Le 15 septembre 2026, un RER E reste bloqué deux heures entre Porte Maillot et La Défense. Carnet en main, l'auteur suit la naissance d'une petite sédition, du chevalier Noir au monsieur raisonnable, jusqu'à l'ouverture d'une porte dont nul ne sait qui l'a commandée. Deux fils l'aident à lire la scène, l'anarca-islam de Mohamed Abdou et un séminaire spinoziste où l'on disputait de l'obéissance et des possibles.
Il faut enregistrer l'épaisseur du gérondif en attendant la reprise du RER E dans lequel nous sommes bloqué·es depuis une heure, il est alors 22h43. Prise de carnet de terrain pour décrire le Nous : face à moi deux jeunes, écran de gaming incurvé dans un sac, sapés très cool, noirs, « journée sans interruption, fatigante ! – De ouf ». Je tiens mon vélo pour éviter qu'il ne tombe. Ses oscillations semi-sciemment provoquées sont l'occasion de croiser le regard interpelé par le désir de mouvement. Les quatre carrés après l'espace des portes du RER sont composés dans le sens des aiguilles d'une montre en partant du quart 30/45 de : un duo d'Arabes, qui se montrent des choses sur leur téléphone et parlent un arabe marocain ; un homme et une femme quinquagénaires, bien engoncé·es dans le silence d'un trajet bien tenu (c'est moi qui ajoute – rétrospectivement). Couleur de la peau telle que saisie par le regard : blanche ; une rebeu à la doudoune blanche qui fait face à un gars écoutant sans kit mains libres de la musique depuis son téléphone – elle a l'air saoulée ; puis des gens pour qui la saisie est tombée dans l'abîme du vide d'intérêt de mon carnet, ou sa fatigue. Plus loin un espace portes, puis deux banquettes qui se font face où j'enregistre - anachroniquement de nouveau : à gauche dans le sens de la marche, en partant de la tête de train : un couple (sûr) hétérosexuel trentenaire, lui asiat', elle blanche ; un gars blanc cool qui écoute de la musique, cheveux pétard, barbe, je relève aussi un pin's sur le veston ; un homme noir au chapeau et à la sape impeccable qui passe des appels WhatsApp pour tenir informée sa femme ; à droite (modus operandi identique) : un monsieur blanc sans importance ; une femme blanche, la quarantaine, les jambes croisées, vêtue d'un tailleur sur lequel repose un livre. Et puis, moi, mais plus-tard-moi. Pour l'instant face aux deux gameurs. La voiture peuplée de ces protagonistes, passons sur scène.
Pris à se piquer de préjugé – pour faire sobre, là où le Dark Knight ouvrait simplement les fenêtres pour nous autres pauvres bêtes prises entre deux lieux dans la caisse de métal francilienne. Quelque trente minutes plus tôt, je partais de ma place pour en rejoindre une autre, agacé par les effluves sonores de notre pair le chevalier Noir – cette fois à lire dans son acception (mal)heureusement triviale. Alors on pose son chapeau face à moi comme deuil du moi déménagé, moi qui finis tiraillé, jambes croisées à écrire à toute berzingue le caca qui nouait ma tête désormais expurgée de sa tare augurale : mon départ du centre de l'action, de la succursale de l'Histoire contenue dans le gérondif de cette petite histoire (notes carnet du 15 septembre 2026 [1]).
Gonflé d'arrogance je pense à ce passage qui, par transformation isomorphique du champ filmique à l'enregistrement amateur d'une scène ethnographique, trouvera sa pertinence dans ce texte : « dans les films de Marker et d'Eisenstein, le héros est la masse non pas la masse anonyme, monolithique, passive et purement ornementale de la propagande totalitaire, mais un corps vivant fait d'êtres humains que l'action transforme en sujets historiques et dont les émotions sont capturées par la caméra » [2].
Les annonces se sont succédé, ponctuées de : « presque 11h ! », des « pfiou », des « c'est pas vrai », des « toujours on attend », filant en écho la trame de l'économie affective des passions tristes que l'attente suscite [3]. Et alors des bruits, des signaux, mais rien. « On travaille demain frère – Ouais, je sais… mais le temps qu'ils [l'équipe de sécurité à la poursuite des usagers ayant rejoint les voies à pied] remontent la voie, ça va prendre du temps - Ok, merci chef... ». La messe était-elle dite ? En tout cas, je ponctuais alors les lamentations résignées du malheureux dépossédé de quelque puissance d'agir par l'écrasant formalisme des règles de sécurité prêché en langage ordinateur par l'agent de la rame d'un doucereux et silencieux « Amen » qui me valut le regard amusé de ma voisine de droite. Puis, l'annonce, dans la foulée de la discussion lamentable, à 22h50 comme par l'intuition d'un frayage encore souterrain d'affects contestataires que l'échange de gré à gré suggérait à l'agent : « Mesdames, Messieurs...etc. », que je ramasse sans perte informationnelle par « attendez, merci, du calme, à votre place ».
