A l'heure où les mouvements sociaux ont été écrasés par le capital, les roses et les rouges peuvent tranquillement rafler la mise de nos espoirs brisés. Oui, puisque nous avons perdu, la bourgeoisie avance : c'est comme ça que ça marche. Que cela nous pousse dans les bras des réformistes ou des léninistes, c'est une autre histoire qui devrait être interrogée . Mélenchon n'est pas notre ami, et les soi-disant révolutionnaires qui veulent diriger eux-mêmes le pays pour notre plus grand bien non plus.
« ... et dans la réforme les lier »
Les Insoumistari
I. the G.A.U.C.H.E.
Le premier point, ça devrait être acquis : on peut mettre un bulletin dans une urne pour défendre nos intérêts matériels sans se mettre à lécher les pieds d'un gars qui dit très clairement qu'il veut continuer le capitalisme. On peut aussi ne pas mettre ce bulletin, d'ailleurs. Posons une chose : l'extrême-droite n'est qu'une tête de l'hydre. Ce qui doit être combattu ce n'est pas elle en soi, mais toutes les formes du capital. Se battre corps et âme à gagner cinq ans pour qu'au final un gars continue de faire tenir les rouages qui mènent au fascisme n'a aucun putain de sens. Rappelons à cet égard que les mesures « de gauche » sont toujours des mesures qui servent les racines de ce système de merde que sont l'étatisme et le capitalisme. La sociale-démocratie ici, c'est toujours le fascisme quelque-part, tout simplement parce que le capitalisme et l'exploitation impliquent des éléments fascisants dans leur production et leur reproduction. Or les gouvernements de gauche ne tiennent pas magiquement sur des lois complètement différentes de ceux de droite.
Ces éléments réactionnaires sont contenus dans les programmes de gauche : sous le vernis des améliorations, ce qui est proposé est de maintenir et reproduire les fondements de la violence capitaliste. Taxer les gros capitalistes par exemple, beaucoup de gens trouvent ça super : ça veut juste dire que l'argent qu'ils gagnent en exploitant des travailleurs dans d'autres pays nous reviendra un peu plus à nous qu'à eux, que ça tombera un peu plus dans la poche de l'Etat et un peu moins dans celles du patronat. En gros, au lieu que les patrons bouffent eux-mêmes les produits du néo-colonialisme, c'est nous qui allons les bouffer un peu. Merci mais si c'est ça la grande différence de la gauche avec les autres, on va laisser...
Voici un post instagram qu'on traduit un peu comme on peut, qui développe ce point et qui parle de HITLER mesdames et messieurs on est comme ça, dans la nuance, allons-y tout de go : « Adolf Hitler était un social-démocrate. Le génocide et le racisme mis de côté, c'était toujours un petit politicien de merde. Les gens comme lui existent encore de nos jours. Kamala Harris, Tim Waltz, Gavin Newsome... ils partagent la philosophie économique d'Hitler. La seule différence est qu'ils ne sont pas ouvertement des suprémacistes blancs (c'est débattable). La social-démocratie c'est du capitalisme avec un visage humain, et donc pour pouvoir prodiguer un petit paradis à ta population aryenne tu dois ou bien être engagé dans un état de guerre constant (l'Allemagne d'Hitler) ou bien tu dois avoir le Tiers Monde qui construit toutes tes merdes pendant que tu restes avantageusement assis au sommet du monde à jouer aux innocents (l'Europe du Nord). En résumé : la social-démocratie a toujours besoin de l'impérialisme pour fonctionner ». [1]
Soyons clairs : c'est vrai. On réfute le terme « social-démocrate » pour parler de Hitler car pour nous ça renvoie précisément au courant réformiste du socialisme, mais on comprend l'idée et on est d'accord avec : tout ça c'est du capitalisme. Les versions plus ou moins fascisantes, plus ou moins sociales-libérales ou libérales-autoritaires, plus ou moins néo-réformistes du capital ne proposent pas de ruptures fondamentales les unes par rapport aux autres. Ce sont des modes de gestion, qui ont plus en commun qu'ils n'ont de différences.
La pensée de gauche n'est ainsi pas une négation de la pensée de droite, elle en est une variante. Elle est celle qui consiste à refouler de nos esprits les aspects intrinsèquement fascistes et impérialistes du capitalisme pour se faire croire que c'est une question de gouvernement, et qu'il existe des « bons gouvernements », pour peu que les gens votent bien. Le système, lui, n'est pas remis en question. En gros : « on voudrait que les symptômes du capitalisme disparaissent mais les causes ne nous gênent pas. » Et, fonctionnellement : « on veut les avantages que l'exploitation et les oppressions du capitalisme nous octroient, mais on ne veut pas voir les rouages, ni que ça se passe ici ».
II. La nature du fascisme
Il y a dans la vision même qu'on s'est forgée de l'extrême-droite, et dans la construction de la gauche comme son antithèse, quelque-chose d'absolument raciste et dégueulasse : Hitler – revenons à lui – est vu comme une anomalie dans la normalité paisible, une incarnation de l'horreur au-delà de tout... Alors que les pays qu'il a combattus étaient des empires coloniaux. Ainsi quand Césaire dit que le fascisme est un « choc en retour », un retour en Europe des logiques politiques que les bourgeoisies blanches appliquaient à l'extérieur, c'est vrai. La seule chose « inacceptable » qu'Hitler ait faite, c'est de porter la logique coloniale au sein de l'Europe même : les horreurs, elles, sont pour les bourgeoisies d'une banalité totale. Il suffit de se rappeler que le capitalisme s'est en partie construit sur l'enrichissement dû à la production de canne à sucre, donc précisément sur l'esclavage, et que les Etats-Unis ont fondé leur Etat sur un génocide, et sur l'esclavage aussi. Tous appliquent les mêmes logiques, car ce sont les logiques du capital.
Si les bourgeoisies allemande et italienne ont tenté aux alentours de 1930 d'envahir une partie de l'Europe, ça n'est donc pas par un machiavélisme supérieur de beaucoup à l'esprit noble et distingué de leurs homologues , mais justement parce que les autres forces européennes et américaines avaient déjà bouffé le « gâteau » et apporté la violence comme système partout où c'était possible. Il ne restait donc pas tant d'autre possibilité pour augmenter la captation de plus-value, point sans lequel une bourgeoisie s'écroule, que tenter l'annexion de pays déjà eux-mêmes coloniaux. En fait, ce qu'on appelle fascisme, et qu'on oppose à la « gauche », pourrait très bien correspondre à ça : quand l'horreur capitaliste arrive là où elle ne « devrait pas », c'est-à-dire sur nous. Tandis que le Front Populaire, qui a maintenu le colonialisme, peut être dit « antifasciste » car il a relégué la violence maximale, fondamentale au capital, un peu plus loin de la vue pour se contenter de la violence « acceptable » - déjà hardcore sa mère on est d'accord. Aucun pays, aucun gouvernement n'était pas atrocement criminel dans la deuxième guerre mondiale, il faut le comprendre, et l'analyse qui tente de faire de Hitler une exception, en opposant artificiellement extrême-droite et gauche – ou plus généralement extrême-droite et « république » - dans leurs fonctionnements profonds, cause énormément de dommages à l'analyse politique.
C'est un point fondamental. Les massacres et les génocides, les systèmes concentrationnaires, les logiques débordant l'exploitation salariale pour tendre vers des formes de servitude plus ou moins avancées voire extrêmes ne sont pas des exceptions ou des aberrations du capital. Au contraire, elles sont son indispensable corollaire, son pilier de fonctionnement, elles sont la logique fondamentale de l'accumulation de la plus-value sans laquelle il ne tient pas. La différence entre les différents types de régimes capitalistes – fascistes, droitisants, ou de gauche, même « radicale » - ne tient pas à autre chose qu'au niveau de visibilité assumé de ce fait, et à quel point la violence concerne aussi les travailleur.euse.s au sein du pays même.
III. Le mélenchonisme qui vient
Alors quand on nous parle de « l'extrême-droite aux portes du pouvoir », une extrême-droite face à laquelle il faudrait se mobiliser en votant « gauche radicale » comme on devait voter Macron ou Chirac auparavant, la seule chose qu'on comprend, c'est que le brouillage des pistes a gagné. Les différentes fractions du capital ont bien su utiliser la propagande pour créer un mythe des « bon bourgeois contre les mauvais », mythe qui les arrange tous. Une grosse partie de la militance tombe dedans, décidant que le réformisme de gauche est le bien pour lequel il faut lutter corps et âme, bec et ongles, tractage aux municipales et posts insta moralisateurs. La lutte des classes est morte, vive le front de gauche. Et tant pis pour la révolution : car en démocratie, tous les cinq ans, il faut se mobiliser pour éviter le pire (le pire étant différent selon les circonstances). Et entre temps le faire pour les législatives, et le faire pour les municipales, et le faire pour les européennes, etc... Il reste peu de temps et d'énergie pour autre chose, à la fin. Tant que ces échéances rythment notre vie, la récupération est constante, le surgissement de la révolte court-circuité sans arrêt.*
Il se joue parallèlement à cette captation de l'énergie dans les processus institutionnels une confusion bizarre entre ligne politique et conscience des oppressions. A écouter beaucoup de monde, on dirait que « être anti-oppressif » signifie texto « être sauce-dem », voire léninisant (car anti-impérialiste, etc). On a envie de dire que de ce point de vue le « wokisme » existe bel et bien, en tant que signe égal mis entre ces deux points, comme une obligation morale. Ainsi depuis que Mélenchon monte, on voit se multiplier les take type « les abstentionnistes / anarchistes qui allez pas voter Mélenchon, vous êtes pas les alliés que vous croyez ». On répond sans sourciller, depuis le courageux anonymat de cette brochure : « les sauces-dem qui faites passer votre ligne politique pour la réalité objective, vous êtes des sauces-dem avant d'être des alliés ou des concernés ». [2]Pouf, ça c'est envoyé, dans les dents.
Car pour adhérer autant à la gauche il faut croire sans questions ce qu'elle dit d'elle-même. On nous excusera de pas gober le truc. Plongeons nous dans le mandat Mélenchon deux secondes. Sous LFI, les CRA existeront toujours, et vous verrez bien comment ils traiteront les étrangers ou les militants contre les frontières. Sous Mélenchon, la police existera toujours, même si sûrement un peu plus bridée, or la police n'a qu'un seul rôle, et elle le tiendra. Sous Mélenchon, le travail existera toujours, or le travail EST l'institution de l'exploitation, indiscernable de ses composantes les plus fondamentales : exploitation racialisée et genrée... qui fondent le racisme et le sexisme systémiques. [3] D'une façon ou d'une autre, Mélenchon continuera de nourrir les racines mêmes de ce qui finit par s'incarner sous la forme de l'extrême-droite, tout simplement parce que le seul moyen de ne pas les nourrir est de démanteler le capitalisme [4], chose dont il n'a aucune envie et qui ne viendra pas de lui. Lui, au contraire, se propose magnanimement en continuateur.
Affirmer, comme la gauche le fait, qu'il pourrait exister un capitalisme moins suprémaciste, moins patriarcal, un capitalisme dont l'exploitation serait un juste régime salarial pour tout le monde est un mensonge absolu. Ce mensonge a une fonction : faire dériver les désirs d'émancipation dans des théories moins radicales, moins difficiles, moins absolument demandantes que la révolution. Il suffit de voter et de pousser tout le monde à le faire et hop ! ça sera bon. Ça permet à une partie de la militance de se sentir investie d'une mission d'éveil des consciences bien surplombante typique des socialos autoritaires. Et si c'est pas bon, tkt, dans cinq ans on repart. Nous, on pense que ça pue la merde. Qu'on a autre chose à foutre que de se mobiliser pour ça. Qu'on préfère pas faire semblant qu'on fait quelque-chose si ce quelque-chose c'est : servir les récupérateurs de nos colères et de nos espoirs, ces connards qui, en jouant la carotte entre les coups de bâton, participent à la paix sociale tout autant que la droite et l'extrême-droite. [5]
IV. Que faire ? (lol)
Donc rappelons quelques points qui nous paraissent très importants.
1. Les révolutionnaires ne sont pas responsables de l'arrivée de la droite au pouvoir, même quand ils ne votent pas.
2. La gauche n'est qu'une des formes du capital. Et c'est par une vision raciste/sexiste, car occultant les réalités impérialistes, suprémacistes, structurellement sexisantes du capital, que cette gauche parvient à se rendre acceptable voire « désirable ». Elle est à cet égard une saloperie sans nom, car elle distord la réalité du capital dans nos têtes, brouille la lutte des classes en la transformant en « lutte de la droite contre la gauche ».
3. Ce point n'exclut ni le fait que les fractions dominantes de la bourgeoisie ne veulent pas de Mélenchon à la tête de l'Etat, ni qu'un mandat sous son gouvernement serait moins violent qu'un mandat sous n'importe quel autre parti présidentiable. Pour autant, il faut bien comprendre ce que veut dire ce troc : un peu moins de violence localisée et spécifique contre le maintien et la continuation de la violence partout ailleurs, dans l'écrasante majorité des sphères de la société. Le maintien et la continuation de la violence comme modèle d'organisation de la société. Et la paix sociale voire le soutien des militants à un mandat qui sert l'exploitation et son fonctionnement patriarcal-racial-écocide. Ce n'est pas notre programme.
4. Être révolutionnaire ne consiste pas à faire le plus confortable : en l'occurrence, se rallier derrière le premier parti sauce-dem venu, même si sans révolution en vue d'ici là évidemment qu'on espère que ce sera plus lui que les autres connards encore pire. On a peur comme tout le monde, et bien sûr qu'on veut le moins de violence possible, et bien sur que si c'en est d'autres le niveau de violence sera un voire plusieurs crans au-dessus. Et bien sur que ça retombera sur les personnes oppressées, puisque le capital fonctionne comme ça. On n'est pas dans le déni, et la situation nous plait pas.
Mais c'est juste pas la question. Si la situation en est là c'est pas à cause des abstentionnistes mais des défaites dans les luttes concrètes, défaites que l'électoralisme alimente en nous mobilisant sur les enjeux des bourges. Et défaites qui seront tout autant provoquées par une police de gauche qu'elles le sont par la police actuelle. On est pas là pour dire « Mélenchon c'est plus gentil que Retailleau alors vote Mélenchon », on est là pour tendre vers la conflictualité avec ceux qui permettent à ce système de se perpétuer.
Si une propagande est à faire, c'est donc aussi bien pour démonter le discours de la droite et de l'extrême-droite que pour montrer en quoi Mélenchon fait partie du système capitaliste bien plus qu'il ne le combat, et en quoi le capitalisme est fondamentalement une horreur sans nom, sous toutes ses formes, de droite comme de gauche. Seul ce type de discours peut nourrir les buts que l'on poursuit, à savoir donner de la force à tout ce qui peut aller vers le renversement de ce putain de système de merde pour mettre en place le communisme/l'anarchisme. Dans cette optique, passer son temps à soutenir Méluche/ à ne taper que sur l'extrême-droite nous parait complètement contre-productif. En fait, donner notre temps et notre énergie à investir les échéances électorales, autrement que pour en montrer ou en attaquer la nature bourgeoise, nous semble être une putain d'aberration. On est pas la gauche, on veut pas l'être, on la vomit. Même si ça n'empêche pas qu'en attendant, en effet, nos défaites nous poussent à espérer plutôt lui qu'un autre.
5. Enfin, quand on dit tout ça sur « lui plutôt qu'un autre » et etc, on veut quand même poser qu'on le dit en négatif, par rapport au programme des autres : oui, si c'est lui, ça n'est pas Le Pen, Philippe ou Retailleau. Mais le concernant lui, on n ‘a pas beaucoup d'attentes. Une partie de la sphère militante semble avoir fait de lui son nouveau Jésus en partant du principe qu'il fera tout ce qu'il a promis. On veut rappeler que c'est un politicien qui veut avant tout être élu. Pour le reste, ce qu'il voudra réellement faire, ce qu'il pourra réellement faire, c'est une autre histoire, mais rappelez-vous bien que Mitterrand aussi s'est présenté plusieurs fois avant d'être élu et ça l'a pas rendu plus radical dans les actes. De même, le Front Populaire en 36 a aussi été élu sur le sujet de « la menace fasciste » et les seules avancées réelles qu'il a mises en place sont celles que le prolétariat a contraint le patronat à accepter ; autrement, c'était un parti sauce-dem basique qui comptait pas faire grand-chose. Et qui a, comme tout bon parti de « gauche radicale » qui se respecte, détricoté tout ce qu'il pouvait de droits de notre camp durant le reste de son mandat. Il nous parait évident que Mélenchon élu, après quelques-mesures démago, va beaucoup, beaucoup, décevoir. Je veux dire, incarner et récupérer nos espoirs face à la montée de l'horreur du capital, c'est littéralement son boulot. Ça nous paraitrait vraiment bien si les voix militantes autour de cette campagne proposaient autre chose que la collusion basique avec la bourgeoisie.
Conclusion
Comme dans tous les moments d'élection, nos voix vont être plus inaudibles que d'habitude. C'est dans la révolte et les mouvements sociaux que nos aspirations existent et trouvent de l'écho : le terrain de l'Etat et des institutions est celui de la social-démocratie, depuis sa forme la plus légère et réformiste – Mélenchon – jusqu'au bout du spectre rouge qui tâche – léninistes, « radicaux », stals... Ils vont s'époumoner, ce moment est pour eux, mais au moins qu'on ne les laisse pas imposer leur vision autoritaire et la faire passer pour révolutionnaire là où on pourra l'empêcher [6]
D'une façon ou d'une autre, une fois Mélenchon élu, c'est contre lui et sa police, et contre une partie des « militants » transformée en supplétifs informels – gauchistes syndicalistes et léninistes – , qu'on devra sortir dans la rue pour se battre. Non, la révolution ne sera pas plus avancée ni plus facile sous Mélenchon. De même qu'elle n'était pas plus « objectivement avancée » à l'époque de l'URSS ou du Front Populaire : ces gens-là ne sont tout simplement pas nos alliés. Si l'avancée de l'extrême-droite n'est pas une bonne nouvelle, le renouveau de la gauche et de « l'espoir » mystificateur qu'elle incarne ne le sont pas, et ne le seront jamais non plus.
A5
A4
[1] Le compte c'est commissar_howitzer après on fait pas la pub, c'est pas vraiment un anti-autoritaire
[2] Oui c'est un peu un équivalent de « prout prout c'est celui qui dit qu'y est ». Mais des fois c'est un bon argument.
[3] C'est pourquoi la gauche réformiste passe son temps à mettre le sexisme et le racisme du côté de la conscience, de l'éducation, de l'individu : ça permet d'effacer la réalité des oppressions, qui sont des composantes de l'exploitation, et qui ne peuvent qu'être reproduites si ces composantes ne sont pas démantelées.
[4] A la fois en tant que structure, et en tant que rapport social
[5] Et la paix sociale, on est d'accord, c'est la guerre sociale en train d'être perdue
[6] Et ce, même s'ils utilisent pour ça tous les arguments les plus fallacieux – comme faire de leur ligne la seule envisageable si on « prend en compte le réel » ou mettre un signe égal entre « anti-autoritaire » et « privilégié ».
L'humour est omniprésent, et pourtant, les conséquences de ce qu'il transporte avec lui sont souvent invisibilisés.
Et oui, on dit des trucs « juste pour rire », il faut « pas prendre au sérieux » ce qui est dit, et puis si on rigole pas c'est « qu'on est pas drôle ». Alors, c'est difficile de combattre les méfaits de l'humour quand ses effets paraissent difficiles à rendre visible.
Naviguer dans le brouillard de l'humour n'est pas un voyage facile.
On ne va pas tout explorer ici, l'idée est de partager des questionnements et des bouts de réflexions, mais pas de proposer une approche globale, systémique et exhaustive de la place de l'humour dans notre société.
Cette brochure nait de l'envie de constituer un support accessible qui propose des réflexions, des questionnements et des partages d'expérience par rapport à l'humour pour raconter en quoi l'humour est politique.
Elle tente d'expliciter certains lien entre l'humour et les oppressions systémiques et les rapports de pouvoir. Puis elle propose quelques pistes pour éviter de véhiculer de l'humour oppressif, pour savoir comment réagir et comment alimenter d'autres types d'humours.
Version à lire avec la mise en page dans ce pdf : https://infokiosques.net/IMG/pdf/en_finir_avec_l_humour_oppressif-mai2026-pageparpage-asa-48pa5-2.pdf' class=" spip_doc_lien" title='PDF - 2.9 Mio' type="application/pdf <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1784872590> En finir avec l'humour oppressif - version page par page 48 pages à lire sur écran.
Aahh, l'humour ! Vaste sujet !
Il y a pleins de choses chouettes que permet l'humour : décompresser, créer de la complicité, tisser du lien social, créer des références communes, dédramatiser une situation, etc.
Rire un bon coup, ça peut provoquer un genre d'euphorie ultra libérateur, et partager un fou rire avec des gens ça peut être vraiment incroyable ! <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-001.png>
Mais bon, ça permet aussi des trucs moins chouettes : véhiculer des idées violentes et discriminantes, exclure quelqu'un, se moquer, renforcer des stéréotypes, engendrer des biais de pouvoir, etc. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-002.png>
L'humour est omniprésent, et pourtant, les conséquences de ce qu'il transporte avec lui sont souvent invisibilisés.
Et oui, on dit des trucs « juste pour rire », il faut « pas prendre au sérieux » ce qui est dit, et puis si on rigole pas c'est « qu'on est pas drôle ». Alors, c'est difficile de combattre les méfaits de l'humour quand ses effets paraissent difficiles à rendre visible.
Naviguer dans le brouillard de l'humour n'est pas un voyage facile.
On ne va pas tout explorer ici, l'idée est de partager des questionnements et des bouts de réflexions, mais pas de proposer une approche globale, systémique et exhaustive de la place de l'humour dans notre société. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-003.png>
Cette brochure a surtout pour intention de proposer un support de réflexions et de discussions pour regarder l'humour par un prisme politique et par une approche ayant pour point d'entrée les oppressions systémiques.
Introduction……………………………………………………………………………………..P2
Mais qui est la voix off de cette brochure ?…………………………………………….P6
Contexte d'écriture de cette brochure…………………………..……………………..P10
En quoi l'humour est politique ? …………………………………………………..…….P12
Quels liens entre oppressions systémiques et humour ?……………….………….P16
Différents types d'humour…………..…………………………………………..………..P23
Auto-check avant de faire preuve d'humour…………………………….……...…...P27
Comment réagir à de l'humour oppressif/blessant ?……………….……………….P29
A propos de légèreté et d'insouciance………………………………………………....P36
A propos de culpabilité, de honte et de responsabiltiés…………………….….….P40
Apprendre à se connaître pour incarner des formes d'humour appropriés...…P41
Et l'autodérision dans tout ça ? ………………………………………...…………..…...P43
Le risque de l'anti-norme oppressive………………………………………….….……..P44
Vers des nouveaux imaginaires de l'humour ?………………………….…………....P45
Quelques questionnements en vrac……………………………………...……………..P46
Remerciements…………………………………………….…………………...…………….P47
Moi, c'est Asa !
Je trouve ça toujours difficile de savoir comment se présenter : à la fois, je trouve ça important de contextualiser et de situer son propos, et en même temps, j'ai en tête qu'on fait toujours une sélection de ce qu'on souhaite raconter ou ne pas raconter donc c'est pas toujours évident de trouver la juste quantité d'informations à donner et la manière de le faire. Je vais citer quelques éléments me concernant et que je trouve utile pour comprendre d'où je parle dans cette brochure, mais évidemment c'est une présentation incomplète et biaisée.
Je suis une personne racisée (asio-descendante) vivant en France métropolitaine, sociabilisée femme (je m'identifie non-binaire) plutôt jeune (née dans les années 2000) et passionnée d'un milliard de sujets. J'ai fait un transfuge de classe : raconté de manière caricaturale, je suis passée d'une famille immigrée plutôt précaire à des milieux intellectuels plutôt bourgeois via des études dans le supérieur plutôt élitistes que j'ai faites.
Maintenant, je traîne dans des tas de milieux différents : des milieux anarcho-queer, des cercles sociaux se revendiquant de faire du soin politique, des espaces d'extrême gauche où ça parle désobéissance civile et ZAD, des milieux écolos cherchant à faire évoluer l'enseignement supérieur et les entreprises, des sphères institutionnelles ancrés dans le système dominant, etc. Je fréquente parfois des espaces marginalisés, avec des gens ne faisaient pas partie des normes dominantes, tout comme je peux parfois travailler dans des espaces de pouvoir très institutionnels.
En termes de contrastes, j'ai à la fois passé des repas venant de récup dans des poubelles de supermarché avec des potes précaires, tout comme j'ai aussi participé à des buffets indécents coûtant des milliers d'euros avec des personnalités « connues ».
Vivre tout un tas de choses dans des milieux très différent me questionne, notamment sur la place que l'humour peut avoir en fonction de différents espaces sociaux et ma manière de vivre les questionnements qui m'animent avec tout mon coeur c'est d'en parler avec des gens, d'animer des ateliers à ces sujets, et d'écrire.
Pleins d'éléments m'ont amené à écrire cette brochure :
- Kiffer la formalisation, et creuser des sujets en profondeur
Quand un sujet attire mon attention, j'ai envie de le décortiquer, de voir le monde par ce prisme, et chercher à comprendre comment les autres le vivent.
Concernant l'humour, je pense que je me suis beaucoup interrogé sur mon rapport à l'humour, ce qui me faisait rire ou pas, ce qui me mettait à l'aise ou pas, ce que j'incarne avec mon humour et puis plus globalement, les liens entre humour et rapports de pouvoir. J'aime beaucoup mettre en mots et en forme mes réflexions (souvent, surtout issues de discussions avec des ami·es), pour qu'on puisse échanger sur ces bases, débattre dessus et l'idée de centraliser des années de réflexions et de discussions dans un doc me plait bien ! <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-004.png>
- Vivre des oppressions systémiques et des injustices au quotidien
Depuis mon enfance, je me prends des « blagues » racistes. Des « ching chong » au lycée avec des camarades reproduisant à merveilles une caricature de yeux bridés, des questions pouvant s'apparenter à du racisme et autres joyeusetés de vécus d'exclusions et de moquerie du fait de mon appartenance éthnique.
Ça, c'est la phase visible de l'ice-berg du « parfois l'humour c'est tout pourri ». Il me paraît évident que ces situations sont des vrais sujets, mais j'aimerai bien ne pas me limiter à ces blagues, mais aller creuser aussi les trucs moins évidents et davantage questionnants. Chercher en quoi l'humour, peut implicitement devenir un outil de pouvoir. Des situations où je questionne ma légitimité à ressentir du malaise. Des situations où il n'y a pas vraiment de coupable ni de victime, mais qu'il se joue quand même des trucs pas anodins.
Mon sentiment d'insécurité par défaut dans les groupes a toujours été là, mais je mets les mots dessus depuis très récemment. Depuis que j'y associe des lunettes des oppressions systémiques, je comprends mieux certains mécanismes rapports de pouvoir implicites qui me font ressentir dans mon corps un sentiment de « je ne suis pas à ma place ici / je ne suis pas en sécurité auprès de ces personnes ». J'ai le souhait que des personnes puissent trouver du réconfort, de la légitimation et des outils à la lecture de cette brochure.
Je pense que l'humour me touche. Déjà parce que j'ai pas vraiment gagné au jeu de la roue des privilèges (même si j'ai de nombreux privilèges et avantages dans la société) et que je pense que ça contribue à ce que je sois sujette à beaucoup d'humour oppressif. Mais aussi parce que je suis très sensible à toute dynamique de groupe pouvant être excluante, dogmatique, oppressante et que l'humour peut être un formidable instrument pour ça.
- Désirer contribuer à changer nos mondes
L'humour a beaucoup de place dans ma vie que je le veuille ou non. Ça me va pas de juste subir sa présence pesante sans rien y faire alors même si l'humour restera toujours un truc plus grand que moi, je me suis dit que sans avoir l'ambition de changer LE monde, je pouvais au moins tenter de changer les petits mondes qui m'entourent.
Je crois que par l'humour, on peut déconstruire et reconstruire beaucoup de choses. Je pense que questionner la place de l'humour dans nos relations et collectifs, et trouver d'autres voies pour rire ensemble, ça contribue à incarner des cultures du soin.
- Contribuer à diffuser des cultures de soin
Le soin, c'est ma boussole de vie. Tout ce qui fait sens pour moi rentre dans cette boussole. Dans ma vie relationnelle, pro, perso et militante, j'essaie de trouver comment diffuser des cultures de soin. Cette brochure s'inscrit dans cette volonté. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-005.png>
Parce qu'il y a des champignons délicieux, et d'autres toxiques.
Et parfois, c'est dificile de les différencier entre eux. : c'est un peu comme l'humour !
Et aussi parce que j'avais envie d'aérer cette brochûre donc je cherchais à dessiner des personnages mais je suis pas super compétent·e pour dessiner des êtres humains alors les champignons c'était plus facile pour moi.
Pour les dessins, je me suis beaucoup inspirée de champignons sur Pinterest, la plupart des designs de champignons ne viennent pas de moi même si je les ai adapté à ma façon.
<https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-006.png>
Avant la naissance de cette brochure, il s'est passé pleins de choses !
Tous pleins d'ateliers...
J'ai eu la chance de vivre dans un lieu de vie collectif avec beaucoup de passage– on y était parfois une trentaine d'habitant·es - dans lequel on avait l'habitude de s'animer des ateliers entre nous. Ça pouvait être une mini conf, un atelier tricot, une danse collective. N'importe qui pouvait proposer un truc, et ça attirait forcément quelques âmes curieuses et intéressées. Dans ce cadre là, j'ai conçu et animé pour la première fois un cercle de discussion sur l'humour oppressif. On a beaucoup, beaucoup parlé. Tard le soir, jusqu'à s'endormir dans nos canapés tout moelleux. C'est là qu'est né plusieurs éléments de cette brochure, grâce à ces moments collectifs où je me sentais à la fois entourée, et hyper stimulée. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-007.png>
...Et un début de formalisation !
Ensuite, avec mon binôme associatif de l'époque, on a voulu animer un autre atelier à ce sujet, mais en créant des supports qui centraliserait des questionnements et réflexions. Il a donc crée 4 affiches qui nous ont servi pour un atelier organisé dans une asso de notre école. Ces affiches, on les a ensuite pas mal diffusé par ci par là quand on rencontrait des gens qui voulaient creuser ce sujet mais qui savaient pas trop par où commencer.
J'ai continué à animer des ateliers à ce sujet, sur base de ces affiches mais je ne me retrouvais plus dans certains propos de ces affiches, et plus le temps passait, plus j'avais envie de rajouter des réflexions, compléter tout ça de récits. Et j'ai trouvé que le format brochure était plus propice pour ça.
Voilà une version un peu plus complète et riche que les affiches qu'on avait formalisé avec Momo. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-008.png>
Et ainsi, naissa cette brochure ! <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-009.png>
Je vois cette brochure comme un condensé de réflexions et questionnements à un instant T. Je serai peut-être plus trop d'accord avec des réflexions que j'ai écrite, il y a sans doute des angles morts dans ce que je propose, mais c'est pas grave ! C'est fait pour être un outil de dialogue, de discussion, pas une proposition de vérité absolue. Je vous laisse donc avec ça en tête. Cette brochure n'a pas l'intention d'être consensuelle, et a plutôt vocation à rendre visible des trucs, pour nourrir des débats et réflexions : à vous de prendre ce qui vous parle ou pas !
Cette brochure est écrite à la première personne du singulier, car c'est moi qui l'écrit et que je ne souhaite n'engager que moi dans les propos que je tiens, mais il est le fruit de réflexions et questionnements collectifs issus de discussions avec des potes ou des participant·es à des ateliers.
Je m'aventurerai pas à proposer une définition de ce que c'est la politique, mais j'aimerai malgré tout commencer cette brochure par affirmer que je pense que notre rapport à l'humour est politique, et doit être davantage politisé. Une manière d'expliquer pourquoi l'humour est politique, c'est de visibiliser que l'humour est un acte social et que quand une personne se sent victime d'humour oppressif, c'est pas juste une histoire de liens interpersonnels, mais il s'y joue des enjeux plus systémique. Quand j'exprime que l'humour est politique, c'est pour visibiliser que l'humour s'inscrit toujours dans un contexte socio-politique donné, et qu'il peut créer ou renforcer des dynamiques de pouvoir qui sont loins d'être neutres ou sans conséquences.
Dans cette partie, je vais partager des réflexions et croyances que j'ai sur l'humour. Elles n'ont pas de valeurs sociologiques ou scientifiques particulières.
Si vous souhaitez vous renseigner sur ces sujets avec une approche davantage documentée, sourcée et avec des expérimentations sociales, vous pouvez lire la thèse de Léo Facca « Est-ce vraiment “ juste une blague ” ? Effet du groupe ciblé, des préjugés et de l'adhésion aux stéréotypes sur la perception de l'humour de dénigrement : une approche expérimentale. » ou vous renseigner sur les études de psychologie sociale de Monica Romero-Sànchez.
Perso, je me suis pas beaucoup plongé dans ces références là parce que j'avais pas l'envie et la motivation de faire un travail de recherche solide, alors je propose juste des bouts de réflexions sur pourquoi je pense que l'humour est politique :
- L'humour véhicule souvent des valeurs et stéréotypes
Je sais pas s'il serait possible ou souhaitable de quantifier un pourcentage de blagues qui reposent sur des préjugés discriminants, mais j'ai le sentiment que l'humour véhicule principalement des stéréotypes visant des individus et groupes sociaux particuliers : les femmes, les personnes racisées, les personnes en situation de handicap, les personnes queer, etc. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-011.png>
Par l'humour, on peut donc véhiculer beaucoup de stéréotypes : les femmes sont nulles et dangereuses au volant, les arabes sont des voleurs, les personnes en situation de handicap sont bêtes, etc.
Les blagues sexuelles me paraissent se baser souvent sur un imaginaire d'hyper-sexualisation, d'objectification des femmes et minorités de genre, de personnes racisées ou sur une désexualisation de personnes âgées et/ou en situation de handicap. La plupart du temps, les blagues liées à la race reposent davantage sur l'imitation d'accent, des préjugés racistes ou des stéréotypes de classes sociales que sur les désastres du colonialisme.
Il y a donc des tendances globales concernant ce sur quoi porte l'humour. Et le fait qu'on se moque majoritairement de certains groupes sociaux, c'est pas anodin. Ça dit quelque chose sur notre manière de faire société. Et ça vient renforcer des valeurs.
- L'humour diffuse, légitime, banalise et rend acceptables socialement des valeurs et stéréotypes
L'humour contribue à la tolérance de la discrimination. Sous l'apparence de légèreté et par prétexte de « on dit ça juste pour rigoler, ça va ! », l'humour permet de banaliser et rendre acceptables socialement certaines valeurs et stéréotypes. S'il ne paraitrait pas très acceptable socialement d'énoncer sérieusement que les femmes blondes sont plus bêtes que les autres, rire autour d'une blague sur les blondes peut paraître beaucoup plus innoffensif. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-013.png>
On appelle « humour de dénigrement » une forme d'humour qui favorise les préjugés et la discrimination.1
- L'humour est un outil de cohésion sociale
L'humour est un super outil pour identifier des individus qui nous ressemblent, avec qui on peut s'entendre et connecter. Rire avec quelqu'un, ça peut déjà être un signe de compatibilité. Ainsi, l'humour permet d'être un facteur de rapprochement, et conditionne ce qui permet ou pas de faire groupe. Il permet de consolider des normes sociales, en participant à créer des cadres collectifs et peut participer à certaines formes de sentiment d'appartenance.
Par exemple, les blagues sur la prétendue stupidité des Belges permet de créer de la cohésion sociale pour les Français.es qui se rapprochent en se moquant d'un autre groupe social. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-014.png>
- L'humour est vecteur de biais de pouvoir
Dans des dynamiques de groupe, il y a toujours des rapports de pouvoir. Un rapport de pouvoir, c'est pas forcément très visible au premier regard. C'est pas forcément une humiliation bruyante et flagrante. Ça peut être discret, insidieux, mais pas moins violent ou blessant. C'est pour ça que pour moi c'est très important de mettre le doigt et les mots sur comment l'humour peut être vecteur de pouvoir.
