Sommaire Objectifs du manuel Introduction Vous avez dit « psychédélique » ? Les psychédéliques et leurs effets Mais au fait, comment ça marche ? I. À quoi s'attendre comme effets ? II. Classification et mécanismes d'action III. Effets indésirables IV. Usages thérapeutiques V. Voies d'administration VI. Durées d'action et dosage VII. Contre-indications et interactions VIII.Microdosage IX. Nouveaux produits de synthèse Autour de l'expérience Suis-je vraiment prêt ? I. « Set and setting » II. Connaître les produits On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait » Nicolas Bouvier Luka Noos « Homage to A. Hofmann » Objectifs du manuel Cet ouvrage est un manuel de réduction des risques et des dommages associés à la consommation de substances psychédéliques. La réduction des risques est un ensemble de pratiques et de connaissances dont le but est de réduire l'impact négatif d'actions, notamment la consommation de substances psychotropes, pouvant occasionner des troubles sur la santé physique et mentale.
Ce manuel se focalise sur les substances psychédéliques. Il apporte un ensemble de conseils à mettre en place a priori et a posteriori pour limiter les expériences pouvant affecter négativement les personnes consommant ces substances. Il ne constitue en rien une incitation à l'usage de substances illégales ou à la prise de risque. Nous insistons sur le fait que le risque zéro n'existe pas.
Le contenu présenté ici s'adresse à tout le monde : consommatrices et consommateurs, professionnels de la santé, « trip sitters », associations de réduction des risques, quel que soit le contexte de consommation. Nil Draloscona Introduction Vous avez dit « psychédélique » ? “To make this mundane world sublime, just half a gram of phanerothyme” Aldous Huxley
“To fathom Hell or soar angelic, just take a pinch of psychedelic.” Humphry Osmond (Échanges de poèmes entre les deux auteurs)
Qu'est-ce qu'une substance psychédélique ?
Les substances psychédéliques sont des composés issus tout aussi bien du monde vivant que de la synthèse chimique et ayant des propriétés psychotropes particulières. Elles se caractérisent par des effets sur l'esprit, pouvant être des modifications des perceptions sensorielles et de la conscience, des visions, des perceptions anormales pouvant être constatées et critiquées, tendant dans de rares cas vers des hallucinations, une modification de la cognition, une impression de dissolution de l'ego ainsi que la possibilité de déclencher des expériences spirituelles.
Ces substances sont souvent qualifiées d'hallucinogènes, bien que ce terme soit réducteur. Le mot « psychédélique » a été inventé par le psychiatre Humphry Osmond en 1956 pour décrire précisément ces substances. Il vient du grec ancien : psyché (ψυχή) veut dire « l'âme » ou « l'esprit », dêlos (δήλος) veut dire « révéler » ou « manifester ». L'expérience vécue, induite par la consommation d'une dose classique de composés psychédéliques, est appelée « expérience psychédélique » et dans le langage courant « un trip ».
Usuellement, ce terme désigne des molécules comme la psilocybine (retrouvée dans les champignons hallucinogènes), la mescaline (présente par exemple dans le cactus peyotl), le LSD, et la DMT (notamment contenue dans le breuvage « ayahuasca »), que l'on nommera ici « psychédéliques classiques ». Il en existe beaucoup d'autres, plus ou moins connues.
Les différentes substances psychédéliques produisent des effets similaires. Cependant, ces effets varient pour chaque substance, en durée d'action, en puissance et selon le dosage.
Ces substances ont un mécanisme d'action commun d'un point de vue neurologique et c'est ce qui les définit scientifiquement. On parle d'agonistes au récepteur de la sérotonine 5-HT2A , c'est-à-dire qu'elles se fixent à la place de la sérotonine sur le récepteur 5-HT2A tout en l'activant.
Les substances psychédéliques partagent ce mécanisme d'action et peuvent avoir des effets différents sur d'autres récepteurs et d'autres neurotransmetteurs, ce qui explique en partie les variations de l'expérience selon la substance consommée.
Certaines molécules évoquées ici (kétamine et MDMA) ne correspondent pas à la définition des psychédéliques classiques en raison de leur mécanisme d'action, mais elles ont certains effets subjectifs similaires et leur consommation isolée ou combinée avec des substances psychédéliques est parfois constatée. Il nous paraissait donc important de les traiter ici dans une démarche plus exhaustive de réduction des risques.
Brève histoire des psychédéliques
La datation d'objets archéologiques trouvés en Amérique indique que des psychédéliques étaient connus par différentes cultures précolombiennes plusieurs millénaires avant notre ère.
Dès le XVe siècle, des Européens ont mentionné l'usage d'une poudre à priser psychoactive nommée Cohoba dans les Antilles. Au XVIe siècle, après l'invasion de l'Empire aztèque par les Espagnols, l'utilisation religieuse ou divinatoire de champignons et de cactus psychotropes a été documentée, avant d'être interdite par un édit colonial en 1620. L'usage de l'ayahuasca n'est en revanche documenté que depuis quelques siècles.
À la fin du XIXe siècle, des savants occidentaux se sont intéressés au cactus peyotl et à la mescaline qu'il contient. La découverte du LSD et des champignons divinatoires mexicains a ensuite suscité de nombreuses recherches médicales après la Seconde Guerre mondiale. Elles se sont toutefois taries à partir de 1966, après une panique morale liée aux usages de drogues dans les milieux hostiles à la guerre du Viêt Nam aux ÉtatsUnis et suite à une modernisation de l'évaluation de la sécurité et de l'efficacité des médicaments. En 1971, une convention des Nations-Unies a classé les psychédéliques comme des substances dangereuses sans intérêt thérapeutique, mais, depuis la fin des années 1990, on observe un regain d'intérêt scientifique pour ces substances.
Rappel de la législation
La législation est indiquée ici pour la France et est valable à la date de publication de ce manuel. Elle varie d'un pays à l'autre, nous invitons donc les lecteurs se trouvant dans d'autres pays à se renseigner sur la législation locale.
En France, la plupart des substances psychédéliques sont classées sur la liste des produits stupéfiants (https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/ JORFTEXT000000533085/), c'est-à-dire que sont interdits : la production, la fabrication, le transport, l'importation, l'exportation, la détention, l'offre, la cession, l'acquisition ou l'emploi à l'exception de certaines spécialités pharmaceutiques (médicaments classés stupéfiants). Des dérogations sont exceptionnellement accordées à des fins de recherche et de contrôle.
Le classement comme stupéfiant d'une molécule ou d'une plante dépend du classement international imposé par l'ONU, qui peut être complété en France par l'Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM), souvent par recommandation de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). La liste des produits stupéfiants est mise à jour régulièrement et certaines molécules peuvent devenir illégales du jour au lendemain. Le simple usage fait encourir un an d'emprisonnement et 3750 euros d'amende (article L3421-1 du code de la santé publique).
La facilitation ou la provocation à l'usage sont également interdites (par l'article L.3421-4 du même code). Il est également interdit de présenter ces produits sous un jour favorable.
