Le thème était alléchant, « la communauté », et le lieu attirant, à quelques kilomètres de Naples entre le Vésuve et Capri. Nous nous sommes donc rendus au 19e Faitodoc pour continuer notre anthropologie collective des lieux où se montre et se discute le cinéma. [1]
Quelques mots sur la montagne avant de parler des films : entouré par les ruines archéologiques de Pompéi, la zone industrielle de Castellamare, la côte d'azur napolitaine d'Amalfi, le Monte Faito est un monde à part. Perché à 1100 mètre au-dessus de la baie de Naples, le village, entouré de forêts de pins, de châtaignés et de hêtres, fut un centre touristique dans les années 60, aujourd'hui à moitié en ruine.
Le festival est organisé par des cinéastes belges en complicité avec une association anti-mafia de Castellamare. L'asso organise le camping, le bar et les activités, les belges s'occupent de la programmation. En découle une composition sociale étrange : jeunes hippies de la région venu pour camper dans la forêt et jouer du djembé, gens du cinéma et de la culture bruxelloise, rares habitants des villas appartenant aux grandes familles napolitaines, cinéastes du monde entier ayant fait le déplacement (un mec est même venu d'Inde !).
Tout cela se mélange plus ou moins. En tout cas, les organisateurs ont à cœur de créer des liens et en plus des rencontres cinématographiques, plusieurs évènements sont dédiés aux locaux : vernissage d'un peintre, jury des habitants d'Il Camino, un centre de réinsertion, concert organisé par les ultras de Stabia le club de foot de la vallée etc. Évidemment, cette composition n'est pas simple : mairies et institutions frileuses de soutenir des hippies, campeurs peu intéressés par les films, agissements mystérieux de la mafia, etc.
En résulte une communauté bizarre (au bon sens du terme), une bonne ambiance, réalisée avec seulement 25 000 euros de subventions, beaucoup de travail bénévole et une cinquantaine de films de pays différents que l'on peut voir à partir de 10h30 jusqu'à la nuit dans le grand chapiteau de la Casa del cinema. (https://faitodocfestival.com/)
Les films que nous avons pu voir sur le thème de « la communauté » ont été réalisés depuis des marges : chez les fous dans Noi siamo gli errori che permettono lo vostra intelligenza et les troublés de la Forestière dans Aïe aïe aïe, qui aime bien l'amour ici ? ; des vieux qui ont Alzheimer (Dans leur monde), des ados en role-play sur GTA (Bac à sable), des vétérans du Vietnam (Les recommencements) ou des féministes Corses (#Saintejulie). Des communautés minoritaires, à côté ou en dehors de la « société » et souvent issues de ses plus basses couches : le prolétariat belge dans Buda ou le lumpenprolétariat cubain dans Al oeste, in Zapata.
Dans ces deux films, « la société » est ce qui s'impose d'en haut : dans Buda sous la forme de règles absurdes concernant les déchets, que les travailleurs de la décharge doivent expliquer aux clients mécontents ; dans Al oeste sous la forme d'un discours révolutionnaire lointain, entendu sur une radio (qui se remonte à la main) par Landi, chasseur de crocodile dans les paludes cubaines.
Ces deux communautés, celle des travailleurs dans une société capitaliste (Buda) ou celle d'une famille pauvre dans une société communiste (Al oeste) sont reliées à la société par une activité invisibilisée (le commerce de peau de crocodile, le travail de tri des déchets ou le travail reproductif de Mercedès, la femme du chasseur).
Dans Buda, les braves gens se plaignent des règles bureaucratiques. Les travailleurs s'en foutent, ils attendent la retraite ou se révoltent contre leurs conditions de travail. Le chasseur de crocodile, lui, a peut-être une vie misérable mais sa chasse, pratiquée en solitaire avec comme seul instrument une corde est grandiose. Le film fait tout pour qu'elle le soit : noir et blanc contrasté, long plan-séquence et suspens.
Ces deux films nous montrent que la communauté est ce qui grandit dans l'ombre de la société. Elle a la consistance d'un savoir-faire, la chasse, le soin d'un enfant autiste ou la gestion des flux de matériaux.
