Nous avons déjà évoqué dans nos pages le projet de loi RIPOST (Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l'Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité) porté par le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, qui le présente comme un « choc d'autorité » et adopté par le sénat le 26 mai dernier. En ligne de mire, les Free Party (entre autres). La Grappe s'est entretenue avec les premiers concernés, ici Camille qui fait partie d'un sound system entre Bordeaux et la Bretagne et qui est aussi membre de Tekno Anti Rep, qui s'oppose à cette loi. Il est question de l'aspect subversif de la Free Party, ainsi que des moyens à dispositions pour se défendre face à la répression dans un contexte de plus en plus autoritaire et répressif.
Salut, est-ce que, pour commencer, tu veux te présenter ou présenter tes collectifs ?Je m'appelle Camille, je fais partie de Tekno Anti Rep [1]. C'est un collectif qui est principalement centré sur la réponse médiatique, sur l'analyse politique et sur le fait d'organiser tout ce que va être la lutte contre la répression des Free Party. Il y a beaucoup de pôles différents. En ce moment, notre travail porte principalement sur la question de la loi Ripost.Très récemment, en juin-juillet, il y a eu les Manifestives, qui existent depuis pas mal d'années, et dont le format depuis 2022, est à l'initiative de Tekno Anti Rep. C'est un événement massif, médiatique et populaire. Le but est depuis le début de le rendre accessible, notamment pour un public qui n'est pas forcément accoutumé aux Free.
Justement, tu peux expliquer ce qu'est une Free, et peut-être aussi la mettre en comparaison avec d'autres types de fêtes ?La Free Party, ce qui la définit principalement, c'est le fait de faire une soirée qui ne va pas être déclarée et qui, en général, va être faite dans un endroit qui n'est pas le nôtre, donc un endroit privé. Le début du mouvement en France remonte à peu près aux années 90, porté notamment par des sound systems connus comme Les Heretik. Il avait déjà commencé en Angleterre avec les Spiral Tribe.Ça a été une volonté de se dire qu'on n'a pas envie d'être tout le temps encadré dans nos pratiques festives. On a envie de pouvoir faire la fête comme on veut, sans payer des centaines d'euros en sécurité, en encadrement, tout ça, donc on va faire nos soirées nous-mêmes. On va créer la fête libre.
Il y a eu la très fameuse soirée dans la piscine Molitor à Paris. Je pense que c'était un des moments les plus connus des débuts de la Free Party. Et petit à petit, ça a essaimé un peu partout en France, jusqu'à avoir une communauté très forte au début des années 2000. Et du coup, c'est vraiment une réponse à tout ce qui a été fait autour du monde de la nuit, qui a été de mettre des consommations, des prix d'entrée très chers sur les festivals, les boîtes de nuit. L'idée est de se réapproprier la fête. On veut qu'elle soit accessible à tou.s.tes, qu'elle soit émancipatrice, et que tous les publics, même les plus marginalisés, puissent en faire partie. C'est un véritable lieu d'émancipation.
Depuis son apparition dans les années 90, quelles sont les évolutions que tu vois ?À la base, on vient d'un milieu qui était très précarisé, très populaire, très punk. Donc on avait une identité qui était extrêmement forte. Et petit à petit, ça s'est démocratisé tout au long des années 2000. Il y a eu des publics de plus en plus jeunes qui sont venus, et aussi de plus en plus ouverts aux questions sociales et environnementales.Il y a eu une grosse évolution dans les pratiques et dans les mentalités sur deux questions en particulier. La première, c'est la question de la drogue et de la réduction des risques. On a vu de grosses associations et des collectifs de bénévoles intervenir sur le sujet, par exemple en cherchant à proposer un cadre aux gens qui consomment des drogues.
La deuxième, c'est la question des violences sexistes et sexuelles. Il y a eu une très grosse remise en question et une volonté d'amélioration à propos de ces sujets-là, parce qu'effectivement, il y a 30 ans, ces problématiques n'étaient pas aussi considérées qu'aujourd'hui. On a eu notamment des brigades safe qui ont commencé à voir le jour. Et donc effectivement, quand on prend la teuf aujourd'hui, elle est beaucoup plus politisée, beaucoup plus consciente des systèmes d'oppression qu'elle ne pouvait l'être au début.
Il y a un aspect important de la teuf qui est l'aspect technique. Quelle que soit l'ampleur de la teuf, elle demande un apport matériel. On a tou.te.s en tête l'image des caissons, par exemple. Cela nécessite un certain nombre de savoir-faire, de connaissances techniques, de la débrouille, surtout que souvent, les gens les construisent elleux-mêmes.En général, c'est à peu près toujours le même principe au début de la création d'un sound system. C'est un groupe de personnes assez jeunes (en général, on commence à évoluer dans cet univers vers 17-18 ans), et quasiment toujours autodidactes, qui apprennent tout par elles-mêmes, notamment en matière de show light, de mapping, de son, etc., même si on peut souvent voir des « grand.e.s » de la teuf qui vont aider.Après, ça peut évoluer vers de la professionnalisation. Il peut y avoir des gens qui rentrent dans le BTP et qui vont s'occuper des échafaudages, d'autres qui rejoignent des entreprises de location... Mais on est quand même sur des compétences qui partent généralement de rien, et des sound systems où les personnes acquièrent d'elles-mêmes des savoir-faire vraiment pro au fur et à mesure des événements. Et au bout d'un moment, ça peut donner de gros sound systems avec beaucoup de gens qui taffent dans l'événementiel, qui ont des compétences pro, alors que ça n'était pas forcément le cas au début.
