'abord comme outil de lutte contre la réduction au silence et la pathologisation de colères politiques. Elle livre ainsi une réflexion originale sur les conditions et les limites d'une démarche plébiscitée dans les milieux militants : le retournement du stigmate.
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La Gueule ouverte. Rencontre avec Alexis Vrignon
Quand ?
Le 18 septembre à 19hOù ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisLa Gueule ouverte - « le journal qui annonce la fin du monde » - naît en 1972 sous la plume de Pierre Fournier, figure fondatrice de l'écologie politique en France.
Radical, libertaire, antinucléaire, ce périodique avant-gardiste attaque de front la société industrielle, défend un retour à la terre et propose une écologie politique engagée mais aussi pratique : recettes bio, bricolage, jardinage...
Alexis Vrignon retrace l'histoire de ce journal culte - entre colère, utopie et lucidité - qui reste un repère essentiel pour comprendre les racines de l'écologie radicale.
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Budapest sous toutes ses facettes, rempart flamboyant au populisme
Quand ?
Le 23 septembre à 19hOù ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisNina Yarguekov est écrivaine. Elle a notamment publié "Vous serez mes témoins" chez P.O.L.
Guillaume Métayer est poète et traducteur."On n'a pas le droit d'être totalement malheureux quand on a la chance d'habiter à Budapest."
Vous pensiez passer des vacances tranquilles en Suisse ? Et bien c'est raté, car une exilée hongroise aux airs de comtesse vous confie une mission : filer à Budapest pour tirer son petit-neveu de la déprime grâce à un bocal d'air révolutionnaire de 1956.
Vous voilà à découvrir bains néobaroques, paprika magique, subtilités politiques et humour noir magyar. Attachez vos ceintures, car ce Budapest va vous secouer, vous éblouir et vous montrer comment une ville peut être un rempart flamboyant au populisme.
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10 questions sur la misopédie. Rencontre avec Cécile Kovacshazy
Quand ?
Le 15 septembre à 19hOù ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisCécile Kovacshazy est maîtresse de conférence HDR en littérature générale comparée. Elle est l'autrice de plusieurs ouvrages. Dix questions sur la misopédie : Oppression des enfants et domination adulte est publié aux éditions Libertalia.
Les violences que subissent les plus jeunes d'entre nous sont quasi permanentes : en famille, dans l'espace public, les institutions. Ces violences sont acceptées, voire valorisées. Au nom de l'éducation, on s'évertue à mouler l'enfant à une obéissance exemplaire.
Ces violences ont pour moteur la misopédie (étymologiquement « haine des enfants ») La misopédie porte un regard méprisant et hostile sur les plus jeunes ; c'est une vision naturalisante, considérant qu'iels ne sont pas comme « nous », qu'iels doivent être exclu.es du fonctionnement de la cité (polis), qu'iels ne sont en tout cas pas des êtres de droits. Des devoirs, en revanche, iels en ont beaucoup et partout. La misopédie est le ferment de notre fonctionnement social, le berceau de la domination patriarcale.
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L'Hotellerie (14) : programme des rencontres anarchistes du semeur
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Vive la génération zbeul !
À propos des récentes émeutes au Maroc vues depuis un coin de la France.
En France l'expression « zbeuler » est désormais généralisée, en particulier parmi toutes celles et ceux qui cherchent à rompre la normalité, celle de l'exploitation au travail, de l'autorité des flics, du patriarcat, etc… Zbeuler c'est désordonner un état de fait que les riches et les puissant.e.s cherchent à imposer aux autres. Linguistiquement l'expression tire son origine du mot arabe « zbel » qui signifie la poubelle, les ordures, et par extension tout ce qui doit être jeter ou éliminer. Au Maroc, ce terme peut vite prendre une connotation sociale, du fait notamment de la popularisation d'un personnage de dessin animé dénommé « Bouzebal ». Littéralement « homme-poubelle », Bouzebal est un jeune galérien de banlieue dont l'ennemi juré est « Kilimini » (contraction phonétique du français « qu'il est mignon » en darija marocaine), un fils de riche incarnant la jeunesse dorée partie étudier à l'étranger et qui parle bien français. Lors des nuits du 30 septembre au 2 octobre dernier près d'une trentaine de villes marocaines, petites et grandes, ont été secouées par un gros zbeul qui semble en grande partie l'œuvre de « bouzebals » comme diraient certain.e.s par mépris de classe, et d'autres en signe de familiarité. Dans tous les cas, bouzebals ou pas, en prenant d'assaut des commissariats et saccageant des banques, tous ces révolté.e.s ont défié l'autorité avec une intensité rarement vue ces derniers temps au Maroc.
Ces deux nuits d'émeutes font suite à une série de rassemblements à travers le pays, à commencer par celui tenu devant l'hôpital Hassan II d'Agadir le 14 septembre, dénonçant l'état déplorable de l'établissement où huit femmes enceintes sont décédées lors du mois d'août après des césariennes. Une semaine plus tard deux autres rassemblements sont organisés à Tiznit et Essaouira, deux villes proches d'Agadir, lors desquels une dizaine de manifestant.e.s sont interpellé.e.s et relâché.e.s. Puis, sur le réseau social Discord, un collectif se présentant hors de partis ou syndicats, nommé « GenZ212 », en référence à la génération Z née entre 1995 et 2010 et à l'indicatif téléphonique national, appelle à se rassembler pacifiquement le samedi 27 septembre dans plus d'une dizaine de grandes villes du pays, pour exiger des réformes de la santé et de l'éducation et contre la corruption, « par amour de la patrie et du roi ».
A Rabat, Casablanca, Tanger, Tétouan, Marrakech, Agadir, Meknès, des centaines de personnes se retrouvent dans les rues en criant des slogans comme « Liberté, dignité, justice sociale » et appelant à des réformes. Très vite les flics mettent fin aux rassemblements en nassant les manifestant.e.s et en faisant des dizaines d'interpellations dont 70 rien qu'à Rabat, au motif que les manifs n'étaient pas autorisées. Dans la plupart des cas il s'agit de simples vérifications d'identité et les interpellé.e.s sont libéré.e.s sans poursuites judiciaires.
Le lendemain le collectif renouvelle l'appel et, malgré les nombreuses arrestations de la veille, de nouveaux rassemblements ont lieu dans les grandes villes et d'autres plus petites comme Safi ou Tinghir. A Casablanca, des manifestant.e.s envahissent même une autoroute urbaine et 24 personnes sont interpellées pour entrave à la circulation.
Dans la nuit du 29 au 30 des centaines de personnes bravent une fois de plus l'interdiction de manifester quitte à se faire interpeller. Ce soir-là les flics empêchent tout rassemblement à Casablanca et font une cinquantaine d'arrestations à Rabat ainsi qu'une soixantaine à Marrakech. Dans cette ville rongée par l'industrie du tourisme, des manifestant.e.s déterminé.e.s se sont élancé.e.s en manif sauvage en criant « Le peuple veut la fin de la corruption », principal mot d'ordre du mouvement, mais aussi « Vive le peuple », un slogan qui, dans cette société vivant sous le joug d'une monarchie détenant tous les pouvoirs, sonne comme une manière subversive de détourner le sempiternel « Vive le roi ».
Deux nuits de zbeul généralisé
Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre le mouvement prend des formes émeutières spontanées qui débordent complètement les appels du collectif GenZ212 dans une vingtaine de villes, souvent en périphérie des grandes agglomérations mais aussi dans de petites villes plus isolées. A Nador, Errachidia, Berkane, Béni Mellal, Tiznit, Kénitra, Khénifra, Guelmim, Rabat, Meknès, Ouarzazate, Casablanca, Fès, Agadir, Témara, Skhirat, des manifs sauvages parcourent les rues et souvent les forces auxiliaires (flics anti-émeutes) se prennent des jets de pierre bien mérités.
Ailleurs la révolte prend une tournure plus compliquée pour les autorités qui doivent faire face à des centaines d'émeutier.e.s. A Inezgane, en banlieue d'Agadir, trois caisses de flics sont défoncées, une agence d'assurance et trois banques sont attaquées, une agence de la poste du Maroc est incendiée, un supermarché Marjane est éventré et des bijouteries sont pillées. A Ait Amira, une petite ville de 50 000 habitants au sud d'Agadir, la gendarmerie royale perd 12 bagnoles dont certaines sont complètement incendiées, et plusieurs banques sont défoncées dans une liesse collective.
A l'autre bout du pays, dans la ville d'Oujda, les flics se font copieusement caillassés, mais ces ordures tentent de reprendre le contrôle en fonçant dans la foule avec leurs camions, causant au moins un blessé grave qui a perdu une jambe. Au total, pour cette seule nuit du 30 au 1er, les autorités annoncent que 142 voitures de police auraient subi des dégâts.
Dans la nuit du 1er au 2 octobre, alors que le ministère de l'intérieur finit par autoriser les sit-in appelés par le collectif GenZ212, des émeutier.e.s attaquent l'autorité et le capital là où ils se trouvent, souvent bien loin des lieux officiels de rassemblement. La révolte gagne de nouvelles villes avec une intensité plus forte que la nuit précédente.
A Salé, ville pauvre qui jouxte Rabat la capitale, après des affrontements avec les keufs, deux caisses de la sûreté nationale y finissent calcinées, une banque est cramée dans le quartier Al Amal, plusieurs autres perdent leur vitrine ainsi que deux agences de transfert, puis la devanture d'un supermarché Carrefour est défoncée sur la route de Kénitra.
A Marrakech, alors qu'une marche prend forme dans les rues du centre, à l'autre bout de la ville les forces auxiliaires perdent le contrôle du quartier Sidi Youssef Ben Ali, par ailleurs connu pour avoir été un foyer d'insurrection contre les autorités coloniales françaises dans les années 50. Environ 200 personnes, majoritairement très jeunes, arrosent de pierres et de bouteilles les forces auxiliaires postées à l'entrée du quartier. Le comico du coin est ensuite incendié, une banque pillée, deux agences de transfert saccagées. Il faudra toute la nuit aux flics pour reprendre le contrôle de la zone.
A Tamansourt, une bourgade à quelques kilomètres au Nord de Marrakech, la gendarmerie est incendiée. Plus loin sur la côte atlantique, à El Jadida, une manif sauvage met le zbeul sur la corniche, notamment en cassant des voitures. A Taroudant, des manifestant.e.s attaquent la préfecture et commencent à incendier la porte du bâtiment. A Kelaat M'Gouna, petite ville plus isolée au Sud des montagnes du Haut Atlas, il y a aussi du grabuge dans les rues avec des incendies et de la casse.
Et puis, à Leqliaa, en banlieue Sud d'Agadir, un poste de la gendarmerie royale est attaqué par des dizaines de personnes. Les grilles de l'entrée sont arrachées, un 4x4 sorti, des motos brûlées, et le feu mis à plusieurs endroits du bâtiment. Des flics, en partie réfugiés à l'intérieur, finissent par tirer dans la foule à balles réelles, assassinant trois personnes et faisant plusieurs blessé.e.s. Le ministère de l'intérieur annonce que 3 policiers ont été grièvement blessés dans l'attaque.
La justice à plein régime pour enfermer à tour de bras...
Le 2 octobre, un communiqué signé au nom du collectif Genz212 rejette « toute forme de violence ou de vandalisme » et il est décidé, suite à un vote sur Discord auquel ont participé plus de 15 000 personnes, de continuer les rassemblements en les limitant à des horaires fixes de 17h à 20h, et en déplaçant les lieux de rendez-vous sur des grandes places plus éloignées des quartiers populaires « pour éviter de graves incidents avec les flics ». Une campagne de nettoyage des rues est même organisée le 6 octobre avec photos à l'appui. Après cet appel au calme, le collectif se désolidarise des émeutier.e.s dans une lettre adressée au roi. Le texte comprend huit revendications dont la principale est la démission du gouvernement d'Aziz Akhannouch, le premier ministre, tandis qu'une autre, un peu plus loin dans la liste, exige la libération et l'abandon des poursuites judiciaires pour tou.te.s les détenu.e.s lié.e.s aux protestations pacifiques, sauf « ceux dont l'implication dans des actes de sabotage a été prouvée »…
Le soir du 2 octobre, dans le quartier Sidi Youssef Ben Ali à Marrakech, nombreu.ses.x sont celleux qui ne voulaient pas s'arrêter malgré la répression. De nouveau les flics se sont fait caillasser, une banque a été saccagée et des commerces défoncés. On imagine qu'ailleurs aussi, parmi celles et ceux sorties dans les rues les soirs précédents, beaucoup n'avaient pas envie de rester sages. Il semble pourtant que la normalité ait repris le dessus à partir du 3 octobre, même si le collectif GenZ212 a continué d'appeler à se rassembler dans les grandes villes, réunissant quelques dizaines de manifestant.e.s à chaque endroit.
