Depuis le mercredi 07 octobre, l’un des bâtiments de Nantes Université était occupé par des étudiant.es et militant.es, accompagné.es par de nombreuses personnes venues les soutenir.
Dans ce communiqué, nous souhaitons répondre à la présidence, et aux médias et nous adresser au plus grand nombre pour rétablir la vérité sur les événements récents survenus à Nantes Université.
Tout d’abord, nous voudrions rappeler les raisons qui nous ont poussé.es à rejoindre la révolte lycéenne et à décider de l’occupation de Censive. Cette décision répondait à un besoin d’avoir des locaux ouverts à toutes et tous, notamment pour accueillir les lycéen.nes révolté.es dont les lycées étaient fermés et qui étaient sous le coup d’un arrêté préfectoral d’interdiction d’approcher leur établissement.
La présidence entravant systématiquement l’organisation au sein du campus, nous avons décidé l’occupation ensemble au cours d’une Assemblée Générale réunissant plus de 2000 personnes. L’université est censée être le berceau premier du vivre ensemble, de la pensée libre et de l’élévation culturelle et devrait être un lieu propice à l’organisation collective.
Aujourd’hui, il n’en est rien.
L’actuelle présidence de Nantes Université, qui prône pourtant une « université libre et ouverte » à qui veut bien l’entendre, exerce en réalité au sein de Nantes Université le pouvoir le plus répressif de son histoire. Nous parlons ici, entre autres, du durcissement du règlement intérieur, des interdictions de tenues d’Assemblées Générales, du fichage des étudiant.e.s mobilisé.e.s, du contrôle de l’usage des espaces et des savoirs, de la propagande militariste ambiante et de sa réponse sécuritaire automatique à toute tentative d’organisation contestataire.
Le contexte que nous décrivons ici est commun à toutes les universités et il est le lourd symptôme des politiques menées par nos gouvernements successifs.
C’est donc dans un contexte d’université portée par des dynamiques austéritaires et répressives que nous avons relevé la tête et décidé d’occuper les locaux.
Alors que tout portait à croire que nous serions expulsé.es en quelques heures, nous avons tenu près de trois jours. Cette occupation montre que nous sommes capables d’imposer un rapport de force à la présidence et à nos dirigeants.
Nous avons de quoi être fièr.es et voudrions profiter de ce communiqué pour remercier l’ensemble des travailleurs et travailleuses de Nantes Université : nous vous remercions pour le soutien qui nous a été accordé dans cette occupation. Nous remercions également toutes celles et ceux qui ont participé de près ou de loin à faire vivre la « Commune de Censive”.
Vendredi 09 octobre, des images volées de l‘intérieur du bâtiment ont été publiées dans un court reportage par le média d’extrême-droite CNews. Une fois ce reportage diffusé, la ligne était donnée : l’occupation de Censive est devenue le symbole d’une forme spectaculaire de « déchéance ».
Mais nous savons toutes et tous comme il est facile, pour les médias, de repeindre le tableau et de manipuler l’opinion publique. L’instrumentalisation d’une poignée d’images a suffi à passer sous silence les nombreux aspects positifs de ce que nous avions réussi à mettre en place à l’intérieur.
Dans les faits, la « Commune de Censive” a été avant tout un espace inventif et auto-géré. Au sein de cette occupation, nous avons réussi – en quelques heures seulement et sous la pression constante liée aux menaces d’expulsion – à amorcer la mise en place d’un système communautaire et fonctionnel.
