Pour rappel, l’AI Mode est le mode de recherche conversationnel de Google, qui répond aux questions par un texte généré par IA et permet d’enchaîner les relances comme dans un chatbot. Google l’intègre bien dans les données de la Search Console (GSC), mais sans le distinguer du reste du trafic. Selon la documentation d’aide de Google citée par l’auteur, une question de relance posée dans l’AI Mode est comptabilisée comme une nouvelle requête. Aucun filtre ne permet en revanche d’isoler ces requêtes.
C’est ce point de départ qu’a exploité Jan-Willem Bobbink, consultant SEO, dans une étude publiée le 14 octobre 2026 sur le site de GSC Wizard. Son raisonnement : faute d’étiquette, la seule preuve se trouve dans la forme des requêtes elles-mêmes. Une requête tapée dans un moteur ressemble à une requête. Un message adressé à un assistant ressemble à un message. « Yes please » n’a de sens que comme réponse à une proposition de l’IA.
L’auteur a classé toutes les requêtes de type « Web » de 155 propriétés Search Console, semaine par semaine, de juin 2025 à septembre 2026. Il s’est appuyé sur le classificateur du rapport « Query Analysis » de GSC Wizard. Trois catégories sont retenues comme « AI-shaped », c’est-à-dire de forme conversationnelle :
D’autres formes sont repérées mais exclues du décompte. C’est le cas des requêtes générées par les outils de suivi de visibilité dans les IA, des instructions machine entières enregistrées comme une seule requête, des opérateurs de recherche, des textes collés (messages d’erreur, par exemple) et des requêtes longues sans marqueur clair.
En juin 2025, les réponses brutes représentaient 5,6 occurrences par million d’impressions. En septembre 2026, elles atteignaient 116 et apparaissaient sur 94 des 155 sites. La hausse a démarré fin 2025 et s’est accélérée à partir de janvier 2026. Elle a culminé en avril et début mai 2026, entre 130 et 138 par million, avant de retomber à 68 la semaine du 22 juin, puis de remonter vers 120 en septembre.
La réponse la plus fréquente est aussi la plus simple : « yes », relevé sur 77 sites. Viennent ensuite ses équivalents dans d’autres langues (« ja », « si », « oui », « да »). Voici les exemples les plus répandus par catégorie, l’auteur ne citant que des requêtes présentes sur au moins trois sites :
Pour Jan-Willem Bobbink, ce schéma correspond à un assistant qui termine sa réponse par une proposition (« voulez-vous que je cherche des offres d’emploi près de chez vous ? ») et à un utilisateur qui accepte.
Les relances pivot sont le signe le plus net d’une conversation : « what about accounting » ne veut rien dire sans échange préalable. Ce sont aussi les plus rares, avec 13 129 impressions sur toute la période. Leur croissance est pourtant la plus forte : de 0,12 à 4,6 par million d’impressions, soit 39 fois plus, l’essentiel de la hausse intervenant après mai 2026.
L’auteur invite lui-même à manier ce multiple avec prudence. Sur une base aussi réduite, un seul site gagnant quelques centaines d’impressions suffit à faire bouger la courbe. La tendance se vérifie d’un site à l’autre, mais pas le chiffre exact.
Selon la façon dont on agrège les données, l’étude aboutit à deux résultats opposés. Si l’on prend la part de requêtes conversationnelles propre à chaque site et que l’on regarde le site médian (celui qui se situe au milieu de l’échantillon), elle passe de 0,032 % à 0,22 % des impressions, soit une multiplication par sept. Si l’on cumule toutes les impressions de tous les sites, cette part recule au contraire de 0,31 % à 0,10 %, soit une baisse de 68 %.
L’explication tient à quelques très gros sites, qui pèsent l’essentiel du volume et dont les questions conversationnelles ont chuté au second semestre 2025. Dans le total cumulé, ces questions passent de 0,31 % à 0,089 % des impressions.
Les deux autres catégories progressent malgré tout :
Pour l’auteur, la médiane répond mieux à la question « que vais-je voir dans ma propre Search Console ? ». Il n’a retenu pour ce calcul que les sites présents dans au moins 90 % des semaines, afin d’éviter qu’un site connecté en cours de route ne crée une fausse croissance. Dans tous les cas, les volumes restent faibles : les requêtes conversationnelles pèsent 0,13 % de l’ensemble des impressions. L’auteur le résume ainsi : c’est la croissance qui compte, pas la taille.
Sur l’ensemble de la période, les requêtes de forme conversationnelle affichent un taux de clic de 2,9 %. Toutes requêtes confondues, il atteint 35,6 %. L’auteur précise que ce dernier chiffre est gonflé par les grandes marques recherchées par leur nom : l’écart est donc moins marqué pour un site moyen.
Source : GSC Wizard
Le détail par catégorie est instructif :
Autrement dit, l’internaute qui converse avec une IA lit surtout la réponse et choisit rarement un lien. Pour Jan-Willem Bobbink, une impression sur « what about logistics » signifie que la page a été affichée dans une conversation, pas que l’internaute s’apprêtait à la visiter.
La moitié des impressions conversationnelles (49,8 %) concernent l’anglais. Suivent le néerlandais (6,0 %), puis le portugais, le danois, l’espagnol, le français et le suédois. Au total, 27 langues sont représentées. L’auteur reconnaît que cette répartition reflète en partie la composition de son échantillon, où les sites néerlandais et internationaux sont nombreux. Plus d’un tiers des requêtes n’ont pu être rattachées à aucune langue, un « ok » étant trop court pour être identifié.
L’étude s’est aussi intéressée à la politesse. Parmi les réponses affirmatives, l’auteur a compté celles qui contiennent un mot de type « s’il vous plaît » ou « merci » :
Source : GSC Wizard
Le hongrois, l’hébreu, le persan, le finnois, le croate, le serbe et l’ukrainien se situent à une occurrence sur dix ou moins. L’auteur y voit une habitude linguistique plutôt que de l’impolitesse : un simple « kyllä » est une réponse normale en finnois, et en japonais, はい est déjà poli en soi (お願いします, « s’il vous plaît », apparaît tout de même sur 17 sites). En français, 50 % des réponses contiennent « merci », ou « svp ».
Pour les professionnels du SEO, l’étude fournit d’abord une méthode simple : rechercher dans le rapport « Performances » de la Search Console des requêtes qui n’ont de sens que dans une conversation (« oui », « et pour… », « en anglais svp »). Leur présence indique qu’une page a été affichée dans un échange avec l’AI Mode. Leur faible taux de clic invite aussi à relativiser certaines baisses de CTR : une hausse d’impressions sur ce type de requête peut faire mécaniquement reculer le taux moyen d’une page sans que son positionnement ait changé.
L’étude comporte toutefois des limites, que l’auteur détaille lui-même :
L’étude est par ailleurs publiée sur le site d’un éditeur d’outil, qui propose de reproduire l’analyse via son rapport payant après sept jours d’essai. Aucune source indépendante ne recoupe pour l’instant ces chiffres. Reste une question que l’étude ne peut trancher : tant que Google ne distingue pas l’AI Mode dans la Search Console, ces requêtes « orphelines » demeurent l’une des seules traces disponibles pour les éditeurs de sites.
L’article "Search Console : les relances tapées dans l’AI Mode trahissent le trafic conversationnel" a été publié sur le site Abondance.