Dans Le Refroidissement technologique, le Grenoblois Vincent Peyret ausculte au thermomètre un monde qui perd des degrés à mesure que les écrans et autres innovations prennent le pas sur les vraies relations. Nous plongeons en pleine ère glaciaire, estime-t-il. Difficile de lui donner tort.
J'écris cette recension en pleine explosion Celsius. Je suis torse-poil, ventilo dans la gueule, et pourtant je suis en nage. Caliente. Le site du Monde vient de m'apprendre qu'on a battu le record de chaleur en France depuis qu'on prend les mesures. Et l'autre andouille, là, le très estimable Vincent Peyret1, il me parle de Refroidissement technologique (Le Monde à l'envers, 2026) ? Peuh.
Il faut pourtant admettre qu'à mesure que les pages tournent, son constat se fait évidence. Des ados utilisent l'intelligence artificielle comme psy, tandis que l'addiction à la dopamine numérique éteint nos rapports au monde et aux autres. La chaleur humaine ? C'est dépassé. Le constat n'est pas vraiment neuf, mais il faut bien admettre que cette vertigineuse chute dans l'addiction technologique est globalement un impensé du monde contemporain. Quel politique pour s'emparer de la question ? Quelles résistances autres que marginales à l'ère glaciaire qui vient ?
Vincent n'est pas donneur de leçons. Certes, il n'a pas de smartphone, mais il se sent lui aussi happé par cette déshumanisation exponentielle, ne serait-ce que par son ordi qui le gave d'une boulimie informationnelle. « Combien de soirées [le refroidissement technologique] m'a-il-volé ? » s'interroge-t-il. Et de décrire cette sensation qu'on connaît tous, à des échelles certes différentes : « Une, deux ou trois heures de pérégrinations numériques dont je n'avais pas envie et qu'après je regrette. » C'est ainsi que le froid s'impose, même quand on fait tout pour le repousser avec des chaussettes anti-tech.
Aux manettes, vampires ultimes, « des dizaines de milliers de cerveaux ayant fait les plus hautes études, œuvrant à toujours renforcer les mécanismes d'addiction ». Des dealers de cette drogue dure qui propage la banquise (tout en la faisant fondre par sa gigantesque participation au réchauffement climatique). 25 ans après l'irruption d'internet, on grelotte comme des fennecs exportés en Antarctique. Glagla.
Alors quoi ? Quel remède ? Quelle bouillotte existentielle ? Le livre ne fournit pas vraiment de recette, il incite juste à contempler l'étendue du désastre pour commencer à le combattre.
Oui, c'est la merde.
Ok Google, c'est comment qu'on freine ?
Émilien Bernard1 . L'amigo Vincent est très impliqué dans un journal local publié et diffusé à Grenoble et dans ses environs, Le Postillon, qui bataille joliment contre l'aplatissement politique et technologique de l'époque. Pas besoin d'être à Grenoble pour apprécier. Abonnez-vous, soutenez, enfin juste après avoir filé des thunes à CQFD, faut pas déconner.