Dernièrement, Mélenchon a présenté son plan pour réorganiser l'hexagone sous forme d'« écorégions ». Pour le moins que l'on puisse dire, celui-ci nous laisse plus que perplexes. Présenté comme une mesure majeure de son programme dans le cadre de l'organisation de sa future planification écologique, il vise à redécouper les régions en se basant prioritairement sur l'eau et les bassins versants.
Si, en soi, l'idée de rompre avec l'abominable découpage précédent de Hollande – uniquement pensé dans une logique néolibérale de compétition entre les territoires – pour le remplacer par un nouveau prenant mieux en compte les réalités naturelles et les écosystèmes locaux paraît louable, elle pose de nombreuses questions quant aux modalités de sa mise en œuvre, et au respect de la volonté des populations concernées.
Une Bretagne toujours amputée du Pays Nantais
Point positif pour commencer : la Bretagne n'étant pas structurée autour d'un seul bassin versant mais autour d'une « arborescence de rivières », Mélenchon nous explique qu'il ne serait pas prévu de disparition de la région Bretagne a ce stade. Il y a quelques semaines, la publication sur les réseaux sociaux d'une carte non validée par LFI avait en effet fait couler beaucoup d'encre.
Pour le reste, c'est le flou total. Si la Bretagne ne disparaît pas, elle reste toujours amputée de la Loire Atlantique sur la carte présentée jeudi 30 juillet par Mélenchon. Cela alors même que le réseau hydrographique du Pays nantais justifierait à lui seul la réunification : comme le rappelle la Coordination démocratique bretonne dans un communiqué récent : « près de 45 % du réseau hydrographique de la Loire-Atlantique ne relève pas du bassin versant de la Loire, tandis que les enjeux environnementaux de l'estuaire dépendent directement des politiques maritimes de la péninsule bretonne ».
L'argument de l'eau ne permet donc en rien d'expliquer le maintien de la partition de la Bretagne dans le projet de LFI. Bien au contraire !
Pire, lors de son discours de Paimpont à l'occasion du 14 juillet (no comment), Mélenchon a semblé, une nouvelle fois, fermer définitivement la porte à toute possibilité de réunification, alors qu'il était pourtant clairement attendu sur le sujet. Singulier quand on sait que se projet de redécoupage est présenté comme encore non définitif, perfectible, et qu'il sera censé prendre en compte l'avis des populations.
Lors de son allocution destinée à présenter publiquement son projet de biorégions, il a expliqué, faussement étonné, que lorsqu'il a commencé à évoquer autour de lui l'idée de redécouper les régions, la première question qui lui était posée portait sur les frontières de la Bretagne. On a ainsi pu le voir s'exclamer avec dédain « Pourquoi la Bretagne ? Je ne sais pas… ».
Doit-on rappeler qu'en 2018, une pétition demandant la tenue d'un referendum est parvenue à réunir plus de 105 000 signatures d'habitant-es du Pays-Nantais ?
Soit plus de 10 % du corps électoral du département ? Que depuis des décennies, la quasi-totalité des études d'opinion montre qu'une large majorité des Breton-nes sont favorables à la réunification ? La dernière enquête en 2021 montrait qu'en cas de referendum, 63 % des habitant-es du département se prononcerait en faveur de la réunification… Ce taux montant même à 79 % chez les sympathisant-es insoumis-es ! Qu'en 2014, plus de 30 000 personnes défilaient dans les rues de Nantes en faveur du retour du Pays-Nantais en Bretagne administrative ? Tout ceci malgré des décennies de propagande de la région Pays de la Loire ? Que la partition de la Bretagne fut décidée arbitrairement sous Vichy sans aucune consultation populaire ? Que lors de la création des départements les députés bretons firent expressément en sorte que la Bretagne ne soit pas diluée comme les autres dites « provinces » ?
Lors des dernières élections municipales, William Aucant, tête de liste insoumise à Nantes, s'était engagé à faire pression en faveur d'un referendum sur la réunification lors de la prochaine campagne présidentielle : « pour que le peuple décide. Le département est une terre de gauche qui doit le rester. Le rattachement à la Bretagne serait un signe politique en forme de résistance. » Mensonge purement électoraliste ? Ou paroles sincères recadrées depuis par la direction parisienne du parti ?
Toujours est-il qu'encore une fois, Mélenchon semble avoir tranché seul et pour tout le monde, avec comme seule boussole ses lubies jacobines, quitte pour cela à occulter les réalités démocratiques, culturelles, historiques, et même écologiques qui convergent toutes en faveur de la réunification.
