Le 17 septembre dernier, sur le plateau de l'émission Face à BFM, Eric Zemmour expliquait doctement que lorsqu'il sera en EHPAD, il préfèrera être pris en charge par un robot-aide-soignant que par un immigré. Il préfère d'ailleurs « TOUT à ce grand remplacement et à cette invasion. » Alexandre Debbiche s'est penché sur cette saillie passée presque inaperçue pour en faire une généalogie politique qui remonte entre autre à Georges Vacher de Lapouge, anthropologue, magistrat et théoricien de l'eugénisme à qui l'on doit entre autres L'Aryen, son rôle social, cours libre de science politique, professé à l'Université de Montpellier (1889-1890).
Il y a certains échos dont les résonances télévisuelles actuelles dissipent tout doute relatif quant à la nature exacte du bruit initial qui les a enfanté, ou déféqué, c'est selon. Le dernier en date a été vociféré par le multi-condamné pour provocation à la discrimination raciale, complicité d'injure publique et provocation à la haine, diffamation et négation de crime contre l'humanité Éric Zemmour sur le plateau de la chaîne du milliardaire Rodolphe Saadé BFM TV ce 17 septembre 2026. L'émission Face à BFM est disponible en intégralité sur Youtube, je retranscris la séquence incriminée :
[Éric Zemmour] Nous allons connaître l'avènement d'une révolution technologique que nous voyons déjà aux États-unis, en Chine, et au Japon...
[Laure Closier – éditorialiste économique BFM TV] Donc des robots à la place des immigrés c'est ce que vous avez dit ?
[E.Z.] Exactement ! Des robots à la place des immigrés !
[L.C.] Dans les EHPAD le modèle c'est typiquement je rappelle 68% d'immigrés en île-de-France qui travaillent dans les services à la personne, le modèle c'est un robot qui s'occupe d'une personne âgée, ça, ça fonctionne pour vous ? C'est le modèle que vous voulez ?
[E.Z.] Çà se passe déjà en Chine, ça se passe déjà au Japon, donc il n'y a aucune raison qu'on ne le fasse pas, et on a intérêt à investir vite dans cette activité économique...
[Maxime Switek] Attendez Eric Zemmour, juste une chose : c'est-à-dire que vous ou moi à l'EHPAD vous préférez que la personne qui s'occupe de vous soit un robot plutôt qu'une personne, qu'un humain [sic] parce que cette personne serait immigrée ?
[E.Z.] Je pense si vous voulez [mimique gênée – commissures des lèvres se haussent et remontent aux oreilles] c'est toujours délicat de de de [sic] si vous voulez d'évoquer...nous sommes face à un problème historique, historique. Je pense, je vous le répète...
[L.C.] l'avenir c'est ça c'est ce qu'on voit à côté de vous [image projetée sur l'écran du plateau TV d'un robot humanoïde s'occupant avec sollicitude d'une femme blanche, âgée, les cheveux blancs, les deux mains sur son déambulateur]
[E.Z.] vous voyez, ça existe !
[L.C.] non ça existe pas c'est moi qui ai généré cette photo à l'aide de l'intelligence artificielle [E.Z] ça existe en Chine et au Japon et en Corée, je pense que nous vivons un moment historique absolument dramatique, je l'ai dit, qui est le grand race... [lapsus qui n'est relevé par aucun des intervenants] remplacement de population. Et qui si vous voulez c'est la vieille guerre millénaire entre l'orient et l'occident : il y a eu les affrontements, les croisades, la colonisation [mot rapidement mâché] les offensives musulmanes, je pense qu'aujourd'hui nous vivons une offensive inédite de l'Orient et de l'Islam qui va coloniser notre [inaudible]
[M.S.] on en parlait avant on était pas d'accord...
[E.Z.] voilà, donc c'est pas grave !
[L.C.] donc les robots qui remplacent..
[E.Z.] Donc je préfère TOUT [très appuyé] à ce grand remplacement et à cette invasion !
[M.S.] Donc vous préférez un robot plutôt qu'un humain
[E.Z.] Abso...si vous voulez »
La séquence qui m'intéresse, m'effraie et me révolte et dont le référentiel théorique et psycho-affectif ne laisse aucune place au doute s'arrête ici (de +/- 49min 22 à 51min15 sur la vidéo youtube de l'émission). Moins de deux minutes donc, auxquelles se succèdent sans transition, ni reprise, ni a fortiori contre-argument, ni tentative de démonstration de la part des présentateurs·rices, la suite du beau programme de la soirée exclusive « Face à BFM » du 17 septembre 2026, en l'espèce la politique nataliste qu'envisage de mettre en œuvre le multi-condamné pour provocation à la discrimination raciale, complicité d'injure publique et provocation à la haine, diffamation et négation de crime contre l'humanité Éric Zemmour s'il advenait qu'il soit élu président de la République Française.
