Alors que le climat s'emballe, « le mouvement lycéen surgit, comme si la terre avait raconté ses brûlures à la jeunesse, et que les rivières, les montagnes et les orages manifestaient avec elle dans les rues », écrit Mathieu Yon, maraîcher, dans cette chronique.
Le néopaysan Mathieu Yon, installé dans la Drôme en tant que maraîcher biologique en circuit court, est chroniqueur pour Reporterre.
Cet été, dans mon champ, j'étais sidéré par les canicules à répétition. Mais ce chaos (…)
Et si, au lieu d'acheter sa propre voiture, on en partageait une entre voisins ? Dans l'Yonne, certains l'ont fait : la dénommée Ginette est électrique et appartient à une association. Une expérience qui roule !
Joigny (Yonne), reportage
C'est l'histoire d'une ruralité coincée entre un bus qui ne vient jamais et une voiture thermique qui circule beaucoup trop. À Joigny, dans l'Yonne, Ginette tente de se faufiler entre les deux. Ginette est une Renault Zoé électrique d'occasion, propriété (…)
L’Europe est dépendante des services numériques étasuniens, notamment de ceux développés par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). © Lokman Vural Elibol/AFP
Cet article est le premier épisode de notre série pour sortir de notre dépendance aux Gafam. Moteurs de recherche, boîtes mail, GPS… On vous aide à trouver les meilleures alternatives aux produits développés par Google, Apple, Amazon, Facebook ou Microsoft.
2026 aura-t-elle été l’année où l’Europe a découvert qu’elle vivait sous perfusion technologique étasunienne ? Depuis janvier, le président des États-Unis, Donald Trump, n’a cessé de rappeler aux Européen·nes combien leur autonomie restait théorique, entre menace d’annexion du Groenland (qui dépend du Danemark), pressions commerciales et sanctions. Sur ce dernier point, le cas du juge français Nicolas Guillou est symbolique.
Sanctionné par Washington le 20 août 2025, le magistrat avait autorisé l’émission de mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son ancien ministre de la défense, Yoav Gallant. Depuis, il est interdit d’entrer aux États-Unis et se retrouve privé d’une partie de sa vie numérique. Il ne peut plus utiliser de carte bancaire ni accéder à certains services de plateformes étasuniennes comme Amazon, Netflix ou Airbnb.
Paris et Bruxelles ont depuis accéléré leurs travaux sur la «souveraineté numérique», entre commission d’enquête parlementaire et plans européens. Ce vendredi, la commission des finances a adopté un amendement pour augmenter la taxe sur les géants du web. Rien ne garantit qu’il sera ensuite voté par le Parlement.
Le rapport de force reste largement en faveur des États-Unis. Fin juin, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane massifs aux pays qui envisageaient de taxer les services numériques étasuniens. Dans le même temps, il a contraint la start-up d’intelligence artificielle (IA) Anthropic, pendant près de trois semaines, à suspendre l’accès des ressortissant·es étranger·es à ses modèles d’IA les plus puissants, au nom de la «sécurité nationale».
Alors, comment sortir de la dépendance numérique aux géants étasuniens de la technologie, à commencer par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ?
Après avoir présidé pendant cinq mois, de février à juillet 2026, la commission d’enquête sur les dépendances de la France au numérique, le député Philippe Latombe (Les Démocrates) dresse un constat sévère. «La dépendance commence par les infrastructures, des semi-conducteurs [des puces électroniques qui conduisent le flux de courant, NDLR], aux ordinateurs, dont nous n’avons pratiquement plus de constructeurs en Europe. Viennent ensuite les logiciels et le cloud», soit les serveurs mondiaux connectés à internet, conçus pour stocker, gérer et traiter des données.
L’État lui-même n’y échappe pas. Le rapport de la commission révèle que plusieurs ministères, à commencer par celui de la justice, utilisent Microsoft Office 365. Certaines données y sont ainsi hébergées, sans bénéficier des garanties de protection qui auraient dû leur être accordées.
