Luno intervient bénévolement en prison. Il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Ce mois-ci, plongée dans la fournaise.
22 personnes ! En ce début juillet, la salle d'activité est pleine à craquer et, à vrai dire, je suis le premier surpris. Même si je crois dur comme fer aux ateliers que nous proposons et aux espaces qu'ils ouvrent dans l'ordinaire de la détention – disons des zones de tranquillité, de divagation possible, à défaut d'évasion – on ne remporte pas souvent un tel succès. Je comprends vite pourquoi : en mon absence mes collègues ont obtenu deux ventilateurs que les détenus s'empressent de mettre à plein régime. Dehors, le soleil cuit les tuiles noires et un halo de chaleur molle s'en échappe.
« C'est là que vous êtes bande de flemmards ! s'exclame le dernier arrivé.
— Eh ouais, on va pas aller griller en promenade, Papy ! Y'a zéro ombre à cette heure-là. »
Papy se marre en agitant les bras. Jeune quadra tatoué dans le cou et sur le dos des mains, il est déjà « deux fois grand-père » comme il aime à le rappeler pour inciter les autres – codétenus comme surveillants – à faire preuve de respect. Papy rejoint la clique du ventilo numéro un et tire un éventail publicitaire de la poche de son survet'.
Dans un rapport publié en 2024, l'association écolo Notre affaire à tous qualifie le dérèglement climatique en prison de « double peine ». Ici, tout est immédiatement amplifié par la vétusté des locaux, la surpopulation, le manque d'investissement et de volonté politique. Il faut imaginer le pire bâti possible : des complexes entièrement minéraux, dépourvus de végétation ; des pièces petites où cohabitent plusieurs adultes avec une seule fenêtre, jamais de volets. Impossible de se déplacer, mais également de s'abriter du soleil le jour ou d'aérer correctement la nuit. Et dans beaucoup d'établissements, dont ceux que je fréquente, aucune cellule ne dispose encore de douche individuelle. Se laver, ce n'est pas quand on veut ou quand on en a besoin, c'est au mieux trois fois par semaine et toujours au bon vouloir des matons. Le reste du temps, il faut se contenter du lavabo... D'où l'eau sort parfois brûlante en été !
Et puis, en taule plus qu'ailleurs, les emmerdes s'enfilent comme des perles. Pendant la deuxième vague de chaleur cet été, les frigos ont pété les uns après les autres. Parce qu'ils sont vieux ? Parce qu'il fait 45 degrés en fin d'après-midi ? Allez savoir. Le « partenaire privé » a mis une plombe à réagir et, pendant ce temps, la nourriture cantinée à prix d'or s'est gâtée et a été jetée au pied des bâtiments. En quelques jours, les rez-de-chaussée étaient infestés de cafards.
Autour de Papy, on s'échange des bons plans, en mode survie : qui reste allongé sur le carrelage une bonne partie de la journée, qui accroche une serviette trempée à sa fenêtre avant d'aller dormir, qui n'achète plus de produits frais de peur qu'ils moisissent. L'association Notre affaire à tous considère que le risque caniculaire touche désormais 100 % des prisons françaises.
Le lundi suivant nos ventilateurs flambant neufs ont disparu. À la place, une tour en plastique jauni qui crache de l'air tiède en faisant un boucan d'enfer. C'est qu'il fait chaud aussi dans les bureaux de l'administration !
Luno