Quelle est la structure théorique de cette saillie ? Elle n'aura donné lieu dans la presse, sans surprise, qu'à des commentaires compassionnellement moqueurs, taxant d'irréalisme délicieusement grotesque (ah les vomissures d'Eric, encore une belle ce soir ! quel petit garnement de l'audimat celui-là !) ou d'excès d'enthousiasme pour le solutionnisme technologique (remplacer les immigrés dans l'industrie, cela va de soi, personne n'en disconvient, mais enfin ! lorsqu'il s'agit de changer les couches souillées de merde bien française de nos petits vieux bien français à nous chez nous, c'est tolérable, on pourrait faire une exception pour les métiers ingrats, allons donc !). Outrance ou intempérance mollement vilipendées, pour la forme, sous l'angle exclusivement quantitatif de leur excès tendanciel (les immigrés tous dehors, bien sûr, dans le principe ! Personne n'en disconvient sur le plateau, mais il faut des aménagements logistiques et techniques, des exemptions sectorielles à tout le moins, pour acclimater au réquisit d'accroissement des grands groupes privées du se(r)vice à la personne les apports en main d'œuvre exploitée, voyons !), cette sortie n'a pas été analysée pour ce qu'elle est : à savoir et sans équivoque — à condition de la réinsérer dans les référentiels idéologiques dont ils sont l'écho (mis au goût du jour de la cybernétique et de l'informatique dominantes dans l'épistémè et l'imaginaire politique contemporains) — une expression chimiquement pure d'un projet sélectionniste : à l'intersection (a) de l'ambition générique des fascismes et (b) des tactiques eugénistes mises en œuvre pour réaliser ce projet.
Pour les besoins de cette démonstration je me contente de manière consensuelle de la définition suivante du fascisme : projet politique qui assigne théoriquement et pratiquement à la puissance publique (l'État traditionnel ayant vocation à être remplacé par des agences sectorielles) pour fonction (composante administrative et bureaucratique) et mission (composante sotériologique et messianique) suprêmes la régénération du corps social en son entier, en tant que fusion symbiotique de ses parties ; corps social-racial réel appelé à coïncider exactement, au terme de la mise en œuvre d'une politique d'épuration tendanciellement génocidaire, avec l'imago et le fantasme de son corps social-racial uniforme car purifié, réinstitué en son état originel immaculé. Étant entendu (1) que la perfection primitive de ce corps racial-social a été historiquement souillée par la prolifération de type bactérien ou parasitaire d'éléments strictement exogènes (l'étranger, l'immigré) ou endogènes-exogènes (le communiste, le juif, le franc-maçon, l'intrus ou le traître à la nation). Étant admis que (2) cette dégénérescence est parvenue à un seuil rigoureusement critique et à un point de bascule historique justifiant un discours millénariste-apocalyptique où se joue la survie ou la disparation du corps racial-social infecté, qui appelle en conséquence des mesures politiques radicales : (3) id.est la régénération simultanée et congruente des corps individuels légitimes qui en constituent les cellules fondamentales par un travail (3a) positif, sélectionniste et eugéniste, de régénération des forces vives minées par les éléments parasitaires ; concomitant et complémentaire d'un travail (3b) négatif, d'épuration et d'annihilation des éléments exogènes parasitaires.
Cette séquence du 17 septembre 2026 a pour point commun avec les théories de Georges Vacher de Lapouge d'avoir été diffusée à une heure de grande écoute, accessible à tout un chacun, comme l'ont été Les sélections sociales, cours libre de science politique professé à l'Université de Montpellier de 1888 à 1889 (dans cet article j'utilise l'édition de 1896, parue chez A. Fontemoing, disponible en ligne pour les camarades qui comme moi se font à leurs heures perdues spéléologues de l'abject), proférée par des gens en costume cravate dont le contenu théorique des discours est formellement pré-légitimé par leur lieu d'énonciation respectifs et éminemment respectables.
Pour celles et ceux qui ne seraient pas familières de cet anthropologue, il suffit de rappeler pour essayer de cerner le personnage qu'il aura essayé de faire valoir un courant sélectionniste et aryaniste au sein du socialisme français, qu'il fonde la section Montpelliéraine du Parti Ouvrier français en 1890, avant d'être élu en décembre 1920 membre de l'association eugéniste Galton Society ; qu'il participera au 6e congrès néo-malthusien du mouvement « Birth Control », traduira chez Payot en 1926 Le déclin de la grande race, ouvrage de son ami Madison Grant, (au passif duquel il faut signaler la présidence de l' « Immigration restriction League »), et publiera plusieurs articles dans l'Eugenics Review et l'Eugenical News.
