Voici une histoire qui dure depuis 16 ans.
16 ans, c'est aussi l'âge qu'avait Geoffrey lorsqu'il fut visé et touché en pleine tête par un tir de LBD 40, le 14 octobre 2010 à Montreuil, par l'agent de police Jean-Yves Césaire. Il intervenait avec son unité pour réprimer les blocages de lycées lors des mobilisations contre la réforme des retraites Fillon/Sarkozy.
Si Geoffrey a du mettre ses projets et sa vie d'adulte entre parenthèses, Césaire a conservé son boulot, n'a perdu aucun jour de salaire, il n'a pas été interdit d'exercer par la justice et pas davantage par son administration : se rendre coupable de faux en écriture lui a juste couté un conseil de discipline. Sanction : 5 jours d'exclusion temporaire… AVEC SURSIS ! Dès 2012, il avait été promu, nommé brigadier, comme son supérieur Landurain qui était passé brigadier-chef. En 2016, Césaire a été muté, à sa demande, en Guadeloupe, devenu chef d'unité avec douze agents sous ses ordres. Le combat est vraiment inégal, il faut s'y préparer.
Voilà les enjeux avant que ne s'ouvre cette nouvelle audience devant la cour d'appel de la chambre civile. Un premier rendez-vous avait été fixé en février 2026. Nouveau coup tordu : audience reportée, l'AJE n'a pas rendu son mémoire à temps. Huit mois dans la vue.
Voilà où on en est.
Après avoir soutenu le flic en lui offrant la protection fonctionnelle, en l'ayant promu, muté, puis payé à sa place une petite partie des indemnités pour aller dans une cassation pourrie par son baveux Liénard, avec l'idée qu'il ne dénoncera jamais sa hiérarchie sur la question du faux et usage de faux en écriture publique en bande organisée, l'État, se croyant sorti d'affaire, le laisse tomber sur la question des indemnisations avec la complicité du tribunal de Bobigny.
Comble de tout, la victime se retrouve au côté du flic pour engager la responsabilité de la l'État concernant l'agression, la réelle cause des blessures de Geoffrey. Le tout dissimulé derrière son faux en écriture, condamné mollement par le tribunal et sauvagement récupéré par l'AJE pour ne pas payer « solidairement » avec le policier mutilateur.
16 ans après, report après report, décision inique après décision inique, dégradation après dégradation, harcèlement après harcèlement, la justice nous a démontré qu'elle est minée par l'appareil policier, installé dans tous les rouages des institutions.
Si tout le monde déteste la police, tout le monde doit aussi détester la justice.
Le prochain acte se jouera le 13 octobre 2026, dans le vieux tribunal de l'ile de la Cité, à deux pas de la Sainte-Chapelle et de la préfecture de police. Ce sera 16 ans exactement après le tir qui lui a déchiré la vie. Ainsi Geoffrey, reconnu victime, a déjà passé la moitié de sa vie en procédure par les turpitudes de la police et de leurs petites mains trafiquant dans les tribunaux. Ce qui est le plus désolant, c'est qu'on a oublié Geoffrey, seul face à ces sordides procédés.
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Geoffrey et ses proches n'appellent pas à venir en soutien au tribunal le 13 octobre, ils et elles n'en attendent rien et encouragent plutôt toutes celles et ceux qui le peuvent à soutenir les enfants qui se révoltent partout en ce moment, les jeunes gardé-es à vue dans les commissariats comme celleux qui sont jugé-es à la chaîne au tribunal judiciaire de la Porte de Clichy. Cette jeunesse qui doit encore et toujours affronter la férocité de l'État, de ses armes et de sa police.
Article d'origine sur Desarmons les