
Par le regard d’un militant de terrain de la sous-région
Pendant plus de deux décennies, nous avons sillonné les grandes messes de l’altermondialisme. D’un continent à l’autre, d’ateliers thématiques en panels institutionnels, nous avons assisté à une multiplication de discours et de déclarations d’intention qui peinaient parfois à se traduire en changements concrets pour nos communautés. Le risque était réel : voir le Forum Social Mondial (FSM) se transformer en une routine théorique, coupée des urgences quotidiennes de ceux qui luttent sur le terrain contre l’accaparement des terres ou l’accès à l’eau.
Mais le processus engagé pour l’édition de Cotonou, en ce mois d’août 2026, marque un tournant salutaire.
Du modèle importé aux réalités du terrain
Lorsque les doutes, les tensions sécuritaires dans la sous-région et les pesanteurs bureaucratiques ont menacé la tenue du rassemblement au Bénin, la tentation d’un report ou d’un enlisement dans des débats de procédure était forte au sein des instances internationales.
C’est là que les mouvements ouest-africains, emmenés notamment par la Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau (CGLTE-OA), ont fait le choix du pragmatisme. Plutôt que de s’enfermer dans une impasse diplomatique ou d’attendre des solutions venues d’ailleurs, le comité d’organisation s’est tourné vers les leviers sociaux et culturels de notre propre région.
Des réponses endogènes à des défis complexes
L’édition de Cotonou s’est appuyée sur trois choix stratégiques majeurs :
* L’ancrage coutumier : En impliquant l’Alliance des chefs traditionnels dès la phase préparatoire, l’organisation a pu faciliter la traversée des frontières, apaiser les tensions locales et garantir un soutien populaire que les seules voies administratives ne pouvaient assurer.
* La dynamique des Caravanes : En privilégiant les routes continentales (notamment la grande Caravane partie du Sénégal vers le Bénin), l’événement s’est construit au contact direct des populations rurales, transformant le trajet en un espace d’écoute et de mobilisation concrète.
* Le recentrage des priorités : La priorité a été donnée aux réseaux paysans, syndicaux et communautaires locaux, limitant la dépendance aux financements extérieurs et aux agendas imposés.
> Cotonou 2026 démontre qu’un autre Forum était possible : un espace moins axé sur les colloques et davantage ancré dans l’action populaire et les solidarités locales.
> En replaçant les dynamiques endogènes au cœur de la démarche, l’Afrique de l’Ouest ne s’est pas contentée d’abriter le FSM : elle lui a redonné une impulsion concrète, prouvant que les réponses aux crises globales s’élaborent d’abord à partir des réalités du terrain.