Les 24 et 25 octobre prochain, le Rassemblement national tiendra son XIXe congrès à Orléans. Pour l'occasion, nous publions une série d'archives en trois dates et trois volets qui reviennent sur les interdictions militantes de meeting fascistes. Cette semaine, le 21 juin 1973, lorsque l'organisation fasciste Ordre nouveau organise un meeting à la Mutualité à Paris dans le cadre d'une campagne virulente contre l'immigration.
Après le meeting chahuté du 9 mars 1971 (voir le premier volet de notre série), la signature d'un programme commun à gauche pousse Ordre nouveau à réagir en tâchant d'élargir son audience et de fédérer les nationalistes. Lors du 2e congrès de l'organisation, en octobre 1972, est lancée la tentative du Front national dans cette optique, avec le concours de l'ancien député poujadiste Jean-Marie Le Pen qui en prend la présidence. En perspective : les élections législatives de mars 1973.
Beaucoup à Ordre nouveau sont mal à l'aise avec ce tournant électoraliste. La direction leur fait comprendre que ce n'est qu'une dynamique de front, l'organisation n'abdiquant pas son autonomie, et qu'ils imaginent une campagne de déstabilisation en cas de victoire de la gauche aux élections. Mais c'est la droite qui rafle la mise et le Front national est un échec électoral : 0 député, 0, 62 % des voix. Ordre nouveau réaffirme son autonomie et organise son congrès début juin 1973. Pour se refaire, l'organisation lance une campagne raciste contre l'immigration. Le meeting à la Mutualité en est un des temps forts.
En face, les organisations révolutionnaires se mobilisent pour empêcher le rassemblement, notamment les militants de la Gauche prolétarienne en cours de dislocation, du PCMLF, et de la Ligue communiste qui semble assumer la façade publique de l'engagement antifasciste. La manifestation d'interdiction fait date : les lignes de flics cèdent sous certaines charges, on parle de 400 cocktails molotov jetés et de 76 flics blessés ce soir là. Le fait que la police protège le meeting des nervis, et encadre leur sortie en cortège jusqu'à leur siège, fait moins scandale que la réponse antifasciste.
En conséquence, le pouvoir réagit sans tarder : le 22 juin, le siège de la Ligue est saccagé par la police, des dirigeants sont arrêtés et la Ligue est finalement dissoute par décret le 28 juin sous la pression de la police. Elle renaîtra peu après sous le nom de Front communiste révolutionnaire puis de Ligue communiste révolutionnaire, tout en mettant fin à sa commission « très spéciale » chargée notamment du SO.
Ordre nouveau est également dissoute. Un an plus tard une partie de ses militants fondera le Parti des forces nouvelles, d'autres rejoindront le Front national toujours en place qui bénéficie de cette dissolution en montrant la stabilité de sa stratégie de conquête du pouvoir par les urnes.
Rouge, no 210, 23 juin 1973
« Dehors les bicots ! Fermons nos Frontières aux Nègres, aux ”Levantins” et aux Algériens illettrés ! ». Voilà le nouveau cheval de bataille de l'extrême-droite fasciste. Ordre Nouveau a donc décidé le lancement d'une campagne contre l'immigration. La décision a été entérinée par le IIlème Congrès d'Ordre Nouveau qui s'est tenu en juin à l'hôtel Novotel de Bagnolet.
Tout d'abord une petite fiche technique de ce IIIe Congrès, qui a consacré la mise au rencart du Front National. Après l'échec de la campagne électorale, la base a fait pression pour que l'accent soit mis sur l'autonomie d'Ordre Nouveau, la croix celtique et les matraques. Seul dans le congrès, François Brigneau (directeur de Minute) prit position en faveur d'une fusion Ordre Nouveau / Front National menaçant en vain de démissionner de ces postes de responsabilité. En somme, le mouvement inverse de celui de Duprat qui, lui, a quitté la direction d'O.N. parce qu'il jugeait n'avoir rien à faire avec des politicards débiles comme ceux du Front. Brigneau a été battu par les « durs ». Le responsable de Nice, J.-M. Knittel, a d'ailleurs été élu au Bureau Politique. Et à Nice c'est précisément la ligne militariste qui est appliquée, les agressions sont constantes contre les révolutionnaires. Avec le MSI italien dans le dos et un maire d'extrême droite, Médecin, les nazillons se sentent plus mordants qu'ailleurs. La délégation des Alpes-Maritimes représentait à elle seule 21 mandats sur 230 délégués (soit environ 700 cotisants sur l'ensemble de la France). Officiellement, O.N. appartient toujours au Front National. Mais, considérant que « l'unité n'est pas la confusion », il réaffirme sa « vocation particulière » qui est de rester « le fer de lance et l'élément dynamique de la droite nationale ».
