L’étude a été publiée le 10 octobre 2026 par Nozzle, un outil de suivi de positions (ou rank tracker, qui relève régulièrement la place d’un site dans Google pour une liste de mots-clés). Elle s’appuie sur les données collectées jusqu’au 9 octobre dans 49 pays, sur desktop, iPhone et Android. Sur les 27,5 millions de pages de résultats collectées depuis le 13 septembre, 17,8 millions ont pu être analysées. Parmi elles, 8 % étaient « empoisonnées ». Sur la période de référence, du 20 août au 9 septembre, le taux n’était que de 0,17 %.
Nozzle décrit une chronologie :
Pour qualifier une page d’empoisonnée, Nozzle définit d’abord les « sites habituels » de chaque mot-clé : ceux présents dans son top 10 sur au moins 60 % des SERP de la période de référence. Une SERP est jugée empoisonnée quand moins de la moitié de ces sites y figurent, sur l’ensemble de ses pages, et qu’ils réapparaissent ensuite. Nozzle précise que les derniers jours de ses courbes sont encore incomplets, puisqu’une SERP n’est classée empoisonnée qu’une fois les sites habituels revenus.
Zone ombrée : période de référence, du 20 août au 9 septembre. Lignes en pointillés : le 13 septembre, date à laquelle les requêtes adressées à Google ont commencé à échouer et début de la période couverte par les graphiques, et le 20 septembre, date à laquelle les premières pages de résultats (SERP) « empoisonnées » sont apparues. Points vides : jours « creux » comptant moins de 198 646 SERP analysées (soit un cinquième du volume quotidien habituel) ; dans ces cas-là, quelques SERP suffisent à faire varier significativement la courbe. Une SERP est considérée comme « empoisonnée » dès lors que les sites qui y figurent habituellement réapparaissent ; par conséquent, les données relatives aux trois derniers jours sont encore en cours de consolidation. - Source : Nozzle
L’information a été relayée le 12 octobre par Barry Schwartz sur Search Engine Roundtable, qui attribue l’étude à Derek Perkins, de Nozzle. Le 14 octobre, Rémy Blanchard, expert SEO et GEO chez Foxglove, l’a également reprise sur LinkedIn.
Ce qui rend le phénomène particulièrement gênant, c’est qu’il ne laisse aucune trace visible. La page renvoyée n’affiche ni message d’erreur ni captcha (le test qui demande de prouver qu’on n’est pas un robot). Elle reprend le même gabarit et, selon Nozzle, la même version du frontend de Google qu’une page normale. Rien dans le code HTML ne la signale.
Les résultats, eux, ont changé. Nozzle illustre le phénomène avec la requête « white label local seo », collectée aux États-Unis le 4 puis le 7 octobre. La première SERP listait des prestataires SEO en marque blanche. Trois jours plus tard, les 9 sites de la page 1 avaient tous disparu, remplacés entre autres par un outil de développement WordPress, un steakhouse de Jackson Hole, un annuaire des services de santé des comtés et USA.gov. D’après Nozzle, Google a pris le mot « local » au pied de la lettre, et la pagination est passée de 10 pages à 3.
À l’échelle de l’étude, la part des sites conservés d’une SERP à l’autre s’effondre dans plusieurs zones de la page :
Seules les zones payantes résistent. Les résultats Shopping conservent 92,2 % de leurs éléments (contre 92,8 %) et les annonces en gardent même davantage qu’à l’ordinaire, 83,7 % contre 70,6 %. La composition des pages change aussi : l’AI Overview n’apparaît plus que sur 34,9 % des SERP empoisonnées, contre 54,2 % habituellement, tandis que les blocs d’images passent de 23,0 % à 44,2 %. Sur desktop, pour les mots-clés qui comptent d’ordinaire au moins 8 pages de résultats, 50,9 % des SERP empoisonnées s’arrêtent à la page 4 ou avant, contre 0,2 % en temps normal.
Nozzle a comparé la présence de certains sites dans le top 10 des SERP empoisonnées et des autres SERP des mêmes mots-clés :
Sur les mots-clés américains, 14,2 % des SERP empoisonnées affichent dans leur top 10 un site sous extension nationale étrangère (un .ca ou un .co.uk, par exemple), contre 6,1 % des autres.
Conséquence directe pour les reportings : sur les mots-clés où le site d’un projet fait partie des sites habituels, ce site est absent du top 10 sur 58,6 % des SERP empoisonnées. Ce taux était de 2,7 % sur la période de référence et de 10,2 % sur les autres SERP des mêmes mots-clés depuis le 13 septembre. Un rank tracker enregistre donc ces relevés comme une chute de positions.
L’épisode est généralement bref. Selon Nozzle, 80 % des « épisodes » d’empoisonnement ne concernent qu’une seule SERP, 15 % en touchent deux et 5 % trois ou plus. La SERP suivante retrouve ses sites habituels dans 55,9 % des cas, et 77,9 % des SERP empoisonnées sont rentrées dans l’ordre sous trois jours (deux jours en valeur médiane).
Parmi les grands marchés, l’Australie (11,5 %), l’Inde (10,9 %) et le Canada (10,5 %) sont les plus touchés, devant les États-Unis (8,5 %). L’Allemagne, la France et l’Espagne se situent entre 3,4 et 4,3 %, et le Royaume-Uni ferme la marche à 3,0 %.