Un projet sincère ? Ou juste un argument de comm bidon visant l'électorat écolo ?
Sur le papier, le projet de biorégions a tout pour plaire. En décrivant des régions aux pouvoirs élargis et ayant la main sur l'agriculture, les agences de santé, les transports, et l'environnement, afin d'adapter au mieux les politiques de planification écologique aux réalités locales, LFI porte une idée très proche des revendications de notre collectif, et de la gauche autonomiste et indépendantiste bretonne en général. Mais derrière les belles paroles, quelles compétences auront en réalité ces régions ? Avec quel pouvoir législatif et quels moyens budgétaires ? Quelle autonomie réelle vis-à-vis de l'État et de Paris ?
Pour l'instant, le projet ressemble surtout à un joli plan de comm pensé depuis Paris pour rafler les voix d'un électorat écolo et citadin.
Lors de son allocution de présentation, Mélenchon, a ainsi dit tout et son contraire, déclarant : « Il faut changer en comprenant que la défense écologique ne peut pas simplement être le résultat de structures verticales et étatique (…) ne peut pas simplement être une addition de bureaucraties. »… pour nous vendre un projet décidé dans un bureau, par une commission présidée par deux député-es, sans aucune consultation des populations concernées. La différence avec la méthode employée par le gouvernement Hollande lors de sa réforme de 2014 n'est pas frappante !
Du reste, la comparaison entre la carte pour l'instant proposée par LFI, et celle des bassins versants, fait plus que douter du sérieux et de la sincérité du projet.
En plus du Pays Nantais dont le maintien de la séparation avec le reste de la Bretagne ne semble être motivé que par de pures raisons idéologiques, la Normandie se voit diluée dans une infâme région englobant Paris et s'étendant jusqu'à la Champagne, alors même qu'à l'instar de la Bretagne, elle possède essentiellement un réseau de petits fleuves côtiers qui justifierait largement son maintien en tant que région.
Le Marais Poitevin se retrouve scindé en deux régions alors que son importance environnementale et patrimoniale majeure justifierait à elle seule la création d'une région unifiant le Poitou et la Saintonge (soit l'ancienne région Poitou-Charente plus la Vendée). L'hydrologie ne justifie non plus absolument en rien la séparation de Marseille du reste de la Provence…. Et la liste est encore longue !
Dans les faits, ce découpage en bassins versants montre assez vite ses limites et ouvre la porte aux dérives technocratiques les plus arbitraires.
Disons-le clairement, nous ne croyons absolument pas en la sincérité de la brusque mue fédéraliste de Mélenchon et de LFI. Celle-ci est en contradiction avec quasiment l'ensemble des positions tenues par le parti ces dernières années, du vote contre la loi Molac à l'opposition récente à l'Assemblée contre la re-création d'une région Alsace, pourtant souhaitée par 80 % des Alsacien-nes.
Biorégions, 6e République, referendum d'initiative citoyenne, referendum révocatoire… LFI promet à tout va, sans pour autant jamais vraiment expliquer comment tout cela est censé finir par s'imbriquer.
Lors des débats à l'Assemblée nationale portant sur l'Alsace, Emmanuel Fernandes, député LFI du Bas-Rhin, décrivait le projet porté par LFI une fois au pouvoir sous la forme d'un triptyque « Etat, département, commune ». Soit un projet évoquant furieusement la France d'avant Mitterrand et la création des régions, ainsi que celui du RN qui, lui, défend ouvertement la suppression de l'échelon régional.
Jacobinisme et mépris de classe
Pour nombre de Breton-nes, Mélenchon est une figure honnie, et il est difficile de leur donner tort.
En 2007, dans une note de blog toujours lisible sur Internet, il qualifiait le breton enseigné de « pseudo langue-bretonne » créée sur demande des nazis : « J'écris « pseudo langue bretonne » car ce qui est nommé de cette façon n'est aucune des cinq langues parlées historiquement mais une « langue unifiée » dont le vocabulaire et la grammaire furent fixés à la demande de l'occupant nazi ».
Outre qu'à notre connaissance, aucun linguiste sérieux ne découpe le breton en cinq dialectes différents – la langue bretonne formant, comme toute les langues non-unifiées par un Etat-nation, un continuum divisible en un nombre variable de dialectes sans frontière clairement définie – le nombres de néo-locuteurs parvenant à converser avec leur grands-parents, leurs voisins, ou encore qui mettent un point d'honneur à parler le breton propre à leur famille ou à leur lieu d'origine, prouve chaque jour à quel point cette affirmation est mensongère et absurde. Il suffit d'écouter les radios en langue bretonne pour savoir à quel point les dialectes restent pratiqués et enseignés. Ce qui n'empêche pas des militant-es de gauche, ne parlant (comme Mélenchon) pas un seul mot de breton, de régulièrement reprendre cette thèse d'un néo-breton qui serait à la fois totalement chimique et crypto-nazi.