J'attends en grattant le blanc d'une page de garde d'un ouvrage sur la pensée communiste de Friot [4], le prêtre-économiste qui dit, à gros traits, que les personnes sont toujours des morceaux de positivité dans ce monde, auxquelles il s'agit de s'ouvrir dans l'incomplétude essentielle [5] qui nous fait : autrui, c'est l'inouï ! ; mais aussi qu'il n'y a rien de plus répugnant que de dénier la capacité d'agir, de produire, à ces individus, en somme de définir en creux les êtres comme de besoin ou de manque, qu'il s'agisse de l'accès aux ressources essentielles à leur reproduction matérielle ou de la cogestion entre usager·es et exploitants d'une configuration exceptionnelle assermentée à la révérence d'un fonctionnement bureaucratique sans la souplesse qu'un principe minimal de subsidiarité appelle quand l'axiomatique décisionnelle éclate devant la combinatoire inouï du réel ici fait « gens sur la voie du RER E » : aux êtres réglementaires et infrastructurels aussi il incombe de s'ouvrir !
L'attente dans le blanc qui noircit à mesure que le sommeil se réduit et le crayon avance sur l'autel de mon flegme mal placé de chômeur quand pour les autres, il s'agirait plutôt de louer la sainte assignation de rôle résigné face aux marées montantes courroucées d'une reproduction minimale écorchée à vif, alors que déjà le demain d'une mise à disposition de soi pour d'autres approche. Alors, oui, « pfiou » à ma gueule et à celles d'autres que je vois dans la rame flegmatiques car bien portant·es. Et alors, observation lumineuse : « On espère juste que Transilien il y aura car sinon, il se peut que la contestation grimpe jusqu'à la … » - et je me tais par pudeur pour l'engagement existentiel des véritables séditieux·ses d'autres espaces-temps ».
Enlacement des mots carapatés à la va-vite d'une fatigue plombée par l'atmosphère des bruits, des odeurs, des irréfragables grimaces qui portent à la tristesse. Le bout des lèvres tombe aux godasses sous la pesanteur infatigable. Mais l'idée que ça reprendra la réhausse, et on le vit bien. En témoignent les bâillements qui trahissent l'attente d'une mort espérée comme seul salut avant de démarrer la nouvelle journée de travail. La stationnarité des passions serait-elle atteinte ?
Il faut revenir immédiatement, la fulgurance de la politique l'appelle. Car un English-speaking man va : « you drive a train in [a world capital] Paris and don't speak English !? » ; l'autre raccroche au nez : tension – pic – on sonne le conducteur qui toujours « don't speak English yet ? » ; il raccroche de nouveau. Sonné car sommé de répondre de la situation nouvelle. Et il fallait s'y attendre puisqu'il n'y a de stationnarité que bornée car toujours il en vient, un corps (politique ici), pour venir en bousculer un autre - – Spinoza l'axiomatise dans la partie IV de son Éthique [6].
La révolution aux portes du RER E entre Maillot et La Défense, qui l'aurait cru !? Mon carnet d'enregistrer sans transition : « de l'eau ? - Non ? – OK » : je souhaitais probablement canaliser nos rapports dans une conjoncture décidément de plus en plus fluide [7].
On sonne et ressonne alors du côté de l'English-speaking-commuter car comme le dit un usager qui fait branler le sens commun bureaucratique engoncé dans la normalité statistique « et s'il y a des enfants ! ». Je lui donne à respirer par l'affirmation en pensée d'un sol stable de la formalité réglementaire : passé l'heure trente d'attente, mon Navigo Easy n'est plus valable. Ouf… Mais reprise : quelques sièges plus loin, les jurons en arabe strient l'air de chuchotis sibyllins à mes oreilles. Qu'importe, de cette écoute traînarde, je me revigore d'affects contestataires. L'affect plancher commun se construit sur le constat dur d'une gestion de crise minable. Alors, tous et toutes, usager·es du RER E sont invité·es à boire au ciboire de l'élicitation collégiale de ce fourbi.
Une solution émerge. Le Dark Knight, lui encore, remet une pièce dans la machine de la radicalité. Il sonne : « ouvre la porte, je suis asthmatique putain ! », son ami ricane quand l'autre raccroche au ton plus menaçant. Je ricane aussi. Il est 23h10, j'ai dormi quatre heures la nuit passée, c'est nerveux docteur ? Wallah !