Au total, dans l'ensemble du pays, des milliers de personnes ont été arrêtées lors des rassemblements et émeutes, ainsi que les jours suivants, à l'issue d'enquêtes souvent basées sur des photos et vidéos circulant sur internet. Plus de 2400 d'entre elles ont été poursuivies par la justice, certaines ont déjà été condamnées à de très lourdes peines de prison, et des centaines attendent toujours leur procès, soit en détention préventive, soit en liberté provisoire après paiement d'une caution qui atteint généralement 2000 à 5000 dirhams (200 à 500 euros).
Quelques dossiers et chiffres sortis dans la presse donnent une idée du carnage judiciaire en cours :
• A Agadir, le 14 octobre, 17 personnes ont été condamnées à de la prison ferme pour des faits commis à Ait Amira dans la nuit du 1er au 2 octobre. Elles étaient poursuivies notamment pour « destruction de biens publics et privés », « vol en réunion », « incendies volontaires » et « violences contre les forces de l'ordre ». Trois ont été condamnées à 15 ans de prison ferme, un à 12 ans, neuf à 10 ans, un à 5 ans, un à 4 ans et deux à 3 ans.
• A Ouarzazate, 6 personnes de Kelaat M'Gouna étaient poursuivies pour « incendie volontaire », « dégradation de biens publics et privés », « entrave à la circulation », « violences contre les forces de l'ordre ». Trois d'entre elles ont été condamnées à 4 ans fermes, deux autres à 2 ans et le dernier à 1 an.
• A Oujda près d'une soixantaine de personnes ont été poursuivies pour « violence envers les forces de l'ordre » et « participation à des attroupements nocturnes armés », et 17 autres pour « formation d'une bande criminelle », « attroupement armé » et « organisation d'une manifestation non autorisée », « possession d'armes blanches », « dégradations de biens publics et privés » et « agressions contre les forces de l'ordre ». Fin octobre, 8 d'entre elles ont été condamnées à des peines de prison ferme d'une durée de 15 à 18 mois, tandis que 7 autres ont pris du sursis.
• A Agadir et Casablanca, deux personnes ont été condamnées à 4 et 5 ans de prison ferme pour « incitation à commettre des délits et crimes via les réseaux sociaux ».
• À Marrakech, 26 personnes ont été poursuivies dans six dossiers pour « violences envers les forces de l'ordre », « participation à un attroupement armé », « incitation en ligne », « dégradation de biens publics et privés », et « possession d'armes blanches ».
• A Kénitra, 17 personnes, dont 9 mineurs, ont été poursuivies pour « pillages », « destructions de biens publics et privés », « incendies volontaires ».
• A Rabat, plusieurs personnes ont été poursuivies pour « attroupement armé » et « outrage aux symboles du Royaume ».Un roi qui semble toujours hors d'atteinte
Le 8 octobre, une soixantaine d'intellectuels, artistes et militants des droits humains adressent, à leur tour, un courrier au roi, demandant de « traiter les causes profondes et structurelles de la colère ». Les militant.e.s de la GenZ212 attendent désormais « un signe fort » du monarque lors d'un discours qu'il doit tenir le 10 octobre au parlement. La veille, le collectif décide même d'annoncer la « suspension de toutes formes de protestation prévues pour le 10 octobre », « par respect pour sa majesté le roi Mohammed VI que dieu l'assiste et le glorifie ».
Au Maroc, bien qu'il y ait un parlement élu et un premier ministre nommé parmi la formation politique arrivée en tête des élections législatives, le roi, entouré de son cabinet royal, reste seul à la tête du pouvoir. Il préside le conseil des ministres, peut en renvoyer un quand il le souhaite, limoger le chef du gouvernement, dissoudre le parlement, suspendre la constitution, appeler à de nouvelles élections, ou diriger par dahir (décret royal). En plus de son statut politique il est « commandeur des croyants », soit le chef religieux du pays où l'islam est religion d'État. Pour renforcer ce statut, la dynastie des Alaouites, à laquelle appartient la famille royale, se présente comme descendante du prophète Mahomet, rien que ça. Le roi est donc le chef suprême auquel chaque marocain.e doit se soumettre. D'ailleurs chaque année se tient une cérémonie d'allégeance durant laquelle des centaines de hauts fonctionnaires, ministres, dignitaires du régime, députés, élus locaux, hauts gradés de l'armée, de la police et des services de renseignements, se prosternent devant « sa majesté » juchée sur un étalon et protégée du soleil par une ombrelle, le tout retransmis en direct à la télévision.D'autre part, partout sur le territoire l'autorité du roi, et plus largement celle du « Makhzen », terme très répandu au Maroc pour désigner l'État, est assurée par des moyens de contrôle de la population reposant à la fois sur un appareil administratif et policier classique, et un système de renseignements plus officieux. La moindre critique du roi est quasi inexistante tant ce système diffuse efficacement la crainte du pouvoir. A l'échelle des quartiers, par exemple, des agents appelés moqaddems, représentants semi-officiels de l'autorité, instiguent la délation de tout comportement subversif, autant d'un point de vue politique que moral d'ailleurs, dans un État où, notamment, sont punis d'emprisonnement les relations homosexuelles et les rapports sexuels hors mariage.
Des luttes qui restent en mémoire
Depuis 26 ans que Mohammed VI a pris la succession du trône à la mort de son père Hassan II, les autorités ont toutefois été défiées par plusieurs mouvements de révolte, alors que la répression s'est montrée toujours aussi féroce. L'un de ceux qui doit ressurgir le plus dans les mémoires des révolté.e.s d'aujourd'hui est certainement le hirak du Rif débuté en octobre 2016. Suite à la mort d'un marchand de poisson écrasé dans un camion-poubelle alors qu'il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par le Makhzen, des dizaines de milliers de personnes ont envahit les rues d'Al Hoceima, capitale du Rif, en mémoire du défunt et pour protester contre leurs conditions de vie. Après huit mois de manifestations et rassemblements incessants, des discours questionnant de plus en plus ouvertement la légitimité du Makhzen, puis l'interruption du prêche d'un imam appelant à stopper le mouvement, les autorités finissent par arrêter des centaines de personnes. En réaction, le 20 juillet 2017 se tient une grande marche pour leur libération, lors de laquelle un manifestant est blessé à la tête par une grenade lacrymogène dans des affrontements avec les flics. Plongé dans le coma il décède quelques semaines plus tard. Quand aux personnes arrêtées, environ 500 sont condamnées à des peines de prison, quatre prennent 20 ans pour « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'État ». Récemment, le plus médiatique des détenu.e.s du hirak du Rif, Nasser Zefzafi, a fait sortir de sa prison une lettre en soutien à la GenZ212, et l'appel à la libération des prisonnier.e.s a été scandé plusieurs fois dans des rassemblements.
Les mémoires sont aussi évidemment marquées par le mouvement du 20 février en 2011, dans le sillage des printemps arabes, avec ses manifestations critiquant le régime pendant plusieurs mois, des postes de police attaqués à différents endroits, mais aussi neuf morts dont au moins trois assassinés par les flics. En partie récupéré par les partis politiques, islamistes compris, il débouchera sur une réforme de la constitution et de nouvelles élections législatives. Ces dernières années, d'autres révoltes ont été symptomatiques du niveau de misère dans laquelle vit une partie du pays. Fin 2018 des « manifestations de la soif » ont lieu à Zagora contre les coupures d'eau puis, début 2019, des habitant.e.s de la ville minière de Jérada sortent dans les rues durant plusieurs mois suite à la mort de deux hommes qui, comme plein d'autres, gagnaient leur vie en revendant clandestinement du charbon extrait dans des puits désaffectés de l'ancienne mine.
Au Maroc beaucoup de gens doivent faire ce genre de boulots pour vivre, tout en devant faire allégeance à un roi qui, en plus de son statut politique et religieux, contrôle le plus grand groupe financier du pays, Al Mada, regroupant de multiples filiales dans la banque, la grande distribution, l'immobilier, les télécoms, l'énergie et, historiquement, les mines. Avec son entreprise Managem, la famille royale, à la tête d'une fortune de plus de 6 milliards de dollars, exploite une dizaine de mines d'or et d'argent dans les régions les plus pauvres du pays, aggravant les conditions de vie par l'accaparement de l'eau et la pollution. Celle d'Imider, au sud de la chaîne de montagne du Haut Atlas, est bien connue car depuis les années 80 des habitant.e.s s'y opposent. A partir de 2011, des opposant.e.s ont même coupé l'alimentation en eau de la mine, tout en montant un camp pour occuper le site autour de la vanne.
Coupe du monde, CAN, TGV, … Le Maroc des grands projets
Dans les manifestations de ce début octobre, de nombreuses fois ont été pointées du doigts les dépenses faramineuses pour la construction des stades devant accueillir la coupe d'Afrique des nations (CAN) en 2026 et la coupe du monde de foot en 2030. A Tanger et Casablanca, au tout début du mouvement, les écrans installés dans les rues affichant un décompte avant le début de la CAN ont même été hackés pour y diffuser des insultes contre les flics et des revendications pour la santé et l'éducation. Pendant les rassemblements des slogans critiquaient des infrastructures coûtant des milliards en comparaison avec le piteux état des hôpitaux où les patient.e.s doivent parfois apporter leurs propres draps et matériel médical. Comble de l'indécence le tout nouveau stade de Rabat comprend, en sous-sol, une clinique flambant neuve destinée aux sportifs… Pour 2030, les autorités ont annoncé en grande pompe la construction d'un stade de 115 000 places, soit le plus grand du monde, pour un coût de 5 milliards de dirhams (environ 500 millions d'euros). Et puis, à l'approche des compétitions, le Makhzen mène des programmes d'éviction des pauvres dans les quartiers centraux des grandes villes. A Casablanca, depuis 2024, des centaines d'habitations ont été détruites dans l'ancienne médina et leurs occupant.e.s relogé.e.s dans des quartiers excentré.e.s, pour construire à la place une large avenue royale reliant la grande mosquée Hassan II.
Si les chantiers pour les coupes de football cristallisent les tensions, le décalage entre des grands projets capitalistes sollicitant des investissements massifs et le niveau de vie local concerne tous les domaines. Ces grands projets sont souvent guidés par les intérêts d'investisseurs étrangers, émiratis, chinois et français en tête. Un jour peut-être la tempête qui, lors des chaudes nuits du 30 septembre au 2 octobre, a fait valdinguer des banques, des supermarchés, des comicos et des agences de transfert d'argent, se dirigera jusqu'aux infrastructures de ce capitalisme néocolonial. Peut-être, par exemple, qu'elle atteindra la nouvelle ligne de TGV reliant Tanger à Casablanca (320 kilomètres en tout), commandée en 2010, pour 3 milliards d'euros, au groupe français Alstom qui s'est refait un pactole d'1 milliard d'euros en vendant 18 nouvelles rames de train en 2024. Peut-être même que cette tempête passera plus au Sud, là où convergent désormais les regards voraces des grands groupes français spécialistes de la transition énergétique...
Hydrogène vert et néocolonialisme au Sahara Occidental
Le Sahara Occidental, un territoire de plus de 260 000 km², est occupé et administré par l'État marocain sur 80 % de sa superficie depuis 1975 bien que l'ONU le considérait encore jusqu'à peu comme « non autonome » et qu'une organisation armée sahraouie, le Front Polisario, contrôlant les 20 % restant, en revendique toujours l'indépendance. En octobre 2025, le conseil de sécurité de l'ONU a finalement reconnu un plan visant à faire de ce territoire une région autonome sous souveraineté marocaine, validant un processus de colonisation débuté par des années de guerre et de massacres, et poursuivi par l'occupation, la répression et la prédation économique.
Dans la zone occupée par les autorités marocaines, les tensions s'étaient ravivées en 2010 lorsque plus de 15 000 sahraoui.e.s ont monté un campement à Gdeim Izik en périphérie de Laayoune pour protester contre leurs conditions de vie. Le démantèlement du camp par les flics s'était soldé par au moins une dizaine de morts dont plusieurs policiers. En 2020 le conflit armé entre l'armée marocaine et le Front Polisario avait même repris après 20 ans de cessez-le-feu. Aujourd'hui les tensions sont toujours bien palpables mais pas de nature à freiner la nouvelle ruée vers l'or « verte ».
