
Après les manœuvres des mouvements réactionnaires et complotistes pour peser sur la rédaction du programme Evars, on aurait pu s’attendre à un climat scolaire mouvementé depuis son entrée en vigueur officielle en septembre 2025.
Pourtant, « peu de réactions hostiles nous ont été remontées », constate Mélanie Mermoz, administratrice de la Fédération des conseils de parents d’élèves en Seine-Saint-Denis (FCPE93). Sans doute parce que « les agitateurs, Parents vigilants et le reste de la galaxie de l’extrême droite, notamment les partisan⋅nes d’Éric Zemmour, sont peu présents sur notre territoire », reconnaît-elle. Ces derniers mois, au détour de conversations avec des parents d’élèves ou lors d’échanges sur WhatsApp, elle a bien eu vent d’inquiétudes sur le caractère supposément « trop sexualisé » du programme, parfois jugé peu adapté aux élèves de maternelle et d’élémentaire. Alors, pour rassurer ces familles, la FCPE a mis en place des webinaires ouverts à tous·tes : « Ça a été une occasion d’expliquer ce qu’il y avait dans le programme, de discuter. » En particulier dans le contexte des révélations sur les violences sexuelles dans le périscolaire puis de l’affaire Lyhanna, « ça a estompé très fortement les craintes [sur l’enseignement de l’Evars] », se félicite Mélanie Mermoz.
Selon une étude publiée par le Collectif éducation contre les LGBTIphobies en milieu scolaire et universitaire, au niveau national, seulement la moitié des établissements avaient mis en œuvre le programme Evars au printemps 2026. La représentante FCPE93 note que l’Evars reste une matière suspecte, dont les difficultés de mise en place questionnent les rapports entre l’école et les familles : « Nous, parents, ne demandons pas des comptes aux enseignant·es sur la façon dont ils vont enseigner les fractions ou l’histoire des Gaulois, pourquoi cela devrait-il être le cas pour l’Evars ? »
Au sein des écoles, collèges et lycées, c’est parfois l’encadrement qu’il faut convaincre de la nécessité de sensibiliser les élèves aux enjeux relationnels et à la sexualité. Sur ce point, l’arrivée du programme scolaire Evars a changé la donne :
« On avait une hiérarchie très récalcitrante et peureuse sur le sujet, qui nous mettait beaucoup en garde, car elle craignait des réactions comme en Belgique [où certaines écoles ont été incendiées à la suite de campagnes de désinformation] rapporte Valéri, professeur·e d’histoire-géographie dans l’Aisne et membre de l’association Queer Éducation. Cette année, on a pu rappeler à la direction que c’était la loi. » Cette dernière a obtempéré, mais sans assumer totalement : « Dans les emplois du temps, les séances d’Evars ne sont jamais indiquées comme telles. » Une stratégie courante des établissements pour éviter la réprobation de certain·es parents.
Bien au-delà de rares réactions hostiles, le frein majeur au déploiement de l’Evars réside dans le fait que cet enseignement ne dispose d’aucun créneau horaire réservé dans les emplois du temps. L’année dernière, Valeri et ses collègues avaient préparé des séances mais n’ont pu les présenter aux élèves, faute de temps : « Six heures sur une année, c’est énorme lorsqu’on doit prendre sur l’enseignement d’une autre matière. Celles et ceux qui se portent volontaires pour enseigner l’Evars doivent prendre sur leurs heures de cours ou faire des heures supplémentaires qui ne sont pas rémunérées. »
Toujours selon l’étude du Collectif éducation contre les LGBTphobies, seul un tiers des établissements primaires et secondaires comptaient des enseignant·es formé·es à l’Evars en mars 2026. Un chiffre surprenant au regard de l’ambition de l’Éducation nationale d’internaliser l’éducation à la vie affective et à la sexualité.
Seul un tiers des établissements primaires et secondaires comptaient des enseignant·es formé·es à l’Evars en mars 2026
Dans le même temps, des associations expertes, autrefois très sollicitées pour assurer ces séances, sont aujourd’hui écartées des écoles. Le Planning familial de l’Isère a, par exemple, connu une baisse brutale de son activité sur l’année scolaire 2025–2026 : moins 83 % d’interventions par rapport à l’année précédente. En cause, une mention sur le site Éduscol, une plateforme destinée aux professionnel·les de l’Éducation nationale, qui laissait entendre que les associations ne seraient plus autorisées à intervenir dans les écoles primaires. Malgré une mobilisation et un rétropédalage du ministère, le mal est fait : « Aujourd’hui, des inspecteur·ices continuent de dire à des directeur·ices d’école qu’on ne peut pas intervenir, alors que c’est faux », explique Léa Delahaye, une salariée du Planning familial.
Comble de l’ironie, tant que tout le personnel enseignant n’a pas été formé, les associations sont priées de ne pas trop s’éloigner : « En sous-texte, la direction académique nous dit : “Si vous pouviez rester là encore quelques années, parce qu’on n’est pas tout à fait prêt⋅es, ce serait pas mal” », confirme Léa Delahaye, qui regrette que le principe de coconstruction des séances n’ait pas été préservé. Selon elle, « c’est la complémentarité entre équipe éducative et association extérieure qui fait qu’une séance est de qualité ».
Si le ministère est resté muet sur ce bilan et n’a pas annoncé de nouvelles mesures facilitant l’application du programme Evars à la rentrée 2026, il a en revanche fait part de la mise en place d’un questionnaire sur les violences sexuelles à destination de l’ensemble des élèves de France. Une mesure qui pose à nouveau la question des moyens financiers que la rue de Grenelle accepte d’allouer à la prévention aussi bien qu’à la formation des enseignant·es à l’accueil des té

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« Réduire drastiquement l’immigration », « fixer des quotas », « fermer les vannes » : à huit mois de la présidentielle, la maîtrise des flux migratoires s’installe au cœur de la campagne. Mais que se cache-il derrière ses flux ? Les dernières données de l’Insee montrent que 313 000 immigrés sont entrés en France en 2024. C’est moins qu’en 2023, et encore moins qu’en 2022.
« Accueillir moins pour accueillir mieux. » Le 10 août 2026, Gabriel Attal a repris sur CNews une formule devenue classique dans le débat sur l’immigration. Le candidat de Renaissance à la présidentielle propose désormais des quotas par métier, par secteur et même par origine géographique, avec l’objectif de réduire les flux migratoires.
Quelques jours plus tard, Édouard Philippe entend renchérir et durcir à son tour le ton. En déplacement à Mayotte, le candidat d’Horizons promet de « fermer les vannes de l’immigration ». Son entourage ne cache d’ailleurs pas l’enjeu électoral : il s’agit de ne pas laisser ce thème au Rassemblement national.
À droite et à l’extrême droite, le discours est tout aussi tranché. Jordan Bardella assurait sur BFMTV, le 30 août 2026, que sur le sujet, « tous les records ont été franchis ».
En plus d’une bataille de propositions, la présidentielle s’annonce aussi comme une bataille de chiffres. Et elle a déjà commencé.
« Un demi-million d’immigrés » par an ?
Dans le débat public, un chiffre en particulier revient avec insistance : celui d’un demi-million d’entrées par an. En février 2025, Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur et désormais candidat à la fonction suprême, affirmait lors d’un déplacement à Valence : « Recevoir un demi-million d’immigrés par an, ça n’est plus possible ».
Le 30 août 2026, Jordan Bardella reprend un ordre de grandeur identique : selon lui, « 500 000 » personnes sont arrivées légalement en France. « Sur les 500 000 personnes qui entrent chaque année de manière légale dans notre pays, vous en avez simplement 50 000 qui ont un contrat de travail. Et donc 450 000 autres qui demeurent à la charge du contribuable français et de la collectivité », détaille-t-il, à tort, sur BFMTV.
313 000 entrées d’immigrés en 2024
À première vue, le chiffre pourrait provenir d’une statistique de l’Insee dont le total s’approche bien du demi-million. Selon les dernières données publiées par l’Insee en juin 2026, 438 000 personnes sont entrées en France en 2024 pour s’y installer pendant au moins un an. Mais, point d’attention, toutes ne sont pas immigrées.