« Vous voulez ouvrir la fenêtre ? – *le quinquagénaire en costume à mi-voix* heuuu oui, oui ». Notre chevalier arrive clef en main, dix mètres pour poser (traduit en anglais par : ‘to pose') son héroïsme devant le parterre interloqué de la masse des nous. Je l'intuitais et Christopher Nolan m'en donne la réplique. Modulo une inversion : « le héros dont nous avons besoin mais pas celui que nous méritions » pensais-je plus tôt. Et alors l'annonce, l'inflexion de notre espace-temps narratif, au moment précis de la reconnaissance majoritaire du rôle héroïque du chevalier Noir :
« Mesdames, Messieurs, les lumières vont bientôt s'éteindre par souci de gestion de l'alimentation alors que le train stationne. Les voitures vont devenir un peu plus obscures. C'est donc normal, ne vous inquiétez pas. Je reviens vers vous plus tard avec des nouvelles ».
Et alors ? Et alors les désormais unanimement-partagées-et-reconnues-comme-légitimes plaintes fusent à travers la caisse de métal avec fracas. C'est pas que du triste. Du joyeux aussi ! La résignation fatiguée fait place aux intuitions de la révolte face à l'absurde. Ça rigole, ça papote, ça discute. Ça fomente… puis… La Révolution ! Dès que mérité, le héros disparaît dans la masse d'acteur·es porté·es collectivement à l'action. Les propriétés analytiques de la fonction qui pilote le changement (continûment dérivable, continue à droite, à gauche, non dérivable, etc. [8]) ont fait couler des bassines d'encre depuis fort longtemps [9]. Je m'abstiendrai d'inflatuation pour retourner au cours d'action.
La porte s'ouvre en donnant sur la voie à droite malheureusement. Alors en toute bonne charité à l'égard du conducteur et, symétriquement, en humilité des effets du bidouillage collectif – il y a alors bien cinq personnes debout affairées aux dispositifs d'ouverture accessibles - , le chevalier crie « l'autre porte chef ! », à trois reprises. Trois c'en était trop. Plutôt, trois chargeait la barque du symbolique qui produisit l'inévitable : le raisonnable intervint, incarné dans l'homme d'une cinquantaine d'années, accompagné d'une femme. L'homme seul parle. Il récite la messe : « il ne faut pas descendre car nous allons attendre de nouveau des heures ». Les arguments sont bons, ancrés dans l'empirie subordonnée à la normativité des règles de procédure qui font que nous attendons maintenant depuis deux heures dans la rame, sans toilettes, sans eau, fatigué·es. L'autre en revanche, il fait péter l'axiomatique, se dégonde de l'unidimensionnalité, arrache à Benoît sa toge, et interroge le dehors. « Deux heures pour faire La Défense – Maillot ? Du foutage de gueule. Je suis fatigué, je me casse ». Je regarde la femme [qui accompagne le / du] monsieur. Je rigole et pas elle. Je rigole seul donc. Puis, d'autres visages me démentent. Des visages rigolent. La joie !! Je décale alors mon vélo soutenu par les portes donnant sur les étroits quais d'urgence dans l'attente de contribuer au mouvement de ressaisie de la souveraineté à l'initiative d'autres qui sont debout à présent d'action, œuvrant aux côtés du séditieux chevalier Noir et de son comparse – mais, désormais, d'autres protagonistes aussi. « T'as fait quoi pour que ça s'ouvre de l'autre côté – J'en sais rien, y'a ce bouton, puis j'ai inséré ma clef ici pour forcer un peu. » Etc.
Quelques instants de tripatouillage, bidouillage, et autres bricolages s'écoulent. Le temps est suffisamment long pour brouiller la vision claire et distincte de la séquence de composition des corps. Dans cette mesure, on ne peut que douter du siège de la causalité de l'Événement [10] : « la porte s'ouvre ». Flottement dans l'atmosphère (qui enfin se renouvelle – on atteignait des niveaux de CO2 terrifiants) ? Non. Très vite ça cristallise dans une orientation des désirs polarisée sur le mot d'ordre : « on se barre ».
A tout le moins, le grain ethnographique commandait de noter, ex post, que le gradient de l'inverse du délai écoulé entre l'ouverture de la porte et l'actualisation du désir commun de se barrer, défini dans l'espace de la voiture, pointe - et probablement de façon périodique sur l'ensemble de la rame - vers la porte. Autrement dit, aux séditieux·ses, debout, agité·es, dynamiques et zélé·es à ouvrir la cage, proches des portes, un ‘coupe-fil pour le dehors' engrammé endogènement dans la dynamique d'une complexion s'autorisant la responsabilité, i.e. le salut. Autrement dit encore, les premier·es sont les premier·es, et les dernier·es sont les dernier·es, à rebours de (Matthieu 20:16). Mais à compte final, tout le monde dehors longeant l'étroit quai de métal direction La Défense. Et quelques remarques s'imposent alors :
i. Quid des personnes à mobilité réduite ? C'était déjà porter sa croix de bois pour les piéton·nes valides, bois transmuté en ferraille avec un vélo – difficile. Mais s'agissant des personnes à mobilité réduite ?
ii. Qui a ouvert la porte ? Faut-il dire que c'est le rapport de force initié par quelques-uns qui a conduit à ce geste ? Est-ce là le retour de l'écho de l'invitation à ouvrir l'autre porte qui réverbérait plus vite qu'à l'aller dans l'impatience électrique d'en finir avec les bruits de révolte qui grondaient ? Une procédure standard peut-être encore, après deux heures d'attente ? Mais alors pourquoi aucune annonce de l'agent n'accompagnait l'ouverture des portes ? Dans ce mystère, il faudra s'en remettre à l'adage canonique – sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence - et conserver le suc symbolique que produit la séquence.