Parmi les orateurs, Alain Robert, Marchal (responsable du journal) et Christian Lefèvre (rapport « Action S.O. » bien entendu), Bruneau de la Salle et Bernard Houdin.
Meilleur gag du congrès : la présence d'un seul et unique « militant ouvrier », un certain Jean-Pierre Brosse qui avoue ne représenter que lui-même. À part ça, notons qu'Alain Robert a promis qu'avant le prochain congrès des textes seront diffusés à la base pour que les délégués sachent sur quoi ils auront à se prononcer. En effet, s'il y a des discussions internes et d'âpres débats au sein de la direction d'O.N. rien n'en transpire dans le congrès. Et furent élus les candidats-dirigeants choisis par les chefs déjà en place. Le pouvoir s'est d'ailleurs encore plus concentré au cours du congrès. Le nouvel organigramme du mouvement contient en effet, outre le Bureau Politique et le Conseil National, un Secrétariat Permanent chargé de « contrôler le B.P. et éventuellement le censurer ».
Quant au « travail de masse » (dont sont chargés les pseudopodes universitaires et lycéens GUD, ULN, UDL), il fut examiné par la commission « courroies de transmission » : les points sur les i sont bien mis !
LA PEAU DE LA FRANCE
« L'émigration sauvage incontrôlée menace notre substrat culturel et notre civilisation ». 3e motion de la commission politique du congrès qui donne le coup d'envoi à la campagne anti-immigrés. Cette campagne rend deux sons de cloche : raciste et anti-ouvrier.
Outre l'obsession (mais quels fantasmes sexuels tortures donc les dirigeants fascistes ?) qui leur fait appeler « Ben Zobi » tous les Algériens, les perles racistes abondent dans le dernier numéro de leur journal : « un jour, il faudra choisir entre le monde moderne et le sénégalais », « que la France enfante des générations de plus en plus crépues et basanées, cela ne peut pas forcément être considéré comme une perspective réjouissante ». Et de décrire l'« hallucinante » prolifération dans les villes françaises des casbahs, médinas et ghettos noirs. Debré n'est pas épargné : « il cherche à tout prix ses 80 millions de Français, mais n'est pas regardant sur la couleur ».
L'anti-racisme devient une « gangrène de l'esprit ». Malheureusement pour les fascistes, une loi punit le racisme. La loi Pléven de juillet 72, dont O.N. réclame maintenant l'abrogation. La campagne des fascistes tombe donc sous le coup de la loi, mais les meetings d'O.N. n'en sont pas moins autorisés. Il semble que la tâche de les interdire incombe donc aux révolutionnaires eux-mêmes. Nous y veillerons.
Campagne anti-ouvrière : racoleurs d'Arabes, défenseurs de Nègres, les syndicats sont responsables de l'immigration sauvage. La CFDT y puise ses force, la CGT endoctrine. Et les gauchistes évidemment (c'est même le grand thème de la propagande) en font des troupes de choc. Le « front autogestionnaire CFDT-PSU-PS » est accusé de vouloir « remettre des industries d'intérêt national à des bandes analphabètes sahéliens. Seul F.O. qui a « entrevu le danger » a droit à la reconnaissance fasciste. Dont acte.
Mal parti après les élections, harcelé par les révolutionnaires, O.N. veut se refaire. La campagne anti-immigration est le dernier truc trouvé pour préparer la reconnaissance, toujours annoncée et toujours différée, de l'extrême droite. Il ne faut pas se cacher que cette campagne trouve une certaine base de masse : Minute a quand même 300 000 lecteurs. À nous donc de frapper, de casser cette campagne, d'interdire les meetings. Et le meilleur moyen de cogner vraiment dur, le voici : achetez (dans un kiosque) le dernier numéro de « Pour un Ordre Nouveau » et lisez-le. Si, si, ça donne envie de dégueuler et d'être sans pitié pour les ordures qui écrivent et diffusent ça.
