Le traitement médiatique des morts de personnes racisées à la suite d'interventions policières en Suisse Romande participe à la dépolitisation du racisme dans la police et à la normalisation de ces violences.
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Ce document démontre comment le traitement médiatique des morts de personnes racisées à la suite d'interventions policières en Suisse Romande participe à la dépolitisation du racisme dans la police et à la normalisation de ces violences. À partir d'un corpus de 60 articles, produits en 2025 par le 20 Minutes, le 24 heures, le Blick, La Côte, La Télé, Le Courrier, Le Matin, Le Temps, la RTS et le Watson, nous analysons la manière dont ces décès sont rapportés et cadrés par les médias.
L'analyse met d'abord en évidence une forte tendance à la neutralisation des événements, avec des entêtes majoritairement descriptives, euphémisantes ou centrées sur les procédures d'enquête, qui nomment la mort sans toujours nommer la violence ni désigner clairement la responsabilité de la police. Elle dévoile ensuite que les médias romands inscrivent souvent ces décès dans une position ambivalente entre cas isolé et problème structurel. D'autres morts de personnes racisées des suites d'interventions policières sont rappelées, mais sans toujours qualifier explicitement les mécanismes institutionnels, policiers, judiciaires et racistes qui les rendent possibles. Le cadrage dominant repose majoritairement sur l'attribution de l'événement au comportement ou aux caractéristiques attribués aux victimes, notamment le soupçon de trafic de stupéfiants, l'absence de permis de séjour, la perte de maîtrise de soi, la fuite ou le refus d'obtempérer, plutôt que sur l'action de la police elle-même. La construction médiatique des victimes les rend souvent abstraites, anonymes ou suspectes, tandis que leur individualisation par les proches, les collectifs ou les récits biographiques reste moins centrale. La dimension raciale est elle aussi fréquemment effacée, simplement mentionnée sans problématisation, ou articulée à des éléments stigmatisants, alors que les cadrages reliant explicitement ces morts au racisme de l'institution policière demeurent minoritaires. L'analyse montre également que la parole de la police et de l'appareil judiciaire conserve souvent une position centrale et légitime dans le récit, tandis que les proches et les collectifs antiracistes apparaissent rarement comme des sources capables de produire une autre lecture des faits.
Cette enquête vise ainsi à objectiver les choix médiatiques qui rendent certaines morts moins politiques, certaines victimes moins visibles et certaines institutions moins mises en cause, afin de contester l'idée selon laquelle la critique de ce traitement relèverait seulement du ressenti militant. La CORA défend ainsi la nécessité de traiter ces morts avec la dignité qu'elles exigent, en refusant la criminalisation rétrospective des victimes, en prenant distance avec les catégories policières et judiciaires, en donnant une place réelle aux proches et aux collectifs antiracistes, et en les inscrivant dans une histoire structurelle de contrôle, de profilage racial et de violences policières. Dans cette perspective, la CORA demande aux médias romands de refuser les récits qui protègent la police au moment même où elle devrait être mise en cause, au nom d'un traitement journalistique rigoureux, informé et attentif aux rapports de pouvoir.