D'indispensables précisions
A propos de mon article : « A travers l'exemple du musicien chanteur occitan Claude Sicre et des prises de positions de pères fondateurs comme Frédéric Mistral, les côtés troubles de l'idéologie occitane. »
D'indispensables précisions
A propos de mon article : « A travers l'exemple du musicien chanteur occitan Claude Sicre et des prises de positions de pères fondateurs comme Frédéric Mistral, les côtés troubles de l'idéologie occitane. »
Depuis l'affichage sur des sites libertaires de mon article « Fascisme et poésie pure », je reçois des mails qui me demandent des précisions sur les positions de Sicre and C°. Sur des questions qui touchent à la « race » et au « woke », je peux fournir à celles et à ceux que ça intéresse les extraits de la liste de discussion et de diffusion créée autour de la « Linha Imaginot », relatifs à la polémique que j'ai déclenchée. Dans la mesure où Sicre tente de censurer mon article repris par Info Libertaire et propose de rendre publics, pour sa défense, les échanges affichés sur la liste, je pense que ces extraits montrent déjà de quoi il retourne et en quoi mon texte n'est nullement calomniateur. De plus, le modérateur de la liste vient d'afficher les règles à respecter, en particulier « les attaques personnelles, les insultes, le sexisme, le racisme ou toute autre forme de discrimination et de harcèlement ne sont pas tolérés », ainsi que les liens vers « des sites liés à l'extrême droite ou assimilée ». Résumons.
Première thèse. La polémique ne porte pas seulement sur les sens plutôt récents du terme « race » en occitan, en gascon, etc. Il y a pire. Pour le français qui a commencé à être formaté par les « connétables » de l'État dès le règne des derniers Capets, le terme de « race » fut sanctifié et défini comme synonyme de « lignée franque », comme le rappelle Léon Pokialov dans « Le Mythe aryen ». Voici ce qu'affirme le préambule du XIVe siècle de la Loi salique sur les Francs : « Race illustre, fondée par Dieu lui-même, forte sous les armes, ferme dans ses alliances, profonde dans ses conseils, à la beauté et à la blancheur singulière, au corps noble et sain, audacieuse, rapide, redoutable, convertie à la foi catholique et appelée à dominer les autres races... » Ce que nous nommons, en français moderne, du racisme de type aryen. C'est ce genre de critiques (je ne suis ni le premier, ni le seul, ni le dernier à les faire), rappelées dans ma brochure « Aux origines des doctrines raciales en France » qui a mis Sicre hors de lui : d'où ses dénégations en la matière. Grosso modo, il détache la notion de racisme de celle de race, qui lui est associée, pour la période antérieure à la seconde moitié du XIXe siècle, racisme qu'il date de l'écriture par Gobineau de « L'essai sur l'inégalité des races humaines », époque où le racisme de type scientiste apparaissait à peine, via la phrénologie, car la biologie était dans les langes et la génétique n'existait pas. Pour lui, auparavant, le terme de race « était polysémique », y compris en français. Or, pour « race », les termes de « lignée », de « sang », de « couleur de peau » et, pour finir, celui « d'hérédité », tous liés à des caractéristiques physiques, psychiques, etc., transmissibles étaient monnaie courante depuis belle lurette. Sicre n'a rien inventé. Il ne fait que rabâcher les interprétations, à base d'omissions et de truquages, créées par les doctrinaires du PCF dès les lendemains de la seconde boucherie mondiale. Car ces derniers, pour nier le caractère raciste de la grande majorité des idéologues des Lumières et de leurs héritiers, eux compris, effectuèrent la réécriture intéressée de l'histoire des « races » en France : ils attribuèrent l'apparition du racisme à des monarchistes, façon Gobineau, à des fascistes et, bien entendu, à des nazis afin de blanchir les républicains. Sicre ne fait même pas allusion au « Code noir » de 1710, titre du recueil d'ordonnances royales (la première est celle de Colbert en 1682) destiné à fixer les règles de l'esclavagisme aux colonies : « Les nègres, peuple destiné à l'esclavage » comme l'affirmait le préambule. Code noir qui vient juste d'être officiellement aboli en mai 2026 ! Les descendants actuels des esclaves, qui hurlent contre le caractère limité de la décision de l'Assemblée nationale (elle ne fait même pas allusion au racisme du Code et exclut le moindre dédommagement), apprécieront les omissions du « Trobador ».