Fernand Lœilleton.
Rouge, no 211, 27 juin 1973
Les brigades spéciales ont reculé. Il y a 76 blessés dans les rangs de la police. La grande presse s'étonne ou s'indigne : quoi, ces gauchistes répliquent, sont offensifs. Apparemment, certains ne tolèrent les manifestants que quand il en prennent plein la gueule. Pour peu qu'ils se donnent les moyens de ne pas être des moutons et de riposter aux matraques, les voilà devenus d'« inqualifiables agresseurs ».
La manifestation contre le meeting raciste d'Ordre Nouveau a incontestablement souffert de la passivité de certaines organisations. Passivité qui l'a privée du caractère de masse plus impressionnant qu'elle aurait pu avoir. Il a fallu attendre la dernière minute pour voir un communiqué du MRAP (mouvement anti-raciste) et un autre du PC. Ni le PSU ni Lutte ouvrière n'avaient jugé bon de s'associer à l'initiative dans la rue.
Appelaient donc à la manifestation : La Cause du Peuple, l'Humanité Rouge, l'Alliance Marxiste-Révolutionnaire, Prolétaire-Ligne Rouge, Révolution et la Ligue Communiste. Selon les moments, entre trois et cinq mille personnes ont répondu à cet appel. Dès 10 heures du matin, le moral des fascistes avait été sérieusement ébranlé. L'arsenal qu'ils s'apprêtaient à entreposer à la Mutualité avait été saisi par un groupe de militants instruits par l'expérience du Palais des Sports en mars 71 : il est inutile de compter sur la police pour intercepter les cocktails Molotov et les barres de fer d'Ordre Nouveau. Quelque peu paniqué, le service d'ordre fasciste attendait jusqu'au dernier moment pour rejoindre la Mutualité, sous la protection des forces « de l'ordre ».
19 heures 30 : les manifestants se regroupent au métro Censier-Daubenton. En prévision du bouclage policier, la plupart est casquée. Progression dans la rue Monge. Une compagnie de brigades spéciales barre la rue, mais elle est repoussée dans le plus grand désordre par la manifestation sur une distance de 200 mètres. Les manifestants font tous preuve d'une grande cohésion, malgré les tirs de grenades.
Ensuite, dispersion vers la place Edmond Rostand et les Gobelins. Une deuxième tentative de remonter la rue Monge vers la Mutualité se heurte aux brigades. 20 heures 30 : reflux vers les Gobelins, la Gare d'Austerlitz, la place de la Bastille. A Austerlitz, un car de police-secours fonce dans la foule, blessant une personne. Place de la Bastille, un autre car de police-secours fera les frais de cette « bavure » : il est attaqué, incendié, mais ce sont des manifestants qui sauveront le conducteur des flammes.
22 heures : la manifestation arrive en vue du local d'ORdre Nouveau. La rive droite est vide de policiers. Le local fascistes est attaqué, une porte enfoncée. Ses occupants répondent en tirant des chevrotines puis s'enfuient par les toits. Il est remarquable que, malgré la colère des manifestants, l'absence de policiers et l'abandon du local par ses défenseurs, aucun acte dangereux n'ait été commis : un incendie par exemple qui aurait eu de graves conséquences dans ce quartier vétuste. Les militants révolutionnaires ont su grader leur sang-froid.
22 heures 30 : dispersion du cortège au Châtelet sans problèmes. Pas d'interpellation, ni de ratonnades.
Rouge, no 211, 27 juin 1973
Il s'agit d'un raid d'une bande de casseurs en uniforme. Ni fouille intelligemment conduite, ni saccage méthodique, l'action de la police dans le local de la Ligue, le vendredi 22 juin, semble le fait d'un groupe d'analphabètes excités. La librairie a tout particulièrement suscité la rage de ces messieurs : brochures et livres déversés sur le sol, piétinés, rayonnages en partie détruits, une sorte d'autodafé. Les formulaires, les comptes, l'argent de la caisse n'ont par contre pas été touchés. La pièce du Bureau Politique a été bouleversée, sans que cela semble procéder d'une recherche précise de « documents ». Il y a d'ailleurs fort à parier que les soudards, dans leur brutalité malhabile, aient dérangé les micro émetteurs ou autres systèmes d'enregistrement que leurs collègues d'autres services avaient probablement déjà installés avec un soin extreme.