Car si le Sahara Occidental est historiquement exploité pour ses ressources halieutiques et ses gigantesques gisements de phosphates, servant à la fabrication d'engrais agricoles, c'est désormais son exposition aux vents et son ensoleillement qui attirent les investisseurs. Ces conditions climatiques en font une zone très rentable pour la production d'énergies « vertes » et donc de carburant décarboné, comme de l'« hydrogène vert », dérivable en ammoniac, nécessaire à la production d'engrais azotés. En mars 2024, le royaume a lancé son « Offre Maroc », un appel à venir exploiter un million d'hectares déjà identifiés. Il se voit répondre à 4 % de la demande mondiale d'ici 2030.
Alors que les relations diplomatiques entre la France et le Maroc étaient en crise depuis 2021, après que les services secrets marocains aient été accusés d'espionner, entre autres, le portable de Macron, à l'aide du logiciel israélien Pegasus, elles se sont vite revigorées quand ce dernier a annoncé, en juillet 2024, qu'il soutenait la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental. Trois mois plus tard était organisée en grande pompe une visite du président français accompagné de neuf représentants de groupes énergétiques, avec des gros contrats à la clefs.
Ainsi, Engie va investir 15 milliards d'euros en partenariat avec l'office chérifien des phosphates (OCP), le plus grand groupe minier marocain, dans six projets liés aux énergies renouvelables, à l'ammoniac vert et au « dessalement durable ». A côté de la petite ville de Chbika, Total va construire et exploiter un centre de production d'ammoniac vert destiné à l'export sur le marché européen. Puis, à Dakhla, MGH Energy a signé un contrat pour construire une usine de e-fuels tandis qu'HDF Energy projette d'y bâtir une giga-usine capable de produire 200 000 tonnes d'hydrogène vert par an. Par ailleurs, tous ces rapaces sont bien accompagnés par l'agence française de développement (AFD), conforme à ses missions néocoloniales visant à soutenir les intérêts de la France dans le développement capitaliste de ses anciennes colonies et du reste du dit Sud global.Bref, avec tous ces projets, il y a de quoi tapisser d'éoliennes et de panneaux solaires polluants des milliers d'hectares de désert, le tout pour faire tourner l'agro-industrie dévastatrice partout dans le monde. Au Sahara Occidental comme ailleurs, la fameuse transition énergétique n'est rien d'autre qu'une nouvelle conquête afin d'exploiter toujours plus la planète et ses ressources.
L'appétit des exploiteurs n'a pas de limites et tant qu'ils pourront continuer leurs sales affaires les pauvres en subiront toujours les conséquences. Au Maroc, la propagande du Makhzen, bien relayée par ses influenceurs baltajias (nom donné aux pro-monarchie), brouille les pistes en alimentant sans cesse le discours nationaliste selon la devise « Allah, la nation, le roi » et ciblant l'ennemi algérien ou sahraoui. Mais, comme le montre cette dernière révolte, nombreu.ses.x sont celleux qui savent très bien où se trouvent les responsables de leur misère et comment les attaquer.
Solidarité avec les révolté.e.s du Maroc, de Madagascar, du Népal, d'Indonésie, du Pérou, et du monde entier !
Contre tous les pouvoirs, liberté pour toustes !
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Publication de "Illégale élégance - perspectives anarchistes & travail du sexe"
Qu'est-ce qui relie le vaste monde du travail du sexe à la galaxie anarchiste ? Existe-t-il une convergence entre ces deux thématiques ? Qu'est-ce que les anarchistes peuvent apprendre des travailleureuses du sexe (TdS) et qu'est-ce que les travailleureuses du sexe peuvent apprendre des anarchistes ?
Ces questions et d'autres sont explorées par notre nouvelle publication "illégale élégance - perspectives anarchistes et travail du sexe". Récit à la première personne de 10 ans d'expérience anarchiste du travail du sexe, accompagné de 13 contributions supplémentaires provenant de France, Allemagne, Maroc, Suisse, Afrique du Sud, Canada et Italie, toutes réalisées par des personnes anarchistes et travailleureuses du sexe. Ce sont des expériences personnelles, uniques, intimes, philosophiques et corporelles de certaines facettes du travail du sexe drapées dans différentes perspectives critiques envers toutes formes d'autorités.
L'idée de cette publication n'est pas de parler au nom des TdS, ni de parler au nom des anarchistes. Face à deux mondes aussi vastes, cette démarche n'aurait aucun sens. C'est un récit entièrement subjectif à travers lequel chaque lécteurice est invité.x.e à ressortir avec son propre avis. Les réflexions présentées ici sont pensées pour être des tremplins et non des cages.
À travers cela, nous espérons rafraîchir le débat en cours et offrir des esquives et perspectives intéressantes face à des positions souvent binaires, voire assez stériles (le travail du sexe c'est bien, le travail du sexe c'est mal… fin du débat).
Format A4, 84 pages, couleurs
Pour commander des versions papier de cet ouvrage, organiser une présentation, nous envoyer des feedbacks, des témoignages supplémentaires, pour nous aider dans sa diffusion, sa traduction ou sa transformation sous d'autres formats – par exemple en forme audio – écrivez-nous à evasions@riseup.net
Comme pour chaque publication du Projet-Evasions, le PDF est librement disponible et la version papier est diffusée à Prix Libre.
Les photographies utilisées sont des joyaux mis à disposition par La Fille Renne. Big love.
Avec Rage & Amour
Projet-Evasions.org
Nos autres publications sur le travail du sexe
- Hate Work – Support Sexworkers - Un interview autour du travail du sexe
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Découvrez les enquêtes publiques et projets d’aménagement en cours en Bretagne en juillet 2026
Des centaines d’enquêtes publiques sont organisées chaque année en Bretagne. Elles concernent des opérations susceptibles de porter atteinte à l’environnement. Bien souvent, les habitants en prennent connaissance trop tardivement. Chaque mois, la rédaction de « Splann ! » met en avant des projets d’aménagement du territoire, d’ouvrages et de travaux afin d’encourager le débat, la participation et la mobilisation citoyenne.
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Chaos dans l'Archipel de Feu
Les textes compilés peuvent être retrouvés en français sur Attaque, Indymedia Nantes et Dingueries. Ci-dessous, le texte en quatrième de couverture qui présente la brochure [principale].
En août-septembre 2025, une insurrection a frappé l'archipel indonésien, emportant dans ses flammes de nombreux commissariats, véhicules de flics, bâtiments gouvernementaux nationaux et locaux, résidences de députés, commerces… Cette révolte a notamment impliqué de nombreux.ses anarchistes, les tendances insurrectionnelles et de l'action directe y étant particulièrement communes.
Pour se venger, l'Etat indonésien a lancé une grande chasse aux anarchistes dans tout le pays, suite à quoi plusieurs dizaines de compas anarchistes ont été arrêté.es et incarcéré.es. Deux affaires sont particulièrement au centre de l'attention : celle de 16 anarchistes suspecté.es d'attaques au cocktail molotov à Jakarta, et celle contre 44 anarchistes suspecté.es d'actions directes, de provocations à l'insurrection ou de « leadership » dans une organisation montée de toutes pièces par l'Etat, appelée « Etoile du Chaos » en référence à la forte tendance anarcho-nihiliste du pays.
Cette brochure tente de compiler de nombreux textes publiés en ligne sur la situation des prisonnier.es anarchistes ces derniers mois, afin de leur apporter toute notre solidarité depuis là où l'on se trouve. Diffusons l'information, écrivons-leur des lettres, organisons la solidarité financière.
Feu aux prisons !
Mort à l'Etat !
Longue vie à l'Anarchie !La brochure Partie 2 fait une mise à jour sur la période s'écoulant de janvier à mai 2026.
Communiqué de prisonnier.e.s anarchistes de la FAAF (Free Association of Autonomous Fires / Association Libre des Feux Autonomes) incarcéré.e.s en Indonésie
Allumer le feu dans l'obscurité
Les anarchistes en Indonésie font face à une énorme tempête. Plus d'une dizaine d'anarchistes ont été emprisonné.e.s et torturé.e.s, et l'État essaie de nous discipliner en instaurant la peur. Mais, pour nous, tout ça n'est rien ; car nous sommes nous-mêmes tempête, leur catastrophe incarnée. Il y a ici des compas de BlackBloc Zone, Palang Hitam Anarkis Indonesia, Contemplative, Katong Press, et d'autres collectifs.
Nos compas prennent la forme de tempêtes enveloppées de flammes. Certain.e.s d'entre nous considèrent ce moment comme un point culminant, mais ce n'est ni le commencement ni la fin. Nous rassemblons toutes les flammes autour de nous, les flammes que l'État a tenté d'éteindre.
Combien de fois devrons-nous le répéter ? « Nous pouvons vivre sans l'État ! » Nique la société ! La société est le plus précieux des outils de l'État pour préserver sa propre existence. Nous détestons la société de tout notre coeur.
Nous croyons que l'aube de la faim se lèvera tôt ou tard, et cela marquera le début de l'ère de la destruction de l'État.
Pour celles et ceux à l'extérieur : tenez-bon, rassemblez toutes les étincelles que vous pouvez. Et pour celles et ceux derrière les barreaux, ou qui se sentent emprisonné.e.s, vous n'êtes pas seul.e.s.
Luttez ! Luttez ! Nique gagner ou perdre ; l'important est que nos yeux continuent de briller dans chaque bataille.
À toutes et à tous : diffusez le rhizome !
Mort à l'État !
Longue vie à l'Anarchie !Salutations chaleureuses des prisonnier.e.s anarchistes d'Indonésie, 2025.
[Traduit depuis Warzone Distro, le 13 décembre 2025.]
Pour lire les deux brochures, sur l'écran, voici les versions "page par page" en PDF :
Chaos dans l'Archipel de Feu, partie 1 (page par page) 48 pages A5
Chaos dans l'Archipel de Feu, partie 2 (page par page) 36 pages A5
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Rencontre et discussion autour du livre 'La Gueule ouverte et l'écologie contestataire'
Quand ?
Le 18 septembre à 19hOù ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisRencontre et discussion autour du livre "« La Gueule ouverte » et l'écologie contestataire", d'Alexis Vrignon, François Jarrige, Hélène Tordjman, aux éditions Le Passager clandestin.
« La Gueule ouverte » - le journal qui annonce la fin du monde » - naît en 1972 sous la plume de Pierre Fournier, figure fondatrice de l'écologie politique en France. Radical, libertaire, antinucléaire, ce périodique avant-gardiste attaque de front la société industrielle, défend un retour à la terre et propose une écologie politique engagée mais aussi pratique : recettes bio, bricolage, jardinage... Alexis Vrignon retrace l'histoire de ce journal culte - entre colère, utopie et lucidité - qui reste un repère essentiel pour comprendre les racines de l'écologie radicale.
ENTREE LIBRE
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Rencontre autour du livre 'Dix questions sur la misopédie. Oppression des enfants et domination adulte', de Cécile Kovacshazy
Quand ?
Le 15 septembre à 19hOù ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisRencontre et discussion avec Cécile Kovacshazy autour de son livre "Dix questions sur la misopédie : Oppression des enfants et domination adulte"
Les violences que subissent les plus jeunes d'entre nous sont quasi permanentes : en famille, dans l'espace public, les institutions. Ces violences sont acceptées, voire valorisées. Au nom de l'éducation, on s'évertue à mouler l'enfant à une obéissance exemplaire.
Ces violences ont pour moteur la misopédie (étymologiquement « haine des enfants »). La misopédie porte un regard méprisant et hostile sur les plus jeunes ; c'est une vision naturalisante, considérant qu'iels ne sont pas comme « nous », qu'iels doivent être exclus du fonctionnement de la cité (polis), qu'iels ne sont en tout cas pas des êtres de droit. Des devoirs en revanche, iels en ont beaucoup et partout. La misopédie est le ferment de notre fonctionnement social, le berceau de la domination patriarcale.
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Soirée de lancement du livre 'L'éternel retour de l'hystérie', de Julia Legrand
Quand ?
Le 11 septembre à 19hOù ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisRencontre et discussion avec Julia Legrand autour de son livre "L'éternel retour de l'hystérie" aux éditions Amsterdam.