De plus, la conduite sous l'effet d'un stupéfiant fait encourir des peines très lourdes (perte de permis, amendes, prison) en cas de contrôle et peut constituer une circonstance aggravante en cas d'accident ou d'infraction.
La réduction des risques pour les personnes consommant des psychotropes est une politique de santé publique reconnue légalement depuis 2004 (modifiée en 2016). Cette loi autorise la diffusion de toutes informations utiles ayant pour but de « prévenir les dommages sanitaires, psychologiques et sociaux, la transmission des infections et la mortalité par surdose » (Art. L. 3411-8.-I). Par ailleurs, le décret référentiel de 2005 protège les intervenants de réduction des risques des incriminations d'incitation à l'usage. Ce manuel s'inscrit dans la lignée de cette politique de santé publique. François Giovangigli « Océanique du 07/21 n° 1 » Les psychédéliques et leurs effets Mais au fait, comment ça marche ? « Combien de temps cela va-t-il durer, cette délicieuse sensation d'être en vie, d'avoir pénétré le voile qui cache la beauté et les merveilles des panoramas célestes ? Peu importe, car il ne peut y avoir que de la gratitude pour ne serait-ce qu'un aperçu de ce qui existe pour ceux qui peuvent s'y ouvrir. » Alexander Shulgin, PiHKAL : A Chemical Love Story I. À quoi s'attendre comme effets ? L'expérience psychédélique est très difficile à décrire, en témoignent les récits de certains écrivains comme Aldous Huxley sur son ineffabilité. La comparaison avec des psychotropes plus répandus, comme l'alcool ou le cannabis, ne permet pas de se faire une idée juste des effets tant l'expérience est différente. L'intensité des effets dépend de la dose et on peut être surpris par des effets très forts à des doses qu'on pensait faibles. La présentation faite ici ne pourra donc pas être exhaustive. De plus, certains effets peuvent apparaître ou non pour de multiples raisons, selon le dosage et les prédispositions de chaque personne ainsi que les facteurs environnementaux. Pour plus de détails, vous pouvez vous rendre sur le site https://effectindex.com/ (en anglais).
On peut regrouper les effets principaux selon qu'ils agissent sur les sens et les perceptions (effets sensoriels), sur les pensées et les émotions (effets cognitifs) et sur les croyances métaphysiques ou mystiques (effets spirituels).
Effets sensoriels • Augmentation des couleurs, intensification perçue de la luminosité et de la vivacité des couleurs : par exemple, les rouges peuvent sembler plus rouges, les verts peuvent sembler plus verts et toutes les couleurs pourraient apparaître plus distinctes, complexes et visuellement intenses.
• Augmentation de l'acuité visuelle ou amélioration de la clarté de la vision : cela se traduit par une netteté des détails visuels de l'environnement extérieur, au point que les bords des objets sont perçus comme extrêmement précis, clairs et définis.
• Distorsions visuelles : effet subjectif qui altère et modifie la perception ou l'apparence de données visuelles préexistantes sans ajouter de contenu entièrement nouveau.
• « After-images », « tracers » ou « palinopsie » : ce sont des perceptions visuelles qui continuent d'apparaître dans la vision après que l'exposition à l'image originale a cessé. Les objets en mouvement peuvent, par exemple, produire une traînée d'images fixes superposées derrière leur trajectoire de mouvement. « After-images » par Chelsea Morgan (effectindex.com)
• Paréidolie accrue : la paréidolie est la tendance à reconnaître des motifs (généralement des visages) dans des stimuli.
• Changement des couleurs : certains objets peuvent changer de couleur de manière fluide au cours d'un cycle qui se répète continuellement. Par exemple, la mousse sur un rocher pourrait visiblement passer du vert, au rouge, au bleu, à n'importe quelle autre couleur, puis redevenir verte dans le style d'une boucle animée fluide.
• Distorsions de la profondeur : ces distorsions sont des altérations de la façon dont une personne perçoit la distance de divers objets dans son champ visuel. Au cours de cet état, les différents plans du paysage peuvent devenir exagérés, asymétriques ou complètement réarrangés.
• Répétition de texture : ce type de répétition visuelle se réfère à la perception de textures qui se reflètent à plusieurs reprises sur leur propre surface d'une manière complexe et symétrique qui est cohérente sur elle-même. Il se manifeste généralement par des textures rugueuses, telles que l'herbe, les tapis, l'écorce des arbres et l'asphalte.
• Motifs géométriques : ces motifs sont définis comme des tableaux complexes de formes, de couleurs, de symboles, de motifs, de géométrie, de constantes de forme et de fractales dans le champ de vision. « Fallen leaves » par Chelsea Morgan (effectindex.com)
• Motifs environnementaux : ces motifs sont perçus dans certaines textures ou certains objets (tels que des tapis, des nuages ou une végétation dense) qui dérivent vers des motifs géométriques de plus en plus complexes, mais composés du matériau d'origine. Ces structures peuvent être de nature symétrique, mais incluent souvent des constantes de forme, des fractales et des motifs géométriques désorganisés. « LSD in Hastings Country Park » par Josie Kins (effectindex.com)
• Transformations : les transformations sont l'expérience d'une métamorphose visuelle où des parties de l'environnement se transforment en des choses complètement différentes.
• Visions internes : ces visions se produisent dans un environnement imaginaire et ne peuvent généralement être vues qu'avec les yeux fermés. Elles peuvent s'exprimer sous formes géométriques ou kaléidoscopiques, voire même représenter des objets ou des personnes avec parfois un fort symbolisme.
• Déformations et hallucinations auditives : ce sont des perceptions d'un son, mot ou phrase déformés, parfois même alors qu'aucun stimulus extérieur n'en est à l'origine.
• Amélioration tactile : une augmentation globale à la fois de l'intensité du sens du toucher d'une personne et de sa conscience des sensations physiques à travers son corps. Cet effet peut entraîner une amélioration considérable des sensations tactiles en termes de plaisir qu'elles induisent. Cependant, cela peut également entraîner une hypersensibilité, ce qui rend les mêmes sensations inconfortables.
• Synesthésie : l'expérience d'une fusion ou d'un mélange des sens. Par exemple, le fait de voir de la musique, goûter des couleurs, entendre des odeurs ou toute autre combinaison potentielle des sens.
Effets cognitifs • Amélioration analytique : ceci est la perception d'une amélioration de la capacité globale d'une personne à traiter logiquement des informations ou à analyser des concepts, des idées et des scénarios. Cet effet peut conduire à un état de contemplation profond qui se traduit souvent par une abondance d'idées qui semblent nouvelles et/ou perspicaces.
• Anxiété : une expérience de sentiments négatifs, d'appréhension, d'inquiétude et de malaise général. Ces sentiments peuvent être subtils et faciles à ignorer ou, à l'inverse, suffisamment intenses et oppressants pour déclencher des attaques de panique ou de peur.