Parmi les personnes entrées en France en 2024, 313 000 étaient nées étrangères à l’étranger et répondent donc à la définition statistique de l’immigré. Les 125 000 autres n’étaient pas immigrées : environ 85 000 étaient des personnes nées en France, quelle que soit leur nationalité, qui revenaient s’y installer après avoir vécu à l’étranger. Environ 40 000 étaient des Français de naissance nés à l’étranger, par exemple de parents français, et qui venaient s’installer en France.
Un Français parti travailler plusieurs années à Montréal avant de revenir s’installer à Lyon est comptabilisé dans les 438 000 entrées, mais pas dans les 313 000 entrées d’immigrés.
Autrement dit, les 438 000 entrées recensées par l’Insee ne permettent pas d’affirmer qu’un demi-million d’immigrés sont arrivés en France. Alors d’où vient le chiffre repris par les candidats ?
Le calcul de Bruno Retailleau additionne des statistiques différentes
Pour le savoir, il faut revenir en novembre 2024. Devant le Sénat, Bruno Retailleau détaillait lui-même son calcul. Il additionne les 327 000 premiers titres de séjour délivrés avec les 137 000 demandes d’asile, auquel il ajoute 35 000 régularisations, ainsi que « 60 à 70 000 personnes » en situation irrégulière.
Si les chiffres correspondent bien aux données disponibles à l’époque, l’addition de l’ex-ministre de l’Intérieur est bancale. Ces statistiques ne mesurent pas uniquement des entrées et peuvent, dans certains cas, concerner les mêmes personnes qui seraient alors comptabilisées deux fois.
Un premier titre de séjour, par exemple, ne signifie pas nécessairement que son bénéficiaire vient d’arriver en France : « une part significative des immigrés n’obtiennent pas leur titre de séjour l’année de leur arrivée sur le territoire », écrivent Odile Rouhban et Pierre Tanneau, statisticiens à l’Insee, sur le blog de l’institut.
Même problème avec les régularisations : elles concernent, par définition, des personnes déjà présentes en France.
Enfin, les demandes d’asile et les premiers titres de séjour peuvent se recouper. Une personne peut demander l’asile à son arrivée, puis obtenir ultérieurement un premier titre de séjour. Additionner les deux peut conduire à comptabiliser deux fois une même personne et ainsi gonfler artificiellement le nombre d’entrées.
Une baisse de 17% après un pic en 2022
Pour connaître la statistique exacte des entrées, il faut donc revenir au recensement de l’Insee : 438 000 personnes entrées en France en 2024, dont 313 000 immigrés. C’est moins qu’en 2023 (347 000 immigrés) et qu’en 2022 (375 000). Contrairement à ce que suggèrent les déclarations des candidats sur le sujet, la tendance récente est plutôt à la diminution : en deux ans, les entrées d’immigrés ont diminué d’environ 17 %.
Reste que l’année 2022 a été exceptionnelle, indique l’Insee. Après deux années de déplacements internationaux perturbés par la crise du Covid-19, les mobilités ont repris. Dans le même temps, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué de nouvelles arrivées, encouragées cette fois par le gouvernement et avec le soutien du Rassemblement national.
Pour ces raisons, l’institut estime ainsi que les entrées d’immigrés atteignent en 2022 leur plus haut niveau depuis 2006. En 2024, les entrées d’immigrés sont presque revenues à leur niveau d’avant-Covid : l’Insee en comptabilise 313 000, contre 307 000 en 2019.
Une hausse tendancielle sur le temps long
Pour dégager une tendance, il faut donc regarder plus loin en arrière. Entre 2006 et 2019, les entrées d’immigrés ont tendanciellement augmenté, passant respectivement de 234 000 à 307 000.
Mais la progression n’est pas toujours continue. La série de l’Insee montre des hausses chaque année mais également deux reculs (en 2014 et 2020). Dire que les entrées ont augmenté sur le temps long est donc exact. Dire qu’elles augmentent chaque année ne l’est pas.
Quoi qu’il en soit, la catégorie statistique des « immigrés » recouvre des profils très différents : étudiants, travailleurs, personnes venues au titre du regroupement familial.
Autrement dit, toutes les personnes comptabilisées comme immigrées n’ont pas vocation à s’installer durablement en France : certaines, notamment des étudiants ou des travailleurs venus pour une durée limitée, repartiront ensuite dans leur pays d’origine.
Les entrées ne sont pas le solde migratoire
Des situations qui peuvent provoquer une autre confusion en présentant les entrées comme autant d’immigrés supplémentaires vivant en France. Or, chaque année, des immigrés quittent le territoire français. C’est justement ce que permet de mesurer un autre indicateur : le solde migratoire, qui correspond à la différence entre les entrées et les sorties du territoire.
En 2022, l’année du pic historique, 375 000 immigrés sont entrés en France. Mais 26 000 immigrés en sont également sortis. Le solde migratoire des immigrés cette année-là s’établit donc à +348 000.
Si l’on prend cette fois l’ensemble de la population, immigrée ou non, le calcul change encore : 490 000 personnes sont entrées en France en 2022 et 219 000 en sont sorties. Le solde migratoire total atteint donc +271 000 personnes.
Pour 2023, 2024 et 2025 l’Insee ne dispose pas encore des données de sorties nécessaires pour calculer le solde migratoire définitif des immigrés. Impossible, à ce stade, d’en dégager une tendance récente.
La crise sanitaire, puis la guerre en Ukraine, ont fortement perturbé les flux, tandis que les données les plus récentes restent incomplètes. Toute comparaison sur les dernières années doit donc être maniée avec prudence.
Une chose reste néanmoins certaine : entre 2006 et 2019, le solde migratoire des immigrés est positif chaque année. Autrement dit, davantage d’immigrés entrent en France qu’il n’en sort. Selon l’Insee, ce solde varie de +132 000 personnes en 2009 à +222 000 en 2016 et en 2018, avant de s’établir à +182 000 en 2019.
On reste donc loin des 500 000 immigrés supplémentaires par an que peuvent laisser entendre certaines déclarations politiques.
Auteurs :
Auteur : Etienne Merle, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
L’article Présidentielle 2027 : combien d’immigrés entrent réellement en France chaque année ? est apparu en premier sur Les Surligneurs.

Source :Compte Instagram, le 17 mai 2026
Etiqe :N'importe quoi
Contenu :
Prison et flagellation d’un côté, soins et logements gratuits de l’autre. Une internaute entend dénoncer le laxisme des gouvernements français et espagnols dans leurs politiques migratoires en les comparant à d’autres pays.
« Qu’est-ce qui se passe si tu entres illégalement dans un pays ? Thaïlande prison, Arabie saoudite prison + flagellation, Russie prison, Japon prison, Brunei prison + flagellation. Espagne + France : santé gratuite + logement si tu es mineur et à l’aide des associations pro-migrants subventionnées par nos impôts », écrit-elle.
L’accusation selon laquelle la France et l’Espagne mèneraient des politiques migratoires excessivement favorables aux étrangers présents sur leur territoire revient régulièrement sur le devant de la scène.
Dans l’Hexagone, le sujet enflamme le débat public depuis des dizaines d’années, au point que la législation française sur l’immigration a fait l’objet d’une vingtaine de lois depuis 1974.
En Espagne, les critiques visant une politique migratoire jugée trop accueillante se sont particulièrement cristallisées après l’arrivée au pouvoir du socialiste Pedro Sánchez, en juin 2018.
Le Premier ministre a annoncé un processus de régularisation massive, en 2026, provoquant l’ire de certains candidats à l’élection présidentielle française comme Jordan Bardella (RN) et Bruno Retailleau (LR).
Chacun demeure libre de critiquer ou de défendre les orientations retenues par les gouvernements français et espagnol. Mais la publication ne se contente pas d’exprimer une opinion sur leur degré de fermeté.
L’internaute met sur le même plan des peines prévues par certains États, dont plusieurs sont des régimes autoritaires, et des dispositifs de protection inscrits dans le droit français et espagnol.