Le problème de Vacher de Lapouge, et toutes choses égales d'ailleurs le problème de tous·tes les penseurs·ses spencéro-darwiniens de la décadence raciale et de la dégénérescence civilisationnelle est le suivant : « l'analyse des sélections sociales aboutit en définitive aux conclusions du pessimisme le plus absolu. L'avenir n'est pas aux meilleurs, tout au plus aux médiocres [...] maintenant nous sentons que la vie de l'Europe s'arrête, que les jours de notre monde sont comptés. À cette inévitable usure, il n'y a point de race qui puisse résister » (ch.quinzième, la sélection systématique, pp.443-444, éd.cit.). L'angoisse perceptible dans le texte, la brume apocalyptique-raciale qui nimbe chaque page de pessimisme et dessine le spectre terrifiant d'une extinction définitive des européens sans postérité appelle logiquement des mesures radicales, qui bénéficient pour leur crédibilité pseudo-épistémique d'être étayées sur la science-reine de cette fin de XIXe, la biologie de la sélection et de l'hérédité.
Sans pouvoir rentrer ici dans le détail historique et épistémologique de la torsion des postulats darwiniens, pour Vacher de Lapouge il est admis comme une loi infrangible que les êtres les plus parfaits sont les plus rapidement détruits, corollairement que les plus médiocres sont – sur le modèle des parasites – les plus tenaces et les plus favorisés : « la paléontologie nous montre ainsi que dans presque toutes les branches du règne animal les espèces les mieux armées, les plus puissantes, sont celles qui ont eu le moins de durée, et que les groupes les mieux organisés pour la concurrence vitale ont disparu, laissant la place à des collatéraux bien moins doués » (p.456). La logique du darwino-spencérisme social établit par définition que ce qui vaut pour et dans le règne naturel s'applique homologiquement à la société, descriptivement et normativement. Aussi on ne s'étonnera pas « de la destruction des meilleurs par les pires parmi les hommes vivant en société. Ces pires sont adaptés au milieu, comme les parasites, comme les microbes, comme les insectes qui ont détruit les espèces les plus grandes, les mieux armées, les plus intelligentes du monde paléontologiques. Il n'y a aucune raison, en effet, pour que dans la lutte pour l'existence le plus grand, le plus beau, le mieux armé, le plus intelligent l'emporte » (p.457).
De ce diagnostic pessimiste et angoissant se déduisent logiquement un pronostic et une thérapeutique, la sélection systématique : « n'est-il pas possible d'employer la force formidable de l'hérédité à combattre ses propres ravages, et d'opposer une sélection systématique à la sélection destructrice et déréglée qui met l'humanité en péril ? ». Que l'auditeur libre du cours de science politique de Montpellier de 1888 et le·la téléspectateur·rice de l'émission spéciale du 17 septembre 2026 sur BFM Tv se rassérènent, si. C'est possible.
S'ensuivent donc, dans l'esprit de l'époque et selon la méthodologie consacrée, un passage en revue des préludes historiques et des expérimentations actuelles (on aura à l'esprit le « ça se fait en Chine, au Japon, en Corée », permanence d'une tactique comparative visant à faire accepter l'inacceptable par dilution de son contenu dans la démultiplication auto-justificatrice des instanciations analogues de la forme brute, indépendamment dudit contenu dont la véracité demanderait à être empiriquement étayée et discutée). Diachroniquement parlant donc, les spartiates étaient sélectionnistes, Platon également, et les Jésuites du Paraguay, et les socialistes d'Oneida, eux aussi ! Même si l'exemple le plus admirable pour Vacher de Lapouge est bien celui des esclavagistes, précurseurs d'un sélectionnisme appelé à devenir la loi générale de toutes les sociétés bien ordonnées, et plus seulement la clef de voûte d'une économie politique de maximisation de l'investissement en matériau humain dans l'habitation coloniale. Eux seuls ont le mérite de fournir à Vacher de Lapouge une incitation à persévérer : « je ne connais guère de tentatives fructueuses que celle de certains éleveurs de chair noire [sic], qui avaient monté dans les États du Sud de véritables haras : cette pratique renouvelée du Vieux Caton a contribué à la constitution de la superbe race nègre créole. Par rapport au nègre africain, celui des États-Unis est assurément un être sélectionné » (p.460). Éleveur de chair noire, optimisateur par le contrôle de l'hérédité et de la reproduction de la force de travail asservie et esclavisée, le modèle que choisit Vacher de Lapouge pour boussole politique a le mérite d'être explicite, aux confluents de la zootechnie (sélection des reproducteurs et reproductrices animaux·les possédant les caractéristiques physiques et physiologiques indexées à la maximisation du profit de l'éleveur) et de l'anthropotechnie esclavagiste, dont les techniques sont connues et débattues à l'époque [1].