Deuxième thèse. Sicre est l'émule de Felix Castan, le promoteur de la notion restrictive de « décentralisation culturelle » dont les « positions communistes » sont rappelées dans « L'Humanité ». Car Castan, entré au PCF en 1944, ne l'a jamais quitté ni même critiqué pour l'essentiel, à ma connaissance, en particulier pour ses positions contre-révolutionnaires lors des infamies coloniales commises par l'État, parfois avec sa collaboration active : par exemple, lors du vote par les députés du PCF au parlement, en 1956, des « pouvoirs spéciaux » à l'armée en Algérie. Castan resta d'ailleurs muet sur les poussées subversives qui, dès la fin des années 1960, rejetaient le Parti et ses organisations satellites, à commencer par la CGT, y compris dans les usines. Sicre, lui, à la façon des idéologues du Parti des années 1980 et de ses compagnons de route comme Clouscard (qu'il a bien connu), inventeur du prétendu « libéralisme libertaire », a pondu en 2018 le long article « Mai 68 ou le triomphe du manque d'imagination et de diverses provincialisations », réédité par la « Linha Imaginot ». La trame est celle des élucubrations conservatrices et moralisatrices sous pavillon « communiste » à la Clouscard, très bien démontées par la brochure, éditée en ligne en 2019, par Les Meutes Éditions : « Notes sur le capitalisme de la séduction de Michel Clouscard », que j'ai fournie à la liste de diffusion, sans obtenir la moindre réponse. Bref, la « décentralisation culturelle » ne remet pas en cause la nature de l'État mais ne conteste que l'hypercentralisme de l'État hexagonal dans le domaine des langues et des cultures. Hypercentralisme défendu longtemps par le PCF, grosso modo jusqu'aux années 1990, qui marquèrent son recul, puis sa déconfiture. Depuis, il accepte quelque peu la « décentralisation culturelle » pour tenter de racoler des forces électorales additionnelles. Ni plus, ni moins.
Troisième thèse. Mais au sein des adeptes de la « décentralisation culturelle », il existe d'autres tendances, pas plus ragoûtantes que celle de Sicre. Ainsi, pour défendre avec acharnement son idéologie identitaire gasconne raciale, y compris contre les occitanistes, la chanteuse Orionaa donne, comme Sicre, des définitions officielles de dictionnaires (« Les mots captifs », disait André Breton) à titre d'arguments d'autorité. Ici, celle de la « race » quasi mystique et identitaire du dictionnaire de Simi Patay, créateur de l'Escola Gaston Febus, dans la lettre qu'elle m'envoie sur la liste, entre deux jets d'insultes, en soulignant que Patay n'était « pas très politiquement correct » ! Belle litote ! Il était catholique conservateur, défenseur en bloc des traditions, même les plus patriarcales, faisait la promotion de l'encyclique de Léon XIII sur « le christianisme social » par hostilité au « Midi rouge », puis il devint pétainiste lors de la seconde boucherie mondiale, puisque le Maréchal favorisait les langues « provinciales » contre « l'imposition exclusive de la langue républicaine ». Voir la circulaire de l'un de ses secrétaires d'État, Carcopino, datée de 1941, sur l'éducation. Le journal auquel participait Patay, « Le Patriote des Pyrénées », créé par des curés adeptes de Léon XIII, disparut mi-1944, avant que les maquis du coin, qui comprenaient des Espagnols rescapés de la révolution ibérique, ne détruisent ses locaux. Car le quotidien était collaborationniste sans complexe ni réserve.
Quatrième thèse. Mais avec Orionaa, la coupe d'immondices n'était pas encore pleine. Elle s'en prend à Joan-Carles Codèrc, l'éditorialiste du dernier numéro de la « Linha », qualifié « d'artiste wokòc » qui serait mon « émule » (c'est la première fois que j'entends son nom). Position qu'elle a développée, non pas de façon critique par rapport à telles ou telles thèses « woke », réelles ou supposées, qui ne lui conviennent pas, mais de manière haineuse : « De mon point de vue très béarnais, les occitanistes sont pénibles (pas tous), les woke sont pénibles (tous), les occitanistes woke sont insupportables, les artistes occitanistes woke sont consternants. » Pour finir elle conseille d'écouter le « génial » Pierre Jourde : « Les valeurs wokistes défendues par la gauche sont des valeurs fascistes ! » https://www.youtube.com/watch?v=juOsk9BXccM Or, Jourde est l'un de ces philosophes sociologues qui, comme Michéa précédemment, est passé du lénino-stalinisme au conservatisme le plus crade, fournissant du grain à moudre à la fosse à purin idéologique des fascistes relookés « purs » républicains en guerre contre le « wokisme », en particulier dans les universités. L'interview du « génial » idéologue réactionnaire est effectuée par « Radio Courtoisie », radio fasciste connue depuis des dizaines d'années, lors de la matinale « Ligne droite » !
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Voilà. Je n'affirme pas que la totalité des participant(e)s à la liste de diffusion sont des fascistes en puissance. La tendance dominante est plutôt favorable à l'étatisme, façon LFI, voire PCF. avec la demande de création de niches culturelles. Parfois, l'un(e) des intervenant(e)s sur le blog sent passer plus ou moins le vent du boulet réactionnaire à la Orionaa, mais sans en tirer la conclusion nécessaire : au minimum la rupture avec de tel(le)s xénophobes. Voilà ce qui arrive lorsque des individu(e)s placent la séparation culturelle au-dessus de toutes les autres séparations propres au monde de la domination, comme signalé dans mon article « Fascisme et poésie pure ».
André Dréan
Fin juillet 2026
Pour correspondre : nuee93 chez orange.fr