Or, comparer ces catégories sans rappeler leurs finalités, leurs conditions d’application et les mesures d’éloignement également prévues en France et en Espagne ne démontre pas le « laxisme » : il construit une comparaison trompeuse.
Une peine de prison aussi prévue dans le droit français
La publication repose d’abord sur des termes trop généraux pour rendre compte de la diversité des situations regroupées sous l’expression d’« immigration illégale » [Voir notre méthodologie en fin d’article].
Elle ne distingue notamment pas l’entrée irrégulière sur le territoire du maintien après l’expiration d’un visa, ni la situation d’une personne demandant l’asile, celle d’un mineur non accompagné ou encore celle d’une victime de traite. Vérifier l’ensemble de ces situations dans chacun des pays cités supposerait de comparer des dispositifs juridiques qui n’ont ni les mêmes bénéficiaires ni les mêmes finalités.
Les exemples qui suivent ne prétendent donc pas dresser un tableau complet de ces politiques migratoires. Ils permettent seulement de vérifier si l’opposition présentée par la publication est pertinente.
Mais commençons, d’abord, par ce qui est juste dans cette publication. Dans chacun des pays cités – à l’exception de l’Espagne – certaines infractions liées à l’entrée ou au séjour irréguliers peuvent être sanctionnées par une peine d’emprisonnement, selon des conditions qui varient fortement d’un État à l’autre.
Au Brunei, la loi sur l’immigration permet, pour certaines infractions et sous certaines conditions, de prononcer une peine de trois coups de fouet en plus d’une peine d’emprisonnement.
En revanche, Les Surligneurs n’ont trouvé aucune source permettant d’établir que les coups de fouet feraient partie des sanctions prévues dans la loi saoudienne.
Reste que la publication omet un élément important dans sa comparaison : la France prévoit elle aussi, dans son code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda), jusqu’à un an d’emprisonnement pour certaines formes d’entrée irrégulière sur son territoire.
L’Espagne privilégie quant à elle des sanctions administratives, parmi lesquelles l’amende, le retour et l’expulsion. Dans les deux pays, une personne peut également être privée temporairement de liberté afin de préparer son éloignement.
Des dispositifs d’accompagnement existent aussi dans les pays cités
Si la France et l’Espagne disposent bien de mesures répressives contre l’entrée et le séjour irréguliers, les pays cités par l’internaute prévoient, eux aussi, des mécanismes d’accompagnement.
En Russie, les étrangers peuvent recevoir gratuitement des soins médicaux urgents, indépendamment de leur statut juridique. Dans un document transmis aux Nations unies, l’Arabie saoudite affirme fournir gratuitement des soins de santé de base à certaines catégories de « réfugiés » et de « personnes déplacées par un conflit ». Pour autant, cette mesure ne concerne pas toutes les personnes en situation irrégulière.
Au Japon, une personne entrée irrégulièrement qui demande l’asile et se trouve sans ressources peut, sous conditions, recevoir des aides comprenant une « allocation de subsistance », une « allocation de logement », et la prise en charge d’une partie des « dépenses médicales ».
La Thaïlande prévoit également des mesures de protection pour les enfants concernés par une procédure migratoire. Depuis 2019, un dispositif organise des alternatives à leur placement en centre de rétention, notamment une prise en charge familiale, communautaire ou institutionnelle.
Pour autant, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme relevait en 2024 que les enfants sans statut légal pouvaient encore être placés en rétention migratoire. L’existence de ce dispositif ne signifie donc pas son application systématique à tous les mineurs concernés.
Ces éléments ne suffisent pas à établir une équivalence entre les différents systèmes politiques cités. Ils montrent cependant qu’il est trompeur de réduire les politiques de ces pays à la seule répression : certains prévoient aussi des soins urgents ou des aides ciblées pour des catégories de populations, notamment les demandeurs d’asile et les mineurs.
Pas d’automaticité en France et en Espagne
Concernant les mesures d’accompagnement prévues par l’Espagne et la France, là encore, la publication est trompeuse. En France, toute personne entrée illégalement ne bénéficie pas automatiquement de « soins gratuits ».
Les étrangers majeurs sans titre de séjour peuvent demander l’aide médicale de l’État, mais seulement sous conditions, notamment de résidence et de ressources. Ce n’est donc pas automatique.
Quant aux mineurs non accompagnés, ils relèvent de la protection de l’enfance dès lors que leur minorité et leur isolement sont reconnus : cette prise en charge peut comprendre un hébergement, l’accès aux soins et un accompagnement éducatif.
La situation est comparable en Espagne. Les étrangers présents sans titre de séjour bénéficient d’un droit à la protection de la santé et aux soins dans les mêmes conditions que les ressortissants espagnols, même si les dispositifs peuvent varier selon les régions.
Des législations sévères qui n’empêchent pas une immigration importante
Enfin, la sévérité des sanctions contre l’entrée irrégulière ne signifie pas nécessairement qu’un pays accueille peu d’étrangers. D’après les estimations des Nations unies pour 2024, la part des migrants internationaux dans la population était nettement plus élevée en Arabie saoudite (40 %) et au Brunei (26 %) qu’en Espagne (18,5 %) ou en France (13,8 %). Ces données portent sur l’ensemble des migrants internationaux, quelle que soit la régularité de leur séjour.
La publication ne compare donc pas les politiques migratoires dans leur ensemble. Elle sélectionne, pour chaque pays, l’élément qui sert son propos : les sanctions les plus sévères d’un côté, les protections les plus favorables de l’autre. C’est cette sélection asymétrique qui rend la comparaison aussi inadaptée que trompeuse.
[Note méthodologique : cet article porte principalement sur les règles et les dispositifs officiellement prévus. Leur mise en œuvre peut varier selon les territoires, les catégories de personnes et les pratiques administratives : l’existence d’un droit ou d’une aide ne signifie donc pas qu’ils sont systématiquement ou facilement accessibles ni qu’ils sont pleinement appliqués. Des organismes internationaux et des ONG ont d’ailleurs documenté, dans plusieurs des pays cités, des écarts entre les protections prévues et leur application concrète, notamment en matière de rétention, d’accès aux soins ou d’accueil des demandeurs d’asile, y compris en France.]
Auteurs :
Auteur : Étienne Merle, journaliste
Relectrices : Clara Robert-Motta, journaliste
Tania Racho, docteure en droit européen, chercheuse-associée à l’Université Paris-Saclay
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Étienne Merle, journaliste
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L’article [Info « Splann ! »] Ils « mangeaient de la poussière », d’anciens ouvriers d’Imerys Glomel brisent le silence autour des silices cristallines cancérogènes est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d'enquête indépendant en Bretagne.
Des documents et vidéos inédits du site d’extraction d’andalousite d’Imerys en Bretagne montrent que la multinationale expose les salariés à des poussières toxiques et cancérogènes. Bon nombre de travailleurs sont atteints de maladies pulmonaires : silicoses, cancers, emphysèmes.
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Les agissements du député LFI sont contraires aux engagements affichés par le parti qui affirme lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Embarras.
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Source :Projet de loi constitutionnelle des Républicains
Etiqe :Sanctions en vue
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Fin 2024, et tout juste nommé ministre de l’Intérieur dans l’éphémère gouvernement de Michel Barnier, Bruno Retailleau avait déclaré que l’État de droit n’était « ni intangible, ni sacré », marquant le début de sa croisade contre ce qu’il juge être « un cadre idéologique pour ceux qui poussent un agenda progressiste ». Deux ans plus tard, le désormais candidat à l’élection présidentielle semble vouloir passer du discours à la pratique en dévoilant progressivement son programme dans lequel il promet « donner le dernier mot au peuple ».
Dans un entretien pour Le Figaro, Bruno Retailleau a annoncé un projet de loi constitutionnelle, qu’il présentera s’il est élu, et qui bouleverse un grand nombre de principes existants, dans le but de « restaurer la souveraineté du peuple ».