Synchroniquement dans un second temps, Vacher de Lapouge passe en revue les grands noms de l'eugénisme de l'époque : Galton, Haycraft, et Stanley, dont les vues méritent d'être affiliées à celles — preuve que le thème est loin d'être marginal dans notre cauchemar technico-politique contemporain — de la famille Collins dont un·e camarade de lundi matin a détaillé très récemment les ambitions eugénistes technofascistes, puisque pour Stanley « les sociétés héréditaires de ce genre [sélectionnistes] qui favoriseraient les mariages exclusivement entre leurs membres deviendraient à la longue une aristocratie rationnelle, et le sang bon et pur serait perpétué de la meilleure des manières » (p.465).
Persiste malgré tout un épineux problème : le sélectionnisme est tout entier tourné vers l'avenir d'une régénération socio-raciale, certes impérieuse et urgente (le multi-condamné pour provocation à la discrimination raciale, complicité d'injure publique et provocation à la haine, diffamation et négation de crime contre l'humanité Éric Zemmour y insiste à deux reprises, « nous sommes face à un problème historique, historique », « nous vivons un moment historique absolument dramatique », confirmant si besoin était la justesse des analyses de Klemperer sur l'extrapolation fasciste du terme « historisch » [2]) , à même d'amener la classe-race européenne vers son point de perfection, mais dont l'étayage sur le temps moyen de l'hérédité exclut tout abolitionnisme immédiat, au moins pour son versant (3a) positif de reconstitution d'une espèce perfectionnée.
Ce qui laisse donc en suspens la question de l'inévitable période de transition entre cet avenir lumineux et ce présent dégénéré. Pour le formuler en termes zemmouriens, qui s'occupera des personnes internées et rançonnées en EHPAD d'ici que puisse être accomplie la grande déportation qu'il appelle de ses vœux ? Pour Vacher de Lapouge comme pour le multi-condamné pour provocation à la discrimination raciale, complicité d'injure publique et provocation à la haine, diffamation et négation de crime contre l'humanité Éric Zemmour et mutatis mutandis pour toute exaltation d'un volontarisme politique autoritarien, qui veut urgemment la fin se donne urgemment les moyens adéquats. De sorte que la rapidité de la réalisation de ladite fin ne dépende que de l'audace et de la radicalité des moyens employés : pour Vacher de Lapouge quelques générations seulement soumises à cette discipline matrimoniale stricte suffiraient à rédimer l'humanité en péril : « à trois générations par siècles il suffirait de quelques centaines d'années pour peupler la terre d'une humanité morphologiquement parfaite, si parfaite que nous ne pouvons imaginer aucun mieux possible au-delà » (p.472).
Le versant (3b) du projet fasciste-eugéniste ne fait débat quant à lui que relativement aux méthodes qu'il faut employer, l'objectif restant clair (« il faut s'arranger pour entraver la reproduction des inutiles et des nuisibles » p.468). Au choix, l'on pourra pratiquer « la séquestration, la castration et la décapitation » (p.469) ou, il faut l'avouer d'une manière aussi délicatement cocasse et saugrenue que celle qui consiste à remplacer les aides-soignantes issues de l'immigration par des robots humanoïdes — à même donc d'émulsionner la radicalité tendanciellement génocidaire du projet sous une forme grotesque qui déplace l'attention du contenu vers la forme plaisante —, « en attirant et en concentrant les sujets inutilisables, dégénérés, pervers etc dans certaines villes sacrifiées où l'alcool gratis, les maisons de tolérance et de jeu largement hospitalières les retiendront et les feront disparaître tuto, cito et jucunde ». En toute sécurité, rapidement, et agréablement dit la locution latine, ou, en français dans le texte à la phrase suivante : « l'extinction de leur race n'est qu'une question d'argent » (p.471).
Le problème de l'assignation d'une classe-race aux travaux manuels incompressibles et à l'ingratitude du travail reproductif, domestique et à « l'économie du care » en général ne disparaît pas pour autant : « la seconde opération [de la sélection systématique] est la séparation des éléments utiles en deux classes, ou plutôt deux castes fermées : travailleurs intellectuels, travailleurs manuels, les premiers sans cesse améliorés dans le sens psychique, les seconds ramenés sans cesse au minimum mental nécessaire à l'accomplissement de leur fonction économique » (p.472). Admettons, mais le raisonnement se doit de passer à et de penser la limite : à l'horizon de ces quelques centaines d'années nécessaires aux moyens de la politique sélectionniste pour produire l'effet anthropotechnique régénérateur escompté, logiquement les membres de la classe laborieuse « ramenée sans cesse au minimum mental nécessaire à l'accomplissement de leur fonction économique » auront rétrogradé vers des formes minimales, dégradées et dégradantes d'humanité, à la frontière même sinon sur le seuil mitoyen de l'espèce humaine — n'y appartenant plus que par le fil ténu de leur fonction subalterne dans l'ordre social-racial qui les y tolère, nécessités de la vie matérielle obligent, et emmerdent quelque peu les eugénistes il faut l'avouer.