Les voisins francophones sont bien plus exposés. Nozzle relève 13,2 % de SERP empoisonnées en Belgique et 12,8 % en Suisse, ainsi que 18,8 % en Autriche. L’Afrique du Sud (18,4 %), les Émirats arabes unis (14,4 %), la Nouvelle-Zélande (13,8 %), la Norvège (13,1 %) et l’Arabie saoudite (12,9 %) dépassent eux aussi les 12 %. Le type d’appareil, en revanche, pèse peu : 7,7 % sur desktop, 8,3 % sur iPhone et 7,1 % sur Android.
Nozzle note aussi que le taux dépend du chemin emprunté par la requête pour atteindre Google. Entre le 30 septembre et le 9 octobre, l’une de ses voies de collecte renvoyait 1 à 7 % de SERP empoisonnées, une autre 9 à 30 %.
Sur les SERP américaines, le secteur juridique est le plus touché depuis le 13 septembre (15,9 %), devant les services à domicile (12,7 %), les mariages (11,6 %) et le transport (11,0 %). L’animalerie (4,3 %) et l’automobile (5,3 %) sont les moins concernées. Tous les secteurs ont atteint leur pic entre le 27 et le 29 septembre, avec un maximum de 51,3 % pour les SERP juridiques le 27 septembre.
Selon le type de recherche, les écarts sont les suivants :
Nozzle présente le phénomène comme une réponse de Google au scraping (l’extraction automatisée de données) et au grounding, c’est-à-dire la collecte massive de ses résultats pour alimenter les réponses d’IA. Les rank trackers, qui collectent les SERP de la même manière, en feraient les frais. L’étude insiste sur la logique de l’approche : une requête refusée pousse le robot à réessayer, alors qu’une page empoisonnée est enregistrée comme valide.
Derek Perkins a détaillé à Barry Schwartz ce qu’il décrit comme une stratégie de Google en trois volets :
Barry Schwartz replace ces mesures dans une série d’initiatives antérieures. En juillet, Google a commencé à tester des redirections « goto » dans ses résultats pour mieux identifier les scrapers. Il évoque aussi le conflit entre Google et SerpApi, un fournisseur d’API de collecte de SERP, ainsi que la fin du paramètre num=100 en 2025, qui permettait d’afficher 100 résultats sur une seule page. Comme Nozzle, il estime que Google ne cible pas directement les outils SEO, mais les robots IA et SerpApi. Cette lecture reste une interprétation : aucune des sources ne cite de déclaration de Google sur le sujet.
Le 13 octobre, Monitorank a réagi sur X en affirmant que le phénomène a débuté le 15 mai 2026. L’outil français décrit des résultats YouTube envahissant les pages 4 et 5, des sites disparaissant du top 10, voire un top 10 entièrement différent. Selon Monitorank, Google détecte comme robot une requête venant d’une adresse IP étrangère (via un VPN, par exemple), en navigation privée, qui demande des résultats français avec le paramètre gl=fr. L’éditeur indique avoir corrigé le problème rapidement, et signale une mise à jour similaire de Google le 25 septembre.
Ce calendrier diffère de celui de Nozzle, qui ne relève que 0,17 % de SERP empoisonnées sur sa période de référence (20 août au 9 septembre). Les deux observations ne portent pas forcément sur le même mécanisme. Monitorank affirme par ailleurs que son API de scraping, SEMScraper, n’est pas affectée, et dit avoir développé une application interne comparant cinq API concurrentes à la sienne et à un navigateur Chrome connecté servant de référence. Ces affirmations sont déclaratives et n’ont pas été vérifiées de façon indépendante.
Barry Schwartz rapporte que plusieurs outils ont publié des avertissements sur leur site, leur blog ou dans leur interface : Sistrix, DataForSEO (sur sa page de statut), Advanced Web Rankings et Morningscore. SE Ranking a indiqué le 12 octobre que des positions manquaient pour certains mots-clés sur Google, tout en assurant que l’essentiel du problème était résolu.
Le journaliste relève toutefois que beaucoup d’éditeurs n’ont pas répondu à ses sollicitations, et que certains ont confondu les redirections « goto », qu’il juge faciles à gérer pour les outils, avec les problèmes apparus en septembre. C’est l’injection de fausses données qui l’inquiète le plus : il estime que la plupart des outils ne la détecteront pas rapidement et pourront croire que tout fonctionne alors que leurs relevés sont faussés.
Nozzle liste plusieurs indices pour séparer un problème de données d’une baisse réelle :
Rémy Blanchard en tire une règle de travail pour les agences : une chute d’un jour dans un reporting ne constitue pas un diagnostic. Avant de la signaler au client, il la compare à la Search Console et à l’historique des sites habituels du mot-clé sur plusieurs semaines. Si les impressions n’ont pas bougé, il considère qu’il ne s’est rien passé. Il conseille aussi, aux agences dont un client a paniqué fin septembre après une disparition de 24 h du top 10, de vérifier cette piste avant de lancer un audit.
La Search Console a toutefois ses limites : elle ne fournit ni données de clics ni données de requêtes pour la recherche générative, comme les AI Overviews et l’AI Mode. Sur ces surfaces, les professionnels restent dépendants d’outils tiers dont les relevés sont précisément ceux que Google cherche désormais à perturber.
L’article "SERP empoisonnées : Google fausse 8 % des relevés des outils de suivi de positions" a été publié sur le site Abondance.