«Il faut reconnaître que la difficulté est structurelle. Lorsqu’un outil est adopté par tout le monde, il devient presque incontournable, nuance Lorraine de Montenay, experte en numérique responsable. Le numérique favorise naturellement des situations de monopole, notamment en raison des effets de réseau. Les plateformes ont donc intérêt à rendre leurs services faciles à rejoindre mais difficiles à quitter.»
L’association Framasoft, spécialisée dans les logiciels libres, a fait figure de pionnière en matière de sortie des Gafam. Dès 2014, elle s’est engagée sur cette voie, un an après les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse. Ancien employé de la Central intelligence agency (CIA) et de la National security agency (NSA), il a mis en lumière les liens entre les services de renseignement étasuniens et les géants du numérique. La NSA a notamment mis en place un programme, nommé Prism, pour collecter massivement les données personnelles des utilisateur·ices de Google, Apple et consorts.
«À l’époque, Framasoft utilisait encore la messagerie Gmail, des listes Google et Google Forms. Nous nous sommes alors dit que nous étions nous-mêmes trop dépendants de ces outils et avons commencé par “dégoogliser” l’association», raconte Pierre-Yves Gosset, coordinateur des services numériques de Framasoft.
En 2014, l’association lance la campagne «Dégooglisons internet». L’objectif était d’identifier les 20 ou 30 services les plus répandus sur le web et de proposer des alternatives libres. Parmi elles, Framaforms pour créer des questionnaires, PeerTube comme alternative à YouTube ou encore Framapad pour l’écriture collaborative. Aujourd’hui, Framasoft estime à 2,5 millions le nombre d’utilisateur·ices de ses différents services.
Pour Gaël Duval, fondateur de Murena, qui développe un système d’exploitation mobile pour s’émanciper d’Android (développé par Google), la question n’est plus seulement celle du respect de la vie privée. «Quand on voit des personnes visées par des sanctions se retrouver privées du jour au lendemain de services américains, on mesure une forme de violence que l’on aurait difficilement imaginée il y a encore quelques années», souligne-t-il. Les tensions géopolitiques semblent d’ailleurs transformer cette inquiétude en marché. Gaël Duval assure être en bonne voie pour doubler le chiffre d’affaires de Murena par rapport à l’année précédente.
Même phénomène chez Mailo. Le service français de messagerie a multiplié par quatre son chiffre d’affaires au moment où Donald Trump menaçait d’annexer le Groenland, selon son chef de produit, Sébastien Roussel. «Dès qu’un service essentiel transite par une entreprise soumise au droit américain, il faut se demander quelles conséquences cela peut avoir sur la souveraineté et sur la maîtrise des données», prévient-il.
Mailo assure ainsi stocker ses données auprès d’un hébergeur cloud 100% français. «La localisation physique d’un centre de données en France ne suffit pas. Si l’entreprise qui l’opère est américaine, elle peut rester soumise à la législation américaine», prévient toutefois Lorraine de Montenay. La souveraineté suppose donc de savoir qui administre les données, qui peut y accéder et sous quel droit elles se trouvent.
L’enjeu est également environnemental. Pour Cyrielle Chatelain (Les Écologistes), rapporteure de la commission d’enquête sur les dépendances au numérique, l’expansion des Gafam entraîne une hausse de la consommation d’électricité et d’eau dans leurs centres de données. «Les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’ils se sont fixés ne sont toujours pas tenus. Dans certains cas, leurs émissions augmentent même sous l’effet du déploiement massif des data centers, parfois alimentés par des énergies fossiles», précise l’élue.
La dépendance commence avant tout sur les bancs de l’école, avance Cyrielle Chatelain. «On apprend à utiliser Microsoft Word et à chercher sur Google. En réalité, on n’apprend pas le numérique en général, mais seulement certains services numériques», dénonce la députée iséroise. Dans son rapport, elle défend un objectif de «zéro Microsoft» à l’école.