Qu'en fera-t-on alors, étant admis qu'ils seront – c'est tout le paradoxe – (1) encore plus indésirables une fois le projet sélectionniste accompli qu'ils ne l'étaient à son commencement, lorsqu'ils se trouvaient logiquement moins dégénérés qu'au terme de leur dégénération programmée et activement accrue (« ramenés sans cesse ») par le sélectionnisme de castes, tout en étant (2) incomparablement plus indispensables, puisqu'on peut admettre qu'à mesure que la race-classe légitime se sera perfectionnée, à mesure elle se sera éloignée de la basse besogne du travail reproductif et domestique sans pour autant en avoir moins impérieusement besoin, ni a fortiori évacuer la question de l'allocation de quantité de travail et de type de travailleur·ses qu'elle requiert.
Le « socialisme » de Vacher de Lapouge offre une issue, dont on ne peut que s'étonner qu'elle intervienne à ce moment de l'ouvrage, dans une telle atmosphère : « la transformation intégrale, limitée à un peuple, est à la fois plus facile et plus difficile. Elle est plus facile en ce sens que l'esprit d'envie mettrait un moindre obstacle à une réforme tendant à faire tous les citoyens également parfaits et à rendre chacun apte à des fonctions très élevées. Elle supposerait encore une organisation socialiste, mais sans spécialisation, c'est à dire où le même individu partagerait son existence entre le travail intellectuel et le travail manuel » Une perfection pour tous et toutes, et qui appellerait le partage du temps du travail et la répartition équitable des impondérables de la vie matérielle et domestique, et un eugénisme logiquement contradictoire puisqu'il bénéficierait à tous·tes ? Il faut avouer que je ne l'avais pas vu venir. Que l'auditeur libre de la faculté de Montpellier de 1888 et le·la téléspectateur·rice de l'émission spéciale de BFM Tv du 17 septembre 2026 se rassérennent : après la page 481 des Sélections sociales, il ne sera plus question d'interroger l'éventualité d'un partage social égalitaire des travaux pénibles nécessaires et des travaux épanouissants, ni de prendre conscience de l'incompatibilité logique entre socialisme et eugénisme. Ouf, ce n'est pas passé loin.
Revenons donc à nos castes strictes, et à notre dystopie théorique dont on pourra remarquer que textuellement et sans ambages, elle fournit avec quarante-quatre années d'avance, à titre de désirable politique à réaliser urgemment par le moyen du sélectionnisme héréditaire le narratif du meilleur des mondes d'Huxley.
C'est ici que se produit un entrechat de haute voltige, un saut conceptuel périlleux, théorique pour sûr, psychique très probablement. Celui d'une logique devenue délirante à force d'être tenue envers et contre toutes les contraintes de la logique (à mesure que l'on dégrade et déshumanise l'être dont on se rend de plus en plus dépendant, comment concilier dans le même temps une dépendance maximale envers et une aversion maximale à l'encontre de ce seul et même être, simultanément irremplaçable et honni, suprêmement indispensable et suprêmement détesté ?) ou d'un délire devenu logique : « Dans toute société, si perfectionnée qu'on suppose la machinerie de l'avenir, il y aura du travail manuel à faire, et parfois du travail pénible et répugnant. Qui sera chargé de le faire ? ». Ni le français de souche zemmourien, ni l'aryen régénéré de Vacher de Lapouge bien sûr, ni les travailleurs manuels « ramenés sans cesse au minimum mental nécessaire à l'accomplissement de leur fonction économique » et voués terminalement à « la séquestration, la castration et la décapitation », ni leurs homologues travailleurs·ses immigré·e·s-grands-remigré·e·s. Qui alors ? Qui se dévoue ?
C'est de Clémence Royer, traductrice en français et préfacière célèbre de l'Origine des espèces, dont Darwin désavouera la préface, d'une violence eugéniste rare, que peut venir la solution pour Vacher de Lapouge : « Mme Clémence Royer, M.Meunier, ont essayé de résoudre par la domestication des anthropoïdes le problème redoutable du travail manuel dans la société parfaite. Cela ne me paraît pas très sérieux. Les anthropoïdes ne s'acclimatent point aisément, même dans les régions équatoriales ; ils deviennent rarement adultes en domesticité et ne se reproduisent pas, enfin les structures les rend impropres au travail. J'ai passé de nombreuses heures à étudier les mouvements des anthropoïdes, j'ai eu la bonne fortune [sic] de pouvoir disséquer des exemplaires des trois grands genres, et je n'ai jamais saisi l'indice d'une possibilité de transformer en ouvriers ces animaux incapables de se tenir d'aplomb. Il faudrait une sélection très prolongée pour arriver à réaliser imparfaitement ce programme. Quant à l'hybridation, je ne regarde pas comme impossible a priori d'obtenir des hybrides des grands anthropoïdes entre eux et même avec l'homme. L'écart est moindre qu'entre les macaques d'un côté, les papions et les cercopithèques de l'autre, et ces singes de familles différentes ont plusieurs fois donné des hybrides. Avec la fécondation artificielle on pourrait arriver à créer des demi-hommes, mais il serait peut-être prématuré de tabler sur l'emploi d'hybrides hypothétiques dont aucun exemplaire n'a encore été procréé ». Effectivement, n'allons pas trop vite en besogne.
