Le média +972 révèle comment le ministère de l'Éducation israélien a mis sous surveillance plusieurs professeurs pour avoir critiqué l'État hébreu. Parmi eux, beaucoup sont arabes. Extraits1.
« […] Des responsables d'au moins deux départements différents du ministère surveillent et enquêtent secrètement sur les enseignants – cherchant non seulement des éléments pouvant constituer une “incitation au terrorisme”, mais aussi toute déclaration politique s'opposant au gouvernement israélien. Ces responsables collectent des informations sur les parcours professionnels des enseignants, recueillent des captures d'écran [...] sur les réseaux sociaux et compilent des informations obtenues auprès des forces de l'ordre. Ces informations sont conservées dans un “rapport de renseignement”, que les responsables du ministère interprètent et utilisent pour déterminer la suite à donner à chaque dossier. Tout cela se déroule en secret, sans que l'enseignant visé ne sache qu'une enquête est en cours […].
Le ministère de l'Éducation a reconnu qu'entre 2023 et 2025, 157 enseignants ont été examinés selon cette procédure. Parmi eux, 118 étaient arabes. […] Une enseignante arabe a notamment été suspendue de son poste à Netanya après avoir publié sur ses réseaux sociaux une vidéo sur les difficultés à soigner des civils blessés à Gaza – ce que la maire de Netanya, Miriam Fierberg-Ikar, a qualifié d'incitation “contre le peuple juif”. [...]
Un comité secret en entraîne un autreL'existence de comités chargés de la persécution politique au sein du ministère de l'Éducation, qui fonctionnent secrètement depuis au moins 2016, a été découverte complètement par hasard. […] En novembre 2024, la Knesset a adopté une loi accordant au ministère de l'Éducation une large compétence pour licencier sans préavis les enseignants qui “s'identifient publiquement à un acte terroriste” [...].
Deux recours contestant la loi ont été déposés auprès de la Cour suprême en décembre 2024. […] C'est grâce à ces pétitions que l'existence du premier comité a été révélée. Dans sa réponse, le bureau du procureur de l'État a cherché à rassurer la Cour en affirmant que le ministère de l'Éducation disposait d'une procédure standard pour surveiller et déterminer les actes d'“identification au terrorisme”, et que le traitement des plaintes contre les enseignants est encadré par un “Comité d'incitation”. […]
L'Association pour les droits civiques en Israël a alors exigé auprès du ministère de l'Éducation et du procureur général que le comité cesse ses travaux. Une demande qui a entraîné une nouvelle révélation accidentelle… Pour se justifier, le ministère de l'Éducation a déclaré que le Comité d'incitation n'était pas seul : un autre comité opère dans une branche différente du ministère, le « Département d'application de l'Administration pour l'accréditation et la supervision des établissements éducatifs ». [...] Selon lui, ce système d'enquête impliquant plusieurs départements serait nécessaire pour “garantir une application uniforme et équitable de la loi, tout en maintenant un équilibre approprié avec le droit constitutionnel à la liberté d'expression”. Le monde à l'envers : enquêter secrètement sur les opinions politiques des enseignants tout en prétendant protéger leur liberté de les exprimer. […] »
Gil Gertel1 . « Israel is secretly surveilling its teachers. No prizes for guessing which ones », +972 (21/08/2026).