Il y avait deux impulsions, si on exclut les besoins de gloire, à l'origine de la mise en mouvement du gratte-gratte, frénétique et un peu obscène aussi, d'une feuille, agnostique quant à sa fécondité éditoriale, pour recueillir la scène en attendant le RER E. L'une file à travers les âges, elle est relativement lointaine. L'autre est toute proche. Elle prend sa source dans la raison qui m'a conduit à être dans ce RER E à 22h43 passés de quelques paragraphes dans l'attente de sa reprise.
Ce jour-là, le 15 septembre 2026, à la librairie La Régulière, dans le 18e arrondissement de Paris, Mohamed Abdou venait présenter son livre « Islam et Anarchisme » publié en français par les éditions métèque (discussion animée par Omar Alsoumi et traduction assurée par Léo Barbenès Zeggaï) [11]. « Venez nombreuxses ! » Nous l'étions tout à fait. Probablement que la présentation orale, traduite, ne permettait pas de suivre précisément la pensée, mais je collais en pagaille sur mon carnet quelques vignettes durant le déploiement bilingue de cette pensée :
L'expression par excellence de la place de l'auteur au sein de cette topologie de l'action politique est le Ijtihad, l'effort de persévérance ou de résistance porté par une énergie intense de mise au travail. Cette énergie, j'ai cru l'observer dans le RER E à travers l'agitation des séditieux·ses. Elle manifestait une présence saturant l'espace et à laquelle tous les corps criaient leur désir de participer, de bon gré pour la plupart, et non sans accrochages s'agissant du monsieur raisonnable, ou de la femme en tailleur idéellement arrimée au récit de la révolte dans le RER E plutôt qu'à son livre si l'on prête attention au rythme d'écoulement des pages. Quoiqu'il en soit, dans le travail de la mémoire vive, j'ai trouvé à historiciser mon temps à lui donner le ressort musculaire pour s'infléchir, aidé aussi des pressions environnementales socio-techniques (gens sur la voie, gens dans la rame, procédure d'arrêt d'urgence, caténaire, etc.), dans une « narration coudée » d'un trajet a priori linéaire du RER E de Magenta à La Défense, pour reprendre les mots de Gilles Deleuze. J'ai trouvé bon alors de rendre hommage à l'auteur du livre que je n'avais pas lu, en clarifiant au mieux les prises conceptuelles, perceptuelles et affectives par où passe et tient le fil proche qui me reliait à ses idées. Je ferai cela en travaillant à partir du mémoire de master de Mohamed Abdou intitulé Anarca-Islam [13] ayant débouché sur l'ouvrage [14]. Avertissement au lectorat : le mémoire a été déposé en août 2009 au département de sociologie de Queen's University, à Kingston, Ontario, dans l'orbite de Richard Day, celui-là même qui signait en 2005 l'acte de décès de Gramsci dans un livre éponyme.
Mohamed Abdou, bien auto-surnommé Jean Veneuse, l'homme que Fanon allonge sur le divan de Peau noire, masques blancs, se présente en immigré devenu citoyen, colon sur terre autochtone, et prenant appui sur Guattari, s'autodiagnostique fasciste aux fascismes cristallisés au plus profond de son cœur par la jouissance des privilèges matériels de la vie en centre impérialiste et capitaliste (p. 7) [15]. Le Jean Veneuse d'Abdou est tiraillé dans sa double marginalisation d'hérétique pour les muftis, et croyant suspect pour ses camarades qui ont classé l'affaire de Dieu après Nietzsche.