Pendant ces 67 heures d’occupation, nous sommes parvenus à :
– tenir une cantine solidaire autogérée et| nourrir gratuitement des centaines de personnes, en comptant notamment sur le soutien et la solidarité de nombreuses associations
– organiser un pôle santé avec des équipes bénévoles, formées et autogérées pour concevoir, accueillir et fournir différemment l’accès au soin au sens large
– nettoyer, à tour de rôle, les sanitaires et parties communes tout au long de l’occupation
– mettre en place l’autodéfense et la vigilance au sein et autour du bâtiment, afin d’assurer au mieux la sécurité de celles et ceux prenant part à l’occupation et d’anticiper au mieux la répression policière, que nous savons toutes et tous ultra-violente
– construire, avec l’appui de professeur.es et intervenant.es venus de tous horizons, des espaces de discussion pour penser et se former collectivement, notamment grâce à la mise en place d’ateliers divers (éducation populaire, histoire des mouvements sociaux en France et dans le monde, système politique actuel…)
Pendant 67 heures, nous nous sommes auto-organisés pour mettre en place des espaces de fête et des espaces de calme, des espaces de formation, une salle de diffusion pour regarder des films ensemble, des salles d’ateliers pour discuter et débattre de sujets précis, des cellules d’écoute concernant addictions et VSS, des espaces où dormir en sécurité, d’autres où se retrouver pour faire des jeux, d’autres encore pour faire de la musique.
Nous avons réussi à faire naître une communauté dans laquelle la mise en commun primait (nourriture, électroménager, ustensiles, matériel médical et informatique, jeux de société, instruments de musique…) et nous avons vu se dessiner l’esquisse d’une Société Libre.
Nous sommes parfaitement conscient.es que cette occupation n’était pas parfaite. Il s’agit d’une première expérience militante pour la plupart d’entre nous et nous nous sommes nous-mêmes trouvés en désaccord à plusieurs reprises et sur plusieurs sujets aus ein du mouvement. Ces désaccords ont donné lieu à des discussions constructives et ont confirmé notre désir commun d’évoluer et de faire mieux. Comme toutes et tous, nous apprenons, tous les jours.
La présidence nous a repris le bâtiment avant que nous ne puissions aller plus loin, mais l’esquisse aperçue nous a suffi pour faire grandir notre espoir et notre détermination. Aujourd’hui, nous voulons adresser un message simple : la fin de l’occupation ne signe pas la fin du mouvement. Nous n’avons rien réglé.
Si la présidence prône une université « libre et ouverte à tous », nous voulons qu’elle s’oppose concrètement au décret « Bienvenue en France », qui multiplie par 10 les frais d’inscription à l’université pour les étudiant.e.s étrangers. Nous souhaitons aussi qu’elle refuse catégoriquement le système Parcoursup, qui exclut toujours plus les élèves de classes populaires et les lycéen.es étranger.es de l’accès à l’enseignement supérieur.
En réalité, la présidence participe à la construction d’une université élitiste et libérale que nous refusons de voir advenir. Elle se place comme un maillon à part entière dans la chaîne sécuritaire, raciste et xénophobe que l’Etat se charge aisément de construire.
– Samedi 10 octobre à 6h30 du matin, un important dispositif de CRS accompagné par la BAC (plus de 300 agents répartis dans une quarantaine de véhicules) est intervenu dans le cadre d’une opération spéciale,visant à déloger étudiant.es, lycéen.nes et soutiens présent.es sur place. Carine Bernault, présidente de l’université, a ensuite fait le tour des médias pour s’exprimer au sujet de l’occupation.
Elle y déclarait « soutenir nos sincères revendications”. Comme d’habitude, les actes ne suivent pas les mots. Nous avons publiquement diffusé un premier communiqué le 8 octobre, lendemain du début de l’occupation, sur le compte Instagram de l’AG de Nantes.
L’a t-elle réellement lu ?
La présidente disait également avoir retrouvé le bâtiment « saccagé”. Nous souhaitons démentir ces éléments de langage exagérés.
Le bâtiment n’a pas été saccagé, et ni le mobilier ni le matériel n’ont été détruits. Les dégradations se résument surtout à des tags sur les murs et des stickers collés. Nous voudrions rappeler que les tags et les stickers sont un moyen historique et traditionnel d’appropriation des lieux pour la communauté militante et étudiante.
La présidente parle de « centaines de milliers d’euros » de travaux de réhabilitation. D’une part, ce montant est largement exagéré. D’autre part, il n’est en rien comparable avec la casse de l’université publique imposée par l’État (que nous dénonçons d’ailleurs sur ces murs). Le montant des travaux n’a rien à voir non plus avec le montant engagé dans le dispositif démesuré mis en place pour déloger quelques dizaines d’occupant.es.
