A l’heure où il s’agit de redessiner la carte de France autour des bassins versants, de penser des collectivités nouvelles comme les écorégions, « première ligne d’alerte, de propositions et de mise en œuvre de la planification écologique » comme le propose Jean-Luc Mélenchon, on se retrouve avec des propositions ubuesques. Pis, venant d’une association ayant pignon sur rue : Eau et rivières de Bretagne !

Beaucoup de militants et sympathisants sont tombés des nues après les interviews incompréhensibles de deux dirigeants d’ERB ces dernières semaines.
Le 20 août, Nicolas Forray, secrétaire général d’Eau et rivières de Bretagne, déclare que les forages privés seraient une « bonne idée » ?! Fort de son expérience d’hydrologue, il prend soin de préciser que ces forages doivent être « bien dimensionnés et réalisés dans les règles techniques et environnementales » afin de ne pas mettre « en péril la ressource ». Vous avez déjà vu les entreprises respecter les règles ? Et les pouvoirs publics les faire appliquer ?
Alors que le discours de Forray suscite un vif émoi dans la base militante, l’interview d’Arnaud Clugery, porte-parole d’ERB, parue dans Le Télégramme du 8 septembre, ne va rien arranger. Le voilà qui en vient à proposer… « des réserves collinaires ». Des bassines en terre bretonne et il n’y trouve rien à redire ? Pas un mot sur ce désastre écocidaire annoncé ?!
Il en vient à revendiquer « du Jancovici » et à reprendre les éléments de langage des lobbys de l’agriculture intensive pour justifier sa proposition. Des « réserves collinaires » qui seraient la réponse à la « succession des épisodes de crues du mois de janvier et de sécheresse dès le mois de mai ». Rien que ça.
Le 14 septembre, Arnaud Clugery récidive dans ce confusionnisme en déclarant vouloir valoriser « les 45 000 retenues d’eau qui existent déjà en Bretagne, de plus de 1000 m² ». « La plupart de ces retenues n’ont pas d’usage. Il faut donc commencer par en faire l’inventaire et regarder comment on peut les réutiliser avant d’en créer des nouvelles ». « Pas d’usage » ?? De réserves de biodiversité surtout ! On reste sidéré par ses paroles, même s’il se dédouane de vouloir « faire des grandes cultures sous perfusion ». Mais parle-t-il de « valoriser » marres et étangs à des fins productivistes ?
Son interview lui permet toutefois d’évoquer des solutions raisonnées pour faire face à la crise climatique. Arnaud Clugery dit lui-même qu’il y a la nécessité de « privilégier la sobriété : informer les touristes de la réalité de la ressource ». Bien vu ! Il devrait d’ailleurs en discuter avec son collègue, Laurent Le Berre, qui loue trois maisons dans une logique de valorisation capitaliste. La location touristique paye bien mais entraîne une surconsommation d’eau… alors que les locaux ont toutes les peines du monde à se loger.
De même, quand Arnaud Clugery avance que « dans les instances de concertation de l’eau », « l’État ne joue plus aujourd’hui un rôle d’arbitre ». Il devrait en discuter avec le Vice-Président d’ERB, Christophe Le Visage… et le secrétaire général, Nicolas Forray. Tous deux sont d’anciens hauts fonctionnaires qui n’ont pas spécialement brillés dans la lutte environnementale durant leur vie professionnelle. Et pourquoi donc ?
L’impératif écologique est là et voir ERB proposer des « vieilles lunes » est particulièrement déroutant. Dans le programme de la France insoumise, il est mis en avant une « règle bleue », qui limite les prélèvements dans les nappes à ce qu’elles peuvent renouveler. C’est l’application à l’eau de la « règle verte » que LFI défend depuis longtemps : ne pas prendre à la nature plus qu’elle ne peut reconstituer.
L’objectif est de sortir d’un monde où prévalent « l’attractivité », la « compétitivité », la domination dans les rapports sociaux, où la nature est d’abord considérée comme une ressource. L’ambition est de protéger ces biens communs (l’eau, l’air, les sols, les paysages…) qui structurent nos écosystèmes. Alors pourquoi ces propositions Messieurs Clugery et Forray ?
La COCUE (Combattre l’Opposition Contrôlée Ultramondaine Ecologiste)