Quand j'observe un groupe, j'aime porter mon attention sur qui parle, qui ne parle pas, qui est écouté, qui ne l'est pas. Comment les identités sociales (genre, classes, races, religion, capital culturel, académique, économique) entrent en jeu dans les interactions.
L'humour permet un bon prisme d'analyse : Qui fait une blague ? Qui rigole ? Qui ne rigole pas ? Sur quoi portent les blagues ? Quelqu'un qui fait une blague et fait rire les autres attire l'attention, et potentiellement, volontairement ou pas, dicte les normes d'un groupe.
L'humour est souvent valorisé socialement, et les personnes qui détiennent des formes d'humour qui seraient valorisé dans un cercle social peuvent attirer l'attention, paraître intelligent, avoir de la répartie et ça peut donc leur conférer des formes d'auras, de charisme et de pouvoir.
Par exemple : J'ai parfois tendance à « clasher » des ami·es avec ma répartie. Ça fait rire, c'est valorisant pour moi, mais c'est parfois très blessant selon ce que je véhicule, ma relation avec la personne cible de la blague, le contexte social et le vécu de la personne cible. C'est une forme de rapport de pouvoir que d'avoir de la rhétorique, de penser rapidement, d'avoir de la répartie, et ça peut sembler banal mais ça peut être vraiment humiliant, excluant et violent de se faire moquer par des blagues. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-015.png>
Parler des oppressions systémiques, c'est vertigineux. Avoir une porte d'entrée, ça permet d'avoir une prise. Il y a des tonnes de manière de définir une oppression systémique, voici ce que je propose :
Une oppression systémique est le résultat et la composante d'un système qui, pour un critère donné, va engendrer de façon globale des discriminations sur un groupe social dit dominé / opressé / discriminé, et réciproquement conférer des privilèges à un groupe social dit dominant / oppresseur / privilégié. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH231/humour_oppressif-016-2-53c4e.png?1784887761>
Les oppressions systémiques sont omniprésentes. Dans notre manière d'organiser notre société, dans nos politiques, nos lois, nos institutions mais aussi dans notre manière de penser, de relationner et de s'organiser.
Elles s'ancrent dans des rapports de pouvoir, se traduisent par des préjugés/stéréotypes et s'incarnent par des postures/comportements oppressifs.
A propos d'intersectionnalité : pour une approche décloisonnée et systémique des oppressions systémiques
Présenté sous forme de tableau, les oppressions systémiques et leur système d'oppressions peuvent sembler très cloisonnées. Dans la réalité, toutes les oppressions forment des liens complexes en synergie.
L'intersectionnalité désigne un concept permettant de penser les identités sociales non pas de façon séparée ou cumulée, mais en synergie pour en identifier leur spécificités.
Historiquement, ce concept émerge et est popularisé par Kimberlé Crenshaw (militante, avocate, professeur) qui lie la race et le genre pour mettre en lumière que les expériences vécues par une personne noire, et par une femme, ne peuvent pas être comprises et analysées comme deux données séparées ou indépendantes2.
Dans les grandes lignes, une identité sociale liée à une oppression + une identité sociale liée à une autre oppression n'est pas égale à = 2X d'oppressions
Mais plutôt, une identité sociale liée à une oppression + une identité sociale liée à une autre oppression = un cocktail singulier et complexe d'oppressions, non cumulables, mais en synergie
Pourquoi parler d'intersectionnalité ?
Pour ne pas reduire l'identité d'une personne à un privilèges ou un non-privilège. Chaque personne a son histoire unique, et il me paraît important de prendre en compte de manière nuancée et complexe ça. (= ne pas reduire une personne racisée à une pauvre victime du système raciste, ne pas réduire un mec blanc à un méchant oppresseur)
Préjugés, discrimination, et oppressions : quelles différences ?
Inspiré du comic : https://everydayfeminism.com/2017/01/trouble-explaining-oppression/
Un préjugé est un biais internalisé :
• "Les relations homosexuelles sont anormales et déviantes"
• "Les personnes grosses sont moches"
• "Les musulman·nes ont plus de chance d'être des terroristes"
Une discrimination est la concrétisation d'un préjugé :
• Refuser la location d'un appartement à un couple d'homosexuel
• Se trouver moche car gros·se
• Suspecter davantage les musulman·es de comportements dangereux
Les oppressions sont les poids et forces systémiques de ces préjugés et discrminations sur les personnes concernées
• Des lois qui ne protègent pas les discriminations basés sur l'orientation romantico-sexuelles
• Des magazines promouvant une culture de la beauté normée
• Des politiques publiques excluantes des musulman·nes
Pour lutter contre tous ces systèmes d'oppressions injustes, il faut agir sur tous les maillons de la chaîne !
A propos de privilèges et de non-privilèges
Chaque individu a un lot de privilèges et de non-privilèges.
Le privilège social, ça désigne une notion en sciences sociales, qui offre des avantages sociaux/degrés de prestiges/rangs dans la société en fonction de son appartenances ethniques, de classes sociales, d'âges, de sexe, d'identité de genre, d'orientation sexuelle et relationnelles, de religion, etc.
Les systèmes de privilèges et non-privilèges impliquent par exemple :
• Un partage non-équitable de la charge mentale. La charge mentale est le poids psychologique que fait peser (plus particulièrement sur des personnes particulièrement discriminées) la gestion des tâches domestiques et éducatives, engendrant une fatigue physique, et surtout, psychique. Cette préoccupation constante de la logistique du foyer, même dans les moments où elles ne sont pas dans l'exécution de ces tâches est aussi pesante. Cette notion peut être applicable à d'autres domaines que la gestion du foyer.
• Des différences dans le sentiment de sécurité par défaut dans les espaces publics, les relations, les collectifs, etc.
• Une exclusion invisibilisée de certains groupes sociaux dans certains espaces.
• Un rapport à la légitimité différent.
• Un accès aux richesses et au confort non-équitable.
• Etc etc etc.
Avoir des privilèges, c'est pas seulement avoir plus de chances d'avoir sa paie augmentée lorsque l'on est un homme cis blanc. C'est aussi :
• Avoir le privilège de l'inscouciance et de ne pas se soucier de certaines charges mentales et émotionnelles.
◦ Ex : une dynamique typique dans un couple hétéro est la femme portant la charge mentale des tâches ménagères, la charge contraceptive et la charge émotionnelle du couple tandis que l'homme ne comprend même pas en quoi consiste tout ça.
• Ne pas se rendre compte des oppressions que vivent les autres, et avoir tendance à ne pas les croire, les légitimer. Et/ou chercher à se justifier de ses bonnes intentions sans mettre le focus sur le récit de la personne concernée.
◦ Ex : Je constate que la plupart du temps, quand je raconte un vécu de situation raciste que j'ai vécu, la·es personne·s blanche·s devant moi sont souvent choqué·es et arrivent à peine à me croire et vont parfois avoir tendance à remettre en question mon récit ou le minimiser.
Avoir des non-privilèges, c'est par exemple :
• Devoir se sur-adapter en permanence pour se faire accepter socialement, et donc performer, compenser, se contorsionner pour correspondre à un fonctionnement normé.
◦ Ex : c'est le cas pour des personnes ayant des handicaps invisibles. (#validisme #psychophobie)
• Se justifier en permanence de ne pas être capable de faire quelque chose et être soupçonné de flemme car "si on veut, on peut" #capacitisme #validisme #psychophobie
• Ne pas se sentir légitime de prendre la parole.
• Ne pas se sentir appartenir à un groupe social.
◦ Ex : être la seule personne racisée dans un groupe de blanch·es peut entraver le sentiment d'appartenance et la légitimité à trouver sa place
• Subir de la négligence en ayant moins de chances que ses besoins soient remplis par la société, des collectifs, des relations, etc.
Apprendre à se situer au niveau de ses privilèges et non-privilèges, et agir en conséquences
Savoir se situer, ça s'apprend, ça prend du temps, et ça se fait au fur et à mesure de discussions, d'expériences de vie, de conflits, de partages de récits, etc.
Un outil pouvant être utile pour apprendre à se situer est celui du CRIAW ICREF3.
Ici, cet outil d'éducation populaire en lien avec des enjeux d'intersectionnalité permet d'illustrer :
• Par le cercle intérieur : les circonstances particulières de chaque personne, associé à des “rangs” dans la société
• Par le deuxième cercle : Des aspects identitaires (correspondant à des privilèges et non-privilèges)
• Par le troisième cercle : Différentes formes de discriminations et systèmes oppressifs
• Par le cercle extérieur : Des structure et forces plus larges renforçant les systèmes oppressifs
Proposition d'exercice : Vous pouvez prendre une feuille et écrire les aspects identitaires qui vous concerne du deuxième cercle et tenter d'identifier si vous êtes plutôt privilégié·e ou pas sur chaque aspect. Les réponses ne seront pas forcément binaires car certains aspects pourront être à la fois des privilèges et des oppressions pour vous. L'idée n'est pas d'atteindre une réalité objective parfaite de vos privilèges et oppressions via cet exercice, mais plutôt de se mettre dans une posture de questionnement vis-à-vis de ses identités sociales. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH385/humour_oppressif-017-2-fe831.png?1784887761>
Chaque personne ayant son lot de privilèges et de non-privilèges. Il peut paraitre important d'apprendre à se situer soi-même, pour pouvoir agir en conséquences.
Pour guider tes questionnements par rapport à ces enjeux, tu peux te demander :
• Quels sont mes privilèges ? Quels sont mes non-privilèges ?
• Comment je me sens par rapport à ça ?
• Qu'est-ce qui m'interroge à ce sujet ?
• Quelle place ont les oppressions systémiques dans mes relations ? Dans mes collectifs ? Dans mon quotidien ? Dans ma vie professionnelle ?
• Est-ce que c'est un sujet dont je parle avec mes proches ? Si oui, comment ?
• Est-ce que je suis satisfait·e de mon rapport à mes privilèges et les oppressions que je vis ? Et si non, qu'est-ce que j'aimerai être différent ?
Pourquoi on parle d'oppressions systémiques ?
Parce que l'humour s'inscrit dans des enjeux en lien avec les oppressions systémiques ! Il peut faire partie de discriminations paraissant inoffensives, anodines et mineurs. Mais en réalité, c'est un instrument puissant, contenant un potentiel de violence fort et permettant de légitimer d'autres formes de violences.
La pyramide des niveaux de discriminations illustre différents types de discriminations, allant de ce qui paraît le moins violent au plus violent. L'humour se situerait dans un niveau de discrimination plutôt « faible »
La pyramide des niveaux de discriminations <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L422xH319/humour_oppressif-019-c747d.png?1784887761>
Toutes ces oppressions systémiques, systèmes d'opppressions et notion de privilèges s'incarnent concrètement sous la forme de discrimination de plusieurs types :
Des oppressions, il y en a de tous types. Toutes n'ont pas les mêmes effets, ou les mêmes répercussions. Dans cette brochure, je souhaite militer pour que ce qui est considéré comme violent et oppressif ne soit pas limité à de la violence physique et facilement visible. Je souhaite considérer et lutter contre toute forme de discriminations, d'oppressions, et de rapport de pouvoir, aussi "petites" et invisibilisées puissent-elles paraitre.
Pourquoi les "petites" oppressions invisibilisées sont importantes ?
Déjà, parce qu'elles ne sont pas si petites que ça ! Elles sont très impactantes du fait de leur caractère répété et omniprésent, et influence comment une personne se perçoit, est perçue, peut se sentir, etc. De plus, elles constituent la base de la pyramide des discriminations et permet et renforce des discriminations plus graves.
L'humour contribue à la tolérance de la discrimination sous l'apparence de légèreté et par prétexte de « on dit ça juste pour rigoler, ça va ! »
Dans un monde où il n'est pas acceptable de faire des blagues sexistes, alors, peut-être que le monde le serait moins ?
De plus, il y a parfois une plus grande capacité d'action sur des discriminations "petites" du fait de leur caractère récurrent et aussi du fait qu'il peut parfois être moins risqué de reprendre quelqu'un sur une blague qu'il a faite et questionner les valeurs qu'il a véhiculé (parfois inconsciemment et involontairement) que d'agir sur des menaces de vie directes.
L'humour, ce n'est donc pas que des petites blagues, c'est plus que ça. Ça a des impacts et des conséquences fortes et agir dessus est une manière de lutter contre les oppressions systémiques et les rapports de pouvoir.
Est-ce que tous les humours se valent ?
Je pense que tous les humours ne se valent pas. Il ne s'y joue pas les mêmes dynamiques de pouvoir selon l'humour qui est véhiculé. Par exemple, je considère qu'un groupe de mec qui se moquent d'une meuf avec des remarques sexistes, c'est pas les mêmes enjeux que des personnes racisées qui se moquent des racistes. Ou encore, je considère qu'une punchline tourné avec un ton humoristique pour protéger une personne qui se fait discriminée, c'est pas à mettre sur la même échelle que quelqu'un qui dit une punchline pour se moquer d'une forme de handicap.
Proposition de catégories de l'humour
Pour conceptualiser ça, avec mon binôme associatif de l'époque des affiches, on a fait une proposition de catégorisation de l'humour. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH340/humour_oppressif-020-2-af40e.png?1784887761>
Il y a différentes d'humour parmi tout ça : le comique de situation, le comique de répétition, l'absurde, les plaisanteries, l'ironie, les jeux de mots, le comique de geste, les caricatures, l'autodérisiton, l'humour noir, le sarcasme, la parodie/satire, le burlesque, le grotesque, etc.
Quelques exemples pour s'y retrouver
- L'humour ciblant des groupes sociaux
Ce qu'on désigne comme étant de l'humour oppressif, c'est de l'humour qui participe à perpétuer des oppressions systémiques.
Exemples :
• Dire une blague qui se repose sur un biais sexiste : J'ai une fois animé une formation où lorsque j'ai demandé aux participant.es s'iels avaient de quoi noter, un homme cis a répondu « Oui, on a des femmes dans le groupe ! »
• Renforcer des stéréotypes raciaux par des blagues-devinettes : « Pourquoi les chiens aboient beaucoup en Chine ? Parce qu'ils ne sont pas assez cuits »
• Véhiculer l'idée que les personnes trisomiques sont bêtes en disant « T'as pas compris ça ? T'es trisomique ou quoi ? »
Et bon, il pourrait y avoir tout une section « humour internet et memes » sur ce que ce type d'humour peut véhiculer. Ici un exemple illustrant sous la forme d'un raisonnement « scientifique » pourquoi les femmes sont des problèmes. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH339/humour_oppressif-021-2-d1efc.png?1784887761>
Les dynamiques en œuvre peuvent être nombreuses : renforcement de stéréotypes existants, déshumanisation, action d'exclusion, moqueries, etc.
En stand-up, on parle parfois de « punching down », c'est-à-dire, faire de l'humour en ciblant des personnes discriminées et qui reproduit donc des dominations, des oppressions et des humilitations systémiques.
Ce qu'on appelle humour subversif, c'est un humour qui renverse l'ordre social dominant.
Exemple :
• L'humour misandre (qui fait de l'humour sur les mecs cis). « Que donne un mec cis à Emmaüs ? Son avis ! »
• Tourner en ridicule le journalisme sensationnelle de droite (Gorafi)
• Tourner en ridicule l'impunité de certaines sphères de pouvoir (Malheurs actuels)
• Jouer sur un attendu « raciste » pour prendre par surprise et interroger ce présupposé « Comment appelle-t-on un noir qui conduit un avion ? – Un pilote ! »
En stand-up, on parle parfois de « punching up », c'est-à-dire, faire de l'humour en ciblant des personnes dominantes et qui crée donc des potentiels de subversion et d'émancipation.
- L'humour ciblant un individu
L'humour blessant, c'est de l'humour qui n'est pas en lien avec des oppressions systémiques, mais qui peut blesser une personne.
Exemple : Quelqu'un trébuche en rentrant dans une classe, quelqu'un le·a filme et puis fait tourner la vidéo en se moquant de la personne.
L'humour soutenant survient dans l'intention d'aider quelqu'un qui se fait discriminé.
Exemple : Un mec se moque d'une femme qui a fait la cuisine, et quelqu'un en fait une blague « drôle de façon de dire merci »
Avantages et limites de ces catégories :
Ce que j'apprécie dans le fait de catégoriser l'humour, c'est que ça permet de mettre en lumière qu'il ne se joue pas les mêmes dynamiques de pouvoir dans tout type d'humour. Tous les humours ne sont pas équivalents et ne véhiculent pas les mêmes idées. L'idée n'est pas de dire que l'humour subversif est forcément mieux que l'humour oppressif, mais plutôt qu'il ne se joue pas les mêmes choses quand on se moque de femmes asiatiques que quand on se moque du président des Etats-Unis.
Evidemment, ces catégories, comme toute tentative de formalisation sont imparfaites. Il y a des formes d'humour difficile à catégoriser, et l'intention n'est pas de réussir à mettre toute forme d'humour dans des petites cases, mais plutôt de mieux identifier ce qui peut se jouer dans une forme d'humour. C'est donc à voir comme un outil : ce n'est pas objectif, ce n'est pas parfait, ça a des limites, mais c'est parfois utile.
Faut-il cultiver de l'humour subversif alors que ça peut aussi être violent ?
J'adore l'humour subversif, mais c'est très personnel. J'ai beaucoup débattu à ce sujet et je sais que des personnes que je connais ne sont pas d'accord avec le fait de cultiver quelconque humour pouvant être dénigrant. Cette idée qu'il ne faut cultiver ni l'un, ni l'autre, est en lien avec l'idée que dans tous les cas, il y a de la violence qui est véhiculé et que ça entretient un cycle de la violence qui peut finir par être néfaste pour tout le monde. Si j'adore l'humour subversif, et que je le trouve émancipateur et réparateur, j'aime nuancer ce propos en mettant une vigilance sur la violence qui peut être véhiculée.
Bref, est-ce qu'il faut faire de l'humour subversif ? Perso j'adore ça, mais c'est fortement débattable !
Et puis qui décide de ce qui est subversif ou oppressif ? La frontière est floue et subjective. Peut-on tout justifier derrière le drapeau de la subversivité ? Pas sûre.
Pour autant, je considère ne pas me battre à armes égales avec mes « ennemis », et donc ridiculiser le pouvoir, je pense que c'est une arme qui me parle.
Est-ce que la fin justifie les moyens ?
Dans le fond, ça pose la question de : est-ce que la fin justifie les moyens ? Si la fin est louable (= ici, créer une société plus écologiste, juste et inclusive) est-ce que ça justifie d'avoir recours à des moyens violents (= ici, continuer à alimenter des dynamiques de moqueries, d'exclusion). C'est hyper complexe comme sujet, et j'oscille beaucoup entre plusieurs postures, en fonction des enjeux et des sujets. J'ai pas trop de réponses à ça, mais je trouve que c'est chouette de se poser la question et de si l'on souhaite avoir recours à l'humour, et pourquoi.
Dans tous les cas, il me paraît important de s'interroger sur pourquoi on rigole, et quels peuvent être les risques et effets de ce qu'on véhicule. Et justement ! D'où la proposition de l'outil qui suit :
Comment savoir si ma blague est oppressive ? Comment je peux changer mon rapport à l'humour ?
Hélas, je n'ai pas de solutions miracles sous la main. Je ne pense pas que le monde doit binariser un rapport catégorique à l'humour. Il n'y pas de tampons « humour oppressif / humour non-oppressif ». Je pense que toute situation est complexe, nuancée, et qu'on ne peut jamais s'assurer de la non-offensivité de ce qu'on dit. Par contre, on peut se questionner en amont pour limiter le risque de blesser. Voici une proposition de questionnements à se poser. C'est pas exhaustif et c'est pas parfait. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-023.png> <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-025.png> <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-027.png>
• Quelles sont mes intentions en faisant une blague (mettre à l'aise, créer de la complicité, rabaisser, me moquer, dédramatiser ?)
• Est-ce que je ris DE la/les personnes concerné·es par la blague ou AVEC ?
• Est-ce que les personnes présentes me connaissent assez bien pour comprendre mon intention ?
• Est-ce que ma blague peut être discriminante ou blessante directement ou indirectement ?
• Est-ce que ma blague véhicule de la violence ?
• Est-ce que ma blague peut causer des triggers ?
• Est-elle risquée du fait qu'elle touche à une caractéristique de groupes sociaux discriminés ?
• Est-ce que le contexte de ma blague est le bon ?
• Est-ce que le niveau d'interprétation de ma blague est claire ?
• Suis-je prêt·e à recevoir des retours négatifs sur des propos que j'ai émis ?
• Suis-je capable de répondre constructivement en me remettant en question ?
• Suis-je ouvert·e et capable de ne pas minimiser/délégitimer les ressentis exprimés ?
Il peut aussi y avoir des questionnements plus introspectifs : qu'est-ce que mon rapport à l'humour dit de moi ? D'où vient mon rapport à l'humour ? Est-ce que j'aime l'humour que je véhicule ou est-ce que j'aimerai le changer ? Si oui, quelles sont mes pistes de changement ?
Par exemple : j'ai beaucoup fait de l'humour en mode « clasher une personne », parfois de manière humiliante, parce que je voulais paraître intelligente et avoir de la répartie. Je trouvais ça valorisant qu'on rigole à mes blagues, et qu'on puisse être impressionné par la rapidité de mes idées. Mais je me suis rendue compte que je trouvais ça naze de faire ça alors j'essaie d'arrêter (même si je fais parfois de l'humour blessant et je le regrette).
Se poser les questions, ça peut être très long, et c'est un travail introspectif en soit. S'il ne me semble pas possible de se poser toutes ces questions en amont de chacune de ses blagues, je me dis que ça peut être un bon guide d'introspection pour y réflechir et que pour faire un autocheck rapide avant de faire une blague, il y a la possibilité de se concentrer sur les risques de cette blague : est-ce qu'il y a des risques à véhiculer ce que je vais dire ? Pourquoi ce serait risqué (du fait des personnes présentes, du fait de la nature de la blague) ? Est-ce que les intentions de ma blague sont claires pour les personnes présentes ?
Moyen mnémotechnique :
Si vous avez vu la série animée Avatar, le dernier maître de l'air, vous connaissez sûrement Iroh, l'un des personnages réputés comme étant plein de sagesse dans la série. Un moyen pour se souvenir des questionnements, c'est de penser aux :
– Intentions
– Risques
– Ouverture
– de son Humour
(IROH !)
Au début des ateliers que j'anime, j'aime beaucoup commencer les temps par demander aux participant·es quelles sont leurs intentions et attentes dans l'atelier. La plupart du temps, ce qui revient surtout c'est : comment « bien » réagir face à des situations d'humour oppressives ? <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-029.png>
Il n'y a pas de bonnes réponses ou de modes d'emplois. Chaque situation est singulière et porte un contexte particulier. Du coup, je vais surtout évoquer des postures, des manières de réagir, et les commenter.
Comprendre les dynamiques collectives existantes
Déjà, il y a toujours des dynamiques collectives et des rapports de pouvoir existants en jeu. C'est impossible de tout déceller, et de réussir à tout percevoir finement avec lucidité en tout temps, mais quelques questionnements peuvent aider à observer la situation.
• Quelles sont les relations entre les personnes présentes ?
◦ Est-ce que les personnes ont une bonne relation ?
◦ Est-ce qu'il y a de l'espace pour communiquer entre ces personnes ?
◦ Est-ce qu'il y a des biais de pouvoir entre les personnse ?
▪ Ex : une participante racontait pendant un atelier ne pas réussir à réagir à des blagues homophobes car la personne qui les racontait était son patron. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-030.png>
• Est-ce que la personne/les personnes concernées par la blague sont présentes ?
• Quels sont les risques d'intervenir pendant ou après une blague ? <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L450xH228/humour_oppressif-031-2-7bc66.png?1784887777>
Il peut donc être important et utile de comprendre le contexte social, et les rapports de pouvoir existant avant de savoir comment réagir.
Je pense que prendre en compte la temporalité dans les réactions est également important. Je distingue donc les réactions ayant lieu au moment de la situation, ou après.
Choisir la temporalité de sa réaction
- Réagir au moment de la situation
Il y a différentes manières de réagir sur le moment :
• « Contre-attaquer » directement par l'humour : punchliner, ridiculiser, confronter, etc.
• Politiser la situation : ramener du sérieux et des enjeux, faire redescendre le rire pour adresser les problématiques. Expliquer en quoi l'humour est politique, et peut être violent. Expliquer les valeurs véhiculées par la blague qui vient d'être faite.
• Questionner la personne qui a fait la blague : Pourquoi tu te moques ? Est-ce que ta moquerie sous-entends des croyances que tu as ? Pourquoi tu dis ça ? Qu'est-ce que tu sous-entends ? Tu peux répéter ?
• Parler de ses ressentis : exprimer son malaise, sa colère, sa tristesse en réaction à la blague
• Etc, etc, ect.
Perso, je pense pas qu'il y ait de manière parfaite de réagir, car ça dépend trop du contexte, mais je peux identifier quelques avantages et inconvénients de réagir sur le moment.
Avantages de réagir sur le moment :
• Réagir sur le moment permet de ne pas « laisser passer » la blague, et de signifier que ce n'est pas accepté et toléré de faire ce genre de blague.
• Ça peut permettre d'être dans une posture d'allié·e en réagissant et d'être en soutient direct à une personne ou des personnes qui pourraient se sentir mal à l'aise et/ou concernée(s) par la blague.
• Ça permet de ne pas être complice du moment.
Inconvénients de réagir sur le moment :
• Réagir sur le moment peut créer du conflit et faire « dégénerer » une situation. Il y a moins de temps et de recul pour pouvoir réflechir à comment l'on souhaite réagir.
• Ça peut être humiliant et stigmatisant pour la personne ayant fait la blague de réagir à une blague sur le moment devant d'autres personnes.
• Le risque social est plus fort et imprévisible lorsque c'est sur le moment dans un moment social plutôt qu'après en interperso ou en plus petit comité.
• S'il y a une ou des personnes concernées et que vous n'êtes pas personnellement la cible de la blague, réagir sur le moment peut parfois amener à ne pas avoir une réaction mal adaptée pour la ou les personne(s) concernée(s) vu qu'il est souvent difficile de les consulter sur le moment et de s'adapter à leurs besoins.
- Réagir après le moment de la blague
Il y a différentes manières de réagir après une blague
• Cela peut dépendre de qui on va voir après la blague :
◦ La personne qui a fait la blague
◦ Des personnes éventuellement concernées et/ou mal à l'aise
◦ Des témoins
◦ Etc.
• Ça peut dépendre de vos intentions
◦ Exprimer son désaccord/son malaise à quelqu'un
◦ Faire de la pédagogie
◦ Exprimer son soutient
◦ Etre dans l'accueil d'éventuelles demandes que l'on pourrait vous faire
• Ça peut dépendre de la manière dont vous intervenez
◦ Plutôt sur un ton sérieux, politisant et intellectuel
◦ Plutôt sur un registre émotionnel
◦ Plutôt en « confrontation » avec la personne qui a fait la blague, ou plutôt en étant dans une recherche de coopération
• Bref, les manières de réagir après une blague sont diverses et dépendent de beaucoup de chose !
Avantages de réagir après :
• Réagir après permet d'avoir plus de temps pour réflechir à ses postures et sa manière de réagir.
• Ça peut permettre un terreau plus fertile pour des discussions longues et constructive du fait du côté interperso ou petit comité qui peut davantage créer un cadre intimiste et propice à la confidence contrairement à une réaction à chaud pendant un moment social.
• Une discussion après le moment peut aussi réduire un potentiel risque de situation confrontante non désirée ou une condamnation rapide de la personne qui vient de faire une blague.
Inconvénients de réagir après :
• Il y a des contextes où il n'est pas possible de réagir après, par exemple après de l'humour oppressif émis par quelqu'un dans la rue.
• Ça peut être difficile de trouver le bon moment, et peut-être que la personne éméttrice ne voudra pas en parler.
• Il faut un minimum de confiance et de coopération réciproque pour que ça puisse être constructif. Un format de débrief ne parle pas à tout le monde. Par exemple débriefer d'une situation avec mon papa et lui proposer un temps de communication en interperso, ça ne fonctionne pas du tout. Il faut trouver ses stratégies. Souvent, je profite de trajets en voiture avec lui en trouvant une façon légère de revenir sur les choses mais je ne le présente pas comme un débrief. Et souvent, la manière qu'on a de débriefer est pour moi frustante et insatisfaisante.
Quelques questionnements pour guider sa manière de réagir :
Il n'y a donc pas de manière parfaite ou miraculeuse de savoir comment réagir. Ça vient en fonction du contexte, des dynamiques de groupe, de votre relation avec les personnes présentes, des enjeux, des risques, de vos ressentis, etc etc ect !
Je ne souhaite pas proposer un guide pour apprendre comment réagir, mais surtout proposer des manières de réflechir à ça. C'est pour ça que je souhaite proposer quelques questionnements qui peuvent guider sa manière de réagir :
• Quel est le contexte dans lequel est fait la blague ?
• Quelles sont les relations entre les personnes présentes ?
• Qu'est-ce qui est véhiculé à travers cet humour ?
• Est-ce que c'est risqué pour moi/pour d'autres, d'intervenir ?
• Est-ce que je souhaite réagir sur le moment, ou plutôt plus tard ?
• Comment est-ce que je souhaite réagir ? Quelle posture j'aimerai adopter ?
• Quelles sont mes intentions en réagissant ?
Se poser ces questions, c'est très long, et il n'est évidemment pas forcément possible de se poser toutes ces questions pendant un instant humoristique car ce sont des moments qui vont très vite et où il faut avoir parfois le sens du timing pour intervenir au « bon » moment. Mais ce sont des guides à avoir en tête, pour s'entraîner, et pour se questionner collectivement.
Quelques points qu'il me semblent intéressants d'avoir en tête lorsque l'on souhaite réagir à une blague qui ne nous va pas :
- Le consentement et le cadre de la discussion
En allant voir des personnes ciblées, il me semble important de veiller au consentement des personnes concernées et de ne pas imposer une aide non-sollicitée au risque de leur retirer du pouvoir d'agir. Le mieux selon moi est de s'adapter à leurs besoins et leurs demandes, et de voir si vous êtes en capacité d'y répondre. Si quelqu'un s'est senti mal suite à une blague et que vous voulez lui proposer un espace de débrief, vous pouvez lui proposer plusieurs types d'écoutes : de la reformulation de ce qu'iel dit pour s'assurer qu'iel se sente compris·e, de l'empathie pour entrer en résonnance émotionnelle avec son vécu, de la suggestion ou des conseils sur quoi faire si c'est ce qui est demandé, etc.
Proposer un débrief avec la personne émettrice de la blague peut aussi demander un certain cadre. Tout dépend de votre relation avec cette personne, et de votre manière de réagir. Mais il me semble important de penser aux bonnes conditions pour que ça se passe et à veiller à la forme de son retour. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L451xH262/humour_oppressif-032-2-1334f.png?1784887777>
Par exemple, vous pouvez commencer par lui demander ce qu'elle a pensé de sa blague. Ça peut être intéressant pour ne pas l'enfoncer si elle est déjà en train de se remettre en question. Perso, je trouve ça toujours intéressant de savoir comment l'autre personne a vécu la situation et ça me paraît plus constructif pour adapter sa réaction après.
- Quelques outils pour prendre soin de sa communication
Les outils de communication émotionnelle peuvent être aidant pour vivre ce type de situations si ce sont des approches qui vous parlent. Ce ne sont pas des solutions miracles, et ça a évidemment des limites et des défauts, mais personnellement ça m'aide de pouvoir me servir d'outils.
Parmi les outils qui me parlent, il y a :
• La Communication Non Violente (ou CNV)4
◦ Mais il me semble important de l'incarner dans une approche située et politisée. La CNV, malgré son nom, peut véhiculer de la violence parce que ses outils peuvent permettre à quelqu'un d'avoir l'ascendant intellectuel sur quelqu'un en ayant du vocabulaire, une rhétorique et une manière de tourner les choses qui est incontestable. Selon moi, la CNV ça peut être très aidant, mais ça peut aussi incarner des formes de classisme, d'élitisme et d'intellectualisme dont il faut faire attention car ils peuvent être, même avec de très bonnes intentions, des instruments de manipulation.
◦ Pour creuser ce sujet, des podcasts de Méta de Choc étudient les avantages et les dérives de la CNV5
• Les jeux de cartes qui parlent de besoins et d'émotions pour gagner en vocabulaire, en finesse et en précision pour parler de ses émotions ou de celles des autres.
◦ Il y a par exemple les jeux de cartes de Apprentis Giraffes6 ou encore ceux de Comitys7
• Il y a des facilitations graphiques/des affiches de Fertîles sur les enjeux de feedbacks (faire des retours), de Communication Non Violentes, ou encore d'intentions, disponibles sur leur site qui peuvent être outillantes.
Bref, il existe de nombreuses ressources pour prendre soin de sa manière de communiquer ! Il en existe bien sûr bien d'autres, mais là ce n'est qu'une courte sélection.
- Se préparer à être déçu·e et/ou frustré·e
Même si vous faites de votre mieux, et que vous y mettez tout votre coeur, vos bonnes intentions, le soin dans votre communication et le soin à l'autre : il se peut que vous soyez frustré·e, agacé·e, déçu·e, en colère de la réaction de l'autre personne.
Un truc qui m'aide d'avoir en tête dans ces cas là, c'est de me dire que du changement, ça prend du temps. Je pense pas qu'il faille nécessairement attendre des personnes qui ont des comportements blessants de changer. Mais j'ai la croyance dans le potentiel et la capacité de changements des gens. Et je pense que si ça arrive, c'est rarement miraculeux et instantané. Ça demande plusieurs essais, du temps, de la remise en question, des changements d'environnement parfois. Bref, votre réaction, votre intervention n'aura peut-être pas l'air très utile sur le moment. Mais je pense que ce type de réaction et d'intervention, aussi minimes puissent-elles paraître, elles sont super utiles, nécessaires et précieuses.
Elle plantent des graines. Qui peut-être ne vont pas pousser car le terreau n'est pas bon, parce qu'il n'y a pas assez d'eau, parce que ce n'était pas le bon moment pour les planter.
Bref, il se peut que rien n'en pousse. Mais si ça fait pousser quelque chose, alors il faut du temps, et d'autres ingrédients pour que ça puisse être fertile et constructif. Ça n'invalide évidemment pas les éventuels sentiments de frustration, de colère, de déception, mais je trouve que ça donne au moins du sens et de l'encouragement à réagir.
Si vous ressentez de la déception, de la frustration, de la colère, c'est légitime. Ça ne veut pas pour autant dire que votre intervention était inutile et ne vas pas faire réflechir l'autre personne.
Questionner son rapport à l'humour, ça peut faire peur
« Mais c'est beaucoup de travail de penser à tout ça ! Et puis c'est beaucoup de charge mentale ! »
« Et mes envies de légèreté et d'insouciance, alors ? »
Quand je suis visibilis·é comme portant des enjeux d'humour oppressifs dans des collectifs, j'ai parfois l'impression d'être pointé du doigt comme une voleuse de fun et de bonheur.
Ça m'est déjà arrivé de sentir un genre de retenu gêné de quelqu'un quand j'étais là en mode « Bon, ya Asa, il faut pas que je fasse une blague oppressive ! »
Dans ces moments là, je me dis « ça y est, je suis devenue la police de l'humour ».
C'est l'été : venez faire la fête au Geyser !!
Jeudi 13 août, à partir de 19h au 11 Grande Rue.
L'occasion de se rencontrer ou de se retrouver, d'échanger et de profiter d'un moment festif toustes ensembles. 🥳
Vous retrouverez aussi tout le merch de l'Assemblée Antifa avec de jolis t-shirts, des linogravures, des stickers, des affiches et des brochures.
L'alcool est peu cher, les softs sont à prix libre, c'est super et ça se passe au Geyser !
