Le principal signal relevé par Lily Ray tient en quelques lignes de documentation. Le 1er octobre 2026, Google a mis à jour sa page consacrée à l'utilisation de contenus produits par IA générative. On y lit désormais qu'il est « critique » de vérifier manuellement tous les contenus générés par IA, et de s'assurer de leur exactitude et de leur fiabilité avant publication.
Cette exigence ne concerne pas seulement le corps du texte. Elle couvre aussi les balises title, les meta descriptions, les données structurées et les textes alternatifs des images. A noter que Google emploie rarement le mot « critique » dans sa documentation. La page renvoie aussi vers deux sections des consignes destinées aux quality raters (les évaluateurs humains qui notent la qualité des résultats pour Google) : l'abus de contenu à grande échelle et les contenus produits avec peu ou pas d'effort.
Lily Ray y voit l'avertissement le plus important, parce que les contenus IA produits en masse sont, selon elle, la première cause des pénalités et des baisses algorithmiques qu'elle a observées cette année. Ces contenus contiennent souvent des hallucinations. D'après elle, ces erreurs dégradent l'expérience des internautes et peuvent aussi être reprises comme des faits par les AI Overviews et l'AI Mode de Google.
La même semaine, Google a ajouté une section à son guide « Creating helpful, reliable, people-first content ». Ce document définit le « contenu principal » d'une page et en fait l'un des facteurs les plus « critiques » pour évaluer sa qualité. Il liste quatre éléments que les évaluateurs sont formés à repérer :
Le passage sur l'effort vise directement la production automatisée. Google y précise que l'usage de l'IA générative pour produire de grandes quantités de texte, sans supervision ni sélection humaine, correspond à peu ou pas d'effort. Pour les sujets YMYL (« Your Money or Your Life », c'est-à-dire santé, finance, sécurité), le texte exige un contenu très exact et conforme au consensus des experts.
Lily Ray met en garde les entreprises qui pensent que leurs contenus IA sont de meilleure qualité que ceux visés. Presque toutes celles qui l'ont consultée après une chute de trafic pensaient la même chose de leurs propres pages, écrit-elle.
Le guide contient aussi un nouveau paragraphe sur les profils d'auteurs. Google y écrit que fabriquer des profils de créateurs, avec des photos générées par IA, des noms inventés ou de fausses qualifications, est une forme de tromperie. Toute tromperie rend la page peu fiable aux yeux des utilisateurs comme des systèmes automatisés de qualité, et constitue un signal de page de faible qualité.
Les consignes des quality raters traitaient déjà les faux profils d'auteurs comme une tromperie. La nouveauté, selon Lily Ray, est que Google s'adresse désormais directement aux éditeurs et relie cette pratique à ses systèmes automatisés. Cyrus Shepard a par ailleurs repéré une nouvelle section sur la manière dont le contenu a été créé, dans laquelle Google semble inviter les sites à signaler l'usage d'automatisation par IA.
Les représentants de Google tiennent le même discours sur scène. Lors du Search Central Live de Barcelone, organisé la semaine de la publication de l'article, plusieurs déclarations sont allées dans ce sens, d'après le compte rendu de John Campbell cité par Lily Ray :
Google a expliqué avoir mis à jour sa documentation sur les contenus IA pour l'aligner sur les présentations faites lors de ses événements pour développeurs. Autrement dit, le message transmis jusqu'ici à l'oral figure maintenant par écrit. Lily Ray y voit une manière pour Google de pouvoir renvoyer à sa documentation lorsqu'une mise à jour touchera des sites pris au dépourvu.
Pour rappel, une spam update est une mise à jour des systèmes de Google chargés de détecter les pratiques contraires à ses règles anti-spam, à la différence des core updates qui modifient l'algorithme de classement dans son ensemble. Google en a déployé quatre en 2026, contre une seule sur toute l'année 2025 :
L'intervalle se réduit à chaque fois : 92 jours entre mars et juin, 55 entre juin et août, 37 entre août et septembre. La mise à jour de septembre se distingue aussi par sa durée annoncée. Les trois précédentes devaient prendre « quelques jours » et se sont toutes terminées en trois jours au maximum. Google a donné à celle de septembre une fenêtre allant jusqu'à deux semaines, comme pour une core update.
Search Engine Roundtable a observé de fortes variations du 25 au 27 septembre. Les premiers signaux relevés par Lily Ray montraient des sites touchés pour des pages très standardisées, programmatiques et probablement générées par IA, par exemple une page pour chaque numéro de téléphone ou indicatif régional. Au 4 octobre, Google n'avait pas encore déclaré cette mise à jour terminée.
Google a aussi durci ses règles tout au long de l'année :
Enfin, Search Engine Journal a présenté en septembre un article de recherche de Google décrivant SAFE, un système conçu pour détecter le spam généré par IA. D'après ce document, il serait déjà en déploiement précoce, mais il semble pour l'instant concentré sur la vidéo.
Pour Lily Ray, une bonne partie des tactiques GEO à la mode reprennent d'anciennes techniques de spam SEO. Elle cite la production de masse de contenus IA, les listicles (articles en forme de classement) dans lesquels une marque se place elle-même en tête, les faux avis, les mentions achetées et la publication automatisée sur Reddit.