Les machines IBM servant à la fabrication de ROUGE ont connu la dureté du bois des matraque, mais ont pu être promptement rafistolées.
Plus grave : un ensemble de sonorisation, ainsi que plusieurs sonos portatives, ont disparu, volés Il y avait pour plus d'un million ancien. La Ligue se réserve bien entendu le droit de porter plainte et de demander réparation.
Quelques centaines de francs ont par ailleurs été dérobés dans le tiroir d'un bureau ainsi qu'un magnétophone.
Autres dégâts : portes fracturées, pièces de rechange pour ronéo disparues, stocks de drapeaux systématiquement déchirés.
ET LES ARMES ?
C'est au cours de cette « perquisition » menée évidemment sans témoins (donc de façon illégale) qu'ont été découvertes un certain nombre d'armes. Des barres de fer et des bouteilles remplies d'eau : la Ligue en possède comme en possèdent toutes les organisations politiques, c'est un matériel minimum de défense. Des cocktails molotov et des pistolets à gaz (dont la possession est autorisée) : précautions rendues nécessaires par l'attaque, il y a quelques semaines de notre local par un commando fasciste. Les traces d'un début d'incendie, provoqué par les cocktails des agresseurs sont encore visibles sur les murs.
La police avait annoncé avoir découvert deux fusils de guerre. Vu les conditions dans lesquelles s'était déroulée la perquisition, le Bureau Politique de la Ligue décida de mener une enquête pour savoir si, oui ou non, des fusils se trouvaient dans le local. Le fait est là : la présence de deux fusils s'est avérée exacte. En voici l'explication : une dizaine de jours avant le meeting d'Ordre Nouveau, un individu s'est présenté impasse Guéménée en déclarant : « Voila puisque vous êtes des révolutionnaires, j'avais des vieux fusils, je vous les donne ». Craignant un coup monté, des camarades ont fait ressortir le personnage et conservé son matériel, se réservant de l'évacuer plus tard et discrètement. Ce qui n'a pas été fait. Les responsables de cette négligence seront frappés de sanctions internes.
De toutes façons, comme le déclarait Alain Krivine dans une conférence de presse : « Si nous étions des putschistes, ce n'est pas ce local public que nous choisirions pour y entreposer nos armes ».
Le mystére subsiste sur l'inconnu aux fusils : provocateur ou inconscient ?
Politique Hebdo, no 86, 5 juillet 1973
Ainsi donc on commence à débattre sur la place publique d'un problème dont nous avons plusieurs fois fait état ici : les tensions internes de la police. Il y a longtemps en fait que les informations que nous avons pu recueillir révèlent une poussée de plus en plus insistante de l'extrême droite fascisante dans la police, poussée considérée, au moins avec une certaine indulgence par M. Marcellin. Nous ne nous lasserons pas de le répéter : le dirigeant syndical le plus écouté et le plus souvent reçu par M. Marcellin n'est autre que M. Gamin du fascisant syndicat indépendant de la police nationale. Nous expliquions en février dernier que c'est à partir de ce syndicat qui compte d'ex-collaborateurs que pouvaient se développer des provocations et des actions illégales.
Ce n'est certainement pas un hasard si l'élément principal de la provocation (au sein de la police) passe par les télécommunications et les messages pirates. Nul n'ignore en effet, au sein de la police, que le fameux syndicat indépendant s'est surtout implanté (curieux n'est-ce pas) dans un centre de télécommunications qui se trouve dans la banlieue nord-est de Paris. En tenant ce central, ce véritable aiguillage du système radio, les policiers d'extrême droite sont à même, à tous moments, de savoir exactement ce qui se passe et il leur est même possible d'intervenir sur le réseau sans se nommer, sans préciser l'origine des messages passés. Il leur est également possible d'oublier de transmettre un certain nombre d'informations ou bien de les déformer suffisamment pour changer les données du problème de maintien de l'ordre. Ils peuvent aussi et ne s'en privent pas, retarder la transmission des informations vitales pour les policiers participant au maintien de l'ordre.
