C’est ainsi que, en plein cœur de l’été puis dès son retour au travail, notre équipe a compulsivement tourné, corné, annoté des pages, dans l’espoir de vous proposer une sélection digne des meilleures chroniques littéraires du Masque et la Plume. En un poil plus woke, vous verrez…
Promis – même si ce n’est pas l’envie qui nous manque – on ne fera pas ici la promo de Les mauvais jours finiront, le passionnant recueil de six mois de correspondance entre Alice Zeniter et Phœbe Hadjimarkos Clarke, à paraître dans quelques semaines à La Déferlante Éditions
.
Mais on vous parlera d’ouvrages (romans, essai, bande dessinée) qu’on a lus cet été et qui valent, selon nous, que vous vous dérobiez quelques heures aux impératifs de la rentrée. Quitte à répondre à celles et ceux qui vous dérangent : « Débrouillez-vous, je ne suis là pour personne ! »
Très bonne(s) lecture(s),
Signé
: toute l’équipe de La Déferlante
Le Livre des souterrainsAvec un art consommé du pastiche et grâce à une prodigieuse construction romanesque, Phœbe Hadjimarkos Clarke livre un récit féministe d’une grande force, qui fait du corps féminin un territoire de fiction, de désir et de puissance. Tout en saisissant avec acuité les grands maux de notre monde contemporain (surchauffe de la planète, technofascisme et racisme antimigrants), son Livre des souterrains nous fait perdre nos repères et traverser bien des frontières. Affreusement jubilatoire.
→ Le Livre des souterrains, Phœbe Hadjimarkos Clarke, Éditions du sous-sol, 2026. 21,50 euros.
Toute une vie à chercherRothko Taylor a longtemps été tenu⋅e éloigné⋅e de la petite station balnéaire qui l’a vu⋅e grandir. À sa sortie de prison, iel a 36 ans et n’est plus l’adolescent⋅e qui marchait à côté de sa vie. Dans ce deuxième roman, le poète et rappeur britannique Kae Tempest raconte l’âpreté d’une adolescence trans dans l’Angleterre du début des années 2000, les liens familiaux contrariés, la découverte de soi dans les yeux d’une aimée et, peu à peu, la douceur d’un retour à la vie. Truffé de citations musicales, hanté par le flow mondialement célèbre de son auteur, ce récit écrit à la serpe nous jette sans ménagement dans les montagnes russes émotionnelles de son antihéros. Un voyage dont on sort étonnamment apaisé⋅e.
→ Toute une vie à chercher, Kae Tempest, trad. Madeleine Nasalik, Éditions de l’Olivier, 2026. 23 euros.
PossédésDans ce premier roman, Laetitia Faure raconte sa propre histoire : celle d’une femme qui cherche désespérément à soigner les blessures de son enfance.
Elle entremêle les souvenirs de sa vie de petite fille, dans une villa cossue de Cannes où tout n’est qu’apparences, et ses consultations de thérapeutes en tous genres (du magnétiseur en visio au kinésiologue). Avec beaucoup d’autodérision et de subtilité, l’autrice raconte ses errements dans le développement personnel, mais aussi le poids de la religion et des silences familiaux. On plonge avec elle dans les années 1980 pour découvrir la violence d’une éducation soumise à la loi de Dieu et du père, qui décident de tout – y compris des vacances obligatoires dans les lieux saints et les retraites spirituelles. Possédés raconte l’histoire d’une évasion, que l’on suit avec intérêt.
→ Possédés, Laetitia Faure, Seuil, 2026. 21,50 euros.
En attendant Marky MoonMark est mort. Mais ce qui rend Renata inconsolable, c’est que son meilleur ami ne vienne pas lui rendre visite sous forme de fantôme. Car des fantômes, Renata en croise partout, tout le temps. Et encore plus depuis que la communauté queer de New York, dans laquelle elle évolue, est décimée par une épidémie qui n’a pas encore de nom.
Natalie Adler, dont c’est le premier roman, nous entraîne dans le New York du début des années 1980. Le sida et la gentrification galopante sont en train d’abîmer de manière irréversible des modes de vie alternatifs, héritages des décennies précédentes. Le chagrin et la dérision se mêlent dans ce magnifique portrait de communautés qui tentent de déjouer la catastrophe avec un certain panache.