Elle se compose de liens : sous une apparente brutalité, l'amour émane des liens familiaux et conjugaux dans Al Oeste. Une tendresse qui est protégée par la pudeur que permet le noir et blanc et la longueur des plans. Dans Buda, c'est l'appartenance de classe qui permet que d'autres prolétaires se lient et se livrent aux personnages et à travers eux aux spectateurs. Comme ce chauffeur de tram traumatisé d'avoir un jour accidentellement écrasé une personne âgée pendant son travail.
Bien sûr, c'est un peu plus compliqué que ça puisque l'appartenance de classe est en partie subie et que l'amour de Mercédès est aussi troublé par une attente et une inquiétude. La communauté, en dehors de la société, peut aussi être terrible].
Néanmoins, ces deux films nous apprennent que la communauté se compose par le bas, par des liens, des règles et des pratiques choisis. Par une appartenance commune et une forme d'extériorité à « la société ».
Si la communauté se trouve en dehors, à côté ou en bas, quel rapport entretient-elle avec la société qui la surplombe, l'englobe ou l'écrase ?
#SainteJulie part de la critique. La société apparait sous forme de visages, de paroles, de regards. Les personnes interrogées sont des cyclistes au bar, des boulistes, des amis, des jeunes, des vieux, des femmes et des hommes, toutes et tous séparés par le dispositif du splitscreen. La fragmentation de l'image dans le cadre permet ici de faire communiquer des groupes d'individus différents qui apparaissent réunis par le montage. Chaque atome de « la société » parlant à tout le monde et devant le regard des autres. Au milieu, circulant, une vérité : une femme, Julie, a été tuée par son mari. Un féminicide qui met en crise la société patriarcale corse.
Noi siamo gli errori, part de la folie comme étrangeté. Il retrace l'histoire d'une troupe d'acteurs-fous, l'Accademia della follia, créée dans l'ancien hôpital psychiatrique de Trieste. Pour son maestro, Claudio Misculin, « l'excès est une vertu ». Avec sa troupe, composée en partie de personnes diagnostiquées comme folles, l'Accademia della follia va peu à peu s'imposer dans le champ du théâtre italien dans les années 80 et 90 en faisant de la folie une puissance créative.
Les deux films vont à rebours des discours institutionnels. Le féminicide de Julie par son conjoint Bruno Garcia n'est pas un acte spectaculaire ou un accident. #Saintejulie est une contre-enquête qui reprend là où s'arrête celle de l'institution judiciaire et médiatique. Qu'est ce qui rend possible un tel acte ? C'est un ensemble de pratiques et de discours, faisant système, qui aboutissent au meurtre de Julie. Noi siamo gli errori, constitué des archives de l'Accademia, reprend à son compte la théorie de la psychiatrie institutionnelle selon laquelle ce ne sont pas les fous qui sont malades mais les institutions.
Dans une scène de Noi siamo gli errori, Claudio est filmé en train d'approcher un homme dans un hôpital psychiatrique. Celui que tout le monde appelle le monstre, est accusé d'avoir arraché les yeux de son compagnon de cellule. Claudio parviendra à le faire sortir et à faire jouer cet homme qui était condamné à l'isolement. Dans #Sainte Julie, après avoir entendu de nombreux hommes se dissocier de Bruno le meurtrier, on assiste à une cérémonie religieuse où un homme porte une croix en public pour laver ses pêchers. Les deux films s'attaquent à la figure du monstre et à son corollaire, la victime les faisant voler en éclat devant la complexité des systèmes d'oppression.
Dans #SainteJulie, plusieurs communautés émergent dans le sillage du féminicide. Celle des féministes corses, celle des amies de Julie et celle des mères dont les enfants sont amis avec les enfants de Julie et Bruno. Dans une scène, une mère raconte comment après avoir recueillie les enfants de Julie, cette dernière se retrouve à devoir leur annoncer elle-même le meurtre de leur mère et l'emprisonnement de leur père.
Dans Noi siamo gli errori, la troupe se réuni non pas autour de la folie, mais autour d'une exigence de théâtre. La pratique qu'ils partagent n'est pas de l'art thérapie. Claudio insiste, si des gens se soignent à travers l'Accademia della follia tant mieux, mais le but est de révolutionner le théâtre. Dans #SainteJulie, il ne s'agit pas seulement de réprimer les actes spectaculaires de violence mais de mettre en crise profondément la société patriarcale sur ces bases les plus invisibles.