« Hystérique » est désormais une injure ; pourtant, l'usage du terme persiste dans le champ médical et psychologique. Telle est la curieuse situation dont Julia Legrand propose dans cet ouvrage d'éclairer les ressorts.
Retraçant la genèse de cette catégorie et l'histoire de sa consolidation, elle montre comment le développement de son usage comme injure sexiste dans le sens commun a abouti dans les années 1970 à sa suppression des classifications officielles, sans pour autant conduire à son abandon. En effet, les troubles borderline et histrioniques lui ont simplement été substitués, si bien qu'en pratique, l'étiquette demeure utilisée pour désigner une forme de « folie douce » et disqualifier la parole des femmes - quand bien même elle ne leur serait désormais plus accolée de manière exclusive.
Analysant ce que cette continuité révèle de l'état de la psychanalyse et de la psychiatrie, l'autrice interroge en outre la réappropriation de la figure de l'hystérique par les mouvements féministes, d'abord comme outil de lutte contre la réduction au silence et la pathologisation de colères politiques. Elle livre ainsi une réflexion originale sur les conditions et les limites d'une démarche plébiscitée dans les milieux militants : le retournement du stigmate.
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Conférence de philosophie. Les sensations, moteurs des transformations politiques ? par Paul Klotz
Quand ?
Le 10 septembre à 19h30Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisAvec la pensée cartésienne et le règne de la raison, la politique s'est construite sur des abstractions : indicateurs, agrégats, équations. C'est oublier que la conscience individuelle se forme d'abord dans l'expérience physique du monde. Or, si les sensations façonnent les jugements, les opinions et les émotions, elles façonnent aussi les décisions collectives. Des penseurs oubliés, comme Condillac, ont forgé ces thèses.
Comment donc penser le rôle des sensations au XXIe siècle ? Jamais nous n'avons été exposés à autant de stimuli, et jamais notre expérience sensible n'a été si appauvrie. D'un côté, des pollutions sans précédent bombardent notre système perceptif : niveaux sonores, pollution lumineuse, saturation des écrans. De l'autre, une anesthésie progressive efface la richesse du réel : les couleurs disparaissent, l'alimentation ultra-transformée détruit la finesse gustative, la nature recule jusqu'à n'être plus qu'un souvenir. Ces deux phénomènes se renforcent.
SUR INSCRIPTION : contact@librairieledelta.com
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Soirée de lancement du livre 'Ici commence la terre', Jadd Hilal
Quand ?
Le 9 septembre à 19hOù ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 ParisRencontre - discussion autour du livre "Ici commence la terre" de Jadd Hilal aux éditions Elyzad.
En 1948, Aïda et sa famille sont contraints de quitter leur village de Palestine. Commence l'exil : le camp de Baalbek, puis Beyrouth.
Comment recréer les liens perdus quand son mari s'éloigne ? Quand le quartier lui demeure étranger ? Quand la solitude est telle que ses enfants se voient obligés de s'occuper d'elle, au prix de leurs libertés ?
Puis vient la guerre civile au Liban, la peur, la faim et la violence s'installent. À chaque nouveau massacre de Palestiniens, Aïda se replie davantage dans son appartement. La famille se brise : les enfants s'exilent pour fuir la guerre, et pour lui échapper.
Aïda rejoindra sa fille à Paris. En racontant la Palestine à son petit-fils Adib, elle se surprend à transmettre autre chose que la douleur. Elle ne transmet plus l'exil, mais une terre.
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Éviter les pièges du libéralisme, repenser le monde en anarchiste
Cette brochure a été rédigée au printemps 2025 dans le contexte des débats qui ont suivis les élections législatives de juillet 2024 avec un constat partagé d'un certain confusionnisme de plus en plus étouffant dans les cercles révolutionnaires anti-autoritaires. Pour la rédiger nous nous sommes appuyés sur nos constats, discussions informelles, analyses personnelles mais aussi sur des auteur.ices qui ont pu à un moment donné apporter des points d'éclairage sur certains sujets. Nous ne sommes pas forcément en accord avec tous leurs écrits. Comme toujours, chaque texte nécessite recul et critique.
Bonne lecture !
CANEVA
caneva@@@riseup.netAvant de commencer …
L'anarchisme effraie autant qu'il fascine. Parce que l'anarchisme a
déjà déstabilisé des États, inspiré des assassinats de rois et de chefs
militaires, parce que l'anarchisme c'est l'amour de la liberté, le rêve
de l'émancipation pour tou.tes, la fin des guerres et des armées, la fin
de l'exploitation de l'Homme par l'Homme, c'est cette figure rebelle qui
ne se laisse pas enfermer, encadrer ou contrôler. Mouvement profondément
anti-autoritaire qui veut en finir avec les chef.fes, l'idéal anarchiste
est à l'opposé du système dans lequel nous vivons actuellement mais il
n'en est pas pour autant hermétique. Influencé par son époque et son
environnement, l'anarchisme est traversé par différents courants et par
ses propres tensions internes. Cependant, force est de constater que,
aujourd'hui en France, l'anarchisme n'a plus le vent en poupe. Dans les
années 1990 Murray Bookchin, anarchiste américain, mettait en
garde : « les objectifs révolutionnaires et sociaux de
l'anarchisme aujourd'hui souffrent d'une telle dégradation que le mot
“anarchie” fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois
du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle,
insouciante, mais délicieusement inoffensive. » [1]Dans son livre Changer sa vie sans changer le monde,
Bookchin critiquait l'avènement d'une forme d'anarchisme folklorisé,
vidé de sa substance et de ses objectifs révolutionnaires pour n'en
garder que l'aspect esthétique, spectaculaire et individualiste. En
effet, quoi de mieux pour rendre un mouvement inoffensif que de
capitaliser sur son esthétique, tout en le vidant de ses prétentions
révolutionnaires ?D'autres que Bookchin ont mis en garde contre des dérives bourgeoises
ou contre les oppressions qu'elles reproduisaient en son sein.L'anarchiste noir américain Lorenzo Kom'boa Ervin mettait aussi le
doigt dans les années 1990 sur les dérives du milieu anarchiste, qui
devenait plus un mouvement contre-culturel composé essentiellement des
classes moyennes blanches qu'un mouvement révolutionnaire. [2]En 1936, les anarcha-féministes de Mujeres Libres combattaient et
s'organisaient contre les influences et les violences patriarcales dans
le mouvement anarchiste.Et en 1914, Luigi Fabbri, anarchiste italien, dénonçait les
influences bourgeoises sur l'anarchisme notamment venant du milieu
culturel : « Pour ces artistes et écrivains, la beauté du
geste prend la place de l'utilité sociale, à laquelle ils ne se soucient
pas. Ainsi, ils ont idéalisé la figure du dynamiteur anarchiste car même
dans ses manifestations les plus tragiques, il présente des
caractéristiques indéniables d'originalité et d'attractivité. Cette
idéalisation littéraire et artistique a exercé son influence sur de
nombreux anarchistes qui, par ignorance ou par méconnaissance de la
raison et de la logique ou du tempérament, l'ont prise pour une
propagation d'idées, même si elle n'est qu'une manifestation
artistique. » [3]La cérémonie d'ouverture des JO 2024, lieu d'étalage capitaliste et
nationaliste par excellence, où a été « célébrée » Louise Michel en est
un exemple récent.Des symboles révolutionnaires transformés en esthétique inoffensive
par le milieu artistique parisien devant des chefs d'État complices des
pires horreurs militaires, voilà comment l'anarchisme est vidé de sa
charge politique.La « start-up nation » est un système de pensée, une manière de voir
le monde et de créer des liens. Cela influe sur nos luttes, nos espaces
collectifs et nos relations. Mais s'il est vrai qu'une grille de lecture
bourgeoise détourne l'anarchisme de son but premier, « petit-bourgeois »
et « libéral » peut aussi être une insulte facile pour discréditer un
discours et gagner le débat. Lénine lui-même parlait de
« petit-bourgeois » pour (dis)qualifier les anarchistes. C'est pourquoi
il nous semblait important de redéfinir ce que sont ces « dérives
libérales » et comment les repérer.Intro
Libéral, libertaire, libertarien : 3 mots, une même racine….. mais la
comparaison peut s'arrêter là.La première chose à mettre au clair ce sont les différences entre ces
3 concepts.Le système libéral, d'abord, se distingue par une intervention
limitée de l'État qui assure les fonctions régaliennes (justice, police,
armée) et d'arbitrage social, un soutien à l'économie de marché et à la
création d'entreprise qui doit être libre. Il met l'accent sur la
liberté individuelle, la propriété privée et la libre concurrence.Au fil du temps le libéralisme a évolué et s'est transformé.
Notamment face aux contestations sociales des années 1930 qui
nécessitaient de protéger le système économique et politique fragilisé.
Il faut donc réévaluer le rôle de l'État comme instrument premier de
défense des règles du marché. C'est ce que certain.es vont appeler « le
néolibéralisme », c'est à dire mettre l'État au service direct du
capitalisme. L'économie reste centrale dans l'organisation sociale : les
règles du capitalisme sont la matrice des règles de la vie sociale et la
politique néolibérale gère l'ensemble de la société.Certain.es parlent même de « néo-libéralisme autoritaire » pour
désigner certains régimes politiques. C'est-à-dire qu'aux
caractéristiques du (néo)libéralisme classique, s'ajoute une répression
accrue des mouvements sociaux ou de contestation populaire, ainsi que la
restriction des libertés pour maintenir ces politiques, la légitimation
des inégalités comme nécessaires pour la compétitivité et l'efficacité
économique.En France, Macron mène une politique néolibérale, c'est à dire de
droite libérale mais avec un interventionnisme de l'État fort. Macron
est le chantre de la start-up nation avec une économie de marché mettant
la libre entreprise et la concurrence au centre et en même temps un
contrôle social très fort avec le maintien des inégalités comme socle de
la société.Pour résumer nous vivons dans un système capitaliste autoritaire où
l'État joue un rôle de contrôle socio-économique avec une économie de
marché toute puissante et des individus qui ne peuvent trouver leur
salut qu'à travers le travail, la consommation et la production. Les
individus et l'État sont au service du capitalisme tout-puissant.Le mouvement libertarien, lui, va plus loin : rôle minimal voire
abolition de l'État pour une économie sans limite et la liberté
individuelle par-dessus tout. Les fonctions régaliennes de l'État sont
assurées par des agences privées.Les thèses libertariennes, influencées par Murray Rothbard, qui a
développé le concept d'anarcho-capitalisme, ou Ayn Rand, mère de
l'objectivisme, prennent de l'ampleur aujourd'hui. L'exemple le plus
récent est certainement Javier Milei en Argentine. Elon Musk ou Jeff
Bezos en font aussi la promotion régulièrement.Le libertarianisme ou l'anarcho-capitalisme ont beau avoir une
étymologie commune avec l'anarchisme, les deux mouvements sont
antagonistes.L'anarchisme, s'il prône bien la fin de l'État, prône également la
fin de la propriété privée, de la valeur travail et des privilèges.Même l'anarchisme individualiste qui pourrait, peut-être, être poreux
avec le libertarianisme, ne prône pas le recours à des autorités privées
pour remplacer des fonctions régaliennes mais plutôt la libre
association des individus.Certain.es entretiennent volontairement la confusion et essayent de
faire passer l'anarchisme pour ce qu'il n'est pas : une idéologie sans
règles ni forme d'organisation où la liberté individuelle serait
centrale et rentrerait en opposition avec le collectif et l'égalité.Pascal Praud, célèbre chroniqueur d'extrême droite, déclare au
Parisien : « On me fait passer pour un réac alors que je
suis plutôt anar. J'aime la liberté par-dessus tout. » Et de
confirmer dans une autre interview au même journal :« J'ai un côté anar : je suis de droite avec des gens de gauche,
de gauche avec des gens de droite. Et j'ai du mal avec les règles qui se
multiplient. » [4]Cette confusion sur la définition de l'anarchisme réduite à « chacun
fait ce qu'il veut » est volontairement utilisée par nos ennemis
politiques. Le problème c'est qu'on retrouve cette confusion également
dans nos milieux.Pourtant, la définition de liberté est très différente entre celle
libérale / libertarienne et celle des anarchistes.« la liberté des libéraux est celle d'individus séparés, lâchés
dans un univers hostile. Rétifs à toute idée d'égalité ces
individus-rois vivent l'institution de l'État entre eux comme un mal
nécessaire, érigeant des murs entre eux pour éviter de s'entre-tuer
[...] C'est la liberté d'un individu-consommateur qui se croit
tout-puissant. »A l'inverse :
« Pour les anarchistes, la liberté est nécessairement sociale, et
non privée. Pour s'exercer, elle nécessite l'égalité économique, sociale
et politique des individus. Cette égalité réelle permet l'exercice réel
de la liberté, qui n'est pas un simple mot mais une pratique. La liberté
est faite de liens, non d'arrachements au monde. » [5]Mais si l'anarchisme prône une liberté indissociable d'une égalité
pour tou.tes, le libéralisme, lui, prône la liberté individuelle au
détriment de l'égalité.Le libéral exige la liberté pour soi, le libertaire exige la
liberté pour tou.tes !Tout au long de cette brochure, le terme « libéral » désignera « ce
qui découle du libéralisme » (et par extension du néo-libéralisme) pour
identifier les dérives libérales du milieu militant. Nous entendrons par
là des discours et des pratiques qui, s'ils semblent en adéquation avec
la théorie anarchiste, sont en réalité plutôt inspirés du libéralisme
économique donc d'une certaine forme d'individualisme libéral, de la
défense de la propriété privée, de la marchandisation du monde, de la
concurrence et de la valeur travail. Nous avons repéré 3 dérives
principales qui se retrouvent dans tous les mouvements révolutionnaires
mais qui semblent particulièrement dangereuses lorsqu'elles touchent les
anarchistes.