Au niveau du son, qu'est-ce qu'on écoute dans les Free ?C'est beaucoup de tekno. C'est un peu ce qui a été la base du mouvement, avec aussi beaucoup d'influences de la Jamaïque, comme le dub et le reggae. Maintenant, ça a tendance à évoluer et à s'ouvrir à des influences plus variées, comme la bass music ou à des styles plus guinguette. Cette diversification se voit aussi au niveau des line-ups, où on trouve beaucoup plus de personnes queers, en tout cas, hors mecs cis, et qui s'ouvrent à d'autres styles, plus variés. Du coup, même si ce n'est pas le cas de toutes les Free Party, on voit une volonté de se diversifier et de proposer autre chose que de la tekno.
Pour les styles, c'est un peu un cliché dans la Free Party qui nous fait rire, mais c'est aussi vrai, la Bretagne est connue pour être vraiment la zone hardcore, avec toutes les musiques les plus fortes, les BPM les plus élevés, les kicks les plus véners... Tous les styles de hard music, hardstyle, techno hardcore, frenchcore, c'est vraiment une des spécificités de la Bretagne.
Et à l'inverse, le Sud est plutôt dans des styles un peu plus tranquilles ou légers,
si je peux dire, donc plus mental, tribe, acid, même des styles plus ginguette, plus bass, tout ça. C'est quelque chose qui se vérifie assez bien. Nous, dans la région, on va dire Bordeaux et les Landes aux alentours, c'est vraiment plus ce style de musique-là. On a assez peu de hardcore.
Il y a eu des gros moments de Free Party au niveau des Landes, qui sont connues pour avoir accueilli beaucoup de teufs pendant longtemps. Mais il y a eu un basculement pour toute la scène Free Party au moment du Covid, et un pic de répression à partir de 2019. À partir de là, ça a été beaucoup plus compliqué de faire des teufs dans ce coin. Avant ça, c'était extrêmement régulier et ça se passait extrêmement bien. Assez récemment, début avril, il y a eu un très gros Multi-Sons dans les Landes, qui a réuni plus de 5000 personnes. Ça a été énorme pour le Sud-Ouest, et ça a surpris les organisateur.ice.s qui ne pensaient pas avoir autant de gens. Donc même s'il y a beaucoup moins d'activités qu'avant, les Landes restent une terre de la Free.
Bordeaux, de son côté, n'est pas un milieu de la Free Party, mais plutôt de la rave légale. Il y a une très grosse communauté techno à Bordeaux, énormément de collectifs, d'associations... Le sound system bordelais le plus réputé, c'est Leaf Sound System. Ielles sont connu.e.s pour de très grosses soirées pirates. Il y en a eu une l'année dernière en plein Bordeaux, dans un hangar abandonné au niveau de la Base Sous-marine, qui a réuni 2000 à 3000 personnes et qui a été organisée sur des bases politiques. Ielles ont fait une lettre ouverte où ielles envoient bouler le préfet. Ça a été une énorme réussite, ielles ont même réussi à ne pas se faire saisir.
On peut faire de nombreux liens entre le milieu de la teuf et les milieux politiques, tant dans les codes que dans les manières de s'organiser. Il y a des ressemblances avec certaines dates des Soulèvements de la Terre, comme par exemple dans le fait de faire irruption et de créer un camp en quelques heures, qui est capable d'accueillir des centaines, voire des milliers de personnes malgré l'opposition des keufs. Est-ce qu'il y a des liens établis ? Et pour ceux qui doutent que la fête soit politique, qu'est-ce que tu veux leur dire ?Pour commencer, sur la question des oppressions et de la manière dont la teuf voit ça, on a toujours eu une volonté d'être un peu un sanctuaire et un lieu où toutes les personnes marginalisées et oppressées, quelles qu'elles soient, puissent être là. En fait, il y a beaucoup de gens maintenant qui considèrent que la teuf ou la Free Party sont les seuls endroits où elles se sentent safe et où elles peuvent vivre pleinement leurs envies. Du coup, il y a vraiment cette volonté de rendre la teuf la plus safe possible, pour que tout le monde puisse s'y sentir bien. Et on va dire que maintenant, les gens qui se définissent teufeur.euse.s, c'est plus qu'une activité, c'est vraiment un style de vie. Il y a des gens qui vivent et agissent vraiment pour la teuf.
C'est pour cela que la loi Ripost est aussi terrible d'ailleurs, et qu'il y a des gens qui défendront de leur vie la Free Party tellement c'est important dans leur quotidien. Effectivement, créer ces lieux safe est une volonté politique qui n'avait peut-être pas été autant conscientisée au début de la Free Party, mais qui au fur et à mesure des années s'est vraiment concrétisée et a été de plus en plus théorisée par certain.e.s acteur.ice.s du mouvement.
Il y a eu des grands moments de politisation de la teuf, notamment les Teknivals. En gros, un Teknival, c'est une semaine où tous les sound systems de France se réunissent pour essayer de faire la plus grosse fête libre possible quelque part. Tous les Teknivals ont toujours été faits avec des objectifs politiques extrêmement clairs, comme de répondre à un enjeu du moment, notamment lors de la présidence de Sarkozy, ou à certains moments forts de la répression. Il y a vraiment eu une grosse conscientisation de la puissance politique que pouvait avoir la teuf à ce moment-là.