• Intensification des émotions : une augmentation de l'état émotionnel actuel d'une personne au-delà des niveaux d'intensité habituels. Par exemple, une personne qui se sent actuellement anxieuse ou émotionnellement instable risque d'être submergée par des émotions négatives intensifiées, par la paranoïa et la confusion. En revanche, une personne qui se sent généralement positive et émotionnellement stable peut se retrouver submergée par des états d'euphorie et de bonheur.
• Appréciation accrue de la musique et des sons environnants : lorsque la musique est écoutée pendant cet état, non seulement elle sonne mieux subjectivement, mais la musique et le contenu lyrique perçus peuvent avoir un impact profond sur l'expérience. Les bruits environnants (chants d'oiseaux, écoulement d'un cours d'eau, etc.) peuvent également être particulièrement appréciés.
• Augmentation du sens de l'humour : une amélioration générale de la probabilité et du degré à laquelle une personne trouve les stimuli humoristiques et amusants. La sensibilité d'une personne à trouver des choses amusantes est amplifiée, souvent au point qu'elle commencera à rire de manière incontrôlable de choses pouvant être insignifiantes, sans aucune raison intelligible ou cause apparente.
• Suggestibilité accrue : une tendance accrue à accepter les idées ou les attitudes des autres et à agir en conséquence. Le rire peut ainsi devenir très communicatif. Ceci peut également augmenter le risque d'abus physique ou psychique par des personnes mal intentionnées.
• Sensation accrue de la nouveauté : un sentiment accru de fascination, d'admiration et d'appréciation, attribué à des éléments spécifiques ou à l'intégralité de l'environnement externe. Cela peut donner l'impression que les concepts ou objets de tous les jours tels que des plantes, des paysages, l'existence, les événements communs ou même des objets ménagers sont plus profonds, intéressants et importants.
• Diminution de la concentration (distraction) : elle peut être caractérisée par des sentiments de distraction intense, qui empêchent de se concentrer et d'effectuer des tâches de base pour lesquelles il serait relativement facile de ne pas se laisser distraire.
• Troubles de la mémoire : une inhibition temporaire de la capacité d'une personne à maintenir une mémoire fonctionnelle à court et à long terme.
• Boucles de pensée : l'expérience d'un blocage dans une chaîne de pensées, d'actions et d'émotions qui se répète dans une boucle d'apparence infinie. Ces boucles sont généralement de courte durée, même si leur perception peut paraître beaucoup plus longue.
• Distorsion temporelle : un effet qui rend le passage du temps extrêmement déformé et difficile à suivre. Elle est généralement ressentie sous deux formes différentes : la dilatation du temps et la compression du temps.
• Dissolution de l'ego (également connue sous le nom de suppression de l'ego, perte de l'ego ou mort de l'ego) : l'expérience temporaire d'une perturbation partielle ou complète du sens de soi, ce qui entraîne parfois des changements profonds dans la façon dont la personne perçoit et interprète son identité ou son autonomie.
Effets spirituels
• Modification de la spiritualité : l'expérience d'un changement dans les croyances d'une personne concernant son existence et sa place dans l'univers, sa relation avec les autres, et ce qu'elle considère comme significatif dans la vie.
• Sentiment d'unité et d'interdépendance : des expériences où le sens de soi est temporairement modifié ou élargi. Par exemple, le sens de l'identité d'une personne change pour inclure son environnement, un objet avec lequel il interagit ou même l'univers dans son ensemble à sa propre identité. Cela se traduit par des sentiments intenses et inextricables d'unité ou d'interconnexion entre soi-même et différents réseaux de systèmes, parfois flous, comme la nature ou le cosmos.
• Expérience dite « mystique » : l'expérience de la transcendance, de la communion ou de l'extase. L'expérience mystique est marquée par son ineffabilité et le caractère sacré qu'on lui accorde. Elle donnera par exemple un sentiment d'intemporalité, ou le sentiment d'être en présence d'une force externe ou d'entités.
Ces effets sont temporaires, pour une durée variant selon la substance consommée. L'expérience vécue par rapport au quotidien peut paraître déroutante, voire effrayante, et il convient d'accepter ces effets plutôt que de lutter contre. L'intégration de cette expérience peut parfois modifier en profondeur les convictions, les croyances et la personnalité du consommateur.
En plus des éléments listés ci-dessus, les substances psychédéliques provoquent un ensemble d'effets purement physiques qui sont plutôt considérés comme indésirables et sont décrits plus loin.
Hallucinations ? Les psychédéliques sont parfois considérés comme des hallucinogènes. Cependant, ils n'induisent que très rarement des hallucinations. Selon les définitions admises en psychiatrie, une hallucination est une perception sans objet, c'est-à-dire sans stimulus externe. Les hallucinations se distinguent des illusions, qui sont des perceptions déformées reposant sur un objet réel. Le plus souvent, aux doses classiquement utilisées, les psychédéliques induisent des illusions.
Dans la plupart des cas, avec les psychédéliques, le sujet se rappelle avoir consommé un psychotrope et parvient à critiquer ses perceptions. Cependant, il arrive qu'à fortes doses, cette capacité critique s'altère et que le sujet soit soumis à des hallucinations qui peuvent constituer un délire. En bref, les hallucinations sous psychédéliques sont rares et dans la grande majorité des cas, le sujet se souvient avoir consommé un psychotrope. Il préserve une pensée critique face à ses perturbations sensorielles. II. Classification et mécanismes d'action Les psychédéliques classiques sont définis comme étant des agonistes des récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A et peuvent être divisés en trois types généraux : les tryptamines, les phénéthylamines et les lysergamides.
Tryptamines Les tryptamines psychédéliques comprennent la psilocine, la psilocybine, la DMT, la 5-MeO-DMT et l'ibogaïne. Les tryptamines se trouvent dans de nombreuses plantes et chez certains animaux. Chez les humains, ces molécules agissent comme agonistes sur les récepteurs à la sérotonine du système nerveux central et du système gastro-intestinal, en raison de leur similitude chimique avec la sérotonine.
Phénéthylamines Les phénéthylamines sont une classe de composés aromatiques qui contient certaines hormones, neurotransmetteurs ou psychotropes, notamment la MDMA, la mescaline, le 2C-B et d'autres amphétamines. Les phénéthylamines agissent comme stimulants du système nerveux central chez l'humain. Dans le cerveau, elles régulent la neurotransmission des monoamines. Certains stimulants, empathogènes, bronchodilatateurs, décongestionnants et antidépresseurs appartiennent à la classe des phénéthylamines. C'est une famille très variée, en termes de mécanismes d'action et de cibles de neurotransmetteurs.
Lysergamides Les lysergamides sont des dérivés de l'acide lysergique et comprennent de nombreux composés ayant une activité agoniste puissante sur divers récepteurs de la sérotonine et de la dopamine. L'acide lysergique est produit par plusieurs espèces de champignons, par exemple le champignon de l'ergot du seigle (dont est dérivé le LSD) et également par d'autres espèces symbiotiques présentes dans les graines de certaines lianes comme l'Hawaiian baby woodrose (Argyreia nervosa), ainsi que celles de Morning Glory (Ipomoea tricolor), qui ont toutes deux des propriétés psychotropes similaires à celles du LSD. III. Effets indésirables Les médicaments et autres substances pharmacologiquement actives agissent le plus souvent sur des récepteurs cellulaires ou des enzymes. Ces substances vont produire une pluralité d'effets dont certains sont souhaités et d'autres sont indésirables. Selon les usages, un effet peut apparaître comme étant désirable ou indésirable. C'est par exemple le cas des effets sensoriels provoqués par les psychédéliques qui peuvent être définis comme indésirables dans la recherche médicale, mais recherchés dans d'autres usages.