Même si théoriquement, la solution de Madame Clémence Royer et de M.Meunier est optimale, puisqu'ayant exterminé directement ou indirectement les indésirables et les nuisibles en tout genre, l'impondérable quantité de travail manuel nécessaire à la reproduction de l'espèce humaine en tant qu'espèce animale serait assumée, tout simplement, par une autre espèce animale, dont l'altérité radicale ne perturberait pas l'homogénéité biologico-politique du corps cellulaire purifié de la nation-race régénérée. Externaliser l'incompressible travail requis par la nature animale de l'homme sur une nouvelle espèce animale hybride créée et domestiquée à cet effet, extérioriser artificiellement par hybridation une espèce-organon, qui réaliserait le fantasme d'un outil absolu et autonome qui libère son usager du soin de l'utiliser, cela parfait la forclusion de la logique sélectionniste eugéniste. Car pas plus que le labre nettoyeur ou le rémora ne se confondent ni se s'immiscent symbiotiquement dans le corps même du mérou qu'ils nettoient de ses parasites, pas plus ces singes-esclaves ne seraient des membres de plein droit — on peut le supposer — de la société sélectionniste parfaite. Mais la logique est têtue, et cette position d'inclusion fonctionnelle-exclusion morale et politique n'exprime rien d'autre que l'idéal-type et le rêve symptomatique de l'esclavagiste ou du peuple de seigneurs, décidément bien ennuyés de ne pouvoir faire tout simplement disparaître leur essence organique et les impondérables contraintes de la vie matérielle à laquelle il faut toujours pourvoir d'une manière ou d'une autre : le brahmane ne cesse pas de chier parce qu'il est brahmane, et cette fonction excrémentielle que lui renvoie l'intouchable au visage ne peut pas manquer de le blesser, aussi l'humanité régénérée des sélectionnistes n'est toujours pas libérée de son arrimage physiologique et matériel, toujours pas libérée des travaux pénibles et harassants nécessaires à la reproduction des organismes, puisqu'elle doit y pallier par l'asservissement d'autres espèces (ce qui a déjà massivement existé bien sûr), ou — plus en phase avec l'atmosphère visionnaire dans laquelle les sélectionnistes aiment à patauger — par la création d'une espèce hybride, mi-homme mi-singe. Anthropoïdes mais pas rigoureusement humains, absolument indispensables mais absolument indésirables, pis-aller concédé par l'inhumanité raciste, en clef de dénégation, à son irrémissible humanité. L'échec patent au cœur de la réussite éclatante, et un inopportun retour du refoulé animal en plein banquet des seigneurs surhumains sélectionnés avec soin, mince alors.
À moins de créer une espèce artificielle dont la seule raison d'être serait purement ustensilaire et instrumentale, une coïncidence sans bavure du vivant et de l'outil, une espèce dont la nature et la raison dernière de « l'existence » serait d'être un esclave absolu. Ab-solutus dit le latin, espèce dé-liée donc de tout autre intérêt, de toute autre fonction, de toute autre utilité que celle pour laquelle elle a été exclusivement façonnée par ses créateurs tout-puissants, quoique jamais aussi puissants qu'ils puissent libérer l'humanité (fût-elle sélectionnée et triée sur le volet eugéniste) de la condition humaine — pour employer une conceptualité arendtienne.
À tout le moins il s'agirait pour cette fois d'un esclave par nature au sens rigoureux du terme. Puisque contrairement à Aristote, il n'y aurait plus aucune ambiguïté possible : la détermination exacte de la nature de ce « singe-esclave » ne serait pas le résultat d'une enquête intellectuelle toujours suspecte d'être une naturalisation a posteriori, la ventriloquie tactique d'une nature qui ne fournit pas de norme explicite à l'agir humain, et n'écrit nulle part que « oui, le grec au barbare doit commander » ; mais le produit d'une opération technique sélectionniste-eugéniste, permettant comme tout mode d'emploi pour grille-pain ou hayon de coffre de circonscrire strictement a priori, comme condition sine qua non de sa fabrication, la fonction, la fin et la raison strictement instrumentale d'être de cet esclave absolu, de ce pur ustensile tolérable.