Biz antifa et à très vite
↙️↙️↙️
➡️ Au programme c'est apéro festif, vernissage d'une vitrine spéciale sur le thème, de nouveaux livres et moment convivial
Le 18 juillet 1936, les forces réactionnaires et fascistes du Général Franco tentent un coup d'état qui échoue sur une bonne partie du pays et se transforme en guerre civile. La classe ouvrière préparée et déterminée, s'oppose arme à la main aux régiments fascistes.
S'ensuit alors une véritable révolution sociale sur tous les plans de la société, collectivisation, autogestion, parfois abolition de l'argent…
Mais face à une armée professionnelle soutenue par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, et à la trahison des staliniens, les avancées autogestionnaires finissent par céder et les dernières poches de résistance tombent en 1939.
Un slogan ressort alors de cette période : No pasaran ! Un slogan plus que d'actualité en ce moment. Alors viens découvrir, redécouvrir, discuter avec nous de cet exemple révolutionnaire trop peu connu ainsi que son héritage d'aujourd'hui.
1936-2026 : No Pasarán !
Vive l'anarchie !
🗓️ 8 août
🕘 17h - 20h
📍 Au Sabot, 21 rue des allemands à Metz
➡️ Au programme c'est apéro festif, vernissage d'une vitrine spéciale sur le thème, de nouveaux livres et moment convivial
Le 18 juillet 1936, les forces réactionnaires et fascistes du Général Franco tentent un coup d'état qui échoue sur une bonne partie du pays et se transforme en guerre civile. La classe ouvrière préparée et déterminée, s'oppose arme à la main aux régiments fascistes.
S'ensuit alors une véritable révolution sociale sur tous les plans de la société, collectivisation, autogestion, parfois abolition de l'argent…
Mais face à une armée professionnelle soutenue par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, et à la trahison des staliniens, les avancées autogestionnaires finissent par céder et les dernières poches de résistance tombent en 1939.
Un slogan ressort alors de cette période : No pasaran ! Un slogan plus que d'actualité en ce moment. Alors viens découvrir, redécouvrir, discuter avec nous de cet exemple révolutionnaire trop peu connu ainsi que son héritage d'aujourd'hui.
1936-2026 : No Pasarán !
Vive l'anarchie !
🗓️ 8 août
🕘 17h - 20h
📍 Au Sabot, 21 rue des allemands à Metz
La guerre laisse derrière elle une pollution potentiellement mortelle pour des générations
L’article Une raison de plus d’être antimilitariste : l’incendie en Gironde a fait sauter des obus de la seconde guerre mondiale est apparu en premier sur Contre Attaque.
En 1977, pour accueillir cette manifestation d'ampleur, préparée depuis plusieurs mois, le préfet René Jannin a déployé des moyens importants : 5000 CRS, gendarmes et gardes mobiles, hélicoptères, véhicules amphibies, ponts mobiles, un régiment de gendarmes parachutistes et des membres des brigades anti-émeutes. 5500 hectares autour du périmètre de la centrale sont interdits à toute circulation.
Vital Michalon, 31 ans, est abattu par un tir tendu de grenade offensive. L'autopsie conclura à une mort causée par des « lésions pulmonaires du type de celles que l'on retrouve lors d'une explosion ». Plusieurs dizaines de manifestants sont blessés, dont deux mutilés, Michel Grandjean et Manfred Schultz : l'un perd un pied et l'autre une main. Le CRS Tousot perd aussi une main avec la grenade qu'il voulait lancer.
Il faut rappeler qu'à l'époque, tous les moyens ont été utilisés pour imposer la construction du Superphénix :
aucune procédure de consultation de la population,
de puissantes campagnes de désinformation de la part d'EDF et du CEA,
de graves violences policières dont celles aboutissant à la mort de Vital Michalon, et à l'amputation de Michel Grandjean et de Manfred Schultz.
Un document récupéré par des antinucléaires a montré que le PDG d'EDF d'alors, M. Boiteux, avait demandé que soit accélérée l'autorisation administrative de construction pour empêcher toute expression démocratique : « La meilleure façon de contrecarrer la contestation (...) est d'engager au plus vite, de manière irréversible, l'opération ».
La suite des évènements a donné raison à Vital et à l'ensemble des manifestants puisque Superphénix a été définitivement arrêté en 1998 après une suite invraisemblable d'avaries. En décembre 2006, EDF a annoncé n'avoir démantelé que 38% du réacteur, mais le plus difficile reste à venir avec les 5500 tonnes de sodium liquide (matière qui s'enflamme au contact de l'air et explose au contact de l'eau…). Depuis son arrêt, 200 personnes sont obligés de travailler en permanence sur le site pour éviter que ça ne s'emballe... alors qu'il n'y a aucune production. Le bilan économique et industriel de ce surgénérateur est catastrophique : 10 milliards d'euros pour 178 jours de fonctionnement effectif. Sans compter ce que cela va coûter en plus pendant des années ; en effet chaque jour on est obligé de fournir à cette centrale à l'arrêt l'énergie comparable à ce que consomme une ville de 15.000 habitants.
Or, malgré l'échec total de Superphénix, l'État français entend renouveler l'expérience : le projet appelé « réacteur de quatrième génération » n'est autre qu'une nouvelle tentative de faire fonctionner un réacteur de type Superphénix.
Voir (de PMO) De Superphénix à ITER : 30 ans de défaite
C'est ce que criaient les manifestants en 1977. Nous en sommes toujours au même point. En souvenir de Vital Michalon, et pour préserver les générations futures, nous devons continuer à exiger un débat démocratique sur ce projet dont la dangerosité planétaire est établie.
Indication de l'emplacement de la stèle de Vital
Malville, 31 juillet 2007 : marche des 30 ans jusqu'à la stèle de Vital Michalon
Franck Michalon, un des frères de Vital
Source : communiqué de presse de « Sortir du nucléaire ».
Deux premières photographies empruntées à ce blog.
A lire aussi :
Des militant-e-s luttant contre des projets de centrales dans les années 70 à Malville et au Bugey racontent leur expérience antinucléaire. Danielle nous raconte comment c'était d'être une femme dans ces (...)
Driss est décédé le dimanche 26 juillet au matin à la suite des graves blessures, notamment des coups à la tête, qui lui ont été assénées lors de l'agression. La fille de la passagère du tram agressée, Naïma, car elle portait le hijab, dénonce un crime motivé par le racisme et l'islamophobie.
Les faits se sont produits le jeudi 23 juillet vers 15h20, à bord du tram de la ligne 55, chaussée de Helmet, à Evere. Un homme s'en est pris à, Naïma, une femme de 65 ans, la visant par des insultes à caractère raciste « Sale marocaine », avant de la menacer de mort.
Le témoignage de la fille de Naïma réfute l'explication d'un déséquilibre mental du coupable repris par plusieurs médias et il semble également avancé par le parquet. Son témoignage insiste cependant sur le mobile raciste de l'attaque. Elle précise que sa mère, voilée, a été prise pour cible en raison de cette apparence, avant que l'homme ne se retourne contre Driss Atounane, venu à son secours.
Le suspect responsable du meurtre a été inculpé et placé sous mandat d'arrêt. Le parquet, dans un communiqué, a annoncé que l'agresseur allait faire des « tests psychiatriques ». Le parquet ne s'est, pour le moment, pas prononcé quant à la dimension raciste du meurtre et de l'agression.
En voulant pointer son abonnement, elle est tombée sur un homme qui a directement commencé a lui dire : « ne pointe pas, sale marocaine ». Elle l'a esquivé et elle est partie s'assoir. Quand elle est partie s'assoir, il lui a dit de manière agressive de ne pas s'assoir, alors elle s'est levée. Il lui a alors assené un coup de poing au niveau de la poitrine, ce qui l'a fait tomber sur le dos.
Driss Atounane, qui se rendait à son travail, s'est alors interposé pour la défendre. L'agresseur l'a frappé à l'arrière de la tête avec un objet lourd dissimulé dans un sac. Selon les témoignages, l'agression de Driss était « d'une violence inouïe ». Alors qu'il était encore à terre, l'homme continuait a lui assener des coups à la tête et sur le reste de son corps. Des jeunes présents dans le tram seraient intervenus pour repousser l'homme.
« On ne veut pas qu'on remette ça sur le dos de la folie. C'était raciste. L'homme a crié à ma mère : sale Marocaine, je vais te tuer sale Arabe. Ma mère est voilée et il s'en est directement pris à elle et puis à Driss. Elle m'a dit qu'il avait la rage dans ses yeux ». (témoignage de la fille de Naïma).
Encore conscient au moment de sa prise en charge, Driss Atounane a été transporté au CHU Brugmann, à Schaerbeek, où il a sombré dans le coma avant de décéder le dimanche matin. La STIB a confirmé de son côté avoir recueilli des témoignages faisant état de propos racistes tenus par l'agresseur. Le parquet de Bruxelles n'a cependant pour l'instant pas confirmé cet aspect de l'enquête.
Cette nouvelle agression meurtrière raciste et islamophobe survient alors que le nombre recensé d'attaques et d'agressions d'extrême droite contre la communauté musulmane en Belgique et dans le reste de l'Europe, ne cesse de croitre. Au mois de janvier 2025, un attentat orchestré par un adolescent d'extrême droite avait été déjoué contre une mosquée à Bruxelles. Quelques mois plus tard, au mois d'avril 2025, Aboubakar Cissé avait été tué dans une mosquée en France, un meurtre également motivé par la haine raciste. Il y a quelques mois également, l'UNIA alertait sur l'islamophobie en Belgique. « Le racisme antimusulman s'impose comme l'une des formes de discrimination les plus documentées en Belgique ».
Dans le quartier Nord et partout à Bruxelles, la nouvelle de sa mort a suscité une intense émotion. Son fils a salué publiquement le courage de son père, rappelant qu'il était profondément habité par un sens aigu de la justice et de la solidarité.
« Vraiment c'est un héros. Il est noble, un pur. Un homme d'une pureté rare, vraiment immense » témoigne Sami, fils de Driss.
De nombreux hommages ont salué le courage de Driss Atounane, et nous nous associons pleinement à cet hommage. Mais force est de constater qu'une partie des médias et de la classe politique semble avoir choisi de s'en tenir au seul récit de l'héroïsme, comme s'il suffisait à clore le sujet, au risque de reléguer au second plan la responsabilité de l'agresseur et la dimension raciste de son geste. Célébrer le courage d'un homme ne devrait jamais dispenser de nommer la haine qui l'a tué et qu'il a justement combattue. Personne ne devrait mourir car il a tenté de défendre une femme victime d'une agression islamophobe, car personne, de base, ne devrait avoir à subir d'agression islamophobe.
Les funérailles de Driss Atounane se tiendront le vendredi 31 juillet au cimetière multiconfessionnel d'Evere. La prière mortuaire (Salat Janaza) aura lieu à 13h30, à la mosquée Attaouba, a annoncé la famille.
Nous adressons nos sincères condoléances à la famille et aux proches de Driss Atouane. Nous adressons également toute notre solidarité avec Naïma, la seconde victime de cette agression ainsi que ses proches.
L'article Driss Atounane, tué à Bruxelles alors qu'il défendait une femme voilée d'une agression raciste est apparu en premier sur Bruxelles Dévie – Média indépendant bruxellois .
Résistance en Luberon
Apéro militant
Le Sud Luberon entre en lutte.
Après 2 rendez-vous productifs on vous propose un moment d'échange militant convivial.
En effet, après les différentes actions gouvernementales et leur propositions de loi "permis de tuer" , il nous semblait évident de nous réunir pour parler ensemble des motivations des partisans fascisto compatible.
L'ordre du jour est top et on se lance dans un système de conférences débats.
Venez échanger avec toutes les copaines de Résistance en Luberon.
Reminder
Tous les 15 jours les copaines de Résistance en Lubéron vous invitent à rejoindre les apéros militants
On y parle des luttes en cours et des projets
Copaines venez avec vos idées et de Quoi partage
Antifascistes et très gourmandes nous sommes
Canicule et mépris des plus riches :
Travailleur·euse de la restauration ou soutien de la lutte syndicale
Viens hurler ta colère avec nous !
Alors que la planète crame littéralement et que les travailleur·euse·s de la restauration crèvent de chaud en cuisine et en salle depuis des semaines à cause de la canicule, les bourgeois·e·s marseillais·e·s de leur côté jouissent tranquillement depuis plusieurs jours du privilège de déguster des mets fins au restaurant du Cercle des Nageurs de Marseille, dans une installation éphémère organisée par Air France !
En résumé : une des compagnies aériennes les plus polluantes d'Europe décide de faire escale dans le restaurant d'une institution marseillaise qui représente à merveille l'entre-soi et le séparatisme de la classe bourgeoise. Cette classe de riches et de possédant·e·s au train de vie obscène et aux investissements nocifs qui a, rappelons-le, une responsabilité accrue dans les bouleversements climatiques et les vagues de chaleur intenses que l'on vit depuis des semaines. On ne pensait pas qu'un tel combo d'indécence était possible, mais apparemment les bourgeois·e·s ne sont jamais avare de nouvelles idées pour nous cracher au visage.
On sait bien qu'au final ce seront les personnes les plus précaires et les plus pauvres qui seront impactées en premier par les conséquences de cette lutte des classes climatique, c'est à dire celleux qui bossent dans des métiers aux conditions déjà difficiles, aggravées par la chaleur, sans que patrons ou pouvoirs publics ne fassent quoi que ce soit pour améliorer les conditions de travail de la classe laborieuse. On vous renvoie à ce propos aux témoignages collectés par MEP Paris, qui donnent des exemples concrets d'inaction et de mises en danger dans le secteur des HCR (Hôtels, Cafés, Restaurants).
Et comme d'habitude les chef·fe·s étoilé·e·s et médiatiques sont toujours là pour jouer leur rôle de dociles serviteurs des puissants en participant allégrement à cette mascarade : on retrouve ainsi pour ce restaurant éphémère les créations de la pâtissière Nina Métayer (sacrée “Meilleure Pâtissière du Monde” en 2023 par l'Union Internationale des Boulangers et Pâtissiers aka un super lobby mondial de patron·ne·s) ou du cuisinier Régis Marcon (qui a un faible pour les réceptions indécentes de Laurent Wauquiez financées indûment par de l'argent public).
Parce que depuis des semaines on subit en silence la chaleur de plein-fouet et qu'on en peut plus, on te propose de venir te rafraîchir à la plage des Catalans dimanche prochain à 18h pour une manif-action. Au menu : casserolade, zbeul ou autre bordel pour se défouler et hurler notre colère en face du restaurant du Cercle des Nageurs de Marseille, histoire de relâcher toute la pression accumulée et de bien faire comprendre aux riches qu'on est là, qu'on les voit, et qu'on les laissera pas déguster tranquillement leur fucking dîner business class.
Ce moment sera aussi l'occasion de se rencontrer et de discuter de nos expériences au travail, première étape pour créer la lutte organisée des travailleureuses de la restauration pour de meilleures conditions de travail !
Travailleur·euse, rejoins-nous ! Client·e soutiens-nous !
Le MEP Marseille
MEP (Mise En Place) est un ensemble de collectifs syndicaux autogérés de travailleur·euse·s du secteur des Hôtels, Cafés et Restaurants (HCR).
Né à Paris à l'été 2024 à l'initiative de syndicalistes et de travailleur·euse·s déterminé·e·s à bâtir un mouvement de solidarité et de défense des droits des salarié·e·s, il s'est depuis développé et compte désormais des antennes à Marseille, Nantes ou Rennes.
MEP Marseille est un collectif autonome et horizontal, en lien avec les autres antennes du réseau MEP ainsi qu'avec les syndicats du secteur HCR, locaux comme nationaux.
Notre objectif est de lutter pour des conditions de travail dignes et de mettre fin aux violences ainsi qu'aux pratiques illégales et abusives dans le secteur HCR.
Serveur·euse·s, cuisinier·ère·s, plongeur·euse·s, baristas : nous formons toustes une même classe de travailleur·euse·s dans un secteur qui nous exploite, nous épuise, nous sous-paie et nous maltraite. Seule la lutte syndicale, nourrie d'entraide et de soutien mutuel, pourra éveiller cette conscience de classe pour obtenir des changements réels.
Nous militons pour que nos droits soient reconnus et respectés, que le droit du travail soit appliqué, et que notre convention collective soit revue pour garantir des conditions de travail justes et égalitaires, qui prennent en compte la réalité quotidienne d'un secteur en crise, confronté au manque de personnel, marqué par la précarité, la brutalité et la déshumanisation.
Nous combattons les injustices systémiques qui renforcent les inégalités et les violences envers les personnes minorisées : sexisme, racisme, LGBTQIA+phobies, validisme.
Nous revendiquons la régularisation sans conditions, l'égalité effective en droits ainsi que la fin des pratiques discriminatoires envers les personnes migrantes et sans-papiers, surreprésentées dans notre secteur et particulièrement exposées à l'exploitation du fait de leur précarité et de leur situation administrative.
Nous mobilisons tous les moyens nécessaires — manifestations, saisines de l'inspection du travail et des prud'hommes, grèves, actions directes — pour que notre Mise en Place aboutisse au Grand Service : ce moment où nous mettrons fin, une bonne fois pour toutes, aux violences et à la surexploitation dans la restauration, secteur emblématique d'un capitalisme globalisé et destructeur des individus et de la planète.
Encore des nuits d'enfer aux Baumettes à cause des coupures d'électricité et d'eau
ous avons appris que dans la nuit du 14 juillet, il y a eu une coupure d'électricité toute la nuit aux Baumettes, et que dans celle de vendredi à samedi dernier, il y a eu une coupure d'eau et d'électricité jusqu'à 3 heures du matin.
Depuis plusieurs semaines déjà, les coupures d'électricité sont fréquentes à la prison des Baumettes et aucune mesure n'est prise pour remédier au problème.
Pas de possibilité d'allumer un ventilateur et d'avoir accès à l'eau : un véritable cauchemar pour les prisonniers et les prisonnieres qui subissent déjà des conditions de détention encore plus dure sous la chaleur de ces dernières semaines.
Les ventilateurs en rupture de stock, les salles de parloirs brûlantes, les murs en béton qui emmagasinent la chaleur, les cours de promenade sans un seul arbre, des cellules surpeuplées et des caillebotis aux fenetres par lesquelles on ne peut même pas faire passer un stylo : voilà la canicule que vivent les personnes incarcérées, exposées de manière extrêmement dangereuse et potentiellement mortelle à la chaleur de ces dernières semaines.
En effet, dans l'indifférence générale, un prisonnier, Léon, 72 ans, est mort d'une crise cardiaque à cause de la chaleur à la Centrale de Moulins-Yzeure.
Lors du rassemblement du 28 juin devant la prison des Baumettes, les prisonnieres ont réussi à nous faire savoir qu'une personne incarcérée à la MAF avait arraché les fenêtres de sa cellule pour faire entrer un peu d'air et qu'elle avait été mise au cachot pour cette raison.
Pour l'administration pénitentiaire, peu importe que les gens crèvent dans leurs cellules, l'important c'est d'installer des plus en plus de fenetres et grilles qui empechent le passage d'air, que ce soit au QLCO de Vendin le Vieil pour « réduire le risque d'evasion » ou aux Baumettes pour ne pas troubler la tranquillité des riverains des la prison.
Plein de force à toutes les personnes qui resistent et luttent contre la prison, et qui avec beaucoup de courage en paient le prix.
Continuons à briser l'isolement et à soutenir les luttes des prisonnier.e.s et de leurs proches, pour ne pas rester seul.e.s face à la violence de la prison !
L'Etat vient de donner encore plus de pouvoir et d'impunité à la police, qui pourra tuer sans être inquiétée. Une véritable insulte aux victimes quotidiennes et à leurs proches. On connait les pratiques de la police, son idéologie et son rôle dans la société capitaliste : défendre l'ordre raciste et patriarcal. Alors sortons dans la rue pour bloquer cette fuite en avant, et contrer le monde policier et fasciste en construction. Pour défendre un futur sans dominations.
ci dessous l'appel à manifester le 19 septembre :
"APPEL UNITAIRE : NON AU PERMIS DE TUER !
SAVE, avec le Comité Justice pour Adama, uni aux familles de victimes de violences et de crimes policiers, syndicats de la justice, associations de défense des droits humains et organisations syndicales, appelle à une grande marche nationale unitaire le 19 septembre 2026 contre la loi instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre. Derrière son jargon juridique, cette loi n'est rien d'autre qu'un permis de tuer en toute impunité.
Elle légitime une violence qui cible d'abord des vies considérées comme sacrifiables.
Mais une loi qui autorise la police à tirer sans rendre de comptes ne s'arrête jamais à sa première cible. Aujourd'hui les quartiers populaires, demain les manifestant-es, les grévistes et toutes celles et ceux qui défendent leurs droits et leurs libertés.
Tant que son parcours législatif n'est pas achevé, nous pouvons encore l'arrêter. Le 19 septembre, partout en France, unissons-nous et faisons de cette journée une mobilisation massive.
C'est maintenant qu'il faut agir."
pour suivre les infos, sur marseille notamment : https://stopauxviolencesdetat.fr/
RDV le 19 septembre !
Mickaël Gilgenmann, prisonnier à la centrale de Moulins-Yzeure, a été appelé à témoigner lors du procès de Ritchy Thibault le 8 juillet dernier. L'administration pénitentiaire s'était engagé à fournir les moyens pour réaliser son témoignage en visioconférence depuis la prison. Cependant, Mickaël n'a finalement pas été autorisé à témoigner. Imaginant une censure possible car celle-ci est quotidienne en prison, il s'était assuré que sa parole puisse être entendue en cas d'annulation. Le témoignage de Mickaël avait été recueilli en amont durant un appel téléphonique avec Ritchy.
TW : mutilations
Le procès a été reporté et le témoignage de Mickaël n'a pas pu être écouté lors de celui-ci. Pourtant l'administration pénitentiaire a tout de même décidé de couper la ligne téléphonique entre Ritchy et Mickaël (étant sur écoute), de le convoquer au prétoire (pour lui donner 10 jours de confinement sans télé ni plaque chauffante) et de lui adresser trois Compte-Rendu d'Incident (CRI) dont deux pour "propos outrageants à l'encontre du président de la République et incitation à la rébellion", sur la base du témoignage qu'il n'a pas pu diffuser.
Le personnel pénitentiaire a par la suite décidé de ne plus donner à Mickaël les médicaments dont il avait besoin, en dépit de l'ordonnance médicale dont il dispose. Il coupe également les appels téléphoniques sur sa cabine en prétextant des coupures d'électricité. Le personnel pénitentiaire l'humilie à chaque mouvement et l'empêche d'accéder à la douche. Pour finir, il le réveille chaque heure de la nuit pour l'empêcher de dormir.
En outre, la prison de Moulins-Yzeure continue de servir aux prisonniers des gamelles avec de la nourriture avariée bien que cela ait été signalé depuis plusieurs mois.
Suite à cet acharnement, Mickaël s'est ouvert le ventre. Il est arrivé au médical menotté dans le dos et c'est seulement à sa demande que le médecin les a enlevé pour le soigner. Il a été recousu sans anesthésie. Quelques jours plus tard, il s'est à nouveau ouvert le bras. Il a refusé d'être recousu car aucune anesthésie digne de ce nom lui a été proposé.
Face au racisme, à la répression abusive et la censure, nous ne nous tairons pas ! Que la silenciation de tous les prisonniers et la violence qu'ils subissent au quotidien cesse.
Tout notre soutien va aux voyageurs, aux prisonniers longue peine et à celles et ceux qui ne se laissent pas faire !
Nous appelons toute personne révoltée par la situation actuelle à contacter la prison :
Tél. : 04.70.35.15.00
Adresse : Direction du Centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure, 21 rue de
Millepertuis, BP 24, 03401 Yzeure Cedex
Mail : sec.cp-moulins@justice.fr
Nous partageons ci-dessous le témoignage de Mickaël :
"Alors bonjour je me présente je m'appelle Kemi, je suis détenu à la centrale de Moulins-Yzeure et j'ai été cité à témoigner au procès de M. Ritchy Thibault, mais comme à son habitude, la soi-disant Justice a tapé fort pour essayer de me censurer. Et oui ! On m'empêche de témoigner car je suis voyageur, longue peine, et en plus, je suis revendicard. Je prends la parole pour dénoncer le racisme, la répression abusive, et la censure, dont nous, personnes racisées, faisons l'objet dans ce pays. J'étais censé témoigner en visio mais la centrale de Moulins-Yzeure est soi-disant dans l'incapacité de le faire. Aujourd'hui, ils vont juger un homme pour ses opinions politiques et parce qu'il a osé défier ce que vous appelez l'État français. Et quand Macron dit qu'il emmerde les Français, rien ne se passe. Et quand il apporte son aide à Israël pour bombarder des écoles à Gaza, rien ne se passe. Par contre, vous sortez toute l'artillerie judiciaire pour juger des hommes, des femmes, ou des ados parce que voyageurs, noirs ou arabes. En 2026, quand on arrive dans une commune, on peut encore malheureusement lire des affiches avec écrit dessus « Interdit aux gens du voyage », c'est du racisme pur et simple. Combien de jeunes arabes sont abattus par la police ? Combien de jeunes voyageurs sont abattus par la police ? Et combien de noirs également sont abattus par la police sans que justice soit rendue ? Beaucoup trop. Combien de femmes et d'enfants sont assassinés et violés sans que la justice ne soit rendue également ? Combien de personnes racisées sont enfermées pour de longues années ? Beaucoup trop. Et aujourd'hui vous gaspillez l'argent des Français pour juger un homme qui ne fait que dire ce qui ne va pas dans ce pays. Aujourd'hui c'est du théâtre politico-judiciaire ce que vous faites. Mais nous on dit stop, stop à cette mascarade. Stop au racisme et stop à l'immunité accordée aux politiciens et à leur bras armé qui assassine nos mères, nos pères et nos frères et sœurs. Aujourd'hui nous sommes un pays qui pratique la dictature dissimulée. Ceux qui gouvernent font tout pour que les personnes racisées soient considérées comme des moins que rien, et ravitaillent Israël […] pour assassiner du musulman. Nous voyageurs, aujourd'hui, nous levons pour dénoncer ce que nous subissons tous les jours. Nous sommes des êtres humains, mais l'État macroniste nous considère comme du bétail à parquer à côté des déchetteries. Réveillons-nous, levons le poing et envahissons les rues pour crier notre mécontentement et faire chuter ce gouvernement qui ne cherche qu'à faire du chiffre et à remplir ses statistiques méprisantes et truquées ! Quand un politicien est condamné à plusieurs années de prison, il n'en fait que quelques mois. Quand une mère de famille a volé à manger pour faire manger ses enfants, elle fait sa peine au maximum et doit fermer sa bouche. Aujourd'hui, un flic peut assassiner un ado et devenir millionnaire grâce à des politiciens qui, soi-dit en passant, sont des fachos revendiqués. Oui, l'État et la police tuent, oui, l'État et la police sont racistes. L'État français place l'argent avant l'être humain. En France, on peut tenir des propos choquants, humiliants, envers des personnes racisées. Mais on n'a pas le droit de dire ce qu'on pense du gouvernement. Le président peut dire qu'il emmerde ses électeurs, mais le simple citoyen n'a pas le droit de dire ce qu'il pense sous peine d'être assassiné ou enfermé. Je termine en disant, ou plutôt en criant : Free Palestine ! Sauvons Gaza ! Ne laissons aucun politicien corrompu choisir pour nous, dicter notre vie et retirons-leur le permis de tuer."
Note de trognon : Ce texte (initialement publié en allemand en 2025 et traduit ici en français) est une contribution au débat sur la tactique de guérilla, débat qui refait surface au travers de différents textes ces dernières années (textes venues d'Allemagne, des Etats-Unis ou encore d'Italie, dont les références se trouvent à la fin de la présente brochure).
Des questions à nous poser, plutôt que d'attendre la prochaine guérilla militariste ?
traduit de l'allemand, publié sur emrawi.org
Le mensonge se fige en vérité. Les algorithmes le pérennisent. Et il suffit qu'il soit plus fort que les anciennes certitudes sur ce qu'est la réalité. Ou plutôt : ce qu'elle était.
Le vieux monde, selon le point de vue des assujettis, a toujours été un véritable enfer. Épuisant pour certains, existentiel pour d'autres, et mortel pour d'autres encore.
Le nouveau monde a un nouvel enfer à offrir.
Désormais, le mensonge transformé en vérité se négocie sur de nouvelles places boursières. Tout est réévalué en termes de valeur et de non-valeur. On paie en temps de vie, en cerveaux brûlés et en sentiments manipulés. Le récepteur populaire s'appelle aujourd'hui X. La moindre manifestation de vie est négociée, vendue, trahie, contrôlée. Elle peut être interprétée comme dysfonctionnelle, comme sans valeur, et entraîner la mort.
Heureusement, il n'y a plus de destruction climatique causée par l'homme, il n'y a que du mauvais temps. « La révolution du bon sens » proclame par décret : il n'y a que deux sexes : la femme et l'homme. Le Groenland appartient aux États-Unis. Hitler était communiste. Pour lutter contre les famines, il faut laisser les gens mourir de faim. Et pour lutter contre les réfugiés, il faut l'état de guerre de la forteresse. Pour lutter contre la guerre, il faut encore plus de guerre. Pour lutter contre encore plus de pauvreté, il faut encore plus de guerre. Le nouvel enfer est à portée de main, avec ses nouvelles réponses.
Le fascisme – si tant est que ce nom décrive encore correctement ce qui se passe actuellement – revêt un nouveau visage. Ses acteurs sont prêts à se lancer dans la construction totalitaire d'une nouvelle société. Ils ne savent certes pas encore exactement où cela les mènera, mais la direction est claire : le pouvoir, le pouvoir et encore le pouvoir. Après nous, le déluge. Et le plaisir de détruire une morale qui reposait parfois encore sur des critères sociaux les réjouit, à l'image de ce garçon dans le bac à sable qui, avec sa petite pelle, démolit les châteaux des autres enfants et rit quand ils pleurent, crient ou se désespèrent. Plus la douleur est grande, plus la joie est grande. La destruction est comme une addiction pour la nouvelle élite, qui veut détrôner l'ancienne élite et y parviendra. Certains appellent cela la « destruction créatrice » et valorisent ainsi la brutalité du processus.
Les forces d'opposition internes à cette vague totalitaire ont encore quelques problèmes avec des questions de détail non résolues. Une véritable opposition, une critique des fondements, devient, selon les endroits, une menace pour sa vie. La Russie ou la Chine constituent le modèle de ce qui est possible. Ce n'est qu'une question de temps avant que la torture ne devienne systématiquement la norme aux États-Unis ou en Europe.
Qui sait vraiment où tout cela nous mène exactement ? Parvenons-nous seulement à suivre le rythme des événements et des répercussions de ce bouleversement, de cette transformation du pouvoir, afin de pouvoir nous y repérer et proposer des formes de résistance prometteuses ? Le bilan est quotidien – pour celleux qui en ont encore la capacité.
Mais une chose est claire : les appareils d'État sont en train d'être pris d'assaut par les partisans des futures dictatures. La pensée est accaparée par des machines, par des hommes occupant des postes de pouvoir, capables de se servir de ces machines et disposant des ressources nécessaires pour manipuler les gens à une échelle sans précédent. Il est difficile de supporter ces mensonges rabâchés qui sapent tout ce qui pourrait constituer une coexistence humaine, car les moyens de s'y opposer semblent minimes. La réalité est déformée, brisée et ensevelie sous les mensonges pour être ensuite réassemblée. Et nombreux sont celleux qui commencent à répéter ces mensonges, à se réorienter et à rejeter leurs anciennes certitudes. La vie est sous le contrôle des grandes entreprises et des monstres issus d'un cabinet des horreurs patriarcal.
Les grands groupes du tech s'allient au chauvinisme et aux mouvements fascistes et deviennent une force destructrice qui emporte de nombreuses personnes dans son sillage. Un chauvinisme qui pousse certaines personnes à regarder avec délectation ces gens mourir, tant que les promesses de sécurité leur paraissent encore crédibles. Regarder en temps réel.
Les forces bourgeoises conservatrices, libérales et « de gauche » se proposent comme tremplins et chantent d'ores et déjà la chanson des maîtres actuels et futurs. Des millions de personnes sont mises pour cible. La liberté est réinterprétée et signifie le mépris et l'anéantissement de toustes celleux qui font obstacle à leur propre « liberté ». La morale, c'est du passé, le pouvoir est tout. La devise : « Make Patriarchat Great Again ».
Et nous nous trouvons quelque part entre une description délirante d'un avenir qui n'en est pas un. Nous, qui devons d'abord trouver la certitude de vouloir, et de pouvoir, opposer à l'inimaginable une pratique offensive, une pratique armée, dans ce nouveau cycle de l'histoire de l'humanité.
Et quelque part, la certitude que partout, on va résister. Partout, il y aura des gens qui comprendront l'énorme danger qui nous guette. Que les relations sociales entre les êtres humains, ainsi qu'avec le monde en tant qu'espace de vie, sont menacées. Que notre planète est en danger, avec les conditions de vie dont nous avons besoin pour exister.
Aussi sombres que soient les perspectives d'un côté, on distingue d'autant plus clairement celleux qui placent l'humanité au-dessus de tout. Celleux qui embrassent la Terre et tous les êtres vivants qui la peuplent, et qui font ce qu'ielles font depuis des siècles : se battre, se défendre, se protéger et protéger les autres, préserver et transmettre le savoir. Acquérir de l'expérience au combat et grandir face aux défis. Tout comme d'autres luttes nous donnent de l'espoir, nous faisons partie, à notre humble échelle, de ce renouveau et donnons de l'espoir à celleux qui sont dos au mur et n'ont d'autre choix que d'aller de l'avant. Nous pouvons au moins essayer.
Telle est notre situation de départ. Nous avançons à tâtons.
Nous avons placé en introduction une analyse très sommaire et abrégée, car elle peut s'avérer utile pour cerner la perspective des questions que nous souhaitons mettre en lumière et approfondir, de manière fragmentaire, dans la suite du texte, à partir de la carrière de la pratique révolutionnaire. La violence du bouleversement qui s'annonce, de la transformation des formes de domination telles que nous les connaissons jusqu'à présent, éclipsera toute expérience passée grâce aux possibilités technologiques. Nous n'avons pas de temps à perdre.
L'ancien est révolu. Affrontons ce bouleversement.
La nouvelle guérilla urbaine affronte la réalité et intervient.
La guérilla a besoin de nous.
Le mot « guérilla » a une grande résonance. Il vient d'une autre époque. Il est dépassé. C'est un terme chargé de sens, auquel s'attachent de nombreux aspects discutables.
D'une part : selon les anciens concepts idéologiques, de nombreux groupes de guérilla reposaient sur des conceptions du pouvoir généralement associées au modèle d'un « contre-pouvoir ». Il s'agissait en fin de compte de concepts patriarcaux, dans lesquels l'armée de guérilla, issue par exemple de groupes de guérilla urbaine, était considérée comme l'élément censé prendre le pouvoir en cas de victoire. Victoire sur le plan militaire. Et le pouvoir restait généralement entre les mains de cadres masculins. Ce n'était pas le fait qu'ils fussent des hommes qui posait problème, mais leur masculinité, leur élan patriarcal. Et l'idéologie qu'ils avaient développée, qui n'avait jamais eu pour habitude de remettre en question le patriarcat.
Quand on cite Mao : « Le pouvoir sort du canon des fusils », il s'agit là d'une idéologie purement patriarcale et militariste.
Le « pouvoir », c'est-à-dire la volonté de résistance, dirions-nous, provenait de la conscience sociale de sa propre situation. L'organisation correspondait aux relations sociales, aux échanges entre les opprimés, et conduisait à des luttes collectives du peuple. Les autoritaires, en premier lieu les communistes, ont généralement pris les conflits sociaux comme moteur, s'en sont emparés et les ont exploités à leur profit pour les canaliser dans des structures de parti et de commandement. La centralisation, le culte du chef et la direction, l'obéissance aveugle et les soldats du parti en ont été le résultat sans joie. Il s'agissait toujours de pouvoir et de la conquête du pouvoir, et non du démantèlement du pouvoir. De nombreux groupes de guérilla, dans divers contextes à travers le monde, ont poursuivi la militarisation des conflits sociaux en vue de la conquête du pouvoir et ont préféré la guerre civile à la révolution sociale lorsqu'ils se sentaient menacés. Avec l'échec de la révolution sociale, il était peut-être encore possible de s'emparer du pouvoir, mais c'en était alors fini de la libération de l'humain de l'asservissement par l'humain. Les divergences et les critiques au sein du mouvement révolutionnaire n'avaient guère de place dans le contexte d'un contre-pouvoir, d'une avant-garde armée, d'une pratique militarisée, d'un plan visant à s'emparer du pouvoir, et elles étaient éliminées. Renégats, dissidents de gauche, dissidents de droite, traîtres à la cause : pan, boum, morts.