Ces effets indésirables peuvent survenir à des fréquences variables et avec des facteurs pouvant les influencer, comme le dosage, la fréquence de consommation ou encore les vulnérabilités individuelles. Les psychédéliques présentent donc, eux aussi, des effets indésirables. Nous verrons ici les plus fréquents qui ont pu être décrits dans la littérature scientifique.
Effets indésirables psychotropes Les consommations de psychédéliques s'effectuent souvent dans une recherche d'effets psychoactifs. Ceux-ci se caractérisent entre autres par une distorsion sensorielle, une modification du cours de la pensée habituelle et une perception altérée du temps et de l'espace. Ces effets peuvent engendrer des états plus ou moins brefs de perplexité, de désorientation, voire de peur ou d'anxiété. Dans certains cas, des formes d'hypervigilance, une sensation d'un danger imminent ou des sentiments de persécution peuvent aussi apparaître.
Ces effets psychotropes peuvent se rapprocher de certains symptômes de la schizophrénie ou de la psychose. Des symptômes de déréalisation et de dépersonnalisation ou des pseudohallucinations ont parfois été décrits, ainsi que la remémoration de souvenirs enfouis (qui peuvent nécessiter un travail d'intégration). Lorsqu'ils deviennent envahissants pour le sujet, ces effets conduisent parfois au développement d'un « bad trip ». Le « bad trip » peut être défini comme étant un état d'anxiété intense, couplé à de la peur et pouvant mener à de l'agitation voire de la confusion mentale.
Dans les cas les plus graves, ces états de confusion, d'anxiété ou d'idées paranoïaques peuvent conduire certains sujets à une auto ou hétéroagressivité. Des accidents ont également été décrits, dont certains mortels. Il conviendra donc de porter une attention particulière au cadre d'usage et de préférence d'être avec une personne de confiance sobre. pSychédéliqueS : Manuel de réduction deS riSqueS
Effets indésirables somatiques Par leur action sur le système sérotoninergique, dopaminergique et adrénergique, les substances psychédéliques peuvent également entraîner des effets somatiques, c'est-à-dire des effets physiques. Elles conduisent notamment à une stimulation du système sympathique. Elles engendrent ainsi des effets transitoires et modérés, dont :
• Une augmentation de la fréquence cardiaque,
• Une augmentation de la pression sanguine systolique et diastolique,
• Une augmentation de la fréquence respiratoire,
• Une augmentation de la température corporelle,
• Une mydriase (dilatation des pupilles).
Des troubles neuromusculaires sont également décrits comme des spasmes musculaires, des convulsions, et plus rarement une rhabdomyolyse (dégradation des cellules musculaires).
Des nausées, céphalées, vertiges et vomissements sont susceptibles de survenir.
Des syndromes sérotoninergiques ont pu être signalés (cf. chapitre « Contre-indications et interactions »). Ces cas graves sont très rares et surviennent si d'autres substances sérotoninergiques sont consommées (comme des antidépresseurs ou d'autres psychoactifs) ; leur prise combinée est donc fortement contre-indiquée.
Des troubles du sommeil, survenant après la prise, sont également décrits.
Le plus souvent, les psychédéliques sont contre-indiqués chez les personnes souffrant de troubles cardiovasculaires importants.
Effets indésirables chroniques L'usage de substances psychédéliques est susceptible d'entraîner des effets indésirables au long cours. D'un point de vue psychiatrique, des personnes souffrant de trouble maniaco-dépressif ou bipolaire pourront faire une décompensation maniaque. Des épisodes psychotiques aigus (de plusieurs jours) ont également été décrits. Ces états psychotiques surviennent le plus souvent chez des personnes ayant des antécédents psychotiques ou ayant des antécédents familiaux. Néanmoins, des cas anecdotiques ont été décrits sans antécédents apparents. Ces états psychotiques hautement invalidants peuvent être résolus sous traitement antipsychotique dans la plupart des cas. La consommation peut aussi révéler des pathologies psychiatriques latentes chez des personnes prédisposées n'en ayant pas encore connaissance (schizophrénie, trouble bipolaire, etc.).
À la frontière du somatique et du psychiatrique, un effet indésirable chronique particulier a été décrit. Il s'agit du HPPD pour « Hallucinogen Perception Persisting Disorder » ou en français « trouble persistant des perceptions dû aux hallucinogènes ». Comme son nom l'indique, ce trouble provoquerait une résurgence ou un flashback de certains effets visuels rencontrés au moment de la prise. Chez la plupart des sujets, ces effets peuvent être sporadiques, transitoires et non problématiques. Pour d'autres, ils pourraient être chroniques et invalidants. Certains facteurs pourraient favoriser la survenue de ce trouble, comme une polyconsommation de substances psychoactives, dont le cannabis, des troubles anxieux ou d'autres antécédents psychiatriques. La fréquence de ce trouble semble rare, mais certains auteurs suggèrent qu'il serait sous-diagnostiqué. Il serait plus fréquent suite à une consommation festive comparativement à une consommation en contexte clinique. Ce trouble, référencé dans le DSM-IV (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), peut être soulagé avec un traitement médicamenteux. Cependant, le mécanisme de ce trouble est encore aujourd'hui incertain.
Dans l'ensemble, il conviendra d'éviter l'usage de substances psychédéliques chez des personnes souffrant de troubles bipolaires ou de troubles psychotiques actuels, passés ou familiaux.
La polyconsommation de substances psychoactives est également déconseillée, bien que certaines synergies existent, celles-ci impliquent plus de risques.
Décès Les psychédéliques classiques (LSD, champignons à psilocybine, DMT, mescaline, etc.) ne présentent pas de mécanismes de toxicité directe connue pouvant causer un décès, au contraire notamment de la kétamine, la MDMA, la 5-MeO-DMT, l'iboga et certains nouveaux produits de synthèse (NPS) qui peuvent présenter ce risque.
La dose létale estimée est très supérieure aux doses habituellement utilisées. Il existe quelques articles de presse sensationnalistes décrivant des décès imputés aux psychédéliques. Les articles scientifiques rigoureux sont peu nombreux, mais quelques cas de décès ont été décrits. Ces décès sont causés la plupart du temps par des accidents, une polyconsommation de substances ou des suicides qui ont parfois été rapportés.