SOMMAIRE
N°1 : L'anarcho-populisme au service de la
social-démocratiea) Le populisme comme horizon
b) Le citoyennisme comme moyen d'action
c) Le moralisme comme boussole
N°2 :L'anarcho-thérapie : de l'autogestion à la start-up
nation :a) Sois ton propre patron !
b) Développement personnel et ambitions individuelles
c) L'impuissance collective
N°3 : L'anarchisme-washing et les
luttes-marchandisesa) Concurrence sur le marché militant
b) 100 % marketing 0 % anarchiste
c) L'anarchisme gentrifié
N°1 : L'anarcho-populisme au service de la social-démocratie
a) Le populisme comme horizon
Si à une époque la social-démocratie a pu susciter un espoir de
changer radicalement de société chez Marx ou Lénine, chez les
anarchistes on sait depuis longtemps qu'il n'en est rien.Le premier écueil à éviter est de croire que la social-démocratie est
le seul système capable de s'opposer au capitalisme ou qu'elle est une
étape nécessaire à la révolution. La social-démocratie n'est pas
notre amie et il n'y a pas de libéralisme à visage humain.Tant qu'il y aura des gouvernements et des nations, il n'y aura pas
d'émancipation possible. La farce électorale qui s'est jouée cet été
2024 nous a prouvé, une fois de plus, le piège de la « démocratie
participative ». Le système n'a pas besoin d'être encadré ou réformé
mais il a besoin d'être changé radicalement. Et cela commence par
maintenir une force révolutionnaire loin des grilles de lecture
réformiste, électoraliste, citoyenniste et/ou populiste.Or, on assiste aujourd'hui de plus en plus dans les espaces
anarchistes à un relativisme autour de la social-démocratie au point,
parfois, de tolérer des discours réformistes voire réactionnaires. On
voit réapparaître des débats autour de la souveraineté, de la défense
d'une identité, de nations et de frontières. Sauf que l'anticapitalisme
n'est pas émancipateur, si la critique du capital se fait au profit de
la défense d'une nation, d'une identité nationale ou même d'un
réformisme. Par exemple la lutte contre les marchés financiers étrangers
est la volonté d'un protectionnisme nationaliste. Il faut bien
différencier la critique du capitalisme comme système mortifère de la
critique du capitalisme dans sa forme actuelle qu'il suffirait de
réguler ou réformer au nom de la défense de l'économie ou du peuple
français.Paolo Gerbaudo, dans son livre The Mask and the Flag : populism,
citizenism and global protests, aborde la jonction qui peut se
faire entre anarchisme et populisme.Il prend comme exemple les mouvements d'occupation de places des
années 2000 comme Nuit Debout, qui dans leur forme auto-organisée et
horizontale tiennent de l'anarchisme mais dans les revendications
tiennent du populisme. Notamment autour de la question de la
souveraineté :« Là où l'horizontalité affirme l'idée d'une participation entre
des individus égaux et sans leaders, la souveraineté exprime la
nécessité verticale de l'unité du peuple et son contrôle sur et par
l'État »Il désigne ce mélange entre pratiques anarchistes et revendications
populistes par le terme « anarcho-populisme ». On pourrait prendre
l'exemple du dernier mouvement contre la réforme des retraites où des
permanences d'élu.es ont été attaquées avec comme mot d'ordre « la
motion ou le pavé » espérant ainsi faire pression sur les votes de
l'Assemblée nationale. Ou plus récemment les manifs sauvages de juillet
2024 où toute l'attention était tournée vers les élections et la
victoire du NFP. Le mouvement des gilets jaunes s'est aussi laissé
tenter par le populisme et les revendications autour du RIC sont venues
masquer celles plus révolutionnaires.Les pratiques anarchistes et l'action directe sont mises au service
de la défense de la social-démocratie, brouillant ainsi les lignes avec
des discours réformistes.Les revendications anticapitalistes révolutionnaires sont remplacées
par le rejet du monde de la finance, de la ploutocratie. Celles de
l'abolition de l'État sont remplacées par un discours anti-elitiste,
anti corporation. Le nationalisme (ou le patriotisme international)
devient alors un rempart contre la finance internationale.Le populisme ne rejette pas l'État, il cherche à le réguler et à
supprimer l'oligarchie pour la remplacer par un groupe de citoyen.nes
souverain.C'est le discours antisystème de LFI, parfois défendu dans les
milieux anarchistes. Voire encouragé par certain.es dont l'objectif est
de gagner des élections locales ou de « gouverner la révolution ».Le problème est que le populisme de gauche est poreux avec celui de
droite. L'influence de Gramsci et ses notions d'hégémonie et de bataille
culturelle se retrouve à la fois chez les théoriciens de gauche et chez
ceux d'extrême droite. [6]On aurait tort de nier aussi l'influence du discours des nationaux
révolutionnaires. Il suffit de voir l'influence de Soral dans certains
mouvements dits révolutionnaires et le peu de réaction que soulève la
reconnaissance d'un des pires idéologues d'extrême droite comme étant un
théoricien audible.On ne combat pas l'extrême droite et son monde en marchant sur leurs
plates-bandes.La révélation du projet Périclès de Pierre-Edouard Stérin [7], libertarien et milliardaire
français, nous prouve que dans la ligne héritée de Rothbard et Rand, les
thématiques débattues même dans la gauche révolutionnaire sont celles
voulues par l'extrême droite.La fenêtre d'Overton, qu'agrandit continuellement l'extrême droite en
France, a poussée le curseur vers des thématiques réactionnaires et nous
peinons à maintenir une ligne idéologique claire et un imaginaire
révolutionnaire cohérent.A mesure que les lignes politiques bougent, le champ des possibles
semble se réduire. La catastrophe écologique en cours, les massacres et
les guerres sans fin, le contrôle généralisé avec l'aide des IA, etc,
laissent peu de place aujourd'hui aux lendemains qui chantent. Et plus
s'éloigne l'espoir du changement radical, plus certain.es semblent se
raccrocher aux branches de la social-démocratie qui semblent, peut-être,
un horizon plus accessible que celui de la révolution.b) Le citoyennisme comme moyen d'action :
« Citoyen » désigne une personne jouissant dans l'État dont il
relève, des droits civils et politiques, et notamment du droit de
vote.Avant la révolution française, c'est les « bourgeois » qui disposent
de droits civils. La notion de « citoyen » apparaît à la révolution
française, dont les femmes sont exclues. Dans les premiers temps de la
Révolution, les étrangers résidant en France peuvent prétendre à la
citoyenneté mais la règle change rapidement et la nationalité française
devient une condition sine qua non pour obtenir le statut de
citoyen français.Ce lien fort entre nationalité française et citoyenneté perdure sous
la cinquième république. L'État français a le pouvoir de maintenir à la
marge toutes les personnes considérées comme pas assez françaises ou pas
assez citoyennes pour obtenir des droits. D'où les débats et les enjeux
autour de la déchéance de nationalité et le droit du sang défendus par
l'extrême droite.C'est l'Etat qui définit qui a des droits dans la société, ce qui
permet de justifier des discours racistes (criminalisation des OQTF),
patriarcaux (accès au changement d'état civil), validistes (personnes
sous tutelles qui ont le droit de vote que depuis 2019), etc.Le citoyennisme combat l'État comme ne jouant pas le jeu de la
social-démocratie. De ce fait il place l'État dans une position légitime
d'interlocuteur et la social-démocratie comme un modèle viable à
réformer. Sortir du citoyennisme c'est cesser de considérer
l'État comme médiateur entre nous et une vie émancipatrice mais comme un
système global à abattre.La crise du Covid a montré qu'il était très difficile de mettre en
place une autodéfense sanitaire en dehors de l'appareil de l'État. Les
conflits que l'épidémie a engendrés au sein des milieux militants sont
venus mettre le doigt sur cette difficulté à se défendre en dehors de
l'État sans tomber dans le complotisme le plus crasse ou l'obscurantisme
antiscientifique.Dans la toute-puissance qu'on accorde à l'État, il devient le garant
de nos droits et donc de notre survie. Et on ne mord pas la main qui
nous nourrit. C'est cette tension permanente entre notre survie
immédiate et notre idéal révolutionnaire qui nous anime.C'est toute la complexité des luttes : nous vivons et sommes
dépendant.es du système que l'on veut détruire. Il s'agit de scier la
branche sur laquelle nous sommes assis.es et nous avons beau savoir que
cette branche est inconfortable et va finir par céder, elle nous protège
du vide et de l'inconnu. Notre filet de sécurité est de construire dès
maintenant des solidarités et des pratiques en dehors de l'État pour
sortir de cette aliénation. Parce qu'on ne veut pas une part du gâteau
on veut foutre en l'air toute la boulangerie !
c) Le moralisme comme boussole :
Le citoyennisme s'appuie sur un autre pilier bancal : le moralisme.
En philosophie le moralisme place la valeur morale au-dessus de toute
autre préoccupation. Le moralisme en ce sens est confortable car il
permet de simplifier des questions complexes. Il suffit de voir les
choses seulement en fonction du « bien » et du « mal ». Ainsi faire le
« bien » permet une gratification personnelle. De notre côté, il n'est
pas question de militer pour mériter une quelconque place dans un
paradis métaphorique mais de lutter avec des outils concrets ici et
maintenant contre le capitalisme.Le danger est que le curseur de la morale est positionné par le
système lui-même et le moralisme peut servir de levier pour maintenir
les citoyen.nes dans le droit chemin de la légalité et du contrôle
social.En tant qu'anarchistes, nous ne rejetons pas les valeurs morales en
soi, nécessaires à toute société, nous rejetons le moralisme et ses
injonctions basées sur un curseur biaisé où c'est l'État et son système
judiciaire qui distribuent les bons points. Par exemple, pour l'Etat,
voler sera considéré comme immoral mais il est tout à fait acceptable
que des huissiers expulsent des familles.Les grilles de lecture qui répondent aux seuls impératifs du
moralisme sont des actes humanitaires et pas
révolutionnaires.La charité et l'humanitaire reposent sur des principes similaires : «
faire le bien » sans remettre en question ni chercher à comprendre les
causes profondes des injustices qu'ils prétendent soulager. Ces
pratiques visent souvent à maintenir une paix sociale et à apaiser la
culpabilité de celleux qui les pratiquent. Elles permettent d'éviter de
regarder sa propre responsabilité ou son impuissance tout en ignorant
les mécanismes qui rendent possibles ces inégalités.De même, le whitesaviourisme qui, sous couvert d'antiracisme, reprend
souvent les codes coloniaux afin de « sauver » les personnes victimes de
racisme, mais qui ne vient rarement interroger les racines profondes des
racismes, comment ils s'articulent et au contraire essentialise,
fétichise ou simplifie des rapports de domination complexes.L'utilisation exclusive du moralisme et de la charité conduit, non
pas à des imaginaires révolutionnaires, mais participe à une forme de
fétichisation, d'essentialisation voire de déshumanisation de celleux
que le système exploite.Nous ne voulons pas « sauver » ou « être sauvé.es » mais créer des
complicités révolutionnaires dans nos désirs d'émancipation.N°2 : L'anarcho-thérapie : de l'autogestion à la startup nation
a) Sois ton propre patron ! :
La vision libérale de la liberté qui vient placer l'individu tout
puissant au centre, crée des grilles de lecture égotistes. Le monde
n'est vu qu'à travers un culte du « moi je » où la société doit répondre
à des désirs immédiats et prioritaires. C'est le principe de la
philosophie objectiviste de Ayn Rand, louée par le libertarianisme, qui
place l'individu seul maître de son bonheur dans un capitalisme
triomphant.Là où les anarchistes voient la liberté pour tou.tes comme
émancipatrice loin de l'exploitation, la liberté libérale la voit comme
le droit à être son propre patron ; comme le pouvoir de
s'auto-transformer et, par la même occasion, de s'auto-gouverner.