Pour s'en sortir et tenir les deux bouts, il emprunte à Saul Newman une lecture de L'Anti-Œdipe qui dispose la société du capital-État en triangle familial. Papa y tient les pratiques autoritaires, macro et micro ; Maman, les pratiques capitalistes ; Moi, le sujet œdipianisé, législateur de sa propre servitude (p. 71-72) (bon, mais disons-le au passage, on est proche de l'exploit du baron de Münchhausen…). La rame se répartissait sans effort sur les trois sommets. Papa grésillait son « à votre place » dans le haut-parleur avec toute la force du formalisme des règles de gestion de crise bazookées par quelques ingénieurs à travers les murs vitrés du siège social de la SNCF à Saint-Denis. Maman ordonnait la mobilité pendulaire aux longueurs absurdes à travers un territoire technicisé qui n'offrait aucune alternative de formes de vie sinon le très commun Métro/RER/Transilien – Boulot – Dodo. Et Moi, c'était nous tous et toutes, dans la résignation, les un·es ému·es de la déjà nostalgie d'un sommeil amputé, patientant déjà fatigué·es du matin à venir d'une journée de travail qui s'annonçait longue ; les autres, l'homme par exemple, tenant le rang et drapant la misère d'une dessaisie politique condensée dans l'instant par un discours sur la Nature des choses qui devait inexorablement, à terme, et selon toute vraisemblance, couvrir le râle des Moi en détresse. Quant au dehors, il se révéla une étroite passerelle d'évacuation que des ingénieur·es avaient prévue pour nous. L'État, dit Day cité par Abdou, s'emploie à capturer les flux et à convertir le dehors en dedans (p. 72). Nous avancions à la queue leu leu vers La Défense dans un dehors déjà strié. Tu es du Père et tu y reviendras… Contre la famille et ce triangle de l'enfer, Abdou fait de l'anarca-islam une clinique qu'il bâtit et fréquente pour se dés-œdipianiser, juste un peu. La construction s'achève sur une section dont la SNCF gagnerait à graver le titre au-dessus des poignées d'urgence, « The Patient comes to their own Aid » (p. 111).
Le tronçon entre Maillot et La Défense dans le temps du gérondif et l'espace de la rame offre une saisissante illustration de la thèse de Deleuze, reprise par Abdou, selon laquelle la création se fait dans les goulots d'étranglement (p. 113). Au Xe siècle, sous les Abbassides, le consensus des oulémas aurait déclaré close la porte de l'ijtihad, l'effort de compréhension, d'interprétation, de persévérance. Le mot partage la racine j-h-d du djihad, qu'Abdou arrache au fantasme de la guerre sainte pour le rendre à l'effort (p. 26-27), qu'une humilité dans la traduction suggère de ne pas compléter pour conserver les latitudes de sens insubordonnées. Les oulémas tenaient la voie droite pour tracée une fois pour toutes. Restait le taqlid, l'acceptation sans examen des précédents, sous monopole des doctes, jusqu'à ce qu'Afghani, Abduh puis Iqbal en réclament la réouverture (p. 49-50). Dans la rame, les neuf siècles tinrent en deux heures, homothétie de rapport un quatre-millionième à la louche. Le monsieur raisonnable disait son taqlid comme on lit son bréviaire, le chevalier Noir et d'autres, dont j'étais, modérément, faisaient œuvre d'ijtihad sauvage. La porte céda sans qu'on sût jamais qui l'avait ouverte. Ce mystère, Abdou le désamorce d'avance. Le pouvoir, écrit-il après Todd May et Lewis Call, ne procède ni du haut ni du bas. Il circule partout et s'agglomère en quelques points de concentration à toutes les échelles (p. 57, 68-69). Le grain, philologique cette fois, commanderait d'ajouter que Wael B. Hallaq a contesté que la porte de l'ijtihad ait jamais été vraiment fermée [16]. On n'exclura pas davantage l'hypothèse d'une porte de RER E jamais tout à fait close, qui n'attendait qu'une bande de fidèles assez hérétiques pour la pousser.
Le djihad qu'Abdou nous appelle à fournir demande à chacun·e une responsabilité personnelle radicale et un engagement dans des insurrections moléculaires internes (Guattari et Negri, cités p. 85). Il range cet effort particulier parmi les exigences de la Shura, traduite par « consultation », « concertation », ou « délibération ». Et, je le dirai avec tout le scandale [17] que cela porte : la Shura, le philosophe pragmatiste John Dewey, l'appelait l'enquête. Dans la rame, l'enquête a pris des formes modestes. Les conversations ont débordé les canevas figés des transports en commun. D'un coup, on s'autorisait à se parler. Des sourires se sont échangés, brefs, comme des accusés de réception d'une ambiance particulière et ressentie comme telle. Les corps ont bougé par petites touches. Des voyageur·ses se sont levé·es pour demander si l'on avait essayé tel bouton, et chaque question soumettait une hypothèse à l'épreuve. Des insurrections moléculaires internes, je ne peux témoigner que des miennes, et je me prendrai pour cas à travers deux d'entre elles : j'ai proposé de l'eau à mes vis-à-vis, qui ont décliné, moins pour les désaltérer (la soif était réelle) que pour signifier la condition commune, et iels ont décliné ; j'ai écarté mon vélo de la porte pour qu'on puisse l'ouvrir. Rien d'héroïque. Un passage, à peine perceptible, de l'attente à la disponibilité. Peut-être la radicalité fiévreuse d'ordre du monsieur raisonnable est-elle corrélative d'une insurrection contre-insurrectionnelle d'agencements moléculaires internes. Affirmation peut-être hyperbolique, mais qui me permettra de revenir à Abdou qui, pour évoquer les conséquences de la persistance des fascismes opposés localement à la transformation, cite le Coran (13 : 11), Dieu ne change pas l'état d'un peuple tant que ce peuple ne change pas son dedans. La thèse attribue le verset à la sourate de Joseph alors qu'il appartient à celle du Tonnerre ; même les exégètes anarchistes ont leurs erreurs d'aiguillage.