En 2008, il qualifiait les écoles Diwan de « secte » dans une prise de parole où il se qualifiait aussi « fier d'être un jacobin ». Position réitérée en 2021 par la consigne donnée aux parlementaires du groupe insoumis de voter contre la Loi Molac et l'enseignement immersif en langues dites régionales.
En 2013, il traitait les Bonnets rouges d'« esclaves qui manifestent pour les droits de leurs maîtres », qualifiait le mouvement de « bêtise régionaliste », et appelait à un contre-rassemblement le même jour que la grande manifestation du mouvement à Quimper. Contre-rassemblement pathétique qui fut un échec cuisant puisque n'étant basé sur aucune assise populaire.
Difficile, dans ces conditions, de voir la décision de maintenir la Loire-Atlantique séparée du reste de la Bretagne comme autre chose qu'un caprice parisianiste et personnel contre l'unité bretonne.
Le mépris de Mélenchon ne semble pas viser que les Breton-nes.
Récemment lors d'une conférence de l'Institut la Boétie où il cherchait à expliquer son concept de « créolisation », il qualifiait Bruno Retailleau de « sortant du fond de la Vendée là bas, ou ils ont jamais vus la mer » et immédiatement de poursuivre « Alors là c'est pas la peine de parler avec eux, par ce qu'ils comprennent même pas de quoi on parle ! ». Les positions racistes et xénophobes de Retailleau sont ainsi ramenées à ses seules origines vendéennes, et l'ensemble des Vendéen-nes sont essentialisé-es et condamné-es, par leur origine et leur situation sociale supposée, à ne pouvoir que partager ces mêmes positions.
Enfin, le leader insoumis a visiblement fait passer la consigne en interne d'abandonner toute tentative de s'adresser à ceux qu'il nomme les « fâchés pas fachos », ses classes populaires blanches rurales et périphériques gagnées par le vote RN. Dans un auditorium on peut ainsi l'entendre s'exclamer « il n'y a pas de fâchés pas fachos. Ils sont fachos, qu'ils soient fâchés ou pas. Et d'abord racistes ! ». Difficile de faire plus beau cadeau à l'extrême droite que de condamner ainsi publiquement tout un pan des classes populaires à une bascule irrémédiable dans le fascisme.
En fétichisant les individus sur la base de leur vote, réel ou supposé, Mélenchon élude les processus sociopolitiques lourds qui poussent toujours plus ces populations dans les bras de l'extrême droite.
Etonnament, les belles idées de la gauche, qui pense en terme d'individus forgés d'abords malgré eux par leur environnement social, ne semblent pas concerner les populations en dehors des grandes villes. Pour celles-ci, il est autorisé de retomber dans le champ de l'affect, de l'essentialisation, et de la morale, propre à la droite.
Dans son ouvrage « Ascendant beauf », l'autrice Rose Lamy explique pourtant clairement comment cette figure du prolo de droite, stupide et réac, est érigée en élément de distinction bien commode par toute une frange des classes moyennes et supérieures citadines pour camoufler son propre racisme – tout parallèle avec la sociologie d'une large frange de l'électorat blanc de LFI étant évidemment purement hasardeux et fortuit. Elle explique également comment cela permet d'invisibiliser, voir même de justifier, la violence vécue par toute une partie des classes populaires (inégalités d'accès aux soins, corps détruits par le travail, inégalités de santé et d'espérance de vie, suicides, accidents de travail mortel, alcoolisme, mortalité routière etc.).
Aux législatives de 2024, le RN a doublé ses scores en Bretagne par rapports à celles de 2022. Cette même année, aux élections européennes, nous avons, la boule au ventre, vu le RN arriver pour la première fois en tête dans la quasi-totalité des communes bretonnes.
Personne ne nous fera croire pour autant qu'en l'espace de deux ans, une part significative de nos proches, de nos voisin-nes, de nos collègues sont devenus nazis. La Bretagne fait partie des endroits où la digue face à l'extrême droite aura cédé en dernier. Pourtant, nous ne somme pas dupes sur le fait que, pour nombre de militant-es de gauche, cela ne fera que confirmer l'idée préconçue depuis des décennies que notre pays est, par essence, un pays de fachos en raison de sa forte identité.
