
Source :Compte X d'Éric Ciotti, 1er octobre 2026
Etiqe :Inconstitutionnel
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En réaction aux blocages de lycées, Éric Ciotti, président de l’UDR, demande que les parents des auteurs des violences prennent en charge les réparations et propose des sanctions concernant certaines prestations sociales, jusqu’au retrait du logement social.
Une proposition qui fait écho à celle d’Éric Zemmour visant les élèves responsables de harcèlement. Mais supprimer les aides sociales d’une famille pour sanctionner le comportement d’un enfant est contraire à la Constitution.
Un jugement préalable indispensable
La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui constituent un délit (article 322-1 du Code pénal). C’est donc bien l’élève lui-même qu’il faut identifier et poursuivre pour le faire condamner par la juridiction des mineurs.
Pour supprimer les allocations bénéficiant à la famille, il faudrait ensuite aviser la caisse d’allocations familiales de cette condamnation. Ce partage d’information se heurte à la protection de la vie privée, d’autant que la justice pénale des mineurs obéit à des règles de publicité restreinte destinées à préserver leur relèvement éducatif.
C’est un premier obstacle, mais il y en a un autre bien plus haut à franchir.
Une sanction collective inconstitutionnelle
Supprimer des allocations en raison d’un comportement constitue une sanction. Or, toute sanction est soumise, même si elle est prononcée par l’administration, aux exigences de l’article 8 de la Déclaration de 1789, comme le rappelle le Conseil constitutionnel. De cet article 8, le Conseil déduit que nul n’est punissable que de son propre fait, principe, d’ailleurs repris par l’article 121-1 du Code pénal. La sanction collective en raison d’un fait individuel est donc contraire à la Constitution.
Priver une famille de ses allocations en raison du comportement d’un enfant revient à frapper des parents qui n’ont commis aucune faute, ainsi que des frères et sœurs étrangers aux faits. Une suppression automatique de l’allocation méconnaîtrait en outre les principes de proportionnalité et d’individualisation des peines, qui découlent du même article 8.
Les allocations sociales sont indépendantes du comportement de l’enfant
Les prestations familiales relèvent de la solidarité nationale, que l’alinéa 10 du Préambule de 1946 rattache au devoir de la Nation d’assurer à la famille les conditions nécessaires à son développement. Elles dépendent de la résidence en France et sont versées à la personne qui assume la charge effective et permanente de l’enfant, sans égard à son comportement. Seule l’incarcération ou le placement de l’enfant pourrait justifier la suppression d’une allocation, mais il ne s’agit pas d’une sanction des parents : simplement, l’enfant étant placé ou incarcéré, il n’est plus à la charge des parents, le temps que dure cette mesure.
Possible de faire payer les parents pour les dégâts
Là où le maire de Nice n’a pas tort en droit, c’est sur la possibilité de faire payer les dommages causés par leurs enfants aux parents. Les parents sont responsables civilement de plein droit des dommages causés par leur enfant mineur (article 1242 du Code civil), et la région propriétaire du lycée peut leur réclamer réparation devant le juge. La difficulté tient dans le fait qu’un élève agit rarement seul et qu’il faut donc partager la charge d’indemnisation entre tous les parents d’élèves responsables.
Les parents peuvent aussi être poursuivis pour leur propre faute s’ils manquent à leurs obligations éducatives (article 371-1 du Code civil et article 227-17 du Code pénal).
Le gouvernement choisit une autre voie
En pleine actualité de colère sociale, le gouvernement a accéléré l’examen de son projet de loi relatif à la réparation des dommages résultant de violences ou de dégradations commises dans l’espace public, dit « casseur-payeur ». Son article 4 permettrait de saisir les allocations familiales et les aides au logement, aujourd’hui en principe insaisissables, pour recouvrer des dommages et intérêts fixés par une condamnation définitive.
Cela vaudrait aussi pour les condamnations pénales prononcées contre un enfant mineur, et dont les parents sont tenus de répondre financièrement si le juge décide en plus d’indemniser la victime.
Les prestations ne seraient ni suspendues ni supprimées car la Constitution l’interdit, comme nous l’avons dit. Elles serviraient à payer une dette fixée par un juge, avec des retenues calculées pour préserver un reste à vivre. Dans son avis du 3 septembre 2026, le Conseil d’État a validé ce mécanisme.
Le gouvernement ferait ainsi payer les réparations en saisissant les allocations, tandis qu’Éric Ciotti, lui, veut supprimer les allocations à titre de sanction : c’est toute la différence.
Le projet de loi doit être examiné par le Sénat début octobre.
Auteurs :
Auteur : Guillaume Baticle, journaliste, doctorant en droit public à l’université de Poitiers
Relecteur : Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’université Paris-Saclay
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Guillaume Baticle, journaliste, doctorant en droit public à l’université de Poitiers
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