L'avènement de l'influence libérale amène, en plus du contrôle par
l'Etat, un contrôle intériorisé. En gros « nous sommes nos propres
flics ». C'est l'uberisation du contrôle social.L'individu dans le monde libéral est une auto-entreprise à part
entière et la liberté individuelle est transformée en une part de marché
qu'il faut investir.Résultat : on ne peut compter que sur soi-même au détriment de la
solidarité collective. Comme disait Murray Bookchin : « L'ego,
devenu de façon presque fétichiste le lieu de l'émancipation, finit par
ne plus se distinguer de l'individu « souverain » cher à
l'individualisme du laisser-faire. » [8]La liberté libérale se résume en une série d'options à choisir entre
la plus enviable…ou la moins pire ! C'est le mythe de la démocratie
participative. Dans une étude récente la chercheuse Sophia Rosenfeld
déplore qu'une telle approche « incite à blâmer les individus pour
leurs mauvaises décisions, alors que les options qui s'offrent à chacun
d'entre nous diffèrent très fortement selon notre milieu
socio-économique. L'idée que chacun est responsable de toutes les
conséquences des choix qu'il a faits peut se révéler une vision bien
cruelle de la vie humaine. Cet accent mis sur le choix individuel
affaiblit en outre notre capacité et notre résolution à prendre des
décisions collectives dans l'intérêt général. » [9]Les inégalités subies nous sont imputées comme la conséquence de
mauvais choix individuels. Dans une société où nos choix sont
restreints, cette méritocratie marginalise et violente beaucoup de
monde. Mais la colère générée par cette exclusion est à régler non pas
avec le système tout entier mais avec soi-même. Il faut digérer
l'exploitation, la transformer et la dépasser. C'est la fameuse
« résilience » prônée par Macron.La lutte des classes, par exemple, est une question de moins en moins
audible puisque la classe nous est vendue comme une catégorie
transcendable. On veut nous faire croire que le PDG n'est plus un
adversaire mais un modèle à atteindre, un symbole de réussite. Les vieux
antagonismes du capitalisme sont de moins en moins évidents à mesure que
le libéralisme évolue. Le travail ne doit plus être perçu comme une
contrainte mais un choix et un tremplin vers le bonheur.Il ne s'agit plus d'abolir le travail mais de l'intégrer dans nos
existences comme une part de marché du bonheur. Chief happiness officer,
team building, coworking : tout est bon pour remplacer le langage de
l'exploitation en langage cool et fun. Le travail, lieu d'exploitation
par excellence, devient grâce à quelques anglicismes (et la complicité
de certains syndicats) un lieu de transformation et d'émancipation.
La lutte des classes s'arrête là où commence le team
building. Rien d'étonnant à ce que cette croyance ait investi
aussi une partie du mouvement révolutionnaire. La critique du travail
devient centrée sur l'amélioration de ses conditions et non plus sur son
abolition. Protéger les travailleur.euses ne nous prive pas d'une
critique du travail salarié comme système d'aliénation.Cette transformation des rapports au travail se retrouve aussi chez
les militant.es qui se transforment en entrepreneurs de la lutte centrés
sur leur carrière. On voit apparaître un glissement sémantique, comme
par exemple des mouvements dits radicaux qui « recrutent des
bénévoles » ou cherchent à « renforcer leur équipe » pour
éviter le « burn-out militant ». Ou des zines qui ont des
« directrices de publication ». Le « travail militant » devient
un travail salarié à part entière où il faut « manager » des équipes
avec des directeur.ices pour ne pas finir en burn-out militant.Ce langage d'entreprise plutôt attendu de la part de la gauche
électorale (qui a donc bien quelque chose à vendre) est plus inquiétant
venant d'anarchistes.b) Développement personnel et ambitions individuelles :
Cette vision libérale se retrouve dans des grilles de lecture qui
privilégient l'individualisme au détriment de l'analyse collective des
structures d'oppression.En témoignent les dérives libérales des « identity politics ».
Théorisée entre autres par le Combahee River Collective qui considérait
que « les seules personnes qui se soucient suffisamment de nous pour
travailler systématiquement pour notre libération, c'est nous. Cette
concentration sur notre propre oppression s'incarne dans le concept
d'identity politics. Nous pensons que la politique la plus profonde et
potentiellement la plus radicale vient directement de notre propre
identité, au lieu de travailler pour mettre fin à l'oppression de
quelqu'un d'autre » [10].Le CRC était un collectif de lesbiennes noires qui articulaient
ensemble oppressions racistes, sexistes et capitalistes. Mais vidée de
son potentiel révolutionnaire, sortie de son contexte et prise au pied
de la lettre cette définition des « identity politics » a donné lieu à
des dérives libérales. D'outil d'analyse et de pratiques, c'est parfois
devenu une quête nombriliste pour affirmer ses ressentis et son identité
en dehors de toute analyse politique. Ce n'est plus « comment penser
les systèmes de domination sans une grille d'analyse qui les reproduit
? » mais « comment moi je me situe sur un spectre de privilèges
(et c'est tout). »En limitant la question des oppressions à ses seules manifestations
et représentations individuelles (discriminations, éléments de langage,
etc.) on n'analyse plus les systèmes de domination comme un système
global mais seulement comme un problème individuel dont le point de
départ et d'arrivée sont les ressentis personnels. Le risque est alors
de se contenter de réclamer une intégration dans l'ordre établi.On ne milite plus pour la révolution mais pour le droit d'être un
exploiteur comme les autres. Pour reprendre la critique de Bookchin :
« il faut se changer soi sans changer le monde ».Les rapports de force deviennent démultipliés en une myriade de
combats individuels et personnels avec le risque qu'ils se fassent
concurrence entre eux.Dans la suite logique de ces dérives libérales, la lutte devient un
espace de développement personnel et les actions politiques des
thérapies. C'est d'ailleurs parfois la demande de certain.es
militant.es, qui considèrent que la lutte doit être avant tout des
espaces de soin à leur service.Le problème du prisme individualiste c'est qu'il ne permet pas
d'analyser correctement les causes structurelles et matérielles de la
violence de l'Etat et entretient un certain confusionnisme. En
se focalisant exclusivement sur les ressentis individuels sans autre
forme d'analyses, on risque de tomber dans le subjectivisme et le
relativisme où « la seule vérité est celle que je
ressens ».Tout comme le complotisme, le développement personnel vient
simplifier la complexité des rapports de pouvoir. D'un côté, il s'agit
d'une entité extérieure fantasmée (le lobby juif, le nouvel ordre
mondial, le grand remplacement, le lobby LGBT, etc) de l'autre il s'agit
d'une entité intérieure à développer ou transformer : soi-même et
seulement soi-même (me, myself and I).Croire qu'une entité extérieure fantasmée dominerait le monde relève
des mêmes rhétoriques que de croire que le changement se fera seulement
à l'intérieur de soi. Ce n'est pas pour rien que certaines pratiques de
développement personnel sont poreuses avec des dérives complotistes ou
sectaires. Et on connaît déjà la porosité entre les milieux radicaux et
le complotisme et parfois l'excessive tolérance avec ce dernier.Pour ne pas tomber dans un opposé caricatural, il n'est pas question
de dire que l'individu n'a ni responsabilité, ni effort individuel à
fournir sur la perpétuation des systèmes de domination, ou que les
ressentis nés de l'oppression et leurs témoignages sont à balayer sans
scrupules. La santé, le soin ou le bien-être ne sont pas des
préoccupations libérales. Rejeter en bloc ces thématiques est tout aussi
dangereux que de les ériger en grille de lecture ou en objectif absolu.
Les structures de pouvoir ont des conséquences bien réelles
(psychologiques, sociales, politiques), refuser de les voir nous empêche
d'adapter nos pratiques de lutte. Mais chercher à combattre seulement
les conséquences sans s'attaquer aux causes mène à des impasses voire à
des arnaques contre-révolutionnaires.c) L'impuissance collective :
Hannah Arendt mettait en garde contre l'absence de commun et de liens
aux autres comme premier pas vers les totalitarismes. L'isolement est
une impasse et le résultat d'échecs collectifs lorsque la poursuite d'un
objectif commun est détruite.Dans une société occidentale individualiste, verticale et autoritaire
où le collectif se limite au monde du travail et/ou à la sphère privée,
l'autogestion et le collectif est certainement ce qu'il y a de plus dur
à imaginer. Parce qu'on ne se débarrasse pas des chef.fes et de
l'attrait du pouvoir aussi facilement, réussir à s'organiser
collectivement et horizontalement est un défi de taille.Dans une logique libérale, le collectif peut vite devenir un outil au
service d'ambitions individuelles. Il ne s'agit plus de façonner des
nouveaux horizons vivables pour tou.tes mais de faire en sorte que le
monde se plie à nos désirs immédiats. Il n'est plus question de faire,
de penser et de lutter ensemble dans un but commun mais d'exiger une
place personnelle de pouvoir, une gratification et une reconnaissance
individuelle.Ne pas percevoir en dehors de la sphère du « je » les enjeux pour les
autres amène inévitablement à invisibiliser ou nier ce qui ne nous
concerne pas directement. Combien de luttes spécifiques (antiracistes,
féministes, antispécistes, etc.) sont tombées dans l'écueil de mettre le
doigt sur le manque de prise en considération de certains enjeux, tout
en faisant exactement la même chose pour d'autres. Ou alors considérer
les enjeux seulement de manière performative pour en tirer des bénéfices
personnels.On a déjà parlé des chevaliers de l'antiracisme qui se rachètent une
posture à peu de frais sans s'intéresser réellement aux luttes
antiracistes révolutionnaires, s'apparentant parfois plus à des
touristes militants en quête d'exotisme.Mais on peut aussi citer ces militant.es qui mettent leur collectif
au service de leurs ambitions individuelles.Celleux qui alimentent leur profil linkedin avec leur « travail
militant », qui signent des tracts ou des brochures avec leur nom et
prénom, faisant fi de toute stratégie collective d'anonymat. Les
opportunistes qui profitent des espaces de luttes pour vendre leurs
livres et produits, les girouettes qui changent de ligne politique au
gré des trends et des buzz cherchant à être toujours dans la tendance
mais jamais dans la bonne direction. Celleux qui se servent de la lutte
comme un tremplin pour une carrière (politique, associative, etc). Ces
influenceur.euses qui normalisent la starification des luttes. Bref, des
pratiques qui vident de leur substance les objectifs révolutionnaires et
les maintiennent dans une perspective capitalisable. Faisant se
rapprocher dangereusement le constat de Bookchin : « Ce qu'on
désigne par anarchisme aujourd'hui, […], ce n'est rien d'autre en
réalité qu'un personnalisme introspectif hostile à tout engagement
social et à toute responsabilité ; un club de rencontre rebaptisé selon
l'occasion « collectif » ou « groupe affinitaire » ; un état d'esprit
qui rejette avec mépris tout ce qui est structure, organisation ou
implication publique ; une cour de récréation pour gamins. »Aujourd'hui on a des militant.es ou des collectifs entiers qui se
disent anarchistes mais qui dans les faits s'en éloignent et font fi de
toute l'histoire anarchiste, de ses principes et de ses pratiques.Aujourd'hui on peut se dire anarchiste même si on roule pour le NPA
ou si on est fan de Mélenchon, on peut se dire anarchiste même si on
rejette en bloc toute critique du système électoral, on peut se dire
communiste libertaire et cautionner des réactionnaires conservateurs, on
peut se dire anarchiste même si on défend des nations et des frontières.