Ce que nous apprennent ces deux films c'est que les communautés naissent depuis les manquements des institutions et la puissance collective retrouvée en dehors d'elles. La communauté se construit en partie contre la société, depuis sa critique et dans une perspective combative.
Aïe aïe aïe est un film qui se passe dans un centre de jour pour personnes ayant des troubles mentaux. Dans leur monde se passe dans un EHPAD pour personnages âgées atteint de la maladie d'Alzheimer. Nous avons eu envie d'opposer ces deux films car s'ils partagent une même envie de faire « avec » les résidents, ils divergent sur la façon d'y parvenir.
Le premier s'inscrit dans le champ du cinéma expérimental : ils s'amusent dans la forme, tentent des choses. Les réalisatrices qui se définissent comme des « amatrices, n'ayant pas fait d'école de cinéma », passent par des formes « atelier » pour impliquer les personnages du film dans sa fabrication même. Ils utilisent aussi les possibilités de trucages qu'offre le montage.
Un des personnages filme une voiture – les résidents sont invités à s'emparer de la caméra – elle voudrait qu'elle soit rouge alors qu'elle est noire, en post-prod elle devient rouge.
Le deuxième est plus professionnel et s'inscrit dans le champ du cinéma direct, il a une forme plus classique. Les résidents de l'EHPAD sont aussi acteurs du film même s'ils interviennent moins directement sur la forme. Une des personnages principaux s'empare de la perche, qui se retrouve dans le champ, en voulant soulagé la technicienne du son.
Si la société est, contrairement à la communauté, un regroupement d'atomes séparés, ce sont les institutions qui font tenir ensemble ces différences que rien ne lie. Ces deux films s'attaquent à des institutions dans lesquels se retrouvent des pans marginalisés de la société.
Ils s'intéressent à ce qui, de communauté, peut se constituer malgré tout au sein de ces institutions. Dans Aïe, aïe, aïe, c'est le film comme fabrication d'un objet collectif qui constitue la communauté du faire ensemble. Ce qui est touchant dans le deuxième film, c'est que des personnes qui n'ont peut-être jamais vécu auparavant en communauté, qui ont vécu dans d'autres institutions (le couple, la famille etc.) se retrouvent à vivre en communauté par défaut. Une résidente qui est fatiguée préfère s'endormir sur le canapé de la salle commune au lieu d'aller dans sa chambre.
Dans Aïe aïe aïe, les personnages tendent à se rendre vers le dehors, dans les espaces publics, par exemple à la rencontre des passants pour faire des micros trottoirs sur le thème de l'amour. Il laisse la place à la rencontre, sans distinction entre les personnes atteintes de troubles mentaux et les personnes « valides ». Le film montre une communauté qui se crée à travers l'institution mais via des lignes de fuite en dehors d'elle.
A l'inverse, Dans leur monde est plus pudique, avec une photographie très froide qui rappelle les couleurs de l'EHPAD. Le film montre l'institution comme clôture, sans extérieur possible et contribue peut-être malgré lui, à renforcer le sentiment d'enfermement.
Le titre Dans leur monde, nous prépare à percevoir la réalité depuis le prisme des individus résident de l'EHPAD, depuis leur vision singulière, atteint d'une dégénérescence mentale. Mais cette proposition ne tient pas entièrement sa promesse, et le monde que le film nous montre, est plutôt celui de la normativité institutionnelle, de sa froideur, et de son incompréhension vis à vis des aspérités qui lui échappent. A l'inverse, Aïe aïe aïe, nous emmène dans des délires qui prennent forme et qui échappent, à travers le film, à l'institution.
Ce qui caractérise notre époque c'est la destruction des écosystèmes, si Felix Guattari parle d'écosophie, c'est que les communautés humaines sont aussi menacées par l'effondrement. Résultat : on fuit de partout « la société » qui s'effondre. Dans Bac à sable, les ados trouvent refuge dans le monde virtuel de GTA, inspiré des grandes villes états-uniennes. Dans Les recommencements, la fuite prend la forme d'un road-movie à travers l'Amérique contemporaine.