La guérilla, c'est aussi une histoire sanglante : l'exécution des dissidents était la règle, pas l'exception.
Il faut mettre fin à cette répétition de l'histoire en adoptant une forme différente, une autre organisation et en redéfinissant les objectifs de la guérilla. Les anciens groupes de guérilla, à quelques exceptions près, incarnaient souvent à la fois des espoirs déçus et un écran de projection. À notre sens, il n'y a eu à ce jour aucune réflexion critique de la part d'anciens militants de la guérilla sur le militarisme au sein des groupes armés. Nous n'accordons aucune attention à la répétition d'une orientation discutable d'une future guérilla, ni au désir d'une « guerre de guérilla urbaine », ni à la mise en œuvre d'une « guerre asymétrique » par de tels groupes. De même, le désir de déclencher une « guerre sociale » flirte avec le goût de la guerre. Nous qualifierions cela, notamment l'article paru dans le journal autonome, « Warten auf die anarchistische Guerilla… », de fantasmes patriarcaux masculins. Sur la base de cette structure de pensée, les services secrets attendent peut-être avec joie de venir chercher la prochaine guérilla, mais pas nous. La conclusion de l'article ne correspond pas à son contenu. Ce texte suscite notre rejet le plus total. Dans une réponse intitulée « Sur la capacité d'action anarchiste » (Antisistema, numéro 3), nous nous reconnaissons à travers nos propres réflexions.
La « guerre sociale » est menée contre les opprimés ; la révolution sociale met fin à cette guerre sociale venue « d'en haut ». Le militarisme et la glorification des conceptions patriarcales du combat mènent à l'échec de la révolution sociale.
Venons-en à l'autre aspect : le mot « guérilla » vient de loin. Il n'est plus dans le champ de notre propre expérience. On peut donc jouer avec ce terme et l'utiliser comme bon nous semble. Personne ne s'y opposera, encore moins la guérilla elle-même, qui n'existe pas.
On se pare volontiers d'un esprit rebelle, comme de plumes d'autrui. Parce qu'elle a l'odeur de la subversion, de l'illégalité, de la révolution, la révolution peut être consommée. C'est pratique de jouer à la guérilla de la communication, de pratiquer le « guerilla gardening », de faire soudainement revivre la révolution russe avec Lénine ou d'autres jeux qui valorisent ses propres projets. Sur un t-shirt, dans une publication sur les réseaux sociaux – partout, on vante une radicalité qui ne fait de mal à personne, qui génère des clics et se vend bien. La guérilla est dépouillée de son contexte pour servir de battage médiatique, de coup marketing visant à gagner en visibilité, ou pour faire peur lorsque le mouvement pour le climat est soudainement assimilé au « terrorisme de la RAF ».
Et puis il y a aussi quelques anciens militants qui se mettent en avant. Et un milieu « rouge », souvent tout juste sorti d'un milieu bourgeois, qui ne les quitte pas d'une semelle, mais qui, bien sûr, aura disparu d'ici quelques années et défendra le système tant détesté qu'ils ont brièvement combattu. Ou pire encore : qui célèbre sans esprit critique une pâle copie des anciens groupes de guérilla et, surtout, qui renforce le radicalisme verbal, le machisme et le militarisme. Nous n'approfondirons pas ce sujet.
La remarque faite dans Antisistema, selon laquelle le terme « guérilla » provient d'un diminutif de l'espagnol « guerra » (guerre), met en évidence le problème fondamental. Considérons-nous la résistance comme une guerre ? Ou bien comme la destruction du pouvoir et de ses manifestations belliqueuses, en suivant les principes de la révolution sociale ? Ce n'est pas tel ou tel texte qui décide si nous voulons donner un avenir à ce terme, en tant que description d'une forme d'organisation ou en tant que perspective, mais bien la discussion qui s'y rapporte. C'est la pratique qui est déterminante, et non la case idéologique dans laquelle nous la rangeons. Et pour reprendre les propos d'Antisistema : « Développer un mouvement anonyme, invisible et informel, empreint d'engagement, de détermination et d'une perspective à long terme, qui utilise ce qu'on appelle des tactiques de guérilla, c'est en quelque sorte, à un niveau minimal, la pratique du mouvement anarchiste international ».
Compte tenu de cette réserve quant à la pertinence du terme, et compte tenu de notre analyse prudente concernant la transformation du pouvoir, faisons simplement comme s'il existait une guérilla urbaine dans ce pays. Notamment parce que nous estimons qu'il est juste de ne pas laisser ce terme aux mains du militarisme et de rendre concevable une nouvelle forme de guérilla urbaine, qui est peut-être déjà en marche depuis longtemps.
Peut-être ne le sait-elle pas elle-même. Peut-être s'en doute-t-elle et ne veut-elle pas être classée dans une catégorie qui pourrait la séparer des flaques, des mares, des ruisseaux, des lacs et des mers, où elle évolue comme un poisson dans une eau trouble ou limpide, et c'est pourquoi elle garde le silence sur son existence. Peut-être ne veut-elle pas donner d'informations inutiles aux enquêteurs. Peut-être ne lit-elle même pas ce texte. Peut-être que la guérilla ne se soucie pas du marketing. Peut-être ne veut-elle pas se cataloguer ainsi pour des raisons politiques compréhensibles. Peut-être est-elle parmi nous depuis longtemps et ne l'avons-nous pas remarqué ? Peut-être est-elle même déjà traquée en tant que guérilla, sans le savoir. Peut-être l'adversaire est-il plus conscient de son existence qu'elle-même ? Peut-être la guérilla ne nous fait-elle pas part de cette persécution, pour des raisons que nous ignorons ? Peut-être cette persécution l'a-t-elle aidée à prendre conscience qu'elle est bel et bien une guérilla. Son silence est-il la preuve de sa non-existence ? Nous disons : non, ce n'est pas le cas. Son silence est-il la preuve de son existence ? Non, ce n'est pas le cas non plus.
Mais attendons de voir ce que nous allons écrire et laissons les choses suivre leur cours.
Partons d'une hypothèse : la guérilla urbaine existe déjà.
Nous n'entendons aucun coup de feu. Est-ce là une preuve de son inexistence ? L'absence de pratique armée n'est-elle pas la preuve qu'il n'y a pas de guérilla dans ce pays ? Ou bien la décision de mener une guérilla urbaine découle-t-elle de la prise de conscience que le pouvoir ne vient justement pas des canons des fusils et qu'il n'est donc pas nécessaire de mettre en place une « Fraction de l'Armée rouge », ce qui ne serait politiquement qu'une répétition d'une erreur ayant conduit à une impasse politique ?
Qu'est-ce qui est déterminant pour la forme de leur action en tant que guérilla urbaine au sein de noyaux offensifs invisibles ?
Si les noyaux offensifs sont guidés par l'idée que la révolution sociale est plutôt mise en pièces par la puissance des canons, ou qu'en cas de victoire de la révolution, les structures patriarcales combleront le vide et que toute cette merde recommencera depuis le début – et s'il ne s'agit pas d'une militarisation des conflits sociaux par la domination, dans laquelle une force armée prend le pouvoir, que pourrait alors en conclure une guérilla invisible ?
Et si les noyaux offensifs se créaient ou s'étaient déjà créés des structures clandestines afin, en tant que noyaux subversifs, d'allumer le feu là où ils se sentent utiles, là où la soif de liberté brûle dans les cœurs, mais où il faut parfois aussi le soutien de la guérilla urbaine invisible ? Et si ce type de guérilla urbaine accompagnait depuis longtemps déjà les luttes sociales, sans vouloir les dominer, sans avancer en tant qu'avant-garde que les masses suivraient alors, ou seraient obligées de suivre ?
Et quelle est la position de la nouvelle guérilla urbaine vis-à-vis des armes à feu ?
Car les masses ne disposent que de balais, de faux, de couteaux, de fusils de chasse, de rouleaux à pâtisserie, de bâtons, de pavés, de cocktails Molotov et autres objets du même genre – qui, avec les armes dont elles disposent, ne pourraient vaincre aucune armée. Pas de cette manière. Les armes disponibles lors de la Commune, pendant la révolution russe ou lors de la révolution en Allemagne provenaient de l'armée. Elles provenaient majoritairement de soldats qui s'étaient rangés du côté des insurgés ou étaient eux-mêmes des insurgés. Les armes utilisées au plus fort de la guerre civile espagnole provenaient en grande partie de l'Union soviétique, et seules les forces politiquement disposées à se soumettre au stalinisme en étaient approvisionnées. Par nécessité, par opportunisme ou par conviction. Les autres ont été littéralement laissés à leur sort. Il s'agissait soit d'une prise de pouvoir au sens du communisme autoritaire, soit du fascisme – une révolution sociale n'était pas prévue. Une révolution sociale menée par les anarchistes ne devait pas aboutir, sinon la prétention de l'Union soviétique à être la seule représentante de la libération aurait été remise en cause.
Les armes du Viêt-Cong et, d'ailleurs, dans la plupart des révolutions, provenaient généralement de la sphère d'influence de l'URSS. Les États-Unis approvisionnaient le camp adverse.
Et les armes d'aujourd'hui proviennent de l'Iran et d'autres dictatures ; elles proviennent toujours des États-Unis, de la Russie ou de la Chine, et n'ont rien à voir avec l'émancipation. Depuis la création de l'URSS, ces livraisons d'armes n'ont jamais constitué un soutien désintéressé aux mouvements révolutionnaires, mais ont été motivées par des guerres par procuration et des ambitions de pouvoir.
L'origine des armes, provenant par exemple du trafic de drogue, a influencé l'orientation idéologique des groupes de guérilla, dont les résultats seraient aujourd'hui qualifiés d'échec brutal des tentatives d'émancipation.
Peut-être qu'un nouveau type de guérilla a mûri depuis longtemps, qui ne cherche pas du tout le conflit armé, car le pouvoir n'est pas renversé en premier lieu par les armes, ne peut pas l'être. Au contraire, la guérilla se pose peut-être la question de savoir comment rester indépendante – des armes et des conditions dans lesquelles elle pourrait se les procurer.
Parlons brièvement de « l'arme à feu ». Nous sommes certainement d'accord sur le fait qu'il ne s'agit pas de faire de l'arme un dogme, un fétiche. Pourtant, l'attrait pour celle-ci ne disparaît pas pour autant. À notre sens, c'est une masculinité irréfléchie et toxique qui pousse à se sentir encore plus viril grâce à l'arme. La militarisation et la masculinité – ou, pour être plus précis, l'identité patriarcale inscrite dans la socialisation des hommes – sont les ennemies de la résistance révolutionnaire. Certes, les femmes peuvent elles aussi élever l'arme au rang de fétiche, mais en règle générale, la militarisation de la psyché, inculquée aux hommes ou aux personnes perçues comme masculines, est plus propice à ancrer durablement cette fétichisation dans l'esprit. Cette réflexion a peut-être déjà été menée par la guérilla, qui ne se dévoile pas à nous.
Rendre la lutte armée envisageable et concevable implique une analyse précise des moyens. Ceux-ci ne sont pas neutres sur le plan des valeurs : une arme est un outil patriarcal. Si la nouvelle guérilla urbaine recourt à un tel moyen, elle doit prendre en compte sa signification subtile et dangereuse et s'en affranchir consciemment. En abordant la question du patriarcat et en mettant en place des mécanismes de retour, elle crée peut-être les conditions pour que l'arme ne s'empare pas de sa pensée. C'est peut-être pour cela que nous n'entendons aucun coup de feu, car le débat sur ce sujet a défini d'autres priorités.
À notre connaissance, cette réflexion n'a jusqu'à présent donné lieu à aucun mouvement armé, ou tout au plus de manière très rudimentaire. Nous n'avons en tout cas connaissance que de rares tentatives historiques dans ce sens. Car lorsque le moyen est devenu une fin en soi, c'est-à-dire lorsque l'arme est devenue l'outil permettant d'accéder au pouvoir, cela a conduit à l'échec de toutes les révolutions qui, à l'origine, ne visaient pas à établir un nouveau régime.
Les armes sont conçues pour tuer. Quiconque porte une arme dispose d'un outil pour tuer, peut mourir par cette arme et peut devenir un meurtrier. Les images de martyrs, qui trônent sur l'autel comme des icônes, témoignent à nos yeux d'un rapport irréfléchi à la lutte armée.
La pratique de la guérilla urbaine actuelle ne s'appuie que sur des critères sociaux visant à transformer la situation ; l'arme ne serait donc qu'un moyen, un outil permettant d'atteindre un objectif. Elle n'est pas l'objectif en soi. Et la fin ne justifierait pas non plus les moyens, c'est-à-dire l'arme. Toute action menant à l'objectif sans avoir à recourir à une arme serait préférable. Les armes militarisent toujours. La primauté de la révolution sociale détermine la pratique, même celle d'une action armée. La « révolution sociale », comme le résume notre guérilla urbaine invisible, vise toujours aussi le démantèlement du patriarcat et le démantèlement du pouvoir. La destruction du patriarcat passe par la démilitarisation des structures de pouvoir et des relations sociales, et non par la militarisation de la résistance.
La guérilla actuelle aurait-elle donc depuis longtemps tourné le dos aux hypothèses historiques selon lesquelles de nombreux noyaux offensifs et armés constituent la base d'une guérilla qui, associée au peuple, forme alors une armée et s'empare du pouvoir ? Et qu'est-ce que le « peuple » ? Cette guérilla d'un nouveau genre ne s'intéresse pas du tout au pouvoir, mais à sa disparition totale. Peut-être ne souhaite-t-elle pas du tout une « guerre populaire », dont certains rêvent sans cesse, mais plutôt un démantèlement offensif et social-révolutionnaire de l'identité nationale et du rejet de toute idée de soulèvement populaire. Les actions qui dépassent les identités nationales, se réfèrent à d'autres luttes dans d'autres pays et s'articulent avec les luttes locales ont le potentiel de priver l'identité nationale et la notion de « peuple » de leur force.
Si une guérilla ne détourne pas de personnes des mouvements sociaux (et n'affaiblit donc pas ces mouvements) et ne cherche pas non plus à les armer, mais n'exclut pas pour autant catégoriquement le recours aux armes dans l'interaction entre action offensive et révolte sociale permanente, qu'est-ce que cela signifierait alors pour le spectre des options de résistance ? Qui peut débattre de telles questions, si ce n'est avant tout la guérilla, qui ne se révèle pas à nous pour l'instant ? Qu'est-ce qui, bon sang, définit une guérilla à une époque comme la nôtre ? Comment mener des discussions sur sa perspective ?
Laissons-nous provoquer et bouleverser, et reprenons cette idée : la guérilla existe déjà !
Deux remarques concernant cette affirmation :
Premièrement : tu ne la vois pas, et c'est tant mieux.
Deuxièmement : tu ne la vois pas parce que TU NE TE RECONNAIS PAS dans le miroir. Ce qui, en revanche, est moins bien.
Le premier point est peut-être vrai ; ce que tu ne reconnais pas, les chasseurs d'humains ne le reconnaissent peut-être pas non plus.
Le second point pose problème, car les chasseurs d'humains t'ont peut-être reconnu, mais ton analyse ne rend pas compte de la signification qui t'a été attribuée, à toi, à ton groupe ou à ton entourage, depuis longtemps déjà.
Ce problème pourrait certes être négligeable, car nous ne nous définissons pas par rapport à nos adversaires, mais par nos intentions et nos actions en interaction avec les mouvements sociaux et les conflits. Cependant, la prise de conscience de nos propres actions et la reconnaissance de nos propres possibilités constituent également une occasion d'aller plus loin que ce que l'on s'était jusqu'ici permis d'envisager. Si vous, en tant qu'individu ou en tant que groupe, envisagez la possibilité que vos capacités s'étendent davantage, alors vous êtes en passe de passer d'un petit groupe intervenant ici et là à un groupe de guérilla urbaine. Si vous vous situez dans un contexte plus large, celui de la lutte pour arrêter le « Train Maya » et les massacres dans la forêt tropicale et des combats des peuples autochtones contre la destruction de leurs moyens de subsistance, alors vous n'êtes peut-être pas aussi loin d'un groupe de guérilla urbaine internationaliste que vous ne le pensez. Car cette étape recèle déjà une stratégie politique qui peut s'inscrire dans une continuité, puisqu'un objectif clair se profile à l'horizon. Si, au sein du « cœur de la bête » tant évoqué, vous établissez des liens mondiaux avec d'autres luttes ou réfléchissez concrètement à la manière de soutenir les luttes en cours, par exemple contre la destruction du climat, tout en sabotant le « Green Deal », alors il ne s'agit plus ici d'un mouvement éphémère. Parce que vous travaillez à partir d'analyses, que vous intervenez sur des terrains politiques et que vous créez une continuité en collaboration avec, par exemple, d'autres groupes que vous ne connaissez pas – que ce soit sous différentes appellations, sous un seul nom ou sous une étiquette.
Si vous avez acquis des compétences techniques qui vous permettent de vous infiltrer profondément dans les structures sociales des nazis, et si ces informations parviennent à des personnes qui organisent des visites à domicile ciblées pour démobiliser les nazis, leur voler leurs armes, analyser leurs disques durs, vider leurs comptes, détruire leurs biens, etc. (!), alors peut-être que la manière dont vous vous situez n'est qu'une question de regard porté sur votre propre action. Quelle que soit la forme que prend votre organisation, nous voyons déjà poindre la guérilla urbaine. Si vous persévérez, accumulez de l'expérience, encaissez des défaites et continuez malgré tout, alors c'est là que réside le potentiel d'un groupe de guérilla urbaine en pleine prise de conscience. Si vous assurez la pérennité de votre quotidien (travail, logement, relations, discussions politiques) et de vos structures afin de préserver la capacité d'action du noyau offensif, vous créez alors les conditions nécessaires à l'existence d'un groupe de guérilla urbaine, aussi petit soit-il. Si, après un certain nombre d'actions offensives, vous constatez que tout cela est certes bien et juste, mais que cela ne représente en quelque sorte qu'une goutte d'eau dans l'océan, ou n'a apporté que peu ou rien, et que vous ne vous dissolvez pas pour autant ni ne vous retirez dans la sphère privée, mais que vous analysez ce qu'il faudrait faire pour sortir de la stagnation et explorer de nouveaux moyens d'intervention offensive, alors vous êtes proches de la guérilla urbaine. Si vous ne recherchez pas le « spectacle » dont le seul but est la présence médiatique, ni une intensification des attaques pour compenser le « manque de perspective politique », vous êtes proches de la guérilla urbaine. Si vous ne pratiquez pas la militarisation (que vous ne confondez pas avec la radicalité) comme réponse à vos questions – mais plutôt le sabotage, qui empêche, interrompt, bloque quelque chose afin d'exercer une influence fortifiante sur les luttes sociales locales et/ou mondiales –, alors vous êtes peut-être proches d'une condition préalable à la guérilla urbaine.
Et lorsque cela se produit en interaction avec d'autres groupes partageant des objectifs similaires, des avancées sociales révolutionnaires deviennent soudain possibles dans le contexte social, ce qu'un petit groupe ne peut à lui seul réaliser. En ce sens, les accords et les ententes entre différents groupes sont certes utiles et positifs, et constituent également un bond qualitatif par rapport à une pratique diffuse et en partie non engageante. Mais même si le nombre d'actions pertinentes reste important, si l'on n'a pas (au préalable) réfléchi à leur transmission et à leur ancrage au sein des mouvements sociaux, dans les milieux ou dans les secteurs de la société, leur impact s'estompe rapidement. L'objectif de chaque action de la guérilla urbaine est d'encourager, d'élargir les marges de manœuvre, de renforcer ou de consolider les luttes sociales, de transmettre des connaissances, etc. Il y a là une marge de progression pour certains groupes dont on devine, à travers leurs déclarations et la mise en œuvre de leurs actions, que les capacités se rapprochent de celles d'un noyau de guérilla urbaine. Il s'agit toujours, encore et encore, de la lutte pour gagner les cœurs et les esprits des gens. Toucher ces derniers est la tâche des noyaux offensifs. Les médias ne s'en chargent pas à leur place. Cependant, les groupes qui ne participent pas à des actions offensives peuvent également apporter leur soutien en contribuant à diffuser les interventions réussies et, le cas échéant, en les mettant activement en débat (journaux muraux, distributions de tracts, banderoles, participation à des manifestations, diffusion de communiqués au-delà de la bulle). En effet, un noyau offensif est déjà tellement accaparé par la mise en œuvre d'une action qu'il lui est impossible de s'occuper de tout ce qu'il serait judicieux de faire.
Il ne s'agit pas là d'un jeu de mots ou d'une simple chicane lexicale. Au contraire, la prise de conscience détermine également notre propre positionnement et les options qui en découlent. Ce ne sont pas seulement les choix des noyaux offensifs qui déterminent l'impact d'une action ; les structures qui soutiennent cette perspective sans la mettre elles-mêmes en pratique sont également mises à contribution.
Nous ne partageons pas l'affirmation contenue dans la brochure « Disruption » selon laquelle il ne serait plus aussi facile aujourd'hui qu'autrefois d'appeler à mener des actions clandestines. Les moyens techniques dont disposent les organes de répression se seraient développés à un point tel que seuls des groupes très disciplinés et spécialisés seraient encore capables de commettre des dégradations matérielles sans se faire prendre. Nous en tirerions exactement la conclusion inverse : les groupes offensifs existants disposent d'une expérience qui leur permet de défier même les moyens techniques des organes de répression, comme en témoignent à nos yeux les nombreuses attaques offensives. Ces groupes sont peut-être en mesure de se réinventer en tant que groupe de guérilla urbaine s'ils le souhaitaient. Et les nouveaux groupes devraient s'organiser en s'appuyant sur ce bagage d'expérience. Et c'est probablement ce qu'ils font, car il est aujourd'hui élémentaire de savoir qu'il faut éviter de laisser des traces d'ADN et que le simple fait d'éviter les empreintes digitales ne suffit plus. Une telle position défensive dans la brochure ne fait que semer une incertitude inutile chez les nouveaux groupes, plus jeunes, et ne contribue pas à les encourager. L'histoire prouve que chaque époque engendre ses propres formes d'organisation, capables de contourner les moyens dont disposent les organes de répression à un moment donné. La résistance existera toujours. Et elle s'appropriera sans cesse les moyens nécessaires pour se défendre efficacement. Et l'être humain, dans sa volonté de liberté, peut développer un potentiel créatif. Si l'on regrette les conditions qui prévalaient pour les actions offensives il y a dix ans ou plus, cela peut certes se comprendre, mais cela n'aide guère si cela débouche ensuite sur une vision générale de la pratique offensive qui a un effet démobilisateur sur le plan politique. La résistance évolue toujours au gré des conditions. Aujourd'hui, plus personne ne rédige de déclaration à l'aide d'outils analogiques, comme une machine à écrire, mais à l'aide d'un ordinateur. Le cryptage et l'envoi des revendications se font par voie numérique. Tout comme l'enveloppe laissait des traces, l'envoi numérique laisse lui aussi des traces sur le réseau, que l'on s'efforce de minimiser autant que possible. Selon les auteurs de la brochure, « seuls des groupes très disciplinés sont encore capables de commettre des dégradations matérielles ». Cela tend plutôt à créer des mythes. Il est toujours bon, en tant que groupe offensif qui se dote d'une structure solide ou qui souhaite s'en doter à l'avenir, de faire preuve de discipline. Celleux qui célèbrent les actions offensives comme un mode de vie se rendront peut-être compte, en cas d'arrestation, qu'ielles auraient pu trouver ailleurs les mêmes sensations fortes, mais sans prendre de risques. Et la « spécialisation » mentionnée plus haut a également de quoi faire reculer. Lorsqu'un groupe a incendié quelque chose ou l'a paralysé de manière significative par d'autres moyens, il s'est généralement doté au préalable des connaissances nécessaires pour que l'engagement des forces soit proportionné au succès politique. Pour que le sabotage aboutisse et qu'un objectif politique soit ainsi atteint. So what ? Où est le problème ?
Certain-e-s rêvent d'une guérilla. La plupart d'entre nous ont tendance à envisager la guérilla en dehors de notre propre contexte. Peut-être réfléchit-on à la guérilla à travers ses manifestations historiques, souvent discutables. Mais on ne la transpose pas à notre propre groupe.
Vous vous fermez ainsi vos propres perspectives. Il ne manque peut-être qu'un soupçon de prise de conscience à votre groupe pour qu'il décide de se réorienter en tant que groupe de guérilla urbaine. L'enquête qui s'abat sur vous, le profilage qui vous a localisés et les méthodes auxquelles l'État a eu recours pour vous démanteler ne devraient pas laisser mûrir la terreur de cette prise de conscience avant même que vous n'ayez envisagé la guérilla urbaine. La répression violente qui vise actuellement notamment l'antifa et d'autres groupes a entre autres pour objectif de briser la capacité et l'évolution vers une perspective de groupes de guérilla urbaine social-révolutionnaires capables d'agir. Le bouleversement à venir et la restructuration du pouvoir nécessitent une transition aussi fluide que possible, c'est-à-dire sans contradiction. Il vaut mieux que les fascistes aient la possibilité de participer à l'élaboration de cette transition, car ils garantissent toujours la pérennité du pouvoir, contrairement à une perspective anarchiste qui ne fait aucun compromis en matière de pouvoir. Au contraire, on a même besoin des forces fascistes pour la transition afin de la sécuriser. Le fait de déplorer la sévérité avec laquelle l'État réprime les propres pratiques, par exemple celles de l'antifa, et non celles des fascistes, ne fait que montrer à quel point certain-e-s militant-e-s se prennent peu au sérieux en tant qu'acteur.ice.s. Ce ne sont pas les fascistes qui constituent une menace pour le pouvoir, mais les groupes anarchistes qui s'emparent des contradictions sociales, se rangent aux côtés des troubles sociaux et s'attaquent en même temps aux fascistes. Car les bouleversements évoqués dans l'introduction conduiront à des contradictions et des fractures sociales et libéreront des forces en quête d'orientation. Une guérilla urbaine, un mouvement anarchiste social et offensif de masse (visible et accessible sur les lieux de tension) peut rapidement devenir un facteur, et donc un problème, pour la légitimation de l'énorme processus de restructuration du pouvoir.
En ce sens, ce texte est un attentat contre notre cerveau.
Cette prise de conscience doit s'accompagner d'une réflexion sur notre propre pratique, et il faut se concentrer sur les répercussions de cette prise de conscience afin de mener une analyse de la situation actuelle de notre groupe. Et de celle qu'il pourrait atteindre. Et du potentiel qui découle de cette prise de conscience.
La guérilla urbaine a besoin de nous.
Elle a besoin de structures et d'un entourage sur lesquels elle peut compter. Elle a besoin d'engagements qui soient respectés. Elle a besoin de certitudes, pas d'inconstance. Elle a besoin de continuité et de capacité d'action. Même lorsque la résistance est au plus bas, elle peut encore attaquer, susciter l'espoir, ouvrir des voies, protéger concrètement les gens, etc. La guérilla urbaine est encore capable, même dans une situation qui semble socialement désespérée, de mener des combats défensifs-offensifs. Car chaque combat défensif recèle le potentiel d'une contre-attaque. Plus la destruction de la Terre et des moyens de subsistance de tous les êtres vivants est grande, plus la nécessité d'une révolution sociale est grande.
La guérilla a besoin de canaux de communication et de diffusion sûrs, clandestins et fiables.
Outre d'autres excellents journaux, la guérilla a besoin d'au moins un journal analogique, produit clandestinement et bénéficiant d'une diffusion efficace et sécurisée. L'État ne doit avoir aucune connaissance des personnes qui le réalisent. La guérilla a besoin d'un tel support, qui échappe au contrôle des médias numériques, afin que les débats et échanges puissent se poursuivre dans une situation tendue.
Un journal (on connaît encore à peine ce concept : un truc en papier, qui bruie entre les mains, aussi « analogique » que le papier toilette), qu'elle n'a pas à réaliser elle-même, mais qui est géré par d'autres noyaux militants, afin que des conseils et des instructions puissent trouver leur chemin vers les mouvements sociaux, sans être diffusés sur Internet. Il s'agit moins de s'accrocher à de vieilles structures dépassées que d'adapter ces structures aux défis à venir. Des débats offensifs qui ne tombent pas directement entre les mains des nazis, des guides pratiques et des consignes de sécurité pouvant revêtir une importance vitale pour les noyaux offensifs, justifient un tel projet analogique. Le risque que nos projets numériques puissent être simplement mis hors service, comme « Linksunten », ou qu'en cas de guerre, Internet soit ralenti comme lors de certaines révoltes récentes dans d'autres pays, ou encore que nos projets numériques soient inondés de contenu indésirable ou de désinformation difficile à détecter, ou enfin que le réseau soit tout simplement coupé, rend nécessaire la mise en place d'alternatives. Celles-ci doivent être mises au point et disponibles au moment où elles seront réellement nécessaires. Un tel projet devrait être l'affaire d'un mouvement militant au sens large, s'étendant jusqu'au mouvement pour le climat.
Soit dit en passant : s'ils bloquent l'accès à nos médias, si nous ne pouvons plus les consulter comme c'était le cas il y a quelques années avec « Linksunten », alors l'accessibilité à X, Meta, etc. devrait également être réduite à néant. Le prix à payer pour une attaque contre des médias incontrôlés et libres de toute domination devrait être élevé. Il faudrait avoir en réserve un plan B permettant de contourner avec succès les interdictions visant les plateformes et les médias analogiques. Il est possible de faire bien plus que ce que l'on croit.
La guérilla a besoin de marges de manœuvre non contrôlées dans la vie quotidienne.
Chaque réservation en ligne, chaque paiement par carte au supermarché sape la résistance. La guérilla a besoin de transactions de paiement non contrôlées. Celleux qui acceptent volontiers d'être suivi-e-s créent les conditions nécessaires à l'encerclement et à l'anéantissement des structures subversives. Celui ou celle qui paie par carte ouvre la porte à un fascisme qui n'a qu'à se servir de nos données pour nous traquer et nous éliminer à l'aide d'algorithmes. Le paiement par carte est parfois devenu inévitable – mais il n'est pas impossible de le contourner. Une pression, un refus massif, que ce soit face à la puce sanitaire, lors de la réservation de voyages ou lors de l'achat le plus banal, n'est pas sans effet. Les magasins qui nous obligent à payer uniquement par carte doivent être boycottés.
Perturber ou désactiver complètement les caméras et les systèmes de surveillance, incendier les véhicules en mode « surveillance » et utiliser des brouilleurs de téléphones portables, des détecteurs de micros, etc., devrait devenir une pratique courante et bien rodée. Le malaise face à la surveillance s'étend profondément au sein de la société civile, où des alliances potentielles sont envisageables.
La guérilla urbaine a besoin de lieux de refuge et d'une culture de solidarité. Chaque téléphone portable présent lors d'une réunion sape cette solidarité et met en péril les structures. Chaque présence d'un téléphone portable empêche ou rend difficile pour les membres de la guérilla urbaine d'aborder des thèmes et des questions qui ne peuvent être soulevés dans un cadre surveillé. La dépendance aux smartphones, le fait de les emporter dans tous les recoins de ta ville et chez tous tes ami·e·s, complique et détruit également le milieu dans lequel évolue la guérilla urbaine. Dans des relations sociales surveillées – et le smartphone est le garant de cette surveillance –, la possibilité technique de surveillance sape les conversations confidentielles. Le smartphone détruit les relations de confiance. Personne n'aurait l'idée d'échanger des confidences personnelles, des banalités ou des prises de position politiques en présence physique d'un agent du BKA ou d'un informateur. En présence du « smartphone » de l'informateur, cette culture ne s'applique souvent plus. Les membres des noyaux offensifs devront toutefois se mordre la langue sur certaines questions (qui peuvent te paraître insignifiantes, mais qui ne le sont pas pour la personne qui les pose) s'ils savent que leur interlocuteur porte un micro caché. Celleux qui vivent dans l'illusion de n'avoir rien à cacher parlent sans retenue. Mais celui ou celle qui est conscient-e de la répression et qui doit protéger un projet tel qu'un noyau offensif se gardera bien de s'ouvrir ou d'intégrer naturellement des demandes de soutien dans les conversations. La guérilla a besoin d'une approche différente face à la surveillance technologique, qui s'est déjà largement ancrée dans de nombreux secteurs de la société. Ce travail doit être mené par de nombreux groupes. Ce n'est pas le problème « privé » d'un groupe de guérilla urbaine.
La guérilla urbaine s'étonne de voir des gens préférer partir au Kurdistan pour y mener la lutte armée, plutôt que de renforcer ici la perspective d'une guérilla urbaine en phase avec son temps et ancrée localement.
L'ennemi semble clairement identifié dans les régions en guerre, là où l'armée turque réprime la lutte des Kurdes et les bombarde. Celleux qui le souhaitent ne s'attardent pas trop sur les contradictions qui, pour nous, soulèvent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses. Nous pensons certes que personne ne se facilite la tâche en partant se battre ailleurs. Même si la critique d'un « tourisme révolutionnaire », par exemple vers l'Amérique latine, concernait déjà des mouvements plus anciens. Pour nous, la contradiction ne réside pas seulement dans le fait de partir, mais aussi dans le fait d'aller s'organiser au sein d'une structure hiérarchique.
Est-ce trop pénible pour nous, révolutionnaires, de nous enfoncer dans les bas-fonds d'une organisation clandestine dans ce pays, qui n'apporte aucune reconnaissance ? Dans laquelle notre identité, notre ancrage et notre identification ne se construisent pas dans le cadre d'une guérilla ou d'une armée existante, mais où nous devons nous-mêmes travailler sans relâche et lutter quotidiennement pour rester des sujets révolutionnaires ? Nous sommes constamment soumis-e-s à la corruption, et une partie de la soi-disant gauche défend à chaque occasion qui se présente la démocratie et les « valeurs de liberté », protégeant ainsi secrètement sa propre prospérité et ses privilèges, qui ne peuvent exister sans l'exploitation d'autres pays. Dans ces conditions, on peut parfois être pris-e de colère et avoir envie de « prendre le large ». Mais s'agit-il aussi d'une attitude de consommateurs bien élevés qui se précipitent vers le Rojava pour échapper à une contradiction qui, dans notre pays, exige beaucoup d'énergie et de réflexion ? Et quel est, pour certaines personnes, notamment celles socialisées dans la masculinité, le lien entre leur propre militarisme incontesté et leur fétichisme des armes, d'une part, et l'attrait qu'exercent sur elles ces théâtres de guerre, d'autre part ? Qu'est-ce qui alimente cette projection sur une structure hiérarchique et autoritaire dominée par le PKK ? La « libération des femmes » nous apparaît, dans ces argumentations, comme une feuille de vigne destinée à permettre de se rapprocher des armes. Qu'est-ce que cela apporte concrètement sur place, au Rojava, ou ici, dans notre pays, si ce n'est affaiblir la guérilla locale, ici même ?
Étant donné que les tactiques et stratégies militaires, ainsi que certaines alliances politiques désastreuses, par exemple avec les États-Unis, diffèrent fondamentalement, tant par leurs défis que par leurs objectifs, des critères politiques et des objectifs concrets de la guérilla urbaine dans notre pays, il n'est pas surprenant, au vu des résultats, qu'il existe un parallèle entre ces combats qui ne se reflète pas dans les actions des groupes de guérilla urbaine. Et qui ne se font même pas référence de manière notable.
La guérilla urbaine nécessite une approche des conflits différente de celle qui s'est dégagée au cours des dernières décennies dans le cadre d'une politique identitaire.