→ En attendant Marky Moon, Natalie Adler, trad. Caroline Bouet, Phébus. 23,50 euros.
Petit Manuel de lutte contre l’islamophobiePourquoi le racisme antimusulman est-il souvent nié, au point de disqualifier le concept d’islamophobie ? Comment réagir et comprendre les effets de cette discrimination spécifique ? Quels liens entretient-il avec le complotisme ? Le Petit Manuel de lutte contre l’islamophobie d’Hanane Karimi est une boîte à outils très utile pour comprendre et lutter. En posant un cadre historique clair, la sociologue démontre comment l’islamophobie d’État peut basculer dans des pratiques autoritaires. Un livre à garder dans sa poche pour les jours où on a besoin de prendre du recul et d’agir.
→ Petit Manuel de lutte contre l’islamophobie, Hanane Karimi, Éditions du commun, 18 euros. À paraître le 18 septembre.
Une grossesse sur quatreDès les premières pages, l’enquête de Camille Drouet Chades, illustrée par Manon Mugnier, nous met face à un problème de société majeur : l’invisibilisation médicale et politique des arrêts spontanés de grossesse (autrement appelés « fausses couches »). La journaliste a elle-même expérimenté l’indifférence de certain⋅es de ses proches et du monde médical lors de plusieurs de ces épisodes. Avec, comme pour des centaines de milliers de femmes chaque année, des conséquences graves sur sa santé physique et mentale. Poussant au-delà du récit intime, l’enquête dévoile l’indifférence politique à l’égard de la santé des femmes, mais également l’indigence d’un système de santé, forcé, par manque de moyens, de négliger certain⋅es patientes. Une bande dessinée à mettre entre toutes les mains !
→ Une grossesse sur quatre. Enquête sur le tabou de la « fausse » couche, Camille Drouet Chades et Manon Mugnier, La Revue dessinée/Casterman. À paraître le 9 septembre. 25 euros.
À propos de l’article « Non-représentation d’enfants, le combat des mères protectrices », publié dans le n° 23 de la revue La Déferlante, à paraître ce vendredi 4 septembre 2026.
Des erreurs concernant plusieurs éléments factuels et judiciaires nous conduisent à publier le présent erratum. Dans la version papier de l’article, des informations relatives à la situation d’une mère – qui témoigne sous le nom de Cynthia – et de son fils ont été rapportées de manière inexacte ou incomplète.
Nous précisons que, contrairement à ce qu’expose l’article, le père du fils de Cynthia n’a fait l’objet d’aucune condamnation pénale pour violences conjugales. La procédure correspondante s’est conclue par un non-lieu. L’article affirme par ailleurs que, concernant les faits dénoncés par le fils de Cynthia, « la plainte avait été immédiatement classée sans suite ». C’est une erreur, puisqu’une information judiciaire, portant notamment sur des faits qualifiés de viol sur mineur, est actuellement en cours. L’article attribue à « un expert » la recommandation de ne pas remettre le fils de Cynthia à son père. Cette formulation est inexacte : la non-remise de l’enfant faisait suite à des instructions écrites des services de police demandant à Cynthia de ne pas remettre l’enfant à son père. La chronologie des faits rapportée dans l’article est également incomplète et susceptible d’en fausser la compréhension : la décision du juge aux affaires familiales du 29 août 2023 de placer l’enfant au domicile du père aurait dû faire apparaître qu’une information judiciaire concernant les faits de violence dénoncés à propos du fils de Cynthia était alors en cours. Enfin, l’article évoque une « contre-expertise » psychiatrique concernant Cynthia sans préciser que deux expertises psychiatriques indépendantes ultérieures ont conclu à l’absence de toute pathologie, dont l’une avait été ordonnée judiciairement.
La version de cet article disponible en ligne sur notre site a été corrigée le
27 août 2026, à partir des précisions apportées par Cynthia. Nous la remercions et lui présentons nos excuses sincères pour les erreurs présentes dans la version initiale de l’article.