Quitter les Gafam ne signifie pas pour autant tout remplacer du jour au lendemain. «Sortir de Gmail, par exemple, peut prendre du temps. Il faut donc accepter une transition progressive», reconnaît la parlementaire. Changer de moteur de recherche ou de messagerie peut constituer une première étape. Encore faut-il veiller à la portabilité des données, c’est-à-dire à la possibilité de récupérer ses données personnelles pour les stocker ailleurs ou les transférer vers une autre plateforme. Et à l’interopérabilité des services, c’est-à-dire à la capacité des systèmes ou logiciels à échanger des données sans restriction.
«Il fallait sans doute un électrochoc pour mesurer la nécessité de reprendre en main notre destin», estime Gaël Duval. Mais, pour l’entrepreneur, nul grand soir numérique à espérer : «C’est un projet européen de long terme, probablement sur quinze ou vingt ans.»
Croissance accélérée, problèmes de santé et perte d’autonomie des éleveurs : le turbo-poulet révèle les dérives d’un modèle intensif guidé par la productivité. Dans son enquête, la journaliste Axelle Playoust-Braure décrypte les mécanismes d’une industrie qui achève de transformer les animaux en outils de production.
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Quelques heures après une manifestation à Bastille, 90 lycéens de Seine-Saint-Denis ont été reçus à l’Assemblée nationale par des députés de La France insoumise. Manque de moyens, violences policières, invisibilisation des quartiers populaires : pendant plus de deux heures, ils ont porté leurs revendications et réaffirmé leur volonté de parler en leur propre nom.
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Julien Raymond, Agathe Le Galiot et Mahamadou Camara, alias Backo, récoltent des tomates cerises à la ferme de Marcoussis. © Natacha Marbot/Vert
Des silhouettes s’affairent le long d’une rangée de plants de tomates cerises, en cette chaude après-midi de septembre. Au-dessus des têtes, des lignes à haute tension crépitent. La récolte est bonne, les légumes sucrés. Sur ces terres, la sécheresse estivale n’a pas été la catastrophe vécue par un bon nombre d’agriculteur·ices. Au milieu du plateau de Nozay, en majorité couvert de cultures céréalières, cette ferme de maraîchage à Marcoussis (Essonne) fait figure d’exception. Sur seize hectares de plantations, aucun recours à l’irrigation, aux pesticides ou aux engrais.
Une camionnette bleue couverte de poussière se gare plus loin dans le champ. Arlette et Marc Mascetti descendent, chapeaux vissés sur la tête. «Voilà les patrons», lance Julien Raymond, l’un des maraîchers. Dans une poignée de mois, le couple d’agriculteur·ices partira à la retraite, déjà repoussée de quelques années. Elle et il laissent leur place à quatre maraîcher·es de l’association A4 : Julien Raymond, Agathe Le Galiot, Perside Djimpon Fotso et Mahamadou Camara, alias Backo. Pour l’instant, tout ce petit monde collabore, dans l’attente de la cession complète de l’exploitation, prévue au début de l’hiver.
«Le monde agricole a besoin de reprises, nous avons besoin de terres», lance Backo, cofondateur d’A4. L’équation semble imparable. Pour cette association créée en 2022 par des personnes en situation d’exil dans les domaines de l’agriculture et de l’artisanat, cette acquisition est une première. Avec plus d’un agriculteur·ice sur deux qui partira à la retraite d’ici 2030, l’enjeu de la reprise des fermes touche de plein fouet le monde paysan. «Tout ce que nous voulions, assure Arlette Mascetti, c’étaient des jeunes maraîchers pour reprendre notre projet. On n’aurait pas pu trouver mieux.»
Backo égrène les tomates cerises d’un geste habile. Il raconte : «L’association est pensée par et pour les personnes concernées» – ce qui ne l’empêche pas d’être ouverte à des personnes qui ne sont pas exilées. Investi dans les luttes pour le logement et les papiers dans les années 2010, il remarque à l’époque que les associations et collectifs venus en soutien ont tendance à parler à leur place. «Nous pensons mieux savoir ce qui est bon pour nous. C’est pour cela que nous avons créé A4», explique-t-il.