Comme pour tout psychotrope (incluant l'alcool), il convient de ne pas prendre seul ces substances, d'éviter le risque de surdose et de ne pas s'adonner à des activités à risque d'accident (conduite automobile, natation, escalade, etc.) IV. Usages thérapeutiques Certaines personnes sont à la recherche d'effets thérapeutiques. De nombreuses publications scientifiques rendent compte d'effets positifs sur des troubles psychiques et peuvent inciter des individus à consommer des psychédéliques. Cependant, si les substances psychédéliques semblent apporter des résultats probants pour certaines indications, les études sont réalisées en contexte clinique, supervisé, avec une sélection des patients, une préparation, un accompagnement et un suivi après la prise. Les patients ne répondant pas aux critères de sélection sont exclus des essais cliniques et de nombreuses contre-indications sont respectées. Consommer des psychédéliques sans supervision, même dans un but de recherche thérapeutique, peut être dangereux. V. Voies d'administration Les substances psychédéliques peuvent avoir une ou plusieurs voies d'administration pouvant influencer les effets, leur rapidité et durée d'action, ainsi que les risques encourus. Il est essentiel de s'assurer que le dosage correspond à la méthode choisie et de veiller à respecter certaines notions d'hygiène et de réduction des risques.
Ingestion Méthode privilégiée et souvent la moins risquée pour la majorité des psychédéliques et servant généralement de base aux dosages exprimés, elle est en revanche plus lente à faire effet que les autres méthodes. Il faut donc bien patienter si l'on songe à une nouvelle prise, même en l'absence d'effets, pour éviter tout risque de surdosage. Il est également recommandé d'espacer la prise de substances des repas (risque de vomissement, diminution des effets, troubles digestifs, etc.).
Certaines substances naturelles peuvent être directement mâchées (champignons à psilocybine, cactus à mescaline, graines de Hawaiian baby woodrose, etc.) bien qu'une préparation soit souvent recommandée pour améliorer le goût, la digestion ou maximiser les effets.
Les substances synthétiques sont généralement gobées sous la forme de gélules, de comprimés, de papier buvard ou enveloppées dans du papier à cigarette sous forme de parachutes, « paras ».
Des préparations peuvent également être bues (LSD « en goutte » ou dissous dans un liquide, ayahuasca, infusion de champignons, etc.).
Certaines molécules sont détruites lors de l'ingestion et nécessitent des préparations spécifiques pour être consommées (par exemple, l'ayahuasca contient des substances spécifiques (IMAO) destinées à éviter la dégradation de la DMT).
Sublinguale Cette méthode, souvent utilisée pour la consommation de LSD, présente l'avantage d'une absorption rapide de la substance. Cependant, l'ingestion reste recommandée pour la majorité des substances, car la montée plus rapide engendrée par la prise sublinguale peut être déstabilisante.
Sniff
Administration des substances par voie nasale, généralement à l'aide d'une paille. La dose requise est souvent plus faible et les effets plus intenses, mais plus courts. Cette méthode est généralement utilisée pour les dissociatifs tels que la kétamine, et plus rarement pour d'autres substances psychédéliques.
Selon les substances, cette méthode peut être irritante et même douloureuse lors du contact avec les muqueuses et risque de provoquer des infections des voies respiratoires. Les grains de la substance et/ ou la paille peuvent créer des microlésions dans le nez, propices à la transmission de virus potentiellement graves, tels que le virus de l'hépatite C, en cas de partage du matériel servant à consommer. Il convient donc de réduire la substance dans une poudre la plus fine possible et d'utiliser des pailles à usage unique ainsi que de bien se rincer le nez quelques minutes plus tard, par exemple avec du sérum physiologique.
La surface où sera disposé le produit devra être propre et si possible désinfectée, il est également recommandé de la nettoyer entre chaque usage pour éviter le mélange de substances.
Des associations de réduction des risques proposent gratuitement des pailles à usage unique.
Vaporisation La substance est chauffée, sans contact direct avec une flamme, jusqu'à ce que le ou les principes actifs recherchés se transforment en gaz, qui sont alors inspirés. Cette technique d'inhalation sans combustion permet d'éviter le dégagement de fumée et donc de goudrons et composés nocifs (irritants, cancérigènes, etc.).
Différentes techniques existent : dans des pipes en verre, des chambres en céramique, dans des e-cigarettes ou sur du papier d'aluminium (chasser le dragon).
Un risque d'inflammation des voies respiratoires est possible. Il faut également prendre garde aux risques de brûlures avec le matériel.
Il s'agit de la méthode recommandée pour consommer certaines substances telles que la DMT ou le cannabis.
Combustion (fumé) Proche de la vaporisation, mais cette fois avec un processus de combustion, généralement dans des cigarettes, joints ou pipes à eau (bangs). La combustion provoquée par la flamme peut réduire les effets et surtout dégager des substances plus toxiques que la vaporisation et donc beaucoup plus dangereuses pour les voies respiratoires.
Injection
L'injection de substances psychédéliques est assez marginale, mais elle est parfois utilisée pour la recherche scientifique. Cette méthode ne présente pas d'intérêt particulier pour la consommation récréative, mais présente plus de risques. Peu de ressources existent concernant les dosages.
Il convient dans ce cadre d'utiliser correctement du matériel d'injection stérile (seringues, etc.) et d'opérer dans les meilleures conditions d'hygiène possibles pour limiter les risques d'infection et d'avoir une bonne hygiène pour éviter tout risque d'infection ou de transmission de virus tels que le VIH ou le virus de l'hépatite C. L'utilisation de substances purifiées de tout contaminant est également primordiale.
Autres méthodes D'autres voies d'administration sont parfois utilisées (par exemple la voie rectale), cependant elles restent peu documentées, aussi bien sur les dosages que sur les risques encourus. VI. Durées d'action et dosage Les substances psychédéliques, bien que reposant sur un mécanisme d'action similaire, présentent des durées d'action variables. La mescaline produit des effets pendant environ 12 heures, alors que la DMT vaporisée a une durée d'action inférieure à 15 minutes. Les différents temps d'action sont résumés dans le tableau à la fin du chapitre. Ensuite, une même substance peut avoir un temps d'action différent selon la voie d'administration. C'est par exemple le cas de la DMT qui a, comme dit plus haut, une durée d'action inférieure à 15 minutes lorsqu'elle est vaporisée ou d'environ 5 heures lorsqu'elle est ingérée avec un IMAO dans le breuvage ayahuasca. Lorsqu'une substance est ingérée, elle a généralement un temps d'action plus long que si elle est sniffée ou fumée.
Dosage La dose est l'une des principales variables qui peuvent être maitrisées lors de la préparation d'une expérience psychédélique, et elle est probablement le facteur le plus important pour déterminer la puissance de l'expérience psychédélique. La concentration exacte de la ou des molécules actives dans une substance est presque impossible à connaître sans accès à un laboratoire équipé d'une chromatographie en phase liquide à haute performance (HPLC) couplée à la spectrométrie de masse. La plupart des gens ne peuvent alors deviner le dosage qu'en fonction des informations limitées acquises sur la substance, par exemple en lisant ce qui est écrit sur le paquet, ou en faisant confiance à ce que leurs revendeurs, dealers ou amis leur ont dit.