Au sein de la guérilla urbaine se reflètent bien sûr également les lignes de fracture sociales, lorsqu'elles ne font pas l'objet d'un débat satisfaisant dans le cadre de la société, dont la guérilla pourrait tirer profit. Les noyaux offensifs souhaitent pouvoir tirer profit des débats menés dans leur entourage et qu'ils soient menés avec sérieux, rigueur et sans tomber dans les pièges identitaires. Ou qui aient même la force de concilier les divergences politiques sans pour autant compromettre une perspective anarchiste. Les groupes de guérilla urbaine ne peuvent pas résoudre toutes les questions qui peuvent se poser au sujet des conflits sociaux, y compris au sein même des noyaux offensifs. Même si une guérilla urbaine s'est constituée sous le signe d'une motivation anarchiste, des positions claires peuvent néanmoins rapidement vaciller. Car la réalité est complexe et en constante évolution, et elle nécessite une réflexion et une réaffirmation de soi permanentes. Après tout, la guérilla urbaine doit, selon le pays et la situation, faire preuve d'une force intérieure capable d'affronter la prison, et peut-être à l'avenir aussi la torture ou la mort. (La possibilité d'une destruction par la prison et des conditions assimilables à la torture s'est avérée être un problème pour les antifascistes recherchés issus du soi-disant « complexe de Budapest », qui, en se manifestant, tentent d'anticiper une extradition vers la Hongrie). Certes, la guérilla urbaine a l'« avantage », en tant que noyau offensif, de devoir sans cesse gérer des contradictions internes afin d'assurer sa capacité d'action et d'établir les relations de confiance nécessaires à cet effet. Mais lorsque, par exemple, des controverses existentielles éclatent au sein de structures dites de gauche, cela peut également entraver la capacité d'action de la guérilla urbaine. Si vous avez du mal à vous en faire une idée, il suffit de penser brièvement aux divergences concernant la guerre au Proche-Orient. Ou aux discours sur le dé-colonialisme au sein du spectre antiraciste, avec leurs répercussions jusque dans les camps antiracistes. Ou encore aux divergences et aux blessures, qui n'ont toujours pas été surmontées à ce jour, liées à la gestion de la pandémie et aux mesures prises par l'État.
En dehors des groupes fixes et contraignants, on évite plus rapidement les conflits difficiles et on procède plus vite à des ruptures que ne le justifie le développement de perspectives révolutionnaires. On se repositionne simplement ou on s'enlise, dans un plaisir tourmenté, dans des luttes identitaires contre l'adversaire du moment au sein de structures dites de gauche. Les ruptures sont également rapidement saisies comme une occasion de dépolitisation, car elles servent de preuve du fossé qui sépare les aspirations de la réalité. Là où les ruptures sont inévitables sur le fond, il n'y a pas d'autre issue, mais de nombreux conflits sont soumis à une culture identitaire qui ne supporte aucune divergence, et encore moins capable d'échanger à ce sujet et de parvenir à des solutions communes.
La guérilla urbaine repose sur notre capacité à distinguer les différents types de conflits. Quelles sont les causes profondes de ces conflits : l'égoïsme, la soif de domination, les luttes de pouvoir, les querelles et la concurrence ? Où se manifestent-ils dans des vanités blessées et des troubles psychologiques ? Et où reposent-ils réellement sur des divergences fondées sur le fond ? Nous savons tous-tes qu'il s'agit parfois d'un mélange de ces éléments. Mais une divergence politique par rapport à une autre position est discutable. Lorsque les fondamentaux de l'orientation politique coïncident, par exemple pour une société sans hiérarchie, celles-ci constituent le point de départ.
Grâce à la compréhension mutuelle, nous pouvons parvenir à surmonter la divergence, qui peut alors devenir un enrichissement politique. Cette capacité à discuter et à faire preuve de bienveillance réciproque a disparu chez beaucoup d'entre nous, au sein de ce qu'on appelle la « gauche », car nous préférons souvent nous voir dans une position de supériorité identitaire plutôt que de reconnaître la diversité des réalités. Une divergence alimentée par les egos revêt souvent les traits des « habits neufs de l'empereur ». Les gens n'osent pas contredire les positions défendues par des personnalités égoïstes et avides de pouvoir, de peur de se retrouver eux-mêmes pris dans un shitstorm. Une telle structure, un tel milieu n'offre pas de base à une guérilla urbaine, celle-ci devant pouvoir s'appuyer sur des relations et des liens durables, solidaires, humains et dignes.
C'est à nous de créer ces structures, de nommer les différences, de les exprimer et d'en tirer ensemble des leçons, ou encore d'en tirer les conséquences là où la politique de pouvoir et les structures de domination ne changent pas. Tout comme certaines personnes puisent leur force dans une politique identitaire, cultivent la contradiction, font de la concurrence leur raison d'être et donnent libre cours à la jalousie et à la haine envers les autres, voire agissent de manière manipulatrice, la compréhension envers d'autres personnes, qu'il s'agit de rallier aux idées anarchistes, ne peut pas mûrir.
La guérilla urbaine a besoin d'un entourage vigilant, capable d'identifier les mouchards et les personnes indignes de confiance, les frimeurs et les cabotins, et de les tenir à l'écart. Ou plutôt, de les exclure de toutes les structures, aussi insignifiantes soient-elles en apparence. Les structures des luttes sociales sont bien sûr organisées de manière ouverte et accessible, et une paranoïa aveugle détruit les relations de confiance indispensables. Les relations de confiance naissent de la découverte mutuelle et de l'interaction sociale. Certains informateurs de l'État ne supportent pas cette proximité : soit ils fraternisent, soit ils doivent être retirés par leurs « officiers supérieurs ». Il existe bien sûr ces répugnants personnages, formés et infiltrés de manière ciblée, comme Marc Kennedy, qui sont même allés jusqu'à nouer des relations. Les informateurs de l'État qui sont démasqués doivent craindre de payer le prix fort pour leur travail. On ne peut jamais totalement exclure la présence d'informateurs recrutés qui agissent au sein d'un mouvement et qui, pour de l'argent ou d'autres « avantages », par chantage ou en exploitant des divergences politiques, livrent en pâture des structures et, concrètement, des personnes. Nous pensons toutefois qu'un Domhöfer n'aurait jamais été profondément intégré à une culture sociale et humaine d'un mouvement antifasciste non patriarcal, ce qui a fait de lui, à bien des égards, un risque pour la sécurité. Plus nos structures sont humaines et socialement crédibles, plus les relations de confiance sont solides et plus il y a de place pour nos propres contradictions, plus une personne recrutée est susceptible de faire un pied de nez aux services secrets et d'informer ses ami-e-s.
Un mouvement social anarchiste peut même agir au sein des différents appareils et arracher des personnes à ces structures au sein de l'armée, de la police et des services secrets. Toute personne qui tourne le dos à un organe de répression de l'État et rend compte de son fonctionnement interne contribue à l'évaluation de l'adversaire. Toute personne qui sympathise avec un mouvement social-révolutionnaire et lui transmet des informations le fera en raison de contradictions intérieures par rapport à son travail et grâce à la force de persuasion du mouvement révolutionnaire. Le simple fait de détourner le regard constitue déjà un soutien qu'il ne faut pas sous-estimer. En général, les structures de répression de l'État sont occupées par des personnes qui ont tendance à privilégier des solutions de droite et autoritaires. Mais dans tous les appareils, il y a des personnes en proie à des contradictions, qui sont déchirées par ce qu'elles font. Ou dont la réflexion peut être stimulée par nos paroles. Il est juste, dans une confrontation directe avec les organes de l'État, de les considérer pour l'instant comme un bloc monolithique. Il est faux de considérer ce bloc monolithique comme absolu et de ne pas voir les marges de manœuvre dont nous disposons. Dans des situations conflictuelles, lors d'une grande manifestation par exemple, un appel lancé en masse pour inciter des unités à se retirer ou à se mutiner peut s'avérer judicieux. Au-delà des situations conflictuelles polarisées, il convient d'explorer les confrontations directes sur le fond, mais uniquement si ton action s'inscrit dans le cadre d'un groupe et si ton interlocuteur n'a pas d'intérêt tactique à mener cette discussion.
Résumons encore une fois.
Comme nous l'avons déjà laissé entendre, la guérilla urbaine ne tire pas sa légitimité de la possession ou de l'accès à des armes à feu. Elle ne se définit pas non plus par l'utilisation de telles armes, par exemple à des fins d'autodéfense et de protection personnelle. La guérilla urbaine tire sa légitimité de la mise en place d'une structure invisible pour l'adversaire, à partir de laquelle une pratique continue est possible. Cette pratique se définit par ce qui soutient un mouvement social. Là où des ruptures révolutionnaires peuvent être détectées et rendues visibles, et là où des tendances révolutionnaires peuvent être renforcées, voire portées de l'avant, par l'action révolutionnaire. La guérilla urbaine ne se légitime pas nécessairement par l'action visible ; elle opère peut-être dans l'ombre et met en place une structure de haut niveau pour d'autres luttes (collecte de fonds, hébergements, mesures de protection des noyaux offensifs, ravitaillement des militant-e-s entré-e-s dans la clandestinité, etc.). C'est le groupe qui décide de ce niveau en fonction de ses possibilités et des nécessités politiques. L'existence même d'un groupe de guérilla urbaine est déjà un succès. Cette existence n'est pas une fin en soi. Elle ne se contente pas de faire étalage de son existence, elle agit – conformément à ses objectifs et à ses impératifs, elle s'efforce même, lorsqu'elle est sur la défensive, d'adopter une attitude offensive. Et de rester lucide dans l'offensive afin de rallier politiquement le plus grand nombre possible de personnes, car la perspective d'une révolution doit s'inscrire dans le cadre d'un combat social. Une révolution qui ne se situe pas au cœur des processus sociaux et/ou qui n'y est pas ancrée ne sera qu'un énième projet militariste, sans aucune valeur pour les luttes sociales. L'adversaire a tout intérêt à militariser les conflits sociaux dès lors qu'ils acquièrent un potentiel révolutionnaire. L'histoire en regorge. Sur le terrain militaire, tout groupe de guérilla urbaine et tout mouvement de révolution sociale peut être anéanti. L'adversaire intensifie ses efforts de contre-propagande et de désinformation, ainsi que ses actions contre-révolutionnaires et ses attaques militaires. L'infiltration politique et matérielle par des groupes et des courants militaristes, qui vise à militariser les groupes de guérilla, les groupes militants de masse et les mouvements sociaux, est une condition préalable à l'écrasement des soulèvements sociaux. La présence de groupes militarisés au sein des mouvements sociaux et révolutionnaires permet toujours à l'État de garder un pied dans la porte ; c'est pourquoi il convient, dès le début, d'être attentif à ces groupes lorsque des conflits sociaux surgissent. Ils détruisent le mouvement ou sont prêts, le cas échéant, à prendre la « direction » au sein du mouvement social lorsque le pouvoir est sérieusement remis en cause. C'est au sein de ces groupes que se niche la soif de pouvoir. La plupart du temps, ils n'ont pas non plus une conception antimilitariste globale et se concentrent sur un adversaire contre lequel il faut recourir à la force militaire. Il leur manque une conception antimilitariste fondamentale et universelle. Ils préfèrent de loin une guerre civile à une révolution sociale. Car la révolution sociale implique leur propre perte de pouvoir.
La réponse à la militarisation des conflits sociaux, des mouvements et des révoltes et soulèvements de masse ne peut venir que d'une prise de conscience profondément ancrée, au sein même des mouvements sociaux, d'une opposition politique fondamentale à tout ce qui relève du militaire. Les mouvements sociaux contrent la militarisation d'un conflit en élargissant la pratique révolutionnaire sociale, qui vise à étendre le pouvoir de la rue à une échelle telle qu'elle bloque tout fonctionnement de l'État et contraint, au mieux, l'adversaire à des compromis ou à des retraites tactiques. Un processus révolutionnaire, une fois enclenché et mis en marche, doit être poursuivi avec cohérence. Telle est la leçon tirée de nombreuses luttes sociales et révolutions sociales qui se sont contentées de compromis ou qui n'ont pas osé étendre les processus révolutionnaires et les ont interrompus. Le pouvoir assiégé profitera de ce moment et se montrera comme un adversaire impitoyable afin d'anéantir le mouvement. Pour que, une fois de plus, la défaite s'inscrive profondément en nous. C'est la peur qui leur confère le pouvoir. Rien d'autre. Si les mouvements sociaux parviennent à s'étendre, à s'ancrer au sein même du centre bourgeois, à mobiliser de larges couches de la société grâce au pouvoir de la rue par une combinaison équilibrée de blocages, de refus, de grèves, de militantisme de masse et d'actions de guérilla, la militarisation se heurte alors à un problème de légitimité. L'économie doit être paralysée pour pouvoir dicter nos conditions et faire payer un prix élevé à l'intervention militaire. Dans les dictatures, ces conditions sont bien plus difficiles à remplir si l'armée ne s'effondre pas, au moins en partie, si elle ne reste pas neutre ou si elle ne se désagrège pas d'elle-même en raison d'un taux de désertion élevé.
Mais d'une manière générale, l'adversaire pense et agit par habitude et de manière systémique en termes de solutions militaires, alors que nous devons penser en termes de réponses sociales. L'ennemi tente toujours de nous entraîner sur le terrain des solutions militaires lorsque nos réponses sociales deviennent trop dangereuses pour lui, lorsque les « tables rondes », la gestion du mouvement, les organisateu-rice-s et les dirigeant-e-s du mouvement échouent, voire lorsque les concessions ne font plus effet. Il est dans son élément dans cette façon de penser militaire et patriarcale. Si nous pensons en termes militaires, nous ne ferons que restructurer la domination, sans la faire disparaître. La guérilla urbaine peut certes, à l'aide d'armes, assurer des combats en renfort ou contraindre certains protagonistes de l'adversaire à se mettre ponctuellement sur la défensive – mais elle ne peut mener à elle seule la révolution sociale. Elle en est un facteur très important, mais jamais le facteur décisif et unique.
La guérilla urbaine dont nous parlons ne poursuit pas un objectif de prise de pouvoir, mais celui de sa disparition. La guérilla urbaine cherche à entrer en confrontation avec les mouvements sociaux et développe ses attaques dans une interaction politique avec d'autres luttes et leur répercussion sur les actions militantes, voire armées. Cette répercussion n'est pas à elle seule déterminante pour l'action révolutionnaire d'un groupe de guérilla urbaine. L'action peut, et doit parfois même, se mener indépendamment du mouvement social lorsque celui-ci restreint en partie son champ d'action, se cantonnant à des revendications d'ordre symbolique, à des concessions minimales ou au désir de participer au pouvoir.
Il est toujours important pour la guérilla urbaine de conserver son orientation sociale.
La guérilla urbaine a besoin d'un mouvement qui n'oublie pas ses prisonnier-e-s, mais qui les considère comme faisant partie intégrante du mouvement, même s'ielles en sont séparés physiquement. Les prisonnier-e-s font partie d'un combat qui doit être mené différemment à l'extérieur qu'à l'intérieur des murs. Lors de chaque action, lors de chaque manifestation, les prisonnier-e-s doivent être mis-e-s en avant. Lorsque l'AfD est bloquée à Riesa, les prisonnier-e-s doivent être visibles, que ce soit sous forme de pancartes portant leurs noms ou dans l'appel à manifester. Cela va de soi.
Quelques militants d'antifa viennent de se livrer volontairement pour éviter d'être extradés vers la Hongrie, où Maja, par exemple, est incarcérée dans des conditions s'apparentant à de la torture. La pression exercée par l'État sur les antifas, l'extradition criminelle de Maja vers la Hongrie par la justice allemande et une vague fasciste qui ne s'arrêtera pas devant les institutions étatiques exigent des réponses. Aucun-e prisonnier-ère, aucun-e personne en fuite ne doit être oublié-e. Accueillons-les parmi nous. Amplifions leur voix en aidant à la faire entendre à l'extérieur.
Et la guérilla urbaine a besoin d'un mouvement qui soutienne la lutte en prison et la rende visible à l'extérieur. Chaque prisonnier-ère est un-e otage de l'État et sert également à diviser et à briser un mouvement. Si nous gardons le silence sur nos prisonniers-ères, nous amputons toute perspective de libération de la domination. Une société qui doit enfermer ses contradictions en prison n'est pas une société libre. Un mouvement qui garde le silence sur ses prisonnier-ères se trouve déjà dans une trêve unilatérale avec l'ordre établi. La guérilla urbaine a besoin d'un large débat sur la prison et, à l'avenir, d'un débat sur la possibilité de la torture et sur la manière d'y faire face ! Les structures organisationnelles de la guérilla urbaine doivent rester capables d'agir face à cette éventualité.
La guérilla urbaine n'est pas quelque part là-bas.
Au contraire, nous en faisons partie en révolutionnant une culture quotidienne inclusive, en faisant preuve de sérieux et d'engagement dans les discussions et les prises de décision. Nous constituons le terreau d'une guérilla urbaine et permettons aux groupes existants d'aborder et de mener à bien cette évolution qui les attend, dans le cadre d'une culture de résistance sociale plus large. Nous sommes la guérilla urbaine lorsque nous en reconnaissons la justesse et la nécessité, que ce soit par choix personnel ou en raison de nos conditions de vie qui nous empêchent de participer directement à l'un des noyaux offensifs.
La guérilla urbaine existe grâce à nous – et en relation avec les noyaux offensifs déjà existants. C'est à nous qu'il revient de redéfinir le projet de la guérilla urbaine, de le repenser et de le façonner en fonction des exigences des affrontements à venir.
Groupe de projet « Paix aux chaumières – Détruisons les palais, les géants de la tech et démantelons les structures chauvines et fascistes »
[Traduit de l'allemand. Publié sur emrawi.org le 8 février 2025.]
Autres textes et contributions autour des mêmes questions
En attendant la guérilla anarchiste (Warten auf die anarchistische Guerilla),
publié le 13 mai 2024 sur Indymedia DE
Le secret est de continuer à commencer
Tinderbox. An offline Journal of Combative Anarchy,numéro 4, printemps 2024
À propos de la capacité d'agir anarchiste. Une réponse au texte « En attendant la guérilla anarchiste », Antisistema, zeit(ung) jenseits von gut und böse ° n°3, été 2024
À propos de visibilité et de la proposition de guérilla
Tinderbox. An offline Journal of Combative Anarchy,numéro 5, été 2024
Errances dans le sillage des Cellules Révolutionnaires
Publié dans Antisistema, n°4 (hiver 2024) & en français dans La Houle, n° 2
A perspective of attack in a collapsing world
Publié dans Antisistema, n°5 (hiver 2025-spring 2026
Una proposta di guerra
Reçu et publié par ilrovescio.info, 16 juin 2026
Après avoir lu le communiqué de la Préfecture suite à la soirée de dimanche, il nous a semblé nécessaire de partager notre récit, de décrire comment ue stratégie de peur et de violence a été mise en place tout au long de la soirée par les force de l'ordre.
Une tradition : la fête de fin de festival là où tout le monde se retrouve
Comme depuis une dizaine d'années maintenant, le dernier soir du festival, nous organisions la désormais traditionnelle fête de clôture de Chalon dans la rue, cette année le dimanche 26 juillet 2026. Improvisée et de taille modeste à ses débuts, cette fête a attiré de plus en plus de monde au fil des années. Face à cette popularité, nous nous sommes organisé.e.s pour garantir à la fois une bonne ambiance et la sécurité du public. Deux éditions n'ont pas eu lieu car nous n'avions justement ni l'énergie, ni les forces vives pour honorer cet engagement.
Tout le monde vient à cette fête : les derniers fêtards qui refusent que le monde reprenne sa marche normale, les professionnels du monde entier venus sélectionner des spectacles, les artistes qui ont joué durant tout le festival, les équipes techniques qui - après avoir permis à l'un des plus grands festivals de France de se tenir - ont elles aussi envie d'en profiter, et enfin les services de renseignements territoriaux. Les autorités se réjouissent qu'enfin les derniers festivaliers aient quitté le centre-ville.
Cette année, le contexte était un peu différent : le mercredi 22 juillet 2026, nous avions reçu la visite d'un commissaire de justice venu constater l'occupation illégale de nos bâtiments en vue d'une procédure d'expulsion (CF articles du JSL à ce sujet). Cette fête était alors annoncée comme une fête de soutien au collectif et le public y a répondu largement présent. La joie était au rendez-vous. Au programme : karaoké live - crêpes et DJs de qualité, et, comme chaque année, tout le monde était là.
Des invités surprises jusqu'alors inconnus des services de la fête
Aux alentours de 1h30, une vingtaine de policiers, à notre connaissance municipaux, nationaux et membres de la BAC, se sont positionnés autour du port pour en bloquer les accès. Il nous ont alors avoué que cet objectif était en l'état impossible à atteindre (des personnes continuaient à arriver, depuis la zone de la déchetterie ou par le chantier tout proche). Mais un attroupement s'est tout de même naturellement créé sous le pont de Bourgogne, d'où arrivait la majeure partie des nouveaux-venus après la fermeture de la plupart des cours du festival. Cet attroupement s'est progressivement mué en fête parallèle. Pendant environ 3 heures, les forces de l'ordre ont empêché les fêtard.e.s d'accéder à La Méandre, tout en autorisant la sortie des personnes déjà présentes. Le rythme de ces sorties a été ralenti par le peu de lisibilité du dispositif en place et l'agressivité des armes, équipements et 5 chiens déployés. Nous avons plusieurs fois sollicité les agents pour qu'ils rendent la possibilité de sortie plus claire. Un gradé a finalement été chercher un mégaphone. L'effectif s'est donc retrouvé à faire tampon entre les deux fêtes. Quelques moments de tension ont eu lieu au cours de ce blocage. Des membres du collectif se sont alors relayés pour temporiser et négocier avec la police.
Vers 2h du matin, nous avons appris qu'une compagnie de CRS était en route pour Chalon. Ces effectifs de la CRS 83 se sont positionnés le long des hangars côté rue Denis Papin vers 4h du matin.
À 4h30, avant l'intervention des CRS, nous avons organisé nous-même l'évacuation du site.
À 4h50, il ne restait sur le site que l'équipe organisatrice de la fête. Après avoir expliqué à la police nationale - avec qui nous échangions régulièrement depuis le début de la soirée - que les personnes restantes faisaient partie des organisateur.ice.s, l'ordre a été donné aux CRS de nous évacuer. Un ligne de CRS s'est alors déployée le long du quai et la charge a été rapidement donnée, sans plus aucune discussion et sans sommation sur un espace privé. Deux tentatives d'interpellation ont échoué malgré les coups portés par les CRS et nous nous sommes réfugié.e.s dans nos hangars, sous les coups de matraques et de pieds donnés dans les rideaux de fer.
D'après les témoignages, les festivalier.e.s que nous avions invité.e.s à partir et qui se dirigeaient vers l'espace d'hébergement temporaire ont alors été pris en chasse par les mêmes CRS ainsi que de l'autre côté du pont de Bourgogne où la fête qui s'y était improvisée a été dispersée. On nous rapporte des tirs de gaz lacrymogènes, de nombreuses charges sans sommation et des petits groupes de CRS mobiles isolant des personnes et les passant à tabac avant de rejoindre leur ligne, et ce jusqu'aux environs de 5h30. Côté festivalier.e.s, on nous rapporte de nombreuses blessures par contusion. Nous comptons aussi deux interpellations.
Empêcher cette fête, c'est assumer une stratégie de la peur
Les témoignages et vidéos que nous avons récolté ainsi que nos différentes interactions tout au long de la soirée avec les forces de l'ordre nous permettent d'affirmer ce qui suit :
- les policiers nationaux et municipaux qui sont arrivés sur site les premiers n'ont pas été à l'initiative du dialogue avec les organisateur.ice.s. Le commissaire présent, alors que son rôle l'oblige à la clarté, semblait volontairement entretenir une zone de flou quant à ses intentions. Il a reconnu cependant devant certain.e.s interlocuteur.ice.s faire la différence entre le collectif occupant le lieu et le reste du public présent à la fête dans leur objectif d'évacuation.
-les policiers présents avant l'arrivée des CRS ne prenaient pourtant pas le risque d'empêcher les rares personnes qui débordaient de leur dispositif de passer en longeant la partie des quais sans barrière qui donne sur la Saône. Ils indiquaient régulièrement aux personnes souhaitant sortir qu'elles le pouvaient et les laissaient s'en aller sans fouilles ni contrôles. Les deux maîtres-chiens présents en permanence avec ce premier effectif de police se sont permis de provoquer des spectateur.ice.s avec leurs chiens en faisant des allers-retours au milieu du petit groupe rassemblé côté Port Nord. Certains policiers nationaux ont insulté les festivaliers sans même avoir été provoqués. De par leur simple présence, ils ont engendré un attroupement le long de la Saône qui aurait pu dégénérer.
- au moment de leur intervention sur le quai du Port Nord, les CRS se sont déployés le long de la Saône avant d'opérer un mouvement de balayage du quai, tentant ainsi d'évacuer des personnes qui se trouvaient alors sur leur lieu d'hébergement. Ils ont à plusieurs reprises donné des coups, insulté et tenté d'interpeller des membres de l'équipe organisatrice qui rentraient se mettre à l'abri à l'intérieur des hangars. Ils ont finalement frappé violemment sur les rideaux de fer une fois que ces derniers étaient fermés.
- lors de leur intervention sous le Pont de Bourgogne ainsi que le long des quais, les CRS ont ensuite chassé des groupes qui étaient déjà en train de partir sans opposer de résistance ni même érigé de barricade comme il est mentionné dans le communiqué de presse de la préfecture. Il ont fait usage de gaz lacrymogène à proximité de tentes et de caravanes. Il ont organisé ce que de nombreux témoignages décrivent comme une chasse à l'homme pour cette fin de festival en isolant certains groupes ou individus pour les passer à tabac.
Qui protège qui ?
De notre côté, nous avons pour habitude de gérer nos fêtes dans une logique de réduction des risques, en tentant d'anticiper les situations dangereuses liées à un rassemblement festif et de se donner les moyen de les limiter. C'est une pratique propre au monde des free-party, des squats et plus globalement des communautés qui n'ont ni le pouvoir, ni les moyens, ni systématiquement l'envie d'organiser des fêtes dans un cadre légal.
Ce dimanche soir à la Méandre, une douzaine de personnes se sont pleinement consacrées à la gestion du risque engendré par l'intervention des forces de l'ordre, avec pour objectif de faire durer la fête le plus longtemps possible sans mettre les festivalier.e.s en danger.
Nous avons commencé par observer et analyser la situation. En allant à la rencontre des forces de l'ordre pour essayer de savoir quel était leur objectif, nous avons assez rapidement constaté que la fête pouvait continuer tant que les effectifs de police n'augmentaient pas, tout en regrettant que de nombreux.ses festivalier.es soient bloqué.es en dehors du site. Nous voulions que la fête dure le plus longtemps possible tout en garantissant un cadre sécurisant.
Nous avons informé les festivalier.e.s de la présence des forces de l'ordre peu après leur arrivée, afin que les personnes qui le désiraient puissent partir pour éviter des situations de panique. Nous avons appelé à éviter les hostilités. Nous avons par quatre fois au cours de la soirée répété ces invitations et prérogatives et transmis au public des informations rendant compte de la situation, et ce le plus précisément possible.
Finalement, une fois que l'intervention de la CRS 83 nous a paru imminente, nous avons orienté les derniers festivalier.e.s présent.es en direction de la sortie pensant ainsi satisfaire la demande des forces de l'ordre et éviter une charge de leur part.
Il est clair que tout au long de la soirée, l'ensemble de nos choix a été guidé par la prise en compte de dangers très probables en cas de d'attaque de la police. Nous avons eu pour volonté de ne pas mettre les personnes présentes face à une situation risquée et piégeuse, provoquée par la seule présence des forces de l'ordre sur le quai en bord de Saône. Nous sommes encore toutes et tous choqué.es par le décès de Steeve lors de la fête de la musique il y a 5 ans à Nantes dans un contexte similaire, et le risque d'une répétition d'un tel drame était présent à tous les esprits dimanche soir à partir du moment où la police s'est installée aux abords des hangars. Pourquoi est-ce la CRS 83 (qui a été créée en 2023 pour la région Auvergne-Rhône-Alpes sur le modèle de la toute nouvelle CRS 8, pensée comme unité de choc pour les contextes de violences urbaines) qui a été envoyée dans ce contexte, si ce n'est pour envoyer un signal clair d'hostilité à la Méandre et au monde de la fête libre ?
On se retrouve l'année prochaine !
Deux jours après ces événements et suite à notre appel à témoignage, des récits et des vidéos nous arrivent par dizaines et nous nous rendons compte que l'accord silencieux qui rendait cette fête possible les dernières années avait bel et bien volé en éclat. Le fait que cela arrive l'année où le Collectif la Méandre est menacé d'expulsion n'est pas anodin. L'attitude des forces de l'ordre montre la volonté de réprimer par la violence physique et verbale les participant.e.s. afin des les effrayer, sinon pourquoi ne pas avoir laissé le rassemblement se dérouler paisiblement comme à chaque fois ? De notre côté, nous avons mis en place une ligne d'écoute pour prendre en charge les traumatismes psychologiques liés à cette soirée.
Dans tout le pays, tous les week-ends, des gens se regroupent pour danser et faire la fête et malgré la répression qui se durcit, les gens continuent de faire la fête et s'organisent pour se protéger de la police. Cette fête que nous organisons avec amour et passion depuis 2018 fait désormais partie de l'ADN du festival, au même titre que le Collectif La Méandre fait partie de la ville de Chalon. Nous nous pensions protégé.e.s de ces logiques sécuritaires et répressives, nous savons aujourd'hui qu'avec toute la bonne volonté dont nous pouvons faire preuve, cela ne sera jamais assez suffisant pour les autorités. L'année prochaine, le monde aura probablement changé mais la nécessité de se retrouver en fin de festival dans la fête sera toujours là. Nous serons là, encore plus nombreux.se.s et chargé.e.s de cette expérience, nous trouverons les moyens de nous retrouver, faites-nous confiance !
L'éphéméride des luttes du 30 juillet ne se fait pas arrêter par la chaleur de l'été qui avance. Aujourd'hui, on lutte contre le nucléaire, contre le franquisme et le capitalisme sans faire de compromis.
1892 : Première parution du journal anarchiste L'Étendard révolutionnaire à Lyon.
1908 : A Villeneuve-Saint-Georges, quatre grévistes sont tués par les gendarmes lors de la répression d'une manifestation des terrassiers qui débouche sur une émeute armée. Cette journée est dite "journée sanglante". Voir La Une du Matin du lendemain.
1912 : En Belgique, début d'une grande grève générale.
1970 : A Belfast, en Irlande du Nord, une émeute se déroule dans le centre de la ville dans le cadre des luttes pour l'autonomie.
1974 : - Les Groupes d'Action Révolutionnaire Internationaliste (GARI) font plusieurs fausses alertes à la bombe dans les trains.
1977 : - Plus de 60.000 personnes manifestent contre le nucléaire à Malville dans le cadre d'une mobilisation internationale de deux jours qui sera violemment réprimée par la police. Elle finira par de durs affrontements, la mort du militant antinucléaire Vital Michalon, la mutilation de trois personnes et des centaines de blessés.
1981 : Arrêt définitif des travaux sur le site de la centrale nucléaire de Plogoff, dans le Finistère.
1983 : A Paris, un commando d'Action Directe tente de cambrioler la bijouterie Aldebert sur la place de la Madeleine.
1990 : En Irlande du Nord, le proche de Margaret Thatcher et membre conservateur du Parlement Jan Gow est tué par une une bombe placée par l'IRA dans sa voiture.
2007 : A Berlin, attaque d'un commissariat au cocktail molotov.
2009 : A Palmanova, dans la commune de Calvià à Majorque, ETA fait sauter une voiture piégée contre une caserne, tuant deux membres de la Guardia Civil, héritière de la police franquiste.
2014 : A Veria en Grèce, un groupe incendie de la voiture d'un militant fasciste.
2017 : A Marseille, autour de quatre heures du matin, une bombe de faible puissance explose devant le local de l'Action Française, groupe royaliste très contesté dans le quartier.
31/07/2017Une charge explosive artisanale a sauté aux premières heures de ce dimanche 30 juillet devant les locaux de l'Action Française, groupe d'extrême-droite royaliste, endommageant la porte d'entrée.
Nous voilà avec une affaire bien embarrassante : le président d'Eau et Rivières de Bretagne, Francis Nativel, est un ancien patron de l'industrie pétrolière. Bas les masques !
Une carrière professionnelle bâtie sur les hydrocarbures
Francis Nativel préside ERB depuis 2023. Un poste qu'il occupe après avoir été nommé administrateur de l'association en 2021, lui qui n'en était devenu membre qu'en 2018. Une ascension rapide, qui coïncide avec sa retraite d'un secteur bien particulier, mêlant pollution et corruption : l'industrie pétrolière.
Sa carrière s'est en effet déroulée au sein de l'IFP (Institut Français du Pétrole), rebaptisé depuis pompeusement IFPEN (IFP Energies Nouvelles). Pendant près de deux décennies, de 2001 à 2017, il a été Vice-Président Exécutif chez Axens, filiale commerciale spécialisée dans le raffinage et la pétrochimie.
Celle-ci vend des procédés développés grâce, en partie, à des financements publics, mais dont les bénéfices reviennent aux grands groupes pétroliers privés. Un bel exemple de recherche publique vouée à une industrie polluante, climaticide et écocidaire. Axens revendique un rôle dans la « transition énergétique » et les « carburants durables », une communication qui tranche avec la nature réelle de ses activités. Par exemple, en 2015, elle s'acoquine avec le régime autoritaire et corrompu d'Azerbaïdjan pour moderniser une raffinerie de la compagnie pétro gazière nationale et produire un carburant soi-disant « plus propre ». Derrière le discours écologique, l'objectif est clair : améliorer la rentabilité des infrastructures fossiles et rendre acceptable une industrie qui détruit le climat tout en permettant à un régime autoritaire de financer sa survie politique avec l'argent du pétrole et du gaz.
Le parcours de Francis Nativel soulève ainsi une question simple : quel regard porte sur l'urgence écologique celui qui a passé l'essentiel de sa vie professionnelle à être la cause du problème ?
La retraite en bonne conscience
Après une existence de dur labeur au service du capitalisme extractiviste, il était temps de profiter. Et quoi de mieux qu'être retraité depuis 2018 à Perros-Guirec ? Une ville, comme une bonne partie de la Côte de granit rose, qui est un territoire où les résidences secondaires représentent 40 % du parc de logements (INSEE, 2022), et où les plus de 65 ans sont deux fois plus nombreux que les moins de 25 ans. Un terreau favorable à une écologie de confort, celle des classes privilégiées qui ont les moyens de leurs convictions et parfois, de leurs contradictions. Bref, des écolos bourgeois de salon, propres sur eux, qui parlent de révolution écologique sans jamais sortir de leur entre-soi social.
C'est dans ce contexte que Francis Nativel s'est engagé en politique, en figurant en quatrième position sur la liste « de gauche » « Demain Perros, l'Alternative » aux municipales de 2020, conduite par Sylvie Bourbigot, élue Les écologistes (EELV). Très impliqué dans la campagne, il s'est notamment distingué par ses critiques des « inconvénients du tourisme », listant des problèmes « d'acceptabilité par la population résidant à l'année à Perros-Guirec, la dégradation de la qualité de vie dans certains quartiers et la surfréquentation de certains lieux ». Il a également critiqué la hausse du nombre de résidences secondaires et l'artificialisation des sols.
Oui mais voilà. On croit à des positions cohérentes sauf que cela ressemble fort à « faites ce que je dis, pas ce que je fais »… Car la famille Nativel possède elle-même une villégiature à Perros-Guirec depuis les années 1960. Ou plutôt, un « pied-à-terre estival », selon la formule de Francis Nativel, dans ce jargon de caste qui transforme les privilèges en élégance de langage.
L'engagement ne s'arrête pas là. Son épouse, Mariig Nativel, est active au sein du collectif citoyen pour la transition écologique de Perros-Guirec et de la Commission Pérenne (Perrosiens ÉcoResponsables pour l'Environnement, la Nature et Nos Enfants), instance consultative de la municipalité. Dans ce cadre, elle a salué la politique de gestion de l'eau de la ville… et la subvention de 9 000 euros accordée en 2024 à Eau et Rivières de Bretagne pour la formation des élus locaux. Une association que préside son mari !