Après plusieurs mois d’enquête sur le terrain et de nombreuses rencontres, notamment sur la zone à défendre (ZAD) contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, l’association est créée. Elle est pensée comme un réseau d’entraide pour accompagner les différents projets des membres. «En plus de l’agriculture, nous avons des personnes intéressées par la plomberie, la soudure, la poterie et même la transformation du chocolat», liste Backo. Et d’insister sur le mot d’ordre : «On ne veut pas seulement demander du boulot, on veut le créer.»
Marco Mascetti cultive cette terre depuis quarante ans. Il cherchait des repreneur·ses qui souhaitaient continuer son mode d’agriculture, sans pesticides et sans irrigation. © Natacha Marbot/Vert
«Parmi les membres d’A4, beaucoup viennent d’Afrique de l’Ouest, et souvent de zones rurales. S’ils n’étaient pas agriculteurs eux-mêmes, c’était le cas de leur famille. Cela fait sens pour eux de travailler dans ce domaine», explique le cofondateur de l’association. Ainsi, l’association s’est lancée dans des tests agronomiques. Sur un terrain prêté par la mairie de Mitry-Mory (Seine-et-Marne), A4 cultive avec des semences d’Afrique de l’Ouest, de Syrie et du Liban.
Agathe poursuit : «Cela fait partie des projets que nous continuerons à la reprise complète de la ferme. Nous plantons du sorgho, du mil, du sésame, du bissap, des variétés non françaises de tomates ou d’aubergines. Avec un terrain pérenne, nous pourrons planter les semences sur plusieurs années, pour les adapter et les stabiliser.»
Si les envies ne manquent pas, elles sont largement empêchées par les contraintes administratives et logistiques qui pèsent sur les personnes en exil. «En situation irrégulière, on ne peut pas passer le permis, donc se déplacer en zone rurale est compliqué. Cela rend très dépendant des transports publics», explique Agathe Le Galiot, membre d’A4 depuis 2022. Derrière les rangées de pieds de tomate se dresse un bâtiment agricole en lambris de bois. Grand de 900 mètres carrés, il a dû être reconstruit après un incendie en 2022. «Nous espérons pouvoir à terme en aménager une partie pour en faire des logements», précise la maraîchère.
Cette nouvelle ferme dans l’Essonne «ouvre la perspective à de nombreux projets», précise-t-elle encore. Le montage financier n’a pas été simple, car l’ensemble de l’exploitation revient à un million d’euros. «Nous avons récolté les fonds grâce à des dons de particuliers, quelques donations d’héritages, des fondations privées… Et nous commençons à demander des subventions publiques», détaille Agathe Le Galiot.
Les communes alentour soutiennent le projet. La ferme a aussi pu organiser une journée portes ouvertes où se sont rencontré·es des client·es parisien·nes, des membres de l’association et quelques locaux et locales. «Faire le lien entre la ville et les zones rurales fait partie des valeurs d’A4», note Julien Raymond, qui a quitté ses études en statistiques pour devenir paysan.
La reprise de la ferme des Mascetti présente le défi de perpétuer le système agronomique exceptionnel mis en œuvre depuis des années. Pour le néoagriculteur, «le secret est de bien connaître la terre et de savoir la travailler en conséquence». Marc Mascetti abonde : «Notre terre, qui est argileuse, est souvent mal-aimée. C’est pourtant la meilleure en rétention d’eau. Par contre, il faut savoir la travailler pile au bon moment car, trop sèche, elle devient du béton ; et, trop humide, de la glaise.»
Le père de Marc Mascetti cultivait de la fraise en monoculture. En prenant sa suite dans les années 1980, il transforme l’exploitation en polyculture, avec une rotation lente et une grande diversité de légumes. «Si on perd une culture, il y en aura toujours une autre pour la sauver», détaille l’agriculteur. Cette année, les pommes de terre ont souffert de la canicule et ont été dévorées par les doryphores, de petits coléoptères.
