
Source :Les Grandes Gueules, RMC, 28 septembre 2026
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Invité des Grandes Gueules sur RMC le 28 septembre, Olivier Faure a été interrogé sur la venue du pape Léon XIV à Paris. Les animateurs ont demandé au candidat à la primaire socialiste pour l’élection présidentielle ce qu’il pense des confessions organisées dans les rues parisiennes.
Le premier secrétaire du PS a répondu que « la rue n’est pas la place de la religion », et qu’« on ne peut pas expliquer aux Français de confession musulmane qu’il ne peut y avoir de prières de rue et autoriser des prières de rue pour les catholiques ».
Mais ce que dit Olivier Faure est faux en droit, et comparer certaines prières musulmanes interdites et les confessions de rue en marge de la visite du pape n’est pas pertinent.
La rue, lieu d’expression religieuse reconnu par le droit
Contrairement à ce qu’affirme Olivier Faure, la rue peut tout à fait accueillir des manifestations religieuses. Les Surligneurs le rappelaient déjà en 2017 à propos de Manuel Valls, qui prétendait que la loi interdit les prières de rue : il n’existe aucun principe général d’interdiction des prières de rue, ni plus largement des manifestations religieuses sur la voie publique.
La laïcité impose la neutralité à l’État, pas aux citoyens dans l’espace public. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen protège la manifestation des opinions, « même religieuses », dans la limite de l’ordre public. La loi du 9 décembre 1905 garantit en son article 1er le libre exercice des cultes.
Son article 27 va plus loin : il prévoit expressément les « cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d’un culte », qu’il soumet au seul pouvoir de police du maire, défini par l’article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales. C’est donc le droit commun qui s’applique aux manifestations religieuses dans l’espace public, à savoir la liberté sous réserve du respect de l’ordre public.
Le Conseil d’État en tire les conséquences depuis plus d’un siècle. Dès 1909, il a jugé que le maire doit concilier le maintien de l’ordre avec le respect des libertés, et ne peut restreindre les manifestations extérieures du culte au-delà de ce qu’exige l’ordre public. Des interdictions générales et absolues sont tout autant prohibées.
Plus récemment, il a rappelé qu’une mesure de police ne peut viser une expression religieuse dans l’espace public qu’en présence de risques avérés pour l’ordre public.
Deux prières de rue, un même régime : la liberté sous condition du respect de l’ordre public
À supposer qu’une confession puisse être assimilée à une prière, la comparaison d’Olivier Faure ne tient pas juridiquement. Interdire un rassemblement ou pas ne dépend pas de sa nature religieuse, mais des risques de trouble à l’ordre public qu’il peut engendrer.
Toute manifestation sur la voie publique est soumise à déclaration préalable. Seules en sont dispensées les sorties conformes aux usages locaux, comme les processions traditionnelles. Lorsque les organisateurs d’une manifestation religieuse déclarent leur intention en préfecture, l’autorité de police ne peut s’y opposer que si cette manifestation est de nature à troubler l’ordre public.
Les prières de rue musulmanes n’ont donc jamais été interdites en tant que prières. Celles qui l’ont été, notamment à Paris en 2011 et à Clichy-la-Garenne en 2017, l’ont été parce qu’elles troublaient l’ordre public et entravaient la libre circulation, de manière récurrente et sur une durée incompatible avec la liberté de circulation des autres usagers de la voie publique.
Des confessions ponctuelles, en marge d’une messe papale déclarée et encadrée, sans blocage trop long de la circulation, ne sauraient donc être interdites. Tout comme une prière de rue musulmane ponctuelle, à condition qu’elle soit préalablement déclarée et qu’elle n’engendre aucun risque pour la sécurité des autres usagers ou même des fidèles eux-mêmes. Il n’y a donc pas deux poids deux mesures, mais une même règle appliquée à des situations de fait différentes.
Auteurs :
Auteur : Guillaume Baticle, journaliste, doctorant en droit public à l’université de Poitiers
Relecteurs : Clément Bénelbaz, maître de conférences HDR en droit public à l’université Savoie Mont-Blanc
Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’université Paris-Saclay
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Guillaume Baticle, journaliste, doctorant en droit public à l’université de Poitiers
L’article Visite du pape et confessions en pleine rue : la rue n’est-elle pas la place de la religion, comme le dit Olivier Faure ? est apparu en premier sur Les Surligneurs.