Bruno Retailleau entend rendre au peuple français le « dernier mot » face aux juges et aux normes extérieures. Le texte comporte quatre volets : étendre le référendum législatif à tout le domaine de la loi (article 11), permettre de soustraire certaines lois à l’autorité des traités internationaux (article 55) et affirmer la primauté de la Constitution sur le droit de l’Union européenne (article 88-1).
Si l’ambition politique est bien présente, un tel projet est-il réalisable en l’état du droit ?
L’obstacle n’est pas national mais européen
Adoptée selon la procédure de l’article 89, une révision constitutionnelle échappe au contrôle du Conseil constitutionnel : celui-ci juge depuis 2003 qu’il n’est pas compétent pour se prononcer sur une révision. Rien, dans l’ordre juridique interne, ne s’opposerait donc à l’entrée en vigueur de ces dispositions : elles seraient valides, et incontrôlables.
L’obstacle se trouve ailleurs, au niveau de l’Union européenne et de la Convention européenne des droits de l’Homme. Car une révision de la Constitution ne modifie ni les traités que la France a ratifiés et les obligations qui en découlent, ni la jurisprudence de la Cour de justice de l’UE.
Proposition 1 : Une loi adoptée par référendum ne sera jamais jugée
Le projet de Bruno Retailleau réécrit l’article 11 pour permettre de soumettre au référendum « tout projet de loi », dans l’ensemble du domaine de la loi. Surtout, il y ajoute une phrase lourde de conséquences : « La loi ainsi adoptée par le peuple ne peut faire l’objet d’aucun contrôle juridictionnel, ni par voie d’action ni par voie d’exception. »
Une loi votée par référendum deviendrait ainsi impossible à contester devant quelque juge que ce soit, national ou européen.
Sur une partie de ce terrain, la proposition ne fait que graver dans le marbre un état du droit déjà acquis. Le Conseil constitutionnel refuse depuis longtemps de contrôler une loi adoptée par le peuple : il s’est déclaré incompétent dès 1962, à propos de la loi référendaire sur l’élection du président de la République au suffrage universel, position confirmée en 1992 pour la loi autorisant la ratification du traité de Maastricht.
Il a étendu cette solution au contrôle a posteriori en 2014, en jugeant qu’une question prioritaire de constitutionnalité ne pouvait pas davantage viser une disposition issue d’un référendum. Sur le contrôle de constitutionnalité, le projet consacre donc l’existant.
La nouveauté est ailleurs, et le texte l’assume : en excluant « tout contrôle juridictionnel », il ferme aussi la porte au contrôle de conventionnalité, celui par lequel le juge ordinaire vérifie la conformité d’une loi aux traités. Or ce contrôle-là, le Conseil d’État et la Cour de cassation l’exercent sur toutes les lois, y compris les lois référendaires. En le neutralisant, le projet crée une catégorie de loi qu’aucun juge français ne pourrait écarter, quand bien même elle heurterait de plein fouet un engagement international ou une norme européenne.
Problème : cette distinction n’existe pas pour la Cour de justice. Du point de vue du droit de l’Union, la primauté s’impose à toute loi nationale, quelle que soit son origine. Depuis un arrêt de 1978, le juge national a même l’obligation d’écarter lui-même toute règle interne contraire au droit de l’Union. Une loi adoptée par le peuple n’échappe donc pas à la primauté : en droit européen, le référendum n’est pas un bouclier.
Proposition 2 : Un droit international à la carte
Le projet complète l’article 55, celui qui reconnaît aux traités « une autorité supérieure à celle des lois », par une exception : une loi organique pourra « soustraire à cette autorité les dispositions législatives qu’elle détermine ». C’est une clause de sauvegarde, permettant à la France de neutraliser ponctuellement la supériorité d’un traité sur une loi.
La cible, que l’exposé des motifs du projet vise explicitement, est la Convention européenne des droits de l’homme et la jurisprudence de sa Cour. Écarter une stipulation de la CEDH exposerait la France à une condamnation par la Cour de Strasbourg, assortie de l’obligation d’exécuter ses arrêts.
De plus, cela irait à l’encontre de la tradition française de « se conformer aux règles du droit public international » que le préambule de la Constitution de 1946 prévoit.
Proposition 3 : Le juge français pourra écarter des normes européennes
Enfin, le projet complète l’article 88-1. Il reconnaît au droit de l’Union « une autorité supérieure à celle des lois », mais l’assortit d’une limite : cette primauté cèderait lorsque le droit de l’Union méconnaîtrait la répartition des compétences entre l’Union et les États. À charge, pour les juges, de « neutraliser » la norme européenne en cause.
Autoriser les autorités françaises à écarter une norme européenne au motif que l’Union aurait outrepassé ses compétences, c’est instaurer un contrôle dit « ultra vires ». Or, depuis l’arrêt Foto-Frost de 1987, seule la Cour de justice peut constater l’invalidité d’un acte de l’Union, un juge national ne le peut pas.
Que risquerait la France ?
Un État ne peut pas invoquer son droit interne, même constitutionnel, pour se soustraire au droit de l’Union ou de la CEDH.
Cette primauté est une condition d’appartenance à l’Union que les États membres ont eux-mêmes rappelée dans une déclaration annexée au traité de Lisbonne, en 2007. Si un État remet en cause la primauté du droit européen, c’est tout le projet d’intégration européenne qui dysfonctionne.
Si le projet de Bruno Retailleau était adopté et appliqué, la Commission européenne pourrait engager un recours en manquement. En cas de persistance, la Cour de justice pourrait la condamner à une somme forfaitaire et à une astreinte, soit une amende par jour de retard.
La Hongrie a ainsi été condamnée en juin 2024 à 200 millions d’euros, assortis d’un million d’euros par jour de retard, pour n’avoir pas respecté un arrêt sur le droit d’asile, la Pologne, à un million d’euros par jour, en octobre 2021, et l’Espagne en février 2021, à 15 millions d’euros et 89 000 euros par jour pour n’avoir pas transposé une directive.
La seule adoption de la révision ne constituerait toutefois pas, en soi, un manquement : c’est son application qui déclencherait le contentieux.
La France devrait donc choisir : assumer les condamnations à répétition, ou quitter l’Union. Car seule une révision des traités, à l’unanimité des vingt-sept États membres, pourrait donner corps à ce que le projet cherche à obtenir seul.
Auteurs :
Auteur : Guillaume Baticle, journaliste, doctorant en droit public à l’université de Poitiers
Relecteurs : Bertrand-Léo Combrade, professeur de droit public à l’université de Poitiers
Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Guillaume Baticle, journaliste, doctorant en droit public à l’université de Poitiers
L’article “Restaurer la souveraineté du peuple” : Bruno Retailleau veut défier le droit européen et international est apparu en premier sur Les Surligneurs.

Arcachon (Gironde), le 24 juillet 2026. Le monde brûle et nous risquons de nous y habituer. © Maximilien Lamy/AFP
L’été 2026 est le plus chaud que la France ait jamais connu et plusieurs records de température ont été battus en ce mois de septembre. Aujourd’hui, nous sommes sous le choc… mais pour combien de temps ? Cet été permettra-t-il une véritable prise de conscience des effets du changement climatique ou aurons-nous tout oublié demain ?
«On ne perçoit pas l’augmentation inexorable de la température moyenne, seulement les extrêmes qui, eux, sont plus fréquents et marquent les esprits», assure Christine Berne, climatologue à Météo-France. Difficile de s’apercevoir que la température annuelle moyenne est passée de 11,82 degrés Celsius (°C) dans les années 1960-1990 en France hexagonale à 12,97°C entre 1990 et 2020. Les chaleurs des étés 1976 et 2003, elles, restent davantage en tête.
«Les changements extrêmes de température modifient notre compréhension culturelle de ce qu’est le changement climatique, ce n’est plus abstrait», explique à Vert George Adamson, chercheur en représentations culturelles du climat à l’université King’s College London (Angleterre). C’est pour cette raison, que selon lui, «nous devons utiliser ce moment, là tout de suite, pour rendre la dureté de ce que nous avons vécu très claire : il faut rappeler que ces chaleurs provoquent des morts, avant que ce ne soit normalisé par la répétition d’étés similaires.»