La terre argileuse capte l’eau et permet de garder les racines au frais lors des fortes chaleurs. © Natacha Marbot/Vert
En revanche, pour les légumes dont les racines ont eu le temps de s’ancrer en profondeur et de rester au frais, les 40 degrés Celsius (°C) de l’été ont été supportables. D’un geste du bras, Marc Mascetti désigne une parcelle à une centaine de mètres : «Nos choux sont en train de végéter en attendant la pluie. Mais, le jour où elle arrivera, ce sera de toute beauté.»
La transmission entre les Mascetti et l’association A4 se fait doucement depuis le début de l’année 2026. Sur les marchés des beaux quartiers parisiens, où la ferme a déjà bonne réputation, les client·es sont content·es de savoir que le stand et la qualité des légumes resteront. À partir de cet hiver, le domaine s’appellera «Ferme Sankara», en hommage au président burkinabé révolutionnaire, écologiste et féministe, assassiné en 1987.
La coopérative agricole formée sera quant à elle nommée «Ciwara». En bambara, la langue principale du Mali, cela signifie «laborieux, qui aime à travailler la terre». Un terme cher à Backo : «Pour ceux qui en connaissent la signification, il porte l’espérance. Et, avec l’espoir, on peut travailler deux fois plus qu’avec sa force naturelle.»
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Source :Compte Facebook, le 19 août 2026
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Ce fut l’un des thèmes centraux de la rentrée politique de Marine Le Pen en septembre dernier. Pour régler la problématique du logement, et plus particulièrement pour « les familles françaises dans le besoin », la candidate du Rassemblement national promet de « donner la priorité d’accès au logement social aux Français ».
Pour soutenir sa proposition, la quadruple candidate à l’élection présidentielle avance une comparaison a priori éloquente : seuls 11 % des Français bénéficient de logements sociaux alors que 70 % d’entre eux sont potentiellement éligibles à y accéder.
Les Français seraient ainsi discriminés « au bénéfice prioritaire d’une immigration incessante et anarchique », explique Marine Le Pen. Un constat par ailleurs partagé par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux. Mais qu’en est-il vraiment ?
Un chiffre trompeur
Premièrement, évoquons les chiffres avancés par Marine Le Pen. D’après un rapport publié l’an dernier par l’Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols), 71 % des ménages résidant en France sont éligibles, du fait de leurs revenus, aux différentes offres du parc social : le PLAI (plafond de revenus entre 13 000 et 15 000 euros pour une personne seule), le PLUS (entre 23 500 et 27 000 euros) et le PLS (entre 30 500 et 35 000 euros).
Toutefois, nuance l’Ancols, « le parc social est très majoritairement composé de logements soumis aux plafonds de ressources PLUS (85 %) ». Or, « les ménages qui y sont éligibles représentent 54 % des résidents ». Autrement dit, si 71 % des ménages peuvent en effet prétendre à un logement social, dans les faits, l’essentiel de l’offre locative disponible concerne uniquement la moitié des foyers établis en France.
L’Ancols ne précise pas, en revanche, l’origine ou la nationalité des ménages concernés : son analyse porte sur l’ensemble des foyers résidant en France. Marine Le Pen fait donc un raccourci trompeur lorsqu’elle évoque l’éligibilité de 70 % des Français au parc social.
Immigré ne veut pas dire étranger
Ensuite, est-il vrai que seuls 11 % des Français bénéficient d’un logement social ? On retrouve ce chiffre dans un tableau de l’Insee recensant « le statut d’occupation du logement selon l’ascendance migratoire » en 2019-2020. L’institut indique, en effet, que 11 % des personnes françaises « sans ascendance migratoire ou ultramarine » sont locataires dans le secteur social ou bénéficient du dispositif 1 % patronal – une aide versée par les entreprises pour aider les salariés à se loger. Ce chiffre est souvent comparé à la proportion d’immigrés qui vivent en HLM, de 35 % en 2019-2020, selon ce même rapport de l’INSEE.
