Au bord de la liquidation du fait de son endettement, le trimestriel imprimé dédié aux luttes écologiques a finalement été cédé au media en ligne StreetPress, qui détaille la forme de cette nouvelle version plus axée numérique que papier.
Lancé fin 2024 par l'équipe historique de Socialter, le magazine des luttes écologiques Fracas avait disparu des kiosques et librairies depuis son dernier numéro trimestriel de l'hiver 2026. Mi-septembre, son ex-directeur de publication a finalement donné des nouvelles publiques du média : après avoir « évité le naufrage, […] Fracas bat donc désormais pavillon StreetPress », explique Clément Quintard, l'un de ses fondateurs, sur le réseau social Linkedin.
En mars dernier, informé du trépas imminent de la revue, Johan Weisz-Myara, fondateur et directeur de publication de StreetPress, contacte Clément Quintard. L'équipe du média en ligne « d'enquête et de culture urbaine » voit comme « un très mauvais signal » la fermeture d'un média indé « au moment où les titres d'extrême droite fleurissent », explique Johan Weisz-Myara. Et la ligne éditoriale radicale de Fracas sur l'écologie doit être préservée. Plutôt qu'un simple rachat, il s'agit donc plutôt d'une « relance » de la revue, avec plusieurs changements majeurs.
Interrogés par le Portail des médias indépendants, les responsables des deux médias révèlent les contours de ce nouveau Fracas estampillé StreetPress.
D'un commun accord, les équipes des deux rédactions ont convenu de conserver la forme du magazine imprimé pour cette prochaine version du média, tout en « réimprimant des numéros » déjà publiés. Autre héritage : le septième numéro de Fracas, « qu'on avait malgré tout bouclé, mais sans trésorerie pour l'imprimer », raconte Clément Quintard, a finalement été envoyé en numérique par e-mail le 30 septembre aux abonné·es.
En revanche, la revue ralentit son rythme de parution trimestriel, pour devenir, au mieux, biannuel : de « un à deux numéros papier par an », indique le patron de StreetPress. Le premier numéro du nouveau Fracas est prévu dès le « printemps 2027 ». Si certains articles y seront inédits, le reste sera diffusé via une nouvelle newsletter mensuelle, inaugurée dès ce 5 octobre. « Les gens pourront s'inscrire gratuitement pour recevoir des articles de Fracas », mis en ligne sur le site de StreetPress, « avec la logique de les diffuser le plus possible », complète Johan Weisz-Myara.
« La faiblesse, c'est que le journal papier seul, sur abonnement, […] fait que les sujets ne circulent pas beaucoup et qu'ils sont peu lus », argumente le directeur de StreetPress. Il annonce toutefois des projets de partenariats avec des maisons d'édition afin que les abonné·es au magazine « reçoivent des livres, dès publication, sur les thématiques traitées par Fracas ».
En écho au succès de StreetPress sur les réseaux sociaux et via ses newsletters (son infolettre « Faf », contre l'extrême droite, revendique environ 105.000 abonné.es), Johan Weisz-Myara assume de s'éloigner un peu du papier pour miser sur les forces actuelles du média en ligne, afin d'élargir le public de Fracas. Non sans prévoir de « vendre et défendre » les prochains exemplaires imprimés de la revue. La publication en ligne gratuite vise aussi à rendre le média plus « accessible » que sa seule version papier vendue 17,5 euros. Cela devrait également passer par l'organisation « d'événements Fracas » en France, sous forme de tables rondes, afin de créer du lien avec les lecteur·ices. Une autre corde à l'arc de StreetPress, qui organise régulièrement des rencontres hors de Paris.
Le tout, avec la bénédiction de l'équipe sortante. Clément Quintard, qui fait partie des trois cofondateur·ices de Fracas, se réjouit déjà que le projet ait une seconde vie alors qu'iels « allaient déposer la cessation de paiement qui actait que Fracas ne pouvait pas honorer toutes ses dettes ». Lancé avec assez de fonds « pour exister sur six numéros » trimestriels, le magazine imprimé est allé au bout de son objectif. Jusqu'au moment « où le nombre d'abonnés par prélèvement automatique et d'abonnés annuels », estimé à 1800 selon lui, « n'était pas suffisant pour subvenir aux besoins courants » d'une équipe en « sous-effectif ». « Si on avait eu 500 ou 600 abonnés de plus, on aurait pu tenir quelques mois supplémentaires. Il ne nous a pas manqué grand chose », regrette Clément Quintard, qui évoque une fin « à la fois douloureuse et dramatiquement banale ».
Après avoir annulé la liquidation du magazine et récupéré ses archives in extremis, les deux directeurs de publication s'accordent alors pour céder Fracas à StreetPress en contrepartie d'un montant inconnu qui aurait couvert notamment « les arriérés du média » et les frais d'avocats, mentionne Johan Weisz-Myara. Autres conditions de cette cession : les deux équipes se sont mises d'accord pour perpétuer la ligne éditoriale de Fracas, qui souhaite « ramener la question des luttes des classes dans l'écologie », rappelle Clément Quintard.
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Pour assurer la continuité du projet, StreetPress accepte aussi de réembaucher « la seule journaliste qui était salariée », Isma Le Dantec. Ce ne sera pas le cas des trois autres salarié·es, du fait d'un poste déjà occupé côté StreetPress et du choix des deux cofondateur·ices restant·es d'arrêter l'aventure. « Ça a été quand même hyper dur, surtout sur la fin, confie Clément Quintard.Mais pendant deux ans et demi, on a fait un peu le média de nos rêves. » L'ex-directeur de publication témoigne de « sa confiance en StreetPress pour la suite ». Fracas est mort, vive Fracas !