En raison de la variabilité climatique, des canicules aussi intenses et aussi longues que celles de l’été 2026 ne surviendront peut-être pas l’année prochaine, ni celle d’après. Toutefois, le changement climatique rend les vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus longues. Elles s’étendent également à une plus large partie du territoire et peuvent survenir plus tôt (en mai cette année) ou plus tard (sept départements ont été placés en alerte canicule début septembre). «Les prochains épisodes de chaleur risquent de nous faire dire que ces extrêmes ne sont pas si bizarres», alerte le géographe.
Ces dernières décennies, les températures grimpent de plus en plus haut l’été sous l’effet du changement climatique. © Météo-France
«Les changements de température liés au dérèglement climatique sont rapidement normalisés par les populations», rappelle-t-il. Selon une étude publiée en 2019 dans la revue internationale Sustainability Science, environ cinq ans suffisent à banaliser des températures exceptionnelles. Les auteur·ices ont analysé des milliards de contenus publiés sur les réseaux sociaux portant sur la météo. Si, dans les cinq dernières années, les internautes avaient connu des chaleurs bien au-dessus des normales de saison, alors celles-ci ne représentaient plus une anomalie et n’étaient même plus un sujet de conversation.
Les scientifiques font le parallèle avec le conte de la grenouille ébouillantée : si l’on plonge l’animal directement dans l’eau en ébullition, elle s’échappera d’un bond ; mais si on chauffe progressivement la casserole, elle ne se rendra pas compte de l’élévation de la température, jusqu’à en mourir.
Un autre phénomène nous fait oublier l’évolution du climat : nous choisissons souvent un point de référence récent pour savoir si une température est normale.
Ce réflexe nous empêche de prendre conscience des grands changements dans notre environnement, selon le biologiste franco-canadien Daniel Pauly. Le chercheur qui étudie l’évolution des stocks de pêche souligne le problème que pose le «changement de référence» ou «seuil de référence changeant» pour estimer la diminution du nombre de poissons prélevés. Il montre que pêcheur·ses et scientifiques comparent les stocks d’aujourd’hui à ceux d’il y a une vingtaine d’années. Or, à cette époque, les prises étaient déjà bien amoindries par rapport aux vingt années précédentes. Cette comparaison, qui ne prend pas en considération le temps long, empêche de réaliser la chute gigantesque du nombre de poissons.
«Cette idée d’une amnésie écologique peut être appliquée au climat», selon George Adamson. Mais cet oubli n’est pas irréversible : pour maintenir une conscience du réchauffement climatique, il met en lumière le rôle clef de certaines périodes de l’année.
Une étude à laquelle il a participé indique à quel point notre perception du climat est influencée par les changements dans notre paysage quotidien : un enneigement qui ne survient plus pour les vacances, des feuilles d’automne qui tombent plus tôt à l’endroit où l’on a grandi… Ces images affectent bien plus nos esprits que de savoir que les températures sont plus élevées à l’échelle nationale. «Il reste toujours quelques preuves de ces bouleversements climatiques dans la mémoire individuelle et collective», insiste George Adamson. Il est crucial, selon l’expert, d’entretenir ce souvenir.
«L’enjeu est de comprendre ce que l’on perd et ce que l’on a déjà perdu avec le changement climatique ; de savoir comment faire son deuil», explique-t-il. Et de recommander, pour entretenir cette mémoire, de poser des questions qui portent sur la météo aux personnes les plus âgées – sans mentionner le dérèglement du climat. «Les gens peuvent normaliser le changement climatique tout en reconnaissant, pour les plus vieux, que la météo d’avant était différente chez eux», appuie-t-il.
En plus de notre quotidien, des évènements culturels nationaux peuvent aussi servir de repères. «Les gros festivals sont des moments particuliers dans la mémoire du climat, car nous avons des attentes pour ces évènements, nous savons reconnaître s’il est supposé y faire plus chaud ou plus froid.»
Un site internet recense ainsi la météo du Hellfest, célèbre festival de musique hard-rock et métal à Clisson (Loire-Atlantique). Les éditions de 2007 à 2013 ont été marquées par des températures automnales, pluies et boue. À l’inverse, celle de 2017 était déjà qualifiée «d’enfer» par Ouest-France, lorsque la température atteignait 27°C. En 2022, 800 malaises ont été comptabilisés en deux jours. Les festivals de 2025 et 2026, eux, ont atteint les 37°C, voire les 40°C. Ces éditions sont toujours désignées dans les mêmes termes, alors que dix degrés se sont ajoutés au record préexistant.
Les médias ont donc un rôle à jouer pour rappeler l’anormalité des températures extrêmes. Charge à eux de souligner que l’été 2026 aurait été quasiment impossible sans la combustion massive d’énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre associées, qui alimentent le réchauffement climatique.
Le chercheur et épidémiologiste Kévin Jean s’étonne que le bilan sanitaire exceptionnel des canicules de 2026, 7 300 morts, selon les chiffres provisoires de Santé publique France, ne suscite pas davantage de réactions dans le débat public. Il souligne qu’une autre catastrophe naturelle aurait entraîné une minute de silence ou un hommage plus marqué. Le maire écologiste du 11ème arrondissement de Paris, David Belliard, a proposé, au cœur de l’été, la création d’un mémorial et une journée de commémoration des mort·es des canicules.
Pour la climatologue Christine Berne, «il est indispensable de garder cette mémoire du climat pour prendre conscience qu’on avait moins de problèmes de ressource en eau auparavant, que les canicules estivales n’entraînaient pas nécessairement des décès, et que la vie était un peu plus agréable».
Et si on préférait tout oublier ? Un choix dangereux, selon l’agroclimatologue Serge Zaka. «La banalisation des extrêmes climatiques est peut-être l’un des dangers les plus insidieux du changement climatique, prévient-il sur le réseau social Linkedin. Notre perception du climat peut changer en quelques années. La physiologie d’un chêne, d’une vigne ou d’un écosystème, non.»

Source :Compte Instagram, le 2 septembre 2026
Etiqe :mise en scène
Contenu :
Un amphithéâtre bouillonnant, des étudiants qui quittent le cours en marchant sur les tables, une élève qui gifle un professeur… Ce qui est présenté comme « le jour de la rentrée à la fac de Grenoble » semble pour le moins chaotique. La vidéo diffusant cette scène compile des extraits filmés avec un smartphone. Elle est devenue virale sur Facebook (ici ou ici), Instagram, X ou encore TikTok.
« Rare vidéo d’une rentrée chaotique à la fac juste pour vous rappeler ceux qui ont volé vos places sur Parcoursup », commente un internaute ayant publié la vidéo. Et un autre : « Rentrée scolaire à la fac, nos futurs espoirs pour la France. »
Cependant, ces faits remontent à 2018 et sont en réalité le fruit d’une mise en scène, comme l’ont démontré 20 Minutes, en 2020, puis TF1, en 2025. À l’occasion de plusieurs rentrées universitaires, cette vidéo a ainsi refait surface sur les réseaux sociaux.
Une blague pour les étudiants de première année en 2018
« Bienvenue en Eco-G les 2000 ! », écrivait le bureau des étudiants du cursus en éco-gestion de Grenoble, sur Facebook le 17 septembre 2018 en partageant la vidéo de la même scène que la séquence encore partagée des années plus tard.
On y reconnaît l’amphithéâtre, les inscriptions sur le tableau, l’horaire de l’horloge ainsi que le professeur qui apparaît complice avec les jeunes autour du bureau. Ces derniers portent un t-shirt bleu du BDE et tiennent un discours encourageant les nouveaux étudiants à participer aux étapes d’intégration. La vidéo qui circule en 2026 date donc bien d’il y a huit ans. On y dévoile le pot aux roses et on comprend que ce « faux cours » qui dérape n’est qu’une mise en scène.
En 2017, un cours de première année de Licence en amphi avait aussi été le théâtre d’une mise en scène, comme l’ont retrouvé nos confrères de 20 Minutes. Un étudiant déguisé en chevalier attaquait alors un professeur et finissait par le mettre dehors. « Souriez vous avez été trollés par le BDE Eco-G ! », pouvait-on lire sur Facebook, le 14 septembre de cette année-là.