Mais comparaison n’est pas raison. En effet, il est trompeur d’opposer les immigrés et « les Français » comme s’il s’agissait de deux catégories mutuellement exclusives. Comme l’explique lui-même l’Insee dans sa note, « un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. […] Certains immigrés ont pu devenir Français, les autres restant étrangers ». Autrement dit, une partie des immigrés bénéficiaires d’un logement social sont de nationalité française.
D’après l’institut, parmi les 8 millions d’immigrés vivant en France, 2,6 millions étaient Français en 2025, soit 33 % d’entre eux. L’année précédente, l’organisme avait calculé la répartition du statut d’occupation (locataire du privé, du parc social, ou propriétaire) de la résidence principale de la personne de référence du ménage en fonction de la nationalité, mais cette-fois-ci, en intégrant les immigrés devenus Français. Résultat : 15,1 % des ménages français occupaient un logement social en 2024, et non 11 %.
Enfin, opposer des pourcentages peut donner l’impression que le parc HLM est actuellement saturé de résidents immigrés – ce qui est faux. En croisant les données réactualisées de l’Insee avec celles de l’Institut national d’études démographiques (Ined), il est possible d’estimer qu’approximativement 2 millions d’immigrés et près de 6 millions de Français sans ascendance migratoire directe occupaient un logement social, respectivement en 2022 et en 2023.
Il y a donc environ trois fois plus de Français sans ascendance migratoire directe qui vivent en HLM que d’immigrés. Rajoutons que, d’après l’Insee, 82,5 % des ménages locataires du parc social avaient une personne de référence de nationalité française en 2024, contre 11,3 % dotés d’une nationalité étrangère. De quoi fortement relativiser certains récits laissant penser que les immigrés entrant en France s’accaparent massivement les logements sociaux.
La précarité plus que l’origine
Cette réalité n’empêche toutefois pas de constater une surreprésentation des immigrés dans le parc locatif par rapport à leur place dans la population résidant en France, de 11,6 % en 2025. Comment l’expliquer ?
La cause principale est « leur niveau de ressource, plus faible que la moyenne des ménages sans ascendance migratoire [directe] », explique succinctement Patrick Simon, directeur de recherche à l’Ined et spécialiste reconnu du sujet.
« La fonction du parc social est d’accueillir essentiellement les ménages qui ne parviennent pas à accéder à la propriété ou au parc privé. Or, étrangers et immigrés ont moins de revenus et moins de patrimoine. Ils dépendent donc davantage du parc social, d’où leur surreprésentation parmi les demandeurs », abonde Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés.
« Cette surreprésentation en logement social est largement liée aux moindres revenus et à l’âge plus jeune des immigrés et descendants d’immigrés par rapport au reste de la population », précise encore l’Insee dans sa note consacrée au parc social.
En clair, plus pauvres que les autres ménages, les personnes immigrées se tournent, faute d’alternatives, davantage vers les logements sociaux. De telle sorte que, moins que l’origine, c’est bien le faible niveau de vie « des ménages les plus modestes » qui est le critère déterminant dans l’accès au logement social, comme l’indique l’Ancols dans son rapport de 2025.
Pas de traitement de faveur
Mais à revenus égaux, les immigrés ou les étrangers ne bénéficieraient-ils tout de même pas de certaines faveurs dans l’accès aux HLM par rapport aux Français sans ascendance migratoire directe, comme le supposent certains internautes ? Pas selon les experts interrogés par les Surligneurs.
D’après des données récoltées auprès de l’Union sociale pour l’habitat (USH), l’organisation représentative du secteur HLM, le taux d’attribution pour les ménages originaires d’un pays extra-européen est de 13 % contre 14 % pour les ménages français. « Ainsi, les taux d’attribution ne révèlent aucune situation préférentielle : ils sont même légèrement inférieurs pour les ménages étrangers », résume l’USH.
« Les attributions de logements sociaux sont strictement encadrées et l’arsenal législatif s’est renforcé depuis la réforme des attributions [la loi de 2017 relative à l’égalité et à la citoyenneté a renforcé les critères, ndlr] autour des principes de non-discrimination, de transparence et d’outils règlementaires pour prioriser les attributions », rappelle Pauline Auclair, doctorante à l’université polytechnique des Hauts-de-France, qui étudie les tensions sur le logement social dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.
