Source : Le Grand Continent
Malgré un titre un brin provocateur, Le Grand Continent pose une question cruciale dans un contexte d'intensification de la guerre en Ukraine : si l'impérialisme est une doctrine d'expansion et de domination, comment se fait-il que « le cas russe n'est pas reconnu » comme tel par une partie de la gauche ? Dans cet entretien avec Ilya Boudraïtskis et Ilya Matveev, deux chercheurs en histoire et science politique comptant « parmi les grands noms de la gauche russe », le média relaie leur analyse de ce phénomène qu'ils constatent « trop souvent » à gauche.
Certains évoque l'invasion comme une forme de légitime défense de la Russie, « victime d'un impérialisme américain prêt à tout pour étendre l'OTAN vers l'Est ». D'autres affirment que le cas russe « ne correspond pas exactement à la définition léniniste de l'impérialisme », qui « ne pourrait être qu'occidental ». Or, pour les auteurs, la forme étasunienne n'est qu'une seule forme d'impérialisme, « généralement [réduite] à des motifs purement économiques » d'accroissement des richesses par l'expansion militaire, précise Ilya Boudraïtskis.
Le chercheur juge qu'il est nécessaire de compléter cette définition par les « spécificités » de l'expansionnisme russe post-soviétique, qui suit une logique de survie de survie coûte que coûte face à un « occident » monolithique et forcément hostile. Pleine de nuances, cette analyse complète ainsi certaines positions françaises à gauche sur les réponses à apporter à la guerre en Ukraine. Sans pour autant ignorer la difficulté de cette approche : « il est impossible d'ignorer la menace russe, tout comme il est impossible d'éviter le débat sur la militarisation », résume Ilya Matveev.