Auteurs :
Autrice : Mathilde Lafargue, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
L’article Attention à cette vidéo datée d’une mise en scène de rentrée chaotique à l’université est apparu en premier sur Les Surligneurs.
Pergélisol, feux de forêt... Des sources d'émission de carbone peu prises en compte dans les modèles actuels pourraient alourdir de 0,4 °C les projections du réchauffement climatique d'ici la fin du siècle.
Alors que les politiques climatiques nous placent actuellement sur une trajectoire de réchauffement catastrophique de 2,7 °C environ d'ici la fin du siècle, cette projection pourrait être sous-estimée de près de 0,4 °C, d'après une étude parue le 10 septembre dans la revue (…)
Guillaume Faburel est géographe et professeur à l’université Lyon 2. © Pierre-Antoine Pluquet
Au cœur de cet été caniculaire, nombre d’habitant·es des grandes villes disaient étouffer dans leur logement et envisager de partir. Déménager, mais pour aller où ? Le géographe Guillaume Faburel répond à la question dans son nouveau livre, Où habiter ?, qui sort ce jeudi aux éditions Tana.
L’ouvrage montre combien le dérèglement climatique constitue une raison suffisante de quitter les métropoles. Elles sont toutes désavantagées, en France, par rapport à leur arrière-pays. En période caniculaire, l’écart peut aller jusqu’à 12°C entre le cœur de Toulouse et une campagne arborée située à 40 ou 50 kilomètres, par exemple.
Auprès de Vert, le chercheur plaide pour un rééquilibrage en faveur des campagnes et identifie sept ensembles géographiques où d’autres manières de vivre pourraient se développer – sans en faire pour autant des refuges à l’abri de toutes les crises.
Guillaume Faburel. Avec d’autres géographes, nous avons identifié sept territoires exemplaires par leur capacité d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Il ne s’agit pas de refuges où l’on serait protégé de tout. Ce sont des espaces qui offrent davantage de possibilités pour vivre de manière nourricière, dans la proximité et dans la solidarité.
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Il y a d’abord trois espaces de collines : bretonnes, normandes et poitevines. Ce sont des territoires de faible altitude, caractérisés par leurs paysages bocagers et situés en retrait des littoraux. Les côtes sont exposées à la submersion et à la pression des résidences secondaires, qui exclut déjà une partie des habitants locaux. Nous parlons donc plutôt de territoires intérieurs, avec de petites parcelles, liées à la structure du bocage.
Viennent ensuite quatre ensembles de moyenne montagne, qui se situent entre 500 et 1 200 mètres d’altitude : la partie centrale des Pyrénées, notamment l’Ariège ; mais pas les Pyrénées-Atlantiques, soumises à la pression de la côte basque. Ainsi que les plateaux du Massif central, le Morvan (jusqu’aux côtes de Meuse) et les Préalpes.
Pour identifier ces espaces, une trentaine d’indicateurs ont été croisés par les géographes du mouvement post-urbain. © Alan Deleflie pour Tana éditions
Nous avons croisé une trentaine d’indicateurs. On a d’abord cherché les endroits où il reste une forêt diversifiée et non une plantation en monoculture exploitée par coupes rases… La forêt peut être nourricière, fournir du bois de chauffage et de charpente, servir de refuge à des écosystèmes remarquables et apporter de la fraîcheur.
Nous avons aussi regardé si les zones abritaient des logements que l’on peut occuper de nouveau sans avoir à construire des zones résidentielles ; des terres agricoles à un prix accessible avec des parcelles qui ne s’étendent pas sur des centaines ou des milliers d’hectares ; ainsi que des ressources permettant de produire de la matière et de l’énergie.
Cela suppose de retrouver davantage d’autonomie et de rapprocher les lieux de production des lieux de vie. Il existe encore, dans ces territoires, une petite paysannerie, mais aussi des «modestes économes» qui pratiquent déjà le réemploi, la réparation, la mise en bocaux, le potager ou le verger. Ce sont des savoir-faire et des manières de vivre dont nous allons avoir besoin.
«Les nouveaux habitants peuvent contribuer à faire vivre certains territoires.»
Le tissu social n’est pas nécessairement plus développé qu’en ville, mais il repose davantage sur la proximité et l’entraide. Il existe des chantiers participatifs, des échanges d’outils, des personnes que l’on peut appeler pour monter une serre, ainsi que des cultures festives, parfois traditionnelles.
Les nouveaux habitants peuvent également contribuer à faire vivre certains territoires : leurs enfants peuvent aider à maintenir une classe ouverte et leurs achats soutenir une épicerie menacée de fermeture. À condition de ne pas arriver en voulant reproduire exactement leur mode de vie urbain, ils peuvent y retrouver des capacités d’action qu’ils n’avaient plus dans les métropoles.
Entre 1900 et 2015, la population mondiale a été multipliée par un peu plus de quatre et la population urbaine par plus de quinze. Or les consommations d’énergie et de bois, les émissions de polluants ou la production de déchets ont progressé dans des proportions proches de celles de l’urbanisation. La ville produit donc des effets écologiques néfastes très supérieurs à son poids démographique.
La concentration urbaine pourrait, en théorie, permettre des économies d’énergie. Mais celles-ci sont compensées par des effets rebond : les grandes villes stimulent l’hyperconsommation, l’hypermobilité et l’hyperactivité.
«Les ruralités ont longtemps été mises au ban, maltraitées, ignorées et invisibilisées par notre société orientée vers l’urbain.»
Cette organisation a aussi profondément transformé les campagnes. Les exodes ruraux ont retiré des bras à l’agriculture pour alimenter les usines urbaines ; il a fallu les remplacer par des machines. Nous assistons aujourd’hui à un deuxième sacrifice des campagnes. Pour électrifier les usages urbains au nom de la transition, les ruralités sont sommées d’accueillir parcs agrivoltaïques, champs d’éoliennes et grands méthaniseurs.
Il faut désormais rééquilibrer la population, les activités et les pouvoirs entre villes et campagnes : non plus vassaliser les ruralités, mais retrouver une forme de concorde et de respect.
Non. Nous n’en avons pas tous les moyens et il ne s’agit pas de reproduire l’erreur du passé en inversant simplement le mouvement. Combien de personnes devraient partir, lesquelles, pour aller où et comment ? La question reste posée. Environ 100 000 personnes quittent aujourd’hui chaque année les espaces métropolitains en France. Le phénomène reste discret, mais il est installé depuis dix ou quinze ans et doublera certainement ces vingt-cinq prochaines années.
Pour assurer l’approvisionnement en nourriture, il faudrait pouvoir compter sur dix millions d’actifs ruraux – paysans, artisans, mais aussi travailleurs du soin, de l’éducation et de la transmission. Nous parlons donc de cinq à dix millions de personnes qui pourraient changer d’espace ou d’activité.
Il ne s’agit évidemment pas d’un exode urbain forcé, mais d’un rééquilibrage susceptible de ramener notre empreinte collective et individuelle sous les limites planétaires.
Oui et non. En tous cas, pas automatiquement. Les ruralités ont longtemps été mises au ban, maltraitées, ignorées et invisibilisées par notre société orientée vers l’urbain. On ne peut pas faire comme si cette histoire n’existait pas et décréter que tout le monde est désormais ami.
Cependant, les recherches que nous menons montrent que les installations néorurales se passent généralement mieux que ne le laisse entendre le traditionnel «marronnier» médiatique sur les conflits de voisinage.
«Il faut considérer les ruralités pour ce qu’elles sont : d’autres formes de vie et de savoirs dont on doit aujourd’hui se nourrir.»
Le point de friction principal porte sur la conception de l’écologie et le rapport au vivant. Pour caricaturer : les chasseurs d’un côté et les cyclistes ou les véganes de l’autre. Il faudra apprivoiser les désaccords et retrouver des alliances autour du vivant entre les nouveaux venus et ceux qui vivent là depuis longtemps.