L'origine du jacobinisme
Jacobinisme et mépris vis-à-vis des ruraux à gauche trouvent leur source dans la Révolution française, moment charnière qui a durablement ancré le clivage droite/gauche. A cette époque, la bourgeoisie, emprunte des idées des Lumières, cherche à substituer à la figure du roi, autrefois seule garante de la légitimité de l'État et de l'unité de la nation, celle du Peuple français souverain. Mais cette figure abstraite de peuple français va vite se heurter au réel : l'ancien royaume est un agrégat de populations aux langues, coutumes et mœurs variés, sans aucune cohérence réelle entre elles.
Pire : dans nombre d'endroits, et particulièrement le Massif armoricain (Bretagne, Vendée, Anjou, Maine et Basse Normandie), l'euphorie collective retombe rapidement pour laisser place à l'hostilité sourde, puis à la révolte armée.
Aujourd'hui encore, l'immense majorité de la gauche continue de présenter les chouans et les insurgé-es vendéen-es comme des arriéré-es réactionnaires.
L'origine de la révolte trouve pourtant son origine dans des conceptions radicalement opposées du progrès humain auxquelles aurait dû aboutir l'abolition des privilèges, et opposant, d'un côté, une bourgeoisie citadine, nouvelle maîtresse du pouvoir et pleine de grandes idées philosophiques, et de l'autre, des populations rurales toujours empruntes de fort liens de solidarité communautaire, et totalement imperméables à des concepts abstraits tels que ceux de « nation » ou de « citoyens ».
On ne peut que recommander la lecture de Michel Ragon, écrivain anarchiste d'origine vendéenne et auteur de La mémoire des vaincus. Dans son livre 1793 L'insurrection vendéenne et les malentendus de la liberté, il explique ainsi :
« a-t-on réfléchi que, pour la population rurale d'alors, l'État disparaissait si le roi qui l'incarnait n'existait plus ? Le roi mort, la population rurale retrouve ses instincts d'autonomie, d'anarchisme fondamental. Elle se sent dégagée de la tutelle étatique, libre des ses choix, de son identité. ».
« En Vendée, deux conceptions de la liberté s'affrontent en 1793. Les Vendéens s'insurgent sur une idée populaire de la liberté : la liberté communale (contre le pouvoir centralisateur), la liberté religieuse (contre la laïcisation obligatoire), la liberté de la langue (le patois contre le français administratif). Les républicains combattent l'insurrection au nom d'une idéologie de la liberté, donc d'une abstraction. Leur théorie philosophique de la liberté, héritée des philosophes encyclopédistes, est toute intellectuelle. C'est une théorie d'avocat. La certitude des révolutionnaires d'être dans la vérité les conduit à imposer cette perversion : une dictature de la liberté. ».
Les guerres de l'Ouest engendrèrent un traumatisme qui a fixé pour longtemps le paysage politique.
Encore aujourd'hui des pans entiers du Massif Armoricain sont de droite depuis cette époque. Mais elles ont aussi imprimé à gauche le cliché de populations rurales perçues comme par essence arriérées, stupides et réactionnaires. C'est là l'origine du jacobinisme : le progrès ne peut émaner que de centres instruits et éclairés, qui doivent l'imposer à des périphéries obscurantistes et réfractaires, par le sang s'il le faut.
Cette vision a imprégné par la suite le marxisme, jusqu'au bolchevisme et au stalinisme, qui ont mené une véritable guerre contre la paysannerie et les minorités nationales de l'ancien empire russe, à coup de famines organisées, de massacres et de déportations. En France, elle a été aussi pendant longtemps à gauche une des principales justification de la colonisation.
C'est aussi à la suite de cette histoire, et au nom de cette vision unilatéral du progrès, que le français fut imposé. Quitte pour cela à traumatiser deux ou trois générations d'enfants, et même si le seul effet en terme d'égalité fut d'accroître les privilèges de la bourgeoisie francophone et de Paris sur le reste de l'hexagone.
Comme le disait Barère : « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, l'émigration et la haine de la République parlent allemande ; la contre-révolution parle l'italien, et le fanatisme parle le basque. Cassons ces instruments de dommage et d'erreur. ».
l'urgence de déjacobiniser la gauche (et LFI) !
Le projet de biorégions porté par LFI s'inscrit clairement dans cette filiation jacobine. Dans une récente interview donné à la chaîne Le Média, la députée Claire Lejeune commence en se référant explicitement à la création des départements à la place des anciennes provinces au moment de la Révolution française. Dans les deux cas, l'idée est la même : faire table rase de tout en fonction du plan d'une petite élite éclairée est légitime et nécessaire pour réellement changer les choses en profondeur.