Ce qui est intéressant, c'est de voir que dans les pratiques des teufeur.euse.s, on est sur une pratique constante de l'illégalité. Encore une fois, les gens ne se rendent pas vraiment compte, mais le.a teufeur.euse passe son temps à essayer de niquer le système. On passe notre temps à chercher comment bien planquer les affaires qu'on a sur nous, comment éviter tous les barrages de keufs, prendre les petites routes, suivre un convoi, comment rentrer sur site, comment sortir, on utilise tou.te.s Signal pour ne pas se faire remarquer, comment chopper du matos... Et en fait, même inconsciemment, tou.te.s les teufeur.euse.s sont constamment dans comment réussir à passer outre le système et ses codes répressifs, que ce soit dans les moyens d'actions ou dans les manières de penser et de fonctionner. Il y a donc beaucoup de liens qui peuvent être faits avec les groupes militants.
Tu citais les Soulèvements de la Terre, je trouve que c'est vraiment pertinent. Quand on voit l'organisation d'une grosse Free Party ou d'un Teknival, on est extrêmement proche de ce que les SDT ont pu faire à de nombreuses dates. Le fait de vouloir tenir un espace pendant longtemps de manière autogérée, en proposant de la nourriture, des bars, des stands, la fête, effectivement, c'est vraiment très proche. Et surtout, ça veut dire que pendant une semaine, on va avoir à gérer 40 000 personnes de manière complètement autonome, et ça se passe infiniment mieux que dans n'importe quel autre festival qui peut être encadré en France.
Du coup, sur la question de savoir si la teuf est politique, effectivement c'est l'un des gros combats de Tekno Anti Rep de le rappeler constamment : évidemment la teuf est politique ! Les teufeur.euse.s sont des acteur.ice.s politiques extrêmement important.e.s. Il y a de plus en plus de documentation, d'influenceur.euse.s, de vulgarisateur.ice.s qui font ce travail-là : expliquer, faire prendre conscience à tout le monde à quel point c'est le cas. Encore une fois, c'est quelque chose qui a pris un long, long chemin pour en arriver là. Mais maintenant, je pense qu'on a un public de teufs qui est beaucoup plus conscient et alerte sur ces questions-là qu'il ne pouvait l'être il y a quelques années.
Les milieux teufs et politiques connaissent des répressions accrues. Ces derniers mois, on a en tête de nombreuses images de violences policières sur des teufs : des flics qui cassent à la hache du matériel de son, qui répriment et qui gazent des gens, ou encore qui tirent à balles réelles sur un chien, comme il y a peu en Bretagne. Ce sont des teufs qui sont constamment survolées par des hélicoptères, qui sont encadrées par des centaines de flics, et sur lesquelles les préfets et les ministres font leur com' politique en mettant la pression. On sent que ça va avec une vague autoritaire qui prend toujours plus de place en France et qui s'abat sur les rares espaces de liberté que les gens s'octroient.Oui, complètement. C'est un très gros facteur de politisation pour les teufs. Sans vouloir tout généraliser, il ne faut pas oublier qu'à la base, la teuf est un milieu assez masculin, blanc et rural. Ce sont des personnes qui, en général, n'ont pas forcément été exposées à la violence policière. Cela a été le même phénomène avec les Gilets Jaunes. Beaucoup de teufeur.euse.s ont connu la répression policière en teuf. Ça les a choqué.e.s et politisé.e.s extrêmement vite. Il y a eu un peu des électrochocs de violence dans la répression des Free Party comme, par exemple, la mort de Steve à la Fête de la musique de Nantes en 2019, assassiné par les forces de l'ordre. Cela a été un moment extrêmement dur, qui a créé beaucoup de mobilisations. Les amplis pétés à la hache dont tu parlais, c'était à Redon, la répression de teuf la plus violente qui ait jamais eu lieu. Il y a un jeune qui a perdu la main, plusieurs dizaines de blessé.e.s. L'objectif n'était même pas de saisir, mais juste de détruire le plus de matos possible. Ça a été extrêmement violent.Donc effectivement, pour tou.te.s les teufeur.euse.s qui disaient : « la teuf, c'est pas politique, on est en dehors de ça, on veut juste faire la fête, on n'a pas de lien avec ce qui se passe au niveau national », ça les a forcé.e.s à prendre position, à réaliser qu'évidemment la teuf est liée avec ce qu'il se passe, avec la politique, l'État, et qu'on ne peut pas faire autrement. Du coup, je dirais que depuis le pic répressif du Covid, on a eu une politisation accélérée du mouvement, et une répression accélérée du mouvement aussi. Maintenant, c'est très assumé en teuf, les gens se disent antifascistes, sont clairement anti-répression. Ça l'a toujours été, mais du coup, maintenant, c'est beaucoup plus théorisé et poussé que juste des slogans antiflics comme ce qu'on pouvait avoir avant.