C’est aussi aux urbains de ne pas arriver avec un imaginaire misérabiliste, en pensant qu’ils vont «sauver» les ruralités. Il faut considérer les ruralités pour ce qu’elles sont : d’autres formes de vie et de savoirs dont on doit aujourd’hui se nourrir.
Si, complètement. Le risque est déjà à l’œuvre. Lorsqu’un appartement parisien a fortement pris de la valeur en vingt ans, sa vente permet d’acheter une très grande propriété dans certains de ces territoires. Le capital accumulé dans les métropoles s’exurbanise et le marché immobilier gentrifie déjà des espaces ruraux.
«Des populations entières sont assignées à l’enfer du béton.»
Il faut donc accompagner le rééquilibrage géographique d’un rééquilibrage politique. Les collectivités locales, les foyers ruraux ou les parcs naturels doivent retrouver la capacité d’agir selon la perspective qu’ils jugent bonne : surveiller les effets de seuil, éviter des arrivées trop massives, privilégier la réhabilitation des logements vacants plutôt que la construction. Il ne s’agit pas de trier les personnes entre celles qui auraient le droit d’entrer et les autres, mais de rendre aux territoires la maîtrise de leur évolution.
Sans rééquilibrage politique, les collectivités resteront dépendantes de l’ingénierie des métropoles et d’urbanistes formés depuis et pour elles. Nous courrons alors le risque de recréer précisément ce que nous prétendons quitter.
Des populations entières sont assignées à l’enfer du béton, alors qu’elles désirent elles aussi de plus en plus partir, notamment parmi les classes populaires.
Dans ce cas, l’action est à envisager à l’échelle du quartier et de la communauté. La priorité est de libérer, là où elles vivent, du foncier, de désasphalter, de cultiver et de planter – notamment des arbres nourriciers. Cela rafraîchit, apporte des compléments alimentaires, recrée de la sociabilité et produit des effets bénéfiques sur la santé.
Mais on ne pourra pas adapter suffisamment les grandes villes, et ce n’est pas le message principal du livre : celui-ci est de rappeler que des ressources existent ailleurs, loin, pour retrouver des capacités d’action.
À Carcassonne, les propos racistes d’un policier municipal proche du Rassemblement national ont été rapidement réduits à ceux d’un « cas isolé ». Mais dans une ville désormais dirigée par l’extrême droite, l’affaire raconte autre chose : ce que ses idées autorisent lorsqu’elles deviennent des politiques publiques, et ce que l’exercice du pouvoir peut libérer chez ceux qui les partagent.
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Candidats absents et représentés par leur équipe, discussions parasitées par l'extrême droite... Un débat sur l'écologie a eu lieu le 9 septembre sur BFM-TV. Récit d'une soirée confuse.
Drôle de soirée sur BFM-TV. La chaîne d'information en continu a organisé, le 9 septembre, un débat sur l'écologie. Une idée plutôt bienvenue, après cet été marqué par des vagues de chaleur historiques, une sécheresse inédite et des incendies à répétition. Mais la réalisation de l'émission s'est avérée (…)
Joyau du bassin d'Arcachon, prisé des touristes comme des locaux, l'îlot de sable emblématique du banc d'Arguin s'érode à toute vitesse. Cette disparition annoncée menace surtout les oiseaux marins, qui nichent à même le sable.
Banc d'Arguin (Gironde), reportage
Derrière sa longue-vue, un compteur à cliquet dans la main, Paul Capbern a les yeux rivés sur un groupe de jeunes goélands posés sur le sable. « J'en compte 89 », lance l'ornithologue et garde-technicien. C'est six fois moins que (…)
Joyau du bassin d'Arcachon, prisé des touristes comme des locaux, l'îlot de sable emblématique du banc d'Arguin s'érode à toute vitesse. Cette disparition annoncée menace surtout les oiseaux marins, qui nichent à même le sable.
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Les températures enregistrées à l'échelle mondiale par le service européen Copernicus pour le mois d'août ont atteint un record, ex æquo avec juillet 2023. La température de l'air a été supérieure de 1,65 °C à la valeur de référence préindustrielle estimée. Et la température de surface de la mer la plus élevée jamais enregistrée, a été mesurée à 21,11 °C.
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Les millions de citadins des grandes métropoles européennes sont les plus touchés par les conséquences du réchauffement climatique, estime le Lancet Countdown Europe dans une nouvelle étude portant sur 850 villes.
Les métropoles concentrent de nombreux risques sanitaires en augmentation (incendies, maladies infectieuses comme la dengue, exposition aux pollens) et constituent des îlots de chaleur. Or, l'Europe se réchauffe plus rapidement que toute autre région du monde.
Ainsi, dans le (…)
L'ONG Oxfam a comparé l'impact environnemental des différentes filières de seconde main qui prennent leur essor en France. Le réemploi du textile est un enjeu crucial pour lutter contre le réchauffement climatique. La fabrication d'un seul vêtement en coton émet environ 6 à 7 kg de CO2, c'est 270 fois plus que la remise en circulation de 1 kg de vêtements dans une boutique de réemploi solidaire.
Mais les plateformes privées dédiées au réemploi (du type Vinted) ont une chaîne logistique et (…)

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Depuis sa mise en examen, le 10 juin 2026, Patrick Bruel est visé par de nouvelles plaintes pour violences sexistes et sexuelles. Si certains faits dénoncés apparaissent a priori prescrits, l’accumulation de plaintes pourrait permettre d’écarter certaines prescriptions.
Des plaintes qui ne cessent de s’accumuler. Le 10 juin 2026, Patrick Bruel a été mis en examen dans quatre dossiers pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel. Il a également été placé sous le statut de témoin assisté dans quatre autres affaires d’infractions sexuelles.
Depuis, de nouvelles plaintes ont été déposées. Au total, ce sont plus de 30 femmes qui accusent le chanteur d’infractions sexuelles sur une période s’étalant de 1991 à 2019.
Patrick Bruel, qui bénéficie de la présomption d’innocence, a, quant à lui, réfuté « toute accusation de viol » et plus largement toutes « les allégations de violence, de brutalité ou de contrainte », assurant n’avoir « jamais outrepassé un refus », rapporte Mediapart.
Parmi les plaintes déposées, certains faits dénoncés sont anciens. Mais s’ils paraissent d’ores et déjà prescrits, certains mécanismes juridiques pourraient changer la donne. Selon l’avocate Myriam Guedj-Benayoun, qui défend plusieurs plaignantes dans cette affaire, « il est permis par le code pénal de travailler sur la sérialité des faits et la connexité des faits, qui [font] que certaines prescriptions vont pouvoir être levées », avançait-elle au micro de France Inter, le 19 août dernier. Explications.
Un délai de prescription doublé
Pour mieux comprendre, reprenons depuis le début. En France, comme dans d’autres pays, il existe le délai de prescription. Concrètement, au bout d’un certain temps, il n’est plus possible de poursuivre une personne pour une infraction qu’elle aurait commise : l’action publique est dite « éteinte ».
Ces dernières années, de nombreuses réformes se sont succédé pour allonger ce délai de prescription en matière délictuelle et criminelle, et notamment dans le cadre de violences sexuelles sur mineurs. Depuis le 1er mars 2017, le délai de prescription s’élève ainsi à six ans pour les délits et à vingt pour les crimes – contre trois et dix ans auparavant.
C’est donc en raison de celui-ci que certaines des plaintes à l’encontre de Patrick Bruel sont a priori considérées comme prescrites et ne pourraient en théorie pas faire l’objet de potentielles poursuites. À titre d’exemple, les faits dénoncés de viol qui auraient été commis en 1991 ne pourraient de prime abord pas faire l’objet d’une condamnation car, au vu du délai de prescription de l’époque, l’infraction serait prescrite depuis 2001.
Des exceptions pour les victimes mineures
Mais ces délais connaissent également plusieurs exceptions qui visent à allonger le délai de prescription dans certaines situations. Par exemple, en 2018, une loi est venue l’étendre en matière de viol sur mineur. Désormais, le délai de prescription s’enclenche à partir de la majorité de la victime et dure trente ans. Concrètement, toute personne victime de viol durant sa minorité peut porter plainte jusqu’à ses 48 ans.