En 1888, il est sans doute prématuré comme le remarque avec un réalisme qui l'honore Vacher de Lapouge de spéculer sur la faisabilité technique [3] de ces hybrides appelés à remplacer — extra-spécifiquement donc et sans menacer de l'intérieur de la société la pureté spéciste durement reconquise par l'humanité sélectionniste parfaite — les derniers travailleurs exclus de la participation à la régénération de la classe-race légitime. Ce qui n'est plus le cas, cocoric'heil ! en septembre 2026 lorsque le référentiel robotique-humanoïde, la « révolution technologique que nous voyons déjà aux États-unis, en Chine, et au Japon » permet d'assigner cette fonction d'esclave absolu à des robots aide-soignant·e·s appelés par le multi-condamné pour provocation à la discrimination raciale, complicité d'injure publique et provocation à la haine, diffamation et négation de crime contre l'humanité Éric Zemmour à supplanter les travailleur·e·s immigré·e·s du secteur du soin à la personne.
Il ne manquait à Vacher de Lapouge et Clémence Royer que l'imaginaire technique robotique pour proposer du Zemmour dans le texte, ou corollairement il ne manquait au multi-condamné pour provocation à la discrimination raciale, complicité d'injure publique et provocation à la haine, diffamation et négation de crime contre l'humanité Éric Zemmour qu'un peu d'outrance supplémentaire, et gageons pour être charitable quelques séances de dissection de grands singes et une affirmation plus sincère de son goût pour les vieilleries fascistoïdes et eugénistes, pour proposer en lieu et place de robots-infirmiers des humanoïdes-primates à même de se substituer avantageusement aux travailleurs immigrés honnis, plus insupportables donc à la vue que des espèces artificiellement crées ou des micro-processeurs enchâssés dans des plaques de métal pour assurer le travail reproductif et domestique impondérable dans toute société. « Donc vous préférez un robot plutôt qu'un humain [E.Z.] Abso...si vous voulez ». Des chimpanzés éboueurs, des orang-outang aides-soignantes, des capucins-égouttiers, des bonobos auxiliaires de vie, tout, tout, tout vous m'entendez, « je préfère TOUT à ce grand remplacement et à cette invasion ! ». Cela inclus donc n'importe quel animal-humanoïde hybride crée ad hoc en laboratoire ou en Lebensborn, n'importe quel robot sorti des lignes de production de Figure AI, de Boston Dynamics ou de Tesla plutôt que des dégénérés, des tarés, des immigrés, des nuisibles, tout ou quoi que ce soit, en somme, tout plutôt que ces humains-là. Sans gloser outre mesure dans un registre moral et psychanalytique sur la quantité de haine raciale requise pour préférer des robots à des humains, on peut formellement considérer qu'elle est logiquement au moins égale à celle de Madame Clémence Royer, pour laquelle des singes-esclaves sont psycho-politiquement préférables à des humains dégénérés, dont l'identité précise varie au gré des fixations obsessionnelles (avec des récurrences massives cela dit) de tel ou tel eugéniste décadentiste fascistoïde.
Il y a donc certains échos dont les résonances télévisuelles actuelles dissipent une bonne partie des doutes relatifs — je l'espère au terme de cette succincte généalogie — quant à la nature du bruit initial qui les a enfanté, ou déféqué, c'est selon. Il y a aussi certaines tactiques qui se transmettent de père en faf', et qui conservent par-delà cent trente-huit années d'usure jusqu'à la corde une certaine efficace : technique du pied-dans-la-porte ou biais cognitif de la porte au nez décrit par Freedman et Fraser, qui consiste à faire précéder d'une demande extrêmement coûteuse (psychiquement ou économiquement) une autre demande tout aussi coûteuse en soi, mais dont le coût psychologique ou en l'occurrence théorique relatif bénéficiera de ce comparatif avantageux, et apparaîtra en conséquence plus aisément acceptable aux yeux de celles et ceux auxquel·les on souhaite vendre ledit produit.
Car Vacher de Lapouge, contrairement à Madame Clémence Royer et M.Meunier est quelqu'un de sérieux, lui. Aussi lui faut-il raison garder derrière sa cravate et son costume de respectable professeur de science politique, et se résoudre à des solutions décentes, de bon aloi, réellement envisageables entre gens de bonne compagnie et de bonne famille qui assistent à son cours de science politique à la faculté de Montpellier : « il faut donc chercher la solution du problème dans une autre direction. Les anciens l'avaient résolu par l'esclavage de leurs congénères [sic], les planteurs modernes l'ont résolu par celui d'une espèce inférieure d'hommes [sic]. Le système des castes fermées, spécialisées, sous-espèces artificielles, est le dernier mot de l'évolution. Il comporte l'adaptation parfaite de chaque groupe à sa fin spéciale, c'est la division du travail sous sa forme la plus adéquate. [...] Le jour où la somme moyenne de travail manuel serait fortement abaissée par une meilleure organisation sociale et une machinerie plus perfectionnée, il ne resterait à régler que la question des travaux répugnants. Comme dans toute civilisation il y a des individus de rebut, ne pourrait-on pas trouver là un emploi de ces déchets inévitables ? » (p.484). Après avoir demandé à un passant de vous donner gratuitement son rein, une obole de 10 centimes paraît en effet bien peu de choses, comparé à ce que l'on vient d'éviter ; le comparatif ayant tendance à neutraliser une évaluation de la pertinence propre du contenu de la demande pour n'en laisser subsister que le contraste formel avec la seconde, plus raisonnable.