Avec le LSD, par exemple, vous ne pouvez jamais être sûr de la quantité exacte de LSD présente dans un buvard ni même s'il s'agit vraiment de LSD. La plupart des buvards de LSD contiennent une concentration entre 50 et 200 μg. Aujourd'hui, des buvards vendus comme du LSD peuvent contenir d'autres substances comme les DOx, 25I-NBOMe ou 1P-LSD. Le 25I-NBOMe est particulièrement dangereux et a causé plusieurs décès. Il est donc très important de recueillir le plus d'informations possible sur un buvard avant de le prendre.
Dans le cas des plantes ou des champignons, la concentration des molécules psychoactives peut varier considérablement selon les espèces, les spécimens, et même entre les récoltes en fonction des conditions climatiques et d'autres facteurs environnementaux. Savoir de quelle espèce on dispose permet de doser la prise correctement. Les champignons d'une même variété cultivés en intérieur ont tendance à avoir des concentrations plus élevées que ceux cueillis dans la nature, et la puissance peut varier considérablement d'un lot à l'autre et d'une partie du champignon à l'autre (les chapeaux et les pieds ont des concentrations différentes par exemple). En raison de ces variations naturelles, hacher ou broyer des champignons secs en poudre peut aider à réduire le risque d'en prendre trop de manière inattendue.
Pour certaines molécules comme le 2C-B, une balance précise au milligramme est indispensable. Avec une balance précise au centigramme, si on pèse 0,01 g, en fin de compte il peut y avoir entre 5 mg et 15 mg ( + erreurs de tare éventuelle) donc du simple au triple ! Il est aussi fortement recommandé de bien nettoyer votre balance avant et après chaque usage pour éviter des erreurs de mesure ainsi que le mélange des produits, et de vérifier l'étalonnage de la balance régulièrement (selon le manuel de la balance). Il conviendra également de bien penser à peser l'ensemble de vos prises en amont de l'expérience pour éviter toute erreur de mesure.
Les tableaux suivants montrent les dosages approximatifs des substances psychédéliques et, selon les voies d'administration les plus courantes, la durée de leur effet ainsi que le temps nécessaire pour une disparition des effets. Étant donné que les concentrations peuvent varier considérablement entre les substances, il est toujours recommandé de prendre la dose la plus faible perceptible ou la dose « seuil » avant d'en prendre plus et de ne pas en reprendre tant que l'on n'a pas atteint le pic d'action de la substance, au risque d'un surdosage retardé. Pour éviter d'éventuelles réactions allergiques ou la prise de substances non désirées, il est recommandé de prendre deux doses « seuil » à une semaine d'intervalle. Il existe bien sûr un grand nombre d'autres psychédéliques et de nouveaux produits de synthèse (NPS) sur le marché. Les doses ne sont pas toujours bien connues pour ces derniers et des précautions supplémentaires doivent être prises lorsque vous essayez une substance pour la première fois. Si le poids et le sexe de la personne peuvent faire varier les effets, d'autres facteurs tels que la tolérance et/ou l'expérience précédente peuvent aussi jouer un rôle important. Les doses fortes et très fortes indiquées dans le tableau ci-dessus s'adressent à des personnes expérimentées et risquent de provoquer des expériences difficiles à gérer, traumatisantes ou effrayantes, même pour les psychonautes avancés. Si votre produit a été correctement dosé, mais qu'aucun effet n'apparaît au bout des temps indiqués, il faut d'abord remettre en question la substance. Il est toujours conseillé de patienter encore 1 à 2 heures après la prise avant de penser à éventuellement en reprendre. Le temps d'action peut varier entre autres selon le niveau de fatigue, le dernier repas et le délai depuis celui-ci, les prédispositions individuelles, etc. * Il existe de nombreuses espèces de champignons et les dosages peuvent grandement différer d'une espèce à l'autre (P. semilanceata, P. azurescens…) ou s'il s'agit de sclérotes (truffes)
** La mescaline synthétique est rare et ce sont souvent d'autres substances avec des dosages différents qui sont vendus comme tels, faites tester vos produits. VII. Contre-indications et interactions Au sein des essais cliniques menés dans certains hôpitaux, plusieurs pathologies, notamment des troubles psychiatriques, sont contre-indiquées. Par exemple : les troubles psychotiques comme la schizophrénie ainsi que les troubles bipolaires. Le risque de survenue d'un épisode psychotique est majoré chez des personnes présentant ces troubles. De plus, les substances psychédéliques provoquent des effets cardiovasculaires. Ainsi les individus présentant certains troubles cardiovasculaires sont également exclus des études. Même si les psychédéliques sont généralement très sûrs et peu toxiques lorsqu'ils sont pris seuls, il existe des risques quand ils sont mélangés avec d'autres substances. Le plus important est celui du syndrome sérotoninergique, qui peut survenir lors de la prise de substances sérotoninergiques pouvant entraîner un excès de sérotonine dans le système nerveux central et qui peut être potentiellement mortel.
Les symptômes du syndrome sérotoninergique incluent notamment une pression artérielle élevée, une fréquence cardiaque rapide, une température corporelle élevée, des tremblements, de la transpiration, des pupilles dilatées et de la diarrhée. Cela peut être confondu avec les effets normaux de la substance, en particulier des stimulants tels que la MDMA. Pour cette raison, il n'est pas recommandé de consommer des psychédéliques si l'on prend déjà des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine noradrénaline (IRSN), des inhibiteurs de monoamine oxydase (IMAO), ou des antidépresseurs tricycliques (TCA). Il est toujours recommandé de rechercher les informations appropriées si vous prenez un médicament avant de consommer une substance psychédélique.
Médicaments
Certains médicaments, notamment des antibiotiques, des médicaments pour la sphère cardiovasculaire et certains antirétroviraux peuvent empêcher le métabolisme (c.-à-d. la biotransformation) de certaines substances et vont donc augmenter leur durée d'action et leurs effets indésirables potentiels.
Tramadol Le tramadol est un antalgique opioïde synthétique, utilisé pour traiter la douleur modérée. Comparé à d'autres antalgiques, le tramadol agit à la fois comme un agent de libération de la sérotonine, et comme un inhibiteur de la recapture de la sérotonine. Son association avec des psychédéliques peut être dangereuse, voire mortelle. Le risque de convulsions et de syndrome sérotoninergique est encore plus élevé si le tramadol est pris avec des amphétamines, de la MDMA ou d'autres stimulants tels que la cocaïne. Combiné à des opioïdes, des benzodiazépines, de la kétamine ou de l'alcool il y a des risques de dépression respiratoire, de coma ou de décès.