Mais ce n’est pas tout. Le législateur est allé plus loin en créant la prescription dite « glissante ». Depuis 2021, si l’auteur présumé d’un viol sur mineur en commet un nouveau avant que le premier soit prescrit, celui-ci bénéficie du délai de prescription du dernier viol en date.
Si, dans l’affaire Patrick Bruel, plusieurs femmes ont porté plainte pour des faits qui auraient été commis durant leur minorité, ce n’est pas le cas de toutes les plaignantes.
Connexité et sérialité
En plus de ces exceptions prévues dans le cadre de crime sexuel sur mineur, il existe également un mécanisme dont certains pensent qu’il pourrait être utilisé dans le cas particulier des viols dits « sériels » commis sur des personnes majeures.
En 2005, dans une affaire d’abus de faiblesses, la chambre criminelle de la Cour de cassation avait considéré que « dès lors que les faits procèdent d’un mode opératoire unique » et que « l’ensemble a gravement préjudicié à la victime », les différents faits sont liés les uns aux autres et bénéficient de la non-prescription de la dernière infraction en date. Reste que dans ce cas précis, les faits étaient commis sur une seule personne.
Depuis, cette jurisprudence a été étendue à des infractions de nature sexuelle. Ainsi, en juillet 2022, lors de la condamnation du « violeur de la Sambre », une « connexité » entre les différentes violences sexuelles avait été retenue en raison du « comportement d’agresseur en série » de Dino Scala, et d’un « même mode opératoire ».
Par ailleurs, un mois plus tôt, toujours en raison de ces notions de sérialité et connexité, la chambre de l’instruction de Versailles avait ordonné que, dans l’affaire PPDA, l’information judiciaire porte désormais « sur l’ensemble des faits » dont la plaignante Florence Porcel se dit victime, incluant ceux, prescrits, de 2004.
Un même mode opératoire
Au vu des nombreuses plaintes déposées dans l’affaire Patrick Bruel, l’avocate Myriam Guedj-Benayoun espère donc faire valoir l’existence d’une sérialité et d’une connexité entre les différentes infractions dénoncées. Si celles-ci étaient reconnues, cela permettrait à certains faits considérés en théorie comme prescrits d’être poursuivis.
Néanmoins la chose n’est pas aisée. Tout d’abord, à la différence de la prescription glissante, le fait qu’il s’agisse d’un même auteur présumé – soit Patrick Bruel – ne suffit pas nécessairement.
La loi dispose ainsi que les infractions sont connexes lorsqu’elles « ont été commises en même temps par plusieurs personnes réunies, soit lorsqu’elles ont été commises par différentes personnes, même en différents temps et en divers lieux, mais par suite d’un concert formé à l’avance entre elles, soit lorsque les coupables ont commis les unes pour se procurer les moyens de commettre les autres, pour en faciliter, pour en consommer l’exécution ou pour en assurer l’impunité […] ».
Il existe également des situations dans lesquelles c’est la jurisprudence qui considère que des infractions sont connexes. En 2000, la Cour de cassation a ainsi jugé – dans une affaire de faits d’atteintes sexuelles aggravées – que « les dispositions de l’article 203 du Code de procédure pénale n’étant pas limitatives, elles s’étendent aux cas dans lesquels il existe entre les faits des rapports étroits, analogues à ceux que la loi a spécialement prévu ».
Dans cette affaire, la Cour de cassation a admis que des infractions pouvaient être connexes lorsqu’elles étaient commises par une même personne.
Pour d’autres affaires, il faut prouver l’existence de cette connexité par l’existence notamment d’un même mode opératoire ou de mêmes profils de victimes. Par exemple, dans l’affaire qui vise le chanteur, il pourrait être retenu que plusieurs plaignantes ont affirmé que Patrick Bruel leur aurait demandé de venir le rejoindre directement dans sa chambre, que celles-ci étaient jeunes ou venaient à peine d’entrer dans l’industrie culturelle.
Une prescription qui doit être interrompue
Le 19 août dernier, au micro de France inter, l’avocate Myriam Guedj-Benayoun avançait, quant à elle, que l’ « on retrouve à nouveau le même mode opératoire, on est dans le monde du spectacle, elle est approchée, invitée à une soirée et finalement à cette soirée, elle sera seule avec Patrick Bruel et c’est là qu’elle va dire qu’elle est victime de tentative de viol ». Cette démonstration juridique doit ensuite être répétée à chaque infraction.
De plus, un calendrier bien précis doit être respecté. Un délai de prescription n’est pas linéaire. Comme le prévoit l’article 9-2 du Code de procédure pénale, il peut être interrompu pour différentes raisons, comme lorsque sont émis des actes d’enquête ou d’instruction (une audition, une perquisition, une réquisition judiciaire ou un interrogatoire mené par un juge d’instruction).
Or, à la différence de la prescription glissante, il ne suffit pas qu’un même auteur ait commis de nouveau les mêmes faits pour pouvoir allonger le délai de prescription. La connexité ne peut interrompre ce dernier que si certains actes ont été réalisés avant la fin du délai de prescription.
Calculs et multiples paramètres
Enfin, la sérialité et la connexité de certains faits ne peuvent ressusciter une prescription. Ainsi, si le délai de prescription d’une infraction est écoulé avant qu’un acte d’enquête soit réalisé dans le cadre d’une deuxième infraction, la première ne peut pas bénéficier du délai de la seconde.
Dans la même logique, lorsque, en 2017, les délais de prescription ont été allongés, ceux qui étaient terminés avant l’entrée en vigueur de la réforme n’ont pu être étendus. En effet, l’article 112-2 du Code pénal précise bien que ces nouvelles durées sont « applicables immédiatement à la répression des infractions commises avant leur entrée en vigueur […] lorsque les prescriptions ne sont pas acquises ».
Ainsi, dans l’affaire Patrick Bruel, pour déterminer si les infractions sont connexes, les juges vont devoir prendre en compte cette multiplicité de paramètres. Et c’est pour cette raison que plus les plaintes s’accumulent, plus il y a de chances que la justice trouve une connexité permettant d’écarter certaines prescriptions.
Auteurs :
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relecteur : Jean-Baptiste Thierry, professeur de droit pénal à l’université de Lorraine
Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
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Source :Compte X, le 5 septembre 2026
Etiqe :photomontage
Contenu :
Un ancien photomontage supposé attester des liens de Francesca Albanese avec le Hamas a refait surface sur les réseaux sociaux, début septembre. Sur le cliché, on peut apercevoir la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés poser aux côtés d’Ismaël Haniyeh, l’ancien leader du bureau politique du Hamas, assassiné par Israël dans une frappe le 31 juillet 2024.
« Corrompue jusqu’à l’os. [Francesca] Albanese a été invitée et a participé à tous les évènements organisés par les leaders du Hamas », écrit un internaute qui relaie le cliché sur X, sans toutefois donner la source de cette information.
La représentante de l’ONU a directement réagi sur X, pointant du doigt une « fausse image ». La diplomate relaie dans sa publication le cliché original qui aurait servi de base au photomontage, la montrant poser aux côtés de Rosalind Croucher, l’ancienne présidente de la Commission australienne pour les droits de l’homme.
Un photomontage grossier
Une recherche d’image inversée permet rapidement de confirmer les dires de Francesca Albanese : le cliché illustre un article qui figure sur le site officiel de la Commission rendant compte de la visite de la représentante en Australie, en décembre 2023. La photo trafiquée publiée sur les réseaux sociaux substitue assez grossièrement Ismaël Haniyeh à Rosalind Croucher.
Le 7 septembre 2026, alors qu’Israël détient toujours le contrôle d’une large partie de la bande de Gaza, Francesca Albanese a déclaré que le nettoyage des gravats entrepris par l’État hébreu « ne doit pas devenir un moyen d’effacer les traces » de crimes. Le conflit mené par Israël dans l’enclave palestinienne a fait plus de 73 000 morts côté palestinien, d’après les chiffres publiés par le ministère de la santé de Gaza.
Auteurs :
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
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Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
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