Ce qui est assez marquant dans ce qu'on voit en teuf, c'est de voir le niveau très élevé d'organisation, le niveau de détermination que ça demande, le fait qu'elles soient à prix libre... Ce que proposent les organisateur.ice.s, c'est un immense acte de générosité qu'on trouve assez rarement ailleurs.C'est vraiment une des priorités de la Free Party, qu'elle soit accessible à toutes et tous. C'est aussi pour les gens qui n'ont pas de moyens. Effectivement, c'est sur le principe de la PAF, la participation aux frais. La donation moyenne, on va dire, par personne, elle est de 3-4 euros. Dans la majeure partie des cas, ce n'est pas suffisant pour rembourser les frais de la Free Party, donc on va être sur des sound systems qui sont constamment déficitaires dans leurs frais. Encore une fois, c'est un choix, c'est assumé. C'est le prix de faire des fêtes libres. On n'est pas là pour faire de l'argent, ni pour s'enrichir sur le dos des gens.
En général, tout l'argent qui est fait sert soit pour une prochaine Free Party, soit pour dédommager le propriétaire du terrain, s'il y a eu des dégâts qui ont été faits, soit pour aider les personnes victimes de répressions, ou tout simplement à payer les frais fixes, les locations de matos... Mais du coup, dans l'ensemble, la Free Party ne génère pas de sous. C'est vraiment une volonté très forte et on ne verra jamais une Free Party demander un prix d'entrée et ça, c'est dans nos principes les plus fondamentaux.
Tu disais qu'il y avait une filiation avec le mouvement punk. Je trouve que ça se ressent. Déjà, il y a des clins d'œil musicaux, des remixes punk, des Béru ou autres. Il y a aussi des styles esthétiques engageants, en termes vestimentaires, de tatouages... Mais aussi, c'est une manière de vivre la vie, avec à la fois des événements qui font communauté, où les gens font attention entre elles.eux, et aussi une part assez nihiliste, que ce soit dans la manière de s'imposer sans négociation ou encore dans l'extrême présence de la drogue. J'ai l'impression que ces deux choses-là sont liées, cette manière de faire communauté, ce qui fait du bien à un tas de personnes qui ne retrouvent pas ça ailleurs dans la société, et un aspect plus nihiliste.Dans l'identité de la teuf à la base, il y a vraiment le milieu punk et l'identité anarchiste. C'est vraiment deux très grosses influences du milieu de la Free Party. On retrouve partout un tas de signes, que ce soit les musiques punk, les A cerclés tagués absolument partout, les ACAB... Quand on parlait de style de vie, dans une Free Party, on retrouve des codes sociaux qu'on ne va voir nulle part ailleurs. Lorsque l'on vit dans la vie de tous les jours, il y a tout un tas de comportements qui vont être considérés comme associaux, bizarres, gênants, et pas du tout en teuf.Ce qui fait qu'en fait, tu peux faire tout un tas de choses en teuf qui vont être considérées normales. Ça va être de te rouler dans la boue avec tes potes, prendre de la drogue, faire des trucs ou des grimaces ou des danses complètement bizarres. En fait, tout le monde va trouver ça normal. Ce qui est assez émancipateur, car chacun.e est complètement libre de faire ce qu'ielle souhaite et personne ne va être mis mal à l'aise vis-à-vis de ça. Il y a une très grosse tolérance vis-à-vis de la nudité, ainsi que de tout un tas de comportements tant qu'ils ne mettent pas les autres en danger et qu'ils vont pas recréer des moments d'oppression.
Vis-à-vis de la drogue, dans le reste de la société, les gens ne vont pas se montrer quand ielles en prennent. Là, elle est complètement acceptée et les gens ne se cachent pas, ce qui donne cette impression qu'elle peut être omniprésente. C'est juste que les gens comme ielles n'ont pas cette peur de la répression, se permettent ça. Ça peut cringer des gens qui ne sont pas forcément adeptes de la Free Party. Ça crée aussi des moments de vie un peu hors du temps, avec des gens qui se permettent tout, qui sont à l'aise avec tout et je pense que ce sont des moments très, très forts qui font que ce type d'expérience soit aussi important pour les gens qui les vivent.
Par exemple, il y a quelques temps, il y a eu une magnifique teuf en Bretagne. Il s'agissait d'un hommage à un des membres du sound system mort d'un suicide un an auparavant. D'un côté, l'hommage, par l'ampleur de l'organisation, le nombre de gens présents, la beauté du moment, la générosité et la deter des orgas, la durée particulièrement longue, était extrêmement touchant, autant on peut être déstabilisé par une présence aussi grande de la drogue dans un tel moment.Du coup, tu fais référence à l'Hommage à Babass en Bretagne, qui a été une teuf très attendue de par la symbolique qu'elle avait. Effectivement, c'est vrai qu'on va souvent retrouver des teufs hommages à certaines personnes décédées. Il y a une réalité qui est quand même parfois plus dure ou plus sombre et dont on ne parle pas forcément. On est quand même sur des milieux qui vont être très précaires, très prolétaires on va dire, et il y a quand même régulièrement des décès, des overdoses, des histoires un peu tragiques, donc effectivement ce n'est pas la première fois qu'on a ce genre d'hommage. Il y avait eu un cas une première fois qui, est très célèbre, dans le sound system des Heretik dont on parlait au début. Il y a eu plusieurs décès dus à du monoxyde de carbone, et ça avait été une grosse émotion dans le milieu.Après, sur la question de la drogue, je ne pense pas que ce soit un souci vis-à-vis de l'hommage en tant que tel. La question, c'est plutôt, à quel moment ça va devenir un souci de santé aussi pour les teufeur.euse.s. On a quand même une très grosse présence maintenant de la kétamine dans tous les milieux, parce qu'elle n'est pas chère, parce qu'elle est facile à se procurer, et c'est pour cela qu'on a beaucoup de vigilance au niveau des collectifs de réduction des risques. Il y a la volonté de se dire que chacun.e peut faire ce qu'ielle souhaite, peut consommer ce qu'il veut. Pour autant, il faut aussi se rendre compte que l'on peut avoir des dépendances à l'alcool, au tabac et à la drogue. C'est un vrai souci de santé où il faut qu'on soit tou.te.s vigilant.e.s, au problème de l'overdose ou de la surconsommation de drogues. C'est quand même un sujet assez compliqué qui revient assez souvent.