D'autres choses mériteraient d'être exposées, par exemple, à la suite de Maxime Rodinson (p.111), l'idée que l'assignation à une place est ipso facto suivie de devoirs – une vieille lune qui a fait vriller Peter Parker. Une idée polycéphale, aux applications équivoques pour notre histoire : être silencié·e à sa place de client·e d'une offre de transport après les consignes du chef de bord ; recouvrer de la puissance comme usager·e en capacité d'action dans une situation hors des routines ordinaires de fonctionnement de l'outil de production ; ou (et il y en a d'autres), comme le monsieur raisonnable, s'instituer localement comme garant des règles en dépit du hors-du-raisonnable de la gestion de crise. La Boétie demandait déjà il y a près d'un demi-millénaire comment tant d'hommes (sic) endurent un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils (sic) lui donnent. Plus d'un siècle après, la préface du Traité théologico-politique (TTP) constate sans point d'interrogation que le grand secret des monarchies consiste à faire combattre les hommes pour leur servitude comme pour leur salut (§7). Deleuze et Guattari, qui laissent La Boétie sur le quai, en refont une question qu'ils attribuent à Spinoza et à Reich [18]. Le même TTP, le philosophe spécialiste de Spinoza Charles Ramond en faisait le 2 juillet un traité de l'obéissance. Par cet embranchement, je rejoins le fil lointain.
Le 2 juillet 2026, ultime séance des fameux séminaires « Spinoza à Paris 8 » [19]. L'orateur invité est Victor Collard, auteur d'une thèse de sociologie remarquée et transformée en ouvrage aux éditions CNRS sur le (non ou plutôt a-)spinozisme chez Bourdieu [20]. La discussion trop brève permet toutefois à Charles Ramond d'enfoncer un sacré coin : Spinoza est le philosophe de l'anti-possibilité, il n'accorde aucune valeur théorique à la notion de possibilités, de dispositions, ou d'aptitudes, qui sont pourtant au cœur du projet de nouage de Bourdieu - pas toujours réussi si on s'en tient à ses détracteurs le taxant de déterministe structuraliste pur et dur (mais on est toujours borgne/aveugle aux pays des aveugles/borgnes) - entre les trajectoires singulières et les ensembles statistiques qui structurent ce qu'il est possible d'espérer, de faire, de voir, etc. Reproduction certes, mais probabilisée [21]. Il s'agirait dès lors pour Charles Ramond de problématiser mieux les rapports philosophiques tendus tissés par d'autres entre Bourdieu et le spinozisme, faute de quoi on ne ferait que casser du sucre sur le dos de la théorie bourdieusienne avec une cuillère spinoziste mal adaptée à l'usage, voire carrément volée.
Et puis, le philosophe spinoziste de remettre un coup de masse : « comment traduisez-vous obsequium ? [Victor qui botte en touche]. L'obéissance ! [Victor Collard qui fait la moue]. Eeeeeet oui, c'est l'obéissance ! ». L'obéissance qui serait le thème central du TTP. Et je vois alors le spectre de Latour qui, d'un flegme bourgeois furibond des décorations rouges des amphis de Paris 8, invective l'audience sur l'anti-spinozisme que renferme ces actes de désobéissance au règlement intérieur de l'université [22]. Je fais alors, depuis une position des marges, voire carrément hors jeu, ce que la présence de la sommité en amphithéâtre m'aurait interdit de faire remarquer oralement : « ne peut-on pas tenir ontologiquement l'obéissance, ou la tenue à une « trajectoire » (les guillemets indiquent l'absence de référence du mot, au sens de la philosophie analytique du langage, insaisissable vestige d'un rêve de toute-puissance du langage...), tout en prenant également la responsabilité, dans le jeu irréductible des trajectoires épistémiquement possibles, de nommer scientifiquement [REF] [23], politique [POL], religieusement [REL], spirituellement [MET], le passage de l'une à l'autre comme la sédition, la rupture, la désobéissance en faisant un effort de charité et d'imagination narrative ? »
Il est surprenant pour le philosophe-sociologue-prêtre et bourgeois, promoteur d'un principe de symétrie généralisée, de conférer un surcroît de dignité ontologique dans le jeu des mandations de ce-à-quoi-l'on-est-ontologiquement-tenu aux Institutions, comprendre au système ‘politico-légal' historiquement et géographiquement situé, mais de se refuser à voir l'institution – on m'entendait arriver au loin avec ma canne et mes mules épiscopales – de « déjà-là » chers à notre ami Friot : des points fixes épistémologiquement possibles, localement situés (dans un amphi de Paris 8 – pourquoi pas, n'est-ce pas le projet initial !), porteurs d'inouï enchâssés dans les structures macro au corps défendant du siège institutionel de l'Obéissance [24]. Erving Goffman parle de couplage flou (‘loose coupling') [25] pour évacuer la critique d'une inattention aux structures dans son projet scientifique de micro-sociologie, mais dont il reconnaît par là l'existence et l'effectivité, y compris dans les phénomènes qu'il étudie.
