Lancé en accès libre il y a trois ans, le média Les e-novateurs prônait un journalisme gratuit pour être accessible à tous∙tes. Fin septembre, le site est pourtant passé à un modèle semi-payant. Derrière ce choix, sa cofondatrice évoque une « bataille » pour obtenir des dons et une évolution majeure du lectorat web.
Fin septembre, les lecteur∙ices du média en ligne Les e-novateurs ont peut-être eu la surprise de tomber sur une bannière inhabituelle sur ce site d'infos dédié au numérique éthique : pour la première fois, une bannière orangée annonçait que le contenu de certains articles était « réservé aux abonné∙es ». Un paywall (ou « péage de lecture numérique » en bon français) que l'on peut lever moyennant 5 euros par mois ou 2 euros par article.
Si de nombreux médias indés adoptent ce modèle payant, Les e-novateurs considérait, pour sa part, la gratuité comme un principe depuis sa création il y a trois ans. Et ce, afin de se tourner vers le grand public plutôt que vers les seul∙es spécialistes, « pour que chacun∙e comprenne ce qui se cache derrière nos écrans et découvre des solutions pour reprendre le contrôle sur sa vie numérique – même quand les fins de mois sont difficiles. » Qu'est-ce qui a changé ?
Questionnée sur ce choix par le Portail des médias indés, la cofondatrice Louise Pastouret évoque d'abord l'instabilité du modèle économique des E-novateurs. Auparavant, les articles gratuits rédigés par une dizaine de pigistes étaient financés par trois catégories de ressources : à 50 % par des interventions extérieures rémunérées (ateliers, conférences, éducation aux médias), à 30 % par des subventions d'appels à projets (versées pour financer des contenus journalistiques choisis dans le cadre d'un concours entre plusieurs médias sur un même thème) et à 20 % par des dons de fondations et de particulier∙es.
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Or, Louise Pastouret constate une « concurrence » de plus en plus rude entre médias associatifs pour obtenir ces dons, alors que les campagnes de communication du média pour les obtenir « mobilisent beaucoup de ressources humaines et d'énergie pour des résultats mitigés » de leur côté. « Dans un contexte global de chute des subventions, nous ne souhaitons pas mener la bataille sur ce plan-là », tranche celle qui est aussi codirectrice de publication.
Surtout, une petite musique commence à se faire entendre dans le monde des médias, note la cofondatrice : alors que les lecteur∙ices ont été habitués dès le début du web à accéder gratuitement à du journalisme, « c'est en train de changer », affirme Louise Pastouret.
« Ce qui est proposé gratuitement (articles, événements...) a peu de valeur aux yeux du public, alors que produire une information de qualité entraîne des coûts. En revanche, fixer un prix raisonnable pour accéder à un événement, un service ou un article est généralement bien accepté. »
Une « tendance » qu'elle constate par « la généralisation des paywalls sur les sites des médias français » et lors de ses multiples échanges en marge d'ateliers et de conférences sur le secteur des médias.
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Ce « signal positif » a donc convaincu Les e-novateurs de sauter le pas. Une partie de ses contenus sont maintenant réservés à son lectorat prêt à valoriser un journalisme « indépendant [...], l'absence de publicité ciblée ou omniprésente et la rémunération décente des journalistes ». Après trois ans d'existence, le média dédié au grand public mise désormais sur sa « petite visibilité dans le domaine du numérique responsable » afin de persuader ses lecteur∙ices professionnel∙les du secteur de financer la machine pour les autres.