De plus en plus, le milieu de la Free est attaqué par la répression. Cela se joue par la multiplication des amendes à la sortie des teufs et par les tentatives de saisie du matériel par la police. L'idée est de mettre à mal les capacités matérielles et financières des collectifs qui organisent. Parfois, on entend certaines personnes qui ont participé à des Free considérer que payer 135€ d'amende en sortant, c'est le prix à payer. Cela pose quand même problème, parce que ces 135€, ils ne reviennent pas aux collectifs qui les méritent, mais à l'État qui réprime.Comme je disais, la répression s'accentue depuis 2019 et il y a eu un nouveau pic à la fin de l'année 2025. On est passé d'une forme de contrôle qui passait principalement par des amendes à l'aide de très gros dispositifs qui empêchaient tout le monde de sortir, à des interventions directes sur site avec des moyens conséquents. Du coup, ça amène à des affrontements et beaucoup de blessé.e.s côté teuffeur.euse.s. Ce sursaut de violence de la part de l'État était sûrement en lien avec la préparation de la loi Ripost. Bien sûr, ce n'est pas toujours le cas. La plupart du temps, cela va être de gros dispositifs qui verrouillent absolument toutes les sorties pour mettre un maximum d'amendes à tout le monde.Heureusement, dans l'ensemble, le.a teufeur.euse est assez inventif.ve et essaye de s'échapper par tous les moyens possibles. En général, on va avoir l'acceptation de se dire que le.a conducteur.ice va forcément prendre une amende et les passager.e.s vont passer par la forêt et réussir à trouver un autre moyen de sortir, mais il y a des situations où, quand même, c'est assez difficile. Le cas le plus marquant, c'était le Tekwest en 2024, sur l'aérodrome de Quimper, où il y avait eu une amende record de 1,7 million d'euros sur le dos des teufeur.euse.s et 340m³ de matériel saisi. Du coup, effectivement, ça pose la question de se dire qu'il ne faut pas non plus que la Free Party finance l'État.
Je pense que c'est aussi à nous d'être toujours plus inventif.ve.s sur les moyens de déjouer le dispositif policier. Les milieux militants auraient plein d'idées et de moyens de nous aider par rapport à ça. Il y a toujours plein de stratégies, de possibilités pour contourner le dispositif. Plus on se formera, plus les sound systems seront préparés à ces choses-là, plus on arrivera à faire bloc contre la répression.
Le pic de répression s'est accompagné de la création d'une figure politique et médiatique qui est le.a teufeur.euse, avec la tentative de la mettre constamment en opposition, notamment avec le milieu agricole. La Coordination Rurale s'est immiscée là-dedans, en mobilisant ses adhérent.e.s contre de potentielles teufs dans les parages, et en assumant des descentes punitives, violentes, en toute impunité. Cette construction invisibilise tous les autres aspects et a permis de mener directement à la loi Ripost. Qu'en penses-tu ?Comme plein d'autres communautés (que ce soit les gens du voyage, les personnes vivant en banlieue, etc.), il y a un matraquage médiatique énorme qui est fait sur les teufeur.euse.s. On est représenté comme des sauvages, des drogué.e.s, des marginaux.les. Cela marche assez bien, notamment chez les plus vieilles personnes et on peut des fois ressentir une hostilité. Mais ce qui est amusant aussi à voir, c'est que sur le terrain, avec les riverain.e.s, ça se passe toujours très bien. Tou.te.s les maire.sse.s locaux.les le reconnaissent, les terrains sont rendus nickels, il y a rarement des problèmes. Les riverain.e.s dans l'ensemble, sont content.e.s de nous voir, ça fait tourner la boulangerie, les commerces du coin.Ce qui est intéressant aussi à voir, c'est le double jeu que va jouer l'État qui va stigmatiser d'un côté alors que de l'autre côté, il est très conscient de notre capacité organisationnelle. Que ce soit sur des manifestations ou des organisations légales, on va avoir, dans l'ensemble, des dispositifs policiers qui vont être extrêmement faibles, parce qu'ielles savent qu'en général, ça se passe très bien, qu'il n'y a pas de déchets, qu'il n'y a pas de problèmes.
Concernant les agriculteur.ice.s, on note une montée de la conflictualité principalement liée à la montée de la Coordination Rurale, où là carrément, maintenant, il y a « des groupes de vigilance Free Party » où ils vont envoyer des SMS pour prévenir les agriculteur.ice.s quand il y a des risques de teuf. Depuis deux ans, ça s'est vraiment multiplié. Ielles vont tenter d'empêcher l'installation, vont bloquer toutes les sorties avec des cailloux ou du fumier. On a eu des attaques de tracteurs. Ielles arrivent et vont péter les voitures, essayer de faire sortir la Free Party.