L'anarchisme n'est rien de plus qu'une identité auto déclarative, un
badge à afficher pour être cool. Après tout, si plus rien n'a de sens
pourquoi chercher à définir des objectifs politiques communs ?Les concepts deviennent malléables et adaptables en fonction de
comment ils sont ressentis mais surtout en fonction de comment ils
peuvent servir les discours et les intérêts. C'est l'exemple de Praud
qui se dit anar ou Bardella qui dit qu'il n'est pas raciste.Cette forme de confusionnisme et de relativisme est vouée à rendre
l'anarchisme déficient et à détruire la perspective de solidarité
collective. Cette inconsistance politique empêche tout lien de confiance
nécessaire au collectif et engendre une méfiance permanente.L'absence de confiance et d'imaginaire politique commun amènent à un
délitement d'une véritable force révolutionnaire et de son
efficacité.N°3 : L'anarchisme-washing et les luttes marchandises
a) Concurrence sur le marché militant :
Dans le langage courant la concurrence désigne la rivalité entre
individus pour l'accès à une position, une récompense, un service ou un
objet.Dans le langage libéral la concurrence désigne la rivalité entre
acteurs économiques qui cherchent à attirer des clients en proposant des
produits ou services et à acquérir des parts de marché sur un même
marché, en vendant des biens identiques ou similaires. La concurrence
est ainsi une compétition entre des producteurs, pour capter la demande
venant des consommateurs.Aujourd'hui la concurrence est le pivot central du marché et les
individus ont intégré dans tous les aspects de leur vie un modèle de
comportement et des rapports basés sur la compétition. C'est donc une
nécessité économique et sociale. Tout ce qui est collectif est vu comme
un obstacle à la concurrence car pour atteindre l'objectif du bonheur
individuel sur le marché il faut pouvoir être compétitif.ve. En
compétition d'abord avec soi-même : (« être la meilleure version de
soi-même ») mais aussi, et surtout, avec les autres.Dans les milieux militants cette concurrence se retrouve à l'échelle
individuelle pour des places de pouvoir et parfois, à une échelle plus
grande, entre différents groupes et différentes luttes spécifiques.Le problème des luttes spécifiques contemporaines (antispéciste,
écologie, antiraciste, féministe, etc) c‘est que, souvent, elles ne sont
raccrochées à aucun courant idéologique. Des Blacks Panthers
d'inspiration maoïste en passant par les anarcha-féministes de Bolivie
des Mujeres Creando, certaines luttes spécifiques s'inscrivent dans une
volonté de soit s'inspirer, soit s'intégrer dans certains courants
idéologiques précis tout en gardant leur autonomie.En 2025 en France, de plus en plus rares sont les luttes spécifiques
qui s'attachent de près ou de loin à un courant idéologique. Et même
celles qui se disent s'en rapporter en sont souvent très éloignées dans
leurs discours et leurs pratiques (et participent au passage à vider de
sa substance l'anarchisme).Les luttes spécifiques permettent de s'intégrer dans un objectif plus
large en apportant de l'eau au moulin de la révolution. Être féministe
ne suffit pas, être antiraciste ou écologiste ne suffit pas, etc.Or, certaines luttes spécifiques semblent flotter dans l'histoire et
se limitent à exiger leur inclusion dans l'ordre social existant, plutôt
qu'une remise en question radicale des structures de pouvoir et des
inégalités fondamentales.L'Etat, en concédant parfois des droits, normalise son rôle de
protecteur Au passage il intègre des identités qui jusque-là auraient
été susceptibles de déstabiliser l'ordre établi tout en cherchant à les
instrumentaliser (à des fins racistes et islamophobes la plupart du
temps). Et on se retrouve aujourd'hui avec le premier collectif gay
d'extrême droite !Le piège, dans lequel beaucoup sont tombés, consiste alors à ne
parler d'une lutte qu'à travers l'angle de son instrumentalisation et de
se positionner seulement « en réaction » aux positions de l'État tel un
miroir inversé.Par exemple si on se contente de parler du féminisme uniquement pour
en dénoncer son instrumentalisation à des fins racistes sans analyser la
structure hétéro-patriarcale et comment cette dernière s'imbrique avec
les autres oppressions alors on laisse un vide dans lequel s'engouffrent
nos ennemi.es politiques pour instrumentaliser davantage. Arrêter de
lutter sur les questions féministes d'un point de vue révolutionnaire,
permet de les vider de leur substance, les assimiler, récupérer,
instrumentaliser, les mettre en concurrence.L'État fait d'une pierre deux coups : en faisant semblant d'être
progressiste, il maintient une image de social-démocratie acceptable
tout en conservant intactes les structures de pouvoir. Cela amène
certain.es militant.es à réduire le féminisme à une lutte bourgeoise
blanche, effaçant la capacité de la comprendre comme une lutte
d'émancipation radicale pour tou.tes. Ainsi non seulement la lutte
féministe est neutralisée mais elle l'est avec la caution
anticapitaliste ou antiraciste.Cette rhétorique de concurrence qui mobilise un discours progressiste
pour justifier l'oppression d'un autre groupe social, c'est ce que les
Nord-Américain.es appellent le « clash of rights ». Par exemple l'idée
que les droits des personnes trans menaceraient le droit des femmes cis
selon l'idée qu'il y aurait des antagonismes à lutter à la fois pour les
droits des femmes cis et trans alors que la misogynie et la transphobie
ont des racines communes.Le fait que le féminisme soit instrumentalisé ou récupéré par des
bourgeois.es ne doit pas le disqualifier dans son ensemble. Au contraire
cela souligne la nécessité de poser des lignes claires entre les dérives
libérales et la révolution.Cette mise en concurrence du féminisme trouve aussi des origines dans
le masculinisme d'extrême droite. Soral parlait de la féministe comme
une « bourgeoise de gauche [..] parvenue, grâce à la complaisance du
pouvoir économique toujours avide de stratégie des leurres, à substituer
une fantasmatique lutte des sexes à la très réelle lutte des classes,
spoliant au passage le travailleur de son unique prestige, le prestige
moral de l'opprimé » [11]De la même manière, Soral justifie son antisémitisme comme un
anticapitalisme. En amassant tous les clichés racistes sur les juifs qui
contrôlent le monde de la finance et tirent les ficelles dans l'ombre,
Soral a diffusé des théories antisémites reprises dans les milieux
révolutionnaires ou de gauche et qu'il nous faut combattre [12]. De la même façon,
l'instrumentalisation des enjeux mémoriels par l'Etat pour servir le
roman national ne doit pas nous faire tomber dans le piège de mettre en
concurrence des mémoires et des morts. Si l'État ou des théoriciens
d'extrême droite utilisent cette stratégie assez clairement, le fait que
ce soit repris dans nos milieux ne laisse rien présager de bon.Les logiques concurrentielles puisent dans la hiérarchisation et
enjoignent celleux qui subissent plusieurs oppressions à « choisir leur
camp », les obligeant à créer des grilles de comparaison assez
dégueulasses pour savoir quelle oppression serait la plus
« confortable » ou la plus « soft ». La concurrence transforme aussi
certaines luttes en propriété privée et en monopole et considère que
certaines luttes sont secondaires et/ou ne peuvent exister qu'à
condition d'être subordonnées à une autre lutte dans une vision des
structures d'oppressions, héritée de la logique verticale du système
capitaliste.On peut à certains moments choisir des stratégies qui nous poussent à
investir tel champ de lutte (en fonction de l'énergie disponible, en
fonction des enjeux locaux…). On pourrait, par exemple, légitimement
argumenter que la lutte écologique devrait être une priorité absolue. En
effet si la planète n'est plus vivable quel intérêt d'une révolution ?
Mais comment lutter efficacement contre la destruction du vivant sans
prendre en compte les conditions de production dans le capitalisme qui
accélèrent sa perte, sans prendre en compte les enjeux impérialistes,
notamment ceux autour des ressources naturelles et de l'impact
colonialiste sur les populations (comme vu à Mayotte récemment), comment
ne pas prendre en compte les apports des féministes radicales sur les
dangers de l'essentialisation de la nature, sur les liens entre
patriarcat et domination du vivant, etc.De la même manière, la guerre coloniale qui se déroule en Palestine
ne peut être comprise et combattue qu'en l'intégrant dans des luttes
globales. On ne peut pas lutter contre la colonisation ici tout en
soutenant des États impérialistes ailleurs.Mettre en concurrence les luttes c'est justement se priver de cette
compréhension globale des systèmes d'oppression. Toutes les luttes sont
prioritaires du moment qu'elles ont des objectifs révolutionnaires.Que les luttes spécifiques aient des enjeux et répondent à des
mécanismes différents n'invalide pas qu'il y ait des objectifs communs.
Les différentes pratiques et expériences peuvent se renforcer entre
elles.Pour lever toute ambiguïté, le propos n'est pas de dire que les
luttes spécifiques divisent la lutte. Ou qu'elles doivent se sacrifier
sur l'autel de la révolution et perdre leur autonomie pour se diluer les
unes dans les autres. On ne nie pas non plus les rapports de force ô
combien nécessaires en interne.La critique porte sur leur mise en concurrence et la dépolitisation
de leurs enjeux, leur instrumentalisation ou lorsque les rapports de
force se transforment en guerre de pouvoir individuel ou en
monopole.Car dans une vision du monde libérale, où il ne s'agit pas de
mettre le feu à la boulangerie mais de récupérer des parts de gâteaux,
on est obligé.es de se battre pour les miettes.b) 100 % marketing, 0 % anarchiste :
Sous le capitalisme tous les aspects de nos vies sont capitalisables.
(le stop est remplacé par Blablacar ou Uber, les logements sont
transformés en Airbnb, etc.). Nos luttes n'y échappent pas et se
transforment en marchandises qui peuvent être :Éphémère : Déconnectée de son histoire sans transmission du
passé ni projection d'avenir. Il faut réinventer l'eau chaude en
permanence, occuper les espaces vides en alimentant de nouvelles
polémiques stériles ou en trouvant de nouveaux concepts universitaires.
Pour que la clientèle militante consomme, il ne peut pas y avoir de
durabilité. Comme un produit électronique qui tombe régulièrement en
panne, la lutte n'est pas faite pour durer. C'est l'obsolescence
programmée version militante. Tout doit être dans l'immédiateté. La
lutte consiste en une série d'indignations urgentes qui se superposent
les unes aux autres. On passe d'un sujet à un autre parfois sans
cohérence mais la nouveauté fait vendre surtout aux militant.es de
passage. Celleux qui viennent chercher le frisson de la rébellion mais
repartent dès que ça devient sérieux ou dès que le folklore se heurte au
réel. Une forme de tourisme / consumérisme militant pas très durable
mais qui fait vendre.Inoffensive : La lutte-marchandise doit être confortable et
rassurer nos égos. Elle doit nous caresser dans le sens du poil et faire
appel à nos affects. Voire même flatter les pires instincts. Elle ne
doit pas venir heurter les comportements, les habitudes ou pratiques. Le
contenu ne doit donc pas révolutionner notre condition ou nous mettre
face à nos contradictions (rien qui nous oblige à confronter nos potes
violeurs par exemple). Dans une perspective anarcho-populiste vue plus
haut, le produit doit rassurer nos identités (de beaufs ou de barbares),
notre souveraineté politique. D'ailleurs pour que ce soit confortable,
l'ennemi.e doit toujours être une figure extérieure un peu floue. Il est
question de dénoncer mais uniquement dénoncer, il n'est pas question de
parler de pratiques concrètes. Il faut que la lutte soit un produit
rassurant et inoffensif, tout doit être pensé pour le confort des
client.es. Et tant pis si ça pacifie les luttes, l'important c'est que
la clientèle soit contente.Inconsistante : du prêt-a-penser qui vient simplifier les
questions politiques complexes. La lutte-marchandise doit fournir clé en
main un discours dogmatique mais toujours avec un vide idéologique. Le
produit est « radical », « antisystème », « contre les bourgeois » mais
ne doit jamais parler des conditions matérielles d'existence ou de lutte
des classes.Pour que la clientèle consomme il ne faut pas qu'elle réfléchisse.
Toute réflexion intellectuelle, toute nuance, ou toute critique doit
être dénoncée comme du mégotage et une manifestation d'un privilège.Pour cela, le produit doit donc être toujours consensuel, campiste et
binaire et ne doit pas trop remettre en question le discours hégémonique
du moment. Une position plus minoritaire ferait moins de ventes.Folklorique : Pour vendre une lutte-marchandise inutile, il
faut créer le besoin. Il faut donc tout miser sur le marketing et le
packaging. L'esthétique est au service d'elle-même. La forme prime sur
le fond et n'a d'autre objectif que l'image qu'elle renvoie.