Enfin, ce détail révélateur. Pour fêter sa retraite en 2017, le couple s'est offert un mois en Antarctique à bord d'un « navire scientifique » qui ressemblait surtout à une croisière polaire pour privilégiés : 8 000 euros par personne, tout de même ! Une façon, sans doute, de tourner la page de trente ans passés à optimiser les procédés pétrochimiques qui tuent le Vivant.
La COCUE (Combattre l'Opposition Contrôlée Ultramondaine Ecologiste)
La marche annuelle contre le doublement du Lyon-Turin dans le Val de Suse ce week-end était particulièrement déterminée. En marge de la 10e édition du festival « Alta Felicita », 20 000 personnes se sont mobilisées contre la destruction en cours.
Comme chaque été depuis maintenant 10 ans, le Val de Suse accueillait le festival "Alta Felicità" et une grande marche contre le grand projet inutile et impoosé du doublement de la ligne ferrorivaire Lyon-Turin. Pour rappel, ce grand projet a été initié dans les années 1980 menace 1500 hectares de terres, de plaines, de vallées et de montagnes à travers les Alpes, sur le territoire italien et français. Pour faire passer de force son traçé de 270 kilomètres, ses 202 kilomètres de galeries et ses 11 tunnels sous les massifs, la société d'exploitation TELT pompe plusieurs dizaine de milliards d'euros investis par les collectivités locales et cause des ravages écologiques irréversibles. Si le traçé est plus important du côté français, c'est du côté italien que les travaux ont commencé le plus tôt, et où la mobilisation s'organise depuis le début des années 2000, en installant régulièrement des campements ("presidio") pour empêcher le chantier de progresser.
La mobilisation appelée cet été est marquée par une impressionnante participation, avec plus de 40 000 personnes qui ont convergé de l'Italie et de l'international vers Venaus, selon les médias locaux. Une participation record qui s'explique à la fois par l'anniversaire du festival mais également par le 15e anniversaire de « La République libre de la Maddalena », un presidio installé pendant six semaines de lutte acharnée à Chiomonte près de Venaus en 2011.
Samedi 25 juillet, une grande manifestation et une caravane de véhicule étaient appelées au départ de Venaus et de Suza après l'ouverture du festival. Au départ de la manifestation qui réunit 20 000 personnes, trois groupes se forment. Une première attaque est menée contre le chantier de San Didero, tout près de Suza. Ce chantier de 68 000m2, lancé en 2021 entre l'autoroute A32 et la route nationale 25 du Moncenisio, est censé accueillir un grand parking et les bureaux d'exploitation de Sitaf, qui aura pour objectif de réguler le flux de poids lourds se dirigeant vers le tunnel du Fréjus. Une deuxième a lieu à Chiomonte, sur le plus grand chantier italien du Lyon-Turin, un des points névralgiques du tunnel transalpin. Enfin, le troisième groupe a continué jusqu'au chantier de Salbertrand, zone prévue pour l'usine de traitement des matériaux d'excavation destinés à la fabrication du béton, l'usine de voussoirs pour le revêtement du tunnel et la zone de triage et de chargement par voie ferrée vers les sites de stockage de Torrazza Piemonte et de Caprie.
Sur le premier chantier, à San Didero, le barrières ont été forcées et un affrontement a eu lieu avec les flics avec notamment des mortiers et de nombreux pétard. Le groupe a finalement été repoussé par la police à coup de lacrymos. Une partie de la manifestation est partie occuper la voie ferroviaire de Bruzolo pendant quasi une heure. L'attaque la plus violente portée au TAV a finalement été celle du chantier de Chiomonte, où la détermination des manifestant-es leur a permis de mettre en déroute les flics, de faire brûler quatre camions de carabieniri et de forcer l'entrée du chantier pour y réaliser les dégradations voulues.
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TELT, la société italo-française chargée de la réalisation de la ligne Turin-Lyon, a fait le tour des médias internationaux pour déplorer des dégâts qui seraient estimés à 1 million d'eutros. Derrière des chiffres bien entendu impossibles à vérifier, c'est tout de même une victoire importante de la lutte No-TAV contre le désastre en cours et à venir.
Face à cette victoire, le gouvernement italien d'extrême-droite de Meloni a bien entendu poussé nombre de cris d'ofraie contre la violence des manifestant-es contre les condés et a lancé une importante répression. L'équivalent de l'AFP italien (l'ANSA) rapporte dans les médias depuis le début de la semaine que plusieurs centaine de personnes ont été repérées comme ayant participé aux moments les plus déterminés de la mobilisation et 4 militant-es internationaux ont été arrêté-es. Meloni et le ministre de l'intérieur Matteo Piantedosi ont chargé la préfecture de police de Turin pour mener la répression contre la mobilisation.
Solidarité avec les personnes interpellées et que crève le Lyon-Turin !
Que deviennent les anarchistes quand ils vieillissent ? Beaucoup s'évanouissent dans la nature, se dispersent ou se fatiguent tout simplement. Peut-être sont-ils comme les moineaux de Pagnol qui « disparaissent, un jour, sans laisser de squelette ». Mais d'autres restent, éléments insolubles dans le capitalisme. Ghislain Bellorget fait partie de ceux-là.
« J'ai déposé un bidon incendiaire derrière le McDo du centre-ville et j'ai signé avec un drapeau israélien coupé en deux »
Le 24 avril 2026, il nous écrivait depuis sa cellule de prison. Un mois plus tard, on reçoit une lettre sur papier fin, où court une écriture singulière : une sorte de tremblement qui donne à la prose un air de flamme. Il faut le dire, l'homme a un côté explosif : il a été arrêté le 30 juillet 2025, pour une affaire de tentative d'incendie d'un McDo, à Clermont-Ferrand, en 2024.
« Cher CQFD,
Je viens de recevoir votre journal, hélas je suis hébergé à la prison de Riom depuis le 1er août 2025. Quelques jours avant, je suis parti de chez moi à 4 heures du matin direction Clermont-Ferrand. J'ai déposé un bidon incendiaire derrière le McDo du centre-ville et j'ai signé avec un drapeau israélien coupé en deux. Le Raid est venu me réveiller quatre jours plus tard. J'ai commis cet acte pour les Palestiniens de la bande de Gaza !
Bien à vous, Ghislain.
PS : L'engin n'a pas fonctionné.
PS Bis : J'ai fêté mes 85 ans en prison ! »
Ghislain n'est pas le premier libertaire à nous écrire de sa prison : pendant des années, Jean-Marc Rouillan, membre d'Action directe avait tenu une chronique pour CQFD. Mais c'est vrai qu'à la rédac, on est un peu fleur bleue. Et les lettres d'amour (et de revendication politique), c'est d'un romantisme... Irrésistible !
Donc on se met en quête dudit poseur de bombe. Déjà, Ghislain est bien dans nos fichiers d'abonnés, mais personne à la rédac n'en a entendu parler. Les premières recherches ne dévoilent pas grand-chose, à part quelques articles sur une exposition de photos de voyage d'un photographe de presse à la retraite. Il pourrait être un obscur vieux monsieur mordu d'expéditions. Mais en creusant un peu, on tombe sur deux émissions d'une radio libertaire à propos de ses tribulations pendant la guerre du Vietnam. Puis un article de correspondant pendant la guerre soviéto-afghane dans la revue libertaire Agora. Le zigue a l'air d'avoir une vie diablement rythmée !
Mais pas facile de causer avec lui... Le standard du centre pénitentiaire de Riom nous envoie poliment nous faire cuire le cul, donc on harcèle le maire et les commerçants de son village pour avoir un proche. Sans succès : « Monsieur Bellorget ? Ça fait longtemps qu'on l'a pas vu par ici, je ne crois pas qu'il soit chez lui en ce moment. » Sans blague ! Et puis, un jour, alors que tout espoir commence à s'évanouir, un camarade en dilettante à la rédac me dit : « Un anar auvergnat en prison ? Mon coloc doit avoir son contact ! » La vie est subtilement malicieuse.
Je décroche le téléphone. Au bout du fil : une voix vive et rieuse. Ghislain m'apprend – je tombe de ma chaise – qu'il a obtenu sa remise en liberté provisoire le 22 mai. Désormais retranché dans sa petite maison de la montagne bourbonnaise, il se bat contre une végétation qui n'a pas attendu la fin de ses dix mois de taule pour reprendre ses droits. Et puis, il attend son procès. Il raconte volontiers ses aventures même si, sur les sujets plus sensibles, il m'oppose un élégant, mais non moins définitif : « Je ne peux pas répondre à ta question. »
« Ils sont arrivés en tirant des balles à blanc qui font le même bruit que des balles réelles »
Son arrestation ne semble pas l'avoir beaucoup ému. « Le Raid chez moi, ça a été assez violent. Mais pour tout te dire, je savais ce que je risquais. Ils sont arrivés en tirant des balles à blanc qui font le même bruit que des balles réelles. Ils sont entrés dans ma chambre sans arrêter de tirer, tout ça pour un type de presque 85 ans. Du cinéma. » Après quoi, la machine s'est mise en route : police judiciaire de Clermont, agents de déminage de Lyon, incarcération à la prison de Riom. Là-bas, il est envoyé, dans le « module de respect », nouvelle lubie de l'administration carcérale pour faire passer son activité comme un acte d'humanisme : « On est en cellule individuelle, on a des promenades le matin ET le soir. » Mazette, qui voudrait de la liberté après ça ? Ghislain ne semble pas avoir été davantage traumatisé par son séjour. « Les gens ne m'emmerdaient pas. Faut dire que j'étais le plus âgé. Enfin, il paraît qu'il y avait un monsieur de 86 ans, mais il était dans un autre quartier. Je faisais du yoga dans ma cellule et je lisais beaucoup. » Cet épisode ne semble pas l'intéresser plus que ça. Faut dire qu'il a vécu des moments marquants. [...]
Le 30 juillet 1908, à Draveil, après la fusillade de Vigneux le 2 juin, la grève des ouvriers de la Société des Sablières s'éternise mais les passions sont toujours aussi vives, plusieurs sabotages contre les installations ont déjà eu lieu, mais la CGT traîne à appeler à la grève générale. Après un meeting à Vigneux, les milliers de manifestants se dirigent en cortège vers le cimetière de Villeneuve-St-Georges au chant de l'Internationale, mais un régiment de Dragons charge alors la colonne de grévistes sabres au clair, blessant grièvement plusieurs personnes...
Après un meeting à Vigneux, les milliers de manifestants se dirigent en cortège vers le cimetière de Villeneuve-St-Georges au chant de l'Internationale, mais un régiment de Dragons charge alors la colonne de grévistes sabres au clair, blessant grièvement plusieurs personnes dont Rirette Maîtrejean qui sera blessée à la jambe, tandis que Libertad contraint de se jeter à l'eau, échappera de peu à la mort.
Lorsque les manifestants arrivent à Villeneuve-St-Georges, avec de nombreux blessés parmi eux, les rues menant à la gare sont bloquées par l'armée rendant tout retour sur Paris impossible. Les manifestants commencent alors à dépaver les rues, à dresser des barricades et à jeter des cailloux sur les soldats, mais ceux-ci ouvrent le feu sur la foule provoquant un carnage. Le bilan est lourd : 4 morts et plus de 200 blessés (par balles ou à coups de sabres) du côté des ouvriers, et 69 blessés du côté de l'armée (dont 5 par balles).
Georges Clémenceau, président du Conseil, non content d'être responsable de cette tuerie, poursuit la CGT en lançant un mandat d'arrêt contre les principaux responsables du syndicat dont Yvetot, Griffuelhes, Pouget, Henri Dret (qui a du être amputé d'un bras suite aux affrontements), etc.
Certains militants échapperont aux arrestations en se réfugiant en Belgique ou en Suisse, comme Monatte chez Brupbacher . Des anarchistes présents à la manifestation comme Georges Durupt sont également poursuivis pour « incitation de militaires à la désobéissance ».
Le mot d'ordre de grève générale lancé par la CGT pour le 3 août n'aura qu'un faible écho, et le 6 août le gouvernement poursuivant ses attaques contre le syndicat fera expulser « l'Union des Syndicats de la Seine » de la Bourse du Travail.
Le 31 octobre 1908, lors du procès, seize personnes bénéficieront d'un non-lieu (dont tous les dirigeants confédéraux, même ceux réfugiés à l'étranger), huit personnes resteront emprisonnées pour violences.
Source : Ephéméride anarchiste
(*) Le 2 juin 1908, à Vigneux-sur-Seine, alors que les ouvriers des sablières sont en grève depuis un mois pour l'amélioration de leurs conditions de travail (douze heures par jour, les pieds dans l'eau, pour un salaire de misère), des heurts se produisent entre les grévistes et des briseurs de grèves protégés par les gendarmes. Dans l'après-midi le comité de grève qui s'est installé dans l'Hôtel-restaurant du Progrès est encerclé par les gendarmes exigeant qu'on leur livre un ouvrier qui aurait le matin même donné un coup de poing à un gendarme. Empêchés d'entrer dans le local par les grévistes, les gendarmes font usage de leurs armes, tuant deux ouvriers : Emile Goebellina (terrassier de 17 ans) et Pierre Le Foll (ouvrier charpentier de 48 ans) et blessent plus ou moins grièvement par balles neuf autres travailleurs.
Ce lundi 31 août à 18H30, retrouvons nous au local de l'Aube (61 rue Durafour) pour discuter de comment lutter contre les guerres, les génocides, l'armement, et la militarisation de la société.
Ce sera un moment où tu pourras partager :
• des actualités
• des réflexions,
• des outils de lutte
sur les guerres, les génocides, l'armement, la militarisation, l'armée… même sans en être spécialiste.
Si t'as des brochures ou tracts ou affiches à partager, n'hésite pas à les ramener.
C'est aussi l'espace pour proposer des :
• groupes de réflexion
• d'organisation
• d'action.
Le tout dans une perspective anti-autoritaire.
Grignotage tiré du sac (végan)
Un magnat du pétrole, un éco-technophile et un cachalot sont dans un bar. Ils se sont mis à boire et, inévitablement, à se la raconter. Le pétrolier regarde le cachalot et déclare que sans les combustibles fossiles, les 75 espèces de baleines auraient été chassées pour leur huile jusqu'à l'extinction.
« Mon industrie et sa technologie ont sauvé ton gros cul. »
L'éco-technophile s'est alors incrusté dans la discussion. Selon lui, sauver les baleines était un jeu d'enfant.
« Vous, les pétroliers, vous avez peut-être sauvé quelques baleines, mais les technologies bas carbone vont sauver cette foutue planète – y compris les pétroliers. »
À ce moment, le cachalot pose son whisky pour exprimer son indignation.
« Bande d'idiots. Le pétrole a accéléré le massacre des baleines, et les technologies vertes ne vont probablement pas sauver la planète. Vous deux, bande de crétins, ne connaissez rien à l'énergie ni à ses conséquences imprévues. »
C'est là une parabole moderne sur l'énergie.
Les gens pensent généralement que lorsque les marchés sont à court d'une ressource ou, dans le cas des baleines, lorsque les marchés exterminent plusieurs espèces, la civilisation trouvera une nouvelle ressource qui remplacera l'ancienne. De la même manière, les énergies renouvelables sont censées mettre à la retraite les combustibles fossiles, n'est-ce pas ? Mais l'histoire du massacre des baleines raconte une histoire beaucoup plus complexe et nuancée. Le sociologue américain Richard York détaille cette histoire dans un intrigant essai de 2017 intitulé Why Petroleum Did Not Save the Whales.
Naturellement, les magnats du pétrole aiment à penser que le boom pétrolier de 1859 en Pennsylvanie, qui déversa du kérosène sur le marché nord-américain, aurait produit un ralentissement de la demande d'huile de baleine utilisée à l'époque pour l'éclairage.
Mais comme le documente York dans son essai, les preuves historiques montrent que la plupart des massacres de baleines ont eu lieu au XXe siècle et en grande partie après la Seconde Guerre mondiale, grâce aux combustibles fossiles et à d'autres innovations. Le pétrole a simplement permis de tuer plus de baleines, plus efficacement que jamais auparavant.
Cette histoire de conséquences imprévues hante déjà les sources d'énergie renouvelables, ajoute York. York a vérifié les faits, et ces derniers indiquent clairement que les économies de marché n'utilisent pas le solaire, l'éolien ou la géothermie pour remplacer le pétrole, le gaz ou le charbon, mais pour augmenter la consommation globale d'énergie. De plus, le pétrolier et l'éco-technophile partagent la même ignorance flagrante : ils croient tous les deux que la technologie sauvera la situation et feront progresser le monde vers un avenir meilleur.
Malheureusement, cette hypothèse ne vaut pas mieux que les promesses de production venant du fabricant d'automobiles Tesla : le monde de l'énergie est un système technique complexe qui n'évolue pas de manière linéaire, et ce pour une raison simple tenant à la nature même de la technologie, explique York. La technologie, qu'elle soit fossile ou verte, augmente le nombre de produits et services qui utilisent de l'énergie, ce qui finit par créer une plus grande demande. York résume habilement la question : « Les technologies sont généralement déployées pour augmenter les profits, et non pour conserver les ressources », écrit-il. « Les producteurs travaillent à créer des marchés et à accroître la consommation de leurs produits afin de favoriser l'accumulation de richesse. » Cela explique non seulement pourquoi le pétrole n'a pas sauvé les baleines, mais aussi pourquoi les économies réalisées grâce à l'efficacité énergétique ne se traduisent généralement pas par une réduction de la consommation d'énergie. Les consommateurs et les producteurs se contentent de dépenser les économies réalisées pour trouver d'autres moyens de consommer plus d'énergie.
Mais revenons à l'histoire des baleines.
Comme toute baleine franche pourrait vous le dire, les Américains ont maîtrisé l'art de massacrer les géants au XVIIIème siècle. Après avoir épuisé les baleines franches, les tueurs de Nantucket se sont tournés vers les cachalots, leur huile étant meilleure que la graisse de bétail pour les bougies ; elle les rendait aussi plus brillantes. Les cachalots constituaient également une proie facile à attraper : ils étaient timides et aimaient s'étendre à la surface de l'eau.
En 1833, les Américains dominaient la chasse à la baleine. L'industrie américaine à elle seule employait 70 000 hommes et quelque 1 200 navires. Elle rapportait également de gros profits aux Quakers pacifistes qui dominaient l'industrie. (A l'époque, d'autres communautés religieuses « éthiques » évitaient le coton fabriqué par les esclaves et les lampes à huile parce qu'elles brûlaient de la graisse de baleine).
Dans sa magnifique histoire des baleines intitulée Leviathan, Philip Hoare note que « le baleinier était une sorte de pirate-mineur – un excavateur de pétrole océanique alimentant la fournaise de la Révolution industrielle autant que n'importe quel homme extrayant le charbon de la terre. » L'huile de baleine lubrifiait les machines industrielles et illuminait les maisons. Les scientifiques estiment aujourd'hui que 300 000 cachalots ont été tués dans le monde avec une technologie rudimentaire : « par des équipages de voiliers qui utilisaient de petites embarcations pour les poursuivre, les harponner, les épuiser et les transpercer » entre 1712 et 1899. Mais les combustibles fossiles ont fait croître ces chiffres. Au XXe siècle, le massacre s'est accéléré pour atteindre près de trois millions d'animaux.
La chasse à la baleine industrielle moderne est apparue dans les années 1860, lorsque l'industrie baleinière américaine de faible technicité entrait en crise. La Guerre Civile avait réquisitionné la plupart des navires baleiniers américains pour des objectifs militaires, alors les Norvégiens ont comblé le vide. La technologie standard des voiliers, des barques à rame et des harpons à main avait permis de pêcher les populations de baleines franches et de cachalots dans l'Atlantique et le Pacifique. Les prix de l'huile de baleine ont également chuté lorsque le kérosène commençait à inonder le marché de l'éclairage domestique. Le magazine Vanity Fair a même mis en valeur la popularité du kérosène dans un dessin animé montrant un groupe de cachalots célébrant un « Grand Bal donné par les baleines en l'honneur de la découverte des puits de pétrole en Pennsylvanie. » L'une des baleines portait une banderole avec le message « Nous ne pleurons plus à cause de notre graisse. » (jeu de mots entre « whale » et « wail » difficile à traduire : « We wail no more for our blubber »). Mais la célébration était en avance de plus d'un siècle.
Bientôt, des navires propulsés au charbon – et plus tard au diesel – ouvriront de nouvelles zones de chasse à la baleine en permettant à l'industrie de poursuivre les baleines bleues et les rorquals communs, des espèces qui se déplacent plus rapidement et comptent parmi les plus grands mammifères sur Terre. Un harpon explosif mis au point par un chasseur de phoques norvégien, Svend Foyn, a également facilité la tâche pour tuer les baleines les plus rapides.
Les navires-usines, qui pouvaient transformer les baleines en mer, ont également facilité la folie meurtrière. Comme l'a raconté un observateur en 1938, un seul navire-usine moderne pouvait prendre plus de baleines en une saison « que la flotte baleinière américaine de 1846 » qui comptait plus de 700 voiliers. Le sociologue York écrit : « Le navire-usine et sa flotte ne pourraient pas exister sans les combustibles fossiles qui alimentaient toute l'opération. Ils ont permis le stockage de longue durée des produits de la baleine en faisant fonctionner des congélateurs (pour la viande) et en traitant l'huile de baleine pour qu'elle ne devienne pas rance. »
Au fur et à mesure que le massacre s'accentuait, les baleiniers ont diversifié leurs produits et créé de nouvelles demandes. L'os de baleine, le plastique de l'époque, permettait de fabriquer des corsets et des arceaux pour l'industrie de la mode tandis que les militaires découvraient une nouvelle innovation : la fabrication de nitroglycérine. De leur côté, les chercheurs canadiens pensaient que la viande de baleine pourrait se vendre aussi bien que le bœuf.
Les frères Lever possédaient même leur propre entreprise de chasse à la baleine pour faciliter leur approvisionnement en graisse de baleine pour fabriquer du savon. Puis le processus d'hydrogénation a permis de transformer l'huile de baleine en margarine. Ce fut un best-seller pendant des années, jusqu'à ce que le beurre prenne sa place.
Dans les années 1930, la très active industrie baleinière a sponsorisé ses propres – et non officiels – « Jeux Olympiques de la Baleine ». Les jeux opposaient tous les pays baleiniers qui se battaient pour « attraper le plus de baleines possible avant qu'elles ne soient prises par les baleiniers d'un autre pays. » Dans ces années-là, l'huile de baleine constituait une part si importante de l'approvisionnement alimentaire du Royaume-Uni qu'entre 1932 et 1936, « elle représentait 37 % de la teneur en margarine, 21 % du composé de saindoux et 13 % de la teneur en savon…. En 1938, le gouvernement britannique a classé l'huile de baleine, avec la viande et le sucre, parmi les produits essentiels à la dite défense nationale. »
Après la Seconde Guerre mondiale, le prix de l'huile de baleine a de nouveau augmenté en raison de la pénurie générale d'huiles alimentaires. En conséquence, un groupe de pays, dont les États-Unis, l'Argentine, l'Australie, l'URSS, le Danemark, la Suède, l'Italie et même l'Autriche, pays sans littoral, ont annoncé leur intention de tuer davantage de baleines au nom du progrès de l'humanité. Les statistiques sur la chasse aux baleines donnent à réfléchir. Les scientifiques calculent maintenant que les navires de chasse industriels ont tué près de 2,9 millions de baleines au XXe siècle, « ce qui en fait (au moins en termes de biomasse pure) peut-être la plus grande chasse de l'histoire de l'humanité. »
L'efficacité du massacre dépasse l'entendement : « Entre 1900 et le milieu de l'année 1962, les méthodes industrielles ont tué autant de cachalots qu'au cours des XVIIIe et XIXe siècles réunis. De manière incroyable, cet exploit a ensuite été répété entre 1962 et 1972. » Les Soviétiques ont tué la plupart des baleines à bosse autour de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie dans les années 1960, non pas parce qu'ils avaient besoin de viande ou d'huile de baleine, mais parce qu'ils avaient des plans économiques quinquennaux à réaliser et la technologie pour y parvenir. Ils ont donc tué, comme l'a documenté plus tard un scientifique, « sans aucune autre raison que le fait de dire qu'ils les avaient tués. »
Alors que l'abattage industriel diminuait la taille et le nombre des baleines, la Commission baleinière internationale a essayé de gérer le carnage, mais avec comme souci principal de perpétuer la technologie de l'industrie. Il est révélateur que la commission n'ait pas approuvé de moratoire sur la chasse à la baleine avant 1985.
Les leçons à en tirer sur l'énergie sont nombreuses. L'industrie de la baleine nous dit par exemple que les économies humaines ne réagissent pas avec empressement – ni avec raison – à l'épuisement d'une marchandise. La découverte et l'exploitation du pétrole auraient pu empêcher le massacre de près de trois millions de baleines au XXe siècle, mais ce ne fut pas le cas. Ce n'est pas parce qu'il existe un substitut – le kérosène pour l'huile de baleine ou les énergies renouvelables pour certains combustibles fossiles – que le marché les utilisera à des fins de conservation.
La perspective d'une régulation de la chasse à la baleine a également incité les chasseurs à capturer le plus grand nombre de baleines possible avant l'entrée en vigueur de la réglementation. Les économistes appellent désormais cette réponse perverse à l'épuisement des ressources le « paradoxe vert ». L'économiste allemand Hans-Werner Sinn affirme par exemple que la société joue le même jeu avec les combustibles fossiles. Il craint que « les politiques visant à réduire la demande future de combustibles fossiles ne se retournent contre les propriétaires de ressources en les incitant à avancer leurs plans d'extraction, accélérant ainsi le réchauffement climatique ». En fait, la plupart des pays exportateurs de pétrole veulent construire plus d'oléoducs et exporter plus de combustibles lourds en carbone le plus rapidement possible.
La parabole de la baleine comporte également d'autres vérités importantes, selon York.
Les solutions technologiques ont leurs limites et on ne peut pas compter sur elles pour résoudre de graves problèmes environnementaux. Le pétrole aurait pu fournir tous les substituts nécessaires pour mettre fin à l'industrie baleinière, mais au lieu de cela, les combustibles fossiles ont dynamisé le massacre. Le pétrole et les autres nouvelles technologies mettent en évidence « l'imprévisibilité fondamentale des systèmes complexes », écrit York. Les innovations technologiques ne rendent pas obsolètes les ressources ou ne mènent pas à leur conservation, mais augmentent la production « afin d'augmenter les profits ».
L'histoire montre également que les tentatives de gestion de la chasse à la baleine au XXe siècle sont devenues un débat interminable sur l'état des stocks jusqu'à ce qu'il n'y ait pratiquement plus de baleines. Un débat similaire a lieu aujourd'hui avec le changement climatique et l'épuisement des ressources pétrolières bon marché. Malgré des conditions climatiques plus extrêmes et des situations d'urgence coûteuses, les dirigeants mondiaux continuent de débattre. Pendant ce temps, l'industrie continue d'exploiter ce qui est aujourd'hui le pétrole le plus cher et le plus difficile à extraire au monde, qu'il soit extrait d'un bassin au Texas ou des profondeurs de l'océan.
Peut-être que le dernier mot devrait revenir à York : « Largement répandu, l'espoir de voir les nouvelles technologies aider les sociétés à surmonter les problèmes environnementaux revient à faire l'hypothèse suivante encore couramment acceptée : les technologies auraient principalement les conséquences voulues par ceux qui les développent et/ou les déploient. » Les baleines, quant à elles, savent que ce n'est pas le cas, parce que la technologie a des conséquences imprévues.
Un certain Andrew
Texte originellement publié dans la revue Takakia, rugissements contre la société techno-industrielle
# 1 (hiver 2023-2024
Le penseur et militant Raoul Vaneigem nous quitte comme il a vécu : debout et joyeux, jusqu'au dernier souffle.
L’article Raoul Vaneigem : hommage à un irréductible amoureux de la vie est apparu en premier sur Contre Attaque.
Dimanche dernier, le préfet s’est réveillé avec une douleur abdominale si vive qu’on aurait dit un tremblement de terre.
La cause ?
Un cauchemar éveillé : le projet de Centre de Rétention d’eau Administrative s’était effondré sous le poids des protestations, et surtout, le souvenir brutal d’une décision idiote cruelle. La semaine précédente, dans un élan de zèle mal placé, il avait validé l’installation de grilles de sécurité le long de la route du projet de CRA dans la forêt. Vers 3 heures du matin, une vision hantait ses yeux : celle des images de la Gironde, où des incendies dévastateurs ravagaient des paysages entiers. Les animaux de la forêt étaient pris dans le brasier, les pompiers ne pouvaient pas intervenir faute d’accès.
La peur de voir son champ de manœuvres devenir un brasier l’avait saisi à point. « Mais pourquoi ai-je fait ça ? » se hurla-t-il à lui-même en se redressant dans son canapé « Mais quel con, c’est de la folie ! ». D’un bond, il sauta du lit, enchaîna ses charentaises et fonça vers la maison d’arrêt voisine du projet, décidé à corriger ses erreurs dans la nuit. Mais quelle ne fut pas sa surprise ! Il réalisa, une fois sur place, qu’il avait oublié ses outils. Et pour couronner le tout, il portait toujours ses charentaises et son pyjama à carreaux, totalement inadaptés à la marche dans les ronces épineuses.
« Bon sang, je suis un préfet, pas un clown ! »
grommela-t-il en rebroussant chemin en trombe.
Il retourna chez lui, récupéra des clés et enfila des bottes robustes, prêtes à affronter les ronciers. Revenu sur les lieux, il se lança dans une tâche titanesque : déboulonner toutes les grilles, retirer des plots en béton et tout jeter dans les ronces. Pendant trois heures, il travailla comme un forcené, suant à grosses gouttes, les vêtements collés à la peau. Le lendemain, il n’irait pas à la salle de sport.
« C’est du sport, » se dit-il en essuyant son front dégoulinant,
« réparer ses propres conneries, c’est levrai workout ! »
Quant aux moutons de Lidl et aux chevreuils du champ de manœuvres, ils ont bien rit de cette scène nocturne, voyant un préfet en charentaises, puis en bottes, se battre contre des plots de béton, des grilles en alu et les ronces. Le pire c’est quand il marcha sur les pattes d’un blaireau qui aussitôt lui croqua les guiboles.
Le lendemain, un journaliste local, intrigué par la disparition des grilles, tenta de percer le mystère. En arrivant sur place, il trouva le préfet, épuisé, en train de manger une baguette de pain rassis et du pâté Enaff, assis sur un plot de béton qu’il avait lui-même arraché.
« Vous avez vu les moutons de Lidl ? » lui demanda-t-il, les yeux cernés.
« Ils m’ont jugé ! Ils ont ri de mes charentaises ! »
Le préfet, le souffle court, ajouta : « Je pensais faire une œuvre utile, mais en réalité, je suis devenu le sujet d’une comédie animalière. »
Les moutons, de leur côté « rire de plus Bêle »,
tandis que le blaireau ne pouvait plus s’arrêter de rire du fond de son trou.
Bon en vrai, c’est pas comme ça que ça s’est passé. Les animaux qui rigolent du préfet, passe encore, mais un préfet qui a des scrupules, on se doute que vous n’y avez pas vraiment cru. La vérité, c’est qu’à défaut de prise de conscience du préfet, on a du s’en charger nous même, et on peut vous dire qu’on s’est bien amusés. La prochaine fois, on vous invitera. Les risques juridiques sont très limités, le cadre est sympa et il y a dans l’air un délicieux parfum de subversion.
À bientôt !
Connu sous le nom de scène « Mehdi Black Wind », El Mahdi Lyoubi est un rappeur et cinéaste marocain poursuivi en justice en raison de ses chansons engagées et de ses prises de position politiques critiques à l'égard du système politique marocain.
Nous vous invitons à la projection de deux courts métrages documentaires faits par El Mahdi, suivi d'une discussion autour de la situation des prisonnièr.e.s politiques au Maroc et ailleurs.
El Mahdi Lyoubi a été arrêté le 13 juillet 2026, après avoir été arbitrairement empêché de quitter le Maroc depuis l'aéroport à destination de Marseille, où il réside. Il a ensuite été placé en garde à vue, interrogé et poursuivi pour une accusation particulièrement grave : outrage à une institution constitutionnelle, sur la base d'un article du Code pénal marocain qui criminalise les actes supposés de diffamation, d'injure ou d'offense dirigés contre l'État.
Le cas de El Mahdi n'est pas un cas isolé. Aujourd'hui, les prisons marocaines comptent parmi leur détenu.e.s de nombreux.ses manifestant.es du Hirak du Rif, des manifestants de la gen Z, des journalistes, des artistes, des bloggeur.ses, ...
Depuis Bruxelles, ville de nombreuses diasporas engagées, nous refusons de rester silencieux.se.s face aux atteintes aux libertés fondamentales. La solidarité ne connaît pas de frontières, et notre voix compte.
Face à la montée des fascismes et de la réprenssion en Europe et ailleurs, rejoignez-nous !
Lieu : Bibli Arka
Adresse : Avenue Wielemans Ceuppens, 52
Horaire : vendredi 31 juillet à 20h
"Face au rouleau compresseur d'une mégamachine du mensonge à la main des entrepreneurs du chaos et des grands prédateurs, le projet décroissant peut sembler dérisoire et le combat pour la vérité perdu d'avance. (...) L'Histoire donne de nombreux exemples de l'échec des entreprises monstrueuses fondées sur l'hubris et la démesure qui finissent par se fracasser contre le mur du réel.
Serge Latouche présente le champ d'action de la décroissance comme métapolitique, car c'est à la société civile de mettre en œuvre un rapport de force qui poussera le politique à prendre les décisions conformes à ses aspirations. Aussi revient-il sur les questions sociétales, comme la démocratie, le bien commun et les biens communs, l'économie sociale et solidaire ou la laïcité à l'aune du projet de la décroissance."
On nous martèle avec la Croissance économique comme critère de bonne santé d'une société. Mais pourquoi l'idée d'une croissance infinie dans un monde fini ne tire pas une sonnette d'alarme ? Dans notre société capitaliste, cette course vers l'infini ne nous mènera-t-elle pas à notre perte ? La finitude des ressources et la crise climatique ne devrait-elles pas nous amener à repenser notre rapport au monde ?
Penser la décroissance ne revient-il pas à cultiver nos imaginaires collectifs en dehors du capitalisme, à penser le monde demain avec réalisme et pragmatisme ?"
Inscription : https://framaforms.org/inscription-arpentage-18-aout-dagir-pour-la-paix-1785315051
Quand ? le 18 août de 18h à 21h. Accueil dès 17h45.
Où ? Maison de la Paix, 35, rue Van Elewyck, 1050 Ixelles.
Nous souhaitons que nos activités restent accessibles à toustes, c'est pourquoi elles sont proposées gratuitement ou à prix libre. Si vous en avez la possibilité et l'envie, vous pouvez nous soutenir avec un don sur notre compte bancaire : BE04 5230 8079 6631 – BIC : TRIOBEBB.
Parce que nous ne sommes pas toustes égaux·ales face à la lecture, nous aimerions lever certains freins. Pour celleux qui le souhaitent, vous pouvez venir avec un·e ami·e à l'arpentage et vous entraider dans la lecture. De l'aide peut aussi être apportée par les animateur·ices présent·es.
Accessibilité :
Maison de la Paix, 35, rue Van Elewyck, 1050 Ixelles.
Le bâtiment n'est pas accessible aux PMR.
Bus 59 – 71 – 38 – 60 : arrêt Flagey
Tram 81 : arrêt Dautzenberg ou Flagey
Trams 8 et 93 : arrêt BailliLa jeunesse indienne désenchantée au cœur d’une mobilisation inédite contre la corruption et la faillite du système universitaire du pays
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Source : Histoires Crépues
Source : StreetPress
Source : L'Humanité
Payant
2027 c'est l'année des élections présidentielles. Le Pen ou Bardella seront candidat.es : organisons-nous pour les empêcher de faire campagne.