Il serait peut-être temps que la présidence revoie ses priorités.
Nous nous opposons également à l’instrumentalisation du personnel de l’Université exerçant leur profession sous des statuts précaires. D’après la présidence, c’est « autant d’argent qui ne pourra pas servir à titulariser des enseignants”.
Cela fait plus de quinze ans que des mouvements sociaux traversent l’institution universitaire pour réclamer plus de moyens, notamment pour titulariser les enseignant.es. S’il est possible aujourd’hui de financer ces « lourds travaux de réhabilitation du bâtiment », alors il était possible hier d’accorder la titularisation des enseignant.es sous statuts précaires.
Mais nous le savons, ce qu’il manque en réalité aux instances décisionnaires de Nantes Université pour décider de la titularisation de ces professeur.es, c’es tavant tout une volonté politique d’en finir avec les emplois précaires au sein de l’université.
Nous ne nous laisserons pas avoir par le discours mensonger et manipulateur de la présidence.
Le monde tel qu’il est aujourd’hui ne nous promet plus rien pour notre avenir. On nous demande de vivre sagement dans des studios minuscules aux loyers indécents et à la salubrité souvent intolérable. On nous demande d’être exemplaires au lycée de 8h à 18h sans nous garantir l’accès à une formation supérieure. On nous demande de nous tuer au travail en parallèle de nos études sans nous garantir un accès aux master. On nous demande ensuite d’aller au bout de nos cursus sans nous garantir un emploi qui nous permettra de sortir de la précarité.
C’est contre l’incertitude constante, la sélection croissante et plus généralement l’avenir qui nous est imposé que nous nous battons. Et nous ne lâcherons rien.
Ensemble, nous refusons d’être des citoyen.nes modèles.
Nous refusons de nous taire. Le système nous prépare à mourir au travail et à la guerre sans avoir eu la chance de vivre, le tout en regardant le monde brûler sur le bûcher du capitalisme et de l’ordre établi.
Nous refusons de voir nos parents mourir au travail et nos anciens maltraités dans des mouroirs. Nous refusons de réarmer démographiquement le pays pour voir nos enfants envoyé.es au front. Nous refusons de voir nos frères et nos sœurs tué.es dans l’horreur de la guerre aux quatre coins de la planète, qui se meurt déjà elle-même.
Nous refusons aussi de vivre et travailler sous des températures extrêmes, en été comme en hiver, dans nos logements comme dans nos salles de classe.
Notre ambition, c’est celle-ci : ne jamais être de parfaits petits soldats, lisses et manipulables, qui courbent l’échine, de gré ou de force, face à un État répressif et autoritaire.
La « Commune de Censive” est un marqueur du rejet absolu et total de tout ce que cette société nous impose. C’est aussi le reflet clair et limpide de notre désir de rêver à mieux et d’habiter le monde autrement. C’est le crépuscule d’une nouvelle époque qui émerge depuis longtemps déjà dans le cœur de la société.
Il est évident que nos ambitions ne s’arracheront que par la lutte, alors nous lutterons.
Nous souhaitons désormais nous adresser à vous toutes et tous : ensemble, observons nos conditions d’études, nos conditions de travail et nos conditions de vie.
Ensemble, regardons ce qui se profile dans un avenir proche et ce qu’il est en train de se produire actuellement : les lycéen.ne.s sont dans la rue dans tout le pays, les étudiant.es s’organisent dans un mouvement massif, les ouvrier.es, artisan.es, intermittent/es et agriculteur.ices se remettent en mouvement.
Tout comme les pompiers, les éducateur.ices et les soignant.es continuent leur lutte perpétuelle pour des moyens et des conditions de travail et de vie dignes.
Il est temps d’accentuer la pression pour prendre ce qui nous revient de droit et que I’Etat nous vole en permanence et en toute impunité.
Ressortons les gilets jaunes et faisons plier nos gouvernements.
Comme nous, réunissez-vous, organisez-vous, manifestez, bloquez, occupez vos espaces, réappropriez-vous vos usines. Faisons converger nos luttes et élargissons le combat. La suite nous appartient.
Nous voulons tout !