Ça, c'est principalement avec les syndicats agricoles, car après, si on parle uniquement avec les agriculteur.ice.s de manière générale c'est différent. Quand ça arrive qu'il y ait des Free Party qui sont posées sur des terrains qui devaient être cultivés, il y a un accord qui est trouvé avec l'agriculteur.ice, et il n'y a pas de plainte qui est posée. Tout se passe bien. Le vrai souci en fait, c'est que, systématiquement, les keufs vont mettre à fond la pression sur le.a paysan.ne pour qu'ielle porte plainte. On se retrouve à avoir des paysan.ne.s qui ont le couteau sous la gorge pour porter plainte, alors qu'à la base, ça se serait arrangé à l'amiable, voire avec des dédommagements. Donc, cette conflictualité entre agriculteur.ice.s et teufer.euse.s, elle est en grande majorité alimentée par l'État qui ne veut surtout pas avoir une alliance possible entre nos milieux.
Avec la Confédération Paysanne, il y a déjà plusieurs liens qui ont été faits au niveau local et national. Nous sommes dans une volonté de convergences des luttes. C'est assez donnant-donnant : nous, on peut prêter du matos pour les fêtes du village, on peut aider à la logistique, et on peut voir après ce qui peut être fait sur les terrains. Aussi, en Bretagne par exemple, il y a eu des tentatives de créer des ponts entre paysan.ne.s et teufeur.euse.s, pour mettre des terrains à disposition, et encore une fois, ça a été saboté au niveau national par les ministres de l'Intérieur. Ça peut aussi arriver quand il y a des préfets qui sont favorables à trouver des terrains d'entente. Ielles se font couper l'herbe sous le pied par leur hiérarchie.
Cela nous amène à cette fameuse loi Ripost qui vient de passer et qui a été très largement contestée. Elle a aussi été surnommée la loi Fourre-Tout. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?En fait, la loi Ripost, c'est un peu l'aboutissement d'années à vouloir détruire la Free Party. Évidemment, on n'est pas les seul.e.s visé.e.s par cette loi. Il y a également le fameux « Permis de tuer » qui instaure une présomption de légitime défense pour les keufs qui ouvrent le feu. Il y a un durcissement contre les rodéos urbains, les squats, l'usage de mortiers, etc. Concernant les teufs, elle criminalise les organisateur.ice.s qui risquent entre autres une peine pouvant aller jusqu'à 2 ans de prison et 30 000 € d'amende, tout comme les participant.es qui peuvent recevoir jusqu'à 6 mois de prison et 7500 € d'amende. Il y a aussi le fait que n'importe qui peut être assimilé à l'organisation, même des bénévoles. À la base, ça incluait les bénévoles RDR, mais ça a été retiré au dernier moment pendant les débats à l'Assemblée.Du coup, on s'oriente sur une loi qui serait complètement destructrice pour la Free Party. Beaucoup de sound systems sont toujours prêts à continuer à poser malgré les risques, mais le fait de taper au portefeuille des participant.e.s, c'est le meilleur moyen d'assécher la Free, déjà qu'il y avait de moins en moins de personnes qui étaient prêtes à mettre 135 euros qui est l'amende actuelle. Là, des amendes à 7500 euros, personne ne pourra se permettre, l'amende forfaitaire delictuelle, sera elle de 500 euros. L'Italie a connu une loi similaire. Le milieu de la Free était beaucoup moins structuré et n'a pas survécu à ça. Maintenant, les teufeur.euse.s italien.ne.s viennent en France. Alors oui, cette loi-là, c'est la fin de la Free Party comme on la connaît, on va dire, et ça va être une nouvelle forme d'organisation collective qui va prendre place.
Quelles sont les nouvelles formes d'organisation collective que tu imagines ?C'est vraiment le gros débat actuellement au sein des sound systems ou au sein de Tekno Antirep : quelle forme ça va prendre. On se rapprocherait de teufs beaucoup moins fréquentes, mais beaucoup plus massives et protégées. Genre une seule teuf par mois par exemple, mais où tous les sound systems convergeraient avec le maximum de public pour la défendre et éviter les contrôles. Donc, on pourrait imaginer des manières beaucoup plus pirates et potentiellement beaucoup plus offensives de faire la Free Party. Si c'est nécessaire d'aller forcer les barrages policiers, quand il le faut, d'aller empêcher les flics d'arriver sur site, de faire sortir les participant.e.s et le matos en convoi d'une manière déter ou alors uniquement des Free Party suicides qui seraient financées par des réseaux d'entraide et de solidarité dans les villes. Ça, c'est déjà un truc qui se voit assez souvent.Il faut que tu expliques ce que c'est.On va dire qu'il y a plein de types de matos quand on fait de la Free. Cela peut être de très beaux caissons qui vont vous coûter très cher, ou du vieux matos fait à la chaîne, facile à faire. Quand on parle de soirées suicides, l'idée est de faire la soirée et de laisser tout le matos ou une bonne partie, sur place. Ça évite de cramer les organisateur.ice.s, de donner des noms. Donc voilà, la Free va connaître une énorme mutation. Moi, je pense que le plus important, ça va être de très gros réseaux d'entraide et de solidarité dans toutes les villes, que ce soit pour faire des actions, pour faire des caisses de soutien, pour soutenir les sound systems, ou même pour s'allier aux autres luttes locales. On est vraiment sur un bras de fer qui va durer très longtemps.Qu'est-ce qui a déjà été fait contre la loi Ripost ?La majeure partie du travail, ça a vraiment été un travail légaliste avec beaucoup d'associations qui étaient assez au fait de ces questions-là, telles que Technopole, Freeform, la LDH ou encore Amnesty. Il y a aussi eu un gros soutien de la part des député.e.s de la France Insoumise qui ont placé des amendements pour bloquer les pires parties de la loi. Il y a eu d'énormes contre-rapports, des débunkages de tous les arguments du pouvoir. Tekno Anti Rep notamment, a vraiment été là pour fournir en arguments tou.te.s les député.e.s qui en avaient besoin, car la majorité n'y connaissait pas grand-chose.Après, il y a eu la grande vague de Manifestives en juin. Pour l'avoir vu de l'intérieur, il y a vraiment eu un espoir de se dire qu'on pouvait gagner légalement, réussir à changer les textes, faire des amendements, etc. Malheureusement, la loi est passée. On est donc sur tout un autre registre d'actions qui peut être fait. Dans toute la France, il y a des actions qui ont lieu, et dans certaines villes comme à Bordeaux, il y a des Assemblées Générales qui se tiennent. Comme nous, les orgas, on est assez fatigué.e.s, c'est grâce à la mobilisation du public qu'on va réussir à donner un second souffle. On va gagner en diversité d'action, on va aller vers une convergence des luttes. C'est ce qui a permis en juillet, d'occuper pendant un bout de la nuit la flèche de Saint-Michel dans une ambiance magnifique et revendicative.
