Ce qui se passe actuellement en France en terme de révoltes populaires est passionnant et beaucoup de gens dans d’autres pays nous regardent.Il semblerait qu’il y ait un potentiel révolutionnaire dans cette période.
Comment faire pour que cet élan ne s’essouffle pas, se renforce, se multiplie et s’étende ?
Pour que l’État ne puisse pas l’écraser et que les forces contre révolutionnaires, bourgeoises, réformistes ou autoritaires ne puissent pas le récupérer, et confisquer le pouvoir, comme ça a été le cas encore et encore au cours de l’Histoire ?
Déjà l’élan de la révolte pousse de plus en plus de gens à manifester, à faire grève, à bloquer, à occuper, à faire des assemblées, à tout faire pour élargir le mouvement et faire converger les forces.
Mais comment faire pour que cet élan tienne dans la durée, se perpétue, et devienne plus offensif et révolutionnaire ?
L’idée avancée dans ce texte (et qui n’est pas spécialement originale en vérité) est que pour cela il faudra que les assemblées qui se créent dans le mouvement se saisissent à bras le corps des questions de l’autonomie, de l’auto-organisation, sur notamment ce qui touche à la subsistance quotidienne du peuple révolutionnaire.
Auto-gérer l’auto-défense, par exemple comme les gens qui se sont organisés contre l’ICE aux Etats Unis
Auto-gérer la nourriture, par exemple en expropriant des supermarchés pour redistribuer la nourriture à celleux qui en ont besoin, en renforçant ou créant des réseaux de récup, en faisant des cantines ou en s’approvisionnant directement auprès de producteurs solidaires de la lutte
Auto-gérer les logements, par l’expropriation, les occupations, la redistribution, le partage, et en repensant comment on se loge, comment on habite, en sortant des carcans individualistes
Auto-gérer les soins, en ouvrant ou intégrant des lieux de soin communautaire, avec des soignants solidaires de la lutte révolutionnaire
Auto-gérer la communication, en faisant nos propres journaux, nos propres radios, nos propres internets (ou en ralliant à notre cause des medias, si tant est qu’ils soient réellement révolutionnaires et qu’ils sachent rester à leur place)
Auto-gérer les enfants et les personnes qui ont besoin de soin spécifiques ou d’assistance, en créant ou en intégrant dans la lutte des lieux dédiés à ça
Et ce ne sont que des pistes pour illustrer le propos, en vérité tout doit se décider entre les gens, en fonction des besoins réels, des capacités, réelles, des situations et des possibilités réelles.
Il faut déserter tout ce qui alimente le Capital et investir tout ce qui alimente le peuple révolutionnaire.
Déserter, ou réorienter les forces vers l’auto-organisation et l’autonomie.Si on a un travail qui fait sens, qui répond à des besoins réels des gens, pourquoi pas les mettre au service de la révolution, c’est à dire au service des gens, et non au service de l’argent et du pouvoir ?
On ne peut rien attendre de l’Etat et du Capital.
On peut tout attendre de l’auto-organisation, de l’entraide, de la solidarité.
On peut tout attendre de la révolution.
Il faut du courage et de l’insoumission (on en a)
Il faut s’organiser, réorganiser la vie, réinventer la manière dont on se lie les uns et les unes aux autres.
Recréer du sens, choisir nos valeurs réelles, se réapproprier nos vies, collectivement, élaborer ensemble de quoi on a réellement besoin et ce qu’on doit faire. Expérimenter, apprendre.
Et ça ne doit pas se faire chacun.e dans son coin.
Si on veut abattre ce système, les forces révolutionnaires doivent s’alimenter (au sens propre comme au figuré) et se relier les un.es aux autres, à l’intérieur de la France, mais aussi à l’international. On doit décupler nos forces, créer des infrastructures qui permettront au mouvement de tenir, créer des solidarités matérielles et concrètes partout où on peut. Créer un maillage avec ce qui existe déjà, s’associer là où on peut, dans le but d’avoir une puissance matérielle qui maintient la lutte et la conflictualité.Coordonner ces puissances matérielles et ces luttes.
C’est en se saisissant de ces enjeux qu’on réussira peut-être à faire ce que tant de gens avant nous n’ont pas réussi à faire, ou pas assez, parce qu’ils se sont fait écraser, trahir, déposséder, par la bourgeoisie, par des élites, par des partis, par des soit disant professionnels de la politique. On est pas obligé.es de se faire écraser, on est pas obligé.es de se faire déposséder. Mais pour devenirs plus fort.es et durer, il faudra probablement s’emparer de ces questions concrètes, de la vie, de la subsistance, de l’autonomie.
On est capables d’auto-organisation et d’autonomie. Le système nous a inculqué l’impuissance et la passivité politique, la dépendance, au point qu’on n’arrive même plus à imaginer quelque chose au delà. Mais en vérité, l’intelligence collective est très puissante, très capable. Il faut juste lui laisser l’occasion et le temps de s’élaborer, plutôt que de toujours confier notre destin à des soit disant experts politicards qui finissent toujours par nous trahir. Les gens seront toujours les mieux placés pour savoir ce dont ils ont besoin et ce qu’il faut faire.
Il faut s’en convaincre.