Le 02 et 03 octobre prochain se tient le banquet du Canon Français à Chemillé-en-Anjou. Financé par le milliardaire d'extrême droite Pierre Edouard Stérin et fondé par des enfants de l'ancienne aristocratie, nous devons nous mobiliser pour que ces fêtes excluantes et racistes n'aient pas lieu.
le RED, groupuscule fasciste, nouveau visage de l'alvarium est toujours très actif à Angers. Il est important d'alerter sur leur présence et de faire en sorte qu'ils n'aient pas la place de propager leurs idées nauséabondes.
Si ces sujets te parlent, rendez-vous début septembre sur Angers. Le lieu et la date précise seront transmis la dernière semaine d'août. Cet article sera modifié à ce moment là. Sinon vous pourrez retrouver l'info quand elle sortira sur le instagram de @angers_luttes_infos ou facebook Angers Luttes Infos.
France Travail développe un algorithme de profilage des chômeur·euses à des fins de contrôle, comme le prouve un document que nous publions aujourd'hui en partenariat avec la cellule investigation de Radio France . Cet algorithme, encore en phase de test, manifeste la volonté de France Travail de massifier les contrôles via l'utilisation d'outils numériques. Nous appelons à la mobilisation contre cet algorithme illégal et à son abandon par la direction de France Travail.
Le 10 décembre dernier, un nouvel outil numérique était présenté au comité d'éthique IA de France Travail. Intitulé « Ciblage du Contrôle de la Recherche d'Emploi », son objectif est de « recourir à l'IA » afin d'« identifier les dossiers nécessitant un examen approfondi » et d'« alimenter automatiquement l'outil de contrôle de la recherche d'emploi ». Lors de sa présentation, cet outil était en phase active de test, étape préalable à un déploiement plus large.
En d'autres termes, l'ancien Pôle Emploi cherche à se doter d'un outil similaire à ceux que nous dénonçons à la CNAF ou à l'Assurance maladie , visant à automatiser la sélection des personnes devant faire l'objet d'un contrôle.
Cet algorithme vise à « prédire » quel·les chômeur·euses manqueraient à leurs obligations de recherche d'emploi. Concrètement, il repose sur la construction de profils « suspects/non suspects » fondée sur l'analyse de dizaines de milliers de contrôles passés1L'algorithme a été entraîné sur la base de 60 000 contrôles passés. Techniquement, il se base sur un arbre de décision , une technique de machine-learning dont les paramètres sont sélectionnés par itérations successives. Chaque personne inscrite est ensuite assignée à l'un de ces profils sur la base des données personnelles que détient France Travail. Celles et ceux classifié·es comme « suspect·es » sont placé·es sur une liste de personnes prioritaires à contrôler.
Si cet algorithme est aujourd'hui testé sur les profils de personnes en situation de rupture conventionnelle2À la date de publication du document, l'algorithme avait fait l'objet de deux campagnes de 7 000 tests environ chacune, portant sur les personnes ayant fait l'objet d'une rupture conventionnelle. France Travail souhaite « étendre l'utilisation du modèle à d'autres publics » afin d'« alimenter automatiquement l'outil de contrôle et transmettre chaque mois des listes de contrôle ciblés »3Ciblage du contrôle de la recherche d'emploi, document présenté en comité d'éthique IA du 10 décembre 2025, disponible ici . Le document précise que l'algorithme vise à alimenter les « listes de contrôles ciblées ». Ces contrôles représentent environ 40% de l'ensemble des contrôles, soit 500 000 contrôles en 2025, aux côtés des contrôles aléatoires ou des contrôles déclenchés sur « signalement ». En prenant en compte l'ensemble des personnes au RSA, dont l'inscription à France Travail est obligatoire depuis le 1er janvier 2026, ce sont plus de 6 millions de personnes qui pourraient se voir profiler chaque mois par l'algorithme4Inscrits à France Travail, premier semestre 2026, catégories A, B, C, D et E, France Travail, disponible ici .
À ce jour, nous disposons seulement de la liste des 26 variables utilisées par l'algorithme, mais nous ne connaissons pas les règles utilisées dans la construction des profils5La liste exhaustive des variables est disponible dans le document que nous publions. Nous ne sommes donc pas en mesure de déterminer, via des simulations, quelles populations sont les plus ciblées par cet outil. Nous avons fait une demande d'accès au code source de l'algorithme mais, eu égard à l'opacité qu'entretient France Travail vis-à-vis de ses outils numériques, il est peu probable qu'elle aboutisse.
Parmi les catégories de variables retenues, notons notamment celles relatives aux « activités déclarées », à la « visibilité du demandeur d'emploi » (par exemple si le CV est en ligne sur le site de France Travail), à la recherche d'un travail dans un « métier en tension », au « niveau de formation », à « l'ancienneté d'inscription », ou encore à « l'historique des manquements » (absence à un rendez-vous par exemple). On retrouve également la présence d'une activité non salariée, critère par ailleurs utilisé par la CNAF dans son dernier algorithme de scoring pour dégrader la note des personnes en emploi précaire.
Mais l'absence de transparence quant aux règles de classification de l'algorithme ne doit pas masquer l'essentiel. Comme le montrent les exemples de la CNAF et de la CNAM, ces algorithmes sont dangereux en eux-mêmes, car ils sont des outils particulièrement efficaces pour organiser, en toute impunité, la répression de populations entières, et en particulier des plus vulnérables.
En premier lieu car, comme nous l'avions documenté en détail dans le cas de la CNAF , l'introduction d'algorithmes dopés à l'IA ou au « machine learning » dépolitise la question du contrôle social et des violences associées. France Travail ne fait pas exception : le document présenté à son comité d'éthique avance, dans un paragraphe intitulé « Pourquoi recourir à l'IA ? », que cette dernière permettrait une « suppression des a priori » en proposant « des dossiers à contrôler sur la base de critères objectifs ».
Ce que l'on observe ici c'est la transformation d'un problème politique – le choix des critères de sélection des personnes à contrôler – en un problème purement technique. Cette dépolitisation s'accompagne d'une délégitimation de la critique des politiques de contrôle, puisque ces dernières sont désormais censées être « neutres » et « objectives ». Elle procède également d'une déresponsabilisation des dirigeant·es qui n'ont plus à assumer, en leur nom, les politiques qui conduisent au ciblage de certaines catégories de personnes.
Ajoutons enfin que le profilage algorithmique est utilisé pour invisibiliser le caractère discriminatoire des politiques de contrôle à travers l'individualisation du processus de sélection. Nul·le n'est contrôlé·e parce qu'il ou elle fait partie de telle ou telle population, mais parce que son « score » individuel s'est détérioré.
À cela s'ajoute l'opacité qui entoure le code des algorithmes de profilage. En permettant aux responsables des institutions sociales de taire la réalité du tri social organisé, elle complique considérablement la mise en lumière de leurs dérives.
On rappellera ici que, dans le cas de la CNAF, le code source de l'algorithme n'a été obtenu qu'après une longue bataille juridique et médiatique, tandis que celui de l'Assurance maladie ne l'a été qu'à la faveur d'une erreur de caviardage par l'administration. Pendant des années, l'absence de publication des paramètres de ces algorithmes a permis à ces institutions d'organiser le sur-contrôle de certaines populations (femmes isolées, personnes au RSA, personnes en situations de handicap…) sans jamais avoir à rendre de comptes. Pire, les dirigeant·es de ces institutions ont profité de cette opacité pour aller jusqu'à se vanter du recours à des outils de « modernisation » à la « pointe de la technologie ».
Ce risque est particulièrement fort concernant France Travail. Car, loin de la communication de sa direction vantant un recours à une IA « éthique » et « transparente »6Voir notamment la « Charte de France Travail pour une éthique de ses usages de l'intelligence artificielle », disponible ici . Toutes nos demandes d'accès au code des IA utilisées par France Travail sont, à ce jour, restées lettres mortes. En violation flagrante de la loi, France Travail a notamment refusé de nous communiquer la moindre information sur des IA aussi sensibles que celles utilisées pour échanger par SMS afin de proposer des offres d'emplois à des usager·ères (MatchFt) ou celle que France Travail a généralisé auprès de ses conseillers afin de les aider dans leurs tâches quotidiennes (ChatFt)7Notons que nos demandes ne portaient pas que sur le code source de ces IA, mais aussi sur la documentation technique ou l'analyse d'impact de la protection des données. Pire, dans ces deux cas, l'institution n'a même pas pris la peine de motiver sa décision auprès de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) – l'institution chargée d'indiquer si ces refus sont légaux ou pas – lorsque nous l'avons saisie.
Le développement de ce nouvel outil de profilage s'inscrit dans un contexte plus large de multiplication des outils numériques de contrôle au sein de France Travail. Rien que l'année dernière, nous alertions déjà sur le déploiement de « robots » visant à automatiser la décision de clore ou non un contrôle. Ces « robots » intervenaient lors du contrôle lui-même, alors que le nouvel algorithme intervient en amont, lors de la sélection des personnes à contrôler.
Ce qui se dessine, c'est la volonté d'automatiser l'ensemble de la chaîne de contrôle afin de répondre aux objectifs gouvernementaux de massification des contrôles, dont le nombre est passé de 200 000 en 2017 à 730 000 en 2025. En 2027, l'objectif fixé par le gouvernement est d'en réaliser 1,5 millions8Pour les chiffres de 2017, voir l'étude de Pôle Emploi « Le contrôle de la recherche d'emploi : l'impact sur le parcours des demandeurs d'emploi » disponible ici . Pour 2025, voir le document de présentation de l'algorithme. L'objectif de 1,5 millions a été annoncé par Gabriel Attal en 2024, voir cet article
Mais c'est du côté de l'IA générative que les risques les plus importants existent aujourd'hui. Alors que France Travail multiplie le développement d'IA (ChatfT, NeoFt, MatchFT…), on ne peut que s'attendre à ce qu'une IA générative soit déployée à des fins de contrôle. Connectée au dossier de la personne contrôlée, elle formulerait une « suggestion » quant à la décision à prendre par le ou la contrôleur·euse. Ce serait une étape décisive vers une automatisation totale du contrôle de la recherche d'emploi et la possibilité de massifier, à moindre coût, le contrôle et la surveillance des millions de personnes inscrites à France Travail.
Il est fondamental que France Travail change de politique. Celle qui se dessine, une automatisation toujours plus inhumaine du contrôle, doit être rejetée. Il est encore plus inquiétant de voir que les dirigeant·es de France Travail ne veulent pas voir la réalité sociale de leur politique de contrôle et préfèrent s'enfermer dans la douce mélodie du solutionnisme technologique. Alors pour nous aider à continuer la lutte, vous pouvez nous faire un don et retrouvez l'ensemble de nos publications sur l'utilisation par les organismes sociaux d'algorithmes à des fins de contrôle social sur notre page dédiée .
References[+] References
| ↑1 | L'algorithme a été entraîné sur la base de 60 000 contrôles passés. Techniquement, il se base sur un arbre de décision , une technique de machine-learning dont les paramètres sont sélectionnés par itérations successives.
| ↑2 | À la date de publication du document, l'algorithme avait fait l'objet de deux campagnes de 7 000 tests environ chacune, portant sur les personnes ayant fait l'objet d'une rupture conventionnelle.
| ↑3 | Ciblage du contrôle de la recherche d'emploi, document présenté en comité d'éthique IA du 10 décembre 2025, disponible ici . Le document précise que l'algorithme vise à alimenter les « listes de contrôles ciblées ». Ces contrôles représentent environ 40% de l'ensemble des contrôles, soit 500 000 contrôles en 2025, aux côtés des contrôles aléatoires ou des contrôles déclenchés sur « signalement ».
| ↑4 | Inscrits à France Travail, premier semestre 2026, catégories A, B, C, D et E, France Travail, disponible ici .
| ↑5 | La liste exhaustive des variables est disponible dans le document que nous publions.
| ↑6 | Voir notamment la « Charte de France Travail pour une éthique de ses usages de l'intelligence artificielle », disponible ici .
| ↑7 | Notons que nos demandes ne portaient pas que sur le code source de ces IA, mais aussi sur la documentation technique ou l'analyse d'impact de la protection des données.
| ↑8 | Pour les chiffres de 2017, voir l'étude de Pôle Emploi « Le contrôle de la recherche d'emploi : l'impact sur le parcours des demandeurs d'emploi » disponible ici . Pour 2025, voir le document de présentation de l'algorithme. L'objectif de 1,5 millions a été annoncé par Gabriel Attal en 2024, voir cet article . function footnote_expand_reference_container_27568_6()
<https://solidaires49.org/local/cach...>
La France connaît son deuxième épisode de canicule alors que l'été vient tout juste de commencer. Plus de 3/4 des départements de métropole sont placés en vigilance rouge, avec des températures grimpant jusqu'à plus de 40°C. Le département du Maine-et-Loire bat de tristes records de température avec des pics à 44°C.
L'impréparation de la préfecture, des collectivités territoriales et du patronat est irresponsable alors que la multiplication et l'aggravation de ces épisodes sont annoncés depuis des décennies. Contrairement à ce que déclare le préfet de Maine-et-Loire, les habitant·es du département n'ont pas besoin d'un "papa" qui leur dise quoi faire, mais bel et bien de pouvoirs publics qui, pour une fois, protégeraient les travailleurs et les travailleuses, nos écosystèmes, et pas simplement les profits du patronat.
Lors de la canicule de mai, au moins un travailleur a trouvé la mort, un ouvrier de 19 ans dans la Drôme, qui travaillait sur un toit sans aucune mesure particulière prise par l'employeur, selon l'inspection du travail. Selon la préfecture, son décès est dû à une hyperthermie.
Face à cette mise en danger des salarié∙es, le syndicalisme constitue un contre-pouvoir.
L'État et les pouvoirs publics manquent à leurs devoirs, comme dans l'Éducation nationale où le rectorat de l'Académie de Nantes a failli à toutes ses obligations. Tout d'abord en négligeant d'évaluer les risques professionnels puis en refusant de recenser les personnes vulnérables comme il est censé le faire mais surtout en diffusant des injonctions contradictoires et en laissant la gestion de cet événement aux chef d'établissements ou aux mairies, entrainant des inégalités locales et une grande confusion, qui a mis en danger les personnels. Les remontées de terrains, par les registres Santé et Sécurité au Travail, les droits de retraits et les déclarations de danger grave et imminent, sont alarmantes. Pourtant les mesures à prendre pour la rénovation écologique du bâti scolaire, pour de meilleures conditions de travail lorsqu'il fait chaud, ou froid, et pour des économies d'énergie, sont connues. Nous les portons avec l'Alliance écologique et sociale, qui a publié un rapport en septembre dernier, : L'école bien dans ses murs : pour une rénovation écologique du bâti scolaire. Il en va de même pour l'hôpital public et les EHPAD, laissés à l'abandon et structurellement inadaptés à ces crises thermiques répétées depuis la canicule de 2003 qui avait fait plus de 15000 mort·es, dont en grande majorité des personnes âgées et vulnérables.
Pourtant de l'argent nous a été volé à nous les travailleurs et travailleuses soit-disant pour protéger les plus fragiles. Les dirigeant.e.s nous ont pris à chacun directement ou en proportion du temps de travail près de 11 heures.
Pourtant, rien n'a été fait en ce sens et aujourd'hui les pouvoirs publics en reste à une gestion au cas par cas, génératrice d'inégalités. Nous exigeons un cadrage national avec des critères objectifs pour décider du report des examens, de la fermeture des écoles et des établissements, une évaluation primaire des risques professionnels liés à la météo, des autorisations d'absence pour les personnels vulnérables qui auront été recensées et une reconnaissance en accident de service des lésions éventuelles liées à cet épisode caniculaire.
Au travail, le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 est insuffisant. Le gouvernement a refusé de fixer des températures maximales dans le code du travail, ou d'imposer que des températures maximales soient fixées par secteur d'activité, ou de permettre à l'inspection du travail d'arrêter l'activité dans les situations de danger. Dans l'immédiat, Solidaires exige également des arrêtés de suspension des travaux en extérieur de la part des préfectures, dans le bâtiment et les travaux publics mais aussi les autres secteurs concernés pendant toute la période de canicule rouge.
Et au-delà de ces mesures indispensables et urgentes d'adaptation et de protection, il est plus que temps de sortir de l'inaction climatique, en associant les travailleurs et les travailleuses à la reconversion écologique de l'appareil productif et à la sortie des énergies fossiles sans leur faire payer la facture.
https://solidaires.org/connaitre-se... <https://solidaires49.org/local/cach...>
Le Groupe Antifasciste Mâcon et Environs organise les 4 et 5 septembre 2026 un forum antifasciste riche en rencontres et concerts. Pour notre part, nous y seront présent·es pour présenter Fachorama et les activités de la Horde, et pour tenir une table d'infos. Retrouvez tout le programme ci-dessous !
vendredi 4 septembre
18hoo : rencontre/discussion avec le collectif la Horde Présentation du jeu Fachorama et de l'action militante du collectif. à la Comédie Noire, 26 place de la Comédie (…)
Deux classes sociales et un brasier qui les sépare. Des cendres pour les uns, les villas avec piscines intactes pour les autres.
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Article publié initialement sur bureburebure.info. Des traductions en français de brochures du No Trace Project ont été faites récemment
Suite à la découverte d'un indic en septembre 2025 ayant agi principalement en milieu francophone, quelques réflexions/discussions ont eu lieu. Par exemple, les conférences ronde "Contr'Indic'Action" en mars 2025 à Bure et à Paris où étaient invitées des personnes d'Angleterre et d'Allemagne. Dans l'idée de continuer de diffuser des infos/méthodes/retours d'expériences, 2 (...)
Le mardi 16 juin, à Rome et dans d'autres villes, de nouvelles descentes de police ont frappé le mouvement anarchiste. [A partir de textes publiés par La Vampa, il Rovescio, Radio Onda d'Urto, La Nemesi]
EN TEMPS DE GUERRE
Le mardi 16 juin, à Rome et dans d'autres villes, de nouvelles descentes de police ont frappé le mouvement anarchiste, avec sept mandats d'arrêt contre autant de camarades, 5 détentions préventives en prison et 2 assignations à résidence avec bracelets électroniques, des perquisitions dans toute l'Italie (dont La Vampa à Naples), et l'expulsion du centre social Bencivenga Occupato à Rome. L'accusation principale est la désormais classique « association à des fins terroristes » (270-bis). De plus, deux camarades ont été arrêté-es pour le nouveau crime de « terrorisme par les mots » pour possession de quelques brochures trouvées lors des perquisitions.
Bien que les informations divulguées par les médias soient plus rares et incomplètes que d'habitude, il est clair que l'enquête se tourne autour d'un certain nombre d'acte de sabotage des lignes ferroviaires, en particulier celui mené le 14 février dernier sur la ligne Rome-Florence, contre les Jeux olympiques de Guerre de Cortina 2026.
Si la mystification et la diffamation des anarchistes par les médias ne sont certainement pas nouvelles, nous ne pouvons nous empêcher de nous attarder sur le niveau atteint cette fois par la propagande du régime (en particulier l'ineffable TG1), qui paraît particulièrement grotesque : « ils se sont rencontrés dans une ferme comme la Mafia », « ils ont planifié la stratégie de tension », « ils avaient l'intention de commettre des actes de violence ». « terrorisme anarchiste »… S'il est utile de rappeler à ces gens que pour les anarchistes, la Mafia est autant un ennemi qu'une autorité, et que dans ce pays la « stratégie de la tension » a été mise en œuvre par l'État, il n'est pas difficile d'identifier une intention très précise derrière ces paroles obsédantes : celle qui a conduit, en 2015, à transformer la Direction nationale anti-mafia (ADN) en Direction nationale anti-mafia et anti-terrorisme (DNAA). Avec pour conséquence, la monstruosité absolue s'applique désormais aux anarchistes, avec les traitements associés, réservés jusqu'alors aux mafieux réels ou présumés (et de plus encore infligés depuis des décennies aux communistes révolutionnaires). Avec la circonstance aggravante, pour les révolutionnaires, de ne pas pratiquer la violence pour des raisons de profit ou de pouvoir, mais comme une sorte de fin en soi, pour le goût pur de la destruction ou pour on ne sait quelle pulsion de mort obscure. Comme si les chemins de fer à grande vitesse ne faisaient pas partie des Plans de mobilité militaire mis en place par l'Union européenne (avec l'aide, en Italie, de Leonardo S.p.A., qui a signé en 2024 un accord ad hoc avec RFI, le réseau ferroviaire italien) pour préparer une guerre directe avec la Russie. Comme si des milliers de personnes n'avaient pas résisté aux Jeux olympiques d'hiver pour des raisons très claires : la présence militaire (pour l'occasion sans uniforme) de l'équipe israélienne, l'escorte des gangs meurtriers de l'ICE, la dévastation de l'environnement alpin au nom de l'habituel « grand événement »… C'est comme si ces raisons n'avaient pas été avancées, avec une prose sans équivoque, dans le communiqué de presse suivant le sabotage. Quant à l'accusation habituelle de « terrorisme », nous pensons que Gaza a suffisamment clarifié la question – et qu'il ne peut plus y avoir de doute sur qui propage la terreur.
En temps de guerre, disait un vieux poète, la première victime est la vérité.
Alors que Alfredo Cospito reste en régime carcéral de 41 bis comme une sorte de bouc émissaire pour les « défauts » de tout le mouvement anarchiste, l'État va jusqu'à criminaliser l'intention même d'agir pour le sauver de la torture. Alors que nous devons encore reprendre notre souffle après la mort de Sara et Sandro, l'État essaie de s'en servir contre nous.
Nous ne savons pas si les personnes arrêtées et recherchées ont commis les actes dont elles sont accusées. Nous ne pouvons répéter ce que nous avons écrit que tant de fois dans des cas similaires : s'ils sont « innocents », ils ont toute notre solidarité, s'ils sont « coupables », ils en ont encore plus.
Solidarité avec Nico, Bibi, Micol, Arnau, Stefano, Giulia, Luna, Pietro, Tony, à tous les suspects et à ceux fouillés.
Alfredo hors du 41 bis !
Sara et Sandro dans nos cœurs.
Des anarchistes de Trente et Rovereto
Face à toutes ces omissions et égarement médiatiques, nous rapportons ci-dessous le communiqué de presse revendiquant la responsabilité du sabotage de la ligne à grande vitesse Rome-Florence du 14 février dernier :
Feu aux Jeux Olympiques ! Aujourd'hui, nous ne voyageons pas !
Dans la nuit du 13 février, à divers points et jonctions ferroviaires, nous avons incendié et endommagé les câbles le long des voies, provoquant l'obstruction de plusieurs lignes à grande vitesse.
Ces actions sont notre contribution à l'accueil chaleureux et aux meilleurs vœux de cette édition des Jeux olympiques d'hiver.
Nous avons participé à d'immenses blocus de routes et de ports pendant les mois de mobilisation pour la Palestine, envahi des stations et attaqué la police quand c'était possible. Mais aujourd'hui, nous avons choisi d'agir protégés par la lumière de la lune, dans un petit groupe rassemblé par l'affinité et le désir d'être cohérents avec les slogans scandés ces derniers mois : bloquons tout ! Parce que nous pensons qu'en plus de participer aux grandes mobilisations et aux conflits qu'elles peuvent générer, il est nécessaire de diffuser une action autonome, afin de ne pas les laisser être désamorcées, récupérées et dirigées par les professionnels de la politique « militante ».
Le pouvoir, c'est se préparer à la guerre et nous, anarchistes, révolutionnaires, individus conscients, aimerions faire de même. L'infrastructure ferroviaire est un nœud principal dans la mobilité des forces et du matériel de guerre, et l'accord entre RFI et Leonardo, visant à mettre en œuvre la logistique militaire dans la péninsule, en est l'exemple le plus clair. Attaquer RFI est donc un acte concret d'anti-militarisme et un geste de solidarité avec tous ceux qui subissent aujourd'hui les atrocités de la guerre et du colonialisme.
Les Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina ne font pas exception : des rivières d'argent qui alimentent une spéculation foncière prête à armer des rivières de béton pour construire des installations jetables et changer l'« usage » social de quartiers populaires. Une grande partie derrière l'image brillante et prestigieuse du grand événement sportif se cache des hectares de forêts de mélèzes rasées pour faire place à des pistes de ski et des montagnes irréversiblement défigurées par les remontées mécaniques.
Cette action exprime également notre colère face à la présence lors des Jeux d'agents de l'ICE, les escouades anti-immigrés désormais tristement célèbres pour les meurtres, les rafles, les abus et la violence perpétrés contre des indésirables et des opposants internes aux États-Unis, ce qui nous rappelle que chaque police et groupe fasciste est là pour être utilisé contre sa propre population lorsque la « raison d'État » l'exige.
Il ne faut que quelques ingrédients pour agir contre le monde de l'exploitation, de l'oppression et de la dévastation : un peu d'étude, de précaution et de détermination à parts égales, quelques complices, quelques litres de carburant… Et tout est possible ! Bonne chance !
Solidarité avec les prisonniers anarchistes à travers le monde Solidarité avec Juan, Stecco, Anna, Alfredo, Tonio, Ghespe, Dayvid avec les camarades réprimés dans l'opération Ipogeo, avec les prisonniers palestinien.
Vive l'anarchie !
Voici les adresses connues des camarades en détention. Ces adresses sont provisoires et pourraient changer dans les prochains jours :
Nico Aurigemma
Arnau Vallet Casadevall
Stefano Marri
Andrea Toniolo
Regina Coeli, via della Lungara 29, 00165, Roma
Micol Marino
C.C. Rebibbia femminile, via Bartolo Longo, 92 00156 Roma
Francesco Benedetti
C.C.Lorusso e Cotugno, via Maria Adelaide Aglietta 35, 10151, Torino
Pietro Rosetti
C.C.di Forlì, via della Rocca 4, 47121, Forlì
MISE A JOUR LE 10 juillet 2026 :
depuis ilrovescio.info
"Nous sommes ravis d'apprendre que Micol, Nico, Bibi, Arnau, Stefano, Luna et Giulia, les camarades arrêtés en vertu de l'article 270 bis lors du raid anti-anarchiste du 16 juin, ont été libérés par la Cour de révision, qui a jugé incohérentes les charges de complot en vue de commettre un crime anarchiste.
Nous attendons des nouvelles de Toni et Pietro, dont la situation est différente : ils n'ont pas fait l'objet de mesures conservatoires, mais ont été arrêtés pour « terrorisme d'expression » (article 270 paragraphe 3) suite à la saisie de tracts lors d'une perquisition à leur domicile.
En attendant, réjouissons-nous du retour de nos sept camarades dans la rue !
Plus d'informations à venir."
Adresses en détention les plus récentes :
(Tony) Andrea Toniolo
C.C. di Rossano – Contrada Ciminata Greco 1
87067 – Rossano (CS)
Pietro Rosetti
C.C di Terni – Strada delle Campore 32
05100 – Terni (TR)
MISE A JOUR le 30 juillet 2026 :
depuislanemesi.noblogs.org
La Cour de révision confirme la mesure conservatoire en prison pour Pietro
La Cour de révision, appelée le 23 juillet à se prononcer sur la mesure de détention, a confirmé les mesures conservatoires en prison pour Pietro, arrêté dans le cadre de l'opération anti-anarchiste du 16 juin.
Nous n'avons pas de mots.
Alors que toutes les autres personnes arrêtées ont déjà été libérées de prison par la Cour de révision de Rome, la Cour de Bologne (compétente pour le territoire) a décidé de poursuivre l'incarcération de notre camarade !
On se souvient que Pietro avait été arrêté pour "terrorisme de la parole" (article 270 troisième alinéa), un délit introduit par l'avant-dernier décret de sécurité, pour quelques tracts saisis lors de la perquisition.
Toni, détenu pour la même raison, avait déjà été libéré de prison ces derniers jours par la Cour de Rome. Pietro, cependant, reste toujours enfermé dans la prison de Terni, dans l'unité de haute surveillance.
À ce stade, les avocats feront appel devant la Cour suprême et, entre-temps, lorsqu'ils auront les raisons de la disposition, ils évalueront une demande adressée au juge d'instruction pour modifier la mesure. Mais nous devons continuer à lui exprimer notre proximité et notre solidarité dès maintenant !
Écrivons-lui et gardons l'œil ouvert pour les prochaines mobilisations.
Pietro Rosetti
C.C. Terni
Strada delle Campore 32
05100 Terni
Depuis le début des années 70, les prisonnier.e.s ne cessent de dénoncer les conditions de détention, réclament la liberté d'information, les parloirs sans séparation, l'abandon du costume pénal et des quartiers de haute sécurité. Ce mouvement revendicatif, qui a recours aux grèves de la faim, aux refus de travail et à l'occupation des toits, se poursuit en 1973 et atteint son paroxysme en juillet et août 1974. C'est dans ce contexte que le 28 juillet, une révolte éclate à la MA de La Talaudière. Gilbert Besnard, prisonnier de 22 ans, est abattu par un maton.
Article du journal du CAP de mars 1975
Créé par d'anciens détenus, dont Serge Livrozet, Claude Vaudez, Michel Boraley, le C.A.P (Comité d'Action des Prisonniers), est une association lancée fin novembre 1972 qui publie un journal mensuel avec textes d'analyse, informations sur les prisons et lettres de prisonniers. Il y aura 67 numéros jusqu'en 1980.
Parmi les collectifs et associations qui se sont mobilisés autour de la lutte anti-carcérale, se trouve le G.I.P (groupe d'information sur les prisons) créé le 8 février 1971, pour porter à l'extérieur des prisons la parole des détenus et faire connaître la réalité carcérale, par exemple en publiant les cahiers de revendication des prisons lors des révoltes de 1971-1972, à Toul, Loos-les-Lille, Fresnes, Nancy, Melun...
La suite de cet article à lire ici.
JEAN-MARC THÉOLLEYRE.
Saint-Étienne. - Le tumulte déclenché le dimanche 28 juillet à la maison d'arrêt de La Talaudière, près de Saint-Étienne, qui devait être marqué par le décès d'un détenu mortellement blessé par balle par un surveillant, peut être considéré comme s'inscrivant dans le mouvement général qui agite depuis plus d'une semaine l'ensemble des prisons françaises.
Mais il a aussi ses raisons spécifiques, s'agissant d'un établissement où depuis plusieurs mois déjà se sont succédé des incidents divers. Car pour être une maison d'arrêt « moderne », ouverte le 11 octobre1968, en remplacement de l'ancienne prison de Saint-Étienne vieille de plus d'un siècle, celle de La Talaudière, avec ses cent trente-neuf détenus, dont quatre-vingt-dix-neuf en détention provisoire,reste à l'image de tout un système contre lequel ses pensionnaires s'étaient déjà révoltés.
Aussi, la direction de l'établissement comme son personnel s'attendaient à de nouveaux troubles dans le contexte actuel.Ceux-ci eurent pour origine ou pour prétexte,le 28 juillet, le refus opposé initialement par un groupe de prisonniers en promenade de réintégrer leur cellule.Il était alors 15 h. 15. Cet incident paraissait réglé une demi-heure plus tard, après d'assez longues palabres avec le personnel, mais, de ce fait, on avait dû retarder l'heure de la séance dominicale de cinéma qu'attendaient une quarantaine d'autres prisonniers.Ces derniers, sans doute en raison d'un climat qu'ils ne pouvaient pas ignorer, se mirent à leur tour en révolte. Plus nombreux que leurs gardiens, qui n'étaient qu'une quinzaine et auxquels ils s'affrontèrent,ils parvinrent à s'emparer d'un trousseau de clés, ce qui leur permit d'ouvrir plusieurs cellules et d'en appeler les occupants à la rescousse.
Si, parmi ceux-ci, tous n'acceptèrent pas de se joindre à l'agitation, les rebelles
n'en furent pas moins renforcés en nombre et se retrouvèrent pour continuer leur action. Devant la tournure prise par l'événement, le directeur, qui avait fait appel aussitôt à la police et à la 50e compagnie républicaine de sécurité (C.R.S.), décida de faire retirer son personnel du quartier de la détention. Mais entre ce moment et celui où les forces de l'ordre purent intervenir, les prisonniers en révolte furent maîtres des lieux. C'est ainsi qu'ils purent non seulement gagner les toits mais aussi mettre le feu à la partie supérieure du bâtiment, notamment dans une salle de conférences.
C'est dans le même temps que d'autres surveillants qui, normalement, n'étaient pas en service, furent appelés à se rendre à la prison, mais sans pénétrer dans le quartier de la détention. C'est ainsi que l'un d'entre eux, M. Verniot, qui était armé
d'une carabine 22 long rifle - arme réglementaire pour les membres du personnel de l'administration pénitentiaire, chargés de surveiller les abords extérieurs d'une prison - aperçut un des détenus qui avait réussi à atteindre un mirador. Y eut-il sommations ? On l'affirme. En tout cas, M. Verniot devait tirer et atteindre d'une balle au côté gauche ce détenu, M. Gilbert Besnard, âgé de vingt-deux ans, qui devait succomber pendant son transfert à l'hôpital.
M. Besnard cherchait-il à s'évader à l'occasion du tumulte propice ? Déjà
plusieurs fois condamné pour vol, il se trouvait actuellement en détention provisoire à la maison d'arrêt de La Talaudière,
sous l'inculpation de meurtre, pour avoir tué le protecteur d'une prostituée. En 1970, il avait tenté, pour sa part, de s'évader du palais de justice de Saint-Étienne, où il avait été amené pour les besoins de l'instruction d'une affaire précédente dans laquelle il était impliqué.
Quoi qu'il en soit, ce décès, qui devait faire dire au directeur de la prison, M. Villard, que « les surveillants, à force d'être sur les nerfs, finissent par en arriver à des choses qui n'auraient jamais eu lieu en période normale », fut assez vite connu des prisonniers. Si bien que, vers 20 heures, l'agitation initiale qui avait été maîtrisée sans trop de heurts par les C.R.S., reprenait, certains détenus criant alors depuis leurs cellules : « On a tué un gosse. Qui ne leur avait rien fait ».
Vers 22 heures, le calme, comme on dit, était revenu, mais ici ou ailleurs, pour combien de temps ? Le parquet de Saint-Étienne a ordonné l'ouverture d'une information pour recherche des causes de la mort de M. Gilbert Besnard.
Les mutineries de 1974 sont la conséquence des changements amorcés en 1968, quand l'écart était devenu considérable entre l'évolution de la société française vers plus de liberté et le maintien dans les prisons d'un régime quasiment immobile depuis les années 1920, exception faite, mais dans un tout petit nombre d'établissements, des progrès irrésistibles accomplis par la réforme Amor.
L'administration pénitentiaire a été confrontée au cours de la période 1958-1965 à des problèmes de détention politique (incarcération de militants indépendantistes algériens) qui l'avaient amenée à perdre de vue l'évolution des détenus de droit commun. On compte 5 à 6 000 détenus « politiques » entre 1959 et 1962, qui vont être rejoints ou à qui vont succéder 1 700 membres de l'OAS. Un contexte peu propice à la mise en place de réformes nouvelles, alors que le nouveau Code de procédure pénale de 1958 tarde à être appliqué.
Au début des années 1960, la prison est réduite à sa fonction de « gardiennage ». Ce qui n'empêche pas, c'est tout le contraire, le foisonnement de théories et discours visant à améliorer, sinon à supprimer la (fort triste il est vrai) réalité de la prison.
Car derrière les murs tout semble figé. Des murs qui se multiplient. Entre 1962 et 1973, onze établissements pénitentiaires sont construits, parmi lesquels Fleury-Mérogis, considérée comme la plus grande prison d'Europe, qui accueille 4 000 détenus à partir de justement 1968.
Tout au long de l'année 1971, les prisons sont sur le devant de l'actualité. L'année débute par une grève de la faim (une de plus) de quelques dizaines de maoïstes (organisation dissoute par le Gouvernement) qui luttent pour bénéficier d'un régime de détention politique. Lors d'une conférence de presse tenue en soutien des grévistes de la faim, le 8 février 1971, Michel Foucault, Jean-Marie Domenach et Pierre Vidal-Naquet annoncent la création du GIP, le groupe d'intervention sur les prisons. Réunissant des intellectuels, des médecins, des éducateurs de prisons, des détenus et des membres de leurs familles, le GIP se propose de réaliser des questionnaires et de publier des brochures. Pour les militants d'extrême gauche, les prisons sont devenues un nouvel espace de lutte contre le pouvoir.