Tu disais que les Free, c'était notamment pas mal de gens qui venaient du milieu rural. Pendant longtemps, elles se sont faites dans les bois, dans les champs ou dans les hangars désaffectés en périphérie des villes. Là, il y a aussi un enjeu à revenir en ville pour porter la lutte.C'est quelque chose qui est assez réfléchi de se dire qu'on a envie de taper là où on nous entend le plus, à savoir en ville. C'est un objectif politique de se dire que, si on nous empêche de faire la fête tranquillement dans les campagnes, là où on fait chier personne, on va venir poser en plein milieu de vos centres-villes et là, on va nous entendre. Même si parfois, il y a une grosse répression, comme à Lyon en avril à la Dés'astres Urbaines, il y a toujours une volonté de se dire qu'on va aller là où ielles ne veulent pas qu'on soit. Il y a une très grosse culture des teufs sauvages dans les villes. C'est quelque chose qui va se multiplier à mon avis, parce que les sound systems ont des méthodes très pirates et ont envie de faire des soirées qui sont efficaces et impactantes. Et quoi de plus impactant que d'avoir mille personnes en plein centre-ville pendant un week-end ? Pour se multiplier, ça nécessitera beaucoup d'organisation et de défense collective pour que ça puisse tenir et fonctionner.
Comme la loi Ripost est tombée extrêmement vite, ça a pris de court beaucoup de sound systems qui avaient déjà posé des teufs à la rentrée prochaine. La volonté qui est affichée à Tekno Anti Rep, ça va être de réussir à créer des AG dans toutes les villes de France pour soutenir les sound systems qui ont envie de continuer à faire des teufs. Tout ça prendra de l'ampleur à la rentrée en tout cas.
On a vu que Tekno Anti Rep faisait partie des organisations qui soutenaient la lutte contre le Mega Canal dans le Pas-de-Calais. Est-ce que tu peux parler un peu de cette optique de convergence des luttes, de ce qui est prévu dans le futur ?À Tekno Anti Rep, la question de la convergence des luttes nous semble essentielle. C'est de se dire qu'on ne peut pas lutter seul, peu importe la lutte. Dans le milieu des teufs, on a beaucoup fait bande à part. On est dans notre coin, on fait nos trucs, même s'il y a déjà eu des volontés de rapprochement. Là, maintenant, ça me semble impératif qu'on fasse la convergence la plus large possible, avec toutes les organisations, associations progressistes dans les villes et dans les départements. Il y a beaucoup de rapprochements qui sont en train d'être faits. Effectivement, avec les Soulèvements de la Terre, le rapprochement est extrêmement logique. Les affinités qu'on peut avoir avec tous les milieux anarchistes autonomes, antifascistes, queers, féministes, sont des rapprochements qui sont assez logiques. Pour les teufeur.euse.s, c'est quand même une question de vie ou de mort, donc c'est hyper important qu'on s'investisse tou.te.s au-delà de la Free Party. On est, à notre échelle, une petite marge de la lutte anticapitaliste et il faut qu'on fasse convergence avec tou.te.s les autres acteur.ice.s de cette lutte.
Dans le passé, ça a été beaucoup freiné par un sentiment de rejet, de stigmatisation parfois de la part de milieux militants, avec l'impression que certains pouvaient être toxicophobes et pas forcément ouverts des fois à certaines catégories de population. Je sais que ça a pu jouer sur la volonté de ne pas trop aller vers ces milieux-là. Mais généralement, il y avait plutôt une méconnaissance et que là, cette barrière est un peu en train de se fissurer, face aux envies mutuelles de travailler ensemble. Les liens vont se faire naturellement quand les gens vont se connaître. On le voit à Bordeaux, il a suffi d'une grosse mobilisation en plein centre-ville et, tout de suite, il y a eu plein de gens qui sont en train de se dire qu'on peut faire plein de trucs ensemble.