La destruction des environnements et des communautés pousse à chercher des liens ailleurs que dans le réel ou à s'accrocher à ce qui reste (des communautés terribles ?). Pour le personnage principal de Recommencements, un descendant amérindien et vétéran du Vietnam, la communauté des anciens combattants est une communauté dont il a besoin mais qu'il redoute autant qu'il la désire.
A priori, le monde virtuel de GTA est une copie fidèle de la société avec ses stages pour devenir flic, ses épiciers et ses administrateurs. L'Amérique que Al Moon traverse depuis la Californie pour rejoindre une réunion des anciens combattants est en ruine et les paysages de cette Amérique trash sont - par le jeu du montage, de la photo et des poèmes de Al Moon - menacés de destruction, contaminés par la guerre (du Vietnam dans laquelle Al Moon regrette de s'être engagé et par les guerres d'exterminations qui sont à la base de l'histoire des USA).
Dans la société de GTA - terrifiante par ce qu'on finit par y croire et parce que réellement des gens l'habite (malgré qu'elle soit virtuelle) – comme dans la société américaine « réelle » traversée par Al Moon, perce toujours de la communauté. Dans Bac à sable, des personnages essaient de pousser les limites du role-play en refusant les règles des administrateurs, un couple se rencontre dans le jeu et se rend compte de l'immatérialité de leur lien et en sont réellement affectés.
Lors de sa traversée, Al Moon rencontre d'autres personnes qui, comme lui, errent dans les paysages. Dans Bac à sable, un groupe se forme autour de la plongée sous-marine virtuelle et les voix des micros trahissent les différences d'âges cachées sous les figures stéréotypés des avatars. Dans la fuite de la destruction du monde, des gens sans communautés se retrouvent et fondent des « communautés négatives ».
Communautés de gens qui fuient l'absence de communauté et/ou les communautés existantes (et donc peut-être terribles). Dans Bac à sable, on entend des enfants en arrière-plan sonore d'un micro d'une joueuse, dans les recommencements, Al Moon renie et en même temps excuse ces anciens compagnons sanguinaires et monstrueux qui étaient ses frères d'arme.
Dans les deux, la société américaine ultra violente fait office de supra-société, l'Empire au bord de l'effondrement. « Les choses sont en train de changer, les gens sont malades » dit Al Moon alors que des images de bombardement se superposent aux paysages calmes du Kansas. Bac à sable se termine sur un tsunami qui détruit la ville virtuelle.
Une fois arrivé à son but et habillé en costume, Al Moon s'exclame : « je vais vous montrer qu'un indien, que les blancs appellent sauvage, peux être bien habillé ». Dans Bac à sable, un avatar d'Oncle Sam chante l'hymne américain pendant le début de la catastrophe. Al Moon s'effondre en larme avant de descendre à la réunion des anciens combattants et le film se termine avant qu'il ne la rejoigne. Dans Bac à sable, le cataclysme est prévu par les créateurs du jeu pour le reboot. L'effondrement est-il une chance pour un recommencement des communautés ?
Le rapport entre la virtualité et l'effondrement des communautés est porté par un autre film-court. Al Basateen retrace les souvenirs d'une communauté d'habitant.e.s ayant vécu à Basateen al-Razi un ancien quartier historique de Damas, autrefois réputé pour ses vergers (basateen), d'où s'organisait une partie de l'opposition au régime pendant la guerre civile syrienne.
En 2015, le quartier fut rasé par le gouvernement de Bachar al-Assad, en représailles au soulèvement populaire ayant eu lieu dans le district quelques années plus tôt. Désormais, sur les ruines des vergers, s'érige le nouveau quartier résidentiel de Marota City, composé d'une multitude de luxueux gratte-ciels, comme un ultime symbole de la répression du régime.
Le film nous invite à suivre le témoignage de deux ancien.ne.s habitant.e.s, en immortalisant la mémoire d'un lieu et d'une communauté en lutte. On nous montre alors des images d'archives prise avec un téléphone portable, sur lesquelles on peine à distinguer des jardins et la cour d'une maison tant la qualité semble avoir été altérée par le temps. Le format numérique pixelisé rend compte de la détérioration de la mémoire.