Au cours de la discussion, elle oppose ainsi un « ancien monde », incarné par les régions de Hollande au découpage dicté par des raisons strictement économiques, au « nouveau monde » proposé par LFI dans lequel le découpage régional serait cette foi dicté par des critères strictement écologiques.
Economie contre écologie, au final on ne fait que remplacer une vision purement technique du monde par une autre tout aussi purement technique.
Les bases sont simplement différentes. Le sentiment d'appartenance des populations, leurs identités locales, l'attachement à une terre, les données culturelles et historiques, sont considérés comme des affects irrationnels et archaïques.
Plogoff, Le Pellerin, Le Carnet, Notre Dame des Landes, marée noires, Paysans travailleurs, défense des marais salants, projets miniers, lutte contre le remembrement, contre l'agriculture intensive et les algues vertes… Si, depuis des décennies, la Bretagne est un modèle en terme de luttes écologistes, c'est pourtant bien par ce que celles-ci s'y incarne dans la défense d'une terre et d'un peuple, et non pas à travers une écologie simplement morale, technique ou abstraite. Une écologie qui refuse de prendre en compte les réalités identitaires, culturelles, historiques et spirituelles des populations – c'est-à-dire qui est construite malgré elles et contre elles – est une écologie vouée à l'échec.
Le concept de Nouvelle France aurait pu être l'occasion d'une reconnaissance commune des populations issues de l'immigration post-coloniale et des particularismes et spécificités des autres populations de l'hexagone. Cela aurait été le meilleur moyen de couper l'herbe sous le pieds du RN et de l'extrême droite. Au lieu de ça, en prétendant tout reconstruire à partir de rien, le projet de biorégions nie encore une fois les identités populaires, laissant ce champ libre aux réactionnaires et à l'extrême droite.
Qui croit sérieusement que supprimer la Normandie, l'Alsace ou l'Auvergne va aider en quoi que ce soit la transition écologique ? Que la création de nouvelles régions factices dans laquelle les populations ne se reconnaissent absolument pas va pousser les gens à se réapproprier les outils démocratiques comme LFI prétend vouloir le favoriser ? Si la Bretagne est dans la situation catastrophique sur plan agricole qu'elle connaît aujourd'hui, c'est bien parce qu'une poignée de décideurs à Paris a décidé d'en faire l'usine agro-industrielle de la France en promettant en échange monts et merveilles aux Bretons et aux Bretonnes. Merci, mais en terme de centralisme jacobin sous couvert de belles idées, on a déjà donné.
En 2022, les sympathisant-es insoumis-es accusaient Roussel et ses 2,28 % d'avoir empêché Mélenchon d'accéder au second tour. Mais s'est-on demandé quel nombre de voix les positions ultra-jacobines de Mélenchon lui ont fait perdre ? Notamment dans les territoires à forte identité comme la Bretagne ou les Pays d'Oc ? Idem pour les prises de positions et les votes contre l'enseignement immersif en langues dites régionales. Aujourd'hui, on entend les zinzinsoumis faire la chasse aux abstentionnistes plus à gauche qu'eux, pendant que leur leader insulte les habitant-es d'une région entière, et que leur partie cherche à bloquer les aspirations démocratique de l'immense majorité des Alsacien-nes. Drôle de priorité pour gagner des voix !
Dans son allocution de présentation du projet de biorégions, on pouvait entendre Mélenchon dire : « Les cartes qui tournent autour de l'eau sont souvent en même temps des cartes politiques de l'ancien régime et du temps long. » puis « Il y a donc un rapport immédiat entre les grands facteurs géographique structurants, la culture et la politique. Il n'est pas question pour nous tout d'un coup d'effacer la culture et la politique… Parce que tout simplement ça ne fonctionnerait pas… »
Voilà au moins un constat que nous partagerons avec Mélenchon. Il est donc plus que temps pour une gauche qui espère vaincre de sortir de ses ornières et d'appliquer à la lettre ses prétentions démocratiques.
Une fois ce constat posé, notre rôle n'est pas d'attendre une inflexion de la part du grand leader.
Il est d'imposer nos thèmes et nos revendications dans la campagne, afin de s'engouffrer dans la brèche ouverte par la FI sur l'aberrant découpage régional de 2015. C'est pourquoi nous vous donnons rendez vous dans les rues de Nantes pour la défense de la réunification et de l'autonomie le 26 septembre prochain !
Dispac'h, le 19 août 2026