Parallèlement à cette agitation, plusieurs drames émeuvent l'opinion et attirent l'attention sur l'univers carcéral, telles les prises d'otages et les mutineries. L'automne 1971 voit l'apparition de mouvements collectifs spectaculaires dans plusieurs prisons. Les revendications sont principalement matérielles. La discipline archaïque des détentions est partout remise en cause.
L'agitation de l'année 1971 a conduit René Pleven, garde des Sceaux de Georges Pompidou, à reprendre le cours des réformes suspendues durant les années soixante. En août 1971, la lecture des journaux et l'écoute de la radio dans les détentions sont autorisées, marquant le premier pas d'une ouverture de l'univers carcéral sur l'extérieur. Par ailleurs, une commission présidée par l'avocat général Robert Schmelck avait suggéré des pistes pour adapter l'exécution des peines « aux données du monde moderne ». Les séjours au « mitard » ne peuvent plus excéder 45 jours, les punitions collectives sont prohibées, tout comme les privations de visite ou de correspondance. L'obligation de silence, peu respectée, est abolie.
En novembre 1972, des détenus et d'anciens détenus fondent le comité d'action des prisonniers (CAP), qui ne cesse de dénoncer les conditions de détention, réclame la liberté d'information, les parloirs sans séparation, l'abandon du costume pénal et des quartiers de haute sécurité. Ce mouvement revendicatif, qui a recours aux grèves de la faim, aux refus de travail et à l'occupation des toits, se poursuit en 1973 et atteint son paroxysme en juillet et août 1974. Les prisonniers qui avaient espéré des libérations nombreuses à l'occasion du premier 14 juillet du président de la République fraîchement élu Valéry Giscard d'Estaing, sont déçus.
La mutinerie du 25 juillet
La maison centrale de Loos est alors une « prison-école » qui accueille de jeunes condamnés de moins de 30 ans. Elle est sous tension depuis le dimanche 21 juillet. Les détenus veulent « faire comme les autres ». À 14 heures, le jeudi 25 juillet, soixante détenus refusent de réintégrer leur cellule. Ils se répandent dans l'établissement car ils ont subtilisé des clés à des surveillants, sans cependant les retenir en otages. Ils ouvrent les portes des cellules à leurs camarades puis incendient la salle de cinéma, le cabinet médical et la lingerie. Une quinzaine d'entre eux gagnent le toit qu'ils saccagent, ce qui attise encore les brasiers notamment dans les différents ateliers (forge, mécanique automobile, électricité, cartonnages, etc.). Cette mutinerie se déclenche donc de façon impromptue sans qu'il y ait eu une quelconque négociation avec les autorités tant de manière préventive qu'au moment des événements.
Dès leur arrivée, la centaine de sapeurs-pompiers essuient des jets de projectiles et ne peut attaquer l'incendie qu'à partir de la cour d'honneur de l'établissement, protégée par de hautes grilles. À 16 heures, plus de quatre-vingts CRS donnent l'assaut, précédés d'un déluge de gaz lacrymogènes. Bilan : cinq agents de la force publique blessés, trois du côté des détenus. Un quart d'heure plus tard, les toits sont vidés de leurs occupants. à 16 h 30 les mutins décident de se rendre, laissant la place aux pompiers.
L'appel est fait parmi les 400 détenus de l'établissement massés dans une cour de promenade. Les 285 plus dangereux sont regroupés sur le terrain de sport. La plupart d'entre eux sont encore armés de gourdins de fortune. Une centaine de fantassins du 43e régiment d'infanterie de Lille dressent des tentes, distribuent avec difficulté des rations aux mutins et installent des groupes électrogènes qui alimentent de puissants projecteurs. Une nuit à la belle étoile se prépare, avec les relèves qui s'enchaînent pour les policiers et les gendarmes. La tension est toujours palpable.
Le lendemain vendredi 26 juillet, à 16 h 15, 250 policiers donnent un nouvel assaut à 85 mutins qui s'étaient barricadés. Ils sont rapidement maîtrisés et évacués un à un. À 18 h 20, les quatre autocars du service national des transferts de Fresnes transportent quelque 120 détenus sur la maison d'arrêt d'Évreux dont les 80 occupants avaient été déplacés sur la maison d'arrêt de Rouen.
Le samedi est calme pour les 170 détenus restant qui sont abrités dans l'aile ouest de l'établissement, partie qui a le moins souffert. Les dégâts sont très importants : l'estimation s'élève à plus de dix millions de francs. L'ensemble de la toiture a été détruite et les incendies ont dévasté la quasi-totalité de l'établissement. Seul le pavillon d'amélioration, où les détenus sont affectés avant leur libération, a été épargné car ses locataires n'ont pas participé à l'émeute. D'ailleurs, une vingtaine d'entre eux a été libérée de façon anticipée.
Un malaise persistant
Le vendredi 26 juillet vers 21 heures, par solidarité, une partie des 700 détenus de la maison d'arrêt font du tapage et enflamment des couvertures et des draps qu'ils passent à travers les barreaux. La réaction de l'administration ne se fait pas attendre : à 22 heures, les foyers d'incendie sont éteints par les pompiers encore postés sur le domaine pénitentiaire alors que les meneurs des troubles sont placés à l'isolement. Six détenus qui avaient été transférés sur la maison centrale le matin même sont réintégrés dans la soirée à la maison d'arrêt, ce qui démontre que le calme n'est pas encore revenu à la maison centrale.
Le malaise de la population pénale est le révélateur d'un malaise plus global qui concerne l'ensemble de l'institution pénitentiaire. Il se manifeste le 30 juillet par un communiqué des personnels, suivi dès le lendemain, par un mouvement de grève de 48 heures. Ce mouvement n'est pas anodin puisqu'il touche le fonctionnement de l'établissement : toutes les entrées et les sorties sont empêchées, les parloirs sont suspendus, ce qui ne manque pas d'accroître la tension. Seuls les avocats et les huissiers sont autorisés à pénétrer dans l'enceinte. L'audience de la 6e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Lille du 2 août 1974 ne peut avoir lieu car les prévenus placés en détention à Loos qui devaient être jugés n'ont pu être extraits. Les revendications concernent essentiellement le manque de personnels. Sur les trois derniers mois, ceux-ci n'ont pu bénéficier que de repos hebdomadaires alors même que les heures supplémentaires ne sont pas payées. Il est également souhaité une revalorisation salariale. Enfin, au-delà de ces revendications « catégorielles », les agents demandent aussi des conditions de détention plus humaines et une véritable politique de réinsertion. Le travail reprend progressivement à compter du 3 août.
Une journée « portes ouvertes » à la maison centrale est organisée le 5 août sur une idée du député maire de Lomme, président de la communauté urbaine de Lille, Arthur Notebart, en réaction à la mutinerie. Cette idée fut approuvée en haut lieu puisque le ministre de l'intérieur Michel Poniatowski, selon son porte-parole, avait demandé au préfet du Nord d'ouvrir la maison centrale au public, « afin que celui-ci [le public] se rende compte des dégâts commis par les prisonniers ».
À l'occasion de la mutinerie, un magistrat devait être sanctionné. Le substitut Menez, chargé de l'exécution des peines, s'était rendu sur les lieux avec l'intention d'entamer le dialogue avec les détenus afin de les calmer. Il avait déjà réalisé ce genre d'action en 1973 et en avait été félicité. Le magistrat est témoin d'une scène de violence au cours de laquelle un CRS aurait matraqué gratuitement un détenu puis projeté ce dernier dans l'escalier. Le substitut demande alors au commissaire Andréis, présent sur les lieux, d'éviter toute violence inutile. Mais le commissaire considère que le magistrat entrave le bon déroulement du rétablissement de l'ordre : il lui aurait demandé de le laisser faire son travail et de quitter les lieux en le molestant vigoureusement. Le procureur général près la cour d'appel de Douai prend alors la décision d'interdire provisoirement au substitut Menez de fréquenter les juridictions de sa compétence.
L'heure de la réforme
Pour apaiser les tensions, le président de la république visite les prisons de Lyon le 10 août 1974 : il accorde une poignée de main à un détenu et déclare que « la prison doit être la privation de liberté et rien d'autre ». L'heure semble donc à la réforme et à l'humanisation des détentions. Est créé un secrétariat d'état à la condition pénitentiaire, confié au docteur Hélène Dorlhac. À partir de septembre 1974, la mise en œuvre des orientations prises par le gouvernement s'effectue sous la houlette du nouveau directeur de l'administration pénitentiaire nommé le 6 septembre, Jacques Mégret. Ce conseiller d'état sait allier libéralisme et compréhension intelligente de la situation.
C'est au garde des Sceaux Jean Lecanuet qu'il va revenir de mettre en œuvre « la réforme pénitentiaire de 1975 », qui crée à côté des maisons centrales où la discipline reste sévère, des centres de détention où sont accueillis les détenus qui présentent les meilleurs gages de réinsertion. Cette réforme consiste dans une succession de textes législatifs et réglementaires édictés entre l'été 1974 et l'été 1975 (voir sur criminocorpus le décret du 23 mai 1975). Elle s'articule autour de 3 axes :
- amélioration et libéralisation des conditions de détention ;
- assouplissement des mesures d'aménagement d'exécution de la peine ;
- redéfinition des établissements pour peine en 3 catégories (centres de détention à régime libéral, maisons centrales conservant le régime antérieur, quartiers ou établissements de sécurité renforcée). Les établissements à régime progressif sont normalisés.
La réforme procède également à un nouvel alignement de la protection sociale des détenus et de leur famille sur le droit commun. D'une façon générale, il s'agit de limiter les effets stigmatisants et désocialisants de l'incarcération, en particulier sur le marché du travail et dans la sphère familiale.
De même, la condition des personnels est revue par des aménagements successifs, jusqu'à la publication de nouveaux statuts en 1977. L'innovation la plus marquante est l'ouverture au recrutement extérieur du concours pour l'accès au grade de sous-directeur. Pour le reste, il s'agit davantage d'une harmonisation des règles de fonctionnement et d'un alignement des déroulements de carrière sur la fonction publique de statut commun. Parallèlement, la durée de la formation initiale des personnels de surveillance est allongée tandis qu'un dispositif de recrutement offensif - dans un contexte de crise économique - accroît le nombre des candidats aux concours.
Mais, dès 1975, une campagne de presse s'engage contre l'un des effets les plus voyants de la réforme : les permissions de sortie que les juges de l'application des peines accorderaient trop généreusement. Le ministre de l'intérieur met publiquement en cause la clémence des juges et dénonce les « prisons quatre étoiles ». Les dirigeants de l'administration pénitentiaire se trouvent sous le coup de deux critiques : pour certains, leur attitude est jugée trop libérale, pour d'autres trop sévère du fait de l'existence de quartiers de sécurité renforcée (dits QHS).
Au discours libéral du début du septennat de Valéry Giscard d'Estaing succède progressivement un discours gouvernemental d'ordre public. La politique pénale se raidit alors à nouveau. Jean Lecanuet, qui a donné son nom à une réforme visant à améliorer les conditions de détention, les régimes de visite et la rémunération des détenus, est pourtant, paradoxalement, l'initiateur dans le même temps d'une politique sécuritaire qui vient compléter la classification des détenus établie en 1967 : le régime progressif est abandonné au profit d'un reclassement des détenus dans différentes prisons suivant leur capacité à se réinsérer et leur dangerosité.
Article publié sur criminocorpus.org
Carcassonne a fait la une, et pour cause : le maire Rassemblement national Christophe Barthès a mis fin, le 30 avril, à la mise à disposition des locaux de la Bourse du travail à la CGT, la CFDT, Solidaires et la FSU, au motif que ces organisations auraient « profité trop longtemps des largesses des contribuables » — la vérité étant qu’elles avaient eu le tort de manifester contre son élection. Un commissaire de justice est venu constater l’occupation des lieux le 1er juin, et le maire en est réduit, en plein conseil municipal, à asperger d’eau les syndicalistes venus protester.
Mais il serait faux — et politiquement désarmant— de n’y voir que l’irruption de l’extrême droite dans un paysage jusque-là paisible. L’offensive contre les Bourses du travail a commencé au début des années 2000, et elle a d’abord été conduite par des municipalités de droite ordinaire, parfois de gauche : instauration de loyers et de conventions d’occupation payantes là où la gratuité était la règle depuis un siècle, relogement des unions locales dans des « maisons des syndicats » excentrées et fonctionnelles, revente ou reconversion commerciale des bâtiments historiques. [lire la suite]
cnt_so_com_bourses_travail_juillet2026TéléchargerLa CNT-SO s’associe à cette tribune unitaire initiée par l’intersyndicale du ministère du travail, en soutien à Pierre et Benoît, deux inspecteurs du Travail, victimes de répression anti-syndicale; et pour des moyens, des effectifs, un véritable plan d’urgence à la hauteur des besoins de ce service public essentiel qu’est l’inspection du travail.
La CNT-SO s'associe à la tribune intersyndicale unitaire en défense de l'Indpection du Travail
— CNT-Solidarité Ouvrière (@cnt-so.bsky.social) 2026-07-24T07:02:16.157Zblogs.mediapart.fr/les-invite-e…
Depuis de nombreuses années, les services de l’inspection du travail sont mis sous tension. Un rapport récent du cabinet indépendant APTEIS a dressé un tableau alarmant des services du ministère du Travail et de l’Emploi, en particulier ceux de l’inspection du travail.
Depuis 2017, 20 % des postes d’inspection du travail ont été supprimés et les effectifs des fonctions d’appui ont été réduits drastiquement. À ce jour, il reste moins de 1 800 agent·es de contrôle pour 21 millions de salarié·es. La mise sous pression managériale a été privilégiée au détriment de l’appui aux fonctions de contrôle : en lien avec des plans de communication sans moyens augmentés, les ministres du Travail successifs fixent des objectifs chiffrés, le plus souvent sans rapport avec les besoins du terrain et les demandes d’intervention des travailleur·euses ou de leurs représentant·es.
Le rapport fait également état d’une intensification et d’une complexification généralisées du travail, qui ont pour conséquence une explosion des risques psychosociaux.
Dans le même temps, la réforme « OTE » de 2021 (Organisation territoriale de l’État) a renforcé le pouvoir des préfets, plaçant l’ensemble de la hiérarchie locale de l’inspection du travail (DDEETS et DREETS) sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, dont dépend désormais l’ensemble des moyens de fonctionnement de l’inspection du travail. Cette situation de tutelle préfectorale rend de plus en plus illusoire la garantie d’indépendance des services de l’inspection du travail exigée par la Convention n° 81 de l’OIT ratifiée par la France.
Dans ce contexte, ce qui s’est joué autour de la défense du 1er mai, seul jour « super férié » (c’est-à-dire férié et chômé) est édifiant. Malgré les attaques dont il a fait l’objet, les règles particulières protégeant le 1er mai n’avaient pas changé. Le gouvernement a pourtant fortement suggéré aux agent·es de contrôle d’anticiper une hypothétique évolution réglementaire, fait tout à fait inédit.
Plus grave encore en termes de respect de l’État de droit et du principe de séparation des pouvoirs, le même gouvernement, par la voix du Premier ministre, a invité les représentants patronaux des boulangeries et des fleuristes à déroger à la loi existante, leur assurant une tolérance des services de contrôle. Dans certains départements, comme en Isère, des directions zélées sont allées jusqu’à tenter d’empêcher les inspecteurs et inspectrices du travail de mener à bien des contrôles.
Le Premier ministre s’est même autorisé à appeler un boulanger ayant fait l’objet d’un contrôle pour l’assurer qu’aucune amende ne serait prononcée. La délinquance patronale a donc été encouragée puis légitimée, le tout en décrédibilisant l’action de l’inspection du travail.
Dans ce même département, deux inspecteurs du travail ont été convoqués le 4 mai 2026 par la police pour des faits supposés de « harcèlement moral », convocation faisant suite à un signalement ancien de leur direction et une plainte de leur supérieure hiérarchique, dans un contexte d’intense dégradation des conditions de travail qu’ils ont maintes fois dénoncée en tant que représentants syndicaux des agent·es.
Il s’agissait donc clairement d’une procédure-bâillon et de représailles. Le procureur de la République de Grenoble ne s’y est pas trompé et a très rapidement classé sans suite cette plainte de la hiérarchie. Pourtant, manifestement déterminé à mettre au pas l’inspection du travail, le ministère du Travail a immédiatement engagé des poursuites disciplinaires contre les deux inspecteurs, à qui il est reproché de s’exprimer afin d’obtenir des conditions de travail dignes au ministère du Travail, ou de refuser de participer à des contrôles concernant la lutte contre le narcotrafic.
Ces inspecteurs dénoncent l’impossibilité de mener à bien leur mission essentielle : la protection des travailleur·euses. C’est bien cela qu’on veut leur faire payer avec ces procédures-bâillons.
Nous ne nous y trompons pas : depuis la loi Travail de 2016 et les ordonnances Macron en 2017, qui avaient déjà entaillé très sérieusement la représentation du personnel dans les entreprises et rouvert la boîte de Pandore des possibilités de dérogations à la loi, le sabotage des droits des travailleur·euses continue. En s’attaquant à ses représentants syndicaux, le ministère du Travail veut mettre au pas l’inspection du travail, une des dernières digues de protection des droits des travailleur·euses.
Alors que la hausse inquiétante des accidents mortels du travail (plus de deux travailleurs décèdent au travail chaque jour) devrait obliger le gouvernement à engager une réelle politique de prévention des risques pour la santé au travail (notamment par un renforcement des effectifs de contrôle), et rétablir une réglementation plus protectrice et préventive (rétablissement des CHSCT en particulier), il ne trouve rien de plus urgent que de s’acharner sur deux agents de l’inspection, dans l’objectif clair d’envoyer un message de mise au pas à tous les agent·es de ce corps de contrôle.
Nous demandons que cesse le harcèlement judiciaire et disciplinaire à l’encontre de Pierre et Benoît, à commencer par l’abandon des procédures disciplinaires engagées. La réponse aux revendications et aux luttes des agent·es de l’inspection du travail ne peut en aucun cas être la répression syndicale. Nous demandons des moyens, des effectifs, un véritable plan d’urgence à la hauteur des besoins de ce service public essentiel qu’est l’inspection du travail.
Sophie BINET, secrétaire générale de la CGT
Caroline CHEVÉ, secrétaire générale de la FSU
Julie FERRUA et Murielle GUILBERT, co-déléguées générales de l’Union syndicale Solidaires
Julien HUARD, secrétaire confédéral de la CNT-SO
Nathalie SALA, secrétaire confédérale de la CNT
Stéphane MAUGENDRE, président du Syndicat des avocats de France
Manon LEFEBVRE, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature
Nathalie TEHIO, présidente de la Ligue des Droits Humains
Youlie YAMAMOTO, porte-parole d’Attac France
Benoît HAMON, président d’ESS FRANCE
Virginie DUPEYROUX, porte-parole de Ban Asbestos France
Caroline MORIO, Marion SEFIDARI et Lauriane THEULLIER, co-présidentes de l’AVFT
Marie PLA, porte-parole du collectif Nos services publics
Manon AUBRY, députée européenne LFI et présidente du groupe de La Gauche (GUE/NGL) au Parlement européen
Mathilde PANOT, députée du Val-de-Marne et présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale
Boris VALLAUD, député des Landes et président du groupe socialistes et apparentés à l’Assemblée nationale
Cyrielle CHATELAIN, députée de l’Isère et présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale
Stéphane PEU, député de Seine-Saint-Denis et président du groupe parlementaire Gauche Démocrate et Républicaine à l’Assemblée nationale
Guillaume GONTARD, sénateur de l’Isère et président du groupe Écologiste – Solidarités et Territoires au Sénat
Nathalie ARTHAUD, porte-parole de Lutte ouvrière
Olivier BESANCENOT, Christine POUPIN et Philippe POUTOU, porte-paroles du NPA-A
Gaël QUIRANTE, porte-parole du NPA-R
Anasse KAZIB, porte-parole de Révolution permanente
Gérard FILOCHE, ancien inspecteur du travail et secrétaire national de L’Après
Anthony SMITH, député européen LFI et inspecteur du travail
Danièle LINHART, sociologue
Annie THEBAUD-MONY, sociologue du travail et de la santé, présidente de l’association Henri Pézerat
Thomas COUTROT, économiste, chercheur associé à l’Ires
Emmanuel DOCKES, professeur en droit du travail, Université Lyon 2
Pierre-Emmanuel BARRE, humoriste
Bruno GACCIO, auteur
Guillaume MEURICE, humoriste
Nadège ABOMANGOLI, députée LFI de Seine-Saint-Denis
Sylvie AEBISCHER, co-secrétaire générale UFSE CGT
Sarah-Loëlia AKNIN, secrétaire nationale de SUD TAS
Jean-Christophe ANGAUT, philosophe, École normale supérieure de Lyon
Christine ARRIGHI, députée Les Écologistes de Haute-Garonne
Caroline AUDRIC, secrétaire de l’Union Locale du Grand Grenoble
Clémentine AUTAIN, députée L’Après de Seine-Saint-Denis
Léa BALAGE EL MARIKY, députée Les Écologistes de Paris
Marie BARDIAUX-VAÏENTE, autrice et historienne
Sébastien BARLES, coordinateur des Verts Populaires
Louis-Marie BARNIER, sociologue du travail
Stéphane BAROZ, co-secrétaire du syndicat Solidarité cordiste SYSOCO
Lisa BELLUCO, députée Les Écologistes de la Vienne
Anaïs BELOUASSA CHERIFI, députée LFI du Rhône
Guy BENARROCHE, sénateur Les Écologistes des Bouches-du-Rhône
François BENOIT-MARQUIÉ, coordinateur des Verts Populaires
Nicolas BENOIT, secrétaire de l’UD CGT de l’Isère
Guillaume BERGER, secrétaire fédéral CNT-PTT
Alain BIHR, professeur honoraire de sociologie, Université de Franche-Comté
Caroline BLANCHOT, Secrétaire générale de l’Ugict-CGT
Nicolas BONNET, député Les Écologistes du Puy-de-Dôme
Arnaud BONNET, député Les Écologistes de Seine-et-Marne
Laurent BOSAL, secrétaire fédéral de la CNT-TEFP
Pierre-Yves CADALEN, député LFI du Finistère
Damien CARÊME, député européen LFI
Cédric CAUBERT, secrétaire de l’UD CGT de Haute-Garonne
Béranger CERNON, député LFI de l’Essonne
Leïla CHAIBI, députée européenne LFI
Linda CHEKALIL, secrétaire générale, Pour UL CGT Gennevilliers /villeneuve la garenne
Antoine CHUZEVILLE, co-secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ)
Lucie CLAMENS, secrétaire générale UL CGT de Gennevilliers /Villeneuve la Garenne
Cécile CLAMME, secrétaire générale CGT Travail Emploi Formation professionnelle
François CLERC, ex-responsable confédéral CGT sur les discriminations
Hadrien CLOUET, député LFI de Haute-Garonne
Sergio CORONADO, coordinateur des Verts Populaires
Manuel COULLET, secrétaire départemental SUD SDIS 38 et Secrétaire national SUD SDIS
Hugo DAILLAN, coordinateur des Verts Populaires
Hendrik DAVI, député L’Après des Bouches-du-Rhône
Daniel DEHENNIN, secrétaire CNT Culture Education Santé Sociale 21
Christophe DELECOURT, co-secrétaire général UFSE CGT
Michael DUC, secrétaire SUD Commerce et Service Rhône Alpes Auvergne
Cédric DURAND, économiste
Patrick FARBIAZ, coordinateur des verts populaires
Éric FASSIN, sociologue, Université Paris 8
Olivier FAURE, député PS de Seine-et-Marne
Laurent FEISTHAUER, secrétaire général de l’UD CGT du Bas Rhin
Mathilde FELD, députée LFI de la Gironde
Emmanuel FERNANDES, député LFI du Bas-Rhin
Jacques FERNIQUE, sénateur Les Écologistes du Bas-Rhin
Claire FLECHER, maîtresse de conférences en sociologie à l’Institut d’Etudes du travail de Lyon (IETL), Université Lyon 2
Emma FOURREAU, députée européenne LFI
Perceval GAILLARD, député LFI-Rézistan’s Égalité 974 de La Réunion
Jean-Jacques GANDINI, avocat honoraire, ancien président national du Syndicat des Avocats de France
Margot GARAY, CNT Stics 38 (industrie, commerce et service)
Marie-Charlotte GARIN, députée Les Écologistes du Rhône
Fabien GAY, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis et Directeur de l’Humanité
Philippe GILLIG, maître de conférences HDR en économie, Université de Strasbourg
Jérémie GIONO, secrétaire départemental du PCF de l’Isère
Damien GIRARD, député Les Écologistes du Morbihan
Jérôme GLEIZES, coordinateur des Verts Populaires
Angélique GROSMAIRE, secrétaire générale de la Fédération SUD PTT
Steevy GUSTAVE, député Les Écologistes de l’Essonne
Hélène HERNANDEZ, émission Femmes libres sur Radio libertaire
Catherine HERVIEU, députée Les Écologistes de la Côte-d’Or
Ken IWASAKI GARCIA, coordinateur des Verts Populaires
Nicolas JOUNIN, sociologue, Université Paris 8
Lucie JUBERT-TOMASSO, maîtresse de conférences en droit privé, Université de Rennes
Salah KELTOUMI, CGT Stellantis Mulhouse
Andy KERBAT, député LFI de Loire-Atlantique
Aurore KESSAÏ, membre du Conseil syndical ASSO-Solidaires
Maxime KIEFFER, syndicat CGT des Cheminots de Strasbourg
Annie LAHMER, conseillère régionale Les Écologistes d’Île-de-France
Maxime LAISNEY, député LFI de Seine-et-Marne
Fleur LARONZE, maîtresse de conférences HDR en droit social, Université de Strasbourg
Agathe LE BERDER, secrétaire générale adjointe de l’Ugict-CGT
Aurélien LE COQ, député LFI du Nord
Arnaud LE GALL, député LFI du Val-d’Oise
Kevin LE TÉTOUR et Coline WIATROWSKI, co-secrétaires fédéraux SUD éducation
Élise LEBOUCHER, députée LFI de la Sarthe
Claire LEJEUNE, députée LFI de l’Essonne
Christian MAHIEUX, co-secrétaire de l’Union nationale interprofessionnelle des retraité.es Solidaires
Anne MARCHAND, sociologue santé au travail du GISCOP93
Elisa MARTIN, députée LFI de l’Isère
Xavier MATHIEU, comédien et ex porte-parole de la CGT continentale
Philippe MEIRIEU, professeur honoraire en Sciences de l’éducation, Université Lyon 2
Akli MELLOULI, sénateur Les Écologistes du Val-de-Marne
Jean-Pierre MERCIER, SUD Stellantis Poissy
Marina MESURE, députée européenne LFI
Émile MEUNIER, coordinateur des Verts Populaires
Julia MIGNACCA, coordonnatrice des Verts Populaires
Grégory MIOLINA, co-président de l’association des Cordistes en colères solidaires
Bénédicte MONVILLE, coordonnatrice des Verts Populaires
Sandrine NOSBÉ, députée LFI de l’Isère
Isabelle PETERS, adjointe à la maire de Grenoble
Sébastien PEYTAVIE, député Génération·s de la Dordogne
Roland PFEFFERKORN, professeur émérite de sociologie
René PILATO, député LFI de la Charente
Éric PIOLLE, ancien maire de Grenoble
Marie POCHON, députée Les Écologistes de la Drôme
Raymonde PONCET-MONGE, sénatrice Les Écologistes du Rhône
Thomas PORTES, député LFI de Seine-Saint-Denis
Sandra REGOL, députée Les Écologistes du Bas-Rhin
Sandrine ROUSSEAU, députée Les Écologistes de Paris
Fabien ROUSSEL, maire de Saint-Armand-les-Eaux
Laurence RUFFIN, maire de Grenoble
Aurélien SAINTOUL, député LFI des Hauts-de-Seine
Daniel SALMON, sénateur Les Écologistes d’Ille-et-Vilaine
Eva SAS, députée Les Écologistes de Paris
Jérôme SCHMITT, porte-parole de la fédération SUD Energie
Sabrina SEBAIHI, députée Les Écologistes des Hauts-de-Seine
Delphine SERRA, co-secrétaire de l’Union syndicale Solidaires 38
Ariel SEVILLA, maître de conférence en sociologie, Université Reims Champagne Ardennes
Danielle SIMONNET, députée L’Après de Paris
Clémence SOUCHET, psychologue du travail et des organisations.
Ersilia SOUDAIS, députée LFI de Seine-et-Marne
Anne STAMBACH-TERRENOIR, députée LFI de Haute-Garonne
Sophie TAILLÉ-POLIAN, députée Génération·s du Val-de-Marne
Boris TAVERNIER, député Les Écologistes du Rhône
Tiphaine TRIJOULET, co-porte-parole du syndicat Solidaires Jeunesse et Sports
Julien TROCCAZ, secrétaire fédéral SUD Rail
Aurélie TROUVÉ, députée LFI de Seine-Saint-Denis
Bastien VASSEUR, secrétaire national SUD Chimie
Arnaud VOSSIER, secrétaire de Sud PTT Isère-Savoie
Omar YAQOOB, maire LFI de Creil
coucou,
avant notre pause estivale et pour finir notre saison radiophonique, on a amené des bouts de créations sonores et autres sons que nous découvrons ensemble sur le plateau…
on vous invite à déambuler avec nous entre ces propositions et temporalités différentes autour de thématiques telle que où et comment randonner, la canicule et+, des mots fléchés ou encore une surprise pour déranger… 🙂
Hollyweird aja monet /the color of rain (2026)le tout entrecoupé de musiques bien sur :
aja monet – hollyweird
grâce et volupté vanvan – passer l'orage
queen omega – thunder storm
ppj – tem carnaval
L'illustration est tirée de la bd « le petit monde de liz – surprise ! » de liz climo
bonne écoute…, les ondes ventilées et fraîches au possible sur vous !
à la saison prochaine – on se retrouve à l'automne
Voir en ligne : le lien pour télécharger l'émission (clic droit sur enregistrer sous)Quand ?
Le 8 septembre à 19h30
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Frédéric Gruet est co-auteur de "Et si ce n'était pas le climat ? : La biodiversité, le combat pour changer le monde", publié chez Edisens en 2025.
Tatiana Giraud est co-autrice de "La biodiversité en infographies. L'urgence du vivant : Comprendre pour agir", publié chez Tana éditions en 2026.
Quand ?
Le 9 septembre à 19h
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Jadd Hilal est écrivain. Son premier roman "Des ailes au loin" a remporté de nombreux prix. "Ici commence la terre" est son quatrième roman aux éditions Elyzad. Rencontre et discussion.
En 1948, Aïda et sa famille sont contraints de quitter leur village de Palestine. Commence l'exil : le camp de Baalbek, puis Beyrouth.
Comment recréer les liens perdus quand son mari s'éloigne ? Quand le quartier lui demeure étranger ? Quand la solitude est telle que ses enfants se voient obligés de s'occuper d'elle, au prix de leurs libertés ?
Puis vient la guerre civile au Liban, la peur, la faim et la violence s'installent. À chaque nouveau massacre de Palestiniens, Aïda se replie davantage dans son appartement. La famille se brise : les enfants s'exilent pour fuir la guerre, et pour lui échapper.
Aïda rejoindra sa fille à Paris. En racontant la Palestine à son petit-fils Adib, elle se surprend à transmettre autre chose que la douleur. Elle ne transmet plus l'exil, mais une terre.
Quand ?
Le 11 septembre à 19h
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Julia Legrand est sociologue. "L'éternel retour de l'hystérie" est son nouvel ouvrage publié aux éditions Amsterdam.
Retraçant la genèse de cette catégorie et l'histoire de sa consolidation, elle montre comment le développement de son usage comme injure sexiste dans le sens commun a abouti dans les années 1970 à sa suppression des classifications officielles, sans pour autant conduire à son abandon. En effet, les troubles borderline et histrioniques lui ont simplement été substitués, si bien qu'en pratique, l'étiquette demeure utilisée pour désigner une forme de « folie douce » et disqualifier la parole des femmes - quand bien même elle ne leur serait désormais plus accolée de manière exclusive.
Analysant ce que cette continuité révèle de l'état de la psychanalyse et de la psychiatrie, l'autrice interroge en outre la réappropriation de la figure de l'hystérique par les mouvements féministes, d'abord comme outil de lutte contre la réduction au silence et la pathologisation de colères politiques. Elle livre ainsi une réflexion originale sur les conditions et les limites d'une démarche plébiscitée dans les milieux militants : le retournement du stigmate.
Quand ?
Le 11 septembre à 19h
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Rencontre et discussion avec Julia Legrand autour de son livre "L'éternel retour de l'hystérie" aux éditions Amsterdam.
« Hystérique » est désormais une injure ; pourtant, l'usage du terme persiste dans le champ médical et psychologique. Telle est la curieuse situation dont Julia Legrand propose dans cet ouvrage d'éclairer les ressorts.
Retraçant la genèse de cette catégorie et l'histoire de sa consolidation, elle montre comment le développement de son usage comme injure sexiste dans le sens commun a abouti dans les années 1970 à sa suppression des classifications officielles, sans pour autant conduire à son abandon. En effet, les troubles borderline et histrioniques lui ont simplement été substitués, si bien qu'en pratique, l'étiquette demeure utilisée pour désigner une forme de « folie douce » et disqualifier la parole des femmes - quand bien même elle ne leur serait désormais plus accolée de manière exclusive.
Analysant ce que cette continuité révèle de l'état de la psychanalyse et de la psychiatrie, l'autrice interroge en outre la réappropriation de la figure de l'hystérique par les mouvements féministes, d'abord comme outil de lutte contre la réduction au silence et la pathologisation de colères politiques. Elle livre ainsi une réflexion originale sur les conditions et les limites d'une démarche plébiscitée dans les milieux militants : le retournement du stigmate.
Quand ?
Le 10 septembre à 19h30
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Avec la pensée cartésienne et le règne de la raison, la politique s'est construite sur des abstractions : indicateurs, agrégats, équations. C'est oublier que la conscience individuelle se forme d'abord dans l'expérience physique du monde. Or, si les sensations façonnent les jugements, les opinions et les émotions, elles façonnent aussi les décisions collectives. Des penseurs oubliés, comme Condillac, ont forgé ces thèses.
Comment donc penser le rôle des sensations au XXIe siècle ? Jamais nous n'avons été exposés à autant de stimuli, et jamais notre expérience sensible n'a été si appauvrie. D'un côté, des pollutions sans précédent bombardent notre système perceptif : niveaux sonores, pollution lumineuse, saturation des écrans. De l'autre, une anesthésie progressive efface la richesse du réel : les couleurs disparaissent, l'alimentation ultra-transformée détruit la finesse gustative, la nature recule jusqu'à n'être plus qu'un souvenir. Ces deux phénomènes se renforcent.
SUR INSCRIPTION : contact@librairieledelta.com
Quand ?
Le 9 septembre à 19h
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Rencontre - discussion autour du livre "Ici commence la terre" de Jadd Hilal aux éditions Elyzad.
En 1948, Aïda et sa famille sont contraints de quitter leur village de Palestine. Commence l'exil : le camp de Baalbek, puis Beyrouth.
Comment recréer les liens perdus quand son mari s'éloigne ? Quand le quartier lui demeure étranger ? Quand la solitude est telle que ses enfants se voient obligés de s'occuper d'elle, au prix de leurs libertés ?
Puis vient la guerre civile au Liban, la peur, la faim et la violence s'installent. À chaque nouveau massacre de Palestiniens, Aïda se replie davantage dans son appartement. La famille se brise : les enfants s'exilent pour fuir la guerre, et pour lui échapper.
Aïda rejoindra sa fille à Paris. En racontant la Palestine à son petit-fils Adib, elle se surprend à transmettre autre chose que la douleur. Elle ne transmet plus l'exil, mais une terre.