Lithium
Le lithium est utilisé en médecine comme médicament (TERALITHE®) dans le traitement des troubles bipolaires. C'est un régulateur de l'humeur ou normothymique. La prise chronique de lithium provoquerait dans certains cas une augmentation de la réponse au LSD. Sur des forums internet, des psychonautes mentionnent des cas d'épilepsie suite à une consommation conjointe de ces substances. Les effets indésirables connus du lithium présentent d'ailleurs des risques de tremblements et des états convulsifs. De plus, il existerait un risque de syndrome sérotoninergique en associant lithium et substances psychédéliques. Les sujets traités par du lithium sont exclus de la plupart des essais cliniques portant sur les psychédéliques. Premièrement en raison des interactions citées ci-dessus et ensuite en raison du risque de développer une phase maniaque chez des sujets bipolaires. L'usage de substances psychédéliques est donc contre-indiqué chez des personnes souffrant d'un trouble bipolaire ainsi que celles traitées par du lithium.
Alcool
L'alcool est un dépresseur du système nerveux central. La consommation de stimulants comme la MDMA diminue les effets dépresseurs de l'alcool, mais leurs toxicités sur le foie demeurent et même se cumulent. Certaines personnes pourront donc être tentées de boire plus d'alcool. Cependant, les effets de l'alcool risquent d'être ressentis fortement lorsque ceux du stimulant s'estomperont.
Il est donc déconseillé de consommer une substance stimulante et sédative en même temps. Il est aussi fortement déconseillé de boire de l'alcool avec de la kétamine.
La kétamine est un anesthésique dissociatif et un sédatif. Le mélange de la kétamine avec l'alcool peut donc entraîner une forte somnolence, de la confusion, une perte de coordination, une respiration ralentie, des vomissements, des convulsions voire même un coma.
À part de possibles nausées, il n'y a pas d'interaction particulièrement défavorable connue avec le LSD ou la psilocybine. Néanmoins, les effets subjectifs de l'alcool sont très souvent bloqués ou atténués après une prise de LSD ou de psilocybine, ce qui augmente les risques associés à l'alcool lui-même.
Cannabis
Le cannabis a des effets multiples, il est capable d'agir comme un stimulant, un hallucinogène, un sédatif ou un dépresseur. Il peut donc avoir une synergie étonnamment forte et quelque peu imprévisible avec les psychédéliques.
Attention notamment à la consommation de cannabis pour « détendre » une personne qui manifesterait de l'anxiété sous psychédéliques : le cannabis n'est pas anxiolytique et - surtout chez des personnes peu habituées - ses effets peuvent augmenter la confusion, l'anxiété et déclencher de véritables « bad trips ».
Changa
Ces débris végétaux à fumer peuvent être fabriqués de différentes façons, mais ils contiennent toujours un mélange de DMT et d'IMAO. Ces derniers entraînant de très nombreuses interactions, dont certaines peuvent s'avérer vraiment dangereuses, renseignez-vous sur la composition exacte du produit et sur ses interactions. En l'absence d'information sur son contenu, si vous consommez de la Changa, évitez de consommer d'autres produits à côté.
Autres interactions Voici sur les pages suivantes un tableau des interactions entre les substances les plus utilisées, adapté et traduit depuis celui de Tripsit et de l'association de réduction des risques polonaise SIN. Tripsit est un site web, open source, d'information et de réduction des risques qui contient de nombreuses informations précieuses sur la consommation de substances psychoactives. Ils ont également une fonction de chat web pour les questions et les discussions (en anglais). En cas de doute ou pour d'autres interactions, visitez leur site internet : https://tripsit.me/ . VIII.Microdosage Le microdosage (« microdosing » en anglais) gagne récemment beaucoup en popularité. Il consiste à consommer des psychédéliques à des doses infimes de telle sorte que les effets ne soient pas perçus.
De nombreuses vertus lui sont attribuées (amélioration de l'humeur, plus d'énergie, créativité accrue, neurogenèse, etc.), mais les résultats des différentes études scientifiques sur ce sujet sont pour l'instant contradictoires. Ces effets ne sont donc pas scientifiquement avérés et pourraient être le résultat d'un simple effet placebo. De plus, nous ne connaissons pas encore les effets à long terme de ces pratiques. Certaines études supposent également qu'un usage chronique du microdosage pourrait, par l'activation des récepteurs 5-HT2B, être risqué pour le cœur.
Le microdosage repose généralement sur du LSD ou des champignons à psilocybine avec une dose correspondant à environ 1/10 d'une dose moyenne. D'autres substances psychédéliques sont parfois utilisées, mais cela reste marginal. La prise suivra de préférence un rythme régulier sans pour autant être quotidienne afin d'éviter la création d'une tolérance à la molécule.
Une technique pour diviser efficacement une dose, notamment de LSD, est la dilution volumétrique qui consiste à mettre une dose dans un liquide (eau minérale, alcool) et de diviser ce liquide en fractions souhaitées. Cette démarche est importante notamment pour les buvards, car le produit peut être mal imprégné sur le carton et la découpe ne sera pas exacte.
Deux protocoles sont aujourd'hui principalement connus : le premier, établi par le psychologue James Fadiman, consiste en une prise tous les trois jours, le second, du mycologue et entrepreneur Paul Stamets, combine la psilocybine à d'autres substances (hydne hérisson et vitamine B3) durant cinq jours de prise, suivis de deux jours de pause avec des dosages légèrement plus légers que le protocole de Fadiman. La dose du microdosage étant proche de la dose perceptible, il convient d'être extrêmement vigilant suite à la prise car le microdosage pourra altérer la perception. Il faudra donc éviter de le pratiquer avant la conduite d'un véhicule ou d'un engin, ou toute activité potentiellement dangereuse.
Il est également important de rappeler que la consommation de substances psychédéliques, même à des doses non perceptibles comme ici dans le cas du microdosage, reste dans tous les cas un délit en France. IX. Nouveaux produits de synthèse Les Nouveaux Produits de Synthèse (NPS) regroupent les substances psychoactives dont l'usage est récent, avec peu de recul sur leur consommation humaine et donc peu de connaissances sur leurs risques et dosage.
Parmi ces NPS, les « Research Chemicals » (RC) sont des substances synthétiques dont la structure moléculaire et les effets sont proches de substances réglementées.
Ces substances sont souvent vendues sur le marché gris, profitant du flou juridique qui les entoure pour les commercialiser. Le prix de ces substances étant généralement plus faible que celui des molécules illégales et leur accès plus simple grâce à leur légalité, il n'est pas rare que certains vendeurs proposent ces NPS en les faisant passer pour d'autres substances. La différence pourra selon les cas être difficilement perceptible par un non-initié et même parfois indécelable.
Par exemple, un carton de LSD peut abriter du 25I-NBOMe, une phénéthylamine proche des 2C-x, mais beaucoup plus puissante et dangereuse ou bien du 1cP-LSD dont les effets sont sensiblement identiques à ceux du LSD. La kétamine est également souvent substituée par d'autres dissociatifs.
Du fait du manque de recul sur l'usage de ces substances, il est difficile de connaître leur impact sur la santé des psychonautes sur le long terme et le résultat peut parfois être dramatique (le 25I-NBOMe a par exemple été lié à de nombreux accidents et peut être fatal à forte dose). Il est donc indispensable de faire tester ses produits avant consommation pour éviter toute surprise et, en cas de consommation volontaire, de se renseigner au maximum sur la molécule et ses risques.