L'esthétique doit être radicale peu importe si le fond politique est
soluble dans le capitalisme. Cagoules, cocktails molotov, k-way noirs,
etc. Toute la symbolique de la radicalité est utilisée pour faire vendre
en vidant la forme du fond. Cagoules et k-way noirs sont juste une
esthétique et non pas des outils au service de l'anonymat collectif. La
lutte se transforme en folklores, en modes, qu'on peut vendre ou acheter
pour sentir le frisson de la révolte.
Divertissante : Tout doit être du spectacle instagrammable
(d'ailleurs tout ce qui n'est pas sur instagram n'existe pas). Les
manifs se transforment en kermesses avec distributions de pancartes et
cotillons. Le seul objectif valable d'une action est de créer des belles
images. C'est la révolte pour la révolte, l'action pour l'action [13]. Il faut faire de la représentation
permanente et être visible partout, tout le temps (quitte à tenter de
récupérer des mouvements ou des actions à son compte). C'est la
performativité au service du vide. Il faut être disruptif et créer de la
visibilité à tout prix. Pour cela il faut valoriser les discours
polarisants et binaires. Le produit doit générer du buzz, du clash, du
drama, etc, que les consomateur.ices pourront suivre comme une
téléréalité [14]. Et le buzz même négatif fait
vendre.c) L'anarchisme gentrifié :
Les dérives libérales maintiennent nos objectifs dans une
marchandisation perpétuelle de nos révoltes et les vendeur.euses
militant.es capitalisent sur la frustration issue de l'impuissance. Les
espaces militants sont des supermarchés où notre action se limite à
choisir parmi les rayons de la lutte. Mais s'il y a des gens qui vendent
c'est bien parce qu'il y a des gens qui consomment. Se comporter comme
des client.es et non pas comme des sujets politiques autonomes nous
maintient dans des impasses politiques.Cette marchandisation rend la lutte inopérante et inoffensive, bonne
qu'à fournir une expérience à des touristes militants.Peu étonnant dans le contexte général de disneylandisation du monde.
Ce concept désigne « la transformation des sociétés et des cultures
locales, par la présence de touristes, et pour répondre à leurs
attentes. Elle peut être aussi une muséification et une folklorisation
en ce qu'elle fige paysages et pratiques afin de correspondre aux
représentations (ou aux clichés) attribués à un espace ou à une
population » [15]. Le capitalisme transforme toute
réalité en source de profit et en marchandise même les cultures et les
valeurs. Pour ce faire il doit débarrasser ces dernières de leur
matérialité et de leur essence et les arracher à leur singularité
historique. Et lorsque la réalité ne peut se transformer en bien de
consommation, elle doit se changer en symboles. Le meilleur moyen de
détruire et de rendre inoffensive une culture est de la mettre en
spectacle. Les peuples colonisés sont bien placés pour le savoir.Les espaces militants n'échappent pas à cette disneylandisation et
les luttes enfermées dans leur folklore n'existent plus que pour plaire
à des touristes.A la manière des quartiers populaires qui se gentrifient,
l'anarchisme est vidé de son potentiel de révolte pour n'en garder que
son esthétique, rendant cools et branchés des discours réacs.
Éloigné d'un projet de société émancipateur pour tou.tes, le
mouvement révolutionnaire ne fait alors plus rêver grand monde. C'est
tout un mouvement qui est discrédité en le réduisant à n'être rien de
plus qu'une objection permanente avec pour seul horizon des
sempiternelles doléances restées lettres mortes. A croire qu'il ne nous
reste plus que la capacité de nous indigner. Lutter contre le
libéralisme, c'est justement lutter contre ces tensions mortifères qui
brisent tout élan d'espoir et toute vague créatrice.Ces pratiques sont la plupart du temps inconscientes tant la logique
libérale a toujours imprégnée nos imaginaires. Mais parfois il s'agit
d'une véritable stratégie opportuniste.L'accélération du libéralisme va de pair avec son imprégnation dans
nos imaginaires et alors que l'étau se resserre, les changements
sociétaux de ces dernières années devraient, à l'inverse, nous amener à
renforcer une ligne anarchiste, anti-autoritaire et ne surtout pas
céder à un chantage libéral.Déconstruire nos schémas de pensées avec tout ce que ça implique
d'inconfortable, de bouleversement de soi et de notre rapport aux
autres. Mais comme c'est plus simple de s'attacher à un folklore prêt à
consommer, le chemin vers la révolution risque d'être encore long.
L'émeute, l'insurrection, la révolution ne sont plus que des fétiches
sous cellophane.Plus nos combats sont transformés en marchandises, plus le langage
devient confus, plus il est compliqué de poser un cordon sanitaire avec
des influences réactionnaires, conservatrices, autoritaires et
confusionnistes. Fournir du carburant au bulldozer néo-libéral
n'ouvrira jamais de perspectives collectives émancipatrices, cela pourra
seulement faire la fortune, réelle ou symbolique, d'une poignée de
carriéristes militant.es. On aurait tort de croire que cette
poignée ne fait pas de mal à la majorité car elle vient déplacer un
curseur dans un contexte déjà étouffant. Chaque petite passerelle que
certain.es s'amusent à construire entre les idéologies de droite,
d'extrême droite, d'une gauche autoritaire et l'anarchisme se transforme
rapidement en un gigantesque pont si nous n'y prenons pas garde.Ce qu'il se passe actuellement est le résultat d'une stratégie bien
rodée. Nombreux sont les théoriciens d'extrême droite s'inspirant de
penseurs de gauche voire communistes comme Gramsci. La plupart des
inspirations de Trump se retrouvent aussi chez les accélérationnistes
inspiré.es par Guattari et Deleuze [16]. En reprenant quelques
théories gauchistes cela permet à l'extrême droite de rendre cools et
rebelles des théories profondément réactionnaires. A une époque où les
fakes news et les théories du complot sont partout, le combat se joue
aussi dans le langage.Comme l'a démontré Umberto Eco, le fascisme advient avec la
simplification du langage, le rejet de la critique analytique et de la
pensée critique.L'anarchisme doit garder du sens et sa charge révolutionnaire et
ainsi continuer de s'attaquer aux racines sur lesquelles poussent des
cadavres.Conclusion :
Pour résumer, l'anarchisme s'enlise aujourd'hui dans des dérives
libérales notamment :- Un citoyennsime en défense de la social-démocratie
- Une succession d'indignations moralistes qui renforcent des
postures creuses- Un populisme antisystème qui mélange lutte pour l'autonomie et
défense d'un peuple-nation souverain- Un individualisme égocentré qui mène à l'isolement et à
l'impuissance générale- Un abandon de la question de classe et la défense de la valeur
travail- Une concurrence au cœur des interactions entre individus et/ou des
luttes spécifiques- Une capitalisation sur des luttes-marchandises
- Une gentrification et disneylandisation de nos espaces
Ces dérives ne sont pas justes "problématiques" mais participent à un
continuum de normalisation du monde capitaliste. Elles s'insèrent dans
nos luttes, les gangrènent et au final les recrachent, dans une bouillie
confusionniste qui, loin de fragiliser l'État, le renforce.S'il est impossible de dépasser l'Histoire et de prédire le futur,
nous pouvons néanmoins reconnaître que le contexte politique est peu
favorable aux idéaux anarchistes. Cette perte de vitesse ne peut se
résoudre qu'en retrouvant un idéal révolutionnaire désirable au-delà du
simple fétiche de l'émeute ou de l'illusion électorale.Le chemin vers la révolution est fait de doutes mais il est aussi
pavé de certitudes : nous détestons l'Etat et tout ce qu'il produit ou
protège : de ses frontières en passant par ses prisons. Il nous faut
porter un regard profondément révolutionnaire sur le monde et non pas
populiste ou réformiste.Celleux qui propagent la confusion et la réaction sont des
accélérateur.ices de la fin des mouvements révolutionnaires. A l'inverse
nous pensons que dans tous les endroits du monde se trouvent des
anarchistes qui s'ignorent, qui ne se revendiquent pas anarchistes et
qui n'en connaissent pas spécialement la théorie mais qui dans la
manière de voir le monde se retrouvent 100 fois plus proches de nous que
les confus opportunistes. Et c'est avec les premier.es que nous
préférerons créer des liens car s'il n'est pas grave de ne pas se dire
anarchiste tout en partageant l'imaginaire d'un futur désirable, à
l'inverse il est dangereux de se dire anarchiste tout en faisant la
promotion du néo-liberalisme. Car comme disait Léo Löwenthal « Pour
n'importe quel système de pouvoir, il n'existe pas de plus grand succès
que l'acceptation, par ses victimes impuissantes, des valeurs et des
modes de comportement que celui-ci postule. » [17]A nous de les déjouer !
[1] Murray Bookchin, Changer sa vie sans changer le monde, 1995.
[2] Lire une interview de Lorenzo Kom'boa Ervin datant de 1995 ici ainsi que son livre Anarchism and the Black Revolution.
[3] Luigi Fabbri, « Les influences bourgeoises sur l'anarchisme », 1914.
[4] Interview de Pascal Praud : « J'ai un côté anar » (Le Parisien, 18 juin 2019).
[5] "Liberté des libéraux et liberté des anarchistes", sur Dijoncter, janvier 2020.
[6] Voir Chantal Mouffe pour le populisme
de gauche et Alain de Benoist pour l'extrême droite.[7] Article "Projet Périclès : le document qui dit tout du plan de Pierre-Édouard Stérin pour installer le RN au pouvoir" (L'Humanité, 19 juillet 2024)
[8] Murray Bookchin, Changer sa vie
sans changer le monde.[9] Interview de Sophia Rosenfeld, historienne : « Notre conception moderne de la liberté est calquée sur le modèle consumériste » (Le Monde, 4 février 2025).
[10] Lire la "Déclaration du Combahee River Collective".
[11] Abécédaire de la bêtise
ambiante, Editions Blanche, 2008.[12] On retrouve encore trop souvent dans des espaces soi-disant radicaux les théories antisémites de
« philosémitisme d'État » ou une déroutante complaisance envers des
collectifs qui déroulent le tapis rouge à des personnes comme Michel
Collon ou Jean Bricmont.[13] Par exemple les impasses dans lesquelles se sont retrouvées certains mouvements sociaux où le but du
bloc n'était que l'affrontement pour l'affrontement ou les débats autour
de Sainte-Soline.[14] Les GAFAM l'ont d'ailleurs bien
compris et leurs sources de revenus sont, entre autres, les embrouilles
militantes sur les réseaux.[15] Voir l'entrée "Disneylandisation" dans le glossaire des Ressources de géographie pour les enseignants (juillet 2025).
[16] Trump s'est inspiré, entre autres,
des théories accélérationnistes de Nick Land.[17] Léo Löwenthal, L'atomisation de
l'homme par la terreur. -
Bremgarten (Suisse) : salon du livre anarchiste, du 7 au 9 août 2026 au KuZeB
Nous sommes des gens qui se sont nouvellement réunis pour organiser un salon du livre anarchiste cette année. Il est prévu du 7 au 9 août 2026 au KuZeB (centre culturel) à Bremgarten. Le but du salon est de représenter différents courants anarchistes. Le KuZeB offre assez de place pour le salon du livre et un programme-cadre. Si tu/vous souhaitez organiser un atelier, vous présenter avec un stand ou nous aider à organiser le salon du livre, contactez-nous ici :
info@@@buechermesse.chNous avons hâte de vous voir en août !

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Mine bretonne d’Imerys : plus de 3.000 litres de produits chimiques déversés en amont d’une réserve naturelle
Selon les éléments obtenus par « Splann ! », la mine bretonne d'Imerys a déversé environ 3.000 litres de produits chimiques illégalement en juillet 2021. Un élu de la commune de Glomel vient de signaler cette infraction au procureur de la République. Ce scandale met en lumière les pratiques du groupe minier, alors que l’État a annoncé un investissement de 50 millions pour soutenir le projet de mine de lithium de la multinationale en Auvergne.
L’article Mine bretonne d’Imerys : plus de 3.000 litres de produits chimiques déversés en amont d’une réserve naturelle est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d'enquête indépendant en Bretagne.