Lily Ray a mis à jour son étude sur les listicles autopromotionnels cités dans les AI Overviews, à partir de 100 requêtes du type « meilleur logiciel B2B ». Ses résultats de septembre 2026, comparés à ceux de juin :
Il s'agit de données issues de sa propre analyse, sur un périmètre limité à des requêtes B2B.
Reddit agit aussi de son côté. En mars, la plateforme a commencé à identifier les comptes de bots légitimes et à demander à certains comptes suspects de prouver qu'ils sont humains. En juillet, elle indiquait que ses systèmes automatisés bloquaient 25 000 publications et commentaires de spam par jour, dans le but d'empêcher les marques de placer des messages destinés à être recommandés par ChatGPT et Gemini. Reddit a aussi récemment banni quatre subreddits utilisés pour une expérience GEO qui s'appuyait sur des bots pour générer votes et commentaires.
Lily Ray consacre un passage spécifique aux mentions de marque payantes, qu'elle décrit comme l'équivalent 2026 de l'achat de liens. Plusieurs entreprises vendent ouvertement des placements sur des sites tiers pour être recommandées par ChatGPT, Perplexity ou les AI Overviews. Parmi les offres qu'elle a relevées :
Lorsque ces placements contiennent des liens qui transmettent du crédit de classement, il s'agit d'achat de liens, rappelle Lily Ray. La politique de Google sur le spam de liens interdit l'échange d'argent contre des liens. Les liens payants ne sont autorisés qu'avec un attribut rel="sponsored" ou rel="nofollow". Aux États-Unis, la FTC (Federal Trade Commission) exige en général que les partenariats rémunérés soient clairement signalés, ce que ces offres mentionnent rarement.
Google a aussi abordé le sujet directement. Son guide sur les fonctionnalités d'IA générative indique que rechercher des mentions non authentiques sur le web n'est pas aussi utile qu'on pourrait le croire, et ses règles anti-spam couvrent désormais les tentatives de manipulation des réponses générées par IA dans la recherche. Lors d'un Search Central Live organisé en mai, Gary Illyes aurait comparé l'achat de mentions à l'achat de liens.
L'argument central de Lily Ray repose sur un schéma qu'elle appelle le « cycle du SEO » : les référenceurs trouvent une faille, la tactique se diffuse, puis Google construit des systèmes pour la neutraliser. Elle rappelle que Google a souvent modifié sa documentation ou ses consignes d'évaluation juste avant une grande mise à jour :
La core update de mars 2024 sert de référence à Lily Ray. Elle reste l'une des plus importantes de l'histoire de Google et, avec 45 jours, son déploiement le plus long jamais enregistré. Google l'avait accompagnée de trois nouvelles règles anti-spam (abus de réputation de site, abus de contenu à grande échelle, abus de domaines expirés) et affirmait avoir réduit de 45 % les contenus de faible qualité et non originaux dans ses résultats.
D'autres spécialistes des mises à jour d'algorithme partagent ce diagnostic. Glenn Gabe a écrit, après les modifications de documentation, que Google cherche clairement à faire passer un message à ceux qui veulent encore produire à grande échelle via l'IA ou des contenus programmatiques. Le lendemain, il a dit s'attendre à une très grosse mise à jour. Il en a aussi discuté avec Barry Schwartz lors d'un webinaire caritatif.
Marie Haynes, qui étudie les algorithmes de Google depuis 2008, relie le calendrier au nouveau modèle Gemini 4 Argon : selon elle, les sauts de capacité des modèles de Google ont souvent précédé de grands changements de classement. Elle prédit une core update importante à court terme.
Cyrus Shepard a qualifié ces mises à jour de documentation de « significatives ». Il vient aussi de publier une enquête menée auprès de plus de 130 experts SEO, dans laquelle la qualité du contenu (originalité, exactitude, fraîcheur) figure parmi les trois premiers facteurs de classement, avec en tête les recherches originales et les données propriétaires. Interrogé par Marie Haynes sur la possibilité que Google prépare le terrain pour une future mise à jour, il a répondu en citant Hamlet : « telle est la question ».
Wowsers, SEO peeps. Google made a bunch of new updates to its "Creating helpful, reliable, people-first content" document, and they are *significant*
— Cyrus SEO (@CyrusShepard) October 2, 2026
Marie Haynes spotted this section targeting websites that create fake authors![]()
"Fabricating creator profiles (such as by… pic.twitter.com/eL6NkAFyoe
Lily Ray dit avoir passé une grande partie de 2026 à accompagner des entreprises déjà touchées, par des baisses algorithmiques ou des actions manuelles, et à analyser des centaines d'autres sites pénalisés. Elle retrouve les mêmes caractéristiques :
Elle propose six mesures à prendre avant la prochaine mise à jour :
Lily Ray présente elle-même son analyse comme une opinion fondée sur l'observation, sans calendrier précis. Dans les précédents qu'elle recense, l'écart entre les premiers avertissements de Google et la mise à jour a varié de quelques jours à plusieurs mois.
L’article "Une prochaine mise à jour massive chez Google ? Les signes annonciateurs" a été publié sur le site Abondance.