A cette attribution d'une qualité transverse, le flou, je substitue l'idée claire et distincte d'une exploration des configurations probables pour conclure notre histoire pour laquelle on se convaincra alors au choix que
i. sous la poussée d'élans contestataires, le pouvoir est mal gré incliné à ouvrir la porte de peur de la sédition radicale ;
ii. sous la poussée d'élans contestataires, le pouvoir rediscute ses canalisations institutionnelles (son cadre formel pour la gestion de crise) et se donne l'illusion d'être le siège d'une décision prise bon gré d'ouvrir les portes ;
iii. sous la poussée d'élans contestataires, les forces vives de l'action séditieuse se sont frayées un chemin à travers les réseaux techniques pour aboutir par l'astuce du bricolage à l'ouverture des portes. Alors que le changement allait bon train, le roi, qui souhaitait conserver sa couronne pour le lendemain, accepta d'apparaître cul nu sur son trône évidé de pouvoir pour la soirée ;
iv. sous la poussée d'élans contestataires, la porte s'est ouverte par une composition des corps où le bouton pressé, la clef forcée et la commande du conducteur se sont répondu sans qu'aucun geste ne précède les autres. Le pouvoir, qui circule partout, s'est aggloméré un instant sur une poignée, et le héros, comme chez Marker et Eisenstein, fut la masse.
v. sous la poussée d'élans contestataires, la procédure suivait son cours et aurait de toute façon ouvert les portes. La sédition s'attribue alors, comme le pouvoir au cas ii, le siège d'une décision qu'elle n'a fait qu'accompagner, et la poussée n'aura rien causé, sinon la conversion d'un dénouement réglementaire en Événement.
Quoiqu'il en soit, la condition commune à chaque cas d'espèce de la partition raisonnable de cette petite histoire en attendant le RER E est : « sous la poussée d'élans contestataires ».
Ilyas Hanine
[1] Par défaut, les passages en italique sont issus du carnet contemporain de l'action.
[2] Traverso Enzo, Mélancolie de gauche : la force d'une tradition cachée (XIXe-XXIe siècle), Paris, La Découverte, 2016, 228 p. (p. 124)
[3] Boukir Kamel, « Les ambiances de la mort : Frayer une voie à la vengeance entre les cris, le sang et les larmes », Communications, 17 mai 2018, n° 102, no 1, p. 169‑184.
[4] Laumaillé Pierre, Communisme et salaire chez Bernard Friot : petit manuel critique et politique, Paris, La Dispute, 2026, 192 p.
[5] Un texte paru sur Lundimatin parle justement de cet autrui : https://lundi.am/Qu-appelle-t-on-penser-a-l-ere-de-l-intelligence-artificielle
[6] Spinoza Baruch et Pautrat Bernard, Éthique, Nouvelle éd. soigneusement revue et Amendée., Paris, Éd. Points (coll. « Points »), 2014.
[7] Dobry Michel, « Chapitre 4 / Les conjonctures fluides » dans Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de Sciences Po (coll. « Références »), 2009, vol.3e éd., p. 125‑169.
[8] Oui on modélise cela aussi : Granovetter Mark, « Threshold Models of Collective Behavior », American Journal of Sociology, 1978, vol. 83, no 6, p. 1420‑1443.
[9] Goldstone Jack A., « Toward a Fourth Generation of Revolutionary Theory », Annual Review of Political Science, juin 2001, vol. 4, no 1, p. 139‑187.
[10] Badiou Alain, L'être et l'événement, Paris, Seuil (coll. « L'Ordre philosophique »), 1988, 560 p.
[11] L'annonce de l'événement (source : https://www.instagram.com/p/DciUSIhDulf/) :
« Les discours sur les musulmans et l'Islam sombrent trop souvent dans une fausse dichotomie entre des tropes orientalistes et fondamentalistes. Une réinvention populaire de l'Islam est urgente. Pourtant, c'est peut-être une tradition politico-philosophique inattendue qui a le plus à offrir dans cette démarche : l'anarchisme. Islam et anarchisme est un ouvrage hautement original et interdisciplinaire, qui bouleverse simultanément deux idées largement répandues : que l'Islam serait nécessairement autoritaire et capitaliste ; et que l'anarchisme serait intrinsèquement anti-religieux et anti-spirituel. Profondément ancré dans des concepts clés de l'Islam et dans ses sources textuelles, et s'appuyant sur des discours anarchistes autochtones radicaux, islamiques et issus des mouvements sociaux, Abdou propose un « anarcho-Islam » (Anarcha-Islam).
