Qu'est-ce qui pouvait mal se passer ? Déposée en décembre 2025, la future « loi intégrale », ou « loi contre les violences sexuelles et sexistes faites aux femmes et aux enfants », végétait dans les frigos de l'Assemblée nationale depuis près d'un an. Mais à la faveur de l'indignation générale suscitée par le meurtre de Lyhanna, 11 ans, l'agenda parlementaire change opportunément l'ordre de ses priorités. Dans la foulée, une coalition d'une dizaine d'associations, dont des poids lourds du féminisme carcéral et de l'abolitionnisme du travail du sexe, est auditionnée par une commission parlementaire « transpartisane » (dirigée par le bloc central et les socialistes).
Un meurtre horrible, une subtile instrumentalisation politique et des assos féministes prêtes à coopérer. Voilà qui devrait faire écran de fumée. Si le texte actuel est encore en passe d'être amendé, il assume néanmoins un durcissement répressif. Suppression des peines alternatives aux poursuites pour violences sexuelles, augmentation des peines pour certains viols, création d'un régime pénal autonome de l'inceste, extension de la pénalisation des clients au travail du sexe en ligne… La lutte contre les violences sexistes et sexuelles se mesure à la taille de gourdin qui s'abat sur les auteurs.
Alors bien sûr, on nous promet de former les policiers aux psychotraumas – bientôt des flics déconstruits ? –, de garantir un logement sécurisé pour les victimes de violences – seulement en Outre-mer – et même d'ouvrir des parcours de soins sans avance de frais ni plainte préalable. Formidable. Mais avec quels services publics au juste ? Le logement social saturé, déjà incapable de répondre favorablement aux 2,9 millions demandes en 2025 ? Les hébergements d'urgence qui mettent femmes monoparentales et enfants à la rue depuis cet été ? Le système de santé déjà à l'os ? Quant à Édouard Geffray, qui y va aussi de sa petite mesure, c'est à hurler dans un coussin. Le ministre de l'Éduc nat veut mettre en place un questionnaire de détection des violences à l'école, suivi d'un entretien individuel si l'enfant dénonce des abus. Mais comment tu comptes t'y prendre, Édouard, avec un médecin scolaire pour 13 000 élèves et une infirmière pour 1 300 ? D'autant que côté prévention, l'État sèche les cours depuis 25 ans. La loi de 2001, qui instaurait trois séances annuelles obligatoires d'éducation à la sexualité de la maternelle au lycée, est royalement ignorée : seuls 20 % des élèves en bénéficieraient aujourd'hui. Le prochain budget ne prévoit même pas de ligne dédiée à ce sujet dans l'enveloppe de l'Éducation nationale.
À ce stade, la loi « intégrale », soutenue par la macronie, fixe 3 milliards d'euros de financements. Pendant ce temps, cette même macronie annonce 54 milliards d'« efforts budgétaires » en 2027. À pleurer.