Des centaines de ces molécules sont aujourd'hui en circulation. Beaucoup d'entre elles, issues des travaux du chimiste américain Alexander Shulgin, peuvent être retrouvées dans ses livres PiHKAL et TiHKAL fournissant des informations précieuses aux personnes souhaitant les expérimenter.
De nombreux NPS sont progressivement classés comme stupéfiants par différents pays, mais des laboratoires continuent de dériver des molécules psychédéliques pour en fournir un équivalent légal. Leur origine est bien souvent inconnue et leur consommation est potentiellement dangereuse.
Voici une liste non exhaustive de NPS psychédéliques couramment rencontrés :
• Lysergamides : 1P-LSD, ALD-52, AL-LAD …
• Tryptamines : 4-AcO-DMT, 5-MEO-DMT, 5-HO-DMT, MET …
• Phénéthylamines : Famille 2C-x (2C-B, 2C-P, 2C-T-7…), 25I-NBOMe, DOC, DOB, TMA-2 …
Outre les substances psychédéliques, des NPS peuvent exister pour l'ensemble des substances psychoactives (Stimulants, Cannabinoïdes, etc.). Nous retrouverons notamment selon leurs effets :
• Dissociatifs : 2-FDCK, MXP …
• Empathogènes : 6-APB, 5-MAPB, 3-MMC, 4-MMC … « Explorations » par McPrine Autour de l'expérience Suis-je vraiment prêt ? « J'ai regardé les rideaux de la pièce et ils se sont transformés en un or vaporeux. La pièce entière s'est remplie d'or, comme sous l'effet d'un soleil puissant. Les murs se sont transformés en or, la couverture du lit était en or, mon corps tout entier devenait de l'or, de l'or liquide, scintillant, chaud. J'É TAIS DE L'OR. C 'était la sensation la plus agréable que j'avais jamais éprouvée, comme un orgasme. » Anais Nin I. « Set and setting » Les substances psychédéliques peuvent avoir des effets variés et imprévisibles. La sensorialité, l'émotivité, et les fonctions cognitives sont modifiées, ce qui produit notamment une sensibilité forte au contexte environnant. Ainsi, la subjectivité de l'expérience vécue peut être fortement impactée par ce qui se passe autour. Une musique, des personnes, des paroles, des gestes, etc. sont autant d'éléments qui agissent sur l'expérience. En anglais, ce contexte de prise et son influence sont dénommés le « setting ».
Ce « setting » fait aussi référence à l'environnement dans lequel la personne se trouve, les meubles, les couleurs, matériels, images, intérieur, extérieur, etc. Un environnement accueillant et familier est normalement recommandé alors qu'un environnement bruyant, étrange, ou une ambiance non adéquate sont généralement déconseillés.
Les états mentaux sont parfois fluctuants ; au cours de l'expérience, des personnes peuvent vivre des moments d'angoisse, de peur, de tristesse, puis connaître quelques instants après un état de bien-être, de sérénité, de profonde paix intérieure. Ces changements d'état peuvent être influencés par le « setting ».
Il y a un autre élément essentiel qui agit sur l'expérience, c'est la personne elle-même. Il y a notamment la connaissance du produit consommé et les expériences passées qui peuvent la placer dans un état de confiance ou de méfiance.
Il y a également l'état de santé : si la personne est atteinte d'un trouble psychiatrique par exemple. Mais, de manière plus frappante avec les psychédéliques, l'état mental et psychologique prend une place importante comparativement à d'autres substances psychoactives. Par exemple, la substance peut exacerber les états mentaux d'une personne se sentant anxieuse ou triste. Des états personnels plus courants comme la fatigue ou l'humeur du moment peuvent également affecter l'expérience.
Inversement, il sera possible d'orienter l'expérience dans une direction souhaitée avec une préparation avant la prise ou la recherche d'une intention tout en prenant soin de choisir le moment opportun pour l'effectuer. Ces dispositions mentales sont dénommées le « set » en anglais.
Le « set and setting » est donc une formule anglaise, que l'on pourrait traduire par « dispositions mentales et contextuelles », qui permet de résumer l'influence de nombreux facteurs sur l'expérience psychédélique. Le « set and setting » influence de nombreux effets psychédéliques et l'aspect positif ou négatif de l'expérience. Un bon « set and setting » peut permettre de vivre une expérience positive, tandis qu'un mauvais « set and setting » risque de provoquer des expériences négatives pouvant avoir un impact fort et parfois à long terme sur la santé mentale. Le « set and setting » est donc un aspect fondamental de la réduction des risques, qui va passer par une préparation individuelle et un soin apporté au contexte de prise.
Que ce soit dans un but festif, introspectif, de découverte, de voyage ou thérapeutique, les motivations pour consommer une substance psychédélique sont variées. Cependant, il est souvent judicieux et conseillé de préparer son voyage. Imaginez l'ascension d'un sommet montagneux. La plupart des randonneurs affirmeront certainement que l'ascension était fabuleuse. Néanmoins, elle peut être désastreuse si vous n'avez pas prévu les bons habits, si vous partez à la mauvaise saison, sans eau et si vous ne connaissez pas du tout la route. Ne pas être préparé, que ce soit pour une ascension ou pour la consommation d'un psychédélique, augmente les risques de vivre une expérience difficile ou parfois traumatisante. Alors, ne négligez pas le « set and setting » qui est un facteur essentiel pour que l'expérience se passe au mieux. II. Connaître les produits Savoir quel produit est consommé est essentiel. Cela permet de définir la dose, de prévoir certains effets, dont les potentiels effets indésirables et leur durée.
Il peut exister des risques de confusion entre les produits dont certains revendeurs tirent profit. Pour les psychédéliques, cela concerne principalement les Nouveaux Produits de Synthèse (NPS). Ces nouvelles substances échappent parfois à la législation sur les stupéfiants. Elles ressemblent, par leur structure chimique et leurs effets, à des substances psychoactives plus connues, classées comme stupéfiants (cf. chapitre « Nouveaux produits de synthèse »).
Des NPS sont parfois vendus comme étant de la mescaline, alors appelée « mescaline synthétique », ou du LSD.
Depuis les années 1990, Médecins du Monde et d'autres acteurs de la réduction des risques de la scène techno ont développé des techniques pour identifier les produits consommés.
Aujourd'hui, la Chromatographie sur Couche Mince (ou CCM) et la spectrométrie infrarouge sont les dispositifs d'analyse les plus déployés sur le réseau national. Ces dispositifs d'analyse permettent de détecter les différentes substances psychoactives présentes au sein d'un produit. Le résultat est qualitatif et non quantitatif. C'est-à-dire que le nom des différentes molécules retrouvées pourra être donné, mais pas leur quantité.
De plus, en cas de produit aux effets inhabituels ou dangereux, les intervenants en réduction des risques peuvent solliciter l'Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT) pour faire analyser des échantillons de façon très précise (résultats quantitatifs, mais souvent plus longs à obtenir). Ce dispositif est souvent utilisé pour les stupéfiants non psychédéliques, mais peut to