Dans une autre séquence, une bande d'artiste-hackers, nous immerge dans une modélisation 3D du fameux quartier de Marota City en détournant une vidéo promotionnelle du projet d'aménagement urbain. Les hackers viennent inscrire sur les devantures des immeubles des graffitis reprenant les slogans des Printemps arabes, comme « Le Peuple veut la chute du régime ».
Et peu à peu les gratte-ciels se font recouvrir dans une forme de récupération populaire des infrastructures dominantes de l'ultra-modernité, en y opposant virtuellement un contre discours. Avec ce geste, la communauté retrouve une prise sur les événements qui ont eu lieu.
Le détournement de la vidéo dans le film s'achève par l'effondrement pur et simple de ces mégastructures qui fondent sur elles-mêmes, un bouquet final, où le béton n'est plus qu'une texture virtuelle sans solidité réel. Les buildings révèlent leurs virtualités et leur failles numériques, par lesquelles les artistes s'engouffrent pour les faire bugger. Alors, il ne subsiste plus que quelques arbres et cactus suspendus dans les airs, en souvenirs des vergers perdus. La communauté se retrouve dans le glitch, faisant face à un système social et son armement technologique qui cherche à l'effacer à défaut de pouvoir l'assimiler.
Une question se pose alors : pourquoi avoir fait le choix d'utiliser les images de l'ennemi et non pas des images filmées par les habitants pour parler de ce vécu collectif ?
La catharsis numérique perpétue le désir de faire chuter les structures oppressives, en utilisant le détournement pour contrer l'effacement programmé de l'histoire commune. Et bien que l'effondrement du système soit exprimé dans un espace généré en images de synthèses, le sentiment retrouvé de puissance populaire n'en est peut-être pas moins réel.
Cette 19e édition du Faitodoc se termina sur une cérémonie de remises de prix assez confuse. Le maire de la ville et son attachée au tourisme vinrent faire des photos, on fit monter sur scène tous les différents jury – on se demande d'ailleurs pourquoi une si grande place est accordée à la compétition ? – et les hippies du camping firent l'effort de se déplacer. Dans l'ensemble, elle fut à l'image du festival, joyeuse et bordélique.
Ce que nous pouvons dire de la programmation c'est que le thème « communauté » fut traité sans superficialité. La communauté n'est pas un mot vide, qui désigne un groupe quelconque d'individus, ni une version miniature de la « société ». La communauté dans les différents films est un ensemble de liens et de règles choisi, dans un rapport de dialogue critique ou combatif avec l'organisation social abstraite, que l'on peut donc opposer à « la société ».
Nous quittons le Monte Faito, paquetés et chargés à bord d'une décapotable, conduite par un ami rencontré pendant le séjour. Nous laissons derrière nous cette communauté éphémère qui s'était déployée pendant les dix derniers jours et redescendons du col sur les routes sinueuses vers la réalité du monde, qui réapparait peu à peu.
C'est comme si le Festival avait été une sorte d'îlot, qui pendant un bref séjour, avait laissé en stand-by l'organisation sociale du monde. Comme le dit bien Tadzio Bouffardin, éminent membre du jury jeune, lors de son discours de clôture : « le Faito Doc Festival est ce chant du cygne dans les rues obscures, un chant d'alcyon, doux mais intransigeant. Parce que, de fait, le Faito, ce n'est pas simplement recréer un énième lieu de diffusion de cinéma, mais mettre en place un laboratoire à un niveau localiste, ayant comme ligne directrice, l'interrogation : Est-il possible de créer un festival d'art qui échappe à toute volonté de profit ? Est-il encore possible, aujourd'hui, de créer des lieux accueillant en leur sein, des personnes de tout horizon, ayant renoncé pendant un moment, aussi bref eut été leur passage au Faito, à la logique mortifère du gain et du profit. »
Pif, paf et pouf
[1] Voir :
Évider le Réel .Comment relier l'art, la vie et le politique en mangeant du pop-corn ?
(reportage au festival international du film documentaire)
Reportage : aux 19es rencontres cinématographiques de Béjaïa
Notre reportage exclusif au 77e festival de Cannes
FID IN, OFF, OUT. Reportage au 36e Festival International du Documentaire de Marseille