D’après la loi, pour faire une demande de logement social, il faut être Français ou, pour les ressortissants non européens, fournir la copie d’un titre de séjour. Les personnes en situation irrégulière sont donc exclues de fait du processus.
Complexe, le processus d’attribution des logements sociaux s’articule autour d’une commission composée « de représentants du bailleur, un représentant de la mairie où se trouve le logement et un représentant de l’État », détaille le ministère de la Transition écologique, de la Ville et du Logement.
Cette commission « se réunit à intervalles réguliers et examine trois dossiers des candidats répondant aux critères pour chaque logement disponible », précise également le ministère, qui rappelle que l’État « peut proposer des candidats qui répondent aux critères des ménages prioritaires ». A savoir : « Les personnes mal logées, défavorisées ou rencontrant des difficultés particulières de logement. »
Les personnes étrangères et immigrées souffrent justement davantage « de discriminations massives face aux bailleurs privés, documentées régulièrement au cours de testings », qui les empêchent de fait de basculer dans le marché immobilier privé, explique Manuel Domergue de la Fondation pour le logement des défavorisés.
« Les études montrent qu’il est plus difficile de louer dans le privé selon l’origine de votre nom de famille », abonde Grégory Verdugo, professeur des universités en sciences économiques à CY Cergy Paris Université et chercheur associé à l’Observatoire français des conjonctures économiques.
En 2019, une étude de l’Insee a démontré qu’un candidat au patronyme à consonance maghrébine avait 26,7 % de chances de moins d’obtenir un logement dans le parc privé qu’un candidat de référence au patronyme à consonance française. D’autres testings compilés par le Défenseur des droits en 2026 montrent des écarts encore plus importants chez les jeunes, de l’ordre de 37 à 40 % de chances en moins.
Autant de faits qui contredisent l’idée que la tension sur le marché HLM serait causée par les traitements de faveur accordés aux immigrés. « Ce n’est pas la surreprésentation des immigrés dans le parc social qui produit des tensions sur le marché du logement, mais l’inverse », tacle Patrick Simon.
La crise de l’accès aux HLM serait effectivement plutôt due au désinvestissement de l’État et des collectivités, d’après la Confédération nationale du logement (CNL), qui représente les intérêts des locataires de HLM. Dans un récent communiqué, l’organisation fustige « la baisse de la production de logements sociaux et l’absence de contribution de l’État au Fonds national des aides à la pierre ». De 130 000 logements sociaux financés en 2016, ce chiffre a chuté à 85 000 en 2024.
Auteurs :
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
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Annie Genevard fragilise encore un peu plus la préservation des loups en France. Passée du statut d'espèce « strictement protégée » à « protégée », l'animal, qui peut être visé par des éleveurs équipés de lunettes thermiques depuis la loi d'urgence agricole, va aussi pouvoir être davantage abattu.
En déplacement au Sommet de l'élevage, en Auvergne, le 8 octobre, la ministre de l'Agriculture a annoncé un nouveau relèvement du plafond de loups tués légalement. Fixé à 19 % de la population (…)

Pour certains jeunes des quartiers populaires, descendre dans la rue suppose aussi de braver les interdits familiaux. Derrière les inquiétudes des parents, la peur des violences policières et du racisme. De Stains à Bondy, en passant par le Val-de-Marne, récit d'un engagement qui se construit malgré les obstacles.
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Pour en finir avec la farine de poissons sauvages, l'aquaculture mise sur celles à base de soja et d'insectes pour nourrir ses poissons d'élevage. Elles sont loin d'être l'alternative miraculeuse qui permettrait de verdir une industrie anti-écologique et antisociale.
Le silence plane sur l'immense entrepôt d'Ynsect à Poulainville, dans la Somme. De mai 2021 à décembre 2025, des millions de larves de ténébrions bruns, longues d'environ 2 centimètres, s'y agitaient dans des bacs violets (…)