Il y a énormément de connaissances qu'ont les teufeur.euse.s qui sont tellement intéressantes et qui peuvent tellement apporter aux militant.e.s, que ce soit en termes de logistique, d'organisation, de déplacements et autres. Il y a tant de choses qui sont faites, que, dans la Free, parfois, on ne s'en rend même plus compte. Il y a une connaissance qui est liée à l'illégalisme qui est vraiment hyper intéressante, et je pense vraiment que mettre nos forces en commun, ça donnerait des choses de fou. C'est un peu vague, mais j'ai passé beaucoup d'années dans les milieux militants pour me rendre compte que souvent, on manquait beaucoup de capacités logistiques, de matos, de savoir comment gérer les choses, où on était tou.te.s sur une JBL. Je pense que quelques teufeur.euse.s ou quelques sound systems, ça peut faire prendre une toute autre ampleur à certains événements militants et j'ai vraiment hâte de voir des sound systems de toutes les villes assister les collectifs et les luttes de leur ville, et les militant.e.s défendre les Free Party du coin. Je pense qu'on aurait vraiment une lutte commune qui marcherait super bien ensemble.
Inversement, tu vois ce que pourrait apporter le milieu militant ?Nous, les teufeur.euse.s, on pense tout le temps soit en Free Party, soit en Manifestive, on a du mal à voir les choses autrement. Donc le milieu militant a un arsenal d'actions beaucoup plus varié. Aussi, en termes de cohérence politique, de théorisation du mouvement. Nous, on ne se rend pas compte de ce qu'on fait tellement on le fait tout le temps et on a besoin de mettre des mots sur ce qu'on fait, que ce soit de se rendre compte à quel point ça peut être anticapitaliste, ou politique, ou antifasciste ce qu'on est en train de faire. On avait un pote qui a fait une analyse marxiste de la teuf ; et les teufeur.euse.s qui avaient vu ça étaient en mode : « Putain, mais je ne me rendais pas compte de tout ce qu'on faisait ensemble, de toute la puissance collective de la Free Party ». Je pense que ça nous aiderait beaucoup, des fois, de juste parler avec des gens très formés politiquement et théoriquement sur certains sujets et ça aide aussi à se redonner confiance en soi.J'ai l'impression que les milieux politiques radicaux ont quand même, ces 10-15 dernières années, accumulé pas mal d'expérience de lutte contre la répression, que ce soit dans la rue, en termes de déplacements collectifs, d'éviter qu'il y ait trop de blessé.e.s, d'arrestations, etc. À certains moments, tout le monde donnait le nom de Camille pour éviter de se faire identifier. C'est tout un tas de pratiques qu'il serait bien de transmettre et d'appliquer pour éviter que les gens se fassent défoncer, que ce soit physiquement, économiquement, judiciairement...Je ne savais pas à quel point je peux en parler dans une interview, mais c'est clair que, sur la question des déplacements collectifs vis-à-vis des affrontements, il y a un besoin de formation qui est extrêmement important chez les teufeur.euse.s. En fait, il n'y a pas de formation. Concrètement, on est toujours dans cette logique d'autogestion et d'horizontalité. Dans des moments très critiques et dangereux, c'est important d'avoir des gens formés qui vont avoir un mégaphone, peut-être qu'ils vont dire ce qu'il faut faire ou qu'ils vont avoir le bon matos au bon moment. Le milieu autonome, en particulier, a des savoirs énormes sur ces sujets-là et on en aurait vraiment besoin. Tout comme avoir des street médics. Ça a beaucoup manqué, même si petit à petit, c'est en train de se former et de s'améliorer. Des sound systems prennent conscience des lacunes qu'on peut avoir et des blessé.e.s que ça entraîne.Pour pouvoir soutenir les sound systems du coin et pour être tenu au jus des informations et des trucs à faire, tu recommandes quoi ?Le mieux, c'est d'être au plus près de la teuf. Quand on n'est pas du milieu, c'est assez compliqué parce que c'est que par liens affinitaires. Tu ne pourras jamais avoir les infos d'une Free Party si toi-même tu ne connais pas des gens qui sont de la Free Party. Ça ne marche qu'avec des infos maintenant par Signal. Donc l'idée, c'est vraiment de se rapprocher au maximum des acteur.ice.s locaux.les de la Free Party ou du collectif Tekno Anti Rep et de ses référent.e.s, et essayer autant que possible de continuer à aller en teuf. Même si, on va pas se mentir, c'est dur de demander à des gens déjà précarisés d'aller dans des endroits où ielles risquent de prendre potentiellement 7500€ d'amende. Mais je pense qu'il ne faut plus voir la Free Party uniquement comme une fête, mais comme, le temps d'un week-end, d'une Zone À Défendre. On va défier l'État policier. Ça va être de s'équiper, de se préparer à défendre les teufs et à le faire collectivement. Je pense que c'est important que, dans toutes les villes, les gens soient conscients que maintenant la Free Party, ça ne va plus être qu'une soirée où on s'amuse, mais que ça va être un véritable acte de défiance face au gouvernement.Si vous voulez faire des retours, des critiques ou des apports à propos de ce texte, vous pouvez écrire à : creveripost@riseup.net
Crédits Photos : Masht_photos & PCCPBZH
[1] https://www.instagram.com/teknoantirep/
https://linktr.ee/teknoantirep
https://www.instagram.com/teknoantirepbdx