Quand on laisse entendre que M. Marcellin a monté un provocation, on n'exprime pas la réalité. En fait, c'est peut-être même plus grave : après enquête, M. Marcellin sait qu'il y a eu provocation montée à l'intérieur des services de police. M. Marcellin sait que des éléments ont délibérément, soigneusement, cherché à provoquer des incidents et à mettre les forces de l'ordre en fâcheuse posture. M. Marcellin sait tout cela et comme d'habitude il couvre les « débordements » de ses services. Finalement, il tolère, sans trop de problème de conscience, que les purs et durs de l'ordre moral qui voudraient prendre le contrôle de la police fassent tout pour provoquer un mouvement de protestation. Ces éléments n'ont pas caché leur satisfaction de devoir protéger Ordre Nouveau : « pour une fois, expliquaient ces “policiers d'élite”, nous avons rempli une mission qui ne nous a pas déplu ». Ce sont ces mêmes policiers d'ailleurs qui curieusement, quelques heures après les affrontements, alors que peu de gens connaissaient encore (y compris la police) l'ampleur des heurts, publiaient un communiqué regrettant de ne pas avoir reçu d'instruction pour faire face aux gauchistes.
Toutes les informations du journal Le Monde, n'en déplaise à Marcellin, sont parfaitement exactes. La pagaille sur les ondes de radio-police était savamment orchestrée et le policier brûlé dans son car de police-secours sait fort bien qu'il a été délibérément envoyé dans un guêpier par certains de ces collègues. Il sait fort bien, ce policier, et c'est pour cela qu'il a interpellé le ministre en lui faisant d'amers reproches, qu'il aurait suffi qu'il évite de se retrouver avec son car au sein d'une manifestation qui ne le concernait pas.
Vous pouvez démentir, Monsieur Marcellin, mais il faudra bien que la vérité se fasse jour et il est réconfortant de constater que vos indignation officielles et les provocations que vous couvrez ne résistent pas plus de quelques jours à une enquête journalistique. Heureusement pour nous et nos confrères, il existe des policiers qui sont de plus en plus inquiets de vos inclinaisons qui vous ramènent à vos préférences d'il y a trente ans.
Vous n'ignorez pas, Monsieur Marcellin, que pendant quelques heures, au moment où les faux messages de radio, les tracts et les bruits alarmants annonçant la mort d'un gardien de la paix couraient sur les ondes de radio-police tenue par ceux que vous protégez, certains secteurs de la police ont été au bord de la mutinerie, de la grève sauvage et fascisante. À tel point que des officiers de police ont pris peur et on cru pendant une demi-journée que la situation insurrectionnelle de 1958, une manifestation (de droite) de la police, allait se reproduire. Le ministre de l'Intérieur savait tout cela et il n'a rien fait pour calmer les esprits, rien fait pour empêcher cette fermentation malsaine, rien fait pour dissiper et infirmer les fausses rumeurs.
L'intérêt du pouvoir est d'amener de plus en plus M. Monate, au moins dans ses communiqués, à se dresser contre lui, à appeler à la vigilance. Tout cela en même temps que des jeunes aux dents longues travaillent son syndicat majoritaire en profondeur. L'OPA de l'extrême droite sur la police se confirme de jour en jour.
S'il voulait véritablement donner une preuve de sa bonne foi, le ministre de l'Intérieur commencerait par décider les mutations — puisqu'il en est si prodigue pour ceux qui se proclament une peu trop bruyamment « républicains » — dans les services, dont ces transmissions qui prennent des initiatives de plus en plus curieuses. Et aussi contre ceux qui savaient qu'en se rendant dans les locaux de la Ligue il trouveraient deux fusils de guerre dont un à lunette…
Voilà comment se présente la « provocation » du 21 juin : l'action de policiers dans la police plus la bénédiction des autorités. Bien sûr, c'est Politique Hebdo qui raconte cela, bien sûr ce n'est pas sérieux. Heureusement, nous ne sommes plus les seuls à crier au loup. Au fait, qu'attend M. Marcellin pour démentir l'existence de la fiche de « conduite au poste » dont nous avons publié la photographie la semaine dernière ? Encore une invention de gauchiste sans doute ?
Claude Boris