Aussi l'émission Face à BFM du 17 septembre 2026 peut-elle débuter, lors de la présentation des journalistes, par une question sans concession de Guillaume Daret : « Bonsoir Eric Zemmour [que le journaliste consciencieux aura omis, ce que je ne ferai pas bien que ne possédant pas moi-même de carte de presse, de présenter par son titre de multi-condamné pour provocation à la discrimination raciale, complicité d'injure publique et provocation à la haine, diffamation et négation de crime contre l'humanité], vous parlez de la remigration, très concrètement, je vais vous demander ce que c'est, comment ça se ferait, très concrètement, j'attends votre réponse ». Sans concessions donc. Pour normaliser une entreprise fasciste-sélectionniste de déportation, et lui donner la figure d'un simple projet technique, d'une innocente question de logistique, nous pourrons toujours compter sur les consultants, ceux du Boston Consulting group [4] ou d'autres, mais n'oublions pas les journalistes de BFM TV qui se chargent de demander « comment ça se ferait, très concrètement », étant entendu qu'il s'agit d'une question de moyens. Question concrète, donc.
Car puisque nous sommes entre gens raisonnables, oublions les singes-éboueurs et les bonobos-auxiliaires de vie, ce n'est pas sérieux. En revanche, l'assignation capitaliste stricte, irréversible et infrangible, à la naissance et sous les auspices de la fatalité biologique de tous et chacun à des fonctions spécialisées dans l'ordre économique, c'est, reconnaissons-le, « le dernier mot de l'évolution ».
Pour le multi-condamné pour provocation à la discrimination raciale, complicité d'injure publique et provocation à la haine, diffamation et négation de crime contre l'humanité Éric Zemmour en toute probabilité, brandir la menace de la substituabilité des travailleurs immigrés, précaires, déclassés et désormais déportables ; jouer de leur grand remplacement par des robots humanoïdes (importés s'entend, l'exigence nationaliste ne s'étendant pas à la circulation mondialisée des marchandises, évidemment) est le dernier mot de sa politique sociale et économique, à mettre au crédit, au choix et de manière non-exclusive : d'un nouveau degré franchit par le capitalisme techno-fasciste dans la mise au pas, en silence et en rang, des plus précaires par la menace d'un chantage robotique-informatique à la privation d'emploi s'étendant désormais à strictement tous les secteurs de la vie économique et sociale ; d'un atavisme sélectionniste et fasciste qui préfère esclaviser des non-humains plutôt que de reconnaître le droit d'humains bien réels à vivre dignement et à recueillir les fruits légitimes de leur contribution impondérable à la société, soutenu par une haine raciale suffisamment intense pour affirmer sans trembler à une heure de grande écoute préférer sans hésitation un ustensile informatique à un humain réel et ne tolérer de la condition humaine que ce qui peut en être assumé par des esclaves absolus ; une tactique de diversion par le grotesque et le cocasse, se parant en l'espèce du coefficient de réalisme et de courage politique acceptant la marche de l'histoire et la fatalité de la destruction créatrice dont est affecté à un techno-solutionnisme en vogue, afin d'amener tout un chacun, un soir de 17 septembre 2026, à accepter l'inhumanité et la brutalité fascistes les plus abjectes, toujours en embuscade derrière ces saillies de moins de deux minutes.
Alexandre Debbiche
[1] Certains débats entre esclavagistes sur la docilité ou l'hostilité prétendue de telle ou telle ethnie, et les métissages adéquats qu'il est opportun d'effectuer pour obtenir un « esclave parfait », parfaitement docile et morphologiquement adapté à la nature du travail agricole qui lui est extorqué sont relatés par Catherine Coquery-Vidrovitch dans Etre esclave. Afrique-Amériques, Xvè-XIXè siècle, chez la Découverte.
[2] Viktor Klemperer, LTI.
[3] Quoique, et sans doute Vacher de Lapouge y pense-t-il, des récits de reproduction entre singes et femmes africaines circulaient dans la littérature de l'époque, sur ce point on pourra se référer aux études de Silvia Sebastiani, notamment son article Singeries des Lumières : race et esclavage, in Singeries, à la frontière de l'humain, Revue de la BNF, 2020.
[4] Le Boston Consulting Group a élaboré un plan d'expulsion des Palestiniens de Gaza vers la Somalie - L'Orient-Le Jour