291 voix pour. La gauche célèbre, nous encaissons et nous exigeons l'abrogation.
Le collectif antivalidiste Strasbourg réagit au vote définitif le 15 juillet de la loi « aide médicale à mourir ».
Ce 15 juillet, au terme de trois ans de parcours législatif, l'Assemblée Nationale a adopté la loi "aide à mourir", légalisant le suicide assisté et l'euthanasie, par 291 voix pour et 241 voix contre.
C'est un coup dur, et c'est surtout une mise en danger réelle et directe de nos vies, de celles de nos adelphes et de nos proches.
Cette loi acte une société à deux vitesses, où les envies suicidaires des personnes valides sont perçues comme une tragédie et font l'objet de prévention, tandis que celles des personnes malades, âgées ou handicapées sont jugées compréhensibles, allant de soi, au point d'être désormais accompagnées et financées par la puissance publique.
Nous l'avons dit avant le vote et nous le redisons : cette loi est un eugénisme qui ne dit pas son nom, adoptée par les députés de gauche associés aux macronistes, dans la droite ligne des politiques qui organisent ou tolèrent la mort des indésirables : la loi « permis de tuer », votée par l'Assemblée huit jours plus tôt à peine pour présumer légal tout tir policier, alors que ces tirs tuent d'abord les jeunes racisés des quartiers populaires et les personnes en crise psychique, plus de cinquante en dix ans pour ces dernières, ou le règlement européen « retour », qui expulse vers le danger et laisse mourir aux frontières. À chaque fois, des corps jugés déviants ou improductifs, des vies qui comptent moins, une mort que l'État administre ou tolère. Et pendant ce temps, les attaques contre nos droits, nos conquis sociaux et nos libertés s'accumulent.
Une mention particulière revient à La France insoumise, principale force de la gauche, qui célèbre ce vote comme « historique ». Dans son message de victoire, la présidente du groupe LFI Mathilde Panot réduit toute opposition à la loi à « la désinformation des anti-choix et de l'extrême droite ». Pas un mot pour les collectifs antivalidistes, les associations de personnes handicapées et malades qui alertent depuis trois ans : nous voilà rayés du débat et assimilés à nos pires adversaires politiques. L'accusation de désinformation ne manque pas d'audace venant d'un camp qui n'a cessé de caricaturer la sédation profonde et continue, autorisée depuis la loi Claeys-Leonetti, pour justifier son texte.
La loi est votée ; elle n'est pas encore promulguée, le Conseil constitutionnel ayant été saisi de toutes parts, jusque par le Premier ministre lui-même. Nous n'en attendons rien. Ce qui commence maintenant, c'est le temps de l'application, et notre rôle est là : documenter chaque dérive, rendre visible chaque mort produite par l'abandon, refuser que les statistiques remplacent les vies.
Aujourd'hui plus qu'hier, prendre soin de nos communautés est un devoir et une nécessité. Cela veut dire assurer un soutien matériel, militant, concret et quotidien, auprès de nos pairs et des personnes que cette loi expose. À l'abandon organisé, nous opposons la solidarité organisée.
Nous n'avons pas fait basculer l'Assemblée. Mais notre militantisme a produit des résultats, et ils se mesurent. Il y a encore un an, il semblait acquis dans la quasi-totalité des milieux de gauche que cette loi était un progrès : cette unanimité n'existe plus. Nationalement, la critique antivalidiste et matérialiste de l'aide à mourir, portée par les collectifs et les associations de personnes concernées, s'est fait une place dans le débat public. Localement, depuis la création de notre collectif début 2026, les tables rondes, les projections-débats et nos rencontres ont ouvert des conversations qui n'existaient pas, chez les camarades avec qui nous militons au quotidien comme au-delà. Ce n'est pas une consolation, c'est une raison de continuer : aucune loi ne s'abroge sans que le rapport de force idéologique ait changé, et c'est précisément ce rapport de force que nous construisons.
Nous exigeons l'abrogation de cette loi, et avec elle, ce qu'aucun texte n'a jamais garanti : les soins, les aides humaines, l'accessibilité et les revenus qui permettent de vivre. Le collectif poursuivra cette lutte, avec détermination, vigilance et solidarité. Nos vies valent d'être vécues, et nous nous battrons pour que chacune et chacun en ait les moyens.
collectif.antivalidiste.strasbourg@proton.me
@antivalidiste.strasbourg (ou sur Imginn)
Illustration de l'article tirée du journal Handicapés Méchants N°11·12 [1].