Mohamed Abdou est un militant-chercheur anarchiste musulman nord-africain et égyptien. Il est actuellement chercheur invité (Visiting Scholar) à l'Université Cornell et professeur assistant en sociologie à l'American University in Cairo. Fort de vingt années de recherches et d'engagement militant, son travail se concentre sur les luttes de libération Palestinienne, autochtones, noires et des personnes racisées. Il s'appuie notamment sur le mouvement zapatiste indigène du Chiapas, au Mexique, ainsi que sur sa participation aux soulèvements égyptiens de 2011. Intellectuel et militant reconnu, mais aussi paysan, Omar Alsoumi veille à la convergence des luttes entre question palestinienne, anticolonialisme et écologie. Palestinien vivant en France, il est le cofondateur du collectif Urgence Palestine. »
[12] Chabbi Jacqueline, Le seigneur des tribus : l'islam de Mahomet, Paris, CNRS éd (coll. « Biblis »), 2013 ; Amir-Moezzi Mohammad Ali et Dye Guillaume (eds.), Le Coran des historiens, Paris, Les éditions du Cerf, 2019, 3408 p ; Masalha Nur, « The Concept of Palestine : The Conception Of Palestine from the Late Bronze Age to the Modern Period », Journal of Holy Land and Palestine Studies, novembre 2016, vol. 15, no 2, p. 143‑202.
[13] Abdou Mohamed, “M.A. Thesis : Anarca-Islam (an Islamic Interpretation of Anarchism and Anarchistic Interpretation of Islam).” Anarca-Islam (M.A. Thesis), 2009.
[14] D'après Dudgeon Hamza, « Review of Islam and Anarchism : Relationships and Resonances », The Journal of Social Encounters, 19 mars 2023, vol. 7, no 1, p. 329‑333.
[15] Sauf mention contraire la pagination est celle du mémoire de Mohamed Abdou.
[16] Hallaq Wael B., « Was the Gate of Ijtihad Closed ? », International Journal of Middle East Studies, 1984, vol. 16, no 1, p. 3‑41.
[17] Car cette lecture ne suscitera, n'est-ce pas, pas moins qu'un outrageux scandale ?
[18] Deleuze Gilles et Guattari Félix, L'anti-Œdipe, Paris, Éd. de Minuit (coll. « Capitalisme et schizophrénie / Gilles Deleuze ; Félix Guattari »), 2012, 500 p. (pp. 36-37)
[19] Le lien vidéo de la conférence : https://youtu.be/PF-ZKA8Jprc?si=vlAjsQMItk6GgDOs
[20] Collard Victor, Pierre Bourdieu : genèse d'un sociologue, Paris, CNRS éditions (coll. « Culture et Société »), 2024.
[21] Bourdieu Pierre, « Avenir de classe et causalité du probable », Revue Française de Sociologie, janvier 1974, vol. 15, no 1, p. 3.
[22] Le lien vidéo de la conférence : https://youtu.be/cv4OSq7fRDc?si=cRaRs44FeKrDKNhj
[23] Les sigles entre crochets désigne pour Latour dans l'ouvrage le plus abouti de sa pensée philosophique (quoique provisoire), « L'enquête sur les modes d'existence », les modalités d'exister des êtres qui font le monde hybridé d'humain·es et autres-qu'humain·es. La proposition est tout autant descriptif. En paraphrasant : voilà les choses à laquelle l'anthropologie des modernes aboutit dans sa recherche de à quoi ces derniers tiennent quand on les étudie. Que normatif, en tout cas d'après certains observateurs. L'ouvrage en question : Latour Bruno, Enquête sur les modes d'existence : une anthropologie des modernes, Paris, La Découverte, 2012, 498 p. Une critique : Saint-Martin Arnaud, « A propos de B. Latour, Enquête sur les modes d'existence (La Découverte, 2012) », Sociologie [en ligne], 29 mai 2013.
[24] Et, on peut ajouter à propos de ces « déjà-là » qu'ils sont également générateurs d'impossibles noeuds-au-cerveau pour une philosophie qui ne se tient pas à jour des apports contemporains. Voir par exemple : Mackay D. M., « III.—On the logical indeterminacy of a free choice », Mind, 1960, LXIX, no 273, p. 31‑40.
[25] Goffman Erving et Cefaï Daniel, Comment se conduire dans les lieux publics : notes sur l'organisation sociale des rassemblements, Paris, Économica (coll. « Collection Études sociologiques »), 2013. (p. 235)